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COMPLÈTES
D’AMBROISE PARÉ.
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PARIS. — IMPRIMERIE DE BOURGOGNE ET MARTINET,
ru* JaroV . 3o.
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OEUVRES
COMPLÈTES
D’AMBROISE PARE
REVUES ET COLLATIONNEES SUR TOUTES LES ÉDITIONS,
AVEC LES VARIANTES;
ORNÉES DE 217 PLANCHES ET DU PORTRAIT DE L’AUTEUR ,
ACCOMPAGNÉES DE NOTES HISTORIQUES ET CRITIQUES ,
ET
PRÉCÉDÉES D’UNE INTRODUCTION
sur l’origine et les progrès
DE LA CHIRURGIE EN OCCIDENT DU SIXIÈME AU SEIZIEME SIÈCLE,
ET SUR LA VIE ET LES OUVRAGES D’AMBROISE PARE,
PAR
J.-F. MA LG A IGNE.
.abor i rn probus omuia vinci t.
A. Paré.
TOME TROISIÈME.
A PARIS,
CHEZ J. * B. BAILLIÈRE,
LIBRAIRE DE L’ACADÉMIE ROYALE DE MÉDECINE,
RUE DE L’ÉCOLE-DE-MÉDECINE , 17.
A LONDRES CHEZ II. BAILLIÈRE, 219, REGENT STREET
PREFACE
DU TROISIÈME VOLUME.
Voici le dernier volume de cette nouvelle édition , et, si cette
expression m’était permise , la dernière pierre du monument
littéraire que j’ai voulu élever à la mémoire et au génie d’Am-
broise Paré. Le piédestal aurait pu être plus digne de la statue ;
le seul témoignage que je veuille me rendre, c’est que pendant
deux années d’un travail assidu et opiniâtre, je n’y ai point épar-
gné mes efforts. J'ai tâché autant qu’il était en moi, et dans mon
introduction, et dans mes notes, de peindre ce grand homme au
milieu de son époque , de mettre ses doctrines en regard des
doctrines rivales, afin que les lecteurs, embrassant d’un coup
d’œil le point de départ et le point d’arrivée, pussent mieux
mesurer le chemin qu’il avait fait. A l’égard du texte, je n’ai
rien négligé pour le rendre complet, exact, purgé des additions
et des altérations étrangères ; et j’ose le dire avec confiance, c’est
par là surtout que cette édition l’emportera sur toutes les autres.
11 n’est pas inutile de rappeler que la quatrième édition, publiée
encore par Ambroise Paré lui-même, offre des lacunes notables ;
m.
a
It
PRÉFACE.
que la cinquième , plus complète , présente déjà quelques alté-
rations provenant des éditeurs posthumes ; que ces altérations
ont été toujours en augmentant jusqu’à la huitième, plus com-
plète que les précédentes , et bien moins complète encore que
la nôtre. Quant aux éditions de Lyon, qui avaient , je ne sais
comment, usurpé une certaine réputation dans la librairie, elles
peuvent être mises sur le même rang que les plus honteuses
contrefaçons.
J 'ajouterai pour les chirurgiens qui citent Paré sur la foi
des traductions étrangères, que ces traductions ne méritent
qu’une médiocre confiance. Elles ont toutes été calquées sur la
version latine, faite elle-même d’après la deuxième édition fran-
çaise, et ne contiennent en conséquence que vingt-huit livres, y
compris l’introduction ; quelques unes seulement y ont ajouté
l’apologie et les voyages. Mais ce qui est plus grave, la compa-
raison habituelle du texte français et du texte latin m’a fait voir
qu’en un très grand nombre d’endroits, le traducteur avait pris
des licences hors de toute mesure, sautant des phrases , des pa-
ragraphes et jusqu’à des chapitres entiers, et glissant en revanche
de temps à autreide petites intercalations de sa fabrique ; j’en ai
cité dans mes notes de nombreux exemples.
Le texte de Paré paraît donc véritablement ici pur et complet
pour la première fois ; complet dans sa rédaction définitive,
plus complet encore par l’addition des variantes fournies par les
quatorze éditions originales. Ces variantes ont offert quelquefois
tant d’intérêt et d’étendue, qu’elles ne pouvaient rester dans les
notes; c’est ainsi qu’on trouvera insérés dans le cours de l’ou-
vrage, la dédicace du discours de la mumie, le fameux chapitre
de X Antimoine, et surtout La maniéré de extraire les en/ans tant
mors que viua/is hors le ventre de la rnere, qui ne tient pas moins
de dix pages dans le second volume.
S’il m’est permis cependant de dire un mot sur mes propres
additions , sans parler de mon introduction , qui prend à elle
seule près d’un demi-volume, un exemple mettra à même d’en
PRÉFACE.
III
apprécier l’étendue. Les livres huitième , neuvième et dixième,
qui commencent le second volume, occupent 23q pages, sur les-
quelles les notes ont pris environ io5 colonnes. En faisant la
jusle part de la différence apportée par le caractère employé
pour les notes , on trouvera qu’elles équivalent en réalité aux
deux cinquièmes du texte qu’elles accompagnent. Je n’ai assuré-
ment déployé un pareil luxe d’annotations que pour les livres
consacrés aux matières chirurgicales; et si j’ai fait ce calcul,
c’est bien moins par une vaine ostentation que pour me préparer
une excuse contre ce reproche d'ailleurs mérité, de n’avoir point
épuisé la matière , et d’avoir laissé en arrière des faits et des
idées qui auraient pu aussi être cités avec avantage dans cette
revue générale de la chirurgie du xvie siècle.
Du reste , si le soin d’amasser et de mettre en ordre les ma-
tériaux nécessaires à une telle entreprise avait un peu retardé
l’ apparition du premier volume, le second et le troisième ont
suivi avec assez de rapidité pour que le premier seulement ait
pu jusqu’à présent passer à l’examen de la presse médicale.
Comme il ne renferme que très peu des livres chirurgicaux, c’est
mon introduction surtout qui a attiré les regards; et je 11e sau-
rais témoigner ici assez de reconnaissance pour la bienveillance
unanime et les encouragements dont on m’a comblé. On n’a
voulu voir en quelque sorte que le but que je m’étais proposé,
et l’on a épargné les critiques à l'exécution. Quelques remarques
utiles m’ont cependant été adressées. J’avais moi-même quelques
faits notables à ajouter à mon premier travail ; et afin de mettre
quelque ordre dans ces additions, je les diviserai en quatre par-
ties, qui se rattachent, suivant la marche de l’introduction même,
i° à l’histoire de la chirurgie au moyen-âge ; 20 à la biographie
de Paré ; 3° à ses écrits ; 4° et enfin je consacrerai le dernier ar-
ticle au récit de l’inauguration de sa statue sur l’une des places
publiquos de Laval.
IV
PREFACE.
S I. — Additions à l'histoire de la chirurgie au moyen Age.
M. Dezcimeris a relevé d’abord deux: assertions émises dans
mon introduction , pages xxiv et xxv, au sujet de Constantin
l’Africain. Suivant lui, le Panlegni , qui est en vingt livres au
lieu de dix, ne serait point un extrait de l'ouvrage d’Ali-Abbas ,
mais une traduction très complète et même plus longue que l’o-
riginal. N’ayant pu me procurer alors le Pantegni, j’avais copié
ces deux assertions , sous toutes réserves, dans le Dictionnaire
historique de M. Dezcimeris lui-même. Aujourd’hui qu’il re-
vient sur ce qu’il avait écrit , je m'en fie volontiers encore à sa
rectification ; cependant il y aune difficulté que je lui ai sou-
mise et qu’il n’a point résolue ; c’est que dans le supplément de
Gruner à X Aplirodisiacus de Luisini, le texte du Pantegni qui
a rapport aux affections vénériennes non seulement diffère de
celui d’Ali-Abbas , mais est notablement plus court , attendu
qu'il n’occupe que trente-six lignes là où l’autre en absorbe
soixante-une. La question a donc besoin de nouveaux éclaircis-
sements.
A la page xxii, d’après Reinesius , j’avais rapporté à Gario-
pontus le premier emploi de ces mots nouveaux adoptés plus
tard par la langue médicale, cauterizare , gargarizare , etc.;
M. Dezeimeris les a retrouvés dans Théodore Priscien, queGario-
pontus a copié en ceci comme en bien d’autres choses, ainsi
qu’il a été dit.
Une discussion plus intéressante est celle qui concerne la
personne et les ouvrages d’Albucasis. J’avais dit , page lix , que
l’auteur du Liber Se/vitoris, id est liber xxviij Bulcasim Bena-
benazerim , était Espagnol, et n’avait rien de commun avec le
chirurgien Albucasis, dont nous possédons une Chirurgie en
trois livres , plus une Médecine en quarante-huit traités (et non
en trente ou trente-deux livres), attendu que le vingt-huitième
livre en question n’a rien de commun avec le vingt-huitième
pju'face.
V
traité de ce dernier ouvrage. M. Dezeimeris m’a fait observer
d’abord que, depuis les recherches deCasiri, on savait qu’Al-
bueasis était né à Alzahara, près de Cordoue , ce que je ne sau-
rais accorder ; car j’avais lu fort attentivement Casiri , et n’y
avais pas même trouvé l’apparence d’une démonstration. Mais
M. Dezeimeris ajoute que mes deux Albucasis n'en font qu’un ;
que ce vingt-huitième livre du Serviteur est la dernière partie
d'un grand ouvrage comprenant ainsi tout l’art de guérir, méde-
cine, chirurgie, pharmacie; et il a montré par un certain
nombre de citations un rapport réel entre cette troisième partie
et les deux précédentes. Bien qu’il reste à résoudre plusieurs
difficultés, il faut avouer que cette hypothèse, si c’est une hy-
pothèse, a quelque chose de séduisant; et, sans être acceptée
encore d’une façon définitive , elle appelle certainement toute
l’attention des érudits.
A la page lviii , à propos de Richard et de Gilbert l’Anglais ,
j’avais dit qu'il y a moins de chirurgie dans ce qui nous reste de
ces deux auteurs que dans le Liliu/n de Bernard de Gordon, qui
n’était certes pas un chirurgien. M. Dezeimeris assure au con-
traire que l’ouvrage de Gilbert n'est rien moins qu'un traité
complet de médecine et de chirurgie, et môme le plus complet
que nous ait légué ce siècle. Je crains que M. Dezeimeris ne se
soit ici laissé emporter un peu trop loin par un enthousiasme ,
d’ailleurs assez naturel, pour un auteur dont il a fait me
étude approfondie. Il a montré que Gilbert avait parlé des her-
nies de la ligne blanche et des carnosités de l’urètre, ce qui fait
remonter au xme siècle les premières notions de ces affections,
auxquelles j’avais assigné une date bien postérieure1. Gilbert,
d’après les mêmes recherches , aurait pratiqué de sa main le
cathétérisme, le taxis et l’incision des hernies, la suture des
plaies, etc. Malgré cela je n’ai pu me ranger cette fois de l’avis
1 J’ai retrouvé depuis la mention des carnosités urétrales dans les Arabes
et jusque dans Rbasès.
VI
PRÉFACE.
de M. Dezeimeris. Je n’ai pu en aucune manière retrouver dans
Gilbert un traité complet de chirurgie. J’ai accordé facilement
que Gilbert avait abordé plusieurs questions chirurgicales ,
comme Gordon, comme Arculanüs, et bien d’autres; mais,
comme ces deux écrivains par exemple , il ne saurait être
classé que parmi les médecins de son temps.
Je ne veux pas omettre de dire que M. Dezeimeris a fixé l’é-
poque où avait vécu Gilbert , et sur laquelle on n’avait aucune
certitude. Gilbert avait entendu, à Salerne, au plus tard vers le
milieu du xme siècle, les leçons de Plateàrius (le jeune), de
Jean de Saint-Paul, de Ferrari et de Maurus ; et c’est lui-même
qui nous l’apprend.
Au xve siècle , M. Dezeimeris m’a averti que j’avais donné à
Arculanus deux procédés pour l’ectropion qui ne lui apparte-
naient pas (voyez page lxxxviii). Celte critique est parfaitement
juste pour le deuxième procédé, qui remonte à Celse; mais pour
le premier, qu’Arculanus donne comme sien , il lui appartient
en réalité, bien que se rattachant à une méthode générale indi-
quée également dans Celse.
Nous arrivons à Jean de Vigo, sur qui M. Dezeimeris avait
donné , dans son Dictionnaire historique , des détails dont il
n’avait pas indiqué la source. Il nous la donne aujourd’hui, et
je ne saurais mieux faire que de transcrire tout ce passage.—
« Ils sont pris d’une histoire du siège de Saluces, écrite par un
témoin oculaire, Bernardino Orsello, l’ami intime de Battista de
Rapallo, dans laquelle se trouvent des détails sur l’organisation
du service médical et chirurgical de la ville assiégée. On y voit
que Battista de Rapallo, chef du service chirurgical, avait sous
ses ordres quatre chirurgiens, dont un était son propre fils , Jean
de Yigo.» Voilà pour la paternité de Battista et pour la date
de i485. Quant à celle de i4ç)5, c'est l’époque où écrivait Or-
sello ; or, dans le passage qui vient d’être cité , rendant hom-
mage à l’habileté incomparable de Battista de Rapallo, il ajoute
entre parenthèses : « La ville de Saluces regrette aujourd’hui
PRÉFACE.
VII
l’absence de ce grand homme , bien qu’elle ait le bonheur de
posséder son fils, praticien aussi supérieur à ses contemporains
par son habileté qu il l’est par 1 étendue et la variété de ses
connaissances.»
M. Dezeimeris a fait voir aussi que le mode d’extirpation du
cancer avec l’instrument tranchant et le fer rouge, dont j’avais
fait honneur à de Yigo, se retrouvait très exactement dans Gil-
bert, au xme siècle.
Ici se terminent les remarques dont je suis redevable à M. De-
zeimeris; il y avait joint quelques autres critiques, mais qui, ne
me paraissant pas aussi bien justifiées , seraient inutilement
rappelées ici. On pourra consulter à cet égard ses Remarques sur
quelques points de l’histoire de la chirurgie au moyen âge, dans
V Expérience, numéro du 20 février 1840, et ma réponse dans
le numéro suivant du même journal.
Mon excellent maître, M. Gama, a bien voulu me communiquer
une note sur Gersdorf, insérée, avec un discours prononcé en
1817a f hôpital militaire de Strasbourg, dans le troisième volume
du Journal de Médecine militaire ; on la lira avec un grand
intérêt.
« Je m’arrête avec plaisir un moment sur Gersdorf, disait
M. Gama, pour lui rendre, devant ses compatriotes , l’hommage
qu’il a mérité de la part des chirurgiens militaires. Il nous ap-
prend lui-même qu’il fut d’abord élève de Maître Nicolas, sur-
nommé le Dentiste, chirurgien du duc Sigismond d’Autriche, et
avec lequel il s’est trouvé à trois batailles pendant les guerres de
Bourgogne. Il se fixa à Strasbourg à son retour de l’armée. Son
livre renferme plusieurs bons préceptes sur l’extraction des balles
et autres corps étrangers engagés dans les plaies; on y trouve des
tire-balles fort ingénieux et bien faits. Une chose assez remar-
quable, c'est que, au lieu de la suture alors en usage après les
amputations , il avait déjà indiqué la réunion immédiate , sur
laquelle on a tant disserté depuis quelques années. Je ne puis
m’empêcher de relever ici une erreur dans laquelle Haller est
VIII PREFACE,
tombé au sujet de ce chirurgien ; il le dit élève de Mulhart, et
n’a pas vu que le terme allemand maul-artz, c’est-à-dire dentiste ,
est un surnom qu’on donnait communément dans ce temps aux
chirurgiens qui excellaient dans leur profession, comme d’autres
surnoms étaient donnés aux individus de toute autre classe qui se
faisaient remarquer par quelque chose de particulier ; par exem-
ple, Gersdorf avait le sobriquet de Schylhans, ou Schiel hans ,
c’est-à-dire le louche. »
Moi-même aussi , comme on peut le présumer , je pourrais
ajouter ici d’autres remarques ; car c’est, à la fois le regret et la
joie des hommes qui s’adonnent aux études sérieuses, d’appren-
dre toujours quelque chose, et, par une inévitable conséquence,
de trouver toujours quelque chose à reprendre dans leurs travaux
antérieurs. D’ailleurs, même à l’instant où je tenais la plume,
j’étais obligé de faire un choix parmi mes documents; et bien
vain serait celui qui, avec plus d’espace que je n’en avais à ma
disposition, faisant l’inventaire scientifique de cette époque en
apparence si déshéritée du moyen âge, s’imaginerait n’avoir rien
laissé en arrière, et croirait sa moisson si complète, qu’il ne
resterait plus à glaner. Toutefois, sauf quelques rectifications de
détails semées à l’occasion dans ces trois volumes, et qui portent
essentiellement sur des questions de priorité, je n’ai rien vu
jusqu’ici qui vînt contrarier les faits historiques qui ont servi de
matériaux à cette œuvre, et les conséquences que j’en ai fait
découler.
J’avais dessein de rectifier quelques fautes échappées à l’im-
pression ; ainsi à la page lx, ligne 4. d faut lire Armengandus
Blasius : page lxxiii, ligne 4» au lieu de les mesures , corriger
les menaces ; mais ce sont là les plus essentielles, et les autres
seront faciles à rectifier par le lecteur.
Il est cependant une partie de mon Introduction ou les moin-
dres détails demandaient à trouver place, et pour laquelle il est
urgent de mettre en lumière ceux qui m’avaient alors échappé ;
je veux parler de la biographie d’A. Paré.
PREFACE.
IX
§ II. — Additions à l'histoire d’Ambroise Paré.
J’ai dit qu’il était né à Laval en 1617. Le hasard m’avait fait
tomber depuis sur une traduction de la Jérusalem délivrée ,
publiée à Paris en 1839, par M. Bourlier. L’auteur signait ainsi
sa Préface :
« Louis Bourlier ,
de Laval , Déparlement de la Mayenne ,
un des descendans d’Ambroise Paré, à
qui la science médicale est redevable de la
découverte de la circulation du sang. »
Ceci, et quelques détails ajoutés plus bas sur la vie de Paré,
témoignaient suffisamment que M. Louis Bourlier n’avait pas
beaucoup ouvert les œuvres de son illustre aïeul ; mais il ajoutait
enfin :
« Il était né au commencement du xvi“ siècle , dans le bourg Hersent, con-
tigu au bourg d’Avenières , où je suis né, moi »
Ce renseignement curieux était exact : je l’ai trouvé confirmé
dans ce passage d’une lettre adressée à M. David par les notables
de la ville de Laval, réunis en commission centrale pour l’érection
d’un monument à la mémoire du grand chirurgien i.
« Vous serez curieux d’apprendre que la reconnaissance populaire a élevé
depuis long-temps sa statue à Ambroise Paré au lieu même où il naquit ,
dans le petit village du Bourg -Hersent, qui forme presque un des faubourgs
de Laval. Nous avons tous le souvenir d’avoir vu long-temps, dans l’âtre de
la cheminée du premier étage d’une maison en ruine , un buste placé en la
mémoire d’Ambroise Paré ; et on voit encore aujourd’hui dans ce village ,
sur la façade d’une maison construite sur l’emplacement de la maison du
seigneur au service duquel paraît avoir été attaché le père d’Ambroise Paré,
1 Notice sur le monument élevé à la mémoire d’Ambroise Paré, en la ville de
Laval, publiée par les soins de la Commission. — Laval, 1840.
X
PRÉFACE.
on voit encore, disons-nous, un portrait qui paraît l’oeuvre d’un peintre
d’enseignes , et au bas duquel on lit cette inscription :
DANS CETTE MAISON EST NÉ AMBROISE PARÉ.
Quant à la date de sa naissance, il ne paraît pas qu’on ait dans
le pays même aucun moyen de la fixer ; mais il y a une tradition
perpétuée, dit M. le docteur Hubert, par de vieux manuscrits,
qui à la vérité n’ont pas une authenticité bien constatée. Il eût
été à désirer peut-être que la commission de Laval s’expliquât
mieux sur ces manuscrits ; mais elle se borne à la simple mention
qu’on vient de lire, et s’en tient ensuite à la tradition.
« Suivant cette tradition , poursuit M. Hubert, Ambroise Paré serait né
vers l’année 1509 au petit village du Bourg-Hersent, près Laval, dans une
dépendance de la maison seigneuriale du comte de Laval , et dans la domes-
ticité de ce seigneur, dont son père aurait été le valet de chambre-barbier. »
Le narrateur passe sous silence les autres détails donnés par
Percy; mais il conjecture que ce fut sans doute quand le comte
de Laval, remarié en troisièmes noces en 1020, conduisit, dans
une des années suivantes, sa femme à la cour, que la famille de
Paré suivit ce seigneur à Paris. J’ai dit, et ne veux pas y revenir,
ce qui paraissait le plus certain. Une fois Paré loin de Laval, ses
compatriotes le perdent de vue et n’ajoutent rien à ce que nous
en savons; je ne veux pas omettre cependant une note curieuse
de lanotice déjà citée.
« La Commission avait espéré un moment pouvoir publier des renseigne-
ments inédits sur la famille d’Ambroise Paré, et sur les premières années de
sa vie ; elle avait découvert à Amsterdam un sieur Paré , ferblantier, qui se
dit descendant direct d’Ambroise Paré , et possesseur de tous les papiers de
famille ; mais comme il a refusé d’y laisser fouiller sans recevoir par avance
une somme d’argent, nous n’avons pas cru pouvoir engager les fonds de la
souscription sans savoir ce que pourraient amener ces recherches , et nous
n’avons pas donné de suites à sa proposition. »
De ce peu de détails nouvellement recueillis , on ne saurait
PREFACE.
XI
tirer grande lumière. On voit pourtant qu’en réalité des membres
de la famille de Paré ont émigré en Hollande; mais est-il bien
vrai de dire que la révocation de l’édit de Nantes fut la cause de
cet exil ? Dans tous les cas, l’exil n’aurait point frappé la famille
entière; car outre M. Louis Bourlier, que nous avons vu tout-à-
l’heure réclamer celle parenté glorieuse, je trouve inscrit sur la
liste des souscripteurs, le nom de mademoiselle Bourlier d’Aves-
nières, sans doute de la même famille, et celui d’une dame de
Laval qui porte encore ce beau nom de Paré. M. le docteur
Hubert, dans la notice déjà citée, nous apprend qu’on retrouve à
Laval, depuis 1740? une famille du même nom dont les descen-
dants portent pour prénom habituel le nom d’Ambroise, sans
pouvoir établir aujourd'hui une filiation plus directe ; et que cette
famille, avant la révolution de 1789, était exempte décapitation
et de l’impôt de gabelle, comme issue de notre grand chirurgien.
Comment donc M. Yillaume, en parlant de la mission donnée à
Lassus (et non à M. de Lasuse, comme il l’avait imprimé par er-
reur) de rechercher à Laval les descendants de Paré, ajoute-t-il
qu'il ne s’y en trouva point? M. Hubert rapporte à cet égard
« qu'en 1804, lorsque le professeur Lassus vint présider le jury
de médecine à Laval, il était porteur d’une lettre du cabinet de
l'Empereur qui lui enjoignait de rechercher à Laval les descen-
dants de Paré, qu’il voulait honorer de ses bienfaits ; » mais il ne
dit rien des résultats de cette recherche.
Avant d'abandonner ce qui regarde la famille, je dois dire que
Claude Yiart, beau-frère de Paré suivant M. E. Bégin (voir mon
Introd., page ccxxvii), est cité à plusieurs reprises dans lesceuvres
de Paré, notamment dans la grande Apologie, à la date de 1 585,
et toujours sans aucun titre de parenté.
Nous avons vu que Paré avait d’abord été reçu maître barbier
chirurgien ; et aux documents que nous avons réunis sur l’état des
barbiers à cette époque est venue s’ajouter depuis une curieuse
planche , insérée par M. Dusommerard dans sa grande et belle
publication, l Album des Arts au moyen ci ge, et calquée sur un
Xil
PREFACE.
vitrage colorié du xvi* siècle , représentant la boutique d’un
barbier. Nous avons pu, grâce à l’obligeance de M. Dusommerard,
étudier à la fois la planche et le vitrage ; en voici une description
succincte.
Le sujet principal représente l’intérieur de la boutique; sur
une chaise est assis un patient que l’on vient de saigner. La
manche gauche de la chemise est retroussée jusqu’au coude, et
repliée là de façon à faire office de ligature ; d’autre ligature il
n’y en a point. La piqûre a été faite vers le milieu de l’avant-
bras ; le sang sort en un jet magnifique ; mais, par un singulier
oubli, le peintre a oublié de le colorier. Le malade embrasse de
la main gauche un long bâton, dont le bout pose à terre ; procédé
qui remplace avantageusement la bande ou le lancetier que l’on
fait aujourd’hui tourner dans la main ; du reste, le procédé était
déjà indiqué par Guy de Ghauliac au xiv° siècle ; on le retrouve
figuré par Scultet au xvne ; et enfin je l’ai encore vu mettre en
usage par les barbiers de Pologne durant la campagne de 1 83 1 .
Le barbier, debout à droite, reçoit le sang dans un bassin de cui-
vre; la barbière, à gauche, tient un gobelet probablement rempli
d’eau, pour donner à boire ou pour asperger la figure en cas de
syncope. Du reste, barbier et barbière sont en grande toilette ,
la tête coiffée du béret noir avec double panache de plumes
blanches.
La salle est éclairée par une fenêtre cintrée à six comparti-
ments, garnie de carreaux arrondis maintenus par des bandes
de plomb. Au-dessus de la fenêtre , pendent à la muraille cinq
bassins de cuivre de différentes grandeurs ; au-dessus des bassins,
dix poëlettes beaucoup plus petites et d’une grandeur uniforme.
Sur un pan de la muraille à droite, tout-à- fait en haut, un bassin
et une aiguière ; au-dessous, retenues par une bande de cuivre
horizontale, trois paires de ciseaux et deux paires de rasoirs à
lame pointue, à dos de cimeterre , comme ils étaient au moyen
âge, servant à la fois à faire le poil et les incisions ; au-dessous,
trois ustensiles peints en noir, qui me paraissent être des boîtes
PRl':f\CË.
XIII
ou pennaroles suivant le terme de Guy, destinés à recevoir les
instruments. Seulement, tandis que dans la trousse moderne les
instruments ont leurs cases disposées sur le même plan, lune à
côté de l’autre , ici les cases sont superposées l’une à l’autre, de
manière à donner à la boite une notable épaisseur, et une forme
comparable à celle des fontes où les cavaliers plongent leurs
pistolets. Du reste je me hâte d’ajouter que ce que je viens de
dire de ces boites est pure conjecture ; car toutes les trois sont
vides; et Guy en parlant du pennarolc n’a rien dit qui pût servir
à en déterminer la forme. Enfin, tout-à-fait au-dessous, trois
peignes également fixés à la muraille.
Sur le pan de mur de gauche se voient en haut cinq bocaux
rangés côte à côte, et certainement destinés à contenir les on-
guents. Au-dessous, et comme pour faire pendant à ceux de l’autre
côté, cinq rasoirs entr’ouverts. Madame la barbière nous cache
le reste.
Le compartiment supérieur représente une autre salle éclairée
par deux fenêtres à carreaux arrondis, et tout autour de laquelle
règne une large banquette adossée aux trois murailles visibles.
A droite sur une chaise , est assis un client auquel on vient de
faire la barbe, car le rasoir est encore sur la banquette ; le gar-
çon barbier est occupé maintenant à lui couper les cheveux. A
gauche est un autre client qui a subi, à ce qu’il paraît, la double
cérémonie; car j’aperçois sur la banquette le rasoir, les ciseaux,
un peigne simple et un peigne double ; je ne sais donc quel reste
de toilette lui fait le garçon encore occupé à sa tête ; peut-être
la lui lave-t-il avec une éponge. Ce qui me suggère cette conjec-
ture, c’est que le client est à genoux sur un espèce de prie-dieu,
la tête au-dessous d’un vase suspendu au plafond, d’où pourrait
bien suinter quelque liqueur odoriférante ; et le garçon a les bras
nus jusqu’aux coudes, tandis que son camarade a gardé son haut-
de-chausses. Tous deux ont le béret noir , mais sans panache ;
et enfin celui de droite, chose assez curieuse, a une poëlette pen-
XIV
PRÉFACE.
due au côté gauche de la ceinture, comme une arme qui ne
devait pas le quitter.
Le vitrage porte en bas la date de 1 559 ; et en caractères go-
thiques, la signature de 3aee HirljunlUr.
Je reviens maintenant à Paré.
En 1 536 il partit pour l’Italie , et j’avais avancé , malgré les
assertions hasardeuses de Devaux , que Thierry de Héry avait fait
les mêmes campagnes. J’en ai trouvé depuis la preuve directe
dans un passage du livre publié par Thierry en i5Ô2 , page 1 85.
Thierry raconte qu’il passa les monts en 1037, et parle des ge-
lures des soldats à peu près dans les mêmes termes que Paré.
Rien à ajouter à l’histoire de Paré jusqu’au siège de Rouen ,
en 1662. Mais là vient se placer un fait d'une haute importance,
resté en oubli jusqu’à ce jour , et pour lequel nous avons le
témoignage de Paré lui-même. Après la prise de Rouen , il faillit
être empoisonné dans un dîner, en quelque compaignie , dit-il,
o ii en auoit quelques vus qui me hayoyent à mort pour la reli-
gion ; et il n’échappa que par une présence d’esprit remarquable.
Il avait raconté assez longuement cette histoire dans le livre des
Rapports de l’édition de 1676 , mais il l’avait effacée de toutes les
autres éditions postérieures ; nous avons soigneusement repro-
duit cette précieuse variante, tome III , page G6q. Quels étaient
ces fanatiques qui faisaient venir ainsi le poison en aide à leurs
opinions religieuses? Paré ne les nomme point. Toutefois, le
mot unique qu’il a laissé tomber de sa plume sur la religion , en
prenant ce mot dans l’acception du xvf siècle, semble indiquer
que les empoisonneurs étaient catholiques, et que Paré, alors du
moins, était passé au calvinisme. Mais ceci admis, il faut donc
qu’il soit retourné plus tard à ses croyances primitives, et je
répéterai ce que je disais à la page cclxxxi : Il me parait
incontestable que , du moins après la Saint-Barthélemy , A . duré
faisait profession de la foi catholique .
Ici se terminerait ce que j’avais à dire de celle partie de lTn-
PRÉFACE.
XV
troduction, si je n’avais à rectifier un lapsus plumœ à peine
concevable. A la page cclx.hi , on lit que François II était le
deuxième fils de Catherine; c’est le fils ainê qu’il fallait dire.
§ III. ■ — Additions relatives aux écrits de Paré.
Je n’ai rien à ajouter à la bibliographie que j’ai donnée de ses
ouvrages et de leurs éditions. J’ai bien vu indiquée dans X Histoire
de l'anatomie de Portai, tome YI, page 817, une édition du
Traité des playes d hacquebutes , qui aurait paru à Lyon , in-4%
en 1572; j’ignore où Portai a retrouvé cette date, mais il ne
paraît pas avoir vu cette édition par lui-même ; et très probable-
ment il s’agit des Cinq livres de chirurgie publiés à la même date ,
mais à Paris et in-8° suivant Haller, édition sur laquelle je n’ai
encore pu mettre la main , malgré toutes mes recherches.
J’ai oublié de dire que l’édition de i552, de la Maniéré de
traiter les playes dé hacquebutes , se trouve à la Bibliothèque
royale , à celle de l’Arsenal et à la Faculté de médecine.
Pour le Traité de la peste de i568, je n’en connais qu’un
exemplaire unique fort bien conservé; il est à la bibliothèque
Sainte-Geneviève, T., 9^0.
Relativement au texte de Paré , je commencerai par relever
quatre fautes d’impression un peu plus graves que celles qui ne
consistent que dans une lettre soustraite ou surajoutée, ou mise
en la place d’une autre.
Dans le tome II , page 2 1 9, on lit à plusieurs reprises : le ca-
pital des cautères; le mot propre est capitel, du latin capitellum .
Page 5 1 4 , deuxième colonne , ligne 29 : Hure troisième , des
maladies traitant ; lisez : Hure troisième des maladies , trai-
tant, etc.
Au tome III, page 54i , deuxième colonne, sixième ligne,
quatre lettres ont sauté ; lisez : sont lousiours chancreux.
Accident semblable à la page 710, première colonne, der-
nière ligne ; lisez : beaucoup de soldats.
XVI
PREFACE.
Mais la plus grave de toutes ces fautes , celle que j'ai gardée à
dessein pour la dernière , parce qu’elle donnerait lieu à un fâ-
cheux anachronisme dans l’histoire de la chirurgie , se trouve à
la page 23o du tome II. On y lit l’histoire de Pirou Garbier, au-
quel fut coupée la ïambe dexire quatre doigts au-dessus du ge~
noüil; c’est quatre doigts au-dessous qu’il faut lire. A la vérité,
l’erreur aurait été rectifiée par ceux qui auraient lu , deux pages
plus loin , la grande note où je montre qu’au xvic siècle on n’osait
faire l’amputation de la cuisse , ni meme peut-être celle du bras.
La première mention que je connaisse de l’amputation de la
cuisse ne remonte qu’à Fabrice de Hilden.
Quelques autres rectifications m’ont été imposées par une cir-
constance dont je n’ai pas été le maître. En commençant mon
édition , j’avais trouvé dans la bibliothèque de feu M. Richerand
un exemplaire assez mal en ordre de la quatrième édition des
œuvres complètes; mais quand j’eus appris à M. Richerand la
rareté et le prix de cette édition , comme dernière édition ori-
ginale , il se sentit pris tout d’un coup d’une telle tendresse pour
son volume , qu’il ne voulut plus me le confier. Il en est résulté
que , pour mon premier tome et le commencement du deuxième
jusqu’au livre des Playes d’harquebttses, je n’ai pu indiquer que
rarement si tel passage manquant dans la deuxième édition fran-
çaise , datait de la quatrième ou de la cinquième. Je vais rec-
tifier à cet égard les notes qui en ont besoin.
NOTES DU TOME PREMIER.
Page 26, corrigez ainsi la note : Tout ce qui suit manque dans les deuxpre-
mières éditions.
Page 28, lisez : Ici, dans ta quatrième édition et les suivantes.
Page 30, première note : On lit dans toutes les éditions originales.
Page 36 : Dans la quatrième édition et les éditions posthumes.
Page 46 : même correction à la note.
Page 53 : Et le onzième de la quatrième édition et des éditions posthumes.
Page 55, ajoutez à la note : l.e paragraphe en question est de 1585.
Page 76 : Dans les deux premières éditions et l’édition latine.
Même correction à la page suivante, et en général , excepté dans les notes
PRÉFACE.
XVfl
que je rectiGe ici, les premières éditions doivent toujours s’entendre des deux
premières éditions françaises et de l’édition la line.
Page 26C, j'ai signalé en note une ampliGcalion ajoutée au texte dans les
éditions postérieures à la cinquième. Il faut dire de plus que ces mots mêmes,
comme vne lozange à quatre cornes, ne se lisent pas encore dans la quatrième
édition.
Page 391, notes 2 et 3 : le paragraphe en question date de la quatrième
édition; et alors, comme plus tard, on y lisait le mot inferieure, que je regarde
comme une faute d’impression.
Page 400, première colonne ; Cette citation se lit pour la première fois dans
la cinquième édition.
Page 419, ajoutez à la dernière note : Le titre du chapitre en 1585 portait
seulement : de la Tumeur du fondement.
Page 446, note de la première colonne : Il n’est fait mention des sangsues
qu'à la cinquième édition.
NOTES DU DEUXIÈME VOLUME.
Page 5, dernière note : Ce paragraphe manque jusqu’à la quatrième édition.
Page 9 : Ce paragraphe date de 1585.
Page 10, note 3 : les dix ügures se voient également dans la quatrième
édition.
Page 11, première colonne : Ce paragraphe date de 1585.
Page 60, ajoutez : Elle date de 1585.
Page 70, deuxième colonne, note 2 : la phrase en question se lisait encore
dans la quatrième édition.
Page 80: le paragraphe sur l’épilepsie a été ajouté en 1585.
Page 81, deuxième colonne : Ce paragraphe date de 1585.
Page 91 : Ces deux histoires ont été ajoutées à la quatrième édition.
Page 108, note 1 : La date exacte de ce paragraphe est de 1585.
Page 129 : Ces mots : Ce qu’on n’auoit encores fait, n’ont été ajoutés qu’à la
première édition posthume.
Page 138, première colonne : Cette histoire a été^ajoutée en 1585.
Plus loin les notes sont exactes ; j’avais alors plusieurs exem-
plaires de la quatrième édition entre mes mains.
J’ai un mot à dire de l’ordre que j’ai suivi dans l’arrangement
des livres de la collection. Et d’abord il convient d’avertir le lec-
teur que l’article consacré à cette question et à plusieurs autres ,
dans mon Introduction, a été sauté dans la table des ma-
tières du premier volume. Il forme le § XX et commence à la
b
m.
XVII [
PRÉFACE.
page cccxxx. Or , on fera bien , pour compléter cet article , de
recourir aux notes que j’ai placées au commencement de chacun
des livres de la collection, et qui exposent avec plus de détail
et les sources où Paré a puisé, et les motifs de l’arrangement
que j’ai adopté.
II y avait cependant un travail général à faire sur les auteurs
cités dans tout l’ouvrage ; au-devant de chacune de ses grandes
éditions, Paré n’avait pas manqué d’en donner la liste , et elle
comprenait 175 noms en 1 585. Ces noms étant jetés au hasard
les uns à côté des autres, il n’en ressortait rien pour l’intelli-
gence du lecteur , et j’ai cru qu’on pouvait faire mieux. Laurent
Joubcrt, dans sa traduction de Guy de Chauliac, rechercha et
fit rechercher par plusieurs élèves et docteurs de Montpellier
toutes les citations alléguées par son auteur , et en dressa une
table merveilleusement significative pour ceux qui la savent lire.
On voit en effet que pour édifier son oeuvre , Guy a eu recours à
cent autorités, citées ensemble jusqu’au chiffre de 3,299 fois- Cela
suffit certes pour démontrer que l’autorité étaitalors la base prin-
cipale de la philosophie chirurgicale ; que si vous voulez savoir
quelle était l’autorité dominante , réunissez les citations des an-
ciens, elles s’élèvent à 1117, tandis que celles des Arabes vont à
i4o4. Ainsi, malgré la prépondérance de Galien, le plus sou-
vent cité de tous , c’étaient les Arabes qui faisaient loi , et c’est à
juste raison que les chirurgiens d’alors étaient nommés ara-
bistes.
Or, ce que Joubert avait fait pour Guy, j’ai voulu l’imiter pour
Paré , et je ne m’en suis rapporté qu’à moi seul. J’ai donc parcouru
ligne par ligne toute cette vaste collection, notant avec soin chaque
auteur cité en témoignage, et le nombre de fois qu’il se trouvait
cité. Le résultat donne au total 205 noms d’auteurs et 2,168 ci-
tations ; démonstration suffisante de l'influence encore puissante
de l’autorité , mais qui laisse entrevoir cependant sa décadence
prochaine et déjà commencée. De plus , le règne des Arabes et
des arabistes est passé; ils n’obtiennent pas tous ensemble
PRÉFACE.
XIX
200 citations , tandis qu’Hippocrate seul en a près de 4oo et Galien
encore davantage. Galien même a perdu de son pouvoir ; si on
lui ôte le chiffre juste de 100 citations parsemées dans les deux
livres des médicaments et des fièvres , qui ne touchent pas à la
chirurgie, et plus de i5o pour les livres d’anatomie, parties de
l’art à peine touchées par Hippocrate , celui-ci reprend le dessus ,
et c’est avec juste raison que la chirurgie de cet âge peut être
appelée hippocratique. J’ai supputé séparément pour Hippocrate
et Galien les citations du deuxième volume , uniquement consa-
cré à des matières chirurgicales; il y en a 2q3 pour le premier,
218 seulement pour le second. Rappelez-vous , pour mieux ap-
précier encore ce résultat, la masse immense des écrits de Ga-
lien ; et enfin , si vous ouvrez le volume au hasard , vous serez
frappé de cette circonstance, que Galien est surtout cité pour les
définitions et les théories, Hippocrate presque uniquement pour
les doctrines d’application.
Pour rendre l’étude de cette table plus facile , j’ai séparé les
auteurs en cinq grandes catégories , en suivant généralement les
époques auxquelles ils appartiennent. Dans chaque époque j’ai
essayé aussi de rapprocher ou par les dates ou d’après le caractère
de leurs écrits , les chirurgiens , les médecins , les philosophes ,
les poètes , mais sans m’attacher à une exactitude qui eût exigé
trop de travail pour trop peu de fruit.
XX
PlU: FACE.
LISTE DES AUTEURS CITÉS PAR A. PARÉ.
Nombre de
fois.
Nombre
Écriture Sainte
, auteurs
Nicandrc.
6
Hérodote
juifs, et pères del’Eglise.
Hérophilc
4
Ctésias
Nombre de foi».
Erasistralc
5
Diodorc de Sicile
Ecriture sainte en
géné-
Asclépiades
2
Justin
rai
8
Anlonius Musa
Moïse et les livres du
llufus
2
Elien (Ælianï
Penlatenque . . . .
Philoxènc
1
Josué
.... .
Soranus
2
Héi odien . .
Job
4
Archigènc
S ;i m ue l
Gœlius Aurelianus. . . .
4
Homère
Livre des U ois . . .
/,
Arélée
1
Hésiode
David , Psaumes .
1 4
Alexandre de Tralles
Euripide
Salomon
(Trallian)
1
Lucrèce
Jésus, fils de Sirach, et
Oribasc
1
Horace
l'Ecclésiastc . . .
Léonides
1
Catulle
3
Apollonius
2
Ovide
Phi lot i nus
Ezéchiel
Milhridatcs
1
Perse
Anios
Acluarius
1
Esdras
Serenus
1
Oppien
INouveau-Teslament en
| “
Total
gcllül'jll .....
Saint Matthieu.
Saint Marc...
Saint Luc
Saint Jean ... .
Actes des Apôtres.
| Empédocle .
2 Pylhagore. .
4 Socrate. . . .
2 jPlalon. ,
4 Cicéron.
Saint Paul 8 ]yj
Sénèque .
Aurèle
Livre des Eplièses (pro-
bablement Epître aux
Ephésiens)
Eptlre de saint Jacques.
Josèphe
Eusèbe.
Lactancc
Saint Augustin 12 lAulngelle
Total 109 La loi des 12 tables.
Aristomaclius .
Auteurs anciens.
il.es Stoïques
I Sextus de Chéronéc . . .
Pausanias
Ibiloslrale
Marc Varron
Slrabon
Ptolomée.
6
1
1
1
1
7
4
1
2
1
1
1
2
1
4
1
1
1
1
Hippocrate 3go
Chrysippus .
Crinitus. . . ,
Adrianus. . .
Celse 61 Slobée. ...
Galien 553 .Vitruve . . .
Aétius 56 Feslus....
PauldEginc 5i Méliodore .
Aristote Solinus...
Pline 58 Macrobe . .
Dioscoride 17 OEphadius.
Théophraste 4 Cassiauus,.
Plutarque. , . . 19 |
1091
Auteurs arabes.
Les Arabes en général
par opposition aux
Grecs , dans le livre
des Fièvres
Pdiasès.
Idem à Almansor ....
Ati-Abbas
Isaac
Mesué
Sérapion
Avicenne 5i
Averrhoès 3
Avenzoar 1
Albucasis i4
Abdanalarach 1
Total ~ 96
Auteurs arabistes ou du
moyen âge.
Constantin.
Platearius .
Thcodoric.
Lanl'ranc. .
Arnaud 4
Nombre de foii.
Gilbert l’Anglais 1
Gourdon 10
Guido ou Guv de Cliau-
liac 9. G
Nicolas de Florence. .
2
Valescus de Tarenle. . .
5
Pierre d'Apono.oule
Conciliateur
10
Philonius ( probable-
ment le Pliilonium de
Valescus )
1
Pierre d’Argelata
1
Arculanus
1
Total
~ 66
Auteurs de la Renaissance.
Jean de Vigo
25
Marianus Sanctus
2
Antonius Benivenios.. .
. 9
Alexander Benediclus.
* 4
Sympborianus
1
Nicolas Godin
1
Paracelse
2
TV gau t
4
Fucbsius
3
Languis
4
Maggins
Cornarius
1
Vidus Vidins
1
Nicolas Massa
2
Amalus Lusilnnus. . . .
1
Cardau
1 5
Fernel
i5
Jacques Sylvius
18
Columbus
1 5
W*snll» * . . r»
Fallopius
V
Bondcict
25
Ingrassius
2
Iloulicr
Duret
2
Manardus
3
Moutanus
1
Dclacorde
1
Gorrœus
2
Léonellus Faventinus.
1
Valleriola
4
Eslienne de la Rivière..
Gesneru?
7
Lecoq
1
Thierry de Iléry
2
Franco
5
Bot al
5
Calmelhée (Chaumctte).
1
Joubert
i3
Dalechamps . .
4
Andréas délia Crucc.. .
PilKFACJT.
Nombre de fois.
Roussel g
Jean Wier ou Vierus. . 4
Philippe Forcslus i
Rcmberl Dodoens (qu'il
appelle Dodonay el de
Douay) 3
Cornélius Gemma. ... . 1
Savonarola 1
Jordan us .... 1
Vassée 2
Caslellan 1
Gourmeliu (sans le nom-
mer, dans l’Apologie). 11
Courtin 3
Fier-à-Bras 1
Clirislophe Landréj ... 6
Lepaulmier ( sans le
nommer) 1
Simon de Valembert. .. 2
Wollï ( Liber gynœcio-
rum) i
Jacques Rueff 3
Nicole du Ilaut-Pas. .. . 3
Simon de Provanchie-
res i
Liébaut 1
Jacques Grcvin 2
Reion 2
André Baccy 5
André Marin 5
Albert 2
Sébastien Munster ... 2
Nicole Nancel 2
Volatcrran 5
Antoine Mizault i
Claude Tesserant 1
Lycosthènes 8
Cœlius Rhodiginus ... 3
Jovianus Pontauus. ... 1
Loys Layater 0
Jean de Marconïillc. . . 1
Duhaillan * 1
Lopez , Espagnol 1
Renzo, Milanais 1
Marlinus Cromerus. . . 1
Franciscus PicusMiran-
dula 1
Damascène' 1
Diphile 1
Mathias Cornai 1
Egidius Hertages 1
Paul Grillant 1
Pierre de la Palude. ... 1
Martin d’Arles 1
Facellus 2
Abraham Ortelius \
Melchior Guillaudin Be-
xxr
Nombre de fuis
Jean de Léry 2
Lucio Maggio 1
Julius Obsequcns. . . . 1
Milichius 1
Egnalius 1
Baptiste Léon 1
Loys Collée 1
Lcvinus Levinius 3
Malt. Sylvius 1
Jean Léon ou Léon l'A-
fricain 6
Jean Papou 1
Jacques de Fouilloux. . .»
Pierre Boaisluau 11
Alexander ah Alesan-
dro 2
Pierre Gilie 1
P. Rhodien 1
Bodin 4
Julius Pollux 1
J. -B. Théodose 2
Pierre Messie 2
George Agricola 1
Lapopelinière 1
Apollonius Menabenus. 1
Olaus Magnus 3
André Thével 29
Malliiolc 33
Massurius 1
Nonus «
Gabriel du Préau 1
Philippe de Mornay. . . 1
Erasme 2
Claude Paradin 1
Philippe Ulslnde 1
Ferrand Pouzct 1
Loys de Berllnme. ... 2
Garcias ab Ilortoou du
Jardin 2
Mclrius 1
Aloysius Cadamustus. . 1
Ænéas Sylvius Piccolo-
nimi 1
Polydorc Virgile 1
Ollio î
Hector Boélius 1
Marc Paul 2
Monslrelel «
Philippe de Comines. 3
Saxon l’historien 2
Fulgose 1
Alvarez 1
Dubartas 7
Ronsard 1
Total 5o5
Total général. 21O8
ruce,
XXII
PRÉFACE.
Enfin , je terminerai cet article par le sonnet que Paré avait
placé lui-même en avant de ses éditions complètes ; le texte actuel
est de 1 579 et n’a pas été changé depuis; mais je donnerai en
note les variantes de l’édition de 1 575.
SONNET DE I/AVTEVR.
Ce liure maintenant que ie 'mets en lumière ,
De mon art l’heritier, contient tous les secrets
Que iadis bien au long les Arabes et Grecs
Ont laissé par escril à la race derniere
Plein d’exemples il est de diuerse maniéré,
Ainsi que nous voyons de mille beaux portraits
Les prez se bigarrer, eschaufféspar les rais
Du Soleil , lorsqu’il fait sa course printanière1 2.
Or sus donc maintenant, va-t’en , mon fils tres-cher 3,
Que depuis quarante ansn’ay cessé de lecber :
Va , priant vn chacun qu’il leur plaise d’ensuiure
Lysippe, qui reprint Appelles doucement.
Mais arriéré , enuieux : car éternellement
On verra maugré vous ce mien ouurage viure.
§ IV. — Inauguration de la statue d’Ambroise Paré.
Nous avions annoncé en terminant qu’une statue en bronze
allait être érigée en l’honneur de Paré sur l’une des places pu-
bliques de Laval , dernier hommage de la reconnaissance popu-
laire. Paré avait été oublié dans cette large hospitalité que la
munificence royale offrait à Versailles à toutes les gloires de la
1 Variante de 1575 : ànostre aage derniere.
2 Ces trois vers se lisaient ainsi en 1775 :
Ainsi que nous voyons de mille et mille raiz
Reluire le paon , quand par vn grand progrez
Sa plume va monstrant plein d’arrogance fiere.
3 Variante : Va-t’en, mon fruict très cher.
PRÉFACE.
X.XIII
France ; et non pas lui seulement , mais avec lui plus d’une autre
grande gloire scientifique. Il aura désormais, dans un plus large
espace, en face du ciel et du soleil , un piédestal et une statue
dignes de lui.
Dès 1 835 , le conseil-général do la Mayenne avait exprimé le
vœu qu’un monument fût érigé à A. Paré dans sa ville natale. Le
préfet répondit à ce vœu , en i836, en proposant de faire les
premiers frais par une allocation de 2,000 francs au budget dé-
partemental ; le gouvernement et les souscripteurs devaient faire
le reste. Une commission s’organisa immédiatement sous la pré-
sidence de M. Queruau Lamerie, maire de Laval; elle se com-
posait de MM. Guédon, Lelièvre, Meslay, et de deux de nos
honorables confrères, MM. Bucquet et Hubert, tous deux cor-
respondants de l’Académie royale de médecine. Déjà, dès le
22 mars 1 836 , M. David avait proposé, dans le môme but, une
souscription où seraient reçus les dons môme les plus modiques ,
s’engageant, pour sa part, à faire gratis le modèle de la statue.
Cette offre magnifique fut acceptée avec reconnaissance, et un
programme de souscription ayant été arreté , le roi , le ministre
de l’intérieur, le conseil municipal de Laval, l’Académie et la
Faculté de médecine de Paris , plusieurs sociétés savantes et un
grand nombre de souscripteurs y répondirent , et le succès du
projet fut assuré. Nous vîmes s’élever dans l’atelier de M. David
le modèle de la statue , achevé dès le icr novembre 1 83g ; nous la
vîmes couler en bronze, le 12 mars 1840, par les soins de
MM. Soyer et Ingé , et dès le 9 juillet elle était arrivée à Laval.
Alors s’élevèrent avec rapidité de magnifiques blocs de granit
bleu , préparés pour le piédestal d’après les dessins de M. Moll ,
inspecteur des travaux du gouvernement, qui , lui aussi , refusa de
mettre à prix d’argent son concours pour cette œuvre patrio-
tique; et enfin le 29 juillet fut fixé pour la solennité.
Un ciel sans nuages semblait avoir voulu favoriser la fête ; des
villes et des communes voisines était accourue une foule inouïe
de spectateurs. Sur la place de la mairie, autour de la.statuo
XXIV
PRÉFACE.
encore voilée , la garde nationale et la troupe de ligne , auxquelles
s’étaient jointes des députations de tous les corps de métiers de
Laval , musique en tête et enseignes déployées , formaient un
carré immense. A toutes les croisées et jusque sur les combles
de rHôtel-de-Yille , des dames élégamment parées ; le peuple
dans toutes les rues adjacentes ; au centre de la place, sur une
estrade élevée en face de la statue , les autorités civiles et mili-
taires , les chefs des administrations publiques , les députés des
sociétés savantes ; et au milieu de ce grand cortège d’hommes ,
une seule femme , mademoiselle Renée Ambroise Paré , des-
cendante de notre grand chirurgien et la dernière héritière de son
nom. A quatre heures et demie , un coup de canon donna le si-
gnal, et la statue fut découverte au bruit des tambours battant aux
champs, des troupes présentant les armes, et des applaudisse-
ments et des acclamations de la multitude.
Ap rès que ces puissantes manifestations eurent fait silence ,
un chœur de musiciens salua l’image triomphante ; puis
M. le docteur Hubert, au nom de la commission de Laval,
M. Pariset , au nom de l’Académie royale de médecine, M. le
docteur Perdrix , délégué de l’association des médecins de Paris ,
M. Leterrier, principal du collège du Mans, prononcèrent des
discours où se répétait, mais toujours sous un aspect différent,
l’éloge du grand homme que Laval a donné à la France.
M. Naudet lut un dithyrambe dans lequel Paré se trouve mer-
veilleusement peint d'un seul trait par ce vers :
Humble de cœur, grand de génie.
Et enfin une salve d’artillerie annonça que la cérémonie de
l’inauguration était terminée. Ce n’était point encore la tin de la
fête; un magnifique banquet, présidé par les autorités, réunit
dans la salle d’honneur de la mairie toutes les députations des
sociétés savantes , et dans la soirée la ville tout entière couronna
dignement celte belle journée par une illumination générale.
PRÉFACE.
XXV
La statue s’élève sur la place de la mairie ; elle est en deux
morceaux, le corps et la tète, en outre des accessoires qui ont
été fondus à part; elle a 2 mètres 60 centimètres de haut , et pèse
1 ,200 kilogrammes. La figure que nous en avons donnée au fron-
tispice du premier volume, nous dispense de la décrire en dé-
tail ; disons seulement qu’en arrière des volumes placés à la
droite , et dont les titres annoncent les éditions françaises et les
versions étrangères, se déroulent quelques feuilles manuscrites
sur lesquelles sont gravés les canons suivants de Paré :
Vn remede expérimenté
Vaut mieux qu’vu nouveau inuenté.
Le nauré doit faire abstinence ,
S’il veut auoir prompte allégeance.
Celui qui pour auoir, et non pas pour sçauoir,
Se fait Chirurgien , manquera de pouuoir.
La gangrené qui est ja grande,
Rien que le Cousteau ne demande.
Le Chirurgien à la face piteuse
Rend à son malade la playe venimeuse.
Le piédestal sur lequel la statue repose est composé de 9 blocs
de granit bleu du pays, pesant ensemble 32,900 kilogrammes,
et offrant 3 mètres 60 centimètres de hauteur. Il est élevé sur
deux marches en granit et asphalte , dont la plus élevée supporte
une grille de fer formée de 1 44 barreaux.
Sur le premier socle en granit, dans une cavité creusée au mi-
lieu de la pierre, a été placée et soudée une boîte en plomb con-
tenant : 1 0 une notice sur la statue même ; 20 le programme de
la commission ; 3° la liste des souscripteurs ; 4° une lithographie
représentant A. Paré d’après le portrait de l’édition de 1628;
5° six pièces de monnaie à l’effigie de Louis-Philippe ; 6° et enfin
une plaque en cuivre sur laquelle a été gravée cette inscription :
XXVI
PRÉFACE.
Monument élevé en la ville de Laval , dans l’année 1840,
A la mémoire d’Ambroise Paré , créateur de la Chirurgie,
Conseiller et premier Chirurgien des rois de France Henri II,
François II, Charles IX et Henri III, né au village du
Bourg Hersent, près Laval, vers l’année 1509, décédé à
Paris le 20 décembre 1590, et inhumé le 22 dans l’église
Saint- André-des-Arcs.
La statue en bronze qui couronne ce monument est l’œuvre
du célèbre statuaire David d’Angers.
Et enfin , sous la plinthe en bronze de la statue , il a été dé-
posé une autre boîte en plomb contenant la notice sur A. Paré ,
par M. Villaume, et la copie sur parchemin du procès-verbal de
la pose de la première boîte.
Je regrette de ne pouvoir reproduire tous les discours pro-
noncés dans cette solennité imposante, mais je ne saurais passer
sous silence celui de M. Pariset.
« Messieurs,
» Quelle noble émulation s’allume entre les villes de France!
Je vois partout , au milieu d’elles, s’élever des monuments aux
gloires contemporaines et aux gloires des temps passés. Voltaire
et Buffon ont eu des statues ; et ces statues sont, avec celles des
conquérants et des rois, l’ornement de la capitale. Aujourd’hui
Montbéliard, Rouen, Strasbourg, en consacrent à la mémoire de
Gutenberg, au prodigieux savoir de Cuvier , au mâle génie de
Corneille, à l’aimable muse de Boyeldieu; et Boyeldieu et Cor-
neille attendent Fontenelle, comme Voltaire et Buffon attendent
l'inimitable Molière. Grenoble a son héroïque Bayard; LaFerté-
Milon, son sublime et harmonieux Racine-, Château-Thierry,
son naïf et profond La Fontaine. Bientôt sans doute l’auguste
image de Bossuet couvrira Dijon de sa lumière. Bordeaux ne
sera plus veuve de son Montaigne et de son Montesquieu ; ni
PREFACE.
XXVll
Marseille de son Pythéas et de son Belzunce ; ni Angers de son
Bodin, et de tant d’autres que je ne puis nommer ; ni Agen de son
Bernard de Palissy ; ni Dunkerque de son Jean Bart ; ni même
l’humble hameau de Poy de son Vincent de Paul. Massillon re-
viendra émouvoir et charmer sa ville natale, comme il a charmé
toute la France ; et reçu dans le château modeste de la Motte,
comme dans un sanctuaire, le divin Fénelon y appellera les ado-
rateurs de son talent et de ses vertus. Quels noms, quelles vertus,
en effet ! quels talents et quelles gloires ! En est-il une seule que
ne voie fleurir l’heureuse terre que nous habitons ? Que si toutes
nos villes suivaient un si bel exemple ; si chacune d’elles s’em-
pressait de tirer de l’oubli les hommes qui l’ont honorée; si, par
des récits et des tableaux, elle rendait encore une fois vivantes,
pour ainsi dire, leurs actions et leurs personnes ; quelle merveil-
leuse géographie, Messieurs! ou plutôt quel unanime concert de
voix éloquentes pour réchauffer dans nos âmes l’amour du beau ,
la passion du bien, deux sentiments qui se produisent, se nour-
rissent, se fortifient l’un par l’autre, et font le ciment et le bon-
heur de la société parmi les hommes! N’est-ce point par là que l’an-
cienne Grèce jetait comme un enchantement dans les étrangers
qui la visitaient ? Et n’est-ce point par là que notre nation devien-
drait elle-même le modèle de toutes les autres ?
» Cet exemple, Messieurs , c’est le donner que de l’imiter
comme vous le faites. Un homme est venu parmi vous, qui par la
puissance de son esprit, par l’habileté de ses mains, par la géné-
rosité de son cœur, par l’élévation de ses principes, et j'ajouterai
par sa constante pitié pour les malheureux, peut soutenir le pa-
rallèle avec les plus grands et les meilleurs hommes qu’ait portés
la terre : Ambroise Paré, qu’un souvenir aussi vif que le souve-
nir attaché au nom de Henri IV rend encore, après trois siècles,
aussi présent au milieu de nous que l’est lui-même cet excellent
roi. Et ce souvenir empreint dans vos esprits , vous avez voulu
qu'il prit un corps ; vous avez voulu qu’Ambroise Paré fût en
XXVIII
PRÉFÀCr.
réalité sous vos yeux : le voilà. Il respire dans ce bronze que
David a vivifié de son génie.
» Parlerai-je ici de ses premières années? Ce qui résulte des
contradictions de ses historiens, c’est que, né pauvre, ne sachant
que lire, ne sachant qu’écrire, et dépourvu de toute littérature,
il vint à Paris , fut reçu dans l'officine d’un barbier , entra à
l'Hôtel-Dieu et y étudia trois années, n’ayant pour guides que
quelques livres, la nature et lui-même ; lui, dis-je, car, de même
que le potier de Saintonge , il avait cette trempe d’intelligence
qui, saisissant les faits et les multipliant par l’étendue et la
sûreté des inductions, sait tirer, comme Scarpa, d’une expérience
bornée une expérience sans limites , et crée elle-même l’art
qu’elle veut connaître. La guerre était alors partout, fomentée
par la politique et la religion» source intarissable de calamités
pour les peuples, et d’enseignements pour Ambroise Paré. A dix-
neuf ans, il court sur les champs de bataille ; il y rencontre des
préjugés bizarres , et des pratiques plus meurtrières que la
guerre elle-même. Une seule observation lui ouvre les yeux sur
tant d’absurdités et de barbarie. Sur-le-champ sa raison les re-
jette, pour y substituer des idées plus saines, et des pratiques
plus faciles et plus simples, et tout ensemble plus humaines et
plus sûres ; car c’est épargner la vie des hommes que de leur épar-
gner la douleur. Ses heureuses innovations deviennent le texte
de son premier ouvrage ; et cet ouvrage, bien que très court,
commence en Europe et achève sa renommée. L’Allemagne et
l’Italie adoptent sans hésiter une doctrine à laquelle le temps
n’a rien changé. A vingt ans , Paré avait donné des lois à la
chirurgie.
» Suivez-le aux sièges de Boulogne, aux sièges deDamvilliers,
de Metz , de Hesdin ; suivez-le dans dix autres expéditions
militaires, au cœur delà France, et jusqu’aux confins de l’Espa-
gne et de la Flandre : partout même courage, même activité d’es-
prit, même soin de recueillir des faits et d’agrandir ses connais-
PREFACE.
xxrx
sances ; partout même justesse de vues, même sagacité, mêmes
succès ; à ce point qu’il est l’idole de l’armée, et que, raffermi par
sa présence, le soldat se sent plus intrépide , et ne craint ni les
dangers ni la mort. Une foi si vive, Paré l’inspirait par ses décou-
vertes, par son habileté, par l’ardeur de son zèle à servir les
hommes. Dans les grandes amputations, où l’ouverture des ar-
tères rend les hémorrhagies si dangereuses , quelle soudaine
inspiration le porte à fermer les vaisseaux par la ligature, au lieu
de les fermer, comme on le faisait, par la cruelle application du
feu ! D’un trait de sa lumière, il change encore sur ce point toute
la face de la chirurgie. Dans le traitement du Balafré, que de
hardiesse, de prudence et de fermeté! et dans le traitement do
ce soldat blessé de douze grands coups d’épée, que Paré prend
moribond sous sa garde, et qu’il rend à la vie en se faisant son
médecin, son chirurgien, son apothicaire et'son cuisinier : quelle
patience, quel dévouement et quelle humanité ! Personne, dans
nos temps modernes, si j’en excepte l’illustre Larrey, qui l’avait
pris pour modèle, personne n’a porté plus loin l’oubli, l’abnéga-
tion, le sacrifice de soi-même, et les nobles et touchantes vertus
du chirurgien.
» Dans le tumulte d’une vie si agitée, au milieu des déplace-
ments qu’exigent la guerre et les fonctions qui l’attachaient à ses
rois, une belle et noble pensée préoccupait ce grand homme.
Frappé du vide delà chirurgie française , il voulait qu’après lui
un corps de doctrine rendît plus facile aux hommes de sa nation,
l’étude d’un art si nécessaire. Il voulait que ce corps de doctrine
lut son ouvrage, parce qu’il se sentait seul en état de l’exécuter ; et
de là sont nés tant d’écrits si divers, qui, accrus d’année en année,
et perfectionnés parle travail le plus opiniâtre, composent la ri-
che collection qu’il a léguée à la postérité. Tout n’est pas de lui
dans ce grand ouvrage, mais le nombre et l’excellence de ses
propres vues et de ses découvertes en sont lame, pour ainsi dire ;
elles en forment la partie essentielle, capitale et dominante ; elles
seront la leçon de tous les siècles.
XXX
PRÉFACE.
» A l’égard de ses rivaux et de ses envieux critiques, l’intérêt
de sa propre gloire, je me trompe, l’intérêt de la vérité seule fit
qu’il prévint les uns par sa diligence, et qu’il soumit les autres
par la seule autorité de sa raison. Il eut surtout contre lui les
ombrages de la Faculté ; la Faculté ne souffrait pas qu’il entrât
dans des matières dont elle s’était fait comme ûn domaine exclusif.
Singulier temps, où, faute de vains titres, faute de grec et de latin,
l’homme qui pouvait le mieux écrire sur la médecine, n’en avait
pas le droit ! N’est-ce pas renverser tous les termes, mettre les
mots au-dessus des choses, et préférer l’accessoire au principal?
Le génie, en quoi que ce soit, ne saurait dépendre d’un idiome
éteint et muet. Bessarion, avec tout son savoir, n’était qu’un pé-
dant ridicule ; et, pour prendre un exemple plus élevé, lorsque
le plus sage et le plus brave roi qu'ait eu la France, songeait, en
faveur des peuples, à établir en Europe un équilibre d'indépen-
dance et de liberté, il n’avait pour appui dans ce grand dessein
que les conseils d’un chancelier sans lettres, et l’épée d’un con-
nétable qui ne savait pas lire. Tels étaient les auxiliaires; mais il
y avait là un sens si parfait, une raison si droite et si ferme, que
le roi n’en voulait pas d’autres. Avec toutes ses lumières, la Fa-
culté ne voyait pas qu’uniquement formé par lui-même, disciple
et maître tout ensemble, Paré n'en était que plus admirable et
plus digne de respects.
» J’ai parlé de guerre, Messieurs, et mes paroles ont pu réveil-
ler dans vos esprits ces dissensions funestes qui, au nom d’une
religion de paix et de charité, ont si long-temps déchiré la France.
Placé par sa profession même entre deux partis acharnés l’un
contre l’autre , Ambroise Paré , plus sage que ne l’avait été le
Milanais Lanfranc, plus sage que les Italiens fugitifs qui venaient
peupler Paris du temps de Pitard, et qui tous avaient trempé
dans les guerres civiles, Ambroise Paré, environné des mêmes
excès, des mêmes périls et des mêmes séductions, sut maintenir
son indépendance et sa liberté. Gomme il ne se livrait à aucune
faction, sa réserve rendit sa foi suspecte. On le crut, on le dit en-
PRÉFACE.
XXXI
gagé dans la réforme, et c’est là l’opinion qui a prévalu jusqu’ici.
Mais, ainsi que l’a démontré en dernier lieu M. Malgaigne, cette
présomption s’accorderait mal avec les dates que fournit l’histoire.
Elle serait même démentie par quelques actes publics de la vie
de Paré, par son second mariage , et par sa sépulture dans une
église catholique. Mais quoi ! il est des temps d’aveuglement et
de fureur où la modération , ce frein ou plutôt cette règle de tous
nos sentiments, est comme la perle de l’Evangile ; c’est elle sur-
tout qui aigrit les caractères violents et passionnés ; et le fanatisme
s’irrite moins de ce qui lui résiste, que de ce qui le condamne.
«Quels qu’aient été, du reste, sur des questions si délicates,
les secrets sentiments de Paré, il est certain qu’il avait lame pé-
nétrée d’une piété profonde. Il reconnaissait, il admirait , il ado-
rait partout l’intelligente, la bienfaisante main du Créateur. Il
osait se réserver l’humble mérite de panser les malades, mais
c’est à Dieu qu’il rapportait la gloire de la guérison. Tout le
monde connaît sa maxime favorite: le le pansa/. Dieu le guarist;
sainte maxime qui renferme Paré tout entier, son âme, son esprit,
sa simplicité, sa modestie, et l’invariable principe de ses volontés
et de ses actions, je veux dire l’amour de Dieu et des hommes.
Il le savait en effet mieux que personne : un art tout divin
préexiste en nous, un art tout divin nous anime et conduit nos
mouvements intérieurs avec une sagesse à laquelle doit toujours
se subordonner la faible sagesse du médecin , de l’homme qui
ose intervenir dans cette combinaison de merveilles. Ambroise
Paré était donc souverainement religieux ; mais il l’était à sa
manière, à la manière de Fénelon, à la manière des plus rares
esprits qui aient honoré notre espèce. Il pensait comme eux , ou
plutôt il sentait qu’une religion n’est toute divine qu’autant qu’elle
est tout humaine, et que nous n’adorons Dieu qu’en servant nos
semblables. Si l’âme de l’homme est immortelle, et s’il était pos-
sible que lame de Paré m’entendît, ou que ce bronze prît pour
lui la parole, une secrète voix m’avertit qu’il applaudirait à la
mienne, et que, peu touché des éloges qu’on donne à son talent,
XXXII
PREFACE.
il accepterait du moins ce dernier hommage (pie je rends à sa
mémoire.
«C’est au nom de l’Académie royale de médecine que j’ai osé
paraître en cette solennité. Puisse cette compagnie, et puissiez-
vous, comme elle, ne pas désavouer le langage que je vous ai
fait entendre ! Souffrez maintenant que je vous félicite en mon
propre nom du triple choix que vous avez fait, et de l’homme
que vous avez voulu célébrer, et de l'artiste qui vous a secondés de
son talent, et du lieu charmant où vous élevez son chef-d’œuvre :
lieu découvert, accessible, où les aimables pompes d’une riante
nature viennent se marier comme d’elles-mêmes aux pompes de
l’art et aux embellissements que vous leur préparez. Appelé, re-
tenu aux pieds de l'image d'Ambroise Paré, par l’attrait de ce
nouvel Élysée, le voyageur ému contemplera ce bronze; et pour
peu qu’il ait un cœur d’homme, il en entendra sortir ces paroles :
« Tu vois qu’il est des hommes qui savent faire le bien, et qu’il
» en est qui savent le reconnaître. Que les uns et les autres soient
» toute ta vie tes modèles! » Ces paroles, je les entends, Mes-
sieurs; et c’est l’âme'remplie d’un si beau précepte, que je vais
me séparer de vous, avec le regret de ne pas être un des vôtres,
de ne pas vous appartenir, à vous qui montrez des sentiments si
humains, et qui m’avez comblé de vos bontés. Puissiez-vous, du
moins, ne pas me refuser la seule grâce laquelle il me soit per-
mis d’aspirer ! puissiez-vous me donner dans vos souvenirs une
place , quelque petite qu’elle soit , à côté de votre glorieux
compatriote , l’immortel fondateur de la chirurgie française ! »
LE DIX-NEVFIÉME LIVRE
TRAITANT
DES MONSTRES ET PRODIGES*.
-
PREFACE.
Monstres sont choses qui apparois-
sent outre le cours de Nature ( et
sont leplussouuent signes de quelque
malheur à aduenir ) comme vn en-
' Voici, de toute la collection de Paré,
le livre dont ses admirateurs ont cru avoir
le plus à rougir, et Percy entre autres s’é-
criait : Plût à Dieu qu’il n'eût jamais vu le
jour! Ces jugements un peu précipités vien-
nent d’une étude très superficielle de l’œu-
vre et de l’époque; peut-être aussi certains
esprits se sont-ils laissés effaroucher par la
forme, sans pénétrer jusqu’au fond ; et je
suis si loin de partager une pareille opinion,
que je n’hésite pas à donner ce livre comme
un des plus curieux et des plus intéressants
du xvff siècle. Peut-être la forme sous la-
quelle je l’ai présenté ralliera-t-elle plus
d'un lecteur à mon avis.
Il avait paru pour la première fois en 1573,
dans les Deux Hures dechirurgie, à la suite
du Livre de la génération, dont il peut, en
effet, en bonne partie passer pour le com-
plément. Il se composait alors de 31 chapi-
tres traitant des monstruosités naturelles et
des cas rares de chirurgie, avec une digres-
sion assez malheureuse sur les démons et
fant qui naist auec vn seul bras , vn
autre qui aura deux testes , et autres
membres outre l’ordinaire.
Prodiges , ce sont choses qui vien-
nent du tout contre Nature, comme
vne femme qui enfantera vn serpent,
l’art magique, mais jusque là sans sortir de
la pathologie; et il se terminait par un
32e chapitre, sans liaison aucune avec les
précédents ni avec le plan du livre, intitulé :
Des monstres marins. En 1579, à l’époque
même où la lecture de Thévet avait inspiré
à Paré son livre des animaux, il compléta
celui des monstres par trois chapitres consa-
crés aux monstres volatiles, aux monstres ter-
restres et aux monstres celestes. Or je le ré-
pète , et on s’en assurera par la préface de
Paré même, tout cela était hors du plan du
livre, plan régulier, logique, et qui créait
dans la pathologie chirurgicale une bran-
che toute nouvelle, ainsi qu’avait fait le li-
vre de la prothèse. Long-temps balancé en-
tre le respect que je devais au texte et à
l’arrangement de l’auteur, et le désir de
restaurer son ouvrage suivant le plan qu’il
avait tracé lui-même, enfin je me suis dé-
cidé pour ce qui m’a paru le plus favorable
à l’illustration de son livre; j’ai retranché
hardiment tout ce qui concerne l'histoire
I
III.
2 LE DIX-NEVîTÉME LIVRE
ouvn chien, ou autre chose du tout
contre Nature, comme nous mons-
trerons cy apres par plusieurs exem-
ples d’iceux monstres et prodiges :
lesquels i’ay recueillis auec les figu-
res de plusieurs qutheurs : comme
des Histoires prodigieuses de Pierre
Boistuau , et de Claude Tesserand,
desainct Paul, sainct Augustin, Esdras
le Prophète : et des anciens philo-
sophes , à sçauoir d’Hippocrates , Ga-
lien, Empedocles, Aristote, Pline,
Lycosthene , et autres qui seront
collés selon qu’il viendra à propos.
des animaux et des prodiges météoriques,
que j’ai reportée à la fin de la collection, im-
médiatement après le livre des animaux, où
était vraiment sa place naturelle. Ce n’é-
tait pas assez, et dans ce qui restait se trou-
vaient des figures de monstres tellement
hors de nature, qu’il ne faut pas s’étonner si
leur simple aspect a suffi pour frapper beau-
coup de lecteurs de nausée et de dégoût. J’ai
d’autant moins hésité à effacer ces figures
que pas une seule n’appartient à Paré, et
qu’il les a copiées dans des recueils de pro-
diges publiés de son temps, et où l’on est
bien loin de trouver le bon sens, la saine
observation et la science qui frappent dans
son livre. Du reste, j’ai respecté scrupuleu-
sement celles qui lui appartenaient à lui-
même; et j’en ai même conservé beaucoup
d’autres qui ont encore aujourd’hui leur
intérêt pour la tératologie , ou même qui,
mal faites et défigurées, sont essentielles
cependant à l’intelligence des doctrines du
xvi' siècle.
On voit par la liste des auteurs que Paré
a consultés et qu’il énumère dans sa préface,
qu’il ne cherche pas à s’attribuer plus qu’il
ne lui revient dans la composition de son
œuvre; et l’on peut dire qu’il y a excès de
modestie dans ses aveux. Percy a prétendu
que Grévin l’avait aidé dans la rédaction;
cela n’a pas l’ombre de fondement. Il est
probable toutefois qu’il a eu un collabora-
teur, ne fùt-ce que pour lui traduire les en-
droits des auteurs latins qu’il cite; et il y a
quelque probabilité que ce fut son ami Hau-
Les mutilés 1 , ce sont aueugles ,
borgnes , bossus , boiteux , ou ayans
six doigts à la main ou aux pieds, ou
moins de cinq , ou ioints ensemble :
ou les bras trop courts, ou le nez
trop enfoncéj comme ont les camus :
ou auoir les léures grosses et ren-
uersées, ou closture de la partie gé-
nitale des filles pour cause de l’hy-
men , ou chair supernaturelle , ou
qu’elles soient hermaphrodites : ou
ayans quelques taches ou verrues,
ou loupes , ou autre chose contre
Nature.
lin. D’ailleurs, l’auteur dans lequel il fouille
le plus communément est Lycoslbènes, qu’il
a mis par oi les anciens philosophes, sans
doute à cause de son nom grec, et qui est
tout simplement un écrivain du xvie siècle.
L’ouvrage de Lycoslbènes que Paré a mis à
contribution avait paru à Bâle, en 1557, sous
ce litre : Prodigiorum ac osteiitorum chroni-
con, etc., per Conradum Lycoslhcnem Rubea -
quensem ; c’est un petit in-folio de C78 pages,
contenant par ordre de dates tous les prodi-
ges que l’auteur a pu recueillir dans les au-
teurs depuis le commencement du monde
jusqu’à l’an 1554 , avec une innombrable
quantité de ligures; livre indigeste, mais
d’une érudition étonnante, et source pré-
cieuse où l’on peut encore puiser après Pgrô
pour l’histoire de la tératologie. Viennent
ensuite les histoires prodigieuses de Pierre
Boaistuau, qu’il écrit Boistuau, publiées en
1500, réimprimées avec des augmentations
en 1575; c’est cette dernière édition que j’ai
suivie; et enfin un livre du même titre de
Claude de Tesserand , qu’il appelait par er-
reur Claude Desserand, dans ses premières
éditions; mais je n’ai pu me procurer ce
dernier ouvrage.
1 Ce paragraphe ne date que de 1579 , et
on lisait alors par une faute d’impression
facile à comprendre : les inutiles.
On voit par là que l’auteur se propose de
traiter de trois sortes de monstruosités ; tan-
dis qu’en 1573 il se bornait aux deuxpremiè»
res, savoir, aux monstres et aux prodiges,
dont le nom est resté dans le titre du livre.
CES MONSTRES ET PRODIGES.
3
CHAPITRE I.
DES CAVSES DES MONSTRES.
Les causes des monstres sont plu-
sieurs.
La première est la gloire de Dieu.
La seconde, s,on ire.
La troisième, la trop grande quan-
tité de semence.
La quatrième , la trop petite quan-
tité.
La cinquième, l'imagination.
La sixième, l’angustie ou petitesse
dp la matrice,
La septième , l’assiete indecente
de la mere , comme , estant grosse ,
s’est tenue trop longuement assise
les cuisses croisées, ou serrées contre
le ventre.
La huitième , par cheute , ou coups
donnés contre le ventre de la mere
estant grosse d’enfant.
La neuüéme , par maladies héré-
ditaires, ou accidentales.
La dixiéme, par pourriture ou cor-
ruption de la semence.
L’onzième , par mixtion , ou mes-
lange de semence.
La douzième , par l’artifice des
meschans belistres de l’osliere *.
La treiziéme, par les Démons ou
DiaMes 2.
1 Des mendiants. La traduction latine a pris
d’étranges licences dans tout ce livre ; et par
exemple, elle a laissé de côté toute cette
énumération des causes. Mais au chapitre 1S,
répondant au chapitre 21 du texte français,
elle donne pour équivalent mendicantes.
Voyez ce chapitre 21.
4 L’édition de 1573 ajoutait ici le para-
graphe suivant, qui a été retranché en 1579 :
« Il y a d’autres causes que ie laisse pour
le présent, parce qu’outre toutes les raisons
humaines, l’on n’en peut donner de suffi-
santes et probables : comme, pourquoy sont
CHAPITRE II.
EXEMPLE DE LA GLOIRE DE D1EV.
Il est escrit en S. Iean 1 * * 4 d’vn homme
qui estoit nay aueugle , lequel ayant
rccouuert la veuë par la grâce de
Iesus-Christ, fut interrogué de ses dis-
ciples , si le péché de luy ou de ses
parens estoit cause qu’il cust esté
ainsi produit aueugle dés le iour de
sa naliuité. Et Iesus-Christ leur res-
pondit*: Que luy, ne son pere, ne sa
mere n’auoient péché , mais que
c’estoit à fin que les œuures de Dieu
fussent magnifiées en luy.
CHAPITRE III.
EXEMPLE DE L’iRE DE DIEV.
Il y a d’autres causes qui nous es-
tonnent doublement, parce qu’ils ne
procèdent des causes susdites , mais
vne confusion d’estranges especes ,
qui rendent la créature non seule-
ment monstrueuse, mais prodigieuse ,
c’est-à-dire qui est du tout abhor-
rente et contre nature : comme pour-
quoy sont faits ceux qui ont la figure
d’vn chien, et la teste d’vne volaille,
vn autre ayant quatre cornes à la
teste, vn autre ayant quatre pieds de
bœuf, et les cuisses déchiquetées :
vn autre ayant la leste d’vn perro-
quet , et deux panaches sur la teste ,
faicts ceux qui n’ont qu’vn seul œil au mi-
lieu du front, ou le nombril, ou vne corne
à la teste, ou le foye s’en dessus dessous :
Autres naissent aians pieds de griffon ,
comme les oiseaux, et certains monstres qui
s’engendrent dans la mer; bref, une infinité
d’autres qui seroient trop longs à d’es-'
cripre. »
‘ Cap. 9. —A. P. —1573.
LE DIX'NEVFIÉME LIVRE ,
4
et quatre griffes : autres d’autres for-
mes et figures , que tu pourras voir
par plusieurs et diuerses figures , cy-
apres dépeintes sur leur figure *.
Il est certain que le plus souuent
ces créatures monstrueuses et prodi-
gieuses procèdent du iugement de
Dieu , lequel permet que les peres et
meres produisent telles abominations
au desordre qu’ils font en la copula-
tion comme bestes brutes, où leur
appétit les guide , sans respecter le
temps, ou autres lois ordonnées de
Dieu et de Nature : comme il .est es-
crit en Esdras le Prophète , que les
femmes souillées de sang menstruel
engendreront des monstres 1 2.
Pareillement Moyse defend telle
conionction au Leuitique, chap. 16.
Aussi les anciens ont obserué par lon-
gues expériences , que la femme qui
aura conceu durant ses fleurs , en-
gendrera enfans lepreux , tigneux ,
goutteux , escrouëlleurs , et autres ,
ou sujets à mille maladies : d’autant
que l'enfant conceu durant le flux
menstrual prend nourriture et ac-
croissement, estant au ventre de la
mere, d’vn sang vicieux , sale et cor-
rompu , lequel auec le temps ayant
enraciné son infection , se manifeste
et fait apparoistre sa malignité : au-
cuns sei’ont tigneux, autres goutteux,
autres lepreux , autres auront la pe-
tite verolle ou rougeolle , et autres
infinités de maladies. Conclusion ,
c’est vne chose salle et brutale d’a-
uoir affaire à vne femme pendant
qu’elle se purge 3.
1 Ce paragraphe a été ajouté en 1579.
s Esdras, ch. 5. liv. 4. — A. P. — Ici finis-
sait le chapitre dans les deux éditions de
1573 et 1575, d’où l’on voit qu’il était fort
court, ne consistant qu’en cet unique para-
graphe. Le reste a été ajouté à diverses dates.
3 Ce paragraphe est de 1585.
Lesdits anciens estimoient tels pro-
diges venir souuent de la pure vo-
lonté de Dieu , pour nous aduertir
des malheurs dont nous sommes
menacés, de quelque grand desordre,
ainsi que le cours ordinaire de
Nature sembloit estre peruerti en
vne si malheureuse engeance. L’I-
talie en fit preuue assez suffisante ,
pour les travaux qu’elle endura en
la guerre qui fut entre les Florentins
et les Pisans , apres auoir veu à Ve-
ronne, l’an 1254, vne iumentqui pou-
lina vn poulain qui auoit vne teste
d’homme bien formée, et le reste
d’vn cheual *.
Autre preuue. Du temps que le
Pape Iules second suscita tant de
malheurs en Italie , et qu’il eut la
guerre contre le Roy Louys douzième
(1512), laquelle fut suiuie d’vne san-
glante bataille donnée prés de Ra-
uenne : peu de temps après on veit
naistre en la mesme ville vn monstre
ayant vne corne à la teste, deux ai-
les, et vn seul pied semblable à celuy
d’vn oiseau de proye : à la iointure
du genoüil vn œil : et participant de
la nature de masle et de femelle 2.
1 Toutes les éditions, à partir de celle
de 1579, ajoutent ici : comme tu vois par ceste
figure; après quoi vient une figure parfaite-
ment caractérisée par son titre : Figure d'vn
poulain ayant la leste d’homme. C’est une de
ces imaginations absurdes qu’admettait la
crédulité du xvie siècle, et qui a même trou-
vé des partisans beaucoup plus tard. Paré a
emprunté cette histoire et cette figure à Ly-
costhènes, ouvr. cité, page 438.
2 Ce paragraphe a été ajouté en cet en-
droit en 1579, mais il existait déjà en 1573,
du moins en substance, à la fin du chapi-
tre 6. Là, comme ici, il était suivi du Por-
trait d’vn monstre merueilleux , de tout point
en accord avec la description fantastique
qu’on vient de lire. Si à toute force on peut
présumer que l’histoire précédente aurait
DES MONSTRES ET PRODIGES.
5
CHAPITRE IV.
EXEMPLE DE LA TROP GRANDE QUANTITÉ
DE SEMENCE.
Hippocrates sus la génération des
monstres dit, que s’il y a trop grande
abondance de matière , il se fera
grand nombre de portées, ou vn en-
fant monstrueux ayant des parties
superflues et inutiles , comme deux
testes , quatre bras , quatre iambes ,
six doigts és mains et pieds, ou au-
tres choses : au contraire si la se-
mence defaut en quantité, quelque
membre defaudra , comme n’auoir
qu’vne main , point de bras, ou de
pieds, ou de teste, ou autre partie
defaillante.
Sainct Augustin 1 dit que de son
temps il nasquit en Orient vn enfant
qui auoit le ventre en haut , toutes
les parties supérieures doubles , et
les inferieures simples : car il auoit
deux testes et quatre yeux, deux poi-
trines et quatre mains , et la teste
comme vn autre homme , lequel ves-
quit assez long-temps.
Cælius Rhodiginus a escrit au liure
de ses antiques leçons 2 , auoir veu
en Italie deux monstres , l’vn masle
et l’autre femelle , leurs corps bien
parfaits et proportionnés , reste la
duplication de la teste : le masle mou-
rut peu de iours apres sa natiuité , et
pris son origine dans un fait réel de quel-
que monstruosité mal observée , il est cer-
tain, au contraire, que celle-ci est une pure
fable et n’a jamais eu le moindre fonde-
ment. L’histoire et la figure sont égale-
ment copiées de Lycosthénes, ouvrage cité,
page 517, qui lui-même l’avait pris de Rtieff,
De conceplu et generatione, 1554, fol. 51.
1 Chap. 8 de la Cité de Dieu. — A. P.
* Ch. 3, 24 liu. — A. P.
la femelle, de laquelle tu vois ici le
pourtrait , vesquit vingt - cinq ans
apres : qui est contre le naturel des
monstres , lesquels ordinairement ne
viuent gueres , pource qu’ils se des-
plaisent et melancholient de se voir
ainsi en opprobre de tout le monde,
si bien que leur vie est briefue.
Figure d’vne fille ayant deux testes *.
1 Nous sortons cette fois du domaine de
l’imagination pour entrer dans celui de la
réalité; aussi ai-je fait soigneusement co-
pier les figures qui suivent. Celle que l’on
voit ici se rapproche beaucoup de la fameuse
Rila Christina , si bien étudiée par M. Geof-
froy Saint-Hilaire. [Hist. des anomalies de
l’organisation , Paris, 1836, t. III , p. 166.)
J’ai rétabli le titre de la planche d’après l’é-
dition de 1573.
Du reste, Paré a probablement emprunté
6 LE DIX-NEVFIlïME LIVRE
Or il faut icy noter que Lycosthene
escrit vne chose merueilleuse de ce
monstre femelle : car reserué la du-
plication de la teste, Nature n’y auoit
rien omis : ces deux testes ( dit-il )
auoient mesme désir de boire , man-
ger, etdormir, et la parolle semblable,
comme estoient mesmes toutes leurs
affections. Ceste fille alloit d’huis en
huis chercher sa vie, et luy don-
noit-on volontiers pour la nouueauté
d’vn si estrange et nouueau spectacle :
toutesfois elle fut dechassée à la lon-
gue de la duché de Bauiere, parce
( disoit - on ) qu’elle pourroit gaster
le fruict des femmes grosses, pour
l’apprehension et idées qui pour-
roient demeurer en la vertu imagi-
natiue , de la figure de ceste créature
ainsi monstrueuse 2.
L’an de grâce 1475 , furent engen-
drées pareillement en Italie , en la
ville de Veronne, deux filles conjoin-
tes par les reins , depuis les espaules
iusques aux fesses : et parce que leurs
parens estoient pauures, elles furent
portées par plusieurs villes d’Italie ,
pour amasser argent du peuple , qui
estoit fort ardent de voir ce nouueau
spectacle de nature.
l’histoire et la figure de ce monstre à Boais-
tuau,ouv. cité, folio 128, verso; lequel avait
à son tour copié LycostlièneS, ouv. cité, page
505.
1 En 1573, Paré écrivait : que Licoslhene ,
grand philosophe, etc. Il effaça cet éloge dès
1575.
2 II n’est bon que les monstres cohabitent
entre nous. — A. P. — Cette remarque est
de 1579.
Figure de deux filles gemeltes , ioinres et vnies
par les parties postérieures 1,
L’an 1530, on a véii vn homme en
ceste ville dé Paris , du ventte duqiiel
sortoit Vn autre homme bien formé
de tous ses mehibfes, feseftiélà teste,
et cest homme estoit aagé de qua-
1 Cette figure appartient éncoré à Lyco-
sthènes, p. 49(1, et sé trouve reproduite à di-
vers endroits de son livre ; du reste, comme
la précédente* elle représente une monstruo-
sité exactement observée. On peut remarquer
que les deux sujets sont accolés par leurs
parties semblables, suivant la loi établie
par Ms Serres. Voyez son ouvrage Recherches
d’anatomie transcendante et pathologique, Pa-
ris , 1832 , in-4“ et allas in-folio, et mon
Anatomie chirurgicale , Paris, 1838, t.i, p. 54.
— On trouve une figure pareille dans Rucff,
De concept, et générations, 1554, fol. 45.
DES MONSTRES ET PRODIGES.
rante ans ou enuiron, fet portait ainsi
ce corps entre ses bras, auec si grande
merueille, que le mondes’assembloit à
grandes troupes pour le voir : la figure
duquel t’est icy représentée au vif.
Figure d’un homme, du ventre duquel sorloit
vn autre homme 1.
En Piedmont en la ville de Quiers,
distante de Tburin enuiron de cinq
lieues, vne honneste dame accoucha
d’vn monstre le dix-sepliéme iour de
ianuier à huit heures du soir , ceste
présente anhée 1578 , la face estant
1 Pâté ne dit pas qu’il ait vu lili-même
ce monstre; il l’a manifestement copié de
Boaistuau , qui dit l’avoir vu à Valencè eh
1530 , et qui conséquemment le décrivait de
mémoire après un long temps écoulé; oiiv.
7
bien proportionnée en foules ses par-
ties. Il a esté monstrueux au reste de
la teste , en ce qu’il en sorloit cinq
cornes approchantes à celles d’un bé-
lier, rengées les vnes contre les au-
tres au haut du front : et àü derrière
vne longue piece de chair pendante
le long du dos, en maniéré d’vn cha-
peron de darrioiselle. Il auoit autour
de son col vne piece de chair double
couchée en la maniéré d’vn collet de
chemise tout vni, les extrémités des
doigts fessemblans aüx griffes de quel-
que oiseau de proye, les genoux aux
iarrets. Le pied et la jambe droite es-
taient d’vn rouge fort haut en cou-
leur : le reste du côrps estoit de la
couleur d’vn gris enfumé. On dit qu’à
la naissance de ce monstre qu’il ieltà
vn grand cry, qui estonna tellement
la sage-femme et toute la compagnie,
que l’effroy qu’ils en eurent leur fit
quitter le logis. Dont la noüuelle es-
tant venue iusques à monsieur ie
prince cle Piedmont , pour le désir
qu’il auoit de le voir, l’enuoÿa qué-
rir, en la presence duquel plusieurs
en firent diuers iugemens ».
Ce présent monstre que voyez cy
dépeint a esté trouüé dedans un œuf,
ayant la face et visage d’vn homme ,
tous les cheueux de petits serpen-
cité, fol. 8(1. Dans tous les cds il est infini-
ment probable que l’enfant parasité, s’il
émergeait du ventre, n’avait que l’abdomen
et les membres ilifétieurs. Le monstre de
Benais, que M. Lisfrdnè avait eu l’idéfe d’o-
pérer, était presque eh tout semblable à ce-
lui-ci. Voyez mon Anatomie chir., t. i, p. 52.
Lycosthènes, ouv. cité, p. 524, donne une
figure toute pareille, comme la représen-
tation d’un homme qtli fut vu en Savoie
en 1519.
1 Cette histoire, comme on aurait pu le
présumer d’après sa date, a été ajoutée par
l’auteur dans son édition de 157£i. 11 est pro-
8
LE DIX-NEVFIEME LIVRE,
teaux tous vifs, et la barbe à la mode
et façon de trois serpens qui luy sor-
toient hors du menton : et fut trouué
le quinziéme iour du mois de mars
dernier passé. 1569, chez vn aduocat
nommé Baucheron , à Authun en
Bourgongne , par vne chambrière qui
cassoit des œufs pour les mettre au
beurre, entre lesquels cestuy-ci es-
toit : lequel estant cassé par elle, veit
sortir ledit monstre , ayant face hu-
maine, les cheueux et barbe de ser-
pens, dont elle fut merueilleusement
espouuentée. Et fut baillé de la glaire
dudit œuf à vn chat, qui en mourut
subitement. De quoy estant aduerti
monsieur le baron deSenecey cheua-
lier de l’ordre, a esté de sa part en-
uoyé ledit monstre au roi Charles,
qui pour lors estoit à Metz K
bable qu’il s’agissait d’uneencéphalocèle pos-
térieure ; pour les autres phénomènes, ils
ont été certainement grossis ou défigurés
par la peur ou la crédulité. Paré ajoutait:
La figure l'est icy représentée apres le naturel ;
mais, malgré cette annonce fastueuse, la pré-
tendue figure d’après nature était si mani-
festement imaginaire et ridicule que je n’ai
pas hésité à la supprimer. J’ignore du reste
à quel auteur il a pu l’emprunter.
1 Malgré la date de cette histoire, elle ne
L’an 1546, à Paris vne femme grosse
de six mois enfanta vn enfant ayant
deux testes, deux bras, et quatre
iambes, lequel i’ouuris, et n’y trou-
vay qu’vn cœur (lequel monstre est
en ma maison , et le garde comme
chose monstrueuse *) : partant l’on
peut dire n’estre qu’vn enfant.
Figure (l’un enfant ayant deux testes , deux
bras et quatre iambes.
se trouve pas dans l’édition de 1573, et a
été ajoutée seulement en 1579. Elle est fon-
dée sur quelque chose de réel , sans doute ,
et l’on a trouvé quelquefois dans des œufs
des figures bizarres. Mais évidemment l’ima-
gination la plus crédule a pu seule inventer
cette tête d’homme avec des cheveux et une
barbe de serpents.
1 Cette parenthèse manque dans toutes
DES MONSTRES
Aristote dit L qu’vn monstre ayant
deux corps ioints ensemble , s'il est
trouué auoir deux cœurs, on peut vé-
ritablement dire estre deux hommes
ou femmes : autrement s’il est trouué
n’ auoir qu’vn cœur auec deux corps,
ce n’est qu’vn. La cause de ce mons-
tre pouuoit estre fau e de matière en
quantité, ou vice de la matrice qui
estoit trop petite , parce que nature
voulant créer deux enfans , la trou-
uant trop estroitte, se trouué man-
que, de façon que la semence estant
contrainte et serrée , se vient lors à
coaguler en vn globe, dont se forme-
ront deux enfans ainsi ioints et vnis
ensemble.
L’an 1569, vne femme de Tours en-
fanta deux enfans gemeaux , n’ayans
qu’vne teste, lesquels s’entre-embras-
soient : et me furent donnés secs et
anatomisés par maistre René Ciret ,
maistre barbier et chirurgien, duquel
le renom est assez célébré par tout le
pays de Touraine , sans que je luy
donne autre loüange2.
les éditions du vivant de Paré, et se lit pour
la première fois en 1598. Toutefois on peut
la regarder comme authentique, d’après la
note marginale que nous reproduisons plus
bas.
1 Aristote en ses Probl. , et 4 chap. du
liu. 4, de Gener. animal. — A. P.
2 Ces deux monstres derniers sont en la pos-
session de l’autheur. — A. P. — Cette note
existe déjà dans l’édition de 1573.
On peut remarquer, a l’occasion de cette
figure et de la précédente, que quand
A. Paré a lui-même observé les sujets, ses
descriptions n’accordent rien à l’imagina-
tion, et que ses figures pourraient encore
être reproduites parmi les plus exactes dans
les ouvrages les plus modernes.
ET PRODIGES. 9
Figure de deux gemeaux n’ayant qu’une seule
teste.
Sebastien Munster escrit auoir veu
deux filles l’an 1495, au mois de sep-
tembre, prés de Wormes, au village
nommé Bristant , lesquelles auoient
les corps entiers et bien formés, mais
leurs frontss'entretenoient ensemble,
sans que par artifice humain on les
peust séparer, et s’entre-touchoient
presque du nez : et vesquirent iusques
à dix ans, et lors en mourut vne , la-
quelle fut ostée et séparée de l’autre :
et celle qui demoura viue mourut
tost après, quand on sépara sa sœur
morte d’auec elle , pour la playe
to
LE mx-NEVElÉME LIVRE,
qu’elle auoit receuë de la séparation :
la figure desquelles t’est icy représen-
tée C
Figure de deux filles gemeltes , lesquelles s'en-
tretenaient par le front.
L’an 1570 , le 20. lour de juillet, à
Paris, rue des Grauelliers, à l’ensei-
gne de la Cloche, nasquirent ces
1 Toutes les éditions complètes , à partir
de celle de 1579, portent : t’est ictj dessus re-
présentée ■ et en effet la figure est avant le
tëxte comme la plupart des précédentes. J’ai
préféré ld rédaclloh et l’arrangement des
flgüres de i’édition primitive de 1573. Du
reste, malgré la citation ambitieuse de Sé-
bastien Munster, l’histoire et la ligure sont
prises de Lycosthènes, ouvr. cité , p. 504.
deux enfans ainsi figurés , remarqués
par les chirurgiens pour rnasle et fe-
melle, et furent baplisés à S. Nico-
las des Champs, et nommés Loys et
Loyse. Leur pere auoit nom Pierre
Germain , dit Petit-Dieu, de son mes-
tier aide à maçon, et leur mere
Matthée Pernelle.
Figure dedevx enfans monstrueux, n’agueres
nés à Paris.
Le lundy dixiéme iour de iuillet
mil cinq cens soixante et douze, en la
ville du Pont de Sée , prés d’ Angers ,
nasquirent deux enfans femelles, les-
quels vesquirent demie heure, et re-
ceurent haptesme : et estoient bien
formés, fors qu’vne main sencslre
n’auoit seulement que quatre doigts :
et est oient conioints ensemble en leurs
parties anterieures, à sçauoir, depuis
le menton iusques à l'ombilic, et n'a-
uoienl qu’un seul nombril, et un seul
cœur, le loye diuisé en quatre lobes.
DES MONSTRES
Figure de deux filles iointes ensemble , n’a-
gueres nées en la ville du Pont de Sée, prés
Angers i.
Cælius Rhodiginus, chapitre troi-
sième , liure vingt-quatrième de ses
Antiques leçons , escrit qu’il fut pro-
duit un monstre à Ferrare en Italie ,
l’an de grâce mil cinq cens quarante,
le dix-neuuiéme iour de Mars, lequel
lors qii’il fut enfanté , esioit aussi
grand et bien formé que s’il eust eu
quatre mois accomplis, ayant le sexe
féminin et masculin , et deux testes ,
l’vne de masle * et l’autre de femelle.
1 RuefT, ouvrage cité, folio 44 et 45, donne
deux figures presque semblables, comme la
représentation de monstres observés à Schaf-
fouse et à Éinsidlen en 1543 et 1553.
ET PRODIGES. 11
Portrait d’Vn monstre ayant âedX lestes ,
l’vne de masle et l’autre de femelle
Iouianus Pontanus escrit que i’an
mil cinq cens vingt-neuf, le neufiéme
de ianuier, il fut veu en Allemagne
un enfant masle ayant quatre bras
et quatre iambes , duquèl tu vois icy
le poftrait.
1 Voici certainement une de ces mons-
truosités réellement observées, mais défi-
gurées par l’ignorance. On sait que la plu-
part des monstres sont du sexe fémihih: on
sait aussi que chez les fœtus peu avancés ,
avec ou sans monstruosité, le clitoris proé-
mine de manière à simuler assez bien la
verge. Un observateur Superficiel aura cru
voir une verge et une vulve à la fois , consé-
quemment un hermaphrodite; et plus tard
LE DIX-NEVFIÉME LIVRE,
Figure d’vn enfant masle ayant quatre bras et
quatre iambes.
Figure d’vn homme ayant vne teste au milieu
du ventre.
La mesme année que le grand roy
François fit la paix auec les Soüis-
ses, nasquit en Allemagne vn mons-
tre ayant vne teste au milieu du ven-
tre : iceluy vesquit iusques en l'aage
d’homme : icelle teste prenoit aliment
comme l’autre1.
le dessinateur, faisant son esquisse d’après
le texte , n’a trouvé rien de mieux que de
figurer la vulve d’un côté, la verge et les
testicules de l’autre. J’ai dû cependant me
conformer à la figure de Paré, et j’en ai tou-
jours agi ainsi à l’égard des figures que j’ai
conservées.
1 Cette histoire est empruntée à Lycosthè-
nes, qui la rapporte à l’année 1516 (ouvr.
cité, page 521 ), et il l’avait probablement
copiée d’après Rueff, De conceptu et genera-
tione, etc., 1554, page 44. La seule différence
est que dans Rueff la face de l’individu en-
tier est celle d’un enfant , tandis que dans
Le dernier iourde Feburier 1572, en
la paroisse de Viaban , sur le chemin
de Paris à Chartres, au lieu des peti-
tes Bordes, une femme nommée Cy-
priane Girande , femme de Jacques
Marchant laboureur, accoucha de ce
monstre , lequel vesquit iusques au
dimanche ensuiuant *.
Lycosthènes et Paré elle est d’un homme.
Du reste, l’histoire et la figure sont très
probablement imaginaires. Il n’existe pas
d’observation authentique d’une pareille
monstruosité, et l’on peut tout au plus pré-
sumer qu’il s’agissait d’un monstre analo-
gue à celui de la page 7.
1 Rueff a une figure presque absolument
semblable , ouv. cité, fol. 47, qu’il rapporte
à un individu observé en Angleterre en 1552.
Lycosthène a copié l’histoire et la figure de
Rueff à la p. 619 de son livre.
DES MONSTRES ET PRODIGES. l3
Portrait de deux enfans bien monstrueux , auxquels vn seul sexe féminin se manifeste.
L’an 1572, le lendemain de Pas-
ques, à Mets en Lorraine , dansl’hos-
tellerie du Sainct-Esprit , vne truye
cochonna vn cochon ayant huict iam-
bes, quatre oreilles, la teste d’vn
vray chien, les derrières des corps
séparés iusques à l’estomac , et depuis
ioints en vn, ayant deux langues si-
tuées au trauers de la gueule , et auoit
quatre grandes dents, sçauoir est au-
tant dessus que dessous, de chacun
costé : leurs sexes estoient mal distin-
gués, de façon qu’on ne pouuoit con-
noistre s’ils estoient masles ou fe-
melles : ils n'auoient chacun qu’vn
conduit sous la queuë : la figure du-
quel t’est demonslrée par ce portrait,
lequel puis n’agueres m’a esté enuoyé
par monsieur Bourgeois, Docteur
en Medecine , homme de bon sça-
uoir et bien expérimenté en icelle,
demeurant en ladite ville de Mets.
Figure d’un cochon monstr ueux , nay à Mets en Lorraine.
lA tfi mX-NEVFléME LIVRÉ
A cest endroit me semble n’estre
hors de propos d’escrire des femmes
qui portent plusieurs enfans d’vne
ventrée *.
CHAPITRE Y.
DES FEMMES QVl PORTENT PLVS1EVRS
ENFANS D’VNE VENTREE.
Le commun accouchement des fem
mes est vn enfant, toutesfois on voit
(comme le nombre des femmes est
grand) qu’elles accouchent de deux ,
que l’on appelle gemeaux, ou bessons :
il y en a qui en accouchent de trois,
quatre, cinq, six, et plus.
Empedocles dit que lors qu’il y a
grande quantité de semence, il se fait
pluralité d’enfans. Autres, comme
les Stoïques, disent qu’ils s’engen-
drent pour ce qu’en la matrice il y a
plusieurs cellules , séparations et
cauités , et quand la semence est es-
paodue en icelles , il se fait plusieurs
enfans. Toutesfois cela est faux , car
en la matrice de la femme il ne se
trouue qu’vne seule cauité: mais aux
bestes , comme chiennes, pourceaux ,
et autres, il y a plusieurs cellules, qui
est cause, qu’elles portent plusieurs
petits.
Aristote a escrit que la femme ne
pouuoit enfanter d’vne portée plus de
1 Cette phrase se lit dans l’édition de 1573;
dans celle de 1575 elle devint le titre du
chapitre suivant, bien que le titre actuel
existât déjà dès 1573; et enfin elle a été effa-
cée dans toutes les autres. Je l’ai rétablie ici,
parce qu’elle fournit au moins une appa-
rence de transition entre ce chapitre et le
suivant. La succession est d’ailleurs assez lo-
gique, puisque la plupart des monstruosités
décrites dans ce chapitre sont des fusions de
deux jumeaux.
cinq enfans : toutesfois cela est ad-
uenu en la seruante d’Auguste César,
que d’une portée elle accoucha de
cinq enfans, lesquels (non plus que
la mere ) ne vesquirent que bien peu
de temps.
L’an 1554, à Berne en Soüisse,la
femme de Iean Gislinger, Docteur,
enfanta pareillement d’vne portée
cinq enfans, trois masles et deux fe-
melles >.
Albucrasis dit estre certain d’vne
dame qui en auoil fait sept ; et d’une
autre, laquelle s’estant blessée, auorta
de quinze bien formés. Pline, ch. ii,
liv. 7, fait mention d’une qui en auorta
de douze. Le mesme autheur dit que
l’on a veu à Peloponnese vne femme
qui accQUçha quatre fois, et à chaque
portée de cinq enfans , desquels la
pluspart vesquirent.
Dalcchamps, en sa Chirurgie Fran-
çoise, ch. lxxiv, feuil. 448 , dit qu’yn
gentilhomme nommé Bonauenture
Sauelli, Siennois, luy a affermé qu’une
sienne esclaue, qu’il entretenoit, fit
sept enfans d’une portée , desquels
quatre furent baptisés. Et de notre
temps, entre Sarte et Maine, parroisse
de Seaux, près Chambellay, il y a une
maison de gentilhomme appellée la
Maldemeure, duquel la femme eut la
première année qu’elle fut mariée,
deux enfans , la seconde année trois ,
la troisième quatre, la quatrième cinq,
la cinquième six, dont elle mourut ;
il y a vn desdils six enfans viuant ,
qui est auiourd’huy sieur dudit lieu de
Maldemeure.
A Beaufort en vallée, pays d’Anjou,
vne ieune femme , fille de feu Macé
Chauniere, accoucha d’un enfant , et
1 Cette histoire est empruntée à tyco-
sthènes, p. 644, d’après lequel j’ai rectifié le
nom de Gislinger dont les imprimeurs de
Paré avaient fait Gelinger.
DES MONSTRES
huict ou dix iours apres d’vu autre,
qu’il luy fallut tirer Lors le ventre,
dont elle en mourut.
Martinus Çromerus au liure 9. de
l’histpire de Poulongne, escrit qu’en
la province de Cracouie, Marguerite,
dame fort vertueuse et de grande et
ancienne maison , femme d’vn comte
dit Virboslaüs , accoucha le xx. iour
de Ianuier 1209, d’vne ventrée de
trente six enfans vifs.
Franciscus Picus Mirandula escrit
qu’vne femme en Italie, nommée Do-
rolhea , accoucha en deux fois de
vingt enfans, à scauoir, de neuf en
vne fois, et d’onze à l’autre : laquelle
portant vn si grand fardeau , estoit si
grosse qu’elle soustenoit son ventre,
qui luy descendoit iusques aux ge-
noüils , auec vne grande bande ,
qui luy prenoit au çol et aux espau-
les1.
Or quant à la raison de la multi-
tude des enfans, quelques -vus du
tout ignares de l’anatomie ont voulu
persuader qu’en la matrice de la
femme il y auoit plusieurs cellules
et sinus, à scauoir sept : trois au costé
droit pour les masles, trois au gauche
pour les femelles , et le septième
1 Toutes les éditions ajoutent : comme lit
vois par ce portrait; et elles donnent en effet
la ligure d’une femme avec un ventre énor-
mément grossi et soutenu par la bande in-
diquée. Paré a copié cette ligure dans Ly-
costhènes, où elle est reproduite au moins
cinq ou six fois; je l’ai retranchée comme
étant de pure fantaisie et d’ailleurs inutile
pour l’intelligence du texte. C’est aussi d’a-
près Lycosthènes, p. 644, qu’il rapporte l’his-
toire de Dorothea. J’ajouterai qu’immédiate-
ment après cette ligure, dans les éditions
de 1573 et 1575, venait l’histoire de l’épita-
phe de Yolande Bailly, reportée depuis au
chapitre 44 du livre de la Génération. Voy.
t. u, p. 736.
ET IpnODIGËS. lâ(
droit gq milieu pour les hermafro-
dites : mesme que ce mensonge a esté
authorisé iusques là, que quelqqes-
vns par après ont affermé vne cha-
cune de ces sept cauités estre derechef
diuisée en dix autres : et de là ils ont
tiré la multitude des enfans d’vqe
Yentfée, de çe que diuerses portions
de la semence estoient escartées et
receuès en plusieurs cellules l. Mais
telle chose n’est appuyée d’aucune
rgison et aulhorité, ains est contraire
au sens et à la yeué , bien que Hip-
pocrates semble auoiy esté de ceste
opinion au liure De nulttra puepi :
mais Aristote, li,ure 4 , chapitre 4, De
gcnçraUone animal., pense qu’itse l'aR
des iumeaux, ou plusieurs enfans
d’une yentrée, de mesme sorte qu’vn
sixième doigt en la main, à scauoir,
pour la redondance de la matière,
laquelle estant en grande abondance,
si elle viept à se diuiser en deux,
il se fait des iumeaux.
Il m’a semblé bon qu’à epst en-
droit ic descriue des hermafrodUes ,
à cause qu’ils viennent aussi de super-
abondance de matière.
CHAPITRE YL
DES HERMAFRODITES OU ANDROGXNES ,
C’EST-A-DIRE, QUI EN VN MESME COUPS
ONT DEUX SEXES.
Les hermafrodites ou androgyn.es
sont des enfans qui naissent auec
double membre génital , l’vn mascu-
lin, l’autre féminin, et partant sont
1 U a déjà parlé de cette opinion, mais
avec moins de détails au commencement du
chapitre ; du reste , ce paragraphe a été
ajouté en 1575.
l6 LE DIX-NEVFIEME LIVRE
appelés en notre langue françoise,
hommes et femmes
Or quant à la cause , c’est que la
femme fournit autant de semence
que l’homme proportionnément , et
pour-ce la vertu formatrice, qui tous-
iours tasche à faire son semblable, à
sçauoir de la matière masculine vn
masle, et de la féminine vne femelle,
fait qu’en vn mesme corps est trouué
quelquesfois deux sexes , nommés
hermafrodites. Desquels il y a quatre
différences, à sçauoir, hermafrodite
masle , qui est celuy qui a le sexe de
l’homme parfait , et qui peut engen-
drer , et a au perinæum ( qui est le
lieu entre le scrotum et le siégé 1 2 ) vn
trou en forme de vulue , toutesfois
non pénétrant au dedans du corps, et
d’iceluy ne sort vrine ne semence.
La femme hermafrodite , outre sa
vulue qui est bien composée , par la-
quelle iette la semence et ses mois,
a vn membre viril , silué au-dessus
de ladite vulue , pi es le penil , sans
prepuce : mais vne peau delièe , la-
quelle ne se peut renuerser ne retour-
ner , et sans aucune érection , et d’i-
celuy n’en sort vrine ny semeuce, et
ne s’y trouue vestige de scrotum ne
testicules. Les hermafrodites qui ne
sont ne i’vn ne l’autre , sont ceux qui
sont du tout forclos et exempts de
génération , et leurs sexes du tout im-
parfaits, et sont situés à costé l’vn
de l’autre , et quelquesfois l'vn des-
sus et l’autre dessous , et ne s’en peu-
uent seruir que pour ietter l’vrine.
Hermafrodites masles et femelles, ce
sont ceux qui ont les deux sexes bien
1 Androgyne en grec signifie homme et
femme, et femme et homme. — A. P.
2 Cette définition est exacte; malheureu-
sement Paré en a ajouté en marge une autre
qui l’est moins et que voici : Perinæum ,
c’esi -à-dire l’enlrefesson.
formés , et s’en peuuent aider et ser-
uir à la génération : et à ceux-cy les
lois anciennes et modernes ont fait et
font encore eslire duquel sexe ils
veulent vser, auec defense, sur peine
de perdre la vie, de ne se seruir que
de celuy duquel ils auront fait élec-
tion , pour les inconueniens qui en
pourroient aduenir. Car aucuns en
ont abusé de telle sorte , que par vn
vsage mutuel et réciproque , paillar-
d ient de l’vn et de l’autre sexe : tan-
lost d’homme, tantost de femme , à
cause qu ils auoient nature d’homme
et femme , proportionnée à tel acte ,
voire comme descrit Aristote, leur
tetin droit est ainsi comme celuy d’vn
homme, et le gauche comme celuy
d’vne femme L
Les médecins et chirurgiens bien
experts et auisés peuuent connoistre
si les hermafrodites sont plus aptes à
tenir et vser de l’vn que de l’autre
sexe, ou des deux , ou du tout rien.
Et telle chose se connoislra aux par-
ties génitales , à sçauoir si le sexe fé-
minin est propre en scs dimensions
pour receuoir la verge virile, et si par
iceluy lluent les menstrues : pareille-
ment par le visage , et si les cheueux
sont déliés ou gros : si la parole est
virile ou gresle , si les tetins sont sem-
blables à ceux des hommes ou des
femmes : semblablement si toutel’ha-
bitude du corps est robuste ou effé-
minée , s’ils sont hardis ou craintifs,
et autres actions semblables aux
masles ou aux femelles. Et quant
aux parties génitales qui appartien-
nent à l’homme , faut examiner et
1 Arist. en ses Probl. , sect. des Hermafro-
dites, pro. 3 et 4. — Paul, liure 6, chap G9.
— Plin. liu. 7, chap. 2. — A. P. — 1579.
J’ai fait voir ci-devant, page 11, com-
ment a pu venir cette idée absurde d’herma-
phrodites ayant la vulve à côté de la verge.
DES MONSTRES ET PRODIGES.
voir s’il y a grande quantité de poil
au penil et autour du siégé : car com-
munément et quasi tousiours , les
femmes n’en ont point au siégé : Sem-
blablement faut bien examiner si la
verge virile est bien proportionnée
en grosseur et longueur, et si elle se
dresse . et d’icelle sort semence : qui
se fera par la confession de l’herma-
frodite , lorsqu’il aura eu la compa-
gnie de femme : et par cest examen
on pourra véritablement discerner
et connoistne l’hermafrodite masle
ou femelle , ou qu’ils seront l’vn et
l'autre , ou qu’ils ne seront ny l’vn ny
l’autre. Et si le sexe de l’hermafrodite
tient plus de l’homme que de la
femme , doit estre appelé homme
et ainsi sera-il de la femme. Et si
l’hermafrodite tient autant de Pvn
que de l’autre, il sera appelé herma-
frodite homme et femme >.
L’an mil quatre cens quatre vingts
et six, on veit naistre au Palatinat,
assez près de Heidelberg, en vn bourg
nommé Rorbarchie, deux enfans gé-
meaux s’entretenans , et ioints en-
semble dos à dos , qui estoient her-
mafrodiles, comme on les peut voir
parce portrait 2.
1 Toutes les éditions ajoutent : comme lu
peux voir par ce porlrail ; et en effet , on voit
une figure humaine portant une vulve du
côté droit, une verge et des testicules au
côté gauche , avec ce titre : Pouriraict d’vn
hermafrodile homme et femme. C’est là une
de ces figures qui déshonoraient ce livre,
et j’ai d’autant moins hésité à la supprimer,
qu’on n’en retrouve que trop fidèlement le
trait principal dans la figure de la page 11
empruntée à Cælius Rhodiginus, et dans
celle qui va suivre.
2 II s’agit ici tout simplement de deux fœ-
tus femelles joints ensemble , jugés herma-
phrodites à raison de la longueur du clito-
ris , et défigurés par l’ignorance des compi-
111.
Figure de deux enfans gemeaux hermafrodi-
les, esians ioints dos à dos L’vn auec L’autre.
Le iour que les Vénitiens et Gene-
uois furent réconciliés, nasquit en Ita-
lie ( comme raconte Boistuau ) un
monstre qui auoit quatre bras et qua-
tre iambes , et n’auoit qu’vne teste,
auec la proportion gardée en tout le
reste du corps , et fut baptisé , et ves-
quit quelque temps apres.
Jacques Rueff, chirurgien de Surich ,
escrit en avoir veu vn semblable , le-
quel auoit deux natures de femme ,
comme tu peux voir par ce portrait.
lateurs. Voyez la note 2 de la page 1 1 .—Celte
histoire et cette figure sont prises de Lyco-
sthènes, ouvrage cité, page 490. Lycoslhéncs
dit, in Rorbachio , qu’on pourrait traduiic
tout au plus par Rorbacli ; mais toutes les
éditions de Paré portent Rorbarchie.
2
i8
LE DIX-XEVFIEME LIVRE,
Figure d’vn monstre ayant quatre bras et qua-
tre pieds, et deux natures de femme ’.
1 Ce monstre est en effet fidèlement copié
d’après la figure de Rueff, édit, citée, fol. —
Quant aux deux vulves, stupidement placées
dans cette figure à côté l’une de l’autre, il
est probable qu’elles appartenaient, l’une au
bassin antérieur, l’autre au bassin posté-
rieur.
Le chapitre ne se terminait point là dans
les premières éditions.
D’abord l’édition de 1 573 offrait ici le pa-
ragraphe relatif au monstre imaginaire qui
a été ajouté depuis au chapitre 3 (voy. ci-
devant la dernière note de la page 4); ce
changement de place a eu lieu en 1575.
Après quoi la môme édition de 1573 con-
tenait un assezlong passagesur les nymphes,
augmenté encore en 1575 , réduit en 1579 , |
et enfin tout-à-fait supprimé en 1585 , ou,
CHAPITRE VII.
HISTOIRES MEMORABLES DE CERTAINES
FEMMES QVI SONT DEGENEREES EN
HOMMES.
Amalus Lusilanus redle qu’il y
eut en vu bourg nommé Esgueira,
vne fille appelée Marie Pacbeca , la-
pour parler plus exactement , reporté alors
à la fin du chapitre 34 du Ier livre de X Ana-
tomie. On peut lire tout ce passage aux pages
1G8 et 169 du tome Ier de notre édition; il
commence par ces mots : D’ abondant au com-
mencement du col de la matrice, etc., au haut
de la 2e colonne de la page 168 ; et toute
cette colonne jusqu’aux mots goutte à goutte
représente exactement le passage de l’édi-
tion de 1573; le reste du paragraphe , jus-
qu’aux mots : aux operations de chirurgie, re-
présente la fin du passage dans l’édition de
1579; et c’est en ce sens qu’il convient de
rectifier la première note de la page 169.
Mais pour revenir au texte bien plus
éteHdu de l’édition de 1575, Paré y citait
tout au long le texte de Léon l’Africain ,
qu’il a jugé à propos de supprimer depuis.
« Entre les deuineurs qui sont à Fez, ville
principale de Mauritanie en Afrique, il y a
certaines femmes (dit-il liure3.) qui faisans
entendre au peuple qu’elles ont familiarité
aux démons, se parfument auec quelques
odeurs, feignants l’esprit leur entrer au
corps, et par le changement de leur voix
donnent à entendre que ce soit l’esprit qui
parle par leur gorge : lors on leur laisse en
grande reuercuce vn don pour le démon.
Les doctes africains appellent telles femmes
Saltacat, qui vaut en latin Fricatrices, par-
ce qu’elles se frottent l’vne l’autre par plai-
sir, et véritablement elles sont atteintes de
ce meschant vice d’vser charnellement les
vnes auec les autres. Parquoy si quelque
femme belle les va interroguer, pour paye-
ment au nom de l’esprit , luy demandent les
copulations charnelles. Or il s’en trouue
DES MONSTRES ET PRODIGES.
quelle estant sus le temps que les til-
les commencent à auoir leurs fleurs ,
au lieu desdites fleurs luy sortit un
membre viril, lequel estoit caché de-
dans auparauant , et ainsi de femelle
deuint masle : parquoy elle fut vestue
de robbe d’homme, et son nom de
Marie fut changé en Manuel. Iceluy
trafiqua long temps és Indes , où
ayant acquis grand bruit et grandes
richesses, à son retour se maria : tou-
tesfois cest autheur ne sçait s’il eut
enfans : vray est (dit-il) qu'il de-
meura tousiours sans barbe *.
quelques vnes qui , ayants pris gousl à ce
ieu, allechees par le doux plaisir qu’elles en
reçoyuent, feignent estre malades, et en-
uoyent quérir ces diuineresses , et le plus
soutient font faire le message par leur mary
mesme : mais pour mieux couurir leur mes-
chanceté , font accroire au mary qu’vn es-
prit est entré dedans le corps de leur femme :
la santé de laquelle ayant en recommanda-
tion, il faut qu’il luy donne congé de se
pouuoir mettre au rang des diuineresses :
parquoy le bon Iean y consentant , préparé
vn somptueux festin à toute ceste venerable
bande, à la fin duquel on se met au bal,
puis la femme a congé de s’en aller où bon
luy semble. Mais il s’en trouue quelques vns,
lesquels finement s’apperceuants de ceste
ruse, font sortir l’esprit du corps de leurs
femmes à beaux coups de bastonnades. D’au-
tres aussi donnants à entendre aux diuine-
resses qu’ils sont détenus par les esprits, les
deçoyuent par mesme moyen qu’elles ont
fait leurs femmes : Voyla ce qu’en escrit
Leon l’Africain. Asseurant en autre lieu qu’il
y a gens en Afrique qui vont par la ville à
la mode de nos Chastreux , et font meslier
de couper telles caruncules , comme auons
monstre cy deuant aux operations de Chi-
rurgie. »
On voit aussi par ce texte que la citation
de VArresl de Iean Papou est une addition
de 1579.
1 C’est la trente-neuvième histoire de la
centurie deuxième d’Amatus Lusitanus. J’ai
»9
Antoine Loqueneux , reccueur des
tailles pour le roy à sainct Quentin ,
11’agueres m’a affirmé 1 auoir veu vn
homme au logis du Cygne à Rheims,
l’an soixante , lequel semblablement
on auoit estimé estre fille iusques en
l’aage de quatorze ans : mais se ioüarit
et folastrant, estant couché auec vne
chambrière , ses parties génitales
d’homme se vindrent à deuelopper :
le pere et la mere le connoissant estre
tel , luy firent paf authorité de l’E-
glise changer le nom de Ieanne à
Iean , et luy furent baillés habille^
mens d’homme.
Aussi estant à la suite du roy 2, à
Vitry le François en Champagne, i’y
vis vn certain personnage 3 nommé
Germain Garnier : aucuns le nom-
moient Germain Marie , par-ce qu’es-
tant fille estoit appellé Marie : jeune
homme de taille moyenne, trappe,
et bien amassé , portant barbe rousse
assez espaisse , lequel iusqu’au quin-
ziéme an de son aage auoit esté tenu
pour fille, attendu qu’en luy ne se
monstroit aucune marque de virilité ,
et mesme qu’il se tenoit auec les filles
en habit de femme. Or ayant atteint
l’aage susdit, comme il estoit aux
champs, et poursuiuoit assez viue-
rectifié d’après l’auteur le nom du bourg
Esgueira , dont les imprimeurs de Paré
avaient fait Esgucina-, le nom de Pacheca,
qu’ils avaient changé en Pateca ; et enfin le
nom de Manuel, devenu sous leurs mains
Emànuel.
1 N’ ag ueres : Paré écrivait ceci en 1573.
2 L’édition de 1573 porte : Aussi estant der-
nièrement à la suite du Roy, avec cette note
marginale : le Roy à présent régnant. Dès
1575, Paré avait mis en marge: Le Roy
Charles régnant ; et le mot dernièrement a été
retranché en 1579.
2 Editions de 1575 et 1575 : vn certain
paslre.
20
LE DIX-NEVFIÉME LIVRE,
ment ses pourceaux qui alloient de-
dans vn blé, trouuant vn fossé le
voulut affranchir: et l’ayant sauté,
à l’instant se viennent à luy deuelop-
per les genitoires et la verge virile ,
s’estans rompus les ligamens par les-
quels au-parauant esloient tenus clos
et enserrés (ce qui ne luy aduint sans
douleur) et s’eu retourna larmoyant
en la maison de sa mere, disant que
ses trippes luy estoient sorties hors
du ventre : laquelle fut fort estonnée
de ce spectacle. Et ayant assemblé des
Médecins et Chirurgiens, pour là des-
sus auoir aduis, on trouua qu’elle
estoit homme , et non plus fdle : et
tantost apres auoir rapporté à l’Eues-
que , qui estoit le défunt Cardinal de
Lenoncourt , par son autorité et as-
semblée du peuple, il receut le nom
d’homme : et au lieu de Marie ( car il
estoit ainsi nommé au-parauant) il fut
appellé Germain , et luy fut baillé ha-
bit d’homme : et croy que luy et sa
mere sont encore viuans.
Pline, liu. 7 ch. 4., dit semblable-
ment qu’vne fille deuint garçon, et
fut confiné pour ceste cause en vne
isle deserte et inhabitée , par arrest des
Aruspices l. Il me sembl que ces
deuineurs n’auoient occasion de ce
faire , pour les raisons cy dessus allé-
guées : toutesfois ils estimoient que
telle monstrueuse chose leur estoit
mauuais augure et présagé, qui estoit
la cause de les chasser et exiler 2.
La raison pourquoy les femmes se
peuuent degenerer en hommes , c’est
que les femmes ont autant de caché
dedans le corps, que les hommes des-
couurent dehors : reste seulement
qu’elles n’ont pas tant de chaleur, ny
suffisance pour pousser dehors ce
1 Aruspices ou deuineurs. — A. P.
s Le chapitre se terminait ici en 1573 ; le
reste est de 1575.
que par la froidure de leur tempéra-
ture est tenu comme lié au dedans.
Parquoy si auec le temps, l’humidité
de l’enfance qui empeschoit la cha-
leur de faire son plein deuoir estant
pour la plus part exhalée , la chaleur
est rendue plus robuste, acre et ac-
tiue , ce n’est chose incredible qu'i-
celle, principalement aidée de quel-
que mouvement violent , ne puisse
pousser dehors ce qui estoit caché de-
dans. Or comme telle métamorphosé
a lieu en nature par les raisons et
exemples alléguées : aussi nous ne
trouuons iamais en histoire véritable
que d’homme aucun soitdeuenu fem-
me, pour-ce que Nature tend tous-
iours à ce qui est le plus parfait , et
non au contraire faire que ce qui est
parfait deuienne imparfait.
CHAPITRE VIII.
EXEMPLE DV DEFAVT DE LA QVANTITÉ
DE LA SEMENCE.
Si la quantité de la semence (comme
nous auons par cy deuant dit) man-
que, pareillement quelque membre
defaudra aussi , plus ou moins. De là
aduiendra que l’enfant aura deux tes-
tes et vn bras, l’autre n’aura point de
bras : vn autre n’aura ny bras ny
iambes, ou autres parties defaillan-
tes, comme nous auons dit cy des-
sus : l’autre aura deux testes et vn
seul bras , et le reste du corps bien
accompli , comme tu Vois par cette
figure ‘.
1 Je suis ici le texte de 1573. Toutes les
éditions complètes, à partir de celle de 1575,
ont omis ces mots : comme lu vois par ceste
figure, et rejeté la ligure après les deux sui-
vantes : changement qui n’était d’accord ni
DES MONSTRES ET PRODIGES.
21
Figure d'vn monstre ayant deux testes , deux
iambes, et vil seul bras *.
L’an 1573, ie veis à Paris, à la porte
de sainct André des Arts , vn enfant
aagé de neuf ans, natif de Parpeuille,
village trois lieuës près de Guise : son
pere se nommait Pierre Renard, et sa
mere qui le portoit , Marquette. Ce
monstre n’auoit que deux doigts à la
main dextre , et le bras estoit assez
bien formé depuis l’espaule jusqu'au
coude , mais depuis le coude ius-
avec le texte, ni avec la logique. Seulement
j’ai gardé à la figure son titre de 1575, le pri-
mitif ayant été alors transporté à la figure
suivante.
1 On trouve une figure presque semblable
dans Rueff, ouvr. cité fol. 49, verso, et dans
Lycosthènes , qui parait l’avoir copiée de
Rueff.
qu’aux deux doigts estoit fort dit
forme. Il estoit sans iambes : toutes-
! fois luy sortoil hors de la fesse dextre
vue figure incomplète d’vn pied , ap-
parence de quatre orteils : de l’autre
fesse senestre en sortoit du milieu
deux doigts, l’vn desquels ressem-
bloit presque à la verge virile. Le-
quel t’est demonstré au vray par
ceste présente figure L
Figure d’vn enfant monstrueux , du defaut
de la semence en deuë quantité.
L’an 1562, premier iour deNouem-
bre , nasquit à Ville-franche de Bey-
ran en Gascongne, ce présent monstre
sans teste, lequel m’a esté donné par
monsieur Hautin , docteur regent en
la faculté de medecine à Paris, duquel
monstre as icy la figure tant ante-
rieure que postérieure, et m’a affirmé
l’auoir veu.
1 Ce paragraphe et la figure qui le suit ont
été ajoutés en 1575. L’auteur transporta
alors à cette figure le titre qu’il avait d’a-
bord attribué à la précédente ; voyez la der-
nière note de la page 20.
22
LE DIX-NEVF1ÉME LIVRE
Figure d’vn monstre femelle sans teste i.
On a veu depuis quelque temps
I Celle figure, avec le texte qui s’y rap-
porte, a élé ajoutée en 1575, et l’auteur
avait mis en marge celte naïve exclamation :
Chose fort monstrueuse , voir v ne femme sans
leste !
II est à remarquer que le texte français
semble dire d’abord que le monstre lui-
même a été donné à Paré par Hautin , et
qu’ensuite il est manifeste que c’était seu-
lement la figure. De plus, Paré dit nettement
que Hautin avait vu le monstre, et cela
n’était pas , ainsi que nous allons le voir.
On lit en effet dans la traduction latine :
Anna Domini 1562 calendis novembres,
Villue-Francæ. in Vasconiâ , nutum est quoi
appictum hic vides monstrum , fœmina acc-
plialon, cujus imarjinem a Fontano Aghnessi
MEDlcb QUI SE ID VIDISSE SANCTE AFFIRMABAT
acceptant, mihi liane de monslris commentatio-
nem paranli obtulit Joannes Allinus doctor
médiats.
Or , ce texte fait naître plus d’une ré-
flexion. Qu’élail-ce donc que ce traducteur,
en çà à Paris vn homme sans bras,
aagé de quarante ans ou enuiron ,
fort et robuste, lequel faisoit presque
toutes les actions qu’vn autre pou-
uoit faire de ses mains : à sçauoir,
auec son moignon d’espaule et la
teste, ruoit vne coignée contre vue
picce de bois aussi ferme qu’vn au-
tre homme eust sceu faire auec ses
bras. Pareillement faisoit cliqueter
vn foüet de Chartier, et faisoit plu-
sieurs autres actions : et auec ses pieds
mangeoit, beuuoit, et ioiioit aux car-
tes et aux dez, ce qui t’est demonstré
par ce portrait. A la fin fut larron ,
voleur et meurtrier, et exécuté en
Gueldre , à sçauoir pendu , puis mis
sus la roué.
si bien instruit de l’affaire, qu’il rectifie com-
plètementson auteur, apporte une autre au-
torité, et rejette soigneusement loin de Hau-
tin l’idée que celui-ci ait vu le prétendu
monstre? Il est presque impossible que ce
soit un autre que Hautin lui-même ; et c’est
là une preuve à peu près décisive de l’opi-
nion que nous avions avancée comme pro-
bable touchant le traducteur latin de Paré.
Voyez mon Introduction , pages cccxxvij et
cccxxxij.
On voit aussi que cette figure, venue à
Paré de troisième main, et certifiée seule-
ment par un médecin de province, ne mé-
rite pas confiance pour tous scs détails. Il
faut dire que Paré avait donné deux figures
de ce monstre; l’une, que j’ai retranchée ,
le représentait par derrière avec une espèce
de trompe au milieu du dos, et sur les omo-
plates deux spirales situées à l’égard de la
trompe comme les yeux le sont au-dessus
du nez. Enfin , les deux saillies que l’on
aperçoit sur les épaules, comparées dans
l’une et l’autre figure , avaient quelque res-
semblance éloignée avec les oreilles. Assu-
rément le médecin* d’Agen a pu observer un
acéphale , et cette monstruosité n’est pas
bien rare; mais le dessin qu’il en a tracé
fait plus d’honneur à son imagination qu’a
son esprit observateur.
DES MONSTRES ET PRODIGES.
Figure d'vn homme sans bras 1.
Semblablement , de recente mé-
moire , on a veu à Paris vne femme
sans bras, qui tailloit et cousoit, et
faisoit plusieurs autres actions.
1 Rueff donne exactement la figure de
l’homme ; mais sans les instruments dont il
se servait, ouvr. cité, fol. 43; et il dit l’a-
voir vu se servir des pieds comme il aurait
pu faire des mains. Lycosthènes a copié la
figure, en y ajoutant le fouet , la hache , les
dés, etc. (ouvr. cité, p. 536); en consé-
quence l’histoire est un peu amplifiée ; il
la rapporte à l’an 1528. On peut conjecturer
que Paré en copiant la figure a cependant
voulu parler d’un autre individu ; il disait
dans son édition de 1573 : on a veu n’agueres
à Paris, etc.; il a remis , depuis quelque temps
eu ça, dès l’édition de 1579.
23
Hippocrates au luire 2 des “Epidé-
mies escrit , que la femme d’Anli-
genes accoucha d’vn enfant tout de
chair, n’ayant aucuns os , neantmoins
auoit toutes les parties bien formées.
CHAPITRE IX.
EXEMPLE DES MONSTRES QUI SE FOI«T
PAr. IMAGINATION-
Les anciens qui ont recherché les
secrets de Nature *, ont enseigné d’au-
tres causes des enfans monstrueux i,
et les ont référés à vne ardente et
obstinée imagination que peut auoir
la femme ce pendant qu’elle conçoit,
par quelque obiet, ou songe fantasti-
que , de quelques visions nocturnes,
que l’homme ou la femme ont sus
l’heure de la conception. Cecy mesme
est vérifié par l’authorité de Moyse ,
où il monstre comme Iacob deceu t son
beau-pere Laban, et s’enrichit de son
bestial , ayant fait peler des verges ,
les mettant à l’abreuuoir, à fin que
les chéures et brebis regardans ces
verges de couleurs diuerses, formas-
sent leurs petits marquetés de diuer-
ses taches 1 2 : par-ce que l’imagination
a tant de puissance sus la semence et
geniture , que le rayon et charac-
tere en demeure sus la chose enfan-
tée.
Qu’il soit vray , Heliodore esérit
que Persina, roÿne d’Ethiopie, coù-
ceut du roy Hydustes , tous deüx
Éthiopiens , vne fille qui estoit blan-
che , et ce par l’imagination qu’elle
attira de la semblance de la belle
Andromeda , dont elle auoit la pein-
1 Aristote, Hippocrates et Empedocle. —
A. P.
2 Moyse, 30 chap. — A. P.
$4 LE DIX-NEVFIEME LIVRE,
turc deuant ses yeux pendant les
embrassemens desquels elle deuint
grosse *.
Damascene , auteur graue , at-
teste auoir veu vne fille velue comme
vn ours , laquelle la mere auoit en-
fantée ainsi difforme et hideuse, pour
auoir trop entenliuement regardé la
figure d’vn sainct Iean vestu de peau
auec son poil , laquelle esloit atta-
chée au pied de son lit , pendant
qu’elle conceuoit-
Par semblable raison Hippocrates
sauua vne princesse accusée d’adul-
tere , par-ce qu’elle auoit enfanté vn
enfant noir comme vn more , son
mary et elle ayans la chair blanche :
laquelle à la suasion d’Hippocrates
fut absoute, pour le portrait d’vn
more semblable à l’enfant , lequel
coustumierement estoit attaché à son
lit 2.
D’auantage, on voit que les connins
et paons qui sont enfermés en des
lieux blancs, par vertu imaginatiue
engendrent leurs petits blancs 3.
Et partant faut que les femmes , à
l’heure de la conception , et lorsque
l’enfant n’est encore formé ( qui est
de trente ou trente-cinq iours aux
masles, et de quarante ou quarante-
deux, comme dit Hippocrates , liure
De naturapueri, aux femelles) n’ayent
1 Heliodore, liu. 10 de son Histoire Æthio-
pique. — A. P. — 1572.
2 Ces deux histoires ont été empruntées à
Boaistuau , ouvrage cité, fol. 14, ainsi que
deux figures qui suivaient sous ce titre :
Figure à.’ vne fille velue el d’vn enfant noir
faits par la vertu imaginatiue.
J’ai retranché sans scrupule ces figures,
fort inutiles et d’ailleurs tout-à-fait fantasti-
ques. J’ignore du reste où Boaistuau a été
chercher cette histoire d’Hippocrate, qui
est absolument apocryphe.
3 Cette phrase manque jusqu’à l’édition
de 1585.
à regarder ny imaginer choses
monstrueuses : mais la formation de
l’enfant estant faite , iaçoit que la
femme regarde ou imagine attentiue-
mentchoses monstrueuses, toutesfois
alors l’imagination n’aura aucun lieu,
pour-ce qu’il ne se fait point de trans-
formation depuis que l’enfant est du
tout formé.
En Saxe , en vn village nommé
Stecquer , fut né vn monstre ayant
quatre pieds de bœuf, les yeux , la
bouche, et le nez semblables à vn
veau , ayant dessus la teste vne chair
rouge , en façon ronde : vne autre
par derrière, semblable à vn capu-
chon de moyne, ayant les cuisses dé-
chiquetées1.
L’an mil cinq cent dix-sept, en la
paroisse de Bois le Roy, dans la forest
de Biere , sur le chemin de Fontaine-
bleau, nasquit vn enfant ayant la face
d’vne grenoüille*, qui a esté veu et vi-
sité par maistre Iean Bellanger, chi-
rurgien en la suite de l’Artillerie du
roy , es présences de messieurs de la
justice de Harmois : à sçauoir hono-
rable homme Iacques Bribon, procu-
reur du roy dudit lieu , el Estienne
Lardot , bourgeois dé Melun , et Iean
de Vircy, notaire royal à Melun , et
autres : le pere s’appelle Esme Petit ,
1 Toutes les éditions ajoutaient : comme
tu vois par ceste figure; et faisaient suivre en
effet le texte d’une figure intitulée :
Figure d’vn monstre fort hideux ayant les
mains et pieds de bœuf, et autres choses
fort monstrueuses.
Cette figure monstrueuse , qui a pu avoir
cependant un original réel , mais défiguré
par le dessinateur, dans quelque anencé-
phale, a été donnée d’abord par BuefT, ouvr.
cité, fol. 46, verso , et copiée par Lycosthè-
nes, ouvr. cité, p. 530.
Le chapitre se terminait ici en 1573; l’his-
toire qui suit a été ajoutée en 1579.
DES MONSTRES ET PRODIGES.
et la mere Magdaleine Sarboucat.
Ledit Bellanger, homme de bon es-
prit , désirant sçauoir la cause de ce
monstre, s’enquit au pere d’où cela
pouuoit procéder: luy dist qu’il esti
moit que sa femme ayant la fleure,
vue de ses voisines luy conseilla pour
guarir sa fleure , qu’elle print vne
grenouille viue en sa main, et qu’elle
la tint iusques à ce que ladite gre-
nouille l'ust morte : la nuit elle s’en
alla coucher auee son mary, ayant
tousioursladilegrenoüilleensamain :
son mary et elle s’embrasseront, et
conceut, et par la vertu imaginatiue
ce monstre auoit esté ainsi produit1.
CHAPITRE X.
EXEMPLE DE L’ANGUSTIE OU PETITESSE
DE LA MATRICE. -
Il se fait aussi des monstres pour
la detresse du corps de la matrice :
comme l’on voit que lors qu’vne
poire attachée à l’arbre , posée en vn
vaisseau estroit deuant qu’elle soit
accreuë , ne peut prendre croissance
complette : ce qui est conneu aussi
aux dames qui nourrissent des ieunes
chiens en petits paniers, ou autres
vaisseaux estroiis, pour garder de
croistre. Pareillement la plante nais-
1 Toutes les éditions ajoutent ici : comme
lu vois par ceste figure ; et donnaient en effet
une Figure prodigieuse d’vu enfant agoni la
face d’vne grenouille.
On peut aisément se la représenter d’après
la description ; et elle était trop absurde pour
être reproduite. Il s’agissait probablement
encore de quelque ancncépbale; du reste
Paré avait copié celle figure d’après un pla-
card que l’on criait par les rues de Paris,
auec priuitege , comme il nous l’apprend lui-
même au chapitre 21.
a5
sant de terre , trouuant vne pierre ou
autre chose solide à l’endroit où elle
vient , fait que la plante sera tortue ,
et engrossie en vne partie, et gresle
en l’autre : semblablement les enfans
sortent du ventre de leurs meres
monstrueux et difformes. Car il dit 1
qu’il est necessaire qu'vn corps qui se
meut en lieu estroit, deuienne mutile
et manque.
Empedocle et Diphile ont attribué
semblablement cela à la superabon-
dance, ou defaut et corruption de la
semence , ou à l’indisposition de la
matrice : ce qui peut estre véritable ,
par la similitude des choses fusibles ,
esquelles si la matière qu’on veut
fondre n’est bien cuitte, purifiée et
préparée , ou que le moule soit rabo-
teux, ou autrement mal-ordonné, la
médaillé ou effigie qui en sort est
défectueuse , hideuse et difforme.
CHAPITRE XI.
EXEMPLE DES MONSTRES QVI SE FONT, LA
MERE S’ESTANT TENVE TROP LONGVE-
MENT ASSISE, AYANT EV LES CVISSIS
CROISÉES, OV POVR S’ESTRE BANDÉ
ET SERRÉ TROP LE VENTRE DVRANT
OV’ELLE ESTOIT GROSSE.
Or quelquesfois aussi il aduient,par
accident , que la matrice est assez
ample naturellement , loutesfois la
femme estant grosse , pour s’estre te-
nue quasi tousiours assise pendant sa
grossesse , et les cuisses croisées ,
comme volontiers font les cousturie-
res ou celles qui besognent en tapis-
series sus leurs genoüils , ou s’estre
1 Ce mot il dit se rapporte à Hippocrate
que Paré cite en marge . Ilipp., liu. de la
Geniiure.
26
LE DIX-JVEVFiEME LIVRE
bandé et trop serré le ventre, les
en fa ns naissent courbés, bossus, et
contrefaits, aucuns ayans les mains
et les pieds tort us, comme tu vois par
ceste ligure.
Figure d’vn enfoui qvi a esté pressé au ventre
de s a mere , ayant les mains et pieds tonus 1 .
Portrait d’un prodige et enfant
putréfié, lequel a esté trouué au cada-
I Rueff a une figure semblable , ouvrage
cité, fol. 45, verso.
II s’agit ici des difformités connues sous
les noms de pieds bots et de mains botes ; et
l’on voit que la théorie qui les attribue à
une pression subie par l’enfant dans la ma-
trice remonte assez haut.
Le chapitre se termine ici dans les pre-
mières éditions. Ce n’est qu’en 1585 que
Paré y a ajouté tout ce qui suit.
Uev d’vne femme en la ville de Sens’
le seizième de May mil cinq cens oc-
tante deux , elle estant adgée de
soixante huit ans, et l’ayant porté en
son ventre par l’espace de vingt huit
ans. Ledit enfant estoit quasi tout ra-
massé en vn globe : mais il est icy
peint de son long , pour mieux faire
voir l’entiere figure de ses membres,
hors mis viie main qui estoit défec-
tueuse.
Ceci se peut confirmer par Matthias
Cornax, médecin de Maximilian, roy
des Romains , lequel recite que luy-
mesme assista à la dissection du ven-
tre d’vne femme, laquelle auoit porté
en sa matrice son enfant , l’espace de
quatre ans. Aussi Egiüius Hertages ,
médecin à Bruxelles , fait mention
DES MONSTRES ET PRODIGES.
d’une femme qui a porté en ses flancs,
treize ans rcuolus , le scclctc d’vn en-
fant mort. loannesLangius,en l’epis-
tre qu’il cscrit à Achilles Bassarus ,
tesmoigne aussi d’vne femme , qui es-
toit d’vn bourg appelle Eberbacb ,
laquelle rendit les os d’vn enfant
qui estoit mort en son ventre dix ans
au-parauant.
CHAPITRE XII.
EXEMPLE DES MONSTRES QVI SONT EN-
GENDRÉS, LA MERE AYANT REÇV QVEL-
QVE COVP,OV CHEVTE, ESTANT GROSSE
d’enfant.
D’auanlage quand la mere reçoit
quelque coup sus le ventre, ou qu’elle
tombe de Laut en bas , les enfans en
peuuent auoir les os rompus , desboi-
tés et torturés , ou receuoir autre
vice , comme estre boiteux , bossus et
contrefaits : ou pour cause que l’en-
fant deuient malade au ventre de sa
mere, ou que le pourrissement dont
il deuoit croistre soit escoulé hors la
matrice '. Pareillement aucuns ont
attribué les monstres estre procréés
de la corruption des viandes ordes et
sales que les femmes mangent , ou
1 Toutes les éditions , à partir de la cin-
quième, portent ici simplement: ou pour
cause que l’enfant deuient malade au ventre (le
sa merë , ou que les femmes mangent, etc.
C’est une lacune qui résulte de deux lignes
sautées dans la cinquième édition et qui
existent dans toutes les précédentes; aussi
cette cinquième édition porte : ou que le les
femmes mangent, ce qui accusait la lacune;
ce sont les éditeurs suivants qui , pour don-
ner plus de suite à la phrase , ont retranché
l'article le sans s'inquiéter du sens.
27
désirent manger, ou qu’elles abhor-
rent de voir tost apres qu’elles ont
coucou : ou que l’on aura ietté quel-
que chose entre leurs tetins , comme
vue cerise, prune, grenoüiile, vne
souris, ou autres choses qui peuuent
rendre les enfans monstrueux.
CHAPITRE XIII.
EXEMPLE DES MONSTRES QVI SE FONT
PAR LES MALADIES HEREDITAIRES.
Aussi pour les indispositions ou
compositions héréditaires des peres
et meres , les enfans sont faits mons-
trueux et difformes : car il est assez
manifeste qu'vn bossu fait naistre son
enfant bossu, voire tellement bossu,
que les deux bosses deuant et der-
rière à quelques vns sont si fort esle-
uées que la leste est à moitié cachée
entre les espaules, ainsi que la teste
d’vne tortue dans sa coquille. Vne
femme boiteuse d’vn costé fait ses
enfants boiteux semblables à elle :
autres eslans boiteuses des deux
hanches, font enfans qui le sont sem-
blablement , et qui cheminent cano-
tant : les camus font leurs enfans
camus : autres balbutient : autres
parlent en bredouillant, semblable-
ment leurs enfans bredotiillent h Et
oit les peres et meres sont petits , les
enfans en naissent le plus souuenl
nains , sans nulle autre deformité , à
sçauoir quand le corps du pere et
de la mere n’ont aucun vice en leur
conformation. Autres font leurs en-
1 Balbutier, c’est-à-dire bégayé'', ne poll-
uant bien proférer la parole. — Bredouiller ,
c’est dire deux ou trois fois vne parole sans
estre bien proférée. — A. P.
LE DIX-NEVFIÉME LIVRE ,
*8
fants bien maigres, à cause que le
pere et la mere le sont : autres sont
ventrus et fort fessus, quasi plus gros
que longs , parce qu’ils ont esté en-
gendrés du pere ou de la mere, ou de
tous les deux , qui seront gros et
grands, ventrus et fessus. Les goût-
teux engendrent leurs enfans gout-
teux, et les lapidaires, suiets à la
pierre : aussi si le pere et la mere
sont fols , le plus souuent les enfans
ne sont gueres sages : pareillement
les epilepliques engendrent des en-
fans qui sont suiets à l’epilepsie '.
Or, toutes ces maniérés de gens se
trou uent ordinairement, qui est chose
qu’vn chacun peut voir, et connoistre
à l’œil la vérité de mon dire: partant
ie n’ay que faire d’en parler d’auan-
tage. Aussi ie ne veux escrire que les
ladres engendrent des enfans ladres,
car tout le monde le sçait. Il y a vne
infinité d’autres dispositions des pe-
res et meres, ausquelles les enfans
sont suiets, voire des mœurs, de la
parole de leurs mines et trongnes,
contenances et gestes, iusques au mar-
cher et cracher. Toutesfois de ce ne
faut faire reigle certaine : car nous
voyons les peres et meres auoir tou-
tes ces indispositions, et neanmoins les
enfans n’en retiennent rien : parce
que la vertu formatrice a corrigé ce
vice.
'Cette dernière phrase, relative à l’épi-
lepsie, manque dans toutes les éditions du
vivant de l'auteur, et n’a été ajoutée qu’à la
première édition posthume.
2 L’édition de 1573 et toutes les autres
jusqu’en 1585 finissaient le chapitre plus
brusquement. Après ces mots : (les mœurs, de
la parole, e'ies ajoutaient simplement: ius-
ques au marcher et cracher, non pus tousiours,
mais le plus soutient. La nouvelle rédaction
est de 1585,
CHAPITRE XIV.
EXEMPLE DE CHOSES MONSTRVEVSES
QVI SONT ADVENVES EN MALADIES
ACCIDENTALES ’.
Douant Sainct Iean d’Angelic , vn
soldat nommé Francisque, de la com-
pagnie du capitaine Muret, fut blessé
d’vn coup d’harquebuse au ventre ,
entre l’ombilic et les Isles : la balle
ne luy fut tirée , parce que l’on ne la
pouuoit trouuer, au moyen de quoy
il eut de grandes et extremes dou-
leurs : neuf iours apres sa blessure,
ietta la balle par le siégé, et trois se-
maines apres fut guari : il fut traité
par maistre Simon Crinay, chirurgien
des bandes Françoises.
Iacques Pape, seigneur de Sainct
Aubam auxBaronniers en Dauphiné,
fut blessé à l’escarmouche de Chase-
nay de trois coups d’harquebuse pe-
netrans en son corps , dont il y en
auoit vn au dessous du nœud de la
gorge, tout proche la canne du poul-
mon , passant près la nucque du col ,
et la balle y est encore à présent : au
moyen dequoy lui suruindrent plu-
sieurs grands et cruels accidens, com-
me fiéure , grande tumeur à l’entour
du col , de sorte qu’il fut dix iours sans
pouuoir rien aualer , fors quelques
bouillons liquides : et neantmoins tou-
tes ces choses a recouuert santé, et est
à présent encore viuant : et fut pensé
par maistre Iacques Dalam, chirur-
gien fort expert , demeurant en la
ville de Monlelimar en Dauphiné.
1 L’édition latine a beaucoup changé en
cet endroit l’ordre du livre, et renvoyé ce
chapitre et les trois suivants après l’histoire
des démons et des magiciens, et immédia-
tement avant celle des monstres marins,
DES MONSTRES ET PRODIGES.
Alexandre Benedict 1 escrit d’vn
villageois qui lut blessé d'vn coup de
Iraicl au dos , et fut tiré : mais le fer
demeura dedans le corps, lequel es-
toit long de deux doigts en trauers, et
estoit barbelé aux costés. Le chirur-
gien l’ayant long temps cherché sans
le pouuoir trouuer, ferma la pl ye,
et deux mois apres ce fer sortit sem-
blablement par le siégé.
D’auantage , audil chapitre , dit
qu’à Venise vne fille aualla vne ai-
guille, laquelle deux ans apres la ietta
en \rinant, couuerte d’une matière
pierreuse, amassée à l'entour de quel-
ques humeurs gluans.
Ainsi que Catherine Parlan, femme
de Guillaume Guerrier , marchand
drapier , honneste homme , demeu-
rant rue de la Iuifuerie à Paris, allait
aux champs en trousse sus vn cheual,
vne aiguille de son tabouret entra
dedans sa fesse dextre, de sorte que
l’on ne la peust tirer hors. Ladite
Parlan fut deux mois qu elle ne pou-
uoit se tenir assise, à cause qu’elle
sentoit l’aiguille la piquer 2. Quatre
mois après m’enuoya quérir, se plai-
gnant que lorsque son mary l’em-
brassoit , sentoit en l’aine dextre vne
grande douleur piquante , à raison
qu’il pressoil dessus. Ayant mis la
main sus la douleur, trouuay vne
aspérité et dureté , et fis en sorte que
luy tiray ladite aiguille toute enroüil-
1 Liu. 3 de son Histoire analom. , ch. 5. —
A. P.
2 Cette phrase tout entière manque au
texte dans toutes les éditions, et l’on n’en
trouve même aucune trace dans les notes
marginales à partir de l’édition de 1575. Il
n’y a donc que la seule édition de 1573 qui
contienne cette phrase en marge, et comme
elle fait partie intégrante de l’observation ,
je n’ai pas hésité ci la joindre au texte, sauf
à en avertir le lecteur.
29
lée. Cecy doit bien estre mis au rang
des choses monstrueuses, veu que
l’acier qui est pesant monta contre-
mont , et passa au trauers des mus-
cles de la cuisse, sans faire aposteme.
CHAPITRE XV.
DES PIERRES QVI S ENGENDRENT AV
CORPS HVSIAIN.
L’an mil cinq cens soixante et six,
les enfans de maistre Laurens Collo >,
hommes bien expérimentés en l’ex-
traction des pierres , en tirèrent vne
de grosseur d’vne noix, au milieu de
laquelle fut trouuée une aiguille de-
quoy coustumierement les couslu-
riers cousent. Le malade se nommait
Pierre Cocquin, demeurant en la rue
Gallande, près la place Maubert à Pa-
ris, et est encore à présent viuant. La
pierre fut présentée au Roy en ma
presence, avec ladite aiguille que les-
1 Je respecte ici l’orthographe que Paré a
donnée à ce nom de Collo, et qui est restée
la même en cet endroit dans toutes les édi-
tions. Dans celle de 1504 , à l’occasion de la
taille des femmes , Paré avait écrit Culloi ;
mais il a ensuite corrigé Collo dans toutes
les éditions postérieures, et l’édition latine a
également admis cette dernière orthogra-
phe. Toutefois ni l’une ni l’autre n’a préva-
lu , et dans l’ouvrage posthume de François
Colot , publié par Sénac en 1725 , on trouve
le nom écrit avec un i et une seule l. Peut-
être cependant, si l’on considère l’amitié
qui unissait Paré à Laurent Collo et à ses
fils, la première manière dont il avait écrit
ce nom , corrigée uniformément dans toutes
les éditions suivantes, et enfin le consente-
ment du traducteur latin ; peut-être, dis je,
y aurait-il quelque présomption que l’or-
thographe de Parc était la véritable , et c'est
pourquoi je l’ai conservée , au moins en cet
endroit.
3o
I.E mX-NEVFIEME LIVRE,
dits Colles m’ont donnée pour mettre
en mon cabinet , laquelle ie garde et
ay encores de présent en ma posses-
sion, pour mémoire de chose si mons-
trueuse.
L’an mil cinq cens septante, ma-
dame la duchesse de Ferrare enuoya
quérir en ceste ville Iean Collo , pour
extraire vne pierre de la vessie d’vn
pauure pâtissier, demeurant à Mon-
targis ', laquelle poise neuf onces, de
grosseur d’vn poing , et de ligure
comme lu vois icy le portrait : et fut
tirée en la presence de monsieur
maistre François Rousset , et maistre
Joseph Iauelle , hommes sçauans et
bien expérimentés en la medecine,
medecing ordinaires de ladite dame.
Et fut si heureusement tirée , que le-
dit pâtissier guérit : toutesfois peu de
temps apres luy vint vne suppres-
sion d’vrine, au moyen de deux pe-
tites pierres qui descendirent des
reins, qui bouchèrent les pores vre-
leres, et furent cause de sa moit.
Figure d'vue pierre extraite à vu pâtissier de
Monlargis.
1 Ladite dame coustumiere d'aider aux pan-
ures, fil tous les frais pour la cure dudit pâtis-
sier. — A. P.
L’an mil cinq cens soixante et six,
le frere dudit Iean Collo , nommé
Laurens l, lit pareillement en ceste
ville de Paris extraction de trois pier-
res estans en la vessie , de grosseur
chacune d’vn bien gros œuf depoulle,
de couleur blanche , pesans les trois
douze onces et plus, à vn surnommé
Tire-vit , demeurant à Marly 2 : le-
quel pour-ce qu'il auoit dés l’aage
de dix ans quelque commencement
desdites pierres en la vessie , tiroit
ordinairement sa verge , dont fut
nommé Tire-vit : car la vertu expul-
trice de la vessie , voire de tout le
corps , s’efforçoit à ietter hors ce qui
luy nuisoit, et pour-ce luy causoit
vn certain esguillonnement à l’extre-
mité d’icelle verge ( comme se fait
ordinairement à ceux qui ont quel-
que sable , ou pierre aux parties dé-
diées à l’vrine , ce quei’ay escrit plus
amplement en mon liure des pierres 3.)
Icelles furent présentées au roy , es-
tant pour lors à SainctMaur des fos-
sés : on en cassa vne auec vn mar-
teau de tapissier, au milieu de la-
quelle fut trouuée vne autre, res-
semblante ù vn noyau de pesche , et
de couleur tannée. Lesdits Collos
m’ont donné les susdites pierres pour
1 Lesdits Collos, chirurgiens ordinaires du
Rog , sont 1res expers à l’extraction des pier-
res, et en plusieurs autres operations de la chi-
rurgie. — A. P. 1573.
2 Tiédit, subit que sa plage fut consolidée ,
s’en retourna en sa maison , où à prescrit est
encore viuant. — A. P.
Celte noie, comme la précédente, est re-
produite d’après l’édition de 1573; toutes
deux avaient été ou retranchées ou omises
dans l’édition suivante.
3 Ceux qui ont vne pierre à la vessie ont
tousiours vn prurit et punclion à l’extremiiè
de la verge. — A. P. Le livre des Pierres au-
quel il renvoie est celui de 15G4, qui fait
partie aujourd’hui du Livre des Operations.
DES MONSTRES ET PRODIGES. 3l
mettre à mon cabinet, comme choses j au plus prés du vif, ainsi que tu peux
monstrueuses, et les ay fait portraire I voir par ces figures l.
Figures de trois pierres extraites à vne fois sans interualle de temps, de la vessie d'un
appelé Tire-vil, l’vnc desquelles est brisée.
D’auantage ie puis icy attester que
i'en ay trouué dedans les reins des
1 On trouve dans V Introduction d’À. Paré,
chapitre 2 (tome 1er de cette édition , page
28) , l’histoire de ce Tire-Vil racontée d’une
manière toute différente , de telle sorte qu’il
faut nécessairement admettre , ou bien que
Collo opéra deux individus du nom de
Tire-vit, ce qui est peu probable, et ce qui
aurait dû au moins être noté ; ou bien que
Paré a pris un malade pour l’autre , et mis
sous le nom de Tire-vit une observation qui
ne le concernait pas ; ou enfin que les deux
observations n’en constituent qu’une seule,
qui aurait été incomplètement racontée dans
l’un et l’autre endroit. Ce qu’il y a de plus
certain , c’est que Paré , ici comme en beau-
coup d’autres occasions, s’en fiait à sa mé-
moire pour se rappeler des faits écoulés de-
puis long-temps: et que cette malheureuse
habitude est ce qui a le plus encombré la
chirurgie d’observations douteuses, vagues,
sans certitude et presque sans valeur.
corps morts, de plusieurs figures ,
comme de cochons , de chiens , et au-
tres diuerses figures , ce qui nous a
esté laissé par escrit des anciens 2.
Monsieur Dalechamps recite en sa
chirurgie, qu’il aveu vu homme auoir
vne aposteme sus les lombes, dont
apres la suppuration icelle dégénéra
en fistule , par laquelle ietta en di-
uerses fois plusieurs pierres venans
du rein : et enduroit le trauail du che-
ual et des chariots.
Hippocrates escrit 3 de la cham-
2 Cette attestation si légèrement donnée
d’un homme tel que Paré est bien propre à
nous faire connaître que les meilleurs es-
prits fléchissent quelquefois sous les préju-
gés de leur siècle , en même temps qu’elle
explique l’origine de tarit de monstres admis
par la crédulité de ce temps.
3 Liure 5 des Epidémies. — A. P.
32 LE D1X-NEVFIÉME LIVRE
briere de Dysere , aagée de soixante
ans , qui auoit des douleurs comme
elle si eust deu accoucher : dont vne
femme luy lira de la matrice vne
pierre aspre et dure, de la grandeur,
grosseur, et figure d’vn peson de fu-
seau.
Jacques Hollier, Docteur regent en
la faculté de Medecine à Paris, escrit 1
qu’vne femme, après auoir esté tour-
mentée d’vne difficulté d’vrine par
l’espace de quatre mois , en fin mou-
rut : laquelle ayant esté ouuerte, fu-
rent trouuées en la substance du
cœurdeux assez grosses pierres, auec
plusieurs petites apostemes : estans
les reins et les pores vreteres et la
vessie sains et entiers.
L’an mil cinq cens cinquante-huit,
fus appelé de Iean Bourlier , maistre
tailleur d’habits, demeurant rue sainct
Honoré , pour luy ouurir vne apos-
teme aqueuse qu’il auoit au genoiiil :
en laquelle trouuay vne pierre de la
grosseur d’vne amende, fort blanche,
dure , et polie , et guérit , et encores
est à présent viuant 2.
Une dame de nostre cour fut lon-
guement et extrêmement malade ,
sentant douleur au ventre, auec gran-
des espreintes : estant pensée par
plusieurs médecins , lesquels igno-
roient le lieu de la douleur. On m’en-
uoya quérir, pour sçauoir si ie pour-
rois connoistre la cause de son mal.
Par l’ordonnance des médecins , luy
regarday au siegeèt à la matrice, auec
instrumens propres à ce faire, et pour
tout cela ne pus connoistre son mal.
Monsieur Le Grand luy ordonna vn
clystere, et en le rendant ietta vne
1 Liu. 1, ch. de la Palpitation du Cœur.
— A. P.
2 C’est là le premier cas connu d’un corps
étranger développé dans le genou , et extrait
heureusement par l’incision.
pierre par le siégé , de la grosseur
d’vne grosse noix : et tout subit ses
douleurs etautresaccidens cessèrent,
et depuis s’e l bien portée '.
Semblable chose est arriuée à la
dame de Sainct Eustache, demeurant
au carrefour de la rue de la Harpe 2.
Le capitaine Augustin, Ingénieux
du Roy, m’enuoya quérir auec mon-
sieur Violaine , docteur regent en la
faculté de Medecine, et Claude Viard ,
Chirurgien luréù Paris, pour luy ex-
traire vne pierre qu’il auoit sous la
langue , de longueur de demy doigt ,
et grosse d’vn tuyau déplumé. Il en
a encore vne , qu’on ne peut bien en-
core destacher 3.
1 Dans l’édition de 1573 et encore en 1575,
cette histoire était rapportée après celle de
Dalechamps , et la rédaction en était un peu
différente :
« Monsieur le Grand , Docteur regent en
la faculté de Medecine, et médecin ordinaire
du Roy , homme sçauant et grandement ex-
périmenté, lequel fait autant bien la mede-
cine qu’homme que i’aye iamais cogneu ,
fus appelé auec luy pour appliquer en spé-
culum ani à vne dame d’honneur qui estoit
tourmentée d’extremes douleurs au ventre
et au siégé, toutefois sans nulle apparence
à la veuë d’aucun mal : il luy ordonna cer-
taines potions et clistcres, auec l’vn desquels
ietta vne pierre de grosseur d’vn esteuf, et
subit ses douleurs furent cessées, et guérit.»
En 1579, Paré modifia la rédaction de
l’observation , qui était peu correcte, mais
en conservant^ Legrand à peu près les me-
mes éloges, que l’on retrouve encore dans la
traduction latine. C’est en 1585 qu’il chan-
gea définitivement et le texte et le plan de
l’histoire , comme on la lit aujourd’hui.
2 Cette observation a été ajoutée ’en 1585.
3 Cette observation , de même que la pré-
cédente , a été ajoutée en 1585. On trouvera
une autre observation de calcul sous la
langue dans la grande Apologie, au titre:
Voyage de Bayonne, 1564.
DES MONSTRES ET PRODIGES,
Or pour le dire en vn mot, les pier-
es se peuuent engendrer en toutes
les parties de nostre corps , tant inté-
rieures qu’exterieures. Qu’il soit
vray , on en voit estre engendrées
aux iointures des goutteux >. Anlo-
nius Beniuenius , médecin florentin ,
au liure 1, chapitre 24, dit qu’vn
nommé Henry Alleman ietta vne
pierre de grosseur d’vue auelaine en
toussant.
CHAPITRE XVI.
DE CERTAINS ANIMAVX MONSTRVEVX
QVI NAISSENT CONTRE NATVRE AVX
CORPS DES HOMMES , FEMMES, ET PE-
TITS ENFANS 2.
Tout ainsi qu’au grand monde il
y a deux grandes lumières, àsçauoir
le soleil et la lune , aussi au corps hu-
1 C’est par cette phrase que se terminait
le chapitre dans les trois éditions de 1673 ,
1675 et 1579; la citation de Benivenius a été
ajouiéeen 1585.
2 Ce chapitre n’existe pas en cet endroit
dans la plupart des éditions complètes; il
est donc nécessaire de dire pourquoi nous
l’avons rétabli.
L’édition de 1573 avait un 16e chapitre
intitulé des Vérins, reproduit par celle
de 1575 sous ce titre plus correct, des Vers.
Il était assez court, et composé de quatre
histoires que l’on retrouve dans le courant
du chapitre actuel. En 1579 , le texte en fut
considérablement amplifié; l’auteur y ajouta
quelques histoires qu’il détacha du chap. 19
( voir les notes suivantes ), et il le transporta
dans son livre De la petite Verolle, entre le
chapitre 3 qui termine l’histoire de la variole,
et le chapitre 4 qui commence l’histoire des
vers intestinaux. Sans doute qu’il avait des-
sein de réunir ainsi tout ce qui concerne
les vers engendrés dans le corps humain; et
cependant le titre même montre bien qu’il ne
III.
33
main il y a deux yeux qui l’illumi-
nent : lequel est appelé Microcosme,
ou petit portrait du grand monde
accourci. Qui est composé de quatre
elemens, comme le grand monde ,
auquel se font des vents , tonnerres ,
tremblemens de terre , pluye , rosée ,
vapeurs, exhalations, gresles , éclip-
sés, inondations d’eaux, stérilité,
fertilité, pierres , montagnes , fruils ,
et plusieurs et diuerses especes d’a-
nimaux : aussi se fait-il le sembla-
ble au petit monde, qui est le corps
humain. Exemple des vents : ils se
voyent estre enclos és aposlemes
venteuses, et aux boyaux de ceux qui
ont la colique venteuse, et pareille-
ment en aucunes femmes, ausquelies
on oit le ventre bruire de telle sorte
qu’il semble y auoir vne grenouillère :
lesquels sortans par le siégé rendent
bruits comme coups de canonnades.
Et encore que la piece soit braquée
vers la terre , neantmoins tousiours
s’agissait pas des vers proprement dits, et que
le chapitre était déplacé dans le lieu nouveau
qu’on lui avait assigné, en même temps qu’il
laissait une lacune dans le livre des Monstres.
Du reste, ce changement de place avait été
opéré si négligemment , que dans toutes les
éditions du vivant de l’auteur la table du
livre des Monstres accusait toujours un cha-
pitre 16, des Vers, qui n’existait plus à par-
tir de 1679, tandis que la table du livre de
la petite Verolle n’indiquait en rien l’ad-
jonction du chapitre nouveau; et celui-ci ,
ne comptant pas même dans le livre comme
un chapitre spécial, semblait une suite du
chapitre troisième intitulé : Quelles parties
jaut preseruer de la verolle. En pesant toutes
ces considérations, je me suis déterminé à
restituer à ce chapitre la place qu’il avait
eue d’abord, et qui est de beaucoup la plus
naturelle et la plus logique.
Le texte général du chapitre est donc de
1579, sauf les parties qui seront signalées
dans les notes comme d’une date différente.
3
34 LE DIX-NE VFIEME LIVRE
la fumée du canon donne contre le
nez du canonnier, et de ceux qui sont
proches de luy.
Exemple des pluyes et inondations
d’eaux1: cela se voit aux apostemes
aqueuses et au ventre des hydropi-
ques. Exemple du tremblement de
terre : telle chose se voit au commen-
cement des accès des fleures , où les
pauures febricitans ont vn tremble-
ment vniuerscl du corps. Exemple
de l’eclipse : cela se voit aux synco-
pes ou défaillances du cœur, et aux
suffocations de la matrice. Exemple
des pierres : on les voit à ceux aus-
quels on en extrait de la vessie, et
autres parties du corps.
Exemple des fruits : combien en
voit-on qui au visage ou autres par-
ties extérieures du corps ont la figure
d’vne cerise , d’vne prune, d’vue cor-
me, d’vne figue, d’vne meure? la
cause de quoy a esté tousiours réfé-
rée à la forte imagination de la
femme conceuante ou enceinte , es-
meuë de l’appclit vchement, ou de
l’aspect , ou d’vn attouchement d’ice-
luy à l’improuiste : comme mesmede
ce qu’on en voit naistre d’aucuns
ayans en quelque endroit du corps la
figure et substance d’vne coinne de
lard , d’autres d’vne souris , d’autres
d’vne escreuisse, d’autres d’vne solle,
et d’autres semblables. Ce qui n’est
point hors de raison, entendu la force
de l'imagination se joignant auec la
vertu conformatrice , la mollesse de
l’embrion prompte, et comme vne
cire molle , à receuoir toute forme :
et que quand on voudra esplucher
tous ceux qui sont ainsi marqués, il
se trouuera que leurs meres auront
esté esmeuës durant leur grossesse de
quelque tel appétit ou accident. Où
nous remarquerons en passant, com-
bien est dangereux d’offenser vne
femme grosse , de lui monstrer et ra-
menteuoir quelque viande, de la-
quelle elle ne puisse auoir la ioüis-
sance promptement, voire et de leur
faire voir des animaux ou portraits
d'icenx difformes et monstrueux. En
quoy i’attensque quelqu’vn m’obiecte
que ie ne deuois donc rien inferer de
semblable en mon liure de la géné-
ration. Mais ie luy respons en vn mot,
que ie n’escris point pour les femmes.
Retournons à nostre propos.
Exemple des montagnes : on les
voit aux bossus, et à ceux qui ont
des loupes grosses et énormes. Exem-
ple de stérilité et seicheresse : on le
voit aux hectiques , qui ont la chair
de leur corps presque toute consom-
mée. Exemple de fertilité : on la con-
noist à ceux qui sont fort gras, fessus,
et ventrus, tant qu’ils creuent en leur
peau, force leur est de demeurer
tousiours couchés ou assis , pour ne
pouuoir porter la grosse masse de
leur corps. Exemple des animaux qui
se procréent en nos corps, à sçauoir,
pouls, punaises, et morpions, et au-
tres que deserirons à présent1.
Monsieur Iloulier escrit en sa pra-
tique qu’il traitoit vn Italien tour-
menté d’vne extreme douleur de
teste, dont il mourut. Et l’ayant fait
ouurir,luy fut trouuéen la substance
du cerueau vn animal semblable à
vn scorpion2, lequel, comme pense
ledit Iloulier, s’estoit engendré pour
4 Ces deux dernières lignes sont de 1585.
2 L'auteur ajoutait : Comme ta vois par
ceste Jicjure , et on voyait ici une figure de
scorpion, que j’ai retranchée.
Du reste, cette histoire se lisait déjà au
chapitre IG du livre des Monstres de l’édi-
tion de 1573, mais avec une rédaction un
peu différente.
Jacques UoUier escript en sa Pracliquc des
Maladies internes qu’il s’engendra au cerueau
d’vn Italien vn scorpion pour auoir continuelle-
ment senti du basilic, lequel scorpion lui causa
DES MOÏÏSTKES ET PRODIGES.
auoir continuellement senti du ba-
silic. Ce qui est fort vray-semblable,
veu que Chrysippus , Diophanes , et
Pline ont escrit , que si le basilic est
broyé entre deux pierres et exposé
au soleil, d’iceluy naislra un scor-
pion.
Monsieur Fernel escrit d’vn soldat,
lequel estoit fort eamu9 , tellement
qu’il ne se pouuoit moucher aucune-
ment : si bien que de l’exerement re-
tenu et pourri , s’engendrerent deux
vers velus et cornus de la grosseur
d’vn demy doigt, lesquels le rendi-
rent furieux par l’espace de vingt
iours , et furent cause de sa mort '.
Depuis n’agueres vn ieune homme
auoit vn aposteme au milieu de la
cuisse partie externe , de laquelle
sortit cest animal, lequel me fut ap-
porté par Iacques Guillemeau , Chi-
rurgien ordinaire du Roy , qui disoit
l’auoir tiré : et l’ay mis dans vne
phiole de verre, et a demeuré vif plus
d’vn mois sans aucun aliment. La li-
gure t’est icy représentée a.
Monsieur Duret m’a affirmé auoir
ietté par la verge, apres vne longue
si grande douleur de lesie qu’il en mourut. Ce
qui est fort vraisemblable, etc.
La figure du scorpion n’avait été ajoutée
par l’aré qu’en 1579.
1 Paréajoutait: Tuenvois la figure, e t pré-
sentait en effet au lecteur la figure d’un
mot velu et cornu. Je l’ai retranchée sans hé-
siter. Du reste , celte histoire se lisait déjà
au chapitre 16 du livre des .Monstres de l’é -
dition de 1573; seulement la figure n’y a
été accolée qu’en 1579.
2 J’ai gardé cette figure parce que Paré
dit l’avoir vue, bien qu’il fasse toutes ré-
35
maladie , vne beste viuante sembla-
ble à un clouporte, que les Italiens
appellent Porceleti, qui estoit de cou-
leur rouge *.
Monsieur le comte Charles de Mans-
feld , n’agueres estant malade d’vne
grande fleure continue à l’hostel de
Guise, a iellépar la verge vne cer-
taine matière semblable à vn animal:
dontla figure t’est icy représentée 2.
Il se fait pareillement en la ma-
trice des femmes beaucoup de for-
serves sur sa véritable origine ; et il faut as-
surément que Guillemeau ou Paré s’en soient
laissé imposer, et que ledcssinateur ait beau-
coup ajouté à la forme réelle de l’objet.
On peut remarquer que Guillemeau est
appelé ici Chirurgien ordinaire du Roy; mais
cette histoire ne date que de l’édition de
1585. Voyez , t. ii , la note de la page 799.
1 II y avait encore ici : comme lu vois par
ce portrait; et de plus une figure fort mal
faite de cloporte. Je l’ai supprimée. Il n’est
pas besoin de dire que monsieur Duret avait
raconté là une histoire absurde; mais on
voit par celte réunion des grands noms de
la médecine du xvic siècle, Houlier, Fernel ,
Duret, tous si crédules en fait de prodiges,
qu’il était bien difficile à un chirurgien de
ne pas se laisser entraîner par le torrent ; et
cependant il faut rendre cette justice à Paré,
qu’aucune des observations où il a figuré
comme témoin ne porte l’empreinte d’une
si facile crédulité.
2 Cette observation peut servir de preuve
à ce que j’ai dit dans la note précédente. Si
pareille chose se fût présentée aux méde-
cins éminents cités plus haut, nul doute
qu’ils n'en eussent fait un animal ; Paré
dit seulement : vne certaine matière semblable
à vn animal; et rien n’empcchc, en effet,
qu’un caillot sanguin puisse offrir une forme
plus ou moins approchant de celle-ci, qui a
| sans doute été exagérée par le dessinateur.
LE DIX-NEVFIÉME LIVRE ,
36
mes d’animaux ( qui souuent se treu-
uentauec les moles et enfans bien for-
més) comme grenouilles, crapaux ,
serpens, lezars, harpies l. Nicole Flo-
rentin les compare à chats-huans, et
dit deuoir estre appelées bestes sau-
uages. Les harpies ont esté appelées
des anciens, freres Lombars , par-ce
que telles choses aduenoient aux
femmes de Lombardie, et qu’elles
naissoient en vne mesme matrice
comme les enfans bien formés, qui a
donné occasion de les nommer freres
vterins , par une mesdisance d’vne
personne que l’on hait 2. Or les fem-
mes du royaume de Naples y sont fort
suiettes , à cause de la mauuaise
nourriture qu’elles prennent , les-
quelles de tous temps ont mieux aimé
auoir le ventre de bureau que de ve-
1 La question traitée dans ce paragraphe
l’avait déjà été dans le livre des Monstres ,
édition de 1573 et 1575, chapitre 19. Ce
texte primitif mérite d’être reproduit.
« Il s’est veu des femmes auoir ietté par
leurs matrices des serpens et autres bestes,
ce qui peut aduenir par la corruption de
certains excremenls estans retenus en leur
matrice, comme l’on voit se faire és intes-
tins, et autres parties de notre corps, de gros
et longs vers, voire pelus et cornus (comme
nous demonstrerons cy après) : Quelques
vns ont voulu fredonner que telle chose peut
venir quand vne femme se baigne, si par
cas fortuit quelque beste venimeuse comme
serpens et autres ont frayé, et rendu se-
mence en leau, à l’endroict de laquelle il soit
aduenu quon aye espuisé auec leau vne
telle ordure, et que puis apres la femme se
soit baignée en icelle, veu principalement
qu’à cause de la sueur et chaleur, tous ses
pores sont dauantage ouuerts : mais telle
raison ne peut auoir lieu , attendu que la
vertu génératrice de ceste semence est suf-
foquée et esteinte par la grande quantité
deau chaude, ioinct pareillement que la
bouche de la matrice ne s’ouure point, si
ce n’est à l’heure du coït, ou que les mois
coulent. »
* Gourdon , liv. 7, chap 18. — A. P.
lours ‘, c’est à dire manger fruits ,
herbages , et autres choses de mau-
uais suc qui engendrent tels animaux
par putréfaction, que manger viande
de bonne nourriture, pour espargner,
estre braues et bien accoustrées.
Monsieur Ioubert 2 escrit de deux
Italiennes : l’vne femme d’vn frippier,
et l’autre damoiselle,dans vn mesme
mois accouchèrent chacune d’vn part
monstrueux : celuy de la frippiere
esloit petit , ressemblant à vn rat sans
queue , l’autre de la demoiselle estoit
gros comme un chat : ils esloient de
couleur noire : et au partir de leurs
matrices, tels monstres grimpèrent
en haut contre la paroy de la ruelle
du lict, et s’y attachèrent fermement.
Lycosthenes escrit, que l’an 1494,
vne femme de Cracouie, en vne place
nommée Sainct Esprit, enfanta vn en-
fant mort, qui auoit un serpent vif
attaché à son dos, qui rongeoit ceste
petite créature morte 3.
Leuinus en raconte vne merveil-
leuse histoire en ceste façon 4. Ces
années passées vne femme vint vers
moy pour me demander conseil : la-
quelle ayant conceu d’vn marinier,
le ventre lui commença à enfler de
telle sorte, qu’on pensoit qu elle ne
1 E entre de bureau que de velours, façon de
parler proverbiale pour dire qu’elles soi-
gnaient mal leur ventre. Bureau était le
nom d’une étoffe grossière dont nous avons
fait bure ; on trouve encore ce mot dans Boi-
leau Despréaux :
Kl qui n'élant velu que de simple bureau.
5 Au liure des Erreurs populaires. — A. P.
3 Paré ajoutait : comme tu vois par ceste
figure, et donnait en effet une misérable
figure copiée de Lycosthènes, ouv. cité, page
503. Au reste, cette histoire et cette figure
se trouvaient déjà au livre des Monstres
en 1573 et 1575, chapitre 19, mais après
l’histoire qui va suivre.
4 Liu. 1 de occult. naittr., chap. 8. — A. T.
DES MONSTRES ET PRODIGES.
dcnst iamais porter à terme. Le neu-
fiéme mois passé, elle enuoye qué-
rir la sage-femme : et auec grands
efforts, premièrement accoucha d’une
masse de chair sans forme , ayant à
chacun costé deux anses longues d’vn
bras, qui remuoit et auoit vie comme
les esponges. Apres luy sortit de la
matrice vn monstre ayant le nez
crochu, le col long, les yeux estin-
celans, une queue aiguë, les pieds
fort agiles. Si tost que ledit monstre
fut sorti , il commença de bruire , et
remplir toute la chambre de siffle-
mens , courant çà-et-là pour se ca-
cher : sur lequel les femmes se iet-
terent, et le suffoquèrent auec des
oreillers. A la fin la pauure femme
toute lasse et rompue, accoucha d’un
enfant masle, tant bourrelé et tour-
menté par ce monstre , qu’il mourut
si tost qu’il eust receu baptesme. La-
dite patiente, apres auoir esté longue
espace de temps à se r’auoir, luy ra-
conta le tout fidèlement
Cornélius Gemma, médecin de Lou-
uain, en vn liure qu’il a fait depuis peu
de temps, intitulé De naturœ diuinis
characlerismis , raconte vne histoire
admirable d’vne ieune fille de ladite
ville , aagée de quinze ans , du corps
de laquelle, apres douleurs infinies ,
sortirent plusieurs choses estranges
par haut et par bas. Entre lesquelles
elle rendit par le siégé auec les excre-
mens, vn animal vif, long d’un pied et
demy , plus gros que le pouce , repré-
sentant si bien vne vraye et naturelle
anguille, qu’il n’y auoit rien à redire,
1 Cette histoire se lisait déjà dans le livre
des Monstres de 1573 et 1575, après le long
passage reproduit dans la note de la page
précédente , et avant l’histoire de Lycosthè-
nes. C’est d’après le texte de ces deux édi-
tions primitives que j'ai restitué la dernière
phrase, qui manque dans toutes les autres.
37
fors qu’il auoit la queue fort pelue '.
Maistre Pierre Barque, chirurgien
des bandes Françoises, et Claude le
Grand chirurgien , demeurans à Ver-
dun , n’agueres m’ont affirmé auoir
pensé la femme d’un nommé Gras
bonnet , demeurant audit Verdun ,
laquelle auoit vne aposleme au ven-
tre : de laquelle ouuerte sortit auec
le pus grand nombre de vers, gros
comme les doigts, ayans la teste ai-
guë, lesquels lui auoient rongé les
intestins, en sorte qu’elle fut long
temps qu’elle iettoit ses excremens fé-
caux par l’vlcere , et à présent est du
tout guerie 1 2.
Antonius Beniuenius , médecin de
Florence, escrit qu’vn quidam nommé
Iean,menusier, aagé de quarante ans,
auoit presque vne assiduelle douleur
de cœur, pour laquelle auoit esté en
danger de mort. Et pour y obuier,
eut l’opinion de plusieurs médecins
de son temps , sans toutesfois en
auoir receu aucun allégement. Quel-
que temps apres s’adressa vers luy :
ayant considéré sa douleur , luy
donna vn vomitoire , par lequel ietta
grande quantité de matière pourrie
et corrompue , sans toutesfois appai-
ser sa douleur. Derechef luy ordonna
vn autre vomitoire , au moyen du-
quel il vomit grande quantité de ma-
tière , ensemble un ver de grandeur
de quatre doigts , la teste rouge ,
ronde , et de grosseur d’vn gros pois,
ayant le corps plein de poil follet,
la queuë fourchue en forme de crois-
1 Paré ajoutait : Comme tu peux voir par le
portrait cy dessous , semblable à celuy que
Gemma a mis en son liure. J’ai retranché
cette absurde ligure , que Paré eût bien fait
de laisser à Gemma.
2 C’est par cette histoire, reproduite ici
textuellement , que commençait le chapitre
18 du livre des Monstres en 1573,
LE D1X-NEVFIÉME LIVRE ,
38
sant, ensemble quatre pieds, deux
au deuant, et deux au derrière *.
le dis encore qu’aux apostemes il
se trouue des corps fort estranges ,
comme pierre, croye, sablon, char-
bon, coquilles de limaçon, espics,
foin , cornes , poil , et autres choses ,
ensemble plusieurs et diuers ani-
maux , tant morts que viuans 2. Des-
quelles choses la génération (faite
par corruption et diuerse alteration)
ne nous doit estonner beaucoup , si
nousconsiderons que, comme Nature
fécondé a mis proportionnément en
l’excellent Microcosme toute sorte de
matière , pour le faire ressembler et
estre comme image viue de ce grand
monde : aussi elle s’esbat à y repré-
senter toutes ses actions et mouue-
mens, n’estant Jamais oisiue quand la
matière ne luy defaut point 3.
1 Ici encore revenait la phrase habituelle,
comme tu vois par ceste figure, suivie en effet
de la figure annoncée, que j’ai supprimée
comme les autres. Cette suppression m’a
d’autant moins coûté queBenivieni n’avait
pas donné de figure, et que c’est Paré qui
l’avait fait faire d’après la description. Du
reste , cette histoire avait été ajoutée en
chapitre en 1675, et la figure seulement
en 1579.
2 11 a déjà dit quelque chose de semblable
au livre des Tumeurs en general, ch. 4. —
Voyez t. i, p. 324.
3 Dans l’édition de 1573, le chapitre se
terminait ainsi :
l’ay escripl en mon Traicté de la Peste
auoir reu vue femme qui auoit ielté vnver par-
le siégé de longueur plus d’vnc toise, de figure
d'vn serpent : qui voudra sçauoir la génération,
les especes et différences , leurs diuersilés de
couleurs , figures d'iceux, les trouuera audict
chapitre.
Cette citation se rapporte au Traité de
lu Peste de 15G8, qui a été depuis divisé en
deux livres, celui de la Peste, ej celui de la
petite Ventile et Lepre ; c’est dans ce der-
nier, chapitre 4, que l’on trouvera l’histoire
et les détails annoncés par l’auteur.
CHAPITRE XVII.
DE CERTAINES CHOSES ESTRANGES OVE
NATYRE RÊPOVSSE PAR SON INCOM-
PREHENSIBLE PROVIDENCE *.
Antonius Beniuenius, médecin do
Florence , escrit qu’vne certaine fe-
melle aualla vue aiguille d’airain ,
1 Ce chapitre, qui est bien le 17e de l’é-
dition primitive et de celle de 1575 , est le
10e de toutes les autres éditions complètes.
Voyez la note 2 de la page 33.
Mais dans le principe il ne commençait
pas comme aujourd’hui. L’auteur débutait
sans préambule par raconter l’histoire de
monsieur Sarrel , qu’on lit aujourd’hui au
chapitre 52 du livre des Operations de Chi-
rurgie (voyez tome ii, page 500, le texte et la
note!, et il ajoutait: Ce que i’uy veu sem-
blablement aduenir à monsieur le comte de
Mansfell , de sa blessure de pistole qu'il eut
au bras senestre le iour de la bataille de
Monlconlour. On trouvera l’histoire du comte
de Mansfelt rapportée fort au long au cha-
pitre 14 du livre des plages d’harquebuses
(tome n , page 163); seulement il est bien
remarquable qu’en 1573 Paré dise que la
blessure était an bras senestre , et en 1575 ,
au bras dexlre; nouvel exemple du danger
pour l’observateur de s’en fier à sa mémoire.
— Ensuite venait l'histoire de monsieur de la
Croix, qui plus tard a suivi le sort de celle
de monsieur Sarrel (voyez tome n,page 500) ;
il faut dire pourtant que l’édition de 1573
ajoute ce document qui manque dans toutes
les autres , que la blessure était à la ioinc-
ture du coude ; mais quelle confiance accor-
der à ce renseignement donné de mémoire
plus de neuf ans après l’accident? et ne se
peut-il pas que Paré ait attribué à M. de la
Croix les conditions de la blessure de M. de
Mansfelt, pour lequel nous venons de voir
qu’il avait commis une autre erreur?
Quoi qu’il en soit, notre auteur ne man-
quait pas, après ces histoires, de raconter
sa discussion sur le trajet de la sanie à tra-
vers les vaisseaux, appuyée de la comparai-
DES MONSTRES ET PRODIGES.
sans auoir senti aucune douleur
l’espace d’vn an : lecpiel estant passé,
luy suruint grande douleur au ven-
tre, et pour-ce eut l’opinion de plu-
sieurs médecins touchant cesle dou-
leur, sans leur faire mention de ceste
aiguille qu’elle auoit auallée : tou-
tesfois aucun ne luy sceut donner al-
légement : et vesquit ainsi l’espace de
dix ans 1 : lors tout à coup par vn pe-
tit trou prés du nombril , ladite ai-
guille sort , et .fut guarie en peu de
temps.
Vn escolier nommé Chambellant,
natif de Bourges, estudiant à Paris
au college de Presle , aualla vn espy
d'herbe nommé gramen, lequel sortit
quelque temps apres entre les cosles
tout entier, dont il en cuida mourir:
et fut pensé par défunt monsieur Fer-
nel, et monsieur Huguet, Docteurs
en la faculté de Medecine. Il me sem
ble que c’estoil fort fait à Nature d’a-
uoir expulsé ledit espy de la substance
des poumons , auoir fait ouuerture à
la membrane pleuretique , et aux
muscles qui sont entre les costes : et
neantmoins receut guérison : et croy
qu’il soit encore viuant.
son des monte-vins , de celle du lait des
femmes nouvellement accouchées qui s’é-
coule par la matrice ; en alléguant égale-
ment l’exemple du chyle attiré par le foie ,
de la semence parcourant les vaisseaux du
testicule. On peut retrouver toute cette dis-
cussion, avec des changements insignitiants
de rédaction, aux pages 501 et 502 de notre
tome deuxième.
Après tout cela venait ensuite l’histoire de
l 'escolier Chambellant , qui est la seconde du
chapitre actuel. Quant à celle de Beni-
vieni, elle a été ajoutée en 1575 , en même
temps que toutes les précédentes étaient
supprimées.
1 Paré avait mis par erreur, deux ans; le
texte de Benivieni porte , decem annis.
3g
Cabrolle 1 , chirurgien de monsieur
le Mareschal d’Anuille, n’agueres m’a
certifié que François Guillemet , chi-
rurgien de Sommieres , petite ville
qui est à quatre lieuës prés de Mont-
pellier, auoit pensé et guéri vn berger
auquel des voleurs au oient (ail aualler
vn Cousteau de longueur d’vn demy-
pied, et le manche estoil de corne, de
grosseur d’vn pouce : qui fut l’espace
de six mois en son corps, se plaignant
grandement, et deuinl clique, sec
et émacié : en fin luy suruint vne
aposteme au-dessous de l’aine, ietlant
grande quantité de pus fort puant et
infect , par laquelle en presence de la
iustice fut tiré ledit Cousteau , lequel
monsieur Ioubert, médecin célébré
à Montpellier, garde en son cabinet ,
et l’a vnonstré à plusieurs, comme
vne chose admirable, dignede grande
mémoire , et monstrueuse. Ce que
pareillement Iacques Guiilemeau ,
Chirurgien luré à Paris, m’a affermé
auoir veu au cabinet de monsieur
Ioubert, pour lors estant à Mont-
pellier2.
Monsieur deRohan auoit vb fol nom-
mé Guion, qui aualla la pointe d’vue
espée tranchante, de longueur de
trois doigts ou enuiron , et douze iours
apres la ietla par le siégé : et ne fut
sans luy aduenir de grands accidens,
toutesfois réchappa : il y a des gen-
1 L’édition de 157S disait monsieur Ca-
brolle ; le monsieur a été retranché dès 1 579 ,
probablement parce que c’était trop d’hon-
neur pour un chirurgien. Cabrol vivait en-
core en 1595.
2 Cette dernière phrase , dans laquelle
Paré appelle Guiilemeau en lémoignage, a
été ajoutée en 1579 , et n’a pas été changée
depuis. On voit que Guiilemeau n’y est pas
encore nommé chirurgien du roi. Voyez
tome h, page 799, la note 1 de la deuxième
colonne.
LE DIX-NEVFIÉME LIVRE ,
4o
tils-hommes de Bretagne encore vi-
nans qui la luy virent aualler.
On a veu aussi à certaines fem-
mes , l’enfant estant mort dans leur
matrice, les os sortir par l’ombilic,
et la chair par pourriture estre ieltée
par le col de leur matrice , et par le
siégé, s’estant fait abcès: ce que deux
chirurgiens célébrés et dignes de foy
m’ont certiüé auoir veu à deuxdiuer-
ses femmes.
Pareillement monsieur Dalechamps
en sa Chirurgie Françoise , recite
qu’Albucrasis auoit traiié vne dame
de mesme chose , dont l’issue fut
bonne, ayant recouuert sa santé,
toutesfois sans porter enfans depuis.
Semblablement est vne chose bien
monstrueuse de voir vne femme ,
d’vne suffocation de matrice estre
trois iours sans se mouuoir, sans ap-
parence de respirer , sans apparente
pulsation d’artere : dont quelques
vnes ont esté enterrées viues,pensans
leurs amis qu’elles fussent mortes.
Monsieur Fernel escrit d’vn certain
adolescent, lequel apres auoir pris
grand exercice, commença à toussir
iusques à tant qu’il eust ietté vne
aposteme entière de la grosseur d’vn
œuf, laquelle estant ouuerle fut trou-
uée pleine de boué blanche, enue-
loppée en vne membrane. Iceluy
ayant craché le sang par deux jours,
auec vne grande fiéure , toutesfois
réchappa l.
L’enfant d’un marchand drapier,
nommé de-Plcurs, demeurant au coin
de la rue neufue nostre Dame de Pa-
ris, aagé de vingt deux mois , aualla
vne piece d’vn miroir d’acier, qui
descendit en la bourse, et fut cause
de sa mort. Estant décédé , fut ou-
1 Le chapitre se terminait là en 1573 et
1575; le reste est de diverses dates.
uert en la presence de monsieur le
Gros, docteur regent en la faculté de
Medecine à Paris , et l’ouuerture
faite par maistre Balthazar, chirur-
gien pour lors de l’Hostel-Dieu. Cu-
rieux de la vérité , m’en allay parler
à la femme dudit de-Pleurs , laquelle
m’affirma 'a chose estre vraye, et me
monstra la piece de miroir qu’elle
portoit en sa bourse : qui estoit de
telle figure et grandeur '.
Figure d'vue piece de miroir, qu’avatla vu en-
fant aagé de vingt deux mois, qui fut cause
de sa mort.
Valescus de Tarante médecin , en
ses Obseruations médicinales et exem-
ples rares, dit qu’vne ieune fille Vé-
nitienne aualla vne aiguille en dor-
mant, de la longueur de quatre doigts,
et dix mois après la ietla par la vessie
auec l’vrine 2.
L’an 1578, au mois d'octobre, Tien-
nette Chartier, demeurant à sainct
Maur les Fossés , femme vefue aagée
de quarante ans, estant malade d’vne
fiéure tierce , vomit au commence-
ment de son accès grande quantité
d’humeur bilieux , auec lequel elle
1 Cette histoire a été ajoutée en 1585, de
même que l’observation suivante de Va-
lescus.
2 Valescus de Tarente n’a point écrit
A’ Observations médicinales ; Paré cite par
mégarde le titre d’un livre de Rembert Do-
doens , Medicinalium Observationum Exem-
pta rara , à la suite duquel Dodoens a publié
quelques faits extraits du Philonium de Va-
lescus.
DES MONSTRES ET PRODIGES.
reietta trois vers qui estoieut ve-
lus, et (lu tout semblables en figure,
couleur, longueur et grosseur à che-
nilles, sinon qu’ils est oient plus noirs:
lesquels depuis vesquirent huitiours
et plus, sans aucun aliment. Et furent
iceux apportés par le barbier dudit
sainct Maur à monsieur Milot, docteur
et lecteur des escoles en Médecine,
quipensoit lors ladite Chartier, lequel
me les monstra. Messieurs le Féure,
leGros,Marescot,et Courtin Docteurs
en Medecine, les ont aussi veus
le ne puis encore passer que ne
recite ceste histoire prise aux Chro-
niques de Monstrelet , d’vn franc-ar-
cher de Meudon près Paris , qui estoit
prisonnier au Chastelet pour plu-
sieurs larcins, dont il fut condamné
(l’estre pendu et estranglé: il en ap-
pella en la cour deParlement, et par
icelle cour fut déclaré estre bien iugé
et mal appelle. En mesme iour fut
remonstré au roy par les médecins
de la ville, que plusieurs estoient fort
trauaillés et molestés de pierre, coli-
que, passion et maladie de costé,
dont estoit fort molesté ledit franc-
archer, et aussi desdites maladies es-
toit fort molesté monseigneur de
Boscage , et qu’il seroit fort requis de
voir les lieux où lesdites maladies
sont concreées dedans les corps hu-
mains, laquelle chose ne pouuoit es-
tre mieux sceuë qu’en incisant le
corps d’un homme viuant : ce qui
1 Cette histoire a été ajoutée en 1575 , en
même temps que la suivante. La place
qu’elles occupent est une nouvelle preuve
du peu de soin avec lequel Paré faisait ces
additions; car évidemment cette histoire de
vers rejetés par le vomissement revenait de
droit au chapitre qui précède; et l’anecdote
du franc archer de Meudon convenait beau-
coup mieux au chapitre des pierres qui s'en-
gendrent au corps humain.
4t
pouuoit estre bien fait en la personne
d’iceluy franc-archer, qui aussi bien
estoit prest de souffrir la mort : la-
quelle ouuerture fut faite au corps
dudit franc-archer, et dedans iceluy
quis et regardé le lieu desdites ma-
ladies, et après qu’ils eurent esté
veus, fut recousu, et ses entrailles
remises de lans : et par l’ordonnance
du roy fut bien pensé, tellement que
dedans quelques iours il fut bien
guari : et eut sa remission , et luy fut
donné auec ce argent1.
CHAPITRE XVI1T.
DE PL VSIEVRS AVTRES CHOSES ES-
TRANGES.
Alexandre Benedict recite en sa
Pratique , auoir veu vne femme
nomméeVictoire, laquelle auoit perdu
toutes ses dents : et estant deuenue
chauue, autres dents luy reuinrent
toutes en l’aagc de quatre vingts ans.
Antonius Beniuenius médecin , au
liure 1. chap. 83, fait mention d’vn
nommé Iacques le larron , lequel es-
tant décédé, luy fut trouué le cœur
tout couuert de poil a.
Le fils de Bermon , Baille demeu-
rant en la ville de S. Didier, au pais
de Vellay , auoit vne loupe sur le
sourcil de l’œil dextre, laquelle com-
mençait desia à l’offusquer et cou-
urir, et partant voulut que i’en fisse
amputation ( ce que ie fis il n’y a pas
long temps et trouuay la loupe pleine
1 On peut comparer cette citation avec le
texte original de Jean de Troyes, que j’ai
donné dans mon Introduction, tome i, page
cv. C’est à Jean de Troyes que Monstrelet
avait emprunté cette anecdote.
2 Cette citation de Beniyenius ne date que
de 1585.
4 2 LE DIX-NE VFIEME LIVRE
de poil, auec vue matière mucilagi-
neuse : et en huit iours la playe fut
totalement consolidée *.
Esticnne Tessier, maistre barbier
chirurgien demeurant à Orléans, hom-
me de bien, et expérimenté en son
art, m’a recité que depuis peu de
temps auoit pensé et médicamenté
Charles Verignel, sergent demeurant
à Orléans, d’vne pîaye qu’il auoit re-
ceuë au jarret, partie dexlre, auec
incision totale des deux tendons qui
fléchissent le jarret : et pour l’habil-
ler luy fit fléchir la iambe , en sorte
qu’il cousit les deux tendons bout à
bout Tvn de l’autre, et la situa et
traila si bien , que la playe fut con-
solidée sans estre demeuré boiteux :
chose digne d’estre bien notée au
ieune chirurgien , à fin que lorsqu’il
luy viendra entre ses mains telle
chose, il en face le semblable.
Que diray-ie d’auantage? C’est que
i’ay veu plusieurs guaris,' ayans des
coups il’espées , de fléchés, d’harque-
buse au trauers du corps : d’autres
des playes à la teste, auec déperdition
de la substance du cerueau : autres
auoir les bras et les iambes empor-
tées de coups de canon , neantmoins
receuoir guarison : et d’autres qui
n’auoient que des petites playes su-
perficielles, que l’on eslhnoit n’ es-
tre rien , toutesfois mouroient auec
grands et cruels accidens. Hippo-
crates au cinquième des épidémies,
dit auoir arraché six ans apres vn
1 J’ai rétabli celte observation dans le
texte d’après l’édition de 1573. Elle avait été
retranchée dès 1575, et il est difficile d’en
Comprendre la raison , à moins que l’auteur
ne l’ait effacée par erreur avec une phrase
qui suivait concernant les corps étrangers
dans les loupes et apostèmes, et qu’il vou-
lait transporter au livre des Tumeurs, ch. 4.
Voyez la note 1 de la page 39.
fer de fléché qui estoit demeuré au
plus profond de Taine, et n’en rend
autre cause decesle longue demeure,
sinon qu’il estoit demeuré entre les
nerfs, veines, et artères sans en bles-
ser vne seule >. Et pour conclusion
ie diray auec Hippocrates (pere et
aulbcur de la medecine) qu’aux ma-
ladies il y a quelque chose de diuin,
dont l’homme n’en sçauroit donner
raison. le ferois icy mention de plu-
sieurs autres choses monstrueuses
qui se font aux maladies, n’estoit que
ie crains d’estre trop prolixe, et répé-
ter vne chose trop de fois.
CHAPITRE XIX.
EXEMPLE DES MONSTRES QV1 SE FONT
PAR CORRVPTION ET POVRRITVRE 1 2.
Boistuau en ses Histoires prodigieu-
ses escrit, que luy estant en Auignon,
vn artisan ou tirant vn cercueil de
plomb d’vn mort , bien couuert et
soudé, de façon qu’il n’y auoit aucun
air, fut mordu d’un serpent qui estoit
enclos dedans, la morsure duquel es-
toit si veneneuse, qu’il en cuidajnou-
rir. L’on peut bien donner raison de
la naissance et de la vie de cest ani-
mal : c’est qu’il fut engendré de la
pourriture du corps mort.
1 Cette histoire, empruntée d’Hippocrate,
n’a été insérée en cet endroit qu’en 1579.
2 Ce chapitre était bien plus étendu dans
les deux éditions de 1573 et 1575. Il com-
mençait par une discussion sur les serpents
contenus dans la matrice des femmes, puis
par deux autres histoires tirées de Lcvinus
et de Lycosthèncs. Tout cela a été reporté
en 1579 dans un appendice au chapitre 3 du
livre de la petite Vcrollc , que j’ai remis à
sa place naturelle comme chap. 16 du pré-
sent livre. Voyez les notes despages 33 et 36.
DES MONSTRES ET PRODIGES.
Baptiste Leon escrit pareillement,
que du temps du Pape Martin cin-
quième , fut trouué en \ne grande
pierre solide vn serpent vif enclos ,
n’y ayant aucune apparence de ves-
tige par lequel il deust respirer.
En cest endroit ie veux reciter vne
semblable histoire. Estant en vne
mienne vigne près le village de Meu-
don 1 , où ie faisois rompre de bien
grandes et grosses pierres solides , on
trouua au milieu de l’vne d’icelles
vn gros crapaud vif, et n’y auoit au-
cune apparence d’ouuerlure : et m’es-
inerueillay comme cest animal auoit
peu naistre, croislre et auoir vie. Lors
le carrier me dit qu’il ne s’en falloit
esmerueillor , par-oe que plusieurs
fois il auoit trouué de tels et autres
animaux au profond des pierres, sans
apparence d’aucune ouuerture. On
peut aussi donner raison de la nais-
sance et vie de ces animaux : c’est
qu’ils sont engendrés de quelque sub-
stance humide des pierres, laquelle bu
midité putréfiée produit telles bestes.
CHAPITRE XX.
EXEMPLE DE LA COMMISTION ET MES-
LANGE DE SEMENCE.
Il y a des monstres qui naissent
moitié de figure de bestes , et l’autre
humaine, ou du tout retenans des ani-
maux, qui sont produits des sodo-
mites et des alheistes , qui se joignent
et desbordent contre nature auec les
bestes, et de là s’engendrent plu-
1 Nous avons dit dans notre introduction,
d’après M. E. Bégin , que Paré avait une
campagne à Meudon ; lui-mème nous donne
ici la preuve qu’il y possédait en effet que 1-
ques propriétés.
43
sieurs monstres hideux et grande-
ment honteux à voir et à en parler.
Toutesfois la dcshonnestetc gist en
effet , et non en paroles : et est lors
que cela se fait vne chose fort mal-
heureuse et abominable, et grande
horreur à l’homme ou à la femme se
mesler et accoupler auec les bestes
brutes : et partant aucuns naissent
demy hommes et demy bestes.
Le semblable se fait , si bestes de
diuerses especes cohabitent les vnes
auec les autres, à cause que Na-
ture taschc tousiours à faire son sem-
blable : comme il s’est vu vn aigneau
ayant la teste d’un porc, parce qu’vn
verrat auoit couuert la brebis : car
nous voyons mesme aux choses ina-
nimées, comme d’vn grain de fro-
ment , venir non l’orge , mais le fro-
ment : et du noyau d’abricot venir vn
abricotier, et non le pommier, par ce
que Nature garde tousiours son genre
et espece.
L'an 1493, vn enfant fut conceu et
engendré d’vne femme et d’vn chien ,
ayant depuis le nombril les parties
supérieures semblables à la forme et
figure de la mere, et estoit bien ac-
compli , sans que Nature y eust rien
obmis : et depuis le nombril auoit
toutes les parties inferieures sembla-
bles aussi à la forme et figure de l’a-
nimal qui estoit le pere : lequel (ainsi
que Volateranus escrit) fut enuoyé
au pape qui regnoit en ce temps-là.
Cardan, liure 14. chap. G4. de la va-
riété des choses , en fait mention '.
Cœlius Rhodiginus en ses antiques
1 Ici Paré donnait la figure d’vnenfunidemy-
chien que, malgré ses savantes citations, il
avait tout simplement copiée de I.ycosthè-
nes, son guide ordinaire, ouv. cité, p. 602
et 656.
44 LE DIX-NEVFnhîE LIVRE ,
Leçons 1 , dit qu’vn pasteur nommé
Cratain en Cybare, ayant exercé auec
vne de ses chéures son désir brutal,
la chéure ehéurcta quelque temps
apres un chéureau qui auoit la teste
de figure humaine, et semblable au
pasteur : mais le reste du corps sem-
bloil à la chéure.
L’an onze cens et dix, vne truye
en vn bourg du Liege cochonna vn
cochon ayant la teste et le visage
d’homme , semblablement les mains
et les pieds , et le reste comme vn co-
chon2.
L’an 1504 à Bruxelles, au logis d’un
nommée loest Dickpert, demeurant
rue Warmoesbroeck , vne truye co-
chonna six cochons, desquels le pre-
mier estoit vn monstre ayant face
d’homme, ensemble bras et mains, re-
présentant l’humanité généralement
depuis les espaules : et les deux iam-
bes et train de derrière de pourceau ,
ayant la nature de truye : il tetoit
comme les autres, et vesquit deux
iours : puis fut tué auec la truye,
pour l’horreur qu’en auoit le peuple 3.
L’an 1571 à Anuers, la femme d’vn
1 Lib. 25, ch. 32. — A. P. — 1573.
2 Ici se trouvait la fiqure d’vn cochon ayant
la teste , pieds et mains d’homme , et le reste
d’vn cochon. Paré citait en marge Lycosthe-
nes; et en effet on trouve cette figure répé-
tée en de nombreux endroits de l’ouvrage
de cet auteur, pages 124, 136, 371 , 374,
etc., etc.
3 Toutes les éditions ajoutent: dont tu as
icy le portrait qui t’est représenté le plus natu-
rellement possible; puis venait une figure ab-
surde, dont on peut se faire une idée d’après
le texte. Je ne sais où Paré a emprunté cette
hisloire, non plus que la suivante, à moins
que ce ne soit à Cornélius Gemma, déjà cité
plus haut, page 38,
compagnon imprimeur nommé Mi-
chel , demeurant au logis de Iean
Mollin, tailleur d’histoires, à l’ensei-
gne du pied d’or, à la Camerslrate ,
le propre iour sainct Thomas, sur les
dix heures du matin , accoucha d’vn
monstre représentant la figure d’vn
vray chien, excepté qu’il auoit le col
fort court , et la teste ne plus ne
moins qu’vne volaille, toutesfois sans
poil : et n’eut point de vie, parce que
ladite femme accoucha auant terme :
et à l’heure mesme de son enfante-
ment , iettant vn horrible cry ( chose
esmerueillable) la cheminée du logis
cheut par terre, sans aucunement of-
fenser quatre petits enfans qui es-
toient à l’entour du foyer1.
L’an 1224, prés de Yerone , vne iu-
ment poulena vn poulain qui auoit
vne teste d’homme bien formée, et le
reste d’vn clieual. Le monstre auoit la
voix d’homme, au cry duquel vn vil-
lageois du pais accourut, et s’eston-
nant de voir vn monstre si horrible ,
le tua : à raison de quoy estant mis
en Justice , et interrogué tant sur la
naissance de ce monstre que de la rai-
son qui le luy auoit fait tuer , dit que
l’horreur et espouuentement qu’il en
auoit eu le luy auoit fait faire , et
partant fut absout 2.
1 L’auleur ajoutait en 1573 : Et pareeque
c’est vne chose recente , il m’a semblé bon pour
la postérité d’en donner icy le portrait. Plus
tard il effaça ces mois ambitieux : pour la
postérité, et j’ai supprimé tout le reste.
2 Cette histoire ne se lit ici que dans les
éditions de 1573 et 1575; plus tard elle fut
transportée au chapitre 3 (voyez ci-devant,
page 4, la note 1 de la 2e colonne). Mais
elle avait été étrangement écourtée, et c’est
pourquoi j’ai cru devoir la rétablir ici avec
le texte complet pwonlif.
DES MONSTRES
Loys Cellée escrit auoir leu en vn
aulheur approuué , qu’vne brebis
conceut el aignela d’vn lyon, chose
monstrueuse en nature
Le 13. iour d’auril 1573, vn aigneau
nasquit en vn lieu nommé Chambe-
noist, faux-bourg de Sezanne, en la
maison de Iean Poulet , mesureur de
sel : el nefutconneu en cest aigneau
vie , sinon qu’il fut veu remuer bien
peu : sous les oreilles y auoil vne em-
boucbeure approchant de la forme
d’vnc lamproye 1 2.
Ceste année présente mil cinq cens
soixante et dix sept , nasquit vn ai-
gneau au village nommé Blandy, vne
lieue el demie prés Melun, ayant trois
lestes en vne : celle du milieu estoit
plus grosse que les deux autres , et
quand vne desdites lestes belloit , les
autres faisoient le semblable. Maistre
lean Bellanger, chirurgien demeu-
rant en la ville de Melun, affirme l’a-
uoir veu , et en a fait portraire la fi-
gure , laquelle a esté criée et vendue
parceste villede Paris, auecpriuilege,
auec deux autres monstres, l’vn de
deux filles iumelles, et vn autre ayant
la face d’vne grenouille, qui a esté cy
deuant figuré3.
1 Cette citation de Louis Cellée a été ajou-
tée en 1585.
* La figure duquel est telle que tu vois ; en-
core une figure absurde que j’ai retran-
chée, et dont on peut d’ailleurs se faire une
suffisante idée d’après le texte. Cette his-
toire a été ajoutée en 1579.
3 La date de cette histoire indique assez
qu’elle n’a pu être insérée ici qu’en 1579. On
voit cependant par ces deux dates que Paré
n’attendait pas la réimpression de ses OEu-
vres pour y ajouter et corriger.
La figure à laquelle il renvoie a été sup
primée ; mais on peut en voir l’histoire ci-
devant, pages 24 et 25.
ET PRODIGES. ^5
La figure d'vu aigneau ayant trois testes.
Il y a des choses diuines cachées et
admirables aux monstres , principa-
lement à ceux qui aduiennent du
tout contre nature : car à iceux les
principes de philosophie faillenl, par-
tant on n’y peut asseoir certain loge-
ment. Aristote en ses problèmes dit
qu’il se fait des monstres en nature, à
cause de la mauuaise disposition de
la matrice, et cours de certaines con-
stellations. Ce qui aduint du temps
d’Albert, en vne métairie, qu’vne va-
che fit vn veau demy-homme : de-
quoy les villageois se doutans du
pasteur, l’accuserent en iugement ,
pretendans le faire brusler auec la-
dite vache : mais Albert , pour auoir
fait plusieurs expériences en astro-
nomie , connoissoit ( disoit- il ) la vé-
rité du fait , et dit cela estre aduenu
par vne spéciale constellation : de
sorte que le pasteur fut deliuré et
purgé de l’imposition de tel execrable
crime. le doute fort si le iugement du
seigneur Albert estoit bon '.
1 Les éditions de 1573 et 1575 ajoutent :
parce que Dieu n’est point lié ny subiecl de
suyure l’ordre qu’il a establi en nature, ny en
mouvement des astres et planettes. En même
temps on lisait cette note marginale : Le iu-
gement des astrologues est fort douteux, que ie
A6 LE DIX-TVEVFlÉME LITRE
Or ie délaissé icy à escrire plusieurs
autres monstres engendres de ceste
farine , ensemble leurs portraits, les-
quels sont si hideux et abominables,
non seulement à voir, mais aussi d’en
ouyr parler , que pour leur grande
détestation ne les ay voulu reciter
ne faire portraire. Car ( comme dit
Boistuau, apres auoir récité plusieurs
histoires sacrées et profanes, qui sont
toutes remplies de griefues peines sus
les paillards) que doiuent espérer les
atheïstes et sodomites, qui se ioignent
contre Dieu et Nature ( comme i’ay
dit cy-dessus) auec les bestes brutes?
A ce propos saint Augustin dit , la
peine des paillards estre de tomber
en aueuglement , et deuenir enragés
apres qu’ils sont délaissés de Dieu , et
ne voir point leur aueuglement , ne
pouuans escouter bon conseil, prouo-
quans l’ire de Dieu contre eux.
CHAPITRE XXL
EXEMPLE DE L’ARTIFICE DES MESCH ANS
GVEVX DE LO STI ERE l.
I’ay souuenance estant à Angers,
mil cinq cens vingt cinq , qu’vn mes-
cliant coquin auoit coupé le bras
d’vn pendu , encores puant et infect,
lequel il auoit attaché à son pour-
point, estant appuyé d’vne fourchette
contre son costé , et cachoit son bras
leur laisse à disputer et à prouuer. leremie, 10.
Dieu n’ est point subiei aux astres, car il est
autlieur de toutes choses. Liure des Epheses. —
Les derniers membres de ces deux phrases :
que ie leur laisse, etc.; car il est autlieur, etc.
furent retranchés en 1558.
1 Gueux de l’ Ostiere ou de l'hostiere, men-
diants ; le traducteur latin traduit ce mot
par mendicantes. Le Mabelaisiana donne
naturel derrière son dos , couuert de
son manteau, à tin qu’on estimast que
le bras du pendu estoit le sien propre :
et crioit à la porte du temple qu’on
lui donnast l’aumosne en l’honneur
de sainct Antoine. Vn iour du Ven-
dredy sainct, le monde voyant ainsi
le bras pourri , luy faisoit aumosne,
pensant qu’il l'ust vray. Le coquin
ayant par long espace de temps re-
mué ce bras, en fin se de9tacha et
tomba en terre , où tout 9ubit le re-
louant, fut apperceu de quelques-vns
auoir deux bons bras, sans celuy du
pendu : alors fut mené prisonnier,
puis condamné à auoir le fouet , par
l’ordonnance du magistrat, ayant le
bras pourri pendu à son col , deuant
son estomach, et banni à iamais hors
du pays.
CHAPITRE XXII.
l’imvostvbe d’vne brlistresse fei-
gnant AVOIR VN CHANCRE A LA MAM-
MELLE.
Vn mien frere nommé lehan Paré1,
chirurgien demeurant à Vitré, ville
de Bretagne , vit vne grosse et po-
telée cagnardiere demandant l’au-
mosne à la porte d’vn temple vn di-
manche , laquelle feignoit auoir vn
chancre à la mammelle , qui estoit
vne chose fort hideuse à voir, à cause
d'une grande quantité de boue qui
comme synonymes: gueux de l’hôpital, ou
suivant d’autres , gueux de l’osl , qui demande
à ta porte des maisons.
‘ Toutes les éditions du vivant de l’auteur
portent lehan, les autres tean ; j’ai conservé
l’orthographe primitive, qui peut être re-
gardée à la fois comme celle de l’auteur et
celle de l’époque dont il parle.
DES MONSTRES ET PRODIGES.
sembloit en découler sus vn linge
qu’elle auoit deuant soy. Mondit
frere contemplant sa face, qui esioit
d’vne viue couleur, monstrant estre
bien saine, et les parties d’autour
son chancre vlceré blanches et de
bonne couleur, et le reste de son
corps bien habitué, iugea en soy-
inesme que ceste garce ne pouuoit
auoir vn chancre estant ainsi grasse ,
potelée et goujue , s’asseurant que
c’estoit vne imposture : ce qu’il dé-
nonça au magistrat (dit en ce pays-là
l’Aloüé * ) , lequel permit à mondit
frere la faire mener en son logis pour
connoistre plus certainement l’im-
posture. Laquelle y estant arriuée ,
luy descouurit toute sa poitrine, et
trouua qu’elle auoit sous son aisselle
vne esponge trempée et imbue de
sang de beste et de laict meslés en-
semble, et vn petit tuyau de sureau
par lequel ceste mixtion estoit con-
duite par des faux trous de son chan-
cre vlceré , découlant sus le linge
qu’elle auoit deuant soy : et par cela
conneut pour certain que le chancre
estoit artificiel. Alors print de l’eau
chaude , et fomenta la mammelle , et
l’ayant humectée , leua plusieurs
peaux de grenouilles noires, vertes,
et iaunastres , mises les vues sus les
autres , colées auec bol armene et
blanc d’œuf et farine, ce que l’on
sceut par sa confession : et les ayant
toutes leuées, on trouua le tetin sain
et entier , et en aussi bonne disposi-
tion que l’autre. Ceste imposture
descouuerle , ledit Aloüé la ht con-
stituer prisonnière, et estant inter-
1 L’édition de 1573 porte : Laloüé, ce qui
e?t une faute d’impression, puisqu’un peu
plus tard elle dit : leilict Aloüé.
Du reste, toutes les autres éditions ont
corrigé dans ce sens.
47
roguée , confessa l’imposture , et dit
que ç’auoit esté son gueux qui l’auoit
ainsi accouslrée : lequel semblable-
ment feignoit d’auoir vne vlcere
grande et énorme à la iambe : ce qui
sembloit estre vray par le moyen
d’vne ratte de bœuf qu’il posoit le
long et autour de sa iambe , attachée
et fenestrée bien proprement , auec
vieux drapea ux aux deux extrémités :
de façon qu’elle sembloit estre plus
grosse deux fois que la naturelle : et
pour faire la chose plus monstrueuse
et hideuse à voir, l'aisoit plusieurs
cauités en ladite ratte, et par dessus
iettoit de ceste mixtion faite de sang
et de lait , et sus tous ses drapeaux.
Ledit Aloüé fit chercher ce maistre
gueux, larron , imposteur, lequel ne
put estre trouué , et condamna la
pute à auoir le fouet, et bannie hors
du pays : qui ne fut sans estre aupa-
rauant bien estrillée à coups de fouet
de cordes nouées , ainsi qu’on faisoit
en ce temps-là.
CHAPITRE XXI II.
1,’lMPOSTVItE d’VN CERTAIN MARAVT ÇVI
CONTREFAISOIT LE LADRE.
Vn an après vint vn gros maraut
qui contrefaisoit le ladre , se mit à la
porte du temple, desployant son Ori-
flan 1 , qui esioit vn couurechef, sus
lequel posa son baril et plusieurs es-
peces de petite monnoye, tenant en sa
main dextre des cliquettes, les faisant
cliqueter assez haut : la face cou-
uerte de gros boulons , faits de cer-
1OriJlan, oriflant, oriftambe, pour ori-
flamme, bannière, enseigne. Il est pris ici
au figuré; le latin dit : merces suas explicuil.
LE DIX-NEVFIÉME LIVRE.
48
taine colle forte, et peinte d’vne fa-
çon rougeastre et üuide, approchant
à la couleur des ladres , et estoit fort
hideux à voir : ainsi par compassion
chacun luy faisoit aumosne. Mondit
frere s’approcha de luy , et luy de-
manda depuis quel temps il estoit
ainsi malade : luy respondit d’vne
voix cassée et rauque , qu’il estoit
ladre dés le ventre de sa mere, et que
ses pere et mere en estoient morts , et
que leui-s membres leur en estoient
tombés par pièces. Ce ladre auoit cer-
taine lisiere de drap entortillée au
tour de son col : et par dessous son
manteau de sa main senestre se ser-
roil la gorge, à fin de se faire monter
le sang à la face, pour la rendre en-
core plus hideuse et défigurée, et
aussi pour faire sa voix enrouée , qui
se faisoit par l’anguslie et stricture de
la trachée artere , serrée par la li-
siere. Mondit frere estant ainsi à de-
uiser auec luy, le ladre ne put si
long temps demeurer qu'il ne deser-
raslsa lisiere, pour reprendxe vu peu
son haleine : ce que mondit frere ap-
perceut , et par ainsi eut soupçon
que ce fust quelque fausseté et im-
posture. Parquoy s’en alla vers le
Magistrat , le priant luy vouloir tenir
la main pour en sçauoir la vérité :
ce que volontiers luy accorda , com-
mandant qu’il fust mené en sa mai-
son pour esprouuer s’il estoit ladre.
La première chose qu’il fit , ce fut de
luy oster la ligature d’autour du col,
puis luy lauer la face auec de l’eau
chaude, et par icelle tous ses boutons
se destacherent et tombèrent, et la
face demeura viue et naturelle, sans
nul vice. Cela fait , le fit despoüiller
nud , et ne trouua sus son corps au-
cun signe de lepre , tant vniuoque
qu’equiuoque. Le Magistrat estant
aduerli de ce, le fit constituer pri-
sonnier, et trois iours après fut in-
terrogué : où il confessa la vérité
( qu'il ne pouuoit nier j après vue lon-
gue remontrance que luy fit le ma-
gistrat, luy mettant deuantles yeux
qu’il estoit vn larron du peuple , es-
tant sain et entier pour trauailler.
Ce ladre luy dit qu’il nesçauoit mes-
tier autre que de con t refaire ceux qui
sont trauaiilés du mal S. Iean ,
S. Fiacre, S. Main: bref qu’il sçauoit
contrefaire plusieurs maladies , et
qu’il n’en auoit Jamais trouué de plus
grand reuenu que de contrefaire le
ladre : alors fut condamné d’auoir le
foüet par trois diuers samedis, ayant
son baril pendu au col deuant sa poi-
trine , et ses cliquettes derrière son
dos, et banni à iamais hors du pays sus
peine de la hart. Quand ce vint au
dernier samedy, le peuple crioit à
haute voix au bourreau : Boute , boute ,
monsieur l'officier, il n’en sent rien,
c’est vn ladre : dont à la voix du peu-
ple monsieur le bourreau s’acharna
tellement à le foüetter, que peu de
temps après il mourut, tant pour le
foüet dernier, que pour luy auoir re-
nouuellé ses playes par trois diuei ses
fois : chose qui ne fut grandement
dommageable pour le pays *.
Les vus demandent à loger , et es-
tre à couuert au soir : et les ayant
par pitié mis au dedans , ouui-ent les
portes, et donnententrée à leurs com-
pagnons, lesquels pillent, et souuent
tuent ceux qui les auront hébergés :
ainsi vn homme de bien sous bonne
foy souuent sera tué et pillé de tels
meschans , ce qu’on a veu plusieurs
fois.
Autres s’enueloppent la teste, de
quelque meschant drapeau, et se
1 Ici se terminait ce chapitre en 1573 et
1575; le reste est de 1 579-
DES MONSTRES ET PRODIGES.
couchent dedans le fient en certains
lieux où le monde passe, demandons
l’aumosne auec vue voix basse et
tremblante , comme ceux qui ont vn
commencement de fiéure : et ainsi
conlrefaisans estre bien malades, le
monde en ayant pitié leur donne , et
cependant n’ont aucun mal.
Ils ont vn certain iargon par lequel
ils se connoissent et entendent les
vns les autres, pour mieux deceuoir
le monde , et sous ombre de compas-
sion on leur donne l’aumosne, qui les
entretient en leur mcsclianceté et im-
posture
Les femmes feignent estre grosses,
voire prestes d’accoucher , posons vn
oreiller de plume sus le ventre , de-
mandant du linge et autres choses
necessaires pour leurs couches : ce
qu’encores nagueres i’ay descouuert
en ceste ville de Paris.
Autres se disent icteriques et auoir
la iaunisse , se barbouillant tout le vi-
sage, bras, iambes et poitrine , auec de
la suye delayée en eau : mais telle im-
posture est aisée à descou urir, r egar-
dant seulement le blanc de leurs
yeux : car c’est la partie du corps où
ladite iaunisse se monstre première-
ment : autrement leur frottant le vi-
sage auec vn linge trempé en eau,
leur fallace est descouuerte. Certes,
tels larrons, belistres, et imposteurs,
pour viure en oysiueté, ne veulent
iamais apprendre autre art que telle
mendicité, qui à la vérité est vne
escole de toute meschanceté : car
quels personnages sçauroit-on trou-
uer plus propres pour exercer mac-
querellages, semer poisons par les
villages et villes, pour estre boute-
feux, pour faire trahisons , et seruir
d’espions , pour desrober, brigander,
et toute autre meschanceté pratique?
Car outre ceux qui ont esté meur-
49
Iriers d’eux-mesmes , et qui ont cau-
térisé et stigmatisé leurs corps, ou
qui ont vsé d’herbes et drogues pour
rendre les playes et corps plus hi-
deux , il s’en est trouué qui ont des-
robé des petits enfans, et leur ont
rompu les bras et iambes , crcué les
yeux , coupé la langue, pressé et en-
foncé la poitrine, disans que la foudre
les auoit ainsi meurtris , pour ( les
portant parmy le monde ) auoir cou-
leur de mendier et attrapper deniers.
Autres prennent deux petits en-
fans , et les mettent en deux panniers
sur vn asne, crians qu'ils ont esté
expoliés,et leur maison bruslée. Au-
tres prennent vne pancc de mouton ,
l’approprians sur le bas du ventre ,
disans estre rompus et greués, et
qu'il les conuienl tailler, et ampu-
ter leurs testicules. Autres chemi-
nent sur deux petites tablettes, qui
peuuent voltiger et faire soubresauts
autant bien qu’vn basteleur. Autres
feignent venir de Icrusalem , rappor-
tons quelques bagatelles pour reli-
ques, et les vendent aux bonnes
gens de village. Autres ont vne iambe
pendue à leur col : autres contrefont
estre aueugles, sourds, impolens,
cheminans à deux potences 1 , au de-
meurant bons compagnons.
Que diray-je plus? C’est qu'ils dé-
partent les prouinces, pour en certain
temps rapporter tout au commun
butin , feignans faire voyage à sainct
Claude, sainct Main, sainct Maturin,
sainct Hubert , à nostre dame de Lo-
relte, en Ierusalem , et sont ainsi en-
uoyés pour voir le monde , et ap-
prendre : par lesquels mandent de
ville en ville aux gueux leurs compa-
gnons, en leur iargon , ce qu'ils sça-
‘A deux béquilles; voyez la figure des
potences au liv. 17, ch. 13, t. u, page 02 1.
4
ni.
50 LE D1X-WEVFIÉMF. LIVRE
lient de nouueau et qui concerne
leur fait, comme de quelque maniéré
de faire nounellement inuentée pour
altrapper monnoye.
Puis n’agueres vn gros maraut fei-
gnoit estre sourd , muet , et boiteux :
toutesfois par le moyen d’vn instru-
ment d’argent qu’il disoit auoir eu en
Barbarie ( marqué toutesfois de la
marque de Paris) il parloit de façon
qu’on le pouuoit entendre. Il fut ap-
perceu estre imposteur, et fut mis és
prisons de sainct Benoist, et par la
priere de monsieur le Baillif des pau-
ures , i’allay ausditcs prisons pour vi-
siter ledit maraut auec compagnie, et
feismes rapport à messieurs duBureau
des pauures de Paris, comme s’ensuit.
Nous Ambroise Paré, Conseiller, et
premier Chirurgien du Roy, Pierre Pi-
gray, Chirurgien ordinaire de sa Ma-
iesté, et Claude Viard, Chirurgien à
Paris 1 , certifions ce iourd’huy, par
la priere du Procureur des pauures ,
auoir veu et visité és prisons de
S. Benoist vn quidam lequel n’a
voulu dire son nom, aagé de qua-
rante ans ou enuiron : sur lequel
auons trouué vne tierce partie de l’o-
reille dextre perdue, qui luy a esté
coupée. Semblablement vne marque
sus l’espaule dextre, qu’estimons
auoir esté faite par vn fer chaud.
D’auantage contrefaisoit vn grand
tremblement de iambe , iceluy disant
prouenir par vne déperdition de l’os
de la cuisse, qui est chose fausse,
d’autant que ledit os y est tout en-
tier : et ne paroist aucun signe par-
quoy puissions dire iceluy tremble-
1 J’ai dit dans mon Introduction, page
ccxxvij , que je n’avais trouvé qu’une seule
fois te nom de Claude Vian ou Viard cité par
Paré, à la date de 1585 ; le voici en 1579,
el j’ai depuis retrouvé deux ou trois endroits
OÙ il est également nommé. Voyez l’Apologie.
ment venir d’aucune maladie qui
auroit précédé , mais prouenir d’vn
mouuement volontaire. Item auons
visité sa bouche (à raison qu’il nous
voulait suader sa langue luy auoir
esté tirée par la nucque du col, im-
posture grande et qui ne se peut
faire) , mais auons trouué sa langue
enlieresans aucune lésion d’icelle, ny
des instrumensseruans à son mouue-
ment : toutesfois quand il veut parler,
il vse d’vn instrument d’argent, le-
quel ne peut en rien y seruir, ains
plustost nuire à la prolation. Item dit
estre sourd, ce que n’est pas , à raison
que l’auons interrogué sçauoir qui
luy auoit coupé l’oreille : il nous a
respondu par signes, qu’on luy auoit
coupé auec les dents.
Après que lesdits seigneurs du Bu-
reau eurent receu ledit rapport par
vn crocheteur, feirent apporter le vé-
nérable imposteur à l’hospital sainct
Germain des Prés, et luy fut oslé son
instrument d’argent. La nuict passa
par dessus la muraille qui est assez
haute , et de là s’en alla à Rouan, où
il voulut vser de son imposture : la-
quelle fut descouuerte, et estant ap-
préhendé , fut foiietté, et banni hors
de la duché de Normandie , sur peine
de la hart : et de ce m’en a asseuré
monsieur le Bailly des pauures de
ceste dite ville.
CHAPITRE XXIV.
d’vne cagnardiere feignant estre
MALADE DV MAL SAINCT FIACRE, ET
LVY SORTOIT DV CVL VN LONG ET
GROS BOY AV , FAIT PAR ARTIFICE-
Monsieur Flecelle , Docteur eu la
faculté de Médecine, homme sçauant
DES MONSTRES RT PRODIGES.
et bien expérimenté l, me pria vn iour
l’accompagner au village de Champi-
gny , deux lieues près de Paris , où il
auoit v rc petite maison. Où estant
arriué, ce pendant qu’il sepromenoit
en s^cpur, vint vne grosse garce, en
bon poinct, Juy demandant l’aumosne
cr l’honneur de monsieur saincl Fia-
cre, leuant sa cotf,e et chemise, mons-
trant vn grps boyau de longueur
d’vu demy pied et plus qui luy sor-
toit du cul , duquel découlait vne li-
queur semblable à de la boue d’apos-
teme, qui lui auoit teint et barbouillé
toutes scs cuisses, ensemble sa che-
mise deuant et derrière, de façon que
çela estoit fort vilain et deshonneste
à voir. L’ayant interroguée combien
il y auojt rie temps qu elle auoit ce
mal, luy fit response qu’il y auoit
enuiron quatre aus : alors ledit fle-
çelle contemplant le visage et l'habi-
tude d,e tout son corps , couneut qu’il
estoit impossible (estant ainsi grasse
et jfcssue ) qu’il penst sortir telle
quantité d’excremens , qu’elle ne dc-
uint emaciée, seiche et hectique : et
alors d’ vn plein saut se iettade grande
cholere sus ceste garçe , luy donnant
plusieurs coups de pied sous le ven-
tre , tellement qu’il l’atterra , et luy
fit sortir le boyau hors de son
siégé, auec son et bruit, et autre
chose : et la contraignit luy déclarer
l’imposture : ce qu elle fit , disant
que c’esloit uu boyau de bœuf noué
en deux lieux, dont l’vn des nœuds
estoit dans le cul , et ledit hoyau es-
toit rempli de sang et de laict mesLés
1 II s’agit de l’auteur de l’Introduction
à la Chirurgie, à qui Paré a fait de notables
emprunts pour sa propre Introduction.
5i
ensemble, auquel auoit fait plu-
sieurs trous, à fin que ceste mixtion
decoulast. Et de rechef connoissant
ceste imposture , luy donna plusieurs
autres coups de pied dessus le ventre,
de sorte qu’elle feignoit estre morte.
Lors estant entré en sa maison pour
appeller quelqu’vn de ses gens, fei-
gnant enuoyer quérir des sergens
pour la constituer prisonnière : elle
voyant la porte de la cour ouuerte ,
se leua subit eu sursaut , ainsi que si
elle n’eust point esté battue , et se
print à courir, et iamais plus ne fut
veuë audit Champigny.
Et encore de fraische mémoire vint
vne vilaine cagnardicre, priant mes-
sieurs du Bureau des paumes de Pa-
ris qu’elle fust mise à l’aumosne *
disant que par vn mauuais enfante-
ment sa matrice luy estoit tombée,
qui estoit cause qu’elle ne pouuoit
gaigner sa vie. Alors messieurs la fei-
renl visiter par les Chirurgiens com-
mis à ceste charge, et Irouuerent que
c’estoit vne vessie de bœuf, qui estoit
demie pleine de vent, et barbouillée
de sang , ayant attaché le col d’icelle
vessie profondément au conduit de sa
matrice bien proprement , par le
moyen d’une esponge qu’elle auoit
mise à l’extremité d'icelle vessie, la-
quelle estant imfauë s’enfle et grossit,
qui esloit cause de la faire tenir, de
façon qu’on ne luy pouuoit tirer que
par force : et ainsi marchoit sans que
ladite vessie peust tomber. Ayant des-
couuert l’imposture , messieurs la
foirent constituer prisonnière : et ne
sortit des prisons que premièrement le
bourreau n’eust bien carillonné sus
son dos , et apres fut bannie à iamais
hors de la ville de Paris.
Ô2
LE DIX-NEVFIÉME LIVRE,
CHAPITRE XXV.
ü’VNE GROSSE GARCE DE NORMANDIE ,
QVI FEIGNOIT AVOIR VN SERPENT
DANS LE VENTRE.
L’an 1561, vint en ceste ville vne
grosse garce fessue, potelée et en bon
poinct, aagée de trente ans ou enui-
ron, laquelle disoit estre de Norman-
die, qui s’en alloit par les bonnes
maisons des dames et damoiselles,
leur demandant l’aumosne, disant
qu’elle auoit un serpent dans le ven-
tre, qui luy estoit entré estant endor-
mie en vne cheneuiere : et leur faisoit
mettre la main sus son ventre pour
leur faire sentir le mouuement du
serpent, qui la rongeoil et tourmen-
toit iour et nuict, comme elle disoit:
ainsi tout le monde luy faisoit au-
mosne par vne grande compassion
qu’on auoit de la voir, ioinct qu’elle
faisoit bonne pipée. Or il y eut vne
damoiselle honorable et grande au-
mosniere, qui la print en son logis, et
me fit appeler (ensemble monsieur
Hollier Docteur Regent en la faculté
de Medecine, et Germain Chenal, Chi-
rurgien iuré à Paris) pour sçauoir s’il
y auroit moyen de chasser ce dragon
hors le corps de ceste pauure femme :
et l’ayant veuë, monsieur Hollier luy
ordonna vne medecine qui estoit as-
sez gaillarde (laquelle luy fit faire
plusieurs selles) tendant à fin de faire
sortir ceste besle : neantmoins ne sor-
tit point. Estans derechef Rassemblés,
conclusmes que ie luy meltrois vn
spéculum au col de la matrice : et
partant fut posée sur vne table, où
son enseigne fut desployée , pour luy
appliquer le spéculum , par lequel ie
feis assez bonne et ample dilatation >
pour sçauoir si on pourroit apperce-
uoir queue ou teste de ceste beste :
mais il ne fut rien apperceu , excepté
vn mouuement volontaire que faisoit
ladite garce, par le moyen des mus-
cles de l’epigastre : et ayant conneu
son impostu re, nous retirasmes à part,
où il fut résolu que ce mouuement ne
venoit d’aucune beste, mais qu’elle le
faisoit par l’action desdits muscles.
Et pour l'espouuanter et connoistre
plus amplement la vérité, on luy dist
qu’on reïtereroit à luy donner encore
vne autre medecine beaucoup plus
forte , à fin de lui faire confesser la
vérité du fait : et elle craignant re-
prendre vne si forte medecine, estant
asseurée qu’elle n’auoit point de ser-
pent, le soir mesme s’en alla sans dire
adieu à sa damoiselle, n’oubliant à
serrer ses hardes , et quelques vnes de
ladite damoiselle : et voila comme
l’imposture fut descou uerte. Six iours
après ie la trouuay hors la porte de
Montmartre, sus vn cheual de bast,
iambe deçà , iambe delà , qui rioit à
gorge desployée , et s’en alloit auec
les chassemarées , pour auec eux
( comme ie croy) faire voler son dra-
gon ', et retourner en son pays.
Ceux qui contrefont les muets , re-
plient et retirent leur langue en la
bouche : aussi ceux qui contrefont le
mal sainct Iean se font mettre des me-
nottes aux mains, se veautrent et pion •
gent en la fange, et mettent du sang de
quelques besles sus leur teste, disans
qu’en leur débattant se sont ainsi bles-
sés et meurtris : estans tombés par
1 Faire voler son dragon; c’est probable-
ment une expression proverbiale de l’épo-
que pour gazer quelque chose de plus cru ;
toutefois je ne l’ai point trouvée dans les di-
vers glossaires de Rabelais. Le traducteur
latin l’a passée sous silence.
DES MONSTRES ET PRODIGES.
53
terre, remuent les bras et les iambes,
et débattent tout le corps , et mettent
du sauon en leur bouche pour se faire
escumer , ainsi que font les épilepti-
ques en leur accès. Autres font vne
certaine colle auec farine delayée, et
la posent sus tout leur corps, crians
qu’ils sont malades du mal saincl
Main. Or long temps y a que ces lar-
rons imposteurs ont commencé le
train d’abuser le peuple, car ils es-
toient jà dés le temps d’Hippocrates
en l’Asie , comme il est escrit au liure
de l’Air et des eaux 1 : partant il les
faut descouurir tant qu’il sera possi-
ble , et les deferer au magistrat , à ce
que punition en soit faite ainsi que
Fenormité du cas le requiert.
CHAPITRE XXVI.
EXEMPLE DES CHOSES MONSTRVEVSES
FAITES PAR LES DÉMONS ET SOR-
CIERS 2.
Il y a dessorcierset enchanteurs, em-
poisonneurs, venefiques.mesclians, ru-
sés, trompeurs, lesquels font leur sort
par la paclion qu’ils onl faite aux Dé-
mons, qui leurs sont esclaues et vas-
saux. Et nul nepeutestre sorcier que
premieremenl u’aye renoncé Dieu son
créateur et sauueur, et prins volon-
tairement l’alliance etamitié du dia-
ble, pour le reconnoistre et aduouër,
au lieu duDieu viuant, et s’estredon
né à luy. Et ces maniérés de gens qui
deuiennent sorciers, c’est par vne
1 Ici se terminait la phrase et le chapitre
dans les premières éditions ; le reste a été
ajouté en 1579.
2 Dans les éditions de 1573 et 1575, le litre
de ce chapitre ne fait pas mention des sor-
ciers; aussi le chapitre ne parlait que des
démons; et les deux premiers paragraphes
n’ont été ajoutés qu’en 1579.
infidélité et défiance des promesses et
assistance de Dieu , ou par mespris ,
ou par vne curiosité de sçauoir cho-
ses secrettes et futures : ou estans
pressés d’vne grande pauureté, aspi-
rans d’estre riches.
Or nul ne peut nier, et n’en faut
douter, qu’il n’y ait des sorciers : car
cela se preuue par authorité de plu-
sieurs Docteurs et expositeurs tant
vieux que modernes, lesquels tien-
nent pour chose résolue qu’il y a
des sorciers et enchanteurs, qui par
moyens subtils, diaboliques et incon-
neus, corrompent le corps, l’enten-
dement , la vie , et la santé des hom-
mes, et autres créatures, comme
animaux, arbres, herbes, l’air, la
terre et les eaux. D’auantage l’expe-
rienceet la raison nous contraignent
le confesser, par ce que les loix ont
establi des peines contre telles maniè-
res de gens. Or on ne fait point deloy
d’vne chose qui iamais ne fut veuë,
ny conneuë:car les droits tiennent
les cas et crimes qui ne furent iamais
veus ny apperçeus pour choses impos •
sibles, et qui ne sont point du tout.
Douant la natiuité de Iesus Christ il
s’en est trouué , et bien long temps
auparauant, tesmoin Moyse , qui les
a condamnés par le commandement
expi es de Dieu , en Exode chap. 22.
au Leuilique 19. Ochosiasreceut sen-
tence de mort par le Prophète, pour
auoir eu recours aux sorciers et en-
chanteurs.
Les diables troublent l’entendement
aux sorciers par diuerses et estranges
illusions 1 , de sorte qu’ils cuident
auoir veu, ouy, dit et fait ce que le
diable leur représente en leur fanla-
1 Bodin en sa Republique. — A. P.
Tout ce paragraphe, qui est à la fois re-
latif aux sorciers et aux diables, ne date
que de 1585.
5A LE DIX-NEVEréftïE LlVftE
sie 4 et qu’ils seront allés à cent lieüës
loin , voire mesme autres choses qui
sont du tout impossibles , non seule-
ment aux hommes, mais aussi aux
diables : ce neantmoins ils ne seront
bougés de leur lict ou autre place.
Mais le diable, puis qu’il a puissance
sur eux , leur imprime tellement en
la fantasieles images des choses qu’il
leur représente, et qu'il leur veut
faire accroire comme vrayes , qu’ils
ne peuuent penser autrement qu’il
ne soit ainsi, et ne les ayent faites,
et n’ayent veillé cependant qu’ils dor-
moient. Telle chose se fait aux sor-
ciers pour leur infidélité et mcschan-
ceté, qu’ils se sont donnés au diable*
et ont renoncé Dieu leur créateur.
Nous sommes enseignés par l’Es-
criture sainte 1 , qu’il y a des esprits
bons et mauuais : les bons sont appel-
lés Anges, et les mauuais., Démons
ou Diables. Qu’il soit vray, la loy est
baillée par le ministère des Anges.
D’auantage il est escrit : Nos corps
ressusciteront au son delà trompette
et à la voix de l’Archange. Christ dit,
que Dieu enuoyera ses anges qui
recueilleront les esleus des bouts du
ciel. Il se peut pareillement prouuer
qu’il y a des esprits malins appellés
Diables. Qu’il soit ainsi, en l’histoire
de lob 2, le diable fil descendre le feu
du ciel, tua le bestial, suscita les vents
qui esbranlerent les quatre coins
de la maison , et accablèrent les en-
fans de lob. En l’histoire d’Achab il
y auoit vn esprit de mensonge en la
bouche des faux prophètes 3. Le dia-
ble mit au cœur de ludas de trahir
1 S. Paul aux Hebr. 1 , 14. — Gai. , 3 , 19,
j . — Thess., 1 , 16. — A. P.
C'est par ce paragraphe que commençait
le chapitre en 1673 et 1575.
2 lob, 1, 6. — A. P.
a 1 Ilots, 22. — A. P.
IesuS Christ. Les diables qtii éstoient
en gràhd noinbre dedans lé corps
d’vn seul hoimne , s’dppelloieht Lé-
gioh , et bbtitidréiil permission dé
Dieu d’ehtfër és pourceaüx , lëst[Üëls
ils prëcipiterëht ért 1.1 ifiél' i. il y h
plusieurs Outrés teshioignagés de la
saittté ÈsCritilre , tpt’il y a dés anges
et lies diables. Dés le commencement
Dieii ttéd vné gràfidé fiiUltilüdë
d’anges pour fcitbyéns du ciél , qui
sühl appellés Esprits ditiins , et sürife
Corps demeurent, et sdiit mëSSdgefs
â cxecillër là volonté de Dieu leur
créateur, soit ért iiislicfe ou miséri-
corde, toutesfois ils s’esliidient au
sàlnt dés lidihmës : aü contraire dés
malins aiigeS , appelles bérttOtis Oti
diables, qui de leur nature taschent
tousiours à nuire au genre humain
par machinations, fausses illusions ,
tromperies et mensonges : et s’il leur
estoit permis d’éxércer lëtlr crUaiité
à leur volonté et plaisir, véritable-
ment en bref le genre humain Séfoit
perdu et ruiné : mais ils ne peuuent
faire qu’entant qti’il plaist à Dieu leur
lascher la main. Lesquels polir léuP
grand orgueil fuient cluissés et de-
iettés hors de Paradis ët dé la pré-
sence de Dieu : dont lës vns sont en
l’air, les autres en l’eau , qui appa-
raissent dessus ët aux ridés , les au-
tres sus la terre, les antres au pro-
fond d’icelle, et demeureront iusques
à ce qile Dieu vieillie iuger le mOndé :
aucuns habitent aux inaisofis ruinées
et sé transforment en tOilt ce qui leur
plaist. Ainsi qu’dn voit aux fiüéés sé
former plusieurs et diuers animaux ,
et autres choses dluéfseS, à sçauoir
centaures, Serpéns, rochers, clias-
teaux , hommes et femmes , oiseaux ,
poissons et autres choses : ainsi les
» Ivan, 13. — Marc, 1, 26, 84 i — A. P.
DES MONSTRES ET PRODIGES.
démons se forment tout subit en ce
qui leur plaist, et souuent on les voit
transformer en bestes, comme ser-
pens, crapaux, chats-huants, hup-
pes, corbeaux, boucs , asues, chiens,
chats, loups, toreaux et autres : voire
ils prennent des corps humains vifs
ou morts, les manient, tourmentent,
et empeschent leurs œ un res naturel-
les : non seulement ils se transmuent
en hommes, mais aussi en Anges de
lumière : ils font semblant d’estre
contraints , et qu’on les tient attachés
à des anneaux , mais vne telle con-
trainte est volontaire et pleine de
trahison. Iceux démons désirent et
craignent , aiment et desdaignent : ils
ont charge et office de Dieu pour
exiger les peines des maléfices et pé-
chés des meschans , comme il se peut
prouuer que Dieu enuoya en Egypte
exploit par mauuais anges h Ils hur-
lent la nuit , et font bruit comme s’ils
estoient enclraisnés : ils remuent
bancs , tables , traiteaux , bercent les
enfans,ioüent au tablier, fueilletlent
liures , comptent argent, et les oit-on
promener par la chambre, ouurent
portes et fenestres , iettent vaisselle
par terre, cassent pots et verres, et
font autre tintamarre : neantipoins
on ne voit rien au matin hors de sa
place , ny rien cassé , ny portes ou fe-
nestres ouuertes. Ils ont plusieurs
noms , comme démons , cacodemons ,
incubes , succubes , coquemares , gube-
lins, lutins , mauuais anges, Satan,
Lucifer , pere de mensonge , prince des
tenebres , légion et vne infinité d’au-
tres noms, qui sont escrits au liure
de l’imposture des diables , selon les
différences des maux qu’ils font, et
és lieux où ils sont le plus souuent.
1 JVomb., 22, 28. — A. P.
2 Psalm. 78 , — Pierre de Ronsard en ses
Hymnes. — A. P.
CHAPITRÉ XXVII.
DE CÉVX QV1 SONT POSSÈDES DES DE-
MONS, QVl PARLENT EN DIVERSES PAR-
TIES DE LEVRS CORPS i.
Ceux qui sont possédés des démons,
parlent la langue tirée hors là bou-
che, par le ventre, par les parties
naturelles, et parlent diuers langages
inconneus. Ils font trembler la terre,
tonner, esclairer, venter : desracinent
et arrachent les arbres, tant gros et
forts soient- ils : ils font marcher viie
montagne d’vn lieu en autre , soiis-
leuent en l’air vn chasteau , et le re-
mettent en sa place : fascinent les
yeux et les esbloüisseht , eii sorte
qu'ils font voir souuent ce qili h’est
point. Ce que i’atteste auoir vëu faire
à vn sorcier, en la presence du de-
funct Roy Charles neüfîéme , et au-
tres grands Seigneurs,
Paul Grillant escrit de son temps
auoir veü à Rome brüslër vne femme
sorcière, qui faisoit parler vn chien.
Ils font encores autres choses que di-
rons cy apres. Satan pour enseigner
aux plus grands sorciers la sorcelle-
rie , entremesle propos de la saincle
Escriture etdes saincts Docteurs, pour
faire du poison auec du miel, qui a
tousiours esté et sera l’astuce de Sa-
tan. Les sorciers de Pharaon contre-
faisoient les œuures de Dieu.
Les actions de Satan sont super-
naturelles et incompréhensibles, pas-
sans l’esprit humain , n’en pouuant
rendre raison non plus que de 1 ai-
mant qui attire le fer et fait tourner
l’aiguille. Et ne se faut opiniastrer
contre la vérité, quand on voit les
1 Ce chapitre a été ajouté en entier dans
l’édition de 1586.
56 LE DIX'NEVFI^ME LIVBE
effets, et qu’on ne sçait la cause : et
confessons la faiblesse de nostre es-
prit , sans nous arrester aux principes
et raisons des choses naturelles , qui
nous manquent , lors que nous vou-
lons examiner les actions des démons
et enchanteurs. Les malins esprits
sont les exécuteurs et bourreaux de
la haute iustice de Dieu , et ne font
rien que par sa permission. Parquoy
il nous faut prier Dieu , qu’il ne per-
mette point que soyons induits aux
tentations de Satan. Dieu a menacé
par sa loy d’exterminer les peuples
qui souffroient viure les sorciers et
enchanteurs1. C’est pourquoy sainct
Augustin au liure de la cilé de Dieu 2
dit que toutes les sectes qui iamais
ont esté , ont décerné peine contre les
sorciers , excepté les Epicuriens. La
royne Iesabel , pour-ce qu'elle estoit
sorcière , Iehu la fit ietter par les fe-
nestres de son chasteau, et la fit man-
ger aux chiens.
CHAPITRE XXVIII.
COMME LES DEMONS HABITENT ÉS
CARRIERES.
Loys Lauatcr escrit que les Metal-
liers affirment que l’on voit en cer-
aines mines des esprits vestus comme
ceux qui besongnent aux mines, cou-
rons çà et là, et semble qu’ils trauail
lent, encores qu’ils ne bougent : aussi
dient qu’ils ne font mal à personne ,
si on ne se mocque d’eux : ce qu’adue-
nant, ils ietteront quelque chose
contre le mocqueur, ou l’endomma-
geront de quelque autre chose.
Aussi n’agueres que i’estois en la
1 Leuil. 2. — A. P.
2 Cliap. 20. — A. P.
maison du duc d’Ascot, vn sien gentil-
homme nommé l’Heistcr1, homme
d’honneur, et qui a la plus grande
part de la charge de sa maison , m’as-
seura qu’en certaines mines d’Alle-
magne (ioint aussi que d’autres l’ont
escrit) on oyoit des cris fort eslranges
('l cspouuentables , comme vne per-
sonne qui parleroit dedans vn pot,
traînant chaisne aux pieds, toussant et
souspirant, tantost lamentant comme
vn homme que l’on gesne : autresfois
vn bruit d’vn grand feu qui claquettes
autresfois coups d’artilleries laschées
de bien loing, tahourins, clerons et
trompettes, bruit de chariots et che-
uaux, cliquets de foüels, cliquetis de
harnois, piques, espées , hallebardes,
et autres bruits comme il se fait
aux grands combats : aussi vn bruit
comme lorsqu’on veut bastir vne mai-
son , oyant esbaucher le bois, bruire
le cordeau , tailler la pierre , faire les
mnrailleset autresmanœuures, et ce-
pendant l’on ne voit rien de tout cela.
Ledit Laualer escrit qu’en Dauans,
pais des Grisons, il y a vne mine d’ar-
gent, en laquelle Pierre Briot ,
homme notable et consul de ce lieu là,
a fait trauailler ces années passées ,
et en a tiré de grandes richesses II
y auoit en icelles vn esprit , lequel
principalement le iour du vendredy ,
et souuenl lorsque les metalliers ver-
soient ce qu’ils auoient tiré dedans
des cuues , faisoit fort de l’empesché,
changeant à sa fantasie les métaux
des cuues en autres. Ce consul ne
s’en soucioit pas autrement, quand
il vouloit descendre à sa mine , se
fiant que cest esprit ne luy pouuoit
faire aucun mal , si ce n’estoil par la
volonté de Dieu. Or aduint vn iour
1 Ces deux mots, nommé L'Heisler, n’ont
été ajoutés qu’en 1579.
DES MONSTRES
que cest esprit fit beaucoup plus de
bruit que de coustume, tellement
qu’vn metallier commença à l’iniu-
rier, et luy commander d’aller au
gibet et en son enfer, auec maudis-
sons : lors cest esprit peint ce metal-
lier par la teste , laquelle il luy tordit
en telle sorte, que le deuant esloit
droitement derrière . et n’en mourut
pas toutesfois, mais vesquit longue-
ment depuis, ayant le col tors, conneu
familièrement de plusieursqui viuent
encore, et quelques années apres
mourut.
Il escrit beaucoup d’autres choses
des esprits , que chacun peut lire en
son liure.
Ledit Loys Lauater au liure susdit,
dit auoir ouy dire à vn homme pru-
dent et honorable , baillif d’vne sei-
gneurie dépendante de Surich, qui af-
firmoit qu’vn iour d’esté , de grand
matin , allant se promener par les
prés, accompagné de son seruiteur,
il vit vn homme qu'il connoissoit
bien se meslant mesebamment auec
vne iument , dequoy il fut grande-
ment estonné : retourna soudaine-
ment, et vint frapper à la porte de
celuy qu’il pensoit auoir veu. Or il
trouua pour certain que l’autre n’a-
uoil bougé de son lit : et si ce baillif
n’eust diligemment sceu la vérité , vn
bon et honneste personnage eust esté
emprisonné et gesné. Il recite cesle
histoire, à fin que les iuges soient
bien aduisés en tel cas.
CHAPITRE XXIX.
COMME I.ES'DEMONS NOVS PEVVENT
DECEVOIR.
Or iceux démons peuuent en beau -
coup de maniérés et façons tromper
ET PRODIGES. 57
nostre terrienne lourdesse , à raison
de la subtilité de leur essence, et ma-
lice de leur volonté : car ils obscur-
cissent les yeux des hommes, auec
espaisses nuées qui brouillent nostre
esprit fantastiquement, et nous trom-
pent par impostures sataniques , cor-
rompons nostre imagination parleurs
bouffonneries et impiétés. Ilssont doc-
teurs de mensonges, racines de ma-
lice, et de toutes meschancetés à nous
seduireet tromper, et preuaricateurs
de la vérité : et pour le dire en vn
mot , ils ont vn incomparable artifice
de tromperies , car ils se transmuent
en mille façons, et entassent aux
corps des personnes vinantes mille
choses estranges , comme vieux pan-
neaux, des os, des ferremens, des
clous , des espines , du fil , des che-
ueux entortillés , des morceaux de
bois, des serpens, et autres choses
monstrueuses, lesquelles ils font sou-
uentesfois sortir par le conduit de la
matrice des femmes : ce qui se fait
apres auoir esbloüi et altéré nostre
imagination , comme nous auons dit.
D’aucuns sont nommés Incubes et
Succubes : Incubes , ce sont démons
qui se transforment en guise d’hom-
mes, et ont copulation auec les fem-
mes sorcières : Succubes , ce sont dé-
mons qui se transmuent en guise de
femmes. Et telle habitation ne se fait
pas seulement en dormant, mais aussi
en veillant : ce que les sorciers et
sorcières ont confessé et maintenu
plusieurs fois, quand on lesexecutoit
à mort *.
1 Ce paragraphe a été modifié et amplifié
en I5S5. Les éditions précédentes portaient
simplement :
» D’aucuns sont nommés incubes et succu-
bes, comme nous auons dicl: iceux sont nom-
més Incubes qui par fausse imagination deçoi-
uenl les femmes en dormant, et succubes ceux
* qui deçoiuent les hommes. »
58
lé MX-nèveiMme Livre,
Sainct Augustin n’a pas du tout
nié que les diables transformés en
forme d’homme ou de femme puis-
sent exercer les ceuures de Nature ,
et a u oit* affaire auec les hommes et
femmes pour les allécher à luxure,
tromper et deceuoir 1 : ce que les an-
ciens n’ont point seulement experi
monté: mësme de nostre temps, cecy
est arriué eh plusieurs prouihces, ù
diuerses personnes auec lesquelles les
diables ont eu affaire, transfigurés en
homme et feihme.
lacobus Rueff en ses liures De con-
tcptu et grneratione hominis 2, tes-
moigne que de sOn temps vne femme
perdue eut affaire auec vn esprit ma-
lin la nuit , ayant face d’homme, et
que subit le ventre luy enfla, et pen-
sarit estre grosse, tomba eh vne si
estrange maladie , que toutes ses en-
trailles tombèrent, sans que par au-
cun artifice de médecin ny de chirur-
gien pedsl estre secourue.
Il est escrit le semblable d’vn ser-
üileur boucher, lequel estant pro-
fondément plongé en vaines cogita-
tions de luxure, fut estonné qu’il ap-
perceut subit deuant luy vn diable eh
figure de belle femme , auec lequel
ayant eu affaire, ses parties génitales
commencèrent à s'enflamber , de fa-
çon qu’il luy sembloit auoir le feu
ardent dedans le corps , et mourut
misérablement 3.
Or c’est vne chose absurde à Pierre
de la Pallude, et Martin d’Arles, sous-
tenir qu’au giron de la femme les
1 En la Cité de Dieu, au 22, 23. chapitre,
15. liure. — A. P.
2Chap. dernier, liu. 5, — A. P.
3 Ici se terminait le chapitre dans les édi-
tions de 1573 et 1575. Le long paragraphe
qui suit et qui a été placé ici en 1579, faisait
auparavant latin du chapitre 31 ; et en effet
sa place est bien plus logique ici qu’à l’au-
tre endroit.
diables laissent couler de la semence
d’vn homme mort, dont vn enfant
peut estre engendré , ce qui est ma-
nifestement faux : et pour rfeproüuer
ceste vaine opinion , ie dirtiy seule-
ment que la semence qui est faite de
sang et esprit , laquelle est apte pour
la génération , estant peu ou rien
transportée , est incontinent corrom-
pue et altérée , et par conséquent sa
vertu du tout esteinte, par-ce que la
chaleur et esprit du cœur et de tout
le corps en est absente, si bien qu’elle
n’est plustemperée, ny en qualité, ny
en quantité. Pour ceste raison , les
médecins ont iugé l’homme qui au-
roit la verge virile trop longue, estre
stérile, à cause que la semence estant
escoulée par vn si long chemin , est
ja refroidie huant qu’elle soit receuë
en la matrice. Aussi quand l’homme
sedesioint de sa compagne trop su-
bit, ayant ietté sa semehee, elle peut
estre altérée en l’air qui entre en la
matrice, qui cause qu’elle né produit
aucun fruit Ainsi doric l’on peut eon-
noistre combien Albert le Scoliastc a
lourdement failli, lequel a escrit, que
si la semehee tombée en terre esloit
remise en la matrice, il seroit possi-
ble qu’elle conceuroit. Autant en
peut-on dire de la voisine d’Auerroîs,
laquelle ( comme il dit ) l’auoit as-
seuré par serment, qu’elle auoit con-
ceu vn enfant de la semence d’vn
homme qu’il auoit icllée dans vn
baing , et s’estant baignée eh iceluy
elle en deuint grosse. Aussi il ne vous
faut nullement croire que les démons
ou diables qui sont de nature spiri-
tuelle, puissent connoistrc charnelle-
ment les femmes : car à l’execution
de cet acte , la chair et le sang sont
requis , ce que lés esprits n’ont pas.
D’auanlage, comme seroit-il possible
que les esprits qui n’ont point de
DES MONSTRES ET PRODIGES.
corps, puissent lestre espris de l’a-
mour des femmes, et qrt’ils puissent
engendrer en icelles? et aussi où il
n’y a point de parties générantes , il
il’y a aussi point de conionclion : et
où il n’ÿ a viande ne breuurtge, il n’y
a point de sentence : aussi là où il n’a
esté necessaire auoir succession et
repeuplement, la Nature n’a point
baillé le désir d’engendrer. D’auart-
tàge , les démons sont immortels et
eternels : qu’onl-ils ddnc nécessité de
césté génération , puis qu’ils n’ont af-
fairé de successeurs, d’aulant qu’ils
seront tousiours? Ebcore n’est-il en
la puissance de Satan, hy à ses anges,
d’en créer de nouuelles : ét si aiitsi
estoit, depuis que les démons sont
créés, qti’ils eussent peu en engen-
drer d’autres , il y ad toit bien de la
diablerie sus les champs.
Or quant à moy, ie crOy que cesle
prétendue cohabitation est imagi-
naire, procédante d’vne impression
illusoire de Satan ' .
CHAPITRE XXX.
EXEMPLE DE PLVStEVRS ILLVSIONS
diAboliqves.
Et afin qu’on rte pense quël’aHifice
dii Diable soit ariCiert, il a encores pra-
tiqué dé hostie temps en semblables
sortes, comme plusieurs ont veu , et
beaucoup d’hommes drtetes ont es-
crit , d’vne fort belle ieune fille à
1 Cette dernière phrase est de 1585 ; on
peut remarquer qu’elle insiste sur ce que
l’auteur avait déjà dit dans le paragraphe
précédent, mais que celte conclusion est
tout-à-fait en désaccord avec ce qu’il sem-
blait avoir eu intention d’établir au com-
mencement du chapitre.
5g
Constance, laquelle auoit nrtm Mag-
daleine , semante d’vn fort riche ci-
toyen de ladite ville, laquellcpublioit
par (ont que le diable vhé nuit l’a-
uoil engrossie : et poür ce regard les
Poteslats de la ville la firent mettre
en prison , pour entendre l’issue de
cest enfantement. L’heure venue de
ses couches , elle sentit des tranchées
et douleurs accoutumées des femmes
qui veulent accoucher : et quand les
matrones furent prestes de receuoir
le fruit, et qu’elles pensoient que la
matrice se deust ouurir, il commença
à sortir du corps d’icelle fille, des
clous de fer , des petits tronçons de
bois, de voire, des os, pierres, et che-
ueux, des esloupes, et plusieurs au-
tres choses fantastiques et estranges,
lesquelles le diable par son artifice
y auoit appliquées , pour deceuoir et
embaboüiner le vulgaire populace ,
qui adiouste legerement foy en pres-
tiges et tromperies.
Boisfuau affirme qu’il produiroit
plusieurs autres histoires semblables,
recitées non seulement des philo-
sophes, mais aussi des ecclesiastiques ,
lesquels confessent que les diables
par la permission de Dieu , ou pour
punition de nos péchés , peuuent
ainsi abuser des hommes et des fem-
mes : mais que de telle conionction il
se puisse engendrer quelque créature
humaine , cela n’est pas seulement
faux, mais contraire à nostre religion,
laquelle croit qu’il n’y eut oneques
homme engendré sans semence hu-
maine , reserué le fils de Dieu. Mes-
mes, comme disoit Cassianus, quelle
absurdité , répugnance , et confusion
seroit-ce en Nature , s’il estoit licite
aux diables de conceuoir d’hommes ,
et les femmes d’eux ; combien, de la
création du monde iusques à présent,
les diables eussent produit de mons-
60 LE DIX-NEVFIEME LIVRE
très par tout le genre humain ,
ieltans leur semence clans les ma-
trices des besles , creans ainsi par les
perturbations de semence vue infinité
de monstres et prodiges ?
CHAPITRE XXXI.
DE L’ART MAGIOVE.
D’auantage l’art magique se fait
par le meschant artifice des diables.
Or il y a de plusieurs sortes de magi-
ciens : aucuns font venir à eux les
diables, et interroguent les morts,
lesquels sont nommés nécromanciens :
autres cheiromanciens , parce qu’ils
deuinent par certains lineamensqui
sont és mains : autres hydroman-
cicns, par-ce qu’ils deuinent par l’eau :
autres geomanciens , par-ce qu’ils de-
uinent par la terre : autres pyroinan-
ciens, qui deuinent par le feu : autres
aëromanciens , ou augures, ou pro-
gnostiqueursdela disposition future,
par-ce qu’ils deuinent par l’air, sça-
uoir est par le vol des oiseaux , ou
par tourmentes , orages , tempestes
et vents. Tous lesquels ne font que
tromper et abuser les incrédules, qui
vont au recours à ces deuins, prophè-
tes, maléfiques, enchanteurs: les-
quels sus tous autres sont coustu-
mierement opprimés de perpétuelle
pauurelé et disette, par ce que les
diables les engouffrent en vn abysme
d’obscurité , leur faisans accroire
mensonge estre vérité, par illusions
et fausses promesses interturbées et
insensées, qui est vne folie et insup-
portable bourbier d’erreur , et facé-
tie. Il faut du tout fuir ces hommes,
et les chasser loin par ceux qui con-
noissent la vraye religion , comme
fist anciennement Moyse par com-
mandement de Dieu.
Iean de Marconuille en son liure,
Du recueil mémorable d’aucuns cas
merueilleux aduenusde nos ans, escrit
d’ vne deuineresse, sorcière de Boulon-
gne la Grasseen Italie, laquelle après
auoir long temps exercé son art dia-
bolique, tomba en vne griefue mala-
die, dont elle fina ses iours. Quoy
voyant vn magicien, qui ne l’auoit
jamais voulu desaccompagner pour
le profit qu’il tiroit du vivant d’elle de
son art : il luy mit vn certain poison
venefique sous les aiscelles , telle-
ment que par la vertu de ce poison ,
elle sembloit estre viuante, et se
trouuoit aux compagnies comme elle
auoit accoustumé, ne semblant en
rien différer d’vne personne en vie,
fors la couleur qui esioit excessiue-
rnent pâlie et blesme. Quelque temps
apres il se trouua vn autre magicien
à Boulongne, auquel il prit fantasie
d’aller voir ceste femme , pource
qu’elle auoit grand bruit, à raison de
son art : lequel estant arriué à ce
spectacle comme les autres pour la
voir iolier, tout subit s'escria disant .-
Que faites-vous icy, messieurs? ceste
femme que vous estimez qui face ces
beaux soubre-sauls et ieux de pas-
se-passedeuant vous, c’eslvnepuante
et orde charongne morte : et tout
soudain elle tomba en terre morte, de
sorte que le prestige de Satan et l’a-
bus de l’enchanteur fut manifesté à
tous les assistons.
Langius en ses Epistres Médicina-
les >, raconte d’vne femme possédée
d’vn mauuais esprit, laquelle après
auoir esté affligée d’vne cruelle dou-
leur d’estomach, estant délaissée par
1 Epislre 41. — A. P.
DES MONSTRES ET PRODIGES.
les Médecins, subitement vomit des
clous fort longs et courbés, et des ai-
guilles d'airain empaquetées auec de
la cire , et des cheueux. Et en la
mesme Epistre escrit , que l’an mil
cinq cens trente neuf, au village
nommé Tuguestag, vn certain labou-
reur nommé Vlrich Ncnzesser, après
auoir enduré vne cruelle douleur au
flanc , luy ayant esté faite ouuerlure
d’vn rasoir , sortit vn clou d’airain :
toutesfois les douleurs s’augmentè-
rent déplus en plus, et d’impatience
se coupa la gorge : et ayant esté ou-
uert , on luy trouua dans l’estomach
vn morceau de bois , long et rond ,
quatre cousteaux d’acier , desquels
aucuns estoient aigus , les autres den-
telés en maniéré de scie, et ensemble
deux ferremens aspres, lesquels sur-
montoient la longueur d’vne demie
coudée, auec vne grosse pelote de
cheueux. Il est vray-sembiable que
toutes ces choses se sont faites par
l’astuce du diable, qui deceuoit les
assistans par leur veué.
Encor depuis n'agueres i’ay veu
faire à vn imposteur et enchanteur,
en lapresence du Roy Charles IX, et
de Messeigneurs les Mareschaux de
Montmorency, de Rets , et le seigneur
de Lansac, et de monsieur de Mazille
premier Médecin du Roy, et de mon-
sieur de sainct Pris, valet de chambre
ordinaire du Roy, plusieurs autres
choses qui sout impossibles aux hom-
mes de faire sans l’astuce du diable ,
qui déçoit noslre veué , et nous fait
apparoislre chose fausse et fantasti-
que : ce que librement ledit impos-
teur confessa au Roy, que ce qu’il
faisoit estoit par l’astuce d’vn esprit,
lequel auoit encor temps de trois ans
à estre en ses liens, et qu'il le tour-
mentoit fort : et promit au Roy, son
temps venu et accompli, qu’il seroit
61
homme de bien. Dieu luy en veuille
donner la grâce : car il est escrit : Ta
n’endureras point viure la sorcière. Le
Roy Saul fut cruellement puni , pour
s’estre addressé à la femme enchante-
resse. Moyse pareillement a com-
mandé à ses Hebrieux , qu’ils missent
toute peine d’exterminer d’autour
d’eux les enchanteurs L
CHAPITRE XXXIL
DE CERTAINES MALADIES ESTRANGES2.
Or pour encore contenter l’esprit
du liseur, de l’imposture des diables
et de leurs esclaues magiciens , malé-
fiques, enchanteurs et sorciers, i’ay
recueilli ces histoires de Fernel, telles
qu'il s’ensuit 3.
* Exode 20, ch. — Leuii. 19. — I des /îoiv ,
28. — Deuteron. — A. P.
Le chapilre ne se terminait pas là en 1573
et 1575. — On lisait d’abord l’histoire sui-
vante:
« En la ville Charanti, les hommes ayants
appelé les femmes à coucher auec eux ,
auoient coustume de s’attacher (picc elles en
la maniéré des chiens , et ne s’eu pouuoient
de longtemps détacher -. et les ayants quel-
quesfois trouuez, ont esié condamnez par
iustice d’cslre penduz en vne perche au re-
bours, et attachez par vn lien inaccouslu-
mé, et seruoient au peuple d’vn spectacle
ridicule : et telle chose se faisoit par l’astuce
du diable satanique, qui estoit vne détesta-
ble risee. »
Cette histoire absurde a été retranchée
dès 1579 ; ell * était suivie d’un très long pa-
ragraphe qui a ôté transporté depuis au
chapitre 28. Voyez la note 3 de la page 58.
2 Ce chapitre tout entier est une addition
de 1579.
3 Ex cap. 10, liu. 2, Deabditis rerum cou-
sis, Fernel. — A. P.
6q
LE DIX'NEVFIÊME LIYfiE ,
U y a des maladies lesquelles sont
enuoyées aux hommes par la permis-
sion de Dieu , et ne peuuent estre
guaries par les remedes ordinaires ,
lesquelles pour ceste raison sont di-
tes outre-passer le cours ordinaire
des maladies desquelles les hommes
ont accoustumé d’estre tourmentés.
Ce qui se peut aisément prouuer par
l’Escriture saincte mesme, laquelle
nous fait foy, que pour le péché de
Dauid il suruint vne telle corrup-
tion d’air, que la peste trencha le
filet de la vie à plus de soixante mille
personnes. Noqs lisons aussi en la
mesme Escriture, qu’Ezechias fut
tourmenté d’une tres-grande et tres-
griefue maladie. Ioh receut tant d'vl-
ceres sur son corps, qu’il en esloit
tout couuert : ce qui leur aduint par
la permission de ce grand Dieu, lequel
gouuerne à son vueil ce monde infe-
rieur, et tout ce qui est contenu en
iceluy.
Or tout ainsi que le Diable , capital
et iuré ennemy de l’homme, sonnent
(par la permission de Dieu tontes-
fois) nous afflige de grandes et di-
u ers es maladies : ainsi les sorciers ,
trompeurs et meschans , par ruses et
finesses diaboliques , tourmentent et
abusent vne infinité d’hommes : les
vus inuoquent et adiurent ie ne sçay
quels esprits par murmures, exor-
cismes , imprécations , enchantemens
et sorcelleries : les autres lient à l’en-
tour du col , ou bien portent sur eux
par autre façon quelques escri turcs ,
quelques characteres, quelques an-
neaux, quelques images, et autres
tels fatras : les autres vsent de quel-
ques chants harmonieux , et dan-
ses. Quelquesfois ils vsent de cer-
taines potions , ou pluslost poisons ,
su (fumigations , senteurs, fascina-
tions, et enchantemens. Il s’yn trouue
lesquels ayans brassé râpage et re-
présentation de quelqu’vn absent , la
transpercent auecques certains ins-
t rumens, et se vantent d’affliger de
telle maladie qu’il leur plaira , celuy
dont ils trarisperçent la représenta-
tion , encore qu’il soit bien cslongné
d’eux, et disent que cela se fait par
la vertu des estoiles, et de certaines
paroles qu’ils bourdonnent en per-
çant telle image ou représentation
faite de cire. Il y a encore vne infinité
de telles forfanteries qui ont esté in-
uentées par les forfantes, pour affli-
ger et tourmenter les hommes , mais
il me fasche d’en parler d’au ant âge.
Il y en a qui vsent de tels sortilè-
ges qui empesebent l’homme et la
femme de consommer le mariage , ce
qu’on appelle vulgairement nouer
l'aiguillette. 11 y en a qui empeschent
que l’homme n’a rendu son vrine ,
ce qu’ils appellent cheuillcr. Il y en a
aussi qui rendent par leurs sorcelle-
ries les hommes si mal habiles à sa-
crifier à madame Venus, que les pau-
ures femmes qui en ont bien affaire
pensent qu’ils soyent chaslrés, et plus
que chastrés.
Telle quanaiile n’afflige pas seule-
ment les hommes de plusieurs et di-
uerses sortes de maladies : mais aussi
tels pendais et sorciers qu’ils sont
lancent des diables dedans les corps
des hommes et des femmes. Ceux qui
sont ainsi tourmentés des diables par
les sorcelleries de ces forfantes, ne dif
feront en rien des simples maniaques,
sinon qu’ils disent des choses mer-
ueilleusement grandes. Ils racontent
tout ce qui s’est passé parauant , en-
core qu’il fust bien fort caché et in-
conneu , fors qu’à bien peu de gens.
Ils descouurenl le secret de ceux qui
sont presens, lesiniurians et blason-
uans si viuement, qu’ils seroient plus
UES MONSTRES ET PRODIGES.
que ladres s’ils ne le sentoient : mais
incontinent qu’on parle de la saincte
Escriture , ils sout tousespouuentés ,
ils tremblent, et sont fort faschés.
N’agueres vn quidam, par les gran-
des chaleurs de l’esté , se leua de
nuit pour boire , lequel ne troüuant
aucune liqueur pour estancher sa
soif, prend vne pomme qu’il aduise :
lequel incontinent qu’il cust mordu
dedans, illuy sembla qu'on l’eslran-
gloit : et desia comme assiégé d’vn
malin esprit caché en cesle pomme ,
il luy sembloit au milieu des tene-
bres voir vn grand chien fort noir
qui le deuoroit : lequel estant puis
après guari , nous conta de G1 en ai-
guille tout ce qui luy estoit arriué.
Plusieurs médecins luy ayans touché
le pouls, ayans reconneu la chaleur
extraordinaire qui estoit en luy, auec
vne seicheresse et noirceur, de la-
quelle iugerent qu’il auo.t la fléure ,
et d’autant qu’il ne reposoil aucune-
ment et qu’il ne cessoit de resuer , le
iugerent hors du sens.
Il y a quelques années qu’vn ieune
Gentil-homme par interuallede temps
tomboit en certaine conuulsion , tan
tost ayant le bras gauche seulement ,
tantost le droit, tantost un seul doigt,
tanlost vne cuisse, tantost toutes
deux , tantost l’espine du dos et tout
le corps si soudainement remué et
tourmenté par ceste conuulsion, qu’à
grande difficulté quatre valets le
pouuoient tenir au lict. Or est-il qu’il
n’auoit aucunement le cerueau agité
ni tourmenté : il auoit la parole libre,
l’esprit nullement troublé , et tous les
sens entiers , mesmes au plus fort de
telle conuulsion. Il estoit trauaillé
deux fois par iour pour le moins de
telle conuulsion , de laquelle estant
sorti il se portoit bien , hors-mis qu’il
SC trouuoit fort las et corrompu , â
G3
cause du tourment qu’il auoit souf-
fert. Tout Médecin bien aduisé eust
peu iuger que c’estoit une vraye epi-
lepsie , si auec cela les sens et l’esprit
eussent esté troublés. Tous les plus
bran es Médecins y estans appellés,
iugerent que c’estoit vne conuulsion
de fort pies approchante à l’epilepsie,
qui estoit excitée d’vne vapeur mali-
gne, enclose dedans l’espine du dos,
d’où telle vapeur s’espanchoit seule-
ment aux nerfs qui ont leur origine
d’icelle espine, sans en rien offenser
le cerueau. Tel iugement ayant esté
assis de la cause de ceste maladie , il
ne fut rien oublié de tout ce que com-
mande l’art, pour soulager ce panure
malade. Mais en vain nousfismes tous
nos efforts, estans plus de cent lieues
eslongués de la cause de telle mala-
die. Car le troisième mois suiuant, on
descouurit que c'estoit vn diable qui
estoit autbeur de ce mal, lequel se
déclara luy-mesme, parlant par la
bouche du malade du Grec et du La-
tin à foison , encores que ledit malade
ne sceust rien en Grec. Il descouuroit
le secret de ceux quiestojent presens,
et principalement des Médecins, se
mocquant d’eux, pource qu’auec
grand danger il les auoit circonue-
nus, et qu’auecques des médecines
inutiles ils auoient presque fait mou-
rir le malade. Toutes et quan tes fois
que son pere le venoit voir, inconti-
nent que de loin il l’apperceuoit ,
il crioit , Faites le retirer, empescliez
qu’il n’entre , ou bien luy ostez la
chaisne qu’il a au col : car comme
Cheuallier qu’il estoit , suiuant la
coustume des Cbeualiers francois , il
orloit le collier de l’ordre , au bout
uquel estoit l'image de sainct Michel.
Quand on lisoit quelque chose de la
saincte Escriture deuant luy, il se he-
rissonnoit, se'sousleuoil , et se tour-
LE DIX-NE VF fliME LIVRE,
té. Mais qu’est-il de besoin mettre en
64
mentoit bien plus qu’auparauant.
Quand le paroxysme estoit passé , il
se souuenoit de tout ce qu’il auoildit
ou fait, s’en repentant, et disant que
contre son vueil il auoit ou fait ou
dit cela. Ce démon contraint par les
ceremonies et exorcismes , disoit qu il
estoit un esprit, et qu'il n’estoit point
damné pour aucun forfait. Estant in-
terrogué quel il estoit, ou par quel
moyen et par la puissance de qui il
tourmenloit ainsi ce gentilhomme, il
respondit qu’il y auoit beaucoup de
domiciles au dedans où il se cachoit,
et qu’au temps qu’il laissoit reposer
le malade , il en alloit tourmenter
d’autres. Au reste qu’il auoit esté
ielté au corps de ce gentilhomme par
vn quidam qu’il ne vouloit nommer,
et qu’il y auoit entré par les pieds, se
rampant iusques au cerneau , et qu’il
sortiroit par les pieds quand le iour
pactionné entre eux seroit venu. Il
discouroit de beaucoup d’autres cho-
ses, selon la couslume des demonia-
cles , vous asseurant que ie ne mets
cecy en ieu comme vne chose nou-
uelle : mais afin qu'on commisse que
quelquesfois les diables entrent de-
dans nos corps, et qu’ils les bourel-
lent par tournions in audits.
Quelquesfois aussi ils n’entrent
point dedans, mais agitent les bonnes
humeurs du corps , ou bien onuoyent
les meschantes aux principales par-
ties, ou bien remplissent les veines de
ces meschantes humeurs, ou en bou-
chent les conduits du corps, ou bien
changentlebastimentdesinstrumens,
d’où il arriue vne infinité de maladies.
Les diables sont cause de toutes ces
choses , mais les sorciers et meschans
hommes sont serfs et ministres des
diables. Pline escrit que Néron de son
temps a trouué les plus fausses ma-
gies et sorcelleries qui ayent point cs-
auantles Ethniques, attendu quel'Es
crilure tesmoigne , comme il appert
de ce qui est escrit de la Pythonisse ,
de la femme ventriloque, de Nabu-
chodonosor roy, des sorciers et en-
chanteurs de Pharaon , et mesme de
Simon Magus du temps des Apostres ?
Le mesme Pline escrit qu’vn nommé
Demarchus se changea en vn loup ,
ayant mangé les entrailles d’vn en-
fant sacrifié. Homere escrit que Circé
changea les compagnons d’Vlysse en
pourceaux. Plusieurs poètes anciens
escriuent que tels sorciers faisoient
passer les fruits de champ en champ
et deiardin en iardin. Ce qui ne sem-
ble estre fabuleux , d’autant que la
loy des douze tables constitue et or-
donne certains supplices à tels char-
latans et forfanles
Or tout ainsi que le diable ne peut
bailler les choses vrayes, lesquelles
il ne pourroil nullement créer , ains
baille seulement quelques vaines es-
peces d'icelles , par lesquelles il offus-
que l’esprit des hommes : ainsi aux
maladies ne peut-il donner vne \ raye
et entière guérison , ains vse seule-
ment d’vue fausse et palliatiue cure.
l’ai veu aussi la iaunisse disparoir
de la superficie du corps en vne seule
nuit, par le moyen d’vn certain petit
breuet qui fut pendu au col de l’icle-
rique. l’ai veu pareillement les fié-
ures estre guaries par oraisons, et
certaines ceremonies , mais elles re-
tournoient après bien plusmauuaises.
Il y en a encore bien d’vn autre
tonneau : car il y a des façons de
faire que nous appelions supersti-
tions, d’autant qu’elle ne sont fon-
dées sur aucune raison ou aulhorilé,
soit diuine ou humaine : ains sur
quelque resu erie des vieilles. le vous
prie, n’est-ce pas vne vraye supersti-
DES MONSTRES ET PRODIGES.
tion de dire que celuy qui porte le
nom des trois roys qui vindrent ado-
rer nostre Dieu , à sçauoir, Gaspar,
Melchior et Balthasar , est guari de
l’epilepsie? Ce que loutesfois lesre-
medes bien approuués ne font pas
ordinairement , comme peut estre
1 essence de succinum ou ambre
meslé auec conserue de piuoine, don-
née au malade tous les matins la
grosseur d’vne noisette. Que les dents
sont gnaries, si ce pendant qu'on dit
la messe , on proféré ces paroles : Os
non comminuetis ex eo? Qu’on appaise
les vomissemens par certaines cere-
monies, sçachant seulement le nom
du patient?
I’ay veu quelqu’vn qui arrestoit le
sang de quelque partie du corps que
ce fust, bourdonnant ie ne sçay quel-
les paroles. Il y en a qui disent ces
mots : De lalere eius exiuit sanguis et
aqua.
Combien y a-il de telles maniérés
de guarir les fleures? Les vns tenans
la main du fébricitant disent : Aequè
facilis tibi fcbris hœc sit , atque Mariœ
virgini Christi par: us. Les autres di-
sent en secret ce beau psaume : Exal-
tabo te Deus meus rex. Si quelqu’vn
( dit Pline) a esté mordu d’vn scor-
pion, et qu'en passant il le die en l’o-
reille d’vn asne , il est incontinent
guari. Voila de belles maniérés de
guarir. Or tout ainsi que par telles
paroles ils guarissent , aussi par de
semblables et superstitieux escrits
guarissent-ils. Comme pour guarir
ie mal des yeux , il y en a qui escri-
uent ces deux lettres grecques , «. a.
et les enueloppent en vn linge,
puis les pendent au col. Pour le mal
des dents ils escriuent : Slrigiles fal-
eesque dentatœ , dentium dolorem per-
sanate.
Il se trouue aussi de grandes su-
ni.
65
perstitions aux applications externes.
Comme cesluy-cy d Apollonius , à
sçauoir se scarifier les genciues auec-
ques la dent d’un homme qui a esté
tué, pour guarir le mal des dents :
comme faire des pillules du crâne
d’vn homme pendu , contre la mor-
sure d’vn chien enragé. Comme ils
disent que l’epilepsie est guariepour
manger de la chair d'vne beste sau-
uage qui aura esté tuée du mesine
fer qu’aura esté tué vn homme. Com-
me ils disent aussi que la fiéure
quarte est guarie, si on boit du vin
où aura trempé vne espée de laquelle
on a coupé le col d’vn homme. Si
cela estoil vray, l’estât du bourreau
de Paris luy vaudroit mieux qu’il ne
lait. Ils disent aussi , que pour guarir
la mesme fiéure quarte, il ne faut que
mettre les rogneures de ses ongles
dedans vn linge, les lier au col d’vn
anguille viue, et la ietler incontinent
en l’eau. Pour guarir la râtelle ( di-
sent-ils) il ne faut que mettre dessus
icelle la ratte d’vne beste , et que le
médecin dise qu’il fait la medecine à
la ratte. Pour guarir de la toux, il ne
faut que cracher dedans le bec d’vne
grenouille rouge, et la laisser inconti-
nent aller. La corde de quoy on a
pendu quelqu’vn , liée à l’entour des
temples , guarit le mal de teste.
C’est vn plaisir que d’entendre telle
maniéré de faire la medecine: mais en
Ire autres ceste-cy est gentille, qui est
de mettre ce beau mot, Abracadabra
en vne certaine figure qu’escritSere-
nus, pour guarir de la fiéure. C’est vn
autre beau trait de dire que la feuille
deCataputia, tirée par haut, fait vo-
mir, et tirée par bas, fait descharger
le ventre. El qui plus est , ils ont esté
si impudens que de feindre qu’il y
auoit quelques herbes dediées et con-
sacrées aux diables, comme reciie
5
66
LE DIX-NEVFIEME LIVRE ,
Galien d'vn certain André , et Pam-
phile l.
le n’aurois iamais fait si ie voulois
m'amuser à rapsodier vne milliace
de telles superstitieuses sornettes,
et n’en eusse tant mis en auant , si-
non pour donner aduis à beaucoup
qui s’y abusent de plus n’y croire ,
ét les prier de rcietter toutes telles
sotleries , et s’arrester à ce qui est
asseuré , ët par tant d’habiles et gal-
lans hommes approuué et receu en
la medécine , ce que faisant , il en
reüssira vn bien infini au public :
d’autant qu’aprés l’honneur de Dieu ,
il n’y a rien qui doiue estre plus pré-
cieux à l’homme que sa santé. Et ne
se faut aucunement fier aux hommes
qui ont laissé les naturels moyens et
vertus données que Dieu a mises aux
plantes , animaux et minéraux, pour
la curation des maladies , et se sont
ieltés dans les filets des esprits malins,
qui les attendent au passage : car il
ne faut point douter que , puisqu’ils
ne se fient aux moyens que Dieu a
ordonné, et qu’ils abandonnent ceste
reigle vniuersellement establie désla
création du monde, il ne faut ignorer
que les esprits malins ne se soyent
mis en peine de les y tenir, leur don-
nant entre deux vertes vne meure ,
et se fier par ce moyen à la vertu des
paroles et characteres, et autres ba-
dinages et piperies, ainsi que les
sorciers en sont venus iusques à dire
qu’ils ne se soucient qui les guarisse,
et fust le diable d’enfer, qui est vn
prouerbe indigne d’vnchrestien : car
TEscrilure saincte le defend expressé-
ment. Il est certain que les sorciers
ne peuuent guarir les maladies natu-
relles , ny les médecins les maladies
venues par sortilèges. Et quant à
quelques empiriques qui curent les
playes simples par seule application
de linges secs ou trempés en eau pure,
et quelquesfois les guarissent, pour
cela ne faut croire que ce soit en-
chantement ny miracle, comme pen-
sent les idiots et populace , mais par-
le seul bénéfice de Nature , laquelle
guarit les playes , vlceres, fractures,
et autres maladies : car le chirurgien
ne fait que luy aider en quelque
chose , et osier ce qui empescheroit ,
comme douleur , tluxion , inflamma-
tion , aposteme , gangrené, et autres
choses qu’elle ne peut, faire , comme
réduire les os fracturés et luxés ,
boucher vn grand vaisseau pour es-
tancher un flux de sang, extirper
vne loupe, extraire v ne grosse pierre
en la vessie , oster une chair super-
flue, abattre vne cataracte , et vne in-
finité d’autres choses que Nature de
soy ne peut faire.
CHAPITRE XXXIII.
DES INCVBÈS ET SVCCVBES SELON
LES MEDECINS.
Les médecins tiennent que Incu-
bus est vn mal où la personne pense
estre opprimée et suffoquée de quel-
que pesante charge sur son corps , et
vient principalement la nuit : le vul-
gaire dit que c’est vne vieille qui
charge et comprime le corps, le vul-
gaire l’appelle Chauche-poulel l.
La cause est le plus souuent pour
auoir beu et mangé viandes par trop
vaporeuses, qui ont causé vne crudité,
desquelles se sont esleuées au cer-
tes derniers mots, le vulgaire l'appelle
chauche-poulA, manquent en 1673.
J Galien, au G. liure des Simples. — A. P.
DES MONSTRES ET PRODIGES.
ueau grosses vapeurs qui remplis-
sent ses yentricules, à raison de quoy
la faculté animale qui fait sentir et
mouuoir, est empeschée de reluire
par les nerfs , dont s’ensuit vue suffo-
cation imaginaire, parla lésion qui se
fait tant au diaphragme qu’aux poul-
mons et autres parties qui seruent à
la respiration, Et alors la voix est
empeschée , tellement que si peu
qui leur en demeure , c’est en mu-
giant et balbutiant , et requérant
aide et secours, s’ils pouuoient par-
ler. Pour la curation , faut euiler les
viandes vaporeuses et vins forts, et
généralement toutes choses qui sont
cause de faire esleuer les fumées au
cerueau h
CHAPITRE XXXIV.
DES NOVEVGS D’ÇSGVILLETTE 2.
Noüer l’esguillette, et les paroles ne
font rien , mais c’est l’astuce du
diable : et ceux qui la noüent ne le
peuuent faire sans auoir eu conuen-
tion aiiec le diable , qui est vne mes-
chanceté damnable. Car celuy qui en
vse ne peut nier qu’il ne soit violateur
de la loy de Dieu et de nature , d’em-
pescher la loy de mariage ordonné de
Dieu. De cela il aduient qu’ils font
rompre les mariages, ou pour le
moins les tenir en stérilité , qui est
vn sacrilege 3. D’auantage, ils ostent
l’amitié mutuelle du mariage et la
société humaine, et mettent vne haine
capitale entre les deux conioints: pa-
reillement sont cause des adultérés
JCe chapitre est suivi en 1575 des attires
histoires non hors de propos.
2 Ce chapitre a été ajouté en 1585.
3 Bodin en son liur. des sorciers. — A. P.
6?
et paillardises qui s’en ensuiucnt :
car ceux qui sont liés bruslent de cu-
pidité l’vn auprès de l’autre. D’abon-
dant il en aduient souuent plusieurs
meurtres , commis aux personnes de
ceux qu’on soupçonne auoir noué
1’esguillette , qui bien souuent n’y
auoicnt pas pensé. Aussi comme
auons dit cy-dessus , les sorciers et
empoisonneurs , par moyens subtils ,
diaboliques et inconneus corrompent
le corps, la vie, la santé et le bon
entendement des hommes. Parquoy
il n’y a peine si cruelle qui peust suf-
fire à punir les sorciers: d’autant que
toute leur mescbanceté et tous leurs
desseins se dressent contre la maiesté
de Dieu , pour le despiter, et offenser
le genre humain par mille moyens.
CHAPITRE XXXV.
AVTRES HISTOIRES NON HORS DE
PROPOS h
Aucuns estiment que ce soit vne
chose monstrueuse de se lauer les
mains de plomb fondu : mesme Bois-
luau en ses Histoires prodigieuses ,
chapitre huitième, recite que IJie-
rosme Cardan , liure sixième De sub-
tilitate, en escrit ceste histoire comme
prodigieuse.
Lors, dit-il, que i’escriuois mon
liure des subtiles inuentions, ie vis
un quidam à Milan lequel lauoit ses
mains de plomb fondu , et prenoit un
1 Ce chapitre existait déjà en 1573, non
comme chapitre , mais comme appendice à
celui des incubes et succubes. En 1585 il fut
reporté après celui des noileurs d’aiguillettes ;
et comme il avait un titre spécial , il m’a
paru plus naturel d’en faire un chapitre
spécial.
68 LE DIX-NEVFlÉME LIVRE
escu de chacun spectateur. Cardan
taschant à rechercher ce secret en
nature, dit que par nécessité il falloit
que l’eau de laquelle il se lauoit pre-
mièrement les mains , fust extrême-
ment froide, et qu’elle eust une vertu
obscure et crasse : toulesfois ne la
descrit point.
Or depuis n’agueresi’ay sceu quelle
elle estoit , d’vn gentil-homme qui la
lenoil pour vn grand secret, et laua
ses mains de plomb fondu en ma pré-
sence et de plusieursautres,dontie fus
fort esmerueillé, et luy priay affec-
tueusement de me dire le secret : ce
que volontiers m'accorda, pour quel-
que seruice que luy auois fait : ladite
eau n’estoit autre chose que sonvrine,
de laquelle se lauoit premièrement
les mains, ce que i’ay trouué estre
véritable, pour en auoir fait l’expe-
rience depuis. Ledit gentil-homme en
lieu de son vrine se frolloit les mains
û'vnguenlum aureum , ou d’vn autre
semblable , ce que i’ay pareillement
expérimenté : et en peut-on donner
raison , par-ce que leur substance
crasse empesche que le plomb n’ad-
here aux mains, et le chasse decosté
et d’autres en petites papillotes. Et
pour l’amour de moy fit d’auantage:
il print vne pelle de fer toute rouge ,
et ietta dessus des trenches de lard
et le fit fondre , et tout flambant du
degoust s’en laua les mains : ce qu’il
médit faire au moyen de ius d’oignon
duquel auparauant s’estoit laué les
mains.
l’ay bien voulu reciter ces deux
histoires (encore qu’elles ne soyent
du tout à propos) à fin que quelque
bon compagnon par ce moyen puisse
gaigner la passade entre ceux qui ne
sçauroicnt ce secret l.
1 Ce chapitre est suivi, dans les éditions
anciennes, des histoires des Monstres ma-
rins et autres ; j’ai expliqué dans la pre-
mière note de ce livre pour quelles raisons
j’ai cru devoir les rejeter après le livre des
Animaux. Voyez ci-devant, page 1.
LE VINGTIEME LIVRE,
TRAITANT
DES FIÈVRES EN GENERAL
ET EN PARTICULIER
PREFACE AU LECTEUR.
Amy lecteur , i’auois bien preueu
que le traité des Fiéures dont i’auois
1 La chirurgie proprement dite est termi-
née; nous entrons dans la médecine, et je
n’ai pas cru pouvoir mieux commencer que
par le livre des Fiéures, t\ ui , composé pour
les chirurgiens et pour servir en quelque
sorte de complément à leurs études , forme
une transition naturelle aux autres livres
purement médicaux.
Paré avait inséré un premier traité sur ce
sujet dans la première édition de ses OEuvres
complètes; il l’avait mis entre l’Anatomie et
le livre des Tumeurs en general; et nous
avons vu dans notre Introduction, et il va
rappeler tout-à-l’heure dans sa Préface les
démêlés que cette hardiesse lui fit avoir avec
la Faculté de Paris. Je dis hardiesse, et c’é-
tait en effet une innovation bien remar-
quable alors et trop peu remarquée depuis,
que cette première tentative pour rallier la
chirurgie et la médecine.
Dés l’édition de 1579, ce premier livre des
fièvres avait disparu ; il n’en restait que
quelques chapitres rattachés tant bien que
roui à d'autres Livres ; et cette fausse indica-
autresfois fait voir quelque eschan-
tillon, donneroit occasion à plusieurs
de reprendre et blasmer mon dessein:
en ce que ie taschois d’instruire les
tion du catalogue , qu’on retrouve même
encore dans la huitième édition :
Quant au liure des Fiéures, il a esté trans-
porté et accommodé au liure des Tumeurs con-
tre nature , pour mieux instruire le ieune chi-
rurgien.
Et enfin ce ne fut que dans la huitième
édition, en 1628, que parut pour la premièra
fois le Traiclé de toutes sortes de Fiebures ,
tant en general qu’en particulier, auec les re-
medes et curations d’icelles, treuué dans les
manuscrits de l’aulheur par ses enfuns. Ceci
est le titre du catalogue; le titre placé en
tête du livre même est celui-ci : lelrenties-
me liure traiclanl des fiebures en general et en
particulier : par Ambroise Paré de Laual ,
conseiller et premier chirurgien du Roy ,
treuué dans les manuscrits de l’aulheur , et
adiousté en cesle nouuelle édition.
C'est ce livre que nous allons reproduire.
Le premier, ou celui de 1575, était beau-
coup plus court et ne traitait pas non plus
de tant de matières. J’avais pensé d’abord à
le réimprimer en çntier, comme j’avais fait
70 LE VINGTIEME LIVRE,
Chirurgiens en vne maladie qui n’est
point de leur gibier, qui ne touche en
aucune façon l’obiet de la Chirurgie,
qui est hors l’estendue d’icelle, et
qui appartient proprement au Méde-
cin. On sçait assez ce qui est arriué
sur ce suiet, sans que ie m’estende
dauantage, ou à respondre à leurs
raisons , ou à m’excuser de mon des-
pour La maniéré de extraire les enfans ; mais,
outre l’intérêt beaucoup moindre de cette
reproduction, j’ai bien vite reconnu qu’elle
ferait double emploi , presque tout !e texte
primitif ayant passé dans le livre nouveau.
Là où la rédaction différera sensiblement,
je donnerai les variantes dans mes notes;
pour le reste, j’indiquerai exactement les
passages correspondants du texte actuel ; en
sorte qu’au besoin on pourrait reconstruire
en entier ce premier livre. Il convient seu-
lement ici d’en indiquer la distribution gé-
nérale. Il avait pour titre :
LIVRE J)ES FIEVRES
recueilli de Galien, Fernel, et autres autheurs,
et il se composait de 15 chapitres dont voiçi
les titres :
Cn. Ier. — Que c'est que fleure, et de ses causes.
Ce chapitre a été disséminé par morceaux
dans la préface et les chapitres 1er et 2 de
la première partie du livre actuel.
Cn. II. — De la fleure epliemere. — Il répond
au ch. 7 de la première partie du livre ac-
tuel.
Cn. III. — Des fleures putrides, premièrement
de leurs causes et especes en general. — Ré-
pond aux chapitres 12 et 13 du livre actuel.
Cn. IV. — Les signes des fleures putrides en
general. — Se retrouve tout entier dans
un paragraphe du eh. 13 du livre actuel.
Cn. V. — La curation des fieures putrides en
general. — Correspond au ch. 14.
Cn. VI. — Des fleures d’accez, et première-
ment de la quotidiane intermittente. — On
en retrouve un court fragment au ch. 17,
et le reste au ch. 25. ■
Cn. VII. — Des fieures tierces d’accès ou in-
termittentes. — Disséminé dans les chapi-
tre»' 19, 20 et 21 du livre actucli
sein. l’ai trouué bon 1 la censure de
l’escole de Medecinede Paris, comme
estant celle qui nourrit et esleue les
plus beaux esprits qui soient cn la
medecine , qui distribue la pure et
la vraye doctrine d’Hippocrates et de
Galien , et pour mon particulier, qui
Cn. VIH. — Des fieures quartes. — Corres-
pond au chapitre 28.
Cn. IX. . — Des fieures continues, de leurs es-
peces et de leurs signes. — Correspond au
chapitre 17.
Cn. X. — Cure de la fleure synoche putride.
— Correspond au chapitre 16.
Cn. XI. — De la fleure ardente , espece de
tierce continue. — Correspond au cha-
pitre 23.
Cn. XII. — Cure de la fieure quotidiane conti-
nue. — Correspond au chap. 26.
Cn. XIII. — Cure de la fieure quarte conti-
nue. — Correspond au chap. 31.
Ch. XIV. — De la fieure hectique, et de ses
différences , causes , signes et cure. — Cor-
respond au chap. 35.
Cn. XV. — Pourquoy les accez des fieures in-
termittentes retournent à certains iours ,
sçauoir des quotidianes tous les iours, des
tierces de trois en trois, des quartes de quatre
en quatre iours. — Fait actuellement le
chap. 18.
De ces quinze chapitres, sept seulement
avaient été conservés en tout ou en partie
dans l’édition de 1579 et les suivantes; sa-
voir, le 2‘, le 3e et le 10e fondus dans le
chapitre II du livre des Tumeurs en general ;
les 7e , 6e cl 8e constituant les 15e 24e et 35e
du même livre (Voyez t. I«r, pages 336, 341,
360 et 371 ) ; et enfin le (4e avait passé dans
le livre des Plages en particulier, où il faisait
le chapitre 34. (Voyez t. II, pagel03. ) Mais
dans celte édition de 1579, il y avait eu dans
ces chapitres conservés des modifications et
des additions souvent importantes, dont
Paré ne s’est plus souvenu en composant le
livre actuel; j’aurai soin de les signaler en
temps et lieu.
1 Ceci est le texte de l’édition originale;
celles qui viennent après ont mis : i’ay troit-
ué bonne.
DES FIEVRES.
m'a enseigné et donné ce peu de
sçauoir que je desire communiquer
aux autres. Mais ie n’ay peu iamais
gouster la réprimandé de quelques -
vns, qui pour auoir plus d’enuie à ma
réputation que de bonne volonté de
seruir au public, m’ont chargé de
calomnie, accusé de plagiaire, et sans
oüir mes raisons et prendre en bonne
part mes desseins, condamné d’igno-
rance et de témérité. Pour la pre-
mière,ie ne suis point si amateur de
moy-mesrne et si esclaue de mes per-
fections , que je ne confesse ignorer
beaucoup de choses en la médecine,
que pour beaucoup de difficultés ie
n’ayepris l’aduis de quelques méde-
cins plus scauans que ie ne suis , que
ie ne me sois serui de leur conseil et
de leur labeur, et que ie n’aye profité
beaucoup en leur conférence et com-
munication. Mais pour la témérité,
ie leur prie de croire que ie n’en suis
non plus coupable , qu’eux ne le
croyent estre en Ja censure qu’ils
font de mes intentions.
Car pour dire la vérité, ce n’est ny
l’ambition de parojstre docte , ny
l’enuie que i’ay de ietter de la pous-
sière aux yeux des médecins, que i’ay
entrepris ce discours des fiéures. Ç’a
esté seulement le désir de profiter au
public, de déraciner beaucoup d’a-
bus qui se sont glissés dans la pratique
des chirurgiens qui sont hors des
grandes villes , et de rendre vniuer-
sellement le chirurgien plus propre
et plus instruit de seruir et soulager
les médecins presens , et d’aduertir
les absens plus soigneusement et
exactement des accidens qui arriuent
aux malades. Car il est très asseuré
que le chirurgien ayant quelque le-
gere et superficielle connoissance des
fiéures, peut plus commodément que
ne Le sçauroiept faire les gardes et
7 1
assistans des malades , aduerlir le
médecin de l’espece de la fiéure, et
des accidens qui pcuuent suruenir.
Mesme en l’absence du médecin ,et
en cas de nécessité pressante et vr-
gente, il peut donner quelque allé-
gement, empcscher les inflammations
des parties nobles, et deslourner par
quelque remede fait à propos et tiré
par l’indication des effets el des cau-
ses des fiéures, les symplomes qui
ieltent biensouucnt les malades dans
le péril de la mort. El véritablement
les fiéures eslans des accidens qui ac-
compagnent ordinairement ou le plus
souuent les dispositions contre na-
ture que la Chirurgie entreprend fie
guérir, comme sont Jes tumeurs, les
playes , les vlceres , les fractures et
les luxations : voire mesine que les
fiéures entretiennent lesdites mala-
dies et les empeschent de guérir, et
que pareillement le plus souuent les-
dites fiéures ne suniicnnent que par
la douleur et autres accidens desdi-
tes maladies qui entretiennent les
fiéures tandis qu’elles subsistent. : on
peut par là reconpoistre que la con-
noissance des fiéures et de leurs cau-
ses est très necessaire au chirurgien >.
i Ce débuta remplacé celui du premierlivre
des Fièvres , dont on peut cependant recon-
naître aisément les idées. En voici le texte :
Ch. I. — Que c’est que Ficure el île ses causes.
« Apres auoir discouru des indications que
doit tousiours auoir le chirurgien méthodi-
que et rationel douant les yeux ,* ensemble
de l’anatomie, il m’a semblé estre necessaire
faire vn petit discours des Fiéures : tant afin
qu’il ne manquast rien en ce noslre liure,
dont le chirurgien peust reccuoir instruc-
tion , tant aussi qu’ayant quelque legiere et
superficielle cognoissance d’icelles, il peust
plus commodément que ne sçauroient faire
les gardes et autres assistans ignare s de l’art,
aduerlir i§ médecin de l’espcOe de la fieufo
LE VINGTIÈME LIVRE ,
72
le demanderons volontiers à ceux
qui blasment si opiniastrement mon
dessein, que deuiendra vn chirurgien,
lequel sera appelle à vn malade fé-
bricitant qui aura esté blessé à la
teste , et qu’il trouuera en de grands
vomissemens et en vn saignement de
nez ? Comment connoistra-il que le-
dit vomissement et saignement de
nez viennent de la fiéure et non de la
playe, s’il ignore tout à fait la nature
de la fiéure, et qu’il ne sache que ces
accidens peuuent aussi bien venir de
la fiéure que de lablesseure? Il ne
sçauroit iamais s’esclaircir de ceste
difficulté sans ceste connoissance, et
ne pourra en asseurance traiter la
playe et en faire son prognoslic sans
ceste lumière.
C’est ce qui m’a induit à reuoir de
nouueau mon premier traité des fié-
ures, et à l’accommoder à la capacité
des chirurgiens. le ne pretens pas par
iceluy de les rendre capables d’en-
treprendre leur curation : elle doit
et des accidens qui seroient suruenus au
malade : et mesmes à iceux en son absence,
en cas qui requist prompt secours et sans
delay, donner quelque allégement , contra-
riant tousiours tant qu’il sera possible, non
seulement aux effects, mais aussi aux causes
desdites fleures. Et véritablement les fleures
sont accidens qui accompagnent ordinaire-
ment, ou le plus souuent, les dispositions
qui seront cy apres traictees : et les entre-
tiennent et gardent qu’elles ne se peuuent
guarir : semblablement souuent sont causes
que les fleures interuiennent , pour la dou-
leur et autres accidens, lesquels eonuient
corriger par leurs contraires , premièrement
que pouuoir osier la fleure. Par quoy il est
bien necessaire au chirurgien cognoistre les
fleures et leurs causes, qui seront icy som-
mairement traictees. »
C’était là alors tout le préambule, après
quoi l’auteurentrait immédiatement en ma
tière. Voyez ci-après la note de la page 74.
estre entièrement reseruée aux Mé-
decins nos Maistres : mais ie desire
faire en sorte qu’vn chirurgien ne
soit point surpris pour les accidens
qu'elles apportent , et qu’il puisse
estre capable de seruir le médecin
qui ne peut estre présent à la cura-
tion. Et de fait, que l’on remarquera
que iene donne icy aucuns préceptes
ny enseignemens du pouls ou batte-
ment des arteres , des signes et indi-
cations qui sont prises des vrines et
des excremens du ventre, des vomis-
semens , rigueurs , frissons , tremble-
mens, et autres changemens qui ac-
compagnent les fiéures , sans la con-
noissance desquels il est impossible
de lesguerirseu rement, promptement
et doucement. Mais ie laisse cela aux
médecins, me reseruant simplement à
traiter ce qui est de la Nature, Diffé-
rence, Signes, Curation, et Mitigation
des symptômes des fiéures , ce que
i’estendray vn peu plus au long que
ie n’ay fait par cy-deuant , ma brief-
ueté ayant esté cause que les nouices
en la chirurgie n’ont peu receuoir le
profit de mon œuure tel qu’ils se le
proposoient.
Or à fin que nous gardions quelque
méthode en ce discours , qui oste
l’obscurité et la difficulté du suiet
que nous traitons, nous le diuiserons
en deux parties : dont la première
parlera de la nature , différence ,
causes, signes, et curation des fiéures,
tant en general qu’en particulier :
l’autre donnera quelques aduis sur
les symptômes et accidens d’icelles ,
tant à fin d’adoucir leur fascherie et
importunité, que pour en soulager le
malade qui se trouue quelquesfois
plus incommodé des symptômes que
des fiéures mesmes. Maisdeuant que
passer outre, ie veux que l’on voye
tout mon dessein racourci dans la
DES FIÈVRES.
figure suiuante, pour seruir non seu-
lement d’indice à tout l’ouuragc ,
mais aussy pour aider la mémoire et
73
le iugement de ceux qui voudront
lire mon discours.
TABLE
OV INDICE
DE TOUT GE DISCOVRS DES FIÈVRES.
! Li première parle >
Ce discours des fiéuresj
a deux parties
Définition, ch. I.
Causes, chap. 2.
Signes, chap. 3.
En general touchant leur} CuraUon en gene-
ral. chap. 4.
Moyens pour les
guérir, chap. b.
En particulier [ Des différences, chap. 6.
\ La seconde parle das symptômes des Heures. Voy. le second
Discours.
PREMIÈRE PARTIE
DES FIÉYRES EN GENERAL ET EN PARTICULIER.
CHAPITRE I.
LA DEFINITION DE FlÉVItE.
C’est chose très - asseurée qu’en-
tre toutes les maladies les fleures
sont les plus communes et les plus
fascheuses. Il n'y a si petit mal, pour
peu de temps qu’il dure , qui ne soit
accompagné de la fleure, et si nous
voulons croire à quelques-vns, pei^
sonne ne meurt sans fleure , non pas
inesme ceux qui meurent de mort
violente. Elle est quelquesfois si na-
turelle qu’elle accompagne quelques-
vns toute leur vie, comme qu’il on dit
arriue aux lions : les autres vne fois
tous les ans , et ce au iour de leur
naissance, commeon raconte d’vn cer-
tain poète nommé Antipater , et d’vn
autre appellé Iean l’Architecte. C’est
vn mal tres-importun , pource que
pariceluy toutes les parties de nostre
corps extérieures et intérieures sont
affligées, d’où s’ensuit lésion et de-
prauation de touteslcs operations. Ou-
tre que par la vehemence d’iceluy les
esprits qui sont communs instrumens
de toutes nos actions sont manifeste-
ment offensés, ou en leur qualité
pour eslre trop eschauffés et subli-
liés, ou en leur quantité pour estre
promptement dissipés par l’ardeur
de la fléure, ou en leur substance
pour estre corrompus par l’infection
des vapeurs pourries qui sortent des
humeurs que font les fleures putri-
des ». En sorte que c’est vn mal tres-
pernicieux , veu mesme qu’il a son
siégé en la partie la plus noble que
nous ayons , qui est le cœur. le diray
toutesfois que , comme la nature n’a
point donné à la vipère de venin
qu’elle neluy ait donné pareillement
son antidote , aussi que la fléure n'a
point tant eu d’incommodité qu’elle
n’aye eu aussi auec soy quelque fruict
1 Ce début du chapitre premier est imité
et amplifié du deuxième paragraphe du pre-
mier chapitre de l’ancien livre.
« C’est chose toute asseuree , qu’entre
toutes les maladies les Fieures sont les plus
fascheuses , pource que par icelles toutes les
parties tant internes qu’externes sont affli-
gées : dont s’ensuit lésion et dépréciation de
toutes les operations : entendu en outre que
par la vehemence d’icelles les esprits, qui
sont communs instruments de toutes nos ac-
tions , sont manifestement olfensez , ou en
leur qualité, pour estre trop eschaufTez et
subtiliez, et aussi corrompus par l’infection
des vapeurs suscitez des humeurs putréfiez
és fieures putrides: ou en leur quantité,
pour estre promptement dissipez en l’ardeur
d’icelles, dont s’ensuit que de tant que le
mal est grand et pernicieux , de tant faut-il
trauailler à le cognoistre : pour à quoy par-
uenir, il sera bon de commencer par la de*
finition» »
DES FIEVRES.
et quelque douceur. Car nous obser-
uons après Hippocrates et Galien ,
qu’il est quelquesfois à souhaiter d’a-
uoir la fiéure , qu'elle guérit de plu-
sieurs maladies, qu’elle vient par voye
de crise et de soulagement , et qu’elle
oste les incommodités que peut-estrc
l’art de la medecine ne pourroit des-
raciner. Mais certes ce bien icy est si
rare et si peu ordinaire , que quand il
arriue il donne mesme de l’apprehcn-
sion, et feroit-on volontiers des sa-
crifices comme anciennement a Rome
à la fiéure, h fin qu elle n’eust point
à venir , ou à s’en retourner promp-
tement.
Or en quelque façon que la fiéure
arriue , sa connoissance est tres-ne-
cessaire : c’est pourquoy nous deuons
trauailler diligemment en cesle eslu-
de, et nous efforcer à son est laircisse-
ment, àfin que le ieune chirurgien en
tire profit. Nous auons dit que ceste
doctrine a deux parties , l’vne qui ex-
plique l’essence et la nature de la fié-
ure,et l’autre qui regardeles accidens.
La première est double , generale et
particulière. Pour la generale, elle
consiste à expliquer la définition de
la fiéure, ses causes, ses signes et sa
curation. Pour la particulière , elle
sera expliquée cy-aprcs. C’est vne
maxime des philosophes , que les
choses generales et vniuerselles vont
tousiours deuant les particulières , et
que la connoissance de cellcs-cy dé-
pend immédiatement de celles-là : ne
plus ne moins que les indiuidus dé-
pendent des especes , et celles-cy des
genres. C’est pourquoy il est très à
propos, pour esclaircir ce Traité , de
commencer au general desfiéures , et
voir auant que passer outre quelle
est sa définition.
le ne veux point ici rechercher cu-
rieusement les noms do la fiéure grecs
75
et latins, veu qu’ils seruent fort peu
à l’intelligence de la fiéure , et point
du tout à l’instruction du chirurgien,
le me contenteray d’apporter sa défi-
nition ou description la plus propre
et exacte que i’ay peu tirer des meil-
leurs auteurs. La fièvre donc n’est
autrechose qu’vne intemperiechaude
et seiche , excitée et enflammée au
cœur, et du cœur communiquée à
tout le corps par les veines et artè-
res '. En cesle définition le mot d ’in-
1 Cette définition ne différopas de celle do
l’ancien livre; cependant la disposition du
texte n’est pas tout-à-fail la même. -Voici
donc la suite du passage cité dans la note
précédente.
« Fieure est une intemperature chaude et
seiche, excitee et enflammee au cueur, et
d’iceluy communiquée partout le corps par
les conduits des arteres En ceste définition
le genre est (intemperature) dont nous en-
tendons que fleure est maladie des parties
similaires, et non des organiques. Les diffé-
rences sont (chaude et seiche) pour distin-
guer la fieure des autres intemperatures
froides et humides, dont nous apprenons
la maniéré de viure des fleures en general
deuoir tendre à réfrigération et humecta-
tion. L’autre différence (cxcitee au cueur)
pour monstrerlesubiet et siège de telle ma-
ladie. Et de vray, si la fieure (comme nous
auons touché par cy-deuant, et comme aussi
cognobsent par expérience ceux qui sont at-
taints de tel mal) est vne maladie non par-
ticulière et resserrée en vne partie, comme
l’ophthalmie, ains generale et vniuerselle à
tout le corps , il est bien raisonnable que le
siégé d’ieelle soit en partie noble, principale,
et qui aitsympalhieetintelligence manifeste
auec tout le corps.
» La définition de fieure ainsi expliquée,
nous viendrons maintenant à la diuision.
Galien au commencement du premier liure
des différences dés fleures fait plusieurs di-
ssions d’icelles, prises tant de leurs acci-
dens que de leur essence. Or d’icelles nous
choisirons et poursulurone seulement celles
76 LÉ VINGTIEME LIVRE,
temperie est mis pour le genre , à fin
que nous concernons que la fiéure
estant vne intempérie, par conse
quent que c’est vne maladie des par-
ties similaires , et non point des orga-
niques : outre aussi que par ce mot
d'intemperie on distingue la fiéuredes
maladies qui sont appellées commu-
nes, pour être propres des parties simi-
laires et organiques. Pour la premiè-
re différence, nous auons dit que c’est
vne intempérie chaude et seiche , afin
de distinguer la fiéure des autres in-
temperatures , soit simples , soit com-
posées, qui ont leur nature diuerse
de celle de la fiéure. le sçay que quel-
ques-vns ont estimé que l’intempera-
ture qui fait la fiéure , est seulement
chaude et non seiche, fondés sur quel-
ques passages d’Hippocrates et de Ga-
lien mal entendus. Mais il n’y a point
d’apparence de les croire , veu que
ces deux grands personnages ont es-
crit le contraire , et qu’il est impossi-
ble qu’vne notable chaleur, telle que
l’on voit aux fiéures , soit sans sei-
cheresse. L’autre différence est com-
prise en ces mots, excitée au cœur , par
lesquels on donne à entendre quel est
le siégé et le lieu de la fiéure. Il esttres
certain que l’idée ou espece du mal
consiste en la partie affectée, et en la
qui sont prises des causes essentieles, pource-
que les autres n’estant d’aucun prouflit pour
la pratique et vsage de médecine : de celles
cy pouuons tirer quelques indications pro-
pres pour la guarison des fleures, comme
nous monstrons par le discours d’vne cha-
cune espece en particulier. »
Ce dernier paragraphe a été laissé de côté
dans le nouveau livre, où Paré s’est beau-
coup plus étendu sur les dill'érenccs des liè-
vres. Voyez ci-après le chap. G,
disposition qui est contre nature :
mais c’est la partie affectée principa-
lement qui fait distinguer les maladies
les vnes des autres Par exemple , par
où pensons-nous que la phrenesie , la
pleuresie et l’ophthalmie soient dis-
tinguées les vnes des autres? Ce n’est
pas par l’inflammation , car toutes ces
trois sont inflammations, mais par la
partie malade : car la phrenesie est
vne inflammation des membranes du
cerueau , la pleuresie est aussi vne in-
flammation de la membrane qui en-
ueloppe les costes : et l’ophthalmie
pareillement est vne inflammation ,
mais de la membrane de l’œil qui
s’appelle conionctiue. La fiéure donc
est bien une intempérie chaude et
seiche, mais qui n’est pas resserrée et
attachée à une seule partie , ains qui
est excitée premièrement au cœur ,
et de là communique à tout le reste du
corps. Par où nous apprenons pre-
mièrement, que la fiéure n’est pas vne
maladie particulière et propre d’vne
seule partie, mais generale et vniuer-
selle à tout le corps : et en second lieu,
qu’elle ne pourroil estre communi-
quée à tout le corps , si elle n’estoit
allumée en vne partie noble et prin-
cipale , comme est le cœur, qui a vne
sympathie et communication mani-
feste auec tout le corps , tant par les
arleres qui naissent de luy, que par les
veines qui luy sont enuoyées du foye.
Voila ce qu’on peut briefuement
dire pour l’explication et intelligence
de la définition de la fiéure , n’estant
point besoin de s’amuser à une quan-
tité de questions que l’on fait sur ce
suiet, lesquelles sont bonnes pour
l’escole , mais ne seruent de rien en
la pratique.
DES FIEVRES.
CHAPITRE II.
DES CAVSES GENERALES DE LA FIEVRE.
Bien que l’on ait accoustumé de •
mettre quatre genres de causes lors
qu’il est question d’examiner l’essence
des choses : si est-ce qu’en l’exposi-
tion des maladies,, on obmet tous-
iours la cause formelle et la finale,
d’aiitantqu'elles seruentde peu à leur
connoissance. On se contente donc
de parler de l’efficiente , et de la ma-
terielle.
Pour l’efficiente, c’est celle qui a
presque tout pouuoir, et par la-
quelle l’intemperie chaude et sei-
che , qui est le genre de la fiéure , est
engendrée. Or on peut dire générale-
ment que tout ce qui augmente la
chaleur de nostre corps, iusquesàce
point qu’elle puisse empescher les
operations d’iceluy , est la cause effi-
ciente de la fiéure. Galien au liure
premier Des différences des ficures
chapitre troisième, rapporte ceste
cause à cinq chefs principaux , au
mouueraent , à la pourriture, à la ré-
tention et suppression des excremens,
à l’attouchement et voisinage d’vne
chaleur externe et eslrangere , au
meslange de quelquesubstancechau-
deparmylq nostre intérieure1.
1 Nous retrouvons ici le texte de l’ancien
livre , faisant suite au passage reproduit
dans la note précédente.
« Doncques les causes des fleures en pre-
mière diuision sont de deux sortes, sçauoir
efficientes, ou materielles. Les causes effi-
cientes sont de cinq especes.
» La première est le mouuement excessif
ou violent, tant du corps que de l’esprit. Ce-
luy du corps est ou actif volontaire, etc. »
En cet endroit l’auteur suit tellement son
77
j Par le mouuement, on entend celuy
qui est violent et excessif, tant de
ancien texte, qu’à peine trouve-t-on çà et là
un mot de changé, sans que rien soit changé
au sens , et que ce serait véritablement faire
un double emploi que de le reproduire. 11
expose donc ainsi les cinq causes efficientes ;
seulement, dans les exemples qu’il donne de
la cinquième, après les antres choses aroma-
tiques, arriérés, acres ou salees, il avait omis
tes vins forts et puissans. A partir de là aussi
la rédaction devient assez différente pour
qu’il devienne utile de la mettre en regard;
la voici donc :
« Telles sont les cinq choses efficientes,
desquelles toutes sortes de fleures sont exci-
tées : faut maintenant parler des mate-
rielles.
» Les causes materielles des fleures sont
celles esquelles consiste, est placée et fondée
comme en son propre subiet , l’essence de la
fleure, sçauoir, l’intempérie chaude, ou
chaleur contre nature. Icelles causes mate-
rielles sont de irois sortes, comme ainsi soit
que la substance de nostre corps soit triple,
la spiritueuse ou acree, l’humide et la so-
lide : en l’vne desquelles la chaleur contre
nature estant vne fois allumée, sont exci-
tées ces trois especes de fleures tant renom-
mées entre les médecins, esquelles toutes les
autres se peuuent reuoquer. La première est
la Diaire ou Ephemere, de laquelle la cha-
leur est allumée és seuls esprits ou substan-
ces spiritueuses. La seconde est la putride,
de laquelle la chaleur est allumée és hu-
meurs. La troisième est hectique, de la-
quelle la chaleur est allumée és parties so-
lides de notre corps. De chacune d’icelles
nous parlerons par ordre , de telle sorte que
premièrement nous expliquerons leurs cau-
ses, puis leurs signes, enfin toucherons en
bref la curation. »
Là finit le premier chapitre du livre pri-
mitif. Il serait curieux de comparer ces doc-
trines du seizième siècle à celles qui tendent
à reprendre vie parmi nous; mais je laisse
cela aux médecins qui, par hasard ou au-
trement, en viendront enfin à jeter un
coup d’œil sur ce livre trop dédaigné.
LE VINGTIEME LIVRE,
78
l’esprit que du corps. Celuy du corps
est ou actif, volontaire etprouenant
de nous, comme luitter, courir, ioüer
à la paume: ou passif, et qui nous est
donné par vne cause externe, comme
popr auoir esté en carrosse, ou auoir
piqué vn cheual fascheux et violent.
Celuy de l’esprit est soin, vehemenle
appréhension, fascherie, courroux, et
autres semblables passions de l'âme ,
lorsqu’elles nous tiennent fort sou-
uent et fort long temps. Mais il ne
faut pas icy s’abuser.etpenserque le
seul mouuement excile la fiéure :
car nous voyons par expérience que
le repos , qui est son contraire , ap-
porte souuent la fiéure : car ceux qui
auoient de coustume de s’exercer,
s’ils viennent à s’adonner à l’oisiueté,
par accident tombent en fiéure , tant
parce que les excremens qu’ils sou-
loient dissiper par l’exercice, retenus
dansle corps, se pourrissans aisément,
reschauffent outre mesure : qu’aussi
pource que leur chaleur naturelle se
fait contre nature , pour n’estre plus
esuentée par l’exercice modéré, ainsi
qu’elle souloit auparauant.
La seconde cause efficiente des fié-
ures est la pourriture ou putréfaction,
qui n’est autre chose qu vne corrup-
tion causée par vne chaleur estrange
et externe en vn humeur enfermé et
non esuenté , comme nous voyons
souuent aduenir aux phlegmons et
erysipeles , ausquels par conséquent
les fiéures sont annexées et con-
jointes. Cette cause est propre des
fiéures putrides : c’est pourquoy nous
remettons en ce lieu là à en parler
plus particulièrement et amplement.
La troisième est la rétention et sup-
pression des excremens , qui ont de
coustume d’estre vuidés et poussés
hors de nos corps, non seulement par
yne euacuation manifeste et sensible à
la veuë, comme sont les mois des fem-
mes et les hemorrhoïdes des hommes,
mais aussi par vne euacualion qui ne
se voit point, et que nous appelions
insensible transpiration , qui se fait
par les pores du cuir : car tel excre-
menl , principalement s’il est acre et
fuligineux , comme des hommes bi-
lieux, retenu et entassé dans le corps,
ne pouuant expirer pour la densité
du cuir, ou pour la constipation des
pores d’iceluy , excite promptement
des fiéures ou ephemeres ou putrides.
La quatrième est l’attouchement ou
voisinage d’vne chaleur externe ,
comme du feu, des medicamens caus-
tiques, des rayons du soleil, d’vn
corps fébricitant auec lequel nous
auons couché , et principalement s’il
est d’vn tempérament picrochole ou
atrabilaire.
La cinquième cause des fiéures
est la prise ou meslange de quelque
substance chaude parmy la noslre
intérieure , soit qu’icelle substance
chaude soit médicamenteuse, soit
qu’elle soit alimen teuse. Ainsi voyons-
nous souuent qu’vne médecine de
scamonée ou de rheubarbe donne la
fiéure, à celuy principalement qui a
le foye chaud. Le semblable fait I’v-
sage du miel et du sucr e és corps des
ieunes hommes, d’autant qu’en iceux
les choses douces s’enflamment aisé-
ment et se tournent en bile : ce que
plus euidemment font les espices, et
autres choses aromatiques , ameres,
acres , ou salées : comme aussi les
vins qui sont forts et puissans.
Voila les cinq causes efficientes des
fiéures, qui ont esté tres-doctement
expliquées et traitées par Galien, et
du depuis confirmées par tous les
médecins qui l’ont suiui. Reste à
parler des causes materielles, esquel-
les consiste la nature de la fiéure , et
DES ElÉVRtS.
sur lesquelles elle est placée et fon-
dée, comme en son propre suiet. Ces
causes icy sont de trois sortes, comme
estant rapportées à nostre corps , qui
est basli et constitué de trois diuer-
ses substances , de la spiritueuse ou
aërée , de la liquide ou humoralle , et
de la solide. Car Pinlemperie chaude
et seiche qui fait la heure, venant
à s’attacher àl’vne de ces trois subs-
tances , fait vne fiéure differente et
conforme à la nature de la subs-
tance qui reçoit cette intempérie, et
à laquelle elle sert comme de ma-
tière et de propre suiet. Par exem-
ple , si l’intemperie s’attache à la
substance spirituelle ou aérée, il s’en-
gendre une fiéure vrayement spiri-
tuelle, c’est-à-dire, qui est propre des
esprits de notre corps, et qui, pour
ne durer qu’un iour naturel, est ap-
pellée Ephemere ou Diaire. Si le feu
s’enflammeen la substance humoralle
la fiéure sera vrayement humoralle,
comme ayant pour matière et suiet
lès humeurs du corps. Que si la cha-
leur s’allume en la substance solide
du corps , il se fera vne fiéure hecti-
que, ainsi nommée pource qu’elle est
stable et difficile à guérir, comme les
choses qui ont pris leurs habitudes.
Cest pourquoy nous concluons , que
comme il y a cinqcausesefficientesdes
fiéures cy-dessus speciüées , aussi y a-
il trois causes materielles, à sçauoir,
les esprits , les humeurs, et les parties
solides de nostre corps.
CHAPITRE III.
DÈS SIGNES DES FIÉVF.ES EN GENERAL
Encore que la connoissance des fié-
ures appartienne au seul médecin ,
79
et qu’il n’y ait rien de plus difficile
en la medecine que le traité des
signes , si est-ce que ie ne laisseray
pas d’en parler vn petit mot en pas-
sant : et tascheray d’en dire quelque
chose si vulgairement ut grossière-
ment , que le chirurgien pourra s’en
informer médiocrement, et en tant
qu’il en a besoin, pour le soulage-
ment des malades qui se trouueront
pressés en l’absence du médecin.
Or le signe n’estant rien qu’vne
marque euideute et manifeste , qui
nous conduit en la connoissance
d’vne chose obscure et cachée , il est
à croire qu’en la recherche des signes
nous douons trouuor quelque chose
qui soit plus euidenle et plus mani-
feste que la fiéure : autrement nous
ne pourrions pas bien nous instruire
en sa connoissance. Donnons donc
quelques marques qui soient plus ai-
sées à descouurir que la fiéure, et qui
nous puissent donner certitude, les
ayant apperceuës en quelque corps,
que la fiéure y est par nécessité.
Mais deuant que ce faire , il faut se
ressouuenir qu’il y a deux sortes de
signes, les vns appellés Diagnostiques,
qui seruent à reconnoislre la fiéure
présente, les autres Prognos tiques, qui
déclarent l’euenement de fiéure ,
quelle elle doit estre, mortelle ou sa-
lutaire, longue oubriefue,etquandet
comment elledoit et sepeut terminer.
Quant aux diagnostiques, il y en a
de certains propres et inséparables :
il y en a d’autres qui sont trompeurs,
douteux , equiuoques et moins asseu-
rés. A ceux-cy nous ne deuons pas
beaucoup nous arrester : si fait bien
aux autres, qui ne trompent gueres le
iugement du médecin docte et expé-
rimenté. Quand ie dis qu’il y a en la
fiéure et aux maladies des signes dia-
gnostiques certains, asseurés, propres
8o
LE VINGTIEME LIVRE,
et Inséparables , le n’entens pas dire
que chaque maladie ait vn tel signe
qui soit seul, ainsi que l’on dit en phi-
losophie que le rire est vn signe seul
propre et asseurc de l’homme: mais
ie veux dire que toute maladie a vn
amas de quatre ou cinq signes , plus
ou moins, qui se rencontrans ensem-
ble valent vn signe propre , tel qu’on
l’appelle en philosophie. Par exemple,
si ie vois vn malade qui ait vne dou-
leur poignante au coslé, difficulté de
respirer, auecla toux et la fiéure, ie
puis dire en asseurancequ’il a le signe
propre et inséparable de la pleuresie,
et par conséquent qu’il en est malade.
De mesme est-il de la fiéure, laquelle
n’a pas vn seul signe pour sa connois-
sance,mais plusieurs qui concourans
ensemble nous la font asseurément
reconnoistre.
Le premier de ces signes , c’est la
chaleur: car comme enseigne Galien
au premier commentaire qu’il a fait
sur le sixième liure des Epidémies ,
article 28. si le goust est l’indice des
saueurs, de mesme la chaleur receuë
par le toucher est indice et signe de
la fiéure, puisque la fiéure n’est
qu’ vne chaleur. Or cesle chaleur n’est
pas simple , naturelle et douce , mais
acre, piquante, et surpassant la natu
relie : et au reste diffuse et estendue
par tout le corps , si ce n’est qu’elle
soit empeschée des’espandre par tout.
Ce qui arriue en trois maniérés. Pre-
mièrement, au commencement des
accès des fleures qui ont des frissons,
par le reflux et concours du sang et
des esprits aux parties intérieures :
car en ce faisant les parties extérieu-
res demeurent comme priuées de
chaleur. Secondement, és fiéures que
l’on appelle cpiales, esquelles à cause
de la multitude des humeurs crues
amassées dans le corps , les parties
qui ont les humeurs plus subtiles et
ténues s’eschauffent, cependant que
celles qui sont les plus grossières de-
meurent froides et sans chaleur. Tier-
cement és fiéures nommées lypiries ,
esquelles quelque partie noble inté-
rieure estant assiégée de quelque in-
flammation ou erysipele , il arriue
que le sang et les esprits sont arriués
des parties externes aux internes,
comme par vne ventouse , en sorte
que la partie intérieure affectée
brusle , tandis que celles de dehors
demeurent sans chaleur. Mais quoy
que ce soit, la chaleur surpassant
l’ordinaire, soit qu’elle soit espandue
par tout le corps, soit qu’elle soit at-
tachée à quelques parties principales,
est vn des signes de la fiéure. le dis
vn des signes, car il y a des fiéures
qui ont, comme enseigne Hippocrates
aux Epidémies, vne chaleur qui pa-
roist douce au toucher: et c’est pour-
quoy Galien a adiousté d’autres si-
gncspourlaconnoissancedela fiéure,
c’est à sçauoir le pouls, les vrines, la
soif, et les veilles.
Pour le pouls il est tousiours fre-
quent en la fiéure , et plus la fiéure
est grande , et plus le pouls est viste
et frequent. Mais pour sçauoir ce
que c'est qu’vn pouls frequent, il fao-
droit prendre ce discours de plus
loing, ce qui n’est point necessaire
icy , ayant dessein d’instruire seule-
ment le chirurgien , qui n’a que voir
en ce traité. Non plus qu’en celuy des
vrines , qui seruent quelquesfois à la
connoissance de la fiéure : mais si peu
seulement, que les médecins les plus
expérimentés sont contraints de con-
fesser qué c’est vn signe très falla-
cieux. Toutesfois si auec vne chaleur
acre, vu pouls frequent, on appel coit
8 1
DES FIÈVRES.
des vrlnes crues , ou grandement
teintes de bile, on peut comme en as-
seurance prononcer qu’il y a de la
fleure. Et encore bien d’auantage, si
auec les signes susdits le malade est
trauaillé de quelque soif extraordi-
naire, et de veilles desreglées et non
accoustuinées, et dont on ne sçauroit
en reietter la cause sur quelque chose
euidente et manifeste. Voila les cinq
signes comme propres et insépara-
bles de la fleure, du premier desquels
Galien parle au commentaire cité du
sixième des Epidémies , du second et
troisième au liure second à Glau-
con , au premier liure des Présagés
des pouls , chapitre premier , et au
troisième des Crises chap. troisième :
du quatrième et cinquième au Com-
mentaire troisième du troisième des
Epidémies , art. 34.
le viens aux signes prognostiques,
qui sont ceux qui font plus paroistre
le iugement et l’experience du Méde-
cin. Car par iceux non seulement il
se confirme és remedes qu’il faut
faire au malade : mais aussi il s’ac-
quiert vne telle authorité sur luy, et
prend vn crédit si grand , que quoy
qu’il puisse proposer , il y trouue le
malade très obéissant Mais ces signes
icy estans en très grand nombre, et
de très difficile intelligence à ceux
qui ne sont consommés en l’art de
Medecine, ils m’obligent de les passer
sous silence , et d’aduertir le chirur-
gien de n’entreprendre iamais le pro-
gnostic des fiéures, estant choses au
de là de sa capacité et de son art.
Qu’il en laisse la charge au prudent
médecin, n’estant pas petite louange
à vn homme de sçauoir se taire en
temps et lieu.
ni.
CHAPITRE IV.
DE LA CVRATION DES FIEVRES
EN GENERAL.
Il n’y a maladie plus commune
que la fiéure, mais il n’y en a point de
plus difficile à guérir. Anciennement
autant qu’il y auoit de médecins, au-
tant y auoit-il de sortes de remedes
pour la traiter. Prodicus et Erodicus
auoient leur façon , Herophilus et
Erasistratus la leur, Asclepiades vne
antre , Themison vne autre : bref,
autant de testes, autant d’opinions.
Et en ce siecle icy où nous sommes ,
nous voyons que les alchymistes tien-
nent vne autre forme de traiter les
fiéures, que ne font pas les médecins
qui suiuent la doctrine de Galien, qui
a esté celuy lequel a plus diligem-
ment recherché les remedes propres
et essentiels à la fiéure , et a si bien
parlé de toutes les indications , qu’il
nous a osté les difficultés où ont
accoustumé de nous précipiter les
diuerses opinions et iugemens des
autheurs.
Nous auons dit au chapitre 3. et 22.
denostre Introduction à la Chirurgie,
qu’il y auoit des indications neces-
saires au chirurgien méthodique et
rationnel qui veut entreprendre la
guérison de quelque maladie : là i'ay
discouru amplement de la nature des
indications , combien de sortes il y
en auoit , d’où elles estoient prises et
puisées , et que par icelles seules on
distinguoit le chirurgien qui trauaillé
par méthode et raison , d’auec celuy
qui trauaillé par hazard à l’aduen-
ture, tels que sont les empiriques,
charlatans, et autres imposteurs. Cela
mis et posé pour fondement, nous di-
6
82
LE VINGTIEME LIVRE ,
sons que pour guérir la fiéure par rai-
son, puisque c’est vne maladie, que le
chirurgien le doit faire par les indica-
tions prises des choses naturelles, non
naturelles et contré nature. Lesquelles
choses toutesfois, à fin de les racour-
cir , se peuuent et se doiuent rapporter
à trois indications principales , sça-
uoir à celle qui est prise de la mala-
die, à celle qui est puisée de sa cause,
et à celle qui est prise des forces du
malade.
Parla première, nous apprenonsque
la fiéure ainsi que les autres maladies,
se doit guérir par son contraire, es-
tant vn axiome très certain en la doc-
trine d’Hippocrates et de Galien, que
tout contraire se guérit par son con-
traire. Or est-il que nous auons escrit
cy-dessus que la fiéure estoit vne in-
tempérie chaude et seiche, par consé-
quent il faut pour guérir la fiéure
vser de remedes rafraichissans et hu-
mectans. Donc la première indica-
tion nous apprend, que le chirurgien
qui voudra entreprendre à guérir la
fiéure, generalement parlant, ne doit
se seruir que des remedes qui rafraî-
chissent et qui humectent, estant im-
possible d’osier la chaleur que par
les choses rafraîchissantes , et de cor-
riger la seicheresse que par celles qui
moüillent et humectent.
Pour la seconde indication, elle est
prise des causes du mal , lequel ne
peut estre guéri si ce n’est en retran-
chant la cause , estant très véritable
l’axiome des philosophes , que l’effet
cesse , sa cause estant ostée. Il faut
toutesfois icy obseruer qu’il y a des
fiéures, telle qu’est l’ephemere et
diaire , qui persistent encores que
leurs causes soient ostées : et c’est
pourquoy ceste indication n’a lieu
qu’aux fiéures qui ont leurs causes
présentes et qui sont en mouuement,
qui fomentent et entretiennent le mal
par leur presence et par leur action ,
et qui donnent commencement, pro-
grès et entretien par leur effet reel et
actuel ausdites fiéures. Lors que telles
causes se présentent , alors le chirur-
gien par ceste seconde indication doit
recourir à leur retranchement , à fin
de couper le mal en sa racine : veu
que ce seroit vn abus de le vouloir
oster tandis qu’on laisseroit en force
et en vigueur le principe et l’agent
de sa génération. Partant toutesfois
et quantes qu’il y aura vne cause
présente, faut commencer la curation
de la fiéure par le retranchement de
ceste cause, quoy faisant on ostera
tout ensemble et la cause de la fiéure,
et la fiéure mesme, sans autre plus
grand appareil. Que s’il n’y a point
de cause présente en la fiéure, comme
il arriue à l’ephemere causée par
l’ardeur du soleil , laquelle persiste
hors la presence d’iceluy, alors il ne
faut point s’amuser à ceste indication,
mais il faudra seulement combattre
par remedes rafraichissans et hu-
mectons l’intemperie chaude et seiche
de la fiéure. Mais s’il arriue qu’en
partie la fiéure soit faite , en partie
qu’elle se fasse , c’est à dire que si la
cause de la fiéure n’y est plus , mais
qu’vne autre pareille cause vienne à
entretenir la mesme fiéure , il faut
premièrement oster ceste derniere
cause , et puis il faudra combattre
la fiéure faite de la première cause
absente par la voye de la première
indication , ie veux dire par les re-
medes qui rafraîchissent et humec-
tent.
Passons à la troisième indication , la-
quelle se prend des forces du malade:
icelle n’estant rien que le dessein qu’a
le chirurgien de maintenir la vertu
du fébricitant, et luy donner la force
UES FIEVRES.
83
de résister au mal iusques à la fin ,
par le moyen de la bonne nourriture.
Par ceste indication on ordonne vn
régime de viure contraire à la fiéure
et à ses causes, mais qui est conforme
et proportionné au tempérament, à
l’aage, et à la coustume du fébrici-
tant : et souuent nous faisons tel es-
tât de cette indication , que nous lais-
sons là les deux autres pour embrasser
ceste-cy : car comme nous avions vlit
ailleurs, le plus souuenl nous laissons
la propre cure et principale de la fle-
ure , qui est le retranchement de la
cause i pour suiure ceste indication ,
et nous employer à la conseruation
de la force et vertu du fébricitant.
Par exemple , au commencement des
accès de la fiéure, en prenant indica-
tion de la maladie , il n’y a rien si
contraire que le manger , veu qu’il
augmente la matière de la fiéure :
toutesfois s’il aduenoit que les forces
du malade fussent si debiles , que le
malade ne peust résister à l’effort de
l’accès , alors prenant indication des
forces, et non d’autre chose , il fau-
droit nourrir le malade et luy donner
à manger, encore bien que la matière
de la fiéure s’en deusl augmenter.
Deuant que finir ce chapitre, il faut
obseruer deux choses : la première,
que les deux premières indications
quelquesfois s’accordent ensemble ,
quelquesfois elles sont contraires en-
tr’elles : si bien que l’indication qui
oste la cause de la fiéure , augmente
l’intemperie de la fiéure. Au premier
cas la chose est bien aisée, car il ne
faut rien faire que rafraichir et hu-
mecter , comme il arriue aux fiéures
bilieuses : car eu esgard à l’inlempe-
rie de la fiéure qui est chaude et sei-
che, il faut rafraichir et humecter:
eu pareillement esgard à la cause
materielle de la fiéure, qui est la bile
aussi chaude et seiche, il ne faut faire
autre chose que rafraichir et humec-
ter. Mais lorsque deux indications
ne s’accordent pas , comme és fiéures
pituiteuses et melancholiques , alors
il faut prendre indication de la chose
qui presse le plus et qui apporte plus
de peine ou de péril au malade , ne
négligeant pas tout à fait neantmoins
l’autre indication. En vn mot , il faut
s’adresser premièrement et principa-
lement au plus necessaire et plus vr-
gent , et puis après à ce qui presse le
moins. L’autre chose à obseruer est
pour la seconde indication , que nous
avions dit estre prise du retranche-
ment de la cause. Or ce retranchement
ne se peut faire par vn seul remede,
mais par diuers moyens , à cause
qu’il n’est pas question d’vnc seule
cause en la fiéure, mais de plusieurs,
comme nous auons donné à entendre
cy-dessus. Par exemple l’estoupement
des pores et conduits du cuir, et la
suppression de l’excrement acre et
fuligineux qui sc fait par ces porcs ,
sont oslés par les medieamens relas-
chans, résolutifs et digestifs : la pourri-
ture par ceux qui euacuenl , cuisenl,
contempereut , atténuent, incisent et
ouurent : l'obstruction des vaisseaux,
si elle est faite par humeurs crasses ,
lentes et froides, par ceux quieschauf-
fent puissamment et qui incisent et
atténuent : si elle est causée d’hu-
meurs bilieuses, par ceux qui rafraî-
chissent : et ainsi des autres , comme
nous dirons au progrès de ce Traité ,
en la cure de chaque fiéure en parti-
culier.
84
LE VINGTIEME LlVBE,
CHAPITRE V.
DES MOYENS DESQVELS ON SE SERT
A GVERIR LES FIEVRES.
Il faut parler en ce chapitre des
instrumens ou remedes qui peuuent
seruir à obtenir la fin des trois indica-
tions que nous auons expliquées au
chapitre precedent. Car ce n'est pas
tout de dire qu’il faut se seruir de re-
medes froids pour esteindre la heure,
qu’il faut couper la cause de la heure
par son contraire , et qu’il est neces-
saire de restablir et conseruer les
forces du malade : il faut sçauoir par
quels instrumens ou moyens nous
pouuons venir à la fin de ces desseins.
Or ces instrumens sont trois, autant
qu’il y a de sortes de remedes en la
partie de médecine qu’on appelle
thérapeutique , sçauoir la diele , la
chirurgie , et la pharmacie.
La üiete n’est autre chose que l’or-
dre et la reigle qu’on doit garder, non
seulement au boire et manger , mais
aussi en l’ vsage des six choses que les
médecins appellent non naturelles ,
qui sont l’air , le luire et le manger ,
le dormir et le veiller, l’exercice et le
repos , la modération aux affections et
passions de famé, et l’cxcretion et ré-
tention, ou repletion et inanition. Par
la chirurgie , nous entendons les ope-
rations de la main qui seruent à la
guérison des heures. Et par la phar-
macie Y vsage des inedicamens , soit
purgatifs, soit alteratils, qui doiuent
eslre employés à la cure des mesmes
fiéures.
Pour ce qui est de la diete des hé-
ures,nous pouuons dehnir en general
qu’elle doit estre rafraîchissante et
humectante tant que faire se pourra,
ayant esgard à la nature du malade,
à son aage , à sa coustume , et au
pais où il est. Et à hn de particulari-
ser ceste réglé , et rendre nostre doc-
trine plus claire et intelligible, nous
disons que l’air que hument les ma-
lades doit estre froid et humide : que
si la saison ne le permet , il faut le
préparer par l’art de medecine , ar-
rousaut la chambre du malade d’eau
fraîche, semant par icelle des fueilles
de violiers de Mars, de vigne, de laic-
tues, des fleurs de nénuphar et de ro-
ses , et choses semblables : d’autant
que par ce moyen l’air estant rendu
froid et humide , imprime à tout le
corps les mesmes qualités, et bien
d’auantage au poulmon et au cœur ,
ausquels il est porté directement par
la respiration : ce faisant on modéré
l’intemperie chaude et seiche de la
héure par la première indication , qui
est de guérir le mal par son contraire.
Pareillement la qualité des viandes
doit estre froide et humide, pour les
mesmes raisons, prenant garde que
telles viandes soient aisées à cuire , et
de bon suc , et qu'on en donne en
telle quantité qu’elle suffise à entre-
tenir les forces et la vertu du malade,
et en temps où elles puissent tous-
iours profiter, et ne nuire iamais. Les
meilleures viandes et plus communes
des febricilans sont boüillons,iaunes
d’œufs , gelées, pruneaux cuits, pom-
mes cuittes , orges mondés , et autres
viandes legeres faciles à digerer, et
qui ne chargent point l’estomach. Le
boire des febricilans doit estre de
l'eau boiiillie , de la ptisane faite
auec reglisse, orge et choses sembla-
bles , et quelquesfois de l’eau meslée
auec quelque syrop rafraîchissant et
humectant , comme est le violât, et
de nénuphar. Galien , au neufléme de
la Méthode , recommande l’eau froide
DKS FIEVRES.
pour la fiéure , mais auec certains
diorismes et précautions qu'on peut
aller voir à loisir dans le mesme au-
teur. Pour le vin, il leur doit estre dé-
fendu , sur tout s’il est puissant , gé-
néreux, fort, fumeux et grossier.
Pour ce qui est des veilles et du som-
meil , elles doiuent estre modérées, en
sorte toulesfois que le sommeil soit
plus long que les veilles : car combien
que les veilles rafraîchissent d’auan-
tage les parties intérieures, et le som-
meil les extérieures, à cause que par
les veilles la chaleur s'espand au de-
hors , et par le sommeil se relire au
dedans : si est-ce toulesfois qu'à cause
de beaucoup de biens et commodités
que le sommeil apporte à l’esprit et
au corps , comme d’aider la coclion ,
restablir les esprits, fortifier les puis-
sances de l’ameet du corps, esleindre
la soif , arrester les vomissemens , la
toux et le flux de ventre, humecter le
cerueau et tout le corps : à cause, dis-
ie , d’vn plus grand bien , le sommeil
des febricitans doit estre plus long
que les veilles. Quant à ce qui est de
l’exercice du corps ou du repos, il est
tres-asseuré que l’exercice eschauf-
fant et les humeurs et les esprits, que
le repos est à prelerer, et -qu'il doit
estre recommandé aux febricitans ,
puis qu’il rafraisebit et humecte ,
blasmant la façon de faire de Prodi-
cus et Herodicus et de leurs secta-
teurs, lesquels par l’exercice de luiter
et de courir, qu’ils faisoienl faire aux
febricitans , les tuoient plustost que
de les guérir.
Les passions et perturbations de
l’ame ne sont aucunement vliles aux
febricitans: au contraire le repos et
la tranquillité de l’esprit leur est ne-
cessaire, ostant par ce moyen le
trouble des humeurs et des esprits,
qui suruient par l’excès des passions,
85
telles que sont la cholere, la ialousie»
le chagrin, la tristesse et le desespoir :
la ioye modérée par accident, car par
icelle le sang se retirant du cœur ,
qui est le siégé de la fiéure, és autres
parties du corps, et principalement
aux extérieures, elle est cause que
le cœur sc rafraichit aucunement ,
et par conséquent diminue l’intempe-
rie chaude de la fiéure. Il n’y a point
de passion qui fust plus propre aux
fiéures que la crainte, laquelle ra-
fraichit les humeurs et les esprits ,
si ce n’est qu’elle apporte beaucoup
déplus grands accidens auec elle : et
de fait nous lisons que plusieurs per-
sonnes , par crainte et frayeur subite
et non preueuë, ont perdu tout à fait
la fiéure, par vn extraordinaire ra-
fraîchissement du cœur et des parties
contenues en iceluy, causé de l’excès
de ccste frayeur. Ce que i’adiousle
pour donner à entendre qu’il ne faut
pas pour esteindre la fiéure vne pe-
tite crainte, et telle qu’elle arriue
communément : mais qu’il faut vne
frayeur extraordinaire et excessiue ,
qui ait non seulement le pouuoir de
faire retirer le sang , les esprits et la
chaleur des parties extérieures vers
le cœur, mais aussi de rafraîchir la
chaleur du cœur sans l’esleindre
neantmoins tout à fait: en quoy on
descouure la difficulté et le péril de
ce remede.
Le dernier article des choses non
naturelles qu’on doit obseruer pour la
fiéure est la rétention et euacuation ,
la rétention des choses vtiles et profi-
tables au corps, et l’euacualion des
excremens et superfluités nuisibles,
le ne m’eslens point d’auantage au
dénombrement de telles choses: ie
diray seulement que si les excremens
du ventre, lesvrines, les sueurs, etc.,
sont retenus trop longtemps au corps
LE VINGTIEME LIVRE ,
86
du febricitam, qu’ils augmentent la
fiéurc , et la diminuent quand ils sont
euacués en temps et lieu et en quan-
tité suffisante : comme au contraire ,
s’il suruient au fébricitant vne eua-
cuation d’humeurs froides au lieu des
chaudes, il sent la fiéure s’en aug-
menter : et trouue que ses forces s’ab-
battent, s’il luy arriue vne euacua-
tion des choses qui doiuent cstre
retenues au corps , et qui luy sont
vtiles et necessaires, l’ay rapporté
en mon Introduction de chirurgie ,
cliap. 17. ce sixième chef des choses
naturelles à la repletion et à l'inani-
tion, et ay particularisé les especes
et différences , lesquelles peuuent es-
tre rapportées en ce lieu , et accom-
modées à nostre intention. C’est pour-
quoy ien’en diray rien d’auantage, et
passeray à l’autre instrument de la
thérapeutique, qui est la chirurgie.
Quand nous parlons icy de la chi-
rurgie , nous n’entendons pas parler
de toutes les operations de la main
qui luy appartiennent , mais de celles
seulement qui peuuent seruir à com-
battre et guérir la fiéure, telle qu’est
principalement la saignée. Non pas
que la saignée conuienne directe-
ment et proprement à la fiéure , mais
indirectement seulement , par acci-
dent. Le propre de la saignée n’est
pas de rafraîchir et d’humecter, mais
de vuidcr le corps et d’euacuer le
sang , à quoy à la vérité succédé le
rafraîchissement , par la diminution
qu’on fait du sang et de la chaleur
qui l’accompagne. Elle peut toutes-
fois conuenir à la fiéure , par le
moyen d’vnc de ses causes , qui est la
plénitude, laquelle ne peut estre os-
tée plus promptement et seurement
que par la saignée. Pour toutes ces
raisons, et pour destourner quel-
quesfois les fluxions qui se font sur
les parties nobles en la pluspart des
fleures , et aussi pour donner air et
vent à la chaleur qui est estoufféc
dans le corps, comme pareillement
pour desgager les obstructions , et
pour beaucoup d’autres commodités
qu’apporte la saignée au corps, elle
est très propre et tres-necessaire aux
fiéures , en sorte qu’il serait presque
impossible de les guérir, si ce n’estoit
par son moyen. Et voila principale-
ment l’operation pour laquelle la
chirurgie est vtile aux fiéures : bien
qu’on se serue encore de quelques
autres , mais moins puissantes et
moins profitables, comme sont l’ap-
plication des sangsues , les scarifica-
tions faites aux iambes, vsuelle en
Egypte, Espagne , et quelques lieux
d’Italie: les ventouses et les cornets
appliqués sur les espaules, et presque
sur tout le corps, auec ou sans scari-
fications et mouchetures : les sinapis-
mes, vésicatoires et cautères, et
autres choses semblables , lesquelles
sont employées à la guérison des fié-
ures , mais auec bien peu de succès.
I’aurois beaucoup à discourir sur
le troisième instrument qui conuient
auxfiéures, qui est la Pharmacie, sinon
que ie me reserue au particulier des
fiéures. Nous dirons toutesfois en ge-
neral que la Pharmacie a beaucoup de
moyens à employer pour la guérison,
qu’elle prend des medicamens tant
purgatifs qu’altéra tifs, quelle donne
ou intérieurement ou extérieurement,
soit pour tout le corps, soit pour quel-
qu’vne de ses parties. Les lauemens
ou clysteres, les breuuages purgatifs,
les cmetiques ou vomitoires , les bo-
lus , les pillules, seruent à osterla
cacochymie , et à purger le corps de
beaucoup de superfluités qui nour-
rissent et entretiennent la fiéure. Les
juleps et apo/.emes rafraichissans et
DES FIEVRES.
humectans , les epitliemes , fomenta-
tions, linimens, bains, onguens,
combattent directement les causes
de la fiéure et intempérie chaude et
seiche. Les alexipharmaques et cor-
diaux corrigent la malignité des hu-
meurs , donnent de la force et de la
vigueur au cœur et parties nobles, et
résistent à la pourriture qui se meslc
d'ordinaire parmy les heures. Bref, il
n’y a rien en la pharmacie qui ne
puisse aider à la guérison des fleures,
s’il est bien mesnagé par un docte et
Judicieux médecin , qui sait mesme
tirer profit des poisons et venins pour
l’vtilité et salut des malades.
CHAPITRE VI.
LA DIFFERENCE DES FIEVRES.
Encore bien que les philosophes
ayent accouslumé de faire suiure la
diuision des choses après leur défini-
tion : si est-ce toulesfois que ie me
suis reserué à parler de la différence
des fleures en ce lieu , et en apporter
toutes les especes , à fin d’auoir l’oc-
casion et le moyen de parler de cha-
que espece de fleure tout d’vne suite,
et sans interruption d’autre matière.
Or les médecins n’ont pas tousiours
esté bien d’accord lors qu’il a fallu
assigner les especes et différences des
fiéures : c’est pourquoy Galien re-
prend les anciens pour auoir gran-
dement erré en ce suiet : les vns pour
auoir mis moins de différences de
fiéures qu'il y en a , les autres pour
auoir rapporté celles qui sont acci-
dentelles au lieu des essentielles : et
les autres pour auoir supposé, au lieu
des différences vtiles et necessaires,
celles qui sont purement inutiles et
sans profit. De fait, que nous appre-
nons que les vnsontprisla différence
des fiéures de leur inuasion , disans
que les vues prennent sans frisson ,
les autres auec frisson : quelques-vns
les ont prises en l’essence ou condi-
tion de la nature de la fiéure , asseu-
ranl que des fiéures les Ynes ont vno
chaleur aiguë et mordante au toucher,
les autres vue chaleur douce : quel-
ques-vnes qui paroissent douces, et
qui se font sentir peu après aigres et
mordantes : et quelques autres enfin
qui semblent aigres et aiguës, et qui
deuiennent douces à la main. Il y
en a qui prennent la différence des
fiéures de l’intension de leur chaleur,
appellant les vnes bruslantes , et les
autres tiedes et dehiles : ou bien les
diuisent selon les accidens et qualités
qui accompagnent ladite chaleur. Par
exemple, ils appellent les vnes sei-
ches et salées, les autres venteuses et
horribles à voir, ils en nomment quel-
ques autres humides , rouges , pasles ,
liuides , malignes, veneneuses , pesli-
lentes, populaires, lentes, aiguës, conta-
gieuses , et ainsi des autres. Bref, plu-
sieurs croyentquela distinction des
fiéures doit estre prise des humeurs
dont elles sont faites, et par consé-
quent que les vnes sont sanguines,
les autres bilieuses , les autres pitui-
teuses ou phlegmatiques , et quelques
autres melancholiques. Mais pour dire
la vérité de toutes ces différences, il
n’y en a pas vne qui soit sans repre-
hension , veu qu’elles sont en partie
ou superflues, ou défectueuses, ou
inutiles, ou de peu déconsidération.
Nous auons dit cy-dessus que la
différence des fiéures , selon Galien ,
doit estre prise du suiet ou matière
où elles s’allument dans nostre corps,
qui sont les esprits, les humeurs, et
les parties solides, d’où il résulté
88
LE VINGTIÈME LIVRE
trois genres de fiéures, que l'on ap-
pelle spirituelle ou cphemere , humo-
rale, et hectique; la première desquel-
les s’allume aux esprits, la seconde
aux humeurs, la troisième aux par-
ties solides : et il n’y a aucune autre dif-
férence de fiéures qui ne puisse estre
rapportée à l’vne de ces trois, comme
nous verrons en la suite de ce discours.
I’adiousteray toutesfois pour plus
grand esclaircissement de ceste doc-
trine, et pour nous accommoder à la
capacité des ieunes chirurgiens, pour
l’instruction desquels nous auons ra-
massé ces préceptes des œuures des
meilleurs autheurs de la medecine ,
que toutes les fiéures sont ordinaires
ou extraordinaires. l’appelle ordinai-
res celles qui sont communes et vul-
gaires, et n’ont rien que les accidens
communs qui les accompagnent sou-
uent et fréquemment , sans soupçon
d’vne cause plus cachée, ou d’effets
prodigieux etestranges. Les extraor-
dinaires sont celles qui ont quelque
chose par de-là les communes , soit
en leur cause , ou en leurs effets , ou
en leurs accidens , ou en quelque au •
tre chose qui les accompagne, comme
sont les fiéures pestilentes, les epi-
demiques, la sueur d’Angleterre, etc.
Pour les ordinaires elles sont essen-
tielles ou symptomatiques : les essen-
tielles sont ainsi appellées à cause de
leur origine qui vient d’elles mesmes,
et non en suite d’vn autre mal , com-
me d’vne inflammation de quelque
partie, ainsi que font \es symptoma-
tiques. Or ces fiéures essentielles sont
de trois especes, epliemeres, humorales ,
et hectiques , desquelles nous allons
parler particulièrement, commençant
aux epliemeres.
Les fiéures sont
, ouï
[ Ordinaires, et c’est ou
f i Epliemeres, chap. 7.
^ Essentielles, et sont trois. < Humorales, chap. 8.
] \ Hectiques. chap. 34.
\Symptomatiques. chap. 35.
Extraordinaires, chap. 36.
CHAPITRE VIL
DES FIÈVRES EN PARTICVLIER, ET PRE-
MIEREMENT DE LA FIÈVRE EPHEMERE
Après auoir parlé des fiéures en ge-
neral , il faut descendre au parlicu-
1 Ce chapitre répond au chapitre deuxième
du livre primitif, et ce chapitre deuxième
avait lui-même passé en très grande partie
dans le onzième chapitre du livre des Tu-
meurs en general dès l’édition de 1579. Nous
aurons donc à instituer dans ces notes une
double collation , pour indiquer les portions
du texte qui ont varié ou qui sont restées les
mêmes dans ces diverses publications.
lier d’icelles, et commencer à celle qui
est la moins périlleuse et de moindre
durée. C’est Vephemere , ou journa-
lière, ainsi appellée poureequede sa
nature elle parfait son cours et son
temps en vn seul accès , qui ne dure
pas d’auantage que vingt-quatre heu-
res, qui est l’espace d’vn iour naturel,
ce qui a pareillement fait qu'elle a
esté nommée diaire, qui vaut autant à
dire chez les Latins qu'ephemere chez
lesGrecs, et iournaliere aux François.
Cy-deuant nous l’auons appellée spi-
rituelle ou spiritueuse, d'autant qu’elle
s’allume aux esprits du cœur, qui
luy seruent de suiet et de matière.
On peut donc la définir, me intempe-
DES FIEVRES.
rature chaude et seiche allumée cnioc es-
prits vitaux, par l’espace de vingt-qua-
tre heures seulement. Son temps est
fort court, parce cpi’estant allumée
aux esprits, comme en vne matière
ténue, subtile et fort aisée à dissiper,
elle ne peut subsister d’auantage : ne
plus ne moins que nous voyonsque le
feu qui se prend à la paille, ou à quel-
que autre matière deliée et sublile,
s'tsleint incontinent et est de fort peu
de durée.
Sa cause est tousiours externe , et
vient de dehors , appelée pour ce su-
jet des médecins Prvcathartique : c’est
pourquoy elle est fort diuerse , bien
qu elle se puisse rapporter à quatre
chefs principaux, sçauoir : première-
ment aux choses de dehors qui tou-
chent le corps extérieurement : secon-
dement aux choses qui entrent dans
le corps : tiercement aux choses qui
apportent passion et alteration à l’es-
prit ou au corps , ou ensemble à l’vn
et à l’autre : en quatrième lieu aux
symptômes et accidens contre na-
ture. Au premier point se rapporte
l’air chaud et estouffant, l’air trop
froid et trop sec, les bains d’eau
froide ou alumineuse, qui pour es-
tou per les pores du cuir eschauffent
les esprits par accident. Au second
appartiennent les alimens et les me-
dicaraens chauds et acres , le vin , les
espices et choses semblables , mesme
les alimens bien tempérés, mais pris
en trop grande quantité et sans me
sure. Le troisième comprend tous les
mouuemens et changemens naturels,
comme la faim , la soif, la lassitude ,
ire , fureur , tristesse , longues veil-
les, etc. Le quatrième regarde prin-
cipalement la douleur, qui pour eslre
vn symptôme tres-ordinaire, ne laisse
pas pour cela d’eschauffer grande-
ment les esprits, et introduire en
89
iceux une intempérie chaude et sei-
che. En vn mot , toutes les causes
nommées ey-deuant , communes à
toutes les especes de fiéures, peuuent
exciter la heure ephemere, excepté
la pourriture ou putréfaction qui est
reseruée seulement pour la généra
lion des heures putrides ’. Le bubon
1 Tout ce début ressemble pour tes idées
au début du chapitre 2 du livre primitif;
mais le texte en est un peu différent, ainsi
qu’on va en juger.
« Cil. II. — De la fieure ephemere.
» Fieure ephemere ou diaire, est vne in-
temperature chaude et seiche allumée és es-
prits vitaux, ainsi nommée quasi comme
iournaliere, du vocable latin dies, qui signi-
fie iour : parce que de sa nature elle parfait
son cours en vn accez, qui ne dure pas d’a-
uantage que vingt quatre heures, qui est
l’espace d’un iour naturel, et ce à cause
qu’elle est allumée en un subiet ténu , aisé-
ment et en peu de temps dissipable , sça-
uoir, és esprits.
» Les causes des heures ephemeres sont,
lassitude, ebrieté, ire, fureur, tristesse,
longues veilles, grande réfrigérai ion , adus-
tion, baings, mutation de vie déclinant à
chaleur par application ou prise de médica-
ments acres , comme venins ou alimens
chauds : bref toutes les causes nommées cy
douant causes efficientes, communes à toutes
les aulres especes de heures, peuuent exci-
ter la heure diaire, excepté la seconde appe-
lée pourriture ou putréfaction : car icelle
nous auons dit estre propre seulement pour
la génération des heures putrides. »
Le texte est ensuite presque absolument
le même jusqu’aux endroits signalés dans
les notes suivantes.
Dans le livre des Tumeurs , il avait bien
fallu rattacher au phlegmon l’histoire de ces
fièvres ; en conséquence le chapitre commen-
çait ainsi :
0 Ch. XI. — Dei especes des fiéures qui sur-
uiennent au phlegmon, et curation d’icelles.
» Entre les accidens qui plus cominuné-
QO LE VINGTIEME LIVRE ,
mesme., c’est-à-dire l'inflammation et
phlegmon des glandules , ioint auec
vne vlcere manifeste, et prouenant
d’vne cause manifeste, excite ceste
heure diaire : comme au contraire ,
s'il est sans vlcere, prouenant de cause
latente et intérieure , comme inflam-
mation et autre vice de partie noble,
cerneau, cœur et foye, excite vne
autre espece de heure , et pire que
la diaire, comme escrit Hippocrate
en l’Aphorisme 55. du liure 4. où
il dit : Les fiéures qui suruiennent
aux tumeurs des glandules sont toutes
malignes , excepté les diaires. Lequel
aphorisme toutesfois n’est pas vray
en tout et par tout : comme il est
aisé à connoistre par les bubons qui
suruiennent aux enfans, et par les
bubons veneriens , lesquels , bien
qu’ils soient sans vlcere manifeste ,
ment accompagnent les phlegmons , et plus
generalement affligent les malades, sont les
(iéures , c’est à dire, intemperatures chau-
des et seiches , excitees et allumées au
cœur, et d’iccluy départies à tout le corps,
par les conduits des arleres. Icelles au phleg-
mon sont ou diaires, ou synoches non pu-
trides, ou synoches putrides. Fiéure est vne
ébullition de ferueur et d’inflammation ,
que les Grecs appellent Feu : carde quelque
espece que ce soit, est tousiours fondée en
chaleur contre nature. De la nature et eu]}
ration desquelles ie diray icy briefuement
ce que i’en ay apprins de messieurs nos
maistres les Docteurs en médecine, auec les-
quels i’ay hanté et pratiqué.
« Fieure ephemere ou diaire, etc. »
A partir de cet endroit, le texte suivait à
très peu près celui de l’édition primitive;
seulement, à la fin du premier paragraphe,
après ces mots, és esprits, l’auteur ajoutait:
et ne gisl point en pourriture , muis en vu es-
prit exhalatif embrasé. De même au deuxième
paragraphe, parmi les causes de ces fièvres ,
il ajoutait: la faim, densalion ou aslriclion de
cuir. Et enfin , là même où le texte primitif
sont toutesfois ordinairement sans
fiéure dangereuse : aduortissement
que doit bien noter le ieune chirur-
gien.
Les signes communs de la heure
ephemere sont , chaleur douce , ltali-
teuse et suaue à l’attouchement : le
pouls viste et frequent , quolqucsfois
grand et fort, quand la diaire est
causée de courroux et de fureur , au-
tres fois petit lors qu’elle est causée
de fascherie, tristesse, faim, froid,
crudité , au reste égal et bien réglé.
Les signes tres-certains et pathogno-
moniques sont , si la heure est sur-
uenue non lentement et peu à peu ,
mais subitement et inopinément de
quelque cause externe et euidente ,
sans que le malade aye esté premiè-
rement degousté , sans auoir senti
vne lassitude spontanée , sans pro-
et le texte posthume se rejoignent, à l’occa-
sion du bubon, le texte intermédiaire était
un peu différent :
« Le bubon mesme , c’est à dire l’inflam-
mation et phlegmon des glandules , excite
celte fiéure, selon l’aphorisme qui dit , que
les fiéures qui suruiennent aux tumeurs des
glandules sont toutes malignes , excepté les
diaires. Lequel aphorisme doit estre bien
entendu, et pris auec la distinction de Ga-
lien, disant cela s’entendre seulement des
tumeurs qui viennent aux glandules sans
cause manifeste. Car autrement, les fiéures
qui en suruiennent ne sont tousiours dan-
gereuses : comme nous voyons par les bu-
bons qui suruiennent souuent anx enfans,
et par les bubons vénériens , qui sont sans
inflammation , ou corruption de foye : car
tels sont ordinairement sans fiéure dange-
reuse ; adnertissement que doit bien noter
le ieune chirurgien. »
Et enfin un peu plus loin, cette phrase du
texte actuel qui se retrouve aussi dans le
texte primitif : ie ne fais mention des vrines,
se trouvait supprimée.
DES FIEVRES.
fond sommeil, oscitalion et bâille-
ment, sans grande douleur, sans
iacfalion du corps et inquiétude, sans
horreur et grand frisson , bref sans
aucun aulrc fascheux symptôme. le
ne fais point icy mention des vrines,
pour les causes que i’ay dites cy-de-
uant , et aussi à raison que le plus
sonnent en ces fleures icy les vrines
sont semblables à celles des sains : ou-
tre qu’en si peu de temps quelesdites
fleures durent, il ne se peut faire
grand changement de la masse du
sang , de laquelle l’vrine donné con-
noissance, et non des esprits qui sont
les propres suiets des fleures epheme-
res. Cy-dessus i’ay dit que ceste fle-
ure n’a qu’vn accès, lequel dure vn
iour de sa propre nature, combien
qu’il s’estende quelquesfois iusques à
trois ou quatre iours : et alors elle se
change facilement et dégénéré en
fleure putride , si quelque erreur
suruient, ou par le defaut du malade,
ou par quelque autre chose exté-
rieure. Elle desino et se termine ou
par insensible transpiration , ou par
vne moiteur et sueur naturelle, douce
et non fetide ou puante 1 : en sorte
qu elle ne laisse apres elle aucun
symptôme ny accident de ceux qui
ont accoustumé d’accompagner les
fleures , ou de leur suruiure.
L’ordre de la cure de ces fleures est
double, general ou commun , et par-
ticulier à chaque fleure. La cure ge-
nerale consiste es six choses non na-
1 Le paragraphe s’arrêtait ici à la fois dans
l’édition de 157a et dans celle de 1579; et de
même aussi le suivant reprenaitdirectement
par ces mots : La cure generale , etc. Mais il
faut ajouter que dans le chapitre de 1579 ces
deux paragraphes se trouvaient séparés par
une description de la flcvre synoquc non pu-
tride , que nous retrouverons plus loin au
chapitre 9.
91
turellcs, qu’on doit ordonner par la
voye de contrariété à la cause desdi-
tes fleures. En premier lieu, lesbains
d’eau tiede et naturelle sont trcs-
vtiles, pourueu que le malade ne soit
point pléthorique, plein d’excremens,
ou autrement sujet à catarrhes et
defluxions : pource qu’en fondant et
liquéfiant les humeurs, et en relas-
chant les parties, on seroit cause
d’exciter ou augmenter le catarrhe :
c’est aussi pourquoy en tel accident
on doit euiler les frictions et onctions
faites auec les huiles tiedes, qui d’ail-
leurs sont fort vtiles à ces fleures,
principalement quand elles sont cau-
sées par trauail excessif , par adstric-
lion des pores, et par les bubons1. Que
la nourriture soit rafraîchissante et
humectante, faite de viandes legeres,
de bon suc , et aisées à cuire et à dis-
tribuer. Pour le boire on peut donner
de petit vin, et bien trempé, d’autant
qu’il rafraîchit , prouoque les vrines
et les sueurs , humecte et fortifie l’es-
tomach , et recrée les esprits. Qu’on
se donne tonlesfois bien garde de le
donner lorsqu’il y aura douleur de
teste , et quand la fleure sera excitée
1 Le texte variait ici en 1575 et en 1579.
On lisait ;
« Au reste que ceste réglé te soit generale,
d’opposer à chaque cause dont ceste heure
aura esté excilee , son contraire pour re-
mede, comme au trauail le repos, aux veilles
le dormir, à la colcre et fascherie toutes cho-
ses plaisantes , propos ioyeux et récréatifs :
au bubon la curation de l’vlcere dont il aura
esté excité , en apres celle du bubon , enfin
de la fîeure. Le vin médiocrement trempé,
selon la coustume du malade, est vtile en
toutes les causes de la fleure diaire, excepté
quand il y aura douleur de teste , quand elle
est excitee de courroux , et d’vn bubon, etc. »
Dans son nouveau traité, il a réservé celte
règle générale pour la conclusion du cha-
pitre.
U LE VINGTIEME LIVRE
de courroux el d’vn bubon: car,
principalement en ces derniers cas ,
il faut retrancher tout à fait le vin ,
iusques à tant que l’inflammation
ayant passé son estât vienne en sa
déclinaison
Pour la cure particulière, il faut
tenir pour réglé asseurée qu'à chaque
cause qui aura excité la fiéure , il est
necessaire d’opposer son contraire
pour remede , comme au trauail le
repos, aux veilles le dormir, à la
cholere et fascherie, toutes choses
plaisanleset agréables, propos ioyeux
et récréatifs: au bubon la curation de
l’vlcere dont il aura esté excité , en
après celledu bubon, et enfin celle de
la liéure. le ne parle point icy ny de
la saignée, nyde la purgation , d’au-
tant que la fiéure estant courte , sans
péril, et sans l’impuretédu sang el des
humeurs , tels remedes généreux se-
roient icy hors de saison.
CHAPITRE VIII.
DE LA FIÈVRE HVMORALE, ET DE SES
DIFFERENCES
Pour esclaircir les différences des
fiéures , il est besoin de s’arrester au
1 Ici se lcrminaitle chapitre 2 du livre pri-
mitif. Le chapitre 1 1 du livre des Tumeurs en
yeueral n’étant pas uniquement consacré aux
fièvres diaires, se terminait par un long ar-
ticle sur les Jiéures bynoches putrides ; maisau-
paruvant il contenait ce court paragraphe
qui a encore rapport à la fièvre diaire, et
qui n’a pas été reproduit dans le livre pos-
thume :
« Ceste sorte de fiéure trauaille assez sou-
uent les petits enfans. Lors donc leurs nour-
rices doiuent estre pensees comme si elles
precepte de Galien , qui nous aduer-
tit que la fiéure ayant son siégé dans
le cœur, elle ne peut auoir plus de
différences qu’il y a de parties dans
iceluy. Or est-il que dans le cœur
nous n’y considérons que trois parties,
scauoir le corps et la substance du
cœur, les humeurs qui sont conte-
nus dans iceluy, et qui seruent à le
nourrir : et enfin les esprits vitaux,
qui sont continuellement engendrés
en iceluy. Partant il ne peut y auoir
plus de trois genres de fiéures , dont
la première est allumée comme il a
esté dit dans la propre substance du
cœur : la seconde aux humeurs d’i-
celuy : et la troisième aux esprits.
Nous auons parlé decestederniereen
premier lieu , comme la moins péril-
leuse et la plus seure. Il faut parler
maintenant de celle qui s’allume aux
humeurs , et qui pour ce suiet est
nommée humora'e : qui à vray dire
n’est autre chose qu’vne intempérie
chaude et seiche introduite dans les
humeurs du cœur. Or nous ne par-
lons point du moyen que ceste intem-
périe s’introduit, sçauoir si c’est par
simple alteration , ou par putréfac-
tion et pourriture. Car lors que nous
viendrons à parler des causes de cha-
que espece de fiéure humorale, ceste
difficulté sera esclaircie. 11 faut donc
parler de toutes les especes de ceste
fiéure , et en faire vn dénombrement
le plus méthodique que faire se pour-
ra , estant vne chose tellement obs-
cure et embrouillée dans les au-
theurs, que si ie n’y apporte de
l’ordre , il sera impossible au ieune
mesmes auoyent la fiéure, à fin de rendre
leur laid médicamenteux. Il sera aussi bon
de baigner l’enfant , et apres le bain , l’oin-
dre d’huile violât le long de l’espine du dos
et poictrine. »
DES FIÈVRES.
Chirurgien d'entrer en la connois-
sance d’vn si grand nombre de fle-
ures qui sont rapportées à cette es-
pece.
Or i’estime que ceste heure estant
nommée du nom des humeurs , elle
peut estre premièrement diuisée en
autant de différences qu’il y a d’hu-
meurs. C’est pourquoy ayant quatre
humeurs en nostre corps, le sang, la
bile, la pituite et la melancholie, il
y aura par conséquent quatre genres
de fiéures humorales, la sanguine , la
bilieuse , la pituiteuse, et la melancho-
lique. Que si ladite heure est seule et
simple, sans estre meslée auec vne
autre héure , alors ceste héure s’ap-
pellera simple humorale generalement
parlant, et en particulier se fera
nommer d’vn nom propre et conue-
nable à sa nature. Que si elle se mes-
le auec deux ou plusieurs héures en-
semble, pour lors elle sera compliquée
ou composée , et sera appellée des noms
qui seront rapportés cy-dessous.
Voila en general la diuision des
héures humorales. Pour le parti-
culier , la héure qui vient du sang
est appellée synoque , et est lous-
iours continue , n’ayant qu’vn accès
depuis son commencement iusques
à sa hn : mais quelques fois elle a
des exacerbations , c’est à dire que
sa violence redouble par certains
périodes , et se fait sentir auec plus
de vehemence et de chaleur. Que si
le sang dont elle se fait est seulement
eschauffé contre nature , sans qu’il se
pourrisse , alors ceste héure est nom-
mée simple synoque: mais si elle se
fait par pourriture et putréfaction,
pour lors elle s’appelle synoque pour-
rie , laquelle toutesfois et quantes
93
qu’elle a des exacerbations qui vont
en croissant et deuancant, s'appelle
Epacmastique et Anauatiquc , c’est à
dire croissante et deuançante. Que si
elle en a qui aillent en diminuant,
elle est nommée Paracmastique. Que
si elle garde vn mesme degré de cha-
leur et de vehemence depuis le com-
mencement iusques à la hn , elle est
appellée llomotone et Acmastique.
Voila pour la héure du sang
La bilieuse est continue ou inter-
mittente, c’est à dire , ou qu’elle n’a
iamais interruption depuis le com-
mencement iusques à la hn , ou bien
qu’elle cesse tout à fait par certains
interualles. La continue est double ,
l’ardente ou causonide, et la tierce con-
tinue. L’intermittente pareillement
est double , la tierce vrayc et la tierce
bastarde.
La héure pituiteuse a trois especes,
la quotidiane , l’epiale et la lypirie.
La quotidiane est intermittente ou con-
tinue: celle-là est la quotidiane vraye,
ou la quotidiane bas'arde : celle-cy
est appellée quotidiane continue.
La melancholiqueesl continue ou in-
termittente : celle-là se nomme quarte
continue : celle-cy est ou quartaine ,
ou quintaine ou sextaine , etc., des-
quelles la quai taine est ou vraye ou
bastarde.
Voila pour ce qui est des héures
humorales simples. Les composées
sont plusieurs , la dcmy tierce , ou he-
mitritée, les doubles tierces, les dou-
bles et triples quartes, et les héures
appelées confuses, desquelles nous
parlerons amplement, après que nous
aurons expliqué par le menu chaque
espece de héure humorale , que nous
auons racourcies en ce tableau.
94
1 Bile, et est '
/Simple et/
se fait tle\ Pituite
et est
La fiéure humorale''
LE VINGTIEME LIVRE,
Sang, d’où vient la / Synoque simple. \
I chap. 9. Homolone. I
(s®"îrrt''p=®ij
( Intermittente tierce et est j u"Je' chap. 19.
) I JBastarde. ch. 22.
Continue et est double ! Ç“uson‘,le- ch. 23.
‘ 1 terce continue C. 24
Ç)uoti- 1 intermittente ] ] chap. 25.
Continue ( Quolidiane continue) c. 26.
chap. 27.
\ Qttor- 1 Vraye. {
[laine. 1 Baslarde f e‘ ' "
1 Intermil-
Meiancholie , et est
Lypirie.
I Intermit-
tente.
> Quintaine. \
\$ exlaine. tch. 29.
Octaine, etc. )
Continue ( Quarte continue. ) C. 30.
(Demi tietee. ] chap. 3t.
Double tierce. I
Double et triple ( cbaP- 32-
: / quarte.
\ \ Confuse. ] chap. 33. .
CHAPITRE IX.
Î)Ê LA FIÈVRE SYNOQUE SIMPLE ».
Entre les fiéurcs qui se font de la
masse du sang, ou du sang le plus pur
qui soit dans les humeurs, est la lié-
ure synoque simple , ainsi appellée à
la différence de la synoque pourrie :
celle-là se faisant seulement par l’in-
i Le livre primitif ne parlait pas de celte
lièvre, sinon dans une courte parenthèse pla-
cée à la fin du chapitre 3 (voyez ci-après la
note 1 de la page 102); mais l’auteur y avait
consacré un paragraphe spécial dans le cha-
pitre 1 1 du livre des Tumeurs.
« Les fiéures synoches non putrides, s’en-
gendrent de sang non corrompu, mais seu-
lement cschauffé outre mesure , faisant
grande euaporation par tout le corps. D’où
vient que les veines se monstrent enflees, la
ffammation et eschauffemen t du sang,
et celle-cy par la putréfaction qui
s’introduit en iceluy. Quelques-vns
confondent la première auec l’ephe-
inere qui dure plusieurs jours , et qui
pour ce süiet est improprement ap-
pellée diaire. Or se faisant du plus
pur sang du corps , qui est grande-
ment vaporeux, elle fait paroistre
face enflambee, les yeux rouges et ardans,
l’expiration chaude , toute l’habitude du
corps humide : le tout à raison de l’ebulti-
lion du sang et desdites vapeurs, qui est
cause que telle fiéure quelquesfois est appel-
lee humorale. Les petits enfans y sont sub-
iets, comme aussi toule personne sanguine
sans cacochymie. La façon de guarir telle
fiéure est semblable à la cure de la fiéure
diaire. Parquoy ee que nous dirons de l’vne
se pourra accommoder à l’autre, sinon que
la saignée est icy bien requise. »
Ce paragraphe était placé avant celui qui
traitait de la curation de la fièvre diaire.
V oyez la note 1 de la page 91 .
chap. 10.
DES FIÈVRES.
les veines et tout le corps comme
bouffi et enflé , ce qui a donné occa-
sion à quelques médecins arabes de
l’appeller sinocus inflatiua , synoque
enflante et bouffante. Ce genre de
fiéure, pour n’auoir qu’vn accès de-
puis le commencement iusques à sa
fin , et pour auoir vn mesme degré de
chaleur en tout le tempsqu’elle dure,
sans accroissement, sans diminution,
est mis au rang des fleures que l’on
appelle continues , c’est à dire , qui
durent sans cesser, depuis le premier
point de leur inuasion iusques au
dernier point qu’elles finissent , sans
aucune interruption ou relasche, ainsi
qu’il arriue aux ûéures que l’on
nomme intermittentes. le ne m’ar-
reste point à expliquer les différences
que l’on apporte entre les fiéures
continues et continentes , que l’on dit
continuas et continentes , et par les
Grecs <juȣ*u? et le me conlen-
teray d’aduertir le ieune chirurgien
qu’il y a deux sortes de continues,
l’vne qui garde tousiours vn mesme
estât et degré de chaleur depuis son
commencement iusques à sa fin, telle
que l’on peut dire estre la fiéure sy-
noque simple : et l’autre qui ne garde
pas tousiours vn mesme estât , mais
quelquesfois augmente de chaleur ,
autresfois diminue , par fois a des
exacerbations et redoublemens , et
par fois a des remissions et diminu-
tions : et telles sont toutes les fiéures
putrides.
De tout ce discours, nous tirons
ceste conclusion pour l’intelligence
de la fiéure synoque simple , que
c’est me fiéure continue d’en seul ac-
cès , allumée dans les esprits et dans la
partie la plus ténue et subtile du sang.
Elle est continue, à cause que le sang
allumé dans toutes les veines et ar-
tères du corps , ou à tout le moins
95
dans les plus grandes, communique
continuellement la ferueur au sang
du cœur : ce qui ne se feroit pas si ce
sang n’estoit contenu que dans les pe-
tites veines, ou en celles qui sont gran
dement esloignées du cœur, l’ay dit
qu’elle n’auoit qu’rn accès, d’au-
tant qu’elle est tousiours en mesme
estât depuis son commencement
iusques à sa fin , encore bien que
quelques- vns la diuisent en Ilomo-
tone ou À cmaslique , Epacmastique
ou Anabalique, et en Paracmastique ,
que les Latins disent Æquales , Cres-
centes, Decrescentes. Car si la chaleur
demeure tousiours égalé du com-
mencement iusques à la fin , c’est à
dire si ce qui transpire et sort par les
pores du corps , qui sont vapeurs et
fumées esleuées du sang eschauffé
et boüillant dans les veines, est pro-
portionné iustement à ce qui est al-
lumé dans les vaisseaux du sang, elle
sera homotone ou égalé: ie veux
dire qu’elle demeurera tousiours en
mesme et pareil estât tandis qu’elle
durera. Mais si les fumées qui s’eua-
porent sont en moindre quantité et
proportion que ce qui est allumé dans
les vaisseaux, alors elle sera epaemus-
tique ou croissante: i’entens que sa
chaleur ne sera pas tousiours égalé ,
mais redoublera et augmentera con-
tinuellement iusques à sa fin. Que si
enfin les vapeurs s’exhalent en plus
grande quantité qu’il ne s’allume de
sang dans les vaisseaux , pour lors
elle sera paracmastique ou décroissante,
et reconnoistra-on que sa chaleur ira
tousiours en s’abaissant et diminuant
du commencement iusques à sa fin.
Et de là aussi on remarquera en quels
corps et en quel estât elle sera moins
ou plus périlleuse. Car aux corps ra-
res , poreux et maigres qui s’euapo-
rent aisément , elle est moins dange-
96
LE VINGTIEME LIVRE ,
reuse et beaucoup plus courte : aux
gras , pleins , charneux et espais , qui
n’ont que peu ou point de transpira-
tion , elle est plus longue et dange-
reuse. Aussi si elle est paracmastique,
elle est plus courte et plus douce : si
elle est hoinotone , elle l’est moins
que la première, mais plus que l’epac-
mastique , laquelle est la plus longue
de toutes et la plus dangereuse, d’au-
tant qu’elle dégénéré souuent en
lasynoque putride, qui n’est gueres
sans péril.
CHAPITRE X.
DES CAVSES ET SIGNES DE LA SYNOQVE
SIMPLE.
La cause de ceste fiéure que l’on
appelle coniuinte et inséparable, qui est
celle laquelle par sa presence t'ait et
conserue la fiéure , et par son absence
l'o.ste et fait cesser: telle cause, dis-ie,
de ceste fiéure n’est autre chose que
la ferueur des esprits etdu sangrelenu
dans tous les vaisseaux, ou à tout le
moins dans les plus grands qui sont
contenus entre les aisselles et les ais-
nes, laquelle venant à se communi-
quer au cœur, luy imprime ses pro-
pres qualités, qui sont la chaleur et
la seicheresse : ou pour le dire en vn
mot, vne intempérie chaude et seiche.
Ceste ferueur est introduite au corps,
comme veulent quelques-vns.par les
mesmes causes qui font la fiéure
Ephemere: ou pour mieux dire paria
constipation et obstruction des pores
qui sont au cuir, et ensuite par l’es -
touffement de la chaleur naturelle,
lors que la transpiration est empes-
chée, en sorte qu’elle ne reçoit pas de
i’air qui nous enuironne le rafraî-
chissement accoustumé que nous en
relirons. Ce rafraîchissement icy
defaillant , les fumées qui s’exhalent
continuellement du sang demeurent
enfermées , par conséquent remplis-
sent les vaisseaux , rendent le sang
pesant, lourd et moins fluide , estou-
pent pareillement les petits trous
dont le cuir est plein : et enfin à la
longue apportent la pourriture au
sang , comme il arriue aux synoques
putrides. Mais en ceste fiéure icy l’es-
toupement vient particulièrement de
la trop grande abondance du sang ,
que l’on appelle pléthore, qui auec
la cacochymie fait les deux causes
antécédentes de toutes les maladies. Il
est donc necessaire, pour produire
ceste fiéure, que le sang surabonde
dans les veines : car cela estant il s’es-
leue d’iceluy vne grande quantité de
vapeurs clmides et bouillantes , les-
quelles ne pouuanl aisément ny suf-
fisamment s'euaporer ( car elles ne
sont jamais supprimées tout à fait)
s’eschauffent peu à peu et si bien ,
quelles eschauffenl les humeurs et
introduisent la fiéure D’icy nous re-
marquerons que ceux qui abondent
en sang , et qui ont le corps bien
charnu et nourri, dense et espais, sont
plus suiets à cette fiéure que les
autres. Pareillement elle arriue d’or-
dinaire au printemps, aux ieunes
hommes, à ceux qui se remplissent
de bonnes viandes, et boiuent bien du
vin : comme aussi à ceux qui souloient
auoir quelque descharge de sang par
le nez , hemorrhoïdes, ou autres va s-
seaux. Là où ceux qui sont d’vn tem-
pérament froid , qui ont peu de sang ,
qui ont le corps rare , maigre et per-
spirable, qui se nourrissent peu et qui
boiuent de l’eau , y sont fort peu su-
jets.
Il semble que ceste fiéure doiue
DES FIEVRES. 9 7
auoir les mesmes signes que la diaire.
Elle les a toutesfois plus clairs et plus
euidens. Car bien que la chaleur soit
douce, si esl-cequ’elle est plus grande
et vn peu plus acre qu’en la diaire.
Le cuir est comme moite : l’vrine vn
peu plus espaisse et rouge que la na-
turelle: le pouls est vehement, léger,
frequent, plein, grand et égal. Tout
le corps et le visage principalement
est comme bouffi et plein de rou-
geur. Les veines sont grosses et en-
flées de sang : on a par tout le corps
tension et lassitude , la teste pesante,
la respiration vn peu empesebée , des
enuics de dormir, et en dormant des
illusions toutes rouges et de sang. Au
resle, ceste fleure n’est point péril-
leuse , et se termine ordinairement
ou par sueur ou par flux de sang vers
le quatrième ou le septième iour.
Que si toutesfois elle estoit négligée
ou mal traitée, principalement en
ceux qui abondent en sang, il y au-
roit à craindre qu’elle ne degenerast
en phrenesie , squinance , pleuresie,
ou autre maladie qui vient de la plé-
thore, ou bien enfin qu’elle ne se con-
uertit en vnesynoque putride, ou alors
elle ne seroit sans danger de la vie.
CHAPITRE XI.
DE LA CVRE DE LA SYNOQVE SIMPLE.
La thérapeutique ayant trois par-
ties, la diele, la Chirurgie et la Phar-
macie, il faut qu’en la guérison de
toutes les maladies on ait recours à
vn ou à plusieurs de ces chefs :
comme nous ferons d’ores-en-auant
en la cure de toutes les fleures, les re-
mèdes desquels seront pris de ces trois
chefs ensemble.
Et pour commencer à la Synoque
simple, ie dis que le genre de viure
doit eslre rafraîchissant et humec-
tant, ténu et loger, à fin de ne sur-
charger les malades qui ont plus de
sang qu’il n’en faut. C’est pourquoy
on doit se contenter de bouillons faits
au veau et à la volaille, assaisonnés
d’herbes rafraîchissantes, comme iaic-
lue, pourpié, ozeille, buglosse, con-
combre en la saison. On peut aussi
donner des œufs frais bien mollets,
des ius de pruneaux, de la gelée
faite auec le ius de cilron , et non
auec le vin, sans beaucoup de canelle.
Pour le boire, on ne donnera point
de vin, mais de la ptisane seulement,
ou de l’eau bouillie auec orge et
chiendent. Galien au neufiéme de la
Méthode , chap. 4 , conseille de don-
ner de l’eau froide et crue tant que
les malades en voudront et pourront
boire. A laquelle opinion plusieurs
médecins ne s’accordent pas, pour les
aecidens qu’on en a veu arriuer. Car-
on a reconneu que l’eau froide estoit
grandement contraire à ceux qui ont
peu de sang et de chair, qui ont les
viscères bouffis ou enflés, ou pleins
d'obstructions causées par des hu-
meurs crasses , visqueuses ou pitui-
teuses, et qui ont l’estomach et les
parties nerueuses grandement foibles
et délicates. A ces personnes icy l’eau
froide donnée sans mesure et sans
réglé apporte l’hydropisie , difficulté
de respirer, tremblement des mem-
bres, conuulsions , léthargies, et au-
tres violens aecidens , surtout quand
telles gens ne sont pas accoustumés à
boire de l’eau. Que s’il s’en trouue
qui ayent accoustumé ce breuuage,
et qui ayent les entrailles bonnes et
vigoureuses , l’estomach bon et fort,
et grande quantité de sang dans les
veines, à ceux-cy on peut leur laisser
7
in.
LE VINGTIEME LIVRE,
95
boire (le l’eau froide , pourueu que
cû ne soit point au commencement ny
en l'accroissement de la fiéure , mais
en sa vigueur, et lors que les signes de
coction apparoissent. Car pour lors
l’eau froide fortifie tellement les par-
ties solides, et recrée tellement la
chaleur naturelle , qu’elle en cuit
mieux les humeurs, retenant les bon -
nés et chassant les mauuaises et su-
perflues , soit par le vomissement ,
soit par les selles, soit par les sueurs.
Pour les remedes pris de la Chirur-
gie, la saignée tient le premier lieu ,
sur tout en ceste fiéure où il est ques-
tion de plénitude. Or est il que par la
voye des contraires , la plénitude du
sang ne se peut mieux guérir que
par l’euacuation d’ioeluy, à quoy la
saignée a esté inuentée par Part de
médecine : outre que par accident
elle profite grandement à rafraîchir
le sang et les esprits, et à rendre la
liberté aux conduits qui sont estou-
pés ou bouchés. Voila pourquoy le
but principal en ceste fiéure estant
destiné à oster premièrement la plé-
nitude du corps et à diminuer le sang,
et puis après à ouurir les passages , à
atténuer les choses espaisses, à inciser
les gluantes, à prouoquer la transpi-
ration , à esteindre la ferueur de la
fiéure, et à fortifier les parties du
corps foibles et abbaltues par l’op-
pression des humeurs : on a recon-
neu qu’il n’y auoit rien de plus ex-
cellent à tous ces effets que de tirer
promptement du sang en ceste mala-
die , non vne fois seulement , mais
deux ou trois fois, selon la vehemcnce
du mal , la force du malade, et le degré
de la plénitude que l’on observe en
luy. Galien, au lieu cy-dessus allé-
gué , ordonne la saignée iusques à
défaillance de cœur, et presque
iusques à l’esuanoUissement , pour
quelque nombre de raisons qu’il pro-
pose tres-iudicieusement. Toutesfois
cola est si périlleux et apporte telle
espouuante au malade et aux assis-
tons , outre beaucoup d’accidens qui
en peuuent suruenir, et desquels Ga-
lien mesme fait mention, que le plus
seur est de conseruer tousiours les
forces du malade, et tirer plustot du
sang cinq et six fois par interualle
que d’en oster vne seule fois si profu-
sement. L’on a obserué en ceste fiéure
que ceux qui n’ont pas tiré du sang
hardiment ont précipité quelquesfois
les malades à des flux de sang par le
nez si desmesurés et excessifs, qu’ils en
ont pensé perdre la vie. Car la nature
se Irouuant parfois grandement irri-
tée, soit par l’abondanee, soit par l’a-
crimonie des humeurs, ou autrement,
s’oublie tellement, qu’au lieu d’vne
crise elle fait vne hypercrisie, et au
lieu d’vne euacuation iuste et modé-
rée, fait vn desbordementdesreglé et
pernicieux.
Quant aux remedes Pharmaceuti-
ques, il est de besoin, premier que de
saigner , si le ventre estoit serré , de
donner vn lauementemollient, lequel
on pourra continuer tous les iours,
à fin de rabattre beaucoup de fumées,
rafraîchir le dedans, et vuider beau-
coup d’ordures qui s’amassent tous
les iours de la nourriture que l’on
prend. Plusieurs prescriuent des juleps
et apozemes rafraîchissants et apéri-
tifs, préparés auec vne décoction de
chiendent , de cichorée sauuage , d’o-
zeille , endiue , laictue, pimpernelle ,
buglosse , bourache , capillaire , orge ,
semences froides, fleurs cordiales, et
de nenupar , en y adioustant les sy-
rops violât , de nénuphar , de limons,
de cichorée simple , aceteux simple,
de pommes simple, et autres de pa-
reille qualité.
DES FIÈVRES.
On ordonne aussi des epilhemes,
partie sur lecœur, partie sur les hypo-
chondres, à fin d’esteindre laferueur
du sang-, et empescher que pareille
intempérie ne s’attache trop fixement
au cœur, et autres viscères.
On se doit donner garde de purger
au commencement de ceste fleure :
mais on doit attendre que les signes
de coction apparoissent aux vrines et
aux excreraens , et pour lors on peut
donner des medicamens doux et bé-
nins, comme est la casse, les tamarins,
et le séné de Leuant , auecles syrops
de cichorée ou de pommes compo-
sés : ou bien on donnera le lenilif, ou
le catholicon double de rlieubarbe ,
fuyant tantqu’il sera possible les pur-
gatifs où il y entre du diagrede et
scammonée. le n’approuue point les
vomitifs en ceste fiéüre, et n’en ay ia-
mais veu aucun bon effet 1 : ils ne
seruent qu’à troubler la nature et
tourmenter le malade , et ne vuident
rien de la cause coniointe.
le ne mets point icy en ligne de
compte beaucoup d’autres medica-
mens , comme les orges mondés , les
iuleps pour dormir, les opiates, ta-
blettes et poudres cordiales , les lini-
mens , frontaux , et pastes conforla-
tiues , auec vn nombre infiny d’alexi-
teres et alexipharmaques , desquels
on a de coustume d’amuser les mala-
des : car la fiéure n’estant pas péril-
leuse d’elle-mesme , elle n’a pas be-
soin de tant d’appareils , qui en outre
ont quelquesfoisplus de monstre que
d’effet.
Il y a quelques recens2, qui après
Nicolas de Florence constituent vne
1 Voici un des endroits où l’auteur parle
en son nom et d’après son expérience; j’au-
rai toujours soin de les signaler.
! Il entend parler de Fernel. — Celte note
est des éditeurs de 1628,
99
fiéure synoque simple , engendrée de
la bile et de l’agitation des plus chau-
des humeurs du corps , sans toutesfois
aucune pourriture. Ce que ie ne crois
pas neantmoins trop aisément , veu
que si ceste fiéure se fait de la bile, il
est necessaire qu’elle ait pareils re-
doublemens qu’ont les autres qui en
sont faites , et qu’elle ait des périodes
de trois en trois iours. 11 est plus vray-
semblable que telle fiéure se fait du
sang le plus subtil , qui quelquesfois
est appellé de quelques-vns bile , à
cause de sa subtilité , et de son es-
cume : mais à n’en mentir point ce
n’est que pur sang , et qui partant ne
peut faire de fiéure autre que sy-
noque simple sanguine.
CHAPITRE XII.
DES FIÈVRES PVTRIDES EN GENERAL,
ET DE LEVRS DIFFERENCES.
Avant que de parler des Synoques
putrides, il nous faut esclaircir quel-
ques difficultés, sans lesquelles on ne
sauroit comprendre ce que c’est que
fiéure putride , ny comment elle se
fait , ny mesme en quelle façon elle
différé des autres. Voila pourquoy
nous dirons quelque chose d’elles en
general , de leurs causes , signes et
curation , à fin puis après de l’appli-
quer au particulier de la synoque pu-
tride.
Il y a eu grand débat entre quel-
ques autheurs anciens et modernes,
touchant l’existence de ces fiéures :
les vns asseurans qu’il n’y auoit au-
cunes fiéures putrides, les autres te-
nans le contraire : et ceux cy ont tel-
lement fortifié leur party de fortes
raisons et de bonnes expériences, que
100
LE VINGTIEME LIVRE
pour maintenant on ne rcuoqueplus
en doute cesle vérité : si bien que
l’on tient pour constant et asseuré
qu’il y a des fleures putrides, soit
continues , soit intermittentes. Mais
s’il y a eu du débat touchant cest ar-
ticle , il y en a bien vn plus grand
touchant la nature de la pourriture,
pour sçauoir si la définition qu’en
donne Aristote s’accorde à celle de
Galien, et s’il y en a vne naturelle,
vne autre contre nature : vne gene-
rale et vne particulière : vne du tout,
et vne de partie : et finalement s’il y a
différence entre pourriture et putré-
faction. le renuoye l’esclaircissement
de toutes ces difficultés aux philo-
sophes et aux médecins, mereseruant
à expliquer aux chirurgiens ce que
c’est que fiéure putride , et les causes
pourquoy les humeurs se pourrissent
au coips.
Fiéure putride n’est autre chose
qu’rnc intempérie chaude et seiche , al-
lumée dans le cœur par le moyen de
quelque humeur qui se pourrit dans
le corps. Or l’humeur qui se pour-
rit, ou immédiatement elle est con-
tenue dans le cœur , ou hors du
cœur : si c’est au cœur, c’est l’hu-
meur mesme qui excite la fiéure: si
elle est hors du cœur, ce n’est que sa
vapeur et sa fumée. D’auantage, si
cesle humeur est contenue au cœur,
ou dans les grands vaisseaux qui sont
entre les aisnes et les aisselles , la
fiéure est rendue continue à cause
que sa vapeur est portée au cœur
sansaucune intermission, itisques à ce
que l’humeur cesse de se pourrir.
Mais si l’humeur est hors des grandes
veines, reléguée aux parties eslon-
gnées du cœur, la fiéure ne se fait
qu’intermittente, à cause que sa va-
peur ne peut pas estre continuelle-
ment portée au cœur , pour les rai-
sons que nous dirons cy-apres. Si bien
que par ce discours nous apprenons
qu’il y a deux sortes de Géures : l’vne
qui est continue , qui n’a qu’vn accès
depuis le commencement iusques à la
fin , encore bien qu’il dure quelques-
fois non seulement plusieurs iours,
mais aussi plusieurs semaines et plu-
sieurs mois , selon que la fiéure est
courte ou longue , et qu’elle se ren-
contre en vn corps bien ou mal fait,
chargé de peu ou de beaucoup d’hu-
meurs, et vsant de bon ou de mau-
uais régime de vie : et l’autre sorte de
fiéure est intermittente.
Que si l’on veut vne particulière
distinction desfiéures putrides, disons
que ses especes et ses différences sont
prises , ou bien des lieux où les hu-
meurs se pourrissent , ou bien de la
variété des humeurs qui reçoiuent et
endurent pourriture i. Pour le regard
et la variété des lieux, i’ay dit qu’elles
estoient distinguées en continues et
intermittentes, et que les continues
estoient celles desquelles la matière et
l’humeur putride est contenue et en-
fermée és grands vaisseaux qui sont
entre les aisnes et les aisselles. Car de
1 Toute la fin de ce paragraphe et même
du chapitre se retrouve au chapitre 3 du
livre primitif de 1675. Celui-ci commençait
par exposer les causes des fièvres putrides
(voyez les deux premières notes du chapitre
suivant) , après quoi il continuait :
« Les causes de pourriture et des fleures
putrides ainsi expliquées, faut maintenant
passer à la diuision d’icelles. La diuision des
fleures putrides en certaines et differentes
especes, est prise de la différence et diuer-
sité des lieux où les humeurs se pourrissent,
ou de la distinction et variété des humeurs
qui reçoiuent et endurent pourriture. Pour
le regard et variété des lieux , etc. »
Le texte se suit alors presque mot pour
sn»t jusqu’à la fin du paragraphe.
DES FIEVRES.
cps lieux là , tant à cause de l’abon-
dance de l'humeur pourri destiné à
la nourriture de tout le corps, que
pour le voisinage qu’ils ont auec le
coeur, qu’aussià cause de l’amplitude
et capacité des conduits et canaux, il
arriue continuellement et sans inter-
mission que quelque portion de la
substance de l’humeur qui se pourrit,
ou à tout le moins sa vapeur et exha-
laison put ride est portée au cœur, seul
et vray siégé de la fiéure , et où elle
l’entretient tant et si long temps, que
par la force et action de la chaleur
tout cest humeur pourri soit en vn
coup résout et digéré , ou cuit , eua-
cué et chassé hors du corps. C’est
pourquoy les fleures continues, dés
leur commencement iusques à la fin,
n'ont qu’vn accès sans aucune inter-
mission franche et absolue : ie dis
franche et absolue , parce que ceux
qui sont tourmentés de fleures con-
tinues peuuent bien auoir quelque
relasche de l’ardeur de leur fiéure, de
sorte qu’ils ne la sentent si fascheuse
qu’auparauant, mais non pas qu’ils en
soient tellement quittes comme ceux
qui, ayans enduré vn accès de fiéure
quarte intermittente, peuuent chemi-
ner et faire leurs affaires, comme
s’ils estoient sains, iusques à ce qu’ils
soient assaillis d’vu autre nouueau
accès : par conséquent telle relasche
se doit plustost appeler remission
qu’ intermission. Les fiéures intermit-
tentes au contraire, sont celles des-
quelles la matière hors des veines est
contenue et reserrée en la première
région du corps enuiron les entrailles,
sçauoir le ventricule, le diaphragme,
la cauité du foye , la ratle , le pan-
créas , l’omentum et mesentere, par-
ties qui sont quasi comme vn esgout
commun de tout le corps, dans lequel
toute l’ordure et sentine des humeurs
101
fine et s’arresle. Telle matière n’es-
tant contenue és veines, n’est point
humeur alimentaire ou suc propre de
sa nature à la nourriture du corps,
mais plustost vne humeur superflue
et excrementeuse, qui deuant que de
passer delà vouste du foye en sa par-
tie gibbeuse, est relirée et séquestrée
par la prouidence de Nature en ses
propres réceptacles , à fin de rendre
plus pur le reste du bon sang et ali-
mentaire : mais ceste humeur icy
superflue, venant enfin par quelque
accident, et par quelque vne des cinq
causes efficientes des fiéures cy de-
uant déclarées, à se corrompre et
pourrir, elle fait la fiéure intermit-
tente , c’est à dire qui a rémission
franche et absolue, que les Grecs ap-
pellent apyrexie , et les Latins infe-
bricitation , quittant et reprenant
le patient par interualleset secousses
manifestes, tant pouree que la matière
et humeur qui fait telle fiéure est
plus eslongnéedu cœur qu’elle puisse
trafiquer auec iceluy par les con-
duits manifestes des vaisseaux hors
desquels elle est arreslée : et aussi
parce qu’elle est enfermée et cachée
dans la cauité des parties cy dessus
nommées , lesquelles estans de sub-
stance membraneuse, dense, et es-
paisse, ne donnent libre issue à quel-
que portion ou vapeur de ladite
humeur pour estre portée continuel-
lement au cœur, et par ce moyen en-
tretenir lousiours la fiéure : laquelle
ne peut estre sans que le cœur soit
eschauffé et affecté, comme nous
auons montré au commencement de
la définition d’icelle.
Voilà la diuision des fiéures prise
des lieux où les humeurs se pourris-
sent: l’autre diuision est prise de la
diuersité des humeurs qui reçoiuent
pourriture. Or n’y ayant point au-
102
LE VINGTIÈME LIVRE ,
cime humeur qui ne se puisse pour-
rir , il faut qu’il y ait autant d’especes
de fiéures putrides qu’il y a d’hu-
meurs. Par cy deuant nous auons
arresté qu’il y auoit quatre humeurs,
le sang, la bile, la pituite, la melan-
chol'e: par conséquent il y aura quatre
différences de fiéures putrides , la
sanguine que nous appelions synoque
putride, la bilieuse, la pituiteuse et
mclancholique , lesquelles trois der-
nières sont ou continues, ou intermit-
tentes, selon que les humeurs qui les
font se pourrissent dans les veines ou
hors des veines
1 Ce dernier paragraphe se retrouve bien
en idée dans le dernier paragraphe du cha-
titre 3 de 1575; mais le texte diffère assez
pour mériter d’être reproduit.
« Maintenant pour le regard de la diuer-
si té des humeurs, desquels vn chacun en soy
est capable de pourriture , les fleures putri-
des sont distinguées en bilieuses (ausquelles
si elles sont continues, est rapportée l’es-
pece de fleure qu’on appelé synoche, c’est
à dire continente, causée de la pourriture
de toute la masse du sang egalement tem-
péré de la meslange des quatre humeurs :
comme l’autre espece de synoche, causée
parvne simple ébullition d’icelle masse san-
guinaire, sans aucune pourriture, est rap-
portée aux fleures diaires , comme enseigne
Galien au liurc neufieme et onzième de la
Méthode, et au deuxieme des fleures cha-
pitre douzième), pituiteuses et melancho-
liques : et icelles ou continues, ou intermit-
tentes , selon que la bile ou melancholie qui
pourrist est contenue dans les veines ou hors
des veines. »
J’ai déjà dit que cette parenthèse est
la seule mention qui soit faite dans le livre
de 1575 des fièvres synoches simples, men-
tionnées avec un peu plus de détails au
chapitre 2 du livre des Tumeurs de 1579,
et qpi ont enfin été traitées au chapitre 9 du
livre actuel. Voyez ci-devant la note de la
page 91.
CHAPITRE XIII.
DES CAVSES ET SIGNES DES FIEVRES
PVTRIDES 1
Apres anoir donné la définition et
dinision des fiéures putrides, il faut
venir à leurs causes et signes, expli-
quant la façon que les humeurs se
pourrissent au corps.
Et desia nous auons enseigné que
la cause materielle des fiéures putri-
des , est la pourriture de l'vn des
humeurs desquels nostre corps est
composé, ou de plusieurs d’iceux, ou
de tous ensemble. La cause efficiente
est l’vne des cinq cy deuant expli-
quées , mais principalement celle que
Le début de ce chapitre répond presque
exactement au début du ch. 3 du livre pri-
mitif. Il n’y a guère queles premières lignes
qui diffèrent.
« Cu. III. — Des fleures putrides , première-
ment de leurs causes et especes en general.
« La cause materielle des fleures putri-
des est la pourriture de l’vn des humeurs ,
desquels est composé notre corps, ou de
plusieurs d’iceux, ou de tous ensemble. I,a
cause efficiente est l’yne des cinq cy deuant
expliquées, mais principalement la seconde
appelée putréfaction , de laquelle pour ce il
faut maintenant parler vn peu plus ample-
ment.
» La putréfaction est excitcc en nos corps,
et tous autres qui sont mixtes et composez
des quatre cléments, quand la chaleur qui
doust régir les humeurs est au contraire
maistrisee par iceux, par faute de compe-
tente euenlilalion. Ainsi voyons-pous jopr-
nellement les chairs gardées , etc. »
A partir de cet endroit, le texje se suit
presque mot pour mot Jusqu’à la fin du pa-
ragraphe.
DES FIEVRES.
io3
nous auons appelée putréfaction, qui
n’est autre qu’vue corruption qui ar-
rive aux corps mixtes composés des
quatre elemens, par le moyen de la
chaleur , laquelle au lieu de régir les
humeurs se laisse maislriser par
i ceux, à faute d’vne suffisante eucnti-
lalion et évaporation. Ainsi voyons-
nous Journellement les chairs gardées
pour l’vlilité du mesnage , se pourrir
tant en hyuer qu’en eslé , lorsque
l’air est chaud et humide, espais et
non euentilé : ou bien lors qu’elles
sont enfermées en vn lieu remugle 1
et estroit. De là vient que. les hommes
sanguins , pour 1 abondance du sang
qui est chaud et humide , sont plus
suiets à pourriture que le reste des
hommes , si pour la moindre occasion
du monde ils sont piiués du béné-
fice de l’euentilalion , tant insensible
qui se fait par les pores du cuir , que
sensible et manifeste qui se fait par la
contraction et dilatation des arteres
semées par tout le corps , et par l’in-
spiration et expiration instituée pour
le cœur , principalement à celle fin
d’attirer vn air frais et nouueau en
nous, et chasser de nousccluy qui est
fuligineux. C’est pourquoy nous pou-
uons à bon droit dire que la merc de
pourriture , s’il faut ainsi parler , est
l’humidité, et le pere la chaleur, non
pas toute sorte de chaleur, mais celle
qui est infectée des vapeurs fuligi-
neuses retenues dans le corps par
faute de leur euentilation. De là nous
apprenons que toutes choses qui em-
peschenlla liberté delà transpiration
peuuent exciter en nous la pourrilu re,
et par conséquent engendrer les fié-
ures putrides.
Or ces causessont ou internes ou ex-
ternes. Externes, comme densité et
* Remugle, humide.
constriction du cuir causée par l'ap-
plication de choses astringentes , re-
froidissantes, desseichantesot emplas-
tiques , laquelle cause proprement et
en vn mot est appelée constipation. Les
internes sont plusieurs, premièrement
la pléthore , c’est à dire plénitude et
excessiue abondance d'humeurs, tant
à l’esgard des vaisseaux, qui est nom-
mée pleniludo ad vasa , que pour le
regard des forces, laquelle est appelée
pleniludo ad vire v. En second lieu , la
lenteur, crassitie, viscosité et glutinc-
sité des humeurs, lesquelles ou occu-
pent et empeschent toute la capacité
des vaisseaux , ou bouchent et estou-
pent les orifices d’iceux, en sorte que
l’entrée de l’air qui nous enuironne
est défendue, et l'issue des vapeurs
fuligineuses empeschée, d’où s’ensuit
que la transpiration n’estant pas li-
bre, mais fort contrainte, ameine la
pourriture dans les humeurs, et ceste
cause en vn mot est nommée obstruc-
tion l.
Après auoir ainsi succinctement
expliqué les causes principales des
fiéures putrides , il faut venir à leurs
signes 2. Entre lesquels premièrement
1 Après l’élude des causes, le reste du cha-
pitre de l’édition de 1573 était consacré à
celle des différences; celles-ci au contraire
ont été traitées dans le texte posthume au
chapitre qui précède celui-ci. Voyez la note
de la page 101.
2 Ce paragraphe est constitué en grande
partie par le chapitre 4 tout entier du livre
primitif. Voici comment débutait ce cha-
pitre :
« Ch. IIII. — Les signes des fleures putrides en
general.
« Les fleures putrides sont distinguées et
cogneues en cecy d’aucc les ephemeres, c’est
qu’elles ne suruiennent point;, etc. »
Et le texte suivait à peu près mot pour
mot jusqu’à la fin du paragraphe, à l’cx-
lo 4 LE VINGTIEME LIVRE
nous mettrons ces(uy-cy : c’est que
ces fleures sont distinguées des ephe-
meres, en ce qu’elles ne suruiennent
point subitement d’vne cause externe
et euidente, comme font les epheme-
res, mais viennent peu à peu, ayans
pour auant-coureur vne inégalité et
lassitude spontanée ( c’est à dire qui
nous tient sans auoir trauaillé ) vne
paresse et pesanteur de tout le corps,
vn sommeil turbulent, et souuent
vne inquiétude du corps et de l'es-
prit qui empescbe de dormir, vne
distension et boufement des liypo-
chondres, vne respiration pénible,
repletion, tension et tumeur des vei-
nes , douleur pesante de la teste et
des tempes, accompagnée quelques-
fois d’vne forte pulsation, degoust,
alteration, nausée, vomissement. Mais
quand la fiéure est tout à fait formée,
elle se reconnoist à ce qu’elle donne
vne chaleur bien plus acre, piquante
et mordante que l’ephemere ou la
synoque simple , principalement en
l’augmentation et estât de ses accès.
Elle est accompagnée d’inégalité de
pouls et de respiration , car la con-
traction de l’artere qui fait le pouls se
sent bien plus legere que la dilata-
tion. Car comme ainsi soit que plu-
sieurs fumées et vapeurs s'excitent
et s’esleuent de l’humeur enflammé
par putréfaction ou chaleur pourris-
sante, Nature par la contraction du
pouls déprimant l’artere , se haste à
les chasser dehors, n’estant au reste
si pressée d’attirer l’air froid par la
dilatation. le dis le mesme de la res-
piration, dont l’expiration est bien
plus courte que l’inspiration , à cause
de la nécessité qu’a le cœur et le
poulmon de mettre hors l'air fuligi-
ccption de l’avant-dernière phrase du texte
actuel : lu dis le mesme de la respiration, etc.,
qui manquait en 1576.
neux , acre et piquant qui est à l’en-
tour d’eux. L’vrine n’est pas sembla-
ble à celle des sains : mais ou bien elle
est crue , ou elle est trouble , ou bien
acre, ou accompagnée des signes de
pou rri lu re d’h u meu rs , o u d’vne odeur
puante et fétide.
Ces fiéures-cy sont tousiours pires
que les ephemeres et les synoques
simples : il est vray qu’entre icelles ,
celles qui sont intermittentes ne sont
pas si mauuaises que lescontinues ,
lesquelles ne sont iamais exemptes de
péril, estans presque lousioursaccom-
pagnées de très sinistres et mauuais
accidens, lesquels plus ils sont fas-
cheux,plus ils demonstrent que la
fiéure est périlleuse. Elles sont pa-
reillement bien plus dangereuses és
corps cacochymes qu’aux autres ,
comme aussi à ceux qui se nourris-
sent de mauuaises viandes et mal sai-
nes , et qui vsent de quelque grand
desreglement en leur façon de viure.
Enfin ceux qui ont les entrailles mal
faites et mal habituées, ou qui ont
quelque partie noble intéressée et
vicieuse, c’est à dire mal constituée et
disposée , sont bien en plus grand
danger lors qu'ils tombent en ceste
fiéure que ne sont ceux qui ont les
viscères bien sains, forts, robustes, et
do iié> d’vnbon tempérament.
Il y a finalement des signes pour
connoistre les fiéures putrides les vnes
d’auec les autres : par exemple si l’on
obserue vne chaleur ardente, et vne
soif insupportable, non seulement on
colligera que c’est vne fiéu re putride,
mais que c’est celle quenous appelions
fit cure chaude : de mesme si elle ne
prend que de deux iours l’vn , ou de
trois l’vn , on s’asseure que la pre-
mière est faite de bile , et l’autre de
melancholie, et ainsi des autres des-
quelles nous parlerons en leur lieu.
DES FIEVRES.
i o 5
CHAPITRE XIV.
DE LA CVRE DES FIEVRES PVTRIDES
EN GENERAL.
Comme ainsi soit qn’il ya beaucoup
de causes concurrentes en la lîéure
putride, aussi y a-il en sa cure beau-
coup d’indications à prendre, veu que
chaque cause doit cstre ostée par la
deuë administration de son contraire.
C’est pourquoy nous disons qu’en ge-
neral , il n’est pas seulement besoin
d’alteration par les choses rafraî-
chissantes, à lin de corriger l’intem
perie chaude de tout le corps, comme
aux ephemeres: mais qu’il faut en
outre vser de coction et euacualion
de l’humeur pourri, qui est la ma-
tière de la heure C En vn mot, quel-
quesfois il est besoin de tirer du sang,
vne autre fois de purger les humeurs
vicieuses et peccantes: tantost il faut
esuentiler la matière qui se pourrit
et qui fait les obstructions, aussi faut-
il par fois rafraîchir, desseicher, in-
ciser, delerger, fortifier. Mais comme
toutes ces choses ne peuuent estre
1 Ce début répond presque exactement à
celui du chap. 5 du livre primitif. Le lecteur
peut en juger.
« Ch. V. — La curation des fieures putrides en
general.
» Les fieures putrides, pour leur curation
en general , n’ont besoing de simple altera-
tion par choses réfrigérantes , pour corriger
l'intemperie chaude de tout le corps, comme
és diaires: mais en oultre de concoction et
euacualion de l’humeur pourry, qui est ma-
tière de heure. »
Mais apres ceci le texte posthume a ajouté
des détails assez longs, et nous ne retrouve-
rons la fin du chapitre primitif qu’au 3e pa-
ragraphe du chapitre actuel.
faites tonies à la fois, il faut suîure
le conseil que Galien donne à l’on-
zième de la Méthode chap. 16 , qui est
qu’en la résolution et analyse des
causes, ce qui est le dernier trouué
doit eslre mis le premier en execution,
lors qu’il est question de la cure des
maladies. C'est donc ce qu’il faut faire
en la cure des fleures putrides: il faut
commencer à osier la cause qui a esté
trouuée la derniere en ordre de la gé-
nération d’icelles: par exemple, il
faut euacuer la matière qui fait ob-
struction. Car si la fiéurc ne peut es-
tre ostée tandis que la pourriture de-
meure, qui est la vraye et propre
cause, et si la pourriture ne peut ces-
ser tandis que l’esuentilation est em-
peschée , et si l’esuenlilalion ne peut
estre libre tandis qui' l’obstrue lion per-
seuere,il faut conclure qu’auanl tou-
tes choses, il faut osier les causes qui
empeschent la transpiration , qui est
l’obstruction ou constipation. Or l’ob-
struction estant en partie faite, en
partie se faisant tous les iours, ce se-
roit trauailler en vain qui voudroit
oster l’obstruction qui est desia faite,
deuant que d'empescher celle qui se
doit faire tous les iours. Car encore,
bien qu’on tasche de vuider les hu-
meurs qui font l’obstruction , mesme
quan l on osteroit tout à fait l’ob-
struction , ce n’est toutesfois rien d’a-
uancé, puis que l’on n’empesche pas
que les humeurs n’affluent derechef
pour continuer l’obstruction. C’est
pourquoy il faut s’arrester à ceste
maxime, quepourcommencerla gué-
rison des fieures putrides, il faut de-
uant toutes choses oster l'humeur
superflue qui est propre à faire l'ob-
struction : car ce faisant on empesche
qu’il ne se face aucune obstruction
dans le corps.
Voicy donc six ou sept chefs qu’il
106 LE VINGTIEME LIVRE
faut obscruer en la cure des fiéures
putrides. Le premier, est qu’il faut
ester les causes euidentes et manifes-
tes, s’il s’en trouue quelqu’vne qui
puisse augmenter le mal. En second
lieu, il faut prescrire vn régime de
viure propre et conuenabie, suffisant
d’entretenir les forces, et ne fomenter
pas le mal. Tiercemenl, il fautretran-
cherla cause anteceijente en euacuant
les humeurs superflues et vicieuses
parles voyes conuenables,sçauoirpar
la saignée, ou par la purgation, ou par
les deux ensemble. Quatrièmement,
il faut dégager les obstructions s’il
y en a , et procurer par toutes sor-
tes de remedes propres et conuena-
bles, la transpiration et l’euentilation
des humeurs. En cinquième lieu , il
faut corriger les indispositions du
corps et des parties nobles, qui engen-
drent tous les iours de nouuelles hu-
meurs vicieuses, ou qui corrompent
les bonnes. En sixième lieu , si la ma-
tière d’eüe-mesme ne chasse les mau-
uaises humeurs, il faut les euacuer ,
qu bien , si faire se peut , les corriger
et les ramener à quelque meilleure
trempe. Enfin, il faut corriger l’intem-
perie du corps et des humeurs, oster
la pourriture, rcslablir les parties en
leur premier estai , et rendre à celles
qui sont débilitées et atfoiblies leur
première force et vigueur.
Mais il faut icy obscruer, deuant
que venir à l’euacuation des humeurs
villeuses, qu’il faut préparer tant le
corps que les humeurs >. La prepara-
i Nous revenons ici au texte de 1575,
chap. 5 :
« Deuani que procéder à l'euacuaiion , il
faut préparer le corps el les humeurs. »
C’est bien la le début de notre paragraphe
actuel. Le reste suit jusqu’à la lin, sauf quel-
ques modifications, et nous signalerons dans
tion des humeurs se fait en atténuant
et subtiliant ceux qui sont espais,
detergeant ceux qui sont lents, et
incisant ceux qui sont viscides et
gluans. le ne mets point icy en con-
trouerse, s’il faut espaissir ceux qui
sont trop liquides et ténus: i’en laisse
la decision à ceux qui en ont fait des
liures entiers1. La préparation du
corps se fait en ostant et ouurant les
obstructions, et rendant tous les con-
duits du corps, tant manifestes qu’in-
sensibles, tant internes qu’externes ,
ouuerts, libres et transpirables. C’est
pourquoy en vain en Yne fiéure cau-
sée d’obstruction interne, ordonne-
t-on choses qui esmeuuent les sueurs
et les vrines Car par ce moyen on
euacue l’humeur crud de la cauité
des veines et entrailles en l’habitude
et superficie du corps, auquel lieu,
par defaut de chaleur suffisante, il ne
se peut jamais cuire qu’à tres-grando
peine et en fort longtemps : là où si
on l’eust laissé à l’entour des entrailles
il eut peu se cirre aisément, facile-
ment et en peu de temps, à cause de
la chaleur puissante qui résidé en ces
lieux-là : qui est l’occasion pour la-
quelle Galien au liure quatrième de
la conseruation de la santé, et au li-
ure premier à Glaucon, defend fort sa-
gement de tirer du sang à ceux qui
ont des crudités au ventricule et vei-
nes de la première région du corps 2,
d’autant que par telle euacuation le
sang qui sonnent est bon et louable
tant en quantité qu’en qualité, des
grandes veines est euacué et tiré, et
iceluy qui est crud, corrompu et
pourri, est attiré du ventricule dans
les notes suivantes celles qui ont quelque
peu d’importance.
1 Celte phrase manque en 1575.
2 L’édition de 1575 ajoute : comme Is vei-
nes mesar niques.
DES FIÈVRES.
les grandes veines et vers les parties
nobles. Que si la fiéure putride estoit
causée, non d’obstruction interne,
mais de la constipation du cuir, pour
lors les medicamens qui purgent sont
inutiles , d’autant qu’ils attirent l’bu
meur peccante de la superficie au de-
dans et centre du corps : en ce cas-là
il faut donc se seruir des sudorifiques
et diurétiques '. Toutesfois il faut no-
ter que si l’euacuation que nous tas-
chons faire par digerens et sudorifi-
ques n’est suffisante pour euacuer
toute l’humeur, qu’en tel cas il sera
vtile d’vser de medicamens purgatifs
et diurétiques : comme au contraire
lors que la crudité des humeurs qui
sont en la première région du corps ,
sera cuilte, digerée et mitifiée, il sera
tres-necessaire non seulement de pur-
ger par en bas, auec potions et clys-
teres, mais aussi de prouoquer les
sueurs et les vrines1 2.
Quiconque voudroit icy spécifier
par le menu tous les remedcs qui sont
necessaires et vliles aux fiéures putri-
des, auroit besoin de faire vn discours
plus long que celuy que nous auons
entrepris pour toutes les fiéures :
d’autant qu'il n’y a sorte de médica-
ment qui ne puisse y estre approprié,
à cause delà grande diuersité d’indi-
cations que nous auons dit deuoir
estre prises en la cure de ces fiéures.
Il eust esté aussi bien à propos de
mettre icy en question si la saignée
1 Cette fin de phrase : en ce cas là il fuit
doue se seruir des sudorifiques el diurétiques ,
manque dans le teste de 1575.
2 Ici se terminait en réalité le chapitre 5
de l’édition de 1575; toutefois, elle ajoutait
une phrase finale pour servir de transition
au chapitre suivant :
« Apres auoir ainsi descrit les causes et
especes en general , reste maintenant de
parler de chacune en particulier. »
107
est necessaire à toutes les fiéures
pourries : car comme il est tres-cer-
tain qu’elle conuient à celles qui se
font du sang pourri , et aussi à celles
qui se font des autres humeurs, et
qui sont continues : de mesme peut-
on douter si elle est vtile aux fiéures
intermittentes, qui ont leur siégé non
dans le sang ny dans les grands vais-
seaux , mais dans les autres humeurs
non alimenteuses, et dans les petites
veines esparsesparlapremiere région.
Mais ie remets celte difficulté lors
que nous parlerons de la cure des fié-
ures intermittentes en particulier.
CHAPITRE XY.
DE LA FIÈVRE SYNOQVE.
Cy dessus nous auons rapporté la
différence qu’il y auoit entre la syno-
que simple et la synoque putride , et
auons dit que celle -cy estoit vne
fiéure continue, exciléede la pourriture
du sang qui est contenu dans les grands
vaisseaux situés entre les aisnes et les
aisselles. Or ce sang qui se pourrit est
modéré, temperé, et composé d’vne
égalé permislion et meslange des qua-
tre humeurs : ce que ie dis à fin qu’on
la reconnoisse des autres fiéures con-
tinues, lesquelles ont cela de propre,
que si le sang n’est modéré et egale-
ment meslé des autres humeurs , ont
des sensibles redoublemens et exa-
cerbations, ou tous les iours, ou de
deux l’vn,oudetroisl’vn, selon qu’ily
a en la masse du sang vne humeur qui
excede et surabonde , ainsi que nous
dirons cy après. Mais lors que le sang
est proportionné d’vne égalé partie
des autres humeurs, pour lors ceste
fiéure n’a aucuns redoublemens sen-
1 o8 LE VINGTIEME LIVRE
sibles , si ce n’est lors que les vapeurs
putrides qui s’esleuent de ce sang
s’euaporent plus ou moins : ce qui fait
et produit trois degrés de fleure, qui
sont comme autant de différences
d’icelle, sçauoir, i 'homotone ou acmas-
liqae , l’epacmastique, et la paracmas-
lique, desquels nous auons parlé cy-
dossus au chapitre de la synoque
simple. Quelques aulheurs ont voulu
nier qu’il y ail aucune fleure synoque
putride, d’autant (disent-ils) que le
sang ne se peut enflammer et pourrir
qu'il ne se tourne incontinent et dé-
généré ou en bile, ou en atrabile, ce
qui fait indubitablement changer l’es-
pece de la fleure Mais pour toute res-
ponse, ie les renuoye à Galien au
huitième de la Méthode, chap. 3, au
second des Différences des fiéures, cha-
pitre 2 et lt, et au troisième des Cri-
ses chap. 4, ausqucls lieux ils pour-
ront voir que Galien admet ceste
fleure pour deux ou trois raisons qui
n’ont point de repartie.
I.es causes de ceste fleure ont esté
expliquéescy -dessus au chapitre 13, là
où nous auons dit que c’estoil ou la
constipation , ou l’obstruction , les
quelles estoient cause que la pourri-
ture se mettoit dans le sang, principa-
lement en iceluy qui est moins pur et
net. On pourroit icy s’enquérir s’il est
possible de subsister auec la pourri-
ture du sang, qui nous sert de nourri-
ture, etcomment il se peut faire qu’es-
tant vne fois pourri, il puisse se
corriger et reucnir en grâce et en
faueur auec la nature. A cecy ie res-
pons que iamais tout le sang ne se
pourrit, si ce n’est par vne exlreme
ou insigne pourriture, de laquelle il
n’y a point d’appel , pour estre icelle
tout à fait ennemie denostrevie : mais
toutesfois et quand que la pourriture
se met dans les veines, elle pourrit à
la vérité tout le sang, mais non pa
toutes les parties du sang. Car iceluy
estant composé de trois autres hu-
meurs, et en outre d'vne certaine sé-
rosité: en premier lieu, la partie plus
prompte et plus preste à se pourrir
reçoit la pourriture , et puis ensuite
les autres parties les vnes après les
autres, selon qu'elles ont plus ou
moins de disposition : et ainsi la pour-
riture s’introduit au sang et y de-
meure, iusques à ce que toutes les
parties du sang plus disposées à pour-
rir ayent esté consomméeset dissipées,
et la fiéure entièrement esteinte : ce-
pendant la partie du sang la meil-
leure, et qui pour n’auoir pas eu dis-
position à la pourriture ne s’est point
infectée auec les autres, demeure et
perseuere en son entier pour la con-
seruation et entretien de la vie L C’est
pourquoy nousrespondrons aux diffi-
cultés proposées , que toutes les par-
ties du sang ne se pourrissant pas, il
en reste quelqu’vne saine et entière
qui sert de nourriture à nostre corps.
Pour les signes de celte fiéure, ce
sont les mesmes qui se Irouuent en la
synoque simple, mais en vn degré plus
eminent et excellent. La chaleur est
plus acre, le pouls plus grand, véhé-
ment, visteet frequent qu’en la simple
synoque, outre qu’il est inégal et de
réglé, à cause, comme nous auons dit
au chapitre 13, que sa contraction est
plus legere «pie sa dilatation. Les
vrines en ceste fiéure sont rouges,
espaisses , troubles, sans sédiment, et
puantes. Bref tous les accidens et
symptômes sont plus violens qu’en la
simple synoque. Aussi est elle bien
plus périlleuse, sur tout lors que dés
le commencement il suruient vncours
de ventre, car il abbat tellement les
1 F oyez Fcrnel , an liv. 4 de la Palho.,
ch. C. — A . P.
DES FIEVRES.
forces, que la nature ne se peut ren-
dre la maistresse du mal. 11 est vray
que si ce cours de ventre venoit à
cause d’vn grand amas d’humeurs, il
pourroit accourcir la fleure, pourueu
qu'il ne fust de longue durée : mais
s’il vient de la malignité des humeurs,
pour l’ordinaire il apporte la mort '.
Au reste ceste heure quelquesfois
se termine au quatrième iour, bien
que rarement: le plus sou u eut c’est
au septième, et ce , ou par cours de
» L’édition de 1575 ne contient aucune
description de la fleure sjnoche putride, chose
d’autant plus singulière, qu’elle a un cha-
pitre exprès consacré à la cure de cette liè-
vre, comme nous le verrons au chapitre
suivant. Tout au plus rencontre-t-on au cha-
pitre 9 quelques mots qui y ont rapport , et
qui se retrouvent d’ailleurs dans ce livre
nouveau au chapitre 17. Mais dans l’édition
de 1579, au chapitre déjà cité du livre des
Tumeurs, Paré avait essayé de donner une
idée de la syiiocl ie putride qu’il rattachait
alors au phlegmon ; voici ce texte :
« Que si le phlegmon est en vne partie in-
terne, ou fort grand, ou voisin de quelque
partie nohle , de sorte qu’il puisse enuoyer
de soy continuellement au cœur quelque
portion et vapeur de sa substance pourrie,
et non par la seule qualité de chaleur contre
nature, par continuation des parties de l’vne
l’autre, il fera l'espece de heure que nous
disons Sjnoche putride, si le sang , qui par
contagion se pourrit dans les grands vais-
seaux, est composé d’egale meslange et per-
mistion des quatre humeurs.
» Ceste heure se connoist â ce qu’elle n’a
aucune rémission ou exacerbation, encores
moins d’intermissiun. Elle lient le fébrici-
tant oull;e les vingt-quatre heures, ne finis-
sant point lors à la mode des intermittentes
par vomissemens , sueurs , ou moiteurs, ou
peu à peu insensiblement, mais perseuerant
dure iusquesà ce qu’elle se termine et quite
du tout le malade. Elle ne surprend sinon
ceux qui sont de bonne nature , en tempe-
i°9
ventre , ou par flux d’vrines , ou par
sueurs, ou par vomissemens, ou par
flux de sang : mais cela n’arriue point
que dés le quatrième iour on n’ait
apperceu des signes de coction dans
les selles et dans les vrines. Que si
après auoir veu les signes de coction
au quatrième iour, il suruenoit quel-
que crise au sixième, il faut la tenir
pour suspecte et pour imparfaite, qui
ameine apres elle, ou la recidiuc, ou
la mort '.
rament et complexion , abondans en beau-
coup de sang, et iceluy justement meslé des
quatre humeurs. Ceste heure est de peu de
duree : d’autant que le sang par sa pourri-
ture dégénérant en bile ou mclancholic,
fait incontinent vne autre espece de heure,
sçauoir tierce ou quarte continues. »
Cette description diffère beaucoup de
celle du livre actuel ; mais on en rctrouu’ra
les principaux traits au chapitre 17, lequel,
ainsi qu’il a été dit, correspond au chapi-
tre 9 de l’édition de 1575.
1 Ce paragraphe semble correspondre à un
passage du chapitre 10 du livre primitif;
toutefois la doctrine n’en est pas exactement
la même. Voici le texte de 1575 :
« Sur tout il faudra espier le quatrième
iour : car si lors apparaissent quelques si*-
gnes de concoction , la dise se fera le sej -
tieme iour, et ce par 11 ux de ventre, ou vo-
missement, ou vrines, ou sueurs, et prin-
cipalement par hæmorrhagie : et lors ne fau-
dra rien remuer d’auantage, ains laisser
faire Nature son deuuir, selon son chemin
qu’elle aura pris. Que si au contraire il n’ap-
paroist aucun signe de concoction ny de
crise, il ne faut rien entreprendre dauan-
tage , de tant que tel malade est déploré :
quelle manière de gens Galien defend d’at-
toucher. »
La première de ces deux phrases avait été
reproduite dans le chapitre 11 du livre des
Tumeurs-, mais la deuxième y est supprimée;
et on voit enfin comme s'explique le texte
définitif.
1 10
LE VINGTIEME LEVEE ,
Nous voyous quelquesfoisque ceste
fiéure se termine par vue quantité de
macules et de taches rouges qui appa-
roissent par tout ie corps, et sont
cause que l’on l’appelle pour lors
pemphygodcs , purpufèe, ou fleure de
pourpre, qui est ordinairement fort
périlleuse, et qui ne se termine gueres
que dans la seconde ou troisième
sepmaine. Aux enfans ceste fiéure est
souuent accompagnée de rougeolles
et verolles.
CHAPITRE XVI.
DE LA CVRE DE LA SYN0QVE PUTRIDE *.
Nous auons dit vne partie de ce
qu’il faut faire pour la cure de ceste
fiéure en celle de la synoque simple,
et au chap. 14 : qui est que la princi-
pale intention consisle à osier la cause,
et à modérer l’excès de la chaleur.
Premièrement donc , à cause que
c’est lesang quipecheicy, il faut l’eua-
cuer et le diminuer, et en suite combat-
trelescauses par leurs contraires. Par
exemple, la constipation des pores du
cuir doit estre dégagée par les me-
dicamens qui ouurent , qui débou-
chent et qui raréfient : semblable-
ment on doit oster l’obstruction,
sçauoir celle qui se fait de l’abondance
des humeurs par leur euacualion, et
celle qui se fait par la crassitie d’iceux
par les remedes qui atténuent.
En somme le yiure doit estre tout à
1 Ce chapitre est en grande partie la re-
production du chapitre 10 du livre primitif,
mais avec des changemens tels que la fin de
celui-ci se retrouve au commencement de
l’autre ; et la doct; ine même a notablement
varié. Le lecteur en fera aisément la com-
paraison à l’aide des notes suivantes.
fait réfrigérant et humectant, au reste
fort ténu , et qui pour la plus part
consiste en bouillons de poulets et de
chair de veau, que ntesme nous alté-
rerons auec herbes d’ozeille, de laic-
tue et de pourpié : caria chaleur natu-
relle estant affoiblie, et par la violence
de la fiéure , et par les remedes qu’il
conuient faire, ne pourroit cuire beau-
coup de viandes. La boisson sera d’eau
d’orge , de sirop violât trempé de
beaucoup d’eau, deiulep alexandrin,
si principalement il suruient quelque
grand flux de ventre, comme il ad-
uient soutient en ceste fiéure 1 : fuyant
1 Ce paragraphe répond à la fin du cha-
pitre.10 de 1575 ; et le texte est le mêmejus-
qu’en cet endroit ; mais alors l’édition pri-
mitive intercalait un court paragraphe sur
l’observation du quatrième jour, que nous
avons reproduit dans la dernière note du
chapitre précédent. Puis le chapitre se ter-
minait par celte phrase sur l’usage de l’eau
fraîche et du vin :
« Quanta l’eau fraischc de laquelle Galien
fait si grand cas en ceste maladie, il ne fau-
dra en donner à boire, qu’il n’apparoisse
premièrement signes de concoction : mesmes
sur la déclinaison sera bon donner du vin
pour esmouuoir les sueurs. »
Cette ph rase avait d’abord été copiée dans
le livre des Tumeurs en 1579; mais en 1585
elle fut modifiée ainsi qu’il suit :
« Gai. liu. 9. de la Meiliode, chap. 5. or-
donne de boire grande quantité d’eau froide
au plus fort de la fiéure ardanle, et des fié-
ures synoches : telle chose profite , et amol-
list la chaleur febrile , comme quand on
iette force eau au feu pour l’esteindre :
toutesfois il n’en faudra donner au malade,
que premièrement on ne voye les signes de
concoction : mesme sur la déclinaison , ne
sera hors de propos donner du vin pour
esmouuoir les sueurs. »
El enfin dans le livre actuel, mieux in-
struit par l’expérience, Paré rejette absolu-
ment l’usage du vin, qu’il avait d’abord
DES FIEVRES.
1 1 1
tant que faire se pourra le vin, que ie
ne conseille mesnies pas de boire au
déclin de la fiéure, de peur de res-
chauffeï le foye et le sang, qui n’est
pas encore bien remis de la première
chaleur. Quelques-vns trouueut bon
d’en donner sur le déclin, à fin d’emou-
uoir les sueurs : mais ie le trouue vn
peu dangereux, à cause qu’en ces vio-
lentes fiéures continues, on n’est pas
sans soupçon d’inflammation aux par-
ties nobles. le trouue meilleur auec
Galien de donner l’eau froide libre-
ment et libéralement, mais auec les
cautions cy-deuant obseruées.
Mais la curation principale de cesle
fiéure , selon l’opinion de Galien en
l’onzième de la Méthode , consiste en
la pblebotomie : car le sang estant tiré,
la plénitude est ostée, d’où il s'en suit
que l’obstruction est dégagée, et par
conséquent la pourriture 1 . Or comme
ainsi soit qu’en ceste fiéure , il n’y a
pas seulement vice de la matière par
la pourriture du sang, mais aussi ex-
cès en la température par la vehe-
donné comme bon, puis comme non hors de
propos. Nous trouverons par la suite plus
d'une rétractation de ce genre, qu’il me pa-
rait fort intéressant de signaler.
1 Le commencement de ce long paragra-
phe répond exactement au début du chapi-
tre 10 de l’édition de 1575, et on le retrouve
également au chapitre 2 du livre des Tu-
meurs des éditions postérieures. Seulement
ce dernier texte porte : la curation de ceste
fiéure ( selon ce que i'ay appris des bons méde-
cins), etc.; tandis que le livre primitif et le
livre posthume portent également selon
l’opinion de Galien. De même tous deux
s’accordent à dire un peu plus bas : ce qui
a esmeu Galien à dire qu’il fulloil icy saigner
iusques à lipothymie ; tandis que le livre des
Tumeurs corrige : ce qui a esmeu quelques
vus, etc. Mais à partir de cette dernière
phrase , le texte a beaucoup changé; j’y re-
viendrai dans la note suivante.
mcnce de la chaleur : de là vient que
la pblebotomie ne remédié pas seule-
ment à la pourriture, comme nous
auons dit , mais aussi à l’intemperie
chaude : car le sang (auquel consiste
toute nostre chaleur) estant euacué,
fait exhaler auec luy les excremens
acres et fuligineux, qui pour estre
supprimés et retenus au corps, aug-
menloient fort l'ardeur de la fiéui’e.
En outre en la place du sang euacué,
les veinesattirentbeaucoupd’air froid
pour euiler le vuide que la nature
abhorre : d’où vient le rafraîchisse-
ment de toute l’habitude du corps :
mesme à plusieurs par le moyen de
la pblebotomie il suruient vn béné-
fice de ventre, ou bien les sueurs sor-
tent en abondance, choses fort sou-
haitables en ceste espece de fiéure. Ce
qui a esmeu Galien à dire qu’il falloit
icy saigner iusques à lipothymie », ce
que nous n’auons pas toutesfois ap-
prouué cy-dcssus , louant d’auanlage
l’opinion de ceux qui, aduenantlecas
que le malade eust besoin de grande
euacuation de sang, départent par
cpaphœrcse icelle vacuation , ostant
du sang par interualles , tant de fois
1 Là finit la ressemblance entre le com-
mencement du chapitre 10 de 1575 et le
lexte posthume ; je reproduis ici le premier,
qui est fort court, cl qui avait été reproduit
à peu prés littéralement au livre des Tu-
meurs :
« Toutesfois d’autant que plusieurs par ce
moyen ontauec le sang rendu l’ame entre les
mains des Médecins, ie serais plustost d’auis,
aduenant le cas que le malade eust besoing
de grande euacuation de sang, de partir par
cpicrase icelle euacuation , répétant icelle,
et ostant du sang par interualles, tant que
les forces du malade le pourront aisément
porter. »
Voilà ce qui , dans le livre primitif, cor-
respond à toute la fin du paragraphe actuel.
LE VINGTIEME LIVRE
que les forces du malade le peuuent
souffrir aisément, et que la grandeur
du mal le desire. Il est à la vérité im-
possible de dire la quantité du sang
qu’il faut tirer, et le nombre de
fois qu’il faut saigner : il faut toutes
fois bien s’empesclier de suiure l’opi-
nion de ceux qui , après auoir saigné
deux ou trois fois, et quatre ou cinq
au plus, laissent plustost mourir le
malade que de le saigner d’auantage.
Il faut tousiours s’arrester à ces deux
maximes, qui sont d’auoir esgard à la
grandeur et violence du mal, et aux
forces du malade. Tant que les forces
le permettent, il faut saigner si la
violence du mal vous y conuie, ne
regardant point si c’est de iour ou de
nuit, si c’est le matin ou le soir, si
c’est l’byuer ou l’esté, si c’est en plaine
ou nouuelle lune, en quelque con-
jonction que se puissent trouuer les
astres, n'espargnantmesmepas ny les
enlans , ny les vieillards, ny les
femmes grosses, ny les femmes accou-
chées : brefn’ayantaucuneexception,
ny des lieux, ny du temps, ny des
personnes. C’est pourquoy celte reigle
doit eslre obseruée ailleurs comme à
Paris, en Italie, Espagne, Allemagne,
Poloigne, Angleterre, comme en
France : en l’Afrique et Amérique,
comme en l’Europe : estant louteslois
de la prudence du Médecin de modé-
rer l’euacuation du sang selon les
circonstances, lesquelles ne peuuent
pas empescher tout à fait les remedes
indiqués par le mal, mais les modérer
seulement et les modifier : ne plus ne
moins que pour la vie, il est necessaire
de prendre de la nourriture, estant
toutesl'ois besoin de la changer, aug-
menter, diminuer, aduancer, retarder
selon les circonstances de l’aage, du
sexe, du tempérament, du lieu, du
temps et de la saison. le me suis icy
voulu estendre sur la saignée , pour
desraciner l’opinion de ceux qui la
blasment, et pour encourager ceux
qui sont trop craintifs à la faire. Cecy
en outre seruira non seulement pour
la cure de la fiéure synoqire putride,
mais aussi pour la cure des autres
fiéures, et de toutes les maladies qui
ont besoin de la phlébotomie.
Auant que faire la saignée, ou après
la première saignée faite , si le ventre
est dur et paresseux, il faudroit le
laseber auec un clystere remollient
et rafraîchissant, de peur que les
veines espuisées et vuidées par la
phlébotomie n’attirent à elles l’impu-
reté des humeurs qui croupissent
dans les intestins. Mais il faut que le
clystere soit modérément rafraîchis-
sant : car ceux qui rafraîchissent
trop adstreignent et serrent plustost
le ventre que de le lascher. En la
première impression de ce discours,
ie conseillois après la première sai-
gnée de donner vu loger médicament,
comme le bol de casse, ou de ealbo
licon, pour faire minoration de la ma-
tière. Mais i’en ay veu de si mauuais
effets, et des redoublemens de fiéure
si furieux , et autres accidens si es-
tranges, que i’ay esté contraint de
changer d’aduis, et remettre la pur-
gation après le septième iour. C'est
pourquoy à mon exemple, ie conuie
ceux qui ont la mesme pratique que
i’auois d’ eslre plus circonspects à don-
ner les purgatifs, et peser deux ou
r ois fois, auparauant que de les bail-
ler, si la violence de la chaleur et la
grandeur de la pourriture contenue
dedans le sang le peuuent permet-
tre *. 11 faut à la vérité minorer la
1 Voici une nouvelle rétractation de Paré,
d’où l’on voit qu’après avoir suivi une pra-
tique qui se rapprochait du brownisme nui-
B ES FIEVRES.
maliere, et nettoyer la première ré-
gion du corps : mais cela se peut bien
faire plus commodément et seure-
ment par les clysleres qui ne trou-
blent point la nature, que par les
purgatifs qui remuent , troublent ,
esbranlent et agitent toutes les hu-
meurs , et ne vuident rien de ce
qui fait le mal, d’autant qu’au com-
mencement des maladies , il n’y a en-
core rien de cuit ny de préparé. At-
derne, il en était revenu presque au régime
antiphlogistique; il est curieux de repro-
duire à cette occasion ses diverses rédactions.
Dans son premier livre, en 1575, il s’expli-
quait ainsi :
« La phlebotomieainsi deuëmentcelebree,
il faudra incontinent donner vn clystere qui
soit remolliens, et modérément refraischis-
sant : car ceux qui refraischissent trop , ad-
streignenl plustost le ventre qu’ils ne le las-
chent. Or inccntinent apres lasaignee, ou
lieu deuant, il faut lascher le ventre, de
peur que les veines inaniees par la phlébo-
tomie n’attirent en leur capacité l’impurilé
des intestins. Le lendemain faudra par vn
legier médicament, comme de bol de Casse
ou de Catholicum, faire minoration de la
matière :et apres ordonnerez syrops qui non
seulement ayent force de refraischir, mais
aussi d’empescher la pourriture, quels sont
les syrops de limons, de berberis, Yaceieus,
de acelosiUile citri , de grenali.s , oxysaccara
simples, ausquelsil faudra mesler des eaux
de pareille vertu , comme l’eau d’aceteuse,
de roses, et autres semblables. »
Après quoi il passait à la prescription du
taure, que nous avons retrouvée au commen-
cement de ce chapitre. En 1579 , il s’était à
peu près borné à copier ce passage, sauf la
phrase si remarquable relative à l’absorp-
tion des veines, qu’il a d’ailleurs reproduite
dans le texte actuel. Je ne sais d’ailleurs par
quel fâcheux oubli, ayant ainsi changé tout-
à-fait de pratique , il laissait subsister dans
son livre des Tumeurs des préceptes recon-
nus mauvais par lui-même, et auxquels il
avait renoncé.
1 1 3
tendant donc le huitième iour à
purger le corps, on se seruira cepen-
dant des cl ysteres , tant pour rafraî-
chir que pour nettoyer les impuretés
des intestins , et fera-on vser aux ma-
lades de iuleps , apozemes et syrops ,
qui non seulement ayent la force de
rafraîchir, mais aussi d’empescher
la pourriture, tels que sont les syrops
de limons , de berberis , l’aceleux ,
de acclositate citri , de grenade, oxy-
mel, oxysacchara simple, ausquels il
faudra mesler les eaux ou les décoc-
tions des herbes de pareille vertu.
Ayant ainsi préparé les humeurs et
adouci la chaleur de la fiéure , vers
le huitième iour on pourra purger
le corps auec infusion de casse, de
tamarins, de séné de Leuant , et le
syrop de cichorée composé auec
riieubarbe, ou auec tels autres pur-
gatifs que le médecin iugcra estrc
propres, tant au naturel du maladeet
à la condition de l’humeur qui do-
mine plusen son corps, qu’à la partie
du corps qui est plus chargée d’hu-
meurs.
CHAPITRE XVII
DES FIÈVRES INTERMITTENTES, DE LE V R S
ESPECES, ET COiMMENT ELLES SONT
DISTINGVÉES DES CONTINVES.
Après auoir parlé de la fiéure pu-
tride qui se fait du sang , il faut pas-
ser à celle qui s’engendre de la bile
jaune, laquelle nous auons dit est re in-
termittente ou continue. Nous auons
ditdesia ce que c’estoit que la fiéure
continue, et comme elle differoit de
l’intermittente *. Il est neantmoins à
1 II en a déjà parlé en effet en divers en-
droits , notamment aux chapitres 8 et i2
8
ni.
Il4 LE VINGTIÈME LIVRE
propos deuanl que de passer outre
d’expliquer encore cela plus ample-
ment, à fin d’en informel- le foible es-
prit du ieune chirurgien , cl qu’il ap-
prenne par quels signes il connoistra
vne fleure intermittente d’auec vne
continue.
Il a donc esté dit cy-deuant 1 que la
matière des fleures continues venant
à se pourrir aux grands vaisseaux, en-
mais nulle part peut-être si nettement qu’au
commencement du chapitre G de 1575, inti-
tulé: Des fieures d’accez, et ‘premièrement de
la quotidiane intermittente. Voici ce premier
texte :
« Ayant parlé de la cure des fleures putri-
des en gênerai , faut maintenant en parler
en particulier, commençant par les inter-
mittentes, ou d’acccz. Doncques fleure d’ac-
ccz est celle qui à certaines heures déter-
minées en certains iours , comme tous les
iours, si elle est quotidiane: ou de trois
iours l’vn , si elle êst tierce : ou de quatre
iours l’vn, si elle est quarte, surprend le ma-
lade. »
On retrouvera la suite de ce texte au cha-
pitre 25 du livre actuel.
‘ Cydeuant : voyez au chapitre 12. Du
reste le chapitre 12 n’en avait parlé qu’en
passant, car l’auteur avait traité ce sujet
dans le chapitre 9 de son premier livre de
1575 , et il ne voulait pas perdre sa rédac-
tion. Ce chapitre 9 est intitulé : Des fieures
continues, de leurs especes, et de leurs signes,
et il peut paraître assez étrange de le voir
fondu tout entier dans un autre qui a pour
titre : Des fiéures intermittentes. Il en est ce-
pendant ainsi, et Paré nous a accoutumés à
bien d’aulres disparates. Ainsi tout le para-
graphe actuel n’est que la reproduction du
commencement du chapitre 9 de 1575, à part
les premiers mots qui se lisaient ainsi :
« La matière des fieures continues est placée
és grands vaisseaux, où venant à pourrir, en-
itoye de soy continuellement au cœur, etc. »
Nous retrouverons le reste de ce chapitre
dans les notes suivantes.
uoyede soy continuellement au cœur,
ou quelque portion de la substance
pourrie , Ou bien quelque vapeur , ce
qui fait que ie cœiir estant ainsi con-
tinuellement combattu et eschauffé,
enuoye par tout le corps vrie chaleur
immodérée et contre nature, que nous
appelions fiéure continue. Que si ceste
matière est enfermée en l aine ou
en autre lieu plus eslongné, alors pour
la distance des lieux ,pour l'angiistie
des vaisseaux , pour la petite quan-
tité de la matière, elle ne peut en-
uoyer au cœur aucune substance pu-
tride ny aucune exhalaison , mais la
seule quantité de chaleur contre na-
ture, par continuation des parties
l’vne à l’autre, comme nous énseigne
Galien au premier des fiéures, dont est
excitée simplement ou laûéurédiairé,
ou la symptomatique.
Mais lors que la matière est reser-
rée dans les veines et conduits de la
première région du corps, laquelle
pour parler nettement est comme sa
sentine et Son esgout, pour receuoir
les excremens de la première et se-
conde coction : et après qu’elle y a
demeuré et croupi fort long-temps,
si elle vien t à s’y pou rrir, par son ébul-
lition elle enuoye des vapeurs au
cœur par les veines et arteres, qui se
communiquent les vnes aux autres
par les rameaux de la veine porte qui
sont insérés en la vouste du foye, et
par ceux de la veine caue qui sortent
de la partie gibbe d’iceluy. Ces ra-
meaux icy seioignans ensemble dans
la substance du foye par leurs embou-
cheuresou anastomoses, font que les
vapeurs putrides sont facilement por-
tées iusques au cœur : mesme que les
rameaux de la grande artere, qui
sont enuoyés àl’eslomach, aux intes-
tins, à la rate et au mesentere, por-
tent aussi lesdites vapeurs qui sortent
DES FIEVRES.
des humeurs pourries de la première
région du corps iusques au cœur où
la Heure est allumée, tant et si long-
temps que la matière qui se pourrit
dure et s’entretient. Ladite fleure
cesse aussi lors que ladite matière se
dissipe et se résout, soit insensible-
ment par la chaleur de la fleure, ou
insensiblement par les vomissemens,
flux de ventre, flux d’vrine, ou sueurs.
Or d’autant que ladite matière, pour
estre dans des conduits estroits et
petits, ne peut pas estre amassée en
grande quantité: de là vient que les
accès de la fiéure, qui est excitée par
cette matière, ne peuuent pas estre
longs ny de durée : et par ce moyen il
arriuequeceste fiéure a de Y intermis-
sion et disparoist tout à fait, iusques
à ce que pareille matière soit rengen-
drée et ramassée de nouueau par
l’indisposition des parties, et qu’elle
vienne de rechef à se pourrir : car pour
lors l’accès aussi de la fiéure retourne
de nouueàu, et dùre iusques à fce que
ladite matière soit dissipée et resoüte :
et ainsi par périodes la fiéure a des
reprises et dés iritèrmissions, qui font
que pour ce suiet elle est nommée
fiéure intermittente.
Par ce discours nous apprenons que
les fleures continues doiuent estre
distinguées des intermittentes par
deux ou trois signes. Premièrement
en ce que depuis leur commencement
iusques à la fin et guérison entière,
elle tiennent constamment le malade
sans aucun relasche : là où les inter-
mittentes, après auoir fait vn accès
de douze ou de quinze heures, plus ou
moins, donnent vne intermission ma-
nifeste de quelques heures sans tenir
aucunement le malade. Secondement,
la continue est distinguée de l’inter-
mittente par la diuerse façon de sur-
prendre le malade. Car la continue
l l5
surprend subitement le fébricitant,
sans enuoyer deuant ny frisson, ny
horreur, ny rigueur, sinon peut estre
qu’au premier commencement il peut
y auoir quelque inégalité au corps.
Maisl’intermittente vient peu à peu,
et enuoye tousiours pour messagers
et auant-coureurs, ou vn frisson ou
vn tremblement, aucc des pandicula-
tions, baaillemens , restrecissemens
des parties, pasleur au visage, fluidité
ou ternisseure aux ongles, et autres
tels accidens. Bref, la continue presse
et tient son homme outre les vingt-
quatre heures, et perseuere iusques à
ce qu’elle se termine et quitte du tout
le malade, là où l’intermittente après
quelques heures comme i’ay dit, finit
son accès ou insensiblement, ou sensi-
blement et manifestement par vomis-
semens, sueurs ou autres cuacua-
tions L
1 Ce paragraphe se retrouve en germe
dans le chapitre 9 de 1575. Voici le passage,
qui se lit, non point après celui de la note
précédente , mais immédiatement après ce-
lui de la note suivante :
« Venons maintenant aux signes. Il te sera
aisé de distinguer vne continue d’auec vne
intermittente par ces marques. I,a continue
subitement surprend le fébricitant sans
qu’aucun frisson, horreur ou rigueur mar-
che et le tienne deuant, sinon peut estre
pour le premier commencement il y a ine-
qualité : le pouls plus grand que la vehc-
mence de la chaleur ne porte : elle pousse
et tient son homme outre les vingt-quatre
heures, ne finissant point lors à la mode des
intermittentes par vomissements , sueurs
manifestes, ou par moiteurs, ou peu à peu
insensiblement, mais perseuerant dure ius-
ques à ce qu’elle se termine , et quitte du
tout le malade. Tellement sont distinguées
les continues d’auec les intermittentes...»
Voyez la suite à la dernière note de ce
chapitre.
LE VINGTIEME LIVRE
116
Allant que finir ce chapitre, ie veux
donner les especes des fleures conti-
nues et des intermittentes, et dire les
marques par lesquelles on les peut
distinguer les vnes d’auec les autres.
Pour les continues nous en auons de
quatre especes, la synoque, la tierce
continue, la quotidiane continue, et la
quarte continue. La synoque se fait
quand le sang se pourrit ,' comme
nous auons démontré cy-dessus. La
tierce continue se fait quand la masse
du sang qui se pourrit a en soy plus de
bile que des autres humeurs. La quo-
tidiane continue s’engendre quand
il y a en la masse du sang plus de
pituite que des autres humeurs. La
quarte continue vient quand en la
masse du sang la melancholie sur-
monte. Mais, me direz-vous, si telles
fleures sont continues, pourquoy les
nommez-vous tierce, quotidiane ,
quarte, à la mode des intermittentes?
Elles sont appellées continues, parce
que pour le voisinage et commerce
qu’a la matière dont elles sont exi i-
téesauec le cœur, elles continuent
tousiours sans aucune intennission ,
iusques à la fin et terminaison generale
de toute la maladie. Mais elles sont
aussi appelées l’vne tierce , l'autre
quarte, l’autre quotidiane, pource
qu’estant excitées d’vn sang ou plus
bilieux, ou plus melancholique, ou
plus pituiteux, eilesdonnent quelques
redoublemens et exacerbations, et se
montrent plus violentes et ardentes,
ou de trois en trois, ou de quatre en
quatre iours, ou de iour en autre,
donnant au reste quelque relasche
et remission , mais non pas inter-
mission absolue , és iours et heures
d’entre-deux. En quoy elles sem-
blent retenir quelque chose du mou-
uement des intermittentes , selon
qu’en la matière pourrie qui les fait,
il y a plus de bile, ou melancholie, ou
pituite1.
Or à fin que tu reconnoisses ces qua-
tre sortes de fiéures continues les vnes
d’auec les autres, tuteressouuiendras
que la synoque ne surprend sinon
ceux qui sont de bonne nature et d’vn
tempérament bien reiglé et modéré,
quiont abondance de bon sang, et qui
ont vue bonne habitude de corps. Au
reste, elle li-ent tousiours egalement
son homme, non seulement sans in-
termission, mais aussi sans remission
et exacerbation manifeste. Les tierces,
quartes, et quolidianes continues, se
connoissent par les causes qui peuuent
accumuler et engendrer bile, melan-
cholie, ou pituite en la masse du sang,
ou bien par les effets de telles hu-
meurs et par leurs exacerbations 2,
I Tout ce paragraphe est copié presque
littéralement du chapitre 9 de 1576, qui pré-
sente même quelque chose de plus au com-
mencement et à la lin. Ainsi immédiate-
ment après le passage noté dans la première
note, on lisait :
«Or pour retourner auxfieures continués,
leur matière contenue és grands vaisseaux,
veines et arteres, qui sont entre les aissel-
les et les aisues , est le sang, ou masse san-
guinaire : lequel venant à se pourrir par
quelqu’vne des cinq causes efficientes para-
uant mentionnées, nous fuit quatre especes
de fleures continues, synoche, etc. «
Et après les derniers mots du paragra-
phe actuel : il y a plan de bile, ou melancho-
lie, ou pituite, l’édition de 1575 ajoutait :
« Comme ainsi soit que le propre de la
bile soit de se mouuoir de trois en trois, de
la melancholie de quatre en quatre iours,
et delà pituite tous les iours : de quoy Dieu
aidant nous tascherons à rendre raison à la
fin de ce liure. »
II renvoyait ainsi à son chapitre 15, qui
va faire tout à l’heure le chapitre 18 du li-
vre actuel.
1 Ce paragraphe faisait la fin du chapitre 9
DES FIEVRES.
qui sont que les tierces continues les
ont de deux iours l vn , les quartes de
trois l’vn, et les quotidianes tous les
iours.
Quant aux fleures intermittentes,
il y en a de trois especes, la tierce qui
se fait de la bile, la quarte qui vient
de l’humeur melancholique ou atra-
bilaire, et la quotidiane delà pituite.
Elles sont distinguées enlr’elles, en ce
que la tierce ne prend que de deux
iours l’vn, la quarte de trois l’vn, et
la quoti liane tous les iours. Nous
allons tascher d’apporter les raisons
de ces intermissions périodiques au
chapitre suiuant-
CHAPITRE XVIII.
POVROVOY I.ES ACCFS DES FIEVRES IN-
TERMITTENTES RETOVRNENT A CER-
TAINS IOVRS , SÇAVOIR DES QYOTI-
DIANES TOVS I.ES IOVRS, DES TIERCES
DE TROIS EN TROIS, DES OVARTES DE
QVATRE EN QVATRE IOVRS G
I’onlreprens en ce chapitre l'expli -
cation d’vue question non moins pro-
fitable que plaisante : ce que ie fais
d'autan! plus volontiers que ie con-
en 1505 ; seulement, à l’endroit de cette
note, le texte primitif portait: «...et par
leurs exacerbations et remissions : toutes les-
quelles choses ont esté ctj datant expliquées assez
au long. »
1 Ce chapitre porte le même titre que le
chapitre 15 et dernier du livre des Fientes
de 1575; et à part la courte phrase qui le
tcunine et quelques mots au commence-
ment, il en est presque littéralement copié.
Il suffira donc de rétablir le début du texte
primitif.
« Ayant exposé assez amplement, non,
nois la cause d’icelle n’estre moins
obscure et controucrsée en l’esprit
des Médecins, que son effet est mani-
feste et sensible es corps des pauures
febricitans qui en endurent les accès.
Car à commencer par Galien le pre-
mier de Ions, luy-mesme a confessé
plainement elapertcment, qu’il igno-
roit la cause de la certitude des accès
des délires intermittentes. Ses paroles
sont couchées à ce propos au cliap. 8
du liure .1 des iours Critiques. v Quelle
» est la cause (dit-il) quelles maladies
» aiguës les accès se font de trois en
» trois iours, et des longues de quatre
» en quatre, ou tous les iours, il n’est
» pas aisé à trouuer , et n’est pas
» maintenant necessaire de le dire. »
Quelques-vns qui sont venus depuis
Galien ont dit que cela procedoitd’vne
certaine qualité inconneuë et pro-
priété occulte qui est en chaque hu-
meur, et qui la fait mouuoir en tel et
en tel iour, ny plustost, ny plus tard.
Mais de recourir à vue propriété oc-
culte, c’est plustot fuyr le tranait
d’vue curieuse industrie , que de re-
chercher la vérité du fait. Car qui
est-ce qui ne pourra par ce moyen
soudre toutes sortes de questions les
plus difficiles? mais pour cela nonsne
serons pas éclaircis, ny resouts de ce
peut estre, comme la dignité de la chose le
requeroit, mais tant que besoin cstoitpour
l’instruction d’vn Chirurgien, les différences
et especes des fleures , les causes dont elles
dépendent et viennent, les signes par les-
quels on les cognoisl quand elles sont ve-
nues, et les moyens de les curer et guarir,
i’ay bien voulu adiouster et reserucr pour le
dernier mets l’explication de ceste ques-
tion , non moins profitable que de plaisant
discours : et que i’ay entrepris de tant plus
volontiers que ie cognoissois la cause d’i-
celle n’eslre moins obscure et controucrsée
en l’esprit des Médecins, etc... »
LE VINGTIEME LIVRE,
ll8
que nous auons à tenir de telles pro-
positions. C’est pourquoy pourparue-
nirà la resolution de celle qui se pi e-
sente, prenons vn autre chemin. Nous
dirons premièrement que c’est qu’ ac-
cès, et quelles causes font l’accès,
pour de là tirer des principes propres
pour l’intelligence et conclusion de ce
que nous prétendons.
Accès donc n’est autre chose sinon
vn effort dénaturé irritée pour se dé-
faire et despestrer de l’humeur qui luy
est fascheuxet moleste. Car l’humeur
chaud etpourri, reclus en quelquelieu
que ce soit hors des veines, tant qu’il
est à recoy et de repos n’agite et ne
trouble le corps aucunement : mais
lors que quasi comme forcené, il vient
à s’esmouuoir de là par impétuosité de
nature irritée, il l’esbranle diuerse-
ment. Car pour accommoder cecy aux
fiéures intermittentes, posons le cas,
comme il peut aduenir, quelemesen-
terc soit le foyer de la fiéure : l’hu-
meur bilieux là enuoyé ou accumulé
peu à peu, se pourrit au bout de quel-
que temps, tant à cause de l’obstruc-
tion que de l’impression de la pourri-
ture laissée en ce lieu par le premier
et precedent accès : dont eschauffé et
comme fomenté par la chaleur pu-
tredineuse, se gonfle et enOe, de sorte
que ne pouuant plus tenir en son lieu
et las accoustumé, il s’espand par les
parties membraneuses et sensibles du
mesenlere, donnant vn effroy et hor-
reur à tout le corps, pour le consen-
tement et sympathie qu’ont toutes
les membranes les vues aucc les au-
tres. De ccst humeur ainsi enflammé
en cesle senline et foyer du mesen-
tere , s’esleue vne fumée chaude et
caligineuse, qui portée au cœur vient
de là à se répandre par tout le corps,
premièrement auec vn sentiment de
froideur, puis de chaleur, faisant en
vn mot ce que nous appelions accès.
Donc déliant qu’vn accès se fasse ,
trois choses sont requises : le foyer
ou le lieu où s’amasse et se pourrit
l’humeur : la faculté excrétrice irri-
tée par cest humeur :'puis l’humeur
proportionné en quantité et qualité
pour irriter }a faculté excrétrice du
mesenlere, ou de quelque autre par-
tie hors des veines , qui sera le siégé
et foyer de la fiéure intermittente. IJ
faut donc, premier que l’humeur
puisse irriter Nature à en faire excré-
tion par la violence d’vn accès ,
qu’iceluy humeur excedeen quantité,
autrement il ne la chargera point
de son faix: et qu’il pesche aussi en
qualité pulredineuse, autrement il ne
l’esguillonncra point , et ne fera rien
en icelle d’auantage qu’vne seule
pléthore et répétition : qui sont les
deux points en somme desquels dé-
pendent les principes de la certitude
de la répétition des accès, et qui liés
etconcurreng ensemble en vn mesme
humeur, sont cause que la pituite en
la fiéure quotidiane répété son accès
tous les iours, que la bile ou cliolere
aniline la tierce de trois en trois, et
que l'humeur melancholique fait la
quarte intermittente de quatre en
quatre iours.
Car pour commencer par le premier
de tous les humeurs que nous auons,
il n’y en a point qui soit en plus grande
quantité après le sang que la pituite,
il n’y en a point aussi qui prenne
pourriture après ledit sang plus aisé-
ment, d’autant qu’estant espaisse et
visqueuse, elle reçoit aisément ob-
struction par faute de libre transpi-
ration : et en outre elle conuicnl par
vue de ses qualités auec la pourriture,
c’est à scauoir par l’humidité , qui est
la mere de putréfaction. Parquoy fai-
sant son accès de la longueur de dix-
DES FIEVRES.
huit heures, elle peut en l’espace de
six heures qui restent du iour, s’ac-
cumuleret s’amasser eniuslequantité
dans la partie qui sera le siégé et
foyer de la fleure quotidiane, et pourra
pareillement receuoir promptement
pourriture en icelle, à fin que pour les
raisons cy-dessus alléguées, elle irrite
par sa quantité et qualité ladite partie
à faire excrétion de reste humeur,
comme inutile et ennuyeuse, et qu’elle
donne par ce moyen vn nouueau ac-
cès pour la iournéc suiuanle. Ce qui
se continuera tousiours par vnereigle
et ordre asseuré, tant que par l’effort
et violence deplusieurs accès s’entre-
suiuans de iour en autre, toute la pi-
tuite qui esloit propre à conceuoir
pourriture dedans le corps, soit eua-
cuée et vuidée hors d’iceluy par les
vrines, sueurs, vomissemens, et au-
tres euacuaiions quiaccômpagnent et
terminent les accès: en outre que
l’intemperature de la partie où estoit
le foyer de l’inflammation, par le bé-
néfice de nature, ou des medicamens
refrigeralifs, soit tellement corrigée
et esteinte, que la cause efficiente et
materielle des accès cessante, la fiéure
ensemble cesse de tout en tout.
Pour pareille et semblable raison
on conclud et inféré pour la certitude
de l’accès de la fiéure tierce de trois
en trois iours. Car après le sang et la
pituite, il y a plus d’humeur choléri-
que et bilieux en nous que d’autre
humeur que ce soit, tant pour remplir
la capacité du cystis fellis qui est la
fiole du fiel, que pour procurer les
excrelionsiournalieresquise font par
en bas, lors que le fiel vient à regor-
ger de sa fiole ou vessie dans l’ecphy sis
etieiunum intestinum.il n’y ena point
aussi après le sang et pituite, qui pl us
aisément reçoiue l’impression de la
pourriture que l’humeur bilieux, tant
1 '9
pour sa tenuité, estant ce principe et
maxime receu en Médecine : Que toute
substance ténue estplus facilement et
promptement altérée qu’vue dense et
espaisse : qu’aussi pour ce qu’il est
enclin et disposé à pourriture par
vue de ses qualités, qui est la chaleur.
C’est pourquoy faisant son accès de
la longueur de douze heures, il luy
est requis plus de temps qu’à la pituite
pour s’amasser en iuste quantité dans
le foyer de la fiéure, et pour acquérir
la qualité de pourriture competente
pour donner les eslancemens et as-
sauts d’vn nouueau accès : ce temps
donc naturellement et par raison est
d’vn iour etdemy, c’est à dire trente-
six heures, temps qui est plus long que
celuy de la fiéure quotidiane, d’autant
que l’humeur bilieux cede et en quan-
tité, et en promptitude de receuoir
pourriture à la pituite, et surpasse la
melancholie. Caria melancholie n’es-
tant presque d’aucun vsage ennostre
corps , est en quantité beaucoup
moindre que toutes les autres hu-
meurs, et sid’auantage elle résisté de
toutes ses deux qualités, froideur et
siccité, à la pourriture testant au reste
difficile à s’enflammer et altérer, pour
la densité et terrestreté de sa sub-
stance. Voila pourquoy Nature faisant
dissipation de la matière accumulée
en son foyer, par l’impétuosité de
son accès , qui est de la longueur de
douze ou dix-huit heures au plus,
a besoin de l’espace d’vn iour entier
et vn quart , deuant qu’elle puisse
ramasser en iuste quantité ladite hu-
meur, et qu’icelle puisse receuoir
l’inflammation et pourriture , comme
il est requis pour l’appareil d’vn se-
cond accès : lequel derechef s’estant
expédié et libéré de l'humeur nuisible
et amassée, retournera d’vn pas réglé
à certain iour , tant que les causes ,
LE VINGTIEME LIVRE ,
1 ÛO
sçauoir la quantité et la qualité de
l'humeur qui effectuent ceste con-
stance de retour, demeureront en
leur entier et perfection. Mais si par
vne maniéré de viure dereglée vous le
corrompez, comme si vous remplis-
sez vn quartenaire de viandes melan-
choliques , telles que sont les chairs
des oiseaux de riuiere, de cerf vieil ,
et de bœuf, et en outre de salines ,
espiceries et mouslardes , l’accès an-
ticipera et viendra deuant le iour
nommé, d’autant que vous aurez
augmenté la quantité et aiguisé la
qualité de l'humeur, à ce qu’il s’es-
meust plustost qu’il ne deuoit faire
naturellement : qui est bien signe que
la certitude de ces accès ne dépend
que de la variété de la quantité et
qualité des humeurs , puis qu’icelles
estant changées, l’effet pareillement
se change, anticipant ou retardant.
Pour plus ample preuue de cecy,
considérons, ie vous prie, le cours de
fiéure synoque putride : icelle dure
continuant depuis le commencement
iusques à la fin et issue totale, ne fai-
sant qu’vn accès sans interruption.
D’où vient cela? de ce qu’elle est exci-
tée d’vnsang pourri, duquel la quan-
tité estant plus grande en nous que
celle de toutes les autres humeurs , et
en outre iceluy sang estant plus
prompt à receuoir pourriture, à rai-
son qu’il est chaud et humide en ses
qualités naturelles, que toutes les au-
tres humeurs : de là vient que le sang
fournit continuité de matière deuë-
ment qualifiée de pourriture , pour
faire pareillement continuité de fié-
ure. C’est pourquoy, telle qu’est la
cause de la continuité de la fiéure sy-
noque pourrie, telle est aussi la cause
de la certitude de la répétition des
accès des fiéures intermittentes.
Voire mais, dira quelqu’vn, l’on voit
quelquesfois des fiéures quintaines et
septaines. Mais ne voit-on pas aussi
des monstres et hommesà deux lestes?
et pour cela la proposition ne sera
pas fausse, qui dit que l’homrne n’a
naturellement qu’vne teste. Ce sont
choses rares, et esquelles, d'autant
qu’elles se voyent rarement , il est
aisé au médecin moins rusé de s'y
abuser, estimant que ce ne soit qu’vne
fiéure, ce qui est compliqué de trois
tierces , quatre ephemeres, ou autre
confusion ou complication de plu-
sieurs fiéures.
Voila mon aduis touchant la certi-
tude des accès des fiéures intermit-
tentes : desquelles le lecteur doüé de
tant soit peu de iugement , pourra
colliger les causes de toutes les ques-
tions qui se peuuent former sur l’ac-
cès des fiéures, comme d’où vient que
les vns anticipent, les aulresretardenf ,
lesvns sont plus longs, les autres plus
courts : les vns viennent auec frissons,
les autres auec horreur, autres auec
rigueur , les autres viennent confusé-
ment et sans ordre. Car tous les effets
ne dépendent d’autres causes que de
la diuersiié de la quantité et qualité
en tenuité , crassitie , viscosité, habi-
lité et difficulté à receuoir pourriture
de ces trois humeurs1. Et cecy suffise
pour le general des fleures intermit-
tentes, le particulier estant reserué
és chapitres suiuans.
1 Ici finissaient à la fois le chapitre 15 et
le livre des Fièvres de 1575; la phrase qui
suit sert seulement de transition aux chapi-
tres suivants.
121
DES FIEVRES.
CHAPITRE XIX.
DES FIEVRES FAITES DE LA BILE, ET j
PREMIEREMENT DE LA TIERCE INTER-
MITTENTE, VRAYE ET LEGITIME.
Selon nostre diuision cy-dessus rap-
portée , après les Heures pourries qui
se l’ont du sang, viennent celles qui
s’engendrent de la bile ou de la cho-
lere , desquelles nous auons dit que
les vnes estoient intermittentes, et
les autres continues. Entre les inter-
mittentes sont la vraye tierce, et la
tierce bastarde : entre les continues,
la causonide et la tierce continue.
Partant selon cet ordre, il faut parler
en ce chapitre de la tierce qu’ils ap-
pellent venin i et exquisüam , non pas
à cause qu’elle prend de (rois iours
l’vn , car la bastarde fait le mesme ,
mais à cause qu’elle est faite de l’hu-
meur bilieuse pure et simple, sans
mixtion ou meslange d’aucun autre.
Donc la lîéure tierce vraye légi-
timé est celle qui se fait de deux
iours l’vn , à cause d’vn amas de bile
qui se pourrit hors des grands vais-
seaux1. En quoy nous remarquerons
1 Dans l’édition de 1575, Paré traitait de
cette fièvre au chapitre 7, intitulé : Des fle-
ures tierces d’accez , ou intermittentes. La défi-
nition était brève, et consistait simplement
en cette phrase :
«Fieure tierce d’accez , est celle qui a son
accez vn iour, et l’autre non. »
Après quoi il passait immédiatement à
l’exposition des causes. Ce chapitre 7 de
1575 avait été reproduit en entier au livre
des Tumeurs en 1579, chapitre 15, avec ce
titre :
Des ftéures qui suruiennent aux tumeurs ery-
sipelateuses.
Le commencement avait dit être mis nô-
premiereinent , que ceste Heure est
intermittente : secondement, qu’elle
vient de deux iours l’vn ; tiercement ,
qu’elle se fait d’vne bile pourrie: et
finalement , que la cause materielle
de ceste humeur est hors des grands
vaisseaux.
Or elle se fait intermittente pour
trois raisons, parle synalhrisme , ainsi
que parlent les Grecs , par la pour-
riture, el par le mouuemenl de la ma-
tière. Le synalhrisme est vn amas
d’humeurs contre nature qui se fait
en la partie , laquelle est le foyer de
la pourriture : et cest amas ne vient
qu’à cause que ladite partie se rem-
plit , ou en receuant des autres par-
ties ce qui leur est nuisible par sa dé-
bilité, ou en attirant à elle par
quelque douleur ou chaleur estran-
gerequiluy suruient.Cesl amas estant
ainsi fait , il vient à se pourrir : es-
tant pourri, la nature vient à le mou-
uoir, pour eslre excitée et esguillon-
née à le chasser, soit par sa quantité,
soit par sa qualité : de sorte qu’vne
ccssairement d’accord avec ce litre. On lisait
donc :
«Comme aux tumeurs phlegmoneuses ,
aussi aux erysipelatcuses suruiennent fié-
urcs quelquesfois , qui retiennent et se res-
sentent de l’humeur duquel elles sont exci-
tées, sçauoir de la hile ou cholerc. Laquelle
pource qu’elle a cela de propre d’auoirdes
mouuemens de trois en trois iours : pour
cela aussi aux grands erysipelps excite sou-
vent fiéures tierces , qui ont leurs accès de
deux iours l'vn. »
Je ne dirai rien de cette bizarre idée de
rattacher la fièvre tierce aux tumeurs
érysipélateuses, sinon que Paré voulant abso-
lument parler des fièvres et n’osant conserver
un livre spécial sur ce sujet, s’ôtait efforcé
d’en rattacher les principaux chapitres à
un autre livre comme il avait pu, et qu’il
n’avait pas rencontré le meilleur moyen à
beaucoup près.
1 Q 0.
IÆ VINGTIÈME LIVRE ,
(le ces conditions manquant , iamais
la Heure ne se fait intermittente.
Quand donc la bile s’amasse en quel-
que partie , qu’elle s’y pourrit, et que
la nature vient à s’efforcer à l’expul-
ser hors de là comme vue chose nui-
sible , la fiéure intermittente s’en-
gendre, laquelle ne prend que de deux
iours l’vn , à cause que comme nous'
auons dit cy-dessus, il n’y a pas si
grande quantité de bile en nostre
corps que de sang et de pituite. La-
quelle raison doit suffire, si ce n’est
qu’on vueille recourir aux propriétés
occultes, et dire que le propre de la
bile est de se mouuoir de deux iours
l’vn, comme le propre de l’aymant
est d’attirer le fer : et que de ce mou-
uement l'on n’en peut pas rendre
raison non plus que du flux et reflux
de la mer, du mouuement de l’es-
guille marine vers le Nord, et de la
vertu des médicaments purgatifs,
qui purgent par élection certaines hu-
meurs plustost que les autres : ou
bien de la propriété de quelques ve-
nins qui blessent certaines parties , et
non pas d’autres , comme le liéure
marin le poulmon , et les cantharides
la vessie, selon que discourt l’au-
teur de la Theriaque. Soit donc que
nous referions la cause du mouue-
ment de la bile , qui se fait de deux
iours l’vn , à vne propriété occulte et
inconneuë, soit que nous la rappor-
tions à la quantité de l’humeur, il est
certain que lorsque nous voyons vne
fiéure intermittente qui prend de
deux ioursl’vn, que nous pouuons as-
seurer qu’elle se fait de la bile. Mais
comme ainsi soit qu’il y a deux sortes
de bile, l’vne naturelle et l’autre
contre nature . il faut examiner la-
quelle des deux fait la vraye fiéure
tierce intermittente.
Nous appelions la bile naturelle ,
non le sang bilieux, mais ceste qua-
trième humeur de la masse du sang,
qui pour sa tenuité, chaleur et sei-
cberesse , et pour la ressemblance
qu’elle a auec la bile excremenleuse,
s’appelle vulgairement bile ou hu-
meur bilieuse, laquelle s’engendre
dans le fove de la partie du chyle la
plus chaude et la plus subtile, es-
tant de sa nature amere , et iaune en
couleur : c’est pourquoy on l’appelle
bile iaune. La meilleure portion et la
plus vliie de ceste humeur se mesle
auec le sang dans les grandes et pe-
tites veines: l’autre portion est portée
dans la vessie du fiel, et de là en-
uoyée dans l’intestin duodénum par
les conduits cholédoques, pour aider
à chasser les gros excremens des in-
testins. Pour ce qui est de la bile non
naturelle , il y en a de quatre sortes,
lesquelles ie passe sous silence , pour
n’estre pas celles qui font la fiéure
tierce légitimé, mais seulement celle
que nous auons appellée non natu-
relle. Ceste bile icy venant à s’amas-
ser en quantité à l'entour du loye, du
mesentere , pancréas, et autres par-
ties voisines qui sont dans la première
région du corps , par trait de temps
elle vient à s’eschauffer et à se pour-
rir, et enfin à exciter la fiéure tierce
intermittente. Que si ladite bile n’es-
toit pas seulement contenue dans les
petites veines de la première région,
mais aussi dans les grandes veines de
la seconde région du corps, alors la
fiéure qu’elle exciteroil ne seroit pas
intermittente, mais continue , pour
les raisons que nous auonsrapporlées
cy-dessus au cliap. 17. Il est vray que
Galien n’a pas esté de nostre aduis
touchant le siégé de ceste fiéure inter-
mittente, ne voulant pas que l’hu-
meur fust amassée dans les petites
veines de la première région, mais
UES FIEVRES.
123
dans les petits vaisseaux de la troi-
sième région , ou habitude du corps :
pour quelques raisons qu’il en ap-
porte, lesquelles toutesfois se trou-
uent legeres , mises en comparaison
auec celles qui combattent pour mon
opinion, que l’on peut voire déduites
dans les œuures des bons médecins de
nostre temps 1 : n’estant pas à propos
que ie les transcriue icy, d’autant que
nous n’auons que des chirurgiens à
enseigner, pour lesquels ce que i’ay
rapporté peut suffire.
Pour les causes efficientes de ceste
fiéure , nous disons en general que
ce sont toutes celles qui peuuent en-
gendrer, augmenter, ou eschauffer
l’humeur bilieuse : comme sont la
jeunesse, l’esté chaud etboüillant , la
constitution de l’air chaude et seiche,
les veilles, les grands exercices, le
long vsage des choses calefactiues et
desiccaliues, soit de medicamens ,
soit d’aliinens : exccssiue abstinence
de manger, auec trauail, soin, et fas-
cheries: lesquelles causes proprement
sont dites primitiues. Les antécéden-
tes sont grande abondance de bile ou
cholere , la température de tout le
corps ou du foyë seulement tendant à
chaud et sec. Les coniointes sont le
synathrisme , conculcalion ou amas,
et putréfaction d’humeurs choléri-
ques dans les petits vaisseaux de la
première région du corps, et aussi se-
lon Galien hors des grands vaisseaux
en toute l’habitude du corps2.
1 Voyez Fernel et Houlier. — A. P.
2 Cette exposition des causes se retrouve
presque exactement dans le chapitre 7 de
1575. Voici ce texte primitif.
« Les causes primitiues sont grands
exercices, principalement en temps chaud,
long vsage des choses calefactiues et de-
siccaliues, soient des medicamens, soient
d'alimens : excessiue abstinence de inan-
CHAPITRE XX.
DES SIGNES DE LA FIÈVRE TIERCE , OV
IL s’agit DE LA RIGVEVR ET de i.’hor-
REVR.
Entre les signes des fleures inter-
mittentes, l’horreur, la rigueur ou le
frissonnement, auec la froideur ou
refroidissement, tiennent le premier
lieu. C’est pourquoy il est bon auant
que dépasser outre, de dire vq petit
mot de ces signes icy, à fin d’instruire
le chirurgien à ne se troubler point
de ces accidens, qui le plus soutient
suruiennent aux playes dangereuses
et mortelles. Comme les fiéures inter-
mittentes ne se font point sans la
pourriture des humeurs, aussi n’at-
taquent elles point sans que les hu-
meurs pourries s’esmeuucnt, et se iet-
tentsur les parties sensibles du corps,
comme sont les membraneuses et ner-
ueuses : ce mouuement icy se faisant
sur des parties grandement sensibles,
et par vue humeur acre, piquante, et
eschauflee, donne le ressentiment, ou
de l'horreur , ou de la rigueur, ou du
simple refroidissement, estant tres-ve-
rilable que ces trois choses ne diffe-
rent entr’elles que selon le plus et le
ger, auec trauail, soing, veilles, et fasche-
rics. Les causes antécédentes sont grande
abondance de cholere : la température de
tout le corps, ou du foye seulement, tendant
à chaud et sec. Les causes coniointes sont
conculcalion ou amas, et putréfaction d’hu-
meurs cholériques, hors des grands vais-
seaux en toute l'habitude du corps. »
Le chapitre 15 du livre des Tumeurs s’ex-
prime à peu près de la même manière; seu-
lement il ajoutait à la dernière phrase ces
mots, qui ne se retrouvent pas dans le texte
actuel : eommuniqu.ee et \cpuudite iusques^au
tueur.
l<là LF. VINGTIEME LIVRE
moins. Car le refroidissement se fait
lors que l’humeur est en moindre
quantité, qu’elle est moins acre et
mordante, et qu’elle se meut assez
legerement. L’horreur auconlraire est
excitée par vne grande abondance
d’humeurs assez acres et piquantes, et
agitées ou esmeuës assez fermement.
Pour la rigueur, elle suruient par vne
grande quantité d'humeurs grande-
ment eschauffées et poignantes, et vio-
lemment esmeuës. La rigueur n’est
donc autre chose qu’vne concussion
ou esbranlement inégal de tout le
corps, et principalement de tous les
muscles, avec vn ressentiment de
froid douloureux, qui estexcitéparla
vertu expultrice , laquelle tascheà se
dégager d’vne quantité de matière
acre,mordanteet violemment esmeuë
par ies parties du corps les plus
sensibles, cependant que la chaleur
naturelle fait vn reflux des parties
extérieures et intérieures. L’horreur
est moindre que la rigueur : aussi elle
n’esbranle que la peau et le cuir,
et ne donne qu’vn ressentiment de
froid sans douleur, pour eslre excitée
par vne humeur moins piquante et
plus legerement agitée. En vn mot,
la rigueur semble eslre propre des fié-
ures bilieuses, pour ce que la bile
pour eslre acre, piquante et aisée à
esmouuoir, irrite la nature plus vio-
lemment que les autres humeurs.
L’horreur est propre des fiéures me-
lancholiques : et le refroidissement
des pituiteuses, à cause que c’est vne
humeur plus douce, et plus pesante
ou difficile à esmouuoir. Par ce dis-
cours on remarquera que , selon la
quantité, la qualité et le mouuement
de l’humeur qui fait la fiéure, on a
les ressentimens différons, longs ou
courts , doux ou violens , encore que
quelques-vns ne rapportent pas cela
aux humeurs, mais aux fumées et
vapeurs qui s’esleuent des humeurs
pourries et qui vont frapper et atta-
quer le coeur.
Cecy présupposé, disons que les si-
gnes de la fiéure tierce intermittente
vraye et légitimé sont horreur, comme
quand en hyuer après auoir vrillé on
tressant1 : rigueur forte et poignante,
comme si l’on sentoit quelque chose
aiguë qui poignist par tout le corps,
à cause de l’acrimonie de la bile
poussée et portée violemment au com-
mencementdel’accéspar les membra-
nes et corps sensibles : la chaleur dé-
nient acre dés le commencement ,
pour estre le feu allumé comme en
bois sec. Le pouls est grand, subit et
égal : la langue est seiche , l’vrine
rouge, enflammée, ténue ou subtile.
Les accidens sont veilles continuelles,
soif démesurée, fureur ou déliré,
promptitude à se cholerer pour la
moindre occasion . comme pour oiiyr
parler, ou autre petit bruit : iactation
et agitation de tout le corps, que les
Grecs appellent Alisme : inquiétudes,
maux de cœur el d’estomach, nausées,
vomissemens d’humeurs iaunes et
ameres, tranchées parfois dans le ven-
tre et douleurs importunes, à cause
du mouuement de la bile. Telles fié-
ures se terminent auecgrandessueurs.
Elles viennent à gensclioleriquesetbi-
1 Tout ce long paragraphe est copié , à
part quelques modifications de pure rédac-
tion , du chapitre 7 du livre de 1575 , où il
venait immédiatement après le paragraphe
signalé dans la dernière note du chapitre pré-
cédent. Déjà il avait été reproduit au livre
des Tumeurs en 1579, seulement, dans le
livre des Tumeurs, l’auteur rappelait d ux
aphorismes d’Hippocrate dont il n’avait pas
fait mention en 1575 , et qu’il a depuis cités
tout au long dans le paragraphe suivant du
texte actuel.
DES FIEVRES. i 25
lieux, aux ieunes, aux maigres, et en
Esté. L’intermission d’icelles est pure,
et sans aucun reliquat de fiéure, ius-
ques à tant que l’accès suiuant repren-
ne, à cause que la matière bilieuse qui
donnoit l’accès a esté par la vebe-
mence et concussion d’iceluy toute
dissipée, à cause de sa tenuité et sub-
tilité : ce qui n’aduient aux fié ires
quotidianes, d’autant qu’elles laissent
après l’accès tousiours quelque inéga-
lité, molestie et pesanteur du corps,
à cause de la pesanteur et tardiueté
de la pituite , qui n’a peu eslre tout à
fait resoulte et euaporée. Les accès
de cesle fiéure durent quatre, cinq,
six , huit , onze , douze, quinze, dix-
huit heures, et prennent en sorte que
le premier et lesecond accéssont plus
doux, le trois et le quatre 1res violens,
et les autres qui suiuent vont tous-
iours en diminuant, soit de violence,
soit de durée. Le septième accès est
la fin de ceste fiéure, laquelle est sans
péril et danger pourueu qu’il ne soit
commis aucun erreur, ny du coslé du
Médecin, ny de la paît du malade.
Celle qui suruient en esté est tres-
courte: celle qui vient en hyuer est
plus longue, d’autant qu’en ceste sai-
son la bile ne peut point e.stre si pure
qu’elle n’ait quelque meslange d’vne
autre humeur : outre que la transpi-
ration ne se fait pas si bien en hyuer
qu’en esté, à cause que les pores du
cuir sont reserrés par la rigueur du
froid. Le commencement de ceste fié-
ure est auec rigueur, l’estât auec
sueur. Que s’il suruient des vlceres
au nez, à la bouche, ou aux léures,
c’est signe que la fiéure se termine :
car par cet accident on descouure et
on appcrçoit la force de la nature, qui
peut ietter la matière morbifique du
centre et intérieur du corps à l’exte-
rieur et à la superficie : outre qu’en
cesl effort il se fait euacuation de la
cause conjointe. Or telles vlceres
n’apparoissent pas en la déclinaison
de toute fiéure tierce, mais seulement
encolles esquellcsla bile, cause de
ceste fiéure, est contenue ou pous-
sée de quelqu’autre partie de la pre-
mière région du corps dans le ventri-
cule : car delà la plus ténue et sereuse
portion d’icelle , portée par la conti-
nuité de la tunique intérieure à la
bouche et aux léures, excite aisément
des vlceres en ces parties là.
Bref, nous auonsdeux aphorismes
d’ Hippocrates, quiseruen tau prognos-
tique de ceste. fiéure. Le premier est
le 43 du 4. liure, où il dit que les fié-
ures qui ne sont pas intermittentes, et
qui ont des redoublemens de trois en
trois iours, sont dangereuses : mais
celles qui sont intermittentes, sont
sans péril. L’autre apborismeesl le 5«J.
de la mesme section, où il assenre que
les fiéures tierces exquises cessent
pour le plus au septième accès. Il
dit pour le plus , d’autant que selon
que la matière est plus subtile et
en moindre quantité, il arriue que
ceste fiéure se termine au troisième
ou au quatrième accès. Au reste
il faut prendre ces deux aphorismes
d’Hippocrates auec vn grain de sel,
c’est à dire auec ceste distinction, que
ce qu’il dit est vray, pourueu, comme
nous auons dit cy-deuant, qu’il ne se
lare aucune faute, ny de la part du
malade, ny de la part de ceux qui le
traitent et le sollicitent.
le diray vn mot en passant contre
les Apothicaires, lesquels ne se lassent
jamais de donner des remedes aux
malades, qu’ils traitent en tout temps
et à toutes les heures, sans se soucier
de ce que dit ou ordonne le Médecin.
Pourueu qu’ils débitent leurs dro-
gues, et qu’ils fassent aualler force iu-
126
LE VINGTIEME LIVRE ,
leps aux malades, et qu’ils leur trem
pentbieulés hypocbondrés auec leurs
epithemes, cela leur surfit, sans se
soucier si c’est en temps et eu saison :
mais que tels Apothicaires apprennent
la leçon que leu b fait Galien, qui les
appelle au prerhier liure des iours
Critiques chap. 11, et ennemis delà
nature, etennemis du malade : Galien
ayant obsenie au premier ad Glauco-
nanchap. 9, qu’vri malade de la fleure
tierce estoit mort tabide , pour auoir
vsé du bain hors de saison, par l’aduis
de quelqu’vn qui se seruoit d’vn mes-
tier qu’il ne sfcauoit pas Ce queie dis,
à fin que les Chirurgiens que ie taSche
d’instruire ne fassent iatnais rien à
l’estourdie et salis raison, et qu’aux
choses douteuses et de conséquence,
ils prennent tousiours l’aduis des Mé-
decins.
CHAPITRE XXI.
DE LA. CVRE DE LA FIEVRE TIERCE
LEGITIME.
j t
le ne veux point icy m’embroüiüer
d’vn nombre infiny de remedes, tant
externes qu’internes, qui ont esté mis
en auant par les Médecins qui ont
suiui la méthode des Arabes, estant
chose si confuse et si difficile à prati-
quer, qu’il y a plus de péril en ceste
grande variété de remedes qu’en la
grandeur du mal. C’est pourquoy ie
traiteray de la guérison de ceste He-
ure et des autres le plus simplement
qu’il me sera possible, afin de ne trou-
bler point le iugement du jeune Chi-
rurgien, et de ne fatiguer point les
malades d’vn nombre presque infiny
de remedes, que l’on leur ordonne
communément au grand détriment
de leur corps et de leur bourse.
Il faut en premier lieu ordonner le
régime deviure sur les six choses non
naturelles J, qui seront establies pour
rafraîchir et humecter le plus qu’il
sera possible, à cause que l’humeur
bilieuse qui fait ceste fiéure, est la plus
chaude et seiche de tout ce qui est en
nostre corps. C’est pourquoy il faudra
faire que le malade respire un air
froid et humide : ce qui se fera en esté
arrosant la chambre d’eau fraîche,
et la parsemant d’herbes et de fleurs
rafraîchissantes2. Il faut iuy donner
pour nourriture toutes choses réfri-
gérantes et humectantes, en tant qu’il
les pourra cuire, comme laiclue,
ozeille, courge, concombre, poirée,
maulue , orges inondés , boüillons
clairs, et non pressés, assaisonnés de
verjus ou de jus de citron. Il vserade
vin bien trempé, petit, ténu et en petite
quantité, et ce lors seulement que
l’humeur aura commencé d’estre
cuite : car au commencement il n’en
faut aucunement vser, mais en la dé-
clinaison il sera permis d’en vser
plus libéralement, pourueu toutes-
fois qu’il ne soit ny fort ny vieil 3. En
quoy on peut reprendre l’erreur de
ceux qui croyeut que le vin vieil est
1 Nous rentrons ici dans le texte de 1575;
et à partir de cet endroit jusqu’à la fin du
chapitre, l’auteursuit presque pas àpasla fin
du chapitre 7 de cette édition. Ce n’est pas
cependant qu’il n’y ait de notables change-
ments; ils seront signalés dans les notes
suivantes.
2 Cette phrase : ce qui se fera en esté , etc.,
constitue un précepte nouveau qui ne se li-
sait ni dans le livre de 1575, ni dans le cha-
pitre 15 du livre des Tumeurs des éditions
suivantes.
3 Jusqu’ici le texte est à peu près le même
que celui de 1575 et 1579 ; mais la fin du
paragraphe est une addition qui appartient
tout entière au livre posthume.
DES FIEVRES.
plus sain , et qui pour ce suiet le
recommandent aux malades fcbri-
citans. Mais ils tleilroient se mettre
deuant les yeux que le vin vieil est
tout vineux, qu’il a fort peu de par-
ties aqueuses et sereuses, qu'il est pe-
sant, de parties crasses et difficiles à
distribuer, et qui par conséquent peut
faire plus de sang, peut escliauffer
d’auan tage les entrailles parla longue
demeure qu’il y fait, et a de coustume
de reserrer le ventre et le rendre
paresseux. Mais pour le dire saine-
ment, il serait très à propos de défen-
dre toutes sortes de vins tandis que
ceste fleure continue, de peur d’en-
tretenir son foyer : et cependant faire
vserau malade de quelque boisson
rafraîchissante et aperiliue, préparée
auec quelque racine, ou syrops violât,
de limons, de pommes simples, de ca-
pillaires, de cerises, et autres de sem-
blables effets.
Quant au temps propre pour nour-
rir le malade, il se faut donner garde,
le iour de l’accès, de luy bailler à man-
ger plus tard que trois ou quatre heu-
res auparauant ledit accès 1 : de peur
que la chaleur de la fiéure (le propre
de laquelle est de corrompre toutes
choses, comme le propre de la chaleur
naturelle est de cuire et conseruer)
rencontrant les viandes encore crues
en l’estomach ,11e les corrompe, pu-
treûe, et tourne en suc bilieux : aug-
mentant par ce moyen la matière de
la fiéure, prolongeant l’accès, et en
outre reiloquânt la nature, qui est oc-
cupée à la concoction et expulsion de
l’humeur morbifique , pour s’em-
ployer à la concoction des viandes pri-
ses. Pour lesquelles raisons on s'abs-
1 En 1575 et dans toutes les éditions de
son vivant, Paré disait : plus tard que trois
heures auparauant ledit accez.
tiendra aussi de donner aucune nour-
riture audit fébricitant durant tout
son accès, et attendra-on à le nourrir
qu’il soit tout à fait hors de fiéure.
Toutesfois, ceste réglé se doit enten-
dre lors que la vertu du malade est
forte et vigoureuse: autrement si la
natureestoit débile, et qu’il prist des
foiblesses au malade, il faut non seu-
lement le nourrir deuant l’accès, mais
aussi en 1’âccés: mais il faudroit quece
fust legerement, et que ce qu’on luy
donnerait fust en petite quantité 1.
Pour le breuuage, il faut luy défen-
dre tandis que dure le frisson : en la
chaleur on ne luy doit point defendre :
au contraire, il faut inuiter ceux qui
boiuentpeu à prendre quelque grand
traict de ce qui luy aura esté ordonné
pour son breuuage.
Pour ce qui est des remedes pris
tant de la Pharmacie que de la Chirur-
gie, il est bon à la sortie de chaque
accès de donner quelque lauement en
partie rafraîchissant, en partie laxa-
tif, à fin d’esteindre les restes de la
chaleur alluméedansles reins et dans
le Ventre , et aussi à fin d’euacuer
l’humeur qui aura esté èsbranlée par
la violence de l’accès : ayant obserué
plusieurs fois qu il sort par le moyen
de tels lauemens, des bassinées entiè-
res de bile iaune et escumante dés
les seconds et troisièmes accès, ce qui
adoucit grandement la furie de ceste
fiéure, et accourcil ses accès. On fait
vn lauement auec décoction de maul
ues, guymauues, violiers de Mars,
apparitoire, laictues, pourpié, con-
combres mis par tranches et ruelles,
fueilles de vignes en la saison, fleurs
1 Tous ces préceptes se retrouvent dans
les éditions du vivant de l’auteur ; seulement
ce qu’il va ajouter pour le breuuage , ne se
lit que dans le livre posthume.
128 LE VINGTIEME LIVRE
de nénuphar, vn peu de fenouil verd :
on délayé dedans vne liure trois on-
ces de miel violât, et autant d’huile
violât ou de beurre frais, vne once
de sucre rouge eL de lenilif : et don-
ne-on ce clyslere à la sortie de l’accès,
comme dit est. Que si les malades se
trouuoient trop lascbes et fatigués
apres leur fleure, on peut remettre
ledit lauement au iour de l’intermis-
sion, ou le matin si la saignée ne l’em-
pesche, ou sur l’apres-dinée. Soutient
on fait les clysteres auec vne décoc-
tion de prunes, iuiubes, violes, orge,
son, et choses semblables, quelques-
fois auec le petit laict seulement *.
1 U est curieux de suivre dans les frois
rédactions de Paré la marche de ses idées
relativement au traitement. Pour ne parler
d'abord que des médicaments à administrer,
voici comme il s'exprimait en 1575:
« Quant aux médicaments, faut preuoir si
la vertu du malade est suflisante, et si les
humeurs sont furieux et mobiles, alors faut
ordonner du diprunis simple , casse Titu-
laire mondee , décoctions de violles, mira-
bolans citrins, sjrops violât, rosal, de gre-
nades , oxyzaccara. Semblablement soit fait
clistere de décoction de prunes, iuiubes,
violles , son , orge. Si le malade par siccité
de teste deuienten phrenesie , soit procurée
sternutation auec huille viollat, ou rosat, et
laict de femme. Les pieds et cuisses soient
mis en eau tiede, et douce. La plante des
pieds soit oincte auec huille viollat ou sem-
blable. En la déclinaison est bon faire bain
d’eau douce auec fueilles de vigne , de sauls,
de laictues, et semblables refrigerans. Et
mesme apres les purgations generales pro-
uoquer les sueurs par l’vsage de vin blanc
et tenu , bien trempé : et les vrines par dé-
coction d’acheet d’aneth. »
Le reste est relatif à la saignée ; nous y re-
viendrons dans la noie suivante. En 1579,
dans le chapitre cité du livre des Tumeurs,
Paré commençait également par les laxatifs;
mais il ajoutait aussitôt :
« Autrement si les forces du malade sont
Il y a vue grandecontroucrse entre
les ailleurs, sçauoir s’il faut saigner
ou purger dés le commencement :
pourmoyi’ay veuen monieune aage,
petites, ne faut purger ni saigner que bien
pclitemcnt : de peur que la dissipation des
esprits ( à laquelle les bilieux sont subiels )
n’induise syncope. »
Puis venait l’indication des clysteres; puis
cette phrase, calquée sur la première édi-
tion , et dont le sens est cependant tout dif-
férent :
« Si le ma'adc par resiccalion du eer-
ueau lomboit en délire, qu’on luy rafres-
chisse la teste avec huile violai, rosat, et
autres semblables. »
Ainsi dans le texte primitif il s’agit de
slernutaiiou, dans le second de fomentations
rafraîchissantes. Toutefois il est probable
que le mot de siernuiaiion provient d’une
faute d’impression, car une note marginale
porte: Fomentation. Les autres prescriptions
sont les mêmes ; mais à l’occasion des sueurs,
la rédaction de 1579 offre un long passage
qui ne se retrouve ni dans le texte primitif
ni dans le livre posthume. Voici tout ce qui
a trait à cet objet.
« Mesme l’humeur ja cuit et m i ti fié, les
purgations generales ayant précédé, sera
bon prouoquer les sueurs par l'vaage de vin
blanc, bien tenu et trampé. Vrayemenl les
sueurs en toute heure putride sont bonnes,
quand elles viennent en temps et lieu :
pource qu’elles euacuent les matières con-
ioinctcs de la maladie. Mais surtout en la
heure tierce : d’autant que tel humeur se
resoull aisément en sueurs pour sa tenuité.
Pour aider à la sueur, sera bon auccquesle
vin blanc mentionné , prendre décoction de
figues, raisins de damas mondés, chiendent,
et autres racines aperiliucs. Par dehors on
prend esponges imbues en la décoction
d’herbes chaudes , comme romarin , thym ,
lauande , marjolaine et autres, espreintes et
appliqueeschaudcmcntaux a innés, aisselles,
entr’espaule du malade, tenu couucrt en son
lit. Autres remplissent à demy des vessies
de porc de cesle décoction , les appliquent
aux costez et entre les iambes, comme aux
DES FIEVRES.
et i'ay remarqué en mon premier
traité des fleures1, que dés le com-
pieds des bouteilles de terre remplies de
mesme. On doit cesser de taire suer lorsque
la sueur commence à se refroidir sur le ma-
lade. »
Dans le texte actuel, il s’occupe d’abord
des lavements, et précise mieux l’époque de
leur administration. Tout-à-l’heure, quand
il aura parlé de la saignée, il établira aussi
une plus grande réserve, appuyée sur sa
propre expérience, touchant l’emploi des
purgatifs. Les bains, le vin blanc et !es diu-
rétiques demeurent recommandés; mais
plus de fomentations à la tête, plus de bains
ni d’onctions aux pieds, et enfin plus de ces
moyens sudorifiques que l’on trouvait signa-
lés dans toutes les éditions à partir de 1679.
1 Je reproduirai ici cotnme terme de com-
paraison le texte exact du premier traité.
« La saignee doit estre faite non apres le
tiers accez, comme commande Galien, mais
dés le commencement de la fleure. Car
comme ainsi soit que ceste fieure au plus
lard se termine en sept accez, certes si vous
attendez que le tiers accez soit passé, la
fieure sera en son estât. Or Hippocrates dé-
fend de rien mouuoir en l’estât par l’apho-
risme 29 delà 2. section, de crainte que
Nature, qui lors seulement trauaille à la
concoction de la maladie, ne soit retirée
et desbauchee de son entreprise. Or cela se
doit entendre s’il y a pléthore au corps et
plénitude des vaisseaux, pour euentiler et
refraichir la masse des humeurs : car au-
trement ne sera bon de faire vacuation de
sang, de tant qu’iceluy est le frain de la
cholere : c'est-à-dire ce qui l’adoucit, et qui
meslée auec- icelle par sa douceur et va-
poreuse bénignité et humidité empesche
qu’elle ne se monstre si furieuse efiviolente.»
Ainsi se termine le chapitre 7. Au livre
des Tumeurs de 1579, on lit à peu près la
même chose, sauf la dernière phrase, qui
est supprimée. La première phrase avait été
aussi singulièrement changée : « La saignee
doit estre faicte, non apres le tiers accès,
mais dès le commencement, comme le com-
mande Galien. »
l‘29
mencement de la fléure , après auoir
considéré si les forces du malade le
permettoient, qu’on le purgeoit, prin-
cipalement quand les humeurs es-
toient furieux et mobiles, et ce auec
diaprunis simple , casse fistulaire
mondée, décoctions de violes , mira-
bolanscitrins,syrops violât, rosat, de
grenades, oxysaccara : et on ne sai-
gnoit , selon le precepte de Galien ,
qu’ après le troisième accès. Et encore
n’estoit-ce que ceux où il y auoit plé-
thore au corps et plénitude des vais-
seaux, pour euenliller et rafraîchir la
masse des humeurs : autrement il
n’estoit loisible de faire vacuation
de sang, d’autant qu’on croyoit que
c’est luy qui est le frein de la cholere,
c’est à dire, ce qui l’adoucit, et qui
meslé auec icelle , par sa douceur
et vaporeuse bénignité , empesche
qu’elle ne se monstre si furieuse et
violente. Mais maintenant ie voy que
les plus célébrés Médecins, soit qu’ils
ayent esté faits sages par l’erreur des
autres, soit par leur propre expé-
rience, elpar les beaux effets qu'ils
ont veu reüssirde la saignée, saignent
dés le commencement, non vne seule
fois, mais après les trois premiers ac-
cès aux trois iours de l’intermission,
et ne purgent leurs malades qu’aprés
le quatrième accès: et de fait, que
c’estoitmal ordonné que dediffererla
première saignée après le troisième
accès. Car comme ainsi soit que cesle
fiéure au plus tard se termine en sepL
accès : certes si on attend que le troi-
sième accès soit passé, la fléure sera
en son estai. Or Hippocrates defend
derien mouuoir en l’estât par l’Aphor.
29. de la 2. secl., de crainte que la na-
ture, qui lors seulement Irauailleàla
concoction de la maladie, ne soit re ti-
rée et desbauchée de son entreprise.
Donc selon la violence du mal et le
9
in.
l30 LE VINGTIÈME LIVRE,
tempérament du malade, on pourra
saigner deux ou trois fols dés les pre-
miers accès aux iours d’intermission,
et après le quatrième on purgera
doucement et benignement auec
casse, tamarins, rheubarbe, séné de
Leuant, mirabolans citrins, et syrops
violât , de pommes composé , et de
cichorée aussi composé, réitérant le
mesrne médicament après le cinq ou
sixième accès, à fin d’espuiser le ventre
d’vne quantité d’humeurs qui y re-
gorgent. l’ay obserué que ceux qui
purgeoient auant le quatrième accès,
ou qui vsoient de remedes v n peu forts
et violons , d’vne fiéure tierce simple
faisoient vne double tierce : c’est
pourquoyil se faut faire sage, et estre
vu peu plus retenu àla purgation que
n’estoient pas nos anciens.
Sur le déclin de la fiéure, il est bon
de faire vn bain d’eau douce auec
fucilles de vigne, desauls, de laitues,
et semblables refrigerans. Et mesme
après les purgations generales , pro-
uoquer les sueurs par l’vsage du vin
blanc et ténu bien trempé : et les
Yrines par décoction d’acbe et d’anet.
CHAPITRE XXII.
DE LA FIEVRE TIERCE RASTARDE , DE
SES CAVSES, SIGNES ET CVRE.
L’autre fiéure intermittente qui se
fait de bile est la tierce bastarde,
ainsi appellée à cause qu’elle ne se
fait pas comme la precedente de bile
pure et simple, mais de bile meslée
auec quelque autre humeur : et aussi
à cause qu’elle ne garde pas toutes
les qualités, représentation et idée
de la tierce légitimé. Elle en a bien
quelque chose, en ce que Tvne et
l’autre ont leurs redoublemens de
deux iours l’vn : mais chacune d'elles
a certains signes, par lesquels elles
semblent constituer diuerses especes
de fiéurç, de sorte qu’elles ne diffe-
rent pas entre elles par l’ordre et par
le temps de leurs accès et périodes ,
mais par quelques autres accidens
qui viennent de la condition de la
matière qui fait ces deux sortes de
fiéures. Or ayant discouru de la con-
dition de la tierce légitimé, il faut
parler icy de la bastarde, à fin d’ap-
prendre quelle sera leur différence,
et comme selon icelle il faudra trai-
ter les malades qui seront atteints de
ceste tierce bastarde.
L’vne et l’autre fiéure à la vérité
se font de bile, mais la légitimé se fait
de bile pure et simple : et la bastarde
se fait de bile meslée auec quelque
autre humeur, en sorte toutesfois
qu’elle excede et surmonte l’humeur
auec laquelle elle est meslée: autre-
ment la fiéure ne seroit pas tierce,
mais garderoit le mouuement de l’hu-
meur qui y predomineroit. Or ceste
mixtion se fait ou de la bile auec la
pituite ténue ou crasse , ou auec la
melancholie : si c’est avec la pituite, il
se fait vne fiéure que les Arabes ap-
pellent choleram maioris famœ, cho-
lere plus ordinaire et plus remarqua-
ble : si c’est auec la melancholie , il
s’en fait vne autre que les mesmes
Arabes nomment cfto/eram minoris fa-
mœ, cholere moins ordinaire et moins
remarquable , d’autant que la pre-
mière arriue fort souuent, et la der-
nière fort rarement. Les susdits mé-
decins arabes enseignent que ceste
première fiéure bastarde maioris
famœ, comme ils appellent , se fait ou
lors que la bile citrine|ou pasle est mes-
lée auec la pituite aqueuse et ténue,
ou lorsque la bile vitelline est meslée
auec la pituite crasse : semblable-
DES FIÈVRES.
1 3 1
ment ils disent que la derniere fleure
bastarde s’engendre, ou quand la bile
est meslée auec l’humeur melancho-
lique naturelle, ou quand elle est
meslée auec l’humeur melancholique
atrabilaire: et selon toutes ces diui-
sions , ils iugcnt de la longueur ou
briefueté , de la violence ou de la
douceur de la fleure. Mais certes
ceste doctrine est tellement em-
brouillée , et il est si difficile de iuger
de toutes les différences de ces cau-
ses , que ie ne veux y engager l’es-
prit du ieune chirurgien , de peur de
luy donner plus de trouble que de
lumière. C'est pourquoy ie me con-
tenleray de parler de la fiéure tierce
bastarde, appellée maioris fumai,
comme plus ordinaire , et qui se fait
du meslange de l’humeur bilieuse
auec la pituiteuse : et qui pour ce
suiet peut esire definie : fiéure qui a
des accès et intermissions de deux
iours l'on , pour esire engendrée d’hu-
meur bilieuse meslée avec la pituite,
qui se pourrit hors des grands vais-
seaux.
11 n’est point question de sçauoir
si ceste bile est citrine, vitelline, por-
racée , ou ærugineuse, et en quelle
partie du corps ces diuerses sortes de
bile se peuuent engendrer.il faut tenir
pour constant que c’est bile contre
nature, laquelle plus elle acquiert
de degrés de chaleur , plus elle se
l’end maligne, et apporte déplus si-
nistres accidens : si bien que si la
fiéure a vne médiocre vehemence et
violence, ce sera vn signe que l’hu-
meur bilieuse qui la fait a acquis vn
degré de chaleur contre nature mé-
diocre : que si les symptômes sont
violens, ce sera la marque d’vn
degré de chaleur excessif. Pour ce
qui est de la pituite qui est meslée
auec la bile , on la reconnoistra si le
fébricitant, auec vn tempérament
chaud et sec, et en son ieune aage,
aura demeuré en oysiueté , se sera
rempli de beaucoup de viandes, de
fruits cruds, et en vn mot aura
amassé beaucoup d’excremens et de
crudités. Et par la longueur de la
fiéure, on remarquera aisément si la-
dite pituite est en grande ou petite
quantité , et aussi par la longueur et
lenteur des frissons. Car si la fiéure
n’a ses accès que seize ou dix-huit
heures, et que les frissons soient vio-
lens et aigus , c’est sans doute qu’il y
aura peu de pituite, d’autant que la
fiéure approche fort prés de la condi-
tion de la tierce légitimé : mais si les
accès sont de vingt-quatre, trente ou
trente- six heures , et que le frisson
soit long et lent , c’est signe qu’il y a
beaucoup de pituite, d’autant que la
fiéure s’eslongnc fort de la nature de
la tierce légitimé.
En quoy nous remarquerons que la
fiéure bastarde qui a ses accès plus
longs que dix-huit heures s’appelle
Tertiana extensa , tierce estendue ,
plus ou moins selon que l’accès s’es-
tend ou à vingt, ou à vingt-cinq, ou
à trente, ou à trente-six heures. Car
il est très asseuré que ceste fiéure a
des accès quelquesfois de trente , de
trente-six, ou de quarante, mesme
de d’auantage , selon la quantité et la
crassitie de la pituite qui y est meslée.
Or ceste fiéure commence plustost
auec horreur qu’auec vu frisson vio-
lent : sa chaleur est plus douce et
moins mordicante, et qui s’espand
plus difficilement par tout le corps
qu’en la tierce légitimé: le malade
n’est point tant altéré , ny ne vomit
point des matières si ameres. 11 sent
vne pesanteur de corps, douleur à
l’espine du dos, bouffement à l’esto-
mach auec degoust. L’accès passe
LE VINGTIEME LIVRE,
J 32
douze heures , et s’estend quelques-
i'ois iusques à Irente, et d’auantage,
comme enseigne Galien au commen-
taire troisième du premier des Epidé-
mies, et au commentaire 2. du sixième
liure. Les accès se terminent non par
de grandes sueurs , mais par des
moiteurs. Elle est plus frequente en
automne qu’en autre saison , et atta-
que les ieunes hommes qui , par vue
vie desreglèe, amassent grande quan-
tité d’excremens et de crudités : elle
surprend aussi ceux qui viuent en
oysiuelé, les hommes gras et replets,
ceux qui crapulent et qui vsent des
bains mal à propos. Rarement se
termine-elle au septième accès , mais
va iusques au quatorzième, voire
mesme dure quarante iours, tantost
deux mois, tantost trois mois, quel-
quesfois six mois : et lorsqu’elle dure
si long-temps, elle apporte enfin ou
vne dureté de ratte , ou vue hydro-
pisie, ou quelque vice notable des
entrailles. Souuent elle ameine des
«oliques furieuses, lesquelles dege-
nerent en quelque paralysie impar-
faite , ou des bras ou des cuisses ,
mal à ce que l’on dit familier et com-
mun à quelques prouinces de ce
royaume.
Cesteûéure est de difficile guérison,
mais toulesfois sans péril, puisqu’elle
est intermittente, s’il n’arriue quelque
faute en la traitant. Toutesfois elle
est plus dangereuse que la tierce lé-
gitimé, ù cause de la diuersilé des
humeurs qui la font, lesquels rendent
les maladies fascheuses et contuma-
ces, comme enseigne Hippocrates, et
Galien au premier des Epidémies ,
Comment. 3. article 21.
Pour la cure de cesle fiéure, elle
n’est point autre que celle qui con-
uient à la tierce légitimé, sinon qu’il
ne faut pas tant rafraichir, mais au
contraire eschauffer doucement et
modérément , inciser puissamment
l’humeur peccante , atténuer, cuire,
vuideret fortifier les entrailles. Les
clysteres detersifs tous les iours sont
tres-vtiles, dans lesquels on doit mes-
ler les simples qui dissipent les vents
et flatuosités qui remplissent les in-
testins de ceux qui sont trauaillés de
ceste fiéure, s’engendransde la pituite
qui est atténuée par l’ardeur de la
fiéure. Dés le commencement il faut
aussi saigner pour esteindre l’empi-
reume des entrailles, et ce plusieurs
fois pour aller au deuant de la pour-
riture, et empescher la continuelle
génération des mauuaises humeurs.
Il ne faut pas se persuader que la pi-
tuite empesche ce remede : elle le
modéré bien, mais de l’empescher
tout à fait, nullement , veu que le
feu qui est en la pituite est aussi
bien feu que celuy qui est en la bile.
En quelque suiet que se met la pour-
riture, l’intemperie chaude l’accom-
pagne, laquelle s’esteint par l’euapo-
ration, qui se fait fort commodément
par la saignée. Ayant osté tout soup-
çon d’inflammation aux parties no-
bles, on viendra à purger le corps dou-
cement et souuent, auec apozemes
apéritifs et relaxatifs de séné, agaric,
rheubarbe,electuairelenitif,etautres
medicamens bénins.
11 y en a qui trouuent bon de don-
ner des vomitifs au commencement
des accès : mais il faut premièrement
que ce soient vomitifs doux et bénins,
et non violens tels que sont les mé-
talliques : et en second lieu il les faut
donner lors que la coction paroist
dans les vrines, autrement i’ay tous-
iourslrouué qu’ils ne profitoient de
rien, et qu’ilsdebililoient grandement
l’estomach, qui après cuisoit moins
bien les viandes, et par conséquent
DES FIEVRES. 1 33
engendroit quantité de mauuaises
humeurs , et donnoit occasion au foye
d’en faire de mesme : puis que c’est
vne maxime en Medecine que la se-
conde coction ne corrige iamais la
première.
le donnerois icy des formules d’a-
pozemes apéritifs, incisifs et laxatifs,
desquels il faut entretenir le malade
durant vne si grande longueur de
temps : mais d’autant que cette lon-
gueur de temps donne assez de loisir
au Chirurgien de consulter les Méde-
cins sur les diuers incidens de ceste
fiéure,ie les remets ausdits Médecins:
aussi qu’il est impossible qu’vn Chi-
rurgien puisse auoir la connoissance
et la science d’vne si grande diuersité
de remedes, telle qu’elle est necessaire
d’estre pratiquée en ce mal, à fin de
n’ennuyer point le malade d’vn seul
genre de médicament. Que le Chirur-
gien ait soin seulement de bien nour-
rir le fébricitant , et vn peu plus
largement qu’en la tierce légitimé :
à fin qu’il ait des forces de résister ius-
quesàlafindu mal. Après donc les
premiers accès (durant lesquels on ne
nourrira les malades que de. viandes
legeres et liquides) on pourra donner
les iours de l’intermission quelque
viande solide, aisée à digerer, vne fois
leiour seulement, comme sont les
poulets, chapons, perdris, veau, mou-
ton : ayant tousiours pour maxime de
ne nourrir point le malade durant
l’accès (s’il n’auoit quelque foiblesse
extraordinaire), mais trois ou quatre
heures auant l’accès, et à la fin de
l’accès.
Les anciens donnoienl pour breu-
uage l’eau miellée, qu’ils appelloient
mulsam, qu’ils aromatisoient d’hy-
sope ou de spicnar : les recens se ser-
uent de l’eau sucrée ou de l’oxysac-
çara , quelquesfois d’eau d’orge
assaisonnée de racine de fenouil et de
semence d’anis. Les plus délicats se
seruent d’hippocras d’eau, les autres
de décoction de reglisse, racine d’o-
zeille et de cichorée sauuage : bref on
peut s’accommoder aucunement au
goust des malades, et leur fairechan-
ger de boisson lorsqu’ils seront en-
nuyés de quelque vne. Il ne faut pas
leur permettre toulesfois de boire du
viniusques au déclin de lafiéure, et
quelessignes de coction apparoissent.
Après les purgations, on n’oubliera
pas ny les sudorifiques ny les diuréti-
ques, et à la fin de tout le bain d’eau
douce.
CHAPITRE XXIII.
DE LA FIÈVRE ARDENTE, ESPECE DE
FIEVRE TIERCE CONTINVE *.
Après les fiéuresde bile intermit-
tentes viennent les continues, entre
lesquelles est l'ardente bilieuse, que
les Grecs appellent Causon 2, excitée
de bile, mais bien plus ardente que
celle qui fait la tierce continue com-
mune, de laquelle nous parlerons au
chapitre suiuant. Parquoy si la masse
sanguinaire bilieuse, c'est à dire qui
a en soy plus de bile que d’autre
humeur, conçoit en soy si grande in-
flammation qu’elle tienne tousiours le
1 Ce chapitre porte le même titre que le
chapitre 11 de l’édition de 1575, auquel il
répond d’ailleurs exactementet presque mot
pour mot, sauf quelques changements que
nous signalerons en leur lieu.
2 Le chapitre 11 de 1575 commence autre-
ment :
« Ceste fiéure est vne sorte de continue
ardente bilieuse, que les Grecs appellent
Causas , etc,
1 34 LE vingtième livre
cœur assiégé, elle fait la vraye Causo-
n'idc », c’est à (lire Heure ardente, qui
diffère en cecy seulement de la fiéure
tierce continue commune, qu’elle n’a
point de trois en trois Jours d'exacer-
bation manifeste, ains marche tous-
iours d’vne perpétuelle constance et
égalé ardeur. Au reste elle est aussi
quelquesfois excitée dephlegme salé,
et fait vne espece de causus moins
propre, qu’on appelle causus bastard,
ou non légitimé, qui n’est pas si vehe-
meut que le premier.
Ceste fiéure suruient aux ieunes en
esté, et à ceux qui sont de tempéra-
ment chaud et sec, et qui font mes-
tier de trauailler excessiuement.
Les signes du causus pathognomo-
niques, c’est à dire propres et perpé-
tuels, sont fiéure vehemente (à cause
qu'il est excité de l’humeur bilieuse,
qui d’ordinaire s’enflamme le plus ai-
sément et furieusement) et lassitude
vlcereuse, comme si on estoit piqué
d’aiguillons partout le corps : ce qui
vient à cause de l’acrimonie de l’hu-
meur bilieuse et ténue, qui pique les
parties sensibles de nostre corps. Les
signes accompagnans ceste maladie
que I on appelle assidens et non per-
pétuels , sont la langue seiche , et
pour ce fort aspre, noire à raison de
l’aduslion , douleur de ventre mordi-
cante et tormineuse , prouenante
d’vne fluxion de bile ténue, sanieuse
et ichoreuse , deieclion souuent pasle
et liquide pour l’abondance delà ma-
tière crue , acre et ténue , là poussée
par la vehemence de la maladie. Lors
que le siégé du causus est le foye ou
le ventricule, alors la soif est grande
et excessiue, à cause de l’ardeur et
siccité de tout le corps, si principale-
ment la bile qui fait le causus est
amassée en lieu et partie d’où se peut
proprement exciter la soif, comme en
la bouche et orifice supérieur du
ventricule , au ventricule mesine, ou
aux poulrtions, quelquesfois au pi-
lore ou orifice inferieur de l’esto
mach, et dans l’intestin appellé ieiu-
nuhl. Les veilles sont grandes, par le
defaut d’humidité benigne et vapo-
reuse qui cause le sommeil : délires
à cause du mouuertient de la bile
vers le chef, si principalement le
siégé d'icelle est au poulmon : et lors
sans doute la langue est aspre et
noire, ils ne respirent qu’à peine, et
halenent vn esprit chaud et bruslant,
haletans tousiours à bouche ouuerte.
La bouche est incessamment amere,
pour la continuité de la tunique in-
térieure du ventricule qui est com-
mune à la langue.
Cette maladie est fort aiguë, et qui
tue en peu de temps , d’où vient qu’à
bon droit elle est appellée à Montpel-
lier Trousse-galand : pariant dés le
commencement il faut que le Chirur-
gien, pour son honneur, et pour
s’exempter de calomnie, expose aux
assistans le danger où est le malade :
car si les accidens susnommés se mons-
trenl grands (lés le commencement de
ceste maladie, s’il suruient vne petite
sueur au front ou aux clauicules, si
le malade amasse tes floccons de sa
couuerture vers luy, s’il iouë fort des
doigts, si les extrémités luy deuien-
nent froides, si la maladie a ses exa-
cerbations et redoublemens à iours
pairs, si les vrines sont ténues, noires,
crues et en petite quantité, si le ven-
tre est retenu , ou bien si és deiec-
tions il y a indice de colliqualion, si
la soif n’est si grande qu’elle doit
estre, eu esgard à l’ardeur de la
fiéure , si goutte à goutte il luy flue
vn peu de sang par le nez , on peut
‘ Edition de 1575 : fait le vray causus.
DES FIEVRES.
asseurément prédire la mort , sans
autrement entreprendre à guérir tel
malade.
Toutesfois s’il y a espérance de
santé, il faut que la curation consiste
en deux choses, sçalioir est en la
diete , et és medicamens.
Pour la diete Faut considérer trois
choses, c’est à sçauoir, la quantité
des alimens et la vertu du malade,
le temps de la maladie, et la qualité
de la f, éure. Il faut connois»re la
vertu du malade pour la garder et
conseruer , car c’est elle qui chasse
la maladie : partant il ne conuient
donner si grande quantité d’alitnens
qu’elle ne les puisse cuire, ny pareil-
lement en donner si peu qu’elle de-
faille , et qu’elle ne soit assez forte.
El quant au temps de la maladie , si
elle est en sa vigueur ou prés d’icelle,
il faut donner peu d’alimens ou rien
du tout, pource que c’est diuertir
Nature de son intention : car elle ne
peut cuire les alimens, et ensemble
contrarier à la maladie. Outre plus
faut considérer la qualité de la ma-
ladie: car la fiéure, veu que c’est vue
maladiechaudeetseiche, requiert ali-
mens froids et humides, non enclins à
putréfaction, comme laictue, pourpié,
ozeille, orge mondé, et autres sem-
blables. Le boire doit estre d’eau,
d’orge mondé, auec syrop violât
ou de limons, eau bouillie, d’hippo-
cras d’eau, ou eau paunée, donnant à
boire au malade tout son saoul et à
son plaisir : et quand à la chair et
viandes solides, ie ne suis pas d’aduis
qu'on en donne, ou bien que ce soit
en tres-petite quantité, et que la chair
soit cuite auec herbes réfrigérantes
cy dessus mentionnées, et prise auec
ius d’oranges, limons, citrons, gre-
nades,ou verjus degrain. Que si pour
le soustenir on est contraint de luy
1 35
donner de la gelée, qu’elle soit faite
sans expression et distillation, et ou-
tre sans canelle et vin, euitarit les sa-
lines et espiceries, et autres choses
contraires. Il faut faire en sorte que
le malade respire l’air le plus frais
qu’il sera possible, si ce n’est en hy-
uer, brassant et versant de l’eaii de
puits d’vn verre en autre : car delà
il sera rafraîchi, et en outre endormi
par le doux murmure de l’eau : que
le paué de la chambre soit semé de
roses, de fueilles de vignes, de laictue,
de nénuphar, pourpié, et aul res trem-
pées en eau rose, vinaigre, ou eau de
puits tres-froide : arrangeant d’auan-
tage par la chambre des branches de
saules verds qu’il faudra changer
souuerit : qu’il aye lousiours en sa
main des fueilles de laiclues ou de
vigne , ou des pièces de courge ou
concombre , mesme à la plante des
pieds : qu’on luy plonge les pieds et
les mains dans de l’eau froide en la-
quellcil y aitvn peu de vin pour faire
penetrer l’eau : qu’on le remue de lit
et de draps, d’heure en heure, pour-
ueu toutesfois que la crise ne soit pro-
che : car lors on luy nuiroit grande-
ment en le rafraîchissant et remuant.
La saignée doit estre faite soutient
et en bonne quantité , non seulement
des bras, mais aussi des pieds quand
le malade est en déliré , ou qu’il est
proche d’y tomber : comme aussi és
femmes quin’ontpas leurs reglemens
ordinaires, ou qui ne les ont pas suffi-
samment : et aux hommes pareille-
ment qui ont hemorrhoïdes arreslées,
pourueu quela vertu, l’aage,et autres
circonstances desquelles nous auons
parlé en la phlébotomie le permet-
tent ‘.
1 L’édition de 1575 dit seulement :
« La saignée doit estre faite en bonno
1 36
LE VINGTIEME LIVRE ,
Les epithemessnr la région du foye
seront fails auec huile rosat, de
coings , de nénuphar , et autres refri-
gcrans, et ce en la vigueur ou décli-
naison de la maladie. On n’obmetlra
pas les fronleaux, fails d’oxyrhodi-
mim , huile de nénuphar, aubins
d’œufs et oxycrat ,et leurs semblables :
et que le malade tienne souuent en la
bouche eau froide, ou eau d’orge, ou
des fueilles d’ozeille trempées en eau
froide, ou bien des cerises seiches ai-
grettes aussi trempées en eau. Il con-
uient aussi euacuer la matière auec
clystercs emolliens et rafraichissans,
tels que sont ceux que l’on préparé
auec le sérum lactis, auec décoction
de violes , maulues et autres sembla-
bles. En tels clysteres dissoudras plus-
tost du sucre que du miel , et de
l’huile violât plustost que du com-
mun , pour tousiours euiter la cha-
leur.
Pour les purgatifs, on donnera
casse nouuellement mondée , tama-
rins, diaprunis simple, décoction
de roses et violes , syrops de capilli
veneris, de violes , de nénuphar, de
cichorée, d’endiues , et leurs sem-
blables (ayant esgard aux obstruc-
tions du foye) :les autres purgations
faites de rheubarbe infusée en décoc-
tion de tamarins, endiue, laictue, sca-
riole, et autres qui rafraîchissent sans
adslriclion sont fort vtiles: combien
qu’il faille prescrire le moins de medi-
camens purgatifs qu’on pourra , à
cause qu’ils sont tous chauds et acres,
quantité, si la vertu, l’aage, et autres cir-
constances que dirons cy apres en la phlé-
botomie le permettent. »
Ce renvoi à la plileboiomie s’explique fa-
cilement, parce que le livre des Fiéures était
placé alors avant tous les autres. La phlébo-
tomie est traitée, comme on sait, au livre
des Operations.
et par conséquent contraires à la fiéure
ardente. Parquoy en lieu d’iceux,il se-
roit fort bon de purger le malade auec
laict d’anesse cuit , ou pour le mieux
auec le sérum de laict : car l’vn et l’au-
tre a propriété de purger les sérosités
bilieuses, et est fort humide, sans au-
cune acrimonie , et sans flatuosité par
le beneüce de la cuisson l.
CHAPITRE XXIV.
DE LA FIÈVRE TIERCE C0NT1NVE.
. Voicy la derniere des fiéures qui se
font de la bile, de laquelle nous auons
peu de choses à dire , à cause de ce
qui a esté dit de la nature et curation
du causus : on peut comprendre ce
qui est de l’essence et de la curation
deceste fiéure tierce continue, y ayant
peu de différence entre l’vne et l’au-
tre, en sorte que Galien mesme à peine
les distingue-il au liure second des
Crises , chapitre 6. Ceste fiéure donc
n’est autre chose , qu 'vue fiéure con-
tinue qui a des rcdoublemens manifes-
tes et des sensibles remissions de deux
iours Ven , produite d’vne bile pure qui
se pourrit dans les vaisseaux eslongnés
du cœur.
Lors donc que la bile contenue dans
1 L’édition de 1575 ajoutait ici cette
phrase, par laquelle se term inai t le chapitre :
« Au reste de ce qui est icy dit de la cura-
tion du causus, lu peux comprendre les
choses requises à la curation de la fleure
tierce continué', de tant qu’ils ne different
rien l’vne de l’autre que de vehemente ar-
deur et inflammation. »
Dans le livre actuel, l’auteur a jugé à pro-
pos de parler plus au long de la fiéure tierce
continue, et c'est l’objet du chapitre suivant.
DES FIEVRES.
ces vaisseaux vient à se pourrir, si la
Nature ne peut la chasser en l’habi-
tude du corps , elle la vomit et dans
les grands vaisseaux , et au cœur
mesme : d’où il arriue qu’il se fait vne
fiéure continue périodique , laquelle
a deux accès ou redoublemens d’au-
tant plus sensibles , comme aussi des
remissions d’autant plus aisées à re-
marquer, que l’humeur qui se pourrit
est eslongnédu cœur. Lors donc que
ceste bile, de deux iours l’vn, accourt
au foyer où lapourrilures’attache,elle
s’eschauffe aisément , et allume vne
chaleur remarquable, laquelle vient
à se diminuer vu peu à mesure que
ceste bile qui accourt se consomme,
mais elle ne cesse point tout à fait
que ladite bile ne soit tout à fait con-
sommée : c’est pourquoy la fiéure est
continue : et à cause du lieu où la bile
se pourrit eslongnéedu cœur, ladite
fiéure a des redoublemens et des re-
missions manifestes. Pour la bile qui
fait ceste fiéure, elle est moins acre et
en moindre quantité que celle qui
fait la fiéure ardente , et au reste
n’esl pas si proche du cœur , estant
très véritable que tant plus l’humeur
qui se pourrit est proche du cœur,
plus donne-il de chaleur et de vio-
lence de fiéure.
Que si l’on me demande comment
ie reconnoistray vne fiéure ardente
d’auec la fiéure continue, ie respons
que la fiéure ardente brusle assiduel-
lement les febricitans d’vne pareille
chaleur, sans auoir de sensibles re-
doublemens ou remissions de deux
iours l’vn : là où la tierce continue a
des remises bien douces, et a des re-
doublemens remarquables de iour à
autre, par conséquent ne garde pas
vne pareille chaleur de son commen-
cement iusqucs à la fin. Au reste tous
les accidens et symptômes sont moins
1 87
violens en la tierce continue qu’en
la fiéure ardente , la soif et les veilles
moindres: elle est plus longue et
moins périlleuse, et ne se termine que
vers le 14. iour.
Elle s’attache à ceux mesmes qui
sont suiets au eau su s , sçauoir aux
Jeunes , bilieux , d’vn tempérament
chaud et sec , en l’esté plustost qu’en
autre temps, à ceux qui trauaillent
beaucoup, qui veillent, qui ont beau-
coup de soin, qui se laissent transpor-
ter à la cholere, qui s’exposent à l’ar-
deur du soleil, et qui vsent de viandes
chaudes et acres, boiuent des vins
forts , ieusnent beaucoup, ou ont
amassé de la bile de longue main
qu’ils auoient accoustumé de vuider
en certaines saisons.
La cure de ceste fiéure est presque
mesme qu’au causus :1e viure ne doit
pas estre si rafraîchissant et humec-
tant :l’on peut nourrir le malade plus
libéralement aux iours de remission.
Les remedes doiuent estre mesurés à
proportion que ce mal approche plus
ou moins de la fiéure ardente. Il ne
faut point espargner la saignée, les
lauemens, les purgatifs, les alteratifs,
les corroborans, les epithemes, fron-
taux, et autres remedes se rapportans
à ceux que nous auons spécifiés au
chapitre precedent. Bref, le causus et
la tierce continue differans seulement
du plus et du moins , doiuent aussi
estre traités par remedes qui soient
différons du plus et du moins seule-
ment.
le diray pour conclusion, que la
fiéure que les autheurs appellent sy-
no iue bilieuse se rapporte à ceste
fiéure icy continue, d’autant qu’elle
se fait du sang qui se change et se
tourne en bile rellea neanlmoins vne
chaleur vn peu plus douce que les
fleures qui sont faites de la bile pure
1 38 LE VINGTIÈME LIVRE
qui se pourrit. Et voila ce que nous
auons à dire des fleures bilieuses.
CHAPITRE XXV.
DBS FIÈVRES PITVITEVSES, ET PREMIE-
REMENT DE LA 0V0T1DI ANE INTER-
MITTENTE , LEGITIME Eï ILLEGITIME1.
Nousparlerons icydes fleures faites
de pituite , qui semblent estre oppo-
sées aux ptecedentes, en tant que la
pituite est froide et humide, et la bile
chaude et seiche. Or de ces fleures, il
yen a quatre especes, la quotidiane
intermittente, la quotidiane continue,
Vepiale, et la lÿpirie. Pour la quoti-
diane intermittente , elle a esté ainsi
appellée, non de l’humeur qui la fait,
mais du temps et que l’humeur qui
1 Ce chapitre répond d’une part au cha-
pitre 6 de l’édition de 1575, et d’autre part
ati chapitre 24 du livre des Tumeurs de 1579
et des éditions suivantes , intitulé : De la
Jièure qui suruieni aux tumeurs œdémateuses.
Comment Paré avait-il eu l’idée bizarre de
rattacher la lièvre quotidienne à l'œdème,
c’est ce qu’il explique lui-même au début
de ce dernier chapitre :
« Toutes les especes et différences des tu-
meurs œdémateuses expliquées, reste à par-
ler briefuement de la fiéure accidentaire,
qui assez soutient leur suruient. Icelle rete-
nant du mouuement de l’humeur pituiteux
dont elle est excitee, est ordinairement de
l’espece de celles que les Médecins appel-
lent quotidiennes intermittentes. »
Le chapitre de 1575 a lui-même un autre
commencement, que nous avons reproduit
ci-dessus à l’occasion du chapitre 17 ; et de
même aussi le premier paragraphe du texte
actuel ne ressemble à rien de ce qu’on lit
dans les autres éditions. C’est au deuxième
paragraphe que les rédactions se rappro-
chent.
la fait a ses mouuemens , et que la-
dite fiéure a ses accès ou exacerba-
tions, qui est tous les iours : c’est
pourquoy elle est appelée des Grecs
Amphimerinos , et est definie fiéu e
pourrie, qui a tous les iours des accès
* et intermissions , faite d’vne pituite
douce ou insipide qui se pourrit hors
des grands vaisseaux.
Elle fait donc tous les iours son ac-
cès de la longueur dedix-huit heures,
donnant intermission et relasche ma-
nifeste le reste du iour ». C’est vne fié-
urc qui arriue fort rarement, à cause
que la pituite se pourrit fort difficile-
ment , d’autant qu’estant familière u
la Nature , elle se la reserue pour la
tourner en aliment et nourriture, en
cas qu’elle ait faute de sang : comme
enseigne Galien au commentaire
deuxième du luire d’Hippocrate du ré-
gime de viure és maladies aiguës, par-
tie 44.
Les causes primitiues d’icelle sont,
froideur et humidité de l’air qui nous
enuironne , long vsage des choses
froides et humides qui aisément se
corrompent et pourrissent , comme
fruicts nouueaux et poissons : inter-
mission d’exercice accoustumé. Les
causes antécédentes sont grande re-
pletion d’humeurs , principalement
phlegmatiques el pituiteuses. Les cau-
ses dispositiues sont la froideur et dé-
bilité de l’estomach et du foye, qui au
lieu d’humeurs cuites en font de crues
et mal digérées 2. La cause coniointe
est le pidegme putréfié liors des
1 Le texte de 1575 et celui de 1579 se
bornent à donner cette définition; le reste
du paragraphe est une addition propre au
ivre posthume.
2 L’édition de 1575 ne parle pas de ces cau-
ses </ûposiiiae.s, et elle se borne aussi à l’indi-
cation de la cause coniointe ; le reste du para-
graphe, depuis ces mois : Orcephlegme, etc.,
DES FIEVRES.
grands vaisseaux, ou en l’habitude et
espace de tout !e corps, ou pour
mieux dire en la première région d’i-
celuy. Or ce plilegme ou pituite est
doux ou insipide, et non salé ny acide,
estant vray que ce premier là fait la
fleure quotidiane intermittente exqui-
sité ou légitimé, là où les autres espe-
ces de pituite font l’intermittente bas-
tarde. C’est pourquoy l’on peut auec
raison appeler ceste icy légitimé, à
cause de 1 humeur qui la fait : qui
est la vraye et naturelle pituite pure
et simple, etnon eslrangereou meslée
auec quelque autre humeur, d’où se
font les quotidianes intermittentes
bastardes.
Les signes de ceste fleure quoti-
diane intermittente sont pris de trois
choses , sçauoir des naturelles, des
non naturelles, et de celles qui sont
contre nature. Des choses naturelles,
car le plus souuenl ceste fleure prend
ceux qui sont de nature ou tempéra-
ment froids et humides , comme gens
vicils, femmes, petits enfans, et hom-
mes eunuques, pour l’abondance du
phlegme qui est en eux. Ladite fleure
prend les vieils naturellement, pource
qu’en iceux la chaleur naturelle est
foible, debile, et ne peut cuire les ali-
mensen quelque petite quantité qu’ils
puissent estre pris : mais elle prend les
enfans par accident, et non naturelle-
ment, car ils sont chauds et humides:
mais pour la quanliié des alimens
qu’ils prennent, et l’inconstance et
mouuement desordonné, iis engen-
drent grande abondance d’humeurs
crues, qui est la cause materielle de
la fiéure quotidiane. Des choses non
naturelles : car telle fiéure prend
plus souuent en liyuer qu’au prin-
cst une addition du livre posthume. Le texte
de 1579 suit celui de 1575.
i3g
temps, aux pays froids et humides,
par vne maniéré de viure oiseuse et
sédentaire : par l’vsage des viandes
non seulement froides et humides ,
mais aussi chaudes et seiches, si elles
sont prises en telle et si excessiue
quantité qu’elles débilitent et suffo-
quent la chaleur naturelle : car le vin,
bien qu’il soit de faculté chaude et
seiche, tou lesfois, pris trop abondam-
ment, il engendre de la pituite et des
maladies froides : ainsi l’ebrielé et
yurongnerie : la crapule ,.la crudité ,
le bain , l’exercice et trauail pris in-
continent après le repas, rauissant
les viandes deuant qu’elles ayent eu
le loisir d’estre cuites pour estre dis-
tribuées à l’habitude du corps : bref
toutes les autres causes qui peuuent
engendrer en nous abondance de pi-
tuite, peuuent exciter la fiéure quoti-
diane. Le troisième chef d’où sont pris
les signes de ceste fiéure, sont les
choses contre nature, pource que
ceste fiéure suit le froid , en tant que
tout le corps est refroidi, et principa-
lement les extrémités '.
Les accidens de telle fiéure sont
douleur d’eslomach, pource que le
phlegme pour la plus part s’engendre
en iceluy, d’où s’ensuit vomissement
pituiteux : en outre la face apparoist
toute pasle, mesme durant l’estât de
l’accès : et la bouche est humide sans
soif, à cause que l’estomacb estant
rempli de pituite, la bouche et la
langue s’en resenlent, pour la conti-
nuité de la tunique intérieure qui leur
est commune auec le ventricule. La
fiéure donc quotidiane faite de
phlegme doux, commence par le froid
1 Ce paragraphe est presque textuellement
1 copié sur le texte de 1575 ; celui de 1579 n’en
diffère que parce qu’il a subi plusieurs sup-
pressions.
i4o le vingtième livre
aux extrémités, par pouls petit et
profond, qui toutesfois en l’estât de
l’accès se monstre pins fort.plusgrand
et humide, et plus leger, pour mesme
raison que la chaleur de ceste fiéure
semble au premier attouchement
douce, vaporeuse et humide , mais
enfin y tenantpluslong-tempsla main
elle se sent acre, tout ainsi que le feu
allumé en bois verd se monstre du
commencement petit , languide et
fumeux : mais enfin ardent et violent,
lors que le bois estant eschauffé et
reseiché, l’action et l’ardeur du feu
n'est plus empeschée par la presence
de l’humidité contraire. L’accès se
termine par petites sueurs, lesquelles
aucunes fois ne se montrent point du
commencement, mais approchant la
crise elles suruiennent en plus grande
abondance. L’vrineest pasledu com-
mencement et espaisse, et aucunes
fois ténue là où il y a obstruction :
mais là où la matière est cuite comme
elle est en l’estât de la fiéure, l’vrine
se monstre rousse. Si au commence-
ment de la fiéure ilsuruient vn vo-
missement pituiteux , cela signifie
qu’elle sera en peude temps terminée,
tant pour la tenuité de sa matière,
que pour ce que par telle euacualion
est faite excrétion de la cause con-
iointe de la fiéure '.
La fiéu re quotidiane le plus souuent
' Tout ce paragraphe se lit de même dans
toutes les éditions ; c’est ce qui nTa autorisé
à corriger ces derniers mots , la cause con-
ioinie de lu mutiere , qui sc lisent dans le li-
vre posthume , par ceux-ci : la cause , con-
ioiiite de ta fiéure, qu’on trouve dans toutes
les éditions du vivant de l’auteur.
Au reste, tout ce qui suit jusqu’au der-
nier paragraphe, à part des modifications
insignifiantes de rédaction, est copié sur le
texte de 1576, suivi lui-même par celui de
1579.
est longue, pour ce que l’humeur pi-
tuiteux estant de sa nature froid et
humide, est lourd, pesant et tardif à
semouuoir : et outre non sans dan-
ger de plus grande maladie, pour ce
que le plus souuent elle se change en
fiéure ardente ou en quarte, par ainsi
il se fait complication de maladies. Car
comme ainsi soit que la saueur salée
soit propre entre toutes les humeurs
à la seule pituite, et que telle saueur
est fort proche delà saueur amere, en
laquelle mesme aisément elle se
change et dégénéré par adustion, il
ne faut s’esmerueiller si la pituite par
telle adustion se change en bile rousse
et noire.
Tous ceux qui releuent de fiéure
quotidiane, ont la faculté concoctrice
fort debile , et partant ne leur con-
uient bailler abondance d’alimens et
difficiles à cuire. En la fiéure quoti
diane, tout le corps est plein d’hu-
meurs cruds.
Toute ceste fiéure dure le plus sou-
uent soixante iours. Si dés le com-
mencement de l’accès on vient à vo-
mir, et si à la fin il suruient de gran-
des sueurs, ce sont signes qu’icelle
sera tosl terminée , pource que la
matière est obéissante , et la vertu
naturelle forte , au moyen que la
vertu expullrice iette hors la ma-
tière d’icelle fiéure.
Au reste, donne-toy garde d’estre
trompé , prenant vne fiéure double
tierce pour vne quotidiane , pource
qu’elle répété et donne lous les iours
vn accès comme la quotidiane. Or il
sera aisé de les distinguer, si tu con-
sidérés l’espece et forme essentielle
de l’vne et de l’autre. Les causes sont
contraires , et pareillement les symp-
tômes. D’auantage les quotidianes
prennent tousiours après midy, sur le
soir et commencement de la nuict,
DES FIÈVRES.
lors que par l’absence du Soleil l’air
estant refroidi, tout nostre corps est
pareillement refroidi : d’où vient que
les humeurs froides ont leur mouue-
ment en iceluy, lesquelles auparauant
estoient aucunement retenues par la
chaleur : les doubles tierces au con-
traire commencent et surprennent le
matin, et deuant midy.
La brieueléet douceur de l’accès et
grande sueur, sont signes que la fiéure
est briefue et salutaire, si cela ad_
uient l’humeur estant ja cuit.
La curation consiste en deux cho-
ses , sçauoir est , en régime et medica-
mens. Le régime doit estre ténu et
incisif, l’air clair, chaud et sec modé-
rément. Les alimens soient pain bien
cuit, chaudeaux faits de poulailles
cuites auec racines de persil , ozeille,
petit houx, semences froides, et autres
semblables. On peut manger poulets,
mouton, perdris, et petits oyselets,
poissons d’eau douce rostis, œufs
mollets. Les fruits soient raisins, pru-
neaux, amandes, dactes. Le breuuage
soit petit vin blanc, trempé auec eau
cuite : l’exercice modéré esl Ires-
bon , comme aussi les frictions de
tout le corps : le dormir est commode
s’il est fait aux heures deuës , et qu’il
soit proportionné aux veilles. Quant
aux affections de lame, il faut que
le malade se resioüisse, et qu’il
pienne tousiours bonne esperance de
sa santé.
A l’heure de l’accès les pieds et les
iambes du malade soient mises en eau
liede, en laquelle aura cuit camomille,
anet , melilol, marjolaine, sauge, ros-
marin. Les medicamens alteratifs sont
syrops digestifs, apéritifs, oxymel : tels
que son t les syrops d’absinthe, de men-
the, des deux et cinq racines, auec dé-
coctions de camomille, calamente,
melilot,anet, et leurs semblables, ou
l4l
auec décoctions communes. Les me-
dicamens purgatifs soient diaphœni-
cum , electuaire diacarthami, hiera
picra , pillules aurées, agaric, tur-
bith, desquels on fera potion auec
eau de menthe, melisse, hyssope,
sauge, fenoüil, scariole : aucuns se-
ront donnés en forme de bolus auec
sucre, selon que le docte Médecin
considérera estre moins moleste et
fascheux au malade. Enuiron l’estât
de la maladie, il faudra auoir esgard
au ventricule, et principalement à
l’orifice d’iceluy, d’autant qu’il est le
siégé principal de la pituite, qui fait
ceste heure quotidiane. Parquoy de
deuxiours l’vn, il sera bon de l’oindre
d’huile de camomille auec vn peu de
vin blanc. Il sera bon aussi de le dé-
charger par vomissement, auec le suc
de raue, et force oxymel, ou auec
décoction de semence ou racine d’a-
zarum, ou de camomille, auecsyrop
aceteux, et sur le commencement de
1 accès, lors que Nature commence à
s’esmouuoir. Pour vne quotidiane
inueterée, que l’on n’aura peu guérir
par remedes communs etvsités, il n’y
a rien si propre que de donner demie
drachme, ou vne drachme entière de
thériaque vieille, auec sucre en forme
de bolus, ou bien dissoute auec vn
peu d’eau de vie '.
Que dirons- nous de la saignée ? est-
elle necessaire en la cure des quoti-
dianes? Les autheurs grecs n’en font
aucune mention, ne semblant pas
estre à propos de rafraîchir vn corps
par la saignée, qui tombe malade
pour estre trop rafraîchi. Les Arabes
sont d'vn autre aduis, et estiment
1 Ici se termine le chapitre dans l’édition
de 1575, et de même aussi celui du livre des
Tumeurs de 1579. Le reste est donc une ad-
dition propre au livre posthume.
LE VINGTIEME LIVRE,
l4 2
qu’il est à propos quelquesfois , lors-
qu’on s’apperçoit quelque plénitude ,
detirervn peu de sang, tantost du bras
droit, lors que le temps et la saison
est chaude et bouillante , tantost du
bras gauche quand le temps est froid.
Pour moy i ay appris des meilleurs
médecins de Paris, qu’à cause de la
pourriture, et de ceste chaleur es-
trangere qui s’introduit dans les hu-
meurs, que ce n’est pas mal fait d’es-
pcnter par fois la veine , principale-
ment lors que nous obseruons que les
vrines sont espaisses et rouges , que
nous voyons que la heure s’augmente
et s’aigrit , et que nous craignons
quelques grands et violens symptô-
mes qui peuuent estre cause de quel-
que sinistre accident à la vie du ma-
lade. En cecy il faut s’en rapporter à
la prudence du sage médecin , qui
après auoir bien pesé et balancé tou-
tes les circonstances qui se trouuent
et au tempérament naturel du mala-
de, et aux. conditions de lafiéure,
peut ou prescrire, ou obmeltre cere-
mede.
Pource qui est de la quolidiane bas-
tardc, nous en dirons vn mol au
Chapitre vingt-sept.
CHAPITRE XXVI.
DE LA FIÈVRE QVOT1DIANE CONTINVE ‘.
La heure quolidiane continue est
vn peu plus frequente que n’est pas
1 Ce chapitre répond essentiellement au
chapitre 12 de 1575, intitulé: Cure de la
fleure quolidiane continue. Toutefois il y a
quelques différences, que j’aurai soin de si-
gnaler.
l’intermittente : et quant au reste elle
ne différé point d’auec elle, soit en sa
connoissance, soit en sa curation.
Toute la différence qu’il y a entre ces
deux fiéures , c’est en leur foyer , ce-
luy de la continue estant dans les
grands vaisseaux, et celuy de l’inter-
mittente dans les petits vaisseaux , au
fond du ventricule, aux intestins ,
mesentere , et autres parties adjacen-
tes de l’abdomen : d’où il arriue que
la chaleur de l’intermittente est moin-
dre que celle de la continue '.
Au reste tu connoistras la continue
par les mesmes indices que l’intermil-
tente, te resouuenant lousiours qu’elle
n’a ny accès, ny frisson, ny intermis-
sion 2, et qu’entre toutes les fiéures
continues, il n’y en a point qui ait
plus de ressemblance auec son inter-
mittente que ceste-cy : d’autant que
l’intermittente a si peu d’interualle et
d’inlermission , que durant ce repos
mesme il semble que la fiéure perse-
uere tousiours , si bien que Galien
mesme auec tous les anciens Grecs
ont douté si ceste fiéure intermittente
n’estoit point continue, comme tu
pourras apprendre du Chap. 4 du
1 J.e premier paragraphe du chapitre de
1575 est fort différent quant à la rédaction,
et plus encore peut-être relativement à l’une
des idées principales. Tandis que le texte
actuel déclare la fièvre quotidienne conli
nue plus fréquente que l’intermittente , le
texte primitif dit :
«Ceste heure est fort rare, de tant que
bien difficilement aduient-il que la pituite
pourrisse dans les veines, et grands vais-
seaux, comme ainsi soit que nature la garde
comme sang à demy cuit, pour la tourner
en vray sang en cas de nécessité. »
2 Là s’arrête tout ce que l’édition de 1575
contient sur le diagnostic; le reste du para-
graphe appartient en entier au livre pos-
thume.
DES
liu. 2 des Différences des fleures de
Galien.
La façon de guérir ceste fiéure con-
tinue est diuerse, selon ladiuersitédes
temps de la maladie. C’est pourquoy
au commencement il sera très à pro-
pos de lascher le ventre auec vn clys-
tere , oa quelque médecine douce ,
bien que ie voye la pluspart des Mé-
decins d’à présent reculer la purga-
tion iusques apres la saignée >. Donc-
ques après le clystere, il faut penser
à la saignée , s’il y a iuste occasion de
ce faire, comme si la fiéure est grande,
si le pouls est haut et esleué, si les
veines sont espaisses et rouges , s’il y
a quelque estoulfement , si les forces
le peuuent porter : toutesfois quoy
que ce soit, il ne faut pas beaucoup
tirer de sang à la fois , mais partir et
diuiser l’euacuation à deux ou à trois
fois 2 * * 5. Deux iours après la saignée , il
faut donner vn minoralif pour tous-
iours soulager la nature , la deschar-
geant d’vne partie de son faix : ce qui
se fait à commandement auec vne dé-
coction propre contre la pituite, en la-
quelle on dissoudra du catholicon
(et non de la casse, qui est ennemie
du ventricule et de ceste maladie, à
cause de son humidité ) et quelque peu
de diaphœnicum. Car le catholicon ,
bien qu'il soit propre à purger la bile,
si est-ce que dissout en quelque décoc-
tion atténuante et incidente, purge
aussi la pituite. En après il faudra
cuire la masse de l’humeur pituiteux
par detersifs , incidens et apéritifs : le
1 Ceci est le texte presque pur de 1575;
seulement celle fin de phrase : bien que ie
voye la pluspart des Médecins, etc., est une
addition du livre posthume.
5 Ces mots : mais partir et diuiser l'eua-
cuation, etc. , sont encore une addition du
livre posthume.
miel rosat coulé et l’hydromel déter-
gent, incisent et ouurent : l’oxymel
tant simple que composé, le syrop
aceteux , de byzantiis , capilli veneris,
de duabus et quinque radieibus. En fin
faut donner vne bonne et passable-
ment forte purgation pour purger la
matière, ainsi comme dit est prépa-
rée l. On obseruera toutesfois, que si
la chaleur de la fiéure est vehemente
et acre, on doit conlempercr les sy-
rops cy-dessus nommés auec de plus
bénins et moins eschauflans , tels que
sont les syrops d’endiue simple et
composé, l’eau d’endiue, de borra-
che, des capillaires, et autres de
mesme faculté.
Au reste, souuknne-toy en ceste
fiéure lousiours de roborer le ventri-
cule, ce qui se fera commodément
auec le mithridat. En ceste fiéure il
faut fuyr l’ vsage immodéré des pota-
ges , coullis, et choses semblables,
d’autant qu’elles humectent trop le
ventricule , et emplissent la teste de
vapeurs : pour laquelle mesme raison
il faut nourrir le malade de chair
solide , de bestes de moyen aage: car
celle des ieunes est pleine d’humi-
dité muqueuse et excremenlilielle.
CHAPITRE XXVII.
DE LA FIEVRE EPIALE, ET DE LA LYP1RIE.
Nous auons remarqué cy-deuant,
ce me semble, que la pituite natu-
1 Là s’arrête le paragraphe dans le texte
primitif; la phrase qui suit appartient au
livre posthume : après quoi le dernier para-
graphe est copié presque exactement sur
l’édition de 1575, où, comme dans celle-ci,
il termine le chapitre.
LE VINGTIÈME LtVRE ,
i44
relie, douce ou insipide, estoit cause
de la fiéure quotidiane intermittente
exquisile et légitimé, laquelle nous
auons expliquée au Chapitre 25 : il
reste maintenant à demonstrer que
les autres especes de pituite non na-
turelle, telles que sont la salée, l’a-
cide et la vitrée, font l’autre espece de
fleure quotidiane illégitime ou bas-
tarde. Mais nous auons deux sortes
de ceste fiéure bastarde : l’vne plus
douce et moins fascheuse, qui est
engendrée de la pituite salée ou
acide , l’autre plus importune et
fascheuse , qui se fait de la pituite
vitrée. Pour la première qui se fait
de la salée ou acide , nous n’en di-
rons autre chose , à cause qu’icelle
approche fort de la condition et na-
ture de la quotidiane légitimé, c’est
pourquoy il faut fort peu d’indications
et de remedes. Qu’on se renie! te seu-
lement deuant les yeux que la pituite
acide se fait par vne vehemenle froi-
deur, la salée par vne chaleur eslran-
gere, la douce et insipide par vne
froideur médiocre : que l’acide excite
la faim , la salée la soif , et la douce le
sommeil : et que l’acide demande des
medicamens qui la puissent cuire et
adoucir , et la salée des purgatifs qui
la chassent hors du corps. Ce faisant,
il sera aisé d'appliquer les remedes
de la quotidiane légitimé à la quoli-
diane bastarde , qui sera faite ou de la
pituite acide, ou de la salée.
Pour l’autre fiéure bastarde qui se
fait de la pituite vitrée, elle est nom-
mée Epiale d’vn nom grec qui signifie
chez les Latins Algorem , c’est à dire
froideur veheinente , telle qu’on la
ressent en ceste fiéure. Or elle est de-
finie fiéure quotidiane bastarde , la-
quelle apporte au corps vn ressenti-
ment de grande froideur , et de peu
de chaleur , engendrée de la pituite
vitrée qui se pourrit en partie. Par
ceste définition nous apprenons pre-
mièrement, qu’il y a en ceste fiéure vn
inégal sentiment, d’autant que les
parties tout ensemble ont froid et
chaud : mais ce froid est violent , et
la chaleur est douce et modérée. Car
ceste fiéure estant engendrée de la pi-
tuite vitrée, laquelle est l’humeur la
plus froide et la plus humide de tout
le corps, il aduient qu’à cause de
ceste grande froideur les parties du
corps ressentent le froid : et à cause
que ladite humeur se pourrit, les
mesmes parties ressentent du chaud :
mais le chaud est moindre que le
froid , à cause qu’il n’y a qu’vne pe-
tite portion de l’humeur vitrée qui se
pourrit : le reste estant sans pourri-
ture demeure froid et humide , d’où
vient ce grand ressentiment de froid.
Nous dirons en second lieu , que l’hu-
meur vitrée s’engendre en nostre
corps, ou à cause des alimensqui sont
grandement froids et pituiteux, ou à
cause de la chaleur naturelle qui est
foibleet languide.- mais ceste humeur
ne peut s'y engendrer en grande
quantité, pource qu’vne froideur telle
qu’il en faudroit pour amasser vne
grande quantité de ceste humeur vi-
trée , esteindroit tout à fait la chaleur
naturelle. Or tandis que ceste humeur
ainsi amassée dans le corps ne se re-
mue point , et ne s’esmeut point , elle
11’apporte point de grande froideur
aux parties , d’autant que les parties
sont accoustumées à la sentir : mais
lors qu’elle vient à se porter et à
se mouuoir par les parlies sensibles ,
c’est lors qu’elle apporte le ressenti-
ment de froideur insupportable , sans
aucune fiéure, si cela aduient sans
qu elle se pourrisse : mais si elle se
vient à pourrir, alors elle excite la
fiéure. Finalement nouspouuons ap-
DES FIÈVRES.
prendre par la définition susdite, que
ceste humeur se peut pourrir ou en
partie , ou totalement et entièrement.
Que si elle se pourrit entièrement, elle
apporte vue fiéure vrayment quoti-
diane, dont la guérison est fort peu
differente de celle que nous auons ap-
portée cy-deuant. Siellese pourrit en
partie, elle engendre la fiéure Epiai e,
et voila la cause du sentiment inégal
qui est au corps durant l’accès de
ceste fiéure :car la portion d’humeur
qui n’est pas pourrie cause le froid ,
la portion qui est pourrie enuoye des
vapeurs chaudes par tout le corps,
qui donnent la connoissance de la
fiéure. Elle arriue à la vérité tres-ra-
rement , et le commencement de son
accès est par des baaillemens , frisson
violent, petit pouls et tardif, vrines
crues et aqueuses : l’accès arriue tous
lesiours,s’estend quelquesfoisiusques
à vingt quatre heures, quelquesfois
moins : mais tousiours il est plus rude
que celuy des quotidianes légitimés ,
et apporte des symptômes et aeeidens
plus violens.
Pour la cure , il faut mesme régime
de viure qu'aux légitimés, sinon qu'il
faut qu’il soit vn peu plus eschauf-
fant , atténuatif et incisif. Il ne faut
nullement parler icy de la saignée, de
peur que la pituite se rendant plus
tenace et visqueuse , n’apporte vne
fiéure tres-longue et très- difficile à
guérir. Il se faut seruir de medica-
mens qui cschauffentet qui incisent,
commençant toutesfois par les plus lé-
gers, pour puis après venir aux plus
forts. Du commencement donc on
donnera le syrop aceteux, i’oxymel,
auec les décoctions de bourrache ,
buglosse , betoine , les cinq racines
aperitiues , calament , origan , et au-
tres. En après on donnera l’oxymel
composé et scillitique, le syrop d’hys-
sope, debizance,dcsdeux et des cinq
racines, qu’on dissoudra dans vn apc-
zeme préparé auec hyssope, cal amen t,
origan, thym, stœchas, absinthe, ra-
cines d’enula campana, d’ireos, et au-
tres de pareille vertu. Ayant ainsi
préparé les matières , il faudra venir
à la purgation, à fin de vuider ce qui
aura esté bien cuit et préparé , et ce
auec diaphœnic,diacarthami, les deux
hieres, ou pillules conuenables. Cela
fait , derechef il faut recourir aux al-
teratifs, à fin d’eschauffer et d'inciser,
et puis après aux purgatifs, n’obmet-
tant pas par interualle l’vsage des
clystercs ou suppositoires vn peu
acres Bref on recommande les cslu-
ues seiches, lors que les signes de coc-
tion apparoissent , lesquelles on peut
préparer auec menthe, origan, i osma-
rin, calament, sarriette, thym , stœ-
chas et autres, qu’on fera bouillir
dans quatre portions d eau de riuiere,
et vne de vin bl ne. Par le moyen de
ce remede, lapituitecrasse et espaisse
est atténuée , et puis après euacuée
par les sueurs, mais que le malade ne
s’en serue qu’à ieun , et après awoir
purgé le ventre, ou auec vn purgatif
le iour precedent, ou auec quelque
clystere. Il sera bon sortant des es-
tuues de frotter le corps assez douce-
ment , et principalement le long de
l’espine du dos, que l’on frottera auec
huile de iasmin, de camomille , d’a-
neth, de nard , de noix muscade , et
autres semblables. Après cela qu’on
donne au malade vne dragme de
trium piperum , ou diacalaineulhe ,
ou mithridat, ou theriaque , ou de
quelque opiate vsuelle qu’il prendra
en bol , bu bien delayée auec vn peu
de vin blanc.
Deuant que de finir ce Chapitre , ie
diray vn mot de la fiéure que les Grecs
ont appellée Lijpirie , pource qu’il
ni.
10
l46 LE VINGTIÈME
semble que la chaleur défaille en
icelle. À la vérité ie me trouue bien
empesché à quelle sorte de fleures ie
la dois rapporter, voyant les Arabes
eslre contraires tout à fait aux au-
theurs grecs, ceux-cy larapportant à
vne grande inflammation, ceux là à
vne pituite crasse et visqueuse. Pour
moy, après auoir bien espluché les rai-
sons des vns et des autres, ie trouue
qu’il y a deux sortes de fiéure Lypirie,
l’vne proprement ainsi appellée , et
l’autre appellée improprement et par
ressemblance. Celle qui est propre-
ment appellée Lypirie , est celle des
Grecs , qui est vne fiéure continue ,
causée par l’inflammation vehemente
de quelque partie intérieure, ou par
vne ferueur desmesurée d’humeurs
chaudes, bobinantes et malignes , en
laquelle les parties intérieures brus-
lent, cependant que les extérieures
demeurent toutes froides : ce qui
arriue pource que la chaleur du de-
dans attire à soy comme vne ventouse
la chaleur des parties externes. Or
telle fiéure n’appartient nullement
aux fleures pituiteuses : c’est pour-
quoy il n’est point besoin d’en donner
icy la guérison : il faut les reseruer
pour les symptomatiques, qui suiuent
l’inflammation de quelque partie no-
ble. Il faut seulement parler de celle
que nous auons dit estre impropre-
ment appellée Lypirie, et ce pour
ressemblance qu’elle a auec la prece-
dente , qui est en cç que le dehors de-
meure froid, tandis que le dedans
brusle. Car estant engendrée d’vne
pituite espaisse et visqueuse , la cha-
leur et les vapeurs sont tellement re-
tenues et suffoquées, qu’elles ne peu-
uent s’estendre à l’exterieur : d’où il
arriue qu’on sent de la chaleur au
dedans du corps, mais au dehors on y
sent du froid. Les autres veulent
LIVRE,
qu'elle se fasse d’vne pituite moins
espaisse, qui se pourrissant au centre
du corps y allume le feu, mais qui
enuoye à l’exterieur si peu de fumées
et de vapeurs, qu’elles n’ont pas la
force d’eschauffer beaucoup ni long-
temps les parties : c’est pourquoy elles
demeurent tousiours froides
A ceste fiéure icy ie ne connois
point d’autre curation que celle de
l’Epiale et des autres quotidianes. Le
régime de viure est de mesrae façon ,
les purgations pareilles , les allera-
tifs de mesme vertu. Lesautheursqui
en ont traité ordonnent le syrop
aceteux et l’oxymel , pour préparer
la matière, y meslant toutesfois les
choses qui fortifient et corroborent
l estomach, comme le syrop de roses
seiches et de berberis. Après cela ils
purgent le corps auec l’aloë , la hiere
et la rbeubarbe. Par fois ils ordon-
nent le vomissement, vne autre fois
les diurétiques , le plus souuent des
clysleres acres et forts. Bref, ils gar-
dent le mesme ordre qu’en l’epiale,
et font prendre au malade lesestuues
seiches , les sueurs , les frictions, onc-
tions, opiates et antidotes qui ont
esté spécifiés cy dessus.
Ce qui doit suffire pour la conclu-
sion des fiéures pituiteuses.
CHAPITRE XXVIII.
DES FIÈVRES FAITES DE L’HVMEVR ME-
LANCHOL1QVE , ET PREMIEREMENT DE
LA QVARTE INTERMITTENTE VRAYE l.
Les dernières fiéures humorales
sont celles qui se font de l’humeur
1 Ce chapitre répond au chapitre 8 de l’é-
dition de 1575, intitulé : Des Jieures quar-
DES FIÈVRES.
melancholique, lesquelles sont diuer-
ses selon que ladite humeur est di-
uerse , estant vray qu’il y en a vnc
qui est naturelle , froide et seiche, et
l’autre contre nature, chaude et
seiche, appellée communément aire-
bile. Quoy que ce soit, les heures me-
lancholiques sont, ou intermittentes,
ou continues: les intermittentes vien-
nent de quatre en quatre iours, ou
de cinq en cinq , de six en six, de sept
en sept , ou autre tel interualle. Cel-
les qui viennent de quatre en quatre
iours sont appellées quartes intermit-
tentes : celles qui viennent de cinq en
cinq, desixen six, etç., sont appellées
du nom du iour qu’elles arriuent ,
sçauoir quintaines, sextaines, oclaincs,
nonaines , qu’ou dit en latin quintanas,
sextanas , septanas, octanas , nona-
ncts, etc,, desquelles nous dirons vn
mot cy après. Parlons des vrayes he-
ures melancholiques intermittentes
que l’on appelle quartes ^ et en pre-
mier lieu de celle qui est vraye et lé-
gitimé , et puis au chapitre suiuant
nous parlerons de la bastarde ou il-
légitime.
La héure quarte intermittente légi-
timé a son accès le quatrième iour, et
tes; et au chapitre 32 du livre des Tumeurs
de 1579, ayant pour titre : De la Jiéurg qui
survient aux tumeurs schirreuses. Le début de
ce dernier chapitre a pour objet de justifier
ce singulier rapport :
« Telle fiéure ordinairement est quarte,
ou retirant à la nature de quarte : à raison
de l’humeur melancholic d’où elle est
excitée, qui enfermé en certain lieu ou il
fait tumeur, par communication de vapeurs
putrides, eschautfe le cœur et altéré les hu-
meurs contenus en iceluy , dont se fait fié-
urc. »
Il faut ajouter que le premier paragraphe
du chapitre actuel appartient exclusivement
au livre posthume.
1 4?
a deux iours de remission , ou plus-
tost d’intermission 1 : et s’engendre
de l’humeur melancholique naturel
qui se pourrit dans les petites veines,
où il s’amasse peu à peu et de longue
main. Chacun scait que la masse du
sang est composée de quatre diuers
humeurs, qui se rapportent aux con-
ditions et qualités des qualreElemens,
sçauoir de la bile , qui pour eslre
chaude et seiche représente le feu :
du sang, qui se rapporte à l’air pour
estre chaud et humide : de la pituite ,
qui conuient à l’eau par sa froideur
et humidité: et de l’humeur melan-
cholique, qui par sa seicheresse et
froideur représente la terre. Or
comme de ces quatre humeurs il n’y
a que le sang qui soit grandement
familier à nostre nature , cl tres-
propre à la nourrir et fomenter, aussi
il semble que les veines ayent esté
faites exprès pour le receuoir et le
retenir : et qu’il y a eu des récepta-
cles pour retirer les autres humeurs,
de peur qu’ils ne se rendissent les plus
puissans dans les veines. Et de fait
que quelques-vns ont voulu dire que
l’estomach esloit le receplacle de la
pituite : mais passant celle-cy sous si-
lence , à cause qu’elle ne s’eslongne
pas beaucoup de la douceur et de la
trempe du sang , nous dirons que la
vessie du hel a esté faite pour rece-
uoir la bile et en descharger les veines,
comme nous auons discouru cy-de-
uant parlant des héures bilieuses : et
que la ratte a esté mise au corps pour
retirer l’humeur melancholique, pour
en purger, nettoyer et purifier le
sang , et pour empescher en hn qu’il
> Le texte de 1575 et celui de 1579 don-
nent cette définition , mais ils s’arrêtent là ;
et le resie du paragraphe actuel appartient
exclusivement au livre posthume.
]/8 t,E vingtième livre,
ne vint trop à s’augmenter dans les
veines. Cest humeur donc ainsi at-
tiré à la ratte , par la foiblesse de la
chaleur naturelle , ou par la quan-
tité des viandes propres à engendrer
vn tel suc , vient quelquesfois à s’a-
masser et croupir à l’entour de ladite
partie, dans les petites veines mesa-
raïques, dans le pancréas, l’omen-
lum, et autres parties voisines : où
en ün se pourrissant il vient à exciter
cesle fiéure icy de quatre en quatre
iours, soit par vne propriété occulte
ou secrette, soit pour les causes et
raisons que nous en auons rappor-
tées cy-deuant , parlant des accès et
périodes des ûéures intermittentes.
Doncques la cause coniointe de
cesle fiéure est l’humeur melancho-
lique naturel , qui se pourrit hors
des grands vaisseaux , dans les petits
qui sont ou en la première egion du
corps, comme dit est , ou en l’habi-
tude d’iceluy comme a voulu Galien.
Les causes antécédentes sont abon-
dance d’humeurs melancholiques ,
regorgeantes et redondantes par tout
le corps. Pour les primiliues, ce sont
les choses qui multiplient et engen-
drent le suc melancholique, comme
le long vsage des legumès,pain bis et
bruslé , chairs salées , comme de
bœuf, chéure , cerfs, vieils liéures ,
vieil fromage, choux, gros vins,
bref les viandes terrestres et de gros
suc, froides et seiches, comme pro-
pres à engendrer l’humeur melan-
cholique1.
Les signes de la vraye quarte sont
pris de trois choses , sçauoir est , des
naturelles, non naturelles, et contre
nature. Des naturelles, pource que
la température froideet seiche, l’aage
i Celte exposition des causes est à peu de
chose prè9 la même dans le livre primitif.
de la vieillesse , ceux aussi qui sont
froids et grassets, ayahs les veines
petites et cachées , et la ratte imbe-
cille et enflée, sont affligés de telle
fiéure. Des choses non naturelles,
pource qu’en temps d’automne ceste
espece de fiéure est fort frequente, non
seulement pource que l’automne est
froid et sec, et par conséquent propre
à faire amas de l’humeur melancho-
lique : mais aussi à cause que par l’a-
dustion de l’esté passé , les humeurs
les plus ténues et liquides ayans esté
consommées, le reste demeure espais-
si, desseiché , et réduit à vne consis-
tance terrestre.- bref, en tout temps
froid et sec, aux régions froides et
seiches , aux corps froids et secs or-
dinairement, ceste fiéure s’engendre,
si principalement à cela est coniointe
vne façon et condition de viure triste,
pénible et fascheuse, pleine de crainte
et anxiété l. Et véritablement entre
les passions de l’ame, la tristesse et la
crainte sont tres-propres à engendrer
ceste fiéure, veu mesme qu’Hippo-
crates nous a laissé par escrit en l’a-
phorisme 23. du 6. liure, que la tris-
tesse et la crainte estoient signes
asseurés des maladies melancholi-
ques Quant aux signes pris des choses
contre nature, premièrement, c’est
qu’au commencement de l’accès,
quand la maliere se putréfié, il sur-
uient horreur ou rigueur tres-labo-
rieuse, tout ainsi que si l’on auoit les
os froissés : secondement, c'est que la
maladie se fait reconnoistre par son
inuasion , qui reuienl le quatrième
iour, et que le mal est chaud et sec 'l :
1 Tout ce paragraphe est copié presque
littéralement sur l’édition primitive. Toute-
fois la phrase qui suit: et véritablement, etc.,
est une intercalation du livre posthume.
2 L’édition de 1028, et toutes les autres
DES FIÈVRES.
car combien que la matière dont il
est fait et excité soit de sa nature
froide et seiche , si est-ce que par
accident elle est chaude et seiche, à
raison de la pourriture et putréfac-
tion qui s’est introduite dedans. D’a-
uantage, on ressent le pouls au
commencement petit, tardif, profond,
comme retiré au dedans, ainsi que
celuy des vieilles gens 1 : en après il
s’explique et se dilate à mesure que la
chaleur de l’accès s’augmente. L’vrine
est blanche et aqueuse au commen-
cement, inclinante à liuidité et noir-
ceur. En la déclinaison, estant la ma-
tière cuite, l’vrine deuient noire, non
point par la suruenue de quelque
mauuais accident, non point par
l’excès de la chaleur naturelle , ou
par son extinction , car par ce moyen
elle seroit funeste et mortelle : mais
par l’euacuation de la matière con-
jointe, sçauoir est le suc melancholi-
que, qui de sa nature tend sur le
noir. L’accès des Géures quartes peut
durer vingt-quatre heures , et alors
donne quarante-huit heures d’inter-
mission.
Le plu9 souuent telle fléure pro-
uient de l’obstruction, douleur et
dureté de la ratte, et rétention des
menstrues et hemorrhoïdes 2.
après elle , portent : froid et sec , ce qui est
en contradiction avec la suite de la phrase.
J’ai suivi le texte du livre primitif, qui est
également celui du livre des Tumeurs de
1579.
1 La phrase s’arrête ici dans les éditions
primitives; le reste, en après il s’explique, etc.,
est une addition du livre posthume.
2 Ce paragraphe précède immédiatement
le suivant dans le texte primitif de 1575, et
même encore dans le livre des Tumeurs de
1579. Mais en 1585 Paré, en avait intercalé
un autre, qui est resté dans toutes tes édi-
tions suivantes , et dont cependant il n’a
i4o
Les fiéures quartes en esté sont
briefueset courtes, selon l'aphorisme
d’Hippocrates 25. de la seconde sec-
tion : mais en automne elles sont bien
longues , principalement si elles pren-
nent sur la fin d’iceluy, vers le com-
mencement de rhyuer. Celle qui
prouient par les mauuaises disposi-
tions et par les maladies du foye, de
la ratte , ou par autre maladie prece-
pas fait usage pour son livre posthume des
Fiéures. Le voici :
« Esdiles fiéures suruiennent au com-
mencement des accès, rigueurs, horripila-
tion, baaillement , grande froideur et trem-
blement, iusques à claqueter les dents, qui
sont les précurseurs ou trompettes qui an-
noncent la venue de la liéure. Telles choses
se font à cause de la qualité et matière he-
ureuse qui altéré et corrompt les humeurs
contenus dedans les veines et arlcres : de
façon que Nature les a en horreur, et les
veines et artères les ietlcnt hors d’vne
grande secousse , et les respandent parmy
la chair, nerfs et membranes iusques au
pannicule charneux. Cestc qualité fébrile est
si cuisante et se meut si rudement , que les
parties par où elle passe en ont telle douleur
qu’il semble qu’on les pique et deschire.
Parquoy il ne faut trouver esirange si cesle
matière fiéureuse, soit froide ou chaude,
cause fiisson : car l’eau bouillante ietlée a
l’improueu sur vn corps nud. le fait trem-
bler aussi bien que la froide: loulcsfois la
fiéure, de quelque espece que ce soit, est
tousiours fondée en chaleur. Ainsi les par-
ties sensibles irritées d’humeur fébrile se-
couent toute la personne , lors que la vertu
cxpulsiue tasche à icller ce qui luy nuist.
De là vient le tremblement , qui demonstre
l’accès, lequel dure iusques ci ce que la ma-
tière febrile soit consommée et dissipée sen-
siblement et insensiblement. Sensiblement,
comme parsueurs, vomissemens, llux de \ en-
tre, llux de sang, flux d’vrine et autres. In-
sensiblement , par resolution, qui se fait par
insensible transpiration, parle bénéfice des
forces et chaleur naturelle de notre corps. #
1JO LE VINGTIEME LIVRE
dente est pire, et sonnent se termine
en hydropisie1. Si elle prouient sans
aucune mauuaise habitude du foye,
ou d’autres maladies, pourueu que
le malade se gouuerne bien , elle n’a-
meine point d’autresdangers : au con-
traire elle empesched’autres maladies
plus mauuaises, et garantit de melan-
cholie, epiiepsie, spasme, manie : d’au-
tant que la matière melancholique
dont telles maladies pourroient estre
excitées, est de quatre en quatre iours
euacuée par l’effort de l’accès.
La heure quarte, pourueu qu’il n’y
ait faute du malade, ny du médecin,
ne dure qu’vu an. Car ainsi que les ma-
ladies aiguës sontiugées faisans leur
* crise par le mouuement de la lune :
ainsi les maladies longues, comme He-
ures quartes et autres, sont iugées fai-
sans crises selon le cours du soleil, le-
quel est fai t par l’espace d’ vn an entier;
toutesfois, selon Auicenne, quelques-
fois elle dure douze ans 2 : on en voit
assez qui d’ordinaire durent dix-huit
mois, deux ans, et trois ans : celles
qui durent quatre ans et d’auantage
sont plus rares , et sont ainsi prolon-
gées pour la pluspart , partie pour
le mauuais régime de viure que l’on
garde , partie pour se seruir de quel-
ques remedes mal à propos et hors
de saison, lesquels on prend par
l’aduis du premier venu , et non des
médecins, n’y ayant maladie pour
laquelle le peuple sçache plus de re-
medes, et pour laquelle on en fasse
1 Tout ceci est repris du livre primitif de
1575; déjà Paré avait reproduit ce paragra-
phe avec les autres au livre des Tumeurs de
1579; mais, je ne sais pourquoi, ilavait alors
supprimé la phrase quisuit : si elle prouient
sans aucune mauuaise habitude du foije , etc.
2 Là s’arrête ce paragraphe dans le texte
de 1575 et de 1579 ; le reste appartient donc
ou livre posthume.
aussi d’auantage, à cause de sa grande
longueur,
La quarte qui commence en au-
tomne , d’ordinaire se termine au
printemps suiuant. Celle qui est faite
par l’aduslion du sang, ou de la clio-
lere, ou phlegme salé, est plus facile
et briefue à curer que celle qui est
faite de l’humeur melancholique
aduste *, pour ce que tel humeur me-
lancholique estant de sa nature ter-
resire , et difficile à esmouuoir et dis-
cuter ou résoudre plus que nul autre
humeur, il est encore rendu d’auan-
tage tel par l’adustion , par laquelle
les plus ténues parties d’iceluy estant
dissipées , et les autres restantes plus
crasses et terrestres, il est rendu plus
opiniastre , rebelle et malin.
La cure consiste en la diete,et aux
medicamens. La diete doit estre or-
donnée sur les six choses non natu-
relles contrariantes à la cause. Le
malade n’vsera de chair de pourceau,
ny de choses fiatueuses , visqueuses ,
gluantes: fuyra la chair des oiseaux
aquatiques , les poissons salés , la
grosse venaison, et autres viandes
grossières et de difficile concoction.
L’vsagc du vin blanc médiocrement
1 Ce paragraphe est encore emprunté à la
rédaction primitive; mais, dans le livre des
Tumeurs de 1579 , le texte était un peu dif-
férent. On y lisait seulement :
« Celle qui est faite par adustion du sang
ou phlegme salé est de plus facile et briefue
curation, que celle qui est faite par adus-
tion d'humeur melancholic ou bilieux. L’vn
est plus furieux cl pénétrant, l’autre est plus
pesant et dillieile à discuter. »
En 1585, Paré y ajouta cette autre phrase,
qui n’a point passé dans le livre actuel !
« Fernel, Iiure quatriesme des /Hures, cha-
pitre neufiesme, dit que les fiéures se gua-
rissenl plus souuent par nature que par les
remedes, parce que la cause en est ignorée. »
DES FIEVRES.
chaud et tépu luy est bon , et mesme
pris au commencement de l’accès ex-
cite le vomissement, lequel a tant de
vertu en la heure quarte, que d’iceluy
seul plusieurs ont esté guéris1. Ce
n'est pas que ie vueille que l’on or-
donne au commencement de ccsle
heure les vomiiifs, lorsque toutes
choses sont crues : car en ce temps là
ilsne seruent à proprement parier qu’à
irriter la nature , desbaucher l’eslo-
macb, et attirer dans iceluy vne quan-
tité de mauuaises humeurs : et si
ils ne tirent rien de la cause coniointe.
Il faut donc attendre la notification
des humeurs, et obseruer sur tout,
lors que l’on les ordonne, qu’il n’y ait
point de dureté sensible aux deux
viscères nourriciers, le foye et la
ratle : outre qu’ils ne profitent nul-
lement, si ce n’est après auoir vsé de
remedes apéritifs qui ayent dégagé
quantité d’obstructions qui se font
dans les petites veines , et qui entre-
tiennent le leuain de la üéure. Cela
estant , et ne restant que les humeurs
melaneholiques qui s’amassent Jour-
nellement en la ratle, si l'on vient
à donner quelque vomitif il profite
grandement, d’autant qu’il irrite la
ratle à se desgorger de ses humeurs
melaneholiques dans l’estomach , par
le conduit que l’on appelle vas breve,
qui va de la ratle audit estomach.
1 Jusqu’ici ce paragraphe est calqué sur le
texte de 1575; je dois dire cependant qu’en
1579 il y avait eu un petit changement qu’il
est bon de reproduire :
« L’vsage du vin blanc ténu, et médiocre-
ment chaud, est bon pour atténuer et inciser
l’humeur melancholic , prouoquer les urines et
sueurs. Et mesmes pris au commencement
de l’accès, etc. »
Quant au reste du paragraphe : Ce n’est
pus que ie vueille, etc., il appartient exclu-
sivement au livre posthume.
1 5 1
Outre tout cecy, les exercices, les
frictions auant le repas, et autre;
choses accoustumées prises et faites
auec médiocrité, sont louables et vli-
les au fébricitant. Les actions de
l’ame contraires à la cause dont reste
fiéure aura esté excitée , luy doiuent
estre permises, comme lotis ieux ,
sons d’inslrumens de musique, dis-
cours agréables et récréatifs et autres
choses resioiiissantes. Dés le commen-
cement il faut doucement traiter le
malade, et ne faut vscr d’aucun fort
et violent médicament , si ce n’est
quelque temps après : car du com-
mencement ceste humeur opiniastre
est rendue plus rebelle et reseichce
par la chaleur des violens medica-
mons. Et si le sang est abondant , il en
faut tirer delà médiane ou basilique
du bras senestre ou de la veine splé-
nique1: auec ceste caution, que s’il se
monstre noirastre et espais.il le faut
laisser couler : et au contraire, s’il se
monstre ténu et bien coloré, il faudra
promptement Fan-ester L
Quelquesfois le sang n’est pas seu-
lement noirastre , mais aussi cor-
rompu et pourri : pour lors il faut en
tirer vn peu plus largement , et plus
d’ vne fois. On a obserué que saignant
deux heures deuant l’accès , cela non
seulement adoucit les accès , mais re-
tranche tout d’vn coup la héure :
bien qu’à vray dire cela arriue fort
rarement. L’ouuerture des veines be-
morrhoïdes, soit par la lancette,
i [S eine splénique, splenitique ou spleneli-
que, c’cst la salvatelle de la main gauche;
voyez lome I, page 274. Le traducteur latin
ne parle pas de la saignée de celle veine; et
l’on va voir Paré lui-même eu faire une cri-
tique vigoureuse.
3 Ce paragraphe se lisait déjà dans les
éditions de 1575 et 1579; mais le suivant est
une addition du livreîposlbume.
LE VINGTIÈME LIVRE ,
1 5 2
soit par les sangsues , à ceux qui en
sont trauaillés et ausquels elles pa-
roissent , est fort souueraine : et ce
remede est non seulement vacuatif,
mais deriuatif, ostant la cause con-
iointe que la nature souuent déposé
et met dans ces veines , qui ont grande
communication auec la ratle, comme
nous auons enseigné en l’anatomie,
le diray encore vn mol de la saignée
faite en la veine spienique ou salua-
lelle: c’est qu’il y a quelques vns si
scrupuleux et si superstitieux, qu'ils
croyent qu’il ne faut ouurir autre
veine que celle là en ceste fleure, et
qu’indubitablement elle la guérit ,
quand bien même on n’en tireroil
que peu de sang. Mais il faut que ces
gens desraeinent ceste mauuaise opi-
nion de leur esprit, et qu’ils croyent
que la saignée faite de la médiane ou
basilique est mille fois meilleure sans
comparaison que de la saluatelle. Il
est vray qu’elle se peut faire de ceste
veine icy loutesfois et quand que
nous craignons quelque foiblesse au
malade , et que nous redoutons en
vne longue et pénible maladie, telle
qu’est la fleure quarte , vne trop
grande dissipation d’esprits : mais au-
trement la saignée de ceste veine me
semble inutile. Car à quel propos, si
nous voulons vuider et euacuer le
sang grossier et noirastre, prendrons-
nous vn filet de veine telle qu’est la
saluatelle, et laisserons-nous vn gros
tuyau , duquel en faisant bonne ou-
uerture nous pouuons tirer le sang
terrestre et grossier , qui pour sa pe-
santeur et sa consistance ne sçauroit
iamais sortir d’vne petite veine , qui
ne peut souffrir qu’vne bien petite
ouuerture? Que l’on pese vn peu ces
raisons, et que l’on ne s’aheurte point
tant à certaines opinions préoccupées,
qui n’ont point d’autre fondement
que la fantasie de quelques ignorans
empiriques , qui iugent par vn eue-
nement particulier de tout en ge-
neral.
Pour les medicamens pharmaceu-
tiques , il faut digérer et diminuer la
matière par syrops d’epithyme , de
scolopendre , de capilli veneris , de
cupatorio, auec eaux ou décoctions
de houblon, bourrache, buglosse,
et leurs semblables1. On peut faire
quelque syrop magistral de pommes
de reinette , ou court-pendu , de bu-
glosse , bourrache, capillaires, et
autres, et le rendre purgatif auec bon
séné de Leuant, qui est comme l’alexi-
pbarmaque de l’humeur melancho-
lique, et en purger le malade deux
fois la sepmaine : ce qu’il faut conti-
nuer opiniastrement , pour auoir rai-
son de ce mal opiniastre. le proteste
auoir esté cause de la guérison de
plusieurs2, qui auoient esté long-
temps vexés et trauaillés de ladite
fleure, donnant à boire au commen-
cement de leur accès, et à la décli-
naison de la maladie trois doigts
d’eau de vie, auec vn peu de théria-
que dissoute en icelle3 : lesquels reme-
des estoient baillés selon les forces du
malade, et les indications cy dessus
mentionnées , le tout après auoir vsé
des remedes generaux et particuliers,
1 Ce paragraphe se lit déjà dans le texte
primitif de 1575 et au livre des Tumeurs de
1579, mais avec quelques changements qu’il
importe de noter. Ainsi toute la phrase qui
suit : Un peut faire quelque syrop magis-
tral , etc., se lit pour la première fois dans
le livre posthume.
2 Ceci est le texte pur de 1 575 ; celui de
1579 porte : le proteste auoir esté cause, auec
l'aide de Dieu, de la guurison de plusieurs, CIC.
3 Paré suit encore ici son texte primitif;
en 1579 il avait ajouté : ou deux et trois
grains de musc, dissouls en maluoisie.
DES FIEVRES.
pour la préparation de l’humeur me-
lancholique. Car pour en parler à la
vérité, 1 heure quarte inueterée ne
peut eslre guerie, si le corps n’est
grandement eschauffé par alimens et
medicamens. Parquoy en tel cas , ie
trouue bon 1 ce que plusieurs disent
auoir heureusement pratiqué : sca-
uoir de donnerau matin du vin blanc
à boire, dans lequel par l’espace
d’vne nuit auront trempé fueilles de
sauge.
C’est aussi chose vtile, sur le com-
mencement de l’accès, d’oindre toute
l’espine du dos d’huiles propres à es-
chauffcr les nerfs, telles que sont
l’huile de ruë, de noix muscade, de
poiure, de vers , y mettant quelque
pen d’eau de vie : car telles onctions
valent non seulement à mitiger la
vehemence de l’horreur, mais aussi
à esmouuoir les sueurs 2.
1 Correction de 1570 : ie ne trouue hors
(le raison.
2 Ce dernier paragraphe appartient en-
core au texte de 1575; il ne terminait ce-
pendant pas alors le chapitre , et fauteur
ajoutait :
«Telle est la curation des fiéures inter-
mittentes vrayes et légitimés, c’est à-dire
de celles qui sont d’vn seul, pur et légitimé
humeur, de laquelle se pourra aisément
comprendre la curation de celles qu’on ap-
pelle intermittentes bastardes, de tant qu’es-
tants excitees d’vn humeur non pur et sim-
ple, mais adultéré et meslé de deux (comme
pour exemple la heure intermittente bas-
tarde de l’humeur bilieux, qui a en sov
quelque meslange etadmixion de l’humeur
pituiteux), il faudra pour la curalion d’icel-
les, mesler les médicaments propres à la
tierce et à la quotidiane, de tant que les
causes de telles fleures sont meslees, faisant
vue sorte de fleure confuse de toutes les
deux. Faut maintenant parler des fleures con-
tinues. »
On comprend que dans son nouveau
1 53
CHAPITRE XXIX.
DE LA FIÈVRE QX’ARTE INTERMITTENTE
RASTARDE.
Entre les fiéures de l’humeur me-
lancholique, est la hélice quarte in-
termittente illégitime et baslarde,
ainsi appellée à cause qu’elle ne se
fait pas comme la precedente de l’hu-
meur melancholique naturelle, pure
et simple : mais bien ou d’icelle hu-
meur meslée et adultérée de quelque
autre humeur, telle qu’est la pituite
ou la bile, ou de l’humeur melancho-
lique contre nature , qui s’appelle
Atrebile. De quelque façon qu’on la
prenne, elle a ses accès comme la
precedente de quatre iours l’vn , c’est
à sçauoir, après deux iours d’inter -
Traité, Paré voulant parler des fièvres inter-
mittentes bâtardes, ce qu’il va faire dans le
chapitre suivant , tout ce paragraphe deve-
nait inutile. Il ne l’était pas moins au cha-
pitre 30 du livre des l'umeurs , où il s’agis-
sait seulement de la fiéure qui suruienl aux
tumeurs schirrheuses ; mais là, le dernier pa-
ragraphe s’était beaucoup étendu, et c’est
par oubli sans doute que Paré n’a pas trans-
porté dans son Traité posthume cette rédac-
tion nouvelle. Ce qu’on va lire est entière-
ment de la date de 1579.
« C’est aussi chose vtile, vn peu douant
l’accès, oindre toute l’espine du dos d’huil-
les propres à eschaulfcr les nerfs, comme
sont l’huille de rue, de poiure, auec vn peu
d’eau-de-vie, ou huile de castorce qui aura
cuit sur les charbons dans vne pomme de
colocynthe vuidee de ses grains , auec poi-
ure, pyrelhre et euphorbe puluerisez , et ce
iusques à la consomption de la moitié de
l’huile: le tout en apres exprimé. Telles
onctions valent non seulement à mitiguer
la vehemence de l’horreur ou frisson : mais
aussi à esmouuoir les sueurs. Car tels me-
LE VINGTIEME LIVRE ,
1Ô4 ,
mission vn iour d’accès: et ce d’au-
tant que quelque mixtion qu’il y
puisse auoir, l'humeur melancholique
y prédominé lousiours.
Or 011 obseruera diligemment que
la fleure quarte légitimé est tous-
iours plus longue que la bastarde,
d’autant qu’entre toutes les humeurs,
ii n’y en a point de plus rebelle, de
plus difficile à préparer et mitiger
que l’humeur melancholique : si bien
que là où ceste humeur se trouue
pure et simple , et sans meslange
d’aucune autre humeur, il y a plus
de peine à la dompter et à la prépa-
rer : là où s'il y a quelque autre hu-
meur meslée parmy, ceste humeur là
l’adoucit et l’empesche d’estre si re-
belle. Doncques si la pituite se trouue
meslée parmy l’humeur melancho-
lique, la fleure n’en sera pas si lon-
gue : mais elle sera aussi plus longue
que si ladite humeur melancholique
dicamens par leur chaleur et humidité es-
meuuentet esbranlent cest humeur pesant,
et non obéissant à la faculté expultrice : n’es-
tant l’humeur melancholic autre chose que
comme la lie de toute la masse du sang.
Mais si au contraire la fiéure quarte estoil
excilee d’adustion d’humeur bilieux, il la
faudrait traiter par remedes réfrigérons et
humeclans, vsantde potages, d’oseilles, le-
tue,pourpié, concombres, citrouilles, me-
lons, et semblables. Autrement qui voudrait
vser de remedes eschauffans, il rendrait tel
humeur plus rebelle par dissipation de ce
qui luy resterait d’humidité. Ainsi Trallian
(lin. 12, chap. 8.) raconte auoir guary plu-
sieurs qui auoient telles fiéures, pour auoir
vséen temps commode et au parauant l’ac-
cès, d’epithemes médiocrement refrigerans.
Quant aux mcdicamens purgatifs qu’il fau-
dra vsurper deuant que venir à ses particu-
liers, le séné, l'agaric, rhabarbe, diapbœni-
cum, sont recommandez pardessus lesau très.
Aussi est le diacariami, duquel Rondelet se
dit auoir guary plusieurs fiéures quartes.»
estoit adultérée de l’humeur bilieuse:
à raison que la piluite est bien plus
difficile à cuire , mitiger et adoucir
que la bile, laquelle fait des maladies
bien plus courtes que ne fait pas la
pituite.
On peut en outre reconnoistre la
qualité et condition de l'humeur qui
est meslée auec la melancholique ,
par les signes que nous auons rappor-
tés en la fiéure tierce et en la fleure
quolidianc. Car si parmy les signes
de la fiéure quarte , nous en recon-
noissons quelques vus qui soient
propres, ou de la fiéure tierce, ou
de la fiéure quotidiane, nous pou-
uons dire en asseurance que c’est
la bile ou la pituite qui est mes-
lée auec la melancholie: outre qu’a-
uec cela nous pouuons reconnoistre ,
et par le tempérament du malade,
et par son genre de viure, et par
la saison, et par la constitution de
l’air, et par l’aage mesme du ma-
lade , si c’est bile ou pituite qui se
mesle auec la melancholie. Certes
quand ie songe qu’Hippocrates dit au
lii'.i-e 2 . des Aphorismes, aphor. 25,
que les fiéures quartes qui arriuent
l'esté sont courtes, que celles qui
viennent l’automne sont longues ,
et celles qui viennent proche de
l'hyuer sont encore plus longues :
ie me persuade qu’il a voulu don-
ner à entendre que les fiéures quar-
tes qui se font de la mixtion de
la bile qui régné en esté, sont plus
courtes que les autres : que celles qui
se font en automne tiennent du
meslange de la pituite , et par consé-
quent qu’elles sont plus longues que
celles qui se font en esté, mais aussi
plus courtes que celles qui se font en
hyuer, auquel temps le suc melancho-
lique domine d’auantage. Ce qui soit
dit pour plus claire intelligence de tout
DES FIEVRES.
ce que nous auons apporté cy-dessus
des fiéuresquarles bastardes intermit-
tentes, qui s’engendrent de la mix-
tion de quelques humeurs auec la
melancholique.
Reste à parler de celle qui se fait
de l’atrebile ou humeur melancholi-
que contre nature. Or ceste humeur
se fait doublement, premièrement
du suc melancholique qui sebrusiant
et pourrissant outre mesure, deuient
mordant, acre, malin et grandement
noirastre : secondement de la bile
iaune ou vitelline, qui venant à se
brusler, se conuerlit premièrement
en bile porracée, puis après en cru-
gineuse, et en lin en bile acre et noire.
Ceste humeur ainsi bruslée acquiert
vne grande et insigne acrimonie , et
vne vertu corrosiue si remarquable,
que versée et espandue sur terre, elle
la fermente et la fait comme bouillir
et esleuer. Galien compare ceste hu-
meur à la lie de vin bruslée , ou à vn
fer rouge et aident de feu : et le suc
melancholique au fer qui n’est chaud
ny ardent , et à la lie de vin qui n’est
point bruslée. Toutesfois et quantes
donc que ceste humeur atrabilaire
s'amasse en trop grande quantité
hors des grands vaisseaux , et qu’elle
vient à se pourrir, elle excite vne
fiéure quarte intermittente bastarde
bien plus violente et ardente, bien
plus maligne et périlleuse que toutes
cellesquenousauonsescrit cy-dessus.
Tous les accidens qu’elles apportent
sont plus violens, et ses accès appro-
chent fort en vehemence de la fiéure
causonide : la langue est seiche, aride
et noire, l’alteration grande et déme-
surée, l’esprit exlrauague ordinaire-
ment , le ventre est bouffi et doulou-
reux , les veilles sont importunes , et
le peu de sommeil qui vient est ac-
compagné de grandes resueries et de
1 55
songes espouuantables : les entrailles
sont eschauffées outre mesure , le
foye et la ratte bruslans et ardens :
bref, tous les symptômes sont grands
et considérables, et donnent appré-
hension ou que quelque inflammation
intérieure se face, ou que le foye et
la ralte se desseichcnt ou s’endurcis-
sent, en sorte qu’ils causent vne hy-
dropisieou dysenterie mortelle.
Pour ce qui est de la cure de la
fiéure quarte bastarde, si elle se fait
du meslange du suc melancholique
auec l’humeur bilieuse ou pituiteuse ,
il faudra la traiter comme la vraye et
légitime, ayant toutesfois esgard à
l’humeur qui sera mesléeauec la me-
lancholique, y appropriant lesreme-
des propres etconuenables : sçauoirà
la bile, ceux que nous auons spécifiés
en la cure de la tierce, et à la pituite
ceux dont nous auons parlé en la cure
de la fiéure quotidienne. Mais quant
à ce qui est de la quarte faite de l’hu-
meur atrabilaire, il faut presque vne
contraire curation, s’empesebant tant
qu’il est possible d’vser ny d’alimens
ny de medicamens chauds. Toutes
choses doiuent estre rafraîchissantes
et humectantes : la saignée doit estre
frequente et des bras et des pieds :les
purgatifs doiuent estre doux et bé-
nins : les iuleps et apozemes apéritifs
doiuent estre sans chaleur manifeste :
les epithemes sont grandement vtiles
pour rafraîchir et humecter, et dé-
tremper ceste mauuaise humeur, et
la rendre plus souple et obéissante
aux medicamens purgatifs : les demy
bains d’eau tiede aux iours d’inter-
mission sont tres-excellens : le petit
laict pris en grande quantité est vn
remede souuerain, principalement si
on fait bouillir dedans vn peu de fu-
meterre. Bref, il faut vn£ grande pru-
dence à traiter les malades de ceste
1 56
LE VINGTIEME LIVRE
fiéure , laquelle , de mesme que les
carcinomes, demande plustost à estre
flattée qu’irritée.
CHAPITRE XXX.
DIÎS FIÈVRES QVINTAINE, SEMAINE,
OCTAINE, ETC.
le me Irouue bien empescbé tou-
chant la connoissance de ces fleures
icy intermittentes, pour ne sçauoir
presque à quel genre de fiéure ie les
dois rapporter : estans au reste si ra-
res et si peu vsitées que peu de Méde-
cins les rencontrent. Le premier tou-
lesfois qui les a obseruées, et qui nous
en a laissé quelque chose par escrit ,
c’est Hippocrates au liure des Epidé-
mies : et ensuite quelques Médecins
sont venus, dont les vus ont dit qu’ils
auoient veu des fleures quintaines,
les autres dessextaines, Jesautresdes
septaines, octaines, nonaines, et ainsi
de quelques autres pareilles , dont
toutesfois ils ont parlé si legercment,
qu’ils ne nous ont rien laissé d’asseuré
par escrit, soit de leurs causes, soit de
leur curation. Quelques vus d’eux
se sont persuadés que ce n’estoil point
vn genre de fiéure distinct et séparé
des autres, mais que c’estoient fléures
erratiques, lantost ephemeres, tan-
tostquotidianes, tantosl tierces, selon
la condition de l’humeur qui les fai-
soil , et qui estant amassé en petite
quantité n’apportoit que peu d'accès.
D’autres ont voulu dire que c’estoient
fléures compliquées , tantosl d’vne
ephemere auec vne quarte, tantost
d’vne tierceauecvnequotidiane, dont
l’on n’obseruoit pas bien les accès ni
les périodes. Bref, il y en a qui ont creu
que tout ainsi qu’aux choses natu-
relles il y a des monstres et des
prodiges, aussi parmy les maladies et
les fleures il y en a de monstrueuses
et prodigieuses , desquelles on ne
sçauroit rendreraison, si ce n’est qu’on
recourust aux causes vniuerselles, et
aux constellations du Ciel, qui selon
ses diuerses influences, produit diuer-
sités d’etTets, lesquels les hommes ad-
mirent sans en connoistre la raison.
Pour moy i’ay trouué bon de rap-
porter ces fléures icy aux melancho-
liques, à cause des eslranges effets
que produit ceste humeur, laquelle
comme vn Protée se change en mille
et mille façons, et produit des accidens
sidiuerset si prodigieux, que quel-
ques vus n’ont point fait de difficulté
de dire qu’il y auoit quelque chose de
diuin en icelles : mesme qu’Arislote
en ses problèmes, et au liure de la di-
uination par les songes, asseure que
tous les grands personnages qui ont
paru et esclaté , soit en la guerre,
soit en la poésie, soit aux sciences, soit
aux diuinations, ont esté touchés de
ceste humeur melancholique. Et véri-
tablement nous voyons vne si grande
différence et variété entre ceux que
nous appelions hypochondriaques ,
bien qu’ils soient affligés d’vne mesme
maladie de melancholie, qu’il faut
croire et confesser qu’il y a quel-
que chose d’extraordinaire en ceste
humeur. le me suis mille foiseslonné
comment vn melancholique s’estime
roy, empereur, riche, heureux, sça-
uant, qui ne l’est pas, etvn autre qui
l’est s’estime ignorant , pauure, mal-
heureux , et de basse condition Tel
croit auoir les forces de soustenir le
Ciel auec le doigt, et vn autre se per-
suadera qu’il n'aura pas la force de se
mouuoir. Toutes ces merueilles font
que i’ay creu pouuoir rapporter tou les
ces fleures périodiques extraordi-
naires au mouuement de l’humeur
DES FIEVRES.
melancholique ou atrabilaire , qui ne
s’amassant pas tousiours en suffisante
quantité, et n’acquerant pas pareille-
ment vne suffisante qualité putredi-
dinale pour exciter la fiéure de qua-
tre en quatre iours, quelquesfois elle
le fait de cinq en cinq, tantost de six
en six, tantost de sept en sept, plus
ou moins, selon quele corps se trouue
disposé à engendrer peu ou point de
ceste humeur, et selon que l’humeur
se trouue disposée etpresle à receuoir
pourriture. Que s’il y a quelqu’vnqui
n’approuue mes raisons, il luy sera
loisible de remettre ces fiéures icy au
rang des erratiques et inconstantes,
desquelles Galien a très doctement et
très -Judicieusement parlé à la fin
du second liure des différences des
fiéures , les paroles duquel ie veux rap-
porter pour esclaircissemenl de ceste
matière.
« Les fiéures , dit-il , qui n’ont point
» d’ordre, acquièrent ce desreglement
» par l’erreur qu’on commet au regi-
» me de viure. Aussi le s;mg quand il
» se pourrit, se change grandement
» et passe en vne autre nature : car,
» comme nous auons expliqué cy-de-
» uant, vne portion du sang se change
» en bile iaune, vne autre en la hile
» noire. Or est-il que selon que les hu-
» meurs se changent dans le corps
» des malades , à mesme temps aussi
» les accès et les périodes des fiéures
» se changent, comme pareillement à
» cause des fautes que l'on commet au
» boire et au manger, lesquelles fautes
» changent lesaccés. Partant à tous les
» changemens et fautes notables que
» le malade fait , il est necessaire ou
» que les accès anticipent, ou qu’il s’en
« fasse de nouueaux tous differens des
k autres, d’où vient la variété des
» périodes. Voicy encore vne autre
» raison de ce changement, c’est qu’a
l 57
» mesme temps qu’il y a vne liutneu r
» en quelque partie du corps qui
» commence à se pourrir, à mesme
» temps il y a vne autre humeur dif-
» ferenle qui regorge ou en quelque
» autre partie du corps , ou bien
» mesme en tout le corps : d’où le
» plus souuent à cause de la compli -
« cation ou confusion des accès et re-
» doublemens inconneus au Médecin,
» il semble que les périodes sont sans
» ordre et reglement : ce qui n’est pas
» toütesfois, l’ordre ne se changeant
» iamais que lors que les humeurs
» qui font la fiéure changent de na-
» ture et sont conuerlis en d’autres
» humeurs, ou bien lors qu’il arriue
« que l’on commet des fautes au re-
» gime de viure. »
Voila à peu prés ce qu’a dit Galien
pour le changement des accès, que
nous pouuons approprier à ces fiéures
cy-dessus nommées. Bien qu’à vray
dire, il n’est besoin de se mettre tant
en peine pour leur intelligence ,
veu qu’elles arriuent si rarement, et
qu’elles donnent en outre le loisir
de consulter les médecins sur leur
guérison.
Or pour l’ordre qu’il faut y appor-
ter lors qu’elles arriuent, ie desire
que l’on considère seulement si elles
se font ou de suc melancholique na-
turel, ou de l’humeur atrabilaire : si
c’est du premier , il faudra les traiter
comme les fiéures quartes intermit-
tentes légitimés : si c’est du dernier,
elles seront traitées comme la quarte
intermittente qui se fait de l’atrebi-
Ie : c’est pourquoy il leur faudra des
remedes rafraichissans et humec-
tans. Au reste, Hippocrates dit qu’en-
tre les fiéures qui auoient cours en
Thasos, durant la troisième consti-
tution de l’air qu’il raconte au pre-
mier des Epidémies , il n’y en auoit
LE VINGTIEME LIVRE,
1 58
point de pire que les quinlaines : car
soit qu’elles arriuassenl auant la phti-
sie, soit qu’elles vinssent après , elles
apportoient la mort. Ceux qui vou-
dront sçauoir quelle opinion a eue
Galien de ces fleures, qu’ils aillent
voir son commentaire troisième sur le
premier des Epidémies , article deux ,
neuf, et dix-sept.
CHAPITRE XXXI.
DE LA FIÈVRE OVARTE CONTINVE ».
Après les fièures quartes intermit-
tentes, vient la quarte continue, la-
quelle est fort rare, pour le peu de
melancliolie qui s’amasse dans les
veines au regard des autres humeurs.
Elle se connoist par les mesmes signes
que l’intermittente, sinon qu’elle a
son exacerbation de quatre en quatre
iours, sans frisson ny horreur, et sa
remission sans sueur. On peut bien
remarquer en ceste fleure quelques
signes de pourriture, mais fort ob-
scurément : ny le pouls mesme n’est
si leger, frequent et inégal qu’és au-
tres fièures : ny l’vrine n’est si rouge
ny enflammée, bien qu’elle se monstre
plus espaisse.
La cause d’icelle est l abondance du
suc melancholique en la masse du
sang, laquelle prouieni de l’infirmité
de la ratte, qui ne fait pas deuëmcnt
son deuoir d’attirer suffisamment le-
dit suc melancholique, deuant que le
sang passe dans la veine caue.
Il faut icy saigner comme és autres
fièures, après auoir donné vn clystere
auparauant. Pour laquelle chose ar-
tificiellement exécuter, il faut choisir
1 Ce chapitre est en grande partie copié
du chapitre 13 du livre primitif.
et ouurir la veine du bras gauche qui
a plus de communication auec la
ratte, à l’entour de laquelle la plus-
part de la matière de ceste fiéure est
souuent amassée. Quoy fait, trois ou
quatre iours après, sans se haster
d’auantage (d’autant que ceste fiéure
est longue, et non si aiguë que les au-
tres continues) il faudra donner quel-
que doux médicament et lenitif,
comme de casse et de catholicon ,
auec décoction de mercuriale, ou de
laict clair, ou de passules, polypode
et séné. Que si l’ardeur est grande,
après auoir encor saigné vne fois ,
nous vserons des sirops de fumeterre,
de acetositate citri, mesme nous y ad-
iousterons les eaux de pareille fa-
culté , comme de violes , de pourpié,
de courges , de buglosse , bourrache :
et en ceux qui ont vn tempérament
bilieux, de cichorée et d’endiue1.
Or il faut' noter que ceste fié-
ure, comme elle est rare, aussi est-
elfe tres-dangereuse , au contraire de
la quarte intermittente: si bien que
peu en réchappent , et principale-
ment les vieilles gens. C’est pourquoy
ii faut par tous moyens regarder à
entretenir les forces du malade, ce
qui se fera en permettant l’vsage du
bon vin ténu et odoriférant, comme
vin de maluoisie, vsant de restaurans
et condits, qui se font de conserue de
buglosse, de bourrache, de violes,
de capillaires, de cichorée, auec pou-
■ Après ce paragraphe, l’édition de 1575
en contenait un autre que voici :
« Que si ceste fleure est engendree , non
de melaneholie simple, mais aduste et brus-
lee, le syrop d’endiue simple et composé, le
syrop composé de fumeterre, d’epithymoy
sera propre ; toutesfois il ne faut point vser
de syrops composez que premièrement la
matière ne soit aucunement cuitte et pré-
parée. *
UES FIEVRES.
dres de diamargaritum frigidum, et
de gemmis. On peut aussi donner des
potions cordiales, qui se feront de
confection d’alkermes, auec eau de
violes, de bourrache, sirop de vio-
les, ou bien sirop de nénuphar et de
pauot, si le malade ne peut dormir.
Les confitures de cerises, de pescbes,
et autres fruits que nous auons ac-
coustumé de confire en eslé, sont fort
propres à telle maladie. Au reste sur
l'estât et déclinaison de ce mal, plu-
sieurs louent l’vsage des choses acres,
comme niouslarde, poiure et viandes
sallées, d’autant que lesel incise et at-
ténué les excremens, qu'il deseiche,
ramasse et fortifie les facultés . ce que
toulesfois ie n’approuue pas beau-
coup '.
Ceste fleure fort heureusement se
peut terminer par vomissement d’hu-
meurs noires, non en toutes person-
nes, mais en ceux ausquels le vais-
seau appelle vas breue (qui va de la
cauité de la ratte à l’orifice de l’esto-
macb, pour en repurgeant la ratte ex-
citer l’appelit, et roborer le ventri-
cule par le moyen de l’acidité du suc
melancholique) est fort grand et am-
ple. Autrement la ratte se purge
mieux par embas , la matière estant
portée de la veine splenique au tronc
de la veine porte, et de là incontinent
en la veine mesenterique. Elle se
purge aussi par les veines hemorrhoï-
des, qui naissent de la veine spleni-
que, et aussi par les reins et vrines
j>ar le moyeu de l’artere mesente-
rique
I’ay oublié vn point qu’il faut tou-
tesfois bien noter pour la curation
generale de toutes les fiéures conti-
nues : c’est qu’en icelles, il faut que la
1 Ces mots : ce que toulesfois ie n’approuue
pas beaucoup, sout une addition du traité
posthume.
i59
façon de viure soit bien plus exquisite
et ténue qu’és intermittentes, et prin-
cipalement si auec ce qu’elles sont
continues , elles sont aiguës, c’est à
dire qu’elles doiuent auoir leur estât
et crise au septième iour : iusques-
là que sur le point de l’estât et de la
crise, il ne faut que très peu ou point
nourrir le malade, de peur de reuo-
quer la Nature de son mouuement et
excrétion des humeurs morbifiques,
pour l’occuper et l’empescher en la
cuisson des viandes. Si que peu à peu
du commencement iusques à l’estât ,
nous diminuions tousiours l’ordinaire
delà nourriture : et au contraire l’es-
tai passé, nous l’augmentions tou-
siours peu à peu comme nousl’auions
auparauant diminué. Souuienne-toy
aussi de ne donner eau froide aux fié-
ures continues, si la fiéure n’est fort
ardente", et si les signes de concoction
n’ont précédé , et si les parties ne
sont exemptes de phlegmon ou in-
flammation : autrement tu permettras
au malade d’en prendre tant qu’il en
pourra porter. Voila ce que i’auois
oublié pour le general des fiéures con-
tinues L
le reuiens à la quarte continue, et
dis qu’outre celle que nous venons
d’expliquer , il y en a vne autre qui
se fait de l’atrebile , laquelle est tres-
perilleuse et tres-dangereuse, estant
1 Le chapitre de 1575 se terminait avec
ce paragraphe; seulement on n’y trouvait
pas ces derniers mots : voila ce que i’auois
oublié, etc., et en leur place on lisait celte
phrase :
« Telle est la curation des fiéures conti-
nues en general et en particulier , i’entens
de celles qui ne sont accompagnées de fas-
cheux, pestilens et pernicieux symptômes :
car des fleures pestilentes et de leur cura-
tion, nous en auons amplement traitté en
nostre liurede la Peste. »
LF. VINGTIEME LÎVRE ,
ÎÔO
presque impossible qu’vne humeur si
chaude et maligne puisse s’amasser
au corps sans l’inflammation de la
ralte ou de quelque autre partie. A
ceste fiéure icy, il faut saigner hardi-
ment des bras et des pieds, pour em-
pescher qu’il ne se face quelque
phlegmon : faut fuir la purgation au
commencement connue vn poison,
mais la faudra remettre au temps que
la matière sera cuite et préparée.
Qu'on se donne garde d’vser dereme-
des chauds, mais de toutes choses
réfrigérantes et humectantes. Le laict
clair, les epithemes et fomentations,
les bains et demy bains d’eau tiede
sont excellons. Bref, on traite les
malades de ce mal comme ceux qui
sont affligés d’vne maladie grande-
ment chaude , et qui est produite par
des humeurs grandement acres etvio-
lens.
Et cecy suffise pour la curation
des fiéures melancholiques, ensemble
de toutes les fiéures humoralles sim-
ples, tant intermittentes que conti-
nues.
CHAPITRE XXXII.
DES FIÈVRES H VMOR ALLES COMPOSEES,
ET PREMIEREMENT DE l’HEMITRITÈE.
Nous auons cy deuant diuisé les
fiéures humoralles en simples et com-
posées : pour les simples, elles ont
esté expliquées assez copieusement
et prolixement : il reste donc à parler
des composées.
Or par les composées ie n’entens
pas seulement celles qui sont compo-
sées, mais aussi les confuses. l’appelle
composées, celles qui concourent le;-
lement ensemble, et sont en sorte as-
semblées , que la nature de chaque
fiéure, les signes et les symptômes
peuuent estre aisément distingués et
reconneus. Mais les confuses sont tel-
lement raeslées ensemble, qu’elles
commencent à mesme temps , finis-
sent à mesme temps, et ont leurs si-
gnes si confus qu’on ne les peut pres-
que reconnoistre. Or la complication
(car il faut parier de celle-là, deuant
que parler de la confusion) se fait en
diuerses façons : premièrement lors
qu’vne fiéure putride se mesle auec
vne fiéure non putride, commequand
l’ephemere se mesle auec la synoque
pourrie, ou vne fiéure pourrie auec
l’hectique : secondement, lors qu’vne
fiéure pourrie se mesle auec vne au-
tre pourrie , et ce auec des fiéures
qui soient de mesme espece , ou qui
soient de diuerses especes. Quand vne
fiéure tierce intermittente se mesle
auec vne autre tierce intermittente,
ou une quarte intermittente, auec
vne autre quarte aussi intermittente,
pour lors il se fait complication de deux
fiéures de mesme genre et espece. Mais
quand vne tierce vient à se ioindre et à
se mesler auec vne quotidiane ou auec
vne quarte, alors il se fait vne compo-
sition de fiéures de diuerses especes :
d’autant que la tierce estant faite de
bile, est d’vne autre espece que n’est
pas la quotidiane qui se fait de pituite,
ou la quarte qui se fait de l’humeur
melancholique. Qui voudroit icy re-
chercher exactement toutes les com-
plications des fiéures qui se peuuent
former et figurer par l’entendement,
et qui voudroit s’eslendre sur cha-
que complication , auroit vn grand
chemin à faire, et trouueroit assez de
matière pour faire vn grand discours :
mais pour moy i’ay délibéré de me re-
trancher et de demeurer dans les
termes des fiéures compliquées qui
des fièvres.
se rencontrent plus ordinairement, et
qui sont delà pratique de la Medecine,
entre lesquelles ie n’eu trouue point
de plus grande importance et déplus
difficile à traiter que celle que l’on
nomme hemitritée. C’est pourquoy
nous parlerons d’elle en ce chapitre
icy , et reseruerons les autres au sui-
uant.
Ce que les Grecs appellent hemilri-
teum, les Latins l’appellent semitertia-
narn, par vne forme de parler fort
impropre, veu que ces mots là signi-
fient vne fiéure qui retient la na-
ture d’vne demie tierce seulement : et
toutesfois c’est vne fiéure qui a la na-
ture et les accidens beaucoup pires
qu’vne fiéure tierce, et de la moitié
plus dangereux. Aussi n’esl-ce pas ce
que les autheurs grecs et latins ont
voulu entendre par ces appellations,
mais ils nous ont voulu donner à con-
noistre que ceste tierce tient en partie
de la nature de la fiéure tierce , et en
partie de la quotidiane , d’autant
qu’elle est composée de ces deux lié-
ures là. Ils ont dit semitertianam ,
comme qui diroit qu’vn mulet est se-
miasinus , et le minolaure semiuir ,
à cause que le mulet est en partie
engendré d’vne asnesse , et en partie
d’vn cheval , et que le minolaure est
partie homme, partie taureau, pour
auoir esté engendré d’vne femme et
d’vn taureau. Pour autant donc que
la demie tierce est composée d’vne
fiéure tierce et d’vne quotidiane ,
elle a obtenu sa dénomination des
Grecs et des Latins , et nous n’auons
point en françois de plus propre nom
pour l'appeller.
Or nous la pouuons définir fiéure
continue qui a des exacerbations de
tierce et de quotidiane tous les iours,
in.jendrée partie de la bile, partie de la
pituite qui se pourrit en diuers foyers.
III.
1 6 1
le dis qu’elle est continue: car l’accès
de la fiéure iierce surucnant deuant
que l’accès de la quotidiane soit passé,
ou bien l’accès de la quotidiane sur-
prenant deuant que celuy de la tierce
soit tout à fait esteint, le malade ne
se trouueiamais sans accès : c’est pour-
quoy ceste fiéure est continue. Quel-
ques vns demandent icy si elle se fait
continue, à cause que l’humeur pour-
rie est contenue dans les grands vais-
seaux, ce qui est cause des fiéures
continues, ou à cause de sa compli-
cation. A quoy ie respons , que c’est
quelquesfoisàcause de l’vnel de l’au-
tre. Car bien soutient il y a telempy-
reume, chaleur, et disposition inflam-
matoire aux parties nobles , que pour
ce suiet la fiéure s’en rend continue :
autresfois c’est seulement à cause
de sa complication , ses deux foyers
estansbors des grands vaisseaux dans
les petites veines du mesentere. Or
quoy que c’en soit, elle a des exacer-
bations et des redoublemens de tierce
et de quotidiane , à cause que la ma-
tière de sa génération est partie la
bile, partie la pituite.. Quand ie dis la
bile , ie n’entcns pas la naturelle et
celle qui fait la fiéure lierceet légitimé,
mais i’entens celle qui est contre
nature , et qui fait la tierce bastarde :
autrement ceste fiéure ne serait pas
longue comme elle est , et ses accès
ne seroient pas de si longue durée.
Au reste, il est necessaire qu’il se
trouue en ceste fiéure diuers foyers
et sieges de sa génération. Car s’il n’y
auoit qu’vn foyer , il faudroit de né-
cessité que la bile et la pituite fussent
meslées ensemble : ce qu’estant il n’y
auroit qu’vne sorte de fiéure. Car ou
la bile predomineroit, et lors ce seroit
vne fiéure tierce : ou la pituite seroit
en plus grande abondance, et pour
lors il se produiroit vne fiéure quoli-
1 1
102 LE VINGTIEME LIVRE
diane. Mais d’aulant que la bile se
pourrit en vn lieu , par exemple , à
l’entour du foye , et que la pituite se
pourrit en vn autre, comme qui di-
roit à l’entour de l’estomach , de là il
arriue qu’il y a deux sortes et especes
de fiéures, qui ont séparément et dis-
tinctement leurs accès et redouble-
mens, leurs accidens et symptômes,
leur déclin et leur remission , leurs
effets et leurs propriétés : dontl’vne
est tierce, à cause de la bile, et l’autre
quotidiane, à cause de la pituite. Mais
ie veux bien que l’on se resouuienne
que le plus souuent la fleure tierce est
intermittente , et que la quotidiane
est conlinue, de sorte qu’il faut ad-
mettre que le foyer de la tierce est
hors des grands vaisseaux , et celuy
de la quotidiane est dans iceux. Tou-
tesfois tout cecy s'entendra mieux
après que nous aurons apporté toutes
les différences et especes de la demie
tierce.
Galien au chap. 4 du liure de Tij-
pis , met deux sortes de demie tierce,
l’vne continue , et l’autre intermit-
tente : pour l’intermittente, il en fait
de trois façons, l’vne qu’il appelle pe-
tite, qui a les accès de vingt-quatre
heures, l’autre médiocre, qui dure
enuiron de trente six heures, et la
troisième grande, quia grande affinité
auec la conlinue, qui a ses accès d’en-
uiron de quarante-huit heures. Mais
à vray dire iene sçay comme il se peut
faire qu’vne fleure qui a 48 heures
d’accès, peut eslre intermittente :
c’est pourquoy il faut dire que Galien
appelle improprement telles hemilri-
tées intermittentes, et que telles inter-
mittentes sont ainsi nommées à cause
qu’elles prennent presque à la façon
des hemitrilées. Les Arabes qui ont
calculé plus par le menu toutes les
différences des fiéures , font trois sor-
tes ei especes de demi-tierces : l’vne
moindre, l’autre moyenne, et la troi-
sième grande et excessiue. Pour la
première, ils veulent qu’elle se fasse
d’vne quotidiane continue et d’vne
tierce intermittente, à cause de la
pituite qui se pourrit dans les grands
vaisseaux, et de la bile qui se pour-
rit hors d’iceux dans les petits, si bien
que son accès et redoublement est de
dix-huit heures, et sa fausse inter-
mission , ou pour mieux dire sa rémis-
sion, de six heures. La seconde se pro-
duit et se compose d’vne tierce conti-
nue et d’vnc quotidiane intermit-
tente , à cause de la bile qui prend et
reçoit pourriture dans les grands vais-
seaux , et de la pituite qui ne se pour-
rit que dans les petits : au reste son
redoublement est de trente-six heu-
res, et son repos ou rémission mani-
feste de douze. La derniere est com-
posée, ou d vne quarte continue auec
vne tierce intermittente, ou d'vne
quarte intermittente auec vne tierce
continue : et ce à cause , ou bien que
l’atrebile se pourrit dans les grands
vaisseaux , et la bile dans les petits ,
ou bien au contraire à cause que
l’alrebile se pourrit dans les petits, et
la bile dans les grands , d’où il arriue
que les redoublemenssont de plus de
GO heures, et sa remission de 10 ou
12. Or de toutes ces différences, il
n’y a que la première qui soit pro-
prement appellée demie tierce : les au-
tres le sont improprement, à cause ,
comme dit Galien , qu’elles ont leurs
redoublemens à la façon et à la ma-
niéré des hemitritées.
Quant aux signes de ceste fiéure, il
est assez aisé à les connoistre, veu
qu’elle a ceux qui apparoissent et en
la quotidiane conlinue, et en la tierce
intermittente , desquelles elle est com-
posée. De fait que nous obseruons
UES FIEVRES.
que l’humeur pituiteuse, ayant ses
accès tous les iours , et la bile de deux
iours l’vn , il arriue qu’en ceste fiéure
à certain iour, il n’y a qu’vn accès
causé de la pituite , mais au iour sui-
uant il y a deux redoublemens , l’vn
fait par la pituite, et l’autre parla
bile. Par exemple qu’auiourd’huy
vers les quatre heures d’après midy ,
quelqu’u n tombe eu fiéure , auec vn
grand refroidissement de tou t ie corps
meslé de ie ne sçay quelle horreur qui
face connoistre que c’est vn accès
d’vne fiéure pituiteuse, lequel doit
durer en sa violence iusques à dix
heures du matin du iour suiuant ,
qu’il commencera à entrer en son de-
clin : qu’à mesme heure du lendemain
dix heures , il suruienne vn frisson
vehement auec yomissemens, qui se
face sentir comme auant- coureur
d’vu accès de tierce qui doiue durer
15 ou 1 6. heures : sans doute le mesme
iou r vers lesqual re heures l’accès delà
quotidiane reuiendra , et par ainsi ce
iour là le malade aura deux redou-
blemens : l’vn de tierce sur le matin,
l’autre de quotidiane sur le soir :
mais aussi le iour suiuant il n’aura
sur ie soir que l’accès de la quolidia-
ne, à cause que la tierce donne Irefue
d’vniour, et que son accès ne doit
reuenir que le 4. iour de la maladie
de ce malade, auquel sur le matin il
aura ledit accès de tierce, et sur le
soir celuy de quotidiane, le propre
de laquelle est de reuenir tous les
iours. Et voila l’ordre que tient ceste
fiéure hemitritée , si ce n’est que les
accès peuuent anticiper ou retarder de
quelques heures, comme nous auons
dit que font les accès des fiéures in-
termittentes : voire mesme que les
redoublemens de ces deux fiéures
peuuent tellement l’vn anticiper et
l’autre retarder, qu’ils se rencontrent
3
en mesme temps et en mesme heure ,
ce qu’arriuant , à cause de ceste con-
fusion il est difficile de les bien dis-
tinguer l'vne d’auec l’autre, ce que tu
peux voir ingénieusement expliqué
dans Galien au liu. 2. des Différences
des fiéures , chap. 7.
Au demeurant, tu remarqueras
qu’Ilippocrates et Galien ont appellé
ceste fiéure horrifique, à cause des
rigueurs et horreurs qu’elle apporte
en ses redoublemens, ce qui aduient
d’autant qu’elle n’est pas composée
de deux fiéures continues: car si
elle en estoit composée, elle n’auroit
pas de si sensibles exacerbations : elle
n’est pas aussi meslée de deux inter-
mittentes, veu que si cela estoit, elle
ne seroit pas continue, mais auroit
nécessairement quelque sensible et
manifeste intérmission. Le iour que
la seule quotidiane apparoist , il ne
suruienten ceste fiéure aucune hor-
reur, mais seulement au iour que la
tierce et quotidiane viennent : auquel
iour le malade est grandement tra-
uaillé, tant à cause de ce double ac-
cès, que de ce que la nature est desia
lassée et fatiguée de l’accès prece-
dent.
le n’oublieray pas à remarquer que
la demie tierce, proprement appellée,
est double, l’vne vraye et légitimé,
l’autre illégitime et bastarde. En la
légitimé il y a égalé portion des hu-
meurs qui se pourrissent, à sçauoir,
bilieuse et pituiteuse. En la bastarde,
la portion de ces deux humeurs est
inégalé, car ou la bile est en plus
grande quantité , ce qui fait que les
accidens et signes de la tierce sont
plus apparens et sensibles : ou bien
elle est la moindre et en plus petite
dose, et pour lors la fiéure quotidiane
se fait bien mieux remarquer que ne
fait pas la tierce.
LE VINGTIEME LIVRE,
l64
Par ce discours nous apprenons que
la cause materielle de ceste fiéure est
en partie la pituite qui se pourrit dans
les grands vaisseaux, et en partie la
bile qui se pourrit dans les petits :
l’vne et l’autre humeur , au reste, à
cause qu’elles ont des qualités con-
traires, s’amassent dans le corps par
des causes contraires: la bile, par ce
qui est chaud et sec, et la pituite, par
ce qui est froid et humide. Partant
ceste fiéure arriue principalement du-
rant l’automne, et aux hommes qui
viuent en oisiueté, et qui vsent d’ali-
mens pituiteux, comme aussi à ceux
qui sont d’vn tempérament froid et
humide, et qui vsent de nourriture
grandement chaude et seiche. Elle
arriue ordinairement aux régions qui
sont chaudes et humides, et dit-on
qu’elle est fort commune et ordinaire
à Rome et en la coste d’Afrique.
Elle s’accompagne tousiours de
tres-mauuais et sinistres accidens, car
outre ces mouuemens horrifiques et
inégaux , elle apporte de grandes in
commodités à l’estomach et aux par-
ties nerueuses : souuent elle iette les
malades dans de profonds assoupisse-
mens,qui sont comme léthargiques:
vne autre fois elle donne des veilles
importunes, des resueries, des nau-
sées, des vomissemens, des foiblesses
de cœur, vne langue seiche et aride,
vne soif desmesurée.
L’on reconnoist ceste fiéure d’auec
les autres, en ce qu’elle est continue,
pleined’borreurs, de diuersredouble-
mens, et de tres-violens symptômes :
vil iour elle est sans horreur, auec le
seul refroidissement des extrémités,
l’autre iour elle est auec horreur et
autres mauuais acccidens, si bien
qu’elle a vn iour meilleur l’vn que
l’autre. Quand il arriue des sueurs en
ceste liéurc, d’ordinaire elles n’ap-
portent rien de bon , soit à cause qlie
les forces sont debjlitées et abbatues,
soit à cause de la quantité d’humeurs
crues qui se rencontrent au fébrici-
tant. Les vrines sont crues, ténues,
vne fois sans couleur, vne autre fois
fort troubles, et tousiours sans sédi-
ment, ou auec vn sédiment mauuais :
le pouls est frequent et inégal : bref
elle n’est point sans donner ou de la
douleur, ou vne pesanteur de teste,
ou vn assoupissement, ou autres ac-
cidens dangereux.
Hippocrates met ceste fiéure entre
les maladies aiguës et longues: entre
les longues, à cause ou qu’elle ap-
porte bien tost la mort , ou que la
tierce dont elle est composée se finit
bien tost, si bien qu’il ne demeure
plus que la fiéure continue quoti-
diane, qui dure encore quelque
temps : après il la met pareillement
entre les maladies longues et chroni-
ques, d’autant qu’elle dure iusques à
vn mois, voiremesme iusques à deux
et à trois: si elle passe outre, elle ap-
porte d’ordinaire la fiéure hectique,
qui est sans remede et sans espoir de
salut. Il est vray que pour l’ordinaire
elle est plus longue que la tierce, et
plus courte que la quotidiane, de
laquelle toutesfois elle approche fort
lors qu’elle est produite par vne
grande quantité de pituite: car selon
qu’elle a plus ou moins de ceste hu-
meur, aussi elle est plus ou moins
longue.
Tu obserueras que quand il y a
égalé portion en ceste fiéure de bile
et de pituite, elle saisit auec peu
d’horreur, qui semble estre moyenne
entre la rigueur et le refroidissement :
mais lors qu’il y a plus de bile que
de pituite , alors l’horreur est vio-
lente , non sans estre meslée de ri-
gueur, laquelle est incontinent suiuie
1 65
DES FIÈVRES.
d'vue chaleur ardente, de soif, de
veilles, de vomissemens bilieux , de
cours de ventre, et autres signes qui
accompagnent les heures tierces. Que
si la pituite est en plus grande quan-
tité que la bile , l'horreur est douce,
le refroidissement des extrémités sen-
sible, la chaleur tarde à venir, les
accès sont longs, et accompagnés des
signes des fiéures quotidianes : finale-
ment, quoy que c’en soit, c’est vue
heure tres-perilleuse, et pourlapkis
part du temps mortelle, tant à cause
de la violence de la maladie et des
symptômes qui abbattent les forces du
fébricitant , qu’à cause que ces fiéures
cy ne sont presque iamais exemptes
de quelque inflammation des par-
ties nobles, ou à tout le moins de
quelque disposition inflammatoire,
comme remarque Galien aux Epidé-
mies.
La cure de cestefiéure semble estre
double , pour estre composée de celle
quiconuienl à la quotidiane, et de
celle qui est propre à la tierce. A
celle-cy l’vsage des medicamens ra-
fraichissans et humectans est plus
profitable que des atténuatifs, inci-
sifs, et apéritifs : tout au contraire
à l’autre en laquelle il faut plustot
atténuer, inciser, ouurir, deterger et
euacuer les mauuaises humeurs , que
rafraîchir et humecter. En sorte que
selon ceste réglé, lorsqu’il y a autant
de bile que de pituite, il faut auoir
esgard esgplemenl et à la tierce , et
à la quotidiane, par des medicamens
qui ayent la force et la vertu de re-
médier à l’vne et à l’autre : mais si la
bile surpasse , il faut auoir plus d’es-
gard à la tierce qu’à la quotidiane :
au contraire s’il y a plus de pituite
que de bile, il faut songer plustost à
la quotidiane qu’à la tierce. Partant
pour ce qui concerne le régime de vi-
ure, il faut qu’il soit réfrigérant’
humectant , detersif, atténuatif, par
alimens de bon suc et de bonne nour-
riture, prenant garde que le iour que
la seule quotidiane arriue, on peut
nourrir vn peu plus libéralement,
mais plus escharcement le iour que
la tierce et la quotidiane suruiennent.
Il faut aussi bien prendre garde que
l’on ne donne pas la nourriture sur
l’heure de l’accès, pour les raisons que
nous auons dites cy deuant. Il n’est
pas à propos que ces alimens soient
solides, mais liquides, à fin qu’ils en
soient plus aisément cuits, digérés et
distribués. Toutesfois sur le déclin de
la fiéure, on pourra un peu se licen-
tier, et donner quelque chose de so-
lide au fébricitant. Il ne faut point icy
parler de donner de vin , à cause qu’il
aide à augmenter la ferueur des en-
trailles, et donne à bon escient à la
teste, qui n’est que trop chargée d’ex-
cremens en ceste maladie. On fera
donc vser au malade de quelque dé-
coction de racines pour son boire or-
dinaire, en y meslant le syrop aceleux
simple , le iulep rosal , le suc de li-
mons, syrop d’escorce de citron, de
cerises aigrettes, de berberis, et au-
. très.
Quant aux medicamens, les clyste-
res sont tres-vtiles, qu’on préparera
auec maulues, mercuriale, laictue,
apparitoire, espinars, lleursde cbamo-
mille, melilot , semence de fenouil et
de cumin, et dissoudra-on dedans
miel, sucre rouge, lenitif, calholi-
cum, et choses semblables : selon la
chaleur que le fébricitant sentira aux
lombes et aux reins, on pourra faire
plus ou moins rafraichissans lesdits
clysteres. Ayant ainsfpreparé lecorps,
il faudra venir à la saignée , laquelle
quoy qu'ouen die, ne doit point estre
icy espargnée, à fin d’empescher l’in-
LE VINGTIÈME LIVRE
l66
flammalion des parties nobles et
diminuer la pourriture. C’est pour-
quoy elle sera faite plusieurs fois
des deux bras et des deux pieds , par
remises toutesfois et interualles, afin
de n’abbatre les forces du malade et
esteindre la chaleur naturelle. Du-
rant ces interualles là , il faudra
purger le corps, car c’est sans
doute qu’il y a grande quantité d’ex-
cremens dans la première région du
corps, qui a besoin qu’on les chasse
par purgatifs bénins et souuent réité-
rés. 11 faudra donc, tantost recourir à
la saignée pour esteindre le feu et la
tlamme de la fiéure, tantost à la pur-
gation pour expulser les charbons qui
entretiennent ce feu. Mais qu’on se
souuienne de donner les purgatifs és
iours où il y a moins d’accès , et aux
autres iours on donnera des alteratifs,
comme iuleps, apozemes,et potus,
sans oublier les fomentations, epithe-
mes, onguens, linimens, huiles, et
cataplasmes.
Il y en a quiapprouuent les vomi-
tifs en cesle fiéure, mais il faut y ap-
porter vne grande précaution : car
s’il y a quelque disposition inflamma-
toire aux entrailles, ils ne peuuent
estre que tres-pernicieux. Que s’il n’ÿ
a aucun soupçon d’inflammation , on
en peut bailler quelque bénin , prin-
cipalement à ceux qui vomissent, ou
qui ont sans cesse des enuies de vo-
mir : et ce le iour où le malade est tra-
uaillé de l’accès de la tierce. Et cecy
suffise pour ce qui est des fiéures he-
milrilées.
CHAPITRE XXXIII.
DE LA. DOVBLE ET TRIPLE TIERCE, DOV-
BI.E QVOTIDIANE, DOVBLE ET TRIPLE
QVARTE.
Nousallons expliquer en ce Chapi-
tre les fiéures composées de fiéures de
mesme nature et espece , qui suiuent
celles qui sont composées de fiéures
de diuersesespeces, telle qu’est l’hemi-
tritée. Or en la composition de ces fié-
ures de mesme espece, quelquesfois il
ne s’y en rencontre que deux, quel
quesfois il y en a trois : parexemple en
la double tierce il n’y en a que deux,
en la triple tierce il y eu a trois : comme
pareillement en la double et triple
quarte. Nous auons donc icy à expli-
quer trois fiéures doubles, sçauoir :
la double tierce , la double quotidiane ,
et la double quarte, et puis après deux
fiéures triples, qui sont la triple tierce,
et la triple quarte. Nous appelions
double tierce vne fiéure composée de
deux tierces, qui se font d’vne bile qui
se pourrit en deux diuevs lieux hors
des grands vaisseaux. Toutesfois et
quand doneques qu’il y a deux foyers
de bile au mesentere qui prennent feu
l’vn après l’autre , pour lors il arriue
déni fiéures, lesquelles, à cause
qu'elles prennent de deux iours Tvn ,
on appelle double tierce : par exem-
ple, qu’auiourd’huy vn des foyers de
la bile excite vne fiéure sur les dix
heures du matin, laquelle ne doiue
finir que sur les dix heures du soir, si
le mesme iour l’autre foyer s’allume
sur les trois ou quatre heures du soir,
ou bien le lendemain à quelque heure
que ce soit, sans doute on obseruera
vne fiéure composée de deux tierces,
laquelle peut auoir deux redouble-
DES
mens en vn iour , par exemple , si
l’vne prend le matin à dix heures, et
l’autre le soir à quatre heures: ou
bien vn seul redoublement tous les
iours, si la seconde Oéure par exem-
ple ne prend pas le mesme iour que
l’autre, mais seulement le lendemain.
Il est vray qu’il y a quelques au-
theurs qui apportent en cecy quelque
distinction, et disent que si ces deux
heures tierces prennent à mesme iour,
on ne les doit pas appeller double
tierce, mais deux tierces simplement ,
que si elles prennent à diuers iours,
c’est alors que l’on les doit nommer
double tierce. Combien au reste que
la double tierce prenne tous les iours,
à la façon de la quotidiane, si y a-il
bien delà différence, d’autant qu’elle
a tous les signes qui accompagnent
vne heure bilieuse : elle vient auec
rigueur, elle se termine par sueur,
les accidens qu’elle apporte sont sei-
cheresse et amertume de bouche,
grande alteration, veilles , vomisse-
mens de matières bilieuses et ameres,
agitations, inquiétudes, et les autres
que nous auons spécifiés en la heure
tierce intermittente. le ne m’estons
pas d’auantage à rapporter les signes
delà double tierce, veu que celuy
qui reconnoislra la simple tierce in-
termittente, connoistra incontinent
la nature de ceste-cy. le diray seule-
ment que la double tierce qui afflige
deux fois tous les iours est fort rare,
et que celle qui vient tous les iours
est assez frequente et commune, bien
que les accès n’arriuent pas tousiours,
ny à mesme temps, ny à mesme heure.
Pour la double quotidiane elle ar-
riue tres-raremenl, et ne l’ay peu en-
core iamais obseruer : elle se fait au
reste de la pituite qui se pourrit en
deux diuers foyers, qui fait qu’elle
prend deux fois en vingt-quatre heu-
res. Car si par exemple la première
heure s’allume à quatre heures du
soir, et l’autre à quatre heures du
malin, on a deux accès en vingt-
quatreheures : et si il arriue ce faisant
que le malade ne se trouue point sans
heure, la seconde surprenant deuant
que. la première quille, etla première
reuenant pour la seconde fois deuant
que la seconde ait quitté. Ce que ie
desire qu’on entende de la heure quo-
tidiane qui a ses accès eslendus et
prolongés iusques à dix-huit heures,
comme il arriue le plus sonnent , non
de celle qui auroit tant seulement
sept ou huit heures d’accès. Quant
aux signes de la double quotidiane ,
ils sont les mesmes que ceux de la
quotidiane intermittente , c’est ponr-
quoy ie n’en diray rien d'auanlage.
Reste la double quarte, qui se fait
de l’humeur melancholique , laquelle
se pourrit dans deux diuers endroits
du corps hors de grands vaisseaux.
Ceste héure icy est assez ordinaire, et
trauaille le malade deux iours consé-
cutifs,^ lui en laissant qu’vn de bon.
Car si la première quarte prend ce
iourd’huy à six heures du soir, la se-
conde prendra le lendemain peut
estre à mesme heure, si bien qu on
aura deux iours consecutifs mauuais :
le troisième suiuant sera bon , et sans
héure, et puis en suite il en viendra
deux mauuais. Ces signes au reste ne
sont point autres que ceux de la sim-
ple quarte intermittente.
Voila pour les héures composées
doubles de mesme espece. Entre les
triples est premièrement la triple
tierce , laquelle est produite et en-
gendrée de la bile qui se pourrit en
trois foyers aux lieux diuers du corps,
hors des grands vaisseaux toutesfois.
Or ceste héure icy a trois redouble-
mens en l’espace de deux iours ; c’est à
iG8
LE VINGTIEME LIVRE,
sçauoir vn seul redoublement en vn
jour, et deux redoublemens l’autre
iour. Galien au liure 2. des Crises
chapitre 9. fait mention d’vn ieune
adolescent qui estoit trauailié de
ceste sorte de fîéure :
«Il commença, dit-il,, à auoir la
» fiéure vers les cinq heurçs du ma-
» tin auec un frisson fort court, sur
J) le vespreil sua vn peu : vers les sept
)> heures de nuit, deuant que la pre-
3> miere fiéure fust tout à faitesteinle,
3) vne autre fiéure le reprit, auec vn
33 frisson aussi fort court , en après il
3) sua vn peu: le lendemain vers les
3) dix heures il eut vn nouueau redou-
blement; et puis sua la nuit sui-
» uante. Derechef le troisième iour la
» fiéure le prit par anticipation à
3) deux heures du matin , auec vn
» frisson, deuant que l’accès du iour
» precedent fust tout à fait esteint.»
Voila ce qu’en dit Galien , lequel
s’estend bien au long pour desmon-
trer que c’esloit vne fiéure composée
de trois tierces, et que ce n’estoit
point vne hemitrilée, comme quel-
ques-vns pensoient. Ce qu’il remar-
qua si exactement, qu’il prit garde que
tous les accès de ceste triple tierce
anlicipoient iusques au septième
période, et que de là en auant ils
commencèrent à retarder, et puis à
diminuer grandement : si bien que le
malade qui n’auoit point esté iusques
à ce temps là sans fiéure, commença
à auoir deux heures entières d’inter-
mission. Tu peux voir ce chapitre là
de Galien pour plus grande intelli-
gence des fiéures composées et com-
pliquées, par lequel aussi tu ap-
prendras par quels signes on peut ve-
nir à la connoissance de la triple
tierce, et laquelle des trois fiéures
doit finir la première.
Reste la triple quarte , laquelle se
fait loutesfois et quand que l’humeur
melancholique se pourrit en trois di-
uersendroitsducorpshors des grands
vaisseaux. Les signes de ceste fiéure
sont de prendre tous les iours, mais
auec les marques qui sont propres de
la fiéure quarte simple, par lesquelles
elle est aisément distinguée et de la
quotidiane, et de la double tierce. Or
ce qui est cause que ceste fiéure se
multiplie ainsi, c’est quelquesfois aussi
l’vsage desreiglé des choses qui aug-
mentent l’humeur melancholique :
quelquefois aussi l’vsage des medica-
mens trop chauds , comme de la thé-
riaque, que l’on donne au commence-
ment des fiéures quartes. Car ces
medicamens icy n’ayant pas faculté
de cuire ou d’euacuer l’humeur mor-
bifique, ils l’agitent seulement et la
iettent d’vn lieu en l’autre, d’où vien-
nent les diuers foyers. Ainsi Galien
remarque au liure des Prédictions
ch. 2. qu’vn certain philosophe peri-
pateticien , nommé Eudemus, estant
trauailié d’vne simple quarte inter-
mittente , par l’aduis de quelque mé-
decin prit de la theriaque auant que
la matière fust cuite et préparée, la-
quelle fit qu’il tomba en vne triple
quarte : laquelle par après Galien
guérit par l’vsage mesme de la the-
riaque, qu’il donna à propos lors que
la matière fut préparée. Lors donc
que toutes choses sont crues, si on
donne des medicamens qui eschauf
fent beaucoup , d’autant qu’ils ne
peuuent résoudre les humeurs par les
sueurs, ils l’agitent simplement et en
transportent vne partie qui çà qui là,
si bien qu’il arriue qu’au lieu d’vn
seul foyer qu’il y auoit, il s’en fait et
deux et trois , d’où puis après il s’en-
gendre autant de fiéures. .
Si nous n’auions parlé de la cura-
tion des fiéures en particulier, il fau-
DES FIEVRES.
droit icy faire vn grand discours pour
la cure de ces fleures composées. Mais
qui entendra bien ce que nous auons
dit iusques icy , il n’aura pas beau-
coup de peine de trouuer les indica-
tionsnecessaires à la guérison decelies
que nous traitons en ce Chapitre, veu
que la composition ne change ny les
indications ni les remedes, mais les
modifie seulement : en tant qu’il faut
auoir plus d’esgard à conseruer les
forces du malade en ces fleures com-
posées, que non pas aux simples,
d’autant qu’il n’a pas esté relasché,
et qu’il est plus aigrement et violem-
ment trauaillé. Quiconque donc vou-
dra guérir les doubles et les triples
tierces , qu’il recoure aux remedes
prescrits à la simple tierce intermit-
tente: qui voudra guérir les doubles
quolidianes, aille chercher les remedes
ordonnés à la simple quotidiane in-
termittente : bref, qu’on ait recours
aux remedes déjà simple quarte in-
termittente, si on veut guérir les dou-
bles et les triples quartes. Néant-
moins ie donneray cest aduerlisse-
ment, qu’il faut auant que de songer
auxremedes, connoistre si la double
et la triple tierce, si la double quoti-
diane, si la double et triple quarte se
font de la bile naturelle ou contre
nature, de la pituite naturelle ou
contre nature, du suc melancholique
naturel ou de l’humeur atrabilaire:
car selon cestediuersité, il faudra re-
courir aux remedes de la tierce vraye
ou bastarde.dela quotidiane vraye ou
bastarde, delà quarte vraye ou bas-
tarde : veu que nous auons appris par
cy-deuant que la curation des fleures
vrayes est grandement eslongnée en
quelques-vnes de la curation des bas-
tardes.
169
CHAPITRE XXXIV.
DES FIÈVRES CONFVSES.
le n’ay que trois mots à dire en ce
Chapitre, veu que la doctrine des fié-
ures confuses dépend de celle des
composées, que nous auons expli-
quées assez copieusement au Chapi-
tre precedent.
Nous appelons fiéure confuse, celle
qui est engendrée de la pourriture
de diuerses humeurs ensemble pesle-
meslées et confuses en vn mesme
lieu, mais qui ne laissent pas de gar-
der leur propre nature. Lescomposées
se font bien de la pourriture de di-
uerses humeurs : mais ny ces hu-
meurs là ne sont point confuses et
pesle meslées ensemble , ny ne se
pourrissent point en vn seul lieu,
mais en diuers foyers: d’où il arriue
aussi que les signes et les symptômes
descomposées sont aisément conneus
et distingués , là où ceux des con-
fuses sont confus , et tellement ioinls
et liés par ensemble , qu’on ne les
sçauroit ny reconnoistre ny distin-
guer. I’ay dit au reste, que telles hu-
meurs, encore bien qu’elles soient re-
tenues en vn mesme lieu, ne laissent
pas que de conseruer leur propre na-
ture, qui est par exemple, de la pi-
tuite. de s’esmouuoir tous les iours,
et de donner des refroidissemens au
commencement de la fiéure qu’elle
produit : de la bile, de s’esmouuoir
tous les trois iours, et de donner des
frissons : de la melancholie, d e se mou-
uoir le quatrième iour, et d’apporter
des horreurs. Ce que i’ay bien voulu
adiouster, à fin de donner la diffe-
Irence qu'Â y a entre les fiéures con-
fuses et les fiéures intermittentes
LE VINGTIEME LIVRE,
1 70
bastardes, que quelques vus ont vou-
lu mettre au rang des confuses, veu
qu’elles s’engendrent de deux di-
uerses humeurs qui se pourrissent
et en mesme temps et en mesrne lieu.
Mais comme i'ay dit, les humeurs qui
font les confuses gardent chacune leur
naturel, d’autant qu’elles ne sont pas
si bien meslées qu elles ne facent
qu’vue nature, ains seulement sont
confusément mises en mesme lieu :
de sorte que cela n’empesche pas
qu’elles ne gardent tousiours et leur
nature et leurs propriétés : mais les
humeurs qui font les fléures bastar-
des, sont si exactement meslées et
mixtionnées enlr’elles , qu’elles ne
font qu’vne nature , et ne reçoiuent
qu’vne forme : c’est pourquoy aussi
elles ne font qu’vne seule fleure.
Quelques autres veulent que les
fléures confuses soient produites de
deux occasions , comme de l’inflam-
mation de deux diuerses parties, la-
quelle fait deux fléures continues.
Que si pareillement le poulmon par
exemple est trauaillé d’vn erysipele,
et le foye d’vn phlegmon , ils disent
qu’alors il suruient deux fléures con-
fuses, l’vne bilieuse causée par l’ery
sipele du poulmon, et l’autre sanguine
engendrée par le phlegmon du foye.
Mais tout cela est de peu d’impor-
tance pour la pratique : car soit que
ce soient fléures confuses, ou fléures
composées , pourueu qu’on recon-
noisse la qualité de l’humeur qui se
pourrit, il est aisé d’inuenter et de
trouuer les remedes propres à les
guérir.
CHAPITRE XXXV.
DE LA FIÉVP.E HECTIQVE, DE SES DIFFE-
RENCES, CAVSES, SIGNES ET CVRE *.
En nostre diuision des fléures, nous
auons dit qu’il y en auoit de trois sor-
tes, l’ephemere, l’humorale, et l’hecti-
que. Nous auons expliqué iusques
icy l’ephemere et les humorales : par-
tant il ne nous reste plus que la fié-
ure hectique , laquelle est ainsi ap-
pellée , ou pource qu’elle est stable
et difficile à guérir et oster , comme
les choses qui ont pris leur habitude :
car le mot Grec ?£is signifie habitude :
ou pource qu’elle occupe les parties
solides de nostre corps, lesquelles les
Grecs appellent «ïu;, mesme que le
mot Latin habitus se prend en l’vne
et l’autre signification.
L’on fait trois sortes de fléures hec-
tiques, qui pour en parler à la vérité,
1 Ce chapitre porte le même titre et a
gardé presque absolument la même rédac-
tion que le chapitre 14 du Traité de 1575.
La seule différence un peu notable consiste
dans la manière dont celui-ci débutait : La
fieure hectique est ainsi appellee , ou parce
qu'elle est stable, etc. ; ainsi le nouveau texte
a ajouté deux lignes fort insigniüantes, après
quoi il n’y a plus aucun changement.
C’est le dernier chapitre dont le Traité
nouveau ait hérité de l’ancien ; mais il faut
ajouter que ce chapitre tout entier, à partir
de l’édition de 1579, avait passé avec te
même titre au livre (les Playes en particulier ,
où il constituait le chapitre 34. oy. tome II,
page 103, la dernière note. Celte note a be-
soin d’être rectifiée en ce sens , qu’en effet
e texte actuel contient un très long passage
qui avait été retranché au livre des Playes,
mais en revanche celui-ci en contenait
d’autres qui manquent au livre des Fiéures,
et que nous aurons soin de reproduire.
DES FIEVRES. 171
sont plustost degrés qu’especes d’i-
celle. Le premier degré donc, est
quand la chaleur hectique consomme
1 humidité des parties solides. Le se-
cond, quand il deuore la substance
charneuse d’icelles. Le troisième et
dernier qui est incurable, quand il
s’attache aux parties solides , et les
destruit et consomme : tout ainsi que
la flamme d’vne lampe consomme
premièrement l’huile , en après la
propre humidité du lumignon, et en
lin le corps du lumignon mesme : ce
qu’estant, il n’y a plus de moyen ny
d'esperancede le pouuoir r’allumer,
bien que vous luy donniez l’huile à
regorger.
Ceste fiéure ne prend que bien ra-
rement , et à peine commence-elle
d'elle-mesme : c’est pourquoy elle
suit tousiours quelque autre Géure.
Les causes doneques de la liéure
hectique sont fiéures aiguës et ar-
dentes mal pensées, et principalement
ausquelles on n’a donné réfrigération
competente par epi thèmes sur le cœur
et hypocondres, ny eau froide à boire
en temps et saison requise. Elle peut
aussi estre causée d’vne fiéure diaire,
qui aura eu son commencement de
quelque grande et longue fascherie
ou cholere, la cause et impression
d'icelle perseuerant long temps en
nous : elle peut aussi venir de quel-
que trauail excessif en lieu et en temps
chaud et ardent, et en vn corps floüet,
qui a peu de sang et d’humidité. Pa-
reillement elle est soutient causée
d’vne vlcere et inflammation des
poulmons, empyemedu thorax, d’vn
grand et long phlegmon de foye,
ventricule, mesentere, matrice, reins,
vessie, intestins ieiunum et colon :
voire mesme des autres, s’ils sont
enflammés d’vne longue et. vehemenle
diarrhée, lienterie , oü dysenterie,
dont aussi s’ensuit inflammation ,
resi cation , émaciation de tout le
corps, et par conséquent fiéure hec-
tique. Car l’humidité estant consom-
mée etespuisée,lachaleur se fait plus
acre et ardente.
Ceste fiéure de tant est-elle plus
aisée à connoistre, qu’elle est difficile
à guérir. Le pouls donc en icelle est
dur, à cause de la siccité de l’artere
qui est partie solide, et débité pour
l’infirmitéde la faculté vitale, le cœur
estant en toute sa substance assailli :
au reste petit et frequent, à cause de
l’intemperature et ardeur du cœur,
qui ne pouuant faire grand pouls
pour se réfrigérer, â cause de son im-
bécillité, tasche à se reuanger et ra-
fraichir (mais en vain) par sa fré-
quence et vitesse d’iceluy. Le propre
signe de telle fiéure, pour le respect
du pouls, est qu’vne heure ou deux
aprésle repas lepoulssemonstre plus
grand et Jeger, et mesme la chaleur
qui est au corps du malade pour lors
se monstre plus grande : ce qui dure
tant que la distribution de l’aliment
se fait, et iusques à tant que la siccité
du cœur soit aucunement corrigée et
sa substance humectée par la surue-
nue de l’aliment, qui est cause que la
chaleur s’augmente : ne plusne moins
que la chaux auparauant froide à
l’attouchement, s’eschaufle iusques à
fumer et bouillir quand elle est ar-
rousée d’eau. Au reste, la chaleur et
le pouls demeurent tousiours égaux
en leur petitesse, langueur, obscurité,
dureté, fréquence, sans aucune exa-
cerbation : si bien que le malade
mesme nepense pas auoir la fiéure, et
ne sent aucun mal et douleur , qui est
vn autre signe propre de la fiéure
hectique. La raison vient de ce que la
chaleur ne se monstre point, n’estant
placée en la superficie des esprits
1 72 LE VINGTIEME LIVRE ,
et humeurs, comme en la diaire les seuls humeurs sont capables de
et putride , ains est comme cachée purgation , et non les parties solides.
et plongée au plus profond de la
substance des parties solides : com-
bien que toutesfois si vous tenez long
temps vostre main sur son corps, la
chaleur en fin se fait sentir acre et
mordicante, le passage lu y estant ou-
uert par le cuir raréfié par l’attou-
chement doux et bénin d’vne main
bien lemperée. Que si le malade en
ceste fiéure sent quelque douleur, et
que par l’inégalité et exacerbations
de la chaleur, il se iuge et sente luy-
mesme auoir la fiéure, c’est signe que
telle hectique n’est pas simple, mais
compliquée auec vne fiéure putride,
qui apporte telle inégalité. Au reste
si la face Hippocratiquea lieu en quel-
que maladie , certes elleparoist clai-
rement és hectiques, à cause de la
colliquation de tout le corps.
Pour la cure de ceste fiéure, il faut
curieusement considérer auec quelles
maladies elle est compliquée , et de
quelle cause elle aura esté excitée.
Premièrement, il faut sçauoir si elle
est maladie ou symptôme : car si elle
est symptomatique, elle ne pourra
estre guerie tandis que la maladie
persistera et perseuerera : comme, si
elle est causéed’vne fistule au thorax,
à raison d’vne playe receuë en ce lieu ,
ou d’vne vlcere dysentérique d’intes-
tins, elle ne pourra guérir que pre-
mièrement la fistule ou vlcere ne soit
guerie, d’autant que la maladie en-
tretient tel symptôme, comme la
cause son effet. Mais si elle est
maladie simple première : d’autant
que son essence consiste en vne in-
tempérie chaude et seiche, qui est
placée non éshumeurs, mais és parties
solides, toute l’intention et conseil
du Médecin se doit rapporter à alté-
rer et corriger , et non à purger : car
Reste donc maintenant de rafraîchir
et humecter les parties solides : ce
qui se fait par choses prises au dedans,
et apposées par dehors.
Les choses qui se peuuenl fort heu-
reusement prendre au dedans du
corps , sont les alimens médicamen-
teux , qui profitent sans comparaison
plus que les choses qui peuuent sim-
plement altérer, c’est-à-dire rafraî-
chir et humecter sans donner nour-
riture : car par le respect de la portion
alimenteuse qui est en eux, estans
attirés et apposés à la partie , et
tournés en la substance d’icelle, ils
viennent à l’humecter et rafraîchir,
non superficiellement comme lescho-
ses qui altèrent simplement, mais
intérieurement. Nous auons de ces
choses icy entre les herbes , entre les
fruits , entre les racines , entre les
semences , entre les choses que nous
prenons ordinairement pour la nour-
riture de nostre corps : l’on recom-
mande fort entre les herbes pour cest
effet la viole, le pourpié, la buglosse,
l’endiue et la lentille pallustre, la
maulue aussi quand il y a adstriction
de ventre. Les fruits sont de courge,
de concombres, pommes, pruneaux,
la passebille, amandes douces et ré-
centes, et les pignons : des semences
nous auons les quatre semences froi-
des , grandes et petites, et icelles ré-
centes à cause de leur humidité , les
semences de pauot , de berberis , de
coings , les fleurs de buglosse, de vio-
les, de nénuphar : desquelles choses
l’on fait des coridits auec vn poulet
pour prendre au matin , la première
concoction estant accomplie, ce que
l’on continuera par l’espace de neuf
iours.
Quant aux viandes , pour le com-
DES FLEVKES.
i73
mencement , lors que les facultés ne
sont encore fort debiles, que le fébri-
citant prenne alimens qui à la vérité
soient difficiles à cuire, mais qui
nourrissent fort et longtemps, telles
que sont les extrémités des animaux,
comme pieds de veau et de pourceau
non salés, chair de tortue qui pre-
mièrement aura esté nourrie en
quelque jardin, pour se gourmer et
purger de ses humidités excremen-
lilielles, la chair de limaçons, la
semoule-, et autres semblables 1 : car
telles choses ayant vn suc visqueux
s’agglutinent aisément aux parties de
notre corps , et ne peuuent estre dis-
sipées si aisément par l’ardeur de la
chaleur. Mais lorsque la fiéure hec-
tique aura ja longtemps traisné dans
le corps, de sorte que les facultés
semblent fort affoiblies, il faudra
donner viandes aisées à cuire, et ce
icelles plustost bouillies que rôties:
d’autant que les boüillies humectent
d’auantage, et que les rosties se tour-
nent plus aisément en bile 2.
1 Ceci est le texte de 1575; mais en 1579
au chapitre 34 du livre des IHuy es en par-
ticulier, après la chair de tortue, on lisait :
« ... La chair de limaçons blancs pris és
vignes, les grenouilles, escreuices de ri-
uiere, anguilles prises en eau pure et bien
assaisonnées, œufs durs mangez auec jus
d’ozeille sans espice , le stoephis et merlu
bien detrampez et dessalez, des anons et
poncepieds, la semoule, et autres sembla,
blés. »
On retrouvera une partie de ces aliments»
mais non pas tous, indiqués plus bas dans
le texte actuel, comme déjà en 1575.
2 Le chapitre 35 du livre des Playes de
1579, avait intercalé en cet endroit un para-
graphe que l’auleuraoublié de reporter dans
son nouveau Traité :
« Les viandes seront veau , chéureau ,
chappons, poulets, cuilles en herbes, et se-
mences qui rafraîchissent et humectent, les
Que si toutesfois le malade est de-
| gousté des viandes boüillies, que la
chair qu’on luy donnera ne soit guè-
re rostie, et qu’on luy donne non de
la superficie de la chair qui est plus
seiche et bruslée, mais de Finterieure
qui est plus humide, et qu’elle soit
en outre temperée encore d’eau rose,
de suc de citrons, d’orenges, ou de gre-
nades. Qu’il s’abstienne de poissons
sallés et durs : les meilleurs sont les
saxatiles , pour l’exercice qu’ils font
eslans continuellement heurtés entre
Iss rochers: ceux aussi quiont la chair
glutineuse 1 et visqueuse , comme les
anguilles prises en eau pure et bien
assaisonnées, les tortues, les escre-
uisses, les limaçons et grenouilles. Le
laict d’asnesse pris chaudement, et
corrigé auec vn peu de sel, de sucre
rosat, miel, fenoüil, ou anis, de peur
qu’il se corrompe ou aigrisse en l’es-
tomach, ou bien le laict de femme
succé de la mamelle, sont fort re-
commandés en cesle maladie, le tout
pris iusques à demie liure2. Qu’il
orges mondez, les amendes leur sont pro-
pres : comme aussi la panade faite de mie
de pain blanc arrousee d’eau de rose, puis
cuitte en la de coction des quatres semences
froides, auec du sucre rosat en forme de
boulie : telle panade refraichit le foye et
l’habitude de tout le corps, et nourrit gran-
dement, comme aussi les testicules, les
foyes, aillerons, de ieunes coqs, les figues et
raisins de Damas. »
1 Le livre des Playes en particulier disait
ici : comme ceux que nous auons cy deuant
nommez.
2 II y avait encore ici une intercalation
assez étendue dans le chapitre 35 du livre
des Playes de 1579; la voici:
« Mais celuy de la femme est plus vtile,
parce qu’il est plus doux et nourrissant , et
approchant de plus près de nostre naturel,
moyennant qu’il soit pris d’vne nourrice bien
temperee et habituée, mesme qu’il estsin-
\n[\ LE VINGTIEME LIVRE,
trempe son vin auec quelque peu
d'eau de laictue, de pourpié, ou de
nénuphar, et auec beaucoup de celle
de buglosse, tant pource qu’elle hu-
mecte grandement, qu’aussi qu’elle a
la vertu spéciale de resioüyr et re-
créer le cœur, la substance duquel
est fort affligée en ceste maladie. Et
telles sont les choses qu’il ennuient
prendre au dedans.
Celles qui se doiuent appliquer par
dehors sont les onctions, les bains,
les epithemes, les clysteres. Les onc-
tions sont diuerses , selon la diuersité
de l’indication, prise des parties sur
lesquelles il les faut appliquer. Car
sur le dos et sur toute l’espine, Galien
y fait des onctions de choses froides
et astringentes modérément, c’est à
dire qui puissent roborer les parties
etempescher la colliquation d’icelles,
et non boucher le passage à l’insen-
sible transpiration, ce qui rendroitla
chaleur beaucoup plus acre. Tels sont
les linimens qu’on peut faire d’huile
rosat , de nénuphar, de coings auec
vn peu de cire , s’il vient à propos.
Les parties pectorales au contraire
doiuent estre ointes de choses
moyennement rafraichissantes et re-
laschantes : ie dis moyennement ra-
gulier aux érosions de l’estomach et vlceres
des poulinons, dont s’ensuit émaciation et
phtisie. Quant au laict d’asnesse,il le faudra
choisir qu’ellesoit nourrie d’orge et auoine,
fueilles de chesne, afin que parle bénéfice
de telle nourriture, il soit plus profitable et
moins subiet à cqrruplion. Et où le malade
auroit le ventre trop lasche, on fera vn
peu bouillir le laict, et y esteindre des cail-
lous tous rouges et ardens. El noteras que
si ledit laict pris , le malade auoit rots ai-
gres, difficu 1 té d’alla inc, chaleur non accous-
tumee, enflure et fluctuation du ventre,
douleur de teste, comme il aduient à plu-
sieurs, il faudra désister à prendre ledit
laict. »
fraîchissantes , d’autant que le froid
est tout à fait leur ennemy : ie dis
aussi relaschantes , à raison que les
astringentes apporleroient vne diffi-
culté de respirer, et de mouuoir li-
brement les muscles du thorax. Telles
sont les onctions qui se peuuent faire
d’huile violât, de saules, d’huile de
semence de laictue, de pauot, de né-
nuphar , y meslant de l’huile d’a-
mendes douces, pour temperer l’ad-
striclion et frigidité qu’ils pourroient
auoir. Sur tout que l’on se garde que
l’Apothicaire par auarice, au lieu de
ces huiles recenlement tirées , ne
vous en suppose de vieilles , rancides
et salléés : car au lieu de rafraîchir
vous eschaufferiez , comme ainsi soit
que le vin , le miel , et l’huile par
l’aage acquièrent vne chaleur exces-
siue. Au defaut de bonnes huiles ,
nous les oindrons de beurre premiè-
rement Jaué diligemment en eau de
violes et de morelle. L’vsage de
telles onctions est de rafraîchir, hu-
mecter et conforier les parties : et
se doiuent faire matin et soir, quand
le malade s’ira coucher, deuant et
après le bain.
Quant aux bains , nous les ordon-
nons, ou pour simplement humecter,
et lors suffira le bain d’eau tiede,
dans laquelle on pourra ielter fleurs
de violes , de nénuphar, fueilles de
saules, et orge mondé : ou pour non
seulement humecter, mais aussi re-
lascher les parlies qui sont tendues
de siccilé et aridité hectique, et outre
leur apporter quelque meilleure ha-
bitude, à ce qu’elles deuiennent
mieux refailes et nourries, et lors on
y pourra aussi mesler la décoction
d’vne teste et tripes de mouton,
et ensemble quelque quantité de
beurre.
Au reste, l’appareil d’vn bain pour
des fièvres.
les hectiques doit estre de plus grand
artifice que le vulgaire des prati-
ciens ne pense. L’artifice est tel. Il
faut auoir trois baignoires : la pre-
mière sera d’eau douce modérément
chaude, et ce pour ouurir les pores
du cuir : la seconde sera d’eau tiede,
pour simplement humecter , l’eau
pénétrant aisément par les pores
du cuir : la troisième d’eau froide ,
pour rafraîchir , fortifier et adslrain-
dre les parties , et leur faire garder
l’humidité receuë , de peur qu’elle
n’exhale : il faut demeurer quelque
peu de temps dans le second , et fort
peu dans le troisième. Toutesfois
ceux qui n’auront les moyens , ou qui
se fascheront de transporter leurs
corps ainsi successiuement de bai-
gnoire en autre, pourront accomplir
toutes ces trois intentions en vn
mesme bain, luy donnant l’eau plus
chaude au commencement, puis y
mettant tant d’eau froide qu’il y en
ait suffisamment pour rendre le tout
tiede : en fin vuidant par vne fontaine
qu’il y aura au dehors de la baignoire,
tant de ceste eau tiede, qu’emplissant
le reste d’eau froide le tout soit
rendu entièrement froid. le trouue-
rois bon que deuant de plonger le
malade dans le premier bain , qu’on
luy fist receuoir, non par la bouche ,
mais par le reste de tout le corps, la
vapeur de l’eau chaude. Le moyen
seroit que , tenu sur la gueule de la
baignoire par trois ou quatre hom-
mes, et au dessus enueloppé et cou-
uertdetoutes parts d’vn linge horsmis
la teste, il receut ladite vapeur, pour
estre plus pleinement par après dans
le bain humecté, le corps estant es-
tant ainsi raréfié et laxé1.
’ Ce curieux paragraphe sur l’administra -
lion des bains est copié textuellement de
i75
Or il faut qu’il ait pris et cuit quel-
ques viandes deuant que d’entrer
dans ce bain, à tin que par la cha-
leur dudit bain l’aliment ia cuit soit
attiré aux parties. et en toute l'habi-
tude du corps : car d’y entrer l’esto-
mach vuide et à jeun, il se feroit trop
grande dissolution des forces du
corps. Le régime donc qu’il conuien-
dra tenir deuant que d’entrer dedans,
doit estre tel : que le iour de deuant
sur le malin on lui donne vn clystere
remollient , à fin que les excremens
qui ont coustume d’eslre retenus dans
les intestins par l’intemperie seiche
soient euacués : qu’on le fasse disner
par après sur les neuf heures , luy
donnant viande de solide nourriture:
qu’il souppe sur les quatre heures,
mais moins, et de viandes aisées à
cuire : vne heure après minuicl qu’il
prenne la décoction d'vn poulet, ou
vn orge mondé , ou deux œufs mol-
lets, dans lesquels on mettra un peu
d’eau rose et de sucre au lieu de sel :
quatre ou cinq heures après qu’il
entre dans le bain, à la façon que dit
est. En après au sortir du bain, qu’on
le nettoye et frotte doucement auec
linges mois et déliés : après qu’il soit
oinct à la mode cy-deuant descrile :
puis qu’il repose et dorme dans le lict
deux ou trois heures, si possible est :
à son resueil qu’il boiuede la plisane,
et qu’il prenne des potages de facile
digestion : à son souper qu’il boiue
du vin , et qu’il se nourrisse de
viandes plus solides. Le matin qu’on
luy donne vn orge mondé, ou autre
viande de pareille estoffe : en après
qu’il l’entre dans le bain à la mode
susdite. Ce luy sera chose tres-profi-
l’édition de 1575; il est assez singulier que
le livre des Playes de 1579 l’ait passé sous
silence.
17b LE VINGTIEME LIVRE,
table qu’il vse ainsi artificiellement
du bain de dix en dix iours , et ce par
l’espace de trois iours continus. Que
si le malade est suiet à quelque
crudité d’esiomacb, de sorte qu’il ne
puisse endurer le bain sans danger
et de syncope et d’autres accidens , il
luy conuiendra roborer et fortifier le
ventricule auec linimens d’huile de
coings, d’absinthe et de mastic, ou
bien luy apposer vne crouste de pain
aspergée de poudre de roses, de san-
dal , et de girofle , et de vin odorifé-
rant, sur la région du ventricule, et
par derrière enuiron la treiziéme
verlebredu dos , où par l’intelligence
de l’Anatomie nous entendons res-
pondre la bouche de l’estomach.
Les epithemes luy doiuent estre
apposés sur le foye et sur le cœur,
à fin de temperer l’ardeur acre d’i-
celles parties, et corriger leur siccité
par vne humidité raisonnable : c’est
pourquoy tels epithemes se prépa-
rent auec choses froides et humec-
tantes, mais plus humectantes que
froides , d’autant que ce qui est fort
froid coupe et ferme passage à l’hu-
midité : à cela sont propres les eaux
de buglosse et de violles iusques à vn
quarteron, auec quelques gouttes de
vin blanc. Mais ceux qui se font
d’orge mondé, de semence de courge,
de pompons, ou de concombres , ius-
ques à trois drachmes de chacune en
la décoction , en y meslant par forte
agitation de l’huile de violles ou
d’amendes douces, sont plus excel-
lens que tous les autres. Le moyen
d’appliquer ces epithemes, est de
plonger des drapeaux dedans, et les
appliquer sur le cœur et sur les hy-
pochondres, les changeant d’heure à
autre à mesure, qu’ils s’eschaufferont
sur la partie.
Quant aux clysteres , d’autant que
pour l’imbécillité de la faculté con-
coctrice , plusieurs excremens s’a-
massent és corps des hectiques, il
sera vtile d’en vser souuent tout le
long de la maladie : on les préparera
de la décoction d’herbes, fleurs et se-
mences réfrigérantes et humectantes,
sans y dissoudre autre médicament
que la casse auec le sucre, huile
violât, ou de nénuphar, et autres
semblables. Mais aussi de tant qu’à la
fiéure hectique, quand elle est fort
aduancée, suruiennent des flux de
ventre fort pernicieux, qui sont signes
et marques de l’imbécillité de toutes
les facultés , et de la colliquation de
toute la substance du corps, il faudra
remedierpar choses réfrigérantes et
adstringentes , par alimens de grosse
substance , comme de riz , de pois
chiches, appliquant par dehors cho-
ses qui adstreignent et .roborent ,
donnant en outre à boire au malade
eau en laquelle de l’auoine ou de
l’orge rosti auront cuit.
Quant au reste, il faudra traiter
le fébricitant le plus doucement que
l’on pourra, le tenant en perpétuel
repos , et le faisant le plus dormir
qu’il sera possible l.
CHAPITRE XXXVI.
DES FIEVRES SYMPTOM ATIQVES , DE
LEVR DIFFERENCE ET CVRATION.
Aux fiéures essentielles sont oppo-
sées les symptomatiques , qui ne sont
‘Là finissait aussi le chapitre de 1575 ;
mais le livre des Plnyes de 1579 ajoutait les
trois paragraphes suivants, qui peut-être
ne méritaient pas l’oubli où ensuite l’auteur
les a laissés :
« L’on dit que la liqueur des limaces
DES FIEVRES.
pas des maladies premières, mais des
accidens qui suruienneut à cause de
quelque maladie qui les précédé et
deuance. Car encore bien que la fle-
ure telle qu’ellesoit, soit vnemaladie,
c’està scauoir vne intempérie chaude
et seiche , si est-ce loutesfois qu’on a
accoustumé de diuiser la fiéure en
celle qui est maladie, et en celle qui
est symptôme. La fiéure maladie , ou
comme nous auons dit, la fiéure essen-
tielle suruient sans q u’ vne autre ma-
ladie l’ameine et l’excite : mais la fle-
ure qui est symptôme est excitée par
vne autre maladie , ne plus ne moins
que les autres accidens, tels que sont
la douleur, les veilles, la soif, et cho-
ses semblables. Doncques, tout ainsi
que quelque symptôme ou accident
de maladie suit ladite maladie tant
qu’elle dure, et s’esuanoüit à mesme
temps que la maladie cesse : tout de
blanches, prises et nourries és vignes, des
tortues nourries à la façon parauant expli-
quée, au reste pillees et distillées en l’allam-
bic de verre in bulneo Muriœ , baillee aucc
syrop de pauot.de nénuphar ou eau de dé-
coction de laictues et de poullet. est singu-
lièrement bonne en la fiéure hectique.
» Telle fiéure peut assaillir les petits en-
fans, ou pour quelque despit ou longue
crainte en laquelle ils auroient esté tenus,
ou auoir vne nourrice cholérique de nature
et de façon de viure, de laquelle pértant le
laict est trop cliault et ardent : ou pour
istre nourris de vin , ou pour estre tenus
continuellement au soleil : en ce cas il leur
faudra changer de laict de nourrice et fa-
çon de viure en autre toute contraire , les
tenant en air chaud et humide temperé-
ment : les oindre d’huille violât, et faire à
peu près les choses cy deuant expliquées
pour les refroidir et humecter.
» Que si la fleure est compliquée d’hecti-
que et putride, il faudra pareillement com-
pliquer et accoupler les remedes pour l’vne
et l’autre intention, par bonne méthode. »
III.
1 77
mesme la fiéure symptomatique ne
vient qu’en suite de quelque maladie,
et s’en va aussi à mesme heure que
ladite maladie. C’est pourquoy ceste.
fiéure icy n’a point de propres indica-
tions , comme a l’essentielle, les indi-
cations de laquelle sont prises de
sa nature et de ses causes. Mais
celles de la symptomatique sont prises
de la maladie qui la produit, et de
là vient aussi que l’on nomme ceste
fiéure du nom de sa maladie, et non
de son nom propre, comme enseigne
Galien sur l’aphorisme septante-deux
de la quatrième section.
« Les anciens , dit-il, disoient que
» ceux estoient malades de la fiéure,
» qui sans aucune inflammation, sans
» abcès, sans douleur, sans erysipele,
» et pour le dire en vn mot , qui sans
» aucune autre maladie remarquable
» se trou u oient affligés de fiéure.
» Mais s’ils se (rouuoient auoir la fié-
» ure , ou à cause de la douleur de
» costé, ou de poulmon, ou à cause de
b l’inflammation de quelqueautrepar-
» tie, ils ne les appeloienl pas febrici-
b tans, mais pleuretiques, peripneu-
» moniques, hépatiques , et de pareil-
b les et semblables appellalions. b
Ce n’est pas toutesfois que toutes
les fleures symplomaliques viennent
de nécessité de quelque inflammation :
il y en a encore d’autres : c’est pour-
quoy ie m’en vais apporter toutes
leurs différences et especes. Les fle-
ures donc symptomatiques sont prises
de trois chefs, ou de l’inflammation
de quelque partie, ou de l’obstruction ,
ou de la pourriture et corruption de
quelque partie noble.
Celle qui vient de l’inflammation
est double : car ou elle v ient de l’in-
flammation de quelque partie noble,
et voisine du cœur, ou dequelque par-
tie ignoble , et qui est eslongnée du
12
LE VINGTIEME LIVRE ,
I78
cœur. CeUé-cÿ est éphemeré et ne
dure qü’vn leur, d’autant que la par-
tie pour estré eslOngnéè du cœur ne
peut rien esfchaulïer en luy, si ce n’est
les esprits qui se portent plus aisément
par les conduits destoürnés que ne
font pas les humeurs. L’autre lîéure
qui vient de l’inflammation desparties
nobles et voisines du cœur est aussi
double : car elle est ou phlegmoneuse,
que les Grecs disent ou ery-
sipelateuse, que les mesttles Grecs ap-
pellent epuçt?reIaTway)ç OU TvtpoSiîeç. Celle
là se fait par vn vray phlegmon de
quelque partie, et celle-cy par l’ery-
sipele de la mesme partie. Par exem-
ple, si les membranes du cerueau
s’enflamment par la corruption du
sang qui est au cerueau , il se fera
vne fleure symptomatique phlegmo-
neuse : mais s’il se fait vne inflamma-
tion ausdites membranes par la
corruption de la bile, la fleure symp-
tomatique qui en sera excitée sera
appellée 0 u lyphodes ou erysipelateuse.
Au reste ces fiéures icy d’autant plus
sont-elles grandes, violentes, dange-
reuses et périlleuses, que la partie qui
reçoit inflammation est noble et voi-
sine du cœur : car le cœur en reçoit
plus aisément et promptement les
mauuaises fumées et vapeurs qui s’eu
esleuent continuellement.
La seconde fiéure symptomatique
vient de l’obstruction qui est viue-
ment attachée à quelqu’vne des en-
trailles, et telle fiéure d’ordinaire est
lente : car c’est vn feu caché, et vne
pourriture secrette qui se glisse len-
tement dans les veines, et à peine se
peut elle communiquer au cœur :
c’est pourquoy ceste fleure est si
douce et a des accidens si légers qu'à
peine le malade se persuade-il auoir
de la fiéure : bien qu’il soit assez aisé
au médecin prudent et aduisé de la
reconrtdistre, par quelques signes dé
pourriture qui appâroissent, et aux
vrines et au pouls. Quelqnés-vns
rapporténtà ce genre de fiéure celles
dont les cachectiques et les filles qui
ont les pasles couleurs sont trauail-
lées, lesquelles sont engendrées et
produites d’vne certaine pituite se-
reuse, qui se pourrit lentement dans
toutes les parties du corps où elle est
diffuse et espandue. D’aUtres aussi
mettent entre ces fiéures icy , celles
qui sont produites parles vers, bien
qu elles ayent des symptômes beau-
coup plus violéns que les fiéures
lentes.
La troisième et dernierc espece de
fiéures symptomatiques, est prise de
la pourriture et corruption de quel-
que partie de nostre corps qui est
noble et necessaire à là vie. Par exem-
ple, toutesfoisel quantesqUelepOül-
mon,le foye,la ratte se pourrissent et
se corrompent en leur substance ,
parla continuité des vaisseaux qui
sont insérés en ces parties là, il y a de
mauuaises vapeurs qui sont portées
au cœur, où ils allument vne fiéure
lente continue, qui consomme peu
à peu le malade et le débilité de iour
en iour, et l’extcnue tellement qu’il
en meurt à la fin : et ceste fiéure icy
n’est point autre que symptomatique,
encore bien que quelques vns la vueil-
lent appeller hectique : mais en l’hec-
tique, il n’y a point de pourriture , si
a bien en celle-cy : c’est pourquoy elle
constitue la troisième espece des
symptomatiques.
Or la connoissance des fiéures symp-
tomatiques despend de leurs propres
signes. Celles qui se font à cause de
l’inflammation de quelque partie ,
se reconnoissent par l’inflammation
mesme, qui se donne assez à connois-
tre, tant par la douleur que par la
DES FIÈVRES.
lésion et affliction qu’elle donne à la
partie malade : d’auantage ces fleures
n’ont aucuns accès périodiques, et ne
donnent aucune signification de pour-
riture dans les vrines, si ce n’est qu’il
suintede la partie enflammée quelque
petite portion de pourriture qui se
mesle parmy le sang, et qui le cor-
rompe. Bref telles fleures ne reçoi-
uent point de crises, ny an septième
tour, ny au quatorzième, mais se gué-
rissent peu à peu à mesure que l’in-
flammation se diminue.
Pour la fiéure lente qui se fait de
l’obstruction, elle se reconnoist par
la tumeur ou dureté de viscères qui
sont estouppéS : elle n’apporte au-
cun grief accident, si ce n’est que peu
à peu elle oste les forces du malade,
luy fond le corps, et le rend maigre
encore qu’il sè nourrisse bien. Elle
dure quelquesfois bien longtemps,
vu mois, deux mois, plus ou moins,
selon que l’obstruction est plus ou
moins opiniaslre : le pouls du malade
est petit, foible, frequent, leger et
inégal
Ueste la fiéure qui suit la corruption
des parties : celle-cy se reconnoist,
parce qu’elle ne diminue nullement ,
ny par aucune purgation, ny par au-
cune saignée : ains au contraire elle
s'aigrit et augmente à veuë d’œil. Elle
donne des défaillances de cœur, et
peu à peu elle amaigrit tellement le
malade et le débilité, qu’elle Poste
hors de ce monde. Il faut au reste
prendre garde quelle est la partie qui
se corrompt, si c’est le poulmon, le
foye, la ratte, l’estomacb,les reins, le
mesentere, la matrice : car par ce
moyen vous entrez en sa connoissance.
Cecy establi, venons à la cure de
ces fiéures symptomatiques. Celle qui
suit les inflammations se doit trai-
ter comme l’inflammation mesme ,
et comme les autres fiéures que nous
auons dit eslre des intempéries chau-
des et seiches. C’est pourquoy le ré-
gime de viure doit estre rafraîchis-
sant et humectant , en s’abstenant
tout à fait de vin et des choses qui
peuuent augmenter l’inflammation.
Il faut commencer les remedes par
la saignée, laquelle est si necessaire
en ce mal icy, que si elle n’est faite et
promptement et competemment , ou
le malade meurt bien tost, ou il se
fait vn abcès, qui quelquesfois est
mortel, quelquesfois est de tres-lon-
gue durée. Cependant on fera vser au
malade dejuleps et apozemes refri-
gerans, qui ont la force et la vertu de
reprimer la ferueur de la bile, et au-
tres humeurs ardentes et bouillantes
qui fomentent le mal. Il se faut bien
donner de garde de purger le malade
du commencement, voire mesme tant
qu’il y aura soupçon d’inflammation :
car il faut craindre d’irriter la partie
malade , de l’eschauffer, et de luy
transporter de nouueau demauuaises
humeurs. Lors mesme qu’il sera temps
de purger, il faut se seruir de purga-
tifs doux et bénins, et fuir les violons,
et ceux qui reçoiuent la scammonée.
Il ne faut nullement parler de vomi-
tifs, d’autant qu’ils sont tres-perni-
cieux auxinflammations. En vn mot on
se doit contenter presque durant toute
la maladie de clysteres, de la saignée,
et remedes alteratifs rafraichissans
et humectans : ayant toutesfois tous-
iours esgard à la partie enflammée
pour luy appliquer les remedes pro-
pres , comme les bechiques au poul-
mon, les epithemes au foye et à la
ratte, et ainsi des autres.
Pour les fiéures lentes symptoma-
tiques qui viennent de l’obstruction
ou du foye, de la ratte, il faut se ser-
uir d’vn régime de viure qui soit in-
)8o LE VINGTIEME LIVRE
cisif et altenuatif , préparant des
bouillons de poullels auec racines de
persil, de fenouil, de câpres, d'orge, et
autres diurétiques : il faut euiter les
alimens visqueux et grossiers, toutes
sortes de legumes, et autres viandes
flatulentes et terrestres. La boisson
ordinaire doit estre préparée auec
orge, chiendent, racines d’ozeille et
de cicliorée saunage, de dent de lion,
meslant quelquesfois vn peu de vin
blanc qui est apéritif et diurétique.
Entre les remedes la saignée tient le
premier lieu, qui osteet desgagepuis
samment les obstructions, et en outre
descharge la nature d’vne portion
des humeurs qui l’affoiblissent , et qui
diminuent la chaleur naturelle. Les
clysteres detersifs doiuent estre sou-
uent vsités, cependant que l’on pré-
paré les humeurs auec juleps et apo-
zemes qui ouurenl, desbouchent,
incisent et atténuent sans excessiue
chaleur, cl que par ioterualle on cor-
robore les entrailles, tantosl auec l’e-
lecluaire de triasantali, tantosl auec
les trochisques d’aigremoine, ou bien
auec poudres, condits, tablettes, et
opiales conuenables. Après cela il fau-
dra purger doucement et fréquem-
ment le corps, ayant tou siours esgard
à la partie qui est estouppée, comme
aufoyeou à la rat te: pour selon ceste
indication mesler les medicamens qui
ont plus de familiarité auec la partie
affectée. Bref il ne faut rien obmettre
des choses qui ont la force de des-
boucher, d’ouurir, d’inciser, d’alle-
nuer, et de desgager les obstructions.
En fin les fiéures symptomatiques
qui viennent de la corruption des par-
ties nobles reçoi uent assez de reme-
des palliatifs, mais elles n’en peuuent
auoir qui les puissent entièrement
guérir. 11 en faut mourir tosl ou tard,
veu qu’il est impossible de restituer
vne partie noble qui aura esté vne
fois corrompue : l’axiome du philoso-
phe estant tres-vray, qui dit qu’il n’y
a point de retour de la priuation à
l’habitude. Il faudra donc se conten-
ter du prognostic, et prescrire au ma-
lade le meilleur régime de viure que
faire se pourra : que s’il estoit tra-
uaillé de quelques violens symptô-
mes, il faut tascherà les adoucir les
mieux qu’il sera possible, et du reste
n’esperer autre issue de la maladie
que la mort.
CHAPITRE XXXVII.
DES FIÉ VUES EXTRAORDINAIRES.
Nostre première diuision des fiéures
a esté en ordinaires et extraordinai-
res, dont les premières ont esté expo-
sées iusques icy. Restent donc les
extraordinaires seulement, qui pour
le dire sainement, ne sont point nou-
uelles différences et especes de fié-
ures, ains sont les mesmes que nous
auons expliquées, mais qui ne sont
pas seulement accompagnées de leurs
symptômes et accidens ordinaires ,
mais aussi d’autres qui sont plus
estranges et plus extraordinaires, et
pour la pluspart tous dangereux et
mortels. A ces fiéures icy ie rapporte
toutes celles que l’on appelle mali-
gnes, pestilentielles, contagieuses, pur-
purèes , les tierces quotidianes et quar-
tes pestilentielles, Vephcmcre des An-
glais, que l’on appelle ispovoïaov, les
fiéures epidemiques accompagnées de
coqueluche, de pleurésie, péripneu-
monie, dysenterie pestilentielles et
contagieuses : bref toutes celles qui
ont quelque malignité ex traord inaire,
desquelles toutesfois ie ne prelens
DES FIEVRES.
point en ce discours parler plus am-
plement, d'autant qu’icelles fleures
se peuuent commodément rapporter
à la peste, de laquelle nous auons fait
vnliure particulier C’est pourquoy
1 II renvoyait déjà pour le même objet à
son livre de la Peste dans le traité des Fié-
ures de 1575. Voyez ci-devant la dernière
note du chapitre 13.
1 8 1
ce seroit chose superflue que de vou'
loir derechef m’estendresur ce suiet :
qu’on ait recours à mon discours par-
ticulier, et on trou uera dedans assez
de matière pour contenter l'esprit
curieux du chirurgien. Et que cecy
suffise pour la première partie du dis-
cours des fleures, l’ordre nous appel-
ant à la seconde partie.
SECONDE PARTIE
DV DISCOVRS DES FIEVRES
TOYCHANT LE VUS SYMPTOMES.
CHAPITRE I.
DE LA DIVISION DES SYMPTOMES,
ET SVITE DE CE DISCOVRS. .
Il n’y a point de maladies qui ne
soient sniuies et accompagnées de
quelques symptômes, tout ainsi que le
corps est suiui de son ombre. Mais
entre toutes les maladies, il n'y en a
point qui en ayent de plus frequens,de
plusviolens et de moins supportables
que les Heures, d’autant qu’estant
maladies vniuerselles et communes
à tout le corps, elles peuuenten tous
endroits d’iceluy produire de mau-
uais accidens. C’est pourquoy ce n'a
pas esté sans raison que nous auons
diuisé le traité des fiéures en deux
parties, la seconde desquelles nous
auons destinée à l’explication de leurs
symptômes. Car encore bien qu’iceux
n’ayent aucune propre indication, et
qu’ils se dissipent et s’esuanoüissent
à mesure que les fleures cessent et
finissent, ce qui semble nous persua-
der qu’il ne leur faut autres remedes
que ceux qui sont ordonnés aux fié-
1 Toute cette deuxième partie est neuve,
c’est-à-dire qu’il n’en avait rien paru dans
les œuvres publiées par l’auteur lui-même.
Nous n’aurons donc qu’à suivre scrupuleu-
sement le texte de l’édition posthume de 1C28.
ures. si est-ce toutesfois qu’ils sont
quelquesfois si violens , si fascheux et
insupportables aux febricilans, qu’ils
obligent les malades à demander
quelque soulagement, et forcent le
médecin de leur trouuer et appliquer
des remedes. Outre qu’ilest tres-cons-
tant et asseuré que les symptômes
quelquesfois sont causes de nouuelles
maladies, bien qu’ils ne soient que
les effets d’icelles : mais ils sont
effets des premières maladies, et sont
causes de quelques maladies secon-
des qu’ils excitent: par exemple, le
déliré n’est qu’vn effet de l’intempe-
rie chaude et seiche de tout le corps:
mais si ce déliré perseuere, il apporte
la phrenesie , et est cause d’une in-
flammation qui se fait au cerueau ,
qui est vue nouuelle maladie. D’au-
tant doneques que les febricitans se
plaignent pluslost des symptômes
que de la maladie, et aussi à tin d’em-
pescher leurs mauuais effets, i’ay
trouué à propos de donner quel-
ques remedes pour leur soulage-
ment, que toutesfois ie modereray tel-
lement, qu’ayant esgard aux symp-
tômes, ie ne laisseray pas lousiours
de buter premièrement et principa-
lement à la cure et guérison des fle-
ures dont ils sont accidens et effest.
Or à fin de garder quelque ordre en
ce discours, nous prendrons celuy des
DES FlÉVKES.
symptômes , que les médecins appor-
tent en la pathologie, qui est qu'ils
diuisent les symptômes en trois chefs,
sçauoir :
1. En ceux qui appartiennent à
l’action lesée:
2. En ceux qui dépendent de l’a-
metrie des excrcmens :
3. En ceux qui sqiuentla simple af-
fection du corps
Nous pareillement , et à leur exem-
ple, parlerons des symptômes des
tiéures qui appartiennent à l’action
lesée, Çels que sont la douleur, les
veilles, l'assoupissement et sommeil
profond , le déliré , la conuulsion , la
paralysie, l’esbloüissementde la veuë,
la surdité, la difficulté de respirer, la
toux , la difficulté d’aualler , le de-
1 83
goust , la nausée , le sanglot , le vo-
missement, la soifdesreglée, la lipo-
thymie et syncope. En second lieu
nous ferons mention des symptômes
qui suiuent l’ametrie des excrcmens :
comme sont, le flux de ventre , la du-
reté de ventre, la suppression d’vrine,
le flux excessif d’vrine, les sueurs
immodérées, et le flux de sang. En
troisième lieu nous rencontrerons les
symptômes qui appartiennent à la
simple affection du corps, telle qu'est
la Jaunisse, la seicheresse et noirceur
de la tangue, la froideur des extré-
mités du corps, l’excessiue chaleur, la
tension deshypochondres. Voila l’or-
dre que nous tiendrons, duquel lu
vois le racourcissement en la table
suiuante.
Les symptô-
mes des fiéures'
sont pris ou
•La douleur.
Les veilles.
L’assoupissement et sommeil profond.
Le déliré.
La conuulsion.
i La paralysie.
IL’esblouissement de la veuë.
Del’actionle- La surdité,
sée , tels ques La difficulté de respirer,
sont J La toux.
La (^fliculté d’aualler.
' Le degoust.
La nausée.
Le sanglot.
Le vomissement.
La soif desreglée.
''La lipothymie et syncope.
De l’ametriel
desexcremens,<
tels que sont
Le flux de ventre.
La dureté de ventre,
fa suppression d’vrine.
Le flux excessif d’vrine.
Les sueurs immodérées.
^ Le flux de sang.
/La iaunisse.
De la simp e; La seicheresse et noirceur de la langue
aflection u) jja froideur des extrémités.
\sonT' 16 * C*Ue/ L excess'ue chaleur.
y La tension fles hypochondres.
chap. 2.
chap. 3.
chap. 4.
chap. 5.
chap. G.
chap. 7.
chap. 8.
chap. 9.
chap. 10.
chap. 11.
chap. 12.
chap. 13.
chap. 14.
chap. 15.
chap. IG.
chap. 17.
chap. 1S.
chap. 19.
chap. 20.
chap. 21.
chap. 22.
chap. 23.
chap. 24.
chap. 25.
. chap. 2G.
chap. 27.
chap. 28.
chap. 29.
i84
LE VINGTIEME LIVRE,
CHAPITRE II.
DES SYMPTOMES DE L’ACTION LESEE t
ET PREMIEREMENT DE LA DOVLEVR .
Entre tous les symptômes des fle-
ures, il n’y a point de si frequent et
de plus importun que la douleur :
c’est pourquoy nous la mettons icy
au premier rang. Orla douleur qu'ap-
porte la fleure est principalement, ou
à la teste, ou à l’estomach , ou au
Rentre , ou aux lombes , ou aux cuis-
ses et aux iambes.
Pour la douleur de teste, peu de fe-
bricitans en sont exempts, et s’atta-
che particulièrement aux temples, au
front, et au deuanl de la teste: celle
qui vient au sommet et derrière de la
teste ou à l’entour desoreilles venant
plulost d’autre cause que non pas de
la fleure. Au reste, la fleure donne la
douleur de teste , par le moyen des
fumées et vapeurs qui sortans du
foyer de la fleure contenu dans la pre-
mière ou deuxième ^région du corps ,
sont portées au cerueau par les vei-
nes et arteres et autres conduits.
Quand ceste douleur est legere, elle
ne mérité pas que l’on fasse autres re-
medes que ceux que l’on donne pour
la fiéure : mais si elle est importune
et violente, après les clysteres et les
saignées, on pourra faire quelques re-
reedes topiques, frottant les tempes et
le front d’oxyrhodinum préparé auec
huile rosat, et la 7. ou 8. partie de
vinaigre: ou bien on prendra quatre
onces d’eau rose, vue once de fueilles
de saule ou de fleurs de violles et de
nénuphar, six drachmes de vinaigre
rosat, le blanc d’vn œuf, qu’on agite-
ra et meslera ensemble, pour faire vn
frontal à mettre sur lesdites parties.
Que si ces choses ne suffisent à ap-
paiser la douleur, on peut raser la
teste et la frotter souuent dudit oxy-
rhodinum, ou mettre dessus vn linge
trempé en eau de rose, de plantain, de
betoine , de morelle, et autres de pa-
reilles vertus. Quelques vns aiment
mieux se seruir de cest onguent, pré-
paré auec deux onces d’huile vio-
lât et de nénuphar, vue once et de-
mie d’huile tirée de la semence de
courge, vue once de suc de laictue et
de morelle, auec vn peu de cire pour
luy donner corps. Que si le malade
ne peut endurer les choses liquides riy
mouillées , on luy fera ce frontal sec ,
prenant :
if. Fleurs de nénuphar et violles, de chacune
deux drachmes :
Vne drachme et demie de fleurs de cha-
mornille et de melilot :
Vne drachme et demie de graine d’ozeille,
de pourpié et de laictues :
Deux scrupules de graine de pauot blanc
et de ps)l!ium :
Fleurs de roses de Prouins 3. drachmes.
Qu’on mcsle le tout en poudre pour
enfermer en vn sachet de tafetas de
iuste grandeur bien piqué , à mettre
sur le front et sur les temples, après
qu’on l’aura arrousé du costé qu’il
doit toucher la chair d’eaux de pour-
pié, de laictues , d’ozeille , de violles,
de nénuphar, de morelles et autres
semblables, le liant fermement, à fin
d'empescher d’autant plus les fumées
démonter au cerueau.
D’autres prennent :
Fueilles seichées de marjolaine , de
sauge, de melisse, et de betoine, de cha-
cune 2. ou 3. drachmes.
Du calamus aromatique, souchet et ga-
langa menu, de chacun vne drachme.
Noix muscade, macis, schoenanthe, graine
d’alkerrnes, et roses rouges, de chacune
demie drachme.
DES FIEVRES.
1 85
Ils réduisent le tout en poudre, dont |
ils font vn frontal: qui sert à digérer |
et résoudre les fumées qui ne vien-
nent pas d’humeurs si bouillantes et
eschautTées.
La douleur est quelquesfois si opi-
niaslre qu’il faut venir aux ventou-
ses scarifiées et sans scarification ,
qu’on applique sur les espaules , et
qu'on réitéré plusieurs fois: ou bien
aux vésicatoires, qui par l’attraction
qu’ils font, donnent air aux fumées
enfermées dans le cerneau , et en ti-
rent en outre bonne quantité de sé-
rosités. Si cela n’y fait rien, les iuleps
somnifères sont excellons, veu que
par le sommeil qu’ils apportent ils ra-
fraîchissent puissamment le cerueau ,
et liebetent la chaleur et furie des va-
peurs les plus bouillantes : de ces iu-
leps icy nous en parlerons cy après, au
chapitre des veilles immodérées.
le viens à la douleur d’estomach ,
que les Grecs appellent Cardialgiam ,
qui est excitée de quelque humeur
acre et piquante , laquelle blesse et
offense l’orifice suppericur de l’eslo-
mach, que les Médecins appellent
xapXa*. Cette douleur est grandement
sensible , et apporte quelquesfois auec
elle la nausée , le sanglot , le vomisse-
ment, à cause que la partie affligée est
grandement nerueuse : c’est pourquoy
les febricitans se plaignent souuent
au médecin de ceste douleur. Il faut
à cesl accident icy les choses qui peu-
uent hebeter l’acrimonie de l’humeur,
et qui peuuent la rafraîchir, tels que
sont les syrops violât, de limons , de
grenades, de berberis, de agresta ,
qu’on prendra seuls ou délayés en
eau ou décoction d’endiue, de sca-
riole, d’ozeille , de cichorée sau-
uage, de pourpié, de laictue : ou bien
dans l’eau de décoction d’orge , des
quatre semences froides , grandes ou
petites, de fleurs de violles, de bu-
glosse , de bourrache, de nénuphar.
On peut aussi ordonner les conserues
de nénuphar, de violles, de roses, de
buglosse: comme pareillement quel-
ques poudres qui puissent boire les
sérosités bilieuses qui sont dans le
ventricule, sans toutesfois eschauffer,
comme son! la poudre des coraux, de
perles préparées, de racleure de corne
de cerf et d’y noire, de coriandre, de
spodium , et autres de pareilles ver-
tus, desquelles on pourra mesme pré-
parer des tablettes quec sucre dissout
en eau de buglosse et de laictue , ou
des opiates stomachales. Nous en di-
rons d’auantage aux chapitres du vo-
missement et de la syncope.
Sou uent il suruient aux febricitans
des douleurs de coliques, qui sont
excitées ou par humeurs acres et es-
chauffées. ou bien de quelques vents
et flatuosités qui errent et vaguent
par les intestins. A ces premiers, il
faut toutes choses réfrigérantes ,
comme ely steres, iuleps, apozemes ,
epithemes, linimens. On préparé les
clysteres auec le lait clair , fueilles de
vignes, de laictue, de pourpié, de
fleurs de nénuphar , de concombre
coupé par tranches , de semence,
froides : on délayé dedans le miel vio-
lât, l’huile violât, casse mondée:
quelquesfois quand les douleurs sont
violentes , syrop de pauot , pilules de
cynoglosse, theriaque recente, cam-
phre, et autres. Les iuleps et apozemes
sont faits d’herbes , de fleurs et de se-
mences rafraîchissantes : on délayé
dedans les syrops de limons , de viol-
les , de nénuphar, de pauot appellé
diacodion. On donne aussi par fois le
petit laict en grande quantité cuit et
clarifié, ou bien quelques émulsions
rafraîchissantes. Les epithemes doi-
uent continuellement estre appliqués
1 86
LE VINGTIÈME LIVRE,
sur le ventre, faits d’eaux de morelle,
d’ozeille, de buglosse, de plantain ,
de roses , meslées auec vinaigre rosat
et quelques poudres astringentes,
pour conseruer les forces du foye et
delà ratte. Les linimens se font d'hui-
les de nénuphar, rosat, violât, om-
phacin, ceral santalin, onguent ro-
sat de Mesué, auec vn peu de vinai-
gre rosat. Que si cela ne profite , on
donne le demy-bain malin et soir, qui
est vn excellent rernede contre ces
coliques d’humeurs bilieuses.
Que si ces douleurs sont excitées
par des ventosités, on fera des clys-
teres détersifs et résolutifs préparés
auec inaulues , aigremoine , son , or-
ge, beloine, fleurs de chamomille et
de meïilot, semence de lin , de fœnu-
grec , de fenouil , d'anis , de ligues
grasses : délayant dedans miel mer-
curial ou d’anthos, electuaire lenitif,
diaphœnic , sucre rouge , auec huiles
de chamomille, de noix, de rue et au-
tres. On applique aussi sur le ventre
fomentations faites de décoction des
quatre emollientes.de betoine, de mar-
jolaine, de calament, de fleurs de cha-
momille et melilot , de semence d’a-
neth et de fenouil , qu’on fait cuire
dans moitié eau et moitié vin blanc.
On fait aussi des sachets de millet ,
d’aupjne fricassée, de son, de paritoire
aussi fricassée auec beurre frais. Les
huiles de ruë , de iasmin, de chamo-
mille, de lin, de noix muscade ser-
uent à faire les linimens. On fait aussi
des poudres à prendre par la bouche
auec coriandre, fenoüil, perles pré-
parées , canelle , poudres de l’elec-
tuaire de gemmis et diarhodon abba-
tis, que le malade prend à certaines
heures du iour.
Les douleurs des lombes et de la
région renale prouiennent de la
grande chaleur qui est contenue dans
la grande artere, et la veine caue
descendante, à cause du sang qui
bout dedans : à ces douleurs on or-
donne l’oxyrhodinum pour frotter les
lombes, l’oxycrat appliqué auec des
linges, les linimens de suc de laiclue et
de blanc d'œuf, de populeum , et de
cerat de Galien, auec les sucs de mo-
relle, de ioubarbe, et vn peu de
camphre. On fait fomentations auec
eaux de laictue, plantain, morelle, ro-
ses, pourpié, vinaigre rosat , et cam-
phre. On met sous le malade vne piece
ou de marroquin, ou de camelot, ou de
bougran, estofles qui ne retiennent
que bien peu la chaleur. Autres font
mettre sur les lombes, ou lueilles de
vigne , ou tranches de melons et de
concombres. On donne des iuleps ou
émulsions rafraîchissantes, et des or-
ges mondés. Vn grand rernede, ce sont
les cîysteres emolliens et rafraîchis-
sons et doucement purgatifs, à fin
d’oster d’alentour des reins vne quan-
tité d'ordures qui croupissent ordi-
nairement dans le ventre, et qui es-
tant vne fois eschauffées apportent
ces importunes douleurs de reins.
La douleur de cuisses et de iam-
bes est sonnent bien importune aux
l'ebricitans , qui se sentent auoir les
os comme brisés : à peine peuuent-ils
se remuer , et mesme endurer que la
couuerture du lit les louche : autres-
fois ils ont des lactations et agitations
fascheuses, pour ne pouuoir trouuer
aucune bonne place. Or ces douleurs
viennent quelquesfois de l’ardeur de
la fiéure , qui enflamme les esprits et
les humeurs qui sont esparses parmy
les parties cutanées et musculeuses :
autresfois elles arriuent par l'effusion
d’vnchumeursereuse, acrect bilieuse,
qui se iette ou dans les espaces vuides
des muscles , ou sur le périoste , qui
est la membrane qui enueloppe les
DES FIÈVRES.
os. Pour. les agitations, iactations et
alysme , elles prouicnnent ou des es-
prits enflammés qui se iettcnt çà et là,
selon qu’ils sont poussés et chassés
par l’ardeur de la fiéure, ou bien
d’vne quantité d’humeurs bilieuses ,
chaudes et acres , qui pour estre dans
les veines ou à l’entour des entrailles
toutes bouillantes et furieuses , cher-
chent vu plus grand lieu que celuy où
elles sont enfermées et trop serrées,
d’où vient qu’elles pressent le dia-
phragme, le cœur et les poulinons ,
ce qui fait que le malade estouffe et
ne peut trouuer de place à son aise.
A ces iactations , ie ne trouue point
meilleurs remedes que ceux qui sont
ordonnés à la fiéure, les saignées fre-
quentes, les clysteres réitérés, les fo-
mentations, les iulcps : et quand le
mal le permet, les purgations , vomi-
tifs et autres.
Aux douleurs de membres, prin-
cipalement des cuisses et des iambes,
on fajt des frictions douces , des lini-
mens auec huile d’amandes douces ,
de nénuphar , rosat , violât, y adious-
tant tant soit peu de celle de lis et de
chamomilie, pour résoudre et ouurir.
On fait des décoctions partie réfrigé-
rantes, partie resoluliues, pour fo-
menter auec bons linges les parties
dolentes. On fait des lauemens de
pieds et de iambes auec eau tiede
simplement, ou auec décoctions de
chamomilie, de melilot et nénuphar,
de fueilles de vignes, de laictue, et au-
tres semblables. On descharge aussi
les iambes par l’application d’vne
quantité de sangsues : bref on fait sa-
chets, linimens, bains, onguens, fo-
mentations, lesquels n’ont pas quel-
quesfois tant de force qu’aura quel-
que iulep somnifère , qui par le som-
meil qu’il apportera, appaisera tout
d’vn coup telles douleurs.
187
CHAPITRE IH.
DES VEILLES IMMODEREES.
S’il y a chose qui après la douleur
abbatte les forces d’vn fébricitant , ce
sont les longues veilles et immode
rées, qui quelquesfois viennent de la
violence des douleurs, quelquesfois
d’vne grande scicheresse du cerueau,
qui est causée par des humeurs pu va-
peurs chaudes et seiches.
Les veilles que la douleur apporte
sont ostées par les mesmes remedes
qui assoupissant la douleur : celles
qui viennent de spiclieresse du cer-
ueau doiuent estre empeschées par
remedes contraires, c’est à dire par
ceux qui rafraîchissent et humectent.
On fera dope des frontaux auec huile
rosat , eau rose, vinaigre rosat, et vn
blanc d’œuf meslés ensemble: ou bien
auec conserue de betoine , de nénu-
phar , de violes , de roses , et l’on-
guent populeum. Il faudra rafraîchir
la chambre du malade auec herbes
rafraîchissantes , et l’arroser d’eau
froide : il faudra faire tomber de l’eau
de haut en vn bassin, à fin que le petit
bruit et murmure qu’elle fera induise
le malade à dormir. Que les iulcps et
apozeines soient rafraichissans et hu-
mectans , et pour ce on les préparera
auec décoction de laictue, pourpié ,
ozeillc,buglosse, bourrache, semences
froides grandes et petites, fleurs de viol-
lescl de nénuphar, délayant dedans les
syrops de nymphéa , de pauot , pour-
pié , de courge : dans trois ou quatre
onces de décoction on pourra mettre
vne once, dix drachmes, ou vne once
et demie de diacodion, pour chaque
flose qu’on donnera sur les dix heures
du soir.
1 88 LE VINGTIEME LIVRE
Lors qu’on donnera des iuleps
hypnotiques , on ne mettra pas des
topiques à l’entour de la teste: il sc
faut contenter des vns ou des autres ,
de peur de trop assoupir le malade.
Les topiques plus doux sont huile
violât, de nénuphar, de courge, les
sucs de laictue, de cichorée, d’ombilic
de Venus , de morelle. L’huile de pa-
uot, le suc deiusquiame ou de man-
dragore l’opium, sont plus dangereux.
On préparé des boüillons somnifères
auec force laictues qu’on fait bouillir
dedans, et quatre, cinq, six, huit testes
de pauot blanc , plus ou moins selon
les forces du malade et la continuité
des veilles : et tels boüillons sont ex-
cellenset de grand profit. Galien con -
fesse que l’usage des laictues luy os-
toit les douleurs de teste et luy
apportoit le sommeil.
Quelques vns préparent vne es-
ponge hypnotique , comme remede
tres-aisé et sowierain : ils font bouil-
lir des fueil les de laictues, de pour-
pié, de morelle, de lentille aquatique,
d’ombilic devenus, de chacune deux
poignées : fueilles de saule et de vi-
gne, de iusquiame, de mandragore, et
de pauot blanc , vne poignée de cha-
cune. Ils prennent vne liure de ladite
décoction, etyadioustent dix onces de
suc de laictue, et vne drachme d’o-
pium. Cela fait, ils font tremper et ma-
cérer deux ou trois fois vne esponge
qu’ils font seicher à l’ombre. Quant ils
s’en veulent seruir, ils la trempent
dans ladite décoction, et la font sentir
toute tiedeau fébricitant, ou bien luy
appliquent aux temples et sur le de-
uant de la leste.
Ils font aussi grand estai d’vne
emplastre hypnotique, qu’ils font
auec :
Vne once et demie de racine de man-
dragore :
Vue demie once de graine de psyllium
et de coriandre préparée :
Deux drachmes de testes de pauot blanc :
Demie drachme d’opium :
El meslentetamoliissentletout auec
huile de nénuphar, et de pauot, et en
font vne emplastre. Mais pour dire la
vérité, ie ne Irouue pas beaucoup de
seureté à ces remedes extérieurs, et
ne les xoudrois ordonner qu’à ceux
qui abhorrent les iuleps, lesquels ie
préféré aux autres remedes pour con-
trarier non seulement aux veilles ,
mais aussi à la liéure qui excite les
veilles. Mais d’autant qu’il n’est pas
à proposée donner tousiours des hyp-
notiques , il faut recourir souuent
aux bains des pieds et des iambes,
qu’on peut faire ou auec l’eau tiede
seulement, ou auec la décoction de
fueilles de saule, laictue, nénu-
phar, maulues, violes, testes de pauot
blanc, pourpié, morelle, chair et se-
mence de courge, dans laquelle quel-
quesfois on peut adiouster vn peu de
vinaigre blanc.
CHAPITRE IV.
DE l’assovpissement et sommeil
PROFOND.
L’assoupissement est contraire aux
grandes veilles, et tous deux sont
contre nature : voire mesme que l’as-
soupissement quelquesfois suruient
aux febricitans en suite des grandes
veilles , après leur auoir ordonné
trop inconsidérément les narcotiques
et somnifères : mais nous ne parlons
point de cest assoupissement là, ne
croyant pas qu’il y ait aucun sage et
prudent médecin qui face ceste faute :
il n’y a que les empiriques et igno-
DES FIÈVRES.
rans qui, pour n’auoir aucune con-
noissance, ny de la maladie, ny du
tempérament et des forces du malade,
peuuent ielter les febricilans en ce
danger. Nous parlerons donc de l’as-
soupissement qui suruienl aux fleures,
qui se reconnoist en ce que les mala-
des se resueillent à peine, et estans
resueillés retombent au sommeil tout
incontinent-
Tel sommeil contre nature est exci-
té de quelques mauuaises et malignes
vapeurs quise congèlent aucunement
dans le cerueau, et s’y espaississent
en partie : cependant que celles qui
sont les plus ténues, desliées et lé-
gères se dissipent tout à fait. Il y a
des fiéures qu’on appelle soporeuses ,
à cause qu’elles apportent tousiours
auec elles de grands assoupissemens :
et cela vient de.ee que y ayant quan-
tité de pituite à l’entour des entrailles,
l’a rdcur de la fiéure venant à la fondre
et liquéfier, enuoye grande abon-
dance de vapeurs crasses et espaisses
au cerueau, lesquelles par après se
resoudentetconuei tissent en humeurs
qui apportent l’assoupissement.
Quand on voit ces grands assou-
pissemens, il faut resueiller le fébri-
citant, tantost auec les choses qui
puissent eschauffer les esprits ani-
maux engourdiset gelés, tantost auec
celles qui resueillent la paresse de la
vertu expultrice, tantost auec celles
qui atténuent , incisent et euacuent
la pituite qui abreuue le cerueau.
C’est pourquoy on agitera le malade
çà et là , on luy fera des frictions for-
tes et dures, que l'on continuera
longtemps , on parlera souuent à
luy , on luy fera des ligatures dou-
loureuses aux bras et au dessus des
genoliils , on le pincera, on luy tirera
les chcueux , on le venlousera auec
scarifications profondes , on luy met-
1S9
tra des vésicatoires en diuers endroits,
en Ire les espaules, derrière les oreilles,
et au sommet de la teste. On luy don-
nera des clysteres acres et piquans.
On luy mettra du castoreum dissout
auec fort vinaigre dans les narines ,
sans oublier les sternutatoires et mas-
ticatoires. L’on loué fort en ceste
extrémité la confection dite anacar-
dina, dissoute auec vinaigre scilli-
tique. Si tout cela ne profite, à peine
trouuera-on d’au très remedes.
CHAPITRE V.
BV DELIRE OV RESVERIE.
Il y a deux sortes de déliré et de
resuerie: l’vne qui est essentielle, et
qui vient de l’inflammation des mem-
branes du cerueau , et l’autre n’est
que symptomatique. Nous n’enten-
tendons point parler de la première ,
mais seulement de la seconde, qui est
excitée par des vapeurs et fumées
chaudes et acres, qui sont enuoyées
au cerueau des parties inferieures où
est allumée la fiéure. Ce déliré icy
quelquesfois n’est que passager, et
paroisl durant la vigueur des accès
des fiéures intermittentes : autresfois
il est fixe et permanent , et pour lors
il est à craindre qu’il n’ameine la
phrenesie. Au reste, il est parfois
gay et ioyeux: quelquesfois serieux et
seuere, et pour lors il est plus à
craindre : car c’est signe qu’il se fait
de vapeurs beaucoup plus noires et
plus acres.
Quand nous voyons la resuerie
des febricilans perseuerer , il faut
promptement recourir aux remedes.
On aura donc recours aux clysteres
acres, aux frictions, aux ligatures
1 00 LE VINGTIEME LIVRE ,
des cuisses, aux bains des pieds et des
iambes , à la saignée le pied en l’eau ,
que les Arabes recommandent comme
vn remede tres-propre à ce mal. Ce-
pendant on ne négligera point les to-
piques, comme frontaux rafraichis-
sans et humectans, embrocations auec
oxyrhodinum sur toute la teste qu’on
rasera auparauant, les ventouses
sur les lombes et sur les espaules auec
scarification, les sangsues, la saignée
des veines des temples , l’ouuerture
de l’artere qui est tout contre les
oreilles , les cochets ou ieunes coqs
blancs fendus en deux par le dos, et
appliqués tous chauds sur la teste
trois heures durant : les poulmons
tous chauds des ieunes aigneaux ou
chéureaux tués sur l’heure, pareille-
ment appliqués surla teste, etinfinilé
d’autres remedes. le loué grande-
ment entre les principaux les choses
qui font dormir, tant à cause que
d’ordinaire les veilles accompagnent
le déliré, que pour autant que le
sommeil est souuerain réfrigérât if du
cerueau.
CHAPITRE VI.
DE LA CONVVLSION ET IECTIGÀT10N.
La iectigation qui vient aux fiéures
est vn tremblement et tressaillement
que l’on sent au pouls du malade ,
qui monstre que le cerueau qui est
l’origine des nerfs est attaqué , et en
outre menacé de quelque conuulsion.
Or cest accident, aussi bien que la con-
uulsion qui suruienl aux fiéures, ne
vient pas à cause de quelques ventosi-
tés ou humeurs crues et pituiteuses
qui occupent les parties nerueuses,
mais de l’ardeur et trop grande sei-
cheresse desdites parties , qui est in-
troduite par la fiéure et les humeurs
mesmes acres et mordantes qui sont
cause de la fiéure. Mais il faut remar-
quer qu’à proprement parler, ceste
conuulsion icy n’est qu’vne image de
la vraye conuulsion, autrement nous
y chercherions des remedes en vain :
veu que la vraye convulsion qui vient
de la desiccalion des parties nerueu-
ses est tout à fait mortelle, Cest acci-
dent icy donc, parlant proprement ,
n’est qu’vn tressaillement et trem-
blottement des parties nerueuses,
causé et excité par la seickcresse que
la fiéure apporte.
C’est pourquoy premièrement il
faut tascher à vuider vne partie des
humeurs morbifiques qui entretien-
nent la fiéure , et empeseker qu’elles
ne soient transportées au cerueau :
or cela se fait commodément auec
clysleres vn peu acres , tels que nous
en auons ordonné au déliré, ensemble
la saignée des pieds , après celle des
bras qu’on aura faite à raison de la
fiéure En second lieu , il faut rafraî-
chir et humecter le cerueau, qui est
la source et l’origine des parties ner-
ueuses : à cela conuiennent les lion-
taux , les embrocations , les lini-
mens et onguens sur la teste après
eslre rasée, les iuleps rafraickissans
et humectans , les orges mondés , les
hypnotiques, mais doux et non vio-
lons, de peur de quelque sinistre ac-
cident. Bref, il faudra venir aux re-
medes qui destournent et seruent de
reuulsion, et qui peuuent fortifier le
cerueau. A ceux-cy se rapportent les
frictions, les ligatures , les ventouses
et scarifications , les vésicatoires , les
poulets et les poulmons des ani-
maux frais tués appliqués sur la teste.
Quelquesfois ces conuulsions icy re-
présentent les epiieptiques , et peur
DES FIEVRES.
lors ou elles sont mortelles pour la
pluspart, ou elles durent tout du long
de la vie. Fay veu des malades qui
pour auoir eu des conuulsions dans
les fiéures pestilenles, ont esté suiels
toute leur vie aux conuulsions épilep-
tiques, nonobstant toute sorte de re-
medes internes et externes , iusques
aux cautères des bras , et à la nuque
du col.
CHAPITRE VII.
DE LA PARALYSIE.
Cest accident icy est rare, mais
qui arriue toutesfois comme i’ay ouy
dire en quelques prouinces de la
France et de l’Allemagne, où il est
assez familier. Il nesuruient pas aux
fiéures violentes et aiguës , mais aux
longueset chroniques : et si il ne vient
pas directement de la tiéure , mais de
la colique qui suruient ausdites fié-
ures longues. Car vue quantité de
bile eschaufféeet ardente s’amassant
dans les veines dumesentere, et à
l’entour de la vessie du fiel, si elle
n’est euacuée par le bénéfice de la
nature ou des medicamens , et qu’elle
ne puisse estre consommée par la lon-
gueur de la fiéure, elle croupit dans
les petites veines , où peu à peu s’es-
chauffant et se bruslant, elle tasche
à trouuer quelque issue , ce que ne
pouuant faire par les veines du me-
sentere , à cause des grandes obstruc-
tions qui y sont , elle se iette de furie
sur les membranes de l’abdomen , qui
sont parties grandement sensibles, là
où elle excite des douleurs intoléra-
bles qui respondent au bas ventre , et
qui apportent par inleruallës tantost
desvomissemens b, lieux, tantost des
ûescharges de ventre porracées et
*9l
erugineuses.'En fin par trait de temps,
après plusieurs remedes alteralifs et
purgatifs ces douleurs s’appaisent :
mais il arriue qu’vue portion de l’hu-
meur est portée par la continuité des
membranes iusques à l’espine du dos,
laquelle doucement et peu à peu se
coule et s’insinue iusques à la moelle
par les petils trous des vertèbres, où
elle bouche les nerfs et les estoupe,
empeschant que les esprits animaux
n'y puissent auoir accès, d’où il s’en-
suit vne paralysie, imparfaite toutes-
fois, d’autant qu’il n’y a que le seul
mouuement qui est empesché, le senti-
ment demeurant en son entier.
A cest accident icy, il ne faut dès re-
medes qui soient grandement eschauf-
fans : il faut doucement et bénigne-
ment purger le corps, et auec clyste-
res et auec purgatifs. On peu t faire des
linimens le long de l’espine du dos ,
auec huiles qui raréfient et dissipent
sans beaucoup de chaleur, de peur de
faire fondre quelque humeur crasse
et pituiteuse, ou l’attirer en ces par-
ties là des lieux plus eslongnés, qui
feroit une vraye et parfaite paralysie.
En se contentant de ces petils re-
medes là, on trouue que quelque
temps après la nature trouue moyen
de se deffaire de ses mauuaises hu-
meurs, et redonne le mouuement au
malade.
CHAPITRE VIII.
de l’esblovissement des yevx.
Il y a trois symptômes de la veuë ,
l’csbloüissement , que les Grecs ap-
pellent àu.(3Wmav , l’aueuglemenl ou
cécité qu’ils nomment tv<j>Wiv : et la
tromperie delà veuë, quand elle prend
LE VINGTIEME LIVRE,
1Ç)2
vn obiet pour vn autre , qu’ils appel-
lent TTapopocatv : la première diminue
la veuë.la seconde l’osletout à fait,
et la troisième la depraue et rend au-
tre qu’elle ne deuroit. Orl’esbloüisse-
mentest assez familier durant et après
les fièures. Il en suruient quelque-
fois vn critique durant la fiéure, qu’ils
appellent a-xoToÆivKx, et est auant-cou-
reur d’vn vomissement ou d’vne hé-
morrhagie critique. Après les fièures,
la veuë demeure quelquesfois trouble,
particulièrement lors que le fébrici-
tant a esté atteint au cerneau ou de
resuerie, ou de veilles importunes, ou
de grande douleur de leste : souvient
aussi cela arriue à cause des grandes
euacuations de sang ou d’autres ma-
tières.
Quoy que ce soit , le plus souue-
rain remede en cecy est le bon régime
de viure et les bonnes viandes que
l’on donne aux febricilans : car c’est
le moyen de faire bons esprits, de les
augmenter, et de fortifier mesme les
yeux ainsi que les autres parties. Le
bon vin repare les esprits, et les res-
ueille et clarifie quand ils sont assou-
pis, paresseux ou obscurcis: il faut
donc attendre que le temps , aidé de
ces bonnes viandes , fortifie le cer-
ueau et reslablisse les esprits ani-
maux. Il ne sera pas cependant hors
de propos de faire quelques collyres
pour les yeux , auec décoction ou les
eaux distillées de fenoüil , de rue,
de cheüdoine, d’euphraise, de ver-
ueine , d’asperges, de betoine, de ra-
ues, de pimprenelle, d’ache, de mar-
jolaine , de paritoire , de rosmarin, de
canelle , de bois d’aloës , de santaux ,
y adioustant vn peu de miel , d’aloës ,
de tutie, desaffran, et choses sem-
blables.
CHAPITRE IX.
DE LA SVRD1TÉ.
Des trois symptômes qui suruien-
nent à l’oüye, il n’y en a point qui
vienne plus ordinairement durant les
fièures que la surdité imparfaite, que
les Grecsnomment Sxf-v/ixorfa, les Latins
surdnslritatem , qui est proprement
entendre dur. Or cela vient d’vne va-
peur bilieuse, qui estant portée au
cerueau se ielle souuent sur les or-
ganes de l’oüye , par lesquelles la
bile a accoustumé de se desebarger,
comme lesmoignent les saletés qui
viennent aux oreilles. Cesl accident
icy quelquesfois est passager, quel-
quesfois il est permanen t -.et souuen l il
est accompagné de quelque tintouin
des oreilles qui incommode fort les
malades.
A ce mal icy, il n’y a rien de meil-
leur que prouoquer, s’il y a moyen, le
cours de ventre, puis qu’Hippocrates
a dit aux Aphorismes, que les flux de
ventre bilieux estoient arrestés par
la surdité qui suruient, et qu’au con-
traire la surdité est ostée loulcsfois
et quand qu’il suruient vn flux de
ventre bilieux. Ce qui nous donne
assez à connoistre que quand l’hu-
meur bilieuse est arrestée , il s’en fait
vn transport au cerueau : ce qui n’ar-
riue pas quand ladite humeur prend
son cours par le ventre.
Au reste , si, auec la surdité il y a
douleur d’oreille grande et violente,
il faut souuent attendre quelque sup-
puration : par fois’ la douleur se
resoult auec medicamens , comme sa-
chets et fomentations qu’on fail’auec
herbes emollientes, chamoinille, me-
iilot, aueth, semence de fenoüil, qu’on
DES FIÈVRES.
fait bouillir dans le laict. On se con-
tente aussi de mettre dans l’oreille
vn peu d’huile d’amandes douces ou
ameres, vn peu de laict , vne décoc-
tion de peu de coloquinte, du coton
musqué , et autres telles choses qui
en partie sont anodynes, en partie
resoluliues.
CHAPITRE X.
DE LA DIFFICVLTÉ DE RESPIRER.
Ce n’est pas de la dispnœe ou diffi-
culté de respirer que nous parlerons,
qui est excitée ou par vne humeur
crasse et visqueuse qui occupe la
trachée artere et le poulmon , ou qui
vient de l’inflammation des parties
qui seruent à la respiration : mais de
celle qui arriue ordinairement de
quelque matière qui pétillé à l’entour
du foye et de la ralte, et qui par ce
moyen presse le diaphragme et les
poulmons : ou bien de celle qui vient
de la chaleur du cœur , que les poul-
mons ne peuuent suffisamment es-
uenler ny rafraîchir, tant il y a de
fumées enfermées et reserrées à l’en-
tour de luy.
En ceste première , il faut recourir
aux clysteres emolliens,refrigerans,
et vn peu laxatifs, à fin de rafraîchir
les humeurs qui boüillent , et en vui-
der tousiours quelque partie, l’atti-
rant vers les parties basses : il se faut
aussi seruir d’epithemes et linimens
refrigeralifs sur les deux l.ypochon-
dres. On se seruira pareillement de
iuleps et apozemes refrigerans et hu •
meclaos, afin par toutes sortes de
moyens d’oster la ferueur de ces hu-
meurs, et brider leur furie.
A la dispnœe qui vient de la cha-
iii.
i93
leur du cœur des parties thorachiques,
il faut mettre des epithemes sur le
cœur auec eaux de morelle, de roses,
d’endiue , de charbon benist , de sca-
bieuse, d’ozeille,deplantin, et pareil-
les autres. On fera des linimens sur
toute la poitrine auec huile de nénu-
phar, violât, de pauot : ou de peur
que ces huiles ne s’enflamment si on
les mettoit toutes seules, on pourra
les mesler auec les sucs dépurés de
pourpié, delaictue, d’ombilic de Ve-
nus , et vn peu de camphre. Il est be-
soin que le malade respire vn air
froid : pourquoy s’il n’est tel , on le
préparera auec aspersion d’eau froide,
ou de roses , d’herbes et fleurs réfrigé-
rantes et de bonne odeur : nourris-
sant cependant le malade de viandes
legeres, et luy donnant à boire frais.
Au reste , c’est tousiours vn tres-
mauuais accident des fiéures , quand
la respiration est empesebée et que le
fébricitant se sent estouffer, surtout
quand ce symptôme vient de l’imbé-
cillité des forces : car c’est signe que
la vertu animale ne peut mouuoir et
esleuer les muscles du thorax, à
cause de la pénurie et paucité de la
chaleur naturelle et des esprits: aussi
nesuruient-il qu’à ceux qui sont pro-
ches de la mort.
CHAPITRE XI.
DE LA TOVX.
II y a vne sorte de toux qui arriue
vn peu déliant les accès des fiéures
intermittentes, qui prouient des va-
peurs de la matière morbifique qui
commence à s’esmouuoir, mais qui se
passe à mesure que par l’ardeur de
l’accès lesdiles vapeurs sont consoin-
1 3
le vingtième livre,
194
mées : c’est pourquoy il ne faut point
s’arrester à cesle toux là , mais seu-
lement à celle qui dure après les ac-
cès , et qui trauaille ceux qui ont
des fiéures continues. Or ceste toux
icy est fort fascheuse et incommode,
pource qu’elle apporte la douleur de
teste telle qu’il semble qu'on la fende,
qu’elle empesche le sommeil, qu’elle
trauaille le poulmon et apporte op-
pression et difficulté de respirer, et
d’auantage qu’elle fait redoubler la
fiéure, aiguisant la chaleur des poul-
mons par l’effort continuel qu’elle ap-
porte.
La cause de ceste toux icy, ou c’est
l’intemperie chaude et seiche des or-
ganes qui seruent à la respiration, ou
quelque refroidissement qu’a ressenti
le malade, soit à la teste, soit à la poi-
trine, qu’il decouure quelquesfois
mal à propos. C’est pourquoy ceste
toux icy est aride et fascheuse , sur
tout quand elle est frequente : car
si elle ne vient que par interualle, et
qu’elle ne soit pas si aigre, elle peut
seruir à quelque chose , comme dit
Hippocrates à l’aphorisme 54. du
quatrième liure : c’esl à sçauoir, à la
soif des malades qu’elle adoucit : car
comme dit Galien, par l’effort et le
mouuement qu’elle apporte, elle at-
tire l’humidité des parties voisines,
qui sert à arrouser et la bouche et les
parties qui sont à l’entour de la tra-
chée artere.
Mais si la toux est aigre, il faut y
pouruoir par quelques remedes, c’est
à sçauoir par ceux qui humectent et
rafraîchissent, soit qu’on les tienne à
la bouche , soit qu’on les aualle dou-
cement et lentement , soit qu’on les
prenne en forme de breuuage. On se
peut donc seruir dessyrops violât, de
pauot, nénuphar, de pommessimples,
de reglisse, de iuiubes, ou pris à part,
ou meslés ensemble, ou délayés dans
quelque décoction de violes, de laic-
tue , de pourpié , semences froides
grandes et petites , reglisse , orge et
autres. On fait aussi des tablettes de
sucre rosat, de tragacanthe, déra-
cinés de guymauues. On donne des
conserues de roses, de violettes, de
nénuphar, de pas d’asne, de pauot
rouge , et semblables. Il y a quantité
d’autres remedes à la toux, mais c’est
à celle qui est excitée de la pituite du
cerueau qui distille dans la poitrine :
de laquelle nous ne faisons point icy
mention.
CHAPITRE XII.
DE LA DIFFICVLTÉ d’aVALLER.
V oicy vn accident qui estonne gran-
dement les malades, quand ils sentent
que les viures ne peuuent presque
passer , et qu’ils se persuadent qu’il y
a quelque chose en l’œsophage qui les
veut suffoquer et estouffer. C’est pour-
quoy il faut auoir quelques remedes
pour les soulager promptement.
Ce symptôme icy arriue par vne va-
peur espaisse ou humeur pituiteuse,
qui tombant du cerueau, ou esleuée
del’estomach. s’attache à l’œsophage,
et peu à peu par l’ardeur de la fiéure
s'y endurcit : si bien que partie à
cause de sa viscosité , partie à cause
de sa grande seicheresse, elle estoupe
et estrecit en sorte le passage, que le
fébricitant a peine d’aualler.
Il faut donc à ce mal partie deter-
ger et nettoyer , partie humecter et
amollir. Ce qui se fait auec les syrops
violât, de iuiube, sucre candi, suc de
reglisse, vinaigre, verjus: on peut
faire vn gargarisme auec reglisse re-
DES FIEVRES.
cente, orge, betoine, sauge, hyssope,
marjolaine, figues grasses, semence
d’anis, dans lequel on délayé vne once
de syrop aceteux simple pour quatre
ou cinq onces de décoction. Quel-
ques vns en font vn plus aisé , auec
décoction d’orge seulement, et syrop
de grenade, miel rosat, ou oxymel.
Au reste il y a vne difficulté de res-
pirer qui suruient aux fleures, où il
n'y a point de remede : elle vient de
la luxation des vertebres du col ex-
citée par laconuulsion des nerfs des-
dites vertebres , ou d’vne grande foi-
blesse et imbécillité du malade : en
ce cas il ne faut esperer que la mort,
veu que la conuulsion qui vient de
la seicheresse est mortelle : et lors que
les forces du malade manquent, les
remedes n’ont plus de lieu.
CHAPITRE XIII.
DV DEGOVST ET APPETIT PERDV.
Il y a deux accidens touchant le
goust: l’vn est le goust depraué, lors
que la langue iuge autrement des sa-
ueurs qu’elle ne deuroit : l'autre est
l’appelit perdu ou inappétence , par
laquelle le malade perd tout à fait
la volonté de manger.
Pour le premier , quand il n’est
point accompagné du degoust , c’est
vn vice de la langue' seulement, ou
de sa tunique qui l’enueloppc, pour
estre imbeuë et arrosée ou de quelque
mauuaise vapeur, ou de quelque hu-
meur corrompue.Ceste humeur icy es-
tant esmeuë par l’bumiditédes viandes
et du breuuage, pénétré iusqucs au
nerf qui estespandu par la chair et par
la membrane de la langue, et commu-
nique sa qualité et sa saueur à la
195
viande : sçauoir, l’amertume quand
l’humeur est bilieuse, la fadeur et sa-
ueur insipide quand elle est pituiteuse,
la saline quand c’est vne pituite sallée,
et ainsi des autres : ce qui trompe le
malade, d’autant qu’il pense que telles
saueurs viennent des viandes, et non
pas des humeurs dont sa langue est
abbreuuée. A cest accident icy, il faut
souuent lauer la bouche auec eau
et vin, ou auec du vinaigre ou ver-
jus , suc de limon , d’orange , décoc-
tion d’orge, et autres semblables.
Mais quand le goust est depraué
auec vn grand degoust et inappé-
tence, alors le vice n’est pas seulemen t
à la langue et au palais de la bouche,
mais aussi s’estend iusques au ven-
tricule, qui estabbreuué de quelque
humeur peccante laquelle assoupit
tout à fait l’appetit , ou est altéré de
quelque chaleur estrangere et extra-
ordinaire. A ceux cy on doit permet-
tre l’vsage des choses qu’ils deman-
deront à manger, pourueu qu’elles
ne leur soient point tout à fait con-
traires, suiuant en cela le conseil
d'Hippocrate, qui en l’aphorisme 38.
du 2. liure dit que les alimens désirés,
bien que pires à la santé , sont à pré-
férer à ceux qui sont meilleurs, mais
qui sont en degoust au malade.
Au reste, si ceste inappétence vient
de quelques mauuaises humeurs con-
tenues au ventricule, il faut les pur-
ger doucement et nettoyer l’estomach
de telles ordures : autrement il ne
fautpasespererque l’appelit reuienne.
Mais si ce n’est qu’à cause de la cha-
leur estrangere du ventricule, il faut
se seruir de remedes rafraichissans
et qui soient acides, à fin que lesdils
medicamens pénétrent mieux : tels
sont le jus de citron , d’orange et de
grenades, le verjus, les cerises ai-
grettes, le vinaigre rosat , et autres.
LE VINGTIÈME LIVRE ,
I96
Cependant attendant que l’appetit
vienne, il faudra nourrir le malade de
viandes liquides et aisées à prendre et
à aualler, comme iaunes d’œufs mol-
lets, bouillons, jus de chair de perdris,
de veau, et de volaille, et de la gelée.
CHAPITRE XIV.
DES NAVSÉES ET ENVIES DE VOMIR.
L’enuie de vomir quelquesfois suit
le grand degoust , c’est à sçauoir
quand le malade a telle horreur des
viandes, que si tost qu’il les sent le
cœur luy sousleue : quelquesfois elle
est sans grand degoust: seulement
après auoir pris quelque chose , il
suruient des efforts de vomir, sans
toulesfois rien vuideret reielter. Cest
accident est excité par quelque hu-
meur vitieuse, qui pour sa quantité
ou qualité picole Festomach, l’irrite,
et le force à se descharger de ce qui
lui est nuisible. Ceste humeur vitieuse
quelquesfois nage dans la cauité du
ventricule : quelquesfois elle est fixe-
ment attachée à ses tuniques, et c’est
pour lors que Festomach s’efforce si
souucnl sans aucun effet de la mettre
hors. La pourriture est quelquesfois
si grande dans le corps, comme par
les fiéures pestilentielles et malignes,
qu’il arriue des nausées perpétuelles,
à cause des vapeurs putrides qui
vont frapper l’orifice supérieur de
Festomach.
A ceste nausée icy maligne, il faut
les choses acides rafraîchissantes,
qui puissent empescher ou corriger la
pourriture. Quelques-vns recourent
à la Tberiaque, et autres medicamens
chauds , que ie n’approuue point,
d’autant qu’ils augmentent la délire,
et par conséquent entretiennent la
pourriture. Pour l’autre nausée qui
vient des humeurs attachées au ven-
tricule, il faut les nettoyer et les cua-
cuer, ou bien par vomitifs, ou bien
par purgatifs. Que si l’estât de la
fleure ne le permet, on peut donner
quelques poudres, tablettes ou opia-
tes, pour ebiber, absorber et con-
sommer les humidités superflues du
ventricule. On prend :
De la coriandre maccrée plusieurs fois
dans le vinaigre, vne once et demie :
Vneonce de semence d’anis et de fenoüil :
Del’escorcedecitron conlil, trois drachmes:
Deux drachmes de coral rouge hruslé et
laueneuf fois auec eau rose .
Vu scrupule de cancllc et de mastich :
Tcrles préparées demie drachme :
Crouslc de pain bruslé vne once:
Auec quantité suffisante de sucre
rosat, on fait vne poudre dont le ma-
lade prend vne bonne cuillerée auant
le repas. Que si le malade l’aime
mieux en tablettes qu’en poudre, il
sera aisé de le contenter, ou luy en
faisant exprès, ou luy faisant vser de
celles de senlaux, ou diarhodon.
CHAPITRE XV.
DV SANGLOT ET IIOCQVET.
Il n’y a pas grande d i ffe ren ce entre
la nausée et le sanglot, veu que c’est
aussi vu effort sans effet de l'expul-
tricedu ventricule: mais lesanglol est
vn mouuement conuulsif, et qui tra-
uaille bien plus le ventricule que ne
fait la nausée : d’auantage par lesan-
glolct bocquet lcventriculcse resserre
en soy-mesme,et tire en bas l’œsopha-
ge : au contraire en la nausée le ven-
tricule se rclasche et se renuerse, com-
me pour monter vers l’œsophage.
La cause du hocquet est double, la
DES FIEVRES.
repletion et l’inanition. La repletion,
quand il y a vn humeur acre et mor-
dant attaché fixement aux tuniques
du ventricule, que la nature tasche
dechasseret mettre hors. L’inanition,
lors que les tuniques du ventricule
toutes desseichées par l’ardeur de la
fiéure, se retirent et font ce morale-
ment de conuulsion.
Silehocquet vient de la première
cause, il faut premièrement hebeter
l’acrimonie de ces humeurs auec iu-
leps et apozemes rafraicliissans , pré-
parés auec décoction de nénuphar,
de buglosse, de violettes, de roses, de
pourpié, ou auec émulsions faites des
quatre semences froides grandes et
petites, dissoudant dedans syrops
violât, de nénuphar, de grenade, de
agresta, de pourpié et de pauot , fai-
sant cependant des fomentations
auec herbes, fleurs et semences de
pareille vertu. En second lieu, il faut
tascher de vuider ces mauuaises hu-
meurs, ou auec vomitifs, ou auec pur
gatifs. Quelquesfois il n’est pas hors
de propos, si le hocquet perseuere,
d’appliquer vne ventouse sur la ré-
gion de l’estomach, ou bien antérieu-
rement, ou posterieurement vers l’on-
zième, douzième, ou treiziéme vertè-
bre. Quant au hocquet qui vient de
l’inanition, encore bien qu’il soit incu-
rable, si ne faut-il pas laisser de don-
ner au malade des remedes humec-
tons, et des alimens de pareille vertu.
Les Géures malignes et pestilentiel-
les, par les vapeurs putrides qu'elles
enuoyent à l’oriûce supérieur de
l’estomach, apportent aussi le san-
glot, auquel pour remedes conuien-
nent ceux que nous auons rapportés
à la nausée qui vient pareillement
des fiéures malignes.
Il y a vne autre espece de sanglot qui
vient de l’inflammation du cerueau,
]97
ou du foye, et ce par le consentement
et sympathie qu’il y a entre toutes
ces parties par le bénéfice des nerfs :
et pour lors il ne faut pas tant auoir
esgard à l’eslomach, qu’au cerueau et
au foye, leur ordonnant des remedes
quiseruent à guérir l’inflammation
desdites parties.
CHAPITRE XVI.
DV VOMISSEMENT.
La nausée et le vomissement ne dif-
ferent que du plus ou du moins, se-
lon leur cause, et non pas selon leur
effet , veu qu’vn petit vomissement
n’est pas vne grande nausée. Il est
certain qu'il y a telle cause qui peut
faire la nausée , qui ne peut faire le
vomissement, parce qu’elle n’est pas
assez forte : c’est pourquoy la nausée
est moindre que le vomissement. le no
veux point m’estendre à expliquer les
causes du vomissement, veu qu’elles
se peuuent assez entendre par ce qui
a esté dit au Chapitre de la nausée : ie
diray seulement que les humeurs qui
causent le vomissement, quelques-
fois sont chaudes et fluides , quel-
quesfois froides, lentes et pituiteuses.
Pour les chaudes, elles peuuent es-
tre aisément euacuées par le vomisse-
ment, qu’il n’est pas besoin d’arrester
dés son commencement, de peur de
faire ietter l’humeur sur quelque
partie noble : mais s’il perseuere trop
long temps, de peur qu’il n’affoiblisse
trop le malade, et n’empesche qu’il
ne puisse prendre nourriture , et par
ainsi qu’il ne le précipité à la mort ,
il faut apporter tous les artifices
qu’on pourra à fin de l’arrester. Les
syrops propres à cest effet sont de ber-
LE VINGTIEME LIVRE ,
I98
beris, de grenade, de coings, de ace-
tositate citri , de coral , de agresta :
on fera des poudres auec les perles
préparées, le spodion, les coraux, les
cinq fragmens précieux , le bol ar-
mene, la terre sigillée, l’escorce de
citron, le mastich, le sang de dragon,
et autres. Le suc de ribes et de ber-
beris , le suc de grenade , la chair de
coings et de nefles,la conseruede ro-
ses rouges sont de grand effet. Exté-
rieurement les linimens d’huile ro-
sat, de cerat santalin. d’huile de mas-
tich, de coings, sont vliles. Quelques
vns font des sachets de poudres as-
tringentes qu’ils appliquent sur l’es-
tomach, d’autres se contentent d’vne
rostie de pain , ou d’vne esponge ar-
rosée de vin ou de vinaigre.
Si le vomissement est excité par
des humeurs pituiteuses, il faut pre-
mièrement les inciser et atténuer,
que de tascher à les euacuer par
vomitifs ou purgatifs. Cependant in-
térieurement on donnera oxymel et
le syrop aceteux, auec décoction de
menthe, d’absinthe, de roses, d’aneth,
d’escorce de citron et de semence de
coriandre. Extérieurement on fera
vne fomentation auec sachets garnis
de fleurs de rosmarin, de stœchas, de
fueilles de menthe , d’absinthe , de
clous de girofle, de noix muscade, d’es-
corce de citron sec. On frottera l’eslo-
mach d’huile rosat , d’absinthe , et de
myrtilles : on mettra dessus en forme
d’emplastre de la conserue de roses
meslée auec du vieil cotignat , et de la
poudre de mastich et d’absinthe : ou
bien on se seruira de l’emplastre de
leuain , qui se préparé auec vne li-
ure de leuain, deux manipules de
fueilles de menthe desseichécs, vne
once de mastich, incorporés ensemble
auec huile de mastich. Quelques vns
font estât d’vu cataplasme fait de
fueilles de menthe et d’absinthe , de
fleurs de cliamomille, melilot et roses,
d’aneth, de racines de souchet, de
doux de girofle , de zedoaria , et des
bayes de geniéure. Il 11e faut pas né-
gliger, ny de faire flairer au febrici-
citant du vin, du vinaigre, de l’eau
rose, du pain rosti, ny de luy trem-
per les mains en eau froide, et luy
appliquer par interualle quelque ven-
touse seiche sur l’estomach.
CHAPITRE XVII.
DE LA SOIF DESREGLÉE.
Vn des propres signes et indiuiduels
des fiéures, c’est la soif inextinguible,
laquelle ne s’en va point à force de
boire, mais perseuere tousiours auec
si grande seicheresse de bouche, qu’à
peine le fébricitant peut-il parler ou
aualler. Ce symptôme arriue principa-
lement pour deux raisons : l’vne pour
l’ardeur de la fleure qui desseiche la
tunique intérieure du ventricule :
l’autre pour quelque humeur chaude,
acre , bilieuse , qui est enfermée long
temps entre les tuniques de ladite
partie.
Quand la soif vient de la chaleur
de la fleure seulement, il ne faut que
rafraîchir et humecter : mais quand
elle vient des humeurs, il les faut
euacuer, autrement la soif ne cesse
point, quelque rafraîchissement que
v ous puissiez donner : c’est pourquoy
il faut recourir et aux clysteres, et
aux vomitifs, et aux purgations, si la
fleure le peut permettre.
Or ce qu’il faut en premier lieu
obseruer en la cure de la soif, c’est le
temps qu’il faut donner à boire : qui
n’est pas le commencement du froid
DES FIEVRES.
et de l’accès, car ce serait faire comme
les forgerons , qui voulans allumer
leurs fournaises y iettent de l’eau :
mais c'est principalement vers le de-
clin de la Géure, auquel temps il ne
faut pas craindre de donner à boire
librement, tant à fin d’esteindre la
chaleur, que pour prouoquer la sueur
quisuruient pour lors. Cependant en
l’augmentation de l’accès, on taschera
de tromper la soif, tantost auec des
fueilles de pourpié ou d’ozeille trem-
pées en eau ou vinaigre, et mises sur
la langue, tantost auec des cerises
seiches et aigrettes , pareillement
trempées dans l’eau : vne autre fois
en gargarisant la bouche , soit d’eau
fraîche auec vn peu de vin ou de vi-
naigre, soit auec vn gargarisme fait
expresde reglisse, de raisins de Damas,
de sebestes, de fleurs de nénuphar et
de violettes, d’orge, auec les syrops
violât et de grenades. Ce n’est pas
toutesfois que durant la force et la
vigueur de la fiéure, il ne faille don-
ner àboireau fébricitant : mais il faut
modérer la quantité. Qu’on luy
donne à boire de la ptisane vulgaire
faite auec reglisse, ou de l’eau battue
auec quelque syrop, comme seroit
l’aceteux simple, de limons, de
agresta, le violât, celuy t’e grenades,
ou le polus diuin fait de ius de limons
et d’oranges, de sucre et d’eau.
Il y en a qui pour tromper la soif
préparent ce linclus : ils prennent,
Deux onces de conserue de roses ou de
violletles :
Fleurs decasse, demie once :
De mucilage de semence de psyllium ,
deux drachmes :
et en font vn linclus. D’autres pren-
nent,
Demie once de mucilage de semence de
psillium :
»99
Deux drachmes de mucilage de semence
de coings :
Elect. de tragacanthe vne drachme :
Et sucre candi suffisante quantité,
et en font vn linctus. Quelques vns ai-
ment mieux faire des pillules à mettre
sous la langue, faites auec semence
deconcombreet gomme adragantdis-
soute auec vn blanc d’œuf. Mais le
plus souuerain remede contre toute
sorte de soif, est le sommeil, lequel de
sa propre nature esteint la soifet cor-
rige la seicheresse : s’il ne vient donc
de luy mesme, il faudra le prouoquer
ou par lauemens de pieds et de iambes,
ou par frontaux , ou par iuleps hyp-
notiques, desquels nous auons parlé
au chapitre des veilles. On peut voir
aussi au traité des fleures ce que nous
auons dit de l’eau froide, et quand et
à qui il la conuient donner largement.
Au reste, il faut obseruer que les fe-
bricitans quelquesfois ne sont point
altérés , ou à cause qu’il tombe quel-
que humeur du cerueau dans l’œso-
phage et dans l’estomach , ou quand
le iugement du fébricitant est telle-
ment peruerti qu’il ne connoist pas
qu’il a soif, ou en fin à cause que le
sentiment de l’estomach est perdu:
laquelle cause est 1res pernicieuse aux
fiéures ardentes.
CHAPITRE XVIII.
DE LA LIPOTHYMIE ET SYNCOPE.
Il suruient trois symptômes aux
fiéures qui ont grande affinité les vns
auec les autres , et qui ne different
presque "que du |plus ou du moins :
scauoir le mal de cœur, 'que les Grecs
appellent ftWi» , la défaillance qu’ils
nomment Xei«o Svptav ou ,
200
LE VINGTIEME LIVRE ,
et l’esuanoüissement qu’ils appellent
aVVXOîT fV, qui est le plus grand de tous,
et qui estonne grandement, quand il
suruient, le malade et le Médecin.
La cause deresuanoüissement (car
de l’explication de celuy-cy, on enten-
dra facilement la nature des autres)
c’est tout ce qui peut altérer les esprits
vitaux , les corrompre et les dissiper,
comme sont les longues veilles, les
douleurs externes, toutes les grandes
et subites euacuations, les douleurs
d’estomach excitées par quelques hu-
meurs malignes et veneneuses, les va-
peurs mauuaises et putrides qui sor-
tent de quelque abcès formé aux
parties nobles : bref la corruption de
quelque partie.
Pour apporter les remedes conue-
nables, il faut auoir esgard aux cau-
ses, pour leur opposer remedes con-
traires si faire se peut: comme aux
veilles, il faut ordonner le dormir :
aux douleurs, il faut les anodins : aux
esprits dissipés , il faut ce qui les re-
uoque et les engendre : aux vapeurs
malignes, les cardiaques: à la ca-
cochymie, la purgation. Or de quel-
que cause que puisse estre excitée la
syncope, elle fait quitter au Médecin
le dessein de guérir la fléure, pour luy
trouuer des remedes, ù cause que
c’est vn mal si pressant et si vrgent,
que si l’on laissoit longuement le ma-
lade en défaillance, il y auroit crainte
qu’il ne mourust subitement. C’est
pourquoy dés qu’on apperçoit la syn-
cope, il faut tascher à reuoquer les
esprits et à faire reuenir le malade
en luy iettant de l’eau froide sur le
visage, luy mettant les mains dans de
l’eau fraische , luy frappant dans les
mains: luy frottant le nez, les tem
pies , et le pouls auec bon vinaigre :
lui faisant aualler du vin, lequel est
vn tres-souuerain cardiaque. Ceux
qui voudront voir Galien , et comme
il remédié à ce mal , qu’ils lisent le
premier liure ad Glauconem. Pour
moy ie n’en veux pas dire d’auantage :
d’autant que la syncope est traitée
tres-amplement par tous les prati-
ciens qui ont escrit des maladies en
particulier.
CHAPITRE XIX.
DES SYMPTOMES QVI SVIVENT L’AME-
TRIE DES EXCREMENS C ET PREMIERE-
MENT DV FCVX DE VENTRE.
Après les symptômes de l’action lé-
sée, viennent ceux qui appartiennent
à l’ametrie des excremens. Entre les-
quels est le flux de ventre, qui est vn
accident fort commun des héures,
quelquesfois vtile et profitable, quel-
quesfois tres-mauuais et pernicieux.
Celuy qui est tousiours mauuais est
le lienterique, qui vient de boire trop,
ou de quelque malignité qui par les
héures pestilentielles et malignes dis-
sout les forces de l’estomach et des
intestins
A ce flux de ventre icy, il faut tant
qu’on peut fortifier l’estomach et les
intestins , tant par les remedes inté-
rieurs qu’exterieurs. On fait des pou-
dres auec les choses qui astreignent
et fortihent, comme spodium, san-
taux , bol armene, sang de dragon,
perles préparées, coraux, et autres.
On donne des opiates auec la conserue
de roses, le mastich, la chair de coings,
le rhapontic, les mirabolans: exté-
rieurement on fait des linimens auec
huiles de myrtilles, de mastich, de
coings : on applique des emplaslres de
mastich et de colignac à l’estomach:
on fait des sachets et fomentations de
201
DES FIÈVRES.
choses adstringentes et corroborati-
ues. Que si tout cela ne profite, on
recourt aux choses qui prouoquent le
sommeil , lequel, comme dit Hippo-
crates au liure de Viclu in a cuti s , ar-
reste toutes sortes de fluxions.
L’autre flux de ventre qui est vtile
est humoral , ou diarrhoïque, par le-
quel les mauuaises humeurs sont
euacuées. Mais à fin qu'il soit profita-
ble, premièrement , il faut qu’il sur-
uienne à la fin des fiéures , lors que
les humeurs sont cuites et domptées
par la nature : secondement, il faut
qu’il soit modéré, veu que toutes cho-
ses qui sontsans mesure sont ennemies
de la Nature. De là nous apprenons
qu’il ne faut pas tousiours arrester le
cours de ventre : car ce scroit bien
souuent enfermer le loup dans la ber-
gerie, comme l’on dit. En outre nous
apprenons que le cours de ventre mo-
déré nous montre le dessein de la
nature, qui est de chasser hors les hu-
meurs nuisibles. C’est pourquoy il ne
faut point faire de difficulté, lorsqu’on
voit tel flux de ventre, de donner quel-
que doux purgatif, à fin d’aider à la
nature, qui bien souuent ne vuide
que le plus clair : le terrestre ou limon-
neux demeurant au corps, qui est bien
souuent cause de recidiues. C’est pour-
quoy il est bon de donner les purga-
tifs qui puissent entraisner, auec ce
qui sort volontairement, les humeurs
plus grossières et limonneuses. Que si
le flux deuient immodéré, alors il
faudra temperer les humeurs chaudes
auec medicamens rafraichissans, for-
tifier l’estomach auec des corrobora-
tifs , adoucir les boyaux auec quel-
ques clysteres detersifs et anodins :
purger doucement les humeurs auec
le catholicum doublé de rheubarbe,
ou auec la rheubarbe en infusion, ou
bien meslée en tablettes ou opiates.
On peut pareillement prouoquer le
sommeil, qui arreste les fluxions,
comme dit est, contempere les hu-
meurs, et fortifie les parties
Il y a deux autres sortes de flux de
ventre, l’vn qui vient de l’imbécillité
ou corruption des parties nobles, qui
est tout à fait mortel : et l’autre qui
est colliqualif , à cause du grand feu
qui fond la substance propre du corps,
et celuy-cy n’est gueres moins péril-
leux.Toutesfoisil fauttascherà modé-
rer ceste grande chaleur par toutes
sortes d’artifices, ce qui réussit quel-
quesfois assez heureusement.
CHAPITRE XX.
DE LA DVRETÉ DV VENTRE.
Au commencement des fiéures, le
ventre deuient paresseux, à cause du
repos que l’on prend dans le lict, et
aussi à cause que le fébricitant de-
meurantlong-tempscouchésurle dos,
M s’eschauffe le ventre , qui par après
endurcit les humeurs qui sont con-
tenues dans les intestins. Car la cause
ordinaire de la dureté du ventre vient
de la chaleur , qui desseiche les cx-
cremens, qui poureslre ainsi espuisés
de toute humidité résistent à la vertu
expultrice des intestins.
En cest accident, il faut recourir aux
clysteres emolliens et refrigeratifs , et
aux suppositoires. Il faut donner quan-
tité de bouillons au veau, et assaison-
nés de bourrache, buglosse, cichorée,
laiclue, ozeille, endiue, sommités
de maulues, au fébricitant : on luy
fera vser de pommes cuites, et de pru"
neaux auec leur ius , en attendant
qu’on le puisse, purger auec quelque
bol de casse et autres doux purgatifs.
202
LE VINGTIÈME LIVRE,
Il y a vne autre eau se (le la dureté du
ventre , c’est à sçauoir l'estoupement
et obstruction du conduit cholédoque
qui porte la bile dans les intestins, la-
quelle sert à irriter la vertu expul-
trice. Quand donc labile ne coule pas
aux intestins, ladite vertu expullrice
deuient paresseuse, et par conséquent
le ventre deuient dur. A ceste cause
icy il faut des remedes particuliers,
lesquels nous particulariserons au
chapitre de la iaunisse.
CHAPITRE XXI.
DE LA SVPPRESSION d’VRINE.
Des trois empeschemens qu’il y a à
l’vrine, sçauoir de la dysurie, quand
on a douleur en pissant, de lastrangu-
rie, quand on pisse goutte àgoulte, et
de l’ischurie , quand l’vrine est sup-
primée et arreslée, la derniere est la
pire , et celle aussi qui vient plus or-
dinairement aux febricitans. Or telle
suppression est ou critique, ou symp-
tomatique. La critique, comme en-
seigne Galien, vient deuant les ri-
gueurs, et est comme vn auant-cou-
reur d’vne crise qui se doit faire par
les sueurs : les sueurs et les vrines
ayans vne mesme matière. Pour la
symptomatique, elle arriue ou la ves-
sie estant vuide, ou la vessie estant
pleine.
Quand on reconnoislen la suppres-
sion de l’vrine que la vessie est pleine,
s’il n’y a tres-grande inflammation au
col de la vessie, il n’y a rien de plus
prompt pour soulager le fébricitant
que la sonde creuse, laquelle si tost
qu’elle est introduite, vuide l’vrine
qui est retenue en la vessie. Que s’il
y a inflammation et obstruction, ou à
la vessie, ou aux vreteres, ou aux
reins, il faut recourir aux remedes
particuliers de ces maladies, desquel-
les tous les praticiens ont parlé fort
amplement: c’est pourquoy il faut
auoir recours à leurs liures.
CHAPITRE XXII.
DV FLVX EXCESSIF D’VRINE.
La Nature cherche quelquesfois di-
uerses descharges pour guérir les ma-
ladies, tantost par le ventre, par les
diarrhées, tantost par les sueurs, tan-
tost par vn flux d’urines que les Grecs
appellent perirrhée : et ce flux icy est
critique, d’autant qu’il se fait par le
bénéfice de la Nature au soulagement
du malade. Quelquesfois on prouoque
l’vrine auec des medicamens diuréti-
ques si puissamment, qu’il sort vne
grande quantité d’eaux du corps:
mais tel flux est plustost nuisible que
profitable, d’autant que cela vient de
la malignité de tels medicamens , qui
pour eslre grandement chauds, et de
parlies ténues, fondent lo sang et le
font tourner en eau et sérosité. A
cest accident icy, il faut donner les
medicamens rafraichissans , qui puis-
sent pareillement espaissir et incrasser
le sang, et arresler les fluxions,
comme sont les décoctions deplantin ,
de pou rpié, laictue, bource de pasteur,
ioubarbe, auec les syrops de pauot et
de p ou rpié.
Il y a vn autre flux d’vrine excessif,
que l’on appelle diabètes, lorsque les
febricitans pissent beaucoup et sou-
uent, et rendent leur vrine aqueuse
et ténue si test qu’ils ont beu. La cause
de ce symptôme est triple, sçauoir
l’intemperie chaude et seiche des
DES FIEVRES.
203
reins, l’humeur bilieuse acre et sallée
dont les reins sont abbreuués et in-
cessamment irrités, et quelque venin
pernicieux On obserue qu’aux fle-
ures ardentes le diabètes suruient par
la colliquation des reins et dissolu-
tion de tout le corps, ce qui fait
qu’ordinairement il est mortel. Ces
accidens sont de telle importance
qu’ils méritent bien qu’on aille fueil-
leter les liures des bons autheurs,
pour leur trouuer des remedes : c’est
pourquoy ie n’en diray rien autre
chose. Il me suffit d’indiquer ces
symptômes, comme effets pernicieux
des fiéures.
CHAPITRE XXIII.
DES SVEVRS IMMODEREES.
le ne m’estens point icy sur la
différence des sueurs et leur signifi-
cation , veu que cela appartient à
lasemiolique: ie m’arreste seulement
à la sueur immodérée : laquelle, soit
qu'elle vienne par voyc de crise ou
autrement, précipité le malade en de
grandes foiblesses, et en suite, si on
n’y remédié, à la mort.
C’est pourquoy lors qu’on voit telle
sueur immodérée, il faut recourir
aux medicamens qui repercutent et
qui bouchent les pores du cuir. On
fera donc des fomentations d’eau de
rose, de plantain, de morelle, y ad-
ioustant la sixième partie de vinai-
gre rosat : ou bien on fera vne décoc-
tion dans l’eau des mareschaux , de
roses rouges, de balaustes,de noix
de cyprès, d’escorce de grenade, de
morelle, de plantain, de ioubarbe,
d’absinthe, de pentaphyllum, de cen-
tinode , de tapsus barbatus et autres.
On aura aussi recours à ces medica-
mens que les Grecs appellent diapas-
mata et alispasmàta, faits de poudres
de roses rouges, de bol armene,de
terre sigillée, de croye, d’alun, de
plomb bruslé , de piastre laué , les-
quels on seme sur le corpsdu malade,
à fin que par leur vertu emplastique
ils empeschent la sueur de sortir. On
donnera aussi cependant au malade
des iuleps et apozemes adstringens
et incrassans pour le mesme effet ,
les nourrissant bien au reste de vian-
des aisées à cuire , mais qui ne puis-
sent nullement eschauffer.
CHAPITRE XXIV.
DV FLVX DE SANG IMMODERE.
Encore bien qu’il se puisse faire
durant les fiéures des flux de sang im-
modérés , tant par les veines hemor-
rhoïdales,que par celles de la matrice
aux femmes : bien qu’il suruienne
des dysenteries , et que quelquesfois
on pisse le sang aux fiéures malignes,
si est-ce qu’en ce chapitre icy nous
ne délibérons parler que du flux de
sang qui vient par le nez, estant vn
accident assez commun presque à
toutes les fiéures, principalement
aux synoques.
Or ce flux de sang est ou critique ou
symptomatique : le symptomatique
doit tousiours estre arresté , puisqu’il
ne fait qu’affoiblir le malade sans di-
minuer la maladie. Pour le critique,
il est ou petit, ou médiocre, ou exces-
sif. Le petit ne doit point estre ar-
resté : au contraire il doit estre excité,
si faire se peut, en grattant et frot-
tant le nez, et en y mettant dedans
quelque paille ou quelque plume, à
LE VINGTIÈME LIVRE,
qo4
fin d’irriter les veines et les ouurir.
Au médiocre, il ne faut rien faire.
L’excessif et immodéré , pour em-
pescher qu’il n’oste les forces et la
vie tout ensemble, doit estre promp-
tement arrcslé : veu qu’il prend la
qualité et la condition du symptoma-
tique.
Il faut donc en premier lieu tirer
vn peu de sang et à diuerses fois
des bras pour seruirde reuulsion.En
après il faut se seruir de remedes ad-
stringens et glutinatifs pour appliquer
sur le front et sur les temples, dé-
layant auec de l’eau rose et vinaigre
et vn blanc d’œuf, du piastre, du
poil de liéure et du bol armene : on
met dans les narines quelques pond res
adstringentes, ou du col (on trempé
en quelque décoction adstringente.
On met alentour du malade des linges
trempés en oxycrat : mesme si le flux
est grandement excessif, on luy en-
ueloppe tout le corps en pareils lin-
ges, on en met pareillement sur la
bource des testicules. On oste le ma-
lade de dessus la plume , et le met -on
sur la paille. On luy applique des
ventouses sur la région du foye : on
lui frotte l’espine et les lombes de ce-
rat de Galien rafraîchissant, d’oxyrho-
dinum, ou de mucilage de semence de
psyllium tirée auec l’eau de pourpié.
On luy donne à boire de l’oxycrat
auec le bol armene et la terre sigillée.
On luy pend au col du coral ronge
et du iaspe , que l’on croit auoir la
force d’arrester toutes sortes de flux
de sang.
CHAPITRE XXV.
DES SYMPTOMES DES FIEVRES OVI AP-
PARTIENNENT A LA SIMPLE AFFECTION
DV CORPS : ET PREMIEREMENT DE LA
IAVNISSE.
La iaunisse qui apparoist aux fié-
ures aiguës vient, ou de l’inflammation
et scirrhe du foye, ou de l’obstruc-
tion du conduit cholidoque , par le-
quel la bile a accoustunié de se des-
charger dans les boyaux pour les irri-
ter à l’excretion des excremens. Lors
donc que ce conduit et passage est es-
touppé, la bile au lieu d’aller aux
intestins se porte dans les grandes
veines, et des grandes aux petites, et
des petites dans toute la superficie et
habitude du corps, ce qui le fait pa-
roislre tout iaune.
Or il y a grande difficulté de recon-
noislresi cest accident, quand il sur-
uient aux fiéures aiguës, est critique
ou symptomatique. Hippocrates a des
exemples si contraires entre eux,
qu’il est difficile d’en tirer quelque
reiglc assurée. Au reste, si la iaunisse
vient de l'inflammation du foye, elle
n’a point d’autres remedes que ceux
que l’on fait à l’inflammation. Quand
elle vient d’obstruction, il faut se ser-
uir des medicamens qui deslouppent
et qui omirent , desquels nous avons
rapporté grand nombre cy-deuant. On
se seruira pareillement de purgations
frequentes, d’epithemes, de clysteres,
iuleps, apozemes , et autres. Le corps
ayant esté ainsi préparé, lors qu’il ne
reste plus que l’humeur qui est es-
parse par la superficie du corps , on
mettra le malade dans le bain d’eau
tiede, à fin de résoudre le tout , et re-
mettre le corps à sa propre couleur.
DUS FIEVRES.
205
CHAPITRE XXVI.
DE LA SEICHERESSE , N01RCEVR, ET AV-
TRES ACCIDENS DE LA LANGVE.
D’autantque la langue a sa tunique
commune qui l’enueloppe auec toute
la bouche, l’œsophage et le ventri-
cule, et qu’elle a de petites veines
par lesquelles elle a communication
auec les viscères, il ardue de là que
de la couleur de la langue nous iu-
geons delà disposition des entrailles,
et des humeurs qui sont contenues
dans les veines. Aussivoyons nousdu-
rant les liéures que la langue prend
diuerses qualités et affections, selon
la condition, violence, et malignité
de la fiéure. Cela arriue volontiers
à la langue, pource que les vapeurs
qui s’esleuent de bas en haut, lors
qu’elles sont paruenues iusques à la
langue, pour ne pouuoir passer outre
et pour trouuer la langue molle et
spongieuse, elles s’y attachent et la
rendent telle qu’elles sont, tantost
aspre et rude, tantost noire, tantost
fendue , tantost seiche, et ainsi des
autres. Doncques tous ces accidens
icy sont produits par les fumées brus-
lées qui s’esleuent de tout le corps,
et font le mesme effet que les fumées
quis'esleuent du bois qui brusle, les-
quelles noircissent la cheminée, et y
font croistre vne suye qui la couure
comme vne grosse crousle.
Or t'asprelé de la langue venant
d’vne grande seicheresse doit eslre
corrigée par les remedes qui humec-
tent, lenissent et adoucissent, comme
par le syrop violât, de iuiubes, de
sucre candi, sucre de reglisse tenu en
la bouche. A mesme effet on préparé
vu gargarisme de décoction d’orge,
de racine et semence de guimauues,
de semence de lin , de fueilles de laic-
tue et de pourpié,de fleurs de violet-
tes, auec quelque syrop conuenable.
Les mesmes mcdicamens sont bons à
la noirceur de la langue, ensemble
les frictions que l’on y fait auec vn
linge rude ou auec vne cuilliere d’ar-
gent, lauant aussi la bouche auec
verjus, vinaigre, vin blanc, syrop
aceteux, mielrosat, suc de limons,
d’orange et autres.
Quand la langue est fendue et
comme découpée en diuers lieux,
pour l’adoucir on préparé le mucila-
ge de semence de coings et de psyl-
lium : on la laue auec le laict clair, ou
mesme auec le laict : on fait vn gar-
garisme de feuilles de laictue, de pour-
pier, de plantin , de langue de chien ,
semence de coings et de psyllium,
auec le miel rosat ou violât, et le
syrop violât. Pour les ordures qui
s’attachent à la langue, aux dents
et au palais de la bouche, on les gratte
auec vne cuilliere d’argent, et on laue
la bouche auec les mesmes remedes
cy dessus spécifiés.
CHAPITRE XXVII.
DE LA FROIDEVR DES EXTREMITES
DV CORPS.
Quand les frissons et les horreurs
des fiéures intermittentes arriuent,
ils sont quelquesfois tellement vio-
lens, qu’on est contraint d’y apporter
quelques remedes. Le plus ordinaire
est d’cschauffer bien le licl des febri-
cilans, les enuelopper de bonnes alai-
ses chaudes, mettre des linges chauds
sur la poitrine, à l’entour du col, sur
le ventre, sur les genoux, et autres
20G LE VINGTIEME LIVRE
parties. Quelquesfois on leur fait
prendre quelque chose par la bouche,
comme deux doigts d’eau de vie ,
d'eau rose, de cannelle et de sucre
meslés ensemble , et infusés par l'es-
pace de vingt-quatre heures D’autres
donnent simplement de l’hippocras ou
du vin d’Espagne, ou de la theriaque
dissoute dans de bon vin.
Il y a des fiéures continues où les
malades ont presque tousiours les ex-
trémités froides : à ceux cy, outre les
linges chauds, on fait des douces
frictions aucc linges mollets, on frotte
les cuisses et les iambes auec huiles
d’amendes douces, de chamomille, de
lis, de iasmin,àfin de rappeller la
chaleur. On met dans le lict des bou-
teilles d’eau tiede à l’entour du fébri-
citant , on lui met des grés chauds aux
pieds, et à l'entour de luy. Quel-
ques-vns les enueloppent auec des
fourrures bien douces et mollettes,
qui peu à peu font reuenir la cha-
leur.
CHAPITRE XXVIII.
DE L’EXCESSIVE CHALEVR.
Ce n’est pas la moindre incommo-
dité des febricilans que la grande
chaleur et ardeur de tout le corps :
c’est vn symptôme qui leur apporte
de grandes impatiences. C’est pour-
quoy il faut donner au malade quel-
que consolation. Ce qui se fera pre-
mièrement rafraîchissant le plus qu’on
pourra l’air de la cha mbre, changeant
le fébricitant de lict en autre, lui
donnant à boire frais, mettant sur
ses mains et bras des fueilles de vigne
rafraîchies en l’eau, luy donnant à
tenir dans les mains des boules de
marbre et de iaspe, des laictues pom”
mées, des citrons trempés en l’eau,
cl autres telles choses. On luy mettra
sous les reins vne peau de marroquin,
ou vne piece de camelot , ou de bou-
gran, mettant en son lict des linceux
neufs , et vn peu rudes. Quelques-vns
trempent des linges en oxycrat, dont
on enueloppe les parties honteuses.
Le reste gist à donner au malade des
iuleps et apozemcs que nous auons
ordonnés à la soif.
CHAPITRE XXIX.
DE LA TENSION DES I1YPOCIIONDRES.
La tension, esleuation et meteo-
risme des hypochondres vient, ou de
l'inflammation des entrailles, ou de
quelques humeurs bouillantes et qui
sont comme en leuain, lesquelles
sont contenues à l’entour des viscères,
ou bien de quelques flatuosités qui
sont dans l’abdomen. A celle qui
vient de l’inflammation , il faut mes-
mesremedesqu’à l’inflammation. Aux
humeurs boitillantes, il faut donner
quantité de lauemens emolliens, re-
frigerans et laxatifs ; il faut faire vser
de iuleps et apozemes refrigerans et
humectans. Il faut faire des linimens
et fomentations de pareille vertu : at-
tendant qu’on puisse auec de doux
purgatifs euacuer lesdites humeurs.
Quand le météorisme vient des vents
et flatuosités enfermées, on recourt
pareillement aux clysleres detersifs ,
ou, comme l’on dit , carminalifs. On
fait des fomentations aussi resoluti-
ues auec fleurs de chamomille, meli-
lot, sauge, marjolaine, maulues, pa-
ritoires bouillies en eau et vin : on
DES FIÈVRES.
fait sachets auec mesmes herbes , ou
auec le son , l’auoine ou millet fri-
cassé. Bref on purge le corps, à fin de
vuider les humeurs crasses et pitui-
teuses, d’où se forment les vents.
Voila tout ce que nous allions à
dire touchant les symptômes des fle-
ures, qui seruira grandement à l’in-
struction du ieune chirurgien , que ie
prie de prendre en bonne part, comme
n’ayant esté dressé qu’à sa seule oc-
‘i 07
casion , et au soulagement des mala-
des.
le proteste icy que ce n’a point
esté par ambition de paroistre docte
ny sçauant, sçachant tres-bien que
tout ce qu’il y a de bon dans tout ce
Traité des fleures a este compilé par
moy des bons médecins, ausquels,
après Dieu , ie suis tenu de ce peu de
connoissance que i’ay en la medecine
et en la chirurgie.
LE VINGT- VNIEME LIVRE,
TRAITANT
DE LA MALADIE ARTHRITIOVE,
VV LG Al REM ENT APPELÉE GOVTE
CHAPITRE I.
DESCRIPTION DE LA MALADIE ARTICV-
LAIRE, DITE VV LG AI R EM ENT GOVTE.
Arthrilis, ou Goule, esl vne mala-
die qui afflige et gasle principalement
1 Je ne connais pas d’édilion séparée de
ce livre, qui a paru pour la première fois
dans la grande édition de 1575. Il formait
alors le dix-septième livre, et se trouvait
placé entre celui des Operations et celui de
laijrosse Vcrolle, place qu'il a toujours con-
servée, bien qu’en 1585 il ait pris le titre de
dix-huitiesme Liure. Après le livre des Fiè-
ures, c’est le premier dans l’ordre de la col-
lection qui soit à peu près purement médi-
cal, et je n’ai pas vu de raisons suffisantes
pour changer cet ordre. Il se composait en
1575 de 25 chapitres; on en compte aujour-
d’hui 29; mais cette augmentation est plus
apparente que réelle. En effet, elle résulte
seulement de la division des chapitres 2 et
î) chacun en deux, et du chapitre 1 1 en trois
chapitres.
J’ai à ajouter un mot louchant l’orthogra-
phe du mot (joute : bien que dans quelques
endroits des livres de Paré on trouve écrit
goutte, cependant toutes les éditions de ce
livre n’y mettant qu’un seul t, je m’en suis
tenu à celte orthographe.
la substance des articles d’vne ma-
tière virulente, accompagnée de qua-
tre humeurs : et pour ceste cause est
nommée des Grecs Arlhrit is , et des
Latins, Morbus arlicularis :et ce nom
est general pour toutes les iointures.
Mais le vocable de Goule, qui est
françois, luy peutauoir esté attribué
par-ce que les humeurs distillent
goûte à goûte sur les iointures : ou
pour-ce que quelquesfois vne seule
goule de cest humeur fait douleur
tres-grande. Et peut venir à toutes
les iointures du corps, et selon les
lieux où la fluxion se fait, prend di-
uers noms.
Parquoy nous dirons qu’elle a au-
tant d’especes et différences qu’il y a
de iointures. Comme si la fluxion se
fait sur la iointure des mandibules,
elle pourra estre nommée Siagona-
gra, par-ce que les Grecs appellent
la mandibule Siagon. Si elle vient au
col , se peut appeller Trachclagra ,
pour-cc que les Grecs nomment le
col Trachelos. Si elle vient sur l’es-
pine du dos, on la pourra nommer
Rachisagra , par-ce que les Grecs
nomment l’espine Rachis. Aux es-
DES GOVTES.
paules, Omagra , à cause que la ioin-
ture de l’espaule el du bras est dite
des Grecs Omos. Aux iointures des
clauicules, Cleisagra , par-ce que la
clauicule est appellée en grec Clcis.
Au coude, se peut nommer Pechya-
gra, du nom grec Pechys, qui signifie
le coude. Si elle vient aux mains, elle
est communément appellée Chiragra ,
à cause du nom grec Cheir, qui signi
fie la main. Et à la hancbo Ischias ,
pour ce qu’elle est appellée en grec
Ischion. Au genoüil, Gonagra, du nom
grec Gong, qui signifie le genoüil. Aux
pieds Podagra, du grec Pous, c'est à
dire, le pied.
Lors qu’il y a trop grande quantité
d’humeur, et que le malade vit en oi i-
ueté, quelquesfois le mal occupe tou
tes les iointures vniuersellement L
Aucuns l’appellent descente, rheume ,
ou catarrc , par-ce que le nom de
goûte est odieux, principalement aux
ieunes gens. Autres le nomment goûte
naturelle , à la différence des goules
de la grosse verole.
CHAPITRE 11.
DES C AV SES OCCVLTES DES GOVTES.
L’humeur qui cause les goûtes ne
se peut bien expliquer, non plus que
celuy qui lait la peste, ou qui est cause
de la verole ou de l’epilepsie : el est
totalement d’autre nature que celuy
qui fait vn phlegmon , ou vn œdemo,
ou erysipele, ou scirrhe : et iamais
ne se suppure (comme dit Aëce, cha-
pitre 12.du 12.1iure2) comme font les
1 Le chapitre se terminait ici en 1575; le
reste est de 15S5.
! Cette citation a été ajoutée en 1579.
III.
209
autres humeurs : ioint aussi que les
iointures qui en sont affligées sont
desnuées de chair, et de température
froide el seiche : et lors que lesdits
humeurs delïuent en quelque^parlie
iusques à s’aposlumer, ne causent
telles douleurs que celuy qui fait la
goûte, ny mesme vn chancre aposlu-
meux. Outre plus, lesdits humeurs ne
font des nœuds aux iointures comme
fait celuy qui cause la goûte , lequel
laisse vue matière gypsée incurable,
ainsi que nous déclarerons cy après.
Sur ce faut noter, que cest humeur
Huant ne fait pas nuisance par la voye
où il passe (non plus que celuy qui
cause l’epilepsie, montant des par-
ties inferieures iusqu’au cerueau sans
leur faire aucune nuisance), mais su-
bit qu’il est tombé aux iointures ,
cause exlremes douleurs, et autres
diuers accidens. en eschauffant ou
refroidissant. Car on voit aucuns
malades qui se disent brusler, et ne
leur peut-on appliquer remedes assez
froids: autres disent sentir vne froi-
dure glacée, lesquels on ne peut
assez aussi eschauffer : et mesme-
ment en vn mesme corps se voit que
la partie dexlre est intemperée de
chaleur, et la senestre de froidure.
Aussi on voit des gouteux, lesquels
ont la goûte chaude au genoüil, et
au mesme pied froide : ou aux pieds
chaude, el au genoüil froide. le dira y
plus : on voit soutient vne Ires-grande
chaleur estre vn iour en vne partie,
el l’autre vne froideur: et parlant en
vn mesme membre faut vser de re-
mèdes contraires. Et quelquesfois
ceste matière virulente eslsiperuerse
et maligne, qu’elle répugné , et ne
cede à nuis remedes : et disent les
malades sentir plus de mal y appli-
quant quelque chose, que lors qu’ils
n’y font rien. Et bon gré mal gré de
LE VINGT- VN1EME LIVRE
toutes choses faites par raison et mé-
thode, ceste matière a son période et
paroxysme : qui demonslre aperle-
ment la mesconnoissance et malice
de la cause.
Pareillement on voit que lesgoutes
ne se peuuent iamais parfaitement
guarir (principalement celles qui sont
héréditaires) quelque diligence qu’on
y puisse faire : dont cela est venu en
prouerbe, mesmes aux poëtes latins,
entre lesquels Horace dit :
Qui cupil, aut meluil , iaual ilium sic domus ,
uni res,
Vt lippum pictw labulœ, fomenla podagram.
Voulant dire, que les medicamens
et fomentations donnent autant d’al-
legemens aux podagres, que font
les richesses à ccluy qui est vexé
d’auarice infatigable, désirant tous-
iours d’amasser : ou comme les pein-
tures et tableaux donnent récréation
à vn homme qui a mal aux yeux. Sur
quoy aussi Guide dit:
Soluere tiodosam nescil medicina podagram :
Qui signifie que la medecine ne
peut guarir la goule des pieds estant
noueuse *. Doncenceonnedoitaccu-
ser les Médecins et Chirurgiens, ny
aussi les Apoticaires et leurs drogues.
Cari’ose affermer, qu’aux goutesilya
vn certain virus inconneu et indici-
ble : ce qu’Auicenne semble confes-
ser , liure troisième , feu. 22. traité 2.
chapitre 5. et 7. quand il dit qu’il y a
vne espece de goule qui est d'vue
matière si aiguë et maligne, que si
elle vient à s’esmouuoir par quelque
courroux d’esprit, elle cause vne
mort subite. Aussi Galien au liure de
1 L’édition de 1575 ajoutait: si ce n'est
pour pallier. Ceci a été effacé en 1579.
Theriaca ad Pisonem, chap. 15. dit
que le theriaque profile aux poda-
gres, et à toutes maladies articulai-
res, parce-qu’il obtond, consomme et
seiche la matière virulente des goû-
tes. D’auantage, Gourdon au chapi-
tre des goules, semble auoir entendu
qu’en icelles y a quelque vénénosité,
quand il dit qu’en telle maladie l’v-
sage du theriaque est fort à louer , et
principalement après que le corps est
mondifié et purgé. Or pour le dire en
vn mot, les goûtes participent de
quelque matière virulente, tres-sub-
lile et veneneuse , non toulcsfois con-
tagieuse, laquellepechcplusen qua-
lité qu’en quantité : qui cause vne
douleur extreme en la partie où elle
tombe , et est cause d’y faire fluer les
humeurs , principalement ceux qui
sont aptes et préparés à descendre :
et non seulement les humeurs, mais
aussi les esprits flalueux : ainsi qu’on
voit ésmorsureset piqueuresdebestes
venimeuses, comme des mousches à
miel, freslons , et autres , qui par leur
venin causent douleur aiguë, auec
chaleur, enfleure et vessies: qui se fait
par l’ebullition des humeurs causée
par le venin. Le virus arthritique
fait pareils accidcns, lesquels ne ces-
sent iusques a ce qu’il soit resoull et
consommé, soit par Nature, ou par
medicamens, ou par les deux en-
semble.
Or il faut icy entendre que les ac-
cidens des morsures et piqueures
des besles venimeuses ne viennent
pas seulement pour la solution de
continuité : car on voit souuenl les
cousluriers, et autres artisans, se pi-
quer profondément de leurs aiguilles
aux extrémités des doigts, mesmes
entre l’ongle et la chair : neanlmoins
ne sentent pareille douleur , et n’y
voit -on suruenir le plus souuent
DES GOVTES.
211
aucun mauuais accident. Parquoy ie
conclus que les accidens prouenans à
cause de la morsure d’vne vipere , ou
piqueure d’vn scorpion , ieltant vne
bien petite quantité de venin , et qui
est cause en peu de temps de faire
vne intemperature à la partie et
grande mutation au corps , se doiuent
attribuer non à la playe, mais à la
qualité du venin principalement.
Aussi la cause de la douleur et des
autres acci iens qui aduiennent aux
goules, est vne virulence et véné-
nosité, laquelle (comme nous auons
dit jpeclie plus en qualité qu’en quan-
tité : ce qu’on connoist en ce qu’au-
cuns ont des douleurs aux iointures
sans aucune apparence de defluxion
d'humeurs, mais par vne seule in-
temperature indicible : laquelle chose
peut eslreencores illustrée et enten-
due par cesle histoire.
CHAPITRE III.
HISTOIRES MEMORABLES1.
Le Roy estant à Bordeaux, ie fus ap
pelé auec messieurs Chapelain, Con-
seiller cl premier Médecin du Roy,
Caslellan , Conseiller et Médecin du
Roy, et premier de la Royne, auec
monsieur rie la Tasle, Médecin de-
meurant à Bordeaux , et maistre Ni-
cole Lambert, Chirurgien ordinaire
du Roy , pour visiter et donner con-
seil à vne damoiselle, aagée de qua-
rante ans ou enuiron , malade d’une
tumeur de la grosseur d’vn petit
pois, située au dessous de la ioin-
1 Ce chapitre existait déjà en 1575, mais
confondu avec le précédent; il en a été sé-
paré en 1579.
ture de la hanche senestre, partie ex-
terne : et sur ladite tumeur et par-
ties voisines, sentoit par inlerualle de
temps vne extrême douleur, comme
ie declareray cy après : et pour l’ap-
paiser'on auoitcherché tous moyens,
appellant pour ce faire plusieurs Mé-
decins et Chirurgiens , voire mesme
des sorciers et sorcières : tous lesquels
ne luy sceurent donner aucun allé-
gement de sa douleur. Or ayans tous
entendu ceste histoire, ie desirayfort
sçauoir quels accidens suiuoient en
l’accès de sa douleur : dont ie m’en al-
lay au logis de ladite damoiselle, ac-
compagné dudit de la Tasle: où bien
tosl après estans arriués, sa douleur
luy print: et alors elle commença à
crier, se iettant çà et là, faisant des
mouuemensincroyables. Car elle met-
toit sa teste entre ses iambes, et les
pieds surles espaules, auec plusieurs
autres mouuemens merueilleux. Cest
accès luy dura prés d’vn quart d’heure:
pendant lequel ie m’efforçay à pren-
dre garde s’il suruenoit tumeur, ou
quelque inflammation au lieu de la
douleur : maisie puis acertener qu’il
n'en y auoit aucune, ny au sens du
tact, ny de laveuë. Vray est que lors
quei’y touchois, elle crioit d’auan-
tage. L’accès passé, elle demeuroit
en vne grande chaleur et sueur vni-
uerselle, et lassitude de tous ses mem-
bres, ne se pouuant aucunement re-
muer. Or après auoirveu telle chose,
ie demeuray grandementesmerueillé,
comme aussi ledit de la Taste : au-
quel ie demanday ce qui luy en sem-
bîoit : il me fit responsc, qu’il estimoit
que c’estoit vn démon qui tourmen-
toit ceste panure créature. En quoy
ie ne luy voulus contredire pour
l’heure, attendu que iamais n’auois
veu ny ouy parler de tel accident.
Car si c’eust esté vne maladie epilep-
2 1 2
LE VINGT-VNIEJVIE LIVRE,
tique, il se fust ensuiui perdition de
tous les sens, auec conuulsion : mais
ceste demoiselle ratiocinoit bien, et
parloit cncores mieux. Après qu’eus-
mes fait rapport de ce spectacle à
messieurs Chapelain et Castellan ,
ils furent grandement estonnés : et
fut conclu de nous tous (attendu
qu’on auoil procédé auparauant par
plusieurs moyens , lesquels ne luy
auoient aucunement osté sa douleur)
qu’on luy appliqueroit sur la tumeur
vn cautere potentiel, lequel i’appli-
quay : et l’escarre cheu te, tomba vne
sanie virulente de couleur fort noire :
et fut veuë depuis n’auoir aucune
douleur.
Parquoy ie veux conclure par ceste
histoire, que la cause de sa douleur
esloit vn virus venimeux , lequel
pechoit plus en qualité qu’en quan-
tité, qui eut issue par le moyen de
l’ouuerlure faite parle cautere.
Vn semblable fait est aduenu à la
femme du cocher de la Roy ne, de-
meurant à Amboise, au milieu du
bras droit, ayant par certains iours
semblables douleurs que la susdite
damoiselle : laquelle nous vint trou-
uer, messieurs Chapelain, Castellan
et moy, à Orléans, nous suppliant que
nous eussions à luy vouloir donner
secours à sa douleur *, qui estoit si
vehemente qu’elle se vouloit ietler
parles l'en es 1res , ayant pour ceste
occasion garde auec elle. Nous con-
clusmes qu’on luy appliqueroit vn
cautere potentiel surlapartiemesme,
ainsi qu’auions fait à la susdite da-
moiselle, ce que ie fis : et l’ouuerture
faite, sa douleur cessa, et l’a depuis
du tout perdue.
> La phrase s’arrêtait là en 1575; le reste
a été ajouté en 1579.
Or pour retourner à nostre propos,
le vice des humeurs n’est pas seule-
ment cause des goules, par ce que le
mal ne seroit pas seulement auxioin-
t tires , mais aussi aux parties muscu-
leuses : et ne causeroit telles dou-
leurs, comme i’ay dit. Aussi on peut
dire à la vérité que le mal ne vient
pas de l’imbécillité des iointures
(comme plusieurs estiment) laquelle
seule aussi ne peut causer telles dou-
leurs. Car s’il estoit ainsi , les douleurs
ne cesseroient iamais pendant que
l’homme vit , d’autant que l’imbecil-
lilé est tousiours aux articles : ains
les deux ensemble, c’est à sçauoir, la
redondance vicieuse de l’humeur , et
l’imbécillité des articles.
Que diray-ie plus pour demonstrer
l’incertitude de la cause des goûtes?
C’est qu’elles sont comme vne rente
constituée: pource qu’elles reuiennent
tous les ans à certains termes, prim ipa-
Ietnenlen automne et au printemps1,
quelque diligence que l’on y sçache
faire : de quoy l'experience fait foy. Et
qui plus est, celles mesmement qui
viennent de naissance, c’est à dire,
par héritage du pere et de la mere,
ne peu tient iamais guarir vrayement,
comme i’ay dit : ains seulement re-
çoiuent curepalliatiue. Et pour y pro-
céder , les Médecins et Chirurgiens
doiuent auoir bon pied , bon œil , et
qu'ils soient munis de bon jugement,
cl de plusieurs cl diuers remedes ,
à tin qu’on en puisse choisir selon
qu’on verra les accidens aduenir ,
pour seder les douleurs tant chaudes
que froides, ou mislionnées ensem-
ble , tant qu’il sera possible.
1 Selon Hippocrates Aph. 55. li. 6. — A. P.
Cette citation (laie seulement de l’édition
posthume de 1598.
DES GOVTES.
2l3
CHAPITRE IV.
DES CAVSES A CQ VISES ET MANIFESTES
DES GOVTES.
Combien que nous ayons demonslré
la cause des goûtes estre inconneuë,
toutesfois communément on luy assi-
gne des causes dont le Médecin peut
donner quelques raisons. Or tout ainsi
qu’il y a trois causesaux autres mala-
dies, à sçauoir, primiliue, anlecedente
et coniointe, aussi y a-il aux goûtes.
Quant à la primiliue, elle est dou-
ble : l’vne vient de la première géné-
ration, comme celuy qui aura esté
procréé de pere et mere goûteux :
principalement quand la matière vi
rulente est en rut, c’est à dire en
mouuement , et que l’homme se ioinl
auec sa compagne , et qu’il engendre,
il est bien difficile que les enfans ne
soient gouteux , à cause que ceste ma-
tière virulente se mesle auec la se-
mence : d’autant que la matière de la
semence vient de tout le corps ,
comme monstre Aristote au liure De
generatione animalium 1 : pareillement
Hippocrates au liure de l'air, des ré-
gions et des eaux. L’autre prouient
par intemperature, tant de la maniéré
de viure que de trop frequent exercice,
de l’acte venerien , et autres choses
que déclarerons cy après.
Celle qui prouient des parens gou-
teux peut estre appellée maladie hé-
réditaire, pour-ce qu’elle vient de
pere en fils : ce que toutesfois n’ad-
uient pas tousiours, comme l’experien-
ce le monstre. Car on voit plusieurs
estre vexés des goûtes, desquels les
pere et mere iamais n’en auoienl esté
1 Au I . liure, chnp. 17. — A. P.
malades : et d’autres n’en estre aucu-
nement affligés, et toutesfois leurs pere
et mere en estoient grandement tour-
mentés : laquelle chose se fait par la
bonté de la semence de la femme, et
par la bonne température de la ma-
trice d’icelle , corrigeant l’intenipera-
ture de la semence virile: tout ainsi
que celle de l’homme peut corriger
celle de la femme: comme on voit
souuent par expérience des enfans
n’estre point gouteux, lepreux , tei-
gneux, epileptiques , encore que leurs
pere ou mere fussent suiets à telles
maladies. Laquelle correction si elle
defaut au pere ou à la mere , les en-
fans ne peuuent eschapper qu’ils ne
soient suiets ausdites maladies : les-
quelles ne se peuuent parfaitement
curer , quelque diligence qu'on y
puisse faire. Parquov on ne doit
(comme nous auons dit) calomnier
la Medecine ny la Chirurgie , ny
moins les drogues de l’Apoticaire :
pour-ce que la semence suit la com-
plexion et tempérament de celuy qui
engendre : en sorte qu’vu homme et
vne femme bien tempérés produiront
vne semence bien complexionnée : au
contraire, s’ils sont in tempérés, pro-
duiront vnesemence mal complexion-
née, et non propre pour engendrer
vn enfant bien complexionné, comme
le dit Auicenne >. Parquoy celuy qui
sera gouteux, s’il fait vn enfant, à
grande peine pourra-il euader qu’il
ne soit gouteux , si ce n’est par la
rectification de la semence de la mere
ou du pere , ainsi qu’auons déclaré.
La seconde cause vient des super-
fluités de nostre corps , qui s’altèrent
et se conuer lissent en cest humeur
virulent. Or ces superfluités produites
1 Auicenne liu. 3. feu. 22. traité 2. clwp, 5.
— A. P. Cette citation est de 1579.
LE VINGT-VNI^ME LIVRE ,
Ql4
par vne grande plénitude ou obstruc-
tion des vaisseaux ( qui se fait prin-
cipalement par la mauuaise maniéré
de viure, et pour auoir crapule et
beu des vins forts) font esleuer au
cerueau plusieurs vapeurs , qui rem-
plissent la teste : puis les membranes,
nerfs et tendons en sont rendus laxes
et imbecilles, et par conséquent les
jointures. Aussi cela aduient pour
auoir mangé plusieurs et diuerses
viandes à chacun repas , en trop
grande quantité : lesquelles engen-
drent vne cacochymie. Aussi dormir
tost après le repas et longuement , et
prendre peu d’exercice, telles choses
corrompent la faculté digestiue. Car
lors qu’elle defaut, s’ensuiuent cru-
dités, obstructions et sérosités, qui
tombent sur les iointui’es : lesquelles,
sur toutes auti’es parties, sont debiles
naturellement , ou par accident : na-
tuiellement, comme en ceux qui les
ont dés leur première génération
laxes et foibles : par accident, comme
en ceux qui ont beaucoup cheminé à
pied , ou se sont tenus debout , ou
ont enduré le froid : poui'-ce que par
la longue intemperature , les jointu-
res sont rendues imbecilles. Aussi
cela peut aduenir par cheule, ou
coups , ou pour auoir esté estendu
sur la gesne , ou auoir enduré l’astra-
pade : pareillement à ceux qui sont
excessifs au coït, et principalement
tost après le repas, d’autant que tout
le corps est réfrigéré : par-ce que la
chaleur naturelle s’amoindrit , pour
la grande quantité d’esprits qui sont
iettés au coït, et que la faculté diges-
tiue en est affoiblie 1 : et partant s’en-
suiuent crudités sereuses qui de-
fluent sur les iointures , à cause des-
quelles , et aussi de ladite réfrigéra-
tion , lesdites iointures sont débilitées,
qui est cause des goules. Or veu que
ladite faculté digestiue defaut aux
vieilles gens, il ne se faut csmerueil-
ler s’ils sont gouteux.
Outre-plus, les euacuations accous-
tumées retenues , comme le vomisse-
ment, flux menstruel, hemorrhoïdal,
flux de ventre et autres, souuent sont
cause de la goûte : partant les fem-
mes ne sont suiettcs aux goules pen-
dant qu’elles ont leur flux, mais bien
après l’auoir perdu. Ce que dit Hip-
pocrates 1 : par-ce que les superflui-
tés sont retenues, lesquelles auoient
accouslumé de se purger. D’auan-
tage , ceux à qui vieilles vlceres ou
fistules auront coulé par longues
années, et puis sont closes et con-
solidées , s’ils ne tiennent après bon
régime, et ne se purgent par fois,
sont en danger d’estre gouteux :
comme au contraire , les vai'ices des
cuisses et iambes, et les bemorrhoïdes,
flux dysentérique et vieilles vlceres,
empeschent la génération des goûtes.
Plus , ceux qui releuent de quelque
grande maladie, lesquels n’ont point
bien esté purgés par medecine, ou
par Nature, souuent deuiennent goû-
teux. Ceux qui ont le cerueau fort
froid et humide, sont pareillement
suiets aux goûtes.
Or pour conclure en peu de paro-
les, les causes manifestes de ceste
maladie sont, mauuaise maniéré de
viure , qui engendre crudités et séro-
sités: le coït superflu , cheminer trop
hasliuement ou plus longuement que
Nature ne le peut porter, demeu-
rer trop longuement debout, équita-
tions de trop longue durée, euacua-
1 Galienaid.tiü.De semine. — A. P.
1 Apho. 29. liure 6. — A. P.
DES GOVTES.
Ql5
tions accoustumées retenues , le vice
des parens , lequel les enfans sont
contraints de sentir, quasi par droit
héréditaire.
Quant aux causes internes, entre
les principales sont , redondance des
humeurs crus, et l’amplitude des vais-
seaux : la force des principales parties
mandantes, et l’imbécillité des rece-
uantes, àuec laxe capacité des con-
duits et inanités d’icelles, et la situa-
tion inferieure de la partie affligée l.
Or le ieune Chirurgien doit sça-
uoir qu’il y a quatre facultés natu-
relles, par lesquelles les plantes et
animaux se gouuernent. La première
est qui attire l’aliment : la seconde ,
qui le retient : la tierce , qui le chan-
ge et digéré : la quarte, qui reiette le
superflu, par-ce qu’il peche en quan-
tité ou en qualité, ou tous les deux
ensemble : aussi le virus et les hu-
meurs sont ietlés par la vertu expul-
trice aux iointures. Quant à ce que
ledit humeur s’arreste plustost aux
iointures qu’aux parties musculeuses,
cela se fait pour-ce que les iointures
sont exangues et froides, c’est à dire
auec vn peu de sang, et de substance
dense et serrée , et que les parties qui
sont entre icelles sont charneuses,
laxes et molles, et la grande astric-
tion du cuir (qui est ordinairement
aux vieux pour la siccilé) fait que la
transpiration est empeschée et les
superfluités retenues : dont souuent
s’ensuit la goûte, ou quelque grand
prurit par tout le corps, ou gratelles,
ou rongnes , et leurs vrines acres.
Or la douleur qui se fait en cesle
maladie vient pour l’acrimonie de la
qualité virulente, quelquesfois toute
seule sans nul autre humeur : et
aussi le plus souuent la douleur faite
du virus est cause d’attirer des esprits
flatueux et humeurs ja préparés à
fluer : comme le sang , et alors la
fluxion sera phlegmoneuse : si c’est la
cholere, erysipelateuse : si c’est le
phlegme , oedemateuse : si c’est l’hu-
meur melancholique , scirrheuse. Et
s’il y a deux humeurs meslés ensemble,
celuy qui sera en plus grande quan-
tité prendra la dénomination : comme
si le sang domine la cholere, on
pourra dire phlegmon erysipelateux :
au contraire si c’est la cholere , sera
nommé erysipelas phlegmoneux : et
ainsi des autres humeurs. Et ceste
matière virulente accompagnée des
humeurs et esprits flatueux , estant
aux iointures , les remplit et fait
distension aux parties , comme mem-
branes, aponeuroses, tendons, et au-
tres parties qui lient les iointures.
CHAPITRE Y.
DE L’ORIGINE DE LA DEFLVXION
DES GOVTES.
L’origine de la defluxion et matière
des goules vient du cerueau, ou du
foye *. Lors qu’elle vient du cerueau,
on peut dire que c’est la pituite se-
reuse, claire et subtile, telle qu’on
voit le plus souuent distiller et cou-
ler par le nez et par la bouche, ac-
compagnée du virus indicible, laquelle
difflue par les tuniques des nerfs et
tendons par dessous le cuir muscu-
leux qui couure le crâne, et par de-
dans le grand trou par lequel la nu-
que passe : et telle fluxion est tous-
iours froide. Lors qu’elle vient du
foye, elle court et Hue par les veines
XV oy. Guidon au cliap. des goûtes. — A. P.
1 p'ernel. — A. P.
2l6 le vingt-vnieme livre
et arteres charg ées d’abondance d hu-
meurs qu’elles ne peuuent contenir
pour la quantité, ou pour la qualité
vicieuse. Et peut on lors dire que ce
sont les quatre humeurs contenus en
la masse sanguinaire, simples ou com-
posés, accompagnés pareillement du
virus arthritique : et sont plustost
chauds que froids, au contraire de ce
qui aduient lors que la fluxion se fait
du cerueau.
Or ceste matière de laquelle sont
faites les goûtes, que nous auons
maintenant déclarée , est la fluxion
qui se fait des autres parties : outre
laquelle il y a vne autre cause, ap-
pellée congestion : à sçauoir, quand
quelque partie ne peut faire concoc-
tion de ce qui luy est baillé par Na-
ture pour sa nourriture. Et quant à
moy, il me semble (sauf meilleur iu-
gement que le mien ) que la matière
virulente des goûtes est en la masse
sanguinaire, voire en toute l’habitude
du corps : et que ceste sérosité viru-
lente se meut par certaines causes
qu’auons cy dessus mentionnées *.
Encore outre ces raisons naturelles,
il y a quelque chose qu’on ne peut
expliquer, ainsi qu'à l’epilepsie , fié-
ure quarte , et à vne infinité d’autres
maladies, ce qu’Hippocrates a* dit
au lim e premier des Prognostiques ,
1 Le chapitre se termine ici dans les édi-
tions de 1579 et 1585. Dans ta première édi-
tion posthume, Paré, ou son éditeur, a réta-
bli la dernière phrase qui se lisait déjà dans
l’édition de 1575; mais cette première édi-
tion ajoutait en outre celle autre phrase, qui
est demeurée absolument supprimée :
« Ce qui est venu en proverbe ,
Qu'en la Heure quaiie cl la goule
Le- médecin n’y voit goule :
qu’aux maladies il y a quelque chose
de diu in.
CHAPITRE VI.
SIGNES QVE LA FLVXION VIENT
DV CERVEAV.
Les malades , lors que la fluxion se
veut faire, se sentent appesantis, en-
dormis, et hébétés, auec grand senti-
ment de douleur aux parties externes
de la teste, et principalement quand
on leur renuerse leurs cheueux : et
souuentesfois on leur trouüe vne tu-
meur œdémateuse au cuir qui cou-
ure le crâne : et leur semble qu’ils
ayent changé leur nature à vne autre
presque toute estrange, de sorte qu’il
leur est aduis qu’ils ne sont plus eux
mesmes, pource que la virulence de
la matière a renuersé et changé les
fonctions et toute l’œconomie du
corps. Aussi ils sentent grandes cru-
dités en l’eslomach , et routemens
aigres. Et mesme l’humeur qui cause
la migraine a similitude, pour sa ma-
lice et virulence, à celuy qui cause
les goûtes : laquelle pource qu’alors
elle communique sa douleur à toute
la moitié de la tesle, a esté appellée
des anciens Hcmicrania. A aucuns la
fluxion descend du cerueau entre cuir
et chair aux iointures, voire iusques
à celles des doigls des pieds : et telle
defluxion procédé lentement, au con-
Iraire de l’humeur qui est chaud, du-
quel la fluxion se fait promptement
et auec sentiment de douleur.
principalement en celle qui est héréditaire
ou inuelerée. »
DES GOVTES.
2 1
CHAPITRE VIT.
LES SIGNES QVE LA FLVXION VIENT
DV FOYE ET DE LA MASSE SANGVI-
NAIRE.
Les malades sentent chaleur au
foye , et aux parties intérieures de
leur corps , et sont communément de
température sanguine et cholérique,
ayans les veines larges et grosses,
ioint que la fluxion se fait prompte-
ment : dont se fait fluxion de sang
et de la cliolere auec les autres hu-
meurs. Mais quelquesfois le sang peut
degenerer de sa qualilé chaude, et
deuenir pituiteux et sereux par mul-
tiplication de crudités, et autres cho-
ses qui causent et engendrent la pi-
tuite : et alors peut aduenir que de
la masse sanguinaire, comme du cer-
ueau, tombe et découlé sur les ioin-
lures vn humeur pituiteux auecques
le virus : tout ainsi que si l’humeur
melancholique est en grande abon-
dance , il y peut aussi découler : ce
que toulesfois est rare, comme nous
demonstrerons en son lieu. Partant
pour mieux distinguer la différence
desdils humeurs, nous les descrirons
particulièrement.
CHAPITRE VIII.
LES SIGNES POVR CONNOISTRE QVEL II V-
MEVR ACCOMPAGNE LE VIRVS AR-
THRITIQVE.
Premièrement pour connoistre si le
sang domine , faut considérer l’aage,
comme la ieunesse du malade , sa
température sanguine , le temps de
7
l’année , qui est le printemps, la ré-
gion temperéc : aussi s'il a vsé de ma-
niéré de viure chaude et humide,
multipliante le sang : et qu’au matin
la douleur est plus grande et pluspul-
satile et tensiue, auec vne pesanteur,
et la couleur de la partie rouge et
vermeille : ioint qu’il y a grande tu-
meur , non seulement des veines ,
mais aussi de toute la partie malade :
et y a grande distension en la partie,
tellement qu’il semble qu’elle se
rompt. Les vrines sont rouges et es-
paisses : d’auantage, ils ne peuuent
endurer l’application des remedes
chauds, ains parl’applicalion d’iceux
la douleur s’aigrit d’auantage. Plus ,
les exacerbations, ou accès, se font et
repetent tous les iours, et principale-
ment au matin. De toutes ces choses
tu peux conclure que le sang domine.
CHAPITRE IX.
LES SIGNES DE LA CHOI.ERE
Aussi les signes de la cholere sont,
que la couleur de la partie sera trou-
uée blaffarde , auec grande chaleur
ignée .et peu de tumeur, douleur
poignante et extrêmement aiguë: et
le malade sent plustost chaleur que
distension et pesanteur : et combien
que la partie apparoisse rouge, tou-
tesfois elle tend plus à citrinité, c’est
à dire couleur iaunastre, qu’à la cou-
leur sanguine : cl si elle est pressée
du doigt, le sang cholérique ( à cause
qu’il est fort subtil) fuit facilement,
puis subit retourne, et reuient plus
rougeastre qu’auparauant. Car de-
uant qu’on comprimast la partie, l’hu-
meur plus vicieux et flaue occupoit
la superficie du cuir, et par la com-
210 LE VINGT-VNIliME LIVRE
pression du doigt, le sang qui estoit
caché sous le cuir fait monstre et pa-
rade de soy, iusques à ce que l’effet
de la compression cesse, riiumeur bi-
lieux retourne en son premier lieu 1 :
dont iceluy apparoist plus blaffard
qu’en vn phlegmon fait de sang pur,
comme nous auons dit : ioint que
la partie est plus aidée par medica-
mens refrigerans et humectatifs , que
par ceux qui eschauffent et seichent.
Le patient a le pouls fort viste et fre-
quent, et est de tempérament cholé-
rique. Aussi la douleur sera trouuée
plus grande sur le midy, iusques à
quatre heures du iour, qu’à autres
heures, parce que la cholere se meut
en tel temps. D’auanlage les patiens
ont des exacerbations , c’est à dire
renouuellemens de douleur, de trois
iours en trois iours, comme on voit
aux fiéures tierces. Aussi la chaleur
du temps donne indice, comme l’esté.
Outre-plus la qualité des viandes est
à considérer, comme si le malade a
vsé de viandes qui multiplient et en-
gendrent la cholere. Ses vrines seront
trouuées fort subtiles et de couleur ci-
trine, et quelquesfois tellementacres,
qu’elles offensent le conduit vrinal.
CHAPITRE X.
SIGNES DE L’HVMEVR PITVITEVX.
L’humeur pituiteux , qui cause les
goûtes, est sereux, et quasi tousiours
semblable à celuy qu’on voit distiller
1 Ceci est le texte tel qu’il a été corrigé
en 1579 ; l’édition de 1575 portait:
« Et par la compression du doigt le sang
qui estoit caché sous le cuir s’enfuit, puis
cessant de comprimer retourne auec l’hu-
meur flaue. »
du cerueau en temps froid par le nez,
comme auons dit- Lors qu’il deflue
sur quelque iointure, il faut qu’elle
apparoisse enflée, et de la couleur du
cuir : et ne différé pas grandement
en couleur de la partie saine, c’est à
dire qu’elle n’est ny rouge ny chaude,
mais on sent froideur au sens du
tact : et l’application des choses froi-
des nuit grandement au patient,
mais les chaudes luy sont profitables.
Or pour engendrer tel humeur,
la vieillesse y fait beaucoup, et aussi
le tempérament froid et humide, et
l’air ambiens de mesme : pareille-
ment le temps d’Hyuer, l’oisiueté,
les viandes froides et humides, fruits,
legumes, et généralement toutes cho-
ses qui engendrent la pituite : et la
douleur est en temps d'hyuer plus
grande la nuict que le iour, pour ce
que la pituite a ses exacerbations ou
mouueinens tous les iours, et prin-
cipalement la nuict. La tumeur sera
trouuée molle, en laquelle après
auoir pressé du doigt dessus , la fosse
y demeure quelque temps après,
comme on voit aux œdemes. Les
vrines seront trouuées crues et es-
paisses, et de couleur blanchastre,
comme toutes les autres superfluités
phlegmatiques, muqueuses, et glai-
reuses. Si la pituite est salée, le pa-
tient sentira vn grand prurit et mor-
daciléà la partie. Le pouls au toucher
sera trouué mol , lent , et diuers.
Aussi on prend garde que le malade
n’a fait exercice. Et cesl humeur cause
le plus souucnt les goules, principa-
lement quand il est cru : et pour
abroger, d'autant que les susdits hu-
meurs seront esloignés de leurs tem-
peramens , et auront acquis vne qua-
lité acre et virulente, d’autant aussi
en seront les douleurs et accidens
plus grands.
DES GOVTES.
;
CHAPITRE XI.
SIGNES DE L’HVMEVR MELANCHOLIQVE L
En la partie y aura peu de tumeur
et douleur, et sera comme endormie
en vn sentiment de pesanteur. La
couleur sera aucunement liuide et
plombine : et le plus souuent on sent
la partie froide quand on la touche.
Aussi peut estre que le malade est de
température melancholique , et at-
ténué : pareillement qu’il aura vsé
de viandes qui multiplient l’humeur
melancholique. La cause aussi de tel
humeur est la région froide et seiche,
et les alimens qui engendrent suc
melancholique : aussi la tristesse , le
temps d’au tomne, ou l’hyuer, et l’aage
qui est vers la vieillesse. Le pouls sera
trouué dur, tensif et petit. Le patient
aura peu d’appetit de boire et manger.
Les vrines le plus souuent au commen-
cement sont ténues et aqueuses, à
cause des obstructions, et après plus
noires qu’elles ne doiuent estre selon
nature, et moyennement crasses La
résidence1 2 est quelquesfois meslée de
matière cruente et fusque. Les exa-
cerbations seront de quatre iours en
quatre iours : et la douleur sera trou-
uée plus grande apres midy vers le
soir, qu’à autre heure du iour, à cause
que le mouuement de l’humeur me-
lancholique est tel: ce qu’on voit
aux fiéures quartes, qui sont faites
de tel humeur.
Or plusieurs estiment que les gou-
1 Ce chapitre était confondu avec le pré-
cédent dans l’édition de 1575 ; il en a été sé-
paré en 1579,
2 L’édition de 1575 portait : la subsidence ;
ce qui a été corrigé en 1579.
219
tes ne s’engendrent d’humeur melan-
cholique, à cause de sa substance
grosse et terrestre, qui à peine peut
fluer aux ioinlures : ce que ie concédé,
s’il estoit seul: mais estant accompa-
gné du virus prédit, peut (hier aux
ioinlures '.
CHAPITRE XII.
PROGNOSTIC DE I.A GOVTE.
Les anciens médecins nous ont
laissé par escrit , que les maladies des
jointures sont trouuécs entre les plus
griefs maux et tourmens presque in-
supportables : tellement que quel-
quesfois les malades perdent le sens
et entendement, et désirent plus la
mort que la vie.
Les goules tiennent leur période
et paroxysme du virus et des hu-
meurs dont elles sont faites : elles
viennent volontiers au printemps et
en automne, commenous auons parcy
deuant déclaré2. Et ceux qui sont ve-
xés de goûtes naturelles , c’est à dire
qui les ont héréditaires, neguarissent
iamais parfaitement, ou bien rare-
ment. Lors aussi que les nœuds, ou
nodosités sont aux ioinlures , ils ne se
peuuent parfaitement curer, princi-
palement si la matière est gypsée,
parce qu’elle ne se peut résoudre , et
encore moins suppurer.
Les goûtes faites de matière pitui-
teuse et froide ne sont pas tant dou-
loureuses que celles qui sont faites de
1 L’édition de 1575 ajoutait : combien que
plus rarement ; ccs mots ont été supprimés à
l’édition suivante.
2 Hippocrates lia. 6. apho. 55. — A. P.
Lette citation est de 1598.
020
LE VINGT-VNIEME LIVRE,
matière chaude, comme de sang ou
de cliolere : aussi elles ne sont si tost
curées, parce que les chaudes sont
plustost digérées et resol ; es , à cause
de leur chaleur et subtilité. Car les
froides durent le plus souuent qua-
rante iours ou plus, à cause que la
matière est grosse et espaisse 1 : quel-
quesfois plus tost, et quelquesfois
plus tard, selon que le malade tien-
dra bon régime, et qu’il sera bien
pensé du Médecin et Chirurgien.
Aussi d’autant plus que la partie où
s’est faite la fluxion est espaisse,
comme la iointure du genoüil, ou
sous le talon, ou en lieu profond,
comme à la hanche, et qu’elle a la
vertu expultrice imbecille, le mal
est plus long à guarir que quand
le contraire se fait.
Celles qui sont chaudes durent qua-
torze iours, et bien souuent vingt ou
plus, quelque diligence qu’on y sça-
che faire.
Les goûtes qui sont causées d’hu-
meurs gros et visqueux ne font pa-
reillement grande douleur, et ne
sont aussi tost guaries.
Celles qui sont faites d’humeurs •
chauds et cholériques sont tres-dou-
loureuses , et mettent quelquesfois le
patient en desespoir, et causent à au
cuns paralysie, difficulté de respi-
rer, perturbation d’esprit, gangrené
et mortification en la partie , et par
conséquent la mort
Entre toutes les douleurs arthriti-
ques, la sciatique emporte le prix,
pour estre plus douloureuse , et cau-
ser plus grands accidens, comme fle-
ure, inquiétude , luxation, et clau-
dication perpétuelle , émaciation , ou
amaigrissement de toute la cuisse
1 Galien au com. du 49. slph. de la G. sect.
— A. P.
et de la iambe , et quelquesfois de
tout le corps. La cause de la claudi-
cation et de l’emaciation est, que
l’humeur aura ietté l’os femoris hors
de sa boette et lieu naturel : lequel
estant hors , presse les muscles , vei-
nes, arteres, et le gros nerf qui descend
le long de la cuisse iusqu’à l’extre-
mité des orteils, pour se distribuer
aux muscles: au moyen de quoy les
esprits ne peuuent reluire aux par-
ties inferieures , et par consequen' se
tabeGent, et deuiennent consommées
et amaigries : dont le pauure gouleux
demeure après claudicant tout le
long de sa vie.
Or plusieurs demeurent claudicans,
combien qu’ils n’ayent luxation : qui
se fait à cause que l’humeur glaireux,
propre tant pour la nourriture des
iointures que pour les lubrifier et
les rendre plus faciles à mouuoir,
s’endurcit par la chaleur estrange :
et pareillement parce qu’il n’est
subtilié par le mouuement qui auoit
accoustumé d’estre fait : et les autres
humeurs, qui sont deflués en plus
grande quantité que la partie n’a
peu digerer et assimiler en sa sub-
stance, par congestion sont demeu-
rés impactes et endurcis, qui fait que
le mouuement ne peut estre fait et
accompli.
ü’auantage, la gout te causée de ma-
tière grosse et visqueuse defluant sur
vue partie, souuent rend les mem-
bres courbés et tortus , iusques à iet-
ter les os hors de leurs propres join-
tures : ce que l’on voit non seulement
és grandes iointures , mais és doigts
des mains et des pieds, lesquels par
vne goule nouée sont quelquesfois
iettés de leurs iointures, au moyen
dequoy ils deuiennent tout crochus :
et principalement quand l’humeur
tombe en grande abondance , rend la
DES GO VI ES.
221
partie languide et atrophiée, c’est à
dire consumée , aride et seiche , et
son action deprauée, et souuent du
tout perdue. Car toute intemperalure
qui demeure longuement sur vnc par-
tie, diminue la force et vertu d’icelle,
et par conséquent son action, comme
nous auons dit cy dessus. Lors que
le virus causant les goûtes n’est, se-
lon son cours ordinaire et paroxysme
accoustumé, ietté auxioinlures (par
l’imbécillité de la vertu expulsiue )
il cause maladies cruelles, grandes et
mortelles. Car quand il arriue en la
substance du foye, il excite inflam-
mation d’iceluy : s’il demeure aux
grandes veines, il engendre vne fiéure
continue : et s’il tombe sur la mem-
brane qui couure les costes, il cau-
sera vne pieuresie : s’il demeure et
s’attache aux intestins , sera cause c’e
faire vne colique, ou iliaque passion,
auec tres-grande douleur : et ainsi
sur les autres parties fait accidens
diuers. Ce qu’on voit en ce qu’aucuns
gouleux deuiennent paralytiques , à
cause que la matière des goules bou-
che les porosités des nerfs , de sorte
que l’esprit animal n’y peut reluire :
parquoyla partie demeure immobile
et résolue.
Les vieillards ne peuuent iamais
estre deliurés de leurs goules, parce
que leur sang et toute leur masse
sanguinaire est altérée et ne peut
estre rectifiée, non plus qu’vn vin
bas et deuenu aigre.
Les goûtes qui viennent prompte-
ment, procèdent d’intemperature
chaude et souuent sans matière : qui
se connoist , parce qu’il rfy a aucune
tumeur apparente à la partie, ny au
dehors ny au dedans des ioinlures : et
serit-on aperlement par le loucher la
partie fort chaude , et le patient se
sent allégé par remedes froids, ainsi
que nous auons dit. Au contraire, la
fluxion faitede matière froide découlé
lentement, et la partie sera froide, et
allégée par remedes chauds.
Les goûtes viennent quelquesfois
au fort de l’hyuer, pour la grande
froidure qui blesse les parties ner-
ueuses, et comprime les humeurs,
les chassant aux jointures. Pareille-
ment aucuns en sont vexés au fort de
l’esté, pour la grande chaleur, qui
liquéfié et fond les humeurs, dilate
les conduits et parties nerueuses et
membraneuses Or elles peuuent ve-
nir en tout temps de l’année , pource
que les gouteux se desbauchent , et
ne tiennent reigle en leur maniéré de
viure : loutesfois elles reuiennent
plustost au printemps et en automne,
comme nous dcmonslrerons cy après.
1) auanlage, les gou eux prognosti-
quent ordinairement le changement
de temps , comme pluye , neige , ou
quelque autre temps nubileux : telle-
ment qu’ils portent auec eux vu al-
manach qui leur sert toute leur vie,
à cause de l’air gros et vaporeux
que le vent austral ou de midy
ameine et conduit, qui remplit les
corps d humidités, el esmeut inté-
rieurement les humeurs et les agite :
et lors qu’ils sont ainsi csmeus , se
fait nouuelle fluxion sur les parties
imbecilles, et principalement sur les
ioinlures, qui sont peu charneuses, et
exangues ou priuées de sang, et par
conséquent de chaleur naturelle : et
parce aussi qu’elles ontesté malades,
affligées et débilitées de longtemps ,
non seulement en leur harmonie ,
mais aussi en leur propre substance :
et partant les pauures gouleux au
changement du temps , et lorsqu’il
veut pleuuoir, leurs douleurs leur
viennent et les tourmentent plus ai-
grement.
222
LE VINGT -VNIÉME LIVRE,
II y a aucuns gouteux qui désirent
grandement le coït pendant leurs
douleurs, parce qu’ils sentent vne
grande chaleur estrange au dedans
du corps , laquelle ne se résout et
dissipe point en exhalations comme
l’ardeur febrile, mais fait fondre l’hu-
midité séminale, qui courant aual
vers les parties génitales, les fait en-
fler et enorgueillir. Ce que nous
voyons mesme tous les iours aduenir
aux mulets deschargés, et aux che-
uaux de poste rendus en Testable ,
après auoir couru vn long chemin.
Toutesfois tel acte aux gouteux est
bien contraire , à cause que par le
coït (comme nous auons dit) les es-
prits et chaleur naturelle se resol-
uent, dont la chaleur estrange s’aug-
mente , et quant-el-quant leurs dou-
leurs. Parquoy ie leur conseille qu’ils
s’en gardent s’ils le peuuenl faire , et
s’ils sont sages , et principalement
ceux qui ne sont pas mariés.
Les anciens médecins et ceux de
nostre temps ont tenu que ceste ma-
ladie estoit incurable : toutesfois on
en a veu guarir, principalement celle
qui n’est pas héréditaire ou inuele-
rée, si le malade veut tenir bon ré-
gime , et n’estre suiet à ses plai-
sirs.
Les riches sont plus soutient tour-
mentés de goûte que les pauures ,
parce qu’ils ne trauaillcnt pas et
qu’ils mangent beaucoup , et de di-
uerses viandes en tous leurs repas,
et boiuent d’autant et immodéré-
ment, et trop souuent ioüent aux
dames rabbalues. Aussi on a veu des
riches (leurs biens confisqués) re-
tourner à la table des panures, et fai-
sans exercice , au ir esté guaris d’i-
celles qui auparauant les vexoient
beaucoup. Et de fait , on voit rare-
ment les pauures laboureurs et arti-
sans auoir les goules. Parquoy ceux
qui se veulent deliurer des goûtes ,
faut qu’ils mangent peu, et vsent de
viandes qui engendrent bon suc :
qu’ils s’exercent modérément, et lais-
sent l’vsage du vin et des femmes ,
ou pour le moins qu’ils en vsent mo-
dérément : et aussi qu’ils vomissent
et se purgent par l’ordonnancé du
docte médecin.
Hippocrates dit que les enfans ne
sont gouteux auant qu’ils vsent du
coït 1 : toutesfois on voit aucuns
chastrés estre gouteux, principale-
ment ceux qui viuent en oisiueté et
ne trauaillent point, comme les sé-
dentaires et crapuleux, qui est cause
qu’ils amassent crudités en leurs corps
et humeurs malins et superflus qui
causent les goules. Semblablement
les femmes ne sont point goûteuses
pendant qu’elles ont leurs mois 2 , car
pariceux tout leur corps sepurge : au
contraire lorsqu’ils sont trop tost re-
tenus, beaucoup de matière et hu-
meurs s’amassent en leurs corps,
qui le plus souuent leur causent les
goûtes.
CHAPITRE XII 1.
CVRE PRESERVATRICE ET CVRATIVE
DES GOVTES.
Deuant toutes choses, il faut de
rechef distinguer toutes les causes et
la diuersité de leur origine, à fin de
diuersificr les modicamens selon la
nature de l’humeur péchant en quan-
tité ou en qualité, à fin de les guarir
1 Hippocrate Aph. 30. liu. G. — A. P.
- Aphor. 29. sect. 6. — A. P.
DES GOVTES.
par leur contraire. Or il y a trois cau-
ses en general , comme nous auons
dit, qui font les goules. La première
qui vient par héritage de pere en fils.
La seconde , par le vice et alteration
deshumeurs. La tierce, de la foiblesse
et imbécillité des jointures. Et pour
contrarier à telles choses, il fautauoir
double indication, à sçauoir,euacua-
tion etalteration deshumeurs supera-
bondans, et la fortification et robora-
tion desiointuresdebiles. Or telles cho-
ses se feront par bon régime , purga-
tion, saignée, et en prouoquant les
hemorrhoïdes , vomissemens , sueurs
et vrines, et autres, selon qu’on verra
estre necessaire, et par application des
remedes locaux. Lesremedes qui ser-
uent à la preserualion des goûtes, ser-
uentaussi à la curation, tan! curatiue
que palliatiue. 11 est donc necessaire
de contrarier aux causes qui font les
goûtes , comme à l’vsage immodéré
du vin, et de l’acte venerien, et l’oisi-
ucté, au dormir tost après le repas, et
autres choses qu’auons escrit aux
causes.
Lorsque le malade conuoistra le
temps approcher auquel les goûtes le
doiuent prendre, il tiendra bon ré-
gime et se purgera : et si la douleur
prouient du sang, il se fera saigner
(s'il n’y a chose qui l’empesche) de
la partie contraire, pour faire vacua-
tion et reuulsion. Exemple : si les par-
ties supérieures sont enflammées, on
tirera du sang des parties inferieures:
au contraire si les parties inferieures
sont enflammées, on saignera les su-
périeures, en gardantla rectitude des
filamens : comme si c’est le bras droit,
on ouurira la veine de la iambe
droite : et si c’est le bras senestre, on
saignera la iambe senestre : et sera tiré
du sang telle quantité qu’il sera be-
soin. Et apres auoir ainsi fait la sai-
223
gnëe vniuerselle, et que pour cela la
douleur et inflammation continuas-
sent, alors on fera apertion de la veine
la plus proche de la douleur : ce que
i’ay par plusieurs fois fait, auec bonne
et heureuse issue. Ce que commande
Hippocrates en la sentence 5. de la
G. section sur leliureG. des Epidémies,
qui dit qu’aux douleurs il faut eua-
cuer et tirer de la partie prochaine et
malade par section et vstion , qui est
vn souuerain remede
Orieseray tousiours d’aduis, que
pour saigner et purger, qu’on prenne
le conseil du docte Médecin , parce
qu il ne faut pas tousiours tirer du
sang tous les ans aux gouteux , s’il
n’est bien necessaire Car auecquesle
sang , l’esprit vital se perd , les forces
s’affoiblissent, et lecorps se refroidit :
par ainsi on abbregeroit la vie du
panure gouteux. b’auantage la sai-
gnée ne profite à ceux qui sont con-
tinuellement affligés de goûtes, et qui
ont le corps imbecille et froid , et à
qui la pituite seule domine. Aussi les
purgations sont quelquesfois necessai-
res : mais où elles seroient frequen-
tes, sont dangereuses. Parquoyil vaut
mieux corriger le vice des humeurs
par bon régime de viure , que d’vser
tant soutient de saignée et de purga-
tions. D’auanlage, ceux qui sont ex-
cessifs au manger et boire et à l’exer-
cice venerien, et qui ont beaucoup
de crudités, trouuent peu d’aide de la
saignée et purgation , pource que les
humeurs crus n’oheïssent aux méde-
cines. Et pour ceste cause le plus sou-
tient plusieurs gouteux ne peuuent
guarir ny estre aidés par aucun re-
mede, pour la grande intemperature
•Cette citation d’Hippocrate manque dans
les premières éditions, et n’a été ajoutée
qu’en 1585.
224 LIL VINGT-VNIÉME LIVRE
et crudité qu’ils ont en toute l’habi-
tude de leurs corps, et de l’altera-
tion de la substance des parties af-
fligées.
Or pour retourner à nostre propos,
le malade vsera de choses réfrigé-
rantes et euitera le vin , principalement
s’il a les goûtes chaudes, ou pour le
moins y mettra beaucoup d'eau , se-
lon que son estomachle pourra souf-
frir. Le temps principal auquel on se
doit purger est le commencement du
printemps et d’automne : parce que
les goûtes sont communément es-
meués en ces temps là, selon l’autlio-
rité d’Hippocrates et l’experience.
Car en automne elles sont excitées,
parce qu’en esté la facultéconcoctrice
a esté fort débilitée , à cause de l’air
ambiens qui attire hors nostre cha-
leur naturelle : ioint qu’en ce temps
d’esté, nous vsons volontiers de fruits
crus, qui engendrent grande quan-
tité de crudités et corruption en la
masse sanguinaire: lesquelles en au-
tomne (à cause de la froidure exté-
rieure) s’assemblent au dedans, puis
montent à la teste, et après par leur
grauité et pesanteur retombent aux
ioinlures, lesquelles alors reçoiuent
plus facilement la fluxion, pouree que
par la chaleur de l’esté s’est fait di-
latation des conduits, et par l’intem-
perature inégalé d’automne les arti-
cles sont fort débilités. Au printemps
les humeurs s’esmeuuent, pouree que
par la froidure d’hyuer ils ont esté
serrés et comprimés au dedans du
corps: et estans subtiliés et eschauf-
fés, au printemps ils sortent hors du
centre, et courent aux jointures. Par-
quoy il est besoin en ce temps-là pur-
ger et saigner les goutenx, si on voit
qu’il soit necessaire, comme auons dit,
à fin de vacuer les humeurs qui cau-
sent les goûtes. Car en ce temps les
humeurs s'espandent, et sont esmeus
et préparés à euacuation , par la-
quelle si on ne cure et garde de ve-
nir les douleurs arthritiques , pour le
moins elles en seront beaucoup moin-
dres.
CHAPITRE XIV.
BV VOMISSEMENT *.
Tous les anciens ont fort approuué
le vomissement sur toutes autres pur-
gations , lorsque principalement la
cause des goûtes prouient du cerueau
eide l’estoinach. Car pariceluyilsefait
euacuation et diuersion des humeurs
pituiteux, sereux et choler ques, qui
detluent plus communément que les
autres humeurs aux iointures. Pa-
reillement le vomissement atténué le
phlegme gros et visqueux contenu en
l’estomach, et partant il est loué ,
tant au commencement qu’à l’ac-
croissement, estât et déclinaison , et
aussi tant à la preseruation qu’à la
curation des goûtes, et deliure de
plusieurs autres maladies, et purge
i’hunieur virulent, comme nousmons-
trerons au traité de la Peste. Tu pren-
dras toutesfois garde que le patient
n’ait le thorax et le cerueau debiles :
car en ce cas le vomissement seroit
suspect.
Et pour le regard de l’ordre et.
temps qu’il conuienl vomir, ceux-là
doiuent vomir auant le past, ausquels
pour quelque exercice que ce soit, ou
autre mouuement, les excremens
Huent en l’estomach : au contraire
1 Ce chapitre était confondu avec le pré-
cédent en 1575; il en a été séparé en 1579.
-DES GOVTES.
doiuent vomir après le pasl, ceux qui
ont amassé grande quantité d’hu-
meurs pituiteuses. le loué plus le vo-
missement après la prise des viandes,
qu’à ieun, parce qu’il faut plus grand
effort à ietter la pituite qui est contre
les parois de l’estomach estant vuide,
que lors qu’il est plein de viande : et
par le vomissement qui est fait par
force, y a danger qu’il ne se rompe
quelque veine ou arlere de la poi-
trine ou des poulinons. D’auantage,
à ceux qui ont la poitrine eslroitte et
le col long, en temps d’hyuer le vo-
missement est contraire, s’ils ne l’ont
accoustumé, et que nature ne tendist
à se descharger par telle voye. Et faut
que le patient vomisse de quinze
iours en quinze iours, plus ou moins,
selon la répétition et vexation de la
goûte.
Or il me souuienl auoir pensé en
cesle ville vn gentil-homme geneuois,
lequel auoitvneextreme douleur à la
ioinlure de l’espaule senestre, auec
impotence de tout le bras, et auoit ja
esté traité par plusieurs médecins et
chirurgiens , tant de Lyon que de
ceste ville : et me récita que pour luy
oster sa douleur, il auoit esté purgé,
saigné, et auoit fait diele, tant par le
gaiac que par l’esquine , et qu’on luy
auoit fait plusieurs applications sur
le lieu de sa douleur : neanlmoins ne
luy auoienl toutes ces choses rien ou
peu profité. Sur quoy ie luy deman-
day s’il n’auoil point eu la grosse vé-
role , à cause de sa douleur qui estoit
plus grande la nuit que le iour , par-
ce que la cause estoit vne pituite et
matière froide : il m’afferma que non :
et ayant entendu tous les remedes
qui luy auoient esté faits , et ce par
gens doctes, ne luy sçauois qu’ordon-
ner, fors que le vomissement. Et
m’ayant dit qu’il estoit difficile à vo-
225
mit-, ie luy conseillay qu'il crapulast,
et mangeast plusieurs et diuerscs
viandes au souper, auec oignons, po-
reaux, et semblables : puis qu’il beust
d’autant , et de diuers vins , à sçauoir
doux et aigres : pource que la grande
quantité et diuersilé de viandes et de
breuuage est cause du vomissement,
à raison qu’aucunes sont cuites et
pourries les vnes deuant les autres ,
et la grande quantité ne permet icel-
les estre digérées en l’estomach.dont
s’ensuit qu’on vomit plus aisément.
Aussi luy ordonnay qu’aprés cela il
se couchast assez tost , et qu’à son
premier resueil il se prouoquast à vo-
mir, mettant vne plume ou le doigt
en la gorge, à fin que plus aisément
il iettast auec sa viande le phlegme
gros, visqueux et sereux, et qu’il fist
cest excès par deux ou trois iours sui-
uans: pource qu’en ce faisant (comme
dit Hippocrates J) le second et le tiers
iour peuuent pousser ce qui reste du
premier. Et luy dis qu’il continuast
ce vomissement vne fois ou deux le
mois , et qu’il prist en sa bouche et
maschast par fois du mastic à ieun, à
fin qu’il fist par ce moyen euacuation
et diuersion de l’humeur qu’il senloil,
disoit-il, couler de la teste sur son es-
paule. Semblablement qu’il frotlast
sa nucque et son espaule d’eau de vie,
en laquelle on auroit infusé rosma-
rin, lauande, doux de girofle, vn peu
concassés : pareillement qu’il fist exer-
cice médiocre de son bras. Quelque
temps après ie le trouuay , et me dit
qu’il auoit fait ce que ie luy auois
conseillé, et n’ auoit iamais trouué
meilleur moyen pour appaiser sa dou-
leur et la perdre : et par ainsi fut
du tout guari , s’aidant autant bien
1 Hippocrates au Hure De ralione vicias.
— A. P.
III.
1 5
OO0 le vingt-vnieme livre,
(le son bras que iamais auoit fait.
Ceux qui ne veulent crapuler pour
leur prouoquer le vomir, boiront
bonne quantité d’eau , en laquelle
aura bouilli des raues, auecques de-
mie once d’oxymel : toutesfois ne faut
en faire coustume , mais suffira deux
ou trois fois le mois, et quand le ma-
lade sentira son estomach chargé, et
que Nature le stimule à ce faire.
Or maintenant il nous faut pour-
suiure nostre propos de la curation
preserualiue.
CHAPITRE XV.
DIVERS REMEDES FOVR LES GOVTEVX *•
Le malade gouteux , pour garder
que les humeurs sereux et pituiteux
ne coureut aux iointures, vsera quel-
quesfois de choses diurétiques, pour
les faire vuider par les vrines, comme
sont racines d’ozeille, persil , fenoüil ,
bruschus, asperges, gramen (autre-
ment dit dent de chien) et leurs sem-
blables : lesquels seront faits bouillir
aux potages, et seront donnés au ma-
lade. Sur quoy faut sçauoir que quand
le patient a grand flux d’vrines, et
qu’elles sont espaisses , ses douleurs
cessent.
Aussi aucuns des anciens comman-
dent ( ce que i’ay fait plusieurs fois )
faire des vlceres auec cautères poten-
tiels , et les tenir ouuertes , à fin de
donner issue à euacuer le virus qui
fait les goûtes : pour ce que par telles
ouuertures le virus s’escoule. Ainsi
que voyons aux verollés , lorsqu’ils
ont vlceres qui coulent, ils ne sentent
1 Ce chapitre était confondu avec les
deux précédents en 1575; ilenaété séparé en
1579.
sans comparaison tant de douleur
que lorsqu’ils n’en ont point: ou au-
ront esté consolidés sans auoir osté
ledit virus par son alexitere, qui est
le vif-argent , par-ce que par icelles
ouuertures découlé et s’euacue por-
tion du virus verolique : tout ainsi
aduient aux goules , lorsqu’on leur
aura fait des ouuertures : lesquelles
seront diuersifiées selon la diuersité
des lieux par où se fait la fluxion.
Exemple : si la fluxion se fait du cer-
ueau tombant sur les os clauiculaires,
l’ouuerture se fera par derrière le
col : et si elles tombent sur les ioin-
tures des espaules et aux coudes , ou
sur les mains , ou appliquera les cau-
tères au dessous des muscles epomis :
et si elle tombe à la hanche ou aux
genoüils et aux pieds , ils seront ap-
pliqués trois doigts au dessous des ge-
noüils partie intérieure, pourueu que
le patient n’ait pas à faire grand
exercice : pource qu’estant faite l’ou-
uerture en ce lieu , il se fera plus
grande euacuation , â cause de la
veine saphene qui est en telle partie.
Au contraire, si c’est vn ieune homme
auquel il soit necessaire de beaucoup
trauailler et aller à cheual , l’ou-
uerture se fera en la partie extérieure
entre les dcuxfociles, à fin que l’es-
triuiere et la selle du cheual ne luy
soit trop moleste et douloureux.
Or telles ouuertures se feront par
cautères actuels ou potentiels, selon
qu’on verra estre necessaire, et la vo-
lonté du malade. Si on veut vser de
l’actuel, il sera de figure triangle,
tranchant et aigu, à fin que plus
promptement il face son operation ,
et à moins de douleur. D’auantage ,
il se peut mettre vne piece de fer
trouée sur l’endroit où l’on veut ap-
pliquer le cautere, laquelle seruira
qu’il ne touche sinon qu’au lieu où
DES GOVTES.
l'on vent qu’il soit appliqué , comme
nous auons dit au chapitre de YÆgi-
lops 1 : et sera tenue l’vlcere ouuerte,
y mettant dedans vne petite ballotte
faite d’or ou d’argent, ou de racine
d’iris, ou d’hermodactes, ou de liege,
ou de gentiane , ou de cire, auec la-
quelle on incorporera poudre de vi-
triol , mercure, ou alun , de peur que
l’vlcere ne se consolide , iusques à la
volonté du malade, et conseil du mé-
decin et chirurgien 2.
D’auantage, il faut purger le ecr-
ueau (qui est le plus souuent la fon-
taine de ce mal ) vne fois le mois ,
auec pilules cochées, et d’assajerel en
hyuer : et en esté de pilules sine quibus,
ou impériales, desquelles la dose sera
vne drachme deuant la pleine lune :
et le lendemain on prendra vn bouil-
lon de pois chiches auec racines
1 C’est le chapitre 16 du livre des Opera-
tions. Voyez tome II, page 432.
2 On ne soupçonnerait guère qu’il fallût
chercher dans le livre des Goules la descrip-
tion d’un procédé pour établir un cautère.
J’ajouterai ici que Paré semble avoir ima-
giné quelques uns des pois artificiels qu’il
recommande ; du moins on trouve dans les
Dix liures de chirurgie de 1664, fol. 222, v.,
la figure suivante, que l’auteur a complè-
tement oubliée dans ses oeuvres complètes.
Il y avait quatre de ces boulleties, comme
il les appelle, mais qui ne différaient abso-
lument que de volume. On lisait au-dessous:
Boulleties failles d’or ou d’argent pour tenir
vn vlcere ouuert en quelque partie de nostre
corps, auec vn petit lien, pour les tirer dehors
Je n’ai pas trouvé d’endroit plu6 convena-
ble pour cette figure que celui-ci.
227
aperitiues et diurétiques. L’vsage des
diurétiques est bon , pour ce qu’ils
purgent les superfluités sereuses de
la seconde et tierce digestion. On
peut semblablement vser d’autres pi-
lules, qui ont vertu de purger l'hu-
meur pituiteux et sereux , comme
celles-cy.
if. Pilularum fœlidarum et de hermodact.
ana 3, O .
Misce, et cum succo vel syrupo rosarum so-
lutiuo formentur pilulx.
Autres.
"if. Aloës Z. iij.
Agarici trochisc. rhabarb. ana 3. j.
Massæ pilularum arthriticarum, et de
hermo. ana 9 . ij.
Diagredij 9 j.
Cum'mcllerosato, fiat massa.
Desquelles en sera donné au malade
vne dragme, plus ou moins , selon la
force et vertu.
Les remedes purgatifs seront chan -
gés selon que le docte Médecin verra
estre besoin à purger les humeurs su-
perflus qui causent les goûtes : comme
si la cholere en est cause, on vsera de
remedes cholagogues : et entre tous,
le catholicum est loué , et les pilules
communes. Et après pour roborer les
parties intérieures, on donnera demie
dragme de theriaque, trois heures de-
uant le past.
Or il faut icy entendre que pour
purger le cerueau,les pilules ont esté
plus louées des anciens que les autres
médecines liquides , à cause qu’elles
demeurent plus longuement en l’es-
tomach à faire leur operation : et
par ce moyen elles attirent mieux
du cerueau et des parties lointaines
l’humeur qui doit estre deriué et eua-
cué par le siégé. l’ay conneu aucuns
qui ont vsé des pilules , ausquelles y
•228
LE VINGT -VNIÉME LIVRE
entroit bonnequanlitéde scammonée,
à sçauoir , sept ou huit grains pour
vne prise , lesquels après iettoient
grande quantité d’eau et sérosités :
et pareillement ausdites pilules y en-
troit du gingembre , de peur qu'elles
ne fissent mal à l’estomach. Or en tel
cas, après la prise et operation, on
baillera à manger au malade vu peu
d’orge mondé , pource qu’il adoucit
et lenit les parois de l’estomacb, qui
pourroit auoir esté blessé desdites pi-
lules. Et le lendemain on pourra pa-
reillement bailler du theriaque la
grosseur d’vne féue : laquelle ne con-
forte pas seulement la débilité de l’es-
tomach , procedente des purgations,
maisaussi corrige le virus arthritique.
Il ne faut pareillement omettre qu’a-
prés le past faut vser de dragée de
fenouil, anis et coriandre, ou cotignac,
ou conseruede roses, à fin de rabbat-
tre les fumées qui montent de l’esto-
mach au cerueau. Semblablement on
vsera de parfums en temps humide,
lesquels seront ainsi faits:
"if. Thuris, vernicis et mast. ana 3. j.
Granorum iunip. bacc. lauri ana § . G.
Ligni aloës 3. ij.
Assæ odoralæ 5. j. fi .
Conquassenlur grosso modo.
Et en soient parfumées eslouppes
de chanure , ou cotton cardé, et soient
posées chaudement sur la leste. D’a-
uantage, on pourra frotter la teste
du patient de ceste poudre par l’es-
pace de quinze iours, plus ou moins,
à fin de tousiours desseicher les humi
dités superflues :
2 f. Rosarum rubr. folior. senæ, stœchados
utriusque ana m. fi .
Milij g . iiij.
Furfuris loti in vino albo g . iij.
Flor. camom. melil. ana p. j.
Sem. anisl J. j.
Salis comm. § . ij.
Soit faite poudrequ'on mettra en pe-
tits sachets de toile ket les fera-on es-
chauffer dedans vne poésie, etd’iceux
on frottera la teste au malin. On peut
aussi vser des pilules qui ensuiuent :
Pulu. hieræ simplicis 3. j.
Agarici recentertrochiscatiet rhabarbari.
electi ana 3. ij .
Mirabalanorum, ehebularum 3. fi.
Tamarindorum 3.j.
Cum infusione senæ fiat massa, et ex ea for-
menlur pilulæ vj. pro drachma.
Capiat duasante cœnam octauo quoquedie.
On peutd’auantage prendre au ma-
tin, au temps de la fluxion, vne pilule
de la composition suiuante, la tenant
vn quart d’heure en la bouche, la
maschant , et crachant continuelle-
ment ce qui aura esté attiré et deriué
en la bouche:
lf. Cubebarum , nucis moscatæ , glycyr-
rhizæ, anisi ana 3
Pyrelhri 3. j.
Masticbes , radicis staphisagriæ , eryn-
gij ana 3.ij.
Toutes ces choses soient puluerisées
et meslées ensemble , et en soit fait
des petits noüetsenlre deux linges ou
taffetas, et soient formées petites pi-
lules de la grosseur d’vne auelaine.
Et pour obtondre la virulence de
l’humeur qui cause les goules, on
doit prendre quelque peu de theriaque
par intcrualle , auec de la conserue
de roses, ou de fleurs de rosmarin,
parce qu’il consomme vne partie des
humeurs superflus, et rectifie et ob-
tond l’intemperature du virus arthri-
tique , comme nous auons dit cy des-
sus.
DES GOVTES.
CHAPITRE XVI.
DE LA MANIERE DE VIVRE DES GOVTEVX.
Il ne faut manger viandes sur
viandes, c’est à dire que la digestion
ne soit faite en l’estomach , de peur
que le foye n’attire les crudités par
les veines mezaraïques, dont le nour-
rissent nt du corps demeure cru et
insalubre. Et faut icy noter que la
seconde digestion ne corrige point la
première, ny la tierce la seconde ».
Les viandes doiuent estre de bon suc
et de facile digestion, et doiuent estre
rosties pour les pituiteux : mais pour
les sanguins, cholériques , et melan-
choliques, plustost bouillies que ros-
ties. II faut euiter la variété des vian-
des en vn repas : aussi tous legumes ,
le Iaict et le fromage , et toutes cho-
ses acides, comme verjus, vinaigre,
orenges , citrons et leurs semblables ,
si ce n’est en petite quantité. Le ma-
lade ne doit manger s’il n’a appétit :
aussi il ne mangera iusques à satiété,
mais se leuera de table auec appétit.
Il euitera de manger grands oiseaux,
comme cygnes, grues, paons, et leurs
semblables : car ils sont de difficile
digestion, et engendrent mauuais suc.
Les anciens défendent l’vsage ordi-
naire de chapons, et autres poulailles,
parce qu’elles sontsouuent vexées de
podagre: de quoy l’experience fait
foy. Les poissons ne leur sont bons,
parce qu’ils engendrent beaucoup de
superfluités, et aussi se corrompent
facilement , et engendrent phlegmes,
et amollissent et relaxent 1 estomach.
Les moins nuisibles sont ceux que
déclarerons au chapitre du régime de
' Axiome en médecine. — A. P.
2 29
la peste. Or entre les bestes à quatre
pieds, le veau est recommandé, parce
qu’il engendre bon suc et vn sang
bien tempéré, ioint qu'il est de facile
digestion. Le mouton pareillement
est bon.
Or il faut icy noter que lesgouteux
doiuent tenir grand régime, tant au
manger qu’au boire : toutesfoisilfaut
auoir esgard au tempérament d’vn
chacun, diuersifiant les alimens, tant
en quantité qu’en qualité. Car les
cholériques et sanguins (pource qu’ils
ont la chaleur forte, et qu’ils con-
somment beaucoup) ont besoin de
manger d’auantage , parce que le
ieusner rend la cholere plus acre, et
par conséquent augmente les dou-
leurs. D’autre part, il ne faut pas
qu’ils vsent de viandes trop humides :
car leur humidité aggrandit la
fluxion, et pourrit les humeurs, et
les fait couler aux jointures. On doit
espaissir la cholere, tant par medica-
mens pris par dedans que par dehors,
de peur que par sa tenuité elle ne
coule plus facilement aux Jointures.
Les phlegmaliques, qui ont la chaleur
debile, portent presque leur aliment
auec eux, et endurent mieux leieusne:
aussi le régime humide leur nuit
beaucoup , d’autant qu’il augmente
les defluxions. Neantmoins aux uns
et aux autres on aura esgard qu’on
ne leur baille rien qui soit de difficile
concoction et de facille corruption.
Car à raison de la douleur, ils ont le
plus souuent vnefiéure lente, laquelle
diminue leur chaleur naturelle, et est
cause de conuertir leurs alimens à
pourriture. D'abondant , il se faut
bien garder de leur donner trop d’ali-
mens, où la chaleur naturelle estant
occupée à la digestion d’iceux , fait
moindre concoction des humeurs qui
causent les goûtes, et ne les peut sur-
23o
LE VINGT-VNIÈME LIVRE,
monter. Par quoy les cholériques et
sanguins vseronl de viandes de bon
suc et de facile digestion , lesquelles
seront froides d’elies mesmes , c’est à
dire de leur faculté, ou seront altérées
par herbes froideset humides, comme
laictue, pourpier, ozeiile , et leurs
semblables : aussi les semences froi-
des concassées seront mises en leurs
potages. Ils pourront vser d’orge
inondé, dans lequel on mettra pareil-
lement semences froides.
Ceux qui ont perdu vne partie de
leur corps, comme vn bras ou vne
iambe, ou si elle est atrophiée, ne
' doiuent tant manger ny boire qu’ils
faisoient lors que leur corps estoit
entier : car la nourriture qui auoit
coustume d’aller à telle partie, coule
soutient sur les iointures, et cause la
goûte. Et pour abbreger, ceux qui
sont de bonne habitude, et qui viuent
sobrement, tenans bon régime, sont
peu vexés de goûte: mais ceux qui
sont fort replets et bien nourris sans
exercice, et excessifs en bonnes et
diuerses viandes, ou qui se nourris-
sent de mauuaises , sont volontiers
gou teux.
CHAPITRE XVII.
DV BOIRE DES GOVTEVX.
Ceux qui sont suiets aux goûtes
se doiuent bien garder de boire trop,
non seulement de vin , mais aussi de
tout breuuage : car cela fait nager la
viande en l’estomach, et empesclie et
esleint la chaleur naturelle , à cause
dequoy la concoction est plus diffi-
cile : et de là s’ensuiuent grandes
crudités, dont sont engendrés beau-
coup d’humeurs sereux et subtils, les-
quels facilement coulent aux ioin-
tures. Aucuns médecins ordonnent
boire du vin blanc, pource qu’il ex-
cite les vrines, ce qui n’est à reietter,
moyennant que le corps soit pur et
net : mais s’il y a plusieurs excre-
mens et crudités (et que ce soit à vn
corps de température chaude) par tel
vin seront portées aux iointures , et
exciteront les goûtes. Earquoy en tel
cas il le faut du tout euiter, s'il n’es-
toit clairet, petit, debile et astringent,
à fin qu’il bouche les orifices des
veines et arteres, de peur que les hu-
meurs cholériques et sereux ne dif-
fluent facilement aux iointures. El si
le patient veut du tout s’en abstenir ,
ce sera le meilleur: et en lieu d’ice-
luy,il vsera d’hydromel fait ainsi :
If. Aquæ Ib. iiij,
Mellis optimi q. s.
Rulliant ad consumpiionem libræ vnius ,
bene despumando , adde saluiæ p. 6.
Et où le patient seroit de tempéra-
ture phlegmatique , on y adioustera
de la canelle, et vn peu de muguetle,
et clou de girofle. Et pour les cholé-
riques, on fera hippocras d’eau en
ceste maniéré :
Aquæ fonds ft. iiij.
Sacchari B>. G.
Colentur per manicam hippocratis sine
ebullitione , addendo in fine cinna-
momi 3. ij.
Et luy seruira aussi grandement à
roborer l’estomach. On peut aussi leur
faire vser de ptizane , en laquelle en
la fin de la cuisson, on mettra vn peu
de roses seiches, ou de syrop de gre-
nades, de peur qu’elle ne soit rendue
bilieuse au ventricule: et subit qu’elle
sera tirée hors du feu, la faut laisser
reposer, et puis la couler par vne
DES GOVTES.
manche de drap , ou seruiette blan-
che. Les phlegmatiques doiuent pa
reillement vser de viandes de bon
suc et de bonne digestion-: mais faut
qu’elles soient chaudes de leur na-
ture , ou altérées de choses chaudes,
pourueu qu’ils n’ayent fiéure ou
gi ande chaleur, à raison de la grande
douleur : car alors il se faut garder
d’alimens chauds. Et pour ces causes,
la maniéré de viure sera diuersifiée
selon l’aduis du docle médecin , et
laissera-on la propre curation pour
subuenir à l’accident. Et aussi il fau-
dra par coniecture artificielle chan-
ger tous les remedes , tant ceux qui
sont pris par dedans qu’appliqués
par dehors , selon que la disposition ,
le tempérament et les accidens le re-
querront : et à la fin de table , vse-
ront de chair de coings, parce qu’elle
a puissance de defendre que les va-
peurs ne montent de l’estomach au
cerueau. Et combien que de sa na-
ture elle eslreigne , toutesfois estant
prise après le past, elle lasche le ven-
tre , pource qu’en resserrant l’esto-
macli par haut, elle aide à faire bonne
digestion, et fait aller à la selle.
L’exercice est fort profitable contre
les goules , et l’oislueté est mere d’i-
celles. Car comme le fer qui est laissé
sans eslre manié, bien lost se roüille :
aussi nostre corps estant sans s’exer-
cer, so remplit d’humeurs superflus ,
qui est souuent cause des goûtes. Ce
qu'on voit par expérience , qu’entre
mille laboureurs, et autres hommes
de grand trauail de corps , il s’en
trouue peu de gouteux. Et partant il
faut faire exercice au matin , après
qu’on aura rendu ses excremens. Et
ceux qui sont suietsà auoir la goule
aux pieds, exerceront les bras. Car par
ce moyen ne se fait seulement reso-
lution et consomption des excremens
23 1
qui sont aux parties du corps , mais
aussi se fait reuulsion d’iceux. Il faut
aussi euiter les passions de l’ame,
comme cbolere , tristesse, et autres,
L’acte venerien doit estre du tout dé-
laissé, pour les causes qn’auons ex-
posées par cy deuant : mais ceux qui
à cause du mariage ne s’en pouucnl
exempter, en vseronl après que la di-
gestion sera faite en l’estomacb, et s’y
gouuerneront si bien, qu’il ne leur
fera qu’vn peu de mal.
CHAPITRE 5vVlII.
POVR ROBORER LES I01NTVRES.
Il reste pour la cure prescruatiue
parler delà roboration des iointures,
à fin qu’elles puissent résister aux
humeurs qui tombent sur icelles. Et
pour ce faire, il est bon de les frotter
soir et malin d’huile d’oliues non
meures, appellée oleum omphacirnun,
ou d’huile rosat, ausquelles on in-
corporera sel commun bFoyé subtile-
ment : on le pourra aussi mesler auec
huile commune, et y adiouster de la
limature de corne de cerf, parce
qu’elle desseiche et astreint. Aussi
est bon de lauer les iointures de
lexiue faite en cesle maniera :
if. Corticum granatorum, nucum cupressi,
gallavum , sumach , corlicis quereini ,
ana 3 . ij.
Salis communis, aluminis rochæ ana § .j.
Saluiæ, rorismarini, lauandulæ , lauri ,
iuæ arthriticæ ana m. j.
Rosarum rubrarum m. £>.
Toutes ces choses soyent boiiillies
ensemble , en six liures de gros vin
astringent, etlexiue faite d’eau, ferrée,
232 Le VJNGT-VN1EME LIVRE
auec cendre de chesne: et de ceste
décoction, on fera fomentation auec
feutres ou esponges. Et icelle faite,
faut bien essuyer les parties auec
linges chauds, et se garder du froid.
Le suc de senelles vertes délayé
en oxycrat, est vn remede singulier.
Aussi pour roborer vne partie débi-
litée de cause froide, on prendra de
l’eau de vie , et vin vermeil fort as-
tringent, ausquels on fera infuser et
tremper, ou faire bouillir in balneo
Marias ,
"if.. Sauge, rosmarin, thym , lauanrle, lau-
rier, absinthe, ana. m. j.
Cloux de girofle, gingembre, poiure,
tout concassé ana. 5 j.
Et seront les iointures fomentées de
ceste mixture chaude, soir et matin, à
fin d’eschauff r et rectifier l’intem-
perature délaissée par le froid. O11
trouue aussi par expérience, que fou-
ler la vendange conforte fort les ioin-
tures : et qui ne le peut faire, on fo-
mentera les pieds de vin recent pris
en la cuue. On peut semblablement
faire des petits sachets, dans lesquels
on mettra ce qui s’ensuit :
?f. Salis communis, aluminis rochæ, corti-
cum granatorum , sumach, berb. nu-
cum cup. ana 5 . iiij.
Foliorum saluiæ, rorism. rosar. rubrar.
ana m. fl .
Eulliant omnia simul cum lixiuio , fiat de-
coctio, pro folu.
Et d’icelle on fomentera les ioin-
tures auec esponges ou feutre , assez
longuement. Voila ce qu’il me semble
pour la roboration des iointures, à fin
qu’elles soient fortifiées contre les
fluxions.
CHAPITRE XIX.
DE LA CVRE PALLIATIVE DES GOVTES.
Pour bien procéder à la curation
de ceste maladie, il faut considérer la
diuersité des causes d’icelle , et les
temperamens du corps, et autres cho-
ses, lesquelles 11e sont tousiours sem-
blables, et partant ne peuuent estre
curées par vn seul remede, comme
estiment les vulgaires et empiriques
qui veulent d’vu seul remede guarir
toutes especes de goules : ne consi-
derans pas que celles qui sont faites
de matière froide accompagnant le
virus, demandent autre maniéré de
curer que celles qui viennent de
matière chaude : aussi celles qui sont
faites d’vn humeur simple, que celles
qui sont faites de composé. Car celles
qui sont faites de cholere pure , cau-
sent douleurs grandes et extrêmes :
mais lors qu’elle est mixlionnée auec
phlegme, elle n'est tant douloureuse.
Plus il faut autre remede au com-
mencement qu’à l’accroissement , et
ainsi des autres temps. Semblable-
ment selon les parties où sont les
goûtes : car en la schiatique n’est be-
soin d’vser de medicamens repercus-
sifs , s’il n’y auoit grande inflamma-
tion : ce qu’on peut bien faire aux
autres parties. Finalement si la goûte
vient du cerueau , il faut vser d’au-
tres remedes que lors qu’elle vient
du foye et de la masse du sang.
Cescboses ainsi premisesnous com-
mencerons la cure, non proprement
curatiue, mais pluslost pallialiue
( principalementde celle qui vient par
héritage) laquelle consiste en quatre
choses: la première, à ordonner le
DES GOVTES.
233
régime sur les six choses non naturel-
les , selon la diuersité des causes : la
seconde, à euacuer et diuertir la ma-
tière antécédente, tant par médecines
laxatiues, que par saignées , s’il est
besoin : la tierce , p<y deuëment ap-
pliquer les remedes locaux et parti-
culiers, les diuersifiantselon l’humeur
qui cause les goûtes , à sçauoir, par
remedes chauds aux humeurs froids ,
et par froids remedes aux humeurs
chauds, en les changeant aussi selon
les quatre temps : à sçauoir, commen-
cement , accroissement, estât, et dé-
clinaison , comme a esté dit. Et s’il
y a vne intemperature simple sans
matière, on appliquera remedes alte-
ratifs, sans qu’ils soient vacualifs. La
quarte est corriger les accidens,et
principalement la douleur , qui en
telle affection tourmente extrême-
ment les pauures goûteux, voire leur
cause quelquesfois vne mort subite,
si le virus est grand, comme nous
auons dit cy dessus.
Orilfauticy noter, que souuentle
chirurgien est deceu à connoistre la
cause de la douleur : car en appli-
quant remedes froids et narcotiques
aux goûtes froides, si la douleur
s’appaise , on estime que tel humeur
soit chaud : ce qui aduient toutesfois
à cause que tels remedes slupef/ent,
endorment et ostent le sentiment de
la partie, encore que la cause de la
goûte soit froide. Au contraire quel-
quesfois nous estimons que la matière
soit chaude, combien qu’elle soit froi-
de, pource que quand nous appli-
quons medicamens chauds, ils appai-
sent la douleur, en raréfiant, atté-
nuant , resoluan t, et dissipant portion
delà matière par insensible transpira-
tion : et parlant à cause de l’aide qui
s’ensuit de ces remedes chauds, on
pourroit penser que la matière seroit
froide , à cause de ce qu’on dit com-
munément, Contraria contrarias cu-
rantur : et au contraire, Similia
similibus conseruantur . Donc pour le
dire en vn mot, l’indice pris des cho-
ses qui aident ou nuisent, est souuent
fallacieux : d’abondant il découlé
quelquesfois vne grande quantité de
matière froide, laquelle cause grande
douleur : mais c’est à cause du virus,
et de quelque humeur cholérique,
qui subtilie et conduit l’humeur
froid et visqueux aux iointures : le-
quel humeur virulent et cholérique
induit la douleur, et non la pituite :
et à cause de la douleur, la partie est
chaude et enflammée, et bien sou-
uent cause fiéurc , et grande altera-
tion : et alors nous croyons que la
cause principale soit chaude , et tou-
tesfois elle est froide : partant nous
sommes souuentesfois deceus : et ce
qui en est cause, est que la fluxion des-
cend par les nerfs et tendons, ce qui
ne nous appert par dehors. D’auan-
tage quand les humeurs sont meslés
ensemble , quelquesfois la couleur
de la partie nous déçoit : car combien
qu’elle nous apparoisse cilrine, ou
blaffarde (ce que véritablement ad-
uient de l’humeur cholérique , lequel
aisément , à cause qu’il est de subtile
et ténue substance, est ietté du pro-
fond du corps à la superficie du cuir )
toutesfois il se peut faire que le
phlcgme sereux découlé aux iointu-
res, et soit la principale cause de la
goûte, à raison qu’il induit vne
grande et extreme douleur, princi-
palement la nuict , et communément
lors qu'il est accompagné d’vne por-
tion de l’humeur cholérique : dont le
sang et les esprits s’esmouueront, et
se monslreront à la superficie du cuir
delà partie affectée, qui la feront
apparoistre rouge et chaude. D’auan-
234 LE VINGT-VNIliME LIVRE
tage, au moyen de la douleur, il sur-
vendra au malade, par le defaut du
repos et pour la grande inquiétude,
vue fiéure , laquelle liquéfié et subli-
lie l’bumeur, et l’eschauff'e , et le fait
fluer d’auantage aux jointures: ioint
aussi que l’vrine sera teinte, et le
pouls fort esmeu , et toulcsfois la
cause du mal sera froide: et parlant
en tout cas ce seroit grande erreur de
vouloir procéder à la cure, comme
si la cause de la goûte esloit chaude.
Vray est qu’il faut souuenl laisser la
propre cure pour suruenir aux acci-
dens. Au contraire, il se peut faire
que la cholere soit cause du mal ,
sans toutesfois que la couleur de la
partie affectée demonstre apertemenl
icelle : mais pluslost la couleur sera
blanche , ou plombine , et la partie
froide , à cause du froid de l’air am-
biens, ou de quelque application de
remede froid, qui aura fait qu’elle
représente plustost la qualité du
phlegme que de la cholere. Dont
nous concluons, qu’il ne se faut ar-
resler tousiours à la couleur et froi-
dure de la partie , pource que les hu-
meurs qui sont profonds au dedans
d’icelle, ne changent pas tousiours
en couleur le dehors , si ce n’estoit
qu'ils perseuerassent longtemps.
Outre plus, il aduient souuenles-
fois que le corps est tant rempli
d’humeurs gros, espais, visqueux,
que Nature en iette vne partie aux
iointures , et en laisse vne portion au
profond du corps, à cause de l’imbé-
cillité de la vertu expultrice : laquelle
portion estant arrestée en quelque
partie intérieure, fait obstruction et
pourriture, dont est engendrée vne
fiéure intermittente, c’est à dire qui
a relasche quelque espace de temps
entre les accès, sçauoir est, si elle se
fait aux petites veines : mais elle sera
continue si cela aduient aux gran-
des veines. Et tellechose aduenanl, le
médecin et chirurgien ne doiuent pas
considérer la maladie articulaire, mais
seulement beaucoup plus la fiéure : la-
quelle si elle est continue , apporte
tousiours danger au malade , et des-
honneur au Médecin : si elle est inter-
mittente, elle passe facilementen con-
tinue, si on n’y donne medicamens pro-
pres. Car il faut alors doucement pur-
ger le ventre, et ouurir la veine, si le
Médecin connoist qu’il en soit besoin:
puis après auoir préparé et cuit les
humeurs, on donnera au patient vne
bonne et forte purgation, si on voit
qu’il en soit besoin. le dis bonne , de
peur que la maladie articulaire ne
s’augmente : ce qui aduient souuent
quand on ne fait qu’esmouuoir les
humeurs sans les purger : car est ans
esmeus , ils se ietlent tousiours sur la
partie affligée. Partant tout cecy gist
en la contemplation du Médecin et
Chirurgien , lesquels par coniecture
artificielle connoistront la matière
des goûtes : à sçauoir , par la couleur,
par le toucher , par l’aide ou nuisan-
ce des remedes , par le régime que le
patient aura auparauant tenu , par
son tempérament , aage , région, par
la considération du temps de l’année,
la maniéré de la douleur , et auquel
temps du iour elle s’esmeut et est
plus grande , et quel est son période
et paroxysme: aussi par leiugemcnt
des vrines et autres superfluités qui
sortent du corps du malade , ce que
nous auons par cy deuant déclaré
plus particulièrement.
Or aucuns disent qu’il ne faut pur-
ger ny saigner les gouteux pendant
leurs grandes douleurs , toutesfois
il est aisé de prouuer le contraire.
Car veu que la loy de Médecine gist
eu addition et detraction : et que la
DES GOVTES.
235
goûte viertt d'addition et d’augmen-
tation d’humeurs superflus qui ac-
compagnent le virus arthritique ,
ioint que les douleurs ne se peuuent
appaiser sinon quand la cause en est
hors, il s’ensuit nécessairement que
la saignée et purgation sont grande-
ment vtiles. Metrius, en son Traité de
la goule , dit qu’il faut tousiours vser
de purgations pour vuider et euacuer
l’humeur superflu , et non seulement
en la déclination , mais aussi en la
force et vigueur de la maladie : ce
que nous auons trouué par expérien-
ce estre grandement profitable, et pris
d’IIippocrates, disant : Quand il y a
douleur , il faut donner medecine par
bas *. Aussi cela se peut prouuer par
authorité d’Hippocrates , au liure De
Affectionibus , parlant de Arthritide1 2.
Et semblablement par Galien , au
Comment, sur le 23- Aphorisme delà
section première , qui commande
qu’on saigne aux grandes inflamma-
tions et fiéures aidantes et grandissi-
mes douleurs, disant qu’il n’ÿa point
de meilleur remedc. Et s’ils ne peu-
uent estre aidés par la saignée et
purgation deuëment faite, cela ad-
uient (comme dit Galien au liure De
curatione per sanguinis missionem)
que les intemperans , gourmands et
yurongnes ne sont guaris par purga-
tions ny par saignées, pour-ce que
l’intemperance assemble abondance
d’humeurs crus, lesquels ne cedent
aux remedes. Partant les gouteux
goulus et intemperans ne peuuent
estre aidés par aucuns remedes, com-
bien qu’ils soient administrés par
vraye et bonne méthode.
1 Cette citation de Metrius est de 1579.
2 L’édition de 1575 citait Hippocrate, au
lin, de Morbis, 9, chapitre de Ardiritide.
CHAPITRE XX.
DES REMEDES TOPIQVES OV PARTICV-
I.IERS PO VU MATIEIIE FROIDE.
Maintenant il nous faut descrire
les remedes locaux, ou particuliers,
pour contrarier à chacun humeur.
Et premièrement noteras , que les re-
medes topiques apportent peu de
profit, si le corps du gouteux n’est
pur et net des excrcmens : ioint qu’il
yadangertde renuoyer la fluxion et
le virus aux parties nobles par les
forts repercussifs , dont s’ensuit mort
subite , comme on, l’a veu aduenir
plusieurs fois. Parquoy il faut que les
choses vniuerselles precedent les par-
ticulières. Or nous traiterons pre-
mièrement de la douleur causée de
pituite, ou phlegme, par ce qu’elle
aduient plus soutient que de matière
chaude. Au commencement faut vser
de remedes repercussifs domestiques,
ayans faculté d’astreindre et seicher,
non toutesfoisen la sciatique.
Cataplasme repercussif.
if. Foliorum sabinæ m.fi.
Nucis cupressi § . iij.
Aluminis rochæ g . j.
Gummi tragacanlhi 5 . iiij
Mucilaginis psyilij, et cydoniorum quan .
tum suflicit.
Fiat cataplasma.
Autre.
if. Stercoris bubuli recentis ft>. j.
Mellis rosati g • iiij.
Olei rosati et aceti ana § . ij.
Bulliaut simul parum, liât cataplasma.
Autre,
if. Olci rosati et myrtbini ana g . ij.
Pulueris myrrhæ, aloës ana § , j.
Acaciæ g . ij. fi.
236 LE VINGT-VNIÉME LIVRE
Incorporenturcum aqua gallarumcoctarum,
et fiat vnguentum.
Autre remede.
2f. Aceti quantum sufilcit, in quo coques
saluiam, flores camomillæ, meliloti, ab-
synthij et cbuli ana m. j.
Faut tremper la partie en icelle dé-
coction chaude, et l’y laisser assez
longuement : ce que i’ay expérimenté
plusieurs lois auec bonne issue. Ce re-
mede repousse l'humeur et le con-
somme . et si fortifie la partie : et le
faut faire plusieurs fois, encor qu’il
y eust chaleur.
Le marc des oliues recent appliqué
dessus, sede la douleur : aussi font
les orenges seiches et bouillies en
vinaigre, et puis broyées.
Autre.
2f. Mcdij corticis vlmi ib. 6.
Caudæ equinæ, stæch. consolida; inaio-
ris ana m. G .
Aluminis rochæ, thu. ana 5 . iij.
Far. hord. § . v.
Lixiuij comm. quantum suflicit.
Fiat cataplas. ad formam pullis satis liquida'
secundum artem.
Lors que la partie est enflée, la dou-
leur cesse le plus soutient , à cause
que la vertu expulsiue a ietté l’hu-
meur du centre à la circonférence,
c’est à dire du dedans au dehors : ce
qui nous appert en ceux qui ont vne
extreme douleur aux dents : lors
que le visage s’enfle, on voit subit la
douleur cesser. Après auoir ainsi vsé
de repercussifs, il faut venir aux réso-
lutifs et euacuatifs: car toute fluxion
arrestée sur vne partie demande
vacuation. Et ne se faut esmerueiller
si on 11e resoult tost la matière conte-
nue aux liganaens , membranes, et
parties nerueuses , par-ce qu’elles
sont solides, et non aisées à resolution
comme sont les parties charneuses.
Exemple des résolutifs.
2 i. Radicis bryoniœ, sigilli beatæ Mariæ
ana 5 . iiij.
Dut. in lixiuio, postca terantur et colen-
tur per cetaceum, addendo :
Far. bord, et fabarum ana § . j.
Olei camomill. § . iij.
Fiatcataplasma.
Autre.
2f. Farinæ hord. et lupinorum ana 3 . iii.
Sulphur. viui et salis comm. ana § j.
Mellis communis § . v.
Pulu. aloës et myrrbæ ana §. G.
Aquæ vilæ § . j.
Et cum lixiuio fiat cataplasma.
Aube.
21. Succi caulium rubrorum , aceti boni
ana § . iiij.
Far. hord. 5 . j. G ,
Pulueris hermodactylorum § G.
Vitellos ouorum numéro iij.
Olei camomill. 3 . iij.
Croci 3 . ij.
Autre.
2f. Radices et caules brassicæ , vre, et misce
cinerem cum axungia suilla et puluere
ireos, et fiat mcdicamenlum.
Autre.
2f. Lactis vaccini tt>. ij.
Micæ panis albi quantum suflicit.
Bulliant simul addendo:
Pulueris sublilis florum camomillæ me-
liloti ana m. G.
Croci 3 . j.
Vitellos ouorum numéro iiij.
Olei rosarum 5 . iij.
Bu ly ri recenti s 5 •
Terebenthinæ § . ij.
Fiat cataplas ad formam pullis satis liquida;.
Or il faut noter que ce cataplasme est
propre à toutes douleurs de goules,
soit au commencement, à l’accroisse-
DES GOVTES.
ment, estât, ou en la fin et en toutes
températures : etdoitestre renouuellé
deux ou trois fois le iour. Le tlieria-
que dissoult en vin et appliqué sede
grandement la douleur. On peutaussi
vser d’emplastres, onguens, cerots et
linimens.
Exemple d'emplasire.
’if. Gummi aramoniaci , bdellij , styracis
ana § ij.
Cum aceto et aqua vitæ dissolue, et adde :
Far. fcenug. g . G .
Olei camomill. et anethi ana g . ij.
Ceræ quantum suffi.
Fiat emplaslrum molle.
Autre.
If. Radicis bryoniæ et sigilli beatæ Mariæ
ana § • v.
Rulliant in Iixiuio complété, et colentur per
cetaceum, addendo;
Olei camomillæ § . iij.
Seui hircini g , iiij.
Ceræ nouæ quantum sufficit.
Fiat emplaslrum molle.
Autre.
if. Gummi ammoniaci , opopanacis, gal-
bani ana § . ij.
Dissoluanlur in aceto , postea colentur : et
adde:
Olei liliorum, terebenth. Venct. ana g . j.
Picis naualis et ceræ nouæ quant. sutT.
Fiat emplastrum molle.
Autre pour résoudre et appaiser les douleurs ,
et roborer les iointures.
3f. Succorum radicum enulæ campanæ et
ebuli ana § . iij.
Radicis altheæ 1b. G.
Coquantur, et colentur per setaccum , ad-
dendo :
Flor. camomil. melilot. sambuci, roris-
marini, et hyperici an. p. ij.
Nuces cupressi numéro iiij.
Olei chamæmeli, aneti, hyperici, lilio-
rum, et de spica ana g . ij.
237
Pinguedinis anatis, gallinæ , et anseris
ana § . G . .
Ranas virides viuas numéro vj.
Catellos duos nupcr natos.
Bulliant omnia simul in 1b ij. G.viniodo-
riferi etvnàaquæ vitæ ad consumptio-
nem succorum et vini , ac ossium
catellorum dissolutionem, et fortiler ex-
primantur : expressioni adde :
Terebentbinæ § iij.
Ceræ quantum sufficit.
Fiat emplaslrum molle.
On peut vser pour mesme effet à
résoudre des emplaslres de Vigo,
oxycroceum ,'de mucilaginibus, demtli-
loto, et autres semblables: les meslant
ensemble, et les liquéfiant auec huiles
et axonges resolutiues, diminuant ou
augmentant leurs forces, comme on
verra eslre necessaire, et que le mal le
requerra.
Exemple d’onguent.
Tf. Anserem pinguem , et impie catellis ij.
de quibus deme culem , viscera , caput
et pedes.
Item accipe ranas numéro x.
Colubros detracta cute in Crustula dis—
sectos numéro iiij.
Mithridatij et theriacæ ana g G.
Foliorum saluiæ, rorismarini , tbymi ,
ruthæ, ana m. G .
Baccarum lauri et iuniperi concassata-
lum ana g . j.
Pulueris nucis moscatæ, zinziberis, ca-
ryophyllorum, piperis ana ' . j.
Et dudegoutsoit faitonguentou li-
niment auec cire ou terebenthine de
Venise, y adioustant vnpeu d’eau de
vie. Tel onguent appaise à merueilles
la douleur faite de cause froide.
Autre.
f. Gummi pini et ladani, ana g iiij.
Gummi elemi etpicis naualisana § . j. G .
Terebent. Venetæ claræ § . vj.
q38 LE V1NGT-VN1ÉME LIVRE
Olei chamærneli et de lilio ana § . iiij.
Vini rubri lb j.
Sem. aquæ vilæ et saluiæ ana § . y).
Omnia simul dissoluantur lento igné , ba-
culo semper agitando. Deinde adde :
Pulueris ireos Florentiæ, baccarum lauri
et hermodactylorum ana § . ij.
Semin. mastiobes , myrrhæ et olibani
ana 5 . ij,
Farinæ fabarum 3 . iiij.
Omnia simul incorporentur, et Gat vnguen-
tum molle.
Autre.
Muccaginis seminis fœnugræci in aceto
extrada; quantum volueris.
Cui misce :
Mellis quantum sufficit ; coquantur si-
mul, donec spissitudinem vnguenli ac-
quirant.
Ces choses soient appliquées à la
partie malade, et remuées si souuent
qu’on verra estre besoin. Et pour
mesme effet, à sçauoir, à appaiser la
douleur et résoudre, on fera des fo-
mentations.
Exemple.
’if. Fol. rulæ, saluiæ, rorismnri ana m. j.
Flor. camomil. melilot. ana. m. fi.
Vini albi et iixiuij sarment, ana lib. iiij.
Bul. omnia simul , liât decoctio pro folu.
Autre.
11. Origani, saturciæ, calamintbæ, saluiæ,
rorismarin. florum. camomill. meliloli,
lauand. tayperici, rosar. rub. absinth.
ana m. j.
BqUiantcum aceto et vino : fiat decoct. pro
fotu.
Ceste décoction est propre non seule-
ment à la goûte froide, mais aussi à
celle qui est chaude, pour ce qu elle
résout, astreint et robore la partie, et
garde la defluxion.
11 faut bien prendre garde que les
medicamens des goules soient sou-
uent changés : car l’vn profite à vne
heure, et nuit à l’autre. Que si la
douleur et l’humeur estoient si opi-
niastres, que par les remedes susdits
ils ne voulussent débusquer, alors
faudra venir aux plus forts, suiuant
la doctrine d’Hippocrates1, qui dit,
qu’aux extrêmes et rebelles maladies
il faut vser de forts et violens reme-
des : comme ceux qui s’ensuiuent.
Axung. gallinæ, olei laurini, et euphor-
bij ana 3. j.
Olei mastiches, § j.
Pulu. eupborb. et pyrclhri ana 5. j.
Ou plus ou moins, selon l’in tempéra-
ture qu’on connoislra estre en la par-
tie. Ces choses soient meslées ensem-
ble, et soit fait médicament, duquel
on frottera la partie tous les iours. Ce
remede est bon , car l’euphorbe et
pyrethre eschauffent et subtilient,
dissoluent et font résolution : l’huile
et axonge amollissent , et l’huile de
mastic par son astriction empeschela
fluxion nouuelle.
Autre.
Prenez huile de regnard , en laquelle on
aura fait bouillir des vers de terre , et de
la racine d’enule et bryonia : et auec vn
peu de térébenthine et cire soit fait on-
guent.
Lequel amollit , atténué , et résout
l’humeur froide qui est aux ioin-
tures.
Autre remede à ceste intention.
■if. Sem. sinapi puluerisalict acerrimo aceto
dissol uti § • iij-
Mellis anacardini § . ij.
Aquæ vilæ § . j.
Salis corn. 3. ij.
1 Hippocrates, Apho. liu. 1. — A. P.
DES GOVTES.
Le lout soit meslé, et en soit appliqué
sur la douleur.
Autre.
?f. Picis nigræ 5 . iij.
Terebenthinæ Venetæ § , iij.
Sulphu. viui subtiliter puluerisati 5 • J*
Euphorbij et pyrethri ana 5 . C> .
Empla. oxycrocei § . iij.
Olei quant, suf.
Liquéfiant simul, et fiat cmplaslrum , ex-
tendatur super alutam.
Et soit laissée l’espace de deux ou
trois iours, si le malade sent allége-
ment de sa douleur : sinon soit oslé
comme dessus est dit.
23g
chaud et ardent , comme nous dirons
cy après.
Chrislofle l’André, en son Oecoïa-
trie, recommande la fiente de bœuf
ou de vache, enueloppée de fueilles
de choux ou de vigne, posée sus les
cendres, et puis chaude appliquée sus
la douleur *.
CHAPITRE XXI.
REMEDES LOCAVX POVR LA GOVTE DE
MATIERE CHAVDE , PRINCIPALEMENT
FAITE DE SANG.
Pourcestemesme intention, on peut
appliquer sur la douleur des orties
griesches, puis lauer le lieu d’eau
sallée : pareillement la fiente de pi-
geons boullue assez longuement en
vinaigre, duquel en soit fomentée la
partie. Aussi le vésicatoire fait de le-
uain bien aigre, cantharides, staphi-
sagre, et vn peu d’eau de vie, est sou-
uerain remedepour vacuer la matière
conjointe. Car par tels vésicatoires
soi t vne certaine serositéet virulence,
laquelle estant hors , s’ensuit allé-
geance des douleurs. Or il ne se faut
esmerueiller si ces remcdes acres ,
corrosils et vesicatifs, donnent allé-
geance, et appaisent les douleurs
causées de matière froide et pitui-
teuse, non plus que les bains froids et
humides à bonne et iuste raison pro-
fitent aux douleurs composées d'hu-
meurs chauds et acres, pour ce qu’ils
humectent et refroidissent. Car il y a
des douleurs arthritiques qui ne peu-
uent ïamais estre appaisées que par
îemedes plus grands que n’est l’in-
emperature : partant lesdits vésica-
toires ne doiueut estre deietlés, veu
Que les anciens ont commandé le fer
II faut vser de repercussifs au com-
mencement, qui sont froids, secs et
asti ingens, à fin de contrarier aux
qualités du sang qui est chaud et hu-
mide, et ce après les choses univer-
selles..
Exemple des remcdes repercussifs.
2£. Albumina ouor. numéro iiij.
Lucci lactucæ et solani ana 5 . j.
Aquæ rosarum §. ij.
Incorporentur simul, fiat linimcnlum.
Lequel sera renouuelé soutient.
Autre.
Prenez de la farine d’orge, de lentilles, aca-
cia, buile rosat et de myrtilles, vn peu de
vinaigre : et de ce soit fait calaplasme.
Autre.
Prenez sumacb, myrtilles, bol armeniac, de
chacun demie dragme.
Acacia , escorce de grenades , balaustes ,
de chacun vne dragme.
Eau de plantain et de roses, de chacun
trois onces.
1 Celte dernière phrase a été ajoutée en
LE VINGT VNlÉME LIVRE ,
240
Huile rosat once et demie.
Vinaigre vne once.
Farine d’orge et de lentilles , de chacun
tant qu’il en faudra.
Et soit fait cataplasme.
Lequel est fort excellent pour ar-
rester les fluxions phlegmoneuses et
erysipelateuses.
Autre.
Prenez mucilage de coings extrait en eau
rose, casse mondée, huile rosat et vi-
naigre, et de ce soit fait cataplasme.
Autre de semblable vertu.
Prenez deux ou trois poignées de fueilles de
vignes pilées verdes : lesquelles seront
faites bouillir en oxycrat d’eau de ma-
reschal, puis on y adioustera:
Vne once desumach concassé:
Huile rosat, 2 onces:
Farine d’orge tant qu’il en faudra :
Et soit fait cataplasme, et soit appliqué sur
la partie.
Autre.
if. Succi semperuiui , hyoscyami et portu-
tulacæ ana 5 . iiij.
Corticum mali granati 5. j. G.
Farinæ hordei 3 . v.
Vini austeri quantum sulhcit.
Fiat cataplasma.
Tel cataplasme est fort à louer, pour
ce quele vin et l'escorce de grenade as-
treignent, et les ius refroidissent, ét
la farine aussi d’auantage espaissit et
forme le cataplasme.
Autre.
"if. Foliorum hyoscyami , acetosæ ana m. j.
Lesquelles seront enueloppées dans du
papier, et cuites entre deux cendres, et
puis pistées auec deux onces d’vnguen-
tum populeum, ou rosat : et soient ap-
pliquées tiedessur la partie.
Autre.
'if. Florum iusquiami 1b. ij.
Ponanlur in phiala \itreata, et reconde
in fimo equino donec putruerinl : accipe
ex putredinc§ . ij. in qua dissolue olei
de iunipero 3 . G .
Fiat linimentum ad vsum.
Autre.
Prenez des citrouilles pistées , et soient ap-
pliquées dessus.
Autre.
if. Mucaginis psyllij, cydoniorum, extrartæ
in aqua rosarum et solani ana 3. iiij.
Olei rosali omphacini §j.
Vini granatorum g . j
Vitellos ouorum cum albumine nu-
méro iij.
Camphoræ 3 . iij .
Incorporentur simul, fiat linimentum.
Autre.
if. Olei rosati omphacini § . iiij.
Albumina ouorum cum vitellis nu-
méro vj.
Succi plantaginis, lactucæ , et solani
ana §.j.
Farinæ hordei § . iij.
Incorporentur simul, fiat cataplasma.
Autre.
if. Farinæ hordei et fabarum ana 3 . iij.
Olei rosati § . ij.
Oxycrati quantum sufhcit.
Coquantur simul, fiat cataplasma.
Autre.
if. Mucaginis seminis psyllij 3 . iiij.
Olei rosati 3 . ij.
Accti § . j.
Vitellos ouorum numéro iij. '
Croci 3 . j.
Misce : fiat medicamentum.
Pline au vingt-deuxième liurees-
crit, qu'vn iurisconsulte estant à voir
vanner son bled ayant les goûtes aux
pieds, il se mit dans son bled par des-
DES GO VIES.
sus les genoux , et s’y tint quelque
temps, et par ce moyen sa douleur
cessa *.
Or il faut icy noter que quelques-
fois la douleur ne se peut seder, à
cause de la multitude du sang qui est
defluésurla partie, et partant le faut
vacuer : ce que véritablement i’ay
pratiqué , faisant ouuerture de la
veine plus apparente et proche delà
douleur, et subit elle estoit cessée.
Il faut aussi noter qu’il ne faut
vser trop des remedes repercussifs,
de peur d endurcir la matière, qui
puis après à grande difficulté pourroit
estre résolue, et y auroit danger qu’elle
ne fust conuertie en nœuds et pierres
gypsées: et partant on y prendra
garde. Et après l’vsage des repercus-
sifs , il faut appliquer des résolutifs,
qui seront cy après déclarés, à fin
de résoudre l’humeur qui pourroit
estre demeuré en la iointure.
CHAPITRE XXII.
REMEDES TOPIQVES POVR L’HVMEVR
CHOLERIQVE.
Les remedes locaux doiuent estre
froids et humides , à fin de contrarier
aux deux qualités de la cholere , qui
est chaude et seiche.
Exemple des remedes repercussifs pour la
cholere.
Comme fueillesde solarium, portulaca, sem-
peruiuum, hyoscyamus , papauer, ace-
tosa, plantago, aqua frigida :
et autres semblables, desquels on fait
plusieurs compositions.
1 Telles goules esloienl chaudes. — A. P.
24 l
Exemple.
if. Succi hyoscyami , semperuiui , laclucæ
ana § ij.
Farinæ hordei § . j.
Olei rosati §.ij.
Agilando simul fiat medicamentum.
Et soi t renouuellé souuen t : tel remede
sede grandement l’inflammation.
Autre.
Le cerueau de porc, broyé auec
amydon,ou farine d’orge et huile ro-
sat, est vn remede singulier : pareil-
lement les mauues cuites en eau,
broyéeset pilées, et appliquées dessus,
sedent grandement la douleur.
Autre.
if. Mucaginis psyllij extrada; in aqua so-
lani vel rosarum 5 . ij.
Farinæ liord. § . j.
Aceti quantum sufficit.
Fiat linimentum.
Autre.
if. VnguentirosatiMesuæetpopul.ana 5 . iij .
Succi melonum § . ij.
Albumina ouorum numéro iij.
Misceantur simul : etsoit fait comme dessus.
Pareillement vne esponge imbue en
oxycrat , et vn peu espreinle , fait le
semblable.
Autre.
Prenez fueilles de choux rouges deux poi-
gnées, cuitles en eau et vinaigre , puis
broyées, y adioustant trois moycufs
d’œufs, huile rosat trois onces, farine
d’orge tant qu’il suffira : et soit fait ca-
taplasme.
On peut aussi prendre le suc cru des
choux et deshiebles, roses pistées,
huile rosat, et farine d’orge tant qu’il
16
ni.
2 /j 2 LE VINGT- VN
suffit : et soit fait cataplasme. En hy-
uer qu'on ne peut trouuer des herbes
recenles, en lieu d’icelles on prendra
de l’onguent de Galieq vpfi'igpranl,
auec du populeum.
Onguent repercussif fort excellent.
If. Ceræ albæ. g . j,
Croci 9 . j.
Opij 3 . iiij -
Olei rosati quant, sufficit.
Macereqtur opium et croeusin accto, deinde
terantur et incorporentur cum cera et
olço : fiat ccratum,
Lequel sera estendu sur du linge, et
appliqué dessus le lieu dolent et aux
parties voisines, et renouuellé sou-
tient. Or véritablement ceremedeest
à louer, à cause qu’il y entre du vi-
naigre, lequel resoultet seiche gran-
dement , et ouure les porosités de la
partie, et fait penetrer la vertu des
autres ingrediens qui dissipent l'acri-
moniedu virus arthritique, et partant
sede les douleurs : ce qu’on a veu à
plusieurs.
Autres prennent grenouilles toutes
viues, et les fendent par le ventre , et
les appliquent sur le lieu doulou-
reux.
Autres ont trouué que l’eau mu-
queuse des limaçons rouges sede
grandement la douleur et inflamma-
tion. Il faut prendre cinquante ou
soixante limaçons rouges, et les met-
tre dans vn pot de cuiure, et les sau-
poudrer de sel commun, et les laisser
par l’espace d vn iour entier : puis on
les coulera par vne estamine , et d i-
celle coulalure on en trempera des
linges, lesquels seront appliqués sui-
te mal, et renouucllés souuent. Et
faut icy noter que s’il y auoit grande
inflammation , on fera bouillir les li-
maçons en vinaigre et eau rose. Cedit
IEMIS LIVRE,
remede est fort excellent, ainsi que
ray plusieurs fois expérimenté. Et
mesme m’a confirmé monsieur lie
Longomeau, gentil-homme d’hon-
neur, et digne de foy, lequel ayant
esté malade et tourmenté d’vpe scia-
tique l’espace de six mois , pour la
guarison de laquelle il auoit fait plu-
sieurs remefles, tant yniuersels que
particuliers , sans luy rien profiter :
en fin reçeut par cedit moyen guari-
son, en vsant par l’espace de sept ou
huit iours ».
Pareillemenfles pommes de citrons
ou oronges quittes en vinaigre, puis
pistées aueç yn peu de farine d'orge
ou de feues, et appliquées dessus.
Autre.
"if. Pomorum coctorum in lacté tt>. j.
Butiri § . j.
Vitellos ij. ouorum.
Aceti g .J,
Fiat cataplasma.
Aucuns prennent vn fromage frais
escremé, battu auec huile rosat et
farine d’orge : il reprime l’inflamma-
tion et sede la douleur. Autres pren-
nent de la casse recentement mondée,
et la mcslenl auec jus de cougourde
ou melon. Autres prennent des fueil-
les de choux et d’hiebles, ou d’aclie,
ou les trois ensemble broyées auec
vn peu de vinaigre, et les appliquent
sur le lieu dolent. Les autres pren-
nent de la semence de lin vne once,
et en tirent mucilage auec biere : puis
y adiouslent huile rosat et faiine
d’orge, et en font cataplasmes. Autres
prennent huile de pauot auec de la
chair de citrouille pilés ensemble, et
l’appliquent sur la partie dolente.
i Celte histoire de M. de Longenieau a
été intercalée ici en 1579.
DES GQVTES,
Autre remede , par lequel a esté (jtiqri vu
homme en Gqscongne , en lu ville de Basas,
qui auoit esté ajjligé de la goule fort long-
temps, auec les plus eslranges douleurs qu'on
sçauroil excogiter : et n’a senti depuis au-
cune douleur.
Prens vne tuüle fostjore grande,
forte et espaisse, et la fais chauffer
iusqnes à ce que ejje soif douepue
rouge, laquelle tu mettras dans vne
autre luille pareille ep grandeur,
toute froide, de crainte que le linge
du lit où sera le malade no se bi uslc.
Puis tu rempliras la susdite luille
chaude de fueilles d’hiebles, en telle
quantité que la partie malade y puisse
estre posée, et demeurer dedans sans
se brusler. Le malade en endurera la
chaleur et sueur l’espace d'vne heure
ou plus s’il peut, r’adiouslant dere-
chef des hiebles, après que les pre-
mières seront desseichées, changeant
aussi de luille reschauffée, si la pre-
mière ne te semble assez chaude. Ces
choses faites, la partie sera essuyée
auec vn linge : et continueras lesdites
estimes douze ou quinze iours le ma-
lin, l’eslomach estantàieun : et après
Jq partie sera ojnte du Uniment sui-
uant, estant vn peu chauffé :
"if. Succi ebuli ib. j. G .
OJci commuais lb. j.
Jlisceantur siniul el ponantur in vase ficlili,
cuius orificiumsit striclum admodum, et
cum luto bene obturalum : postea bul-
liant in duplici vase cum vino ad médias
diiuto, per spacium decem vel duodecim
borarum : refrigerentur et seruenlur
vsui, addendo vnclionis lempoïc guttas
aliquot aquæ vitæ.
Inungi poterit bis aut ter in die, longe à
pastu.
Pareillement les racines et fueilles
d’hiebles cuites en eau, pistées, et ap-
pliquées sur la douleur, la sedent.
Semblablement l’huile d’hiebles ex-
traite eq quinte-essence, est singu-
lière pour seder les douleurs.
Or si la douleur eslqit si rebelle
qu’elle ne peust estre sedée par les re-
medes susdits, et qu’elle fust intoléra-
ble, auec vne tres-grande chaleur et
ferueur en la partie, tellement que les
esprits fussent resouls et les forces
abbatues, et que le malade tombast
, en syncope : il faut alors vser de re-
medes narcotiques et slupefactifs ,
combien que par iceux la tempéra-
ture de la partie soit dissolue, et la
chaleur naturelle diminuée, voire es-
teinte, si on en vsojt trop longuement:
neantmoips ils doiuent plustosl estre
appliqués, que de permettre que tout
le corps périsse de douleur intoléra-
ble.Leur vertu est de grandement ré-
frigérer et seicher, et d’bebeler le sen-
timent de la partie: et qui plus est,
ils espaississent et incrassent les hu-
meurs subtils, acres et mordicans,
comme est l’humeur cholérique. Si la
matière estoit crasse et impacle en la
partie , alors les faut euilcr, ou pour
le moins en vser auec grande discré-
tion, de peur d’induire stupeur.
Exemple d’un médicament narcotique.
Micæ panis secalini parum cocli in lacté
§• 'j-
Vilellos ouor. numéro ij.
Opij 3. j.
Succorum solani, hyoscyami, mandra-
goræ, portulacæ, semperuiui, ana § . j.
Le tout soit meslé ensemble , et en
soit appliqué dessus, et renouuellé
souuent.
Autre ,
Prenez fueilles de iusquiame, ciguë,
ozeille, de chacune vne poignée.
Lesquelles seront bouillies en oxycrat, puis
LE VIN GT-VNIÉM E LIVRE,
2 44
pilées et broyées auec moyeux d’œufs
cruds : huile rosat, deux onces: farine
d’orge, tant qu’il suffira : et soit fait ca-
taplasme, lequel sera appliqué sur la dou-
leur , et sera continué iusques à ce que
l’inflammation soit cessée.
Ce remede est fort approuué , et du-
quel i’ay vsé souuent auec bonne
issue.
Autre.
'if. Opij 3. iij.
Camphoræ 3. fî> .
Olei nenupharis § . j.
Lactis o . ij.
Vnguenti rosati dcscriptioneGalcni § iiij.
Incorporentur simul in morlario.
Et de ce en soit appliqué sur la partie.
Outre plus , l’eau froide appliquée
et ieltée goûte à goûte sur la par-
tie, est narcotique et stupefactiue »,
comme dit Hippocrates, Aplioris. 25.
de la sect. 5 : adiouslant icelle, pour
vne autre raison, estre fort propre en
toute espece de goûte, sçauoir, em-
peschant par sa vertu repercussiue
que les humeurs n’affluent d’auan-
tage sur la partie.
Autre.
Prenez pommes de mandragore cuittes en
laid, puis pilées et appliquées dessus.
Autre.
Prenez fueilles de iusquiame, ciguë, pour-
pié, laictues cuittes en laict, et soient
pistées et appliquées dessus.
Et qui voudra que cesremedes soient
plus froids, il ne les faudra cuire,
mais les appliquer tous cruds.
Or subit que la douleur et ferueur
1 La phrase s’arrêtait là en 1575; le reste
est une addition de 1579.
sera esteinteet cessée, il faut désister
de tels remedes, et roborer et forti-
fier la partie auec remedes chauds et
résolutifs. Car autrement y auroit
danger qu’elle ne fust rendue debile
et intemperée : ou que puis après elle
fust suiette à toutes fluxions1. Parquoy
pour la fortifier, il faut vser de dé-
coctions faites d’herbes resoluliues,
et autres choses descriles .cy deuant,
ou autres qui s’ensuiuent
if. Gummi ammoniaci, bdellij ana § .j.
Dissoluantur in aceto, et passentur per se-
taceum, addendo :
Styracis liquida;, farinæ fœnugræci ana
5. 6.
Pulueris ireos § . iij.
Olei camomillæ 0 . ij.
Pulueris pyrethri 3. ij.
Cum cera, fiat emplastrum molle.
Autre.
if. Radicum enulæ, ebuli, althcæ ana lb.fi> .
Seminis fini, fœnugræci ana 3. ij.
Ficuum pinguium numéro xxij.
Coquanlur complété, et passentur per se-
taceum , addendo :
Pulueris euphorbij 3. ij.
In olei camomill.anet. rutæ, ana 5 . iij.
Medullæ cerui § . iiij.
Fiat cataplasma.
Nous auons par cy deuant fait men-
tion de plusieurs autres résolutifs,
desquels le chirurgien se pourra ai-
der selon qu’il connoistra estre be-
soin : et se gardera de trop résoudre
et seicher, de peur de consumer l’hu-
meur subtil, délaissant le gros en-
durci et putréfié dont se pourroient
faire des tophes et nœuds , ainsi qu’il
se peut faire aussi par l’indeuë appli-
cation des repercussifs.
» Annotation aux ieunes Chirurgiens digne
d’estre obseruée. — A. P.
DES GOVTES.
le ne veux encore laisser en ar-
riéré que les anciens ont fort loiié
les bains faits d’eau douce, en laquelle
on fera bouillir herbes réfrigérantes:
et sont profitables estons administrés
principalement trois heures apées vn
leger past : car après la viande, le
bain a plus grand pouuoir de corri-
ger les in températures bilieuses, et
principalement àceux qui sont gresles
et de rare texture, par-ce qu’ils hu-
mectent l’habitude du corps, et eua-
cuent l'humeur cholérique par insen-
sible transpiration : d’autant que les
conduits sont ouuerts et dilatés par
le bain, et les humeurs liquéfiés. Après
le bain, il faut oindre tout le corps
d’eau et d’huile d’oliue, à fin d’hu-
mecter et garder que la chaleur na-
turelle ne s’exhale : et les faut conti-
nuer iusques à ce que le chirurgien
verra estre necessaire. Aussi faut no-
ter que les viandesde gros suc, comme
bœuf, pieds de mouton, ris, et leurs
semblables, leur sont meilleures que
les délicates (pourueu que le malade
les digéré bien) pour-ce qu’ils incras-
sent le sang bilieux, dont il n’est si
facile à defiuer aux iointures.
CHAPITRE XXI IL
DES AIDES DE LA DOVLEVR FAITE
D’iNTEMPERATVRE SANS MATIERE.
Il y a des douleurs aux iointures
qui se font d’intemperature sans ma-
tière, ce qui n’aduient pas souuent :
toutesfoisie l’ay expérimenté sur moy-
mcsme il y a enuiron de dix à douze
ans *.
Estant en hyuer en mon estude, vn
245
vent coulis me donna sur la hanche
senestre , lequel ie ne sentois alors , à
cause que la vertu imaginatiue estoit
occupée à l’estude : puis me voulant
leuer, il me fut impossible de me pou-
uoir soustenir debout : et auois vn
sentiment de douleur si extreme et
intolérable, qu’il me seroit impossible
la descrire , sans aucune apparence
d’intemperalure , ny de tumeur au
sens de la veuë. Lors force me fut me
faire mettre dedans le lit : et consi-
dérant que le froid (qui est du tout
enn emy des parties nerueuses 1 ) estoit
cause de ma douleur, me fis appli-
quer plusieurs linges chauds dessus :
et neantmoins qu’ils fussent fort
chauds, ie 11e sentois qu'à peine la
chaleur sur l’endroit de ma douleur,
tant estoit l’inlemperalure grande :
et és autres parties voisines ie la sen-
tois si bien qu’elle me brusloit, ius-
ques à me faire leuer des vessies. D’a-
uantage ie fis appliquer des sachets
remplis d’auoine et de mil fricassés
ensemble, et imbus de vin vermeil :
pareillement autres fois y faisois ap-
pliquer vessies de bœuf, dans lesquel-
les y auoit de la décoction d’herbes
resolutiues, et n’esloient qu’à demy
pleines, à fin qu’elles adhérassent
mieux sur le lieu de la douleur. Autres
fois y faisois appliquer vne escuelle
de bois creuse, presque remplie de
cendres chaudes, et par dessus de la
sauge , rosmarin et rue vn peu pis-
tés : puis ladite escuelle estoit cou-
uerte et enueloppée d’vn linge, sur
lequel on iettoil eau de vie, de la-
quelle sorloit vne vapeur humide qui
donnoit grand allégement à ma dou-
leur. Autres fois y faisois appliquer la
mie d’vn gros pain tout recentement
tiré du four, an ousée d’eau de vie et
1 Je rappelle que ce texte est de 1575.
V
1 Hippocrates, A pli . 1S. lin. 5. — A. P.
2 4 G LE VIWGT-VNiÈMË LIVRE,
cntieloppée dans Vne sériiietlc : sem-
blablement nie faisois appliquer aux
pieds des bouteilles de terre remplies
d’eau boilillante, à fin que l’intempe-
rature fust plus amplement corrigée,
d’autant que la chaleur de ce remede
peut se communiquer au cerneau ,
pour la rectitude des nerfs. Cesle
extrême douleur me dura enuiron
vingt quatre heures, et fut cessée par
les remedes susdits
Il y a encore vne autre espece
d’humeur excrementilieux , lequel
pour estre de substance fort deliée et
subtile, ne se peut voir à l’œil, qui
s’appelle fuligineuai, à cause qu’il est
semblable au noir qui s’engendre de
la fumée d’vne lampe , lequel estant
accompagné de sérosité virulente ,
passe partout, faisant des extrêmes
douleurs, tantost à vne partie, tàn-
tost à l’autre, ne demandant qu’à sor-
tir: partant luy faut ouurir la porte
en quelque sorte que ce soit, oii par
application de ventouses et cornets,
et scarifications , ou par vésicatoires
et cautères.
CHAPITRE XXI Vk
CE ov’ir. FAVT FAIRE, LA DOVLEUR
CESSÉE DES GOVTES.
La douleur estant appaisée , il faut
roborer et fortifier les jointures. Or
ce mot de roborer se doit non seule-
ment entendre à vser des astringens
et desiccatifs, mais aussi contrarier à
l’indisposition délaissée à la partie.
Comme s’il y a quelque humeur su-
perdu , il faut résoudre : et s’il y a
1 Cettehistoire faisait tout le chapitre en
1575; le paragraphe suivant a été ajouté en
I57Ù.
quelque seicheresse, il faut humecter
et relàscher : et au contraire, si les
ioillttircs estoient trop lubriques et
relaxées (comme soutient aduient aux
podagres * desquels la goule a esté
faitede matière pituiteuse), alors faut
vser de remedes desiccatifs et fort as-
tringens : et ainsi des autres inlem-
peratures , comme nous auons dit cy
dessus.
Outre plus faut entendre qiie les
podagres après auoir perdu leur dou-
leur (laquelle commence tantost sous
le talon, et quelquesfois sous la cauilé
du pied),neanlmoins demeurent long
temps sans pouuoir marcher qu’à
grand peine : à cause que les nerfs et
tendons qui sont en grand nombre
aux pieds, sont imbus et arrousés
d'vn humeur pituiteux } et par ce
moyeu ont esté relaxés, de sorte qu'ils
sont demeurés amollis comme vn par
chemin moliillé , qui fait que le pau-
me podagre ne peut cheminer, et luy
semble qu’il marche sur des espines.
Et pour le faire cheminer, il faut né
cessairement consommer l’humeur
conioint et délaissé aux parties ner-
ueuses : qui se fera auec fomenta-
tions , cataplasmes et emplastres as-
tringens et desiccatifs , comme ceux
qui s’ensuiuent.
Pour la fomentation , on vsera de
celle qui est escrile cy dessus, au
chapitre dé ht foboratiort des ioiril li-
res : pouf la présentation , augmen-
tant la quantité de l’aluni et du sel,
adioustant du sottlpbre vif en pareille
quantité : puis OU Vsera de cesl em-
plastre :
Mass® eniplastrl contra ruptufam § . iiij.
Terehenth. 5 . ij.
Pulu. rosarum rubr, nucum cupressi,
gallarum, granorum myrthi, et folio-
rum eiusdem, thu. mastic, caryophyl.
ana g.j.
DES GOVTES.
Malaxentur omnia simul manibus inunctis
oleo myrlhlnoet mastichino, et flat em-
plastrum extensum supra alutam debitæ
magnitudinis et latitudinis.
Et soit apposé sur les pieds tant des-
sus que dessous : puis faut auoir vue
chausse de cuir de chien conroyé , la-
quelle soit lassée bien proprement
sur toute la iambe. Or cest emplas-
tre est fort vtile , d’autant qu’il forti-
fie les nerfs et consume i’humetür im-
bu en iceux , et empesche la fluxion :
et la chausse de cuir de chien con-
sente la chaleur naturelle : et par-ce
qu elle comprime et serre, elle em-
pesche aussi la fluxion de se faire sui-
tes pieds.
CHAPITRE XXV.
DES TOPIIES OV NOEVDS QVI VIENNENT
AVX 10INTVRES DES GOVTEVX.
En aucuns gouteux s’engendrent
des nœuds aux iointures , appellés
des anciens tophi, ou nodi, ou tubérosi-
tés: lesquels sont faits par congestion
d’vne pituite crasse, visqueuse, crue
et indigeste, accompagnée d’vn hu-
meur bilieux, acre et chaud : lesquels
conioints et délaissés en la partie
(pour l’imbécillité d’icelle) ne peü-
uenl estre resoüts : et aussi pour la
douleur du virus arthritique, il se
l'ait vne autre augmentation de cha-
leur estrange et adulte, qui con-
somme et résout la partie la plus
subtile de l’humeür , et le gros et
terrestre demeure et s’endurcit , et se
conuertit en matière gypseuse et
pierreuse , comme craye : et par con-
séquent sont engendrés des nœuds et
pierres , ainsi qu’on voit se faire en
247
la vessie. Pareillement les nœuds se
font quelquesfois pour indeuë appli-
cation des medicamens rcpercussifs et
résolutifs, d’autant que parles reper-
cussifs les humeurs s’espaississenl et
congèlent, et par les résolutifs le plus
subtil se résout , et le reste se tourne
en pierre. Parquoy le Chirurgien
qui sera appelé pour curer les de-
fluxions , se doit bien garder de trop
longuement vser de remedes reper-
cussifs, résolutifs et desiccalifs.
Les medicamens qui doiuent amol-
lir ont vne chaleur modérée et doi-
uent médiocrement humecter, pour
liquéfier l’humeur conioinl et atta-
ché en la partie comme l’eau tiede.
Aussi on pourra faire bouillir des
herbes emollienles, ou en lieu d’icel-
les la décoction de li ippes , pieds et
testes de veau ou de mouton , et au-
tres semblables. Et après auoir deuë-
ment fomenté , on vsera de ce médi-
cament:
2f, Axungiæ humanæ , anseris et gallinæ,
medullæ eeruinæ ana 5 . ij.
Terebenthinæ Venetæ 5 . j.
Aquæ vilæ parum.
Ceræ quantum suflicit.
Fiat vnguentUm molle.
Après auoir quelque teriips vsé de
ce médicament, on vsera de ces-
tuy-cy :
if.. Rad. altheæ, lilio. bryoniæ, lapathi aculi
ana §. iiij.
Coquant. Complété et passenlur per seta-
Céum : adde :
Gum. ammon. bdellij , galba, opopana.
in aceto diss. ana § . j.
Medullæ eeruinæ ana §.j. fi.
fncorporcnlur simul, et applicentur parti
affect®.
qA8 LE VINGT-VN1ÉMG LIVRE,
Autre.
if. Olci lilio. et amygda. dulcium , medul.
cruris cerui ana g. ij. fi.
Mucaginis seminis lini , althcæ , et foe-
nugr. ana f, . j.
Ceræ quant. sulL
Fiat ceratum.
Autre.
if. Emplast. de Vigo cum tnercurio et cerati
de œzipo huinida descriptione Phila-
grij. ana 5 . ij.
Malaxenlur simul cum oleo lilio.
Fiat massa.
Autre.
if. Gum. ammon. opopa. galb. hdellij, dis-
solutorum in aceto ana g . ij.
Panno iineo collatis adde :
Pulueris sulphu. nitri, sinapi, pyrethri
ana § . fi .
Styraeis liquidæ, axungiæ hum. ana g . j.
Resinæ pini, tereb. Vene. ana § . 6 .
Ceræ quantum sulï.
Fiat ceratum molle.
Et entre tons autres cesluy-cy est
fort approuué des anciens , pour rom-
pre le cuir et faire fondre les nodosi-
tés putréfiées 1 , et nommément de
Gai. liu. 10. des simples 7. et d’Aui-
cennefen. 22. liu. 3. traité 2. cbap. 21.
if. Pedes porcello. bene salsos num. iij.
Et veterem pernam cum illis coque, ad-
dendo sub finem :
P.ad. altb. bryon. lapath. acuti ana g . iij.
Axung. taur.et mcdullæceruinæana g .j.
Et cum caseo pulrefacto, fiat emplast. salis
molle ad vsum.
Autre bien excellent 2.
if. Casei acris et putrefacli § . iiij.
Pul. sulph. viui , euphorbij et pyrethr.
ana g .iij.
1 La phrase finissait ici en 1575; les deux
citations suivantes sont de 1579.
2 Cette formule a été également ajoutée
Communis veteris pernæ et pedum por-
cello. salitorum quod suff.
Ad incorporandum ducantur in mortario,
et fiat empla. ad vsum.
Autre.
if. Spumæ nitri § . vj.
Terebent. § . ij.
Olei veleris g . viij.
I.ixiuij quo lanæ pileorum lauantur, et
ceræ quantum sufficit.
Fiat ceratum salis molle.
Et après l’vsage des remollilifs, on
fera vne euaporation auec la pierre py-
rite , ou de moulin , ou d’vue bricque
bien chaude, et sur icelle sera ietlé
de bon vinaigre et eau de vie : car
telle vapeur dissoult, subtilie, incise
et rompt la matière grumeuse , gyp-
seuse et endurcie, et fait souuentou-
uerture au cuir. Et ne se faut esmer-
ueiller si tels remedes rompent le
cuir, attendu que le plus soutient en
tel cas la peau s’ouure d’elle mesme
sans nulle incision : et pour le dire en
vn mot, les remedes qui sont propres
à curer les scirrbes , sont bons pour
amollir les nodus. Mais il faut en-
tendre que lors qu’il y a matière
conioinle et ja conuerlie en pierre
par vne autre fluxion , quelquesfois
se suppure , et est necessaire de faire
ouuerture pour vacuer l’humeur su-
perflu contenu eu la partie, lequel hu-
meur est laicteux : puis la substance
gypseuse qui fait les nodosités, fort
dure comme piastre : et après eslre
sortie , il faut curer l' vlcere et mettre
en 1579, et outre le titre fastueux que l’au-
teur lui donnait alors, il a appelé de noa-
Veau l’attention sur son efficacité par cette
note marginale en 1585 :
Excellent médicament sur tous pour les no-
dosités, auquel entre vieil inmbon et vieil fro-
mage.
DES GOVTES.
249
l’emplastre de gratia dei, et autres
que le Chirurgien verra eslre neces-
saires.
CHAPITRE XXVI.
DES VENTOSITÉS OVI I.E PEVS SOVVENT
SONT TROVVÉES AVEC I.ES GOVTES ,
ET DE LEVItS REMEDES.
Parmy les humeurs accompagnés
du virus qui fait la goûte , souuenles-
fois est trouuée grande quantité de
ventosités, principalement és gran-
des iointures , comme à la hanche et
aux genoüils , qui font quelquesfois
sortir les os de leur propre lieu. Et
sont conneus estre en la partie, en ce
que le malade sent grande douleur
tensiue , sans pesanteur : et lors qu’on
presse dessus du doigt ,il n’y demeure
point de cauilé, comme auxœdemes.-
mais l’esprit flalueux repousse et se
releue en haut , comme qui presseroit
vnc balle remplie de vent : ioint aussi
que la partie ne peut faire son action,
à cause que les vents remplissent les
espaces vuides et empeschent le mou-
vement de se pouuoir faire. Or au-
cuns ieunes Chirurgiens meltans leurs
doigts dessus, en esleuant l’vn et
pressant l’autre, sentent la ventosité
s’esleuer entre leurs doigts, comme
vne inondation de pus ja fait en vne
aposteme , et y ayant fait ouuerture ,
icelle faite n’ont apperceu sortir au-
cune matière : et partant ont esté de-
ceus , et causes de grands accidens ,
comme augmentation de douleur et
fluxion d’humeurs, qui ont fait des-
boétter les os hors de leurs iointures,
et les malades sont demeurés à iamais
claudicans. Et pour ces causes, ie
conseille aux gouteux, en tel cas,
d’appeller pour leur aide des Chirur-
giens expérimentés.
On voit peu souuent telles ventosi-
tés sans qu’elles soient accompagnées
de quelque humeur pituiteux, lequel
n’est trop cru ny visqueux. D’auan-
tage ces ventosités demeurent lon-
guement sans pouuoir eslre résolues,
à cause de l’inlemperature froide
que fait la matière venleuse, et des
membranes et ligamens qui lient les
iointures , lesquelles sont denses et
dures, et par conséquent leurs pores
sont serrés, de façon qu’à grande dif-
ficulté les matières ne se peuuent
euaporer ny sortir hors.
Or pour la curation , il conuient
pour consumer les ventosités vser de
fomentations resolutiues , carminati-
ues, discutâtes et dessiccatiues : aus-
quelles auront bouilli fenouil, ariis ,
rue, camomille, melilot , sauge, ros-
marin, origan, calamenthe, mar-
rubium , et leurs semblables, cuittes
auec vin et lexiue, et vn peu de vi-
naigre rosat et du sel commun. Et
après la fomentation on appliquera
ce liniment qui s’ensuit :
if. Olei camomillæ, anethi , rutæ, laurini,
ana g . ij.
Et cum cera alba fiat linimentum , addendo
aquæ vitæ parum.
D’auantage, après ce liniment on
appliquera ce cataplasme :
if. Florum camomillæ, meliloli, anethi, ro-
sarum rubrarum pulueris. ana ni. j.
Foliorum maluarum et absinlhij ana
m. fi .
Furfuris m. j .
Unifiant omnia cum lixiuio et vino rubro :
dei ride pistentur cum medulla panis et
farina fabarum quantum sufTicit : fiat
cataplasma, addendo olei rosati et myr-
lini ana 3 . ij.
LE Vm&T-VÎÏIEME LIVRE,
2Ô0
Aucuns ont loué pour telle disposi-
tion ce remede pour tarir la vento-
sité :
If. Axung. suillæ 5 . iiij.
Calcis viuæ 5 . j. G .
Ces choses soient battues en vn
mortier , et appliquées dessus.
Autre.
If. Slercoris caprini cocli cum vino et aceto
ana lb. ù .
Terebenthinæ Vênetæ, et mellis commu-
ais ana § . ij.
Aquæ vitæ f, . fi .
Pulueris rad. ireos FlorCntiæ, sabinæ ana
3 - 'ij-
Olei rutæ et artethi ana § . j.
Farinæ fabarum quantum suflicil.
Fiat cataplasme ad formant pullis.
Il faut appliquer des compresses
trempées ( et espreintes) en oxycrat,
auquel on aura fait bouillir absinthe,
origan , camomille, melilot, rue, sel
commun , y adioustant eau de vie :
et sera la partie liée et serrée le plus
qu’il sera possible , et que le malade
le pourra endurer. Et sur la fin pour
roborer la partie, on appliquera des-
sus de la lexiue faite de cendre de
cbesne et de sarment : en laquelle on
aura fait bouillir sel, soulpbre , alum
de roche , en serrant et liant la par-
tie, comme dessus, auec compresses
trempées en icelle lexiue. Or s’il y
auoit grande douleur, alors faudroit
laisser la propre cure pour suruenir
aux accidens , en frottant la partie
de quelque huile carminatiue , auec
laine à tout le suif, et autres remedes
qu’on verra estre necessaires.
CHAPITRE XXVII.
DE LA SCIATIQV E.
Maintenant il nous reste à traiter
de la goule sciatique, laquelle sur
toutes (comme i’ay dit au prognoslic)
emporte le prix pour estre la plus
douloureuse: et cause grands et ex-
trêmes accidens, à raison de la ioin-
ture qui est plus profonde que les au-
tres , et que le plus soutient l’humeur
estant en grande abondance et pitui-
teux, froid, gros et visqueux , diffi-
cilement le peut-011 faire débusquer
dé la partie. Et vient le plus souuent
après vnc longue maladie , d’vn hu-
meur malin, lequel deliurant les par-
ties d’ou il est venu , cause vne ex-
I
treme douleur, non seulement à la
iointure de la hanche, mais encore
plus profondément dedans les muscles
de la fesse, aux aisnes , genoux, et
iusques à l’extremité des orteils , et
quelquesfois aux vertebres des lom-
bes , qui donne grand tourment au
malade : lequel pense (et aussi les
Médecins et Chirurgiens) estre vne
colique venteuse ou pierreuse, ce que
n’est pas. Mais la cause pourquoy
on sent si exlremes douleurs , est à
raison des nerfs qui viennent des ver-
tèbres des lombes, et de ceux de l’os
sacrum , qui descendent et se dissé-
minent aux muscles de la cuisse et de
la iambe , iusques à l’extremilé des
orteils : ce que i’ay amplement mons-
tre en l’anatomie.
Le plus souuent on n’y apperçoit
aucune tumeur ny rougeur, ny autre
intemperatureà la veué:par-ce qu’au
cuir de ceste partie y a peu de veines
superficielles, et que l’humeur y est
fiché fort profondément , et ne se
DES G0VTE9.
a5 1
monstre à la superficie. Aussi au con-
traire , nous voyons quelquesfois
qu’à raison de l’extreme douleur, il
se fait si grand amas d’humeurs et
Ventosités, qu’ils emplissent la cauité
de la boette , et relaxent si fort le li-
gament intérieur et les extérieurs ?
qü’ils chassent l’os dti tout hors de sa
cauité. Et s’il y demeure long temps ,
il ne faut espefer qu’il puisse estre
jamais réduit , et qu’il se tienne en sa
place, à cause que l’humeur a oc-
cupé le lieu et cauité de la teste de
l’os femoris, et aussi que les bords de
la boëtle (qui sont cartilagineux) se
sont eslressis, et les ligainens relaxés
et allongés : dont s’ensuiuent plu-
sieurs accidcns pernicieux, comme
claudication perpétuelle, amaigrisse-
ment de toute la cuisse et delà iambe :
par-eeque l’os n’est en son lieu natu-
rel , presse les muscles, veines, ar-
tères et nerfs, et y manque le
mouuement ; au moyen dé quoy les
esprits estons ainsi comprimés et ar-
feslés , rte peuuent reluire aux par-
ties inferieures , et par conséquent se
tabeflenlet dcùiennent on émaciation,
c’est à dire, amaigrissement, non
seulement de toute la cuisse et de la
Ïambe , mais quelquesfois aussi de
tout le corps, auee vne fiéüre hec-
tique , qui meine le malade à la mort.
Parquoy faut que les Médecins et
Chirurgiens qui seront appelles en
telle disposition, aÿent grand esgard
à ne laisser aduenir tels accidehs, et
qu’ils vsent de remCdes forts et vi-
goureux , lors qu’il en sera besoin ,
comme nous dirons cy après.
CHAPITRE XXVIII.
CVRE DE LA SCtATIQVE.
En la goûte sciatique , combien
que communément elle soit faite de
pituite crasse, loutesfois si le corps
du malade abonde en sang, et qu'il
soit fort et de température sanguine,
il faut faire la saignée : Car par icelle
il se fait égalé vacuation des hu-
meurs: et partant la fluxion ne sera
si prompte à courir sur la partie.
le vous puis asseurer que n’ay
iamais trouué plus présent remede à
seder la douleur causée d’inflamma-
tion phlegmoneuse que la saignée ,
premièrement faite de la veine basi-
lique au bras qui est du costé malade,
comme i’ay dit Cy déliant (à fin de
faire reuulsion ) : et après ( pour des-
charger et vacuer la matière con-
iointe) de saigner la veine sciatique,
qui est sur la malléole extérieure du
pied , sçauoir est , si la douleur oc-
cupe plus ceste partie : et si elle est
plus grande au dedans , faut ouurir
la veine saphene , qui est Sur la mal-
léole interne : et faut tirer du sang
selon qu’on verra estre necessaire. Et
à ce faire ie conseille au ieune Chi-
rurgien qii’il appelle le Médecin , à
fin qu il soit présent lors qu’on tirera
le sang : et où lé cas aduiendroit qu’il
ne 9’y peust trouuer, et qu’il ordon-
nast tirer trois pallettes , plus ou
moins, de sang des veines sciatique et
saphene, il pourroit faillir à la quan-
tité du sang : à cause que pour saigner
telles veines aux pieds, il les faut
mettre en eau chaude , et le sang se
meslant en l’eau , on rte peut bien
obseruer la quantité : si ce n’est qu’en
faisant mettre le pied du patient de-
QÔ2 LE vingt-vniéme livre
dans le vaisseau auquel sera l’eau , il
fera vue marque à la hauteur de
l’eau, puis il adioustera deux ou trois
pallettes d’autre eau , plus ou moins,
selon qu’aura ordonné le médecin ,
et fera de rechef vne autre marque
audit vaisseau : puis retirera la qu n-
tilé de l’eau proportionnée du sang
qu’il faudra tirer, et ainsi il ne pourra
faillir à tirer plus ou moins la quan-
tité du sang qu’aura ordonné le Mé-
decin *.
Pareillement les clysteres forts et
aigus sont vtiles , pourueu qu’il n’y
ait rien qui les empeschast , comme
seroient vlceres aux intestins et he-
in orrhoïdes.
Exemple d’vn clyslere.
2£. Rad. acori § . ij.
Centaurij, rutæ, saluiæ, rorismarini, ca-
lamenthi, origani, pulcgij, ana m. fi.
SLœchados Arabicæ, florum chamæmeli,
meliloti, anethi ana p. j.
Seminis anisi, fœniculi ana g. fi.
Fiat decoctio ad ft>. j. in colatura dissolue:
Ilieræ, diaphœntci ana g . fi.
Mellisantbosati.etsaccharirubrian. g .j.
Olei liliorum g . iij.
Fiat clyster.
Lequel il faudra accommoder au
tempérament, aage, et au temps, se-
lon la prudence du Médecin.
Aussi les purgations vigoureuses ,
comme les pilules d’hermodactes , fé-
lidés, arthritiques, assajeret pour les
pituiteux , et autres cy dessus men-
tionnées. L’electuaire de diacartami
purge l’humeur cholérique et pitui-
1 Subtile obseruation de l’Aullieur. — A. P.
Nous avons trouvé plus haut , dans ce
même livre, la manière d’établir les cautè-
res; voici maintenant un procédé fort ingé-
nieux pour la saignée du pied, qui est resté
dans l’oubli , sans doute parce que personne
n’était tenté de l’aller chercher là.
(eux. Les vomissemens frequens
( si le malade le peut faire commo-
dément ) font euacuation non seule-
ment des humeurs, mais aussi reuul-
sion d’iceux, comme nous auons dit
par cy deuant. Les bains et sueurs
sont semblablement bons. Aussi la
décoction de gaiac ou de salseparille,
et en vser tant et si peu qu’on verra
estre necessaire. Et si on connoist
qu’il y ait chaleur, on frottera la par-
tie ù'oxyrhodinum , qui est mixtion
d’huile rosatet de vinaigre, principa-
lement quand la douleur est profonde.
Car le vinaigre, à cause de sa tenuité
pénétrant iusques au profond , fait
voyeà l’huile . laquelle de son natu-
rel appaise les douleurs. Aussi on
pourra vser d’autres repercussifs , si
on connoist estre besoin : et après on
appliquera rcmedes qui attirent et
resoluent, lesquels ne seront nulle-
ment appliqués que premièrement
on n’ait fait vacuation vniuerselle, de
peur qu’on n’attirast trop d’humeur
à la partie , et qu’il ne fust rendu vis-
queux et espais.
Donc après les choses vniuerselles ,
pour attirer l’humeur du profond à
la superficie , on vsera de l’emplastre
fait de poix et d’euphorbe et de soul-
phre , fait ainsi 1 :
iç. Picis natialis lî> . j.
Sulpburis viui subtili 1er puluerisati g .ij
Euphorbij puluerisati 3. ij.
Lardi g . fi.
Fiatemplastrum secundum artem, etexten-
dalur super alutam.
1 Dans l’édition de 1575, on lisait : de
l’emplaslre de poix et de soupltre cy dessus men-
tionné , ou vu cmpluslre d’ammoniac , elc. —
En 1579, il s’aperçut sans doute qu’il n’avait
point donné la formule de cet emplâtre, et
il corrigea • de l’emplastre fait de poix et de
soupltre ( desquelles choses il faut vser auec
DES GOVTES.
253
Dont il faut vser auec prudence,
de peur qu'il n’y suruienne inflam-
mation. Ou vn emplastre d’ammo-
niac, euphorbe , terebenlliine, pro-
polis,galbanum,bdellium,opopanax,
et semblablement d’huile desauge,
rosmarin , de pyretbre et autres
semblables, extraite par quinte-es-
sence : lesquelles sont bien plus à
louer que les autres, d’autant que
d’icelles les vertus sont plus pures, et
leur action plus prompte sans com-
paraison que celles qui ne sont t:;ées
par quinte-essence, par-ce que elles
sont de ténue et subtile substance,
et pénétrent fort profondément, et
resolueut et roborenl les parties ner-
ueuses.
Semblablement onfera desfomenta-
tions d’herbes disculientes et resolu-
tiues, comme racines et fueilles d'hie-
bles , ireos , graine de laurier, ge-
néure , semence de fœnugrec , anis,
fenouil, sauge, rosmarin, camomille,
melilot, fueilles de sureau, et leurs
semblables : et les faut faire cuire en
vin et en huile , et de ce soit faite fo-
mentation.
Aussi ceste emplastre est fort louée
des anciens pour résoudre et seder
la douleur, auec ce qu’elle attire les
espines et os pourris1.
X Seminis vrticæ mundatæ, spumæ bora-
cis, salis ammoniaci, radicis aristolo-
chiæ rotundæ , colocynthidos, terebent.
Venelæ ana. 3 x.
Fœnugr. piperis longi, xylobalsami, thu-
ris, myrrhæ, adipis caprilli, gummi
pini ana 3. v.
Ceræ 1b . G .
Lactis ficus siluestris 3. iij. G.
prudence de peur qu’il n’y suruienne inflam-
mation) . et enfin il en donna la formule en
1585.
1 Auicennc loue cesl emplastre. — A. P.
Il faut liquéfier les choses seiches
auec quantité suffisante d’huile de lis
et bon vin , et le tout incorporé en-
semble, soit fait emplastre, et en soit
appliqué dessus l’os ischion.
Autre.
if. Sinapi aceto acerrimo dissoluli §. ij.
Fermenti acris § . G .
Pulueris hermodaclylorum 3. ij.
Mellis communis § . iij.
Terebcnthinæ § . iiij .
Olei laur. et de spica ana g . ij.
Farina; fœnugræc. g.j. G.
Terræ formicarum cum ouis tt>. j.
Foliorurn lauri , saluiæ, rutæ, rorisma-
rini ana m. G .
Vcrmium terrestrium præparatorum
ib. G.
La terre de fourmis , et leurs œufs,
et les vers , cuiront à part , auec les
herbes hachées auec vin blanc , puis
coulées, et en icelle coulature on ad-
ioustera les autres choses selon l’art :
et de ce soit appliqué sur l’os ischion,
comme dessus.
Autre.
if. F,adicis enulæ campanæ, sigilli Salomo-
nis, bryoniæ, bismaluæ ana g . ij.
Coquantur complété et pistentur, et passen-
tur per setaceum, addendo :
Farinæ fœnugræci et hordei ana g . j.
Olei liliorum et camomillæ ana g . iij.
Terebentli. § . iiij.
Ceræ quantum suflïcit.
Fiat cataplasma.
Il résout et appaise la douleur , et
attire la matière du profond à la su-
perficie.
A ut re.
'if. P,adicis sigilli beatæ Mariæ g . vj.
Emplastri diachylonis albi g ■ iiij -
Croci dissoluli in aqua vitæ.3. ij.
254 LE vingt-vniéme livre
TerebentUinæ p. j,
0!ci de spica nardi quantum sufllcit.
Fiat cmplastrurn, applicetur super alutam
calide.
I’ay appliqué plusieurs fois de la
seule racine de sigillum bcaiœ Maria;
en rouelles sur toute la hanche, qui
a sedé tost la douleur causée de ma-
tière froide.
Autre,
if. Ceræ citrinæ et terebeothinæ abiefis ana
S - ij •
Fundantur simul in Vflse dupiici ; et vbi
refmerint, adde :
Pulueris hermodactylorum §. fi.
Florum camomillæ, iridis Florenliæ ana
5. iij.
Spicæ nardi, florum thymi ana 3. ij.
Jnterioris cinnamomi electi et seminis
nasturlij ana 3. ij.
Çrori 3 . iiij.
Malaxentur simul manibus axungia porci
veteré non salita vnctis, et bat massa
emplastri.
Et si par ces remedes on ne peut
seder la douleur, alors faut venir aux
plus forts , comme appliquer dessus
grandes ventouses auec grande flam-
me pour attirer l’humeur du profond
à la superficie : puis appliquer vési-
catoires , à fin que Ton fasse vacua-
tion manifeste de l’humeur contenue
à la partie.
Exemple cl’ in vésicatoire.
if. Cantharidum, quibus detraclæ sunt alæ
3. ij.
Slaphidis agriæ 3. iij,
Sinapi 3. j. fi.
Fermenti acerrimi §. fi.
Ces choses soient incorporées en-
semble, et soit fait vésicatoire.
filtre,
Prenez l’intcrieur de l’escorce de viorne,
le poids de deux cscus, et appliquez au
dessous de la douleur.
Les vlccres faites par les vessies se-
ront tenues longuement ouuertes, à
fin de vacuer et tirer l'humeur con-
ioint en la parlie. Si la cuisse tombe
en atrophie , on y procédera en la
maniéré qu’auons déclaré , traitant
des accidens des fractures et luxa-
tions.
Et si pour tous ces remedes lepau-
ure gouteux ne troupe allégement de
sou mal, il faut venir A l’exlreme re-
medes par le commandement d’Hip-
pocrates qui dit, que ceux qui sont
affligés de douleur diuturne en l is-
cliion, la cuisse se luxe, et deuiennent
tabides, et clochent à perpétuité , si
on ne les cautérisé. Aussi Cclse2 com-
mande qu’on vlcere la peau aux
vieilles douleurs sciatiques en trois
ou quatre lieux, auec cautères: car
toutes telles douleurs, quand elles
sont enuieillies , à grande peine peu-
uent estre guaries sans brusjeures : et
on aveu plusieurs qui ont recouuert
santé après l’application de cautères.
Parquoy pour seder l’extreme dou-
leur, et prohiber les accidens prédits,
on appliquera trois ou quatre cautè-
res actuels ou potentiels autour de
la iointure de l’ischion , les faisans
profonder en la chair l’espaisseur d’vn
doigt, (plus ou moins, selon que le
malade sera gras ou maigre ) se don-
nant garde de toucher les nerfs. Et
pour bien faire, Je chirurgien doit te-
nir les vlceres longuement ouuertes,
à fin de donner issue à la matière
coniointe qui a esté de long tems re-
tenue en la partie affectée, qui se fera
par le moyen de petites boulettes
d’or ou d’argent, gentiane, ou de cire
1 Hippocrates, Aph. GO. liu. G, — A. P.
- Celse liu. 4. — A. P.
DES GOVTES.
255
fondue auec poudre de vitriol ou de
mercure, ou d’autre matière cathe-
retique *.
Or les cautères profitent pareille-
ment à cause qu’eschauflans la par-
tie , aussi ils eschauffent et dissoluent
les humeurs froids, et subtilient les
gros et visqueux , et les attirent de-
hors pour estre euacuésparles excre
mens que iettent les vlceres : et aussi
que les ligamens se resserrent par les
cicatrices, et la partie affectée de-
meure puis après fortifiée 2.
Annotation au ieune chirurgien :
c’est qu’il faut faire fléchir et es-
tendre la cuisse malade de ccluy
qui aura vnc sciatique, de quelque
cause que ce soit, de peur que le liga-
ment cartilagineux qui lie les os en-
semble ne s’enfle au dedans de la ioin-
ture, et que les os ne se conioignent
ensemble, et se face vn anchilosis.
CHAPITRE XXIX.
DE LA GOVTE GRAMPE.
La goule grampe est vne espece de
conuulsion, faite d’vue matière flatu-
lente, par le moyen de laquelle sou-
uentesfois le col , les bras et iam-
bes sont par vne grande force rc-
1 Voyez pour ces boulettes la note de la
page 227.
2 Le chapitre se terminait là en 1575 et
en 1579: ['annotation qui suit est une addi-
tion de 1585.
tirées , ou estendues , causant vne
extreme douleur , non toutesfois de
longue durée.
La cause d’vn tel mal est vne va-
peur crasse et lente, qui est entre les
membranes des muscles : qui vient
plusiost de nuit que de iour, à raison
que la chaleur naturelle et esprits se
retirent au centre du corps, qui fait
que la matière flatulente s’esleue et
fait tension aux parties, où s’introduit
la goûte grampe. Aussi quelquesfois
vient à ceux qui nagent en eau froide,
qui les fait noyer, pour l’impotence
qu’ils ont , ne pouuans nager , de-
meurans immobiles, parce que par la
frigidité de l’eau le cuir est espaissi
et retrait, et les pores clos , de sorte
qu’il ne se peut faire euaporalion de
ladite matière flatulente, mais au
contraire elle s’augmente par l’eau
froide. Ceux qui sont addonnés à
yurongnerie, oisiueté et paresse, pour
les crudités qu’ils amassent , sont le
plus souuent espris de ceste maladie.
Pour la cure, faut tenir bon ré-
gime, et trauaillermoderément, et ro-
borer les parties où tel mal aduient,
qui se fera par frictions longues, auec
linges chauds et eau de vie en la-
quelle on aura infusé fueillos de sau-
ge, rosmarin, !hym,sarielle, lauande,
clous de girofles, gingembre, ou au-
tres semblables discutions et résolu-
tifs. Et pourseder la douleur, lors
que la goûte grampe occupe quelque
partie , promptement elle sera ap-
paisée par friction, ou par extension,
ou flexion, ou par cheminer.
LE VINGT-DE' VXIEME LIVRE,
TRAITANT
DE LA PETITE VEROLLE, ROUGEOLLE,
ET VERS DES PETITS ENFANS, ET DE LA LEPRE «.
CHAPITRE I.
DES CAVSES DE LA PETITE VEROLLE,
ET ROVÜEOLLE.
Pour ce que la petite verolle et rou-
geolle sont comme les postes, hé-
rauts, et messagers de la peste, pro-
1 Ce livre avait paru pour la première fois
dans le Traicté de ta peste , petite verolle et
rougeolle, de 1568 ; l’histoire de la petite vé-
role, de la rougeole et des vers comprenait
ou chapitre 51 au 54 inclusivement, et l’his-
toire de la lèpre du 56 au 62 et dernier du
livre. C’était donc comme un simple appen-
dice au traité de ta Peste; aussi l’auteur
commençait en ces termes le premier cha-
pitre :
« Pource que nous auons auparauant déclaré
■ que la petite verolle et la rougeolle sont comme
les postes, etc. »
Et tout en retranchant quelques mots,
l’auteur a encore laissé subsister dans le pre-
mier paragraphe du livre actuel des traces
trop manifestes de la place qu’il lui avait
primitivement donnée. C’est en 1575, dans
la première édition des OEuvres complètes,
que ce livre fut séparé de celui de la peste ,
uenant aussi du vice de l’air, et de la
corruption des humeurs : outre-plus
qu’en la peste s’engendrent des vers
à plusieurs, il m’a semblé bon d’en
escrire icy quelque chose, à fin que
par ce traité le ieune chirurgien soit
plus amplement et parfaitement in-
struit en ceste maladie pestilente 1 2.
et placé avant lui, entre celui de lu grosseVe-
rolle et celui des Morsures et Piqueures véné-
neuses. 11 se composait alors de il chapitres,
qui en tirent 12 en 1579 par la division du
deuxième ; et deux autres ont été ajoutés en
1585. Je ne parle pas d’un long article sur
les vers, placé en 1579 à la suite du troisième
chapitre, et que j’ai renvoyé au livre des
Monstres, d’où il avait élé en partie tiré. J’ai
d’ailleurs exposé dans mon introduction
quelle avait été pour Paré l’occasion de ce
livre, ou du moins de la première partie.
Voyez tome Ier, page ccxxii.
2 A la suite de ce premier paragraphe, on
lisait dans les éditions de 1568 et 1575 :
«Et en ceste petite addition ieconfesseauoir
imité en plusieurs endroits ce que maistre
Simon de Vallambert, homme prudemment
versé aux bonnes lettres , Médecin de mon-
seigneur le duc d’Alençon et de madame la
DE LA PETITE VEROLLE ET LEPRE.
Donc pour commencer à la descrip-
tion de la petite verolle et rougeolle :
ce sont petites pustules et taches qui
apparoissent à la superficie du cuir,
faites de sang impur et autres hu-
meurs vicieux , iettés par la force de
la vertu expulsiue. Les anciens tien-
nent qu’elles sont engendrées de quel-
que reste du sang menstruel , duquel
l’enfant ayant esté nourri au ventre
de la mere, en relient encore apres
quelque portion et malignité : la-
quelle en grand chaud ou saison aus-
trale venant à s’exciter et boüillonner
auec tout le reste de la masse sangui-
naire, s’espand, et se monstre par
l’habitude de tout le corps. Qu’il soit
vray, on voit peu de personnes qui ne
l’ayent vne fois en leur vie : et mesme
elles peuuent venir aux grands ainsi
qu’aux petits enfans , d’vne grande
ferueur et ébullition de sang, et autres
humeurs vicieux, et aussi par conta-
gion de l’air pestiféré : dequoy l’ex-
perience iournelle nous fait foy.
Or la verolle différé de la rougeolle,
ainsi que la bosse du charbon : d’au-
tant que la verolle est faite de matière
plus crasse et visqueuse, sçauoir san-
guine et pituiteuse, que la rougeolle,
qui se fait d’vne matière plus chaude
et plus subtile ‘, sçauoir bilieuse :
parquoy la rougeolle ne laisse pour
marque de soy sinon taches connue
de pulces par tout le corps, autres
fois rouges, autres fois verdes ou noi-
duchcsse de Sauoye , a escrit en son liure de
la maniéré de nourrir et gouuerner les en-
fans, ce que ie croy qu’il ne trouuera pas
mauuais, attendu que ie l’ay faict pour l’v-
tilité publique. »
Peut-être est-il à regretter, pour la probité
scicniilique de notre auteur, qu’il ait effacé
ce modeste aveu à partirde l’édition de 1579.
1 Le reste de cette phrase a été ajouté en
1575.
2Ô7
res : mais la verolle s’esleue en pus-
tule pointue et blanchissante, argu-
ment de meslange de pituite auec
sang. D’auantage , la verolle est plus
esleuée en pointe : au contraire la
rougeolle ne sort gueres hors du
cuir, mais est plus large : toutesfois
au commencement que l’vne et l’autre
sortent, comme du premier, second ,
et tiers iour, il est difficile de les dis-
tinguer l’vne de l’autre , par ce qu’el-
les sont en leur commencement pres-
que semblables : et depuis le second
ou tiers ou quart iour, la verolle
croist et se blanchit auant qu’elle
vienne en crousle : au contraire , la
rougeolle demeure rouge à la super-
ficie du cuir, et ne croist point en
tumeur. D’auantage la verolle pique
et fait démangeaison , et la rougeolle
ne pique et ne démangé point : parce
que l’humeur n’est pas si acre ny
mordicant, ou par ce qu’estant plus
suhtil il s’exhale plus aisément. Les
malades ont vne grande sternutation
lors qu’elles veulent sortir, à cause
que les vapeurs putrides montent des
parties inferieures au cerueau. Outre-
plus ils ont fiéure continue, auec
douleur tres-grande au dos, prurit
et démangeaison au nez, aussi dou-
leur et pesanteur de teste auec ver-
tigine, comme si tout tournoit , dé-
faillance de cœur, nausée et vomis-
semens, mal de gorge, la voix
enrouée , douleur de poitrine, courte
haleine, auec grand battement de
cœur. D’auantage, ils ont les yeux
flamboyans, lassitude de tout le
corps, vrines rouges et troubles,
resueries : toustes lequelles choses,
ou la plus grande part d’icelles , ad-
uiennenl au commencement de la
verolle et rougeolle.
Quant au présagé que Ion peut
faire de ces deux maladies si sembla-
l7
lli.
q58
LE VING l'-DEVXIEME LIVRE
blés d'origine, on peut asseurément
dire que en icelles il y a vne qua-
lité tellement veneneuse et conta-
gieuse, que mesme auec les humeurs
et parties charneuses elles rongent
et gastent les os, comme fait la grosse
verollo : ce que ie n’ay pas veu seule-
ment en l’année 1568*, mais plusieurs
autres fois par le discours de l’aage
qu’il a pieu à Dieu me donner iusques
à présent.
Et pour vous en donner vn notable
exemple, i’ay bien voulu descrire
cesttiy-cy ( qui est l’vn des plus es-
merueillables que l’on sçauroit voir)
d'vne petite fdle aagée de quatre à
cinq ans, fille de Claude Piqué, re-
lieur de liures du roy, demeurant rue
Saint-Iacques à Paris, laquelle ayant
esté malade de petite verolle enuiron
vn mois, et Nature n’ayant peu sur-
monter la poison , luy suruindrent
apostcmes sur le slernon et aux
jointures des espaules, dont la ma-
tière virulente rongea et sépara en-
tièrement tous les os du slernon, et
les epipbyses des os adiutoires, auec
bonne portion de la teste de l’omo-
plate : ce que n’ay veu seul , ains
auec moy monsieur Myron , à présent
Conseiller , et premier Médecin du
Roy, Docteur, Regent delà Faculté de
Médecine de Paris *, et Iean Doreau ,
chirurgien de M. le comte de Bryane :
en la presence desquels i’ay veu et
analomisé la dite fille, en laquelle
ay trouué ce que i’ay dit cy dessus.
1 Edition de 1568 : ceste année 1568.
2 Edition de 1568 : Monsieur maislre Marc
Myron, Médecin ordinaire duRoy el Docteur
à Paris : maislre François Rasse des JVeux ,
chirurgien audit lieu, et Jean Doreau, etc.
— Dans l’édition de 1575, monsieur Myron
était déjà décoré de ses titres nouveaux, et
maislre des N eux suivait toujours. Le nom de
ce dernier a été rayé du texte en 1579.
Rolin Marie, marchand lunetier
demeurant près le Palais, me fit ap-
porter sa fille aagée de quatre ans
deux mois, qui auoit eu tout le corps
couuert de pustules de la petite ve-
rolle, ayant les os des bras et iambes
apostumés , pourris et fracturés , ac-
compagnée de Géure ardente. le ne
luy voulus aucunement loucher : le
lendemain décéda *.
On voit aussi à plusieurs grande
portion de genciues carieuses et pour-
ries, auec grande feteur : telle cor-
ruption se fait de vapeurs putredi-
neuses qui s’esleuent des parties in-
térieures à la bouche: et meurent
presque tous, quelque diligence qu’on
leur sçache faire.
On voit d’auantage par la dissec-
tion des corps qui en sont morts, que
lesdites maladies laissent le plus sou-
uent vne merueilleuseintemperature
aux parties du dedans , comme au
foyc , à la rate , et aux intestins, dont
s’ensuit à plusieurs hydropisie, phthi-
sie , enroüeure de voix , courte ha-
leine, flux de ventre, auec vlceres
aux intestins, et par conséquent la
mort 1 2, selon que ces pustules ont
rauagé par ces parties intérieures
de mesme furie que l’on les voit as-
seoir sur la peau. Et quant aux par-
ties externes, elles laissent non seu-
lement deformité, principalement au
visage, à cause des pustules et vlce-
res, qui passant la superficie du cuir
ont profonde en la chair, desquelles
sont demeurées des laides cicatrices :
mais aussi quelquesfois elles gastent
et font perdre le mouuement des
1 Cette courte observation , de même que
le paragraphe qui vient après, sont des ad-
ditions de 1585.
2 La phrase s’arrêtait là en 1568; elle a
été complétée en 1575.
DF. LA. PETITE VEROLLE ET LEPRE.
Jointures , et principalement des cou-
des, poignets, genoux, et du pied.
Aucuns en ont du tout perdu la veuë,
ainsi qu’a fait le seigneur de Guime-
nay, et vue infinité d’autres : aussi
quelques vns ont perdu l’oliye, au-
tres le fleurer, par excroissance de
chair suruenue aux conduits tant
des oreilles que du nez, après les pus-
tules sorties, comme elles font aussi
en tous les endroits du corps, tant
par dehors que par dedans (ainsique
nous auons demonstré par cy déliant)
lesquels empeschent les conduits des
oreilles et du nez. Bref, ie puis dire
que toutes les apostemes qui aduien-
nent aux petits etifans ayans eu la
verolle ou rougeolle, desquelles ils
n’auront pas esté purgés à suffisance
pour la décharge de nature, tiennent
de la malignité et vénénosité de l’hu-
meur qui fait Iesdiies maladies, et
partant sont fort malaisées à guarir.
Et pour le dire en vu mot, la petite
verolle et rougeolle u’esfans pas bien
purgées, causent d’aussi diuers et
fascheux aecidefis que fait la grosse
verolle '.
CHAPITRE II.
DE LA CVP.Ë DE LA PETITE VEROLLE
ET ROVGEOLLE.
La cure d’icelles sera diuersifiée se-
lon que l’humeur participera de la
peste, ou n’aura aucune commu-
nication auec icelle. Car si elles
sont pestilentes, et aux enfans qui
encore tetent , on fera vser à la nour-
1 Les éditions de 15G8 et 1575 ajoutaient
ici : et mesmes aucunes fois la lèpre. Cela a
été effacé en 1579.
q59
rice de choses qui contrarient au ve-
nin, comme nous dirons en la cure
de l’enfant pestiféré, à fin d’empescher
que le venin n’aille saisir le cœur. Et
faut tenir l’enfant en chambre chau-
de, où le vent n’entre point, etl’en-
uelopper de drap d’escarlate *, ou
d’autre drap rouge, c’est à dire,
en faire les custodes et couuer-
ture de son Uct, auquel on le fera
tenir, lecouurant médiocrement, ius-
quesà ce que la verolle ou rougeolle
soit sortie du tout. Aussi faut que la
nourrice mange en ses potages , pour-
pié,laictue, vinclte, cichorée, bour-
rache, et qu’on y mette vu noiiet
d’orge-mondé. Elle euitera du tout
les viandes chaudes, comme saletfres,
pastisseries, espiceries, et le vin, s’il
n’esloit bien trempé d’eau , de peur
de rendre son sang trop chaud, qui
eschaufferoit d’auantage celtiy de
l’enfant : parquoy en lieu d’iceiuy,
elle boira ptisane cuitte auec raisins
et racine devinette. Et faut qu’elle
prenne les medicamens en lieu de
l’enfant , comme si elle mesme auoit
ceste maladie : et partant on luy or-
donnera son régime et maniéré de
viure, et médecines qui soient en
quantité conuenables et proportion-
nées à elle, et en qualité propres à
l’enfant, à fin de rendre le laict médi-
camenteux : car il prend nécessaire-
ment la vertu et nature de ce que la
nourrice a pris , ainsi que nous auons
prouué par cy deuant : et partant le
laict d’icelle supplée au defaut desre-
medes qu’il deuroit prendre luy
mesme par dedans : et pour le dire en
vn mot, elle tiendra le régime qu’on
1 Gaddesden, au xive siècle, avait donné
un conseil tout semblable pour le fils du
roi d’Angleterre. Voyez mon Introduction,
page lui.
oho le vixgt-jdevxieme livre
a accousîumé de tenir aux fiéures
pestilentes.
Il ne faut donner bouillie à l’en-
fant, ou on luy en donnera en bien
petite quantité. Et s’il est sevré et ja
grandelet, il n’vsera pareillement de
chair, iusques à ce que la üéure soit
passée et grandement diminuée, et
quelaverolie soit du tout sortie: mais
il mangera orge mondé fort liquide,
ou laict d’amandes, ou potage de pou-
lets cuits auec les herbes susdites,
panade , gelée, coulis, pruneaux et
raisins de Damas.
Pour son boire, vsera de plisane
faite auec orge mondé, racines de dent
de chien et de vinette, vn noüel des
quatre semences froides, pruneaux
et raisins de Damas, auec poudre
d’yuoire et de corne de cerf : et auec
icelle entre les repas on pourra mes-
ler du syrop violât, et non rosat, ny
autre astringent, de peur d’arresler
l'humeur , et l’empescher de sortir
hors.
Le dormir de l’enfant doit estre mo-
déré et non trop profond, de peur
de retirer les matières au centre du
corps et augmenter la chaleur de la
heure.
Ilne faut purger ny saigner ( s’il
n’y auoit grande plénitude, ou quel-
que complication de maladie, comme
vne pleuresie, ophthalmie, squinan-
eie,et autres semblables) si ce n’est
en la déclinaison, ou bien le premier
ou second iour au plus tard de la
maladie , de peur d’interrompre le
cours de nature : mais on se conten-
tera de donner quelque clystere , ou
bouillon de maulues, violettes de
Mars, bourrache, ou ius de pruneaux,
et raisins au matin. Et aux enfans
plus grandelets, quelque bolus de
casse, pour amollir le ventre, et aider
Nature à ietler hors les humeurs
pourris et corrompus qui causent la
verolle ou rougeolle : ce qui se fait
volontiers au troisième ou quatrième
iour, plus ou moins, selon la disposi-
tion du corps et l’humeur préparé à
sortir hors, ou selon l’air ambiens.
Et alors faut prouoquer la sueur par
remedes qui omirent les pores, et
subtilient les humeurs , et les facent
sortir par sueur, de peur que la ma-
tière virulente ne demeure au de-
dans du corps, et soit cause de la
mort des malades.
Ce que i’ay veu depuis peu de
temps en ça 1 auec maistre Richard
Hubert, Chirurgien iuré à Paris, en
deux filles, l’vne aagée de quatre ans,
l’autre de dix-sept : ausquelles après
leur mort auons trouué les parties
intérieures toutes couuertes de bou-
tons crousteux, et tous semblables à
ceux qui sont au dehors.
Or s’il aduenoit que le sang sorlist
par le nez, ne faut penser que la
matierede la petite verolle se puisse
tousiours parfaitement euacuer par
iceluy : car i’ay veu souuenlesfois
qu’au quatrième ou cinquième iour
suruenoit grand flux de sang par le
nez aux malades, et toutesfois pour
ceste vacuation la verolle ne laissoit
à sortir en grande abondance, telle-
ment que leur corps en estoit tout
couuert. Et pour ce ne faut arrester
ledit flux, s’il n’estoit trop impétueux,
et qu’on conneust les forces abbatues,
à quoy alors on procédera comme
nous dirons 2.
Et pour retourner à la sueur, pour
la pi'ouoquer sera vtile la potion faite
de décoction de figues seiches, lenlil-
1 Je rappelle que ceci est le texte de 1 5GS.
2 L’édition de 15G8 portait: comme nous
auons dit au cliap. 28. Voyez Ci-devant la
note 1 de la page 256.
DE LA. PETITS VEROLLE ET LEPRE.
26l
les escorcées, semence de citron, de
fenoil, d’ache, persil, et les racines de
reglisse, et leurs semblables, auec
raisins de Damas et dactes.
Or que telles choses soient bien
propres à faire sortir la verolle et
rougeolle,il appert par ce que la de
coction seule de figues prouoque
grandement la sueur, aussi elleadou-
cit et absterge doucement. Les se-
mences de fenoil et autres mention-
nées, omirent les pores pour donner
issue aux humeurs: les lentilles em-
peschent que la gorge et autres par-
ties internes ne soient esprises de
boutons de la verolle, pour ce qu’elles
ont vne astriction benigne, et seruent
aussipourengarder le flux de ventre :
on les y met escorcées, par ce quel’es-
corce est trop astringente :les dactes y
sont mises pour roborer l’estomach :
la semencede citron, pourdefendre le
cœur : et la reglisse pour adoucir la
gorge, et empescber l’enroüeure ,
ioint aussi qu’elle aide à prouoquer
la sueur. Et de ces simples on fait des
doses grandes ou petites, selon la
qualité et force des malades, et la
vehemence de la maladie et ses acci-
dens.
La sueur sera prouoquée loing du
repas, tant par choses intérieures
qu’exterieures. Et faut enuelopper
l’enfant en vn linceul moüillé en la
susdite décoction chaudement , et
exprimé bien fort : ce qui se peut bien
faire non seulement aux enfans, mais
aussi aux grands. D’auantage la de
coction de millet , figues et raisins
auec sucre , prouoque la sueur :
outre plus on peut appliquer aux
parties extérieures vessies, ou espon-
ges, ou cailloux chauds. Aussi est bon
esucntiller le visage pendant que le
malade sue, auec vn esuentoir, à fin
de corroborer la chaleur naturelle,
et engarder que le malade ne tombe
en défaillance de cœur par la chaleur
et sueur: ce faisant la vertu est mieux
conseruée, et par conséquent les su-
perfluités sortent mieux par les pores
du cuir, et par le cracher et mou-
cher. Pareillement on fera sentir au
malade vinaigre et eau rose, auec vn
peu de camphre et autres senteurs
qui ont vertu de rafraischir : ce qui
sert encore pour defendre le dedans
du nez de la verolle.
CHAPITRE III.
QVELLES PARTIES FAVT PRESERVER DE
LA VEROLLE t.
Entre les parties du corps qui sont
fort suiettes à estre gastées et per-
dues de ladite verolle, les yeux, le
nez, la gorge, les poulmons et intes-
tins y sont fort enclins, dont quel-
quesfois la mort s’ensuit : parquoy il
y faut remédier L
Et premièrement , pour subuenir
aux yeux qu’ils ne soient gastés : au
commencement on doit mettre autour
des paupières eau rose, verjus, auec
vn peu de camphre, ou faire vne dé-
coction de sumach, berberis, escorce
de grenades, aloé auec vn peu de
saffran. Le jus de grenades aigres est
bon àceste intention : aussi on peut
mettre souuent dedans les yeux, des
blancs d’œufs et eau de rose battus
ensemble : pareillement du laict de
femme eteau de rose autant d’vnque
1 Ce chapitre était confondu avec le pré-
cédent dans les premières éditions; il n’en
a été séparé qu’en 1679.
s La première édition posthume ajoutait
ici : tant que possible sera. J’ai cru devoir
préférer le leste de toutes les éditions faites
du vivant de l’auteur.
LE VINGT-DEVXIÉME LIVRE ,
□ 62
d’aulre, et les renouueller soutient.
Et pour le dire en vn mot, les choses
froides et qui repoussent, sont bon-
nes : ncanlmoins si on voit les yeux
fort tuméfiés et rouges, il ne faut
vser de simples repercussifs, mais ils
seront meslésauec choses abslersiues,
et qui ayent faculté de corroborer la
veuë, comme l’eau d’euphrase, fe-
noil , et autres semblables. Et lors
qu’il y a inflammation ou rougeur , il
11e faut que le malade voye grande
clarté ny choses rouges, de peur
d’augmenter la douleur et inflamma-
tion. Et quand la verolle est en son
estât, qui est son plus grand mal, et
qu’il y a grande chaleur et rougeur
aux yeux, adonc on doit vser de re-
medes desiccatifs et résolutifs doux et
bénins, et ayans vertu de roborer la
veuë, comme sont aloé, tuthie, anti-
moine laués , eau de fenoil , d’eu-
ph rase et de roses.
Pour defendre le nez, on doit faire
sentir au malade vinaigre et eau rose
auec vn peu de camphre, ou verjus et
vinaigre, et en mouiller souuent le
nez auec vn mouchoir: et aux parties
supérieures on doit appliquer des
remedes repercussifs cy dessus men-
tionnés.
Pour defendre la gorge, et que la
respiration ne soit empeschée , on
fera des gargarismes d’oxycrat ou de
vin de grenades aigres, et en conuient
mascher, et tenir des grains souuent
en la bouche : ou des noüets faits de
psyllium, de coings, et autres choses
froides et astringentes.
Quant est des poulmons, pour les
defendre et empescher la courte ha-
leine, le malade vsera souuent de
gyrops de iuiubes, ou violât, ou rosat,
ou de pauot blanc, ou de grenades,
ou de nénuphar, et autres semblables.
Et quand la verolle et rougeolle
sont du tout sorties dehors, il ne faut
tant tenir la chambre close, ny si
chaude comme on faisoil : ains alors
quant à la verolle, la faut suppurer,
puis l’ouurir, la desseicher, et faire
tomber les croustes Mais h rougeolie
ne se suppure point, on la fait résou-
dre et seicher seulement. On suppure
la verolle auec beurre frais, ou auec
vne fomentation faite de figues, ra-
cines de guymauue, oignons défis,
semence de fin, et leurs semblables.
Et quand les grains de verolle sont
meurs, on les doit couper auec ci-
seaux, ou autrement ouurir auec vne
aiguille d’or ou d’argent ', de peur
que la bouë et sanie ne face érosion
à la chair de dessous , et que puis
apres n’y demeurent des petites fos-
settes et cicatrices canes , qui est
chose laide, principalement en la face.
Or après qu’elles sont ouucrtes, il les
conuient desseicher , puis les faire
tomber, qui se fera auec onguent
rosat, auquel on adioustera ceruse,
lilharge, aloës subtilement puluerisé
auec vn peu de saflfran : ce qui non
seulement desseiche, mais aussi aide
nature à engendrer chair. Et pour ce
on peut dissoudre de la farine d’orge
et de lupins deslayées auec eau rose,
et auec vn linge bien délié on en
oint les parties malades. Aucuns les
gressent de coënne de lard vn peu
bouillie auec eau et vin, puis respan-
dent dessus de la farine d’orge, ou de
lupins, ou toules les deux en sem e :
les autres prennent du miel venant
de la ruche, auec farine d’orge, et
oignent les boutons pour les seicher
et faire tomber : et quand ils sont du
tout seiches, pour les auancer de se
séparer, ils mettent de l’huile rosat ou
1 Ces mots : ouurir auec vne aiguille d’or ou
d’argent, ont été intercalés ici en 1575.
DE LA PETITE VEROLLE ET LEPRE.
263
violât, ou d’amandes douces tiede ou
de la cresme.
Après que la verolle est sorfie, il
suruientvn grand prurit et déman-
geaison, et par se trop gratter quel-
quesfois aduiennent grandes escor-
cheureset vlceres, parce que le grat-
ter est cause de faire al traction à la
partie, et y causer vlceres, dont les
cicatrices sont puis après laides, et la
face difforme : parquoy, si c’est vn
enfant qui soit malade, il luy faudra
lier les mains, et fomenter les lieux du
prurit de la décoction de guymauues,
orge, lupins et sel. Et quand le cuir
est escorché, il y faut appliquer de
l’onguent dit album Hhasiscamphré, y
adioustant vn peu d’aloës en poudre
et de cinabre, ou de dessiccalif rouge,
ou autres semblables remedes.
Que si la verolle s’est iettée aux
yeux , nonobstant quelque defense
qu’on ait peu faire, premièrement il
faut défendre la grande clarté et la
veuëdes choses rouges, et y appli-
quer collyres, les diuersiliant selon la
diuersilé des accidens. Et faut bien
auoir esgard à la grande tumeur et
inflammation qui y suruient quel-
quesfois : comme l’on Voit à plusieurs
enfans le mal eslre si grand, qu’ils
perdent la veuë, et mesme à aucuns
les yeux se creuenl et sortent du tout
hors de la leste : à quoy le Chirurgien
pouruoyra, et y remédiera tant qu’il
luy sera possible.
Pareillement s’ilsuruienldes grains
de verolle dedans le nez, qui deuien-
nent en croustes et vlceres , on y
appliquera remedes propres , les y
adaptant aueedes tentes de linge ou
de cotlon.
Aussi le plus souuent en la bouche
et au gosier y viennent escorchures,
auec enroüeure de voix, et grande
difficulté d’aualler les viandes : et
pour y remédier, il la conuienl gar-
gariser auec eau d’orge et de plantain ,
ou de cerfeuil , ausquelles on dissou-
dra du syrop rosat et diamorum :
aussi le malade tiendra souuent en la
bouche sucre rosat, ou diatragacanth
froid , ou pilules blanches , sucre
candi, alphenic, et diaireos.
Et quant aux cicatrices ou marques
qui demeurent au cuir, pour les oster
il faut auoir esgard en quelle partie
elles sont : car si c’est au visage, et
qu’il y ait grande tuberos'té, il les
conuienl couper auec ciseaux, ce que
i’ay souuenlesfois fait : aussi on y ap-
pliquera de l’onguent citrin recente-
ment fait, ou de la pommade, ou ce
liniment.
if. Amyli triticci et amygdalarum excorli-
catarum ana 3. j. IJ .
Gurmni tragacanlhi 3. fi.
Seminis melonum, fabarum stccarum
excorticatarum, far. bord, ana 3. ilj.
Putuerisentur omnia subliiiter, deinde in-
corporenturcum aqua rosacea, et liât li-
nimentum.
Duquel en faut oindre la face auec
vne plume, et le laisser toute la nuit :
et le lendemain la lauer auec eau de
son de froment. Le laict virginal y
est pareillement propre. La gresse
d’oye, ou de canard, ou de poulaille,
est propre pour lenir et adoucir
l’aspérité du cuir, comme l’huile de
lis. Le sang de liéure tout chaud, ap-
pliqué souuent, est souuerain pour
remplir les cauilés et faire le cuir égal,
et corrige la noirceur qui demeure
és cicatrices : pour cest effet aussi vne
coënne de lard chaude est propre ,
frottant d icelle la partie. Pareille-
ment l’eau distillée de fleurs de feues
et de racine de lis est singulière pour
effacer et polir les cicatrices : aussi
l’eau distillée de racines de cannes et
LE VINGT- DE VXIEME LIVRE,
264
de coques d’œufs, et mesme l’huile
d’œuf, et plusieurs autres remedes
semblables.
CHAPITRE IV.
DES VERS Q VI S’ENGENDRENT ES
BOYAVX i.
I.es vers se font d’vne matière
grosse, visqueuse et crue, laquelle se
corrompt en l’eslomach.puis descend
és intestins : et veu qu'elle n’est pas
bien chylitiée, c’est à dire façonnée
par la première concoction qui se fait
en l’estomacb, elle se pourrit du tout :
et pour sa viscosité , qui la fait adhé-
rer à iceux, ne la peuuent ietter hors
le ventre, dont y estant retenue se pu-
tréfié d’auantage : de quoy sont pro-
duits et engendrés des vers par l’action
de la chaleur, qui puis après viuent
d’icelle : laquelle estant consumée,
si on ne leur baille promptement vne
autre matière pour les nourrir et
saouler, ils se pourmenent par les in-
testins , causans grandes douleurs aux
malades , et montent quelquesfois
iusquesen l’estomach,et les iette l’on
par la bouche, et aucunesfois passent
par les trous du palais, et sortent par
le nez, ce que i’ay veu plusieurs fois 2.
Il y a trois especes et différences de
vers, à sçauoir, de ronds et longs,
larges et longs, et de petits et gresles.
1 Ce chapitre est toujours coté le qua-
trième dans toutes les grandes éditions à
partir de celle de 1579; mais alors même il
était séparé du précédent par un assez long
article en partie emprunté au livre des
Monstres , auquel nous l’avons en entier
restitué. Voyez ci-devant page 33, note 2.
2 Ces derniers mots : ce que i’ay veu plu-
sieurs fois, n’ont été ajoutés que dans la
première édition posthume.
Les premiers sont nommés des anciens
Teretes, c’est à dire ronds en longueur.
Les seconds sont dits Teniœ, parce
qu ils sont longs et larges en forme
d’vne bande. Les tiers sont appelés
Ascarides, pource que tels communé-
ment sont sautelans.
Il y a d’autres différences des vers
prises des couleurs, comme rouges,
blancs , noirs, gris, citrins , et quel-
ques vns sont trouués cornus et
velus, ayans la tesle de la figure
d’vn chabot. En aucuns malades s’en
procrée grand nombre, qu’ils jet-
tent tous les iours par le siégé ,
et sont menus comme filets ou poils,
et tels sont volontiers de couleur
blanche : ce sont ceux que nous
auons appelés Ascarides. Ladiuersité
des couleurs se fait selon la cause
des humeurs pourris1, non pas que
des vers les vns soient engendrés de
cholere, autres de melancholie, au-
tres de pituite, comme les Médecins
grecs ont estimé : car la melancholie
et cholere sont humeurs pour le re-
gard de leurs qualités du tout ineptes
à la génération des vers: mais parce
que parmy la substance chyleuse ou
pituiteuse dont ils sont engendrés, il
y a quelque meslange des humeurs:
de là vient la diuersité des couleurs
és vers.
Or les longs et larges, ou plats,
tiennent quelquesfois tout le long des
intestins, et tels sont comme vne sub-
stance mucqueuse et glaireuse : et
véritablement i’en ay veu vu qui sor-
1 L’édition de 1568 ajoutait : ainsi qu’a-
uons dict du pourpre et des charbons, et arrê-
tait là ce paragraphe. Celle de 1575 l’a com-
plété ; mais bien qu’ayant changé la place
du livre de la Peste, elle avait conservé, sans
doute par inadvertance, cette indication de-
venue fausse. Elle a été rayée en 1579.
DE LA PETITE VEROLLE ET LEPRE.
tit hors d'vne femme , et estoit sem-
blable à vn serpent , de longueur de
plus d’vne toise. Dequoy ne se faut es-
merueiller, veu que les anciens eseri-
nent en auoir veu de toute la lon-
gueur des intestins, qui est sept fois
la longueur de nostrecorps, parceque
les boyaux de chacun homme ont
telle longueur : et lesçay pour l’auoir
veu, et monstre quelquesfois aux es-
coles de Mcdecine de ceste ville, fai-
sant dissections anatomiques publi-
ques.
D’auantage, Iean Wier , Médecin
tres-docte du Duc de Cleues , escrit
en son liure de l’Imposture des diables ,
qu’vn villageois ietla vn ver de huit
pieds et vn doigt de long, lequel auoit
la gueule presque semblable à vn bec
de cane ».
Monsieur Valeriola, Médecin d’Ar-
les, au liure de ses übseruotions, dis-
courant doctement sur les causes de
la génération des vers, dit en auoir
veu vn en la ville d’Arles ayant neuf
pieds et plus de long1 2 * * 5.
El tout ainsi que les vers sont diffé-
rons les vns des autres, aussi il y a
diuersité des lieux où ils se procréent :
car les ronds et longs s’engendrent
volontiers és intestins gresles, les au-
tres aux gros , et principalement les
petits vers capillaires , et iamais en
l’eslomach : car nul animal ne se fait
en la concoction de la viande , mais
seulement en la distribution és
boyaux, après qu’elle a commencé à
estre corrompue en l'estomach : es-
quels boyaux elle se corrompt et pour-
1 Paré avait ajouté ici en 1579 une mé-
chante figure d’un vers ayant la leste comme
vue cane. J'ai suivi les éditions primitives
où la figure n’existe pas.
5 Cette citation de Valeriola est une addi-
tion de 1575.
q65
rit d’auantage, et de là naissent des
vers. Quelquesfois ils s’engendrent
dés que l’enfant est au ventre de la
mere, à cause de la mauuaise nour-
riture qu’il prend d’elle et aussi à
cause qu’ils ne vuident lors rien par
le fondement, dont aduient que de la
rétention de tels excremens s’engen-
drent vers, comme quelques vns ont
noté de la sentence d llippocrates au
liure quatrième de morbis , sur la lin.
Et pour le dire en vn mot, iis s’en-
gendrent en tous aages, et principale-
ment aux crapuleux, goulus, et à
ceux qui viuent de mauuaise nourri-
ture, comme de fruicts crus, fromage
et laictage.
Or pour connoistre en quels en-
droits du corps sont les vers , il faut
entendre que lorsqu’ils sont aux in-
testins supérieurs, les malades ont
vne douleur d’estomach auec appétit
canin et depraué , c’est à dire qu’ils
désirent à manger diuerses viandes
et grande quanlité, parce que leur
nourrilure est consumée et mangée
par les vers: et tombent souuent en
défaillance de cœur, à raison du con-
sentement et sympathie de l’orifice
du ventricule et estomacli qui a sen-
timent tres-exquis auec le cœur. D’a-
uantage ils sentent vn prurit et dé-
mangeaison au nez , et ont l’haleine
forte et puante, à cause de la corrup-
tion des viandes en l'estomach, dont
les exhalations montent en haut, qui
fait pareillement qu’ils sont fort as-
sommeillés, et tressaillent en dormant.
Outre-plus ils ont quasi tousiours vne
petite tiéure lente, auec toux seiche,
les yeux connillans, et souuent chan-
gement de couleur au visage.
On connoistleslongset larges quand
1 La phrase finissait là en 15GS; le reste
a été ajouté en 1575.
a66
LE VINGT-DIÎVXIÉME LIVRE,
on voit aux selles des excremens
semblables à semences de melons ou
cougourdes : les autres, sçauoir lesas-
carides, se connoissent par le prurit
et démangeaison qu'ils font au siégé,
ainsi que morsures de fourmis1 : par
vn tenesme et descente du gros
boyau.
La raison de tous ces symptômes est
telle: le sommeil de ceux qui sont in-
quiétés des vers est turbulent , iusques
à crier en dormant, quand les vapeurs
excitées par le remiffement des vers
etenuoyées au cerueau sont chaudes,
subtiles et acres : comme au contraire
le sommeil est profond lors que telles
vapeurs sont froides et grossières. Ils
songent en dormant manger et aual-
ler , ou bien grincent les dents, à
cause que les vers lors deuorans le
chylus enuoyé du ventre aux intes-
tins, excitent semblable sentiment et
imagination en eux lorsqu’ils dor-
ment : ils ont vne toux seiche, par le
consentement des parties qui sont dé-
diées à la respiration , auec celles
qu’on appelle naturelles : desquelles
vapeurs putrides sont esleuées, qui
venans à heurter contre le dia-
phragme, l’irritent àexcretion comme
pour ielter quelque chose nuisible :
lesquelles venans à monter à l'orifice
de l’estomach, partie fort sensible de
nostre corps, excitent vn sanglot, ou
syncope, selon qu elles sont subtiles,
grossières, ou acres : et venans à s"es
leuer vers la teste , excitent vne dé-
mangeaison de narines et esbloüisse-
ment à la veüe 2.
Ceux qui sont grands sont pires que
1 Encore une phrase qui s’arrêtait là tout
court en 15GS, et qui a été complétéeen 1575.
2 Ce paragraphe tout entier date de 1675.
les petits, les rouges plus mauuais
que les blancs, les vifs que les morts 1 ,
et les bigarrés plus que ceux qui sont
d’vne seule couleur, de tant qu’ils
demonstrent plus grande pourriture.
Et lors qu’il y en a grand nombre, ils
demonstrent d’autant grande quan-
tité de pourriture. Ceux qui sortent
auec le sang signifient mal, parce
qu’ils demonstrent que les intestins
sont offensés d’erosion : carquelques-
fois ils les rongent, de façon qu'ils sor-
tent hors des intestins et se dispersent
en plusieurs endroits du ventre, et
sont cause de la mort des pauures
malades2. Ainsi escrit Iacques Hou-
lier, chapitre 54 des maladies internes,
et Manard en ses Epistres liure 3,
qu’on a veu quelquesfois des vers
sortir par les aines, s’estans eux-mes-
mes fait le chemin par érosion.
Quandlesenfans ont des vers, et ne
peuuent auoirleur baleinequ’à peine,
et sont moites , c’est signe que la
mort est à la porte. D’auantage au
commencement des ûéures aiguës, si
les vers ronds et longs sortent en vie,
c’est signe que la fiéure est pestilente,
demonstrant qu’ils ne peuuent endu-
rer tel venin : et encores s’ils sont
morts, ils donnent à connoistre d’a-
uantage qu’il y a plus grande corrup-
tion et vénénosité.
** La fin de cette phrase est de 1575.
* Là finissait le paragraphe dans l’édition
primitive. La citation de Houlier se lit déjà
en 1575; mais le nom de Manard n’y a été
ajouté que dans la première édition pos-
thume. Celle addition avait été faite avec si
peu de soin , que le ch. 54 , Des maladies
internes, semblait se rapporter à Manard;
j’ai restitué à chaque auteur ce qui lui ap-
1 partient.
DE LA PETITE VERORLE ET LEPRE.
CHAPITRE V.
CVRE DES VERS.
Toute l’intention de la cure est
faire sortir les vers vifs ou morts hors
du corps» : de tant qu’ils sont de ce
genre des choses qu’on dit eslre du
tout contre Nature.
Il faut euiler toutes viandes qui
engendrent corruption , comme fruits
crus, fromages, laictages, et le pois-
son, et généralement toutes choses
de difficile digestion eide facile cor-
ruption. La bouillie est bonne aux
enfans , à cause qu’ils ont besoin d’vne
nourriture humide, de grosseur con-
forme au iaict , non de trop difticiie
digestion : lesquelles condilions sont
trouuées en la bouillie, pourueu que
la larine de froment ne soit crue ,
mais cuite auparauant au four, à
tin qu elle ne soit tant visqueuse et
grossière, et aussi à On que le Iaict ne
cuise pas si longuement : parce qu’il
faut que pour donner cuisson à la fa-
l'ine, le Iaict cuise semblablement
longtemps , en quoy il perd sa bonté,
paire que le cuisant beaucoup, sa
substance aqueuse se consume parle
feu et engendre gros sang , comme il
se fait par la bouillie, lors que la fa-
rine n’est cuite auparauant : car il
peid en reste façon sa substance de
maigue et de beurre, y restant seu-
lement la fromageuse , grosse, vis-
queuse et de difficile digestion, et par
conséquent pesante, et faisant ob-
struction és premières veines et au
foye : qui souuentesfois cause qu’il
s’engendre des vers à l’enfant, et des
pierres et autres mauuais accidens,
1 Ea fin de cette phrase est de 1575.
267
pour n’estre ladite farine cuite et le
«aict trop cuit : par quoy ceux qui ont
des enfans y prendront garde , si bon
leur semble. Et ne sert de rien d’al lé-
guer que par expérience quoli-
diane on voit plusieurs enfans qui
mangent bouillie sans que la farine
soit cuite, se porter bien : car ie dis
que cela te fait plustost d’aduenture
ou de bonne nature, que de la bonté
de ceste nourriture.
On doit donner souuent à manger
aux malades de bonnes viandes , de
peur que les vers ne piquent et ron-
gent les intestins : et veu que de tels
animaux sont souuent engendrés de
pourriture , il faut purger le malade,
et corriger icelle par remedes escrils
cy après en la peste. Et pour les faire
mourir et sortir promptement , le sy-
rop de cichorée ou de limons , auec
rheubarbe et vn peu de sucre, et
tberiaque ou mithridat , est vn sin-
gulier remede, pourueu qu’il n’eust
fléure conioinle : ou en lieu de ce, on
pourra vser de la médecine qui s’en-
suit :
Cornu cerui.pulue. ni6.cbor.ana 5. J. fi]
Seminis tanac. contra vermes ana 3. j.
Fiat decoctio pro parua dosi : in colatura in-
funde:
Rliabarb. optimi 3. j.
Cinnam. 3 . j.
Dissolue syrupi de absinth. 5. fi.
Fiat dos. delurmanè trib.hor. antepaslum.
Outre-plus , l'huile d’oliue prise par
la bouche lait mourir les vers, comme
aussi l’eau de corrigiole 1 donnée à
boire auec du Iaict : bref toutes cho-
ses ameres les tuent. Mais deuanl que
d’vser d’icelles, il faut donner vn
clyslere de Iaict auec miel et sucre,
auquel on ne doit mettre huile ou
1 Corrigiole, c’esl lu renoilie. — A. P.
268 LE VmGT-DEVXLÉME LIVRE
graisse ny choses ameres , de peur de
les renuovercont remont, parce que les
choses douces les attirent, et les ame-
res les repoussent. D’auantage, tu
noteras qu’il faut tousiours donner et
mesler choses douces auec les ameres,
à fin que par la douceur les vers atti-
rent ce qui les pourra faire mourir.
Et partant faut donner l’espace de
deux ou trois iours du laict sucré au
malade , puis après y mesler choses
ameres, comme semences de cen-
taurée, aloës, rue, absinthe et leurs
semblables. Aussi la corne de cerf a
grande vertu contre les vers : et en
doit-on bailler tant à boire qu’à man-
ger , à sçauoir la mettant en poudre
et la faisant bouillir en eau , laquelle
on donnera à boire au malade : aussi
on en mettra cuire vn petit noüet aucc
la viande. Pareillement le theriaque
donné à boire en boüillon tue les
vers. Le pourpié est semblablement
bon en potage ou en décoction et
breuuage , et le faut faire boüillir en
eau , et en faire boire aux petits en-
fans : et aux grands on le pourra
donner auec du vin. Le semblable est
de la cichorée et de la menthe. Aussi
le aïzoon minus et les sebestes sont
propres, en faisant vne décoction d’i-
ceux, et en donnant à boire douant
le repas auec vn peu de sucre.
On donnera aux enfans à manger
de la poudre de la semence contre
les vers dedans leur boüiilie , ou auec
vne pomme bien cuite. D’auantage ,
on pourra faire suppositoires comme
cesluy :
Prenez du coral qui lire sur le blanc, des
racleures d’yuoire, de la corne de cerf
bruslée, et d'iris, de chacun deux scru-
pules:
Du miel blanc, deux onceset demie :
Et de l’eau de corrigiole, autant qu’il en
faut pour incorporer le tout ensemble,
et faites suppositoires.
Dont on en appliquera tous les iours
vn qui soit du poids de deux dragmes
aux enfans, et plus pesant aux grands.
De tels suppositoires faut principa-
lement vser lorsque ceux desquels le
malade est tourmentésont du genre de
ceux que l’on appelle Ascarides, parce
qu’estans attachés et logés dans le
boyau appelé droit, ils peuuent par
tels remedes estre promptement tirés *.
Quant aux petits enfans qui ne peu-
uent rien prendre par la bouche , il
leur faut appliquer sur le nombril ca-
taplasmes faits de poudre de cumin ,
incorporée auec Gel de bœuf et farine
de lupins, absinthe, aurosne et tena-
sie , fueilles d’artichaut, rue, poudre
de eolocynthe, semence de citron,
aloés, persicaria , mentastrum , fueil-
les de perGguier , costamer, zedoai-
re, sauon mol. On applique telles
choses non seulement sur le nombril,
mais sur tout le ventre et sur l’esto-
mach : loutesfois on y doit mesler des
astringens, de peur de le trop relas-
cher, comme sont huile de myrtiles,
de coings, mastic, et autres sembla-
bles. Outre-plus, on leur peut appli-
quer sur le nombril vn gros oignon ,
lequel on creusera , et sera rempli
d’aloës et theriaque , puis on le fera
cuire sous la braise : et le tout chaud
pisté auec amandes ameres et Gel de
bœuf. D’auantage on leur pourra
faire emplastres de choses ameres,
comme cestuy :
Prenez du suc d’absinthe et du fiel de bœuf,
de chacun deux onces, adioustant de
la eolocynthe huit dragmes: le tout soit
broyé et meslé ensemble , et incorporé
auec farine de lupins.
Et de ce soit fait emplaslre, qui sera
appliqué sur le nombril de l’enfant :
1 Ce paragraphe a été ajouté en 1675-
Dk LA. PETITE VEROLLE ET LEPRE.
o« on pourra faire onguens et lini-
mens de semblables matières pour
leiu frotter le ventre. Les pilules
communes sontpareillement fort bon-
nes a en faire emplaslres pour appli
quer dessus le nombril. Et pour les
faiie encores plustost débusquer et
soi tir hors, faut oindre le siégé du
malade de miel et de sucre , parce
qu’ils fuyent l’amertume et courent
à la douceur : et partant sortent plus-
tost du ventre.
Pareillement faut prendre des mes-
mes veis, et les faire seicher sur vne
pelle de fer fort chaude , puis lespul-
ueriser et en donner à boire auec
vin ou autre breuuage , et prompte-
ment mourront. Aussi le jus de citron
en petite quantité donné à boire dans
vne cuilliere auec huile d’amendes
ameres , ou huile d’oliue '.
D’abondant , on pourra faire bains
contre les vers, comme le suiuant.
Prenez de l'absinthe et noix de galle
autant qu il en faudra, faites bouillir
le tout en eau , mettez l’enfant dans
icelle, et le lauez chaudement. Fina-
lement on peut baigner l’enfant dans
de l’eau en laquelle on aura fait boüil-
lir «les fueillcs de pescher et d’absin-
the : ce qui est principalement propre
contre les vers qui sont appelles As-
carides ‘1 2.
269
fiéure aiguë et ardente, auec flux de
ventre, et semblables accidens : es-
queis cas si, pour exemple, vous don-
niez incontinent semcn contra, ou
theriaque vieille, myrrhe , ou aloës,
vous augmenteriez l’ardeur de la
fiéure et flux de ventre , d’autant que
les choses ameres sont contraires à la
guarison decesdeux accidens .comme
aucas pareil, si ayant csgard au flux de
ventre, par lequel les vers sont re-
ietlés, vous ordonnez du corail,
pourpié , farine de lentilles, vous
rendez la fiéure plus difficile à gua-
rir, de tant que toutes choses astrin
gentes et seiches rendent la matière
de la fiéure plus contumace. Parquoy
il faut estre diligenta considérer si
la fiéure est dépendante des vers, ou
bien si elle est cause propre, comme
estant fiéure première, propre, es-
sentielle, et non symptomatique : et
tousiours ordonner medicamens qui
combattent la maladie principale.
Autrement on peut choisir medica-
mens qui combatent l’vn et l’autre :
comme laxatifs, et quelque peu amers
en la fiéure et vers : amers , et quel-
que peu adslringens en vers ioints
auec flux de ventre.
Or en toute reste curation, faut
auoir esgard que le mal des vers est
souuent compliqué auec maladie plus
grande et principale, comme auec
1 Ce Paragraphe est encore une addition
de 1675.
2 L’éd'lion de 15GS termine ici ce qui a
rapport à la variole et à la rougeole; elle
ajoute : Il nous faut maintenant escrire des in-
commoditez de la peste et du souuerain remede ;
et passe au ch. 55, qui est le 51 du livre ac-
tuel de la Peste. La fin du chapitre a paru
pour la première fois en 1575.
CHAPITRE VI.
DES POVX, MORPIONS ET CIRONS *.
Ces trois sortes d’animaux sont en-
gendrés de la grande multitude d’hu-
meurs et humidités corrompues , faite
d’vne portion crasse et visqueuse de
la sueur, laquelle s’amasse et s’ar-
1 Ce chapitre est d’une date beaucoup plus
récente que les autres; il a été ajouté ici
seulement en 1585.
yyo LE vingt-devxiemë i,ivhe ,
reste aux méats des pores du vray
cuir.
Des pouce.
Les poux sont appelés en latin
pediculi , pour la multitude de leurs
pieds, et excitent vne maladie que
les Latins appellent Morbus pedicula-
ris. Ils naissent par tout le corps,
principalement és lieux chauds et
humides , comme sous les aiscelles ,
aux aines, à la teste , pour la multi-
tude du poil : et voit-on communé-
ment qu’ils s’engendrent à l’entour
du col , parce qu’il y a vne emonc-
toire accompagnée de plusieurs
grands vaisseaux , par lesquels sor-
tent plusieurs humidités superflues
pour l’abondance des sueurs. Les pe-
tits enfans y sont fort suiets, à rai-
son qu’ils crapulent et engendrent
beaucoup d’excremens.
line faut négliger reste maladie:
car plusieurs personnes en ont esté
trauaillëes et en ont perdu la vio,
comme Herode, roy de Iudée, Syila,
dictateur de Rome, le poète Alcman,
Acaslus , fils de Pelias, Pherecides,
théologien , Callislhenes Qlynthien ,
Mutius , jurisconsulte , Eunus , qui
fut le premier qui suscita la guerre
des serfs en la Sicile, et Antiochus.
Ils se peuuent engendrer par toutes
les parties de nostre corps , mesme
dans la masse du sang , comme tes-
moigne Pline en plusieurs lieux , au
liu. 7 , chap. 51. liu. 11. chap. 33.
La curation de ce mal consiste en
trois points. Le premier est d’ordon-
ner le régime de viure desiccalif, et
euiter les viandes qui engendrent
mauuais suc, et principalement les
ligues et chastaignes , et faut vser
de viandes ameres. Le second de pur-
ger l’humeur, que le médecin verra
estre de besoin. Le troisième est
raréfier le corps par bains , ausquels
entrera de la staphisagre, gentiane,
aluine, rue, marrubillm, et autres
herbes ameres. Après le bain, on
frottera le corps d’vn onguent fait
d'axonge de porc , en laquelle l’on
fera bouillir les herbes Susdites : puis
y sera meslésoulphre vif subtilement
puluerisé , staphisagre, orpiment,
aloës, et vif-argent, lequel est propre
contre les poux , morpions et cirons :
puis on reïlerera les bains et lesdits
remedes , tant qu’il sera besoin.
Des morpions.
Les morpions sont fort adherans à
la peau , si bien qu’on ne les peut
qu’à peine arracher. Par leurs mor-
sures ils pénétrent le cuir iusques
dedans la chair, et mesmes aux pau-
pières des yeux, qui cause vu ex-
trême prurit et démangeaison : et
(connue escrit Celse, liure 6. chap. 6.)
par la grande friction s’y fait de-
fluxion, qui vient à gasler et corrom-
pre la vue, tant est insupportable le
dit prurit: comme i’ay veu d’vne
femme qui selauoil les yeux de bien
fort vinaigre. Or Us sont engendrés
d’vne matière plus seiche que les
poux , qui fait qu’ils sont aussi plus
plats et moins nourris.
La cure sera semblable à celle des
poux.
Des cirons.
Les cirons sont petits animaux tou-
siours cachés sous le cuir, sous lequel
ils se traînent, rampent et le rongent
petit à petit , excitans vne fascheuse
démangeaison et gratelle. Ils Soflt
faits d’vne matière seiche, laquelle,
par defaut de viscosité , est diuisée et
séparée , comme petits atomes vi-
uans.
Les cirons se doiuent tirer auec es-
pinglesou aiguilles : toutesfoisil vaut
DE LA PETITE VEROLLE ET LEPRE.
mieux les (ucr aueconguens et décoc-
tions laites de choses ameres et sa-
lées. Le remede prompt est le vi-
naigre, dans lequel on aura fait
bouillir du slaphisagre et sel com-
mun.
Autre. Prenez axonge et vif-argent,
auec vn peu de sublimé et aloës , et
soit fait onguent: lequel est excellent
entre tous les remedes pour tueries
poux , cirons et morpions.
Autre Uniment l.
Staphisagriæ tritæ 3. fl.
Aloës 3. ij.
Aceli scillitici , et olei amygdalarum
amararutn ana 5 . ij.
Olei fraxini, etsucci genistæ ana 3.6.
Cutn succo atlianasiæ , fiat instar mellis pro
litu parlium affectarum.
L’eau marine auec le soulphre et
du fiel de bœuf meslés ensemble y
sont aussi fort singuliers. Le bon
homme Guidon, traité 6. doct. 1.
chapitre 3. promet qu’vne ceinture
de laine portée sur la chair , frottée
d’onguent vif argentin, tue entière-
ment et fait mourir les poux , de
quelque espece qu’ils soient , et en
quelque partie que l’on l’applique.
CHAPITRE Y IL
BR1EFVE DESCRIPTION DF. LA LEPRE
OV LADRERIE 2.
Cestemaladie est appellée des Grecs
Ëtephantiasis, parce que les malades
1 Petrus de Argilata U. 5. Traité 2. ch. 2.
— A. P.
* Ce chapitre faisait le 56' de l’édition de
1 568 ; il était le 5e de'ce livre en 1575, le 6'
en 1579, et est enfin devenir le 7e en 1685.
27 1
ont leur peau aspre, scabre, ridée et
megale, ainsique les elephans : ce
qui est dit aussi à cause de la gran-
deur de la maladie. Quelques chi-
rurgiens ‘ suiuans l’opinion des Ara-
bes, luy ont attribué ce nom de Lepre
( mais improprement , d’autant qu’il
signifie vne espece de seabie, ou galle
et vice du cuir, appellé du commun
peuple, le mal S. Main ) duquel nous
vserons, et le retiendrons pour le pré-
sent , comme estant fort commun et
vsité.
Donc nous dirons premièrement ,
que Lepre ou Ladrerie (selon Paulus
Ægineta2)est vn chancre vniuersel
de tout le corps. Auicenne l’appelle
maladie vniuerselle, laquelle cor-
rompt la complexion, forme ou figure
des membres. Galien dit que c’est
vne maladie tres-grande , prouenant
de l’erreur de la vertu digesliue et
sanguificaliue du foye, par lequel
erreur et defaut la vertu assiiniia-
tiue de la chair est grandement de-
prauée et changée. Le mesme Galien,
hure deuxième à Glaucon, définit
ceste maladie : effusion de sang-
trouble et grossier, contenu és veines
par tout le corps et habitude d’ice-
luy J. Outre , Lepre est dite maladie
tres-grande, à cause qu’elle parti-
cipe d’vn virus veneneux , corrom-
pant les membres et la beauté du
corps4: car qu’elle participe de venin,
il est aisé à connoistre : c’est qu’il
n’est pas necessaire que tous ceux
qui en tout leur corps sont melaucho-
liques , soient ladres.
1 Édition de 1568 : Le vulgaire des Chi-
rurgiens.
2 Paul Ægin. li. 4. chap. 1. — A. P.
3 Celte deuxième citation de Galien a été
ajoutée en 1575.
4La fin de cette phrase est aussi une addi-
tion de 1576.
LE VlNGT-DEVXlÉME LIVRE,
272
Elle contient les trois genres de
maladies : et premièrement elle est
de mauuaise complexion , àsçauoir,
chaude et seiche au commencement ,
et enfin l’ebullition et ardeur passée
et esuanoüie, froide et seiche, qui
est la cause immédiate de lepre con-
firmée. Elle est de mauuaise compo
silion , pource qu’elle corrompt la
forme et figure des membres. Aussi
elle fait solution de continuité , qui
est maladie commune.
CHAPITRE VIII.
DES C AV SES DE LEPRE.
Les causes de lepre sont trois , à
sçauoir primitiue, antecedente et con-
ioinle. La cause primitiue est double,
à sçauoir celle qui est introduite au
ventre de la mere, comme lors que
quelqu’vn est engendré au temps
des menstrues, ou qu’il a esté fait de
la semence d’vu pere ou mere lé-
preux, et partant on la peut asseuré-
ment dire estre vne maladie heredi
taire : car vn ladre engendre vn ladre,
veu que la semence ou geniture pro-
uient de toutes les parties du corps :
partant les parties principales estans
viciées , et la masse du sang altérée ,
corrompue et infectée , pour-ce il est
necessaire que la semence le soit
aussi, dont celuy qui est engendré est
infecté. Pareillement ceste maladie
peut venir d’autres causes, àsçauoir,
pour faire sa demeure en lieux mari-
times 1 , où l’air estant coustumiere-
1 Après celle première cause , l’édition de
1568 ajoutait directement: ou pour commu-
niquer el frequente r auec les ladres ; les quinze
lignes qui séparent aujourd’hui ces deux
membres de phrase sont de 1575.
ment espais et nébuleux ,. rend par
succession de temps telle toute l'habi-
tude de nostre corps, selon le dire
d’Hippocrates : Que quel est l’air, tels
sont les esprits , tels sont nos humeurs.
Ou pour l’habitude des lieux et pays
trop chauds, dont nostre sang de-
uient aduste et bruslé : ou lieux trop
froids , dont il deuient espais, tardif
et congelé : ainsi voyons nous en quel-
que partie d’Allemagne beaucoup de
ladres , et en Afrique et Espagne plus
qu’au reste du monde , et en nostre
Languedoc, Prouence et Guyenne,
plus qu’au reste de la France. Ou
pour communiquer et frequenler
auec les ladres , et coucher auec eux,
pour ce que leur sueur et exhalation
des vapeurs qui sortent hors de leurs
corps , sont veneneuses. Ainsi est de
leur haleine, et de boire aux verres
et autres vaisseaux ausquels ils au-
ront beu : car de leur bouche ils y
laissent vne saliue sanieuse contenue
entre leurs genciues et contre les
dents, laquelle est veneneuse en son
espece , ainsi que la baue du chien
enragé est en la sienne- Pour ceste
cause, les magistrats leur enioignent
ne boire qu'en leur baril : et à la
mienne volonté que tous les ladres le
fissent, à celle fin qu’ils n’eussent
occasion d’infecter personne par ce
moyen.
Or icy se peut esmouuoir vne
question , à sçauoir, si vne femme
peut auoir compagnie d’homme lé-
preux , sans qu’elle soit infectée. Ce
qui est possible , si bien tost après ses
mois coulent, d’autant que nature se
purge et nettoye par tel flux : mais au
contraire l’homme à tard et difficile-
ment se peut sauuer qu’il ne soit
lepreuXjS'il a compagnie d’vnefemme
lepreuse , ou qui recentement ait ha-
bité auec vn lepreux , et qu’elle ait
*
DE LA PETITE VEROLLE ET LEPRE
encor quelque portion de la matière
spermatique demeurée aux rugosités
du col de sa matrice , pour ce que
1 homme estaple et prompt à receuoir
le virus ou venin lepreux , à cause
que la verge virile est fort spongieuse
et rare , au moyen dequoy reçoit faci-
lement le virus esleué des vapeurs
de la matière spermatique, qui est
communiquée aux esprits par les
veines et arteres, et aux membres
principaux, et de là en toute l’habi-
tude du corps , ainsi qu’on voit com-
munément que la grosse verolle se
prend par tel acte.
Or les lepreux désirent grandement
Je coït, principalement lors que leur
maladie est en son commencement et
en estât, à cause qu’ils sentent grande
chaleur estrangeaux parties internes
de leurs corps, et partant bruslent
du désir de dame Venus : mais tel dé-
duit leur est fort contraire, d’autant
que par iceluy les esprits et chaleur
naturelle se resoluent, dont la cha-
leur estrange est fort augmentée et les
brusled'auantage.Aussiceste maladie
peut aduenir pour auoirvsé de viandes
trop salées, espicées et acres, grosses
et crasses, comme chair de porc, d’as-
ne , d ours : aussi de pois , féues et
autres legumes, laictages, poissons et
semblables , tant alimens que medi-
camens, qui generalement engen-
drent sang cacochyme et melancho-
lique, aduste et bruslé : aussipar trop
crapuler, et boire de vins trop forts :
pareillement grand trauail assiduel ,
soing et sollicitude, vie misérable et
en perpétuelle crainte : lesquelles
choses font vne intemperatu rechaude
et seiche, qui engendre vn sang me
lancholique, féculent , aduste et brus-
lé par vne chaleur immodérée, lequel
delà masse sanguinairevenant à s’es-
pandre aux parties extérieures, chan-
ge toute 1 habitude du corps, et de-
praue sa forme ou figure.
Autre cause de lepre peut estre as-
signée sur la rétention des super-
fluités et excremens melancboliques,
comme des hemorrhoïdes, flux mens-
truel , grosse et petite verolle , rou-
geolle, vieilles vlceres, fiéures quar-
tes, oppilalion de râtelle, excessiue
chaleur du foye. Or il faut icy en-
tendre que la cause de lepre par la
rétention des superfluités se fait à
cause que le sang corrompu n’est na-
turellement euacué, dont il regorge
par tout le corps, et corrompt le sang
qui doit nourrir tous les membres :
parquoy la vertu assimilatiue ne peut
bien assimiler , pour la corruption et
vice du suc dont la lepre est causée.
Les causes antécédentes sont les
humeurs préparés à se brusler et cor-
rompre, et conuertiren melancholie,
par vne chaleur aduste et du tout es',
trange à nature1 : car és corps possè-
des de telle chaleur, les humeurs par
adustion sont aisément tournés en
alrabilis : laquelle par long temps
venant à s’enuenimer et corrompre,
donne commencement et essence à la
ladrerie.
Les coniointes, sont les humeurs ja
pourris et veneneux, ja espandus par
l’habitude, qui allèrent et corrom-
pent tout le corps par vne intempera-
lure froide et seiche, contraire au
principe de vie, dont la mort s’en
suit : car nostre vie consiste en cha-
leur et humidité naturelle.
1 La fin de ce paragraphe a été ajoutée en
1575.
III.
18
274
LE V1NGT-DEVXIÉME LIVRE
CHAPITRE IX.
DES SIGNES QVI MONSTRENT EA
PREPARATION DE LEPRE.
Ceste maladie est conneuë par les
signes et accidens qui s’ensuiuent :
pource que chacune maladie a ses
propres accidens qui la suiuent,
comme l’ombre fait le corps. Et enlre
les signes, aucuns signiüent la prépa-
ration , les autres l’effet , lequel a
quatre temps, à sçauoir commence-
ment , accroissement , estât, et décli-
naison.
Le commencement est quand le
virus louche les membres intérieurs,
dont leurs actions sont diminuées et
affoiblies.
L’accroissement , lors que le virus
apparoist au dehors , et les signes et
accidens se multiplient et accroissent.
L’estât est quand les membres
commencent à s’vlcerer.
La déclinaison est que la face est
hideuse à regarder , et que les extré-
mités des doigts tombent, et alors les
signes sont populaires et conneus à
vn chacun.
Or les signes qui demonstrent la
préparation ou disposition à la lepre,
sont, mutation de couleur naturelle
en la face , comme goutte rose , sa-
pbyrs, cheute de poil, grande altéra
tion tant de iour que de nuit, l’ ha-
leine forte et puante, et vlceralions à
la bouche, mutation de voix, et vn
grand désir de l’acte vencrien.
CHAPITRE X.
SIGNES QVI MONSTRENT LA LEPRE ESTRE
JA CONFIRMÉE ‘.
Suiuant la doctrine des anciens , il
faut examiner toute la teste, et prin-
cipalement la face du malade, en la-
quelle apparoissenl les propres signes
et les plus véritables , pource que la
face est molle et rare , et en icelle le
cuir de ténue substance : au moyen
dequoy l’humeur melancholique et
aduste y est facilement conneu , fai-
sant lésion à icelle plustost qu’aux
autres parties extérieures.
Premièrement donc faut regarder
la leste, et sçauoir si les malades ont
vne alopécie , c’est à dire, cheute de
poil, assez semblable à celle à laquelle
sont suiels naturellement les re-
nards, et régénération de cheueux
gresles, courts et subtils : qui se fait,
pource que l’action de nature en l’ha-
bitude des poils est corrompue par
le defaut ü’alimens propres, et par-
tant il est necessaire qu’ils tombent.
Adiouste que les humeurs et vapeurs
enuoyées et suscitées des parties na-
turelles et inferieures d’vn ladre ,
en haut, sont si adustes, que de
leur acrimonie ils rongent la ra-
cine des poils et aliment qui pourroit
eslre enuiron icelle, de sorte qu’iceux
1 Ce chapitre est, comme le précédent,
de 16GS; mais il a été fort augmenté en 1675.
Les additions portent sur la plupart des pa-
ragraphes, et on peut remarquer, en thèse
générale, que presque tout ce qui est de
description positive dans l’énumération des
signes est de l’édition primitive , et que la
plupart des explications sont de l’édition sui-
vante. Je noterai d’ailleurs les principales.
DE LA. PETITE VEROLLE ET LEPRE.
ue peuuent aucunement subsister1:
et à cause de l'imbécillité de la par-
tie, ils y reuiennent plus déliés et
gresles. Pareillement on leur arra-
chera des cheueux et de la barbe, et
des sourcils, et verra-on si auecques
leur racine on arrache quelque por-
tion de chair : car telle chose ne se
lait que par pourriture et corruption
de suc alimentaire.
Pour le second signe, faut taster du
doigt les sourcils et derrière les oreil-
les, sçauoir s’ils ont des tubercules
granuleux , c’est à dire grains ronds
et durs, à cause qu'en la lepre la
vertu assimilatiue defaillant, fait que
le nou crissement venant aux parties
ne se peut assimiler entièrement et
parfaitement : parquoy arresté et
comme conglobé en lieu estroit ,
comme derrière les oreilles , de sa
propre crassitie et terreslrité, il de-
meure granuleux: laquelle chose ap-
pert et se monstre principalement au
visage et aux parties desnuées de
chair : et tel signe est fort certain.
P auantage, ils ont les orei.les ton-
des , pour la consomption de leurs
lobes et parties charneuses par de
faut d aliment suffisant , grosses, es-
paisseset tuberculeuses à cause de
la crassitie et terreslrité de l’aliment
qui afflué à la partie2: ce que nous
mettrons pour le troisième signe.
Pour le quatrième , ils ont le front
ridé comme vn lion, dont aucuns ont
appellé ceste maladie morbus l oni-
mis. Et telle siccilé vient de toute
1 habitude du corps : aussi voyons-
nous l escorce d’vn vieux chesne et
1 Le commencement de celte phrase est
une addition de 1575.
2 L’édition de 156S portait seulement : ils
oui les oreilles rondes, grosses, espaisses et tu-
berculeuses: le reste est de 1575.
275
la face de nos vieilles gens estre
toutes pleines de rides *.
Le cinquième, ils ont le regard
fixe et immobile, à cause que les mus-
cles faisans le mouuemenl de l’œil,
reseichés par faute d’humidité, qui
les rend glissans et lubriques, sont
moins prompts à se mou aoir. Et les
yeux ronds : car les yeux de soy, et
de leur propre substance, sont pres-
que ronds. Or ce qui fait qu’ils appa-
roissent en nous plats par deuant, et
tendans en pointe par derrière , vient
de la concurrence et figure des mus-
cles et graisse qui les en uironne. Par-
quoy iceux consommés par faute de
nourriture, ou par l’acrimonie de
1 humeur qui leur est enuoyé, ce n’est
de merueille si, comme desnués de
leur vertement, ils se montrent ronds.
Pareillement ils ont les yeux rouges,
enflammés et luisans comme ceux des
chats , à cause de l’ardeur des esprits
et humeurs acres et adustes : et vraye-
ment le tempérament des ladres est
tort semblable à celuy du chat , sça-
uoir scc et melancholique , comme
aussi les mœurs, en ce qu’ils sont
malicieux comme eux2.
Le sixième , ils ont les narines lar-
ges par dehors et eslroites par dedans,
à cause de l’aliment terrestre , gros-
sier et melancholique, , lequel poussé
du dedans en l’extremilé des narines,
les esleue en tumeur par dehors :
dont s’ensuit que pour l’espaisseur du-
dit humeur, leur cauilé intérieure se
monstre moindreet comme bouschée.
Icelles narines sont pareillement cor-
rodées, crousleuses et vlcerécs, dont
1 Cette dernière phrase est encore de 1575.
2L’édition de 15G8 portait simplement :
« Le cinquiesme, ils ont le regard fixe et im-
mobile, et les yeux ronds, rouges et enflam-
més comme chats.»
Q-Ü LE VINGT-DE VXIEME LIVRE
souuent en sort du sang : et le septum
cartilaginosum corrodé et consumé:
et sont veusestre camus, d’autant que
toute la face est tuméfiée , imbue et
enflée de mauuais suc1, ce qui aussi
peut procéder de l’acrimonie de l'hu-
meur qui corrode les os qui font l’e-
minence du nez , ou font contraction
d’iceux au dedans, dont pour la ca-
uité apparente ils deuiennent camus.
Le septième, ils ont les léures fort
grosses, esleuées , et les genciues or-
des, puantes et corrodées, à cause des
vapeurs acres: dont les dents sont des-
charnées.
Le huitième, ils ont la langue en-
flée et noire2, pour mesme cause que
leurs narines : car comme l’air extrê-
mement chaud de l’Afrique, par ré-
solution de la portion plus subtile,
espaissit les humeurs attirés en l’ex-
tremité des léures des hommes de ce
pais : ainsi la chaleur intérieure des
ladres fait le semblable des humeurs
poussés au dehors vers ceste partie ,
laquelle outre se monstre renuersée
à faute d’appuy , pour soustenir vn
tel faix d’humeurs. Ont dessus et des-
sous des tubercules, ou petites glan-
dulettes, ou grains, comme on voit
aux pourceaux ladres, et les veines
de dessous apparoissent grosses et va-
riqueuses. La cause est que la langue
est vn corps spongieux: parquoy il
est aisément imbu des humeurs qui
régnent par tout le corps 3.
Et pour le dire en vn mot, ils ont
* Le reste de cette phrase manque en 1568,
de même que la fin de la phrase précédente,
à partir de ces mots : « cause de l’aliment
terrestre, etc.
2 L’édition de 1568 portait : Ils ont la lan-
gue enjlee et noire, et ont dessus et dessouz des
tubercules, etc.
3 Celte dernière phrase est encore une
addition de 1575.
toute la face tuméfiée et couperosée,
de couleur rouge obscure, liuide, et
les yeux flamboyans , hideux et es-
pounentables à regarder, comme sa-
tyres : laquelle chose procédé de la
cachexie et mauuaise habitude de
tout le corps. Or la couleur du cuir
est vn signe très- certain des humeurs
qui abondent et dominent aux corps :
partant veu que l’humeur melancho-
lique qui cause la lepre est gros et
aduste , il s’ensuit que la couleur du
cuir, et principalement de la face, soit
liuide et plombine *. Ce qu’il faut en-
tendre de ce qui apparoist le plus
souuent : car autrement la couleur
à quelques ladres tend sur le iaune,
à autres sur le blanc, selon qu’est
l’humeur qui en iceux régné. Car
ainsi la plus part des médecins font
trois especes de ladrerie : rouge ou
noiraslre, faite de sang ou melan-
cholie naturelle : iaunastre, faite de
cholere : blancheastre, faite de pi-
tuite : le tout bruslé et recuit par la
chaleur non naturelle.
9° Leur haleine est fort puante, et
generalement tous les excremens qui
sortent de leurs corps, sentans la sau-
uagine qui commence ja à se pourrir,
pour le venin conceu en leurs hu-
meurs.
Le dixiéme, ils ont la voix enrouée,
et outre qu’ils parlent du nez : ce
qui aduient â cause que leurs poul-
inons, nerfs recurrens , et muscles du
larynx sont offensés et imbus de la
matière virulente, et qu'ils ont la
cauité du nez bouchée : la trachée
artere, comme toutes les parties du
corps, fort desseichée, trop aspreet
inégalé, ainsi que l’on voit aduenir à
ceux qui ont largement beu des vins
1 Le paragraphe finissait là en 1568 ; le
reste est de 1575.
PF. LA PETITE VEROLLE ET LEPRE.
trop chauds , forts et puissans : pour
laquelle mosme cause ils ont grande
difficulté de respirer, pour la seiche-
resse des muscles seruans à la respi-
ration.
Le onzième est qu’ils ont morphea
et defedation vniuerselle de leur peau ,
et l’ont pareillement crespie comme
une oye maigre déplumée, à sçauoir,
aspre, aride et inégalé, icelle se ridant
et grillant par l’adustion et siccité in-
térieure des humeurs , de mesrne fa-
çon qu’vn cuir au feu ou au soleil.
Aussi ont plusieurs dartres et vilaines
galles, desquelles souuentesfois sor-
tent des croustes, comme escailles de
carpe, ou autres poissons, et ont aussi
plusieurs glandules : lesquelles cho-
ses procèdent à cause des humeurs
altérés et corrompus, et principale-
ment de la malice du gros sang me-
lancholique et aduste, pour n’estre
bien elabouré par l’œuure de la na-
ture, et régi par la faculté nutritiue :
et partant il se procrée vne chair
crasse, scirrheuse, dure, aspre et iné-
galé. Donc veu qu’en ceste maladie il
y a grand erreur en la faculté nutri-
tiue, et par conséquent en l’assimila-
tiue, de là s’ensuit que l’aliment n’es-
tant bien elabouré, ne peut estre
changé ny assimilé. Et par tel defaut,
il est necessaire que ces tubercules se
facent en la chair, et qu’elle soit dure,
et toute la peau aride, inégalé et de
mauuaise couleur , et vlcerée en plu-
sieurs endroits, tant à cause de la
crassilie et terrestrité que pour l’a-
crimonie d’iceux : et cestuy cy doit
estre bien noté entre tous les signes.
Le douzième, ils sentent par fois
grande ardeur et ponctions par tout
le corps, comme si on les piquoit d’ai-
guilles: qui se fait à cause d’vne va-
peur maligne qui s’esleue des parties
intérieures , et est retenue sous la
277
peau, et ne peut librement sortir,
pour ce que le cuir est fait gros, dense,
et espais, par l’adustion des humeurs
pourris : partant la vertu expulsiue
est continuellement stimulée à ietter
hors les vapeurs acres et mordicantes.
Le treiziéme est qu’ils ont vne éma-
ciation ou amaigrissement , et con-
somption des muscles qui sont entre
le poulce et le doigt index , non point
seulement pource que la faculté nu-
tritiue a defaut d’alimens pour nour-
rir lesdits muscles (car tel defaut est
general par tous les muscles du corps)
mais pource qu’iceux , comme le te-
nar, ayans vne eminence manifeste,
la dépréssion et émaciation , comme
chose estrange et inaccoustumée, est
plustost remarquée en iceux. Et pour
ceste raison ils ont les espaules pro-
tubérantes en forme d’ailes, à cause
de la consomption et émaciation de
la partie intérieure du muscle tra-
pèze.
Le quatorzième, ils ont vne stupeur
ou diminution de la faculté sensiliue,
à cause que les nerfs sout remplis
d’humeurs melancholiques gros et
terrestres: qui fait que l’esprit animal
ne peut reluire et estre porté par
iceux aux parties qui en ont besoin,
dont s’ensuit stupeur.
Véritablement ie me suis souuent
Irouué à l’espreuue des ladres, et en-
tre tous les signes dignes d’estre bien
notés, cestuy-cy m’estoit commun,
c’est que les ayant piqués d’vne assez
grosse et longue espingle au gros
tendon qui s’attache au talon, qui est
fort sensible par dessus les autres, et
voyant qu'ils n’en sentoient rien, bien
que i’eusse poussé l’aiguille fort auant,
ie conclus que véritablement ils sont
ladres. Or pourquoy ils perdent ainsi
le sentiment, lemouuement leur de-
meurant entier , la cause est que les
270 LE V1NGT-DEVXIÉME LIVRE
nerfs qui sont disséminés au cuir
sont plus affectés, et ceux qui sont
aux muscles ne le sont tant : et pour-
ce quand on les pique profondément
ils sentent la piqueure,ce qu’ils ne
font à la superficie du cuir.
Le quinziéme, ils n’ont point ou
peu de sentiment en leurs extrémi-
tés, et icelles tombent principale-
ment en la déclinaison, à cause que
la faculté expultrice iette les hu-
meurs pourris qui la molestent le
plus loing qu’elle peut des parties no-
bles, dont vient que l’humeur melan-
cholique estant de substance grosse,
accompagnée du virus lepreux, op-
pille les nerfs . de façon que l’esprit
sensitif ne peut penetrer et reluire
iusqu’aux extrémités, lesquelles sont
loing delà chaleur naturelle : ioinct
que depuis que l’vne des principales
facullés manque en vue partie, les
autres la desdaignent et n’y reluisent
assez suffisamment, pour la sympathie
qu’elles ont les Arnes auec les autres :
et par ainsi la partie tombe en totale
mortification.
Le seizième, ils ont songes et idées
en dormant fort espouuentables : car
quelquesfois il leur est aduis qu’ils
voyent des diables, serpens, et ma-
noirs obscurs, sepulchres, corps morts
et autres choses semblables, lesquelles
impressions sont faites au sens com-
mun à cause des vapeurs fuligineuses
del’humeur melancbolique qui mon-
tent au cerueau : ainsi que nous
voyons aussi aduenir à ceux qui es-
tant mords de chiens enragés tom-
bent en hydrophobie.
Pour le dixsepliéme, nous mettrons
qu’ils sont quasi touscauteleux, trom-
peurs, et furieux sur le commence-
i La phrase finit là en 1568; tout le reste
est de 1575.
ment et incrément de leur maladie,
à raison de l’adustion des humeurs,
à laquelle d’auantage la siccité sert
d’aiguillon : mais en l’estât et decli
naison delà maladie , ils deuiennent
cauteleux et trompeurs, et soupçon-
neux, à cause qu’ils sont deffians
d’eux-mesmes, à raison de la melan-
choüque qui, froide et seiche, les rend
ineptes à executer toutes choses, soit
de corps ou d’esprit : d’où vient que
craignans toutes choses , voire les
plus asseurées , ils taschenl tousiours
à paruenir et suppléer par malice ce
qu’ils sçauent leur défaillir d’esprit et
d’adresse : qui est la mesme cause
pourquoy les vieilles gens , les mala
des et femmes sont sur tous su-
jets à tels vices. Ils désirent aussi
grandement la compagnie des fem-
mes, et principalement au temps de
l’accroissement et estât de leur mala-
die, à raison de la chaleur estrange
qui les brusle au-dedans : mais en la
déclinaison ils abhorrent tel déduit,
parce que leur chaleur naturelle est
presque exhalée et esteinte b Cela
peut aussi prouenir de la crassitie de
leurs humeurs, lesquels outre que ils
sont terrestres, sont d’auantage em-
brouillés d’vn esprit flalulenl excité
et proumené dedans la masse sangui-
naire par la chaleur non naturelle.
Le dixhuiliéme , leur vrine est es-
paisse comme celle des iumens , et
quelquesfois subtile pour l’anguslie
des vaisseaux par où passe l’vrine,
par lesquels le plus subtile s’euacuei 2 :
icelle est aussi quelquefois blatfarde,
et de couleur cendrée et fetide, com-
me tous leurs autres excremens.
Le dixneufiéme, ils ont le sang fort
1 La fin de ce paragraphe est de 1575.
2 Ce membre de phrase ; et quelquesfois
subtile, etc., est de 1575,
DE LA PETITE VEROLLE ET LEPRE.
279
gros, aduste, et de couleur noirastre
et plombine : et si on le laue, on le
trouuera arenuleux en sa profondité
pour la grande aduslion.
Le vingtième est qu’ils ont le pouls
fort debile et languide, à raison que
le cœur et faculté pulsatile residenle
en iceluy , est tellement opprimée des
vapeurs fuligineuses qui s’esleuenlde
leurs humeurs grossiers et melan-
clioliques, qu’elle ne peut librement
battre *.
Or nous auons plusieurs autres si-
gnes de ladrerie, comme dureté de
ventre, à raison de l’ardeur du foye :
rots frequens, à cause de la frigidité
del’estomach causée de l’humeur me-
lancbolique qui regorge en iceluy :
frequente sternutation, pour la pléni-
tude du cerueau : mais entre tous
cestuy leur est fort frequent : c’est
que leur visage et tout leur cuir ap-
paroist tousiours onctueux, à raison
de l’ardeur et chaleur non naturelle
qui dissout et liquéfié toute la graisse
qui est sous la peau, dont elle semble
toute arrcusée. Ce qui se connoistra
si on leur iette de l’eau nette sus la
peau : car l’on verra icelle nes’arres-
ter en aucun lieu par faute de prise 2 * * 5.
Or des signes susdits les vns sont
vniuoques, c’est à dire qui demons-
trenl véritablement la lepre : les au-
tres sont equiuoques ou communs,
et suruenans à d’autres maladies qu’à
icelle lepre, toutesfoisseruent grande-
ment à la connoistre. Et pour conclu-
sion, si toutes ces choses là ou la plus
part sont trouuées , elles demonstrent
véritablement la ladrerie parfaite.
1 Cette explication est de 1576 ; l’édition
primitive portait .• à raison que la chaleur
naturelle est suffoquée parcelle qui est estrange
causée du virus lepreux.
5 Ce paragraphe est entièrement de la date
de 1575.
CHAPITRE XI.
DV PROGNOSTIC DE LEPRE.
La lepre est une maladie hérédi-
taire1, et contagieuse, quasi comme la
peste, et du tout incurable, comme
aussi soutient est la peste. Geste con-
tagion est si grande qu’elle vient aux
enfans des enfans, et encore plus
loing, de quoy l’experience fait foy.
Or elle est incurable, parce que
(comme nous auons dit) c’est vn chan-
cre vniuersel de tout le corps : car si
vn chancre qui est en vne seule partie
d’iceluy ne reçoit aucune curation,
comment se pourra guérir celuy qui
occupe vniuersellement tout le corps?
Aussi elle ne se peut guérir, parce
que le mal est plus grand que re-
mède aucun qu’on ait iusques à pré-
sent peu trouuer et inuenter.
Outre-plus il faut estimer que, lors
que les signes apparoissent au dehors,
le commencement est long temps au-
parauant au dedans, à raison qu’elle
se fait tousiours plustost aux parties
intérieures qu’exterieures: toutesfois
aucuns ont la face belle, et le cuir
poli et lissé, ne donnant aucun indice
de lepre par dehors , comme sont les
ladres blancs2, appellés Cachots, Ca-
gols et Capots, que l’on trouue en
basse Bretagne et en Guyenne vers
1 L’édition de 1568 ajoutait ici entre pa-
renthèses : ( comme nous auons par cy deuant
déclaré .)
2 L’édition de 1568 portait:
« ...comme sont les ladres blancs, appelés
cachos, que l’on trouue en basse Bretagne,
et plusieurs autres lieux, qui m’est vne chose
indicible. »
Le texte actuel et le reste du paragraphe
sont de 1575.
qRo le vipjgt-devxi éme livre
Bordeaux, où ils les appellent Galets ,
és visages desquels bien que peu ou
point des signes sus allégués apparois-
sent , si est-ce que telle ardeur et
chaleur estrange leur sort du corps,
ce que par expérience i’ay yen : quel-
quesfois l’vn d’iceux tenant en sa
maison l’espace d’vne heure vne
pomme fraische, icelle après apparois-
soit aussi aride et ridée , que si elle
eust esté l’espace de huit iours au
soleil. Or tels ladres sont blancs et
beaux, quasi comme le reste des
hommes, à cause que leur ladrerie
consiste en matière pituiteuse , la-
quelle reseichée par adustion, est
faite atrabilaire: si que retenant tous-
iours sa couleur blancheastre , ap-
porte toutesfois tels inconueniens aux
actions de ceux qu’elle possédé, quels
nousauonscy dessusmentionnés des
vrais ladres et descouuerls.
1) auantage, on voit qu’en ceste
maladie les trois vertus et facultés du
corps sont corrompues et viciées : car
premièrement l’animale procedente
du cerueau est altérée et changée :
ce qui est conneu par les imaginations
et songes terribles elespouuentables,
et par la difficulté du sentiment et
mouuement qu’ont les malades : la
corruption de la vitale est aussi con-
neuë par la voix, et difficulté d’ha-
leine, et puanteur d’icelle, et par le
pouls tardif et depraué : le vice de la
naturelle se connoist, par ce que le
foye ne fait sa sanguification , et par
les excremens de tout le corps proce-
dans du foye : parquoy nous pouuons
conclure que les trois membres prin-
cipaux pâtissent en la lepre.
CHAPITRE XII.
DE 1 AIRE SEPARER LES LADRES DE LA
CONVERSATION ET COMPAGNIE DES
SAINS.
Or ayant conneu par les signes sus-
dits que quelqu'vn sera espris de le-
pre ja confirmée, et considérant le
danger qu’il y a de conuerser auec
telles gens, les magistrats lesdoiuent
faire séparer et enuoyer hors de la
compagnie des sains, d’autant que ce
mal est contagieux quasi comme la
peste, et que l’air ambiens ou enui-
ronnant, lequel nous inspirons et at-
tirons en nos corps , peut eslre
infecté de leur haleine, et de l’exha-
lalion des excremens qui sortent de
leurs vlceres : et l’homme sain con-
uersant auec eux l’attire, cequ’ayant
fait, il luy altéré et infecte les esprits,
et par conséquent les humeurs, dont
après les parties nobles sont saisies,
qui cause la lepre. Et pour ceste oc-
casion, il est bon et necessaire de les
faire séparer, comme i’ay dit : ce qui
ne répugné point aux sainctesEcrilu-
res. Car il est escrit que le Seigneur
fit séparer les lepreux hors de l’ost
desenfans d’Israël. Aussi aux leuites
est commandé le semblable 1 : et est
ordonné pour les connoistre , qu’ils
ayent les vestemens deschirés, et la
teste nue, et soient couuerls d’vne
barbute, et appellés sales et ords :
mais auiourd huy on leur baille des
cliquetiesetvn baril, à fin qu’ils soient
conneus du peuple.
Neantmoins ie conseille que lors
qu’on les voudra séparer, on le face
le plus doucement et aimablement
1 Nombre 5. — Leuit. 13. — A. P.
DE LA. PETITE VEROLLE ET LEPRE. q8 1
qu’il sera possible, ayant mémoire
qu’ils sont semblables à nous : et où il
plairoit à Dieu, nous serions touchés
de semblable maladie, voire encor
plus griefue. Et les faut admonester
que combien qu’ils soient séparés du
monde, toutesfois ils sont aimés de
Dieu en portant patiemment leur
croix. Qu’il soit vray, Iesus Christ
estant en ce monde a bien voulu
communiquer et verser auec les lé-
preux, leur donnant santé corporelle
et spirituelle : car il est escrit qu’vn
lepreux s’inclina deuant Iesus Christ;
disant : Seigneur, si tu veux tu me
peux nettoyer : et Iesus estendant sa
main le loucha, et luy dit : le le veux,
sois net : et incontinent la lepre fut
nettoyée. Outre plus est escrit que
Iesus vne autre fois guerisl dix ladres 1 .
CHAPITRE XI 11.
DE LA CVRE POVR CEVX QVl SONT
PREPARES A LA LEPRE.
Il nous faut maintenant parler de
la cure, toutesfois seulement pour
ceux qui sont préparés à tomber en
tel desastre et disposition : c’est qu’il
leurconuient euiter toutes choses qui
eschauffent et bruslent le sang, et
généralement contrarier à toutes cel-
les que nous auons dites cy dessus
pouuoir procréer la lepre, et qu’ils
vsent de viandes qui engendrent bon
suc et aliment, lesquelles descrirons
cy après au régime de la peste : et
seront purgés, saignés, baignés, et
1 Mal. 6. — Luc. 5. — Marc. 1. — Luc. 17.
— A. P.
cornetés selon l’aduis d’vn docte
Médecin, à fin de réfréner l’intempe-
rature du foye, et par conséquent de
tout le corps.
Valescus de Tarenle 1 conseille
qu’on leur oste les teslicules, dequoy
iesuis aussi d'aduis : car par ‘l’incision
et amputation d’iceux, l’homme est
mué en température féminine, et par
ainsi en complexion froide et humide,
laquelle est contraire à la chaleur et
seicheresse de la lepre : partant le
foye est refroidi, et par conséquent
ne brusle les humeurs, qui sont cause
première d’icelle maladie.
Or quant à la cure de la lepre con-
firmée, il n’y en a point, comme nous
auons dit , encor qu’on donne des
serpens à boire et à manger, et qu’on
saigne, ventouse, corneleet baigne les
malades, ou qu’on vse de plusieurs et
diuers autres remedes II est vray que
par ce moyen on peut pallier et re-
pousser l’humeur au dedans, à fin
qu’ils ne soient conneus : ce que ie
ne voudrois conseiller de faire, de
peur qu’ils n’abusassent les femmes
et eussentconuersation auec les sains :
mais pou r les faire viure plus longue-
ment, ie leur conseilleray tousiours
qu’ils se facent chaslrer pour les
raisons susdites, et aussi à fin qu’on
en puisse perdre plus facilement la
progéniture2.
Maintenant nous parlerons som-
mairement de la lepre des Grecs.
1 Dans toutes les éditions on lit Valesien,
ce qui est une erreur. L’opinion citée et ap-
prouvée par Paré appartient bien en effet à
Valescus.
2 Ici se terminaient le chapitre et le livre
dans les trois éditions de 1568, 1575 et 1579,
Le chapitre suivant est de 1585.
\
1
v
v
q82
IE VINGT-DEVXIÉME LIVRE.
CHAPITRE XIY.
DE LA LEPRE DES GRECS, DICTE DV
WLGAIRE MAL SAINCT MAIN, QVI EST
VNE RONGNE.
Rongne est vue aspérité du cuir, ou
vue vlceration legere coniointe auec
vn prurit, causée d’vne pituite ni-
treuse et sallée, et de melancholie
qui se pourrit sous le cuir : et est tres-
difficile à guarir.
Pour la curation, il faut estre purgé
et saigné, euiter toutes viandes de
haut goust qui enflamment le sang.
On baignera le malade par diuerses
fois , et l’on mettra dedans le bain
choses remollientes : et au partir du
bain tout le corps du malade sera
frotté de beurre frais, à fin de faire
tomber les croustes, et amollir l’aspé-
rité du cuir. En après on retournera
au bain, et dans iceluy seront appli-
qués plusieurs cornets auec scarifica-
tions, pour euacuer le sang contenu
entre cuir et chair. Et quelques iours
après sera frotté le corps de l’onguent
qui s’ensuit.
2 Olel iuniperi 5 . ij.
Olei nucum § . j.
Olei tartari albi § . j.
Vitrioli Romani, salis communis , sul-
phuris viui ana 3. iij.
Terebent. lotæ in succo limonum § . ij.
Litbargyri §. fi.
Ceræ modicum.
Fiat ynguentum.
Or ce médicament sera de plus
grande efficace, si on y adiouste deux
onces de vif-argent, et deux dragmes
de sublimé : et aura grande vertu,
appliqué après le bain. Car le bain
amollit et ouure les pores, et par con-
séquent le fait penetrer plus fort.
Autre.
Prenez racines d’enula campana §. iiij.
cuites en fort vinaigre , puis pilées, et
passées par l’estamine : adiouslez :
Soulphre vif ^ . fi .
Jus de limon 5 . ij.
Beurre frais 5 . iiij.
Et de ce soit fait onguent.
Si la rongne est rebelle à guarir, les
parties malades seront frottées de
l’onguent Enulatum cam Mercurio.
Autre.
lirenez axongede porc 5. iiij.
Soulphre vif 5 . j.
Sel subtilement puluerisé, tcrebenthine
lauée, vne once et demie.
Et de ce soit fait onguent.
CHAPITRE XV.
DES DARTRES1.
Les dartres sont aspérités du cuir,
comme petites enleueures auec gran-
de démangeaison, qui iettent vne ma-
tière sereuse.
Pour les remedes topiques, Hippo-
crates au liure De morbis mulierum,
recommande le vinaigre où l’on aura
fait tremper de la pierre ponce , ou
soulphre vif Pareillement l’huile de
fourment extraite sur vne enclume
auec vne pelle toute rouge : et en
frotter la dartre tant de fois que l’on
connoistra estre guarie. L’eau de su-
blimé aura pareille vertu, ou l’eau
forte qui aura serai aux orféures.
1 Cet article des Dartres se lit déjà en
1585; mais il faisait suite au chapitre précé-
dent, bien (|u’en étant tout— à— fait distinct
par son titre. C’est afin d’établir plus nette-
ment cette distinction que j’en ai fait un
chapitre séparé.
LE YINGT-TROISIÉME LIVRE,
TRAITANT
DES VENINS ET MORSVRE DES CHIENS ENRAGES,
ET AVTRES MORSVRES ET PIQVEVRES DE BESTES VENENEVSESC
CHAPITRE I.
POVRQVOY l’aVTHEVR A ESCMT DES
VENINS.
Cinq choses m’ont incité de! colli-
ger des anciens ce petit traité des ve-
nins : dont la première est, à fin
d instruire le ieune Chirurgien des
1 Ce livre des Venins , que l'on pourrait
s'étonner de voir parmi les OEu vies de Paré,
s y rattachait cependant dès l’origine par
une connexion bien naturelle. Il avait paru
pour la première Ims dans la grande édition
de 1675 sous ce titre :
LIVRE DES MORSVRES
des chiens enrayez : ensemble des piqueures
el morsures de certaines besles venimeuses
trouuees en ce pays de France.
C était donc, d’après ce titre, un livre pu-
rementchirurgical, et comme le complément
de son livre des Playes d'harquebuses (Voyez
tome II, pages 189 et 193). On en jugera
bien mieux encore par la table des 24 cha-
pitres dont il était alors composé ; j’indique-
rai en même temps leur correspondance
avec ceux du livre actuel.
Ciiap. i. — Des venins en general. La rédac-
tion en a été complètement changée; il ré-
remedes qu’il doit vser pour promp-
tement suruenir aux affligés , atten-
dant le secours du docte Médecin. La
seconde, à fin qu’il puisse auoir vraye
et exacte connoissance cle ceux qui
pourroient eslre empoisonnés , pour
fidèlement en faire rapport à justi-
ce , lors qu’il en sera requis. La troi-
sième aussi, à fin que ceux qui sont
pond en partie aux chapitres 1,6 et 11 du
livre actuel.
Ciiap. ii. — Du venin naturel. —Fait aujour-
d’hui le chao. 12.
Ciiap. iii. — Des besles venimeuses. — Au-
jourd’hui le chap. 13.
Ciiap. iv — De la cure vniuerselle des mor-
sures ou piqueures venimeuses. — Devenu
le chap. 14.
Ciiap. v. — La cause pourquoy les chiens de-
Uiennentplustost enragez que les autres besles.
Ciiap. vi. — Signes pour cognoistre vn chien
eslre enragé.
Ciiap. vu. — Les signes pour cognoistre vn
homme auoir esté mordu d’vti chien enragé.
Ciiap. viii. — Des accidens de la morsure
d’vn chien enragé.
Ciiap. ix. — Pronostic de la morsure d’vn
chien enragé.
Chap.x. — Cure de la morsure d'vn chien en-
ragé.
Chap. xi. — De la cure de 1‘ hydrophobie. —
y
q84 LE VINCT-l RO'SI^ME livre
residens aux champs, commeles nobles
et peres de familles, ayans mes œu
ures, puissent secourir leurs pauures
suiets, où ils seroient piqués ou mor-
dus des bestes venimeuses, ou des
chiens enragés, et autres bestes La
quatrième, à fin que chacun se puisse
preseruer d’est re empoisonné, et sur-
uenir aux accidens. La cinquième est
Ces six chapitres en font sept dans cette
édition, placés dans le même ordre, du
chap. 15 au chap. 22 inclusivement.
Chap. xii — Question si on peut manger des
bestes qui se nourrissent de bestes venimeu-
ses , sons aucun danger. — Correspond au
chap. 4.
Chap. xiii. — De la morsure et piqueure
d’aucunes bestes venimeuses, et principale-
ment de la vipere. — Devenu le chap. 23.
Chap. xiv. — Delà morsure des aspics.
Ciiap. xv. — Delà morsure des couleuures.
Ciiap. xvi. — De la morsure du crapuut.
Ciiap. xvii. — De la piqueure du scorpion.
Chap. xviii. — De ta morsure et piqueure des
mouches.
Chap. xix. — De la morsure des chenilles.
Chap. xx. — De la morsure des araignes.
Chap. xxi. — Du venin des mouches canthari-
des.
Chap. xxii. — Du venin de la mouche bupreste.
Chap. xxiii. — Du venin de la sangsue. —
Ces dix chapitres se suivent actuellement
dans le même ordre, mais réduits au
nombre de neuf par la réunion de deux
en un, du 30e au 38e chapitre.
Chap. xxiv. — De la piqueure d'une viue. —
Devenu le 40e chapitre du livre actuel.
En 1579, le livre changea dé titre et de
plan tout à la fois; il comptait 4S cliapitres,
le double de l’édition précédente, et traitait
de tons les poisons, animaux, végétaux et
minéraux. Dés lors il devenait essentielle-
ment médical, ce qui justifie la place que
nous lui avons donnée.
En 1585, il s’augmenta bien autrement
encore, et alla jusqu’à 65 chapitres en vertu
del’adjonction desseizechapitresduDiscours
de la licorne. Cet énorme appendice le fai—
le désir quei’ay tousiours eu et auray
toute ma vie , de seruir à Dieu et au
public , auec protestation deuant
Dieu de ne vouloir enseigner à mal-
faire, comme aucuns mal-vueillans
me pourroienl taxer : ains ie desire-
rois que les inuenteurs des poisons
fussent auortés au ventre de leurs
meres *.
sait manquera son plan et à son titre; il m’a
paru convenable de m’en tenir à la distri-
bution de 1579 , et de reproduire à part le
Discours de la licorne, ce qui me permettra
surtout de donner la curieuse préface de ce
Discours, publié, comme il a été dit, en 1582.
Le premier livre devait beaucoup à Gré-
vin, comme Paré en convenait lui-même
(Voyez la note suivante). Le livre nouveau
ne lui doit pas moins ; mais de plus Paré a
emprunté un peu partout, et notamment il
a pris un chapitre à Thierry de Héry.
Il convient d’ajouter qu’il avait fait gra-
ver sur bois, pour l’ornement de ce livre, les
ligures du serpent coule- sang , du pourris-
seur, du basilic , de la salamandre , de la tor-
pille, de la tareronde, du liéure marin, et
enfin de l 'aconit. Ces figures , assez médio-
cres, étaient tout au moins inutiles; je ne
me suis pas fait scrupule de les supprimer.
’ Dans l’édition de 1575, Paré commen-
çait aussi son premier chapitre en exposant,
comme il le dit en marge, Yintention del’au-
theur ; voici ce passage, qu’il sera curieux de
comparer avec le texte actuel :
« Il m’a semblé estre bon d’escrire som-
mairement au ieune Chirurgien de la mor-
sure et piqueure des bestes venimeuses , et
principalement de celles qui sont communes
en ce pais, comme de chiens enragez, vipè-
res, aspics, couleuures, crapaux, scorpions,
araignes, chenilles, mousches à miel , fres-
lons, guespes et lahons, à fin qu’il soit in-
struit à cognoistrc la différence de la mali-
gnité qui eslen leur venin, et parconsequent
il y puisse mieux approprier les remedes
quand il en sera besoin. Lesquels remedes
i’ay recueillis de plusieurs autheurs, et mes-
mes de laques Greuin , docteur regent en
DES VElNINS.
Pour donc entrer en matière , nous
commencerons par la diuision des
venins en general , puis nous pottr-
suiurons vne chacune espece en par
ticulier. Et dirons premièrement,
que venin ou poison est vne chose ,
laquelleestant entrée ou appliquée au
corps humain , a la vertu de le com-
battre et vaincre, tout ainsi que le
corps est victorieux de la nourriture
qu’il prend journellement : qui se fait
par qualités manifestes, ou par pro-
priétés occultes et sécrétés. Le con-
ciliateur l, au liure qu’il a fait des Ve-
nins, dit que tout venin pris dedans
le corps , de toutes ses propriétés est
du tout contraire à la viande de la-
quelle nous sommes nourris. Car
comme la viande se conuertit en
sang, et rend toutes les parties sem-
blables aux membres , lesquels princi-
palement elle nourrit , se mettant au
lieu de ce qui continuellement s’es-
coule de nostre corps , se résout et
consomme : aussi le venin tout au
contraire transmue le corps et les
membres qu’il touche en vne nature
particulière et venimeuse. Donc ne
plus ny moins que tous animaux et
tous fruits que la terre produit, se
pouuansconuertir en aliment, si nous
les mangeons, se tournent en nour-
riture : aussi à l’opposite les choses
venimeuses prises dedans le corps,
rendent tous les membres de nostre
corps venimeux. Car comme tout
agent est plus fort que le patient :
aussi le venin par saplusgrande force
la faculté de medecine, qui en a escrit vn
liure. »
Voyez ce que j’ai dit deGrévin dans mon
Introduction, page cccxxxm.
1 Le conciliateur, Pierre de Abano, souvent
désigné sous ce nom, et qu’on trouvera plu-
sieurs fois cité dans le courant de ce livre.
285
surmonte notre substance , et la con
uertit en sa nature venimeuse : par
mesme raison que le feu par sa tres-
grande chaleur conuertit soudaine-
ment la paille à soy et la consomme.
Et pource les anciens grands inquisi-
teurs des choses naturelles ont dit ,
que le venin tue les hommes d’autant
qu'il corrompt la température et
complexion de leurs corps.
Or tous venins et poisons procè-
dent de l’air corrompu ou des fou-
dres et tonnerres et leurs esclairs : ou
du naturel des bestes, plantes et mi-
néraux : ou par artifice et sublima-
tions des meschans, traislres, empoi-
sonneurs et parfumeurs, desquelles
choses se prennent les différences.
Car tous venins ne font pas leurs ef-
fets d’vne mesme sorte, et ne procè-
dent lesdits effets d’vne mesme cause :
car aucuns opèrent par l’excès des
qualités élémentaires desquelles ils
sont composés : autres opèrent par
leur propriété spécifique ou secrete :
dont aucuns tuent plustost, les autres
plus tard *. Aussi tous venins ne cher-
1 Le premier chapitre de l’édition de 1 575
disait déjà quelque chose de semblable;
mais à la suite du passage reproduit dans
la note de la page précédente, on lisait :
« Or toutes les bestes dessus dites sont
plus ou moins veneneuses, selon la quan-
tité ou qualité de la malignité deleur venin.
Et pourtant il y a différence en la longueur
oubrieuetédu temps, auquel elles font leurs
accidents. Outre plus faut entendre, qu’il y
a diuersité és operations des venins artifi-
ciels , d’autant que aucuns agissent par vne
qualité manifeste, comme chaleur, froidure,
secheresse et humidité, autres par vne pro-
priété spécifique, laquelle ne peut estre
cogneue que par seule expérience. »
Immédiatement après, il passait aux si-
gnes des venins chauds, froids, etc., que
nous retrouverons au chapitre 5.
q8G le vingt-troisième LIVRE
cbent premièrement le cœur pour
luy nuire, mais nuisent à certains
membres : comme l’on voit les can-
tharides qui offensent la vessie, la ci-
guë le cerueau , le liéure marin les
poulinons , la torpille qui engourdit
et stupéfié les mains de ceux qui tou-
chent seulement les rets où elie est
prise Autres blessent autres parties,
puis après le cœur : comme l’on voit
les médecines qui confortent le cœur,
comme le safran , autres le cerueau ,
comme le stecas, autres l'estomach,
comme la canetle, autres autres par-
ties. Il y a aussi des venins qui opè-
rent par qualités manifestes et par
qualités spécifiques tout ensemble ,
comme l’euphorbe , lequel iaçoit que
par sa force venimeuse qu’il a de l’ex-
cès de sa chaleur, il infecte toulesfois
aussi par son autre force , qui procédé
de sa vertu spécifique : ce qui se con-
noist par le theriaque , la propre
vertu duquel est de surmonter toutes
poisons qui opèrent de leur vertu
occulte, lequel est de très-grand effi-
cace contre l’euphorbe. Que si ledit
euphorbe nuisoil de sa seule excessiue
qualité, tant s’en faut que le théria-
que qui est de soy fort chaud , luy
fusl contraire , que pluslosl il entre-
tiendroit sa force et nuisance , ce
qu’il ne fait.
Les venins qui opèrent par leur
vertu spécifique, ne le font pas
parce qu’ils sont chauds, froids, secs,
ou d’humidité excessiue : mais c’est
parce qu’ils ont ce naturel particu-
lier des influencescelestes, contraires
à la nature humaine. Pource tels ve-
nins pris en bien petite quantité sont
neantmoins d’vne force si maligne et
tant cruelle , que quelquesfois en vne
heure ou moins ils tuent.
Les venins ne tuent pas seulement
pris par la bouche, mais aussi appli-
qués extérieurement. Semblablement
les bestes ne tuent pas seulement par-
leurs morsures ou piqueures ou es-
gratigneures : mais aussi par leur
baue , regard, ou par le seul attou-
chement , ou par leur baleine , ou par
manger et boire de leur sang , ou par
leur cry et sifflement, ou par leurs
excremens *.
CHAPITRE II.
QVESTION.
Comme se peut faire que le poison
baillé en petite quantité, ou la pi-
queure d’vne beste venimeuse , mons-
tre ses effets en si peu d’heures par
toutes les actions du corps, tant ani-
males que vitales et naturel les, fait en-
fler tout le corps comme vne beste
que l’on veut escorcher qu’on aura
soufflée? Et comment aussi se peut
faire que la contre -poison puisse
rabbattre vne telle vertu : attendu
qu’il est impossible qu'vne pelite por-
tion de liqueur se transporte à tant de
parties?
Galien dit que la substance du poi-
son et contre-poison n’est point distri-
buée par le corps , mais seulement la
qu alité d’iceluy . Tou tesfois les Philoso-
phes tiennent que nulle qualité ne peut
estre sans corps. Nous dirons que ces
qualités sont tellement distribuées
par tout le corps , qu’il n’est pas ne-
cessaire que la pelite portion du poi-
son soit partie en tant et tant de
parts (car il seroil impossible) mais
il faut entendre que quant et-quant
1 Cette dernière phrase est textuellement
répétée au chap. 9, sans en être plus vraie
pour cela.
DES VENINS.
Q87
que ce peu de poison est entré de-
dans le corps , le venin gaigne et con-
uerlit en sa propre substance ce qui
de prime face luy vient au deuant, soit
le sang qui est és veines et arteres ,
soit du phlegme dedans l’estomach ,
et autres humeurs, ou és boyaux,
dont puis après s’aide à gaigner le
reste du corps : ainsi qu’vn capitaine
voulant liurer vue ville entre les
mains d’vn ennemi, tasche d’attirer
le plus d’hommes qu’il peut pour se
seruir au iour donné Le poison donc-
ques par ce moyen que i’ay dit, com-
mence a s'espandre par les veines,
arteres et nerfs, et ainsi se commu-
nique au foye, au cœur et au cerueau,
mesme conuerlit en sa nature tout
le reste du corps. Et quant est
de contre-poison , pour autant qu’il
est pris en assez grande quantité,
estant entré dedans l’eslomach ,
où il s’eschauffe, il esleue des va-
peurs lesquelles, esparses par tout le
corps, combattent par leurs vertus
la force du venin. C’est pourquoy le
contre-poison pris en trop petite
quantité ne peut vaiucre le poison, à
cause que les vapeurs ne sont suffi-
santes pour estre enuoyées en tant j
d’endroits, et partant il faut que le
contre-poison soit plus fort que le
poison , à fin de surmonter et vaincre
le venin du poison.
CHAPITRE III.
AVTRE QVESTION.
A sçauoir,s il est possible de donner
des poisons qui lacent mourir les
hommes à certain temps prefix ,
comme d’vn mois, plus ou moins?
Théophraste dit, que neantmoins
qu’il y a des venins qui tuent plustost,
autres plus tard, toulesfois qu’il est
impossible de pouuoir donner vn ter-
me prefix, comme aucuns pensent.
Car ce que les venins tuent ou plus-
lost ou plus tard , il ne procédé selon
les Médecins de leur propre naturel
et force, mais de ce que la nature de
celuy qui l’aura pris résisté plus ou
moins ausdils venins , ce que l’expe-
rience monstre : car il est certain
qu’vn mesme venin d’vn mesme poids
et mesme quantité , baillé à diuerses
personnes de diuerses natures ,
tuera les vns dedans vne heure ,
les autres dedans quatre, autres
dedans vn iour, et à d’aucuns ne
portera grande nuisance. Ce qu’on ex-
périmente tous les iours aux médeci-
nes laxaliues : car si diuerses person-
nes prennent vne mesme medecinede
mesme poids, quantité et qualité , en
aucuns elle monslrera subit son eOet,
en aucuns tard : en aucuns fera
bien petite operation, en d’autres tres-
grande , és autres point du tout : en
aucuns purgera sans fascherie ,
en autres auec grand trauail et
douleur : ce qui ne procédé d’autre
cause que de la diuerseet dissembla-
ble température des malades, laquelle
ne se peut si parfaitement connoistre,
qu’on puisse sçauoir iusques à quand
la chaleur naturelle ait puissance de
résister au venin. II procédé aussi de
ce qu’aucuns ont les arteres larges ou
fortserrées. Carie venin ayant trouué
les chemins et conduits larges, non
seulement il pénétré legerement,
mais aussi aisément il passe auec
l’air, qui continuellement entre en
nostre corps pour llabeller et réfri-
gérer le cœur.
288 LE VINGT-TROISIEME LIVRE,
CHAPITRE IV.
A SÇAVOIR SI LES AN1MAVX V1VANS DES
BF.STES VENIMEV SES , SONT VENI-
MEVX, ET SI ON EN PEVT MANGER SANS
DANGER1.
Les canars, les cicoignes, les hé-
rons, les paons, les cocqs d’Inde et
autres poullailles mangent et viuent
de crapaux , viperes, aspics, couleu-
ures, scorpions, araignes, chenilles,
et autres bestes venimeuses. Sçauoir,
si tels animaux ayans mangé telles
bestes , puis mangés des hommes , les
peuusnl infecter et empoisonner?
Mathiole dit, que tous les moder-
nes qui ont escritdes venins tiennent
asseurément que tels animaux man-
gés ne peuuent aucunement nuire :
au contraire nourrissent le corps ne
plus ne moins que lesautresqui n’au-
ront mangé telles viandes venimeu-
ses, parce que ces animaux conuer-
tissent en leur nature leurs viandes
venimeuses Laquelle raison et opi-
nion, encore qu’elle aye grande ap-
parence, que ce venin se digéré et se
conuertisse en la substance de ces
animaux qui en viuent ordinaire-
ment : toulesfois ie croy qu'il ne s’en-
suit pas que la chair faite de tel ali-
ment venimeux, mangée des hom-
mes, ne porte quelque nuisance , et
croy que si on en mangeoit souuent ,
elle pourroit causer plusieurs mala-
dies, et en fin la mort. I’ay pour tes-
i Ce chapitre répond essentiellement au
chap. 4 de l’édition de 1575, mais la rédac-
tion en a été presque entièrement refondue.
Toutefois, comme ces changements ne por-
tent guère que sur la forme, je noterai seu-
lement ceux qui affectent davantage le sens
et la doctrine.
moins Dioscoride et Galien , qui as-
sent ent le laict, qui n’est autre chose
que le sang deux fois cuit, tiré des
bestes qui paissent la scamonée, l’el-
lébore ou le litbymal, estre merueil-
leusement laxatif, si on en boit ’.
Pareillement on voit, quand les Mé-
decins veulent purger vn enfant es-
tant encore à la mamelle, donnent
des médecines laxatiues aux nourri-
ces, pour rendre leur laict médica-
menteux et purgatif. Ce que i’ay veu
de recenle mémoire , qu’vne nourrice
malade , les Médecins luy ayans or-
donné vne medecine laxatiue , et l’en-
fant l’ayant après lelée auoir le cours
de ventre, et estoit-on bien empesché
de l’arrester, et fut-on contraint luy
bailler vne aulre nourrice , attendant
le temps que la medecine eust du tout
fait son operation 2.
1 Ce paragraphe se présente assez diffé-
remment dans l’édition de 1575. D’abord
Paré ne citait pas Malthiole ; il disait sim-
plement : aucuns tiennent qu’elles ne peuuent
aucunement nuire ; puis il ne mettait pas en
avant son opinion personnelle, et il se con-
tentait de dire : Les autres tiennent le con-
traire. Enfin il ajoutait, pour terminer le
paragraphe :
« ... En quoy on peut cognoistre, que les
plantes laxatiues et venimeuses ne perdent
leur vertu laxatiue, ny leur venin, encore
qu’elles soyent cuites, et bien digérées. Cela
se voit és griues , qui mangent et se repais-
sent de geneure: leur chair sent vn goust de
geneure, etc. »
Cet exemple, de même que ceux qu’il ci-
tait à la suite, se retrouvera un peu plus
loin dans le texte actuel.
2 Ce paragraphe est de la rédaction nou-
velle de 1579. Tout ce que l’ancienne édi-
tion portait à ce sujet consiste dans le pas-
sage que voici :
« Plus on voit pareillement, que le iour
qu’vne nourrice aura pris vne medecine
laxatiue, l’enfant tétant son laict subit, le
DES VENINS.
D’auantage on voit les griues ayans
mangé de la graine de genéure, que
leur chair s’en ressent. Aussi les poul-
lailles ayans mangé de l’aluyne, leur
chair est amere, et s’ils ont mangé
des ails, le sentent semblablement.
Les morues et autres poissons, ayans
esté prins auec les ails, ils sentent si
fort que plusieurs n’en peuuent man-
ger : neantmoins qu’on les salle, fri-
casse, ou qu’on les face boüillir, re-
tiennent tousiours l’odeur et saueur
des ails. Aussi les connins ayans esté
nourris de pouliot eldegenéure, leur
chair s’en ressent, retenant l’odeur et
goust plaisant. Au contraire, s’ils sont
nourris de choux et de sang de bœuf
(comme on fait à Paris), difficilement
on en peut manger, à cause qu’ils re-
tiennent le goust de choux. le diray
encore d’auantage, que les Médecins
commandent de nourrir les cliéures,
vaches et asnesses d’herbes propres,
quand ils veulent faire boire leuriaict
aux cliques, ou à d’autres malades 1 :
ce que Galien 2 dit , qu'il n’ignore
point que les chairs des animaux
sont altérées et fumées par la viande
et nourriture qu’ils prennent.
Or pour le dire en un mot , ie suis
d’aduis qu’on ne mange de tels ani-
maux qui auront deuoré les besles
venimeuses, si n’esloit long temps
après, et que premièrement le venin
ventre se laschera, voire quelquesfois si
fert, que l’on est contraint changer de
nourrice pour allaicler l’enfant, de peur qu’il
n’eust trop grand flux de ventre, qui luy
pourroit nuire et le faire mourir, iusques
à ce que son laict soit retourné en son na-
turel. »
1 L’édition de 1575 disait -.pour bailler aux
phtisiques , ou à autres malades qui eu oui be-
soiug ; et la citation de Galien n’a été ajou-
tée qu’en 1579.
1 Liu. 2. des simples. — A. P.
289
n’eust esté labouré et digéré, et trans-
mué en autre qualité par le bénéfice
de la chaleur naturelle des animaux
qui les auroient mangées 1 : car on
voit des mortssubitesaduenir.dont la
cause est inconneuë aux hommes, qui
peut estre pour auoir mangé de telles
besles, dont l’vnpeut eschapper, et
l'autre mourir. Cela se fait pour la
préparation et disposition des corps
qui reçoiuenl et répugnent au venin.
CHAPITRE Y.
LES SIGNES DES VENINS EN GENERAL.
Nous dirons les signes des venins
en general , puis nous poursuiurons
vne chacune espece en particulier.
Nous connoissons vn homme estre
1 Ce paragraphe était fort différent dans
l’édition primitive; on y lisait :
« D’abondant nous auons dit, que les an-
ciens tiennent comme vne chose résolue,
que les besles venimeuses, qui mangent les
autres besles venimeuses, que leurs inorsu-
sures ou piqueures sont plus dangereuses,
que de celles qui ne les mangent : aussi que
la chair des bestes qui ont esté tuees par
les bestes venimeuses ou enragees, ou ont
esté frappées de fouldre , est venimeuse:
tout ainsi que nous auons ditcy dessus d’vne
nourrice ayant pris vne médecine laxatiue,
pendant qu’elle opéré, si elle donne à teter
à son enfant, luy causera vn flux de venlre
iusques à le faire mourir. Semblablement le
chapon, le canard , ou autre volaille ayant
mangé vn crapaut, ou vipere, ou autre besle
venimeuse , peuuent donner détriment à
ceux qui en mangeront, si premièrement
n’est bien digeree, alteree, et changée de sa
nature par la chaleur et alteration d’icelle
volaille : parquoy faut désister d’en manger.
On voit souuent des morts subites adue-
nir, etc.»
V
III.
19
LE VINGT-TROISIEME LIVRE,
290
empoisonné par quelque façon que ce
soit, quand il se plaint d’une grande
pesanteur de tout le corps, qui fait
qu’il se desplaist en soy-mesme ;
quand de l’estomach il luy mopte
quelque goust horrible à la bouche,
tout autre que les viandes communes
ne font, quelques mauuaises qu’elles
soient : quand la couleur de la face
se change, maintenant liuide, tan-
tost citrine, et de toute autre couleur
estrange et difforme : quand il sent
nausée et volonté de vomir : quand
il a inquiétude de tout le corps, et
qu’il luy semble que tout tourne
sens dessus dessous.
Nous connoissons ledit venin prins
agir de toute sa substance et pro-
priété occulte, quand sans apparence
de grande et insigne chaleur, ou froi-
deur, le malade tombe souuent en
défaillance de cœur, auec vne sueur
froide, à raison que tel venin n’a
point pour obiect aucune certaine
partie, contre laquelle de certaine
affection et quasi comme par choix
elle agisse, comme font les cantha-
rides contre la vessie , et le liéure
marin contre les poulmons. Mais
comme ce venin agit de toute sa sub-
stance et forme secrete : ainsi à
guerre ouuerte il oppugne la forme
et essence de la vie , qui gist en la fa-
culté vitale , qui est au cœur.
A présent nous faut déclarer par-
ticulièrement les signes des venins
qui opèrent par leurs qualités pre-
mières et manifestes.
Les venins ou poisons qui opèrent
par leurs qualités manifestes, causent
leurs propres accidens , desquels ils
monstrent leurs signes apparens. Car
ceux qui ont vne chaleur excessiue ,
subit ils enflamment la langue et le
gosier, l’estomach, les intestins, et
generalement toutes les parties inté-
rieures, auec grande alteration et
inquiétude , et sueur continuelle. Et
si auec leur chaleur eveessiqe ils ont
vne force corrosiue et putrefacfiue ,
comme l’arsenic, le sublimé, r.eagal,
verd de gris, l’orpiment, et autres
semblables, ils causent en l’estomach
et aux boyaux des peuplions into-
lérables et grandes ventosités, les-
quelles on oit souuent bruire dedans
le ventre , et ont vne soif intolérable.
Après ces accidens surujenpent sou-
uenl vomissemens auec sueurs, tan-
tost chaudes tautost froides, et der
faillance de vertus , puis la pmi L
1 b» séméiotique des venins chauds,
froids, secs, et humides, ayai). déjà été don-
née dans le premier chapitre de J575, et
ceux des venins chauds et froids dans le 1U
vre des Playes d’harquebuses de 1545. Ces
descriptions ne sont pas contraires sans
doute, mais elles sont a?sez différentes pour
demander à être comparées. Nous avons
donné ailleurs le texte de 1645, légèrement
corrigé en 1664 ( voyez tome II , page 193) -,
voici maipteqapt le teste de 1675 :
« Signes que le venin est chaud.
« Cela est cogneu par les accidents qu’il
cause , à sçauoir douleur mordante, corro-
sion , inflammation , fleure, grande altera-
tion, déliré, resolution de la chaleur natu-
relle, rougeur et tumeur aux yeux, auec
grandes inquiétudes : les patients ne peu-
uenl dormir, et sont en perpétuelle sueur,
qui vient parle combat et trauail de Nature,
et ont le pouls fort frequent.
» Signes que le venin est froid.
» C’est qu’il cause vn sommeil profond,
de sorte qu’à grande peine on peut reueiller
les paliens : aussi ils ont horreur et tremble-
ment de tout le corps, et ont l’entendement
troublé, en sorte qu’on diroit qu’ils seroyent
yures et fols : d’auanlage ils ont tout le
corps froid , et iettent vne sueur froide :
aussi ont la couleur du visage liuide et
plombine : et leurs vomissemens et cra-
DES VENINS.
Les venins qui sont d’vne excessiue
froûjeur causent aux malades vn
sommeil profond , que sonnent on ne
les peut resueiller qu’à bien grande
peine : aucunesfois ils eslnurdissent
le cerueau , que les malades sont con-
traints faire plusieurs mouuemens
desordonnés, tant de la bouche que
des yeux, et des bras et jambes,
comme s'ils fussent yure$ ou insensés:
d’abpndant il leur suruient vne
grande sueur froide , et ont la cou-
leur du visage liuide et iaunastre ,
et fort hideuse à voir : et ont tout le
chats sont fort visqueux, et leur sang se con-
gelé.
» Signes des venins secs.
» Les patiens ont vne aridité et seiche-
resse à la langue et au gosier, auec vne
soif intolérable , parceque le venin se com-
munique au corps par tes veines, arteres, et
nerfs : dont U aduient qu’il desseicbe et
consomme l’humilité substanlifique , qui
fait refirer le cuir fil tpulpf les pa i ti.es ppr-
ueuses , aipsj qu’on v.ojf resserrer ,vp par:
cbenjin /ieaant Je l’eu ; au rapyen de qupyij
s’epsuit vne copstipatipn dp ventre , et aux
conduits tant de l’vrine que de la sueur, et
estans estoupcz ne permettent que l’eau ex-
cessiuement beuë soit euacuee : dont il
s’ensuit vne grande douleur par tout le
corps, et en fin la mort.
« Signes des venins humides.
«Les maladesontvn continuel et profond
sommeil, et quasi est impossible de les gar-
der de dormir : aussi ils ont vn grand flux
de ventre , auec vne lassitude et resolution,
ou relaschement de tous les nerfs, mesme
que les yeux sortent quelquesfois hors de la
teste.
« Or voila les signes et indices vniuersels
des venins qui opèrent par qualitez mani-
festes : lesquels si on voit qu’ils perseuerent
et augmentent , quelque chose qu’on y
puisse faire, il faut faire présagé de la mort :
aussi au contraire, s’ils diminuent, c’est si-
gne 4e guarison. »
291
I corps sfupide et endormi , et s’ils ne
j sont bien tost secourus, ils meurent.
Lesquels venins sont comme ciguë,
pauot, morelle , iusquiame, mandra-
gore et autres semblables.
Les venins secs ont presque tous-
iours la chaleur pour compagne,
auec vne certaine humidilé : car
neantmoins que l’on die que le soul-
phre soit chaud et sec, toutesfois il a
vne humidité pour congreger sa
forme, comme toutes autres choses
composées requièrent : maison donne
aux choses la qualité qui domine en
elles. Les venins secs rendent la
langue aride, et la gorge seiche,
auec vne soif non extinguible, c’est
à dire, qui ne se peut appaiser. Le
ventre se resserre, et les autres par-
ties intérieures, ainsi que le parche-
min fait deuanl le feu. A ceste cause
l’vrine ne sort qu’à grande difficulté,
tous les membres deuiennent secs et
retirés, et les malades ne peuuent
dormir : lesquels venins sont comme
litarge, ceruse, piastre, escaille d’ai-
rain , limeure de plomb , antimoine
préparé, et autres semblables.
Les venins humides causent vn
perpétuel sommeil , flux de ventre,
auec relaschement de tous les nerfs
eliointures : tellement que quelques-
fois les yeux sortent hors de la teste.
II s’ensuit aussi souuent vne pourri-
ture des mains , pieds , nez , oreilles,
et vne soif extreme pour la chaleur
qui prouientdela grande pourriture,
puis la mort s’ensuit. Aucuns tien-
nent qu’il ne se trouue point de poi-
son humide, parce qu’il est impossi-
ble de trouuer d’humidités iusques au
quatrième degré. Toutesfois le con-
traire se vérifié par l’exemple de ce-
luy qui dormant de nuict fut mordu
d’vn serpent, ainsi que Gilbertus An-
glicus recite : et mourant, son valet
<29-2
LE VINGT-TROISIEME LIVRE,
au matin le tirant par le bras le pen-
sant resueiller, toute la chair dudit
bras pourrie tomba, les os desnués
de chair : ce qui ne peut estre aduenu
que par l’excessiue humidité du venin
qui estoit aux dents et baue du ser-
pent. Aussi Hippocrates a bien dit1,
que la disposition de l’année estant
pluuieuse et humide, suiette au vent
de midy, il est aduenu par ceste hu-
midité veneneuse et corrompue, qu’en
aucuns la chair des bras et des Jam-
bes pourrie tomboit en pièces , et les
os demeuroient nuds et desnués d’i-
celle : non seulement à d’aucuns la
chair se trouuoit pourrie , mais aussi
la propre substance des os. D’où on
peut conclure qu’il y a des venins
d’vne humidité si excessiue, qu’ils
peuuent faire mourir les personnes
par l’entiere putréfaction des mem-
bres : ce qu’on voit aduenir à la ve-
roile, tant grosse que petite, et aux
charbons et anthrax pestiférés.
Et quand tels et pareils signes ap-
paroissent, il sera facile les combat-
tre par leurs contraires, encore que
l’on ne connoisse le venin particuliè-
rement.
Il n’y a point de signes certains des
venins qui opèrent par propriété spé-
cifique ou occulte2, parce qu’ils ont
ceste nature de l’influence du ciel,
qui ne s’esmeut iamais à faire sa pro-
pre action , sans que l’obiect de son
contraire se présente : et partant on
ne les connoist que par expérience,
sans en pouuoir donner aucune rai-
son , comme la torpille qui stupéfié le
bras de celuy qui la touche, le liéure
marin qui gaste les poulmons, les
cantharides qui blessent la vessie , la
piqueure de la viue qui cause gan-
grené et autres accidens. Ce que nous
dirons cy après.
CHAPITRE VI.
l’opinion d’avcvns reprovvée.
Ceux errent grandement, qui di-
sent que le venin desbestes venimeu-
ses est froid , parce que ceux qui en
sont mordus, ou piqués, subit de-
uiennent froids, et que les serpens
( comme craignans le froid quand
l’hyuer s’approche) se cachent és ca-
uernes sous terre, ou sous les pierres,
qui est le naturel des viperes , où
quelquesfois on les trouue si surprises
de froid , qu’elles demeurent toutes
amorties et immobiles, comme si elles
estoient gelées. Or véritablement la
froideur de ceux qui en sont mordus
1 Premier liu.des Temperamens. — A. P.
: 2 En 1552, Paré ne disait que quelques
mots de ces venins ; en 1575, il avait un para-
graphe assez différent du texte actuel. On
lisait ce passage après celui de la note delà
page précédente.
« Signes des venins qui operenl par propriété
occulte.
» Les signes que le venin opéré par vne
propriété occulte, c’est-à-dire, qualité non
manifeste, mais de toute leur substance, ne
se peuuent bien descrire, pour la diuersité
des accidens qui aduiennent : car tantost
les malades ont froid, tantost chaud, en
sorte qu’on voit grande diuersité des mou-
vemens de nature: aussi aucuns font mou-
rir promptement, les autres lentement : qui
se fait pour la diuersité du venin , dequoy
on ne peut bien rendre raison. Les anciens
ont nommé vne vertu occulte, ou cachée,
celle de laquelle nous ne pouuons rendre
les raisons naturelles , mais sont cogneues
par la seule expérience , laquelle ferme le
pas à toutes les raisons, depuis que légiti-
mement elle apparoist. »
DES
ou piqués, ne procédé pas de la froi-
deur du venin : mais de ce que la
clialeur naturelle se retire des parties
extérieures aux inferieures, pour se-
courir le cœur, et aussi qu’elle est
surmontée et esteinte par le venin. Et
ne faut conclure que tous serpens
soient froids, parce qu’on les trouue
en hyuer en leurs trous, tous comme
immobiles, et comme morts: cela ne
procédé sinon que leur chaleur na-
turelle est retirée en leur ventre,
pour résister à l'air ambiens qui est
froid.
CHAPITRE VII.
POVR SE DONNER GARDE D’eSTRE
EMPOISONNÉ.
La maniéré de se donner garde
d’estre empoisonné est fort difficile :
car les meschans empoisonneurs et
parfumeurs, qui secrètement baillent
les poisons, conduisent leur trahison
et leur mescbancelési finement, qu’ils
trompent les gens les plus experts et
de meilleur jugement qu’on sçauroit
trouuer. Car ils ostent l’amertume
des venins, et lesmeslent auec choses
douces : ainsi ils leur font perdre leur
mauuaise odeur par la mixtion des
choses odorantes et parfums. Aussi la
poison donnée auec saulses appétis-
santes est fort dangereuse, d’autant
qu'elle est auallée auidement, et
plus difficilement vomie.
Et partant ceux qui craignent d'estre
empoisonnés, comme souuent aduient
aux prélats et beneficiers pour auoir
leur despoüille, se doiuent garder
de toutes viandes appareillées ( par
gens suspects) auec saulses qui sont
fort douces ou fort salées, ou aigres, et
VENINS. 2q3
généralement toutes celles qui sont
de haut goust. Pareillement eslans
bien altérés, ne doiuent boire à
grands traits, ne manger goulûment :
mais bien considérer le goust de ce
qu’ils mangent et boiuenf. D’auan-
tage ils doiuent manger des choses
qui rompent toute la force du venin
deuant toutes viandes, et principale-
ment vn boüillon gras fait de bon-
nes viandes. Semblablement doiuent
prendre au matin vn peu de methri-
dat ou theriaque, auec vn peu de
conserue de roses, puis boire vn peu
de bon vin ou maluoisie, ou des fueil-
les derue, auecques vne noix et figues
seiches , qui est vn singulier remede.
Et où quelqu’vn auroit soupçon
d’auoir pris quelque poison par la
bouche, ne faut dormir en tel cas :
car la force du venin est quelquesfois
si grande et si forte ennemie de Na-
ture , qu’elle execute son pouuoir, que
souuent elle monstre tel effet en nos
corps que fait le feu allumé en la
paille seiche. Car souuent aduient
que ceux qui sont empoisonnés, de-
uant que pouuoir auoir secours des
Médecins et Chirurgiens, meurent.
Dont subit il se doit faire vomir en pre-
nant de l’huile et eau chaude: en lieu
de l’huile on fera fondre du beurre,
et le prendre auec eau chaude , ou
décoction de graine de lin , ou fenu-
grec, ou quelque boüillon gras : car
telles choses font ietter le venin hors
par le vomissement : ioint qu’ils las-
chent le ventre, et par telles euacua-
tions le venin est vuidé hors, et son
acrimonie amortie. Ce qu’on voit par
expérience, que lors que nous vou-
lons appliquer des cautères poten-
tiels ou vésicatoires, si la partie est
ointe de choses huileuses , tels reme-
des acres ne pourront vlcerer la par-
tie. D’auantage, le vomissement pro-
LE VINGT-TROISIEME LIVRE,
294
fite, non seulement parce qu’il euacue
le venin : mais aussi que souuent il
manifeste, ou par l’odeur, ou par la
couleur, ce qui aura esté prins: et
ainsi par tel moyen on pourra auoir
recours aux remedes contrarians au
venin.
Après auoir vomi , si on a coniec-
ture que la poison soit descendue aux
boyaux , on pourra vser de clysteres
acres , pour euacuer ce qui pourroit
estre demeuré et attaché contre les
intestins. Et où le malade ne pour-
roit vomir, il luy faut faire prendre
des purgations propres, qui résistent
aux venins , comme est l’agaric , l’a-
loés, lapelite centaure, larheubarbe,
et autres choses ordonnées par le
docte Médecin. L’on doit vser puis
après de clysteres composés de casse,
de boüillon gras,auee suif de mou-
ton ou beurre, ou laict de vache, et
mucilages de lin , et psillij , où de
coings , à fin que la poison n’adhere
contre les boyaux , comme on a ac-
coustumé donner aux dysenteries.
Par leur onctuosité et visquosité, ils
amortissent l’acrimonie du venin qui
se peut adhérer contre les boyaux,
et défendent les parties saines qu’el-
les ne sentent la force du venin.
Ils sont bons pareillement quand le
venin a vlceré les parties intérieures.
Pour ceste cause le laict beu en grande
quantité, après le vomissement, et
baillé par clysteres, est vn remede
tres-singulicr , parce qu’il rompt la
force du venin , et souuent le guarit.
Il faut icy noter, qu’on doit tousiours
commencer à tirer le venin par la
voye où il aura entré. Comme s’il a
esté baillé par odeur, faut faire es-
ternuer : si par le boire ou manger,
par vomissement : si par le siégé, par
clysteres : si par le col de la matrice ,
par syringuer : si par morsures, ou
piqueures ou esgratigneures , par re-
medes qui l’attiren t au dehors, comme
nous dirons cy après
CHAPITRE VIII.
DES DIVERSIONS.
Les diuersions sont bonnes etneces-
saires , à cause que non seulement
empeschent que le venin n’aille au
cœur, mais au contraire elles l’atti-
rent du dedans au dehors : et partant
les ligatures fortes , faites aux bras,
cuisses et iambes, sont bonnes. Aussi
les grandes ventouses auec grande
flambej appliquées sur plusieurs par-
ties du corps. Pareillement le bain
d'eau chaude , auec des herbes con-
traires aux venins, comme l’aurosne,
le calament 5 rue* betoine, mou-
laine blanche, marrubium, pouliot,
laurier, le scordium , Tache* sca-
bieuse, menthe, valerienne* et autres
semblables; Aussi les estuues seiches,
et y faire suer longuement le malade*
prenant tousiours indication de sa
force et vertu.
Or si le patient est grand seigneur,
en lieu de bains et estuues , il sera
mis dedans le ventre d’vn bœuf ou
d’Vne vache ^ ou d’vn cheual ou mu-
let , à fin de le faire suer, et attirer
par ce moyen le venin au dehors : et
quand ils seront refroidis, il sera mis
dedans vn autre * et fera-on toutes
autres choses necessaires et requises
en tel cas, et tout par le conseil du
docte Médecin , s’il se peut trouuer.
DES VENINS.
CHAPITRE IX.
DES VENINS1 EN PARTICVL1ER.
Après auoir discouru sommaire-
ment des choses vniuerselles des ve-
nins, maintenant il nous faut venir
aux particulières, commençans à l’air,
puis aux morsures et piqueures et
esgratigneures des besles venimeuses,
puis aux plantes et minéraux.
Les bestes venimeuses sont aspics,
crapaux, viperes, dragons, scorpions,
liéures marins, pastenaques , viues ,
torpedes, araignées, cantharides, bu-
prestes , chenilles de pin, sangsues, et
infinité d’autres. Or lesdites besleS ne
ttient pas seulement par leurs piqueu-
res et morsures ou esgratigneures,
mais aussi par leur baue , baleine ,
escume, regard, cry et sifflement,
veue, et par leurs autres excremens.
Aussi celles qui sont mortes d’elles
mestties, ou pour peste, oufouldre,
ou rage.
11 y a aussi des venins artificiels , et
si cruels, quesionenmetsürvneselle
de cheual, font mourir celuy qui aura
esté quelque temps dessus 1 et autres,
que si on en frotte lesestriers, percent
les bottes de ceux qui ont les pieds
dedans1 : desquels Venins les Turcs et
autres Barbares vsent souuent en
leurs fléchés et dards, pour faire mou-
rir leurs ennemis , et les cerfs et au-
tres besles saUuages qui en sont
frappées : qui est vne chose difficile à
croire , veu que le Vefain appliqué à
la selle et aux eslriers n’a touché à la
chair hue : toutesfoiS cela se peut
faire : car pour toucher les rets où
sera prins le poisson nommé Torpede,
1 Mathiolet — A. b.
295
les mains demeurent stupides, et fait
mourir l’homme, comme auons dit
cy dessus. Ainsi le basilic par son seul
regard et par son cry fait mourir les
hommes , et tue toutes autres bestes
venimeuses qui sont prés où il fait
sa demeure. le diray d’auantage
que le meilleur vin est poison , parce
qu’il oste le sens et entendement , et
suffoque : et semblablement toutes
autres bonnes viandes, lorsqu’on en
prend en trop grande quantité.
CHAPITRE X.
DE LA CORRVPTION DE l’AIR.
L’air est venimeux et corrompu
par Certaines vapeurs meslées aucc
luy, comme par vne grande multi-
tude de corps morts , non assez tost
enseuelis en la terre , comme d’hom-
mes et cheuaux , et autres faisans
vne vapeur putredineuse : ce qui ad-
uienl souuent après vne grande ba-
taille, ou après vn grand tremblement
de terre : lequel sort dehors, qui auoit
esté retenu par long temps aux en-
trailles de la terre , et par faute d’a-
uoir esté esuenté, il a acquis vne
pourriture , laquelle est dispersée en
l’air, et la tirant en nos corps, il
nous empoisonne : comme par vne
seule inspiration d’vn pestiféré, on
prend la peste. Il y a encores d’au-
tres causes de la corruption de l’air,
que nous dirons cy après au liure de
la peste.
Il y a pareillement du venin en
l’air , qui accompagne les tonner-
res, fouldres et esclairs, lequel tue
ceux qui en sont frappés, ou à grand
peine en peuuenl ils reschapper, qui
se fait par vne certaine vénénosité
LE VINGT-TROISIÈME LIVRE,
2(j6
sulphurée, ce qu’on connoist aux
corps qui en sont touchés. Et si les
h es tes mangent celles qu’il aura tuées,
elles meurent et enragent. Et quant
au feu du fouldre , il est plus chaud
que nul autre feu, parquoy à bon
droit il est appellé le feu des feux : à
cause qu’il a vne chaleur tres-vehe-
mente et plus subtile que l’air : ce
qui se voit, qu’il fond le fer d’vne
pique sans brusler le bois, ainsi fond
l’or et l’argent dedans vne bourse
sans l’endommager. Et partant il ne
se faut esmei ueiller s’il fracasse, brise
et comminue les os à ceux qu'il
touche. Aussi l’esclair esteint et suf-
foque laveuë à ceux qui le regardent.
Le tonnerre par son grand bruit et
tintamarre tue lesenfansau ventre de
leurs mcres. Ce qui se prouue par
lierodian en la vie des Empereurs
Sur Martia, noble dame Romaine,
Tomba du ciel de la fouldre soudaine :
Sans que son corps fut blessé et altaint,
Son enfant fut dedans son corps eslaint.
Pareillement rend les hommes
sourds, et fait plusieurs autres choses
grandes et admirables , qu’il est im-
possible aux hommes d’en donner rai-
son : et partant nous pouuons dire,
qu’aux fouldres et tonnerres il y a
quelque diuinité.Ce qui se peut prou-
uer par Dauid, psaume cent quatriè-
me, qui dit :
Et fouldre et feu fort prompts à ton seruice,
Sont les sergents de ta haulte Iustice.
L’air pareillement est enuenimé par
parfums et odeurs, et par l’artifice des
trahislres empoisonneurs et parfu-
1 Cette citation vient du Discours des ve-
nins, imprimé en 1582 avec celui de lu Li-
corne.
meurs, lequel nous cojiuient attirer
pour la conseruation de nostre vie :
car sans luy ne pouuons viure. Or
nous l’attirons par l’attraction qui se
fait des poumons et des parties pecto-
rales dediées à la respiration , et par
le nez és ventricules du cerueau: pa-
reillement par la transpiration qui se
fait és petits pores ou pertuis insen-
sibles de tout le corps, et aussi des ar-
tères espandues au cuir : ce qui se
fait tant pour la génération de l’es-
prit de vie, que pour refraichir et fer-
menter nostre chaleur naturelle. A
ceste cause, s’il est enuenimé, il al-
téré nos esprits, et corrompt aussi les
humeurs, et les conuerliten sa qua-
lité venimeuse, et infecte toutes les
parties nobles, et principalement le
cœur : et alors il se 'fait vn com-
bat entre le venin et Nature , la-
quelle, si elle est plus forle, par sa
vertu expulsiue les chasse dehors
par la sternutation et vomisscmens,
sueurs et flux de ventre , ou par au-
tres maniérés, comme par flux de sang
ou par les vrines. Au contraire si le
venin est plus fort, Nature demeure
vaincue, et par conséquent la. mort
s’ensuit, auec griefs et diuers acci-
dens, selon la nature et qualité du
venin.
Or le venin prins par l’odeur est
merueilleusement subit, parce qu’il
n’a que faire d’aucun humeur qui luy
serue de conduite pour entrer en nos-
tre corps, et agir en iceluy : car la
vapeur estant subtile, est facilement
portée auec l’air que nous attirons et
expirons. Et si quelqu’vn me vouloit
obiecler que par vne torche ou cas-
sole on ne peut empoisonner, attendu
que le feu purifie et consomme le ve-
nin, si aucun y en auoit : Response,
neantmoiris que le feu soit espris en
vne allumette sulphurée, la flamme
DES VENINS.
est tres-puante, sentant le soulphre :
semblablement le feu estant esprisau
bois d’aloés ou genéure , ou en autre
bonne senleur, ne laisse à sentir vne
odeur plaisante et bonne.
Or si on veut voir l’experience, ie
mettrav sus le bureau le pape Clé-
ment , oncle de la royne mere du roy,
qui fut empoisonné de la vapeur
d’vne torche enuenimée. Matbiolesur
ce propos parlant des venins, dit,
qu’en la place de Senes il y auoit deux
charlatans tberiacleurs : l’vn des
deux auoit empoisonné vn œillet, le-
quel il bailla à fleurer à son compa-
gnon, et l’ayant senti, subit tomba
en terre roide mort. D’auantage, vn
quidam de recente mémoire ayant
odoré vne pomme de senleur enueni-
mée, subit le visage luy enfla, et eut
vne grande vertigine , de façon qu’il
luy sembloit que tout tournast sens-
dessus -dessous, et perdit pour quel-
que temps la parole et toute connois-
sance : etn'eust esté qu’il fut promp-
tement secouru par sternutatoires et
autres choses, il fust allé auec le pape
Clément.
Le vray alexitere de ces parfums
enuenimés, c’est de non iamais les
odorer,et fuir tels parfumeurs comme
la peste, et les chasser hors du royau-
me de France, et les enuoyer auec
les Turcs et infidèles.
CHAPITRE XI.
PROGNOSTIC DES VENINS EN GENERAL >.
Il y a plusieurs sortes de venins,
aussi ils ont diuersilés d’accidens : car
1 Le premier chapitre de 1675 se termi-
nait par un paragraphe intitulé : Du pro-
297
il est impossible que tous accidensqui
suruiennent aux poisons suiuent à
vn certain poison : car autrement
c’eust esté chose superflue aux au-
theurs de traiter chacun poison à
part, et des remedes particuliers de
chacun. Donc on ne trouuera point
qu’vn seul et mesme venin cause vne
excessiue chaleur d’estomacb, de ven-
tre, de foye, vessie, reins, qu’il face ve-
nir le hocquet , qu’il face trembler et
frissonner tout le corps, qu’il osle la
parolle, qu’il face conuulsion : qui
rende le pouls languide, qui empes-
che la respiration, qui rende la per-
sonne toute endormie et assoupie, qui
cause vertigine ou tournement de
leste, qui esbloüisse la veuë, qui es-
Irangle, qui altéré, quifacefiuxde
sang, qui cause la fiéure, qui retienne
l’vrine, qui prouoque continuel vo-
missement, qui face rougir le malade,
qui le rende liuide, pâlie, insensé, qui
le face ronfler et peter, perdre toute
force, et plusieurs autres accidens
que les venins particulièrement font.
gnosiic. Le texte en est presque entièrement
différent du chapitre actuel ; le lecteur sera
à même d’en juger.
« Du prognoslic.
» Les venins chauds tuent plustost que les
froids, pourcc que la chaleur naturelle les
réduit plus promptement de puissance à
leur effect, qu’elle ne fait les froids : et par-
tant les accidens sont plus grands ou moin-
dres, selon la force et vehcmencedu venin,
et la nature de la partie : toutesfois le pro-
pre de tous venins en general est d’assail-
lir le cœur comme principe de vie. Voila ce
qu’il me semble en somme de l’action des
venins artificiels : maintenant il nous con-
vient parler du venin naturel des bestes
trouuees en ce pays de France. »
Ici donc finissait le chapitre m ; le chapi-
tre, 2 répond comme il a été dit au chapitre
actuel.
Ü2g8 LE VINGT-TRC
Et quatid cèS accidens suruiennent
aux empoisonnés, il est difficile de
bien connoîstfe quel est le venin
qd’oh aura pris. Il est vray que les
venins chauds tuent plustost que les
froids, parce que la chaleur naturelle
les réduit plus promptement de puis-
sance à leur effect qu’elle ne fait les
froids
Galien dit qu’il se peut engendrer
èn nos corps vne substance appro-
chant du venin 2. le dis qüe tel venin
est bien difficile estre conneu.
CHAPITRE XII.
PROGNOSTIC DV VENIN DES RESTES3.
Cornélius Celsus, et tous les an-
ciens médecins tiennent que tontes
morsures et esgratigneures, piqueu-
res et baue des animaux, participent
de quelque mauüaise qualité, toutes-
fois les vnes plus et les autres moins.
Les plus sont celles qui sont faites de
bestes venimeuses, comme d’aspics,
viperes, couleilures et autres ser-
pens, basilic, dragon, crâpaux, chien
enragé,, scorpion, araignes, mous-
ches à miel, guespes, et vne infinité
d’autres. Les moins venimeuses sont
celles qui sont faites d’autres ani-
maux non venimeux, comme le che-
ual, le singe, le chat, le chien non en-
ragé, et plusieurs autres : lesquels,
encores qu’ils ne soyent venimeux ,
leurs rtiorsures sont toutesfois plus
douloureuses et difficiles à guarir que
1 Le chapitre se' terminait ici en 1579; le
reste a été ajouté en 1585.
2 Liure de$\lieux affectés, {c. 5. J — A. P.
s Ce chapitre est presque littéralement le
même que le chapitre 2 du livre de 1575,
qui portait pour titre : Du venin naturel.
SIÉME LIVRE ,
les playes ordinaires faites d’autres
causes : ce qui aduient parce qu’ils
ont en leur saliue ou baue quelque
chose contraire à nostre nature, la-
quelle induit vne mauuaise qualité
en l’vlcere, la rendant plus doulou-
reuse et rebelle aux remedes : ce que
non seulement nous apperceuous en
telles morsures, mais aussi aux esgra-
tigneures des bestes qui ont des on-
gles, comme les lions, les chats, et
autres.
Aucuns ne veulent excepter de
cesle condition de morsure celle des
hommes , affermans icelle participer
de quelque vénénosité, et principale-
ment des rousseaux piquotés de mar-
ques tannées, noires et autre couleur,
qu’ils ont partout leur corps, et en-
cores plus s’ils sont en colere. Quant
à ceux qui ne sont de tel tempéra-
ment, on peut tenir leur morsure
n’estre participante d’aucune vénéno-
sité à raison de leur saliue , laquelle
on voit par expérience estant appli-
quée és petites vlceres, les guarir.
Parquoy la difficulté qui vient de gua-
rir la morsure qu’aura fait vn homme
non roux, vient à raison de la meur-
trisseure qui se fait au moyen des
dents, qui sont mouces et non tren-
chanles, lesquelles ne peuuent entrer
dedans la chair sinon en escachant et
contusant, comme se font les coups
orbes et les playes faites auec des
pierres ou bastons, ou autres sembla-
bles, lesquelles on voit estre plus dif-
ficiles à guarir que celles qui sontfai-
tes auec glaiues trenchdns.
Et pour retourner à nostre propos,
nous dirons qu’entre les bestes que
nous auons dit estre les plus venimeu-
ses, il s’en trouue peu qui soyent de
lardiue operation : mais elles font
communément mourir soudainement
ceux qui en sont mords ou piqués.
DÈS VEtfîNÈ.
Sur quoy faut obseruerque ies venins
iettés par les animaux vifs sont plus
forts et violents que de ceux qui sont
morts, d’autant plus qu’ils ont vne
chaleur naturelle qui leur sert de vé-
hiculé pour les conduire au corps.
Aussi outre ce, la tenuité de la sub-
stance fait que le venin en est plus
lrastif.
D’auantage, il y a des besles qui ont
le venin si dangereux* qu’il fait mou-
rir vne personne en moins d’vne
heure* comme sont les aspics, basilic,
et erapaux. Les autres n’ont leur
venin si furieux, donnans induces
deux ou trois iours, et quelquesfois
plus, deuant que faire mourir la per-
sonne, comme la couleuure, et au-
tres. Outre lesquelles il y en a qui
donnent encores plus long espace de
vie, comme le scorpion et araignes.
Bref, il y a certains venins, lesquels
estans entrés au corps de l’homme,
voire en petite quanlité, y opèrent
d’vne si grande violence et prompti-
tude que fait le feu en la paille sei-
che, tellement que l’on n’y peut re-
médier par aucune maniéré, à cause
que la vertu du venin est piusgrande
que le remede n’est fort : et partant
alors il renuerse, conuerlit et trans-
mue promptement les esprits et hu-
meurs en son naturel. Car tout ainsi
que les viandes que nous mangeons
se conuertissent en nostre nature :
aussi au contraire , tels venins estans
dedans nostre corps rendent tous les
membres infectés , non moins que
l’air pestilent estant receu par vne
seule inspiration d’vn homme pesti-
féré. De ceste malignité aduient qu’au-
cuns ont vne grande inquiétude, et
meurent furieux et enragés : au con-
traire* bn en voit d’autres qui sont
fort assopis et efadormis, et deuiennent
enflés comme hydropiques.
299
Outre ces fcbôses faut entendre, que
le lieu et le temps auquel les besles
venimeuses sont nourries, donnent
plus ou moins de vigueur à leur poi-
son. Car celles qui sont nourries aux
montagnes et lieux secs, sont plus
dangereuses qUe celles qui Sont nour-
ries és lieux froids et marescageux.
Aussi toutes morsures de bestes ve-
neneuses apportent plus de danger en
esté qü’ën hÿuer.
D’auantage , celles qui sont affa-
mées, ou ont esté irritées, sont plus
dangereuses que les autres, et leur
venin est plus pernicieux à ieun ,
qu’aprés qu’ils Ont mangé; Pareille-
ment les iéunes , et qui sont amou-
reuses , C’est à dire en rut , sont plus
malignes que les vieilles, et que celles
qui ne sont en rut. Aussi on tient que
le vehin des femelles est plus dange-
reux que Oelüy des masles. Plus les
piqueüres et morsures des bestes ve-
nimeuses qui Uiangerttles autres bes-
tes veneneuses (comme les couleuures
qüi mangent les erapaux , et les vi-
pefes qüi mangent les scorpions et
araignes, et les cahtharides et bu-
prestes) sbht beaucoup plus perni-
cieuses que les autres qui n’en man-
gèUt point.
Or l’Impression subite , ou la résis-
tance aü venin, aduient le plus sou-
dent Selon que le venin est de subtile
ou de grosse substance , ou que la
complexion et température de ceux
qui sont mords ou piqüës, est chaude
ou froide , forte ou debile. Car ceux
qui sont dé température chaude, ont
leurs veines et arleres plus grosses et
dilatées, comme nous„ auonsj dit par
cy deüant, et par conséquent tous les
conduits du corps^plus pmuerls, qüi
fait que le venin passe et entre promp-
tement iu;quesj,aücœur|: ce qui ne se
fait si subitement à ceux qui sont de
3oo
LF. VINGT-TROISIEME LIVRE,
température froide, et qui ont les
veines et arteres plus serrées, et par
conséquent le venin ne pénétré si tost,
qui fait qu’ils meurent plus tard :
non plus ne moins que nous voyons
aduenir souuentesfois par les méde-
cines laxatiues qu’on donne aux ma-
lades, que deux dragmes de rheu-
barbe feront plus à vn, que quatre à
vn autre, pour la diuersité des com-
plexions de ceux qui la prennent.
D’auantage, les venins ne peuuent
tant nuire à ceux qui ont mangé et
beu qu'à ceux qui sont à ieun, à
cause que par les alimens, les veines
et arteres et les conduits du corps
eslans remplis, et les esprits fortifiés,
cela garde que le venin n’agist si fort
et promptement qu'il feroit si le ma-
lade n’auoit mangé ny beu. Et voila
les raisons pourquoy ceux qui sont
mords ou piqués meurent plus tost
ou plus tard les vns que les autres,
ayans esté empoisonnés de bestes ve-
nimeuses.
Or si le venin opéré par qualité oc-
culte, le prognostic et la cure en sont
fort difficiles : et alors faut auoir re-
cours aux alexileres , qui ont aussi
vne propriété inconneuë, et principa-
lement au theriaque, pource qu’en
sa composition il y entre des venins
chauds , froids , secs , et humides : et
pourtant il résisté à tous venins, et
principalement aux naturels, comme
des bestes, plantes et minéraux : et
non aux artificiels, desquels à la
mienne volonté que iamais homme
n’eustmisla main à la plume pour en
escrire,et n’eussent iamais esté in-
uentés, à fin que nous n’eussions à
combattre que les naturels des bes-
tes, pource qu'on s’en peut mieux
garder que de ceux qui sont faits par
la malice des traistres mechans bour-
reaux empoisonneurs et parfumeurs.
CHAPITRE XIII.
CVRE DE LA MORSVRE ET VIQVËVRE
DES RESTES VEN1MEVSES '.
Il faut promptement et sansdelay
remedier à la morsure et piqueure
desbestes enragéeset venimeuses, par
tous moyens qui consument le venin,
à fin qu’il n’entre dedans le corps,
et ne corrompe les parties nobles,
desquelles tout venin de son na-
turel ne demande que la mort et
destruction. El si par nonchalance
ou ignorance, les remedes propres
sont délaissés et inlermis au commen-
cement, certainement en vain seront
appliqués en autre temps , principa-
lement si la matière venimeuse a
desia saisi les parties nobles.
Donc pour commencer ceste cure,
les anciens nous proposent deux in-
dications, à sçauoir, vacuation de
l’humeur virulent et venimeux, et
alteration d’iceluy. Or comme ainsi
soit qu’il y ait deux maniérés de va-
cualion, à sçauoir, par voye vniuer-
selle ou intérieure, et par particulière
ou extérieure, nous commencerons à
la particulière, declarans les remedes
topiques propres pour attirer et ab-
baltre le venin, combien que la com-
mune opinion d’aucuns est qu’il faut
commencer aux choses vniuerselles :
ce qui me semble ne deuoir eslre au-
cunement obserué és maladies ex-
ternes, comme playes, fractures, luxa-
tions, et aux morsures et piqueures
des bestes venimeuses, esquelles la
première chose que l’on doit faire,
1 Ce chapitre est presque entièrement co-
pié du chapitre 3 de 1575; seulement ce-
lui-ci avait simplement pour titre : Des
bestes venimeuses.
des venins.
3oi
est de procéder incontinent aux to-
piques : puis auoir esgard aux choses
vniuerselles , comme régime, purga-
tion, breuuages, saignée, et autres
telles choses, selon qu’il en sera be-
soin. Parquoy en ceste maladie, la
première chose que l’on fera sera
d’appliquer promptement medica-
mens conuenables sur la morsure ou
piqueure : et sur tout est fort conue-
nable de lauer incontinent la playe
d’vrine ou d’eau salée, ou d'eau de
vie, ou en lieu d’icelles, de bon vin
ou vinaigre, et y dissoudre du thé-
riaque le plus vieil qu’on pourra trou-
uer, frottant assez rudement la par-
tie : et faut que le lauement soit le
plus chaud que le malade pourra en-
durer : puis le laisser dessus , et à
l’entourdela playe du charpy trempé
en icelle mislion.
Or aucuns tiennent qu’il ne faut
appliquer ledit theriaque sur la mor-
sure, pource (disent-ils) qu’il repousse
le venin au dedans : mais (sauf leur
reuerence) leur opinion est renuersée
par authorité , raison , et expérience,
comme ie diray en mon liure de la
Peste. Par authorité : Gallien au liure
des Commodités du theriaque *, com-
mande en donner par dedans et par
dehors, pour les morsures et pi-
queures venimeuses, lesquelles (dit-il)
il guarit, si on en vse deuant que le ve-
nin ail saisi les parties nobles. Par
raison, pource qu’en sa composition
il y entre de la chair de vipere , qui
est vn serpent venimeux , qui par sa
similitude attire le venin, ainsi quele
magnés attire le fer, et l’ambre le
fétu: et l’ayant attiré, les autres me-
dicamens qui entrent en sa composi-
1 La première édition posthume ajoute
à cette indication les mots: ad Pisonem, qui
ne se trouvent point dans les précédentes.
tion resoluent et consument sa viru-
lence et vénénosité : et estant pris
par dedans , il defend le cœur et au-
tres parties nobles, et fortifie les es-
prits. Quant à l’experience, ie puis
asseurer auoir pensé plusieurs ayans
esté mords et piqués de bestes veni-
meuses, qui par le bénéfice du the-
riaque ont tous receu guarison,pour-
ueu que (comme i’ay auerli cy
dessus ) on les ait traités auparauant
que le venin eust saisi les parties no-
bles. Partant on pourra asseurément
vser de theriaque, ou en lieu d’iceluy
on prendra du methridat, lequel a
pareillement grande vertu pourcest
effect.
D’auantage, pour faire la vacuation
dessusdite , les remedes doiuent estre
de ténue substance, tant ceux qu’on
applique dehors, que ceux qu’on
prend par dedans , à cause qu’ils pé-
nétrent le corps promptement, pour
dompter et abbattre la malice du ve-
nin. Et parlant les ails, oignons, por-
reaux, sont vliles, pource qu’ils sont
vaporeux, fumeux et de ténue sub-
stance : pareillement la rue , le scor-
dion, le diclamnus, centaurea minor,
prassium , roquette, laict de figues
non meures, et autres semblables :
aussi la buglosse sauuage entre tou-
tes les herbes a vertu contre les mor-
sures de tous serpens , et a esté nom-
mée Viperie , et ce pour deux raisons :
l’vne pour-ce qu’elle porte la graine
semblable à la teste d’vne vipere : et
l’autre à cause qu’elle guarit la mor-
sure d’icelle, pilée et appliquée par
dehors, et par dedans prise auec du
vin : le serpolet a la mesme vertu. Et
neanlmoins que le venin soit chaud,
si est-ce que les remedes susdits sont
conuenables, parce qu’ils resoluent
la substance du venin, et le consu-
ment et euaporent. Toutesfois on
LE VINGTVTROISntME LIVRE ,
3û2
aurg psgapd à la qualité de l'humeur,
pour l’alterer s’il est besoin , comme
noqs t’auertirons cy après.
Outre plus l’application de ven-
touses et cornets, auec grande flambe,
et profondes scarifications, est profi-
table, si le lieu permet de ce faire.
Aussi est bon de fomenter et lauer
promptement la partie de fort vin ai-
gre, le plus cfiaud (pue l’on pourra
enfiprer : ou oq prendra de l’eau et
du sel, et de ce on en frottera laplaye
asspz ru4pment> Qu mesme de l’vrine
dqpatjopt, comme nous auons dit.
Pareillement la qioustarde fielayée
en vrine ou vinaigre est propre. Q’a-
uantage sera bon faire fort succer le
lieu par quelque personne de basse
condition, moyennant qu’il ait laué
sa bouche de vjn auquel on aura
disspqlt du thepiaque ou methridat,
et apres auec huile commune : aussi
faut prendre gqrde qu’il n’ait vlcere
en la bouche, de peur que le venin
ne s’y imprime facilement. Les sang-
sues sont pareillement propres pour
cesf effet *.
On pourra aussi mettresur laplaye
le cul ,d,es poulailles, et entre autres,
des poqlles qui ponnent, par cequ’el
les ont le cul plus grand et plus ou-
uert : ou en lieu d’icelles , prendre
des coqs ou poulies d’Inde, par ce
qu’elles ont plus de vigueur d’attirer
que les communes, et leur faut met-
tre vu grain de sel dedans le cul, et
leur clorre le bec et l’ouurir par in-
terualles : et si elles meurent , en
remettre d’autres. Si on veut , on
pourra fendre lesdites volailles toutes
i On retrouve déjà les principales idées de
ce paragraphe, et même avec un peu plus
de développement, dans le livre des Playes
d’harquebuses de 1664. Comparez tome II,
page 130.
viues 1 * : lesquelles d’vn discord na-
turel résistent au venin, par ce que
les poulailles sont de nature fort
chaude. Qu’il soit vray, elles man-
gent et digèrent les bestes venimeu-
ses, comme crapaux, viperes, aspics,
scorpions et autres : et consomment
pareillement les plus seiches graines
qui soient, mesmes de petites pierres
et sablon : parquoy appliquées dessus
ont grand force d’attirer le venin. Qu
en lieu d’icelles, on prendra des petits
chiens ou chatons, lesquels estans
fendus, seront appliqués tous chauds
sur la playe et sur les scarifications,
les y laissansiusquesà ce qu’ils soient
refroidis : puis on en remettera d’au-
tres tant qu’il en sera de besoin a.
Outre toutes ces choses, fiappüca-
tion des cautères est grandement à
louer pour abbalre et consommer la
malignité du venin : mais en ce cas,
l’actuel est plus excellent que le po-
tentiel, d’autant que l’action du feu
consomme le venin plus promptement,
et fait que la playe demeure plus
longuement ouuerte. Mais ils doiuent
estre appliqués deuant que le venin
ait saisi les parties nobles : car autre-
ment ils ne pourroient en rien pro-
fiter, ains donneroient fascherie en
vain au pauure malade. Et s’il craint
le feu, on vsera de potentiel 3. Et
1 La phrase s’arrêtait là en 1575 pour ce
qui regarde les volailles, et reprenait immé-
diatement : ou en lieu d'icelles on prendra
des petits chiens, etc. Les dix lignes intermé-
diaires ont éfé ajoutées en 1570.
8 Les mêmes préceptes avaient déjà été
donnés à peu prés dans le livre des Playes
d’harquebuses de 1552 et 15,64. Comparez
tome IJ, page 192.
3 Comparez ce qu’il avait déjà écrit sur le
cautère dès 1545 (tome II, page 193, à la fin),
et plus tard en 1552 et 1564 ( tome II, page
192). On verra dans cette même page le coa-
DES VENINS.
après l’application d’iceux , faut
promptement faire cheoir l’escarre,
à fin de donner plus subite issue au
venin. Partant l’escarre estant faite,
on fera des scarifications dessus, péné-
trantes iusques à la chair viue : puis on
y appliquera des choses onctueuses,
comme beurre et axonge : et dessus
la playe et parties voisines, on vsera
d’emplastres atlracliues , faites de
gommes, comme galbanum de téré-
benthine, poix noire, poix grasse
meslée auec ius de poireaux et
oignons , et autres semblables. Et
lors que l’escarre sera tombée , on
appliquera de l’onguent basilicum ,
auquel on adioustera poudre de mer-
cure, qui en ce cas a grande efficace,
d’autant qu’elle attire la sanie et vi-
rulence du profond de la playe, et ne
la permet reclorre : ce qui est bien
necessaire, car on la doit tenir long
temps ouuerte , à fin d’euacuer la
matière venimeuse. Et pour ce faire,
on appliquera de l’esponge , ou raci-
nes de gentiane, ou d’hermodactes,
ou quelques medicamens acres ,
comme egypliac, ou poudre de mer-
cure meslée auec alum cuit, ou vn
peu de poudre faite de cautere po-
tentiel. Et ne faut oublier àmesler
lousiours auec lesonguens vnpeude
theriaque ou methridat, ou jus d’hy-
pericon, ou de nepeta, et autres sem-
blables, qui ont vertu d’attirer et
résoudre le venin, et d’absterger et
nettoyer l’vlcere. Toutesfois si on
voyoit qu’il y eust trop grande cha-
leur, douleur, et acuité, laquelle con-
traint l’humidité de faire ébullition,
qui se tourne quelquesfois en viru-
lence et pourriture , gangrené , et
seil d’appliquer une ligature au-dessus de
la morsure ou piqûre; précepte excellent,
qui ne se retrouve pas dans le livre actuel.
3q3
mortification, alors faut laisser la
propre cure pour suruenir aux acci-
dens. Et voila quant à l’euacuation
particulière qui se doit faire és mor-
sures et piqueures venimeuses.
CHAPITRE XIV.
DE LA GVRE VNIVERSELLE '.
Quanta l’euacuation vniuerselle, il
faut obseruerque l’on ne face saignée,
et que l’on ne donne medecine laxa-
tiue, ny clystere, ny vomitoire, ny
bains, ou autres sudatoires, qu’il n’y
ait pour le moins trois iours passés
après la morsure faite : aussi que le
patient euite le coït, de peur de faire
commotion et perturbation aux hu-
meurs et esprits, et que le venin fust
par ces moyens plus promptement
porté au cœur : mais quand la matière
venimeuse sera esparse, et l’acuité
diminuée , alors telles euacuations
pourront estre faites, et non autre-
ment. Mais pour tous medicamens
intérieurs suffira vserde contre poi-
sons au commencement, comme de
toutes sortes de theriaque, methri-
dat , et autres semblables choses :
lesquelles estans contraires aux ve-
nins, changent et altèrent tout le
corps. Non pas qu’il faille entendre,
que leur substance pénétré et passe
tout le corps ( car il est impossible
qu’en si peu de temps vne si petite
quantité de matière , qu’on donne
pour contre poison, puisse passer vne
si grosse masse de nostre corps) mais
elle s’espand, et enuoye ses vertus et
qualités : comme iournellementnous
voyons que quand nous auons pris
1 C’est le chapitre 4 du livre de 1575.
3oA LE vingt-troisième livre
des pilules, neanlmoins que leur sub-
stance ou maliere demeure en l’est o-
mach, leur vertu est espandue ius-
ques au cerueau,et partout le corps.
On en peut autant dire d’vn clystere,
qui estant dans les intestins, a puis-
sance d’attirer les humeurs du cer-
ueau *. On voit aussi cest effet és
médecines , qui attirent par leur
vertu iusquesau dedans des iointures
et de toutes les parties du corps. Et
pour le dire en vn mot, les contre-
poisons opèrent en nos corps, pour
combattre le venin, et le chasser, et
vaincre sa virulence, ainsi que le ve-
nin fait pour exercer sa tyrannie, et
saisir le cœur : loulesfois il faut bien
notter , que la contre-poison doit
estre plus forte que la poison, à fin
qu’elle domine : et partant en faut
vser en plus grande quantité que n’est
le venin, à ce qu’elle soit plus forte à
le vaincre el chasser. El en faut don-
ner deux fois le iour, continuant tant
que l’on verra le venin eslre amorti,
et les accidens cessés. Et cecy est non
seulement profitable pour l’euacua-
tion de la poison, mais aussi pour
fortifier les parties nobles.
Or outre les choses susdites, faut
auoir esgard à altérer l’humeur : ce
que nous auons dit estre la seconde
indication qu’on se doit proposer en
la cure présente. Ce qui se fera en
changeant vne qualité contraire par
vne autre contraire2. Exemple : si le
patient sent vne vehemente chaleur
au lieu où est la morsure, ou en tout
le corps , alors il faudra appliquer
1 Le texte de 1575 ajoutait ici : comme
tesmoigne Galien au Hure des simples rnedica-
mens ; et de plus on lisait en note : Gai. au
lin. 5. des simples , cha. 19. Tout cela a été
rayé dès 1579.
2 On retrouve déjà les bases de ce traite-
ment en 1564. Voyez tome II, page 193.
remedes refrigerans : au contraire
s’il sent froidure, remedes calefaclifs,
et ainsi des autres qualités.
Cecy te suffise pour le regard des
venins el de leur cure en general : il
en faut iraiter maintenant en particu-
lier. El premièrement nous commen-
cerons aux morsures des chiens en-
ragés.
CHAPITRE XV.
LA CAVSE POVRQVOY LES CHIENS DE-
VIENNENT PLVSTOST ENRAGÉS QVE LES
AVTRES BESTES1.
Cela aduient parce que de leur na-
ture ils sont préparés et enclins à
telle disposition : et pource aussi
qu’ils mangent quelquesfois corps
morts charongneux, et autres choses
pourries et pleines de vers, et boi-
uent des eaux de semblable nature :
aussi par vne trop grande melancho-
lie d’auoir perdu leur maislre, dont
courent çà et là pour le trouuer, de-
laissans le manger et boire : dequoy
s’ensuit ébullition de leur sang, qui
puis après se tourne en melancholie,
et puis en rage. D'auantage pour
deux autres causes contraires : la
première par la trop grande chaleur,
la seconde par l’extreine froidure :
comme l’on voit que le plus souuent
ils enragent és iours caniculaires, et
en hyuer durant les grandes gelées.
Ce qui aduient , parce que les chiens
sont de leur nature froids el secs2, et
1 Reproduction du chap. 5 de 1575.
2 Galien , cha. 20. li. 2. simpl. el cha. 11.
liu. 3. simpl. semble eslre d’opinion contraire
touchant le tempérament des chiens , id est , il
dit qu’il est chaud el sec. — A. P. Celte note
est de 1585.
DES VEN J NS.
par conséquent ils ont beaucoup d’hu-
meurs melancholiques, lesquels en
telles saisons chaleureuses se tour-
nent aisément en humeurs atrabilai-
res par adustion : comme en hyuer
par constipation de cuir et suppres-
sion d’excremens fuligineux, qui leur
causent vne heure continue grande-
ment ardente, et vne phrenesie et
rage. Le grand froid de l’air aug-
mente semblablement leur chaleur
du dedans, laquelle estant repoussée,
s’augmente et allume les humeurs
préparés à telle rage et pourriture :
lesquels sont d’autant plus dange-
reux, que ne pouuans sortir et eua-
cuer par les pores ou perluis du cuir
(qui pour lors sont du tout fermés)
ils demeurent dedans, et font alors les
mesmes accidens que fait la grande
chaleur de l’esté. Aussi deuiennenl
enragés pour vser de viandes trop
chaudes qui leur eschauffent le sang,
et leur causent fleure , puis la rage :
semblablement aussi pour auoir esté
mords d’autres chiens, ou loups, ou
autres animaux enragés.
CHAPITRE XVI.
SIGNES POVR CONNOISTRE LE CHIEN
ESTRE ENRAGÉ
Lors qu’il voit de l’eau , il tremble
et la craint, et a vne horripilation ,
c’est à dire que le poil lui dresse. 11 a
les yeux rouges et fort flamboyans ,
et renuersés , auec vu regard vehe-
rnent, fixe et horrible, regardant de
trauers. Il porte sa teste fort bas et
1 Ce chapitre où Paré trace le tableau le
plus net et le plus précis des signes de la
rage, est textuellement copié du rliap. 6 de
1575.
111.
3o5
la tourne de costé. Ilouuresa gueule,
et tire la langue qu’on voit liuide et
noire, halette, et ielle grande quan-
tité de baue escumeuse , et plusieurs
autres humidités découlent de sen
nez. Il chemine en crainte, lanlost à
dextre, tantosl à senestre, comme s’il
estoit yure, et tombe souuent en
terre. Lors qu’il voit quelque forme,
il court à l’encontre pour l’assaillir,
soit que ce soit vne muraille , ou vn
arbre , ou quelque animal qu’il ren-
contre. Les autres chiens le fuyent tt
le sentent de loing : et s’il s’en trouue
quelqu’vn présdeluy,il le flatte et luy
obéît, et tasebe à se desrober et fuir
de luy , encores qu’il soit plus grand
et plus fort. Il ne boit ny mange: il
est du tout muet , c’est à dire qu’il
n’aboye point : a les oreilles fort
pendantes, et la queue retirée entre
les cuisses : il regarde de trauers , et
plus tristement que de couslume : il
mord egalement besles et gens , tant
domestiques et familiers qu’estran-
gers, et ne connoist aucunement son
maislre , ny la maison où il a esté
nourri: parce que l’humeur melan-
cholique luy trouble tous les sens. Ce
quiaduient pareillement aux hommes
qui sont vexés de telle humeur me-
lancholique : car ils tuent quelques-
fois leurs peres, meres, femmes ou en-
fans, et souuentesfois eux-mesmes.
CHAPITRE XVII.
LES SIGNES POVR CONNOISTRE VN HOMME
AVOIR ESTÉ MORD V D’VN CHIEN EN-
RAGÉ
Il est fort difficile de connoistre du
commencement quand quelqu’vn a
1 Reproduction littérale du chap. 7 de 1575.
20
3o6
LE VINGT-TROISIEME LIVRE ,
esté mords d’vn chien enragé ou non :
parce que la playe faite par la mor-
sure n'afflige au commencement le
malade non plus qu’vne autre playe,
au contraire de celles qui sont faites
par morsures ou piqueures des autres
bestes venimeuses : car subitement on
y sent vne extreme douleur , et la
partie s’enflamme et enfle, et suruien-
nent grands et diuers accidens, selon
la diuersité de la malignité du venin,
comme nous dirons cy après. Dont
nous conclurons , que le venin fait
par la rage ne se monstre pas au
commencement, et qu’il n’ait pre-
mièrement saisi et altéré les parties
nobles.
Parquoy si on doute au commen-
cement que la morsure ne fust faite
d’vn chien enragé, on la pourra véri-
tablement connoistre en mouillant du
pain au sang ou en la sanie de la
playe , que l’on donnera à vn chien
affamé; et s’il le refuse à manger,
mesmes qu’il desdaigne le fleurer ,
cela demonslre que la playe est fuite
d’vn chien enragé ; au contraire s’il
le mange, il n’estoit point enragé.
D’auantage, plusieurs ont escrit
que si on donne le pain ainsi trempé
à vne poulaille , et qu’elle le mange ,
elle mourra dans vn iour ou enui-
ron, si le chien estoit enragé. Mais
pour certain i’ay fait telle expérience,
et sçauois véritablement que le chien
estoit enragé par les signes prédits:
toulesfois les poulailles ne mouroient
point après auoir mangé dudit pain.
Parquoy l’espreuue du pain donné
aux chiens est plus certain, pour-ce
qu’ils ont vn sentiment exquis de
fleurer naturellement, qui fait qu’ils
sentent l’odeur du sang ou sanie de
la playe faite d’vn chien enragé , et
pour-ce aucunement n’y touchent.
CHAPITRE XVIII.
DES ACCIDENS QVI VIENNENT A CEVX
AVXOVELS CE VENIN DV CHIEN EN-
RAGÉ EST COMMENCÉ d’eSTRE IMPRIMÉ
AVX PARTIES NOBLES l.
Au commencement le malade de-
uient fort pensif, et murmure entre
ses dents ; il respond sans propos , et
dénient cbolere plus que de cous-
tume : il pense voir en dormant vne
infinité de choses fantastiques , et fi-
nalement tombe en vne maladie
nommée des Grecs hydrophobia, c’est
à dire crainte d’eau.
Puis après que le venin s’est d’a-
uantage augmenté, et a ja du tout
changé P économie ou harmonie des
parties nobles , alors la vertu imagi-
natiue , et toute raison et mémoire
et autres sens se perdent : et par con-
séquent le malade deuient fol et in-
sensé, et ne connoist aucunement ses
familiers amis et domestiques , et se
deschire et esgratigne , et mord soy-
mesme et les premiers venus qu’il
peut attraper ; qui se fait à cause des
vapeurs et fumées melancholiques
qui montent au cerueau , et altèrent
et corrompent le tempérament d’ice-
luy : «parquoy la raison est perdue,
ensemble tous les autres sens , dont
le pauure malade est incité à cour-
roux et à mordre. Semblablement il
a souuent des mouuemens et tres-
saillemens inuolontaircs , et contrac-
tions de nerfs : qui se fait à cause de
la siccilé vehemente , prouenant du
venin chaud et sec, qui blesse le tem-
pérament des nerfs qui sont dissemi-
1 Ce chapitre est presque en entier copié
du chap. 8 de l’édition de 1675.
DES VENINS.
nés és muscles, et aussi qui leur con-
somme l’humidité substantifique.
Pareillement le patient a vne grande
seicheresse en la bouche, et la langue
aride et seiche , auec vne soif intolé-
rable, toulesfois sans appétit de
boire, pourtant que desia son corps a
pris vne affection contraire à ses ac-
tions naturelles, dont il aduient qu'il
ne desire les choses qui naturelle-
ment appaisent la soif. Plus il a la
face et les yeux rouges et grande-
ment enüambés, et pareillement tout
le corps, à cause de l’extreme cha-
leur et siccité prouenante du virus
veneneux et malin. Il imagine qu’il
voit et oit des chiens, et veut pareil-
lement japper et mordre : qui se fait
parce que le venin du chien enragé
change et altère toute la température
de l’homme en toute sa complexion
et similitude : en sorte que tous ses
sens , pensées , parolles et visions , et
généralement toutes ses actions sont
deprauées par l’humeur melancholi-
que et veneneux espandu és ventri-
cules du cerueau, lequel leur change
l’esprit , . tellement que le malade
pense voir et ouïr des chiens , voire
croit luy-mesme estre chien, duquel
aussi il ensuit la voix enrouée, parce
qu’il jappe, aboyé, crie et hurle
comme les chiens , sans honte et res-
pect de son honneur, au grand es-
pouuentement de ceux qui sont pre-
sens et qui l’oyent. L’enroüeure vient
par la grande seicheresse, quia des-
seiché la trachée artere et les instru-
mens delavoix.il fuit grandement
la lumière, à cause que l’humeur me-
lancholique , qui est obscur et téné-
breux, est contraire à icelle: qui fait
que le malade desire les tenebres, qui
luy sont semblables. Il craint aussi à
voir l’eau (encore que ce soit vn re-
307
mede fort vtile pour rafraîchir son
extreme chaleur et siccité) ou quand
il regarde en vn miroir, il luy est
aduis et imagine qu’il voit des chiens,
et que ce souuenir luy fait auoir
ceste crainte. Pour cesle cause il
craint l’eau, et toutes choses transpa-
rentes et luisantes, ayans quelque re-
uerberation : et quand il les voit, il
crie et tremble , de peur d’estre cn-
cores mords : dont vient qu’il tombe,
et se veautre en terre pour se cuider
couurir d’icelle. Et telle chose se fait
à cause que les vapeurs altérées et
corrompues pénétrent par les yeux ,
et estans paruenues à l’eau ou mi-
roir, ou autres corps semblables,
par leur reuerberalion luy représen-
tent des choses ‘.
Or ils disent que celuy qui est
mords d’vn chien enragé , s’imagine
tousiours voir le chien duquel il a
esté mordu, la crainte duquel luy fait
ainsi fuir et craindre l’eau. Autres
disent cela aduenir, à cause que par
la rage le corps tombe en vne ex-
treme siccité, qui le fait fuir l’hu-
midité comme son contraire. Rufus
dit que la rage est vne espece de ma-
ladie melancholique. Or nous sça-
uons estre chose propre à tous me-
lancholiques , d’auoir quelque chose
particulièrement en crainte, par l’A-
phorisme vingteinquiéme de la sec-
tion sixième: mais principalement ils
craignent toutes choses luisantes
comme l’eau , les miroirs , à cause
qu'ils cherchent les tenebres, pour-
1 L’édition de 1575 ajoutait ici : Tout
ainsi qu’on voit que des yeux d’vne jemme
ayant ses fleurs, sortent des vapeurs lesquelles
infectent et gaslent le miroir. Cette fable ab-
surde se trouvait encore répétée en 1579 et
1585; elle 11’a disparu que dans la première
édition posthume.
3oS
JLli VJi\ GÎ'-TKÜISIBME livre
ce qu’à icelles les inuile leur humeur
noir, obscur et tenebreux >.
Il a vne sueur froide, et sort de
l’vlcere vn virus escumeux, felide,
virulent et erugineux, c’est à dire de
couleur de roüilleure d’arain : qui
aduient par l’extreme chaleur et
acuité de l’acrimonie du virus adhé-
rant en la partie, laquelle fait ébul-
lition et pourriture. Aussi on trouue
l’vlcere quelquesfois aride et sec.
L’vrine est le plus souuent claire et
subtile, à cause que les colatoires des
reins sont fort resserrés et estressis ,
pour la chaleur et siccité du venin :
aussi quelquesfois est fort espaisse et
noire, qui se fait à cause que la vertu
expultrice chasse tant qu’elle peut
par les vrines l’humeur melancholi-
que , qui a esté corrompu par le ve-
nin. Pareillement elle est aucunesfois
totalement supprimée et retenue, par
la siccité du virus et des matières
crasses, visqueuses et gluantes, dont
se fait totale obstruction des parties
dediéesà l’vrine. Bref, le pauure ma-
lade est tellement tourmenté par ces
accidens, qu’en la lin vaincu de dou-
leur et de trauail, à faute de manger
et boire , il meurt furieux et enragé.
Mais lors que du commencement
(et douant que le venin ait entré au
corps et gaigné les parties nobles ) on
administre les remedes propres, les
malades ne faillent à guarir , et peu
de personnes sont morts ausquels on
ait diligemment pourueu.
‘Tout ce paragraphe est une addition de
1579.
CHAPITRE XIX.
PROGNOSTIC ’.
On ne se peut bien garder de la
morsure des chiens enragés , attendu
qu'ils sont tousiours parmy les hom-
mes, au moyen de quoy on est en
plus grand danger d’eux que de tou-
tes autres bestes venimeuses en leurs
morsures. Et d’autant que le chien
est domestique et familier à l’homme
pendant qu’il est sain, d’autant luy
est-il ennemy depuis qu’il est sorti de
sa nature accouslumée, qui se fait
par vne rage.
Or le virus qui est en sa baue est
chaud et sec , malin , veneneux et
contagieux, tellement qu’il commu-
nique la mesme affection à eeluy qu’il
mord (si on n’y pouruoil de bonne
heure ) soit vn homme , ou vne autre
beste : et son venin est tant subtil ,
que facilement pénétré par les pores
du cuir : et estant attiré par les artè-
res, par le continuel mouuemenl d’i-
celles, il est conduit au demeurant
du corps. Parquoy on peut conclure
que le venin de sa rage a la vertu
non seulement de faire enrager ceux
qu’il mord , mais aussi ceux ausquels
il aura ietlé son escume ou baue con-
tre leur peau , si elle y fait long se-
iour : mais si elle est essuyée, et le
lieu proprement laué d’eau salée ou
d’ vrine, elle n’y fera aucun mal.
Et faut icy entendre, que toute
morsure de chien enragé ne nuit pas
egalement et ne lue pas en mesme
temps , ainsi qu’auons cy dessus de-
monstré du venin des bestes venimeu-
1 Le chapitre est le même, sauf un para-
graphe ajouté, que le cbap. 9 de 1575.
DES VENINS.
ses Car selon la disposition de l’air
chaud ou froid et la vehemence du
venin, et le lieu et profondeur de la
morsure, et la diuersité des forces de
ceux qui sont mordus, et la cacochy-
mie et mauuaise habitude, c’est à
dire selon que leurs humeurs sont
ja préparés à estre pourris, ou qu’ils
ont leurs conduits estroits ou plus lar-
ges, de là vient que les accidens ap-
paroissent plustost ou plus tard. Car
aucuns viennent quarante iours après
la morsure, autresfois six mois, voire
vn an, et autres plus tard ou plus-
tost , comme nous auons dit cy dé-
liant. Plusieurs après auoir esté
mords deuiennent epileptiques , puis
démoniaques et enragés. Ceux qui
sont tombés en hydrophobie, iamais
ne guarissent : toutesfois Auicenne
dit qu’encores y a esperance , pour-
ueu qu’ils se commissent en vn mi-
roir : car on voit par cela que le ve-
nin n’a encores du tout occupé les fa-
cultés animales : et ceux-là ont besoin
d’estre violenlement purgés, comme
nous dirons cy après.
Aëce raconte d’vn Philosophe mor-
du d’vn chien enragé, lequel voulant
d’vn grand courage résister à ce mal
d'hydrophobie, vint au bain , où l'ap
parence d’vn chien se présentant dé-
liant luy (car il auoit ceste vision,
comme les autres frappés de sembla
ble maladie) et ayant longuement
pensé en soy-mesme : Qu’y a-il, dit-
il , entre vn chien et vn bain ? Après ces
paroles il entra dedans le bain , et en
beut sans auoir peur, dont il surmonta
le mal et guarit1.
Quand le malade se veautre contre
la terre, comme les chiens , c’est si-
gne de mort prochaine, parce que
telle chose demonstre que l’humeur
1 Ce paragraphe a été ajouté en 1579.
3°9
melancholique, virulent et veneneux
est en grande abondance, et est com-
muniqué par tous les membres. Aussi
quand le patient a la voix enrouée ,
c’est vn Ires-mauuais signe, pour-ce
que telle chose demonstre qu’en la
trachée artere il y a quelque aspérité
par siccité du virus venimeux. En
somme, quand les parties nobles sont
saisies du venin, il n’y a plus espe-
rance de guarison.
Les hommes peuuenl estre surpris
de la rage sans estre mords de chiens
enragés : car tout ainsi que les hu-
meurs se bruslent, causans vn chan-
cre ou ladrerie , pareillement la rage
peut aduenir , et principalement aux
melancholiques.
D’auantage les morsures des bes-
tes , comme viperes et autres animaux
venimeux, ne causent tels accidens
comme celles des chiens enragés ,
par-ce qu’elles font mourir douant
que les accidens susdits puissent ve-
nir : ioint aussi que la qualité d’iceux
venins est diuerse.
Plus, les grandes playes faites par
morsure de chiens enragés ne sont si
dangereuses que les petites, pour-ce
que par vne grande playe sort beau-
coup de sang et de sanie, qui euacue
le venin.
CHAPITRE XX,
CVRE DE LA MORSVRE ü’VN CHIEN
ENRAGÉ >.
Nous auons dit par cy douant ,
qu’aux piqueures et morsures des
hestes venimeuses , il falloit vser de
1 Ce chapitre est presqueenlièrement co-
pié du chap. 10 de l’édition de 1575.
3lO LE VINGT-TROISIEME LIVRE
prompfs et subtils remedes , à fin que
le venin n’entre dedans le corps et ne
corrompe les parties nobles. Et s’ils
sont obmis au commencement, en
vain seront appliqués en autre temps.
Ainsi qu’arriua à Balde, grand Iuris-
consulte , se ioüant auec vn sien petit
chien qui estoit enragé, duquel estant
tant soit peu mordu en la léure , ne
scachant qu’il fust enragé , négligea
sa morsure, et quatre mois après
mourut furieux et enragé, et n’y eut
nul remede qui le peustsauuer , pour
ne l’auoir pris d’heure.
Donc pour preuoir à tel accident ,
tout ce que nous auons déclaré cy
dessus en !a cure generale des bestes
venimeuses, tant pour l’euacuation
de l’humeur virulent que pour l’al-
teration d’iceluy, doit estre pareille-
ment obserué en la morsure des
chiens enragés. Et partant, si quel-
qu’vn connoist qu’il est mords d’vn
chien enragé, il s’efforcera d’attirer
le venin par tous moyens, comme
pa r ven touses , corn ets , scarifications,
sangsues, applications de volailles
et autres animaux, et par medica-
mens propres à ce faire , qui présen-
tement seront déclarés. Et si la playe
est grande, il la faut laisser saigner
le plus qu’il sera possible , à fin que le
venin sorte auec le sang. Et là où elle
ne sera assez grande, on y pourra
faire des scarifications ou y appliquer
cautères actuels : et sera tenue ou-
uerte pour le moins iusques à ce que
quarante iours soient passés.
L’ozeille pilée et appliquée sur la
morsure, et le bouillon d’icelle pris
par la bouche, est de grande vertu.
Ce qu’Aëce nous a laissé par escrit ,
disant auoir conneu vn vieillard chi-
rurgien, lequel n’vsoit d’autre re-
mede pour curer telles morsures.
De ma part, ie conseille de prendre
promptement de l’vrine, et en frotter
assez rudement la playe , et y laisser
vn linge trempé dessus. Aussi la
moustarde bien delayée en vrine ou
vinaigre, est propre à ccst effet. Pa-
reillement tous remedes acres, poi-
gnans et fort atlirans.
Autre. Prenez roquette boullue et
pilée auec beurre et sel, et l’appli-
quez sur la morsure.
Autre. Prenez farine d’orobe, miel,
sel et vinaigre, et ce soit tout chaud
appliqué dessus.
Autre. La fiente de chéure boullue
en fort vinaigre , et appliquée.
Autre. Prenez soulphre subtilement
puluerisé et incorporé auec saline
d’homme, et l’appliquez dessus.
Autre. Prenez poix noire fondue
auec sel et vn peu d’euphorbe , et
l’appliquez dessus.
Autre. Le poil du chien enragé ap
pliqué dessus la playe tout seul , a
vertu d’attirer le venin par quelque
similitude : ce qu’on a plusieurs fois
expérimenté, ainsi que fait le scor-
pion estant escaché et mis sur la pi-
queure d’iceluy. Aucuns autheurs
ont laissé par escrit , que ledit poil de
chien , bruslé et puluerisé , et donné
à boire auec du vin.preserue la rage ».
Attire. Prenez froment masché cru ,
et l’appliquez sur la morsure.
Autre. Prenez des féues , et les met-
tez vn peu sous les cendres chaudes ,
puis les pelez et fendez , et les appli-
quez dessus.
Autre retnecle approuuè d’Aëlius.
Il faut faire bouillir du lapalhum
acutum , et de la décoction en lauer et
fomenter la piaye , puis y laisser
l’herbe pilée dessus : aussi en faut
donner à boire de la décoction au pa-
1 Cette dernière phrase a été ajoutée en
1685.
DES VENINS.
tient. Il afferme auoir fait de grandes
cures auec ce seul remede : et dit
que ceste décoction fait beaucoup
pisser, qui est vne chose excellente à
ceste maladie.
Autre. Prenez betoine, fueilles d’or-
tie et sel commun , broyez-les et ap-
pliquez dessus.
Autre. Prenez vn oignon commun,
fueilles de rue et sel , broyez les en-
semble , et appliquez dessus.
Or entre tous les remedes , le thé-
riaque est singulier, comme il a esté
dit , le faisant dissoudre en eau de vie
ou vin , et en frottant assez rudement
la playe , tant que elle saigne. Puis y
faut laisser du charpy imbu en icelle
mixtion : et par dessus la playe y ap-
pliquer des ails ou oignons pilés auec
miel commun et terebenthine • et tel
remede est excellent par sus tous
ceux quei’ay veus par expérience.
Et pour la probation de mon dire ,
i’allegueray icy vne histoire de l’vne
des fdles de Mademoiselle de Gron ,
natiue de ceste ville de Paris, laquelle
fut mordue d’vn chien enragé au
milieu de la iambe dextre , où le chien
imprima ses dents bien profondément
en la chair : laquelle fut guarie par le
moyen du thériaque , sans queiamais
luy suruint aucun mauuais accident :
lequel theriaque ie meslois dans les
medicamens détersifs et autres, ius-
ques à la fin de sa guarison.
Or de vouloir icy déclarer tous les
autres que i’ay pensé de telles morsu-
res, ce seroit vne chose trop prolixe:
et partant ceste histoire suffira pour
le présent, pour instruire chacun à
remedier à tel accident.
Autres remedes qu’on peut prendre
par dedans. Il faut promptement man-
ger vn ail, auec vn peu de pain, puis
boire vn peu de vin : et c’est vn sou-
uerain remede , à cause que l’odeur
3l 1
et la grande chaleur spiritueuse qui
est aux ails , prohibe que le venin de
la morsure n’offense les parties no-
bles. Autres commandent de manger
du foye rosli du chien qui a mordu,
ou du foye de bouc : ce que ie n’ay
esprouüé.
Autre remede. Prenez vne dragme
de semence d’agnus castus, auec vin
et beurre, et en soit donné à boire.
A utre. Prenez poudre d’escreuisses
bruslées, et la delayez en vin , et en
donnez à boire.
Autre. Prenez racine de gentiane
deux dragmes, escreuisses de riuierc
bruslées au four et puluerisées trois
dragmes, terre sigillée quatre drag-
mes. La dose sera vne dragme, auec
eau en laquelle on aura fait bouillir
quantité d’escreuisses, et en soit donné
à boire comme dessus.
Aucuns se sont plongés en la mer
après estre mords de chiens enragés,
qui n’ont laissé d’estre surpris de la
rage, ainsi que tesmoigne Ferrand
Pouzet, cardinal, en son liure dis Ve-
nins : partant ne s’y faut fier, mais
plustost aux remedes approuués des
anciens et modernes Médecins et Chi-
rurgiens. Il est vray que la confidence
que peut auoirlemalade aux remedes
et au Chirurgien, sert beaucoup en
ceste cure : au contraire , l’effroy et
la crainte nuit beaucoup , et accéléré
la rage. Partant il faut tousiours bien
asseurer le patient de sa parfaite
guarison.
Or il faut entendre que le venin du
chien enragé , ou la saliue d’vne vi-
père, ou la baue d’vn crapaut, et
d’autres bestes venimeuses, n’enueni-
ment pas en touchant seulement, mais
faut que le venin entre dedans, telle-
ment que si à l’heure on l’essuye, ne
pourra faire aucun mal.
t
3 1 Q LE VINGT-TROISIEME LIVRE,
CHAPITRE XXI.
DE LA CVRE DE CEVX QVl SONT JA TOM-
BÉS EN HYDROPHOBIE, ET NEANTMOINS
SE RECONNOISSENT ENCORES EN VN
MIROIR *.
Ceux ausquels le venin n’a encores
occupé les facultés animales, il les
conuient grandement purger par mé-
decines bien fortes. Et en cela il me
semble que l’antimoine seroit profi-
table, d’autant qu’il prouoque la
sueur, flux de ventre, et vomisse-
ment Car ce seroit grande folie
bailler en tels cas medicamens légers,
quand le venin est fort malin, et ja
imprimé aux parties intérieures.
Semblablement les bains leur sont
bons pour leur prouoquer la sueur :
la saignée ne doit estre faite , de peur
d’attirer le venin du dehors au de-
dans. Aussi il faut qu’ils vsent sou-
rient de thériaque ou methridat. En
ce temps-là pareillement leur faut
faire boire de l’eau, et la bailler aux
malades dedans quelque vaisseau
couuert, de peur qu’ils ne la voyent,
pour les raisons susdites.
1 Ce chapitre est le même que le chap. 2
du livre de 1575.
2 Voici un premier endroit où Paré re-
commande l’antimoine; mais pour connaî-
tre toute sa pensée à cet égard , il faut lire
le chapitre complémentaire que j’ai ajouté
au livre delà Pente, d’après un long passage
écrit en 1568 et supprimé en 1579.
CHAPITRE XXII.
DV REGIME DE CEVX OVI ONT ESTÉ EM
POISONNÉS ET MORDS DES CHIENS EN-
RAGÉS, ET DES PIQVEVRES ET MOR-
SVRES DES RESTES VENIMEVSES C
Le malade doit demeurer en lieu
chaud, et en air bien clair, de peur
que le venin ne soit chassé au dedans
par le froid, et aussi à fin que les es-
prits soient recréés, et esmeus du cen-
tre à la circonférence par le moyen
de la clarté. Aussi on doit parfumer
la chambre de choses odoriférantes.
Semblablement il doit manger au
commencement viandes acres et sa-
lées, comme ails, oignons, porreaux,
espiceries.iambon de Mayence, et leurs
semblables, et boire bon vin et sans
eau, à raison que telles choses sont
fort vaporeuses et pleines d’esprits
qui résistent au venin, et ne permet-
tent que sa vertu soit espandue au
corps et ne se saisisse des parties no-
bles. Pareillement on doit vser de
viandes crasses et visqueuses, par ce
qu’ils font obstruction , et estoupent
les conduits et parties vuides : aussi
en faut plustot manger plus que trop
peu, à cause que l’inanition accroist
la malignité des humeurs, qui est
chose contraire aux playes venimeu-
ses : loutesfois il y faut tenir médio-
crité. Et cinq ou six iours après on
laissera lesdites viandes, et en lieu
d’icelles on vsera de lemperées, et
pluslost humides que seiches : les-
1 Dans les anciennes éditions , même dans
celle de 1575, ce chapitre était confondu en
quelque sorte avec le précédent, c’est-à-
dire qu’il portait un titre spécial, mais sans
figurer au nombre des chapitres. Il m’a
paru plus logique de l’en séparer lout-à-fait.
DES VENINS.
3 1 3
quelles seront esleuës selon qu’on les
ordonne aux melancholiques : et met-
tra-on en leurs potages racines ape
riliues, lesquelles ont vertu de faire
vriner. On leur tiendra le ventre as-
sez lasche : et s’il y a repletion de
sang , leur en sera tiré, non au com-
mencement, mais cinq ou six iours
après la morsure faite, pour les rai-
sons qu’auons deuanl dites Pour le
boire au repas, on vsera de vin mé-
diocrement trempé, à sçauoir cinq ou
six iours après la morsure, ou d’oxy-
mel, ou de syrop de acctositale citri,
auec eau boüillie : et entre les repas,
de iulep fait en ceste maniéré.
Prenez demie once de jus de limons, et au-
tant de citrons.
Vin de grenades aigres , deux onces
Eau de petite ozeille, et eau rose.de cha-
cune vne once.
Eau de fontaine boüillie tant qu’il sera
besoin.
Et soit fait julep.
Il faut que le malade euite le
dormir, iusques à ce que la force du
venin soit amortie et consommée :
car par le dormir, le sang et les es-
prits se retirent au centre du corps,
et par ce moyen le venin est porté
aux parties nobles. Aussi on luy doit
faire vser de choses qui résistent aux
venins, comme limons, oranges, ci-
trons, racines de gentiane, angéli-
que, tormentille, pimpernelle, ver-
bene, chardon benist, bourache, bu-
glosse , et autres semblables : et
generalement toutes viandes qui en-
gendrent bon suc, comme veau, ché-
ureau, mouton, perdrix, pouiailles,
et autres semblables.
CHAPITRE XXIII.
DE LA MORSVRE OV PICQVEVRE DE LA
VIPERE , ET DE SES ACCIDENS *.
Tous les remodes qui ont esté cy
deuant escrils desmorsures des chiens
enragés, peuuent pareillement aider
à toutes morsures et piqueures des
autres animaux venimeux. Toutesfois
on Irouue des particuliers remedes
pour chacune morsure et piqueure.
Ce que dirons le plus succinctement
qu’il sera possible.
Les viperes ont, entre leurs genci-
ues, certaines petites vessies pleines
de venin 2, qui s’imprime incontinent
au lieu où elles font ouuerlure. Les
patiens sentent douleur grandement
poignante en la partie, laquelle
promptement- s’enfle bien fort, voire
tout le corps, si on n’y donne subit
remede. 11 sort de la playe vne sanie
crasse et sanguinolente : et autour
d’icelle il se fait des vessies comme
celles des bruslures : et l'vlcere cor-
rode et mar.ge la chair. Aussi les ma-
1 Ce chapitre est presque littéralement co-
pié duebap. 3tle l’édition de 1575;cepcndanl
il y a quelques modifications. I.e titre d’a-
hord n’était pas le meme; il portail : De la
morsure cl piqueure d'aucunes belles venimeu-
ses ; et après le premier paragraphe seule-
ment venait ce litiesecondaire : De la mor-
sure de vipere et Je ses accidens. L’arrangement
actuel est de 1579.
2 Ceci est le texte corrigé en 1585 ; le livre
de 1575 portait : Les viperes ont en leurs gen-
ciues entre leurs dents certaines petites vessies
pleines de venin, lequel de sa nature est froid,
comme de tous serpens, et s’imprime, etc. L’é-
dition de 1579 s’était borné à retrancher les
derniers mots : lequel de sa nature est froid
comme de tous serpens.
3 l 4 LE VINGT-TROISIÈME LIVRÉ
Jades sentent inflammation au foye,
et aux genciues : et tout Je corps de-
uienl fort aride et sec, et de couleur
pâlie et blafarde, et ont vue soif in-
extinguible, Iis sentent par lois gran-
des tranchées au ventre, et vomissent
plusieurs humeurs cholériques, et
tombent souuent en syncope, et ont
bocquels, comme vneconuulsion d’es-
tomach, auec vne sueur froide : et la
mort s ensuit, s’ils ne sont secourus
deuant que le venin ait saisi les par-
ties nobles.
Matthiole dit auoir veu vn paysan
qui, fauchant vn pré, auoit par for-
tune coupé vne vipere par le milieu :
et iceluy print le tronçon de la teste,
l’estimant morte. Aduint que la leste ,
se courbant contre la main, le mor-
dit aspremeni au doigt : et sucçant la
playe pour cuider attirer le sang (qui
ja auoit esté enuenimé) il mourut sur
le champ.
Or ie veux icy réciter vne autre
histoire, à lin de tousiours instruire
le ieune Chirurgien. Le roy Charles
estant à Montpellier, ie fus mords
d’vne vipere au bout du doigt index,
entre l'ongle et la chair, en la maison
d’vn Apoticaire nommé de Farges ,
lequel dispensoit alors le theriaque,
auquel iedemanday à voiries viperes
qu il deuoit mettre en la composition.
11 m’en fit monstrer assez bon nom-
bre qu il gardoit en vn vaisseau de
verre, où i’en prins vne, et fus mords
d’icelle voulant voir ses dents, qui
sont en la mandibule supérieure de
sa gueule , couuertes d’vne petite
membrane en laquelle elle garde son
venin, lequel s’imprime (comme i’ay
dit) en la partie, incontinent qu’elle y
a fait ouuerlure. Et ayant receu ceste
morsure, ie 6entis subit vne extreme
douleur, tant pour la sensibilité de la
partie qu’à cause du venin : alors ie
me serray bien fort le doigt au dessus
de la playe, à fin de faire sortir le
sang et vacuer le venin, et garder
qu’il ne gaignast au dessus Puisde-
manday du vieil theriaque, lequel
delayay auec eau de vie, en la main
de l’vn des seruiteurs dudit de Far-
ges, et trempay du cotton en la mis-
lure, et l’appliquay sur la morsure :
et après peu de iours ie fus guary
sans aucun accident, auec ce remede
seul.
En lieu de theriaque, on peut as-
seurémentvserdemethridat. On peut
pareillement vser de tous remedes
poignans et fort altirans, pour ob-
tondre la malice du venin : comme la
squille cuite sous la cendre, ou des
ails et porreaux pilés, et appliqués
dessus.
Autre. Prenez farine d’orge dé-
layée auec vinaigre, miel, crottes de
chéure, et appliquez dessus en forme
de cataplasme.
Autre. Tout promptement on doit
lauer et fomenter la playe auec vinai-
gre et sel, et vn peu de miel 2.
Galien dit au liure de la Theriaque
à Vison , que l’on attire le venin d’vne
morsure de vipere, y appliquant vne
teste de vipere sur la playe : autres
y mettent la vipere entière bien pi-
lée.
1 J’appcllemi l’attention du lecteur sur
celte sage précaution delà ligature, queParé
a oublié de mentionner dans les préceptes
généraux du livre actuel , mais qu’il avait
très bien signalée dans le livre des Plage. s
d’Uarquebiutei de 1652 et 1564. Voyez tome II,
page 192.
2 Ici se terminait le chapitre en 1575; le
reste esi de 1579.
DES VENINS.
CHAPITRE XXIV.
DV SERPENT APPELE COVLE-SANG.
Le Coule-sang a esté ainsi appellé ,
pour autant que le sang coule par
tous les conduits du corps qui en a
esté mordu. C’est vn petit serpent
comme vne vipere, ayant les yeux
fort ardans, et sa peau fort luisanle.
Auicenne dit qu’il a le dos marqueté
de taches noires et blanches, et le
col fort estroit, et la queue fort me-
nue.
Les accidens qui suiuent sa mor-
sure,c’est que la partie deuienl noire,
à cause que la chaleur naturelle est
esteinte par la malice du venin , le-
quel luy est ennemy mortel, puis vn
mal de l’estomach et du cœur qui
facilement se ressentent du venin, en-
nemy capital desdites parties, et prin-
cipalement en maladie veneneuse :
ainsi que nous voyons aduenir en la
peste, laquelle est suiuie incontinent
parles vomissemens, qui ne se font
pour autre cause que pour la mau-
uaise disposition qu ils sentent II
s’ensuit aussi grand flux de ventre ,
qui se fait tant à cause de l’eslomach
debile.quine peut faire son deuoir,
que pour autant que les veines es-
parses par les intestins laissent couler
le sang, lequel meslé par les viandes
non digérées, est cause de ce flux de
ventre. Et d’auantage le sang sort par
le nez , par la bouche , oreilles , siégé,
par la verge, vulue , et par les coins
des yeux , et des genciues , lesquelles
se poui rissent, et les dents tombent.
D’abondant vne difficulté d’vriner et
respirer, conuulsion vniuerselle,puis
la mort.
Les remedes sont de scarifier promp-
3 1 5
tement et brusler la partie, ou du
tout la couper, s’il est possible : puis
vser de remedes attractifspropres aux
venins.
CHAPITRE XXV.
DV SERPENT NOMMÉ POVRIUSSEVR.
Le Pourrisseur a esté ainsi nommé,
pour autant que la partie de ceux
qu’il a mordus est subitement pour-
rie par la malignité de son venin. Il
est semblable au Coule-sang, reste
qu’il esleue sa queue en haut et l’en-
torlille comme vn pourceau fait la
sienne *.
Pausanias escrit que le Roy d’Arca-
die fut blessé par vn pourrisseur, et
dit que ce serpent est de couleur cen-
drée, ayant la teste large, le col es-
troit, le ventre gros, et la queue
courbée , et chemine obliquement en
la maniéré des Cancres, ayant des
taches séparées les vnes des autres,
riolées piolées, c’est à dire de diuer-
ses couleurs, comme un lapis velu.
Les accidens que cause sa morsure
sont, grande douleur, qui est faite à
cause de son venin bruslant et pour-
rissant entre tous autres venins, puis
vne cheute vniuerselle du poil. Aëce
adiouste d’auantage encore plusieurs
autres : comme flux de sang par la
playe, et peu après vne sanie puante,
et grande enfleureen la partie. Voila
comme par la malignité de ce venin
pourrissant, non seulement les esprits
sont vaincus, mais aussi tout le corps,
comme si le feu y auoit passé : ainsi
que nous voyons aduenir en temps do
peste, chaud et humide, où il appert
1 JVicandre . — A. P.
3 1 6 LE VINGT-TROISIÈME LIVRE
aposteme pestifere, charbons, el au-
tres pourritures.
Et quant aux remedes, ils doiuent
estre semblables comme ceux que
nous auons escrit de la vipere.
CHAPITRE XXVI.
DV BASILIC.
Entre tous les serpens, le Basilic
est le plus venimeux , comme estant
mesine le venin des autres.
Nicandre dit que lors qu’il se
traîne, tous les autreslefuyentet luy
quittent la place : estant comme ad-
uerlis par son sifflet , tant de l’heure
de son arriuée que de son départ.
Galien dit 1 que le basilic est vn
serpent iaunastre, ayant la leste mu-
nie de trois petites eminences, ou en-
leucures, marquetée de taches bian-
cheastres, en forme de couronne, et
pour ceste cause il a esté nommé Koy
des Serpens. Par sa morsure, et son
siffler, et toucher, fait mourir tous
autres animaux. D’auantage son ve-
nin est si cruel , que si on le regarde
trop altentiuement , tue ceux qui le
regardent.
Solin escrit que le corps mort du
basilic a encore de grandes vertus :
pour ce ceux de Pergame l’ont achepté
à grand prix , pour emposcher les
araignes de faire leurs toiles dedans
le temple d’Apollon, et les oiseaux d’y
faire leurs nids, estant pendu audit
temple. Estant mort, nulles bestes
sentant 1 odeur de sa charongne, n’o-
sent le toucher pour le manger : et
si par fortune ils en mangent, ils
1 Galien , liure de la theriaque à Pison. —
A. P.
meurent subitement, non seulement
pour auoir mangé de son corps, mais
aussi pour auoir mangé des bestes
mortes par sa morsure. Pour ces rai-
sons Lucain escrit :
Le Basilic lout seul est régnant par le sable ,
Où sifflant il se rend à tout autre effroyable :
Plus qu'vn autre venin le sien est dangereux ,
Qui chacun va chassant du regard de ses yeux.
Il fait mourir les herbes et arbris-
seaux par où il passe, non seulement
par son toucher, mais aussi par son
haleine.
Pline dit 1 qu’en Egypte y a vne
fontaine nommée Nigris, près de la-
quelle y a vn animal petit, et mal-
aisé de ses membres, qui est la mort
du genre humain. Il est de longueur
de douze doigts, et est orné par la
teste, comme vn diadesme, d’vne ta-
che blanche: son corps est iaunastre.
Lors qu’il rempe, il leue la partie de
deuant de son corps, et la porte
droite, ne s’aidant à cheminer que
de celle de derrière. La région Cyré-
naïque le produit. Pline dit que la
belette est son ennemie mortelle, et
qu’elle le fait mourir de sa seule ha-
leine : qui est que la bonne Nature
n’a iamais voulu laisser vne telle
peste, sans vn contraire qui est la
belette, laquelle a autant de force
contre le basilic, que luy mesme a
contre les hommes. Aussi que le lion,
combien qu’il soit hardy et furieux
entre tous les animaux, craint toutes-
fois le coq, qui est vne besle sans
force et résistance à comparaison.
Erasistrate dit que le lieu de la
morsure du basilic tout subit deuient
iaulne comme or, et le corps tout en-
flé, et que la chair des muscles tombe
par morceaux toute pourrie: et baille
1 Pline, lia. S. cliap. SI. — A. P.
des venins.
contre son venin vue drâgme de cas-
torée à boire auec du vin ou du suc
de pauot.
Aëce dit estre vue chose superflue
que (Tescrire aucun remede contre sa
morsure, d'autant que la subite dis-
solution des esprits estant faite, il
est impossible de donner remede à
temps.
CHAPITRE XXVli.
DE CERTAINS SERPENTS ESTRANGES-
Iean Leon Africain escrit en son
liure d’Afrique, qu’à Calicot on
trou ue des serpens d’eslrange façon,
estans de la hauteur d’vn gros pour-
ceau, ayans la teste plus grosse et
plus hideuse, et quatre pieds, estans
fort dommageables aux habitons. Il
y en a qui sont si venimeux , que par
leur morsure la personne tombe su-
bitement morte. Et si quelqu’vn auoit
tué vne de ces bestes, le roy le feroit
mourir comme s’il auoit tué vn hom-
me. Le roy et les habitons du pais ont
vne folle opinion de ces bestes, esti-
mons qu’ils sont les esprits de Dieu ,
disant que si ainsi n’estoit , ils n’au-
roient la puissance de meltre un
homme à mort par leur simple mor-
sure : de sorte que ces animaux ont
ce crédit de se pourmener parmy la
ville , connoissant bien ceux qui ne
les craignent pas, ausquels ne font
aucun mal. Combien (dit-il) que de
son temps il soit aduenu, que par vne
nuict l’vn de ces animaux entra de-
dans vne maison où il mordit neuf
personnes, que l’on trouua au matin
roides mortes, et fort enflées. Et
nonobstant cela , ils ne laissent les
auoir en grande admiration , tellement
que si en allant en quelque voyage ils
rencontrent vne de ces bestes, ils le
repuient de bon-heur, esperans de
cela que leurs affaires et entreprises
ne peuuent venir qu’à bon port.
Il dit plus, qu’au royaume de Sene-
gua y a des serpens longs de deux
pas et plus, et n’ont ailes ny pieds :
mais ils sont si gros qu’ils engloutis-
sent vne chéure cnliere sans la des-
mcmbrer : croyez-Ie si vous voulez
CHAPITRE XX VIII.
DE LA SALAMANDRE.
La Salamandre ne fait seulement
mourir les personnes par le venin de
sa morsure, comme les autres serpens
venimeux : mais aussi infecte de sa
baue les fruicts et les herbes par où
elle passe, et d’une certaine humeur
espaisse qui lui sort de tout le corps,
comme vne sueur, au grand danger
de ceux qui mangent desdites herbes,
comme on a veu par expérience en
plusieurs qui en sont morts. Par-
quoy ne faut trouuer estrange si
aucuns modernes ont dit, qu’aucu-
nes maisons estojenl entièrement pe-
ries pour auoir beu de l’eau despuys,
dedans lesquels vne salamandre es-
loit par fortune tombée sans y pen-
ser : car si elle grimpe sur vn arbre,
elle infecte tout le fruict,ct fait mou-
rir tous ceux qui en mangent, de la
qualité froide et humide de son ve-
nin , n’estant en rien differente de
l’aconit.
Aëce dit que ceux qui auront auallé
du venin de la salamandre , il sort
•
1 Cette singulière façon d’exprimer le
doute ne se lisait pas en 1579; elle n’a été
ajoutée ici qu’en 1585.
3 1 8
LE VINGT -TROISIEME LIVRE ,
de leurs corps taches blanches, puis
noires , lesquelles se pourrissans, font
tomber le poil de tout le corps l.
On remedie à leur venin par vo-
missemens et clysteres, en donnant
aussi du theriaque et metliridat. Aui-
cenne ordonne mesmes remedesqu’on
donne contre l’opion , parce qu’ils
sont tous deux de nature froide: et
pour l’alexitere propre à tel venin ,
c’est la terebenthine , le storax, la
graine d’ortie, et les fueilles de cyprès.
Dioscoride dit la salamandre est
vne espece de lezart de diuerses cou-
leurs : et est folie de dire qu’elle ne
se brusle point au feu. Pline dit
qu’elle est si froide, qu’elle esteint
le feu au toucher seulement , comme
la glace 2 : ce qu’elle fait mise sur les
charbons , comme on feroit vne car-
bonnade qu’on y voudroit rostir.
Toutesfois Matthiole dit, qu’estant
iettéeau milieu d’vne grande flamme,
subit est consommée. C’est, dit-il,
grande folie vouloir croire que le feu
ne la peut consommer, et qu’elle en
vit comme le caméléon de l’air.
La salamandre est noire , semée de
grandes taches iaunes, en figure d’es-
toiles. Elle a vne vertu chaude, corro-
siue,et vlceratiue : on en vse aux rne-
dicamens, comme des cantharides , à
faire vessies, pour nettoyer et consom-
mer les matières conjointes en quel-
que partie extérieure du corps aux lé-
preux.
CHAPITRE XXIX.
DE LA TORPILLE.
La torpille est ainsi nommée, à
cause qu’elle rend les membres en-
1 Aèceliu. 18.-^ A. P.
1 Luire 10. chap. 67. — A. P.
dormis. Elle vit aux riuages fangeux,
de chair des autres poissons, qu’elle
prend par finesse : car estant cachée
dans le limon , elle rend les poissons
qui s’approchent d’elle tellement en-
dormis, eslourdiset immobiles, qu’elle
les prend , et en ioüit à son plaisir.
Non seulement a ce6te vertu contre
les poissons, mais aussi contre les
hommes : car si vn homme luy tou-
che aucc vne verge, elle luy endor-
mira le bras : aussi fait-elle aux pes-
cheurs qui l’ont prise en leurs rets.
Ce que tesmoigne Pline liure xxxij.
chap. j Ce qui est confirmé par le docte
seigneur du Bartas au cinquième li-
ure de la Sepmaine, par ces vers 1 :
La Torpille, qui sçait qu’elle porte en son flanc
Vn byuer insensible , vn pestiféré sang ,
Vn inconnu panot, vne baleine cruelle,
Qui roidit tous les corps qui s'auoisinent d'elle :
Verse traîtreusement sur les proches poissons
le ne sçay quels venins, ie ne sçay quels glaçons,
Dont l'estrange vertu s’espandant par les ondes
X’arreste seulement leurs troupes vagabondes,
Ains mesme endort leurs sens : puis se paist de
leurs corps,
Dont les membres gelés sont et morts , et non
morts.
CHAPITRE XXX.
DE LA MOK8VRE D’ASPICS2.
La playe de l’aspic estpetiteeomme
la piqueure d’vne aiguille, et ne fait
aucune enfleure. Les accidens qui
aduiennent après la morsure , sont,
que les malades se sentent lost après
1 Ces citations de Pline et de Dubartas
n’ont été ajoutées ici qu’en 1685.
2 Ce cbapilre est exactement copié du
chap. 14 de 1575, sauf le dernier paragraphe,
qui est d’une date plus récente.
DES VENINS.
la veuë troublée , et plusieurs dou-
leurs par le corps assez legeres, et
sentent douleurs à l’estomacb, et la
peau du front se ride, et le malade cli-
nolte tousiours les yeux , comme s’il
auoit vouloir de dormir : et tost
après, et le plus souuent dedans trois
iours , autres en huit heures, meurt
en conuulsion,si on n’y donne ordre.
Le masle fait deux piqueures , et la
femelle quatre, comme font les vi-
pères.
Or le venin de l’aspic fait congeler
le sang és veines et arteres : et par-
tant faut donner, pour contrariera
iceluy , choses calefactiues et de té-
nue substance , comme eau de vie en
laquelle on aura dissout theriaque ou
methridat, et autres semblables :
aussi on en appliquera dedans la
playe, et fera l’on eschauffer le pa-
tient par bains , frictions et annula-
tions, et autres semblables. Lors que
la partie morse deuient purpurée,
noire ou verdoyante , telle chose de-
monstre que la chaleur naturelle est
suffoquée et esteinte par la malignité
du venin : alors la faut amputer s’il
est possible , et que les forces le per-
mettent.
De Yigoen sa Pratique de Ch irurgie ,
dit auoir veu à Florence vn charla'
tan Triacleur, lequel pour mieux
vendre son theriaque, se fit mordre
à vn aspic , de laquelle morsure il
mourut en quatre heures. Matthiole
semblablement le recite , et dit qu’ils
estoient deux charlatans , dont l’vn
habloit et haranguoit mieux que
l’autre pour mieux faire valoir ses
denrées , lequel conceut vne enuie
mortelle contre son compagnon : par-
quoy trouua moyen de luy changer
son aspic , qui auoit ja perdu sa viru-
lence par la longue nourriture, et
l’ayant osté de sacassole, y en mit vn
3l9
autre recentement pris et tout affamé.
Dont aduint que ce habladour pen-
sant que ce fust le sien, se fit mordre
au tetin, ainsi qu’il auoit de eous-
tume, etprint après de son theriaque,
lequel ne luy seruoit qu’à donner
couleur pour abuser et tromper le
peuple , qui voyant ceste beste le
mordre sans en ressentir aucune of-
fense, couroit après luy, estimant
son theriaque souuerain. Mais le
pauure charlatan trompé par son
compagnon , qui luy auoit changé sa
beste priuée et altérée de son venin ,
en moins de quatre heures laissa la
vie : et les accidens qui luy suruin-
drent , furent qu il perdit la veuë , et
tousses autres sens : sa face deuint
liuide, et la langue fort noire: et eut
grand tremblement de tous ses mem-
bres, auec sueur froide et défaillance
de cœur, puis la mort, et ce en la pré-
sence des assistans : et subit le meur-
trier gaigna au pied.
Matthiole dit que ces charlatans
triacleurs, pour tromper le peuple à
mieux vendre leur theriaque , pren-
nent aspics et viperes, longtemps
après le printemps, lors qu’ils ont
ieîté le plus dangereux de leur venin :
puis les appriuoisent par viandes non
aecoustumées, el leur font changer
en partie la nature venimeuse : et
après ce, les font mordre dedans de
gros morceaux de chair, à fin de tirer
leur venin enclos en vne petite mem-
brane qui est entre leurs dents et
genciues : puis ils leur font remordre
sur l’heure quelque composition, qui
leur estouppe les conduits par les-
quels le venin a de coustume de sor-
tir : tellement qu’ après qu’elles mor-
dent , leur morsure n’apporte aucun
danger. Et par ce moyen ces larrons
et pipeurs de charlatans se font ad-
mirer au simple peuple, auquel ils
LE VINGT-TROISIEME LIVRE,
320
vendent leur theriaque falsifié bien et
chèrement *.
Christofle l’André , en son iiure in-
titulé Occoialrie , dit qu’aux isles
d’Espagne y a grande multitude de
serpens , aspics et autres bestiaux
veneneux , contre la morsure des-
quels iamais le thériaque ne peut ser-
uir : et par expérience on a trouué ce
remede Ires-excellent.
Prenez des feuilles de Tapsus barbatus, ca-
ryophy llata , giroflier rouge, autant d’vn
que d’autre : faites les bouillir en fort
vinaigre et vrine d’homme bien sain, et
en fomentez la partie.
Et si le venin a esté ja long temps
gardé, faut que le malade boiue
quatre doigts de ladite décoction à
ieun, deux heures deuant manger.
Ledit autheur iure Dieu , que tel re-
mede est bien expérimenté , et qu’il
s’oseroit bien faire mordre au plus
dangereux aspic , sans en receuoir
aucun mal.
CHAPITRE XXXI.
DE LA M0RSVRE DE COVLEVVRE2.
Quant est de la morsure de la cou-
leuure , ie produiray icy vue histoire.
Le Roy estant à Moulins , M. le
Féure Médecin ordinaire du roy,
M. laques le Roy, chirurgien ordi-
naire dudit seigneur, et moy , fusmes
appellés pour medicamenler le cuisi-
1 Ici finissait le chapitre en 1575; le reste
est de 1579.
* Ce chapitre est entièrement le même
quelechap. 15 du livre de 1575.
nier de madame de Castelpers, le-
quel en cueillant en vue haye du
houblon pour faire vne salade, fut
mords d’vne couleuure sur la main ,
et sueça le sang de la playe, dont tost
après la langue s’enfla si fort qu’il ne
pouuoit qu’à bien grand’peine parler
ny estre entendu. D’auantage tout le
brasiusqu’à l’espaule s’enfla et bour-
sonffla grandement, de façon qu’on
eust dit qu’on l’auoit soufflé : et di-
soit le patient y sentir vue extreme
douleur, et tomba en nos présences
deux fois en défaillance de cœur,
comme estant mort , et auoil la cou-
leur du visage et de tout le corps
iaunastre et plombine. Nous , voyans
tels accidens, disions la mort estre
prochaine : neantmoins il ne fut laissé
sans secours : qui fut luy lauer la
bouche de theriaque destrempé en
vin blanc, puis luy en fut donné à
boire auec eau de vie. Et sur son bras
boursouffié, ie luy fis plusieurs scari-
fications assez profondes , et mesme-
inent sur la morsure , et laissay suf-
fisamment Huer le sang ( qui n’estoit
qu’vne sérosité;: puis après furent
lauées d’eau de vie en laquelle i’auois
fait dissoudre du theriaque et me-
(hridat. Et après le patient fut posé
dedans vn lit bien chaudement , et le
fit -on suer, le gardant de dormir,
de peur que le venin ne se retirast
auec la chaleur naturelle au cœur. Et
véritablement le lendemain tous les
accidens furent cessés, et fut tost
après guari desdiles scarifications .
Toulesfois l’vlcere de la morsure fut
tenue longuement ouuerte, y appli-
quant tousiours du theriaque auecles
autres medicamens. Ainsi ledit cuisi-
nier receut entière et parfaite gua-
lison.
Et te suffise de cesle histoire pour
preuoir à la morsure de la couleuure.
DÛS VENINS.
CHAPITRE XXXII.
DE LA S10RSVRE DV CRAPAVT1.
Encores que les crapaux n’ayent
des dents, neantmoins ne laissent
d’empoisonner la partie qu’ils mor-
dent de leurs babines et genciues, qui
sont aspres et rudes, faisans passer
leur venin par les conduits de la par-
tie qu’ils mordent. Aussi iettent leur
venin par leur vrine , baue et vo-
missement sur les herbes, et princi-
palement sur les fraises, dont ils sont
fort friants. Et ne se faut esmerueil-
ler si, après auoir pris de tel venin,
les personnes meurent de mort subite.
Dont en cest endroit ne veux laisser
en arriéré vne histoire, que depuis
peu de iours vu homme d’honneur
m’a récité.
Deux marchans estans à vne dis-
née prés de Toulouse, s’en allèrent au
iardin de leur hoste cueillir des fueil-
les de sauge , lesquelles mirent en
leur vin sans estre lauées : et deuant
qu’ils eussent acheué de disner , per-
dirent la veuë , ayans premièrement
vne verligine , tellement qu il leur
sembloit que la maison tournast sens
dessus dessous: et tombèrent en
spasme et défaillance de cœur, ayans
les léures et la langue noire, et bal-
butioient, et auoient le regard hi-
deux et de trauers, ayans vne sueur
froide auec grands vomissemens, et
enflerent bien fort, et peu après mou-
rurent : dont l’hoste et generalement
tous ceux de la maison furent bien
i Ce chapitre répond mot pour mot au
chap. 16 de l’édition de 1575, sauf quelques
additions à la fin, qui sont d une date plus
récente.
321
fort estonnés. Et tost après on les
saisit et les mit-on en prison , leur
mettant sus auoir empoisonné les
deux marchands. Et les ayant tous
inlerrogués sur le crime qu’on leur
imposoit de les auoir empoisonnés,
dirent qu’ils auoient mangé et beu
de mesmes viandes , reste qu’ils n’a-
uoient mis de la sauge en leur vin.
Adonc le iuge fit appeler vn Médecin
poursçauoir si on pouuoit empoison-
ner la sauge : et dit que ouy, et qu'il
falloit aller au iardin , pour sçauoir
si on pouuoit apperceuoir quelque
beste venimeuse, qui peust auoir ietlé
son venin dessus. Ce que véritable-
ment on trouua, qui estoit grand
nombre de crapaux gros et petits, les-
quels estoient logés en vn trou sous
la sauge, assez profondément en terre,
et les fit-on sortir en fouillant et iel-
tant de l’eau chaude autour de leur
demeure. Et là fut conclu que la
sauge estoit empoisonnée , tant par
la baue que de T vrine des crapaux
et l’hoste auec sa famille absoult.
Et partant nous recueillirons par
ceste histoire, qu’on ne doit manger
aucunes herbes, ny des fraises, que
premièrement elles n’ayent esté bien
lauées: et aussi que l’exhalation,
morsure, baue , et vrine des crapaux
sont fort venimeuses. Pareillement il
se faut bien garder de dormir aux
champs , ayans la bouche prés de
quelque trou où les crapaux et au-
tres bestes venimeuses font leur de-
meure, de peur d’attirer leur venin
en respirant, qui pourroit estre cause
de la mort du dormant. Aussi faut
1 J’ai adopté en cet endroit le texte uni-
forme de toutes les éditions faites du vivant
de l’auteur. Il est bon de noter cependant
que la première édition posthume ajoutait :
el par leur vapeur venimeuse.
III.
21
LE YINGT-TROJSIÉME LIVRE
322
euiter de manger des grenouilles au
mois de May, à cause que les crapaux
fiaient auec elles : ce qu’on voit à
l’œil au mois de May, aux marests et
autres lieux où elles habitent. Il y en
a de petiîs, quisont quelquesfoisaual-
lés des bœufs et vaches auec les her-
bes qu'ils paissent , et tost après il
leur suruient vne telle enfleure de
tout le corps, qu’ils en creuent le
plus souuent.
Or ce venin n’est seulement dange-
reux pris par dedans, mais aussi es-
tant attaché au cuir par dehors, ainsi
qu’il aduient lors qu’ils iettent leur
venin quand on les tue ou autrement.
Parquoy il faut promptement essuyer
et lauer le lieu d’vrine , ou d’eau sa-
lée, ou autres choses qui ont esté cy
dessus déclarées aux morsures des
chiens enragés.
Lesaccidensqui aduiennent de leur
venin sont, que le malade deuient
iaune , et tout le corps luy enfle, en
sorte qu’il ne peut auoir son haleine,
et halette comme vn chien qui a gran-
dement couru : parce que le dia-
phragme (principal instrument de la
respiration) ne pouuant auoir son
mouuement naturel, redouble incon-
tinent, et fait haster le cours de
la respiration et expiration. Puis
luy viennent d’abondans vertigines,
spasme, défaillance de cœur, et après
la mort , s’il n’est promptement se-
couru. Ce qui aduient non à raison
de la qualité de leur venin, lequel est
froid et humide, mais de sa malignité
particulière, laquelle pourrit les hu-
meurs.
Or d’autant que ce venin est en-
ncmy mortel de toute sa substance, il
le faut combattre tant par qualités
manifestes, que par antidotes ou con-
trepoisons. Qui se fera par voraisse-
roens (principalement si le venin est
donné par boire ou manger) par clys-
teres, et toutes choses chaudes et de
subtiles parties, comme bon vin au-
quel on aura dissout theriaque ou
melhridat, et autres choses qu’auons
parcy deuanl déclarées aux morsures
des chiens enragés. Aussi Jes bains,
estimes, et grand exercice sont à
louer, à fin de dissoudre , sublilier et
euacuer l’humeur venimeux t.
Rondelet en l’Histoire des Poissons
dit que le crapaut est vestu d’vne
grosse peau dure, et mal-aisée à per-
cer et rompre, parce qu’il se coutle et
enfle, se remplissant d’air , au moyen
de quoy il résisté aux coups : peu
souuent mord, mais il iette vne vrine
et haleine venimeuse à ceux qui le
sentent , demeurans enflés par tout
le corps, et bienlost meurent. Il dit
auoir veu vne femme qui mourut pour
auoir mangé des herbes sur lesquelles
vn crapaut auoit baleiné et ietté son
venin. Les mecüans bourreaux em-
poisonneurs en font plusieurs venins,
lesquels il faut plutost taire que
dire.
Iceluy a la vessie fort grande, où
il garde quantité d’vriue, qu’il iette
contre ceux quil’assaillent. Les alexi-
teres et contrepoisons sont, boire du
jus de betoine, de plantain et d’ar-
moise : pareillement le sang de tor-
tue, auec farine, et réduit en pilules,
puis deslrempé auec du vin.
Pline dit que leur ratle et cœur ré-
sisté contre leur venin.
L’opinion du vulgaire est fausse,
pensant qu’on trouue dedans leur
teste vne pierre nommée crapaudine ,
bonne contre le venin.
1 Là finissait te chapitre en 1575; tout ce
qui suit a été ajouté en 1579.
DES VENINS.
CHAPITRE XXXIII.
DE LA PIQVEVRE DV SCORPION
TERRESTRE ‘.
Le scorpion est vne petite beste
ayant le corps en oualle, et a plu-
sieurs pieds, et la queue longue, faite
en maniéré de patenostres attachées
bout à bout l’vne contre l’autre, la
derniere plus grosse que les aulres et
vn peu plus longue , à l’exlremité de
laquelle il y a vn aiguillon, et aucuns
en ont deux, lesquels sont creux, rem-
plis de venin froid, par lesquels ils iet-
tenl leur venin dedans la playe qu’ils
piquent. lia de chaque coslécinq Jam-
bes fourchues en manière de tenailles :
les deuxdedeuant sontbeaucoupplus
grandes que les autres, et faites en
maniéré de celles d’vne escreuisse. 11
est de couleur noirastre , comme de
couleur de suye : il chemine de biais:
il s’attache si forlauec le bec et pieds
contre les personnes, que bien diffi-
cilement on le peut arracher. Aucuns
ont des ailes semblables à celles des
sauterelles qui mangent les bleds,
qui ne sont trouués en France : et
iceux volent de région en autre, ainsi
qu’on voit des fourmis volans. Ce qui
est vray-semblable , parce que les
paysans de Castille (ainsi qu’cscrit
Matlhiolus) en labourant la terre,
trouuent souuent en lieu de fourmi-
lières, vne bien grande quantité de
scorpions qui s’y retirent l’hyuer.
Pline escrit1 2 qu'en Ethiopie , y a vn
grand pays desert pour raison des
1 Ce chapitre répond presque mot pour
mot au chap. 17 du livre primitif, qui por-
tait seulement pour titre : De la piqueur e du
scorpion.
2 Pline, Nu. 8. chap. 29. — A. P.
3‘i3
scorpions , qui n’y ont laissé ny gens
ny bestes.
Les anciens font plusieurs especes
et différences de scorpions , lesquels
sont distingués selon les diuersités
de couleurs, comme iauncs, roux,
cendrés, verds, blancs, noirs : les vns
ayans des ailes, les aulres point. Ils
sont plus ou moins mortels, selon les
régions où ils habitent, comme en la
Toscane et en Scylhie sont fort veni-
meux : en autres régions comme en
l’isle de Pharo et à Trente >, leur pi-
queure n’est venimeuse, et n’en ad-
uient aucun mauuais accident.
Il suruient inflammation en la par-
tie offensée, aucc grande rougeur,
dureté, tumeur et douleur , laquelle
se change, à sçauoir , tantost chaude
et tantost froide : aussi accroist in-
tempestiuement , et par interualle
cesse , puis tost après accroist : pa-
reillement le malade a vne sueur et
frissonnement, comme ceux qui ont
la fiéure, et a vne horripilation, c’est
à dire que les cheueux luy dressent.
Il sent aussi des ponctions parmy le
corps, comme si on le piquoit aucc
aiguilles, et grande quantité de vents
par le siégé : il a volonté de vomir, et
aller à ses affaires, et n’y peut toutes-
fois aller : et tombe en défaillance de
cœur, fiéure continue, et dénient en-
flé : et si on ne luy donne secours, la
mort s ensuit.
Àntonius Beniuenius au liure 1,
chap. 50, dit auoir eu vn seruiteur,
lequel fut piqué d’vn scorpion, et tout
subit luy suruint vne sueur froide
comme glace : fut preserué de la
mort en beuuant du theriaque dissout
en vin 2.
1 Edition de 1575 : et aux régions froides,
comme à Trente.
2 Cette citation de Benivenius est une ad-
dition de 1585.
3 '2 X LE VlKGT-TllOISlÉMË LIVRE
Dioscoride liure 2, chapitre 10 *, dit
que le scorpion terrestrecrudescaché
ou broyé, et mis sur la piqueure, ou
l'huile d’iceluy, est son vray alexitere.
On le mange aussi rosti et bruslé
pour ce mesme effect, de quoy l’expe-
rience fait foy.
Autre remede. Prenez laict de figuier,
et instillez en la playe : tel remede
guarit promptement.
Autre. Prenez calament broyé, et
appliquez dessus. Aussi la farine
d'orge incorporée en décoction de rue
et appliquée dessus.
Et pour remede excellent, il se faut
ietler dedans vn bain, et se faire tres-
bien suer. Pour seder la douleur
promptement, il faut piler des escar-
gots auec leur coquille, et les appli-
quer dessus la piqueure. Aussi le soul-
phre vif puluerisé, et incorporé auec
terebenthine, est souuerain remede.
La rue pilée , et appliquée dessus, est
bonne. Aussi pour vn singulier re-
mede on y applique l’herbe nommée
Scorpioïdes , dont on a pris le nom.
Autre remede. Racine de couleurée
boulue, et pilée auec vn peu de soul-
phre.
Autre. Les aulx pilés , soulphre et
huile vieille meslés ensemble elappli-
pliqués dessus.
Autre. L’agaric puluerisé ou en dé-
coction, cure leur piqueure.
Pour les chasser, il faut faire suf-
fumigation de soulphre et galbanum.
L’huile aussi faite d’iceux, appliquée
aux trous où ils habitent, garde qu’ils
n’en peuuent sortir. Autant en fait le
jus de raifort2. Et pour les garder
qu’ils n’approchent et piquent per-
1 L’édition de 1675, au lieu de Dioscoride,
citait: Matheolus, liure deuxieme.
2 Le livre de 1575 ajoutait : et de laid, et
huille faite d’iceux. Je ne sais ce qu’il enten-
sonne, il se faut frotter de jus de rai-
fort ou d’aulx : car par ce moyen ja-
mais n’approchent de celuy qui s’en
sera frotté.
Plusieurs autres remedes ont escrit
les anciens, mais ie n’ay pris que ceux
qu’on peut aisément recouurer, et
sont grandement loués par dessus
tous autres.
CHAPITRE XXXIV.
DE LA MORSVRE ET PTQVEVRE DES
MOVSCHES ET CHENILLES1.
Les abeilles ou auettes, les gues-
pes, les freslons, les bourdons, les ta-
lions, après auoir fait ouuerture au
cuir, les vnes par leur morsure, les
autres parleur piqueure, causent vne
grande douleur pour la malignité du
venin qu’elles iettent en la playe, la
quelle loulesfois n’est pas tousiours
mortelle : vray est que se iettans icel-
les bestes en grand nombre sur vn
homme, elles le peuuent tuer : car on
en a mesme veu mourir lesebeuaux.
Ceux qui en sont inopinément of-
fensés, pour la grande douleur qu’ils
sentent, estiment que ce soit quelque
autre beste venimeuse : et pour ceste
cause il est bon sçauoir les signes et
accidens de leur pointure C’est qu’ils
dait par le jus de lait, à moins qu’il ne
faille lire : et te laid; dans tous tes cas, ceci
a été rayé dès 1579.
1 Ce chapitre est formé de la réunion de
deux chapitres du livre de 1575, le 18',
ayant pour titre : De la morsure et de la pi-
queure des rnousches; et le 19', intitulé : De
la morsure des chenilles. Il n’y a du reste ab-
solument rien de changé au texte primitif,
si ce n’est une petite addition qui sera notée
plus bas.
DES VENINS.
3a5
causent grande douleur, laquelle de-
meure iusques à ce que leurs dents
ou piquerons soyent oslés: et le lieu
dcuient promptement rouge et enflé
à l’entour, et s’y forme vne vessie,
pour cause de la virulence qu’elles
ietteut ayans fait ouuerture du cuir.
Pour la curation, il faut prompte-
ment sucer le lieu le plus fort que
l’on pourra, pour oster leurs dents ou
aiguillons : et si par ce moyen ne
peuuentestre extraites, faut inciser le
lieu (si la partie le permet) ou pren-
dre cendres et leuain et huile incor-
porés ensemble, et l’appliquer dessus.
Autreremede. Il faut mettre la partie
en eau chaude et la bassiner par l’es-
pace de demie heure ou plus, et après
lauer la playe d’eau sallée.
Autre. Le cresson pilé et appliqué
dessus sede la douleur, et résout l’hu-
meur contenu en la tumeur. Autant
en fait la fiente de bœuf destrempée
en huile et vinaigre, et appliquée as-
sez chaude dessus.
Autre. Féues maschées et appli-
quées dessus, sedent pareillement la
douleur. Aussi fait la berle pilée auec
oxycrat. Aucuns commandent pren-
dre desdites mouches et les escacher
et en frolter le lieu, et les laisser des-
sus, ainsi qu’on fait aux piqueures de
scorpions.
Autre. Faut prendre vinaigre, miel
et sel, et le plus chaud qu’on pourra
en frolter le lieu, et y laisser vn linge
en double dessus.
Autre. Prenez soulphre vif pulue-
risé, et incorporé en saliue d’homme,
et appliquez dessus.
Autre. Laict de figues non meures,
incorporé auec du miel, est aussi vn
souuerain remede.
On peut estre asseuré sur tous re-
medes, du theriaque (que Galien ap-
prouue au liure De theriaca ad Piso-
nem) le disant estre le plus salubre
remede dont on puisse vser aux pi-
queures et morsures des bestes veni-
meuses, comme i’ay dit cy dessus.
Pour garder que lesdiles mouches
ne mordent et piquent, il se faut oin-
drelecorps de jus de maulue incor-
poré auec huile : et pour les chasser
bientosf, il faut faire parfum de soul-
pbreet d’aulx l.
Galien dit que la guespe a ceste
malice, que voyant vne vipere morte,
elle s’en va tremper son aiguillon au
venin d’icelle, et de là i dit-il) les
hommes ont appris à empoisonner les
fléchés.
Les chenilles rousses et velues, ap-
pellées en latin Multipedes , engen-
drent grande démangeaison, rougeur
et tumeur au lieu qu’elles mordent,
où seront attachées ou escachées : et
celles qui seront nourries és pins en-
cores plus. Les oignons pilés auec vi-
naigre est vn singulier remede pour
appliquer au lieu, et pareillement les
autres remedes qu’auons escrit aux
morsures et piqueures des mousches.
CHAPITRE XXXV.
DE LA MORSVRE DES ARAIGNES2.
Les araignes ourdissent leur toile
de diuerse façon, et y font vn petit
trou, dans lequel sont tousiours en
embuscade pour attraper et prendre
les mousches et mouscherons, des-
quels elles se nourrissent. Il y en a de
1 Ici se terminait le chapitre 18 du livre
de 1575 ; ie paragraphe qui suit est de 1579,
et le dernier paragraphe constituait à lui
seul le chap. 19 du livre primitif.
2 Ce chapitre est textuellement le même
que le 20e chapitre du livre de 1575.
3sG
LE VINGT-TROISIÈME LIVRE,
plusieurs especes : l’vne est appellée
Rhagion, laquelle est ronde et de cou-
leur noire, comme vn grain de raisin
dont elle porte le nom : elle a la bou-
che au milieu du ventre, et les iam-
bes courtes, et fait mesme douleurque
le scorpion. Il y en a vne autre espece
nommée Loup, pour-ce qu’elle ne
chasse seulement aux mouschescom-
munes, mais aussi aux abeilles et aux
talions, el generalement à toutes peti-
tes bestioles qu’elle peut attraper en sa
toile. La troisième espece est appellée
Formillon^ pource qu’elle ressemble a
vne grande formis, et est noire, et a
le corps marqueté de certaines peti-
tes esloiles luisantes, et principale-
ment vers le dos. La quatrième es-
pece est appellée de Malthiolus Dys-
deris, et est semblable aux mousches
guespes, reste qu'elle n’a milles ailes,
et est de couleur aucunement rouge,
laquelle ne vit que d’berbes.
Or les anciens tiennent que leur
morsure est fort venimeuse, et que le
venin est froid, parce que les acci-
dens qui en prouiennent sont grandes
ventosités au ventre et froideur des
extrémités : el au lieu de leur mor
sure le malade sent vne stupeur et
vne grande réfrigération, et a vne
grande horripilation.
Il faut lauer la playe promptement
de vinaigre le plus chaud qu’on le
pourra endurer. Pareillement faut
piler des aulx et oignons el les appli-
quer dessus : ou bien de la fiente de
chéure fricassée en vinaigre. Sembla-
blement est bon qu’on prouoque la
sueur, soit par bains, estuues, ou au-
trement. Et sur tout le theriaque est
excellent , tant donné par dedans
qu’appliqué par dehors.
CHAPITRE XXXVI.
DES H10VSCHES CANTHARIDES *.
m
Les mousches cantharides sont res-
plendissantes comme or, et sont fort
belles à voir, à raison de leur couleur
azurée parmy le iaune, loutesfois de
tres-mauuaise odeur. Elles sont chau-
des et seiches iusques au quatrième
degré, et parlant corrosiues, brus-
lantes et venimeuses, non seulement
à cause de leur chaleur et seicheresse
excessiue, mais aussi à cause d’une
particulière inimitié que Nature leur
a donnée, principalement contre les
parties dediées à l’vrine 2, non seule-
ment prises par la bouche, mais aussi
appliquées par dehors, quand il est
besoin de vessier ou vlcerer quelque
partie.
Les signes ou dccidens d’auoir pris des
cantharides par dedans.
Le premier est que le malade sent
au goust comme poix noire fondue,
qui procédé des humeurs vaporeuses
bruslées en l’estomach et au foye par
la vehemente chaleur pulredineuse
de leur poison3 : et tost après qu’elles
sont entrées dans l’estomach, le ron-
genl el corrodent, et y causent grande
douleur, et excitent vne inflamma-
tion au foye et aux boyaux, dont il
s’ensuit flux de ventre , par lequel le
malade iette par ses selles des excre-
mens semblables à l’eau dans laquelle
1 Ce chapitre est presque entièrement co-
pié du chapitre 21 du livre de 1675.
2 La phrase s’arrêtait là en 1575; le reste
est de 1579.
3 Cette phrase explicative : qui procédé des
humeurs vaporeuses, etc., est une addition de
1579.
DES VENINS.
on a laué chair sanglante, ou comme
le flux des dysenteries et caquesan-
gues. Et à cause de l’aduslioh qu’el
les font aux humeurs, suruienl fié-
ure ardente, de façon que les malades
deuiennent vertigineux et insensés,
ne se pouuans tenir en place , poul-
ies fumées et exhalaisons venimeuses
qui moulent des parties basses au cer-
ueau, lequel ressentant telle vapeur,
peruertit le iugement et la raison :
tous lesquels signes apparoissans, on
peut iuger la maladie eslre incurable.
Et quant aux parties dediées à l’v-
rine, causent inflammation , excoria-
tion et vlcere , auec vne exlreme
douleur, érection de la verge et tu-
meur aux hommes, et aux femmes de
toutes leurs parties génitales, qui fait
que l’vrine sort en moindre quantité,
et encores le peu qui en sort est san-
guinolent : voire souuentesfois les pa-
tiens pissent le sang tout pur, et
quelquesfois aussi les conduits de l’v-
rine sont du tout cstoupés, dont s’en-
suit gangrené et mortification, et par
conséquent la mort.
La cure du venin des cantharides
prises par dedans ou par dehors , ne
différé que selon plus ou moins. Lors
que quelqu’vn aura pris des cantha-
rides, faut promptement le faire vo
mir, et luy donner du laict de vache
à boire, lequel a vertu d’esteindre
l’ardeur de ia poison, et restreindre le
flux de ventre, seder la douleur, parce
qu’il lenit et adouci! la chaleur et
seicheresse. Pour ceste cause , on en
vsera tant au boire qu’en clysteres et
inieclions : et qui n’aura du laict, on
vsera d’huile d’oliue ou d’amendes
douces, pour adoucir l'acrimonie de
leur venin, qui pourroit eslre atta-
ché contre les parois de l’estomach et
intestins. Et leur fera on autres cho-
ses qui seront recitées par ceste his-
327
toire, laquelle il m’a semblé bon de
reciter, non pour enseigner le moyen
d’en vser, mais au contraire à fin de
s’en preseruer, et endoctriner le chi-
rurgien où telle chose aduiendroil d’y
remedier >.
Vn Abbé de moyen aage , estant en
ceste ville pour solliciter vn procès,
sollicita pareillement vne femme hon-
nestede sonmeslier, pour deuiser vne
nuict auec elle, si bien que marché
fait, ilarriuaensa maison. Elie re-
cueillit monsieur l’Abbé amiable -
ment, et le voulant gratifier, luy
donna pour sa collation quelque con-
fiture en laquelle y entroit des can-
tharides, pour mieux l’inciter au dé-
duit venerique. Or quelque temps
après, à sçauoir le lendemain, les ac-
cidens que i’ay par cy deuant décla-
rés aduindrent à monsieur l’Abbé, et
encores plus grands, parce qu’il pissoit
et ietloit le sang tout pur par le sicge
et par la verge. Les Médecins estans
appelés, voyans l’Abbé auoir tels ac-
cidens , auec érection de verge ,
conneurent qu’il auoit pris des can-
tharides. Ils luy ordonnèrent des vo-
miloires et clysteres , faits d’orge
mondé, de ris, de décoction de maul-
ues, semence de lin, de fenugrec,
d’huile de lis, suif de bouc ou de cerf,
et puis après vn peu de theriaque
mixlionné auec conserue de roses,
pour faire sortir la poison dehors.
Pareillement on luy donna à boire du
laict, et on luy en fit aussi des iniections
en la verge, et aux intestins , auec
autres choses réfrigérantes, glaireu-
ses et gluantes, pour cuider obtondre
et amortir la virulence et malignité
du venin. Or telles choses à bon droit
1 L’édition de 1575 disait simplement :
et leur fera-on autres choses , qui seront réci-
tées par ceste histoire.
LE VINGT-TROISIÈME LIVRE,
328
ont esté ordonnées des anciens Méde-
cins, parce qu’elles demeurent long-
temps attachées aux parties intérieu-
res offensées et vlcerées : ioint aussi
qu’elles gardent que le virus n’y peut
penetrer : et partant le laict y est fort
bon. Aussi le beurre frais beu eliettéen
la vessie, et l’huile d’amendes douces
recentemenl tirée : semblablement les
mucilages de psyllium, de maulues,
de coings : etlesyrop de nénuphar,
de pauot, de violes, le jus de laictues,
pourpié, concombres, de courges, et
de melons. Or son boire estoil eau
d’orge et plisane1 :son manger estoit
poullailles, veau, cliéureau, cochons
gras boulins auec laictues, pourpié,
maulues, violiers de Mars, orge, les-
quels alimens luy estoient aussi me-
dicamens, tant pour lascher le ventre,
que pour adoucir et seder les dou-
leurs de l’acrimonie du venin : et sur
la région des reins, lombes, et sur le
penil,on mil plusieurs choses réfri-
gérantes et humectantes. D'auantage
il fut baigné, pour cuider donner issue
au venin par les pores du cuir : mais
pour tous ces remedes faits selon l’art,
monsieur l’Abbé ne délaissa à mourir
auec gangrené de la verge.
Et partant ie conseille à telles da-
mes ne prendre de telles confitures,
et moins encores en donnera homme
viuant, pour les accidens qui en ad-
uiennent.
1 L’édition de 1575 portait : Or son boire
estoil d’orge et plisane: mais pour tous ces re-
medes faits selon l’art, monsieur l’Abbé ne dé-
laissa à mourir le troisième iour auec gan-
grené de la verge.
Ainsi les autres détails qui suivent sur le
traitement ont été ajoutés en 1579; mais en
revanche cette édition , et par suite toutes
les autres , avaient omis ce point important
pour l’observalioi>, que la mort était arrivée
le troisième iour.
le raconleray encore ceste his-
toire.
Depuis quelques ans en ça, vne da-
moiselle vint à Paris fort couperosée
au visage, y ayant de gros saphirs,
ou boutons, auec grande rougeur,
en sorte que plusieurs qui la voyoienl
l’estimoient estre lepreuse , iusques à
luy interdire de non plus entrer en
l’eglise de sa paroisse de peur qu’elle
ne gastast les sains. Icelle appella
auec moy messieurs laques Hollier,
et Robert Greaume , Docteurs Re-
gens en la faculté de Medecine, auec
Estienne de la Riuiere et Germain
Chenal , Chirurgiens iurés à Paris,
pour donner aide à son mal. Et après
qu’elle nous eut monstré plusieurs
receples des remedes qu’elle auoit
pris pour cuider estre guarie : après
aussi l’auoir exactement visitée et
examinée, fut conclu et accordé,
qu’ellen’estoil aucunement lepreuse :
parquoy pour guarir sa couperose, on
luy appliqueroit vn vésicatoire fait
de cantharides, sur toute la face, à
fin d’attirer la matière des boutons,
et l'humeur superflu qui estoit pareil-
lementimbuen loutson visage. Ce que
ie fis. El trois ou quatre heures après
que le vésicatoire fut réduit de puis-
sance en effet, elle eut vne chaleur
merueilleuse à la vessie, et grande
tumeur au col de la matrice, auec
grandes espreintes : et vomissoit, pis-
soit et asselloit incessamment, se iet-
tant çà et là comme si elle eust esté
dans vn feu, et estoit comme toute
insensée, et fébricitante : dont ie fus
alors esmerueillé de telle chose.
Parlant ie r’appellay la compagnie,
tant les Médecins que Chirurgiens.
Et voyant que tels accidens venoient
à raison des cantharides qu’on luy
auoit appliquées pour faire le vésica-
toire, fut aduisé qu’on luy donneroit
t)F.S VENINS.
du laict à boire en grande quantité,
aussi qu’on luyen bailleroit en clys-
teres et iniections, tant au col de la
vessie que de la matrice. Semblable-
ment elle fut baignée en eau modé-
rément chaude , en laquelle auoit
bouilli semence de lin , racines et
fueilles de raauues et guimauues ,
violiersde Mars, iusquiame, pourpié,
laiclues : et s’y tint assez long temps,
à cause qu’en iceluy perdoit sa dou
leur Puis estant posée dedans le lict,
et essuyée, on luy appliqua sur la ré-
gion des lombes et autour des parties
génitales, onguent rosat et popu-
lcum, incorporés en oxycrat, à tin de
refrener l’intemperature de ses par-
ties. Et par ces moyens les autres ac-
cidens furent cessés.
Et quant à son visage, il fut entière-
ment vessié, et ietta grande quantité
de sanie purulente : et par ce moyen
perdit cesle grande deformité de la
face qu’elle auoit auparauant. Et
après estre guarie, nous luy donnas-
mes attestation qu’elle n’estoit aucu-
nement entachée de lepre Et tost
après estant retournée en sa maison,
lut mariée, et a eu depuis de beaux
enfans, et vit encore sans qu’on l’ap-
perçoiue auoir eu la face escorchée.
Ces deux histoires instruiront le
ieune Chirurgien à remédier à ceux
qui auront pris des cantharides, tant
par dedans que par dehors, s’ils sont
appelés pour y preuoir. Or deuant
que les susdits accidens soyent surue-
nus et grandement accreus, on fera
au malade boire de l’huile, ou quel-
que décoction relaxante : pareille-
ment on en baillera par clysteres elin-
ieclions,à fin de prouoquer le vomir,
et lascher le ventre : et principale-
ment pour garder que le venin n’ad-
here contre les parties par où il passe :
comme lors que nous voulons appli-
329
quer vn caulere potentiel ou vn
vésicatoire sur vne partie, si elle est
huileuse ou engraissée, ils ne pour-
ront faire leur operation que pre-
mièrement on n’ait osté l’onctuosité.
Et pour le dire en vn mot, si vn venin
a esté prins par la bouche, et est en-
core en l’eslomach, il faut prouoquer
le vomir: et s’il est ja descendu aux
boyaux gros, il faut donner clysteres :
et si on a opinion que sa vertu soit
espandue par tout le corps, il faut
donner choses qui ont puissance de
chasser le venin du centre à lacircon -
ference, comme bains, esluues : ou
mettre le malade dedans les corps
des besles recentement tuées , comme
bœufs, vaches , mules et mulets, et
faire autres choses qui prouoquent la
sueur, comme auons dit cy deuant.
CHAPITRE XX XVII
DE LA MOVSCHE NOMMÉE DVPUESTE '.
La Bupreste est vne mousche sem-
blable à la cantharide, laquelle estant
mangée auec l’herbe par les animaux
paissans, comme bœufs, moutons, et
autres, les fait mourir enflés comme
tabourins. Et pour ceste cause est
appellée des pasteurs, Enfle-bœuf. Et
si vn homme en mange, il aura sem-
blables accidens que s’il auoit pris des
cantharides : et le fait pareillement
enfler, ainsi que si le malade estoit
affligé de l’hydropisie nommée Tym-
panités. Cela aduient par les vapeurs,
lesquelles s’esleuenl des humeurs li-
quéfiés et fondus par la vertu de leur
venin.
1 Ce chapitre est le même que le chap. 22
du livre de 1575.
33o LE VINGT-TROISIEME LIVRE
Les romedes sont semblables à ceux
des cantharides.
CHAPITRE XXXVIII.
DE LA SANGSVE OV SVCE-SANG1.
Les sang-sues sont venimeuses, et
principalement celles qui sont nour-
ries es eaux bourbeuses : et celles qui
sont es eaux claires moins. Et pour
ceste cause , lorsqu’on s’en veut ser-
uir, il les faut premièrement faire
desgorger en eau claire, trois ou qua-
tre iours pour le moins : autrement
elles laissent le plus souuent des vl-
ceres où eiles seront attachées, les
quelles puis apres seront difficiles à
curer : ce qui se fait encore d’auantage
si on les arrache parforce, pour-ce
qu’elleslaissent leurs dentsen la chair.
Or si quelqu’vn en a avalé vne par
inaduertence, il le faut interroger
pour sçauoir l’endroit où il la sent
tirer. Et si elle demeure au gosier,
ou au milieu d’iceluy, pour la faire
desmordre faut que le malade se gar-
garise plusieurs fois de vinaigre au-
quel on aura dissout vn peu de mous-
tarde : et si elle estoit prés de l’ori-
fice de l’estomach, il faut qu’il aualle
peu à peu d’huile auec vn peu de vi-
naigre : et où elle seroit descendue au
fond de l’estomach, le malade la sen-
tira tirer et succer, et quelquesfois
crachera le sang , et tombera en vne
peur, comme ayant perdu le sens : et
pour la faire détacher, boira bonne
quantité d’eau liede auec huile. Et
où elle seroit opiniaslre, pour la faire
1 Ce chapitre est textuellement le même
que le chap. 23 du livre de 1575 , à l’excep-
tion du dernier paragraphe , qui sert seu-
lement de transition aux chapitres suivants.
encore plus promptement débusquer,
on y meslera vn peu d’aloés, ou quel-
que autre chose amere, et par ce
moyen elle sera détachée et vomie :
ce qui se connoist en celles qui sont
attachées extérieurement , car on les
fait démordre et quitter la place en
mettant telles choses sur leurs lestes.
Puis on donnera quelque chose as-
tringente pour estaneher le sang de
la morsure , comme conserue de ro-
ses, auec vn peu de terre scellée, et bol
armenic, et autres choses plus astrin-
gentes, s’il en est besoin. Car si elles
s’attachent contre vn gros rameau de
veine ou arlere, le sang coulera en
plus grande abondance, et par consé-
quent sera plus difficile à estre estan-
ché qu’en vn petit rameau *.
Les animaux venimeux ne sont
seulement sur terre-, et és caueroes
d’icelle : mais aussi ils se trouuent en
la mer des poissons venimeux, comme
la murene, la paslenaque, la viue, la
torpille , le liéure marin , desquels
nous finit à présent parler, commen-
çant à la murene.
CHAPITRE XXXIX.
DE LA MVRENE.
La murene est vn poisson de mer ,
ressemblant à la lamproye, toutesfois
elle est plus large et a la gueulle plus
grande : elle a les dents fort longues,
aiguës et courbées au dedans. Elle
es! de couleur brune, sa peau cou-
uerte de petites taches blanchastres,
le corps long de deux coudées. Les
anciens les prisoient beaucoup en
1 Là finissait le chapitre 23 du livre de
1575; ce qui suit est de 1579.
DES VENINS.
viandes, tant à raison (jn’elles sont de
bon goust, que pour autant qu’on les
peut longuement garder dedans les
viuiers et boutiques pour s’en seruir
en temps : elles sont faciles à s’appri-
uoiser, tesmoin celle de Crassüs, de
laquelle auons parlé cy deuant. Leurs
morsures ameinent semblables acci-
dens que celles des viperes : et par-
tant sont guaries par les mesmes re-
medes.
Ælian dit *, que la murene se iette
sur terre, et qu’elle va chercher la
vipereiusquesdedanssacauernepour
frayer auec elle. Ce qui est prouué
par les vers de Nicandre.
Il court de la Murene vn bruit tout asseuré,
C'est qu'vu serpent l'espouse, et que de son plein
Elle sort de la mer, puis toute desireuse [gré
Ello va s'accoler à la beste amoureuse
CHAPITRK XL.
DE LA PICOVEVRE D’VNE VIVE.
La viue a eu ce nom à cause de sa
grande viuacité, car estant tirée de
la mer , demeure long temps en vie :
ses aiguillons sont vénéneux, princi-
palement ceux qui sont au bout de
ses ouyes. Pour ceste cause les cuisi-
niers leur coupent la teste deuant que
les seruir à table. A Rouen les pois-
sonniers ne les osent vendre, que
premièrement ne leur ayent coupé
la teste.
Ceux qui en sont piqués sentent
1 Premier liure des animaux.' — A. P.
- Le chapitre ne s’arrêtait point là dans
les anciennes éditions ; mais l’auleur y avait
réuni deux paragraphes concernant la vive
et sa piqûre, qu’il m'a paru plus logique
de reporter en tète du chapitre suivant.
33 1
grande douleur à la partie , auec in-
flammation d’icelle, fiéure , défail-
lance de cœur, gangrené et morlifl-
cation, et par conséquent la mort, si
promptement on n’y remedie *.
Puis n’agueres, la femme de mon-
sieur Fromaget, greffier aux requestes
du palais , fut piquée d’vne viue au
doigt médius : et peu de temps apres
il s’enfla bien fort, auec grande rou-
geur et peu de douleur. Elle voyant
que la tumeur s’augmentoit iusqu’à
la main, craignoit qu’il ne luy sur-
uint vn tel accident qui de n’agueres
pour vn cas semblable estoit aduenu
à vne sienne voisine, vefue de feu
monsieur Bargelonne, lieutenant par-
ticulier au Chastelet de Paris, pour
auoir esté ainsi piquée : dont luy es-
toit suruenu (pour sa négligence) vne
gangrené et mortification totale du
bras, et en fin mourut misérablement.
Or estant arriué vers madame Fro-
maget, et ayant entendu la cause de
son mal , promptement ie luy appli-
quaysurle doigt, et semblablement
sur la main , vn cataplasme fait d’vn
gros oignon cuit sous la braise, et du
leuain auec vn peu de theriaque. Et
le lendemain malin ie luy fis tremper
toute sa main en do l’eau assez chau-
de, à fin d’attirer le venin au dehors :
1 Ce sont là les deux paragraphes que l’au-
teur avait laissés dans le précédent chapitre,
et qui sont de 1579. Ce qui suit, au con-
traire,est de 1575; c’éta;t le 24e et dernier
chapitre, qui alors débutait de la manière
suivante :
« le ne veux encores laisser à reciter
ceste tiistoire d’vne piqueure de viue, qui
est vn poisson qui nous est fort en vsage :
et de sa piqueure sourdent de pernicieux
accidens , voire la mort, qui n’y donne or-
dre de bonne heure. »
Après quoi l’auteur passait au récit des
deux histoires suivantes, dont la date peut
être ainsi assez bien assignée.
33a LE VINGT-TROISIEME LIVRE
et après ie luy fis plusieurs scarifica-
tions superficielles autour du doigt:
puis luy appliquay des sangsues sur
lesdites scarifications, lesquelles tirè-
rent suffisamment de sang : et après
i'appliquay du theriaque dissout en
eau de vie : et le lendemain trouuay
son doigt et sa main presque toute
desenflée, et sans nulle douleur:
et quelques iours après fut entière-
ment guarie.
Autant en auois-ie fait n’agueres
au cuisinier de monsieur de Soussy,
trésorier de TEspargne , lequel se pi-
qua semblablement d’vne viue, dont
tout le brasesloit enflé et enflammé
iusqu'à l’espaule , et en brefs iours
fut pareillement guari.
Ces histoires seruiront aux ieunes
chirurgiens, quand ils se trouueront
à l’endroit de pareilles piqueures1.
Dioscoride escrit que pour remé-
dier à la piqueure, faut appliquer la
viue fendue par la moitié, ou de l’a-
luyne, ou de la sauge, ou du soul-
plire incorporé auec du vinaigre.
CHAPITRE XLI.
PIQVEVP.E DE LA TARERONDE OV
PASTESJ AQVE.
Aëce escrit 2 qu’aprés la playe de
ceux que la tareronde aura piqués ,
s’ensuit vne douleur continuelle, et
vn endormissement de tout le corps,
et aucuns en meurent promptement
auec conuulsion.
Pline dit3 qu’il n’y a rien de plus
1 Ici finissait le chap. 24 du livre de 1575;
le dernier paragraphe est une addition de
1579.
* Liure 3. — A. P.
8 Lib. 9, cap. 4S. — A. P.
execrable que l’aiguillon enleué sur
la queue de la pastenaque, lequel est
de grandeur de cinq pouces. Il fait
mourir les arbres qui en sont piqués
par la racine. Il dit d’auantage, que
l’aiguillon est bon pour la douleur
des dents, quand l’on en scarifie les
genciues : et réduit en poudre auec
ellebore blanc , les fait tomber sans
douleur. Ce poisson est bon à man-
ger, horsmis la leste et la queue. Au-
cuns de ces poissons ont deux aiguil-
lons , autres vn seul , lesquels sont
pointus, garnis de dents des deux cos-
tés, comme dents de scie, se tournant
vers la teste.
Oppian escrit que l’aiguillon est
plus venimeux que les fléchés des
Perses enuenimées , lequel garde
son venin encore que le poisson soit
mort , et n’est, dit-il , seulement ve-
nimeux aux animaux, mais aussi aux
arbres et plantes. Les dents des ai-
guillons de ce poisson ont esté ren-
uersées par nature vers la teste, à fin
qu’elles entrent et percent plus aisé-
ment , et plus mal-aisément sortent ,
pour-ce qu’en les tirant on les tire à
contrepoil. Et s’il en pique quelque
poisson, il le tient enferré comme d’vn
hameçon. Rondelet dit que ses aiguil-
lons sont au milieu de la queue *.
Il faut qu’il y en ait de plusieurs
sortes : car i’ay vne queue d’vne pas-
tenaque, longue de cinq pieds et plus,
au commencement de laquelle nais-
sent et sont attachés deux aiguillons,
qti’vn gentilhomme de Bretagne m’a
donnée , que ie garde en mon cabi-
net, laquelle est toute semée de pe-
tites boucles semblables à estoiles,
fort aiguës.
Les pescheurs subit qu’ils ont pris
ce poisson, ils luy ostent les aiguil-
1 Rondelet, nu liure des Poissons. — A. P.
t>ES VENINS.
333
Ions , de peur qu’il ne les blesse de
son venin : et lors qu’ils en sont pi-
qués, ils 1’ouurent, et prennent le
foye, et l’appliquent sur la playe :
aussi estant bruslé et mis en cendre,
et posé sur la playe, est la vraye con-
tre-poison de son venin. Elle vit en
lieu fangeux prés des riuages de la
mer, et vit des poissons qu’elle prend
de son aiguillon. La figure est comme
vne raye.
CHAPITRE XLII.
DE LA VENENOSITE DV LIEVRE MARIN.
Le liéure marin est appellé de Pline
masse o 1 piece de chair sans forme :
Ælien le compare à vn limaçon hors
sa coquille. Il est fort venimeux, par
le tesmoignage de tous les anciens, et
partant il est bon de le connoislre ,
pour se garder d’en vser en viandes,
et aussi le sentir ou le regarder par
trop , et pour en vser contre son ve-
nin mesme. Il naist en la mer et aux
estangs de la mer, principalement
fangeux. Il est de couleur de poil
d’vn liéure de terre. A la leste il a vn
trou , par lequel il ielte hors vne chair
mucqueuse, laquelle il retire quand
il veut. Il vit dans l’eau limonneuse,
et d’ordure et vilennie. Paulus Ægi-
neta , Aëce, Pline, Galien , Nicandre,
disent qu’il est si venimeux , que si
vne femme grosse le regarde , elle vo-
mira , puis auortera. Les hommes qui
ont beu de son poison, comme dit
Dioscoride , ont douleur de ventre :
l’vrine s’arreste : et s’il aduient qu’ils
vrinent , leur vrine sera rouge et san-
guinolente : ils ont vne sueur puante,
sentant le poisson : ils vomissent de
la cholere mesme auec du sang. Aëce
dit qu’ils deuiennent iaunes par tout
le corps. La face s’enfle , et les pieds,
et principalement le membre génital,
qui est cause que l’vrine ne peut cou-
ler. Galien dit que le liéure marin
blesse et vlcere le poulmon >.
Son alexilere et contre-poison est le
lait d’asnesse et du vin cuit, ou de la
décoction de fueilles de maulues. Ce
liéure marin est bon à faire tomber le
poil : la figure t’est icy représentée ,
prinse au liure des Poissons de Ron-
delet2.
CHAPITRE XLIII.
DV VENIN DV CHAT.
Les chats n’infectent seulement par
leur ceruelîe , mais aussi par leur poil,
haleine et regard : car jaçoit que tout
poil aualé sans y penser puisse suffo-
quer la personne, en esloupant les
conduits de la respiration , loutesfois
le poil du chat est dangt reux par sus
tous autres : leur haleine est infecte
d’vne poison tabifique. Et dit Mat-
thiole auoir conneu aucuns , prenans
plaisir aux chats qu’ils n’eussent ja-
mais dormi sans en auoir quelques-
vns couchés auprès d’eux , de l’halei-
ne desquels longuement attirée auec
l’air, ils deuindrenl phthisiques, et
en fin misérablement moururent. Les
chats aussi offensent de leurs regards,
tellement qu’aucuns voyons ou oyans
vn chat, tremblent et ont vne peur
grande, qui se fait par vne antipathie
venant de l'influence du ciel.
Malthiole escrit qu’estant en Alle-
magne, soupant en bonne compagnie
1 Liure de la lheriaque à Pison. — A. P.
* J’ai gardé cette phrase parce qu’elle in-
dique une des sources où l’auteur a puisé.
33A LE VINGT-TROISIEME LIVRE ,
en vn poille , en temps d’byuer , l’v n
de la troupe estoit suiet à cela. L’hos-
tesse connoissant le naturel de l’hom-
me, enferma vn petit chat (qu’elle
nourrissoil) dedans vn coffre audit
poille , de peur que ce personnage le
voyant ne se courrouçast : mais en-
core qu’il ne vist ny ouyst le chat ,
peu de temps après auoir attiré l’air
infect de l’haleine du chat, sa tempe-
rature ennemie des chats irritée, il
commença à suer et pallir , et en
tremblant crier ( non sans grande ad-
miration de tous ) qu’il y auoit vn
chat en quelque coin dudit poille :
alors on mit le chat hors de la maison.
Or le chat infecte aussi ceux qui
mangent de sa ceruelle, et sont tour-
mentés de grandes douleurs de teste,
et quelquesfois en deuiennent insen-
sés. Pour les guarir , il les faut faire
vomir , et le vray alexitereest le musc
donné à boire demie scrupule auec de
bon vin , et reilerer ce remcde tant
qu’on verra estre besoin.
le diray d’auantage , que le chat
est vue beste pernicieuse aux enfans
du berceau , par ce qu’il se couche
sur leurs visages, et les estoufe : par-
quoy il s’en faut bien donner garde.
CHAPITRE XLIV.
DE LA VENENOSITE DE CERTAINES
PLANTES L
Après auoir discouru de la vénéno-
sité des animaux, à présent il nous
1 Ce chapitre se compose d’un assez grand
nombre d’articles divers. Les uns étaient
distingués par une note marginale, les au-
tres par un titre en italique ; j'ai jugé à pro-
pos de faire des titres avec les notes margi-
nales à ceux qui n’en avaient point, et il n’y
a que le Dorycnium pour lequel il m'ait fallu
faire le titre moi-même.
conuient escrire de celle d’aucunes
plantes, et les accidens qui aduicn-
neqt à ceux qui en auront pris, et
commencerons à 1 ’Apium risus.
4pium risus.
L ’Apium risus , autrement appellé
Sardon a , espece de ranunculus ,
rend les hommes insensés , induisant
vne conuulsion et distension des nerfs
telle que les létires se retirent , en
sorte qu’il semble que le malade rie,
dont est venu en prouerbe , Ris Sar-
donien, pour vn ris malheureux et
mortel. Son bezahard ou contre-poi-
son est le suc de melisse.
Napellus , est chaud au A. degré.
Le suc, fruict ou substance de Na-
peilus , tue son homme en vn iour , ou
en trois au plus tard. Mcsmes si par
antidotes et contre-poisons exhibés
en temps et lieu on en réchappé , le
malade tombe en tîéure hectique , ou
en chartre, ou en mal caduc, comme
dit Auicenne : c’est de quoy les Bar-
bares empoisonnent leurs fléchés K
Les accidens qu’il induit sont tels :
incontinent les léures s’enflamment,
et la langue s’enfle : en sorte qu’elle
ne peut demeurer en la bouche , ains
soit dehors auec grande hideur: les
yeux aussi s’enflamment et sortent
hors la teste : les malades tombent en
vertiginosilés et défaillance de cœur,
ils ne peuuent mouuoir ny bouger
les iambes , tant ont les cuisses foi-
bles et débilitées : d’ailleurs ils ont le
corps enflé et terni, tant est grande
la malignité de ce poison. Son bezahar
est vn petit animal comme vne sou-
ris , qui s’engendre prés la racine du-
1 Tels venins sont premièrement descri is par
Maithiole , sur le 6. lia. de Dioscoride. et par
Leuinius au Hure des venins. — A. P,
DES VENINS. 335
dit Napellus , seiché et pris en breu-
uage du poids de deux dracbnies : ou
à faute de ce, la graine de raue ou de
naueaux mise en breuuage: oignant
le corps d'huile de scorpions.
Matlhiole, liure quatrième de Dios-
coride, dit que toute la plante du na-
pellus est tres-pernicieuse et vene-
neuse : mais la racine est plus cruelle
que toutes ses autres parties : telle-
ment que tenue quelque espace de
temps dedans la main, iusques à ce
qu’elle s’y eschauffe, fait mourir celuy
qui la tient. le sçay, dit-il, des bergers
eslre morts pour auoir pris impru-
demment vne tige de napellus, pour
leur seruir de broche à rostir de pe-
tits oyseaux.
Dorycnium et solanum manicum.
Le donjcnium et solanum manicum,
ou mortale , ont accidens assez sem-
blables. Le dorycnium, baillé en breu-
uage, donne vn goust comme de laict
à celuy qui en a beu, induit sanglots
continuels, charge la langue d’humi-
dilés, fait ielter le sang par la bouche,
et par embas vne certaine matière
baueuse, tout ainsi qu’on voit és dy-
senteries et caquesangues. Son beza-
liar, sont toutes sortes de poissons à
coquilles, soyentcruds ou roslis : les
langoustes aussi et escreuisses de mer
y sont bonnes, et le bouillon où elles
ont cuit.
Quant à la racine de solanum ma-
nicum\ prise en breuuage auec vin
au poids d’vne dragme , cause des
visions assez plaisantes : mais si on re-
double le poids, ou qu’on en prenne
trois dragmes, elle rend la personne
insensée : et qui en prendroit quatre,
elle la feroit mourir , comme escrit
1 Solunum manicum, froid au 4. degré. —
A. P.
Dioscoride. Le bezahar est semblable
à celuy du dorycnium.
lusquiame, froide au 4. degré.
La iusquiame induit vne alienation
d’esprit telle que si on estoil yure, vn
tournement de corps tel que les ma-
lades se distordent les membres, auec
tremblement. Sur tout ce symptôme
en ce venin est insigne : c’est que les
malades sortent tellement hors du
sens, que l’imagination en eux trou-
blée, pensent qu’on les fouette par
tout le corps, begayans de voix, et
bramans comme asnes, puis hennis-
sans ainsi que cheuaux, comme escrit
Auicenne. Son bezahar sont les pista-
ches mangées en bonne quantité.
Auicenne loué le thériaque et le me-
thridat, et boire du vin pur. Aussi de
l’aluyne, et de la rue, et du laict,
Champignons.
Des champignons, les vns sont vé-
néneux de leur nature, sçauoir ceux
qui rompus changent incontinent de
couleur, et se corrompent subit (à
ceste cause Auicenne disoit que les
champignons pers et verds estoient
venimeux ) : les autres, bien que de
leur nature ne sont tels, si est-ce que
pris en trop grande quantité engen-
drent en nous ace idens mortels. Vraye-
ment ie ne puis qu’esmeu de compas-
sion de la plus part des hommes qui,
poussés d’vne trop grande friandise,
ne se peuuent saouler de ceste se-
mence mortelle, ie ne puis, dis-ie,que
ie n’enseigne le moyen comment on
pourra manger les champignons sans
en sentir dommage, sçauoir : les fai-
sant cuire auec poires sauuages : au
defaut desquelles on pourra vser de
poires domestiques , pourueu qu’on
prenne de celles qui sont plus aspres,
sans regarder si elles sont fraiches ou
336 LE VINGT-TROISIEME LIVRE
seicliées au soleil : et non seulement
les poires, mais aussi les fueilles et
escorces du poirier, tant sauuage
que domestique, y sont bonnes 1 Car
la vraye contrepoison du champi-
gnon, c’est le poirier.
Tous les champignons en general
estranglent et estouffent ceux qui en
mangent : mais ceux qui sont vene-
neux en outre rongent les boyaux,
gouflent et enflent l’eslomach, don-
nent pointures, sanglots, tremble-
mens, oppression d’arteres, del ail-
lance de cœur, sueurs froides, et
finalement la mort. La raison de tous
ces accidens est que tous champignons
sont naturellement fort froids et hu-
mides, et mesmes fort visqueux et
gluans : car pour parler à la vérité
de leur essence, ils ne sont autre chose
sinon vne pituite excremenlitielle de
la terre, ou des arbres sur lesquels ils
naissent : de là vient que si on en
prend en quantité, ils surmontent et
suffoquent la chaleur du corps, et
estouffent la personne.
Leur bezahar est l’ail mangé tout
'Cet endroit du texte offre quelque chose
de singulier dans les éditions ordinaires.
Le texte qui précède indique que l’auteur
parie sérieusement , et une note margi-
nale, non moins sérieuse, porte: Moyen de
manger en seureté des champignons. Si on I i l le
texte primitif de l’édiiion de 1579, tel que
je l’ai conservé ici, il n’y a rien que de très
naturel et de très logique. Mais à partir de
1585 , à l’endroit même de cette note , l’au-
teur avait intercalé cette décision tran-
chante : Ainsi accouslrés , les foui ieiier aux
priais , et parlant ne feront nul mal. Cela est
de toute évidence, mais alors ce n’était pas
la peine d’annoncer un moyen de les man-
ger en sûreté. C’est pourquoi j’ai préféré le
texte primitif, sauf à appeler l’attention du
lecteur sur le passage de 1585, qui contredit
aussi absolument la première opinion de
l’auteur.
cru, comme dit le Conciliatorde Aba-
no : ou bien aussi le vinaigre, de tant
que par la tenuité de sa substance,
il a vertu d’attenuer et inciser les
humeurs gluans et visqueux qui, en-
gendrés en nouspar l’vsage des cham-
pignons, causent suffocation : comme
dit Galien sur la section 5. des Epidé-
mies.
Ephemerum.
Ceux qui ont pris de Vephcmcrum ,
que quelques vus nomment cholchi-
cun , ou bulbe sauuage , sentent vue
démangeaison generalement par tout
le corps, tout ainsi que qui se seroit
frotté d’ortie ou de squille : sentent
vn rongement d’intestins, auec gran-
de pesanteur et ardeur d’eslomach :
mais quand le mal s’augmente, on
vuide par le bas des raclures de
hoyaux meslées auec du sang. Le
bezahar est le laict de femme, d’as-
nesse, ou de vache , pris tiede.
Mandragore.
La mandragore, prise en quantité
extessiue, est venimeuse, et de sa ra-
cine et de son fruict : elle assopit les
sens, elle rend les hommes lasches,
tristes, eteslancés, mornes, et sans au-
cune force, et fait que les patiens, après
auoir bien prié et s’estre bien tour-
mentés, s’endorment en toute telle
sorte et habitude de corps que la
force du venin les aura rencontrés et
surpris : de façon que les Médecins
en vsoient anciennement lors qu’on
vouloit brusler ou couper vn mem-
bre, pour oster le sentiment de dou-
leur. Quant aux pommes d’icelles, el-
les peuuent estre mangées eslans
meures , et desnuées de leurs pé-
pins de dedans, sans danger: mais
les mangeant verdes, et au' C leurs
DES VENINS.
grains, elles sont mortelles, et cau-
sent des accidens mortels. Car en
premier lieu, elles engendrent vn feu
et vne ardeur qui brusle toute la par-
tie superficielle du corps : le malade
a la bouche si seiche, qu’il est con-
traint de demeurer tousiours à gueulle
bée pour attirer l’air froid : et qui n’y
donne prompt remede mourra en
spasme. Son bezahar est manger trois
iours durant du refort auec du pain
et du sel, comme escrit le Conciliator.
Il faut faire esternuer le malade : ce
mal se cure en baillant à boire de la
graine de coriandre , ou de pouliot
auec eau chaude.
Pauot noir.
L’odeur fascheuse du suc de pauot
noir, qu’on appelle opium, fait qu’il
est malaisé à mesler parmy le boire
sans qu’on s’en apperçoiue, tout ainsi
qu’on fait de la mandragore : entendu
principalement qu’il ne fait mourir la
personne, si l’on n’en prend grande
quantité : mais de tant qu’il y a dan-
ger pour l’ignorance des Médecins ou
Apoticaires qui en peuuent ordonner
plus qu'il ne faut, l’on le connoistra,
pour ce que par sa frigidité insigne il
induit vn sommeil très-profond, auec
vn prurit et démangeaison et frisson,
si grande, que souuent le malade en
est excité de son profond sommeil :
au reste ils tiennent tousiours les yeux
fermés sans se mouuoir. Ce trauail
cause vne sueur puante qui distille
goûte à goule : tout leur corps est
pâlie et transi, et ont les léures en-
flammées, et leur voit-on relascher la
mandibule d’embas : ils iellent vn
souffle froid et lent, et lors qu’on leur
verra les ongles ternis, le nez tors, et
que les yeux leur enfonceront, c’est
signe qu’ils sont prochains de mort.
Le bezahar est le castoreum donné
lit.
337
à boire en poudre iusques à deux
dragmes auec du vin.
De la Ciguë.
La ciguë, prise en breuuage, cause
vertigines, troublant l’entendement,
tellement qu’on diroit les malades
estre enragés : offusque la veuë, elle
prouoque hocquets, rend les extré-
mités toutes gelées, cause conuulsion :
la trachée artere serrée et estoupée,
ils meurent comme si on les estran-
gloit. Parquoy il faut faire vomir
promptement le malade, et luy bail-
ler clysteres. Cela fait, il luy faut faire
boire de bon vin tout pur, ou mal-
uoisie, ouhypocras, à tin d’eschauffer
les parties intérieures, et mesmes trois
ou quatre doigts d’eau de vie.
Matthiole, sur le liure sixième de
Dioscoride, dit auoir conneu lesdits
accidens par expérience à vn vigne-
ron : cultiuant ses vignes auec sa
houë, par fortune arracha des raci-
nes de ciguë, cuidant que ce fussent
racines de paslenades, lesquelles il
fit cuire en sa maison, et les mangea
à souper auec sa femme : après souper
s’en allèrent coucher. « A la minuit
« estans resueillés couroient çà et là
» par la maison , ne voyans goule,
» comme fols et enragés, se hurlans
» la teste contre les parois, tellement
» qu’au matin ils estoienl tous ineur-
» tris, et les paupières des yeux gros-
» ses , monstrans vne hideuse face.
» Les voisins m’appellerent pour les
» guarir : et m’estant enquis des do-
» mesliques de ce qu’ils auoient man-
» gé à leur souper, ié trouue qu’ils
» auoient mangé des racines de ci-
» guë, en lieu de pastenades. Car ie
» me transporte en la vigne, où on me
« monstra le lieu d’où le vigneron
» auoit tiré lesdites racines : on en
» trouua d autres qui commençoient
22
338 LE VJKGT-TRO:
» à produire desfueilles. Ce qu’ayant
» considéré , ie reuins subit vers
» les malades ausquels , moyennant
« l’aide de Dieu , ie fis retourner en
>■ peu de temps leur première santé et
» entendement. »
Petrus Aponensis estime fort en ce
cas vn breuuage fait de deux drag-
mes de theriaque auec décoction de
dictame ou de racine de gentiane
auec du vin : et affirme que c’est le
vrajT antidote contre la ciguë.
De l'Aconit.
L’Aconit est vne berbe qu’aucuns
appellent Luparia, parce qu’elle tue
les loups. Elle croist en Acones, dont
elle a pris le nom, qui est vn village
des Periendins. Matthiole dit qu’on
en trouue en abondance aux mon-
tagnes de Trente : les païsans d’a-
lentour l’appellent Vulparia , parce
qu’outre qu’elle tue les loups, elle tue
aussi les regnards : semblablement
les ebiens, cbats, et tous autres ani-
maux qui en mangent: elle tue les rats
et souris de sa seule odeur. Auicenne
l’appelle Slrangulator leopardi, parce
qu’elle estrangle les leopars. Dieco-
ridc dit que les scorpions touchés de
sa racine demeurent tous estourdis,
et meurent : et meslée parmy la cbair
lue les sangliers, loups et panthères,
et généralement toutes autres bestes
sauuages. Les fléchés trempées dedans
son jus, leurs blessures sont mortel-
les.
Les personnes qui auront pris de
l’aconit en beuuant ou mangeant,
sentent un goût astringent et aucu-
nement doux, mais après ceste as-
preté et douceur ils sentent une cer-
taine amertume , ce qu’escril Aëcius.
Il cause vertigine, et perturbation
de l'esprit. Il fait venir les larmes aux
yeux : il cause grande pesanteur d’es-
siéme livre ,
tomach et au ventre , et fait peter
souuent. II induit tremblement de
tout le corps auec grande enfleure,
comme si on estoil hydropique. Pline
escrit au lin . 27. chap. 2. que son ve-
nin est vne poison si subite , que si
on en touche les parties honteuses
des animaux femelles, il les fait mou-
rir le tnesme iour.
Son principal antidote est de promp-
tement vomir. Le conciliateur Petrus
de Abano 1 ordonne de la sarrasine,
ou de l’aristoloche longue. Matthiole
dit que s’il y a du venin dans le corps,
il se combat contre luy, ayant fait
rencontre de pareil : et donne seule-
ment ce combat , quand il trouue le
venin dedans les parties nobles. C’est
miracle que deux venins mortels
estans dedans vn corps, l’yn amortit
l’autre, tellement que la personne
demeure sauue. Or ceste herbe est
figurée en Matthiole, lequel dit auoir
scs fueilles semblables au concom-
bre , et n’en a que quatre pour le
plus, et aucunement velues et héris-
sées, et pleines d’aiguillons , sembla-
blement les queues. Sa racine est re-
luisante comme albastre quand elle
est recenle,el de grosseur d’vn doigt,
large au commencement, puis peu
à peu finissant en pointe courbée
noueuse, ressemblant à la queue
dvn scorpion. Sa tige est longue d’un
empan. Au sommet, a vn heaume
semblable àceluy d’vn homme d’ar-
mes (pour monstrer qu’il est armé
enuers tous et contre tous animaux)
où est enclose sa semence , conte-
nant vn cruel venin, mortel et dia-
1 Toutes les éditions portent: le Concilia-
teur et Petrus de Abano. C’est sans doute une
faute d’impression, car il s’agit ici d’un seul
et unique auteur, déjà cité plusieurs fois
dans ce chapitre.
DES VENINS.
bolique,par vne occulte et indicible
cause.
Del’ If.
Il y a semblablement des arbres
venimeux, comme l’if et le noyer.
Les cheuaux, bœufs et vaches qui
mangent des fueilles de l’if, et les
hommes qui dorment dessous, le plus
souuent meurent. Les accidens qu’il
cause sont flux de ventre , vn froid
par tout le corps, et vn estouffement à
l’endroit de la gorge. Ce qui aduient
non seulement à cause de sa froideur,
mais aussi par vne particulière nature
et malignité cachée en luy : laquelle
aussi particulièrement pourrit les hu-
meurs, et escorehe le dedans des
boyaux.
Sa contre-poison est semblable à
celle de la ciguë. Nicandre ordonne
à boire de bon vin pur.
Du Noyer.
Le noyer est semblablement veni-
meux comme l’if. Ce que Greuin 1 dit
auoir expérimenté sans y penser. Car
ayant dormi long temps sous vn
noyer en plein esté, il sentit tout le
corps refroidi, auec vn grand mal
de teste, qui luy dura cinq ou six
iours.
On peut user contre son poison de
chose semblable que contre l’if.
CHAPITRE XLV.
DV BEZAHAR.
D’autant qu’en parlant des signes
de chacun venin à part , nous auons
1 En son Hure des venins. — A. P. C’est la
seule fois que l’on retrouve le nom de Grévin
conservé dans ce livre ; il n’en demeure pas
339
nommé son antidote bezahar , il faut
sçauoirce que veut dire ce mot.
Vrayement venin n’est autre chose
que ce qui destrult la vie : parquoy
les antidotes et contre-poisons ont
esté appellés par les Arabes en
leur langue bezahar , c’est à dire
en leur baragoüin , conseruateur
de vie. De là est venu que tous
antidotes et contre-poisons par ex-
cellence ont esté appellés bezardica,
d’vn mot emprunté des Arabes : par-
ce que telle contre poison estant ve-
nue d’Arabie et de Perse , a esté con-
neuë et celebrée par leurs escrits ,
sans que les Grecs en ayent fait au-
cune mention. Mais entre tous ceux
de nostre temps , en a fort distincte-
ment parlé vn médecin du vice-roy
des Indes pour le roy de Portugal ,
nommé Garcia du Iardin *, en l’his-
toire qu’il a composée des aromates
et simples naissans és Indes.
Au pays de Perse (dit-il) et en quel-
que région des Indes , se voit vne es-
pece de bouc appellé en langue per-
sique pazain Mont la pierre à propre-
ment parler doit estre appellée pazar,
du mot pazain, qui signifie bouc :
mais nous d’vn mot corrompu l’appel-
ions bezar ) pour la plus part roux en
couleur, de hauteur moyenne, au
ventricule duquel se concrée cestc
pierre appelée bezar, en forme de
presure, tousiours augmentant et
grossissant entour vne paille, en
forme de tuniques d’oignon couchées
l’vne sur l’autre , de sorte que la pre-
mière lame leuée, celles de dessous
se monstrent tousiours claires et res-
plendissantes de plus en plus, qui est
vn signe entre autres de bonne et le-
moins vrai que c’est à lui que Parc a fait le
plus d’emprunts.
1 Garcia de Horlo. — A. P.
3âO LE VINGT-TROISIÈME LIVRE
gilime pierre bezahar. Ceste pierre
se voit (le plusieurs formes et figures,
mais ordinairement elle se rencontre
de figure de gland, ou de noyau de
dalle, de couleur de sang, tantost
de miel, tantost de iaune paille, mais
pour la plupart deverd brun, comme
nous voyons és pommes qu’on ap-
pelle Mala insana, ou les chats qui
font la ciuette. Ceste pierre n’a point
de cœur, ou noyau au milieu , mais
estcaue en iceluy, pleine d’vne pou-
dre qui a mesme vertu et substance
que la pierre : au reste elle est lice et
douce, et telle qu’on la peut aisément
rappel- comme l’albastre, mesme
qu’elle se fond estant long temps en
l’eau. Du commencement elle estoit
assez commune et de vil prix, par-ce
que les marchands de ce pays de deçà
trafiquans en Perse et és Indes, en
pouuoient recouurer aisément :’mais
depuis, sa force estant conneuë,elle a
esté plus rare et chere, de tant que
par Edicl des ltoys du païs, il a esté
défendu de vendre aucun bouc aux
marchands de dehors, que premier
il n’eust esté tué , et sa pierre portée
auroy. L’vn des moyens d’espiouuer
ceste pierre si elle est légitimé ou i on
(car on en apporte par deçà plusieurs
adultérées et faulses, qui fait que l’on
n’adiousle foy à la vertu du bezahar
tant singulière) a esté dit cy dessus.
L’autre est qu’on la comprime auec
les doigts, après on la fait bouffer de
vent comme le cuir de bulle : car si
on s’apperçoit que l’air et vent passe
outre, elle est tenue pour faulse et
adultérée. Ils en vsent à notre exem-
ple, non seulement contre les poisons
et venins, mais aussi contre les mor-
sures desbestes veneneuses. Les plus
riches du païs se purgent deux fois
l’an, sçauoir en Mars et en Septem-
bre : cinq iours continus après, ils
prennent pour chaque iour dix grains
de ceste pierre , macérés en eau de
roseï et pour tel remede ils disent la
ieunesse et force des membres leur
estre conseruée. Quelques- vns en
prennent iusques à trente grains, mais
les plus sages n’approuuent point si
grande dose.
Ledit autheur Garcia dit auoir
coustume d’en vser heureusement
aux maladies melancholiques inue-
terées, comme en la galle, lepre, dé-
mangeaison, impetigine : et par mes-
me raison pense qu’elle seroit fort
propre contre la fiéure quarte, et dit
sçauoir pour vray que la poudre de
ceste pierre , en estant mise sus les
morsures des bestes venimeuses, de-
liure promptement de danger , et
auoir mesme force sur les charbons
de la peste, iceux estans ouuerts,
sçauoir qu’elle chasse entièrement
le venin pestilent. Et de tant (dit-il)
qu’és Indes la verolle et rougeolle
et herpes sont fort frequens et tres-
dangereux et mortels , nous en don-
nons fort heureusement par chacun
iour vn ou deux grains dans de l’eau
rose.
Voilà ce que Garcia du Iardin es-
crit de la génération et effets de la
pierre Bezahar, non pas pour l’auoir
leu ou ouy dire , mais (comme il as-
seure ) pour l’auoir veu et expéri-
menté. Matthiole chapitre 73 du Com-
mentaire sur le 5. liure de Dioscoride,
dit auoir souuentesfois csprouué que
ceste pierre est plus exquise contre
tous venins, que tous autres simples
mcdicamens, voire que le theriaque
mesme , et tous autres contre-poi-
sons. Abdalanarach en escrit ainsi:
I’ay veu la pierre appellée Bezahar
entre les mains des fils d’Almizama
gardien de la loy de Dieu , pour la-
quelle il bailla en cschauge vne ma-
DES VENINS.
gnifique maison , et presque vn pa-
lais qu’il auoit à Corilube.
Toutes lesquelles choses ainsi ex-
pliquées , il sera aisé au chirurgien
iuger de tel et tel venin , par les si-
gnes d’vn chacun d’iceux mentionnés,
et en faire rapport en iustice lors qu’il
sera appel lé.
Expérience du Bezahar faite par le comman-
dement du Roy Charles neufiéme.
Le Roy dernièrement décédé estant
en sa ville de Clermont en Auuergne,
vn seigneur luy apporta d’Espagne
vne pierre de Bezahar, qu'il luy af-
fermoit eslre bonne contre tous ve-
nins , et l’estimoit grandement. Or
estant alors en la chambre dudit sei-
gneur Roy , il m’appella , et me de-
manda s’il se pouuoit trouuer quel-
que certaine et simple drogue, qui
fust bonne contre toute poison : où
tout subit luy respons , que non , di-
sant qu'il y auoit plusieurs sortes et
manières de venins, dont les vns pou-
uoient estre prins par dedans, les au-
tres par dehors. le luy remonstre que
les venins ne font leurs effets d’vne
mesme sorte , et ne procèdent lesdits
effets d’vne mesme cause : car aucuns
opèrent par l’excès des qualités élé-
mentaires, desquelles ils sont com-
posés : autres opèrent par leur pro-
pre qualité spécifique , occulte et sé-
crété , non suiette à aucune raison :
et selon la diuersité d’iceux falloit
contrarier : comme s’ils estoient
chauds , estoient guaris par remedes
froids , et les froids par remedes
chauds , et ainsi des autres qualités.
Ledit seigneur qui apporta la pierre,
voulut outre mes raisons soustenir
qu’elle estoit propre contre tous ve-
nins. Adonc ie dis au Roy , qu’on
auoit bien moyen d’en faire certaine
expérience sur quelque coquin, qui
34 1
auroit gaigné le pendre : lors promp-
tement enuoya quérir monsieur de
la Trousse , preuost de son bostel , et
lui demanda s’il auoit quelqu’vn qui
eusl mérité la corde. 11 luy dist qu’il
auoit en ses prisons vn cuisinier , le-
quel auoit desrobé deux plats d’ar-
gent en la maison de son maistre, où
il estoit domeslique, et que le lende-
main deuoit eslre pendu et estranglé.
Le roy luy dist qu’il vouloit faire expé-
rience d’vne pierre qu’on disoit eslre
bonne contre tous venins , et qu’il
sceust dudit cuisinier après sa con-
damnation, s’il vouloit prendre quel-
que certaine poison, et qu’à l’instant
on luy bailleroit vne contre poison ,
et que où il eschapperoit, il s’en iroit
la vie saune : ce que ledit cuisinier
tres-volontiers accorda , disant qu’il
aimeroit trop mieux encore mouiir
de ladite poison en la prison , que
d’estre oslranglé à la veuë du peuple.
Et tost après vn Apoticaire seruant
luy donna certaine poison en potion,
et subit de ladite pierre de Bezahar.
Ayant ces deux bonnes drogues en
l’estomach il se print à vomir, et bien
tost aller à la selle, auecques grandes
espreintes, disant qu’il auoit le feu
au corps, demandant de l’eau à boire,
ce que ne luy fut refusé. Vne heure
après, estant aduerti que ledit Cui-
sinier auoit pris ceste bonne drogue,
pi'iay ledit seigneur de la Trousse me
vouloir permettre l’aller voir, ce
qu’il m’accorda, accompagné de trois
de ses archers : et trouuay le pauure
cuisinier à quatre pieds, cheminant
comme vne beste , la langue hors la
bouche, les yeux et toute la face
flamboyante, désirant tousiours vo-
mir, auec grandes sueurs froides : et
iettoit le sang par les oreilles , nez ,
bouche, par le siège et par la verge,
le luy fis boire enuiron demy sexlier
3 Zi 2 I,E VINGT-TROISIEME LIVRE
d’huile , pensant luy aider et sauuer
la vie : mais elle ne luy seruit de rien,
par-ce qu’elle fut baillée trop tard :
et mourut misérablement, criant qu’il
luy eust mieux valu estre mort à la
potence l. Il vescut sept heures ou en-
uiron. Et estant décédé, ie fis ouuer-
ture de son corps en la présence
dudit seigneur de la Trousse et qua-
tre de ses archers , où ie trouuay le
fonds de son estomach noir, aride et
sec , comme si vn cautere y eust
passé : qui me donna connoissance
qu’il auoit auallé du sublimé, et par
les accidens qu’il auoit pendant sa
vie.
Et ainsi la pierre d’Espagne, comme
l’experience le monstra, n’eut aucune
vertu . A ceste cause le Roy commanda
qu’on la iettast au feu : ce qui fut
fait.
CHAPITRE XL VI.
DES METAVX ET MINER AVX VENIMBVX2.
Les métaux et minéraux viennent
de la terre et des fournaises. Aucuns
sont veneneux, comme arsenic, subli-
mé, piastre, ceruse, litharge,verd de
gris, orpiment, limeure de fer et d’ai-
rain, aymant,reagal, chaux, et autres.
De l’arsenic sublimé.
Ceux qui ont pris du sublimé, subit
la langue et le gosier leur deuien-
1 Malthiole narre vite semblable histoire du
Pape Clement 1. lequel voulut faire espreuue
pour le bien public d’vn antidote, cha. 9. liu. 9.
sur Dioscoride. — A. P.
2 Ce chapitre contenant un grand nombre
d’articles très divers, je les ai séparés en
érigeant en titres spéciaux les notes margi-
nales qui les annonçaient dans les éditions
flnelenuesi
nent si aspres que s’ils auoient pris
du jus de copmes vertes, laquelle as-
prêté ne se peut osier par nuis
gargarismes lenilifs , sinon qu’auec
grande difficulté et longueur de
temps. Car subit qu’il est descendu
en l’estomach, il s’attache contre:
pour ceste cause il le ronge et vlcere
peu de temps après. 11 cause vne soif
insatiable et des angoisses indicibles.
Il suruient enfleure à la langue, dé-
faillance de cœur , suppression d’v-
rine, difficulté de respirer, trenchées
au ventre et Ù l’estomach intoléra-
bles, auec vne contorsion de membres
si grande , qqe si on n’y remédié
promptement, les panures empoison-
nés meurent, les intestins et estomach
rongés et percés, et de couleur noire,
comme si vn fer aidant y eust passé.
Les patiens ietlent le sang par les
oreilles, nez, bouche, par la Yerge et
le siégé : et i’atteste auojr veu au pau-
ure larron cuisinier, cy dessus men-
tionné , tous les accidens susdits.
On guariteeux qui en ont auallé,
et tous autres venins corrosifs, par
mesmes remedes qui ont esté cy des-
sus baillés à Ceux qui ont pris des
canlharides.
Perd de gris.
Le verd de gris estoupe si fort les
conduits de la respiration, qu’il es-
touffe ceux qui en auront auallé, On
les guarit comme ceux qui auront
pris de l’arsenic: le bain pareillement
leur est profitable.
La lilliarge.
La lilbarge beuë , cause vne pe-
santeur d'estomach et du ventre ,
empesche d’vrinpr , et rend le corps
collé et liuide. On y remedie faisant
vomir le malade, puis subit luy don-
nant de la fiente seiche de pigeon,
DES VENINS.
delayée en bon vin. Petrus Aponensis
commande boire de l’huile d’ainen-
des douces, et manger des figues
seiches. Il est pareillement bon leur
bailler clysteres relaschans et hu-
mectons, et leur frotter le ventre de
beurre frais ou huile de lys.
L’eecaille d’airain.
L’escaille d’airain estant beuë ,
cause flux de ventre et grand vomis-
sement, qui prouient des pointures et
douleurs de l’estomach. Son contre-
poison est de faire vomir prompte-
ment le malade , puis après le faire
baigner dans vn bain où l’on aura
mis grande quantité d’escargots : et
luy frotter le thorax et le ventre de
beurre et huile de lis , et luy donner
clysteres relaxans et humectons.
L’aimant.
L’aimant rend fols ceux qui en ont
pris: son contre-poison est l’or sub
lilement puluerisé , et la pierre d’e-
rneraude beuë auec bon vin, et clys-
teres de laict et d’huile d’amendes
douces.
Limeur e de plomb , et merde de fer.
La limeure de plomb et merde de
fer font grands tournions pareille-
ment à ceux qui en auront pris par
dedans. Leur contre poison est boire
grande quantité de laict , et beurre
fraisfondu.ou huile d’amendesdouces
tirée sans feu , et leur donner clyste-
res relaschans et humectons : et con-
tinuer ces remedes iusques à ce que
les douleurs et tranchées soient
passées.
Du Reagal.
Le reagal, pour estre dénaturé fort
chaude et seiche, induit soif et es-
cbauffaison et ardeur par tout lo
343
corps , auec telle consommation do
toutes les humidités , qu’cncorcs que
l’on sauue la vie aux patiens par
prompts et souuerains remedes, si
demeurent- iis to’utesfois perclus de
leurs membres par vehemente resic-
cation et contraction de toutes les
iointures. Son alexitere est l’huile de
pignolat , donnée promptement ius-
ques à demie liure, et puis vomir:
après donner à boire du laict , et en
faire clysteres, et nourrir le malade
de bouillons gras.
Chaux viue et orpigment.
La chaux viue et orpigment, que les
Grecs appellent arsenicum , pris en
breuuage, rongent l’estomach et les
intestins auec grandes douleurs : ils
causent vue soif intolérable, auec vne
aspérité de gorge, difficulté de respi-
rer, suppression d’vrine et dysenterie.
Il faut remedier auec toutes choses
qui ont vertu d’esteindre leur acrimo-
nie , et qui soient relaxans et humée
tans : comme le suc de guimauue,
mauue , violiers de Mars, décoction
de graine de lin , bouillons gras , et
généralement toutes choses cy-dessus
mentionnées aux remedes des cantha-
rides.
L’eau forte.
Il est fort difficile pouuoir reme-
dier à l’eau forte, de laquelle lesor-
féures séparent l’or de l’argent , par-
ce que tout subit elle bruslela gorge
et l’estomach. Il y faut remedier
comme à la chaux et orpigment.
La Ceruse.
La ceruze cause hocquets et la
toux, et rend la langue seiche, et
les extrémités du corps froides et stu-
pides, et leurs yeux dinettent tou-
siours ; et souuent en plein iour U
344
LE VINGT-TROISIEME LIVRE,
semble au malade qu’il voit quelque
fantosme : leur vrine est noire, et
soutient sanglante : s’ils ne sont
promptement secourus ils suffoquent
et meurent. Le remede, selon Aëce
et Auicenne, est de leur faire boire de
la scammonée , auec eau miellée , et
autres choses qui ont vertu de les
faire beaucoup vriner. Il ne faut ou-
bliera les faire souuent vomir, et leur
donner clysteres humectans et relas-
cbans.
Piastre.
Le piastre s’endurcit comme pierre
en l’estoniach , et ceux qui en ont
auallé estranglent , par-ce qu’il re-
serre les conduits de la respiration
On les guarit comme ceux qui ont
mangé des champignons. Auicenne
dit qu’il faut remedier comme à ceux
qui ont pris de la ceruze. Et si le
ventre est constipé, on leur baillera
clysteres composés d’huile et de
gresse de canard , et leur oindre le
ventre d’huile de lys et de beurre.
CHAPITRE XLVII.
DE LA PROPRIETE DE L’ARGENT-VIF 1 .
L’argent-vif a esté ainsi nommé
par-ce qu’il représente l’argent en
i Ce chapitre se lisait d’abord , au moins
en partie, dans le livre de la grosse V erolle,
édition de 1576, où il faisait le chapitre 10
(voyez tome II, page 641). Dès 1579, il avait
été transporté ici avec de très grandes aug-
mentations. Le fond et souvent la forme en
sont cmprunlésàThierry de Héry : Lameihode
curaloire de la maladie venericnne , 1562, page
101 ; et il est à regretter peut-être que Paré
n’ait pas toujours suivi une aussi compé-
tente autorité. Je signalerai les passages qui
se trouvaient déjà dans l’édition de 1575.
couleur, et aussi pour-ce qu’il est
quasi en vn perpétuel mouuement,
et semble qu’il soit vif.
Il y a grande contrariété entre les
anciens qui ont escril du vif-argent.
Les vns tiennent qu'il est chaud,
comme Galien , liure quatrième des
Simples, Haliabbasen sa seconde prac-
tique, chapitre cent quarante huit :
Khases au 3. ad Almensor : Aristote 4.
Meteor., Constantin, Isaac,Platearius,
Nicolas Massa. Or véritablement ils
ont tous raison sur ce qui est dit ,
que l’on prend indication des remedes
qui aident et qui nuisent : d’auantage
il est d’vne substance si ténue, qu’il
pénétré les corps métalliques fort
durs et les dissout , et fait autres ac-
tions de chaleur, comme d’attenuer,
inciser, penelrer , subtilier, résoudre,
seicher, prouoquer sueurs , flux de
ventre, vrines , flux de bouche : et
non seulement vacue les humeurs
subtils, mais aussi les gros, cras et
visqueux, ce qu’on voit à l’œil aux
verollés qui en vsent par les frictions
ou par emplaslres : lesquelles choses
ne se peuuent faire que par medica-
mens chauds et de subtile substance ,
ce que fait l’argent vif. Autres disent
qu’il est extrêmement froid et hu-
mide , d’autant qu’il stupéfié et ap-
paise toutes douleurs , estant appli-
qué aux onguens et emplaslres,
réfrénant les ardentes pustules phleg-
moneuses et cholériques : d’auantage,
pour sa grande humidité , il amollit
les tumeurs dures, et dissdtilt celles
qui sont faites par concrétion ; ce
qu’on voit auxtophes et nodusdesos:
aussi ceux qui en ont esté frottés ,
ou pris par parfums, ont leur haleine
puante, qui est vn signe qu’il pourrit
par son excessiue humidité , les hu-
meurs qu’il trouue en l’estomach et
parties voisines.
1ÎF.S VENINS.
D’abondant , Auicenne ameine vn
exemple d’vn singe , lequel ayant
beu de l’argent- vif, mourut : et l’ayant
ouuert.on trouua du sang coagulé
autour du cœur. Semblablement
Malthiole sur le Commentaire de
Dioscoride, chapitre vingt-huitième,
dit que le vif-argent fait mourir les
personnes qui en prendroient en trop
grande quantité , par son excessiue
froideur et humidité , par ce , dit-il,
qu’il congele le sang et les esprits vi
taux de toute la substance du cœur.
Ce qui a esté conneu de Petrus
Aponensis , par ceste histoire : qu’vn
Apoticaire surpris d’une fiéure très-
ardente, tourmenté d’une soif intolé-
rable, et troubléde son entendement,
allant çà et là , vint en sa boutique
cherchant quelque breuuage pour se
desallerer : par fortune il peint la
boëtte du vif-argent, et en beut en
grande quantité , en lieu d’eau : cela
fait, il s’en retourna coucher, ou peu
d’heures après il mourut. Ses serui-
teurs ayans trouué grande quantité
de vif-argent sorti par le fondement,
appelleront les Médecins pour sça-
uoir la cause de la mort , qu’ils esli-
moient vn grand miracle : lesquels
commandèrent d’apporter la boëtte
du vif-argent , laquelle estant vuide ,
ils conneurent la cause de la mort
aduenue à l’apoticaire. D’auanlage ,
le corps mort et ouuert, trouuerent
encore dedansl’eslomach et intestins,
enuiron vne liure d’argent-vif, et du
sang congelé autour du cœur '.
Qui est cause pour prouuer le vif-
1 Celle histoire est absurde, ou du moins
la conclusion que l’auteur prétend en tirer;
cl on a d’autant plus sujet de s’étonner que
Paré l’ait admise, que Thierry de Héry avait
donné des preuves irréfragables de l’inno-
cuité du mercure pris à l’intérieur. D’ait-
345
argent estre extrêmement froid, pour
raison de ladite coagulation. Autres
le disent froid , pour-ce qu’il est fait
de plomb et autre matière froide ,
qui ne s’ensuit pas : car la chaux viue
est faite de cailloux et pierres froi-
des, neanlmoins est chaude et caus-
tique.
Paracelse , liure quatrième De la
nature des choses1, dit le vif-argent
estre chaud au dedans, et froid au de-
hors : c’est à sçauoir, qu'estant tel
comme il vient de la mine, qu’il est
froid : mais quand il est préparé par
art , que sa frigidité est oslée , et que
sa chaleur qui est au dedans se ma-
nifeste , en sorte qu’il sert de teinture
à la transmutation des métaux. C’est
vne reigle generale des Alkemistes,
que tous métaux sont froids en leur
dehors , à cause de la partie aqueuse,
laquelle y prédominé : mais au de-
dans ils ont vne grande chaleur, la-
quelle apparoist lors que la froideur
se séparé auec l’humidité, par le
moyen du mesme suiet qu’elles ont.
à sçauoir l’humidité: deuiennenl caus-
tiques par la calcination2.
Aucuns ont opinion qu’il est vene-
neux, neanlmoins l’experience mons-
tre le contraire : ce que plusieurs
leurs on verra lout-à-Theurc Paré lui-même
apporter des exemples to u t— à-fa i t contra-
dictoires avec celte conclusion.
1 Nous avons vu déjà Paré citer ailleurs
Paracelse: mais i! avait ensuite effacé sa
citation , tandis que celle-ci, donnée en
1579, est restée dans toutes les éditions.
2 Au lieu de cette longue discussion, le
chapitre de 1575 portait seulement :
«Quant aux qualitez du vif argent, plu-
sieurs en sont en grande controverse -. car
aucuns disent qu’il est froid , les auties
chaud. Or véritablement par ses operations
011 peut le dire eslre chaud , parcequ’il at-
ténué, incise, pénétré, et résout, etc. »
3A6 LE VINGT-TROISIEME LIVRE ,
(Iodes personnages tesmpignent. Ma-
riamis Sanctus Harolilanus , homme
forl expérimenté en la Chirurgie,
traitant De casu et ofl'cnsionc1 , dit
atioir vcu plusieurs qui en ont auallé
sans aucune incommodité ou lésion.
Et pour confirmation de son dire,
raconte vne histoire d’vne femme, à
laquelle afferme auoir veu prendre
pour quelque intention , à plusieurs
et diuerses fois , vne liure et demie
de vif-argent , qu’elle reieltoil par le
siégé sans aucun dommage. Mesmes
il dit , qu’en l’Iliaque passion (dite
Miserere mei , maladie mortelle) que
plusieurs esloient eschappés en pre-
nant trois onces d’argenl-vif auec de
l’eau simplement4. Ce qui aduient,
d’autant , dit-il , que par sa pondero-
silé destourne l’intestin , et pousse
la matière l'ecale endurcie en bas :
ainsi qu’auons escrit cy deuant par-
lans de la colique. D’auantage il af-
ferme autres auoir esté guaris de la
colique, en prenant trois onces de vif-
argent3.
1 Cette citation e6t empruntée à Thierry
de Iléry.
2 L’autheur u’ apprenne çesie quantité d’ar-
gent vif. — A. P.
s Ce paragraphe se trouve déjà presque
textuellement dans le livre de la grosse Ve-
rolle de 1575 ; mais auparavant on en lisait
un autre assez curieux qui a été retranché
en 1579 :
« Or plusieurs estiment que le vif argent
par les frictions ou emplastres pénétré au
dedans des parties où il est appliqué : ce
qui est faux. Car ii n’y a que sa puissance
et faculté qui besongne, sans aucunement y
entrer : ce qui se voit par l’application des
emplastres de de Vigo cum mercurio où ia-
mais le vif argent ne laisse la masse de
l’emplastre , neanlmoins fait son action:
comme prouoquer flux de bouche et de ven-
tre : et apres son operation estant fondue ,
on troiute le vif argent en telle Iquentité
Antonius Musa dit qu’il a de cous-
tume en donner à boire aux petits
enfans estans demy morts, à l’occa-
sion des vers1. Ce qui est encore
approuué par Auicenne, où il dit,
que plusieurs en boiuentsans en estre
aucunement endommagés 2. Aussi
ledit Auicenne l’ordonne pour la
teigne des petits enfans , et mesme
en ses onguens pour la rongne. Sem-
blablement on voit ordinairement les
bonnes femmes de village en frotter
la teste de leurs petits enfans, estant
mixtionné auec beurre , ou gresse de
porc, pour faire mourir leurs poux.
Matlhiole dit , qu’aucuns en donnent
pour le dernier remede aux femmes
quinepeuuent accoucher, le proteste
que i’en ay fait aualler vne liure à
vn petit et ieune chien , l’ayant re-
ietlé par le siégé , sans ressentir au-
cun mal 3. Toutes lesquelles choses
me font iuger iceluy n’estre veni-
meux.
Voila ce que i’ay pu recueillir des
autheurs, tant anciens que modernes.
Et ne nous faut arrester aux dispu-
tes, mais à l’action et faculté d’iceluy,
chose plus necessaire que toutes dis-
putes qu’on en peut faire.
Et quant à ses actions et facultés,
comme auparauant qu’elle y fust appliquée :
par quoy on peut dire que sa substance
n’entre au dedans, mais sa seule qualité. »
1 Antonius Musa , au traité des métaux. —
A. P.
2 Auicenne, au chapitre de argento t duo. —
A. P.
3 Thierry deHéry avait fait et répété cette
expérience avant Paré : ouv. cité, page 102.
Au reste la première et la dernière phrase
de ce paragraphe se lisaient déjà à la lin
du chap. de 1575. On y trouvait aussi, mais
dans une autre place, la citation d’Avicenne
pour la rongne et l’exemple des bonnes fem-
mes de village.
DES VENINS.
nous le voyons estre le vray alexilere,
et contre poison de la grosse verolle :
et propre aux vlceres malings de
quelque genre qu’ils puissent estre ,
de façon qu’il consomme la virulence
et malignité qui est en eux, plus que
nuis autres remedes operanspar leurs
qualités premières. Spécialement si
on en frotte yne lamine de plomb ,
comme l’enseigne le bon vieillard
Guidon , et qu’on l’applique sur l’vl-
cere en le bandant proprement , ra-
mollit les bords desdits vlceres : es-
tant continuée ameine l’vlcerc à
cicatrice , ce que i’ay conneu par dir
uerses fois. Ce qui est aussi confirmé
par Galien, lequel l’appreuue pour les
vlceres malings et pour les chancres 1 .
Mesmcs nous voyons par expé-
rience,que le plomb (lequelaucuns di-
sent veneneux , par-ce quel’argent-
vifest faitdeluy) peut demeurer long
temps en nostre corps sans faire au-
cune corruption : comme l’on peut
connoistre, en ceux qui ont eu des
coups de harquebuses , la balle de-
meurer aux parties charneuses par
l’espace de trois , quatre , voire dix
ans, et descendre du haut en bas sans
faire aucune putréfaction ou nui-
sance à nature : qui demonstre n’a-
uoir nulle vénénosité, mais plustost
quelque chose de familiarité auec
nostre nature. Galien ne dit pas que
1 Ce paragraphe se lisait déjà dans l’édi-
tion de 1575, où il suivait immédiatement
le texte reproduit à la note de la page précé-
dente; seulement il y avait une variante
qu’il n’est pas sans intérêt de noter :
« Le bon vieillard Guidon , parlant de la
nature de telles vlceres , ordonne y appli-
quer platines de plomb frottées de vif-ar-
gent, et dit estre en ce remede vne vertu ca-
chée. le puis aussi attester que i’en ay
soutient vsé pour tel elfect, en ayant acquis
honneur ctprofiet. »
347
le plomb soit veneneux, mais dit que
l’eau contenue long temps és canaux
de plomb , pour le limon qui s’y atta-
che, cause dysenteries et flux de ven-
tre *, ce que feroit bien l’airain ou le
cuyure.
Thierry de Hcry récité ceste his-
toire.
Ces iours passés ie fus enuoyé qué-
rir pour visiter vn enfant en la mai-
son d’vn docteur en medecine, lequel
auoit vne parotide (qui est vne apo-
steme aux enuirons des oreilles) auec
grande tumeur et inflammation, don
leur, pulsation , et tels signes signi-
fient génération de matière. Au
moyen dequoy nous adujsasmes qu’il
seroil bon y appliquer vn médica-
ment anodyn , ce qui fut fait : et au
premier remuement de l’cmplaslre se
trouua grande diminution de la tu-
meur, et de tous les autres accidcns,
dont nous fusnjes esbahis, par-ce que
nous auions délibéré ce iour, ou le
lendemain, y faire vne ouuerture. A
la seconde fois se trouua sans inflam-
mation , pulsation , ny douleur, et
apparente diminution de la tumeur,
et sentoit l’enfant la partie quasi estre
toute deschargée. Au troisième ap-
pareil , i’apperceu dedans le cata-
plasme du vif-argent: parquoy nous
enquerans d’où pouuoit procéder ce-
la , trouuasmes qu’vn seçuiteur, au-
quel on auoit commandé faire ce mé-
dicament (faute de curiosité) l’auoit
meslé avec vn onguent estant au mor-
tier, auquel y auoit de l’argent-vif.
Toutesfois cest enfant fut guari quatre
ou cinq iours apres, sans suppuration
ny aucun accident.
Autre histoire dudit de Hery. Quel-
que temps après, vne damoiselle fut
affligée d’vne semblable maladie, la-
1 Galien, 7. calaiopus, — A, P.
348 LE VINGT-TROISIEME LIVRE
quelle non seulement luy comprenoit
le derrière des oreilles, mais aussi
vue partie de la gorge, et quasi toute
la iouë. Nonobstant quelque dili-
gence , nous ne sceusmes tant faire
que Nature voulust tendre à aucune
euacuation, et auoit vne telle dou-
leur que iour ny nuit ne pouuoit re-
poser : quoy voyant ie raconte aux
médecins Phistoire precedente, les-
quels furent d’aduis qu’on adiouste-
roit du vif-argent aux emplastres, ce
qui fut fait : et la damoiselle sentit
amelioration de sa douleur, et peu de
iours aprésla tumeur fut entièrement
résolue L
Voila deux histoires que ie croy
eslre vrayes. L’onguent où entre le
vif-argent guarit la rongne, appellée
du vulgaire mal sainct Main ( supple
apres auoir fait les choses vniuersel-
les, comme purgations, saignées,
bains) ce que les autres medicamens
ne peuuent faire. le tiens que l’ar-
gent-vif est l’antidote de la verolle
( aussi fait Kondelet ) et de ses acci-
dens,et la guarit en quelque sorte
qu’elle soit : par-ce qu’il esmeut les
sueurs, et deseiebe la cause de sa
substance: ce que ne font point les
autres medicamens, au moins que
i’aye peu connoistre 1 2.
Or quelques-vns tiennent qu’il re-
soull et dissipe la vertu des nerfs,
comme l'on voit à quelques-vns qui
ont esté frottés pour la verolle, ont
vn tremblement des membres : il est
1 Voyez ces deux histoires dans Thierry
de Héry , page I0S et suivantes. Il convient
de dire que Paré ne transcrit pas exacte-
ment le texte. Déjà du reste il avait cité ces
deux histoires en 1575 au livre des Tumeurs
en particulier, et avec une rédaction un peu
dillérente. Comparez tome Ier, pages 380 et
381.
2 Cette dernière phrase est de 1585.
vray, quand l’on en vse indiscrette-
ment et sans raison, qu’il en pourra
estre cause. Autant en aduiendra-il
aux doreurs et fondeurs de plomb ,
et à ceux qui sont aux minières : car
par l’indeuë et assiduelle réception
des vapeurs, il se fera non seulement
vacuation des humeurs malings et
corrompus, mais aussi resolution et
consomption des esprits et humidités
radicales, lesquelles résolues, spécia-
lement des parties nerueuses, il s’en-
suit vn tremblement quelquesfois
perpétuel, non par la malice du vif-
argent, mais par l’indeuë application
et mauuais vsage.
Estant esteint auec axonge de
porc , qu’on en oigne vne lisiere de
drap , puis qu’on l’applique à nud en
ceinture au milieu du corps, il chasse
les poux, puces, punaises et mor-
pions : et tue les vers contenus au
ventre, et principalement si on en
frotte le creux du nombril. Si on en
frotte le lieu où habitent les punaises
et scorpions , il les fait mourir, et
empesche que plus n’y retournent.
Or il y a de deux especes d’argent v if,
naturelle et artificielle : de la natu-
relle, il s’en treuue coulant par les
veines et cauités de la terre, comme
on voit en diuers lieux : et aussi il se
treuue entre les métaux, et aux vous-
les des fodines d’argent- De l’artifi-
cielle, il s’en fait de minion , aussi de
ratisseures de marbre, comme escrit
Vitruue L II est vray-seinblable qu'il
s’en pourroit tirer de tous métaux
par artifice, et principalement du
plomb et du cinabre. Telles especes
et différences se peuuent connoistre
par leur couleur fusque et noirastre,
par leur substance lente et espaisse,
1 Vitruue, au 7. li. de son architecture. —
A. P.
DES VENINS.
qui en coulant laisse vestige cras ,
comme excrement de plomb. Le meil-
leur de tous est celuy qui est pur,
clair, subtil , et blanc. Et pour le pu-
rifier de son plomb et autres excre-
mens , et le rendre bon et tres-subtil,
c’est le faire bouillir en vinaigre auec
sauge, rosmarin, thym, lauande,
ou le faire aualler à vn chien vne
liure à la fois : puis l’ayant reietlépar
le siégé, le cueillir, et de rechef le
faire vn peu bouillir audit vinaigre.
Cela fait , on peut dire eslre vn mais-
tre Jehan , qui fait choses grandes et
quasi miraculeuses, pourueu qu’on
le sçache bien manier à luy faire sau-
ter le baston : car à peine se trouue-il
homme qui se puisse vanter d’enten-
dre sa nature et verlu en tout et par
tout. Les Alchemistes ont si grande
opinion de ce maistre Iehan , que la
349
pluspart d’iceux l’ont couru à force
d’or et d’argent , pour cuider l’arres-
ter, et toutesfois n’en ont encore sceu
venir à bout. Les riches en sont deue-
nus panures, pour l’auoir soufflé: et
les pauures , idiots , insensés , et tous
deschirés. Il n’a plus grand ennemy
que le feu , lequel le fait monter en
haut , encore qu’il soit fort pesant, et
aussi luy fait quitter l’or, son plus
grand amy qu’il ait point
1 L’édition de 1579 portait à la fin de ce
chapitre : Fin desvenins, bien qu’il fût im-
médiatement suivi du chapitre 47 et der-
nier (48e par faute d’impression ), intitulé :
Discours de la licorne. Comme ce chapitre
assez long a été refondu dans le grand Dis-
cours publié en 1583, que l’on trouvera en
entier reproduit après le livre de la Peste, }C
n’ai pas cru devoir faire un double emploi
sans intérêt en le donnant ici.
LE VINGT-Q VATRIÉME LIVRE,
TRAITAIT
DE LA PESTE1.
CHAPITRE I.
DESCRIPTION DE LA PESTE.
Peste est vne maladie venant de
Lire de Dieu , furieuse, lempestàtiue,
hastiue, monstrueuse, espouuentable,
contagieuse, terrible, appelée de Ga-
lien beste sauuage, farouche, et fort
cruelle, ennemie mortelle de la vie
des hommes, et de plusieurs besles,
i Ce livre de la P este avait paru en 1568
réuni à quelques chapitres sur la petite \é-
role , la rougeole et la lèpre, sous le litre de
Traielé de lu peste, etc. Il se composait alors
de 50 chapitres, plus le cliap. 55 , placé
après l’histoire de la petite véroleet intitulé :
Des incommoditez de la pesie, en total 51
chapitres. En 1575, il lut séparé du livre de
la petite vérolle, et réduit à 50 chapi-
tres , (bien que la table en indique par er-
reur 51 ) par la suppression du chap. 34 :
Du charbon non pestiféré. En 1579, il regagna
51 chapitres par la division en deux du 50e;
en 1585, il arriva au chiffre de 52 par l’ad-
jonction du 30e, intitulé : Accidens de pesie ;
et enfin j’ai cru devoir rétablir le chapitre
supprimé, ce qui donne pour celte édition
73 chapitres.
J’ai ajouté en outre un chapitre complé-
mentaire tout spécial, pour un article retran-
ché dès 1579, et qui n’avait pas reparu de-
puis. Je veux parler du fameux passage sur
l’antimoine, qui appartenait, dans les édi-
tions de 1508 et 1575, au chap. 27 : Des rne-
dicamens purgatifs.
plantes , et arbres2. Les anciens l’ont
appelée Epidémie, quand la corrup-
tion venoit de l’air qui promptement
fait mourir plusieurs en vn instant,
et en mesme région : aussi ont ils ap-
pelé Endemie vne maladie qui est
propre et familière en certain pays,
comme les escrouélles en Espagne ,
le gouëlron en Sauoye, la lepre en
Guyenne vers Bordeaux, qu’on ap-
pelle Gabctz, et en la basse Bretagne
2 Cette définition, un peu trop poétique,
est de 1585 , de même que tout le reste de
ce chapitre jusqu’à la phrase finale. Dans les
éditions précédentes, le titre du chapitre
était le même, mais le texte différait com-
plètement; c’est pourquoi il est essentiel de
le reproduire :
« Peste est vne maladie furieuse , qui
court généralement sur tous les hommes, ou
sur autres hestes, contagieuse, cruelle et
pernicieuse, accompagnée de grands acci-
dens, (qui viennent quant et elle en vn
mesme temps) comme fleure continue, bu-
bons, charbons, pourpre, nausee, vomis-
sements, et autres. Or elle nuit par sa qua-
lité veneneuse, de laquelle la force surpasse
la condition de pourriture et corruption or-
dinaire, et non pas à cause de quelque qua-
lité élémentaire, comme par trop excessiue
chaleur, froidure, seichcresse et humidité,
ou de toute sa nature: car si elle estoil telle,
elle tueroit toute personne indifféremment,
combien que ne ie vueille pas nier qu’elle
ne soit plus griefue en certains corps, temps,
saisons et pays, comme sont aussi toutes au-
I.E VINGT- QVATRIÉJUE LIVRE, DE LA PESTE. 35 1
Cacots, et sont nommés Ladres blancs :
el ainsi d’autres maladies qui régnent
és autres prouinces. Or la peste est
souuent accompagnée de tres-cruels
et pernicieux accidens, qui sourdent
iournellement auec elle : comme He-
ure, bubons, charbons, pourpre, flux
de ventre, déliré, frenesie, et douleur
mordicatiue d'estomach , palpitation
de cœur, pesanteur et lassitude de
tous les membres , sommeil profond ,
très maladies, ainsi que dit Hippocrates au
troisième liure des Aphorismes ( Aphor. 3).
Or tel venin est du tout contraire, princi-
palement à l’esprit vital , contenu au cœur :
et si l’esprit est plus fort que le venin pes-
tiféré, il le chasse loing du cœur : au con-
traire, si le venin est plus fort que les for-
ces de l’esprit vital et qu'il ne puisse résister
à son ennemy, il s’enfuit arriéré de luy , et
demeure vaincu. Et aussi s’il s’espand en la
masse sanguinaire où sont contenues les
humeurs, il les infecte par sa qualité vene-
neuse, et engendre fleures pestilentielles
simples, ou compliquées auec bubons et
charbons, et quelquefois aussi plusieurs
éruptions et ébullitions de sang, et taches
noires parmy le corps, lesquelles sont trou>
uees aucunes fois de diuerses couleurs, que
1 on nomme communément le pourpre, et
le tout prouient par la vertu cxpultrice ir-
ritée (forte ou debile), et aussi se font diuer-
ses alterations selon la diuersité des tempé-
raments et corruption de l’humeur où telle
vénénosité est fondée.
« Voila ce qu’il me semble de la descrip-
tion de ceste peste , etc.
Ceci est le textepurdel568; en 1375, après
ces mois : au troisième liure des sipkorismes,
l’auteur ajoutait :
« ... mais de cela peut on seulement con-
clure, que l’effort et furie de la peste peut
estre augmentée ou hebetee , par le moyen
ou association d’vne des quatre qualitez : et
non pas que son essence gise et dépende en-
tièrement de l’vne ou plusieurs d’icelles. »
Il y a aussi plus bas quelques mots ajou-
tés, mais qui n’altèrent en rien le sens. L’é-
dition de 167'J avait suivi celle de 1575.
et les sens tous hébétés.- Aucuns ont
vne chaleur interne bruslante , et
sont froids au dehors, auec inquié-
tude, difficulté de respirer, vomissc-
mens frequens, flux de ventre, flux
de sang par le nez et par autres par-
ties du corps, appétit perdu, grande
alteration, la langue seiche , noire et
aride, regard haue et hideux , la face
pâlie et plombine , et quelquesfois
rouge et enflambée , tremblement
vniuersel, crachement de sang, puan-
teur des excremens , et plusieurs au-
tres, qui se font selon la pourriture
et alteration de l’air pestiféré, et de
la cacochymie de ceux qui en sont
frappés. Neanlmoins tous ces acci-
dens ne se trouuent pas tousiours à
vne fois, ny en toutes personnes, mais
en aucunes s'en apperçoiuent plu-
sieurs, aux autres peu : voire à grand’
peine voit-on deux malades infectés
de ceste peste les auoir semblables,
mais diuers les vns des autres, selon
les effects qu’elle produit Ce qui pro-
uient pour la diuersité du venin, de
la cacochymie et complexion des ma-
lades, des années et saisons, et des
parties qu’elle aura saisies : aussi
qu’elle n’est pas tousiours d’vne niesme
sorte , mais diuerse l’vne de l’autre :
qui a esté cause que l’on lui a donné
diuers noms, à sçauoir fiéure pesli-
lente, caquesangue, coqueluche, suette,
trousse - galant , bosse , charbon ,
pourpre, et autres, que déduirons
cy après. Or 1 essence de ce venin
pestiféré est inconneu et inexplicable,
dont nous pouuons dire la peste estre
vn quatrième genre de maladie. Car
si elle estoit vne intemperature sim-
ple , elle serait chaude ou froide , ou
humide ou seiche, ou composée d'i-
celles : et lors auec medicamens con-
trarians par leur seulequalitéchaude,
froide, seiche, humide, ou mixtion-
35a LE VUVGT-QVATRl ÉME LIVRE
nées ensemble , seroit guarie. Si c’es-
toit incommoderalion , c’est à dire
mauuaise composition , elle seroit en
indeuë conformation ou figure, ou
en nombre, ou en magnitude, ou en
situation. Si c’esloit aussi solution de
continuité , ce seroit érosion , contu-
sion, incision, perforation, morsure,
piqueure et ruption, toutes lesquelles
choses seroient guaries par les reme-
des escrits des anciens : mais elle vient
non seulement d’vne simple corrup-
tion, mais aussi d’vne contagion d’air
pestiféré indicible et inconneuë, qui
imprime sur vn corps ja préparé le
caractère de son venin. Or me dira
quelqu’vn : comment sera-il possible
à vn Chirurgien pouuoir guarir ceste
contagion par vraye méthode, at-
tendu que sa cause ne peut estre con-
neuë? A quoy faut respondre, qu’il
fautsuiure le mouuement de Nature:
car ayant en horreur la qualité veni
meuse qui premièrement saisit le
cœur, tasche et s’efforce de chasser
et pousser dehors les matières que le
venin a corrompu, lesquelles entre-
tiennent le mal , et dont s’engendrent
fiéures pestilentielles, carboncles, bu-
bons, pourpre, et autres aecidens, au
grand soulagement des parties no-
bles : tellement que si le tout (ou la
plus grande partie) peut estre oinsi
poussée dehors sans rentrer au de-
dans, le patient peut eschapper du
danger. Parquoy le Médecin et Chi-
rurgien, qui sont ministres et coad-
iuteurs de Nature, n’ont autre chose
à faire que poursuiure tels mouue-
mens : comme en prouoquant les
sueurs et vomissemens dés le com-
mencement , et par choses qui forti-
fient le cœur, vsant de tous remedes
esprouués contre ia putréfaction et
vénénosité. En somme, il faut munir
le cœur par antidotes, et attirer au
dehors la matière conioinle, etpour-
uoir aux aecidens, diuersiliant les re-
mèdes selon la nature d’iceux.
Voila ce qu'il me semble de la des-
cription de la Peste, laquelle n’est ja-
mais vniuerselie, ny d’vne mesme sor-
te, comme nous auons dit cy dessus.
CHAPITRE II.
DES CAV SES DIVINES DE LA PESTE.
C’est vne chose résolue entre les
vrais Chrestiens , ausquels P Eternel a
reuclé les secrets de sa sapience , que
la peste et autres maladies quiaduien-
nent ordinairement aux hommes, pro-
cèdent delà main de Dieu, ainsi que le
Prophète nous enseigne : Quelle aduer-
sité sera en la cité, que le Seigneur n’aye
faite1? Ce que nous deuons en tout
temps soigneusement méditer pour
deux raisons : la première est pour
reconnoistre que ce que nous auons
de vie , santé , mouuement et estre ,
procédé directement de la pure bonté
de Dieu, qui est le Pere des lumières,
à fin que par ce moyen nous luy ren-
dions grâces de ses bénéfices. L’autre
est que la connoissance des afflictions
qui nous sont enuoyées de Dieu, nous
achemine à vne droite intelligence
de sa iustice sur nos péchés, à fin
qu’à l’exemple de Dauid 2, nous nous
humilions sous sa main puissante,
pour garder que nostre ame ne peche
par impatience : aussi qu’estans rele-
ués de desespoir, nous inuoquions
sa Maiesté pour nous deliurer de
tous maux par sa miséricorde. Voila
comme nous apprendrons de cher-
cher et en Dieu et en nous, au ciel et
1 Amos 3. — Actes 17. — A. P.
2 t'oyez à ce propos le Pseau. 39. — A. P.
CE LA PESTE.
en la terre , la droite connoissance
des causes de la peste, de laquelle
nous sommes visités: et comment par
la Philosophie diurne nous sommes
instruits que Dieu est le principe et
cause des causes moyennes , sans la-
quelle les secondes causes et inferieu-
res ne peuuent produire aucun effet,
ains sont conduites et addressées par
la volonté secrette et conseil priué
d'iceluy, qui s’en sert comme d’ins-
trumens pour accomplir son œuure
selon son decret et ordonnance im-
muable.
Pourtant il ne faut attribuer sim-
plement la cause de la peste aux cau-
ses prochaines, à l’exemple des Lu-
cianistes, Naturalistes, et autres infi-
dèles : mais il nous faut considérer
que tout ainsi que Dieu par sa toute-
puissance a créé toutes choses hautes,
moyennes et basses, aussi que par sa
sagesse il les conserue, modéré , en-
cline où bon luy semble, mesmes
souuent change le cours naturel d’i-
celles, selon son bon plaisir. Voila
pourquoy le Prophète nous exhorte :
N’apprenez point les voyes des Gentils,
et ne craignez point les signes du ciel
comme les Gentils les craignent >. Et ne
faut que nul soit si hardy et plein de
rage, de vouloir attacher Dieu, qui
est la souueraine cause de toutes cho-
ses, aux causes secondes et inferieu-
res et à ses créatures, ou à la pre-
mière disposition que luy-mesme a
baillée : et seroit rauir à Dieu ce titre
de Tout-puissant, et luy oster la li-
berté de plus rien changer et dispo-
ser autrement qu’il n’a fait du com-
mencement , comme si l’ordre qu’il a
establi le tenoit suiet et lié , sans qu’il
peust rien innouer 2. Car quelque or-
1 leremie 10. — A. P.
5 Cette phrase a été ajoutée en 1579.
353
dre ou disposition que Dieu aye mis
en Nature, en la reuolution des sai-
sons, au mouuement des astres et
planètes, tant y a qu’il n’est point lié
ny suiet à créature quelconque : ains
besongne et fait ses œuures en toute
liberté, et n’est aucunement suiet de
suyyre l’ordre qu’il a establi en na-
ture : mais s’il veut punir les hommes
à cause de leurs péchés , à fin de leur
monstrer sa iustice, ou les combler de
biens pour leur faire sentir sa bonté
paternelle, il change sans difficulté
eest ordre quand bon luy semble , et
le fait seruir à sa volonté , selon qu’il
voit eslre bon et iuste. Car tout ainsi
qu’au commencement de la création
du monde, par le commandement de
Dieu, la terre produit verdure, ar-
bres fruitiers , la mer ses poissons, la
lumière aussi esclairoit auant que ces
deux grands luminaires, le soleil et
la lune, fussent créés, pour nous ap-
prendre que c’est le Tout puissant ,
qui par soy-mesme a fait toutes cho-
ses1 -.aussi depuis que le gouuerne-
ment des créatures a esté assigné au
soleil et aux planètes , desquels la
terre et ce qu’elle contient reçoit ali-
ment et nourriture, nous sçauons
comme ce grand Dieu a changé le
cours naturel d’iceux pour le bien et
profit de son Eglise. C’est ce que
nous lisons, que le Seigneur alloit dé-
liant les Israélites, par iouren colorn-
ne de nuée , pour les conduire par la
voye , et de nuit en colonne de feu ,
pour les esclairer 2. En ceste mesme
façon le soleil et la lune furent arres-
tés et changèrent leur cours, à la
priere de Iosué3. Aussi par la prière
d’Elie, il ne pleut point pendant Fes-
1 Genese, 1. — A. P.
2 Exode 13. — A. P.
3 Josué. 10. — A. P.
III.
35A LE VINGT-QVATRIEME LIVRE,
pace de trois ans et six mois Par ces
exemples donc , il appert clairement
que Dieu dispose de ses créatures se-
lon son bon plaisir, tant pour sa
gloire que pour le salut de ceux qui
l’inuoquent en esprit et véritéi 2.
Or comme le Seigneur se sert de ces
choses inferieures pour estre minis-
tres de sa volonté, et tesmoignages de
sa grâce à ceux qui le craignent, aussi
elles luy seruent de lieraults et exé-
cuteurs de sa iustice pour punir les
iniquités et offenses des pécheurs et
contempteurs de sa Maieslé. El par-
tant, pour le dire en vn mot , c’est la
main de Dieu qui, par son iuste iuge-
ment, darde du ciel ceste peste et con-
tagion , pour nous chastier de nos of-
fenses et iniquités, selon la menace
qui est contenue en l’Escriture. Le
Seigneur dit ainsi : leferay venir sur
vous le glaiue exécuteur , pour la ven-
geance de mon alliance, et quand vous
serez rassemblés en vos villes, ie vous
enuoyeray la pestilence au milieu de
vous , et serez liurés en la main de l'en-
ncmy 3. Qu’on lise aussi ce qui est es-
crit en Habacuc, chapitre 3. Le Sei-
gneur des armées dit: Voicy, ïenuoye
sur eux l’espée, la famine et la peste 4.
Semblablement Dieu commanda à
Moyse ietter en l’air certaine poudre
en la presence de Pharaon, à fin
qu’en toute la terre d’Egypte les
hommes et autres animaux fussent
affligés d’apostemes pestilentiels, vl-
ceros, et plusieurs autres maladies 5.
Ce que Dauid a confirmé disant , que
Dieu enuoya en Egypte des mousches
qui deuorerent le pays , et des gre-
nouilles qui les destruisirent, et donna
i 1. Rois 17. — A. P.
5 Epistre saincl laques, ch. 5. — A. P.
3 Leuil. 26. — A. P.
4 lerernie 29. — A. P. ,
5 Exode 9. — A. P.
leurs fruits aux chenilles et leur la-
beur aux sauterelles : et gasla leurs
vignes par gresle , et leurs figuiers
sau uages par la tempesle : et lima
leurs i u mens à la gresle et leurs
troupeaux à la foudre. Puis adiousle
qu’il dressa voye à son ire , et n’es-
pargna de les mettre à mort, et liura
leur vie à la peste >. Pareillement au
Deuteronome , Moyse menace les
transgresseurs de la loy de Dieu de
plusieurs malédictions, et entre au-
tres de peste , apostemes, enfleures, et
maladies ardentes 2.
Or le seul exemple de Dauid nous
monstre l’execution de ces menaces
terribles, quand Dieu , pour son pé-
ché, fit mourir de peste septante
mille hommes , ainsi que l’Escriture
tesmoigne3. Le prophète Cad fut en-
uoyé à Dauid auec commandement
de Dieu : le t'offre trois choses , esly
l’vne d’icelles, et ie le l'eray. Lequel
veux-tu, ou que sept ans de famine
viennent sur la terre : ou que par
l’espace de trois mois tu fuyes do-
uant tes ennemis , et qu’ils te pour-
suiuent : ou que par trois iours la
peste soit sur la terre? Lit dessus Da-
uid prie de cheoir pluslosl entre les
mains de Dieu qu’entre celles des
hommes: d’autant, dit-il, qu’il est
miséricordieux.
Et quelqu’vn pourra dire que ce
peuple n’auoit pas mérité la mort
1 Pseau. 78. — A. P.
îDeut. 28. — A. P.
8 Ce paragraphe se terminait là en 1568;
le reste ne fut ajouté qu’en 1679. Il faut dire
en outre que dans l’édition de 1585 et les
suivantes on lit : ainsi que l’Escrilure tesmoi-
gne au 2. liure des Rois, chap. 24. Cette cita-
tion est fausse , et c’est pourquoi je l’ai re-
tranchée , d’autant mieux que dès 1568 une
note marginale donnait la citation légitime:
2. Samuel, 24.
DE LA PESTE.
355
pour l’offense de son roy. On peut
respondre qu’il estoit encore plus
meschant que luy , car il le reserua
pour la gloire de son saint nom ».
Nous lisons pareillement que le
Seigneur punit l’idolâtrie et profana-
tion de son seruice par le fléau de la
peste. Car voicy comme il parle :
Pour-ce que tuas violé monsainct lieu
en tes infametés et abominations , ie le
briseray aussi , et mon œil ne l’es par-
quera point, et n’en aur appoint de pitié :
car latroisiémepartiemourradepcste 2.
Concluons donc que la peste et au-
tres maladies dangereuses, sont tes-
moiguage de la fureur diuine sur les
péchés , idolâtries et superstitions qui
régnent en la terre, comme mesmes
vn aulheur profane est contraint de
confesser qu’il y a quelque chose de
diuin aux maladies 3. Et pour tant ,
lors qu’il plaist au Seigneur des Sei-
gneurs, cl Créateur de toutes choses,
vser de ses iustes iugemens , nulle de
ses créatures ne peut euiter sa fureur
espouuantable : voire raesme ciel et
terre en tremblent, ainsi que Dauid
nous enseigne 4 :
Les deux fondirent en sueur :
La terre trembla de la peur
De ta face terrible.
Que sera-ce donc de nous, pauures
humains, qui nous escoulons comme
la neige? Comment pourrons-nous
subsister deuant le feu de l’ire de
Dieu, veu que nous sommes foin et
paille, et que nos iours s’euanoüis-
1 Ce petit paragraphe a été intercalé ici
en 1585. La dernière phrase n’en est pas très
claire, mais le texte est le même dans tou-
tes les éditions.
2 Ezechiel , 5. — A. P.
i Hippocrates, c/wp. ï. du 1. luire des Pro-
gnostiques.— A. P.
4 Pseaume 68. — A. P.
sent comme vapeur de fumée? Ap-
prenons de nous conuertir de nos
voyes mauuaises à la pureté du ser-
uice de Dieu, et ne suiuons point
l’exemple des fols malades , qui se
plaignent de la chaleur et alteration
de la heure, et cependant reiettent la
medecine qui leur est représentée
pour les guarir de la cause de la ma-
ladie. Sçachons que c’est icy le prin-
cipal antidote contre la peste, que la
conuersion et amendement de nos
vies. Et tout ainsi que les Apolicaires
font du theriaque de la chair du ser-
pent, pour guarir de la morsure veni-
meuse : aussi de la cause de nos mala-
dies, c’est à scauoir de nos péchés,
tirons-en le remede et guarison , en
regardant vers le fils de Dieu Iesus
Christ nostre Seigneur, lequel ne gua-
rit pas seulement le corps de ses infir-
mités et maladies, mais nettoyé l'ame
de tout péché et ordure : et à l’exem-
ple de Dauid, gémissons et reconnois-
sons nospechés, prians ce bon Dieu de
cœur et de bouche, comme il s’ensuit 1 :
Ne vueille pas , ô Sire ,
Me reprendre en ton ire ,
Moy qui t’ay irrité, etc.
Voila la première et principale con-
sidération que tous chrestiens doiuent
connoistre, en recherchant les causes
diuines de la peste, et le préparatif
qu’il faut prendre pour la guarison
de telle maladie. Et outre ce, ie con-
seille au Chirurgien ne vouloir aussi
négliger les remedes approuués par
les Médecins anciens et modernes : car
combien que par la volonté de Dieu,
telle maladie soit enuoyée aux hom -
mes, si est ce que par sa saincte volonté
les moyens et secours nous sont don-
nés pareillement de luy, pour en vser
comme d’instrumens à sa gloire ,
1 Pseaume 6. — A. P,
356 LE VINGÏ-QVÀTRIÉMË livre,
chcrchans remedes en nos maux ,
mesmes en ses créatures, ausquelles
il a donné certaines propriétés et
vertus pour le soulagement despau-
ures malades : et veut que nous
vsionsdes causes secondes et naturel-
les, comme d’instrumens de sa béné-
diction : autrement nous serions bien
ingrats , et mespriserions sa bene-
licence. Car il est escrit, que le Sei-
gneur a donné la science aux hommes
de l’art de Medecine, pour estre glo-
rifié en ses merueilles Et partant
ne faut négliger tous autres moyens,
que descrirons cy après.
Il reste maintenant rechercher les
causes et raisons naturelles de cesle
peste.
CHAPITRE III.
DES CAVSES HVMAINES OV NATVRELLES,
ET SEMENCES GENERALES DE LA PESTE,
PRISES DE LA CORRVPTION DE L’AIR.
Les causes generales et naturelles
de la peste sont deux : à sçauoir l'air
infecté et corrompu , et l’alteration
des humeurs viliés en noslre corps,
et préparés à prendre la peste el air
peslilent. Ce qui est prouué par Ga-
lien, qui dit, queleshumeurs denostre
corps se peuuent pourrir, et acquérir
vénénosité 2.
Or l’air se corrompt lors qu’il y a
excès és saisons de l’année, lesquelles
ne tiennent leur constitution naturel-
le, qui se fait parce que presque toute
l’année a esté humide, à cause des
pluyes et grosses nuées. L’hyuer pour
la plus grande partie n’a esté froid,
ny pareillement le printemps tiede
1 Ecoles. 38. — A. P.
2 Galien, 6. de locis offeclis. — A. P.
ou temperé, comme il a de coustume :
aussi qu’en automne on voit en l’air
flambes ardentes, estoilles courantes,
et cometes de diuerses figures, les-
quelles choses sont produites des ex-
halations seiches. L’esté est chaud, et
les vents n’ont soufflé sinon du Midy,
et encor iceux ont venté tant douce-
ment qu’à peine on les a peu sentir :
et quelquesfois aussi on a veu que les
nuées estoient poussées du Midy au
Septentrion. Telles constitutions de
saisons sont escrites par Hippocrates
auliure premier des Epidémies, et au
troisième liure des Aphorismes 1 : et
véritablement elles rendent l’air du
tout pestiféré : car alors par son in-
temperalure il dispose à pourriture
les humeurs sereux de nostre corps,
et par sa chaleur non naturelle les
brusle et enflamme : toutesfois toutes
constitutions non naturelles n’engen-
drent pas lousiours la peste, mais
plustost autres maladies epidemiales.
Quelquesfois l’air pestilent , qui est
attiré au corps par vne seule inspira-
tion d’vn pestiféré , rend tous les
membres infectés 2.
D’auantage, l’air se corrompt par
certaines vapeurs meslées auecluy,
comme nous auons dit cy deuant,
comme par grande multitude de corps
morts non assez tost enseuelis en la
terre, comme d’hommes, cheuaux, et
autres choses faisans, vne vapeur pu-
tride et cbarongneuse qui infecte l’air:
ce qui souuent aduient après vne ba-
taille, ou de plusieurs hommes péris
par naufrage, puis ieltés par les flots
delà mer au riuage : ou quand la
mer a ietté plusieurs poissons et
1 Toutes les éditions du vivant de l’auteur
portent seulement : au liure des Epidémies ;
la leçon actuelle est de 1598.
2 Cette phrase a été ajoutée en 1585.
DE LA PESTE.
bestes, lors que lesriuieres fonl gran
des inondations sur la terre, et les
rauissent en la mer, dont ils meurent,
n’estanspas accouslumés de viureen
l’eau salée. Or la mer laisse quelques-
l'ois grande quantité de poissons à sec,
quand les gouffres ou ouuertures de
la terre faites par le mouuement d'i-
celle s’emplissent d’eau , ou quand le
flot de la mer laisse les grands pois-
sons en estant sortis du profond : ainsi
que de nostre temps vne baleine fut
putréfiée en la coste delaTuscane, et
amena la peste par tout le pays. Or
les poissons , ( bien que rarement ,
comme dit Aristote au 8. de l'Histoire
des Animaux l), peuuent estre infec-
tés par les mauuaises exhalations
esleuées de la terre qui est au des-
sous de l’eau, et passans par dedans
icelle : aussi peuuent sentir la conta-
gion de l’air ambiens, lors qu’ils se
mettent sur l’eau. Et pour ces deux
causes, il se fait que la peste estant en
quelque pays, les poissons sont trou-
ués morts en grand nombre, princi-
palement és eslangs, lacs, et riuieres
qui sont peu agitées, que l’on appelle
eaux dormantes : ce qui ne se fait en
la mer : car par son grand mouue-
ment impétueux, et par sa salsitude,
n’est suiette à pourriture : et partant
les poissons qui sont en icelle ne re-
çoiuent l’infection pestilente, comme
ceux des eaux dormantes.
Outre-plus, l’air est infecté des
meschantes vapeurs de quelques lacs,
estangs bourbeux et marescageux ,
eaux croupies és maisons où il y a des
esgouts et conduits sous la terre, qui
ne s’escoulent point, et secorrompent
en Esté, esleuans certaines vapeurs
par vne excessiue chaleur du soleil.
1 Cette parenthèse est une addition de
1670.
357
Comme l’on trouue par escrit, qu’à
Padouë il y auoil vn puits que l’on
auoit longuement tenu couuert : puis
ayant esté descouuert , qui fut en
Esté, il en sortit vne grande exhala-
tion putride, tellement que l’air cir-
conuoisin fut du tout corrompu: dont
procéda vne peste merueilleuse, qui
dura fort long temps, dont bien grand
nombre de peuple mourut.
Pareillement l’air extérieur est cor-
rompu par certaines exhalations ,
fumées et souspirs des vapeurs pour-
ries et infectées, enfermées és entrail-
les de la terre, ayant esté long temps
retenues, croupies et estouffées és
lieux tenebreux et profonds d’icclle,
sortans par vn tremblement de terre.
Par tremblement de terre les eaux
sentent le soulphre ou autre matière
métallique, et sont chaudes et trou-
bles : cela se fait des exhalations de
la terre par lesecouëment ou esbran-
lement d’icelle. On oit diuerses voix,
comme gemissemens de ceux qui
meurent aux batailles, et aussi di-
uers cris d’animaux Semblablement
on voit sortir de terre plusieurs ani-
maux , comme crapaux, couleuures ,
aspics, viperes et autres vermines *.
Et par lesdites exhalations eslans sor -
ties , infectent non seulement les hom-
mes et autres animaux , mais aussi
les plantes , fruits et grains , et géné-
ralement toute leur nourriture 2 :
de tant que comme l’eau troublée
et puante ne laisse viure le poisson
qui est dedans , aussi l’air maling et
pestiféré ne laisse viure les hommes,
mais altéré les esprits et corrompt les
1 Les trois phrases qui précèdent, et dont
les deux dernières au moins n’ont pas grand
rapport avec le reste du chapitre, ont été
ajoutées là en 1579.
2 La peste îles piaules esl appellée sidéra-
tion. — A. P.
358
LE VINGT-QVA
humeurs, et finalement les fait mou -
rir , et mesmement les bestes et plan-
tes, comme nous auons dit.
D’auantage on a veu quelques vns
creusans la terre pour faire des puits,
sentir vne vapeur si puante et infecte,
qu’ils mouroient promptement. Et en-
cores n’agueresés faulxbourgssainct
Honoré de ceste ville de Paris, mou-
rurent cinq hommes ieunes et forts,
en curant vne fosse où l’esgout du
tiens des pourceaux estoit de long
temps croupi et retenu sans aucune
exhalation : et fut-on contraint em-
plir de terre ladite fosse, pour l’estou-
per promptement, et obuier à plus
grands accidens.
Semblable chose a esté dés long
temps obseruée par Empedocles phi-
losophe , lequel voyant qu’il y auoit
vne ouuerlure de terre entre les
montagnes, laquelle causoit la peste
pour les mauuaises vapeurs qui en
sorloient, la fit boucher, et par
ainsi chassa la peste du pays de Si-
cile.
On a conneu combien cecy estoit
vray, par la corruption aduenue des
corps morts au chasteau de Pene, sur
la riuiere de Lot : auquel lieu l’an
1562, au mois de septembre, pendant
lestroubles-premicrs aduenusà cause
de la Religion, fut ietté grand nom-
bre de corps morts dedans vn puits
profond de cent brasses ou enuiron,
duquel deux mois après s’esleua vne
vapeur puante et cadauereuse, qui
s’espandit par tout le pays d’Agenois
et lieux circonuoisins, iusques à dix
lieues à la ronde, dont plusieurs fu-
rent infectés de la peste. Dequoy ne
se faut esmerueiller, veu mesme que
les vents soufllaus poussent les exha-
lations et fumées pourries d’vn pays
en autre : dont aussi on y voit pro-
uenir la peste, comme auons dit cy
il'me livre ,
deùant en la première Apologie
Or si quelqu’vn vouloil obiecter,
disant que si la putréfaction de Pair
est cause de la poste, il s’ensuiuroit
par nécessité qu’en tous lieux où il y
a cbarongnes, estangs, marescages,
ou autres lieux putrides, la peste y
seroit tousiours, à cause que l’air re-
çoit facilement putréfaction ; aussi
que toute putréfaction, quand elle
est entrée au corps par inspiration,
engendreroil la peste : laquelle chose
est contre l’expericnce, comme l’on
voit en ceux qui habitent et fréquen-
tent és lieux putrides , comme és
poissonneries, escorcherles, cemetie-
res, hospitaux, cloaques, et tanne-
ries : aussi és laboureurs qui manient
et meuuent les tiens pourris et cor-
rompus par putréfaction , et ceux qui
curent les latrines et plusieurs autres
choses semblables. A cela fautrespon-
dre, que la putréfaction de la peste
est bien differente de toutes autres
putréfactions, pour ce qu’il y a vne
malignité cachée et indicible, de la-
quelle on ne peut donner raison, non
plus que de l’aimant qui tire le fer,
et plusieurs medicamens qui attirent
et purgent certaines humeurs de nos-
tre corps. Pareillement la malignité
occulte qui est en ceste putréfaction
pestiférée, n’est point aux autres
choses corrompues de corruption or-
dinaire, lesquelles toutesfois en temps
de peste se tournent facilement en
semblable malignité, tellement que
toutes les apostemes, et liéures pu-
trides, et autres maladies procedan-
1 Cette dernière phrase est de 1579; elle
fait allusion a V Apologie de 1572, qui fait
aujourd’hui le cliap. 15 du livre des Plages
d’harquebuses, et où en ell'el il avait déjà ra-
conté la même histoire. Voyez tome II,
page 173 et suiv.
DE LA PESTE.
tes de putréfaction en temps de peste,
se tournent facilement en telle cor-
ruption extraordinaire et du tout es-
trange. Et parlant, en telle constitu-
tion de temps, il fait bon euiter les
lieux infects et la fréquentation des
pestiférés, de peur que par la vapeur
et exhalation de l’air corrompu nous
ne soyons infectés : combien qu’aussi
il n’est pas necessaire que tous ceux
qui attirent l’air pestiféré prennent la
peste : car on ne la peut prendre
qu'il n’y ait quelque préparation et
disposition : ce que l’experiencc jour-
nalière demonstre. Aussi Galien le
déclaré au liure des différences des fle-
ures, disant que nulle cause ne peut
produire son effet sans que le corps y
soit apte et préparé, autrement tous
seroient infectés de mesme cause.
Neantmoins par continue fréquenta-
tion des lieux et personnes enueni-
mées de tel venin , on peut acquérir
vne disposition et préparation à rece-
uoir icelle peste : car combien que le
bois verd ne soit disposé il brasier, si
est ce que pour estre long temps au
feu, il brusle. Partant ie conseille de
se preseruer tousiours , et euiter les
lieux et personnes pestiférées : car le
venin pris par l’odeur des vapeurs
venimeuses , est merueilleusement
soudain, et n’a affaire d’aucun hu-
meur qui luy serue de conduite pour
entrer en nostre corps et agir en ice-
luy, comme nous auons dit par cy
deuant. Car lesdites vapeurs, estans
subtiles, sont facilement attirées auec
l’air dedans les poulmons, et d’iceux
dedans le cœur ( domicile de la vie ),
puis passent par les arteres, et d’elles
se communiquent par tout le corps,
gastans premièrement les esprits, puis
les humeurs, et en la fin la substance
mesme des parties solides >.
1 Toutes les éditions portent ici simple-
359
Or quand nous parlons de l’air pes-
tilent, nous 11e voulons qu’il soit es-
timé simple et élémentaire : car estant
simple, iamais n’acquiert de pourri-
ture, mais par addition et meslange
des vapeurs pourries esparses en luy.
Parquoy veu que l’air qui nous en-
uironne et est contigu, est perpétuel-
lement necessaire à nostre vie, et que
sans luy nous ne pouuons viure, il
faut que, selon la disposition , noslro
corps soit en plusieurs et diuerses
maniérés altéré, à cause que conti-
nuellement nous l’attirons par l'at-
traction qui se fait des poulmons és
parties pectorales dediées à la respi-
ration, et pareillement par la trans-
piration qui se fait par les porcs et
petits pertuis insensibles de tout le
corps, et des arteres espandues au
cuir : ce qui se fait tant pour la gé-
nération de l’esprit de vie, que pour
rafraichir nostre chaleur naturelle.
A ces te cause, s’il est immodérément
chaud, froid, humide, ou sec, il al-
téré et change la température du
corps en semblable constitution que
la sienne. Mais entre loules les con-
stitutions de l’air, celle qui est chaude
et humide est fort dangereuse , car
telles qualités sont cause de putré-
faction : ainsi que l’experience nous
fait voir és lieux où le vent marin en
Esté exerce sa tyrannie, csquels vne
viande, tant soit elle fraiebe, se cor-
ment : la substance même des parties. Mais
cela vient de ce qu’elles ont copié trop fidè-
lement l’édition primitive de 15G8, sans
faire attention à l 'erratum unique de cette
édition, ainsi conçue :
« AV LECTBVR.
» Amv lectevr , à la page JG. ligne 0.
apres ce mot, parties, faut adiousterce mot,
solides. S’il se trouue d’autres fautes, elles
sont ou de petite conséquence , ou aisces à
vn chacun de corriger. «
3Go
LE VINGT QVATR1ÉME LIVRE
rompt et pourrit en moins (le demie
heure Semblablement nous voyons
que l’abondance des pluyes engendre
beaucoup de vapeurs, lesquelles lors
que le soleil ne les peut résoudre et
consumer , altèrent et corrompent
l’air, et le rendent idoine à la peste.
Mais il faut icy noter que la pourri-
ture qui vient des corps morts des
hommes , est plus pernicieuse aux
hommes que celle des autres ani-
maux : aussi celle des bœufs aux
bœufs, des cheuaux aux cheuaux,
des pourceaux aux pourceaux, ainsi
des moutons et autres animaux : ce
qui prouient pour la sympathie et
concordance qu’ils ont les vns aux au-
tres, comme on voit qu’en vne fa-
mille et personnes qui sont de sem-
blable tempérament, si l’vn est espris
de pesle , elle se communique ordi-
nairement à tous. ToutesTois on a veu
aussi pour escorcher des bœufs et
autres bestes mortes de peste, l’es-
corcheur mourir subitement, et le
corps d’iceluy deuenir tout enflé.
Le tonnerre et esclairs, par son
grand bruit et tintamarre, esmeut si
vehemenlement l’air, qu’il fait ren-
forcer la pesle *.
Or pour conclure des effets diuers
de l’air, nous dirons que, selon qu’il
est diuers et dissemblable , aussi il
rend dissimilitude d’affections et dif-
ferens effets mesmes es esprits, les-
quels il rend gros et hébétés, ou sub-
tils et aigus : et pour le dire en vn
mot, l’air a empire sur tous les hom-
mes et autres animaux, plantes, ar-
bres, et arbrisseaux.
1 Cette courte phrase, qui rompt la liai-
son des idées, a été intercalée ici en 1585.
CHAPITRE IV.
DE 1,’ALTERATION DES HVMEVRS , QVI
SE FAIT PRINCIPALEMENT PAR LA MA-
NIERE DE VIVRE.
Après auoir suffisamment déclaré
les causes de l’alteration de l’air qui
nous enuironne,et que nous inspirons
par nécessité, vueillons ou non :
maintenant il nous faut déclarer la
cause de la corruption des humeurs
de nostre corps.
Or nos humeurs se corrompent et
tournent en pourriture par vne trop
grande plénitude ou obstruction,
ou intemperalure. ou malignité de
matière, qui se fait principalement
par la mauuaise maniéré de viure :
et de là procèdent les causes princi-
pales de corruption , par lesquelles
tels corps sont soudainement frappés
de pesle : car après auoir beu des
vins poussés et corrompus , et des
eaux mauuaises et putrides, comme
celles qui sont bourbeuses et mares-
cageuses, dans lesquelles se desgor-
gent les esgouts puantset corrompus,
sans qu’iceux ayent aucun cours :
esquelles aussi on aura ictlé quelque
ordure et laué le linge, et iellé les
excremens des pestiférés, comme est
vn esgout de l Hostel-Dieu de Paris :
où après auoir mangé meschantes
viandes, comme grains pourris, her-
bes, fruits sauuages, et autres ali-
mens altérés et non accoustumés,
comme on fait par vne grande fami-
ne, et aux villes et places assiégées
(ce que ie sçay pour y auoir esté),
tellement que par nécessité les hom-
mes sont contraints de manger la
viande des pourceaux, comme on a
veu en l'an 1566, à cause de la cherté,
DE LA PESTE.
faire du pain d’auoine, feues, pois, de
lentilles, vesse, de glands, racine de
feugere, et dent de chien : aussi man-
ger troncs de choux, et autres choses
semblables : après, dis ie, telle ma-
niéré de viure, suruient ordinaire-
ment vne peste. Car telle nourriture
engendre obstructions et pourriture
d'iiumeuis, dont s’ensuiuent galles,
apostemes, vlceres et heures putri-
des, qui sont préparatifs à la peste : à
quoy aussi aide grandement la per-
turbation des esprits et humeurs ,
comme de crainte, frayeur, fascherie,
ou autre cause : car telles choses
changent l’œconomie de toute l’habi-
tude du corps.
Et comme és iours caniculaires on
voit que, par la grande chaleur et
ébullition, la lie est esleuée en haut
et meslée parmy le vin : ainsi la me-
lancholie et autres humeurs , estans
meslés et perlroublès , infectent le
sang et le disposent à pourriture et
vénénosité, dont la peste est souuent
procréée, et autres pourritures1. Ce
que n’agueres nous a esté manifesté
en plusieurs de ceux qui furent bles-
sés à la bataille prés Sainct Dcnys,
leurs playes degeneroient en grandes
pourritures, accompagnées defiéures
putrides et autres grands accidens :
et presque tous mouroient,tant d’vue
part que d’autre, voire encore que
leurs playes fussent petites, et en
lieux du corps non dangereux : et
aussi qu’ils fussent traités de toutes
choses necessaires, tant à leur ma-
niéré de viure que autres choses.
Dont plusieurs affirmoient et philo-
sophaient que c’estoit à raison de la
poudre à canon et des boulets em-
poisonnés :ce qui me semble n’estre
vray, ainsi que i’ay amplement dis-
1 Rondelet , en sa pratique. — A. P.
36 1
couru au Traité des playes faites par
liarquebuses et autres bastons à feu,
tant par autorité, raison, qu’expe-
rience. D’auantage, les pourritures et
autres accidens ne venoient seule-
ment aux playes faites par bastons à
feu, mais aussi à celles qui esloicnt
faites par autres armes, comme d'es-
pées, de piques, de lances, et autres.
Partant il me semble (sous correc-
tion ) que les accidens ne venoient
par la malignité de la poudre à ca-
non, et moins des boullets qu’on di-
soit estre enuenimés : mais plustost à
cause de l’ebullition du sang et des
autres humeurs, se broiiülans et mes-
lans ensemble, tant pour l’extreme
cliolere et effroy de l’apprehension
de la mort qu’on voit si proche, et
principalement aussi pour la consti-
tution et pourriture de l’air. Et qu’il
soit vray, vn iour ou deux qu’on ti-
roit du sang aux malades pour sur •
uenir aux accidens, il se trouuoit de
couleur non rouge, mais du tout
changé de sa nature, à sçauoir blanc
ou verdoyant comme sanie des apos-
temes, qui demonstroit estre du tout
corrompu. Ioint aussi lors qu’on fai-
soit ouuertures de corps morts, on
trouuoit presque à tous des aposte-
mes aux parties intérieures, comme
au foye et aux poulmons 1 : qui se
1 Je ne sache pas qu’on trouve dans aucun
auteur avant Paré la mention de ces abcès
métastatiques, constatés à l’autopsie. J’ai
déjà fait cette remarque pour les abcès du
foie succédant aux plaies de tête ( tome II,
page 32). On trouve aussi la mention d’ab-
cès internes a la suite des plaies d’arquebu-
ses dans la première Apologie (tome II,
page 176); mais cette Apologie, datée de
1572, e^t postérieure de quatre ans au
Traité de la peste, et ne s’exprime pas d’une
manièie aussi nette et précise (pie le chapi-
tre auquel se rattache cette note.
✓
362 LE VINGT-QVATRIEME LIVRE,
faisoil pour la pourriture acquise par
le broüillement du sang-, et principa-
lement de l’air ambiens altéré et cor-
rompu, et non par la poudre à canon,
ny les boulets, qu’aucuns tenoient
cstre empoisonnés.
Maintenant nous descrirons les si
gnes et présagés de la peste à adue-
nir, pris de la corruption de l’air.
CHAPITRE V.
SIGNES OV PRESAGES DE LA PESTE A
ADVENIR, Pr.lS DE LA CORRVPTION DE
L’AIR.
Quand les saisons de l’année ne
gardent leurs qualités et tempéra-
tures naturelles, et sont fort immodé-
rées, à sçauoir quand on voit le
temps fort pluuieux et Austral , et
l’esté fort chaud , et que le vent Aus-
tral dure long temps sans pluye,et
que l’on voit au ciel cometes et estoil-
les ardentes , qui voltigent et partent
de leurs places, tant qu’il semble quel-
les tombent, auec abondance de ton-
nerres , et autres choses que nous
auons par cy deuant dit : aussi , si on
voit grande quantité de chenilles , et
autre vermine qui broustent et ron-
gent les fueilleset geltons des arbres,
et les fruits estre vermineux 1 , et
les oyseaux laisser leurs nids, voire
leurs œufs et leurs petits, et plusieurs
femmes enceintes auorter (qui se fait
i L’édition de 1568, suivie par celles de
1515 et 1579, portait seulement : Aussi si on
voit les fruicts pleins de vermines , etc. Le
texte ac'uel est donc de 1585. Il convient
d’avertir que l'édition de 1598 et toutes les
autres après elle ont écrit : Us Jruicts estre
venimeux ; faute d’impression qui dénaluie
le sens.
pour la vapeur venimeuse de l’air
pestilent , lequel estant inspiré par la
mere, estouffe l’enfant par sa mali-
gnité ennemie de nature): si ces
choses , dis ie, sont veuës, on peut
véritablement presagir et dire que
les causes et signes de corruption sont
presens, et qu’ils nous menacent de
la peste.
Toutefois il faut icy entendre que
telles choses apparentes en l’air ne
sont point propres causes de la peste,
mais que telles impressions aeriennes
sont engendrées des exhalations et
vapeurs de la terre, lesquelles enfin
infectentl’air, dont la peste procédé :
car l’air se corrompt par les vapeurs
putrides esleuées des entrailles de la
terre, pour les corruptions qui sont
en icelle, comme de corps morts , es-
gouts , eaux croupies, et autres cau-
ses qu’auons déclarées cy deuant,
lesquelles le soleil par sa vertu attire
en la moyenne région de l’air, en
temps de grandes chaleurs. Et pour
ce il ne se peut faire, qu’à cause de
l’air estant ainsi corrompu , ne s’en-
suiuent diuers effects selon la diuer-
silé de la corruption. Et de là
s’engendrent plusieurs maladies epi-
demiales, c’est à dire, populaires ou
vulgaires, ainsi que l’an 1510. sur-
uint vne maladie par tout le royaume
de France, tant és villes qu’és vil-
lages, nommée par le commun Co-
queluche: par-ce que quand aucuns
estoient espris de ceste maladie, ils
sentoient grande douleur en la teste,
ensemble en l’estomach , és reins, et
ésiainbes, et auoient liéure continue,
auec déliré et frenesie : et lorsqu’on
les purgeoit ou saignoil, on abbre-
geoit leurs iours. Et d’icelle mourut
vn bien grand nombre d’hommes,
tant riches que panures.
Aussi l’an 1328. suruint vne autre
DE LA PESTE.
^aladie en Angleterre, et aux basses
Allemagnes , qui fut nommée du
peuple la Suelte , pour-ce que les pa-
liens auoient vne bien grande sueur
par tout le corps, avec grand frisson,
tremblement, et palpitation de cœur,
accompagnée de fiéure continue : et
mouraient en peu de iours: et ceste
maladie tua aussi vn bien grand
nombre de personnes.
Pareillement l’an 1546. régna en la
ville du Puy en Auuergne, vne autre
maladie nommée du peuple Trousse-
galand , pour-ce que peu de ceux qui
en estoient espris, escbappoient, ains
mouraient en deux ou trois iours, ou
moins, et plustost les robustes que
les debiles, et les riches que les pau-
ures. Au commencement les patiens
auoient grande pesanteur de tout le
corps, auecvne exlreme douleur de
leste, et fiéure continue, etperdoient
toute connoissance, et faisoient tous
leurs excremens involontairement
sous eux, et auoient grand délire, de
sorte qu’il les falloit lier et attacher.
Que si aucuns escbappoient, leurs
cheueux lomboient : et ladite maladie
estoit fort contagieuse. L’année sui-
uante vint en ladite ville vne autre
plus grande peste accompagnée de
bubons et charbons, qui fit aussi
mourir grand nombre de peuple.
Ce que i’ay bien voulu icy annoter,
à fin que le chirurgien prenne garde
à la grande diuersité et malignité de
ceste maladie pestilente pour y ob-
uier, l’aduertissanl d’auantage, qu’en
certains temps aduiennent plusieurs
autres maladies populaires, comme
fiéures putrides , flux de ventre,
rheumes, toux, frenesies, esquinan-
cies , pleurésies , peripneumonies ,
ophthalmies, apoplexies, léthargies,
pourpre, rougeolle , petite verolle,
galles, anthrax ou charbons, et au-
363
très pustules malignes, lesquelles
prennent en mesme temps. Partant
la peste n’est pas tousiours ny en
tout temps d’vne mesme sorte, mais
diuerse l'vne de l’autre : qui a esté
cause qu’on Juyadonné diuersnoms,
selon les effets et accidens qu’elle
produit : ce qui prouient principale-
ment pour la diuersité du venin qui
est en l’air. Car ainsi qu’il est cause
de la vie aux animaux, aussi est-il
cause des maladies et de la mort
d’iceux , pour-ce que sans iceluy l’a-
nimant ne peut estre ne durer, mesmes
vn bien peu de temps, d’autant qu’il
est du tout necessaire qu’il soit attiré
par la respiration des poulmons :
lequel estant pourri et attiré en la
substance du cœur, abbat toutes les
forces du corps , et fait mourir plu-
sieurs animaux pourla nécessité qu’ils
ont de respirer. Parquoy lors que
l’air pourri et pestiféré exerce sa
tyrannie , il tue non seulement le
genre humain , mais aussi les bestes
de la terre et les oyseaux du ciel.
Et pour le dire en vnmot, tel air
pestilenl estsi furieux qu’il renuerse ,
dissipe, altéré, brise et corrompt
l’harmonie naturelle et température
de tous animaux , ainsi qu’vn certain
foudre et tonnerre liquéfié et con-
sume l’argent d’vne bourse sans la
gaster : pareillement fait sortir le vin
des tonneaux, sans qu’on puisse ap-
perceuoir aucune ouuerture . aussi
fond le fer d’vne pique sans toucher
au bois : comminue et brise les os du
corps sans aucune apparence en la
chair : qui se fait par vne chose indi-
cible , de laquelle on ne peut donner
raison. Combien qu’Aristote liure 5.
des Meleores , chap. 1. ayant pour
résolution de ces questions fait diui-
sion des foudres, en ceux qui sont plus
parlicipans deterrestrité , et en ceux
364 LE VINGT-QVATRlÉME LIVRE
qui retiennent plus de la nature et
substance de la flamme , et qui sont
plus subtils : dit cela aduenir, par-ce
que tels foudres de leur subtilité pé-
nétrent aisément au trauers descorps
rares et poreux, comme sont les bois,
le cuir, la chair et peau , sans les of-
fenser : mais qu’au trauers des denses
et solides, ils ne peuuent passer sans
effort et violence, dont vient que
pour la résistance qui leur est faite
au passage , ils les rompent et fra-
cassent. Ce que mesme après Aristote
a confirmé Pline, liure 2. cbap. 51,
et Seneque liure 2. de ses Questions
naturelles1. Ainsi est-il de la peste,
qui destruit et corrompt toute l’œco-
nomie de nature.
CHAPITRE VI.
SIGNES DE LA PESTE, PRIS DE LA COR-
RVPTION QVI EST EN TERRE.
Les signes de la peste à aduenir,
pris de la corruption de la terre,
sont, que l’on voit sortir d'icelle
abondance de champignons ou poti-
rons , et le froment produire yuraye ,
et autre chose contre leur nature 2.
Aussi que sur icelle apparaissent
grandes troupes de petits animaux ,
comme araignes, chenilles, papil-
lons , cigales , hannetons, mousches
et mouscherons, scorpions, escar-
gots, limaçons, sauterelles, grenoüil-
lettes , vers, et autres semblables,
qui se procréent de pourriture : pa-
reillement les bestessauuages laissent
leurs cauernes et cachots : aussi en
1 Toute cette longue citation d’Aristote a
été ajoutée ici en 1575.
2 Ces mots : et le froment produire yuraye,
etc., ont été ajoutés en 1585.
sortent plusieurs autres, comme taul-
pes,crapaux, viperes, couleuures,
lézards, aspics, crocodiles, et autres
de plusieurs et diuerses especes : tou-
tes lesquelles bestes sortent pour la
fascherie de la vapeur putride et ve-
neneuse qui est contenue és entrailles
d’icelle, de laquelle mesme la plupart
de telle Termine se fait: ioint aussi
qu’on les trouue quelquesfois mortes
en grand nombre. Ce que ne trouuera
fascheux à croire celuy qui considé-
rera que Dieu a dislribué aux ani-
maux quelque chose particulière
pour demonstrer et prédire, non seu-
lement la peste à aduenir, mais aussi
le changement du temps , comme
pluye, vent, gresle, tempesle, le
printemps, l’esté, automne et hyuer,
et autres choses semblables : et ce
tant par gestes, chansons, cris, que
par troupes et arriuées , sorties de la
terre, laissans leurs petits, et fuyans
en autre région , comme nous auons
dit : lesquelles choses viennent de
leurs sens extérieurs, et occulte con-
uenance de leurs corps auec l’air. Et
si quelqu’vn demande autre cause , ie
le renuoysray au grand architecteur,
duquel les thresors de science et sa-
gesse sont cachés , et nous les mani-
festera quand bon luy semblera.
Or ces vapeurs pourries, lesquelles
nous auons dit chasser les bestes de
leurs cauernes , s’esleuent en l’air et
causent grosses nuées, et tombent
quelquesfois sur les fruits, et les
corrompent, dont ceux qui en man-
gent sont espris de la peste. Elles n’in-
fectent seulement les fruits, mais
aussi font mourir les arbres et les
bestes, comme bœufs, vaches, che-
naux, pourceaux , moutons, poulail-
Ies, et autres volatiles , comme nous
auons dit. Sur quoy tu dois obseruer,
que les bestes à quatre pieds sont
DK LA PKSTE.
plustot saisies et frappées de ceste
peste que les hommes, parce qu’elles
paissent les herbes imbues des exha-
lations putrides de la terre : et partant
on ne les doit faire paistre que le so-
leil n’ait premièrement consommé la
rosée, s’il est possible.
Qu’il soit vray, on a veu vn paysan
de la Beausse auoir esté accusé en
justice d’estre sorcier, parce que ses
brebis ne mouroient point, et toutes
celles de ses voisins perissoient. Sur
quoy estant interrogué deuant les
iuges, il fit response , que Jamais il ne
permettoit que son bestail sorlist
hors, que premièrement le soleil
n’eust consommé la rosée, et que plu-
sieurs petites bestioles qui estoient
sur les herbes ne fussent retirées de-
dans la terre : et dit, que quelques-
fois il l’auoit déclaré à aucuns de ses
voisins : ce qui fut trouué vray, et
fut absoult pour les raisons susdites.
Or pour ce qu’il est fait icy mention
des bestioles qui nuisent aux trou-
peaux qui paissent, nous déclarerons
icy en passant, qu’il y a vue petite
bestiole semblable à la cantharide,
trouuée aux herbages, qui enfle si
fort vn bœuf quand il l’a mangée,
qu’il créue : et pour ceste cause est
nommée de Pline, Buprestis
CHAPITRE VIL
LA CVRE PRESERVATIVE , ET PREMIERE-
MENT DE L’AIR, DV VIVRE, ET DE LA
MAISON.
Après auoir descrit la peste, et dé-
claré les causes, signes, et présagés
1 Pline, 30. chap. 4. — A. P. Plus tard
Paré a consacré un chapitre particulier de
365
par lesquels on peut conieclurer
qu’elle doitaduenir : maintenant nous
faut dire comment on s’en doit pre-
seruer, d’autant que la précaution
doit précéder la curation d’icelle.
Or véritablement le plussouuerain
remede que ie puisse enseigner auec
tous les anciens, est s’enfuir tosl et
loing du lieu infect, et se retirer en
air sain, et retourner bien tard, si on
le peut faire A Et où il ne sera possi-
ble, fautobseruer deux choses en ge-
neral : la première est rendre le
corps fort pour résister à l’infection
de l’air : la seconde moyenner que
l’air infect ne soit assez fort pour im-
primer en nous son venin : qui se fera
en le corrigeant par qualité contraire,
comme s’il est trop chaud, par choses
froides, et ainsi des autres qualités.
Le corps résistera au venin, s’il est
net et fortifié par remedes propres,
comme par bon régime, purgation,
et saignée s’il en est besoin. Aussi faut
euiter la grande variété des viandes,
et celles qui sont fort chaudes et hu-
mides, et principalement celles qui se
corrompent aisément : et ne faut
manger pâtisseries, ny yurongner,ou
se trop saouler , mais on se leuera de
table auec appétit. Pareillement faut
que les viandes soient de bon suc , et
faciles à digerer : car les bons alimens
pris avec vne médiocrité en temps et
lieu engendrent bonnes humeurs,
qui sont cause de santé, et par con-
séquent preserualifs de peste. Aussi
il faut prendre moyen exercice au
matin, et au vespre auant le repas, et
en lieu non suspect d’air pestiféré :
pareillement auoir bon ventre , soit
son livre des Venins à la Bupreste; voyez
ci-devant page 329. Il ne faut pas oublier
que le livre de la Peste est de 166S.
» Cit'o , longe , tarde. — AP.
LE VINGT-QVA.TRIÉME LIVRE ,
366
par art, ou par nature : aussi faut
fortifier le cœur et autres parties no-
bles par choses cordiales, comme
epithemes , linimens , emplastres,
eaux , pilules , poudres , tablettes ,
opiates, parfums, et autres que dirons
cy apres.
D’auantage faut eslire vn bon air,
et loing des lieux félidés : car le bon
air aide beaucoup à la conseruation
de la santé d’vn chacun, el recrée les
esprits et toutes les vertus : au con-
traire l’air obscur et de mauuaise
odeur nuist merueilleusement, parce
qu'il engendre plusieurs maladies ,
fait perdre l’appetit, rend le corps
languide et mal coloré, et estouffe le
cœur, et pour le dire en vn mot, il
abbrege la vie. Le vent de Bize, qui
vient du Septentrion, est bon,pource
qu’il est froid et sec : au contraire le
vent austral, qui vient duMidy, est
tres-dangereux. parce qu’il est chaud
et humide, qui débilité le corps, et
ouure les conduits, qui fait que le
venin pénétré plus facilement au
cœur. Et celui d’Occident est sembla-
blement insalubre, à cause qu’il tient
beaucoup du méridional. Et pour
ceste cause, on fermera les fenestres
de la maison du costé où ils frappent,
et on ouurira au matin celles qui
ont esgard vers le Septentrion et
Orient, si d’auenture la peste n’estoit
de ce costé là : et se faut donner garde
que nulle mauuaise vapeur n’entre
dedans. Puis après on fera du feu par
toutes les chambres, et on les parfu-
mera de choses aromatiques, comme
d’encens, myrrhe, benioin, ladanum,
styrax, roses, lueilles de myrte, la-
uande, rosmarin, sauge, basilic,
sarriette , serpolet , mariolaine , ge-
nest, pommes de pin , petites pièces
de bois de pin, de genéureetsa graine,
doux de girolle , oiselets de Cypre ,
et autres semblables choses odorifé-
rantes. Et de ceste mesme fumée faut
parfumer les habillemens.
On dit aussi, qu’il est bon en temps
de peste de nourrir vn bouc en la
maison où on habite, et le tient-on
pour vn singulier remede contre la
contagion du mauuais air : pource
que la vapeur du bouc ayant empli
le lieu où il habite, empesche que
l’air pestiféré n’y trouue place : la-
quelle raison peut aussi seruir au
conseil de parfumer les habits de
bonnes suffumigations. Et me sem-
ble (sauf meilleur iugement) qu’elle
peut aussi estre employée à ce qu’on
dit, qu’vn homme à ieun est plus apte
à estre pris de la peste, qu’vn qui
aura mangé, non pas à satiété, mais
médiocrement. Car auec ce que par
le manger Nature fortifiée chasse
plus aisément d’elle le poison et vé-
nénosité : aussi du manger et boire
se peuuent porter par toutes les po-
rosités du corps des vapeurs, qui les
emplissans occuperont les vacuités
que Pa r pestilent prendroit. Toutcs-
fois quant est du bouc, le vulgaire
dit vne autre raison, c’est qu’vne
mauuaise odeur chasse l’autre.
Ceste raison est semblable à celle
qu’Alexandre Benedictus recite à
sçauoir qu’vn Médecin de Scythie fit
cesser la peste , laquelle prouenoit de
l’air, faisant tuer tous les chiens et
chats , qui estans espars par les rues
emplirent Pair de leur vapeur putride :
et par ce moyen promptement la peste
cessa. Pource (dit-il) que telle pourri-
ture changea la nature de Pair, la-
quelle auparauant estait pernicieux
aux hommes : qui se fait pour la dis-
I1 Histoire d’ Alexandre Benedictus en son
liure de la Peste. — A. P.
DE LA PESTE.
similitude des choses , et qu’vn venin
chasse l’autre.
On ne doit sortir de la chambre en
temps de peste, que deux heures
après le soleil leué, à fin qu’il ait pu-
rifié l’air par sa clarté et chaleur,
et principalement quand l’air est
trouble et nébuleux , et en pays de
fondrières, et enuironné de monta-
gnes. Et faut aussi se garder de gran-
des assemblées de peuple J, et prin-
cipalement des dances : d’autant que
lecoips estant eschauffé et lassé, et
que les conduits sont ouuerts, alors
faut qu’on tire grande quantité d'air
pour la réfrigération du cœur : et
partant s’il est infecté, nous donne la
peste par l’haleine et sueur.
Que siquelqu’vn voyage audit temps
de peste causée du vice de l’air, et
que la saison de l’année soit fort
chaude, il doit plustost cheminer la
nuit que le iour, parce que la peste
assaut et prend plus facilement du-
rant la chaleur et splendeur du so-
leil qui subtilie, eschauffe, et raréfié
l’air, et qui outre ouurant le cuir,
rend nostre corps plus accessible à
reccuoir l’air pestiféré. Partant la
nuit est plus salubre, à cause que l’air
est plus froid et espais : toutesfois il se
faut garder de la pleine lune, pour-
ce qu’en ce temps là la nuit est plus
tiede et dangereuse, ainsi que l’expe-
rience le monstre 1 2 : considéré mesme
que les bois coupés en icelle sont
plus suiets à pourriture, comme ex-
périmentent à leur dam ceux qui en
font bastir : la raison est de ce que la
lune, estant humide, remplit (lors
1 La phrase s’arrêtait là en 15G8 , le reste
est de 1585.
2 Ici se terminait le paragraphe dans l’é-
dition primitive; ce qui suit a été ajouté en
1575.
367
principalement qu’elle est pleine) les
corps d’humidité superflue dont sur-
uient pourriture.
Or pour retourner à nostre'propos,
le plus seur remede de preseruation,
pour ceux qui ne bougent du lieu
pestilent, est qu’auant que sortir de
la chambre, et après quelques prome-
nades, ils ne sortent sans auoir des-
ieuné : pour autant que les parties
nobles du corps (ausquelles le venin
s’attache principalement ) n’estans
ehcores soustenues par les viandes,
ne peuuent pas se defendi e comme si
elles esloient fortifiées : ioint aussi
que les veines et artères, non encores
remplies de nouueau aliment, atti-
rent et laissent plus facilement en li er
le venin , lequel, trouuant place
vuide, se r’empare des parties nobles,
et principalement du cœur. Parquoy
ceux qui auront accouslumé de des-
ieuner au matin, mangeront du pain,
et beurre frais salé, et quelque car-
bonnade, et autres bons alimens : et
boiront du meilleur vin qu’il leur
sera possible recouurcr. Les rustiques
et gens de trauail pourront manger
quelque gosse d’aulx ou eschallol-
tes, auec du pain et du beurre, et
bon vin, s’ils en peuuent fournir, à
fin de charmer la broüée : puis s’en
iront à leurœuure, en laquelle Dieu
les aura appellés. Les aulx sont souue-
rains aux rustiques et villageois , et à
ceux qui ont accouslumé d’en vser :
aussi à ceux ausquels ils n’engendrent
point de douleur de teste , et ne les
eschauflent par trop, à raison que le
tempérament de ceux-là est plus ro-
buste , et leur sang moins aisé à s’en-
flammer : au contraire ils nuisent aux
délicats, comme femmes, enfans, et
cholériques , et à ceux qui viueut en
oisiueté, et qui ont le sang aisé à
s’enflammer : partant à iceux les aulx
368 LE VINGT-QVA.TRIÉME LIVRE
seroient poison, au lieu qu’ils sont
medecine aux rustiques, ausquels
tels remedes ainsi forts sont propres:
et ont esté inuentés par bonne raison,
pour-ce qu'ils contrarient du tout au
venin, à cause qu’ils sont remplis
d’vne très grande vapeur spirilueuse,
laquelle suffoque, allere, corrompt,
et chasse le venin hors du corps.
Quant à l’eau , de laquelle on doit
vser en temps pestilent, il faut auoir
esgard si la peste prouient du vice de
l’air : car alors ne faut vser d’eau
de pluye, pour-ce que l’air dont elle
prouient est infecté , partant alors
sera meilleur de boire de l’eau des
puits fort profonds: au contraire, si le
vice vient de la terre, on vsera del’eau
de cisterne et de fontaine : et faut at-
tendre à en boire iusques à ce que le
soleil l’ait purifiée par ses rayons : et
si on craint qu’elle soit vitiée, on la
corrigera, la faisant vn peu bouillir,
ou la ferrer auec acier, ou or, ou ar-
gent chaud, ou par mie de pain rostie
ou non rostie. Or à fin que tu la puis-
ses mieux eslire, tu la pourras esprou-
uer en trois maniérés, à sçauoir, par
la veuë, le gousl, et l’odeur : quant
à la veuë, elle se doit monstrer claire
et nette : et à la bouche, de nulle sa-
ueur ny qualité aucune : aussi ne
doit point auoir d’odeur. Outre plus,
celle qui sera tost eschauffée et tost
refroidie , est plus legere, et par con-
séquent meilleure : et pour la faire
encore plus excellente, la faut faire
vn peu bouillir : ie dis vn peu , car
l’estant trop elle deuient amere et
salée.
CHAPITRE VIIÏ.
DESCRIPTION D'EAVX CORDIALES, ELEC-
TV AIRES, OPIATES, PILVLES, ET AV-
TRES REMEDES A PRENDRE PAR LA
BOVCHE, PRESERVATIFS ET CVRATIFS
DE LA PESTE.
Ceux qui n’ont accouslumé et ab-
horrent à manger au matin, pren-
dront quelque médicament conl ca-
riant au venin : et entre tous l’eau
lheriacale est tres-excel lente, de la-
quelle, apres s’eslre babillé, et ayant
rendu ses excremens , et fait quelque
exercice, il en conuient boire un
doigt, la meslant auec bon vin : et
d’icelle aussi on s’en lauera les mains
et la face, et pareillement la bouche
et les oreilles , et on en tirera aussi
vn peu par le nez. Car elle conforte le
cœur, chasse le venin loin d’iceluy, et
n’est seulement vtile pou r precau lion,
mais aussi est propre pour la cura-
tion, à prendre promptement qu’on
se sent frappé, par-ce qu’elle prouo-
que grandement la sueur, et partant
chasse le venin des parties internes
aux externes : et la doit-on faire au
mois de Iuin, attendu que les herbes
en iceluy temps sont en leur grande
vigueur et force. La composition en
est telle *.
’if. Radicum gentianæ, cyperi, lormentillæ,
dictamni , cnulæ campanæ ana § . j.
Foliorum tapsi barbati, cardui bcnedicti,
morsus diaboli, pirnpinellæ, scabiosæ,
oxalidis agrestis minoris ana m, fi.
Summilalum rulæ p. j.
1 Nous avons déjà vu au chap. 38 du livre
de la grosse Ferolle , deux recettes d'eaux
ilieriacales celle-ci en est tout-à-fait diffé-
rente. Comparez tome II, page 590.
DE LA PESTE.
Baccarum myrtl §.j.
Rosarum purpurearum, floruin buglosst,
borraginis et hypericonis ana 5 j.
Mundentur omnia, pistentur et macerentur
xxiiij. borarum spatio in vini albi aut
malualici , aquæ rosarum et oxalidis
ana 1b. j. deinde reponantur in vase vi-
treo, et addatur theriacæ et milhridalij
ana 5 • 6 . fiat distillatio in balneo Mariæ.
Et l’eau estant distillée, on la mettra
en vne phiole de verre, et de rechef
on y adioustera
Croci 5. j.
Terræ sigillatæ, boli armeniæ, santali ci-
trini, rasuræ eboris, limaturæ cornu
cerui iunioris prope caput assumpti
ana § . fi.
Puis on estoupera la phiole, et la
laissera-on fermenter au soleil par
l’espace de huit ou dix iours, et
sera gardée : et lors qu’on en voudra
vser, on en prendra deux doigts en
vn verre , plus ou moins , selon la
force et vigueur des personnes. On
en peut bailler aux petits enfans qui
encore tettent, et à ceux qui sont ja
sevrés, et aux femmes grosses : et à
fin qu’elle soit plus gracieuse et facile
à boire, on la peut faire passer par
la chausse d’Hippocrates, lors qu’on
la voudra prendre, y adiouslant vn
peu de succre et canelle concassée.
Autres prennent au matin par pré-
caution, de la racine d’enuie cam-
pane , ou zedoar, ou angelique, en les
maschant et tenant en la bouche. Les
autres prennent de la racine de gen-
tiane pilée, le poids d’vn escu , et
trempée la nuit en vin blanc , et en
boiuent deux doigts au matin à ieun :
les autres prennent du x in d’aluyne :
autres vsent de conserue de roses,
de buglosse, de chicorée, violettes de
mars , fenoil doux : autres prennent
de la terre sigillée , ou de la corne de
in.
36g
cerf ra lissée, le poids d’vn escu , de-
dans vn œuf mollet auec vn peu de
sa 1 Iran , puis boiuent deux doigts de
vin : aucuns prennent de l’eau de
v>e et y meslent de bon vin blanc
du bol d’Armenie, racine de gentiane’
toi men tille, dictam, semence de ge-
neure, doux de girofle, macis, ca-
ne le, saffran, et autres semblables,
es faisant distiller in balneo Mariæ
On pourra aussi vser de ceste eau
cordiale, qui a très grande vertu.
"if. R ad ici s aristolochiæ longæ et rotundæ
toimentillæ , dictamni ana 3. ijj
Zedoariæ |. ij. ’
1-igni aloës, santali citrini ana 3 j
Foliorum scordij, hypericonis, acetosæ,
rutæ , saluiæ, ana
Scminis iuniperi , baccarum lauri ana
3. iij.
Seminis citri 3. j.
Caryophyllorum , macis, nucis moscatæ
ana 3. ij.
Mastiches, olibani, boli Armeniæ, terræ
sigillatæ, rasuræ eboris, cornu cerui
ana 3. j.
Croci 9 . j.
Conseruæ rosarum, florum buglossi et
nenupharis , theriacæ veteris ana x . i
Caphuræ 5. fi.
Aquæ vitæ &. fi.
Vini albi ft. ij. fi.
Fiat distillatio in balneo Mariæ.
Geste eau sera reseruée en vne
phiole de verre bien bouschée , pour
en vser au matin , comme de l’eau
cy dessus nommée theriacale, la
quantité de deux doigts en vn verre :
elle est aussi de merueilleux efTect.
Pareillement cest electuaire est
profitable pour preseruer.
■¥• Theriacæ optimæ §.iij.
Radicis tormentillæ , seminis iuniperi et
cardui benedicti ana 3. j. fi .
Boli Armeniæ præparati 5. fi.
24
370 LE VINGT-QVATRIEMIi LIVRE ,
Pulucris clectuarij de gemmis et dia-
marg. frigidi , rasuræ cornu cerui , co-
ralli rubri ana 3. j.
Cum syrupo de corticibus et acetosilate ci-
tri misce, et fiat elecluarium liquidum
in forma opiatæ.
De ceste composition en faut pren-
dre tous les matins la grosseur d’vne
auelaine, auec vn peu d’eau de roses,
ou d’endiuc , chardon benist , ou sca-
bieuse , ou de cerises, ou autre eau
cordiale : ou en lieu d’icelle vn peu
de bon vin.
Aussi l’opiate suiuante est bonne et
excellente, de laquelle on peut faire
des tablettes.
^. Radicis genlianæ etangelicæ, zedoariæ,
enulæ campanæ ana 3. ij.
Seminis ci tri et acetosæ ana 3. fi .
Corticis citri sicci , cinnamomi, bacca-
rum lauri et iuniperi, croci ana 3. j.
Conseruæ rosarurn et buglossi ana §. j.
Saccliari optiini quantum sufficit.
Formentur labellæ ponderis 3. fi. vel fiat
opiala, cum æquis partibus conseruæ bu-
glossi et mellis anthosati ilia omnia arida
excipiendo.
Si vous les laissez en tablettes, on
en prendra vne au matin, et les petits
enfans et femmes grosses demie : et
conuient demeurer deux heures après
sans manger ny boire, si on ne vouloit
aualler vn peu de vin incontinent
après les au oir prises. Si vous en faites
opiale, la dose sera comme des sui-
uantes:
“if. Radicum valerianæ , tormcntillæ , dic-
tarnni , foliorum rutæ ana § . fi .
Croci, macis, ntfcis moscatæ ana 3. fi.
Boli Armenicæ præparati 3. iiij.
Conseruæ rosarurn etsyrupi de limonib.
ana quantum sufficit.
Fiat opiala satis liquida.
Autre.
2 i. Radicum arislolochiæ vtriusque, gentia.
torinentiliæ, dictamni ana 3. j. fi.
Zinziberis 3. iij.
Folior. rutæ. saluiæ, mentæ, pulcgij ana
3. ij.
Baccarum lauri et iuniperi, sem. citri
ana 9 . iiij.
Macis , nucis moscalæ, caryophyllorum,
cinnamomi ana 3. ij.
Xylaloes , etsanlali citrini ana 3. j.
Thuris masculi, mastiches, rasuræ ebo-
ris, cornu cerui ana 3. ij.
Croci 3. fi .
Boli Armeniæ, lerræ sigillalæ, coralli
rubri, margaritarum electarumana 3. j.
Conseruæ rosarurn, buglossi et nym-
phææ, lheriacæoptimæ et veterisana 5 j •
Sacchari albissimi S>. j.
Adde sub finem confectionis alkermes
3. ij.
Caphuræ in aqua rosarurn dissolut® 3 j.
Fiat opiala secundum artem.
La dose sera demie dragme, ou vn
scrupule, ou dix grains selon les per-
sonnes. Et après l’auoir prise, on peut
boire vn doigt ou deux de bon vin, ou
quelque eau cordiale.
Le thcriaque et methridat fidelle-
ment composés sont les principaux de
tous les remedes, et les plus approu-
ués, en y adioustant pour vne demie
once de chacun ou enuiron , vne
once et demie de bonne conserue de
roses, ou de buglose, ou viole, et la
pesanteur de trois escus de bon bol
armene préparé: puis le tout bien
battu et incorporé, en faire conserue,
de laquelle on vsera au matin deux
heures deuant le repas, la grosseur
d’vne auelaine. Et faut entendre que
le bon theriaque ne doitestre recent
que de quatre ans, ne plus vieil que
de douze ans, et qu’il laisse sa saueur
longuement en la bouche : estant
nouueau il est propre aux choléri-
ques : et estant vieil il conuient aux
DE LA PESTE.
vieux, et à ceux qui sont de tempé-
rature froide, comme les pituiteux et
melancholiques : à cause de la vertu
refrigeratiue de l’opium, qui entrant
en la composition du theriaque, re-
tient sa pleine force pour quelques
premières années : en ün par la fer-
mentation estant rabattue , fait que
toute la composition demeure plus
chaude.
La confection d’alkermes est sem-
blablement bonne, tant pour preser-
uer , que donner à ceux qui sont frap-
pés du venin. Aussi la rheubarbe te-
nue en la bouche, et maschée au
matin, la grosseur d’vne auelaine,
auec vn clou de girofle, est preserua-
tiue. Pareillement ceste composition
est profitable pour preseruer, quand
on va en vnlieu suspect.
if. Corticura citri et mali aurei sacchaio
condilorum ana 3. j.
Conseruæ rosarum et radicis buglossi
ana 3. iij.
Sein, citri 3. iij. fi .
Sem. anisi et fœnicuti ana 3 û .
Radicis angelicæ 3 . iiij.
Sacchari rosati quantum sufllcit.
Fiat conditum coopertum foliis aureis , quo
vtalur ex cochleari, vt dixi, in exitu do-
mus.
Ou ,
2 £. Granorum pini mundatorum et pistato-
rum , infusorum in aqua rosaruin et
scabiosæ per sex horas ana § . ij .
Amygdalarum excorticatarum in aquis
prædiclis ïb. fi .
Corlicum citri et mali aurei saccharo
condilorum ana 3. j. fi.
Radicis angelicæ 3. iiij.
Misce secundum arlem ad formam panis
maraud vet confectionis alterius, et teneat
fruslulum fréquenter in ore.
Pareillement en ce cas ces tablettes
sont profitables :
37i
Radicis dictamni, tormenlillæ , vale-
rianæ, enulæ campanæ, eryngij ana
3. fi.
Roli armenicæ , terræ sigillalæ ana 3 . j .
Caphuræ, cinnamomi, seminis oxalidis
agrestis, zedoariæ ana 3. j.
Pulueris elcctuarij diamargarit. frigidi
3. ij.
Conseruæ rosarum, buglossi, corlicis
citri conditi, mithridatij, theriaeæ ana
5.j.
Sacchari oplimi dissoluti in aqua sca-
biosæ , et cardui benedicti quantum
sutficit.
Fiant tabellæ ponderis 3. j. vcl 3. fi.
On prendra de ces tablettes tous
les iours à ieun , deux heures deuant
le repas, comme dessus est dit.
Outre plus, les pilules de la compo-
sition de Rufus sont fort approuuées
des doctes Médecins, pource qu’on les
a trouuées de grand effet : et dit ledit
Rufus, que iamais ne veit personne
en auoir vsé qui n’ait esté présenté
de peste, pourueu que les parties no-
bles n’eussent esté ja grandement in-
fectées. La composition desdites pilu-
les est telle :
7(.. Aioës liepaticæ 3. fi .
Ammoniaci eleeti 3. iij.
Myrrhæ 3. ij. fi .
Masliches 3. ij.
Crocig r. vij.
Contundantur omnia, et incorporentur cum
succomali citrini autsyrupo delimonibus,
et fiat massa.
Laquelle on gardera bien enuelop-
pée dedans vn cuir : et lors qu’on en
voudra vser , on en formera vne
pilule ou deux, qu’on prendra au
matin deux heures ou trois deuant le
repas, ou bien le poids de demy escu
ou d’vn escu, selon la volonté d’vn
chacun. Et après les auoir prises, on
peut prendre deux doigts de bon vin
o’j‘2 LE VINGï-QVA
ou d'eau d'oseille, laquelle a pareille-
ment grande vertu contre le venin
pestiféré, à cause qu’elle est de ténue
substance, et garOe de putréfaction
par son acetosité : mesmes on a trou-
ué par expérience., qu'à celuy qui en
auroit mangé deuant qu’vn scorpion
le morde, il n’ ad ui an droit aucun mal.
Et quant à la faculté des choses qui
entrent en la composition desdiles
pilules, l’aloés nettoye et purge, la
myrrhe résiste à pourriture, le mastic
roboreet fortifie, et le saffran res-
ioüit les facultés : partant nous con
durons qu’elles sont de merueilleux
effet, comme la raison et expérience
le demonstre. On les peut donner en
potion, comme le mesme autheur fai-
soit.
Autres pilules pour mesme effecl cl bien
expérimentées.
If. Aloës o • î-
Mirrhæ § . fi .
Croci orientalis 3 . j.
Agarici trochiscali 3. ij.
Rhabarbari elecli puluerisati 5. j.
Cinnamomi electi 3. ij.
Masliches 5. j. fi.
Seminis ci tri g . xij.
ruluerisentur omnia vt decet, et cum sy-
rupo capi.loruin vencris liai massa.
Laquelle on gardera bien enuelop-
pée dedans du cuir, et en prendras
comme dessus, plus ou moins, selon
qu’il sera necessaire. Et si lesdites pi-
lules estoient trop dures, on lesamol-
lira auec du syrop de limons, ou autres
semblables à cesteffet. Ces pilules qui
s’ensuiuent sont pareillement de
grande operation.
3f. Aloës lolæ § . ij.
Croci 3. j.
Myrrhæ § . fi .
Ammo. diss. in vino albo g . j.
TRI EM E LIVRE ,
Mell. ros. zedoariæ, santal. rubr. ana 3. j.
Boli armen. præp. 3. ij.
Corallirubri g fi.
Caphuræ 3.6.
Fiant pilulæ secundum artem.
La dose pour se preseruer est en
prendre tous les matins vne, et si on se
veut purger, on prendra vne dragme
au matin, qui est le temps le plus pro-
pre à faire les euacualions, à raison
que le sang domine, et est en sa force
et vigueur, aussi que les vertus sont
réparées par le repos de la nuit, et
que la digestion est faite. Ceux qui
ont le flux deshemorrhoïdes excessif
ne doiuent vser d’aucunes pilules où
il entre de l’aloés, de peur d’augmen-
ter le flux, et le faire trop grand et
impétueux.
D’abondant, les anciens escriuent,
qu’aprés la mort du roy Milhridates,
on trouuapar escritdesapropremain,
en son cabinet, entre ses choses plus
précieuses, que si quelqu’vn prend
deux noix de noyer seiches non moi-
sies, deux figues, vingt fueilles de
rue, et deux ou trois grains de sel
pilés et broyés ensemble, et en mange
la grosseur d'vne auelaine, puis sou-
dain aualle vn peu de vin, et ce deux
heures auant que prendre le repas,
cesluy iour celuy qui en aura pris ne
peut estre en danger de prendre au-
cun venin. Outre plus, ce remede est
singulier à ceux qui ont esté mords
ou piqués de quelque beste veneneu-
se, à cause de la rue principalement :
loutcsfois les femmes grosses n’en
doiuent vser aucunement, de peur de
nuire à leur fruit >, principalement
pour le respect de la rue, qui estant
chaude et seiche au troisième degré,
1 Ce paragraphe se terminait ici en I5G8 ;
ce qui suit est de 1575.
v*
DE LA PESTE.
purge violemment l’amarry, et fait
couler les mois promptement : dont
estant substraite la nourriture à l'en-
fant, il est necessaire qu’il meure.
On eslira les remedes cy dessus
mentionnés au goust de chacun, et
les changera-on par fois, de peur que
Nature n’en face habitude, et aussi
pour la diuersité des temperamens;
et si on n’en trouue de l’vn, on pren-
dra de l’autre.
CHAPITRE IX.
DES REMEDES PAR T1CVLIERS , OV CHOSES
QV’ON APPLIQVE PAR LE DEHORS.
Outre les choses cy deuant escrites
à prendre parle dedans, ne faut en-
cor négliger de tenir en la main quel-
ques choses aromatiques, astringen-
tes, et pleines de vapeurs, lesquelles
ayent propriété de chasser cest air
pestiféré, et empescher qu’il ne trou-
ue place en aucune partie de uostre
corps: aussi quelles ayent vertu de
roborerle cerneau et autres membres
principaux, lesquels eslans fortifiés,
confortent pareillement toute l’ha-
bitude du corps : comme sont la
rue, la melisse, rosmarin, scordium,
sauge, absinthe, doux de girofle,
muguet te, saflïan, racine d’angelique,
racine de liuesche, qui a pareille vertu
et autres semblables , lesquelles on
fera tremper vnenuitenfort vinaigre
et eau de vie : et en prendra on de
toutes ensemble la grosseur d’vn œuf,
enueloppée en vn mouschoir, ou en
vue esponge trempée et imbue en la-
dite eau : car il n’y a rien qui con-
tienne plus les vertus et esprits des
3/3
choses aromatiques et odorantes que
faitl’esponge, et partant on en doit
plustost vser que d’autre matière, soit
pour flairer au nez, ou pour appliquer
sur le cœur, pour faire epilhemes et
fomentations.
Or telles choses odoriférantes seront
diuersifiées selon que l’air sera chaud
ou froid : comme pour exemple, en
esté vous prendrez vne esponge trem-
pée en vn bon vinaigre rosat et eau
rose autant d’vn que de d’autre, ca-
nelleetcloux de girofle concassés, y
adioustant vn peu de saffran : et la
tenez enueloppée en la main dedans
vn mouschoir, et la sentez souuent .•
ou faites ainsi :
~2f. Absinlbij m. G .
Caryophyll. numéro x.
Radieis genlianæ et angelica; ana 3. ij.
Aceli et aquæ rosarum ana 3 • ij-
Thcriacæ et milhridalij ana 3. j.
Le toutsoit pilé ensemble, puiscn-
ueloppé en vn mouschoir auec vne
petite esponge : laquelle gardera que
la liqueur ne tombe. On peut aussi
enfermer telles choses en des boettes
de bois odoriférant, comme de ge-
néure,cedre, cyprès, lesquelles seront
trouées en plusieurs endroits, et te-
nues prés la bouche en les flairant
souuent. Aussi en pareil cas sera bon
de faire des pommes de senteurs ,
comme cesle-cy :
"if. Santali citrini, macis, corlicum citri, ro-
sarum, foliorum myrli ana 3. ij.
Benioin, ladani, styracis ana 3. ft.
Cinnamoini, croci ana 3. ij.
Caphuræ et ambræ ana 3.j.
Algaliæ, mosci ana g . iij.
Cum aqua rosarum infusionis tragacantbi
formetur pomum.
07/f LE VINGT-QVATRltfME LIVRE,
Autre.
'if.. Rosarum rubrarum , florum nymphææ ,
violarum ana g . j.
Sanlalorum omnium, coriandri, corticis
citri ana g . fi .
Caphuræ 5. j.
Puluerisentur omnia , et cum aqua rosarum
et tragacantho fiat pomum.
En hyuer vous pourrez vser d’vne
telle pomme :
if. Styracis calamitæ, benioin ana 3. j. fi.
Mosci, algaliæ ana 3. j.
Caryophyllorum, lauandulæ, cyperi ana
S.ij.
Radicis ireos Florentiæ et calami aroma-
tici ana 3. ij fi .
Ambræ griseæ 3. iij.
Gummi tragacantlii dissoluti in aqua
vitæ et rosarum quantum sufiicit.
Fiat pomum.
On peut pareillement porter sur
soy des poudres aromatiques, comme
d’ambre , styrax , iris de Florence,
noixmuguette, canelle, macis, doux
de girofle, saffran, benioin, musc,
camphre , roses, violettes de Mars,
squinant, mariolaine, et autres sem-
blables, et les sentir au nez. Et de ces
simples on en pourra faire des com-
posées, comme ceste-cy :
if. Radicis ireos Florentiæ 3. ij.
Cyperi, calami aromatici, rosarum ru-
brarum ana § . fi .
iCaryophyllorum 3. fi.
Styracis calamitæ 3. j.
Musci g . viij.
Misce, et fiat puluis in sacculo.
Autre poudre aromatique.
if. Radicis ireos Florentiæ S. ij.
Rosarum rubrarum, santali albi, styracis
calamitæ ana g . j.
Cyperi 3. j.
Calami aromatici g.j.
Maioranæ g. fi.
Caryophyllorum 3. iij,
Lauandulæ 3. (t.
Coriandri 3 ij.
Mosci boni 9. fi.
Ladani, benioin ana 3. j.
Nucis moscatæ, cinnamomi ana 3. ij.
Fiat puluis sublilis , concludatur sacculo.
D’auantage, on portera sur la ré-
gion du cœur, santal citrin, macis,
doux de girofle, canelle, saffran et
theriaque : le tout concassé, incor-
poré et arrousé de vinaigre bon et
fort et eau rose en esté , en hyuer
de bon vin ou maluoisie. Tous ces
remedes ainsi forts, et qui ont vne
grande vertu aromatique et vapo-
reuse, pleine d’esprits subtils, font
au corps de merueilleux effets , forti-
fient les parties principales, stimu-
lans la vertu expulsiue à chasser le
venin hors et prohiber qu’il n’entre
dedans : au contraire l’odeur puante
cause vne nausée ou volonté de vo-
mir et défaillance de cœur. Parquoy
ceux qui conseillent en temps de peste
prendre l’odeur des retraits et autres
lieux infectés, font mal, et contre
l’opinion d'Hippocrates , comme nous
démons! rerons cy après.
Or il ne suffit pas seulement porter
preseruatifs sur soy : mais on se
pourra lauer tout le corps de vinai-
gre, auquel on aura fait boüillir
graine de genéure , laurier , racine
de gentiane, souchet, hypericon, et
autres semblables, et y destremper
du theriaque ou methridat. Or le vi-
naigre est contraire aux venins
tant chauds que froids, et garde de
pourriture, d’autant qu’il est froid
et sec, qui sont deux choses contrai-
res et répugnantes à la putréfaction :
ce que l’experience monstre : car en
iceluy on, garde corps morts], chairs ,
DE LA PESTE.
herbes, fruits et autres choses , sans
qu’elles se pourrissent. Et si quel-
qu’vn veut obiecter que le vinaigre
n’est vtile à se lauer le corps , à cause
qu'il feroit obstruction des pores et
empescheroit la perspiration (ce qui
est fort conuenable à pourriture J, il
doit aussi considérer qu’on ne le met
seul, et que ses qualités froides et
seiches sont corrigées par les autres
choses meslées auec luy. Et partant
est bon d'en vser , comme nous auons
dit , et qui ne se voudra lauer tout le
corps , pour le moins on se frottera
les aisselles et la région du cœur , les
temples, les aines et parties génita-
les, parce qu’elles ont vn grand con-
sentement au cœur et à toutes les
parties nobles : parquoy seront frot-
tées et lauées de ce lauement, ou d’au-
tre fait de bonnes senteurs, ou de
cest onguent :
"if.. Olei rosati 5 iiij.
Olei de spica § . ij.
Pulueris cinnamomi , caryophyllorum
ana 5. j. G.
Assæ odoratæ. 5- fi*
Mosci g . vj.
Theriacæ 3. fi .
Terebentliinæ Venelæ 3. j. fi.
Ceræ quautum suflîcit.
Fiat vnguentum molle.
On peut pareillement mettre és
oreilles vn peu d’huile de mastic, ou
de sauge, ou de doux de girofle, ou
autres semblables , y délayant vn
peu de musc ou de ciuelte.
375
CHAPITRE X.
4
d’avcvnes choses ove l’on doit ob-
server OVTRE LES PRECEDENTES ,
POVR LA PRESERVATION.
En cest endroit ie veux bien en-
core déclarer aucunes choses , les-
quelles pourroient nuire à vn cha-
cun , et le rendre plus idoine à prendre
la peste : partant aussi est bon pour la
preseruation de les obscruer.
El sur toutes autres choses faut
euiter la fréquentation des femmes ,
d’autant que par icelle les forces et
vertus sont diminuées , et les esprits
se resoluent et affoiblissent , princi-
palement tost après le repas, pour-ce
qu’on débilite l’estomach, et par ce
moyen se fait crudité , de laquelle
procédé corruption et autres infinis
accidens : parquoy on peut conclure
que dame Venus est la vraye peste ,
si on n’en vse auec discrétion. Aussi
se faut garder de viure en oisiueté,
et manger et boire auec discrétion : car
telles choses engendrent aussi ob-
structions et des humeurs vicieux ,
dont ceux qui font tels excès sont plus
suiets à prendre la peste. Si les fem-
mes sont réglées de leurs fleurs , cela
les preserue beaucoup : aussi si elles
sont retenues, cela leur peut gran-
dement nuire, parce qu’en temps de
peste elles se corrompent facilement :
parquoy elles doiuent prendre garde
à les prouoquer , comme nous décla-
rerons cy après. Pareillement ceux
qui auront vieils vlceres , fistules et
galles , ne les feront cicatriser en
temps de peste, mais plustost en fe-
ront de nouuelles , à fin que par icel-
les , comme par vn esgoul de tout le
corps, le venin, si aucun [y en auoit
376
LE vingt-qvatriéme livre ,
on nous, se puisse euacuer sans s’y
accroupir aucunement. Aussi ceux
qui on t flux de sang- par le nez ou par
hemorrhoides, le laisseront fluer, et
ne I estancberonl s’il n’estoit excessif.
Bref en temps de peste, ne faut rete-
nir aucun ^humeur vicieux dedans le
corps , ny pareillement faire trop
grande euacualion.
Outre-plus on se doit garder audit
temps d’acheter choses esquelles l’air
peslilent se peut couuer aisément et
garder, comme en chanure, lin, lits
où auront couché les pes’iferés, four-
rures , habillemens de draps de laine,
1apisseries,et autres semblables. D’a-
uantage, il ne faut faire sa demeure
prés les cemetieres ( et principa-
lement prés de ceux esquels les corps
morts ne sont enterrés profondément,
comme ordinairement on fait à sainct
Innocent , de façon que quelquesfois
les chiens les deterrent et mangent )
ny prés des voiries , escorcheries ,
poissonneries, tanneries, teinturiers,
chandeliers , frippiers , reuendeurs ,
peaussiers , corroyeurs , et tous lieux
où on fond les métaux : ny souffrir
flenspréssa maison, et principalement
celuy des pourceaux , ny cloaques,
eaux croupies et charongneuses, et
semblables choses infectes et puantes.
D’auantage, ne faut aller aucune-
ment à la selle és retraits où on iette
les excremens des pestiférés. Aussi
faut euiter la fréquentation de ceux
qui hantent les malades de peste ,
comme les Médecins, Chirurgiens ,
Apoticaires, Barbiers, Prestres, gar-
des, seruiteurs et fossoyeurs qui en-
terrent les corps morts de peste : car
iaçoit qu’vn homme n’ait la peste,
neantmoins venant de l’air pestiféré ,
la peut porter auec soy en ses habil-
lemens. Ce qui est conneu par ex-
périence , que si on demeure quelque
temps en la boutique d’vn parfumeur,
sortant de là on sent le parfum , bon
ou mauuais, à raison que l’exhala-
tion et vapeur du parfum s’estend
parmy l’air qui est à l’entour , lequel
entre en nos habillemens, et par ce
moyen baille l’odeur qu’il areceu des
drogues du parfumeur : aussi l’air
pestiféré fait le semblable : partant
faut euiter telles choses.
Finalement il faut auoir esgardaux
choses appeilées non naturelles , des-
quelles nous en auons ja par-auant
louché aucunes : et adiouslerons en-
core qu’il faut euiter de se courrou-
cer grandement : car par la cholere
il se fait grande ébullition du sang et
des esprits, et dilatation des ouuertu-
res et conduits , et par ce moyen l’air
peslilent en tel cas engendre promp-
tement la fiéure pestilente , ce qu’on
a veu aduenir souuent. Au contraire,
il se faut tenir ioyeux, en bonne et
petite compagnie , et par fois oüyr
chantres et instrumens de musique ,
et aucunes fois lire ou oüyr lire quel-
que lecture plaisante , et principale-
ment de lasaincte Escrilure *. D’auan-
tage, il faut euiter le trop veiller la
nuit , les grands et excessifs mouue-
mens, l’ardeur du soleil, la faim
et soif, parce que telles choses es-
chauffent les esprits et causent la fle-
ure ephemere, de laquelle prouient
souuent la pestilentielle. Que diray-ie
plus? c’est que si quelqu’vn est con-
traint de faire sa résidence en vne
maison ou chambre d’vn pestiféré, il
la faut auparauant parfumer, et tout
reblanchir auec de la chaux : car le
venin pestiféré et contagieux s’atta-
che longuement aux parois2.
1 Cette phrase est une addition de 1585.
2 Ce dernier paragraphe a été également
ajouté en 1585.
DK LA
CHAPITRE XI.
DE L'OFFICE DES MAGISTRATS ET OFFI-
CIERS VVBLICS, QYI ONT LA CHARGE
DE LA POLICE.
Les Magistrats doiuenl faire tenir
les maisons et rues nettes , et n’y souf-
frir Tiens ny autres ordures, et faire
porter les bestes mortes et autres im-
mondices loing de la ville, et les en-
terrer profondément : aussi faire te-
nir les riuieres , puits et fontaines
nettes de toute impurilé : pareille-
ment defendre exprès de ne vendre
bleds corrompus, et chair infecte aux
boucheries , ny poissons altérés et
corrompus. Ils doiuent defendre les
estimes et bains, à raison qu’aprés
qu’on en est sorti, la chair et toute
l’habitude du corps en est ramollie ,
et les pores ouuerts : et partant la
vapeur pestiférée peut entrer promp-
tement dedans le corps et faire mourir
subitement : ce qu’on a ven aduenir
plusieurs fois, ils doiuent chasser et
tuer les chiens et chats , de peur qu’ils
n’apportent la peste des maisons aux
autres, pource qu’ils peuuent manger
le reste des malades pestiférés ou
leurs excremens , et par ce moyen
peuuent prendre la peste et la porter
ailleurs : toutesfois rarement en sont
malades, pource que leur tempéra-
ment n’y est pas disposé.
Us feront visiter les malades par
Médecins et Chirurgiens et Apoti-
caires gens de bien, expérimentés: et
sçauront ceux qui seront pestiférés,
et les feront séquestrer , les enuoyans
aux lieux estahlis pour les faire trai-
ter, ou bien les feront enfermer en
leurs maisons (ce que toutesfois ie
PESTIL ’ 377
n’approuue pas , mais plustost leur
defendre la conuersation des sains)
et les enuoyeront penser et alimenter
à leurs despens , s’ils ont de quoy, et
s’ils sont pauures aux despens des
deniers communs de la \ille. Aussi 11e
doiuenl permettre que les citoyens
mettent en vente aucuns meubles de
ceux qui sont morts de peste.
Ils doiuent fermer les portes de
leurs villes non encor entachées du
venin , pourobuier que les voyageurs
venons de quelque lieu infect ne leur
apportent la peste: car ainsi qu’vne
brebis galleuse peut infecter tout vn
troupeau , aussi vn pestiféré peut in-
fecter toute vne ville.
D’auantage, il doiuent faire pendre
vne nappe ou autre signal, aux fe-
nestres des maisons où aucuns seront
morts de peste. Il faut aussi que les
chirurgiens, et ceux qui conuersent
auec les pestiférés, portent vne verge
blanche en la main , lorsqu'ils iront
par la ville , à lin qu’ils lacent retirer
le peuple arriéré d’eux.
Pareillement ils feront enterrer
promptement les corps morts, par-ce
qu’ils se corrompent et pourrissent
plus en vne heure , que 11e feront en
trois iours ceux qui ne sont morts de
peste, et d’iceux s’esleuent certaines
vapeurs putrides par exhalation fort
fetide, voire plus sans comparaison
que lors qu’ils viuent, pour l’absence
de la chaleur naturelle , qui tenoit en
bride et temperoit la pourriture : et
de lait , on voit que les corps morts
de peste ne sont mangés d’aucun ani-
mal : mesme les corbeaux n’y touchent
point, et s’ils en mangeoient, ils
mourroient soudainement. Car com-
bien que vrayement les esprits des
corps morts ne se communiquent pas
si aisément comme des vin ans, à
LE VINGT-QVATREÉlUE LIVRE ,
378
cause de l’expiration et transpiration
perdue, si sont-ils plus pernicieux1.
D’au a otage, pour connoistre qu’vn
homme est mort de peste , est que
toute la cbarnure de son corps est
fort mollaslre, qui est cause de la
putréfaction : car bien que ceste mol-
lesse fust aussi au malade estant vif,
toutesfois à cause de la pourriture
adgmentée, elle est aussi augmentée,
principalement après que la vie et
chaleur naturelle est esteinle. Dont
connoissant, tant par les signes des
susdits, que par ceux qui auront pré-
cédé en la maladie , qu’vn homme
sera mort de peste, on le doit enter-
rer en vu lieu à ce destiné le plustost
que faire se pourra , comme nous
auons dit.
Or pour ce qu’entre toutes les
choses qui peuuent rectifier l’air, le
feu est le plus requis et singulier, on
imitera en cecy Hippocrates, lequel
( ainsi que les anciens nous ont laissé
par escrit) fit cesser vne grande et
merueilleuse peste en la ville d’ Athè-
nes, en faisant faire grands feux la
nuit par les maisons et parmy les
rues de la ville et autour d’icelle, et
ietter sur la braise choses odorifé-
rantes, comme genéure, et térében-
thine , genest , et semblables choses
rendans grande fumée aromatique,
et par ce moyen la peste cessa : par-
quoy les citoyens luy firent eriger
vne statue d’or au milieu delà place,
et par eux fut adoré comme vn Dieu
et conserualeur du pays : ce que ia-
mais n’auoit esté fait à aucun.
Outre plus, Leuinus Leuinius au
liure 2. de occultis naturœ miracuiis ,
chapitre 10 dit , que la peste estant à
Tournay, les soldats pour y preuoir
1 Cette dernière phrase a été ajoutée en
1675.
mettoient de la poudre à canon sans
boulet dedans les pièces d’artillerie,
qu’ils delaschoient la nuit , et sur le
point du iour : ainsi par ce son vio-
lent et odeur fumeuse, la contagion
de l’air fut corrigée et chassée , et la
ville deliurée de peste. Partant les
magistrats, pour bien s’acquitter de
leur charge enuers la republique,
feront aussi toutes choses necessaires
pour présenter leur ville.
Que diray-je plus? C’est qu’ils doi-
uent auoir l’œil sur certains larrons,
meurtriers et empoisonneurs , plus
qu’inhumains, qui gressent et bar-
bouillent les parois et portes des
bonnes maisons, de la sanie des char-
bons et bosses, et autres excremens
des pestiférés , à fin de les infecter ,
pour puis après auoir rqoyen d’entrer
dedans , piller et desrobber, voire
estrangler les pauures malades en
leur lit : ce qui a esté fait à Lyon l’an
1505. O Dieu , que tels galands mé-
ritent grande punition exemplaire !
que ie laisse à la discrétion desdils
magistrats qui ont charge de la po-
lice.
CHAPITRE XII.
COMMENT I.’ON DOIT PROCEDER A L’E-
LECTION DES MEDECINS, CH1RVRGIENS
ET AI’OTIC AIRES, POVR MEDICAMENTER
LES PESTIFERES.
Quant aux Médecins , Chirurgiens
et Apoticaires, lesdils magistrats esli-
ront gens de bien et expérimentés
pour secourir le pauure peuple, non
par le son de trompette , faisans pro-
clamer (pour auoir bon marché d’vne
mauuaise marchandise ) que s’il y a
aucuns compagnons barbiers etapo-
DE LA PESTE.
ticaires qui veulent penser les pesti-
férés, qu’ils seront pour cela receus
maistrcs. O Dieu ! quels bons inais-
tres ! en lieu de guarir, ils font le
plus souuentparleurimperitie ouurir
le ciel et la terre , parce que iamais
n’aurons veu ni conneu vn seul ma-
lade de ceste maladie : parquoy ils
seront cent fois plus à craindre que
les brigans et meurtriers guettans par
les bois et chemins , parce qu’on les
peut euiter et chercher vn autre
chemin : mais le Chirurgien est cher-
ché du pauure pestiféré, qui tend la
gorge , espérant auoir secours de
celuy qui luy oste la vie. Que s’ils
prennent quelques Médecins et Chi-
rurgiens expérimentés , ce sera par
faulses promesses ou par violence,
menaçant de les chasser à iamais de
leurs villes. le vous laisse à penser,
messieurs, commeles panures malades
peuuent estre bien traités, si ceux
qui sont ordonnés pour les médica-
menter y sont employés par ceste
force et violence : puis l’accident
passé , sont cassés de leurs gages :
et voila les pau lires Médecins , Chi-
rurgiens , Apoticaires et Barbiers à
blanc , lesquels ayans ceste marque
d’auoir esté constitués à penser les
pestiférés, tout le monde après les
fuit comme la peste mesme , et ne
sont plus appelés à l’exercice de leur
art : puis leurs compagnons les
voyans après quasi mendier leur vie,
doutansde tomber puis après en tel de-
sastre dcpauureté, qu'ils craignent
cent mille fois plus que la peste , n’y
veulent aller : car c’est vne grande
peste à l’homme, n’auoir point d’ar-
gent pour secourir sa pauure vie.
Partant ie supplie messieurs les
Magistrats, qu’ils eslisent (comme
i’ay dit) gens bien expérimentés pour
secourir les malades pestiférés , et
379
leur donnent vne pension lionneste,
non seulement pendant la nécessité,
mais toute leur vie. Adonc ne faudra
nulle trompette : mais au contraire se
présenteront au seruice d’eux et de
leurs citoyens.
CHAPITRE XIII.
CE QVE DOIVENT FAIP.E CEVX OVI SE-
RONT ESLEVS A PENSER ET MEDICA-
MENTER LES PESTIFERES.
Premièrement il faut qu’ils con-
sidèrent qu’ils sont appellés de Dieu
en ceste vocation pour exercer la
Chirurgie : partant y doiuent aller
d’vn franc courage sans aucune
crainte, ayans ferme foy que Dieu
nous consei lle et oslo la vie ainsi et
quand il luy plaisl : toutesfois (comme
i’ay dit cy deuant) ne faut négliger
et mespriscr les remedespreseruatifs,
ou autrement nous serions accusés
d’ingratitude, veu que Dieu nous les
a donnés» ayant tout fait pour le bien
de l’homme.
Doncques les Chirurgiens qui seront
appellés pour medicamenter les ma-
lades de peste, se feront purger et
saigner s’ils en ont besoin , à fin de
rendre leurs corps nets , et non dis-
posés à prendre ce venin : puis après
se feront deux ouuerlures (s’ils n’a-
uoient quelque vlcere qui coulast)
auec cautères potentiels : l’vne au
bras droit vn peu au dessous du mus-
cle Epomis , l’autre trois doigts au
dessous du genoüil senestre partie
externe : car véritablement on a con-
neu par expérience , que ceux qui
auoient telles ouuerlures n’ont esté
suiets à prendre la peste, et n’ont
receu aucun mal, combien qu’ils fus-
38o
LE VINGT-QVATRlÉlVIE LIVRE,
sent journellement auecles pestiférés.
Pareillement ils selaueront bien sou-
vent tout le corps auec cesle eau , la-
quelle a grande vertu aromatique, et
est fort pleine d’esprits vaporeux et
subtils, et du tout contraire à tel
venin.
E'ju preserualiue.
"if. Aquæ rosarum , aceli rosati aut sambu-
cini, vini albi aut maluatici ana 1b. vj.
Rad. enulæ campanæ, angelicæ, gen-
tianæ, bistortæ, zedoariæ ana 5.iij.
Baccarum iuniperi et hederæ ana 5 ij.
Saluiæ , rorismarini , absinthij , rutæ
ana in. j.
Corticis citri 5 . fi .
Theriacæ, rni lliridalij ana 5 . j.
Conquassanda conquassenlur , et bulliant
lento igni , et seruentur ad usum.
On se lauera tout le corps de ceste
eau auec vne esponge , la faisant vn
peu tiédir. Et mesme conuient en la-
uer la bouche et en tirer vn peu par
le nez , aussi en mettre quelque pe-
tite quantité dedans les oreilles.
Ils doiuent pareillement porter et
poser sur la région du cœur vn sa-
chet ou epilheme, semblable à ceux
que nous auons descrits cy deuant.
Sur quoy Iean Baptiste Theodose, en
la seconde de ses Epislres medecinciles,
escrite à Athanase médecin florentin,
dit estre vtile qu’on porte de l’arse-
nic ou autre poison sur la région du
cœur, à fin qu'il accoustume le cœur
au venin , et que par ainsi il en soit
moins offensé, d’autant que tous ve-
nins cherchent le cœur. Toutesfois tu
noieras sur ce propos ce que nous en
auons dit auparauant. Leurs habille-
mens seront de camelot , sarge d’Ar-
ras, satin, taffetas, ou semblables. Et
s’ils n’ont la puissance, ils auront du
marroquin, ou trilly d’Allemagne, ou
autre belle toile noire : et non dedrap,
ny de frise, ou de fourrure, de peur
que le venin n’y soit reserué, et qu’ils
puissent porter la mort aux sains. Ils
changeront souuent d’habits, che-
mise et de linceux, si leur commodité
le porte, et les parfumeront en fumée
de choses aromatiques : et lors qu’ils
approcheront des malades, se garde-
ront de prendre leur haleine et l’o-
deur de leurs excremens, et pareille-
ment de se couurirde leurs liabille-
mens ou couuerture, ny manger et
boire auecques eux, ou le reste qu’ils
auront touché de la bouche.
Plus, il leur conuient desieuner de
bon matin : et s’ils abhorrent le man-
ger, comme font aucuns, en lieu d’a-
limens ils pourront prendre quelques
medicamens preserualifs , desquels
nous auons cy deuant fait mention:
et lors qu’ils approcheront du ma-
lade, ils tiendront en leur bouche vn
clou de girofle , ou vn peu de ca-
nelle , ou de racine d’angelique , ou
graine de genéure , ou autres choses
alexiteres, pour occuper et emplir les
spaliosilés vuides: et ainsi la vapeur
pestiférée ne pourra trouuer place
pour s’y loger.
l’allegueray icy, pour exemple du
danger qu’il y a de hanter les infectés,
ce qui m’aduint vne fois allant penser
vn pestiféré, qui auoit vn bubon pes-
tiféré en l’aine dextre, et deux grands
charbons au ventre : prés duquel es-
tant arriué, ie leuay de dessus luy le
drap et la couuerture, dont après me
vint saisir vne odeur très fetide, pro-
uenant tant de la sueur de son corps,
que de l’exhalation putride du cou-
lement de la boue de son aposteme et
de ses charbons : et lors ayant esté
englouti de ceste vapeur, ie tombay
promptement à terre comme mort,
ainsi que font ceux qui syncopisent,
c’est à dire à qui le cœur defaut, mais
DE LA PESTE.
sans aucune douleur , ny mal de
cœur, signe manifeste que la seule
faculté animale esioit offensée: puis
tosî après m’estant releué, il me sem-
bioit que la maison tournast sens des-
sus dessous , et fus contraint d’em-
brasser vn des pillicrs du lit où esioit
couché le malade, autrement ie fusse
tombé de rechef. Et ayant quelque
peu de temps repris mes esprits, i’es-
ternuay dix ou douze fois, auec vne
telle violence que le sang me sortit
par le nez : qui fut cause, à mon opi-
nion (sauf meilleur iugement) que la
vapeur pestiférée ne me fit aucune
impression. Or ie laisse au lecteur à
philosopher si la mort ne s’en fust pas
ensuiuie , n’eust esté la force de la
vertu expultrice de mon cerueau ,
veu que tous mes sens, et principale-
ment la faculté animale, me défailli-
rent en vn moment, qui sont les ins-
trumens de l’ame.
Pour ces choses, ie conseille tant aux
médecins qu’aux chirurgiens, mesmes
à tous ceux qui fréquentent ceux qui
sont infectés de ceste pernicieuse ma-
ladie, qu’ils se gardent, tant qu’il leur
sera possible, de receuoir leur ha-
leine et vapeurs de leurs excremens ,
tant gros que liquides et vaporeux :
aussi qu'ils desieunent les matins ,
ou prennent quelque contre-poison
auparauant que de les aller voir, à
fin de mieux se munir contre le venin
pestiféré. Et pour conclusion, on ob-
seruera toutes choses que l’on con-
noistra estre profitables ou nuisibles
en ceste maladie pestilente, à tin de
les suiure ou euiler selon qu’il en
sera besoin, reconnoissant toulesfois
que la preseruation gist plus en la
prouidence diuine qu’au conseil du
médecin ou chirurgien.
38 1
CHAPITRE XIV.
DES SIGNES DE LA PESTE PRESENTE.
Plusieurs désirent sçauoir les signes
de la peste présenté , à fin d’y pour-
uoir de bonne heure, pour-ce qu’or-
dinairement on y est deceu : et le
commun peuple ne la connoist iamais
iusques à ce qu’il sente quelque dou-
leur et apostemes aux emonctoires,
ou quelques taches sur le corps, ou
charbons : qui est trop tard, parce
que plusieurs meurent deuant que
telles choses apparoissent : parquoy
ne faut lousiours attendre tels acci-
dens, mais faut prendre indication
qu’en la peste, le cœur, auquel gist la
vie, est principalement assailli, et en-
dure plus que tous les autres mem-
bres: dont les signes pris de luy sont
plus certains que de nulle autre par-
tie principale.
1. Signe de la peste présente l. Par-
quoy les malades frappés de peste
ont souuent défaillance de cœur, et
tombent comine esuanoüis.
2. Signe. Le pouls est quelquesfois
remis , et parfois trop frequent , et
principalement la nuit.
3. Signe. Ils sentent des ponctions
et démangeaison par tout le corps, et
principalement aux narines, comme
piqueures d’espingles , qui procèdent
de la vapeur maligne, montant des
1 Le texte de tous les signes se suivait sans
interruption, et souvent même sans sépa-
ration des phrases dans l’édition primitive;
mais l’édition de 1575 et toutes les autres
ensuite ayant accusé chacun de ees signes
par une note marginale, il m’a paru conve-
nable de faire usage de ces notes pour le
texte.
382
LE VINGT-QVATRIEME LIVRE ,
parties inferieures à la superficie du
corps et à la leste.
4. Signe. Ils ont semblablement la
poitrine chaude et ardente , auec
grande palpitation et battement de
cœur, disans sentir grande douleur
sous le mammelon du tetin senestre ,
auec courte baleine et grande diffi-
culté de respirer : et balcttent comme
vn chien qui a grandement couru , à
cause que le diaphragme , principal
instrument de la respiration, ne pou-
uant auoir son mouuement naturel,
redouble incontinent, et auance le
cours de la respiration et expiration.
5 .Signe. Pareillement ils ont toux et
douleu r d’es tom ach , enlleu re de flancs
ou costés : pour-ce qu’à cause de la
débilité de la chaleur naturelle , se
multiplient beaucoup de ventosités,
qui sont cause de ladite extension :
voire que le ventre en est quelqucs-
fois si fort enflé , qu’on diroit estre
vne espece d’hydropisie nommée
TympanUes ■
6. Signe. D’auantage, ils ont nausée,
ou appétit de vomir, c’est à dire que
restomach leur bondit : qui vient à
raison qu’il a connexion auecques les
parties nobles, et se ressentent du ve-
nin mortel de tout le corps : autres
ont grands vomissemens et frequens,
iellans vne cholere iaune, et aucunes-
fois verde ou noire , correspondante
aux selles en variété de matière et
couleur : et à aucuns sort le sang
tout pur en grande abondance ,
non seulement par le vomisse-
ment, mais aussi quelquesfois par
le nez, par le siégé et par la verge, et
aux femmes par leur matrice : et
ceux-là ne passent gueres le troi-
sième iour, tant est grande l’acrimo-
nie du venin.
7. Signe. Aucuus ont grande froi-
dure aux parties extérieures, mais
neantmoins sentent vne extreme cha-
leur et ardeur merueilleuse au de-
dans. Or la cause pour laquelle nous
voyons qu’és fiéures pestilentielles le
dedans brusle, et le dehors est froid,
c’est pour-ce qu’il y a inflammation
en quelque partie profonde du corps,
en sorte que toute la chaleur auec le
sang et les esprits est attirée comme
d’vne ventouse : par les parties inté-
rieures enflammées, dont les parties
extérieures apparoissent froides : et
alors la face se monstre hideuse , et
est veuë de couleur plombée et liuide,
les yeux ardens, estincelans, rouges
et comme pleins de sang , ou d’autre
couleur, et larmoyans.
8. Signe. Le tour des paupières est
liuide et noir, comme si elles auoient
esté battues et meurdries, et ont la
face hideuse à voir et tout le corps
iaunastre, tellement qu’ils ne res-
semblent point à eux-mesmes, de fa-
çon qu'on les deconnoist : et telle
chose signifie la mort proche.
9. Signe. Aucuns ont la lîéure si
tres-ardente, qu’elle cause vlceres au
profond de la gorge et autres parties
de la bouche , auec vne seicheresse
qui rend la langue aride et seiche, li-
uide et noire, accompagnée d’vne al-
teration et chaleur si grande, qu’ils
se disent brusler comme s’ils estoient
dedans vn feu, auec vne extreme
douleur de teste , qui le plus souuent
les fait resuer, de sorte qu’ils ne peu-
uent jamais reposer ny dormir : et
tombent en vne fureur cruelle, comme
frénétiques, s’enfuyans tous nuds, se
iettans és puits, riuieres, et par les té-
nestres se precipitans du haut en bas.
Au contraire, ils sont quelquesfois en
vne si grande resolution de tous les
membres , qu’ils ne se sçauroient
soustenir , et aussi sont au commen-
cement tant endormis , qu’on ne les
DE LA PESTE.
383
peut esueiller, pour-ce que la cha-
leur de la Heure fait esleuer à la teste
des vapeurs grosses, crues et froides,
lesquelles abondent au corps : ce qui
aduient communément lors que la
matière de la bosse ou le charbon se
fait, ou petites taches et éruptions es-
parses au cuir, qui souuent s’appa-
roissent à leur resueil, accompagnées
d’vne sueur fort puante. Or lesdites
exhalations et fumées acquièrent sou-
uent acrimonie, et sont quelquesfois
si mordantes qu’elles gardent les ma-
lades de dormiretleurincitent grande
douleur de teste , qui les fait tomber
en resuerie , puis frenesie , manie et
rage. Parquoy la variété de ces der-
niers signes et accidens ne procédé
que de la diuersité du venin pestiféré,
et des températures des malades.
Qu’il soit vray , nous voyons en cer-
taines saisons ce venin exercer diuer-
sement sa tyrannie , voire en toutes
températures , et extraordinairement
et egalement à plusieurs et de toutes
aages et lemperamens, comme nous
auons cy deuant monstré de la suette,
trousse-galand , coqueluche, et au-
tres maladies epidemiales.
10. Signe. Quant est de la diuersité
des températures, ceux qui sont de
complexion chaude , comme les san-
guins et cholériques , on voit estre
souuent vexés de fiéures ardentes, et
tombent souuent en furie : au con-
traire, les melancholiques et pitui-
teux estre tant assoupis et endormis
qu’à peine on les peut resueiller. Les
vrines ne sont pas tousiours, ny en
tous, trouuées d’vne mesme couleur
et consistence : car quelquesfois elles
sont trouuées semblables à celles des
sains, à sçauoir belles en couleur et
bonnes en leur substance , à raison
que la Heure fait plus son effort de-
dans les arleres, qu’és veines conte-
nantes le sang, duquel procédé l’v-
rine : veii que le foye le plus souuent
ne souffre si fort en vne Heure pesli-
lente que les autres parties, et sur
toutes le cœur, mesmement quand il
n’y a point de tumeur apparente aux
aines, où cela se fait : pour-ce que les
humeurs contenus aux vaisseaux ,
iaçoit qu’ils soient en chemin , et
comme in fieri 1 d’estre viciés et enta-
chés de ce venin, ce neantmoins ne
sont point pourris ne corrompus :
ceste corruption estant vrayement ja
parfaite eu la substance des esprits
(supposé que telle peste est de celles
qui ont leur cause et origine de la
malignité de l’air) et p’iceux n’ayant
encores passé et coulé dans les hu-
meurs ; car si la pourriture estoit ja
imbue en iceux, ils en donneroient
certain tesmoignage par les vrines,
qui sont certains et propres signes des
affections des humeurs contenus aux
veines. Et parlant ne deuons point
estimer que cela aduienne (comme
aucuns ont pensé) à raison que Na-
ture, comme cspouuantée et fuyante
la malignité de ce venin, n’ose assail-
lir la maladie. Aucuns ont les vrines
fort dissemblables des sains, desquels
nous parlerons cy après.
11. Signe. Pareillement aucuns iel-
tent par le siégé vne matière fort lc-
tide, liquide, subtile, gluante, et de
diuerses couleurs : ce que déclarerons
aussi.
12. Signe. Il y en a d’autres qui ont
l’appétit depraué , ou du tout perdu,
tellement qu’on en a veu qui ont de-
meuré trois ou quatre iours sans
manger : ce qui procédé d’vne dou-
leur mordante et poignante qui est
1 Ceci est le texte de 1575; l’édition pri-
mitive portait : iuçoil qu’ils soyent vitiez et
attachez de ce venin.
384 LE VINGT-QV ATR I ÈME LIVRE,
enl’estomach, laquelle prouient des
vapeurs veneneuses enuoyées à ice-
luy .
Et pour le dire en vn mot, on voit
en ceste pernicieuse peste vne grande
bande et multitude de plusieurs es-
peces de symptômes et accidens con-
fus sourdre journellement , qui se
font selon la pourriture et alteration
de l’air, et la cacochymie et mauuaise
température de ceux qui en sont
frappés. Parquoy faut b en icy noter
que tous ces signes et accidens ne se
trounent pas lousiours en vne lois,
ny en toutes personnes, mais à au-
cuns s’en appvrçoiuent plusieurs, à
autres peu, voire à grande peine voit-
on deux hommes , infectés de ceste
contagion , auoir semblables acci-
dens : et qui plus est, il y a aucuns à
qui ils apparoissenl subii et dés le
commencement , et les autres plus
tard Et de tous ces signes, il y en a
qui sont totalement mortels, autres
moins mauuais, et d’autres ambigus,
y
CHAPITRE XV.
DES SIGNES MORTELS DE LA PESTE.
Les signes mortels, et qui dernons-
trentle cœur estre saisi, sont fiéures
très ardentes et continues , la langue
aride et seiche, de couleur noire, et
quand les malades ont grande diffi-
culté d’inspirer, tellement qu’ils ont
plus de peine à attirer l’air qu’à le
rendre : qui se fait pour la veliemenle
chaleur qu’ils ont au corps : et ont
vne soif si grande qu’on ne la peut
esteindre.
Autres ont veilles continuelles ,
dont s’ensuit resucrie et alienation
d’esprit, et souuent meurent comme
furieux et enragés. Aucuns ont vne
contraction ou conuulsion de tous les
membres, défaillances frequentes de
cœur, accompagnées de hocquets, et
tombent souuent en syncope
Autres ont vne palpitation ou trem-
blement de cœur, qui est vn mouue-
ment manifeste de la vertu expul-
trice qui s’efforce de repousser le
venin, qui luy est du tout contraire
et mortel. Le pouls pareillement se
meut hasliuement et excessiuement
sans mesure, qui monstre que la fa-
culté vitale est grandement enflam-
mée, et alors les malades sont en
grande agitation et inquiétude, c’est
à dire se remuent çà et là, sans qu’ils
se puissent tenir à recoy et en re-
pos : et ont appétit continuel de vo-
mir, qui prouient de la vénénosité de
la matière, laquelle se communique
au cœur et à l’orifice de l’estomach :
et le vomissement est puant et de
matière vcrde, comme jus de por-
reaux , et quelquesfois de couleur
noire ou rouge : aussi aucunesfois
est de sang tout pur, comme nous
auons dit, et ont sueur froide , la
face liuide, hideuse et noire, et le re-
gard esgaré. Ils ont semblablement
grand tressaillement, frémissement et
aiguillonnement entre cuir et chair,
baaillement et estendue des mem-
bres, tournans les yeux en la teste,
et parlent enroüé et bégayent, voire
quelquesfois dés les premiers iours ,
et ne ratiocinent pas, et quand on
parle à eux, ils ne respondent à pro-
pos. Ils ont la langue fort aride et
seiche, liuide ou noire qui se fait des
exhalations putrides qui l’eschauffent
et desseichent, leur causant des es-
corcheures en la bouche.
Outre plus, aucuns ont les vrines
liuidcs ou noires, et troublées, comme
grosse lexiue, et y voit on des nuées
DE LA l'ESTE.
385
liuidesetde diuerses couleurs, comme
verdoyante, plombée ou noire, qui
est vu vray signe mortel. Aussi quand
on voit vn cercle par dessus, comme
graisse, ou toiies d’araignées iettées les
vnes sur les autres.
Si les malades ont charbons, et la
chair d’iceux est noire et seiche ,
comme vne chair bruslée, et les par-
ties prochaines liuides , les bosses ,
charbons et taches retournans au de-
dans et n’apparoissans plus au de-
hors : flux de ventre cholérique, qui
ne donne aucun allégement au ma-
lade , fort fetide, liquide, subtil ,
gluant, et dediuerse couleur, comme
noire, verdoyante, ressemblante à
verd de gris , et de tres-mauuaise
odeur, auec grande quantité d vers,
qui dénoté grande corruption et
pourriture aux humeurs : s’ils ont vn
esbloüissement qui vient par l'imbé-
cillité et defaut des esprits, et de
toute l’œconomie de Nature qui ja
commence à chancelier : si la chaleur
naturelle, se retirant au dehors,
fuyant ce venin, esmeut vne sueur
fort puante, et les yeux du malade
s’enfoncent pour l’absence de ladite
chaleur, accompagnée du sang et
esprits : si le bout du nez est retors
auec vn ris sardonic, c’est à dire vn
ris forcé, qui se fait pour la retraction
des fibres disséminées aux muscles
de la face, desseichés par l’absence
du sang et de l’esprit animal : si aussi
les ongles noircissent, comme appro-
chans d’vne mortification : puis sur-
uiennent sanglots et commision vni-
uerselie pour la resolution des nerfs,
si qu’en fin la pauure chaleur natu-
relle demeurant suffoquée et estein-
te, induhitablement la mort s’ensuit.
En tous ces signes ne faut saigner,
mais bailler choses cordiales aux ma-
lades, et les recommander à Dieu.
Neanlmoinsie prie les Chirurgiens de
non laisser et abandonner les pau-
mes malades, encores qu’ils eussent
tous ces signes mortels, mais tous-
iours s’efforcer à faire ce que l’art
commande : car Nature fait qucl-
quesfois choses merueilleuses contre
l’opinion des Médecins et Chirur-
giens, ainsi que i’ay demonstré cy
dessus en mon liure des Playes de
harquebuses-
Or pour conclusion, la diuersité de
ces accidens vient pour la diuersité du
venin, et des temperamens, et de l’air
ambiens : et tant plus on trouuera
des signes et accidens susdits, tant
plus les panures pestiférés sont pro-
ches de la mort : mais si vn ou deux
apparoissent seulement, il n’est pas
necessaire qu’ils meurent :ioint aussi
que plusieurs de ces signes sont com-
muns à d’autres maladies.
CHAPITRE XVI.
DES SIGNES PAR LESOVELS ON PEVT
CONNOISTRE QVE LE MALADE EST IN-
FECTÉ DE LA PESTE VENANT DV VICE
DE L’AIR, ET NON DES HVMEVRS.
Encores que nous ayonsamplement
déclaré les signes de la peste pré-
sente, si est-ce que considerans qu’il y
a deux sortes de peste, pour la diuer-
sité des causes : l’vne prouonante du
vice de l’air, l’autre de la corruption
des humeurs, nous auons bien voulu
spécifier les signes qui sont propres à
l’vne et à l’autre, commençans par
celle qui vient du vice de l’air.
Donc les signes par lesquels on la
pourra connoistre sont tels, à sça-
uoir, qu’elle est plus maligne et con-
tagieuse , et les hommes meurent en
25
in.
386
LE VINGT-QVATRIEME LIVRE ,
plus grand nombre et plus subite-
ment : car plusieurs faisans leurs ac-
tions accoustumées, se pourmenans
par les temples et rues sans aucune
contagion apparente, meurent en peu
d’heures, voire promptement, sans
sentir auparauant aucune douleur :
par ce que l’air , corrompu par sa vi-
rulence , gaste promptement les es-
prits, et suffo iue le cœur d’vn feu ca-
ché. D’auantage, les malades ne sont
si tourmentés d'inquietude, et ne se
iettent point çà et là, pour ce que la
force naturelle est du tout prosternée
et abbatue : et partant ils ont conti-
nuelle défaillance de cœur, et à plu-
sieurs ne suruiennent bubons ou au
très pustules, ny aucun flux de ventre,
à cause que le venin pestiféré abbat
tellement les forces et le cœur, qu’ils
ne peuuent chasser d’eux aucune
chose nuisible, qui est cause de la
mort ainsi subi e. Leur vrine est sem-
blable à la naturelle, parce qu’il n’y
a point de vice aux humeurs, d’au-
tant que les vrines demonstrent cer-
tainement le vice qui est aux hu-
meurs, comme il a esté déclaré cy
deuant.
CHAPITRE XVII.
SIGNES QVE LE MALADE EST INFECTÉ DE
LA PESTE PROVENANT DE LA CORRVP-
TION DES HVMEVRS.
Nous auons par cy deuant déclaré
les causes de la corruption des hu-
meurs de noslre corps , laquelle se
fait comme d’vne trop grande pléni-
tude, ou par obstruction des vaisseaux
des viscères ou entrailles, causée par
humeurs espais et visqueux, ou par
in température ou malignité de ma-
tière, toutes lesquelles choses se font
par la mauuaise maniéré de viure : il
faut maintenant déclarer les signes
par lesquels on peut connoistre vu
chacun humeur dominant estre in-
fecté et corrompu, à fin de contrarier
à iceluy.
Quand donc on verra la couleur de
tout le corps estre plus iaune que de
coustume , cela demonstre que le
corps abonde en cholere : si elle est
plus fluide et noire, en melancholie : si
elle est plus blanche, en pituite ou
phlegme : et si elle est plus rouge, et
les veines sont fort enflées, il abonde
en sang : aussi les apostemes et pus-
tules tiennent semblablement la cou-
leur de l’Juimeur qui cause icelles :
pareillement les excremens, comme
vomissemens , les selles et vrines.
Aussi si le malade est fort assoupi et
endormi, cela demonstre la pituite :
au contraire, s’il a veilles, demonstre
la cholere. Semblablement la nature
de la fié uré demonstre l’humeur qui
abonde ,:rcar la liéure tierce demons-
tre la cholere, la quarte la melan-
cholie, la quolidiane la pituite, la
continue le sang. Le temps le demons-
tre pareillement : car au priu temps
le corps accumule plus de sang , en
cslé de la cholere : en automne la
melancholie, en byuer la pituite do-
mine. Après s’ensuit le pays, lequel
s’il est temperé, le sang abonde : s’il
est chaud et sec, la cholere : s’il est
froid et humide, la pituite. D’auanta-
ge, l’aage le demonstre : caries ieunes
abondent plus en sang, et les vieux
en phlegme. Finalement l’art et ma-
niéré de viure : car ceux qui cuisent
les métaux, et fabriquent ouurages
métalliques, comme mareschaux, ser-
ruriers, orféures, affineurs, fondeurs
de lettres, abondent plus en cholere :
les se dent aires, estudiaus,etpescheurs,
DE LA PESTE.
en pituite. Voila les obseruations
qu’on doit auoir pour connoistre vn
chacun humeur dominant en noslre
corps, à fin de le purger quand il en
sera besoin. Or pour desboucher les
orifices des vaisseaux, tant du foye,
que de la rate et des reins, les medi-
camens doiuent auoir faculté et puis-
sance d’inciser, penetrer, atténuer, et
delerger : ce que ie laisse à faire à
messieurs les médecins Et faut icy
noter , que communément les hu-
meurs se pourrissent en temps de
peste, dont se font non seulement des
fleures continues, mais aussi des in-
termittentes, c’est à dire qui laissent
le malade vn ioiir ou deux, plus ou
moins, sans fiéure, puis l’assaillent
de rechef, comme font les fleures
tierces et quartes : ce qui se fait selon
la diuersité de la pourriture de l’hu-
meur dont elles sont faites, comme
nous auons dit par cy deuant.
Pareillement on les peutconnoistre
par les accidens : comme si la peste
est en l’humeur cholérique, elle occit
la plus grande part des hommes, et
meurent promptement : el ont vomis-
semensassiduels de couleur iaunastre
et flux de ventre, auec exlremes dou-
leurs el désir perpétuel d’aller à la
selle, parce que la cholere pique et
vlcere les boyaux : aussi ont vneinap-
petence, et tout ce qu’ils boiuent et
mangent leur semble amer. S’ils ont
quelques éruptions ou tumeurs con-
tre nature, elles sont trouuées auec
peu d’enfleure, et de couleur citrine.
Quand elle est aux grosses humeurs,
et au sang adusle , elle occit plus
tard , et les malades ont grandes
sueurs, flux de ventre de diuerses
couleurs, et principalement sangui-
nolentes, et ietlent souuent le sang
pur : ils ont communément bubons
et charbons , ou éruptions par tout
387
le corps , auec grandes tumeurs en-
flammées, fleures continues et délires,
et l'haleine puante. Lors qu’elle est
à l’humeur pituiteux, ils ont lassi-
tudes de tous les membres , et tout le
corps bien fort appesanti, et sont
grandement endormis et assoupis, et
à leur resueil ont un tremblement
vniuersel de tout le corps , qui se fait
pour l’obstruction des conduits clos
aux esprits : et s’il y a quelques bu-
bons, charbons ou éruptions, elles
sont laxes et de couleur blanchaslre,
et difficiles à suppurer. Et quand
l’humeur melancholique en est vicié,
les malades sont fort attristés, ayaws
grande pesanteur et douleur de teste,
et ont le pouls petit et profond , et la
couleur de leur aposteme , voire de
tout le corps , plombée et noire : car
chacun humeur donne sa couleur au
cuir. Or qui demonslre encore les
humeurs eslre corrompus, c’est que
les vrines des malades sont troublées
et semblables à celles des iumens :
aussi quelquesfois sont veuës noires
auec vn cercle verdoyant, qui signifie
grande pourriture estre aux hu-
meurs : car il est impossible que les
humeurs puissent estre corrompus,
que les vrines ne le soient. Aucuns
ont grande soif, les autres nulle,
parce que la pituite putride abonde à
l’orifice de l’estomach , et luy change
son tempérament, el le rend languide
auec inappétence. Semblablement au-
cuns ont fiéure grandement ardente ,
et se disent brusler au dedans : ce
neanlmoins les parties extérieures
sont trouuées quelquesfois fort froi-
des.
Que si la peste prouient du vice
de l’air, eldes humeurs compliqués,
comme ils sont le plus souuent, on
ne les peut bien distinguer, et les si-
gnes sont fort confondus ensemble.
LE VINGT-QVATRIÉME LIVRE,
388
CHAPITRE XVIII.
DV PÜOGNOSIIC.
Prognostiquer est prédire les cho-
ses à aduenir , qui se fait par la con-
noissance de la maladie et de ses ac-
cidens, et principalement de la tem-
pérature et dignité de la partie
malade et action d’icelle : par quoy
pour ce faire, sera bien necessaire
que le Chirurgien aye connoissance
de l’anatomie, et aye veu plusieurs
malades : car ainsi, faisant bon pro-
gnoslic, et déduisant bien aux pa-
reils et amis du malade les accidens
qui peuuent aduenir en la maladie,
acquerra honneur et profit.
Toulesfois quant à la peste , nous
disons qu’il n’y a point de iugement
certain de la vie , ou de la mort: car
ceste détestable, abominable et frais-
tresse maladie a ses mouuemens par
inlcrualles inégaux et incerta ns, et
est quelquesfois tant hasliue et fal-
lace , qu’elle tue l’homme sans qu’on
y puisse prendregarde : ce qui aduient
à aucuns en dix, quinze, ou vingt
quatre heures , ou beaucoup moins.
El tel venin est quelquesfois si vio-
lent, qu’incontinent qu’on reçoit le
soufflement ou haleine du pestiféré,
on voit subit s'esleucr pustules et
ampoullesau cuir,auec douleur acre,
comme si on esloil mords d’vne
mousche à miel. Et par la violence
de ce venin si prompte et subite, ceux
qui sont frappés sont pluslost morts
qu’ils n’ont pensé à mourir; et mesme
en beuuant , mangeant et vacquant à
leurs affaires, tombent morts en che-
minant par les rues et temples, ce
qu’auons veu nagueres le Roy estant
à Lyon.
Quelquesfois aussi les accidens se
relascbent , et semble que le malade
se doiue bien porter, faisant bonne
chere : ce qui aduint à vne des da-
moiselles de la Royne, nommée la
Mare , le Roy estant au chasteau de
Roussillon : laquelle fut frappée de
ceste peste , ayant vn bubon en l’aine,
qui s’en retourna au dedans, et letroi
siéme iour disoil ne sentir aucun mal,
forsqu vne difficulté d’vriner (à cause
de 1 inflammation qui occupoit les
parties dediées à l’vrine) se pourme-
nant par la chambre, auec bonne
ratiocination : toulesfois ce iour mes-
me rendit l'esprit à Dieu : qui fut
cause de nous faire promptement dé-
busquer dudit lieu.
Et partant les Médecins et Chirur-
giens sont le plus souuent deceus en
telle maladie : car aucuns meurent
plus tost, les autres plus tard, selon
que le venin est violent et fort : et
pour le dire en vn mot , en ceste ma-
ladie il n’y a point d’heure, de iour,
ny de temps pretix.
Outre-plus, on voit par expérience
que gens de toute nature, sexe, et di-
uerses complexions, soient enfans,
adolescens ou hommes en aage, con-
sistons, foibles ou robustes, ieuncs
ou vieux, yurongnes, crapuleux , et
ceux qui font abstinence en leur viure,
tant oiseux que ceux qui trauaillent ,
riches ou panures, lloys, Roynes, Prin-
ces, Princesses, Papes et Cardinaux',
sont tous suiels à estre pris de la
peste. Neantmoins on voit que les
ieunes cholériques et sanguins, qui
sonlde tempérament chaud et humi-
de, y sont plus suiels que les vieux qui
sont de température froide et seiche,
pour ce que leur sang ne s’enflamme
pas si tost : aussi que l’humidité ù’i-
1 Le pape Pelagius mourut de peste. — A. P.
DE LA. PESTE.
ceux , dont s'engendre la corruption,
est exhalée et aucunement consumée.
Mais les humeurs des ieunes se cor-
rompent pour legere occasion, et par
conséquent reçoiuent la vapeur vene-
neuse, laquelle facilement est attirée
et pénétré au centre du corps, qui
est de telle température chaude et
humide, et partant disposée à rece-
uoir inflammation et pourriture : à
cause qu’ils ont les veines et arteres
plus larges , et par conscqnent tous
les conduits du corps, dont il aduient
que l’air peslilent trouuant les pores
ouuerls, entre dedans plus facile-
ment auecques l’air attiré par le con-
tinuel mouuement des arteres.
D'auantage la peste venant de l'air
prend pluslost les ieunes que les
'ieux , parce qu’ils ont les pores plus
ouuertsque n’ont les vieux. Pareille-
ment ceux qui sont hors des maisons
sont alors pluslost espris que ceux
qui demeurent dedans. Et quand la
peste vient de la corruption des hu-
meurs, elle n’est pas tant contagieuse
que celle qui vient du vice de l’air :
mais les pituiteux, melancholiques,
et gens aagés sont en plus grand
danger de mort, lorsqu’ils sont frap-
pés d’iceluy venin venant de cause
corporelle, parce qu’il ne se peut
bien exhaler et sortir hors, à cause
de la closture ou condensation de
leurs conduits ou pores du cuir. Aussi
ceux qui sont cacochymes et remplis
d’humeurs vicieux sont plus prompts
et disposés à en eslre infectés , et en
plus grand danger que ceux qui sont
de bonne température : tout ainsi
qu’vn fagot sec est pluslost allumé du
feu et bruslé qu’vn verd, ainsi sont-ils
préparés, de mesme façon que le
soulphre est préparé à prendre le feu.
Et par ainsi on voit communément ,
qu en temps de peste , nu lies ou peu
389
d’autres maladies apparoissent, d’au
tant qu’elics se tournent facilement
en icelle : et lorsqu'elles commencent
à regner, la peste aussi commence à
cesser.
Donc comme vn homme cacochyme
est plus disposé à eslre frappé de
peste , aussi au contraire vn homme
bientemperé difficilement en peut es-
tre frappé. Car combien que le feu
soit violent, neantmoins il demeure
amorti et vaincu quand il ne trouue
contre quoy agir. Semblablement vn
corps bien sain et nettoyé de mau-
uaises humeurs, bien lard et à grande
peine est malade de ceste peste : et
où il en seroit espris, elle ne pourroit
luy faire telle nuisance comme aux
autres qui sont remplis de mauuaises
humeurs : toutesfois on obserue que
ceuxquionl lïéure quarte et chancres
vlccrés, aussi les punais, ladres, ve-
rollés , escroüelleux , teigneux , et
ceux qui ont fistules et vlceres ca-
rieuses coulantes , ne sont fort su-
iels à prendre la peste : parce qu’ils
ne sont seulement cacochymes, mais
à demy pourris : et leur cacochymie
ne permet souuent la peste entrer en
leurcorps, quasi comme si elle leur
estoit vn alexitere contre le venin
pestiféré. Les femmes enceintes sont
fort suietles à estre prises delà peste,
à cause de la grande abondance d’hu-
meurs superflus et corruptibles qui
abondent en elles pour le defaut de
leurs purgations, ioint aussi qu elles
ont tous leurs conduits fort ouuerts :
et quand elles sont frappées de ceste
maladie et font leurs enfans, elles
meurent presque toutes, dequoy l’ex-
perience fait foy. Aussi les filles aus-
quelles le flux menstruel commence
àfluer, sont fort suietles à prendre
ce venin , comme aussi les petits en-
fans, parce qu’ils sont lanuleux, c’est
3ûO LE VINGT-QV A.TRIF.ME LIVRE ,
à dire mois et tendres et de rare tex-
ture , ioint qu’ils viuent desreglé-
ment- Le menu peuple souffreteux ,
et qui habitent és maisons ordes, et
qui en tous temps viuent ordement,
et qui ne changent point d babils,
d’autant qu'ils approchent plus prés
de la putréfaction , s’acquierent vne
disposition et conformité grande à la
peste, et parlant sont pluslost assaillis
que ceux qui viuent au contraire l.
Outre-plus, ceux qui en ceste ma-
ladie ont sommeil profond, meu-
rent quasi tous, à cause de la crassi
tude des vapeurs qui montent au cer-
ueau , lesquelles Nature ne peut
vaincre. Aussi ceux qui ont la respi-
ration fort puante outre leur cous-
tume, meurent tous : pource que la
pourriture est du tout confirmée en
la substance du cœur et aux poul-
inons.
Or plusieurs meurent subitement
delà peste, à cause que le venin sai-
sit le cœur et instrumensquiseruent
à l’inspiration et expiration, lesquels
estans serrés et comprimés à cause
de l’inflammation qui est aux poul-
mons, au diaphragme et aux muscles
du larynx, fait que le panure malade
est subit eslranglé et suffoqué par
faute de respiration.
Aussi si les bosses, charbons, ou
pustules et éruptions, qu’on appelle
pourpre, qui viennent à la superficie
du cuir, sont de couleur noire, ou
verte, ou violette, ou liuide , peu en
reschappent, parce qu’ils demons-
trent mortification de la chaleur na-
turelle.
Quand le bubon apparoist premier
que la fleure, c’est bon signe : car il
demonslre que le venin est moins fu-
• Cette dernière phrase est une addition
de 1585.
rieux, et queNaturea eslémaistresse
et qu’elle a eu victoire, l’ayant ietté
et chassé hors : au contraire, s'il ap-
paroist après la fiéure, cela vient de
l’impétuosité du venin, lequel do-
mine : partant est vn signe pernicieux
et le plus souuent mortel, qui de-
monstreNature es're gaignée et ab-
batue.
D’abondant, au decours de la lune,
les malades meurent pluslost, ou
pour le moins leur mal et accidens
s’augmentent, parce que les vertus
sont plus débités , ioint aussi que les
humidités de notre corps abondent
d’auanlage '. Or que les vertus de
nostre corps soient plus débiles au
decours de la lune, la cause est que
la vigueur des facultés consiste en
chaleur : or est-il qu'au decours de la
lune les corps sont plus froids et hu-
mides, pour la défectuosité de la lune
qui est la cause pourquoy sur la fi
du mois les femmes ont reglément
leur flux : car lors le sang estant plus
humide, est plus prompt à couler, et
nostre chaleur estant moindre ne
peut retenir vn tel cours, comme elle
souloit estant fortifiée et guidée de la
vertu de la lune, qui a plus de lu-
mière, et par conséquent de chaleur,
estant pleine, qu’en decours : comme
Ires-bien dit Aristote, liure 7 de His-
toria animalium, chap. 2.
Aussi faut noter que si l’air pesti-
féré est subtil comme hize, il est plus
dangereux et contagieux, et tue plus-
tost que lors qu’il est gros et nubi-
leux. Qu’il soit vray, lorsque la peste
est en ceste ville de Paris, elle n’est si
dangereuse que lors qu’elle est en
Prononce et en Gascogne : qui se fait
à cause que l’air de ceste ville est plus
1 Là s’arrête ce paragraphe dans l’édition
primitive ; le reste est de 1575.
DE LA. PESTE.
gros et nubileux : et est tel , tant à
raison delà situation, que de la grande
multitude du peuple, et excremens
des besles, boucheries, cuisines, la-
trines et auircS causes, qui fontesle-
uer plusieurs grosses vapeurs , les-
quelles estant attirées des poulinons,
ne perrrie lient que l'air pèstileré en-
tre si lëgeremënt au profond de nos-
ire corps.
Outre les causés de mort cy dessus
alléguées, nous voyons plusieurs per-
sonnes mourir par faute d’estré
promptement secourus , parce qu’il
yen a bien peu qui veulent prendre
conseil de bonne heure, et parauant
que le venin ait saisi le cœur, et que
plusieurs accidehs ne leur soient desia
suruenus. Or le coeur estant saisi,
alors il y a pëu d’esperance de santé,
ce que toutesfois on attend ordinai-
remënl : d’autant qu’il est tres-dil'li-
cile de Counoistre la peste dés le éom-
mencement, parce que les accidens
ne sont pas touiours semblables,
comme nousauonsdèsîa dit : parquoy
plusieurs Médecins èt Chirurgiens y
sont abusés, tant experts puissent ils
estre : dont ne se faut ésmerueiller si
lë prognostic de cèslë maladie ne
peut estre certain. Qui plus est, elle
est si détestable et espouuentable
qu’aucuns de la seule apprehetision
meurent, parce cpie la vertu îmagi-
natiue ou fantasie a si grande sei-
gneurie en nous ainsi que i’ay escrit
en mon libre de l’Anatomie du corps
humain) que le corps naturellement
luy obéît en plusieurs et diuerses sor-
tes, lors qu’elle est fermement arces-
tée en quelque imagination. Donc
en crainte et peur, beaucoup de sang
se retire au coeur, qui éstoüffe et suf-
foque du tout la Chaleur naturelle et
les esprits, la rendant plus foiblc pour
résister au venin, dont la mort s’en-
391
suit: au contraire, il aduient quel-
quesfoisque ceux qui fréquentent or-
dinairement les pestiférés n’en re-
çôiuent aucun mal , parce qu’ils
n’apprehendenl rien.
Pour conclusion , on voit commu-
nément que tous ceux qui en sont
frappes ne meurent pas, combien
(Ju’ils n’ayént recou grands secours ,
et ceux qui vsent de bons antidotes,
ou choses contrariantes à tel venin,
ne laissent souuent à estre pris et
mourir. Bref quand on en reschappe,
on peut bien dire que c’est vne chose
plus diuinc que humaine, veu qu'on
est sonnent incertain de la cause :
partant douons estimer que telle
chose est faite par la volonté de
Dieu, auquel quand il plaist faire
sonner sa trompette pour nous appcl-
ler, on ne, la peut aucunement euiter
par artiGce humain.
CHAPITRE XIX.
COMMENT SE FAIT LA FIEVRE PESTI-
LENTIELLE.
Déuant que venir à la curatioP de
ceste maladie pestilentielle, il nous
conuient premièrement déclarer com-
ment se fait la fiéure en icelle. C’est
que quand la personne a attiré cest
air pestilcntpar inspiration faite par
le nez et la bouche, au moyen de
l'attraction que font les poulmons et
autres parties dédiées à ce faire, et
aussi vniuersellement par les pores
et petits trous du cuir, et cauilés des
afteres et veines qui sont disséminées
par iceluy : lequel air estant attiré et
conduit en toute la masse sanguinaire
et aux humeurs qui sont plus aptes
à receuoir tel venin , les conuerlit en
LE VINGT -QVATRIEME LIVRE,
392
sa qualité veneneiise r et comme
si c’estoit chaux viue sur laquelle
on iettast de l’eau , s’esleue vne
vapeur putride, qui est communi-
quée aux parties nobles, et princi-
palement au cœur, sang et esprit,
lequel bouillonne dedans ses ventri-
cules, dont se fait vne ébullition ap-
pellée fiéurc, qui est communiquée
par tout le corps par le moyen des
arteres, voire iusques en la substance
des paries les plus solides, qui sont
les os , les eschauff mi si fort comme
s’ils brusloieat, faisant diuerses» alti-
rations selon la diu use température
des corps, et nature de l’humeur où
ladite fiéu re est fondée : et lors se fait
vn combat entre le venin et Nature,
laquelle si elie est plus forte, par sa
vertu expuiirice le chasse loin des
parties nobles , et cause par dehors
sueurs, vomissemens, flux de sang,
apostemes aux emoncloires , char-
bons, ou autres pustules et éruptions
par tout le corps : aussi flux de ventre,
flux d’vrine, cuacuations par insensi-
ble transpiration , et autres que dé-
clarerons cy après. Au contraire, si
le venin est plus fort que la vertu
expultrice, Nature demeure vaincue,
et par conséquent la mort s’ensuit.
Or pour connoistre que la fleure
est pestilentielle, c’est que dés le pre-
mier iour qu’elle commence, les
forces sont prosternées et abbalues
sans aucune cause qui ait procédé
auparauanl1 : car sans grande eua-
cuation faite , les panures malades
sont tant debiles et affoiblis, qu’on
estimeroit qu’ils auroient esté vexés
de quelque grande maladie ; et plu-
sieurs sentent mordication à l’orifice
de l’estomach , et grande palpitation
de cœur, et ont sommeil profond , et
les sens de l’entendement hébétés*
Ils sentent aussi grande chaleur au
dedans de leurs corps , et les parties
extérieures sont trouuées froides , de
façon que ceux qui ne sont expéri-
mentés en (elle maladie sont facile-
ment deceus, estimans qu'il n*y ait
nulle fleure, pource que le pouls et
vrines des malades ne sont gueres
changés : et toutesfois ils ont grande
inquiétude et difficulté de respirer, et
ont leurs excremens fort fetides et
autres griefs accidens , et le plus sou-
vent le troisième iour ont resueries
et grand flux de ventre et vomisse-
mens, auec vne exlreme soif, et
n’ont point d’appetit. Partant il faut
prendregarde qu’aucuns de ces signes
sont tousiours presens, et les autres
viennent lors qu’il y a quelque partie
offensée : comme s’il y a difficulté de
respirer , cela demonstre que les
parties pectorales sont offensées , et
quand le déliré vient, cela signifie
qu’il a vice au diaphragme et au
cerueau, qui se fait quand la matière
du charbon se putréfié prés d’icelles
parties, ou en icelles mesmes. Or en
toutes ces choses l’imbécillité des
forces est commune, et les affections
du cœur pareillement, veu que ce
venin pestiféré est contraire à noslre
nature, et qu'il infecte principale-
ment le cœur, fontaine de vie.
Et combien que cesle fiéure sur-
passe en malignité les autres qui ne
participent point du venin pestiféré, si
est-ce qu’elie est aussi diuerse comme
icelles : car quelquesfois|elle est tierce,
autresfois quarte, autresfois quoli-
diane , selon la diuersité de l’humeur
qui est principalement affecté : ce
qu’on connoist par les inlerualles,
c’est-à-dire, l’espace interposé entre
les accès. Pareillement elle est dite
simple , quand la qualité veneneuse
* Rondelet en sa pratique. — A. P.
DE I.A. PESTE.
consiste seulement en l’esprit vital,
et que les humeurs ne sont encore
corrompus. Elle est dicte composée
ou compliquée, quand ladite qualité
est lour de és esprits et aux hu-
meurs, en toute la substance du
corps, auec charbons, bosses et
pourpre *. Aussi il y a d’autres diffé-
rences et diuersilé d’icelles, qui se
commissent par les vrines, excre-
mens. habitude vniuerselle du corps,
température d’iceluy : aussi par les
accès , la chaleur, le pouls et autres.
Donc selon que la fléure tiendra la
nature de tierce, quarte, quolidiane,
ou continue, faudra diuersiüer les
remedes pour la curation d’icelle : ce
que ie laisse à messieurs les Mé-
decins.
CHAPITRE XX.
COMMENT LE MALADE SE DOIT RETIRER
DV L1EV INFECT, SVBIT QV’lL SE SENT
FRAPPÉ DE PESTE.
Ayant amplement descrit la peste ,
et tous ses signes et accidens , et la
maniéré de s’en preseruer, il faut
ma ntenant traiter de la curation.
En laquelle il faut auoir esgard sur
toutes choses, de prendre inconti
nenl quelque alexitere pour contra-
rier au venin : mais pour l’ordre de
démonstration Renseignement, nous
déclarerons premièrement la cure
vniuerselle, commençant par le lieu
auquel celuy qui se sent frappé doit
habiter.
1 Cette dislinclion de la fièvre en simple,
composée ou compliquée , manque dans les
premières éditions ; elle a été intercalée ici
en 1 1)85.
3g3
Et partant , il est bon que le ma-
lade se relire subit en quelque lieu
prochain , où l’air soit bien sain , et
faut auoir cela en singulière recom-
mandation: car en cegist vne grande
partie de la cure , parce que l’air est
vne des choses premières et plus ne-
cessaires pour la canserualion de
noslre vie : veu que vueillonsou non,
et en quelque lieu que ce soit, il nous
conuient l’atlirer au dedansdu corps,
et le ietter au dehors par le moyen
des poulmons et imperceptibles 011-
uertures des petites arleres qui
sont disséminées en noslre cuir, et
delà se communiquent aux grandes
arleres, lesquelles l'enuoyent au
cœur fontaine de vie : et derechef ice-
luy le distribue par tout le corps,
quasi de mesme façon que ccste por-
tion d’air qui entre par les nanties,
est promptement espandue par la sub-
stance du cerueau.Et pour cestecause,
il est 1res nccessaire'eslire vu bon air
au malade, contrariant à la cause de
la peste , à fin que pluslost et plus
seulement il soit garanti.
CHAPITRE XXI.
DE LA SITVATION ET HABITATION DE LA
MAISON DV MALADE DE PESTE, ET
MOYEN D’Y RECTIFIER l’AIR.
Quand la peste vient de l’intempe-
rature de l’air , on ne se doit tenir en
lieu haut esleué,mais en bas lieu, en
uironné d’air froid, espais et maresca-
geux, et se tenir caché dans les mai-
sons : et partant ceux qui sont
prisonniers, et les moines et nonnains
enfermés en leurs cachots et couuens,
sont plus seurement, et hors de la
portée du canon pestiféré, que ceux
LE VINGT-QVATRIÉME LIVRE ,
3g4
qui habitent en autre lieu. Toutesfois
il ne se faut tenir tant enfermé, qu’on
n’ouure quelquesfois les portes et fe-
nestresau vent contraire à celuy d’où
vient l’air pestilent, à tin que l’air
frais et bon y entre le matin et le soir,
pour purifier la maison des exhala-
tions et vapeurs qui y sont retenues,
et le corrompent d’auanlage s’il n’est
esuenté et flabellé : et sur le midy
seront closes et fermées. Outre-plus
lors qu’il ne fait vent, comme on voit
aux grandes chaleurs, il faut esmou-
uoir l’air autour du malade auecques
vn esuentoir , ou auec vn grand sac
de toile dans lequel on porte la fa-
rine au moulin. Et faut qu’il soit
trempé en eau et vinaigre, et posé sur
vn gros et long baston , puis l’agiter
fort : car par ceste agitation on rend
vne très grande réfrigération par
toute la chambre, ainsi que l’expe-
rience le monstre.
Or si la peste vient du vice des va-
peurs de la terre, on se logera és
lieux médiocrement hauts et bien
aérés : et pour le dire en vn mot,
on fera toutes choses qui peu lient
contrarier à l’intemperature de l’air
pestilent , de quelque cause que la
peste soit procréée.
Aussi conuient faire changer tous
lesiours de chambre et linceux aux
malades, s’ils le peuuent commodé-
ment faire : principalement quand
ils ont sué, de peur que les ordures
que Nature a iettées ne soient attirées
par Ips pores et arteres qui sont dis-
séminées au cuir , qui succent et atti-
rent l'air indifféremment, soit bon ou
mauuais. Semblablemeut faire du
feu en la chambre, principalement la
nuict, à fin de rendre l’air plus puri-
fié des vapeurs nocturnes, et de l’ex-
halation et expiration du malade, et
de ses excremens. Parquoy ilcouchera
vne nuict en vne chambre , et l’autre
nuict en vne autre. En quoy on doit
auoir esgard à la disposition du temps :
car aux grandesel ex tremes chaleurs,
il n’y faut faire grand feu, de peur
d’augmenter la chaleur de l’air, ny
pareillement vser de parfums fortsct
odiferans , parce que telles choses
augmentent la fiéure et la douleur
de teste, d’autant qu’en tel temps nos-
tre chaleur naturelle est languide, et
les esprits et humeurs bouillent et
bruslent : parquoy il faut plustost
vser de choses qui rafraîchissent, que
de celles qui eschauffenl. Partant en
esté il fautarrouser la chambre d’eau
froide meslée en vinaigre, et y espan-
dre fueilles de vigne , qui auront
trempé en eau froide , cannes ou ro-
seaux, aubespine, ioncs, fueilles et
fleurs de nénuphar, peuplier, ra-
meaux de chesne, et leurs semblables :
lesquels seront renouuellés soutient,
comme aussi l’agitation de l’air auec
le sac cy deuant dite doit eslre reï-
lerée quand il en sera besoin. Pareil-
lement on attachera autour du lict
du malade des linceux gros et neufs,
et non fort blancs (pource que la
blancheur dissipe la veuëetaugmente
la douleur de teste), lesquels serui-
ront de custodes: et les faut arrouser
souuentesfois d’eau et de vinaigre,
ou eau rose si le malade est riche.
On pourra tendre en la chambre plu-
sieurs linceux de toile neuue trempés
en oxycrat, qui lui seruiroqt de ta-
pisserie. El faut que le iour il soit en
peu de clarté, et au contraire la nuict
auec grande lumière, pource que par
la grande clarté du iour les esprits
se dissipent et affoiblissent, et par
conséquent tout le corps : et par la
lumière de la nuict ils sont reuoqués
au dehors.
Aussi on fera brusler par fois bois
DE LA. PESTE.
de genest , de genéure , fresne, et ta
marix, mis en petites pièces: escortes
d’orenges , citrons, limons, pelu-
res de pommes de court -pendu,
doux de girotle, benioin, gomme ara-
bique, racine d’iris, myrrhe, prenant
dechacun tant qu’on voudra. El se-
ront concassés grossement , et mix-
tionnés ensemble, et ieltés sur vu
reschaut plein de braize, et ce soit
réitéré tant qu'il sera besoin : mais
entre tous, le bois et graine de gené-
ure ont grande vertu contre le venin,
ainsi que les anciens ont laissé par
escrit, ce qu’on connoist aussi par
effecl : car lors qu’on en brusle, ils
chassent tous serpens veneneux qui
sont autour. Le fresne a semblable-
ment grande vertu : car nulle beste
veneneuse n’ose approcher seulement
deson ombre, lellertienl qu vil animal
veneneux se mettra plusloSt dedans
le feu, que d’approcher ou passer par
dessus le bois de fresne, comme
monstre Pline , et dit sçauoir par ex-
périence, liurje 10, chap. 13 *.
Pareillement le parfum süiuant est
doux et amiable. Il faut faire fort
chauffer des pierres de graiz, et les
metlrededans des chauderons, puison
versera dessus du vinaigre auquel on
aura fait bouillir de la rue , sauge,
rosmarin, graine de laurier, genéure,
noix de cyprès et leurs semblables :
ce faisant il s’esleuera vrte grosse va-
peur et fumée, qui rectifiera l’air, et
donnera bonne odeur par toute la
chambre.
On pourra aussi vser d’autres en
autre façon , dont la matière pourra
eslre plus crasse et visqueuse , à fin
qu en bruslant elle puisse rendre plus
1 La citation de Pline est de 1579 ; toute-
fois le texte auquel elle se rapporte existait
déjà en 1668.
395
grande fumée, comme sont ladanum,
myrrhe, masfc, résiné, terebenthine,
styrax calamite, oliban , benioin , se-
mences de laurier, genéure. pommes
de pin , doux de girotle : et peut-on
piler auec iceux de la sauge, rosma
rin , marjolaine et leurs semblables ,
à fin qu’auec les gommes, la fumée et
vapeur dure plus long temps. On
pourra pareillement faire aux riches,
chandelles, torches ei flambeaux,
meslant auec la cire des poudres de
senteurs composées des choses dessus
dites. On fera aussi sentir aux mala-
des choses douces aromatiques, à fin
de corroborer l’esprit animal : car la
bonne odeur recrée et conforte les
parties nobles : au contraire la mau-
uaise prouoque le vomir et fait venir
défaillance de cœur b Donc ils pour-
ront tenir en leurs mains vne esponge
trempée en eau rose, vinaigre rosat ,
doux de girofle , et vn bien peu de
camphre concassé, et l’odorer sou-
uenl : ou faut vser de l’eau suiuanle ,
laquelle est bien odoriférante et fort
singulière pour tel effet.
7f. Ireos flor. § . iiij.
Zedoariæ, spicæ nardi ana 5. vj.
Styracis calamilæ, benioin , cinnamomi,
nucis moscalæ , caryophyllorum ana
o • 3- •
Theriacæ veteris § . fi.
Ces choses seront grossement pul-
uerisées, et trempées en quatre lim es
de bon vin blanc par l’espace de
douze heures, dessus des cendres
chaudes , puis les ferez distiller en
alambic de verre. En ceste eau fau-
dra tremper souuent vne esponge, la-
i La fin de cette phrase, depuis ces mots :
car la bonne odeur , etc., manque dans les
premières éditions, et n’a été ajoutée qu en
1686.
LE VINGT-QVATRIEME LIVRE,
396
quelle sera mise en vn mouchoir , ou
en vne boëlte, et flairer souuent.
Autre.
7f. Aquæ iosar. et areti rosati ana iiij.
Caph. g . vj.
The. 3. 6.
Fa h es dissoudre le tout ensemble et
le mettez en vne phiole de verre, et le
faites sentir souuent au malade , ou
vne esporige ou mouchoir imbus en
ceste mixtion. Aussi on pourra à ccste
intention vser de ce noüet , lequel est
de bonne odeur et bien expérimenté:
if. Rosar. p. i j .
Ireos Florenliæ § . fi .
Calaini aromatici , cinnamomi, earyo-
|>tiy II. ana 3. ij.
Styracis calamitæ, benioin ana 3. j. fi.
Cyperi 3. fi .
Redigantur in pulucrem crassiorcin , et Cat
nodulus inter duas syndones.
Ledit noiiet doit eslre de la grosseur
d’vnesleuf, et le faut laisser tousiours
tremper en huit onces de bonne eau
rose, et deux onces de vinaigre rosat :
et le baillerez souuent à odorer au
malade.
Nous délions bien obseruer que,
selon la diuersilé des temps, il faut
diuersifier les parfums : car en esté
ne faut vser de musc , ciuetie , styrax
calamite, benioin, iris, ny pareilles
odeurs fortes, pour les causes que
nous auons dites cy dessus : mais en
hyuer, l’air estant froid et humide,
gros et nébuleux, on en peut vser.
D’auantage il faut noter que les fem-
mes sujettes à suffbcat on de la ma-
trice, et les febricilans , et ceux qui
ont grande douleur de leste, ne doi-
uent vser de parfums et odeurs fortes,
mais de doux et bénins, à fin qu'ils
ne leur puissent aucunement nuire :
partant ils pourront vser d’eau rose
et vinaigre, et bien peu de camphre,
et doux de girofle concassés.
CHAPITRE XXII.
DV REGIME ET MANIERE DE VIVRE DV
MALADE, ET PREMIEREMENT DV MAN-
GER.
En teste maladie pestilente la ma-
niéré de viure doit eslre réfrigérante
et desseichante , et ne faut tenir vne
diele fort ténue, mais au contraire
est necessaire que les malades se nour-
rissent assez copieusement de bons
alimens : ce que plusieurs doctes Mé-
decins approu uent , et tiennent que la
maniéré de viure ténue est domma-
geable aux pestiférés, à cause delà
grande résolution d’esprits et débili-
tation des forces naturelles qui est
faite par icelle maladie, et fait com-
munément troubler le cerueau , ren-
dant les malades , frénétiques , ioint
aussi qu’ils syncopisent souuent. Pour
à quoy obuier, faut vser de grande
et subite réparation, par alimens de
bonne substance : ce que l’experience
nous a enseigné : car ceux qui en
ceste maladie ont vsé d’vne maniéré
de viure assez ample, sont plustost
eschappés que les autres , ausquels
on a fait tenir liele ténue : et parlant
on y prendra garde. D’auanlage faut
euiter les viandes douces, humides,
crasses et visqueuses, et celles qui sont
fort ténues : parce que les douces
s’enflamment promptement, les hu-
mides se pourrissent, les crasses et
visqueuses font obstruction, et pro-
uoquenl les humeurs à pourriture :
celles qui sont de lénue substance
subtilienl trop les humeurs, et leses-
chauffent et enflamment, et font esle-
DE LA PESTE.
lier vapeurs chaudes et acres au cer-
ueau, dont la fleure et autres accidens
s’accroissent. Parquoy les viandes sa-
lées et espicées , moustarde , ails , oi-
gnons et semblables, et généralement
toutes choses qui engendrent mauuais
nourrissement ne sont propres. D’a-
uantage leslegumes seront pareille-
ment cuites, parce qu’ils sont ven-
teux, et causent obstruction : loutes-
fois leur bouillon n’est à reietter,
parce qu’il est apéritif et diurétique.
On vsera doneques de la maniéré de
viure qui s’ensuit.
Et premièrement le pain sera bien
leué et bien cuit, et vn peu salé, et de
bon froment, ou de meteil : et qu’il
ne soit trop rassis ne trop tendre,
mais moyen entre deux. On vsera de
chair qui engendre bon aliment et fa-
cile à digerer, et laisse peu d’excre-
mens : comme soutiennes moulons,
veaux, chcureaux, lapereaux, poulets,
heloudeaux , perdreaux, pigeon-
neaux, griues, aloüeltes, cailles, mer-
les, tourterelles, francolins, phaisans,
et generalement tous oiseaux sauna-
ges qu’on a accouslumé de manger,
excepté ceux qui viuent éseaux: tous
lesquels seront diucrsifîés selon le
goust et la puissance de la bourse du
malade. Et faut que le malade mas-
cbe fort ses viandes : pource que lors
qu’elles sont bien maschées, elles sont
à demy cuittes cl préparées , et par
ainsi les vapeurs montent moins au
cerueau. La saulce d’icelles sera ver-
jus, vinaigre, jus de limons , orenges,
citron , grenades aigres, espine-vi-
nelte, groseilles rouges et verdes,
jus d’ozeille champeslre et domesti-
que. Or toutes ces choses aceleuses
sont fort louées, parce qu’elles irri-
tent l’appetit, et résistent à la cha-
leur et ébullition de la fiéure putride,
et gardent que la viande ne se cor-
397
rompe en l’estomach : aussi contra-
rient à la putréfaction du venin et
pourriture des humeurs, mais ceux
qui ont mauuais estomac!) ou viceaux
poulinons, en vseront moins que les
autres, ou seront corrigées auecsuc-
cre et canelle. Et quelquesfois aussi
le malade pourra bien manger quel-
ques viandes boullues auec bonnes
herbes, comme laictue, pourpié, sca-
riole , bourrache, ozei'.le , houblon,
buglosse, cresson , pimprenelle, sou-
cie , cerfueil, tormenlille , quinte-
fueille, scabieuse, semences froides,
orge et auoine mondés , et leurs sem-
blables, auec vn peu desaflïan, qui
pareillement en tel cas est souuerain,
d’autant qu’il corrige le venin.
Les potages ne sont à loüer, si ce
n’est en petite quantité, à cause de
leur grande humidité (ausquels on
fera cuire racines et semences aperi-
liues, lesquelles ont vertu de prouo-
quer l’vriue et desopiler) ny pareil-
lement les choses grasses et oléagi-
neuses, parce qu’elles s’enflamment
promptement. Les câpres sont bon-
nes, à cause qu’elles aiguisent l’ap-
petit et desopilent, et doiuent eslre
bien dessalées et mangées, au com-
mencement du repas, auec vn bien
lieu d’huile d’oiiue et vinaigre : on en
peut pareillement vscr en potages.
Les oliues, prises en pelile quantité,
ne sont aussi à reietter. Aux iours
maigres , si le malade est scrupuleux
et friant de poisson ( ce que ie n’ap-
prouue, pour-ce qu’il est facile à se
corrompre et engendrer mauuais suc)
il en pourra vser : mais on luy efllra
les moins nuisibles, comme sont les
saxatiles, c’est à dire viuans en eau
claire, où il y a force grauier, pier-
res et rochers : aussi ceux qui sont
friables, c’est à dire aisés à commi-
nuer et froisser, comme truicles, bro-
398
chefs, gardons, perches, dars, loches,
escreuisses principalement estouffées
en laicl, tortues, et autres sembla-
bles. Quant aux poissons de mer, il
pourra vser de dorades, rougets,
gournauds, merlus, celerins, sardi-
nes fraîches et non salées , mulots,
merlans, esperlans, aigrefins, tur-
bots, et leurs semblables, lesquels se-
rontcuits en eau et vinaigre, et bonnes
herbes. Aussi les œufs pochés en eau,
mangés auec jus d’ozeille et autres
cy dessus mentionnés leur seront
propres. L’orge mondé auquel on
mettra graine de grenades aigres, est
pareillement fort excellent en tel
cas, pour-ce qu’il est de facile diges-
tion et de bonne nourriture : aussi
qu’il rafraîchit, humecte, deterge et
laschc vn peu le ventre. On y pourra
adiouster de la graine de pauot et se-
mences de melons, si la fleure est
grande. Toutesfois aucuns ne le peu-
uent digerer, et leur cause vnc nau-
sée et douleur de teste : et à tels ne
leur en sera baillé aucunement, mais
en lieu d’iceluy on lenrdonn ra pa
nades, ou pain gratté auec bouillon
de chapon , auquel on fera bouillir
lesherbescy dessus mentionnées, auec
des semences froides.
Quant aux fruits, le malade pourra
vser de raisins desseichés et confits
entre deux plats auec eau rose et
succre, pruneaux de Damas aigrels,
figues, cerises aigrettes, pommes de
court -pendu , poires de bon-chres-
tien, et autres tels bons fruits. Et
après le repas, on luy donnera coings
cuits sur la braize, ou cotignac, ou
conserue de roses, de buglose, vio-
lettes, bourrache, et leurs sembla-
bles, ou cesle poudre cordiale :
Coriandri præparati 3. Ij.
Margaritarùm electirum, rosarum, ra-
suræ cboiis, cornu cerui ana 3. £J.
Carabes 3 . ij.
Cinnamomi 3 . j.
Et ossis de corde cerui 3. fi.
Sacchari rosati 5 . iiij.
Fiat puluis : vtatur post pastum.
Si le malade est fort debile, on luy
donnera de la gelée faite de chapon
et veau, y faisant bouillir eau d’ozeil-
le, de chardon benist, bourrache, et
vn peu de vinaigre rosat, canelle,
succre, et autres choses qu’on verra
estre necessaires. La nuit ne faut es-
tre dégarni de quelques bons pres-
sis et bouillons (y adioustant vn peu
de jus de citron ou de grenades aigres)
lesquels en ceste maladie sont plus à
loüer que les coulis, à cause qu’ils
sont trop espa s, font obstruction aux
veines mesaraïques et capillaires du
foye, et causent soif pour la lardi-
uelé de leur distribution, et donnent
peine à l’eslomach de les cuire : lequel
(comme aussi le cœur cl autres mem-
bres nobles) a assez d’autres empes-
cbemens à vaincre son ennemy. Il
n’est aussi impertinent tenir et faire
préparer le restaurant qui s’ensuit, à
fin de n’ennuyer le malade d’vne
•sorte de viandes, mais le recreer au-
cunement en diuers vsages d’alimens:
non que par ce moyen on luy vueille
rechercher et conciler vn appétit,
mais le fortifier, et cependant le con-
tenter en quelque façon, et luy don-
ner courage de résister à sa maladie :
partant on pourra vser de cestuy-cy.
Prenez conserue de buglose, bourrache, vio-
lettes de Mars, nénuphar et cichorée, de
chacun deux onces.
Poudre d’electuaire de diamargaritum
froid et diatragacant froid, trochisques
de camphre, de chacun trois drachmes.
LE VINGT-QV ATRIÉME LIVRE ,
DE LA PESTE.
399
Semence de citron , chardon benist, et
acelcuse, racine de dictamne, et lor-
menlille, de chacun deux dragmes.
Eau de décoction d’vn ieune ciiapon ,
six liures.
Meslez auec fueiiles de laictue , aceteuse,
pourpié, bugtose et bourrache , de cha-
cun demie poignée.
Le tout soit mis en vn alembic de
verre, auec la chair de deux pou-
lets et deux perdrix : soit faite dis-
tillation à petit feu. Puis sera pris
demie liure de la distillation prédite,
auec deux onces de succre blanc et
demi dragme de canelle : ces choses
soient passées par la manche d’hip-
pocras, et que le malade en boiue
quand il aura soif : ou qu’il vse de
cesluy suiuant.
Prenezvn vieil chappon et vnjarretde veau.
Deux perdrix hachées.
Canelle entière, deux drachmes.
Le tout mis en un vaisseau de verre
bien estouppé sans aucune autre li-
queur.et soient faits bouillir au bain
Marie iusques à ce qu’ils soient par-
faitement cuits1: ou en un vaisseau
d’eslain , qui t’est icy représenté, le-
quel se clost à vis, de façon que nulle
vapeur ne peut sortir dehors : et est
propre pour faire restauraus, et po-
tions vulnéraires, et décoction de
gaiac, salseparille, et esquine, et
generalement toutes choses qui se
doiuent cuire au bain Marie.
1 La phrase s’arrêtait là dans les premiè-
res éditions , ou plutôt elle se continuait di-
rectement avec la phrase qui suit la figure :
car pur ce moyen la chair se cuit en son pro-
pre jus, etc. La figure et le texte qui s’y rap-
porte se trouvent pour la première fois dans
le petit Discours de la peste publié en 1582
à la suite des Discourt de la mamie et de la
licorne, folio 55 ; et ils ont été repris dans la
grande édition de 1585.
Car par ce moyen la chair se cuit
en son propre jus, sans que le feu y
porte dommage : puis le jus soit ex-
primé dedans des presses propres à
telle chose. Duquel en sera donné
vne once ou plus pour chacune fois ,
auec vn peu d’eaux cordiales, comme
eau de bourrache, de violettes, de
buglose, de scabieuse, de roses, ou
de conseille d’icelles, et du triasan-
tal , diamargarilum frigidum , des-
quelles on en dissoudra , et en sera
donné sonnent au malade, àsçauoir,
de trois heures en trois heures , plus
ou moins , selon que le malade le
pourra digerer, et que la fleure et
autres accidens le permettront : car
selon que la fleure sera grande ou
diminuée, il faudra diuersifier les
alimens, tant en quantité qu’en qua-
lité. Or on ordonne les reslaurans,
coulis et pressis,et eau de chair, à
ceux qui ont l’estomach debile, et ne
peuuent cuire les viandes. Outre plus,
il est bon de manger soutient en pe-
tite quantité confitures aigrettes,
comme prunes, cerises, et autres dont
dous auons fait mention cy dessus.
Et faut du tout euiter les confitures
400 LE VINGT-QVATRIÉME LIVRE
douces : car (comme nous auons dit
cy dessus) toutes choses douces
promptement s’enflamment en nostre
corps, se tournans en cholere, et sou-
rient engendrent obstruction au foye
et à la râtelle.
Et faut icy noter, qu'il n’y a point de
maladie qui débilité tant Nature que
fait la peste. Parquoy il faut donner
à manger au malade peu et souuent,
selon qu’on verra estre necessaire,
ayant esgard à lacouslume, àl’aage,
au temps, à la région, et sur toutes
choses à la vertu du malade, à lin que
le venin qui a esté chassé et expulsé
aux parties extérieures ne soit de
rechef attiré au dedans par inanition :
considéré aussi que la putréfaction
veneneuse corrompt, altéré et dissipe
les esprits vitaux et naturels, lesquels
doiuent estre souuent restaurés par
manger et boire, comme nous l’auons
desia aduerli cy deuant. Toulesfois
il faut prendre garde par trop man-
ger on ne charge le malade de matière
superflue : parlant en ce on tiendra
médiocrité. Et quand l’appelit sera
venu , il ne faut différer de donner à
manger et boire, tant pour les causes
susdiles^que aussi de peur que l’esto-
machnese remplisse d’humeurs acres,
bilieuses et ameres, dont s’ensuiuent
plusieurs extorsions et mordicalions
en iceluy, inquiétude et priuation de
sommeil , rétention des excremens ,
lesquels aussi sont faits plus acres et
mordicans. D’auanlage , faut auoir
esgard de donner en hyuer plus à
manger qu’en esté, à cause que la cha-
leur naturelle est plus grande. Plus,
ceux qui sont de eomplexion froide,
et qui ont débilité d’eslomach , vse-
ront moins de choses refrigerenles ,
ou seront corrigées auecques autres
choses chaudes, comme canelle,
doux de girofle , muguelle, macis,
et autres.
Outre-plus, ceux qui ont grand flux
de ventre doiuent vser de jus de
grenades, tant au manger qu’au
boire. Et l’ordre de prendre les vian-
des , c’est que les liquides et de facile
digestion seront prises deuant les
solides et plus difficiles à digerer.
Et ce te suffise du manger du ma-
lade : à présent il nous faut traiter
du boire.
CHAPITRE XXIII.
DV BOIRE DV PESTIFERE MALADE.
Si le malade a grande fleure et ar-
dente, il ne boira aucunement de vin,
s’il ne luy suruient défaillance de
cœur : mais en lieu d’iceluy il pourra
boire de l’oxymel fait comme s’ensuit.
Vous prendrez la quantité que
voudrez de la meilleure eau que
pourrez recouurer, et pour six liures
d’eau y mettrez quatre onces de miel,
et le ferez boüjllir en l’escumant
iusques à la consomption de la troi-
sième pal lie : puis sera coulé , et mis
en quelque vaisseau de verre : puis
on adioustera trois ou quatre onces
de vinaigre : et sera aromatisé de ca-
nelle fine.
Pareillement pourra vser de l’hip-
pocras d’eau fait en ceste sorte.
Prenez vnc quarte d’eau de fontaine -, six
onces de succrc, deux dragmes de ca-
nelle, et le tout ensemble coulerez par
vne manche d’hippocras , sans aucune-
ment le faire bouillir.
El s’il n’est assez doux au goust du
malade, vous y pourrez adiouslcr
d’auantage de succre, ensemble, un
peu de jus de citron, et lors mesme-
menl qu’il demande à boit e.
DE LA PESTE.
Le syrop de acctosilate citri emporte
le prix entre tous les autres contre la
peste.
Il pourra vser du iulep qui s’ensuit
entre les repas auec eau bouillie, ou
eau d’ozeille, de laictues, scabieuse
et b i glose, de chacune égalé portion,
comme :
Prenez jus d’ozeille bien purifié, demie liure.
Jus de laictues aussi bien purifié, qua-
tre onces.
Succre fin , vne liure.
Clarifiez le tout ensemble, et le faites bouil-
lir à perfection et le coulez , y adioustant
sur la fin vn peu de vinaigre : et en vsera
comme dessus est dit.
Et s’il n’est aggreable au malade
en cesle sorte, vous le pourrez faire
en la maniéré suiuanle.
Prenez quatre onces dudit iulep
clarifié et coulé, et le meslez auec
vne liure desdites eaux cordiales, et
les ferez bouillir ensemble trois ou
quatre boüillons, et estant hors du
feu y ielterez vne dragme de santal
citrin, et demie dragme de canelle
concassée : ce fait, le coulerez par vne
manche d’hippocras, et estant froid,
en baillerez à boire au malade auec
jus de citron, comme dessus.
Ceux qui ont accoustumé de boire
du peré, ou du pommé, ou de la
ceruoise ou biere , le pourront faire ,
pourueu que la biere soil bonne,
claire et deliée , et le peré et pommé
faits de pommes et poires aigres, qui
soient bien purifiées : car s’ils estoient
gros et troubles, non seulement en-
gendreroient mauuaises humeurs,
mais aussi grandes crudités et inflam-
mations à l’estomach, et plusieurs
obstructions, dont la fiéure se pour-
roit augmenter, et par conséquent
faire mauuais accidens : parquoy ie
conseille n’en vser aucunement, si le
4o t
malade ne le desiroit, et fust accous-
tumé à boire de tels breuuages.
Pour estancher la grande soif, et
contrarier à la matière putride et ve-
neneuse, on donnera à boire au ma-
lade de l’eau et vinaigre faits comme
s’ensuit.
Oxycrat composé.
Prenez deux liures d’eau de fontaine , trois
onces de vinaigre blanc ou rouge, qua-
tre onces de succre fin , deux onces de
syrop de roses : le tout soit fait bouillir
vn petit bouillon, et en soit donné à
boire au malade.
Ce iulep suiuant est pareillement
propre pour donner à ceux qui sont
fort febricitans, lequel a vertu de ra-
fraîchir le cœur, et retient en bride
la fureur du venin, et garde les hu-
meurs de pourriture.
Prenez demie once de jus de limons , et au-
tant de citrons.
Vin de grenades aigres , deux onces.
Eau de petite ozeille et eau rose , de cha-
cune vne once.
Eau de fontaine bouillie tant qu’il sera
besoin.
Et soit fait iulep, duquel en sera vsé entre
le repas.
Autre.
Prenez syrop de citrons et de grozeilles rou-
ges appellées ribes, de chacun \ne once.
Eau de nénuphar, quatre onces.
Eau de fontaine, huit onces.
Et de ce soit fait iulep à boire comme des-
sus.
Autre.
Prenez syrop de nénuphar, et syrop acetcux
simple, de chacun demie once.
Soient dissoults en cinq onces d’eau de pe-
tite ozeille, et vne liure d’eau de fon-
taine , et de ce soit fait iulep.
Et si le malade estoit ieune , et de
température chaude, et l’eslomach
bon, il pourra boire de bonne eau
26
111.
4 02 LE YINGT-QY ATRIEME LIVRE,
froide venant d’vne claire et viue
fontaine à grands traits, à fin d’es-
teindre son extreme soif, et la vehe-
raente fureur et ardeur de la fiéure.
le dis à grands traits, pource que s’il
beuuoit peu et souuent, iamaissa soif
nepourroit eslre estanchée ni ta cha-
leur diminuée, mais plustost se-
roient augmentées. Ce que nous con-
noissops par l’exemple du mareschal,
qui voulant escliauffer le fer arrouse
son feu auec vne escouuelte , et par
ce la vertu du feu en est rendue plus
chaude et ardente : et lors qu’il le
veut esteindre , il iette bonne quan-
tité d’eau dessus, qui fait que le feu
en est suffoqué et du tout esteinl :
aussi le pauure fébricitant altéré
d’vne extreme soif, lors qu'on luy
donne vu grandirait d’eau fraiche,
par ce moyen on lui suffoque sa ve-
hemente chaleur et désir de boire.
Et en telle extreme soif ne faut tenir
mesure du boire : et où le malade vo-
mira après, il n’y aura pas grand
danger : et cecy est mesme approuué
de Celse >, qui dit, qu’aprés que l’eau
froide aura réfrigéré les parties inté-
rieures , il la couuient vomir : ce que
toutcsfois aucuns ne font pas, mais
en vsent comme de médicament.
D’auanlage, le malade tiendra en sa
bouche ces trochisques1 2 :
/
Seminis psyllij 3. ij.
Seminis cittioniorum 3.j. £>.
Sacchari candi in aqua rosar. dissol. § .j.
Misce : fiant trochisci lupinis similes : teneat
sempcr in ore.
Ces trochisques humectent gran-
dement la bouche du malade. Aussi
pour appaiser la soif, on pourra faire
tenir en la bouche vn morceau de
1 Celse, liur. 3. chap. 7. — A. P.
2 Cette formule a été ajoutée en 1585.
melon , ou concombre , ou courge ,
ou quelques fueilles de laictues, ou
d’ozeille,ou pourpié trempé en eau
froide, et le renouueller souuent. 11
pourra pareillement y tenir des les-
ches de citron vn peu succrées et as-
pergées d’eau rose : semblablement
aussi des grains de grenades aigres.
Oulre-plus, le vinaigre mixtionné
auec eau, ainsi qu’on le préparé de-
dans les galeres pourboire, refroidit
et garde de pourriture, fait passer et
descendre l’eau parles parties, dissipe
les obstructions, et estanche mer-
ueilleusement la soif, par la vertu de
sa froideur et acidité : aussi il résisté
et amortit beaucoup l’ebullilion des
humeurs qui causent la fiéure pu-
tride. Pareillement les syrops sui-
uans sont propres, comme aceteux,
de nénuphar, violât, de pipauere,
de limons, citrons, deribes, berberis
et grenades, L’vn d’iceux sera battu
et mixtionné auec eau bouillie , et en
sera donné à boire aux malades,
comme i’ay cy dessus dit , moyennant
qu’ils n’ayenl toux, ny crachats de
sang, ou le sanglot, ou l’estomach
debile : car alors on doit du tout fuir
telles choses aeeteuses.
Or encor que i’aye cy deuant dé-
fendu le vin , i’enlendois que le ma-
lade fusl ieune et robuste, et eust
fiéure ardente : mais s’il esloit vieil
et debile, et de température pitui-
teuse, et eust accoustumé de boire
lousiours vin , aussi qu’il eus^ passé
l’estai de sa maladie, et n’eust fiéure
trop grande ne ardente , il peut boire
à ses repas vin blanc ou clairet fort
trempé, selon la force du vin , et la
diuersité des chaleurs du temps. Et
ce n’est à reietter : car il n’y a rien
qui conforte plustost les vertus, et
qui augmente et reuiuifie les esprits
que fait le bon vin, et partant en tel
DE LA. PESTE.
cas en faudra donner : et à la fin de la
table on luy donnera quelque petit
vin vermeil, verdelet et astringent,
à fin qu’il ferme et serre l’orifice de
l’eslomach, et repousse les viandes
au profond, aussi qu'il abbate les fu-
mées qui montent à la leste. Et pour
ce fait on donnera pareillement un
peu de cotignac, conserue de roses,
ou quelque poudre cordiale.
Et noteras que le malade ne doit
endurer la soif, et partant gargari-
sera souuent sa bouche d’eau et vi-
naigre, ou vin et eau , et en lauera
pareillement la face et ses mains : car
telle lotion resioüitet fortifie les ver-
tus
Si le malade a flux de ventre, il
boira de l’eau ferrée , auec quelques
syrops astringens: aussi le laict bouil-
li. auquel on aura esleint des cailloux
par plusieurs fois, luy sera fort vtile.
Quant à ceux qui ont la langue sei-
che et raboteuse, et toutes les parties
de la bouche desseichées, pour la
leur rafraîchir et adoucir, on leur
fera lauer souuent la bouche d’eau
mucilagineuse faite de semences de
coings et de psyllium, auec eau de
plantin et de roses, et un peu de
camphre : puis après l’auoir lauéeet
humectée, il la faut nettoyer auec
vne ralissoire, puis l’oindre d’vn peu
d’huile d’amendes douces tirée sans
feu , meslée auec du syrop violât. Et
s’il suruenoit quelques vlceres en la
bouche , on les touchera d’eau de su-
blimé , ou eau forte qui aura serui
aux orféures : aussi on fera des gar-
garismes, et autres choses neces-
saires.
Election de la bonne eau 1.
H y a plusieurs malades, et aussi
des sains , qui iamais pour leur breu-
1 Cet article a été ajouté en 1579; bien
4o3
uage ne veulent et ne peuuenl boire
autre breuuage que la seule eau. A
cesle cause, vouloir m’a pris en cest
endroit monslrer par escril la bonne
eau remarquée par les anciens : et
est bien necessaire la connoistre, veu
que noslre vie consiste la plus grand
part en l’vsage d’icelle : car c’est le
principal breuuage, ioint que le pain
que nous mangeons en est peslri, et
la plus part des viandes apprestées
et cuilles.
Or la meilleure est celle de pluye
qui tombe en Esté, et gardée en vne
bonne cisterne. Après est celle des
fontaines, qui descend des monta-
gnes, et découlé par dedans les pier-
res et rochers. Puis l’eau des puits,
ou celle qui sourd au bas d’vue mon-
tagne. Celle de la riuiere est pareille-
ment bonne, prise au fil courant d’i-
celle , entre deux eaux. Celle des
estangs ou marais est mauuaise.et
principalement celle qui ne court
point est tres-pernicieuse et pesti-
lente, à cause qu’en icelle naissent
plusieurs animaux venimeux, comme
couleuures. crapaux, vers, et autres.
Celle de neige et de glace est aussi
mal saine, à cause de sa grande froi-
deur et terreslrilé. Et quant à l’eau
des puits et des fontaines, laquelle
est lousiours ou le plus souuent trou-
uée bonne, sa bonté sera couneué ,
si elle n’a aucune saueur, odeur,
ny couleur , neanlmoins bien claire
comme l’air serain. Elle doit estre
liede en Hyuer, et froide en Esté, fa-
cile à eschauffer, et subite à refroidir :
en laquelle les pois el les féues et na-
uets , et autres semblables choses se
qu’il ait un titre spécial, il lient de trop
près à la matière traitée dans le précédent
chapitre pour qu’il eût été utile de l’en sé-
parer.
/i O 4 LE V I N GT-Q V ATR l ÉM E LIVRE,
cuisent facilement. Et ceux qui en
vsent ont la voix claire et la poi-
trine saine, et le teint du visage beau
et clair : et la plus legere trouuée au
poids est la meilleure.
CHAPITRE XXIV.
DES H1 EDICAMENS ALEXITERES, c’EST A
DIRE CONTREPOISONS, QVI ONT VEP.TV
DE CHASSER LE VENIN PESTIFERE.
Maintenant il est temps que nous
traitions de la propre curation de
ceste maladie pestilenle , laquelle est
fort difficile, à cause de la diuersitéet
fallace de plusieurs accidens qui la
suiuent: tellement que le Médecin et
Chirurgien à grande difficulté peu-
uent-ils iuger et connoislrc si le ma-
lade est frappé de peste, veu mesme-
ment que quelquesfois il n’aura
qu’vne petite fiéurc, à raison que ce
venin ne sera imprimé en humeur
chaud , et partant il ne se disperse et
ne se fait apparoislre certainement,
dont aduient que le pestiféré meurt
promptement , sans aucune cause
manifesie ou signe quelconque. Par-
quoy, en temps de peste, ii ne faut
prolonger le temps en cherchant les
vrais signes de ceste maladie : car bien
souuent on seroit deceu, et le venin
tuera bien tost le malade, si on ne se
haste de luy donner promptement
son alexitere ou contrepoison. A ceste
cause, lors qu’on verra la liéure à
quelqu’vn en temps de peste, ii faut
présupposer qu’eile est pestilentielle,
attendu mesmement que tant que
l’influence venimeuse de l’air durera,
tout l’humeur superflu est facilement
enuenimé.
, Or pour commencer la curation,
aucuns sont d’aduis de faire la sai-
gnée, les autres de donner purgation,
et les autres de donner incontinent
quelque contrepoison : mais consi-
dérant la vehemence de ceste mala-
die, et la diuersité et fallace des acci-
dens qui la suiuent , ausquels faut
subuenir, en contemplant la princi-
pale partie, qui est la matière verne-
neuse et du tout ennemie du cœur,
nous sommes d’aduis, que le plus ex-
pédient est de donner premièrement
subitement au malade quelque médi-
cament alexitere et cardiaque, pour
contrarier et résister au venin , non
en tant qu’il soit chaud ou froid, seo
ou humide , mais comme ayant
vue propriété occulte. Car si c’estoit
vne intemperalure seule ou compli-
quée, elle pourroit estre curée auec
medicamens contrarians par vne
seule qualité, ou mislioDnés suiuant
les remedes escrits et appi ouués des
anciens et modernes : mais nous
voyons que par tels remedes com-
muns et méthodiques, tel venin ne
peut estre vaincu : parquoy nous
sommes contraints pour la curation
venir aux medicamens qui opèrent
par vne propriété occujte , qui ne
peuuent estre expliqués par raison,
mais conneus par seule expérience,
comme sont les alexileres ou antido-
tes, c’est à dire, remedes dédiés con-
tre les venins
Or il y en a deux sortes : l’vne qui
arreste et rompt la vertu du venin
par sa propriété cachée ou particu-
liere, de laquelle on ne peut donner
raison : l’autre leielle hors du corps,
à sçauoir par vomissement, flux de
ventre, sueur, et autres vacualions
que dirons cy après : lesquels estons
contraires aux venins, changent et
allèrent tout le corps, non pas (comme
dit laques Greuin en son liure desVe-
DE LA. PESTE.
4o5
vins) qu’il faille entendre que leur
substance pénétré et passe tout le
corps : car il est impossible qu’en si
peu de temps et si peu de matière
qu’on donne pour contrepoison,
puisse passer vne si grosse masse de
nostre corps. Mais estant en l’esto-
macb, là il s’eschauffe : puis s’esle-
uent certaines vapeurs lesquelles se
communiquent par tout le corps, de
telle sorte que , soustenu d’icelles, il
combat par sa vertu la force du ve-
nin en quelque part qu’il le rencon-
tre, le maistrisantet le chassant hors,
non seulement par sa substance,
mais par renuoy de ses vertuset qua-
lités : comme journellement nous
voyons que quand nous auons pris
des pilules, ou quelque medecine la-
xaliue, neanlmoins que leur sub-
stance ou matière demeure en l’esto-
mach, leur vertu est espandue en
toutes les parties du corps. Ou en
peut autant dire d“vn clystere, qui es-
tant dedans les intestins, a puissance
de faire reuulsion des humeurs du
cerueau '. Autre exemple : comme
nous voyons de l’emplastre de Vigo
cum mercurio, qui liquéfié et chasse
le virus verollique tant par sueurs,
flux de ventre, que flux de bouche,
sans que la substance du mercure en-
tre aucunement dedans les parties in-
térieures du corps : pareillement les
alexiteres opèrent en nos corps en
combattant et chassant la virulence
du venin. Mais ainsi que par la mor-
sure d’vne vipere, ou piqueure d’vn
scorpion, ou d’autre beste veneneuse,
'Galien, lib. 2. de comp. rned. secundum
locos. — A. P. Cette note se lit pour la pre-
mière fois dans l’édition de 1598; celles de
1579 et 1585 n’ofTrent rien de semblable,-
mais dans celles de 15G8 et 1575 on lisait
dans le texte : comme lesmoigne Galien au
lib. 5. des Simples, chap. 19.
vne bien petite quantité de leur venin
fait en pende temps grande mutation
au corps, à cause que leur qualité
s’espand par toutes les parties, et les
altéré et conueriit en sa nature ,
dont la mort s’ensuit si on n’y met
remede : et pareillement vne petite
quantité de contrepoison donné en
temps et heure, abat la malice du
venin, soit appliqué par dehors, ou
donné par dedans. Toutesfois il faut
icy noter, que l’alexitere doit estre
plus fort que le venin, à fin qu’il do-
mine et le chasse hors : et en sera
donné deux fois le iour, et partant il
en faudra vscr en plus grande quan-
tité que n'est présupposé estre le ve-
nin, à fin qu’il le domine. Aussi n’est-
il pas bon en vser en trop grande
quantité, de peur qu’il ne blesse la
nature du corps, encores qu’il fust
maislre du venin : partant on y tien-
dra médiocrité, et en sera continué
iusqu’à ce qu’on verra les accidens
diminués ou du tout cessés.
Or les alexiteres ou contrepoisons,
sont souuentesfois faites d’vne partie
de venins meslés auec autres sim-
ples en quantité bien accommodée
(comme on voit en la composition du
theriaque, qu'il y entre de la chau-
de vipere), à fin qu’ils ser aient de vé-
hiculé ou conduite pour les mener là
par où est le venin dans le corps,
pource qu’vn venin cherche son sem-
blable, comme aussi font toutes cho-
ses naturelles. D’auantageil se trouue
des venins qui sont contrepoisons les
vns des autres, voire vn venin contre
son semblable , comme on voit le
scorpion propre contre sa piqueure.
Mais entre tous les alexiteres du ve-
nin pestiféré, sont principalement le
theriaque et melhridat , lesquels on
a conneu résister à la malice du venin
! en fortifiant le cœur, et généralement
4o6 LE VINGT-OVATRIÉME LIVRE
(ous les esprits, non seulement pris
par dedans, mais aussi appliques par
dehors , comme sur la région du
cœur, et su ries bubons et charbons,
et vniuersellen eut par tout le corps :
parce qu’ils attirent le venin vers eux
par vne propriété occulte ( ainsi tjue
le Magnes atiire le fer, et l’Ambre le
feslu, et les arbres et herbes tirent de
la terre ce qui leur est familier), et
l’ayant attiré l’alterent, corrompent
et mortifient sa virulence et vénéno-
sité : ce qui est bien prouué par Ga-
lien au liure des Commodités du Thé-
riaque : ioint que tous les anciens ont
tenu pour résolu, qu’en la composi-
tion d’iceux y a vne chose merueil-
leuse et conuenable à la forme de
l’esprit vital. Dequoy nous a fait foy
le Roy Mithridales , inuenteur du
metliridat, lequel en ayant pris par
long vsage , ne se peusl faire mourir
qu’aucc peine extreme par poison,
pour ne tomber entre les mains des
Romains ses ennemis mortels *. El
quant au lheriaque, Galien afferme
qu’il peut guarir de la morsure d’vn
chien enragé, estant pris auparauant
que le venin ait saisi les parties no-
bles.
Et si quelques-vns me vouloient
mettre en auant que le theriaque et
methridat, et plusieurs autres medi-
camens alexiteres de la peste, sont
chauds, et qu’elle commence le plus
souuent par fleure ardente et conti-
nue, et que partant tels remedes la
pourvoient augmenter , et- qu’estant
augmentée , nuiroient plustost aux
malades, qu ils ne leur profileroient :
A cela ie respons et confesse qu’ils
sont chauds : mais d’autant qu’ils
résistent au venin eslans baillés et
1 Val. Max. li. 9. chap. 2. — A. P. Note de
1698.
admis par proportion conuenable,
peu uent plus aider que nuire à la
fiéure, à laquelle ne faut auoir tant
d’esgard qu’à sa cause. Vray est que
quand la fiéure est fort grande, i! les
faut meslerauec choses réfrigérantes,
comme trochisques de camphre ( le-
quel mesme preserue le corps de
pourriture, et pource est commodé-
ment moslé és antidotes contre la
peste ) syrop de limons, citrons , né-
nuphar, eau d’ozeille, et autres sem-
blables, et au reste ne choisir vn
methridat ou theriaque trop vieils ,
ains du moyen aage, comme de qua-
tre ans . ou recent, comme de deux :
car ainsi elle n eschautfe pas tant.
Or la quantité dudit lheriaque et
methridat se doit diuersifier selon les
personnes : car les forts et robustes en
pourront prendre la quantité d’vne
dragme ou plus : les moyens, demie :
et quant aux enfans qui tettent en-
cores, nous en parlerons cy après.
Quand le malade aura pris ledit lhe-
riaque ou autre alexdere, faut qu'il
se pourmene quelque espacede temps,
non pas toutesfois comme aucuns
font , lesquels incontinent qu'ils se
sentent frappés de peste, ne cessent
de cheminer tant qu’ils ne se peuuent
soustenir : ce que ie n’approuue, veu
qu’iis débilitent par trop Nature, la-
quelle estant ainsi débilitée, ne peut
vaincre son ennemy pestiféré : par-
tant on ne doit point faire ainsi, mais
y procéder par médiocrité. Et après
que le malade se sera pourmené, il
le faut mettre dedans vn lit chaude-
ment, et le faire bien couurir, et luy
appliquer des pierres chaudes aux
pieds, ou bouteilles remplies d’eau
chaude, ondes vessies, et le faire
Ires-bien suer : car la sueur eu tel
cas est vne des vrayes purgations des
humeurs qui causent la pesté et les
DE LA PESTE.
4 °7
heures : puis soit passé par dedans la
chausse d’hippocras, et après repassé
auec six onces de succre rosat , et vn
peu de lheriaque : et d’icelle eau es-
tant vn peu chaud.e, en sera donné
plein vn verre, ou moins, à boire au
malade pour le faire suer, ü’auan-
tage, on pourra asseurément prendre
de la poudre suiuante, laquelle est
fort singulière.
if. Foliorum dictamni , rutæ , radicis lor-
mentillæ, betonicæ ana 5. 15.
Bol i armeniæ præparati § . j.
Terra; sigillatæ 3. iij.
Aloës , myrrhæ ana § . 15 .
Croci orienlalis 3. j.
Mastiches 3. ij.
fiéures putrides, soient chaudes ou
froides.
Toutesfois toute sueur n’est pas
profliable, comme il appert par ce
que George Agricola, excellent Mé-
decin au pays d’Allemagne, a escrit
en son liuré de la Peste, où il asseure
auoir veu vue femme de Misne, ayant
la peste, suec le sang par la teste et
la poitrine l’espace de trois iours, et
ce nohobstant elle décéda. Aussi An
tbonius Ëeriiuenius, Médecin floren-
tin, au liure 1. cbap. 4. dit auoir con-
neu vn homme assez robuste, aagé
de trente six ans, lequel tous les mois
suoit le sang par les pores du cuir,
lequel fut gu ad par section de
veine J.
Or pour retourner à nostre pro-
pos, ce qui s’ensuit, estant pris inté-
rieurement, sera bon pour prouoquer
la sueür.
if. Rnd. chlnæ in talleolas disseclæ § . j. 15 .
Gaiaci § . ij.
Corlicls lamarisci § . j.
Rad. artgelieæ 5. ij.
Rasuræ cornu cerui § j.
Baccarum iuniperi 3. iij.
Le tout soit mis dans vne phiole de
vet re, tenant de cinq à six pintes, et
soient mises dans ladite phiole quatre
pintes d’eau de riuiere , ou d vne
claire fontaine: et soit estoupée, et
laissé en infusion toute la nuit sur les
cendres chaudes, et le lendemain soit
bouilli in balneo Marne : et au cul
du chauderon sera mis du foin ou
feutre, de peur que ladite bouteille
ne touche au fonds, et que par ce
moyen elle ne se rompe. L’ebullition
se fera iusqu’à la consomption de la
moitié , qui se pourra faire en six
1 Cètie histoire de Benivenius est une ad-
dition de 1585.
Le tout soit pùluerisé selon l’art,
et soit faite poudre , de laquelle on
baillera au malade vne dragme dis-
soute en eau rose, ou de vinelte sau-
uage : et après auoir pris ladite pou-
dre, il se pourmenera , puis s’en ira
coucher, et se fera suer, ainsi qu’a-
uons dit Pareillement ceste eau est
tres-excellente.
if. Radictim gentianæ et cyperi ana 3. iij.
Cardui benedicti, plrnpincllæana m.j. (5 .
Oxalidis agrestis et morsus diaboli ana
P- ij-
Baccarum hederæ et iuniperiana §. fi.
Florum buglossi , violarum, et rosarum
rubrarum ana p. ij.
Le tout soit mis en poudre grossement,
puis le ferez tremper en vin blanc et eau
rose par l’espace d’vne nuit seulement ,
et après on y adioustera :
Boli Armeniæ § . j.
Theriacæ § . 15 .
Cela fait, on distillera le tout au
bain marie , et on le gardera en vne
phiole de verre bien bouchée : et
lors qu’on en voudra prendre , on y
mettra vn bien peu de canelle et saf«
LE VINGT-OVATRIEME LIVRE,
4<>8
fran : el si le malade est délicat, com-
me sont les femmes et enfans, on y
mettra du succre. La dose sera six
onces aux robustes , aux moyens
trois, et aux délicats deux, plus ou
moins, selon qu’on verra eslre ne-
cessaire. Et après l’auoir prise, on se
pourmenera et suera comme dessus.
Les eaux theriacale et cordiale, cy
dessus mentionnées, sont aussi de
merueilleux effet pour ceste inten-
tion, et en faut prendre quatre, cinq,
ou six doigts en vn verre. Sembla-
blement celle qui s’ensuit est bien ap-
prouuée.
if.. Oxalidis agrestis minoris m. vj.
Rutæ p. j.
Pistentur et maeerentur in aceto xxiiij.
horarum spatio, addendo theriacæ §.
iiij.
Fiat distillatio in baîneo Mariæ.
Et incontinent que le malade se
sentira frappé, il en boira quatre on-
ces, plus ou moins, selon sa vertu,
puis se pourmenera et suera, comme
il a esté dit cy dessus. Le temps de
faire cesser la sueur est, ou qu’elle se
refroidisse, ou qu’on ne la peut plus
endurer par foiblesse ou autrement :
alors faut essuyer le malade auec
linges vn peu chauds. Et note qu'il ne
le faut iamais prouoquer à la sueur,
l’estomach estant plein 1 : car par
ainsi la chaleur est dissipée , ou pour
le moins reuoquée du ventricule en
l’habitude du corps, dont s’ensuit
crudité.
D’auantage, faut garder le ma-
lade de dormir pendant qu’il suera, et
principalement au commencement
qu’il se sent frappé et atteint de ce
mal : parce que nostre chaleur na-
1 La phrase finissait ici en 15G8; le reste
est de 1575.
turelle et esprits en ce faisant se reti-
rent au profond du corps , et parlant
le venin que Nature tasche à chasser
hors, est porté au cœur et autres
parties nobles auec iceux : et pour
ceste cause faut que le malade fuye
grandement le dormir : ce qui se fera
en l’entretenant de parolles ioyeuses,
luy faisant des contes pour le faire
rire, s'il peut : et pour ce faire, luy
dire et asseurer que son mal n’est
lien, et qu’il sera bien tost guari :
pareillement on fera bruit en la
chambre, ouurant les portes et fe-
nestres. Et si pour tout cela il vouloit
dormir, on luy fera des frictions as-
pres, et luy liera les bras et iambes
assez estroitement : aussi on luy ti-
rera les cbeueux par derrière le col,
et le nez , et les oreilles. D’auantage
on dissoudra du casloreum en fort
vinaigre et eau de vie, et on luy en
appliquera dedans le nez et les oreil-
les Ainsi on procédera par toutes
maniérés selon la grandeur du mal et
qualité des personnes, à fin que le
malade ne dorme, et principalement
le premier iour, iusques à ce que Na-
ture, aidée par les remedes, ait ietté
le venin du dedans au dehors par
sueur, vomissement, ou autrement.
Donc ne suffit defendre seulement le
premier iour, mais aussi iusques à ce
qu’ils ayent passé le quatrième, pen-
dant lesquels ne leur sera permis de
dormir que deux ou trois heures par
iour, plus ou moins , selon la vertu :
car en ce faut tenir médiocrité (comme
on doit faire en toutes choses) et con-
sidérer que par trop veiller les es-
prits se dissipent, dont souuent s’en-
suit grande débilitation : et Nature,
estant prosternée et abbatue, ne peut
vaincre son aduersaire. Partant le
Chirurgien y aura esgard : car si les
sains sont atténués et affoiblis par
DF, LA PESTE.
veilles, combien plus se trouueront
mal ceux qui sont malades , leurs
forces estant ja abbatues et dimi-
nuées.
Or pour conclure nostre propos,
après que le malade aura bien sué,
ii le faut essuyer et changer de draps,
et ne mangera de deux ou trois heu-
res après : mais pour conforter les
vérins, on luy pourra donner vn
morceau d’escorce de citron confit ,
ou de la consei lle de roses, ou vne
petite roslie trempée en bon vin , ou
vn mirabolan confit , si le malade
est riche.
CHAPITRE XXV.
»
DES EPITHEMES OV FOMENTATIONS, POVR
CORROBORER LES PARTIES NOBLES.
Entre les alexiteres peuuent estre
référés aucuns remedes locaux , c’est
à dire qu’on applique par dehors,
comme epilhemes cordiaux et hépa-
tiques, desquels faut vser dés le com-
mencement ( toutesfois après auoir
fait quelques euacuations vniuer-
selles) s’il est besoin, pour munir les
parties nobles en roborant leurs
vertus, à fin qu’ils repoussent les va-
peurs malignes et veneneuses loing
d’icelles.
Lesepithemes doiucnt auoir double
faculté, à sçauoir d’escbauffer et re-
froidir. Leur froidure sert pour réfri-
gérer la grande chaleur eslrange, et
leur chaleur est cordiale, parce que
les medicamens cordiaux plus com-
munément sont chauds : et partant
ils seront changés et diuersifiés selon
l’ardeur de la fiéure, et doiuent estre
appliqués tiedes auec vne piece d’es-
carlale, ou vn drapeau en plusieurs
4og
doubles, bien délié, ou vne esponge:
desquels seront faites fomentations,
et laissés moüillés sur la région du
j cœur et du foye , pourueu que le
charbon 11e fust en ces lieux là :
pour-ce qu’il ne faut appliquer sur
iceux aucuns medicamens repercus-
sifs. Tu pourras faire lesuils epilhe-
mes selon les formulaires qui s’en-
suiuent.
if. Aquaruin rosarum, plantaginis cl solani
ana g . iiij.
Aquæ acctosæ, vini granatorum et aceti
ana g . iij.
Santali rubri et coralli rubri puluerisali
ana 3. iij.
Theriacæ veteris g. fi.
Caphuræ 3 . ij.
Croci 3 . j.
Caryopbyllorum 3. (à.
Misce , el fiat epithema.
Autre Epiilieme fort aisé à faire.
if Aquaruin rosarum et plantaginis ana g .x.
Aceti rosati g . iiij.
Caryophyllorum , santali rubri et coralli
rubri pulucrisati, et pulueris diamarga-
rili frigidi ana 3. j. fi .
Caphuræ et inoschi ana 3 . j.
Fiat epithema.
Autre Epiilieme.
if. Aquarum rosarum et melissæ ana g . iiij.
Aceti rosati g . iij.
Santali rubri S. j.
Caryopbyllorum 3. fi.
Croci 3 . ij.
Caphuræ 3 . j.
Boli Arrneniæ , lerræ sigillatæ, zedoariæ
ana 3. j.
Fiat epithema.
Autre.
if. Aceti rosati et aquæ rosarum ana tb. fi
Caphuræ 3. fi.
Theriacæ et mithridatij ana 3. j.
Fiat epithema.
4lO LE VINGT-QVATRIÉME LIVRE,
^lutre.
~îf. Afjuarum rosarum, nenupharis, bu-
g'ossi, acetosæ , aceti rosali ana. tbft.
Sanlüli rubvi, rosarum rubrarum ana
3. iij.
Florurn nenupharis, violariæ, caphuræ
ana 3 û .
Milhridalij et thcriaca: ana 3. ij.
Toutes ces choses seront pilées et
incorporées ensemble : puis quand il
faudra en vser, on en mettra dans
quelque vaisseau pour eslre vn peu
eschauffé, et on en fomentera le cœur
et le foye, comme dessus.
CHAPITRE XXVI.
A SÇAVOIR SI LA SAIGNÉE ET PVRGA-
TION SONT NECESSAIRES AV COMMEN-
CEMENT DE LA MALADIE PESTILEN I E.
Ayant muni le cœur de medica
meiis alexiteres, on procédera à la
saignée et purgation, s’il en est be-
soin : en quoy il y a grand different
entre les Médecins, desquels aucuns
commandent la saignée , les autres la
défendent.
Ceux qui la commandent, disent
que la fiéure pestilenle est communé-
ment engendrée au sang pour la ma-
lignité du venin : lequel sang ainsi
altéré et corrompu pourrit les autres
humeurs , et partant concluent qu’il
conuient saigner. Ceux qui la défen-
dent, disent que le plus souuenl le
sang n’est point corrompu, mais que
ce sont les autres humeurs , et par-
tant concluent qu’il les conuient seu-
lement purger. Quant à moy , consi-
dérant les différences de peste que
i’ay déclarées par cy deuant, à.sça-
uoir que l’vne prouient du vice; de
l’air, et l’autre de la côrrupÏÏon7"dt*s
humeurs, et que le venin pestiféré
s'espand dedans les conduits du corps,
et de là aux parties principales ,
comme on voit par les apostemes qui
apparoissent tantost derrière les oreil-
les, tanlost aux aisselles, ou aux ai-
nes, selon que le cerueau , le cœur et
le foye sont infectés : duquel venin
procèdent aussi les charbons et érup-
tions aux autres parties du corps, qui
se font à cause que Nature se des-
charge et ielfe hors ledit venin aux
cmonctoires constitués pour receuoir
les excremens des membres princi-
paux : en tel cas il me semble qu’il
faut que le Chirurgien aide Nature à
faire sa descharge où elle prétend ,
suiuant la doctrine d’Hippocrates *,et
qu’il suiue le mouuement d’icelle,
qui se fait des parties intérieures aux
extérieures. Parquoy ne faut en telle
chose purger ny saigner, s’il n’y a
grande plénitude, de peur d’inter-
rompre le mouuement de Nature, et
de retirer la matière veneneuse au
dedans : ce qui est ordinairement
conneu en ceux qui ont commence-
ment de bubons vénériens : car lors
qu’on les purge ou saigne, on est
souuenlesfois cause qu’ils ne viennent
à suppuration, et que la matière vi-
rulente se retire au dedans , dont la
verole s’ensuit.
Parquoy au commencement des
bubons, charbons, et éruptions pesti-
férées, causées seulement dü vice de
l’air , ne faut purger ny saigner, mais
suffira de munir le cœur et toutes les
parties nobles de médecines alexile-
res , qui ont vertu et propriété occtilte
d’abattre la malignité dtl venin tant
par dedans que par dehors, par où
elle prétend faire sa descharge. Et
note ce que i’ay dit du vice de l’air,
1 Hippocrates, Aph, 21, liu. 1. — A. P.
de la peste.
parce que l’on voit ordinairement
que ceux que l’on saigne et purge en
tel cas, sont en grand péril de leurs
personnes : pour-ce qu’ayant vacué
le sang et les esprits contenus auec
luy , la contagion prouenanle de l’air
pestiféré est plus promptement portée
aux poulmons et au cœur, et est ren-
due plus forte, et partant elle exerce
plustost sa tyrannie. Semblablement
le corps estant esmeu par grandes
purgations, il se fait promptement re-
solution des esprits, à cause que la
chair de toute l’habitude du corps se
liquéfié et consume par vne grande
vacuation.
Sur quoy ie te veux bien aduertir
de ce que i’ay obserué au voyage de
Bayonne, que i’ay fait auec mon Roy
en l’an 1565. C’est que ie me suis
enqtiis des Médecins, Chirurgiens et
Barbiers de toutes les villes où nous
auons passé, esquelles la peste auoit
esté, comme il leur estoit aduenu
d’auoir saigné les pestiférés : lesquels
m’ont attesté que presque tous ceux
qu on auoit saignés et grandement
purges, esloient morts, et ceux qui
n’auoient esté saignés ny purgés , es-
chappoient presque tous : qui fait es-
tre vray-semblable quela peste venoit
du vice de l’air , et non de la corrup-
tion des humeurs.
Semblable chose auoit desia esté
au parauanl obseruée en la maladie
nommée Coqueluche , comme i’ay es-
crit cy deuant : car alors qu’on pur-
geoit et saignoit ceux qui en estoient
espris , tant s’en faut qu’on les fisl
eschapper, que mesme on leur ab-
bregeoit leur vie, et en mouroient
plustost.
Or telle chose a esté conneuë par
eiperience , à sçauoir après la mort
de plusieurs : loulesfois il y a quelque
raison , en ce qu’aucuns ont obserué ,
4t 1
lors que la peste venoit du vice de
1 air, les bubons et charbons le plus
souuenl apparoistre auparauant la
tiéure. Donc veu que l’experience est
iointe auec la raison , il ne faut indif-
féremment, comme l’on fait commu-
nément, aussi tosl qu’on voit le ma-
lade frappé de peste, luy ordonner
la saignée, ou quelque grande pur-
gation. : ce qui a esté par cy deuant
bien souuent cause de la mort d’vne
infinité de personnes. l’outesfois s’il y
auoit grande repletion ou corruption
d’humeurs, au commencement de la
douleur et tumeur du bubon et char-
bon pestiféré, supposé aussi qu’il n’y
eust que bien peu de matière conioin-
te , Nature estant encor en rut, c’est
à dire en son mouuement d’expeller
ce qui la moleste, alors on doit don-
ner médicament grandement pur-
geant. pour ietler hors l’abondance
et plénitude de la matière veneneuse
contenue aux humeurs et en toute
1 habitude du corps ; et ce suiuanl
l’Aphorisme d'Hippocrates qui dit ,
que toutes maladies qui sont faites de
plénitude, sont curées par euacua-
tion *. Plus en vn autre lieu nous en-
seigne qu’il faut donner medecine aux
maladies violen tes et 1res- aiguës, voire
le mesme iour , si la matière est tur-
genle2 : car en telle chose il est dan-
gereux de retarder.
Or si la matière est turgente en
quantité, qualité et mouuement,
faut tirer vne resolution , qu’en
la peste causée du vice de l’air, auec
plénitude de sang et d’humeurs, la
saignée et purgation y sont neces-
saires. Parquoy les medicainens by-
percatharliques, c’est à dire, qui font
operation effrenée par propriété oc-
1 Hippocrates , Aph. 22. liu. 2. — A. P.
2 Aph. 10. liu . 4. — A. P.
4 I 2 LE VINGT-QVAT
culte , comme alexiteres resistans au
venin , sont propres pour estre bail-
lés au commencement de ce mal ,
pou ru eu que Nature soit assez forte:
car à ceux qui sont constitués au La-
zard de leur vie , et au danger de
mourir, vaut mieux tenter de donner
vu fort remede que de la sser le ma-
lade despourueu de tout aide, estant
à la miséricorde de l’ennemy, qui
est l’humeur pestilent : ce qui est
aussi approuué de Celse, qui dit que
d’autant que la peste est vne maladie
liasliue et tempeslatiue, faut promp-
tement vser de remedes, mesmes auec
témérité1.
Parquoy faut considérer si le ma-
lade pestiféré a vne fiéure ardente et
grande repletion aux conduits, et que
la vertu soit forte : qui se peut con-
noistre , lors que les veines sont fort
pleines et estendues, les yeux et la
face grandement enflammés : aussi
que quelquesfois a crachement de
sang , auec grande pulsation des ar-
tères des temples, douleur au gosier,
difficulté de respirer, espoinçonne-
ment par tout le corps, auec tres-
grande pesanteur et lassitude , les
vrines estans rougeastres , troubles et
espaisses. En tel cas, faut saigner
promptement pour aider Nature à se
descharger, de peur qu'il ne se face
suffocation de la chaleur naturelle ,
pour la trop grande abondance de
sang, comme la mesche s'esleint en
vne lampe lors qu’il y a trop d’huile :
adonc tu ouuriras plustost la \eine
basilique du costé senestre que du
dextre, à cause que le cœur et la râ-
telle en ceste maladie sont fort affec-
tés : ettireras du sang en abondance,
selon que verras estre necessaire ,
prenant indication sur toutes choses
1 Celse, tiu. 3. chap. 7. — A. P.
l’RlÉME LIVRE,
de la force et vertu du malade. Et
garderas que tu ne faces la saignée
pendant qu’il y aura frisson de fiéure,
parce que la chaleur naturelle et les
esprits sont retirés au dedans, et alors
les parties externes sont vuides de
sang , et si on en liroit lors, on debi-
literoit grandement les vertus. Aussi
pendant que lu saigneras le malade,
tu luy feras tenir vn grain de sel en
sa bouche , ou de l’eau froide , et luy
feras sentir du vinaigre, duquel aussi
luy en frotteras le nez , la bouche et
les temples, de peur qu’il ne tombe
en syncope. D’auantage, il ne doit
dormir tost après la saignée : car par
le dormir, le venin et chaleur na-
turelle se retirent au centre du corps
et augmentent la chaleur estrange ,
dont la fiéure et autres accidens ac-
croissent.
Or il faut icy noter qu’en telle re-
pletion la saignée se doit faire autre-
ment en fiéurepestilenle simple, qu’en
celle qui est accompagnée d’vn bubon
ou charbon : car s’il y auoil l’vn ou
tous les deux conioints auec la fiéure
grande et furieuse, alors il faudroit
ouurir la veine plus proche de l’apos-
teme ou charbon , et selon la rectitu-
de des fibres, à fin que par icelle le
sang soit tiré eteuacué plus directe-
ment : pour autant que toute rétrac-
tion et reuulsion de sang infect vers
les parties nobles est defendue de
tous bons autheurs, Médecins et Chi-
rurgiens. Posons donc pour exemple
que le malade ait vne grande reple-
tion , laquelle surpasse la capacité
des veines et les forces naturelles, ce
que les Médecins nomment ad vasa,
et ad vires, et qu’il ait vn aposteme
pestiféré ou vn charbon és parties de
la leste et du col , il faut que la sai-
gnée soit faite de la veine céphalique
ou médiane, ou de l’vn des rameaux
DE LA. P ESTE.
d’icelle, au bras qui est du costé ma-
lade. Et où telles veines ne pourront
apparoistre pour cslre ouuertes, à
cause de la grande quantité dégraissé
ou autrement , il faut ouurir celle qui
est entre le pouce et le second doigt ,
ou vne autre prochaine et plus appa-
rente, mettant la main du malade en
eau chaude : car la chaleur de l’eau
fait enfler la veine, et attire le sang
du profond aux parties extérieures
du corps. Et si l’aposfeme est sousles
aisselles ou aux enuirons , faut aussi
tirer du sang de la veine basilique ou
médiane au dessus de la main. Et si
la tumeur s’apparoist aux aines, on
ouurira la veine poplilique, qui est
au milieu du jarret, ou la veine sa-
phene, qui est au-dessus de la che-
nille du pied de dedans, ou vn autre
rameau le plus apparent qui soit sur
le pied, et tousiours du costé mesme
del’aposleme, mettant aussi le pied
en eau chaude pour la cause dessus-
dite.
Et sera tiré du sang selon que le
malade sera ieune et robuste, ayant
les veines fortenflées, et autres signes
cy dessus mentionnés , lesquels s’ils
apparoissent tous, ou la plupart d’i-
ceux, ne faut craindre d’ouurir la
veine : ce qui se doit faire deuanl le
troisième iour, à cause que ceste ma-
ladie pestilenle vient promptement
en son estât , voire quelquesfois en
vinglquatre heures. Et en tirant le
sang , tu considéreras les forces du
malade , luy touchant le pouls , si le
Médecin n’est présent : car Galien dit
que le pouls monstre infailliblement
la vertu et force du malade. Donc il
le faut toucher, et auoir esgard à sa
mutation et inégalité : et s’il est trouué
lent et petit , alors on doit soudaine-
ment cesser et cloi re la veine , ou
faire la saignée à deux ou trois fois ,
4 1 3
si la force manque. Il faut bien icy
obseruer, qu’aucuns par vne timi-
dité tombent en syncope deuant qu’on
leur ait tiré vne palette de sang :
parquoy il faut connoistre les signes
de syncope : qui se fera par vne pe-
tite sueur qui commence à venir au
front, et mal de cœur, comme volonté
de vomir, et bien souvent d’aller à la
selle, baaiilement et changement de
couleur, les léures estans pâlies : et
le signe, infaillible ( comme i’ay dit )
est le pouls qui sera trouué lent et
petit. Et lorsque tels signes apparois-
tront ,faut mettre le doigt sur le per-
tuis de la veine, tant que le malade
soit plus asseuré, et luy donner vne
rostie de pain trempée en vin , ou
quelque chose de semblable.
Et après la saignée ainsi faite , on
ne laissera de donner promptement
à boire au malade quelque alexi-
tere ayant vertu et puissance de vain -
crela malignité du venin et le chas-
ser hors, comme pour exemple, du
theriaque ou methridat dissout auec
eau d’ozeille sauuage , ou de l’eau
theriacale, ou autres semblables que
nous auons cy deuant descrits. Or
c’est assez parlé de la saignée , venons
maintenant à la purgation.
CHAPITRE XXVII
DES MED1CAMENS PVRGATIFS.
Si on voit que la purgation soit ne-
cessaire par les intentions susdites, on
y procédera comme la chose le re-
quiert, c'est à sçauoir, en considé-
rant que c’est icy vne maladie vio-
lente, laquelle a besoin de remedes
prompts pour combattre et vacuer la
pourrituredeshumeurshorsdu corps.
4l4 LE VINGT-QVATRIEME LIVRE
Et les fautdiuersiGer selon qu’on con-
noislra l’humeur péchant : aussi en
prenant indication du tempérament
du malade, de l’aage, couslume, pays,
saison de l’année, sexe , air ambiens,
el plusieurs autres choses semblables,
qu’on verra estre necessaires, et prin-
cipalement de la vertu. Partant si on
voit qu’il soit necessaire que le ma-
lade soit purgé, et qu’il soit fort ro
buste , on luy donnera vne dragme
de lheriaque, auec six grains, voire
dix grains de scammonée en poudre.
On peut semblablement bailler des
pilules faites ainsi.
"if. Thcriacæ et mithridalij ana 3. j.
Sulphurisviuisubtiliterpuluerisati3. 6 .
Diagredij g . iiij.
Fiant pilulæ.
Autres pilules.
If. Aloës 3. iij
Myrrhge croci ana 3. j.
Ilellebori albi, azari ana 3 . iiij.
Cum theriaca veteri fiat massa, capiat 3.
iiij. pro dosi , tribus Loris ante pastum.
Les pilules de Rufus, dont nous
auons parlé cy deuant, sont propres
pour donner aux moins forts el ro-
bustes pour vn remede gracieux, des-
quelles faut prendre vne dragme en
pilules ou potion.
Les anciens ont fort loué l’agaric ,
par ce qu’il attire les humeurs de
tous les membres , et a vertu appro-
chante du theriaque, par-ce qu’il
renforce le cœur, et le purge de tout
venin : on en peut donner deux drag-
mes aux robustes, vne aux médiocres,
et demie aux délicats. Et par ainsi
selon la force du malade , en sera
donné en trochisques et bien préparé.
Et vaut mieux qu’il soit baillé en dé-
coction qu’en substance, par-ce que
quelquesfois il n’est pas bien esleu et
préparé : que s’il est bien esleu et pré-
paré, on le peut dire estre vne méde-
cine diuine contre la peste causée par
le vice des humeurs , de laquelle plu-
sieurs expériences ont esté faites.
Quelques vns approuuentel recom-
mandent fort l’antimoine , alleguans
plusieurs expériences qu’ils ont veu.
Toutesfois, par-ce que l’vsage d’iceluy
est reprouué par messieurs de la fa-
culté de Medecine , ie me deporteray
d’en rien escrire en ce lieu b
Maintenant venons aux autres re-
medes, desquels on vse principale-
ment lors que le vice gist en l’intem-
peralurede l’air et non des humeurs :
lesquels ont la vertu d’esmouuoir les
sueurs , lequel remede en tel cas est
1 C’est ici ie fameux endroitoù Paré, dans
les premières éditions, s’étendait avec tant
de complaisance sur l’usage et les vertus de
l’antimoine. A ce propos, il importe que je
revienne sur une assertion émise dans mon
Introduction, page cci.xxui, où il est dit que
ce morceau fut supprimé dans la première
édition ries OEuvres complètes. C’est unecr-
reur; on le lit en 1375 lout-à-fait semblable
au texte de 1508. Ce ne fut donc qu’en 1579
que Paré consentit à le supprimer, sans
doute par la même raison qui lui avait fait
supprimer le livre des Fiéures, et pour se
remettre en paix avec la Faculté. L’auteur
avait laissé cependant en d'autres endroits
de ses OEuvres percer l’opinion qu’il avait
de ce remède: ainsi au chap. 48 du livre de
la Génération , ainsi encore au chap. 21 du
livre des Venins (voyez tome II, page 745,
et tome III, page 312) ; et ces courtes phra-
ses avaient échappé à la censure de la Fa-
culté. Mais on ignorait que Paré eût eu
l’occasion de se prononcer sur une question
de pratique qui agita et div sa les médecins
pendant près de deux siècles, et on me saura
gré d’avoir reproduit ce long passage dans
ceUe nouvelle édition ; on le trouvera sous
le titre de Chapitre complementaire à la fia
du livre de la Peste.
DE LA PESTE.
le premier et plus excellent entre
tous autres : entre lesquels celuy qui
s’ensuit , est de merueilleuse vertu ,
et l’ay entendu de messire Matthias
Rodler, chancelier de monseigneur le
duc Georges , comte Palatin, homme
de bien et d’honneur, demeurant à
Schimeren. Lequel m’a depuis n’a-
gueres escrit qu’on a esté fort vexé de
peste en Allemagne, et le plus grand
et singulier rcmede qu’ils ayent peu
trouuer (par le moyen d vu docte
Médecin) estoit prendre vne brassée
de l’herbe nommée Armoise et de la
cendre d’icelle on faisoit de la lesiue
auec vne quarte d’eau pure , puis on
la taisoit bouillir et consumer sur le
feu dedans vn vaisseau de terre
plombé, iusqu’à ce qu’elle delaissast
vne matière espaisse comme sel, et de
ce on faisoit trochisques, chacun de
la pesanteur d’vn florin d’or. El lors
qu’on se sentoit frappé de peste , on
faisoit dissoudre l’vn desdils trochis-
ques , ou deux , plus ou moins , selon
la force et aage des malades, auec
quatre ou cinq doigts de bon vin ou
maluoisie : puis se pourmenoient
après l'espace de demie heure , et se
mettoienl dans le lit , et suoient deux
ou trois heures, plus ou moins, selon
que la force et vertu des malades
estoit grande, aussi vomissoienl et
alloient à la selle, comme s’ils eus-
sent pris de l’antimoine : et par ce
remede, ceux qui en ont vsé aupara-
vant que le venin eust saisi le cœur ,
sont presque tous eschappés : ce que
i ay expérimenté depuis en ceste ville
de Paris, auec bonne issue. Les an-
ciens ont fort loué l’Armoise prise
par dedans et dehors, contre la mor-
sure des serpens : et partant est à
louer donnée à la peste.
Aussi il m’a esléasseuré par maislre
Gilbert Eroüard , docteur en Mede-
4 1 5
cine à Montpellier, que luy estant en
Sicile, médecin du vice-roy d’icelle
prouince, entra en familiarité et ami-
tié auec vn Nauanois, qui auoil
serai auec grande reputalion la reli-
gion de Malle l’espace de quarante
ans : lequel estant à Rhodes, en l'hos-
pital de ladite religion , pour penser
les pestiférés, à la grande instance et
prière d’vn patron de nauire Ragu-
sois, malade de peste, auroit esté
contraint luy permettre de boire vn
grand plein verre de saumure d’an-
chois, pour ce que ledit malade disoit
cela estre vn singulier remede contre
la peste : duquel breuuage , en moins
de vingt quatre heures après l’auoir
pris, luy ayant succédé vne grande
sueur, se trouua sans fiéure, et en-
tièrement guar: : et asseuroit ledit
Nauan ois auoir donné depuis ce re-
mede à plusieurs qui ont esté guaris.
R’auantage , ledit Eroüard m’a af-
firmé, qu’ayant oüy ce récit , il en «
fait l’experience à plusieurs, et mesme
en a donné à deux enfans de monsieur
de la Terrasse, maistre des reques-
les du roy, qui estoient malades de
peste, et ont esté guaris. Ile l’effet du-
quel remede luy ayant demandé quelle
raison il en pourroit donner, il m’al-
legua que la peste n’est autre chose
qu’vne espece de putréfaction et cor-
ruption insigne, à laquelle les medi-
camens grandement desseichans sont
propres et vtiles : et partant le sel
( comme estant fort excellent à gar-
der toutes choses suiettes à corrup-
tion) a force et vigueur de consumer
l’indicible putréfaction où le venin
pestilentiel est attaché. Or il faut icy
au ieune Chirurgien noter, qu’il ne
faut attribuer ce remede aux anchois,
mais du tout à la salsilude.
Aucuns prennent le poids d’vne
dragme de semence d’hiebles mises
Alt) LE VrNGT-QVATRjÉMlî LIVRE
en infusion en vin blanc , qui fait
presque semblable effet que l’anti-
moine : ce que iesçay par expérience.
Autres prennent vne dragme de se-
mence de rue pilée, y meslans le gros
d’vue feue de theriaque, et donnent
cela à boire au malade auec quatre
doigts de maluoisie. Il y en a aussi au-
cuns qui prennent vne poignée de
fueilles et sommités de genest, et les
pilent auec demy-seplier de vin blanc,
et le donnent à boire : et tosl après
les malades vomissent, assellent et
suent : ce que i’approuue, d’autant
qu’on voit par expérience , que ceux
qui sont mords de bestes veneneuses ,
lians du genest dessus la morsure,
ont gardé que le venin ne passe plus
auant. Pareillement on en donne à
boire, pour garder que le venin ne
saisisse le cœur. Autres vsenl de raci-
nes de enula campana , gentiane,
tormenlille, graine d’escarlale et de
genéure , limure d’iuoire et de corne
de cerf, prenans de chacun d'iceux
à la volonté, à sçauoir demie dragme
pour l’ordinaire , et le tout concassé
et mis en infusion en vin blanc et eau
de vie par l’espace de vingtquatre
heures sur les cendres chaudes , cou-
lent le tout, et d’icelle colature en
donnent trois ou quatre doigts, plus
ou moins , au malade de peste , selon
qu’il est besoin : puis on le met dedans
le lit, et on le couure bien. Icelle
meslange prouoque beaucoup la
sueur, et chasse le venin , d’autant
qu’elle est cordiale, et a vne grande
euaporation spiritueuse, ioint qu’elle
est alexitere, comme on peut voire
par ses ingrediens.
Aussi la potion suiuante a esté
expérimentée auec heureux succès, et
est principalement propre pour les
rustiques.
Prenez moustarde a re (et non faicte de
mousl), demi once; deslayez-la en vin
blanc et vn peu d’eau de vie, et y ines-
lez le gros d’vne feue de theriaque ou
nielhridat.
Puis l’ayant beuë, se faut pourme-
ner et suer, comme dessus est dit.
Pareillement le remede suiuant leur
sera conuenable. Il faut prendre vn
gros oignon et le creuser, et y mettre
du theriaque ou methridat, demie
dragme auec vinaigre , et faire cuire
le tout ensemble, puis l’exprimer : et
deceon-en baillera à boire au ma-
lade auec eau d’ozeille ou de char-
don benist, ou autre eau cordiale, ou
de bon vin : puis on le fera pourme-
ner tant et si peu qu’il sera besoin,
et après on le mettra dans vn lit
pour suer, comme dessus : ou on fera
comme s’ensuit
Prenez teste d’ail la quantité d’vne
noix assez grosse, vingt fueilles de
rue et autant d’esclaire, qu’on ap-
pelle en latin Chelidonium mains :
pilez tout auec vin blanc, et vn peu
d’eau de vie , puis exprimez = et en
beuuez cinq ou six doigts. Aucuns
prennent du jus d’esclaire et de mau-
ues, tiré auec quatre doigts de vi-
naigre, qu’ils boiuent auec deux
doigts d’huile de noix : puis se pour-
menenl assez longuement , et tost
après vomissent, et leur ventre s'ou-
ure, et vont à la selle : et par ce
moyen sont guarantis. Autres vsent
de fueilles delaureole desseichées , le
poids d’vn escu,plusou moins, selon
la vertu du malade, lesquelles ils
trempent deux iours dedans du vi-
naigre et en donnent à boire : cela
les fait suer, vomir et asselier, et par
ce moyen chasse le venin : qui est vn
remede plus commode lors que le vice
\
£>e î,a peste.
est aux humeurs , connue aussi sont
les suiuans *.
Matlhiole, au liure de la Verole , dit
que la poudre de mercure donnée
auec vn peu de suc de chardon benist,
ou elecluaire de gemmis , chasse la
peste deuant qu’elle soit confirmée,
en faisant vomir, suer, et asseller.
Outre-plus ledit Matlhiole conseille
de donner de la coupperose dissoute
en eau rose, le poids d’vn escu, aux
pestiférés, parce qu’elle fait vomir et
suer et asseller: et par ce moyen
chasse le venin.
Autres donnent de l’huile de scor-
pions en petite quantité auec vin
blanc , laquelle prouoque grande-
ment le vomir, et peut attirer et va-
cuer auec soy le venin pestiféré : et
mesmemenl en frottent la région du
cœur , et les arteres des temples et
1 II y a encore eu ici un retranchement,
opéré cette fois dès 1575 sur le texte primi-
tif; en effet, après ce paragraphe, on lisait :
« Aucuns ne craignent à prendre la pe-
santeur d vn escu de poudre de mercure
bien calcinée , et la mistionnent auec con-
serue de roses ou cotignac la quantité d’vnc
drachme , et la donnent à avaler comme
autres pilules : puis font pourmener le ma-
lade, et le gardent de dormir : et certaine-
ment la dicte poudre fait grande euacualion
tant par haut que par bas, et Tait ietter di-
uerses couleurs d’humeurs par les selles, ce
que i’ay expérimenté : aussi Maihiole le con-
firme au livre de la F erole, disant qu’icelle
poudre de mercure, donnée auec vn peu de
suc de chardon hencit, etc. »
Je ne saurais comprendre pourquoi Paré
a supprimé cette mention d’un remède qu’il
dit avoir Iui-mème expérimenté ; mais, quoi
qu’il en soit, on est frappé de voir avec
quelle hardiesse il essayait les médicaments
les plus nouveaux et les plus héroïques; et
l’on comprend qu’il n’avaitpu voir employer ^
autour de lui l’antimoine sans chercher à
en apprécier directement la valeur.
III.
4 » 7
(lu poignet. Et d’au tant que ce venin
peslilent est ennemy mortel de Na-
lute, partant il faut le combattre,
tant par qualités manifestes, que par
antidotes.
O* telles grandes euacuations ne
sont louées pour cure reguliere, mais
irreguliere, et ne sont aussi à reiet-
ter, pour ce qu’ils diuertissent et va-
cuent l’humeur veneneux, tant par
le ventre, vomissement, que par
sueurs. Et ne faut vser de médecines
trop debiles en maladie si cruelle et
forte, pource qu’elles ne font gueres
d’action , ains seulement esmeuuent
les humeurs sans les euacuer, dont
souuent la fiéure s’augmente. Et par-
lant si on connoist que tels remedes
puigatifs n ayent fait suffisamment
leui deuoir , tu les dois reïlerer et
augmenter: car (comme nous auons
dit;, aux fortes maladies il faut vser
de forts et soudains remedes '. Tou-
tesfois se faut donner garde que la
medecine ne soit trop forte, parce
qu’elle prosterneroit et abbattroit les
vertus, lesquelles ne pourroient ba-
tailler en vn mesme temps contre
deux, à sçauoir , contre la medecine
et le venin : et par ainsi on pourroit
empescher le mouuement de Nature
à ietter le venin hors : partant sur
toutes choses la vertu et force du
malade doit estre recommandée. Et
pour ceste cause , ie conseille que les
remedes ainsi forts et violens ne soient
donnés qu’aux forts et robustes,
comme laboureurs, mariniers, cro-
cheteurs, chasseurs, etautres de forte
complexion, si ce n’est en petite quan-
tité. Et après auoir vsë de medica-
mens laxatifs, il faut donner des
choses qui roborent l’estomach , et
repoussent le venin du cœur , et ap-
i Hippocrates, Aph. 6. lia. I. — A. P.
2?
LE VINGT-QVATRIÉME LIVRE,
4i8
paisent l’agitation des humeurs ,
comme la composition d’alkermes, ou
autres choses cy dessus mentionnées
au chapitre des Alexileres.
CHAPITRE XXVIII.
DES ACCIDENS ET COMPLICATIONS DES
MALADIES QVJ ADVIENNENT AVX PES-
TIFERES : ET PREMIEREMENT DE LA
DOVLEVR DE TESTE.
Il nous conuient à présent traiter
des accidens qui le plus soutient
aduiennent en ceste delestable ma-
ladie , et de la correction d’iceux :
comme sont douleur de teste et de
reins, éruptions et pustules faites au
cuir, apostemes , charbons , flux de
ventre, et vne infinité d’autres: et
commencerons par la douleur de
teste, laquelle est fort commune en
ceste maladie. Car si le venin est raui
au cerneau, et que Nature ne l’ait
peuexpeller, a donc aduitnt en iceluy
et en ses membranes inflammation ,
laquelle venant principalement à
saisir et occuper la partie anterieure,
le sens commun et imagination se
troublent : si c’est au milieu, il ne ra-
tiocine point : et si c’est en la partie
postérieure, il perd sa mémoire: dont
le plus souuent , par faute d’y remé-
dier , le malade tombe en déliré ,
frenesie, manie et rage : laquelle ne
vient seulement à cause de la qualité
chaude, mais par vne particulière
malignité du venin.
Or ceste douleur si grande et ex-
trême prouient d’vne trop grande et
abondante quantité de sang, et de
certaines vapeurs putrides qui mon-
tent des parties inferieures à la teste.
Qu’il soit vray, on leur voit la face et
jes yeux fort enflammés, rouges et
larmoyons, auec grande pesanteur et
chaleur de toute la teste : partant il
faut soigneusement subuenirà tel ac-
cident.
Donc pour la curation, il faut pre-
mièrement ouurir le ventre parclys-
teres, et après saigner la veine cé-
phalique du costé auquel sera la
plus grande douleur. Et si pour cela
la douleur ne cesse pas, alors on in-
cisera les arteres des temples , et on
tirera du sang selon la vehemence
du mal et la vertu du malade. Et
ne faut différer à ouurir telles arteres
des temples, et tirer du sang, pour
crainte qu’aprés on ne peust estan-
cher le sang à cause de leur mouue-
ment (qui est systolé et diastole, c’est
à dire contraction et dilatation) : car
véritablement ie l’ay fait plusieurs
fois, et n’ay trouué non plus de dif-
ficulté à l’estancher que des veines ,
ioint aussi qu’au lendemain on trou-
uoit l’ouuerlure aussi tost consolidée
qu’es veines. Parquoy ne faut crain-
dre à inciser lesdiles arteres : et vous
puis asseurer qu'on voit grand effet
du sang qui est vacué par icelles,
voire cent fois plus que des veines :
qui demonstrebien que la matière pu-
tride et vaporeuse est plus contenue
en icelles qu’és veines '.
On pourra semblablement prouo-
quer la saignée par le nez , si on voit
que Nature y tende : car elle profile
grandement aux obstructions et in-
flammations du cerueau et de ses
membranes, et peut par icelles eslre
vacué beaucoup de sang pourri et
corrompu: car par telle vacuation, on
voit délires et fléures ardentes allégées
et du tout guaries : ce qui est aussi
1 Comparez ce passage surl’artériotomie à
ce qu’il en a dit au chapitre de la Migraine,
tome II , page 412.
DE LA PESTE.
prouué par Hippocrates *, disant qu’à
celny qui a grande douleur de teste,
la boue, eau, ou sang découlant parla
bouclieetparlenez,6uparlesofeilles,
guarit la maladie. Parqiloy faut que
le chirurgien aide Nature à ietter hors
ce qui luy nuit : à quoy elle par-
uit ndra , en faisant que le malade
s’efforce à moucher, et gratter auec
l’ongle le dedans son nez , ou qu’il se
pique auec soye de porc, et qu'il
tienne sa teste en bas, à fin d’ouurir
quelque veine de iaquelle la matière
coniointese peut euacuer,
Qdelquesfois à aucuns le sang s’es-
coule de soy-mesme , par ce qu’il est
chaud, subtil et bilieux, aussi que
Nature veut faire sa crise : ce que i’ay
veu aduenir à monsieur de Fontaine,
cheualier de l’ordre du Roy (su Ma-
jesté estant à Bayonne), lequel auoit
vne fiéure continue et peslilente, ac-
compagnée de plusieurs charbons en
diuerses parties du corps, et fut deux
iours sans cesser de saigner par le
nez : et par iceluy flux sa fiéure cessa
aued vne Ires-grande sueur : et lost
après ses charbons suppurèrent, et
fut par moy pensé , et par la grâce
de Dieu guari. En tel cas faut laisser
couler ledit flux : mais si on voyoit
que Nature fust desreiglée et iettast
trop de sang, par la vuidange duquel
les forces s’affoiblissent trop, adonc
il doitestre arresté, tant par ligatures
fortes faites aux bras et iambes , ap-
plication de ventouses sous lesmam-
melles et sur les parties honteuses,
ou sous les aisselles , estouppes ou
esponges imbues en oxycral ou quel-
que autre liqueur froide, et appli-
quées froides et reïterées soutient.
Pareillement ou luy fera tenir en sa
1 Hippocrates , Aph. 10. liu. 6. — A. P.
4 1 9
bouche eau froide, et dedans le nez
du cotlon, du saulx, ou quelque res-
trainctif fait de poil d’entre les cuis-
ses ou la gorge du liéure, bol ar-
mene, terre sigillée incorporée auec
jus de planlin et centinode , ou autre
semblable: et le situer en lieu frais,
et qu'il puisse attirer l’air à son aise.
Et pour retourner à nostre propos,
après la saignée, si la douleur perse-
ueroit , et qu’on veist les veilles estre
grandes, de façon que le pauure ma-
lade ne peust dormir ny nuit ne iour,
à cause des vapeurs putrides qui ont
escbauffé et desseiché le cerueau ,
alors il faut vser de remedes qui pro-
uoquent le dormir, et ayenl la fa-
culté de refroidir et humecter, les-
quels seront administrés tant par de-
dans que par dehors. Et pour exem-
ple, on pourra donner à manger au
malade orge mondé, fait auec eau de
nénuphar et d’ozeille , de chacun
deux onces, opium six ou huit grains,
des quatre semences froides et du
pauot blanc, de chacun demie once.
En ses potages on mettra laiclues,
pourpié, semence de pauot, et des
semences froides concassées. On luy
pourra aussi donner vne pilule de
cynoglossa, dans laquelle y entre
de l'opium. Semblablement on luy
pourra faire prendre vii peu de dia-
codiotl sine speciebus. Et pour son
boire, eaux de laiclues et de nénu-
phar, atisquels oh aura fait boüillir
semences de pauot , à sçauoir demie
oiice d’iceluy auec (rois onces des-
dites eaux, ou vne once et demie de
syropde nénuphar, ou de pauot, auec
trois onces de la décoction de laictucs,
ou la potion suiuante h
1 Cette formule manque dans les édition*
de 15GS et de 1575.
4ad
LE VIÎJGr-QVATRliME LIVRE t
7f. Lactucarum recentium m.j.
Floruin nénuphar, elviol.ana p. ij.
Caput vnum papatier. albi contusuni
cum seminib. pondéré 3. ij.
LiquirUiæ, passul. ana 3. j. 6.
Fia tdecoctio: incolatura dissolue :
Liacodij sine specieb. § . j.
Fiatpotio larga danda liora somni.
Outre-plus , on doit vser de clyste-
res dortnitifs pour refroidir la vehe-
menle chaleur qui est au centre du
corps, faits en la maniéré qui s’en-
suit.
%. Dccoctionis hordei mundali quartaria iij.
Olei violati et nenupharis ana § . ij.
Aquæ planlaginis et portulacæ vel suc-
corum § . iij.
Caphuræ g . vij.
Album, ouor. iij.
Fiat clyster.
Et quant aux choses qu’il conuient
faire par dehors, il faut raser le poil,
et appliquer spr toute la teste de
l’oxyrhodinum , qui est huile et vi-
naigre niistionnés ensemble , et luy
laisser dessus vn linge en double
trempé, lequel sera renouuellé et
remouillé soutient. Pareillement on
appliquera poulmons de veau ou de
mou Ion recentement tirés de la beste,
ou vn coq vif fendu en deux , et le
renouuellera-on ainsi qu’on verra
estre besoin. Semblablement on ap-
pliquera des ventouses derrière le
col et sur les espaules , sans scarifica-
tiou, et auec scarification. Aussi on
fera des frictions et ligatures aux
bras et aux iambes, à fin de diuertir
et euacuer vne partie de la matière.
Outre-plus, luy sera fait vn frontal
en cesle maniéré.
2 c. Olei rosati et nenupharis ana J . ij.
Olei papaueris § . fi .
Opij 3. j.
Aceti rosati § . j.
Caphuræ 3. fi .
Ces choses soient incorporées en-
semble , et soit fait vn frontal , lequel
doit estre réitéré par fois : et seront
continuées ces choses seulement ius-
qu’à ce que la vehemente inflamma-
tion soit passée, de peur de trop ré-
frigérer le cerueau.
Aussi on luy fera sentir au nez
fleurs de pnuot, iusquiame, nénuphar,
mandragore, broyées auec vinaigre et
eau rose, et vn peu de camphre,
enueloppées ensemble en vn mou-
choir : et soient tenues assez longue-
ment contre le nez , à fin que l’odeur
se puisse communiquer au cerueau,
et par ce moyen soit prouoqué le
dormir. On luy peut pareillement ap-
pliquer cataplasmes sur le Iront à ces
mesmes fins, comme peut estre le
suiuant.
Mucilaginis seminis psyllij et cydonio-
rum in aqua rosarurn extraclæ 5 . iij.
Farina: bordei § . iiij.
Pulueris rosarurn rubrarum , florum ne-
nupharis, violarum ana 5. fi.
Seminis papaueris et portulacæ ana 5 . ij.
Aquæ rosarurn et aceti rosati ana iij.
Fiat cataplasma.
Et l’appliquez tiede sur le front et
mesme sur toute la teste.
Autre.
?f. Succorum lactucæ, nenupharis, hyos-
cyami, portulacæ ana lî>. fi.
Rosarurn rubrarum puluerisalarum , se-
minis papaueris ana § . fi.
Olei rosati § . iij.
Aceti § . ij.
Farinæ hord. quantum sutTrcit.
Fiat cataplasma ad formam pullis satis li-
quidæ.
DE LA PESTE.
4q
Après l’inflammation appaisée, on
fera des fomentations resolutiues, à
lin de résoudre quelque humeurcon-
tenu au cerueau et en ses membra-
nes. Et en cest endroit noteras, que
plusieurs sont deceus aux grandes
douleurs de teste causées par inflam-
mation , qui commandent de serrer
et lier très-fort la teste pour appaiser
la douleur : car tant s’en faut que
cela y profite , qu’au contraire l’aug-
mente, parce qu’au moyen de ceste
astriction le mouuement des arteres
estempesché : desquelles l’vsage,qui
est d’euentiller et rafraîchir le corps,
tant par attraction de l’air qui nous
auoisine que par expression d’excre-
mens chauds et fuligineux, est de
beaucoup empesché et aboli : outre-
plus serrent et compriment les sutu-
res ou iointures des os du crâne , et
en ce faisant, gardent que les vapeurs
et fumées ne se peuuent euaporer. Et
partant sont cause d’accroistre vne
exlreme douleur et chaleur, fiéure,
resuerie, et autres grands accidens,
voire quelquesfois iusqu’à faire sortir
et creuer les yeux hors de la teste , et
estre cause de la mort des pauures
malades : ce que i’atleste auoir veu,
ainsi que i’ay escrit en mon liure des
Fia ,es de la leste humaine l.
D’auantage , aucuns sont si endor-
mis et assommés , qu’ils ne se peu-
ueut aider : partant il leur faut met-
tre dedans le nez choses odorantes ,
et qui ont vertu de les faire esternuer,
à Gn que la faculté animale soit ai-
guillonnée et excitée à se défendre :
et s’ils ne se peuuent aider, il leur
faut ouurir la bouchepar force, pour
leur faire aualler quelque aliment ou
médicament.
1 Voyez tome II, pages 47 et 79.
CHAPITRE XXIX.
DE LA CHALE V R DES REINS.
Pareillement pour d’auantage di-
minuer la chaleur des reins, on ap-
pliquera dessus de l’onguent réfrigé-
rant de Galien recentement fait, y
adioustant blancs d’œufs tres-bien
battus, à fin que son humidité soit
plus longuement gardée : et faut re-
nouueller à chaque quart d’heure,
et l’essuyer quand on en meltra d’au-
tre : ce que l’on fera iusqu’à quatre
fois : car autrement estant eschaufië
en la partie, il ne refrigereroil pas ,
mais plustost augmenteroit la cha-
leur. Aussi on pourra vserduremede
suiuant.
2£. Aquavum rosanirn lb. ft.
Succi plantaginis g. iiij.
Albumina ouorum iiij.
Olei rosacei et nenupharis ana g . ij
Aceli rosati g . iij.
Misce ad vsum.
Les reins eslans frottés del'vn des-
dits onguens , on appliquera dessus
fueilles de nénuphar recenles, ou
autres semblables herbes réfrigéran-
tes, puis après vne seruielle trempée
en oxycrat , et espreinle et renouuel-
lée souuent.
Aussi le malade ne couchera sur
lits de plume : ains luy sera mis par
dessus vn mattelas, ou vne paillasse
d’auoine, ou vn gros linceul de toile
neufue ployé en plusieurs doubles,
ou du camelot , de peur que la plume
n’augmente d’auanlage la chaleur
des reins , et vniuersellemenl de tout
le corps. On pourra aussi appliquer
sur la région du cœur vn médicament
/|2‘i LE VINGT-QVATRIEME LIVRE,
réfrigérant et contrariant au venin ,
comme cestuy suiuant.
if. Vngiienti rosati § . iij.
Olci nenupharis g . ij.
Aceti rosati et aquæ resa ana § • j.
Tberiacæ 3. j.
Çroci 3. G .
Lesdilcs choses soient incorporées
et fondues ensemble, et soit fait on-
guent mol, lequel sera estendu sur
vne pièce d'escarlate,ou sur du cuir,
et appliqué sur la région du cœur.
Autre,
•2f. Theriacæ optimæ 3. j.
Succi acidi ci tri et limonis ana §. G.
Coralli rubri, semin. rosar.rub.ana3. G.
Caphuræ, croci.ana g • ü'j-
Incorporentur omnia simul : fiat vnguen-
tum vel liuimenlum.
D’abondant on fera pleuuoir par
artifice, en faisant découler de l’eau
de quelque haut lieu dans vn bassin,
et qu elle face tel bruit qu’elle puisse
estre entendue du malade. Et aussi
luy faudra frotter doucement les
mains et pieds, euitanl tout bruit en
la chambre, de laquelle on tiendra
les portes et fenestres closes, à fin
qu’elle soit rendue plus obscure :
aussi sera rafraîchie auec les choses
prédites, codant lousiours les odeurs
chaudes, pour-ce qu’elles nuisent
beaucoup à la douleur de leste , cau-
sée de matière chaude.
CHAPITRE XXX.
ACCIDENS DE PESTE *.
Il y a vn accident de peste, appelle
Caque-sangue, qui est vu flux de ven-
î Ce chapitre vient de la petite édition du
Discours de la Peste de 1582 , et a été trans-
porté Ici en 1585.
tre qui vlcere et corrode les intestins,
tellement que par les selles on voit
sortir comme vne raclure de boyaux,
et du sang tout pur, autresfois du pus
ou boue, ou autres matières puru-
lentes, auec vne extreme douleur,
qui irrite le malade d’aller souuent à
la selle : el n’y peut rien faire, ou
bien peu , encore est-ce auec de bien
grandes espreintes : et ce qu’il ielle
est fort puant, et de diuerse couleur,
comme rousse, iaunastre, verte,
cendrée, noire, voire le sang tout
pur.
Ce que i’ay yeu plusieurs fois adup-
nir, mesme au camp d’Amiens, où
plusieurs moururent de tel llux , le-
quel esloit fort contagieux, et prin-
cipalement à ceux qui alioient aux
priués après eux, et pour y auoir
ietté tels excremens. Si que voulant
sçauoii le lieu d’où cesle grande quan-
tité de sang pouuoit sortir, ie fis ou-
uerture de quelques vus après leur
mort, et trouuay les bouches des vei-
nes el arteres mezaraïques ouuertes
el tuim fiées là par où elles aboutis-
sent dedans les intestins, en forme de
petits cotylédons de grosseur d’vn
petit pois, desquels lors que ie les
pressois, le sang sorloit à veué d’œil :
et par là ie conneus les voyes par
lesquelles le sang esloit ietté par les
selles. Monsieur Le Grand, médecin
ordinaire du Roy, qui esloit auec
moy au camp par le commandement
du roy defuncl Henry, ensauua plu-
sieurs : et entre autres remedes leur
laisoil boire du lait de vache ferré,
et aussi en faisoit souuent iellerpar
le siégé, pour corriger et adoucir
i acrimonie üe l'humeur.
De la Coqueluche.
11 y a vn accident de peste appellé
Coqueluche, ainsi dit, parce que ceux
DE LA PESTE.
qui en estoient esprins sentoient vne
extrême douleur de teste , et à l’esto-
mach, aux reins et aux iambes, auec
fiéure continue, et souuent auec de-
lire et frenesie : et lors qu’on lespur-
geoit ou saignoit , on a conneu leur
auoir abbregé leurs iours.
La Suelte.
Il y a vn autre accident, appelle la
Suelte, qui a esté en Angleterre et
aux basses Allemagnes, ainsi nommée
parce que les pa liens au oient vne bien
grande sueur vniuerselle, auec grand
frisson , tremblement et palpitation
de cœur, accompagnée de tiéure con-
tinue , et mouroient en peu de iours:
et tua vn bien grand nombre de peu-
ple.
Trousse-galaml,
Il y a vn autre accident, appellé
trousse-galand , qui a esté au Puy en
Auuergne, ainsi nommé parce que
ceux qui en estoient esprins , mou-
roienl en deux ou trois iours, et plus-
tost les robustes que les foibles et de-
biles, et les riches que les pauures:
auec fiéure continue, déliré et frene-
sie, et mouroient comme enragés, en
sorte qu’il les falloit lier et attacher.
Si quelqu’vn reschappoit, tout le poil
luy tomboit: et ceste maladie esloit
fort contagieuse.
CHAPITRE XXXI.
DES ER VPTIONS ET PVSTVLES APPELLÉES
POVRPRE.
A aucuns aduiennent éruptions au
cuir, semblables à morsures de puces j
ou de punaises : aussi sont quelques- ;
foisesleuées, comme petits grains de
mil, ou de petite verolle qu’on voit
423
aux enfans. Et lors qu’elles sont trou-
uées en grande quantité, c’est bon si-
gne : au contraire non. Aussi selon
la vehemence du venin et la matière
dont elles sont procréées, sont veuës
de diuerses couleurs , à sçauoir rou-
ges, citrines, tannées, violettes, azu-
rées, liuides ou noires. Les vulgaires
les appellent le Tac, les autres le Pour-
pre, pour-ce qu’elles sont souuentes-
fois trouuées à la similitude de graine
de pourpre : autres les appellent len-
ticules, parce qu’elles sont veuës quel-
quesfois comme petites lentilles : aussi
aucuns les nomment papillots, à cause
qu’elles se manifestent tantost au vi-
sage, tantost aux bras et iambes, vol-
tigeons de place en place comme po-
lils papillots volans. Et quelquesfois
occupent tout le corps, non seule-
ment la superficie du cuir, mais pé-
nétrent plus profondément dedans la
chair, principalement lors qu’elles
sont faites de grosse matière adusle.
Aucunes sont trouuées grandes et
larges , occupant presque tout vn
bras, ou vneiambe, ou la face, comme
vn erysipele , et partant diuersifient
selon que l’humeur peche en quantité
ou en qualité. El si elles sont de cou-
leur purpurée, noire, ou violette,
auec défaillance de cœur, et s’en re-
tournent sans cause manifeste, c’est
vn signe infaillible de mort.
La cause desdites éruptions est la
fureur de l’ebullition du sang , faite
par l’humeur malin et veneneux.
Elles viennent communément auec
la fiéure pestilentielle, et quelques-
fois deuant que la bosse ou charbon
soient apparus, quelquesfois aussi
après : qui alors demonstrent vue
| grande corruption d’humeurs au
i corps : car outre l’expulsion de la
matière de la bosse ou du charbon ,
i ladite corruption est si abondante,
LE VIJVGT-QY'ATRIÉME LIVRE,
4^4
qu'elle se demonstre aux autres lieux
du corps, dont le plus souuent le pau-
me pestiféré meurt. Quelquesfois
aussi sont trouuées seules, à sçauoir
sans bosse ny charbons , et alors
qu’eiles sont rouges, sans estre ac-
compagnées d’autres mauuais acci-
dens, ne sont mortelles. Elles appa-
roissent communément au troisième
ou au quatrième iour, et quelquesfois
plus tard : aussi souuenlesfois ne sont
apperceuës qu’aprés la mort du ma-
lade, à cause que l’ebullition des hu-
meurs faite par la pourriture n’est du
tout esteinte : et partant la chaleur
qui reste, excitée de pourriture, iette
des excremens au cuir, qui fait sortir
les éruptions 1 Ou plustost parce que
Nature sur le dernier combat , ayant
monslré quelque effort plus grand
(comme est la coustume de toutes
choses qui tirent à leur fin) que d’or
dinaire , s’est despestrée sur l'instant
de la mort de quelque portion de l’hu-
meur pestilent vers le cuir : telle-
ment toutesfois qu’aflfoiblie de tel ef-
força succombé sous le faix et mali-
gnité du reste de la matière.
CHAPITRE XXXII.
DE LA CVIîE DES ERVPTIONS.
Pour la curation des éruptions, il
faut se garder sur tout de repousser
l’humeur au dedans : et parlant faut
euiter le froid , pareillement les mé-
decines laxatiues, la saignée, et le
dormir profond , parce que telles
choses retirent les humeurs au de-
dans, et partant pourroient interrom-
1 Le chapitre se (erminait ici en i56S et
1575 ; le reste est de 1579.
pre le mouuement de Nature, laquelle
s’efforce de ietter hors ce malin hu-
meur : mais au contraire faut suiure
Nature là par où elle tend 1 , c’est à
dire, donner issue aux humeurs où
elle veut faire sa descharge, par re-
medes qui attirent le venin au de-
hors, et principalement par sueurs C
Et pour encore aider Nature à pous-
ser le pourpre hors, faudra donner
au malade vne once de syrop de li-
mons, ou de grenades, auec deux on-
ces d’eau cordiale, comme de melisse
ou scabieuse, y adioustant vne demie
dragme de theriaque ou de metbri-
dat. Aussi pour attirer le venin au
dehors , on mettra autour du col ,
sous les aisselles et aux aines, espon-
ges trempées et exprimées en vne dé-
coction d’herbes resolutiues, comme
lauande, laurier, sauge, rosmarin ,
et semblables. Car si les éruptions ne
sortent, il y a danger que le venin ne
suffoque le cœur, ou qu’il ne face vn
flux de ventre mortel.
Et pour obuier à tels accidens, ie
mettray icy sur le bureau vn remede
singulier, que i’ay trouué de grand et
excellent effet (principalement quand
la vertu expullrice est foible et le
cuir trop dur et reserré, de sorte que
le pourpre ne peut estre ietté dehors,
mais demeure sous le cuir, y faisant
petites tubérosités) qui est vn on-
guent duquel i’ay guari (par la grâce
de Dieu) plusieurs verollés. Et con-
noissant qu’en la verolle y auoit vn
certain venin , qui ne se peut dire ny
escrire, non plus que celuy qui cause
la peste (non que je vueille dire
1 Hippocrates , Aph. 2t. liu. 1. — A. P.
5 Jusqu’ici le chapitre conserve le texte de
1568 ; mais les deux phrases qui suivent ,
jusqu’aux mots: car si les éruptions ne sor-
tent, ont été ajoutées en 1585.
DE LA PESTE.
qu’elle soit maladie epidemiale , de-
pendante des astres, ny de l’inspira-
tion de l’air, mais de Dieu, qui par ce
moyen punit les offenses des hommes
et femmes, et par especial du péché
de luxure), ce qu'on voit en ce qu’elle
prend le plus souuent son commen-
cement par contagion des parties gé-
nitales, principalement pour habiter
auec hommes ou femmes infects ou
souillés de venin verollique, lequel
traîne auec soy vn bien grand nom-
bre d’accidens, ainsi que fait ceiuy de
la peste , comme sont pustules ma-
lignes et corrosiues, qui commencent
aux parties honteuses, puis tost après
se manifestent à la teste et au front,
et par toutes les parties du corps:
puis vlceres en la bouche et aux par-
ties honteuses et autres, qui les man-
gent et rongent iusques aux os : en
après leur suruiennent apostemes
dures aux os, appellées nodus, ou
goûtes notices, auec extremes dou-
leurs, et principalement la nuit , qui
passionnent et font quasi desesperer
les panures verollés: et quelque temps
après leur aduient pourriture aux os,
et le plus souuent sans enfleure ou
tumeur extérieure apparente, dont
les vns perdent les yeux, autres le
nez, les autres le palais, qui est cause
qu’ils parlent regnaud : à aucuns la
bouche deuient torse, comme à vn
renieur de Dieu, et bien souuent dc-
uiennent ladres , et ont autres infinis
accidens : et pour le dire en vn mot,
ce virus venerien rend le plus sou-
uenl le pauure verollé impotent de
tous ses membres, et finalement pro-
duit vne fiéure hectique, qui après
l’auoir rendu tout sec , n’ayant plus
sur le corps que la peau , le confine
misérablement à la mort. Tous les-
quels accidens ne peuuent estre ap-
paisés ny curés par aucun remede,
425
fors que par les onctions et emplas-
tres vif-argentées, ou parfums cinna-
barisés , qui sont les vrais alexiteres
de ceste détestable verolle, ainsi que
le theriaque et melhridat sont du
tout contraires au venin pestiféré.
Parquoy cor noissant que par le moyen
du vif-argent ceste verolle se curoit,
ie voulus semblablement expérimen-
ter la friction vniuersclle, pour attirer
le venin desdites éruptions au dehors
par sueurs , auec l’onguent propre à
curer la verolle : considérant que le
vif-argent est la vraye contre-poison
à la verolle , et qu’il est de tres-sub-
tile substance : aussi qu’il liquéfié les
humeurs gros et visqueux, et les rend
mobiles, auec le theriaque et les au-
tres medicamens qui entrent en la
composition de cest onguent , et sti-
mule la vertu expulsiueà ietter hors
du corps et abbatre par sa faculté
occulte le venin pestiféré, comme il
fait au virus verollique , à sçauoir
tant par sueurs, que par insensible
transpiration , vomissemens , flux de
ventre , flux d’vrine , et par pustules
euoquées au cuir par flux de bouche
(spécialement à ceux qui sont dis-
posés à cracher) et autres euacua-
tions : parquoy voyant que Nature
lendoit à se descharger du venin par
lesdites éruptions et pustules pur-
purées, i’en ay fait frotter quelques-
vns, comme s’ils eussent eu la verolle :
loutesfois auparauantleur faisois don-
ner vn clyslere , puis l’ayant rendu ,
leur donnois à boire quatre doigts
d’eau theriacale, l’estomach estant
vuide, à fin de prouoquer la sueur,
pour faire mieux sortir les humeurs,
et ce pendant corroborer le cœur. Et
au lieu de l’eau theriacale, on pourra
vserde la décoction de gaiac, d’autant
qu’il eschaufleet seiche, prouoque la
I sueur, et résisté à la pourriture. Et
\ 20 LE VINGT OVATRI^ME LIVRE
pour le faire plus vigoureux, on met-
tra en ladite décoction vn peu de vinai-
gre, à fin de le rendre de plus subtile
substance : ce faisant résistera d’a-
uantage à la putréfaction , et mes-
memenl si le corps est pituiteux. Or
quant à l’onguent il se fera ainsi C
"if. Axungiæ suillæ ffi. j.
Coqualur aliquantulum cum foliorum sal—
uiæ, thymi , rorismarini ana m. 6.
postea colelur, et in ea exlinguatur ar-
genli viui, quod prias in aceto ebullie-
rit cum prædictis herbis g . v.
Salis ni tri 3. iij.
Thcriacæ et mithridatij ana § . ft.
Terebenthinæ Venetæ , olei de scorpio-
nibns et laurini ana § . iij.
Vitellos ouorum ad duiiliem coctos nu-
méro vj.
Aquæ vitæ 3. iij.
Le tout soit incorporé en vn mor-
tier, et soit fait onguent : duquel on
frottera le corps du malade, et prin-
cipalement les aisselles et les aines,
euitant la teste, les parties pectorales,
et l’espine du dos : puis soit enue-
loppé en vn drap cbaucl, et mis de-
danslelit et couuert, et qu’il sue deux
heures ou plus : et doit-on mettre
autour de son lit des draps rouges,
et qu’il les regarde assiduellementet
attenliuement : car par ce regard la
matière veneneuseest attirée du de-
1 Bien que ce chapitre ait été écrit fort
long-temps avant le livre de la grosse V e-
rolle, il est remarquable que Paré n’en ait
rien emprunté, et , par exemple, que celte
formule d’un onguent dont il se loue si fort
ait été omise dans ce livre spécial. Du reste,
on voit que l’idée de recourir aux frictions
rpercurielles dans les grandes épidémies
p’est rien moins que nouvelle, et ceux qui
l’ont mise à exécution à l’époque du choléra
ne se doutaient guère probablement qu'ils
avaient été précédés par A. Paré.
dans au dehors. Puis il sera essuyé
legerement,à fin que le médicament
produise d’auantage son effet, et sera
mis en vn autre lit, s’il y a commo-
dité : puis on luy donnera quelque
boiiil Ion de chappon , ou des œufs
mollets, ou autres bons alimens : et
faut de rechef reïterer la friction ius-
ques à ce qu’on voye que lesdites
éruptions soient sorties et esteinles,
qui se fait en deux ou trois iours. Que
s’il aduienl (lux de bouche, ne le fau-
dra empescher.
Et quand on voit que le pourpre
est du tout sorti , et les sueurs pas-
sées, encore est-il bon de donner cho-
ses diurétiques, c’est a dire, prouoca-
tiues d’vrine, parce que soutient on
voit lesdites éruptions estre curées
par telle déchargé.
Outre-plus seroit bon pour les ri-
ches, en lieu de cest onguent, fendre
le ventre d’vn cheual ou mulet, et
osier les entrailles, et y mettre le
malade nud ayant la teste dehors, et
qu’il y demeure iusques à ce qu’il
commence à se refroidir : puis qu’il se
remette subit dans vn autre, et réi-
téré tant de fois qu’on verra estre
necessaire. El telle chose est fort
louée des anciens, à cause que la cha-
leur naturelle de ces bestes attire
merueilleusement le venin, tant par
sueur que par insensible transpi. a-
tion : ce qu’on a conneu par expé-
rience , comme dit Matlhiolus au
proeme sur le sixième liure de Diosco-
ride, où il déclaré que le seigneur
Valentin , fils du Pape Alexandre
sixième, eschappa par ce moyen delà
mort, encor qu’il fusî empoisonné :
car voulant empoisonner certains
Cardinaux en vn festin, il s’empoi-
sonna soy-mesme , et pareillement
monsieur son pere le Pape sans y
penser.
DE LA.
CHAPITRE XXX III.
DE l’apOSTEME PESTIFEREE , APrELLÉE
BYRON OV BOSSE.
Or posons Je cas que Nature ne
s’est peu descharger par aucuns
moyens et remedes susdits, mais plus-
tosl par aposleme faite aux emonc-
toires, laquelle d'aucuns est appellée
bubon pestiféré , d'autres la bosse, d’au-
tres la peste ou fusée, et de Galien
beste sauuage et farouche1, et aux
autres parties du corps, charbon,
anthrax et carboncle. Donc nous di-
rons que la bosse est vne tumeur qui
est en son commencement de forme
longuette et mobile , et en son estât
ronde ou pointue, et immobile, fixe
et attachée fort profondément aux
emonctoires, comme du cerueau à la
gorge, du cœur aux aisselles, du foye
aux aines : et est faite de matière plus
crasse et visqueuse que le charbon,
lequel est fait d’vne matière plus
acre, bouillante et furieuse, faisant
escarre où il s’arreste.
Au commencement que la fluxion
de la bosse se fait, les malades disent
sentir à l’emonctoire comme vne
corde tendue, ou vn nerf dur, auec
douleur poignante : puis la matière
s’assemble comme vne glande, et peu
à peu et en brief temps s’engrossit
et s'enflamme, et est accompagnée
d’autres accidens dessus mentionnés.
Si la tumeur est rouge et se grossit
peu à peu, c’est bon signe. Celle qui
eslliuide et noire, et tardiue à venir,
est dangereuse. Aussi ily en a qui vien-
nent promptement et d’vne grande
1 Galien, au liu, de Theriaca ad Pisonem.
— A. P.
PESTE. 43 7
furie , et ne tiennent la forme com-
mune , c’est à dire que subitement
deuiennent enflammées, auec grande
tumeur et douleur intolérable , et
telles sont communément mortelles.
On en a veu aussi qui tenoienl de la
couleur du cuir naturel, et sembloient
estre vne tumeur œdemaleuse, qui
toutesfois laisoient mourir le malade
aussi tost que celles qui estoient de
couleur noire ou plombée : parquoy
il ne s’y faut fier.
CHAPITRE XXXIV.
DE LA CVRE DE L’APOSTEME PESTIFEREE.
On appliquera dessus prompte
ment vne ventouse auec grande flam-
me , si elle n’estoit telle comme celle
qu’auons dit cy dessus , à sçauoir ,
auec grande inflammation et douleur
intolérable, et auec grande tumeur.
Aussi on doit premièrement oindre le
cuir d’huile de lis, à l’endroit où on
appliquera ladite ventouse , à fin de
le rendre plus laxe , et que par ce
moyen elle face plus grande attrac-
tion : et sera reïlerée de trois en trois
heures, et y demeurera à chacune fois
vn quart d’heure, plus ou moins , se-
lon la vertu du malade et la vehe-
mence*de la matière, à fin d’attirer le
venin des parties nobles au dehors, et
aussi aider Nature à faire suppuration
plus subite, ou resolution : qui se fera
en appliquant dessus vn tel Uniment.
if.. VngueiUi diallheæ 5 . j. fi>.
Olei de scorpionibus §. fi.
Milhridatij dissoluticum aquavitæ. 3.j.
Ce Uniment a vertu de relaxer le
cuir, et ouui ir les pores, et faire exha-
428 LE VINGT-QVATR1&V1E LIVRE
lations de quelque portion de la ma-
tière pestiférée, et qui a esté attirée
par la ventouse.
On peut aussi en lieu d’iceluy faire
des fomentations remolliliues, dis-
cutienleset resolutiues, et autres re-
medes attractifs et suppuratifs, que
descrironscy après.
D’auanlage,on doit faire vn vésica-
toire au dessous de la bosse, et non
au dessus: ce que i’ay fait plusieurs
fois auec heureuse issue. Comme pour
exemple , si l’aposteme estoil à la
gorge, sera appliqué sur l’espauleet
du coslé mesme : et si elle est sous
l’aisselle, au milieu du bras partie in-
terne : et si elle est aux aines, au
milieu du plat de la cuisse, à fin de
donner prompte issue à vue partie du
venin, et le départir en deux : dont
par ce moyen la partie où première-
ment s’assembloit le venin en l'apos-
teme, sera plus deschargée. Or pour
faire ampoulles ou vessies, les choses
suiuantes sont propres, à sçauoir ,
tilhymal , balrachium nommé ranun-
culus, ou apium risus : aussi le ranun-
culus bulbosus, persicaria , pes leonis ,
autrement nommé pommelée, vilis
alba vel bryonia, et principalement
par dessus tous la moyenne escorce
de vibumum appellé viorne, aussi l’es-
corce de tapsus barbatus ou flambe
(laquelle est ainsi nommée des an-
ciens, parce qu’elle est caustique, et
fait vessies, et enflamme la partie) et
autres semblables simples. El où ne
pourras trouuer d< sdits remedes,
comme on fait difficilement en hy-
uer, lu vseras de cesluy composé, le-
quel on peut faire en tous temps.
Médicament propre pour exciter des vessies
et ampoules.
if. Cantharidum pul. piperis, euphorbij ,
pyrcthri ana 3. G .
Fermenti acris 3. ij.
Sinapi 3. j.
Aceti parum.
I’y adiouste peu de vinaigre, d’au-
tant qu’il abbat la vertu des cantha-
rides.
Et en vne exl remité, qu’on ne peust
recouurer tels remedes, faut prendre
huile feruenle,ou eau bouillante, ou
vne chandelle flambante , voire vn
charbon ardent, qui fera vne vésica-
tion telle qu’on désirera. Et après que
les vessies ou ampoulles seront faites,
il les faut subit couper, et laisser les
vlceres long temps ouuertes, en met-
tant dessus fueilles de choux rouges,
bette, ou poirée, ou de lierre, amor-
ties en eau chaude, et les oindre auec
huile et beurre frais.
Aucuns appliquent des cautères
pour faire lesdites ouuertures : mais
les vessies sont beaucoup plusà louer,
parce que parauanlque lesescharres
fussent cheutes, le malade pourroit
mourir. El faut entendre que les ou-
uerlures faites par les vésicatoires
seruent beaucoup pour euacuer
promptement le venin ( ce quia esté
expérimenté par plusieursfois) parce
que le venin pestiféré peche plus en
qualité qu’en quantité.
Et sur l’apostrine seront appliquées
des fomentations, comme nous auons
dit cy dessus : puis on vsera de ce
remede, qui a vertu d’attirer la ma-
tière au dehors.
if. Cæpam magnam excaua, et impie the-
riaca cum foliis rutæ : deinde coque sub
cineribus calidis , postea contunde cum
pauco fermento et axungia suilla ad
quantitatem suflicienlem.
Et ce soit appliqué chaud sur la
bosse , et le faudra renouueler de six
en six heures.
DÈ LA Pl-.STÉ.
Autre attractif.
if. Radicumbismaluæ cl liliorum ana 1b. fi.
Seminis Uni, fœnugræci et sinapi ana
S- it>.
Theriacæ 5. j.
Ficus pingues numéro x.
Axungiæsuillæ quantum su fficit.
Fiat calaplasma secundum artem.
Autre remede plus attractif.
if. Cæparum et alliorum sub cineribus coc-
toruru ana g . iij.
Contunde cum fermenti acris § , addendo:
Vnguenti basiliconis g.j.
Theriacæ 3. j.
Mithridatij g . fi.
Axungiæsuillæ veteris§ . j.
Cantharidum puluerisatarurn 9. j.
Slercoris columbini 3. ij.
Le tout soit pislé etmeslé ensemble,
et soit fait cataplasme.
Autre.
La vieille presure est fort acre
et chaude, et par conséquent at-
tractiue, meslée auec vieil leuain, et
vn peu de basilicum1.
On en peut faire d’autres sembla-
bles, desquels on vsera iusqu’à ce
qu’il y aura suffisante attraction , et
que la bosse soit fort esleuée en tu-
meur : mais si on voit que dés le
commencement il y eust tres-grande
inflammation et douleur extreme,
comme il se fait bien souuent, et prin-
cipalement aux charbons, en tel cas
se faut garder d’vser de tels remedes
ainsi chauds et attractifs , et de ceux
aussi qui sont fort emplastiques et
visqueux, lesquels condensent et opi-
lent les pores du cuir , ou resoluent,
1 Cette dernière formule a été ajoutée en
1579.
4^9
consument et seichent l’humeur sub-
til qui pourroit estre cause d’aider à
la suppuration : pareillement aug-
mentent la douleur et la fiéure , et at-
tirent trop grande quantité d’hu-
meurs chaudes, dont le venin s’en
fait plusgrattd et dangereux, rendant
la matière plus rebelle, la tournant
plustoslà corruption qu’à maturation :
parfluoy souuent s’ensuit douleur
extreme causant spasme, gangrené,
et par conséquent la mort subite.
Donc en tel cas tu euiteras tels reme-
des, et appliqueras de froids et tem-
pe és , à fin de diminuer la grande
ferueur et ébullition de sang : ce fai-
sant Nature sera aidée, dontlasuppu-
ration se fera mieux. Et de telle sorte
sont les cataplasmes faits de fueilles
deiusquiameetozeille cuittes sous la
braize, aussi la pulte de Galien, et au-
tres que déclarerons cy après.
On a veu des malades de peste, les-
quels oni eu si grande appréhension
de la mort , que d’vn grand courage
et constance eux mesmes se sont tirés
la bosse auec tenailles de mareschal.
Autres l’ont coupée en plusieurs en-
droits, la cernans tout autour : les
autres ont esté si asseurés, qu’eux
mesmes sesoni appliqués fers ardens,
et se sont bruslés pour donner issue à
l’humeur pestiféré : ce que ie n’ap-
prouue. Car la malignité peslilente
n’est pas comme la morsure et pi-
queure des bestes veneneuses , parce
que le venin vient du dedans , et non
du dehors , comme en la morsure et
piqueure des bestes veneneuses. Et
telles cruautés si violentes accrois-
sent plustosl la douleur et chaleur de
la fiéure , empirent et augmentent la
vénénosité : et pour ceste cause ab-
bregent leur vie. Parquoy tu te con-
tenteras eu tel cas de remedes re-
laxans et ouurans les pores du cuir, et
430 LE VINGT-QVAÏR1EMK LIVRE
euacuans par resolution et insensible
transpiration vue portion (lu venin.
Et de tels t’en donneray plusieurs
bien approuués et promptement pa-
rab'es , comme sont ceux qui s’en-
suiuent.
Radicum bismàluæ et liliorunri ana§ . vj.
Florum camoinillafe et melil. anà m. G.
Scmitiis linl § . G .
Follorum rütæ m. G .
Le tout soit bouilli , puis coulé, et
en ceste décoction soit trempé vn
feutre, ou vne esponge, et soit faite
fomentation assez longuement.
Autre remede.
2f. Micam panls calidi, et asperge aqua thé-
riacævel aquayitæcum tacte vaccino,
vel caprillo, et tribus vitellis ouorufn.
Le tout soit incorporé et appliqué
dessus cbaudement auec des es-
touppes.
Autre.
2 f. Fermenti acris ex secali § . iiij.
Basiliconis § . ij.
Vitel'.os ouorum numéro iij.
Thcriacæ 3. j.
Olel liliorum § . ij.
Le tout soit meslé et appliqué
comme dessus,
AutrCi
2f. Diachylonis commuais et basiliconis ana
D-'j-
Olei liliorum §. j. G.
Soient llqUeflés et fondus en-
semble, et en soit appliqué comme
dessus.
Et lors que l’on verra que la bosse
sera suppurée (ce qui se peut connois -
tre à la veuë et au tact, d autant que
la tumeur est esleuée aucunement en
pointe ou pyramide, et le cuir blanch1
et délié, et au sentiment du toucher
on trouue l’enfîeure obéissante aux
doigls ailée vne inondation mollette,
et la bouëVa de lieu en autre . pareil-
lement Iqs accidens sont grandement
diminués, comme douleur pulsatile,
et les elancemens, et inflammation )
alors qu’on voit telles choses, il faut
faire ouuerture par lancette , ou par
cautères potentiels ou actuels : mais
les potentiels sont plus à louer en tel
cas , s’il n’y auoit grande inflamma-
tion , parce qu ils attirent le venin du
profond à la superficie, et donnent
plus ample issue à la matière. Et ne
faut attendre que Nature face ouuer-
ture d’elle mesme , de peur que la
boue estant faite, ne s’esleue quelque
vapeur veneneuse, qui se conununi-
queroit par les arteres, veines et
nerfs au cœur et autres parties no-
bles. Parquoy l’ouuerlure se doit
faire par la main du Chirurgien , et
non par Nature.
Aucuns commandent faire l’ouuer-
turc deuanl que la suppuration soit
faite et apparente, disans qu’il la
faut ouurir entre le verd et le sec.
Toutesfois ie vous puis asseurer, que
si i’aposleme n’est assez malurée , on
est cause d’induire grande douleur et
inflammation , et accroissement de
liéure : qui est souuent, cause d vue
gangrené, ou de rendre 1 vlcere ma-
ling , ce que i’ay veu aduenir sou-
uentesfois.
La suppuration se fait volontiers
en dix ou douze iours, plus ou moins,
selon qu’elle sera traitée, et 1 hu-
meur maling : aussi selon la partie
affectée.
Or après l’ouuerture faite , on doit
encore vser de medicamens suppura-
tifs et remollitifs tant qu’il sera be-
soin, pour Vousiours aider nature à
suppurer et amollir, mondifiant
DE LA.
neantmoins l’vlcere et cauité d’iceluy
par onguens detersift * qtie déclare-
rons cy après traitons des charbons
Mais si on voyoit que la bosse ou tu-
meur retournast au dedans , alors on
doit appliquer ventouses auec scari-
fications, et autres remedcs plus forts
et attractifs bien acres, voire iusques
aux cautères actuels ou potentiels.
D’auanlage , comme i’ay dit, en tel
cas il est besoin de faire ouuerture
sous la bosse auec vésicatoires, à fin
d’euacuer quelque partie du venin
pendant que l’escharre faite par les
cautères tombera. Pareillement au
tour des bosses et charbons on fera
des scarifications, et y sera appliqué
plusieurs sangsues, et réitérées par
plusieurs fois, à fin d’attirer et va-
cuer l’humeur conioint à la partie.
Or que telles ouuerlures seruenl ,
mesmes soient necessaires à deschar-
ger la partie du venin qui la moleste,
et par conséquent tout le corps, on le
voit journellement par expérience en
ceux qui ont la verolle : car ce pen-
dant qu’ils ont quelques vlceres ou-
uerles, et qu’elles Huent, les pau-
ures verollés n’ont point de douleur ,
ou en ont bien peu : et subit qu’elles
sont closes, leur douleur vient et
s’augmente , à cause que le virus ve
nerien n’a plus d’issue.
Si on voyoit que la peste ou le
charbon fussent malins et enflam-
més, et de couleur verdoyante ou
noire (comme l’on voit principale-
ment en ceux qui sont faits d’humeur
melancholique bruslé , qui est le pire
humeur de tous, parce qu’il est froid
et sec, et par aduslion est fait gros et
rebelle aux remedes, et parlant est
difficilement vaincu par Nature) et
qu’aussi on vist qu’il y eust grand
danger de gangrené et mortification
en la partie , alors il faudroit vser de
PH3TE. 43 1
[ mcdicamens repercusslfs autour, et
non dessus , à fin de prohiber que la
fluxion ne s’augmenlast par trop, et
que la partie ne receusl tant d’hu-
meurs que la chaleur naturelle fust
suffoquée et esleinle , et que la ma-
tière veneneuse ne remoritast au
coeur : alors on appliquera autour nie-
dicamens repercussifs, lesquels seront
renouueliés souuent : et en ce faisant
on laisse la propre cure pour suruenir
aux accidens.
Exemple de tepetemsifs.
"if. Pomum granatum acidum : coque in
aceto : poslca contunde cum vnguento
rosato vel populeone recenler facto.
Et ce soit appliqué autour du char-
bon ou bosse , et renouuellé souuent.
Autre.
2£. Succi sempeiuiui, portulacæ acetosæ, so-
laniana 5 . ij.
Aceti §.j.
Albumina ouorbttl numéro iij,
Olei ros. et nenuph. ana § . ij. fi.
Ces choses soient agitées et appli-
quées comme dessus.
Et si on voit que la bosse ou charbon
fussent fort veneneux et de mau-
uaise couleur, auec trop grande mul-
titude de matière, et qu’il y eust dan-
ger de gangrené et mortification , il
faut faire dessus et aux enuirons plu-
sieurs et profondes scarifications ( si
la partie le permet), à fin d’attirer, et
la descharger, et euacuer le venin et
la trop grande mullilude des humeurs
qui suffoquent et esteindent la cha-
leur naturelle de la partie, à fin
que plus facilement puisse auoir air,
euilant lousiours les grands vais-
seaux , comme nerfs, veines etarteres,
de peur de spasme et flux de sang, le-
432 LE VINGT-QVATRIEME LIVRE
quel en tel cas est difficile à estan
cher, à cause que le lieu est grande-
ment enflammé, et que les parties
voisines sont tant eschauffées de la
malice de l’humeur, et aussi pour le
désir que Nature auec sa vertu expul-
trice a de soy descharger : ce qui fait
que souuenlesfois on ne peut estan-
cher le sang, dont le malade meurt
entre les mains du Chirurgien. Ce que
i’atteste auoir veu aduenir plusieurs
fois : parquoy tu y prendras garde.
Or tu dois sçauoir que telle eua-
cualion faite du lieu affecté profite à
merueilies : car par ce moyen Nature
se descharge par le mesme lieu où
elle a fait amas du venin pour estre
euacué : partant lu laisseras couler
la quantité du sang que tu connois-
tras estre besoin , prenant tousiours
indication de la vertu du malade, qui
pourra principalement estre conneué
par la force du pouls , et autres indi-
ces, qu’auons par cy deuant escrits.
Aussi on fera des fomentations re-
laxantes , remollitiues et resoluliues ,
pour tousiours euaporer et donner is-
sue au venin.
Exemple a’ vue fomentation remolttiiue et
resolutiue.
’2f. Radicis altheæ, lilioruin etenulæ cam-
panæ a ü>. j,
Seminis lini et fcenugr. ana g . j.
Seminis fœniculi, ainsi ana g. fi.
Foliorurn rula, saluiæ, rorism. an. ni. j.
Flor. camom. meliloli ana m. iij.
Rulliant omnia simul : fiat decoctio pro fotu
secundum artem.
De reste décoction on en fomentera
la partie assez longuement auec feu-
tres, ou esponges, ou linges en de-
faut d’esponges.
On pourra aussi prendre vne pou-
laille, et principalement vne poulie
commune qui ponde , à fin qu’elle ai1
le cul plus ouuert, ou vne grosse
poulie d’Inde : et leur faudra plumer
le cul, et mettre dedans deux ou trois
grains de sel profondément , à fin
que l’acrimonie du sel irritant le
boyau culier, le leur tienne tous-
iours ouuert: et leur tenir le cul des-
sus la bosse ou charbon ( après auoir
fait premièrement des scarifications
superficielles] iusques à ce qu’elles
meurent : puis estans mortes , on y
en remettra d’autres au nombre de
cinq ou six ou d’auanlage, par l’es-
pace de demie heure , si le malade le
peut souffrir, leur serrant par fois le
bec à fin qu’elles attirent pins viue-
ment le venin. Ceste attraction faite
par le cul des pouiaillcs attire plus
ledit venin que ne fait la ventouse:
parce qu’on tient qu’elles ont vne
contrariété naturelle contre le venin,
comme il se peut prouuer par ce
qu’elles mangent et digèrent les bes-
les veneneuses, comme crapaux, vi-
pères, couleuures, aspics et autres
serpens, sans qu’elles en reçoiuent
aucun mal. On peut pareillement
prendre lesdites volailles ou pigeons,
ou petits chiens et chats nouuelle-
ment nés , fendus tout vifs , et les y
appliquer tous chauds, et lors qu’on
connoistra qu’ils se refroidiront , 011
y en remettra d’autres : semblable-
ment poulinons de mouton ou de
veau appliqués tout subit estant ti-
rés de la beste: car par ceste chaleur
modérée et naturelle de ces bestes,se
fait attraction familière du venin, et
la partie malade est par ce moyen
deschargée et fortifiée. Et faut met-
tre subit ces bestes mortes profondé-
ment en terre, ou les brusler,de peur
que les chiens et chats 11e les mangent,
et apportent le venin aux maisons.
Et si on voyoit que la bosse ou
DE LA PESTE. 433
charbon tendissent à vne gangrené ,
qui est préparation de mortification ,
alors on doit faire plusieurs scarifica-
tions profondes , toutesfois euitanl les
grands vaisseaux (comme i’ay dit)
laissant fluer du sang ainsi que ver-
ras estre necessaire, à fin d’alleger la
partie : et après feras ablution d’eau
sallée, vinaigre et eau de vie, auec
lesquels dissoudras egypliac , metlirj-
dat ou theriaque : car telle ablution
a très grande vertu de corriger la
pourriture gangreneuse , et garder
que le sang ne se coagule , et deter-
ger la virulence de l'humeur imbu au
lieu infect tendant à pourriture. Et
où on connoistra que la gangrené ne
voulust obéir à tels remedes, alors
faut venir aux plus forts, qui sont les
cautères actuels ou potentiels, parce
qu’aux fortes maladies il faut vser de
grands et forts remedes. Et en tel cas
les cautères actuels sont plus excel-
lens que les potentiels, à raison que
leur action est plus subite et plus
contraire au venin , et laissent meil-
leure disposition à la partie. Après la
cautérisation , promptement on sca-
rifiera l’eschare iusques à la chair
viue, à fin de faire exhaler quelque
vapeur, et donner issueà quelque hu-
meur contenu en la partie. Et ne faut
attendre que l’eschare tombe de soy-
mesme , mais on appliquera remedes
pour la faire tost tomber , comme
cesluy :
"if. Mucilaginis altheæ, seminis liniana. g ij.
Butyri rccenlis vel axungiæ porci g. j.
Vitellos ouorum numéro iij.
Incorporentur simul, et fiat linimentum-
Aussi on peut vser de beurre frais ,
ou sein de porc, huile rosal, auec
moyeux d’œufs : puis après la cliente
de l’eschare, tu vseras de mondifica-
tifs, comme :
lit.
'if-, Sueci plantaginis, clymeni et apij aiia
3- iü-
Me! ! is rosati g . iiij.
Terebeulhinæ Venetæ g . v.
Far. hord. 3 iij.
Pulueris aloës 5. ij.
Olei rosati g . iiij.
Theriacæ 5. fi.
Fiat mundificaliuum secundum arlem.
Autre.
If. Vnguenti Ægyptiaci et basiliconis g . ij.
Pulueris mercurij 3. fi.
Incorporentur simul : fiat vnguentum.
Autre.
'if. Terebenthinæ Venetæ g iiij.
Syrupi de rosis siccis et de absinthio ana
ana g . j.
Pulueris aloës, mastiches, myrrhæ, far.
hord. ana 3. j.
Mithridalij 3. fi
Incorporentur simul : fiat medicamentum.
Ou on vsera d’vn tel, qui est ap-
proprié aux vlceresdepascentes, pu-
trides , virulentes et gangreneuses.
"if. Auripigmenti rubri g . j.
Calcis viuæ, aluminis vsti, corticum gra-
natorum ana 3. vj.
Thuris, gallarum ana 3. iij.
Ceræ et olei quantum sufficit.
Fiat vnguenlum.
Cestuy onguent est fort detersif, et
consomme la chair pourrie , et des-
seiche l’humidité virulente , qui est
mere nourrice de pourriture gangre-
neuse. Pareillement en lieu de cestuy
on vsera de l’egyptiac fortifié , lequel
aussi corrige la chair pourrie , et con-
somme celle qui croist par trop: d’a-
uantage oblond et esleint l’humeur
virulent qui est en la partie, qui
cause souuenlesfois tres-grande dou-
leur, et est excellent pardessus tous
28
A3A LE VmGT-QVATRIEME LIVRE,
autres remedes pour tel effet : d’au-
tant qu’en sa composition n’entrent
huile ny cire, lesquelles choses rom-
pent la force et acrimonie des medi-
camens acres, qui sont propres à tels
vlceres. Ces medicamens detersifs se-
ront diminués ou augmentés de leur
force, selon qu’on verra l’vlcere estre
sordide et putride, et selon la nature
du tempérament de tout le corps et
de la partie.
Et faut tenir l’vlcere ouuert le plus
longuement qu’on pourra : car on a
veu aucuns desquels la bosse et les
charbons, ayans ietté beaucoup de
matière, sembloient estre du tout
guéris, et bien tost apres ils mou-
roient: et partant on tiendra l’vlcere
long temps ouuert, et confortera
continuellement le cœur : aussi on
donnera au malade par fois quelque
petite medecine, à fin de purger et
rectifier les humeu rs m auuaises, pour-
ries et veneneuses.
CHAPITRE XXXV.
DV CHARRON NON TEST1FERÉ1.
Après auoir suffisamment traité de
l’aposteme pestiférée , il nous con-
uient escrire des charbons, d’autant
que la cure d’iceux est presque sem-
blable. Et faut sçauoir qu’il y en a de
1 Ce chapitre manque dans toutes les
grandes éditions ; il a été retranché dès 1575,
et on ne le trouve que dans l’édition pri-
mitive de I5t3S. Je l’ai reproduit en cet en-
droit, n’en ayant pas trouvé de plus conve-
nable; et on le lira peut-être avec d’autant
plus d’intérêt, que nulle autre part dans ses
OEuvres volumineuses A. Paré n’a parlé du
charbon bénin.
deux sortes et différences, à sçauoir
de pestiférés et non pestiférés , et par-
tant nous les distinguerons : mais
nous traiterons premièrement de ceux
qui neparticipenl du venin pestilent ,
parce qu’ils sontsouuentesfoisauant-
coureurs des autres.
Donc iceux viennent le plus sou-
tient de plénitude de sang non du
tout altéré et corrompu, et fort di-
uers de celuy que font les apostemes
phlegmoneuses : pareillement les ac-
cidens sont moins grands et dange-
reux, leur eschare n’est trouuée
noire, mais blanche , appelée des chi-
rurgiens vulgaires le limaçon des
charbons blancs : et est quelquesfois
trouuée de grosseur de demy œuf,
plus ou moins , selon la partie où il
est: comme s’il est au muscle fessier,
ou au milieu du bras et de la cuisse,
et qu’il ait quantité de matière, sera
trouué plus gros qu’en autre partie
nerueuse. D’auantage l’eschare se
séparé plus tost ou plus tard selon les
parties : exemple, si c’est au genoüil
ou au coude, ou en autre partie ner-
ueuse, sera plus tardiue et beaucoup
plus douloureuse que lors qu’elle est
en partie charneuse.
La cure sera diuersifiée de celuy
qui est pestiféré , et principalement
en la saignée : car à celuy là , la sai-
gnée est profitable faite au commen-
cement, parce que ( comme i’ay dit)
il vient le plus souuent de plénitude,
et le sang n’est du tout corrompu. Et
pour ceste cause , on ouurira la veine
du costé opposé, de peur de faire
trop grande attraction à la partie
charbonnière , et y causer vne gan-
grené : au contraire à celuy qui est
pestiféré, jamais ne faut tirer du
sang de la partie contraire , de peur
de retirer le venin vers le cœur.
CHAPITRE XXXVI.
DESCRIPTION DV CHARBON PESTIFERE,
ET DE SES CAVSES, SIGNES ET MAR-
ÇtVES.
Charbon pestiféré est vne petite
tumeur ou pustule maligne , feruenle
et furieuse , faite d’vn sang gros et
noir, corrompu en sa substance, par
transmutation de sang louable, de
façon que le plus souuent ne peut
estre régi ne gouuerné par Nature,
parce qu’il peche en vne qualité ma-
ligne qui lui est inuincible. Il est de
figure ronde et aiguë , et en son com-
mencement n’est point plus gros
qu’vn petit grain de mil, ou vn pois,
adhérant fort contre la partie immo-
bile , tellement que le cuir de dessus
ne se peut enleuer de la chair de des-
sous : et cruist promptement ainsi
que fait la bosse, et quelquesfois
pluslost, aucunesfois plus tard, selon
que la matière est plus ou moins fu-
rieuse , auecques grande chaleur, ar-
deur, et douleur lancinante et poi-
gnante, comme pointes d’aiguilles,
laquelle est très cuisante et intoléra-
ble , principalement vers le soir, et la
nuit plus que le iour , et plus lors que
la concoction se fait en Testomach
que quand elle est faite : et au milieu
apparoist vne petite vessie, en la-
quelle semble estre contenue quelque
sanie : et si on Tourne, et qu’on des-
couure le cuir , on trouue au dessous
la chair bruslée et noire , comme si
vn charbon ardent y auoit esté appli-
qué , et pour ceste cause les anciens
Tont appelé Charbon. Et la chair
d’entour est trouuée de diuerse cou-
leur, comme on voit en Tare du ciel,
à sçauoir, rouge, brune, perse, vio-
lette, plombée et noiraslre, auec
splendeur ou lueur estincellante,
comme poix noire embrasée et en-
flammée, ayant pareillement simili-
tude à vne pierre nommée Escarbou-
c/e, dont aussi aucuns lui ont attri-
bué ce non». Les vulgaires les appel-
lent Clouds , parce que la matière
d’iceux cause douleur semblable
comme si vn cloud estoit fiché à la
partie.
Il y a aucuns charbons qui pren-
nent leur commencement d’vn vlcere
crousteux, sans pustule, comme si
on y auoit appliqué vn caulere po-
tentiel ou vn fer ardent, de couleur
noire , qui croist aussi subitement, et
quelquesfois plus tard , selon que la
matière est plus ou moins maligne,
comme nous auonsdil. Tous lesquels
charbons pestiférés sont tousiours
accompagnés de fiéure continue, et
autres accidens fort cruels : et semble
au malade qu’il a vne grande charge
de plomb sur la partie charbonnière,
et qu’elle soit estroittement liée (et
véritablement ie lesçay pour l’auoir
senti en mon corps) qui se fait à
cause de la corruption et suffocation
des esprits, et de la chaleur naturelle
de la partie en laquelle est le char-
bon, dont souuentesfois s’ensuit dé-
faillance de cœur, inquiétude, alie-
nation d’esprits et furie, gangrené
et mortification, et par conséquent la
mort, non seulement de la partie,
mais aussi de tout le corps, a nsi qu’on
voit aussi souuent aduenir à l’apos-
leme pestiféré. Et à la vérité on peut
dire que le charbon et la bosse sont
comme cousins germains, lesquels ne
vont gueres Tvn sans l’autre: et la
matière d’iceux ne différé seulement,
sinon que eelle de la bosse est plus
crasse et visqueuse, et celle du char-
bon plus acre, boüillante, furieuse
À36 LE VliN'GT-QVATRIÉME LIVRE
et subtile, faisant eschare au lieu où
il se sied , ainsi qu’auons déclaré cy
dessus.
CHAPITRE XXXVII.
rnOGNOSTIC DES apostemes et char-
bons PESTIFERES.
Aucuns n’ont qu’vn charbon, les
autres plusieurs : et sc ietlent par
toutes les parties du corps.
Il aduient à aucuns qu’ils auront
le charbon et la bosse douant la He-
ure, et n’ont autres uiauuais aecidens,
qui est vn bon signe : car cela de-
monstre que Nature a esté forte
( comme nous auons dit cy dessus) et
qu’elle a ielté le venin au dehors de-
uant que le cœur en fust saisi : mais
quand ils apparoissent après la üé-
ure, c’est mauuais signe : car cela si-
gnifie que les humeurs sont allerés et
corrompus 1 , et que le cœur mesme
en est saisi , de tant que la Heure
ayant sou propre siégé au cœur, se
respand d’iceluy, comme d’vn centre,
en toule la circonférence du corps.
Si le malade n’est point troublé
d’entendement du commencement
iusques au septième iour, c’est bon
signe.
Lors que la bosse et le charbon
s’en retournent, c’est vne chose le
plus souuenl mortelle, spécialement
quand mauuais aecidens suruiennent
aptes. Pareillement quand ils sont
suppures, et se desscichent sans cause
raisonnable, c’est signe de mort.
Les charbons qui sont faits de
sang, font plus grande eschare que
1 La phrase s’arrêtait là en 1568 ; le reste
est de 1575.
ceux qui sont faits d’humeur cholé-
rique, d’autant que le sang est de
plus grosse substance : partant occu-
pent et prennent plus grande quan-
tité de chair que ne fait l’humeur
cholérique, qui est plus superficiel,
ainsi que voyons aux erysipeles.
I’ay veu des charbons qui de leur
eschare occupoient presque la moi-
tié du dos , les autres les deux claui-
icules tirant vers la gorge, et auoient
congé si fort les parties subiacentes,
que l’on pouuoit voir la trachée ar-
tère descouuerle : autres occupoient
la moitié des muscles de l’epigastre,
et l’eschare cheute on voyoit à l’œ 1
le péritoine descouuert : ce qui est
aduenu à moymesme d’vn charbon
que i’ay eu au ventre, duquel la ci-
catrice m’est demeurée de la gran-
deur de la palme de la main *. Et
lors qu’ils sont ainsi grands et énor-
mes, le plus souuent sont mortels.
Il y a des charbons et bosses qui
commencent sous le menton , puis la
tumeur s’augmente peu à peu ius-
ques aux clauicules, et estranglent le
malade. Semblablement il y en a aux
aines, qui occupent grande partie des
muscles du ventre2: mais la plus dan-
gereuse aposleme est celle qui se fait
sous les aisselles , d’autant qu’elle est
plus proche du cœur.
11 y en a aussi qui sont énormes,
grands et hideux à regarder, et de
tels le plus souuenl le malade meurt,
ou la parlie demeure meheignée, y
restant apres la consolidation vne tu-
1 Paré ajoulait ici en note marginale:
IJ Aulheur a eu le charbon et ta peste. — Voyez
à ce sujet mon Introduction, page cclzxii
et cccxvi.
2 La phrase finissait là dans les premières
éditions; ce qui regarde le charbon des ais-
selles est une addition de 1585.
DE I,A PFSTE.
meur elephan tique, et quelquesfois
son action est du tout perdue :ceque
i’ay veu plusieurs fois. D’auantage
aucunesfois pour la grande pourri
ture de la matière, la chair laisse les
os desnues : et les iointures et liga-
mens se trouuent tous résolus, tant
est la pourriture chaude et humide.
Les charbons ieltent vne sanie vi-
rulente, très puante, d’estrange na-
ture, qui fait l’vlcere corrosif et am-
bulatif, pourri et corrompu, et le
plus soutient se procréent plusieurs
vessies aux parties voisines, lesquel-
les après s’assemblent toutes en vne,
et ieltent sanie en petite quantité,
principalement ceux qui sont faits de
cholere, à cause de la siccité de la
matière bruslée qui fait eschare : et
tard se conuertissenl en bonne boue
ou sanie louable, parcequela matière
est bruslée et non pourrie, par l’acti-
uité excessiue de l’inflammation et
corrosion. Outre-plus, la tumeur de
la bosse et du charbon est quasi tous-
iours rebelle, et Ires-difficile à estre
résolue ou suppurée, pour la mali-
gnité de leur nature. Et quand ils ne
suppurent paraucuns medicamens, et
la tumeur demeure de couleur noire,
et si on veut attenter à les ouurir, il
n’en sort qifvne sérosité noirastre, et
le plus souuent nulle humidité : de
mille malades ainsi affectés, à peine
en reschappe vn seul. Ce que i’ay
plusieurs fois remarqué, pensant les
pestiférés à l’Hostel-Dieu de Paris '.
Ilya des cbarbonsausquels, quand
ils sont ouuerts, on trouue vne chair
molle et spongieuse qui ne se peut
corriger : car quand on en consume
quelque portion, il en reuient d’a-
uantage : et tels sont mortels, parce
1 Cette dernière phrase est aussi une ad-
dition de 1 585.
437
qu'ils ne cedenl aux remedes, ce que
i’ay veu souuentesfois à mon grand
regret.
D’auantage, aucuns sont faits
d’vne si grande corruption d’hu-
meurs, et si rnalings,que les membres
tombent en mortification, tellement
qu’on voit le pied se séparer de la
iambe, et le bras de l’espaule.
Aussi autour d’aucuns charbons
et bosses , se font petites vessies ,
comme s’ils auoient esté piqués il’or-
ties, ou comme celles qu’on voit aux
herpès miliaires, lesquelles sont pro-
créées de vapeurs exhalantes des ma-
tières coniointes et arrestées en la
partie, que Nature ietle hors. Telles
vessies ne présagent pas nécessaire-
ment la mort : mais si la partie char-
bonnière deuient boursouflée , et de
couleur purpurée ou verdoyante ,
plombine et noire, et au tour on trcuue
les ampoulles semblables à celles des
brusleures, et que le malade dit n'y
sentir plus de douleur, soit que l’on
le pique, coupe, ou brusle, c’est si-
gne non seulement de gangrène ,
mais de mortification totale, et que la
chaleur naturelle est suffoquée et es-
teinte par la malignité du venin.
Outre-plus, i’ay esté curieux, estant
à l’Hostel-Dieu de Paris, et ayant veu
des malades de peste ausquels s’es-
toienl apparues quelques tumeurs
aux emoncloires, lesquelles le len-
demain n’apparoissoient aucune-
ment, dont les malades mouroient,
de chercher à la partie la cause de la
mort : et véritablement, i'ay trouué
à aucuns , ayant fait incision assez
profonde , la chair y estre bruslée
comme si vn caulere actuel y auoit
passé.
Les bosses et charbons ne sont ia-
mais gueres sans fiéure, laquelle est
plus grande lors qu'ils se font aux
LE V1NGT-QVATRIÉME LIVRE,
/,38
emonctoires et aux parties nerueu-
ses , qu’aux charneuses : toutesfois
ceux qui sont de bonne température,
ayans les vertus et facultés fortes ,
ont la fiéure moindre, et pareillement
tous les autres accidens.
Les charbons n’occupent pas seule-
ment les parties externes, mais aussi
quelquesfois les internes, et quel-
quesfois les deux ensemble. Si inté-
rieurement le cœur en est saisi sans
aucune apparence extérieure, la vie
est déplorée et briefue, et les malades
meurent souuent en mangeant, beu-
uant, et en cheminant. Si le poulmon
ou le diaphragme, et autres parties
dediées à l'inspiration et expiration
en sont occupées, le malade meurt
en vingt-quatre heures, ou moins,
parce qu’il est suffoqué par faute de
respiration. Si le cerueau en est as-
sailli, s’ensuit frenesie et rage, puis
la mort. Si le venin se iette sur les
parties dediées à l’vrine, le malade
meurt par faute d’vriner. Ce qui ad-
uint, au chasteau de Roussillon, à vne
damoiselle de la ltoyne, de laquelle
auons parlé cy dessus. Aussi si le
charbon se iette en l’eslomach , cela
est mortel : ce qui suruint au gou-
uerneur des Dames de l’Hostel-Dieu
de Paris, lors que i’estois audit lieu
pensant les malades.
Or iceluy estoit vn moine ieune ,
haut , droit , fort et puissant , de l’or-
dre de sainct Victor, auquel suruint
vne fiéure continue, et auoit la lan-
gue aride , seiche , et raboteuse , de
couleur noire, à cause de l’extreme
chaleur de la fiéure, et de la vapeur
putride qui montoit des parties inté-
rieures à la bouche (car selon le dire
vulgaire, quand vn four est bien
chaud, la gueule s’en ressent) et ti-
roit la langue hors la bouche, comme
vn chien qui a longuement couru, et
auoit vne extreme alteration, dési-
rant perpétuellement boire, auec
grande défaillance de cœur, et appé-
tit continuel de vomir : et mourut au
troisième iour en conuulsion vniuer-
selle de tous ses membres Les Da-
mes, voyans le pauure moyne dcs-
pesché en si brief temps, et conside-
rans les accidens qui furent si cruels,
affirmoient qu’il auoit esté empoi-
sonné : dont messieurs les Gouuer-
neurs dudit Hostel-Dieu, en ayans
esté aduertis, commandèrent que le
corps du moyne fust ouuert, pour en
sçauoir la vérité. Et pour ce faire fu-
rent appellés vn Médecin et vn Chi-
rurgien auec moy, et l'ayans ouuert,
nous trouuasmes au fond de son es-
tomac!) vn vestige semblable à celuy
que laisse vn caulere potentiel, auec
vne eschare ou crouste de largeur
d’vne ongle, et le reste de l’estomach
fort retiré et bien dur. Alors tous
d’vn consentement , promptement
conclusmes qu’il auoit esté empoi-
sonné de sublimé ou arsenic , veu
l’eschare laquelle pénétrait bien fort
profondément. Et ainsi que ie recou-
sois le corps d’iceluy, i’apperceus plu-
sieurs petites taches noires, semées
sur son corps : et lors ie r’appellay la
compagnie pour contempler lesdites
taches, leur disant et affirmant que
c’estoit du pourpre : mais le Médecin
et Chirurgien me dirent que c’es-
loient morsures de puces ou de pu-
naises : ce que ne voulus aucunement
accorder, parce qu’il y en auoit en
grande quantité. Et pour vérifier
mon dire, ie prins vne espingle, la
poussant assez profondément dans le
cuir en plusieurs endroits, et le le-
uay en haut, puis le coupay auec ci-
seaux, et fut trouuée la chair de des-
sous bien fort noire. Pareillement
nous considerasmes la couleur liuide
DE LA PESTE.
du nez, des oreilles, et des ongles,
mesmes de tout le corps, plus noire
qu’elle n’a coustume d’eslre aux
morts d’autres maladies, et principa-
lement le visage changé, tellement
qu’il esloit quasi impossible de le
pouuoir reconnoislre. Adonc chan-
gèrent d’opinion, et fismes rapport
que le moyne estoit mort d’vn char-
bon pestiféré , et non d'autre poison.
CHAPITRE XXXVIII.
DE EA CVRE DV CHARBON PESTIFERE.
Nous auons ditpar cy deuant qu’au
charbon y auoit grandeinflammalion
et extreme douleur , qui entretient et
augmente la fleure, et autres griefs
accidens , lesquels affaiblissent et ab-
batent les vertus, ce que souuenles-
fois est cause de la mort des paum es
malades : et cela prouient de la pu-
tréfaction et corruption qui se fait de
la substance du sang corrompu et de
la vénénosité d’iceluy. Parquoy il
faut que le Chirurgien ait esgard à
contrarier à la cause d’icelle douleur,
et n’applique dessus le charbon reme-
des fort chauds et attractifs, ny fort
emplastiques et visqueux , comme
nous auons dit du bubon , parce qu’ils
empesebent quelque exhalation du
venin , eschauffent et opilent trop ,
dont les tumeurs sont rendues plus
rebelles à suppuration. Et partant il
vsera de relaxatifs , qui ouurent les
pores, et contrarient à la vehemente
chaleur du venin , et suppurent *. Ce
qui se fait rarement , à cause que la
partie charbonnière estant roslie de
1 La ûn de cette phrase manque dans les
premières éditions, et a été ajoutée en 1585.
439
chaleur estrange. iette vn morceau
de chair nommé eschare : et après es-
tre cheule, demeure vn vlcere caue,
sordide, et de difficile curation.
Donc pour le commencement , on
fomentera le lieu d’eau chaude et
d’huile , en laquelle on mettra vn peu
detheriaque, y laissant dessus estou-
pes, ou laine grasse, ou du cotton : ou
en lieu de telles choses, on A'sera
d’vne décoction faite de guimauues,
oignons de lys , semence de lin , figues
grasses, huile d’hypericon , à fin de
raréfier le cuir et attirer la matière
au dehors : puis le lendemain on y
appliquera ce cataplasme.
if.. Foliorum aeetosæ et hyoscyami ana m. ij.
Coquanlur sub cineribus calidis, postea pis-
tentur cum :
Vitellis ouorum numéro iiij.
Theriacæ 3. ij.
Olei liliorum g . iij.
Farinæ hordei quantum sufFicit.
Fiat cataplasma ad formant pultls satis li
quidæ.
Tel cataplasme sede la douleur, re-
prime l’inflammation, et suppure , et
ce faisant fortifie les forces du ma-
lade.
Autre.
if. Radicum altheæ et liliorum ana § . iiij.
Seminis lini g . 15 .
Coquanlur complété, et colentur per seta-
ceum , addendo :
Butyris recenti g.j.<C>.
Mithridalij 3. j.
Farinæ hordei quantum sufïicit.
Fiat cataplasma vt decet.
Les cataplasmes suiuans sont pro-
pres pour attirer la matière vene-
neuse, et aider Nature à faire suppu-
ration , lors que la fluxion n’est
grande.
\ l\ O LF. VINGT-QVATRIÉME LIVRE
'if. R idicis liliorum alborimi , cæparum ,
fer monti ana 5 . fi .
Seminis sinapi , fimi columbini, saponis
mollis ana 3. j.
Limaces vj. cum teslis.
Sacchari oplimi, theriaeæ et mithrida-
tij ana 3. fi.
Pistentur omnia, et incorporentur simul
cum vitellis ouorurn , et fiat cataplasma.
Lequel sera appliqué vu peu chaud
sur le charbon. Et le puis asseurer
que d icelui verras vn effet merueil-
leux, pour suppurer et attirer la ma-
tière virulente du dedans au dehors.
Autre.
if. Vitellos ouorum numéro vj.
Salis commuais puluerisati g.j.
Olei liliorum et theriaeæ ana 3. fi.
Farinæ hordei quantum sufficit.
Fiat cataplasma.
Et en iieu d'iceux , on vsera du mé-
dicament suiuant :
if. Diachylonis parui § iiij.
Vnguenti basiliconis § . ij.
Oleiviolarum §. fi.
Fiat medicamenlum
Plusieurs auteurs ont loué à grand’-
merueille la scabieuse broyée entre
deux pierres, et mixtionnée auecques
vieil oing, iaunes d’œuf et vn peu de
sel, pour faire suppurer le charbon.
Aussi l’œuf entier meslé auecques
huile violât et farine de froment , ap-
paisela douleur et suppure. D’auan-
tage, la racine de raifort coupée en
pelites pièces, et appliquée sur les
charbons et aposlemes pestiférées, et
renouuellée souuent , attire grande-
ment le venin.
Et pour esleindre la grande inflam-
mation, on pourra pareillement ap-
pliquer sur les bosses et charbons ca-
taplasmes faits d’escargots ou lima-
çons auoc leur coquille subtilement
pilés et broyés, y adioustant du thé-
riaque ou methridat , et renouuellés
souuent.
Aulre. Prenez vers de terre tant
qu'il sera besoin , comme vne bonne
poignée , et les y appliquez dessus, es-
tant mis dedans vn petit linge bien
délié , fait en maniéré de sachet.
Autre. Prenez grenoüilles hachées
et pilées , et les appliquez dessus.
Autre. Prenez escreuisses broyées
et pilées subtilement auec leur co-
quille.
Autre. Prenez huistres auec leur
coquille et leur eau, et les pilez et ap-
pliquez dessus.
Tels animaux ainsi appliqués se-
dent la douleur et esleignent la gran-
de ferueur et inflammation, et atti-
rent à merueille le venin pestiféré. Si
on abhorre cesdils animaux , en lieu
d'iceux on vsera sur toute la partie
charbonnière enflammée et embrasée
de remedes froids et humides , comme
Cueilles d’ozeille , iusquiame, man -
dragore, ciguë, morelle, plantain,
et autres semblables, de chacun vne
poignée : et seront appliqués auec
leur jus, et renouuellés souuent , et
continués seulement tant que la
grande douleur, ferueur et ébulli-
tion de l’inflammation sera esteinte.
Que si quelqu’vn dit que tels remedes
extrêmement froids pourroient re-
percuter le venin du dehors au de-
dans, et suffoquer la chaleur natu-
relle de la partie par leur extreme
froideur : à cela il est aisé de respon-
dre, que l’intention pourquoy on les
applique est pour seder la douleur, et
esteindre l’impétuosité et ferueur de
la grande inflammation qui fait
augmentation de la fiéure, aussi pour
cuiter la gangrené et mortification
DF. LA PFSTF.
de la partie , comme nous auons dit *.
Aussi le jus de l'herbe nommée
Tussilaijo, ou pas d’asne , esleint pa-
reillement l’inflammation des char-
bons : comme aussi fait l’herbe nom-
mée Mot sus diaboli, pistée et appli-
quée dessus.
l’ay soutient vsé du reinede sui-
uant,pour reboucher et •abbaltie la
grande lenteur et douleur, et aider
Nature à faire suppuration.
Prenez quatre onces de suye qui est adhé-
rante contre les panés de la cheminée:
deux onces de gros sel : et les pul-
uerisez subtilement, y adioustant des
moyeux d'œufs, tanl que le tout soit en
forme de boüiilie : et ce soit appliqué
vn peu tiede sur le charbon.
D’auantage ne faut omellre, à
l’augmentation du charbon , de caule
riser la pointe, si elle apparoist noire,
auec huile feruenle ou eau forte : car
par ladite cautérisation on abbat et
foudroyé le venin, et appaise-on la
grande douleur et autres accidens :
et te puis asseurer que ie l’ay fait
plusieurs fois auec bonne et heureuse
issue : et puis bien asseurer qu elle ne
fait grande douleur , à cause qu’on ne
touche que la pointe du charbon, qui
est le commencement d’eschare quasi
insensible. Et après l’auoir cautéri-
sée, on continuera les remedes sus-
dits iusques à ce que l’on verra que
l’eschare se séparé d’autour comme
vn cercle , qui est lors vn bon présa-
gé, signifiant que Nature est forte,
et qu’elle domine sur le venin. Et
après que l’eschare sera du tout
1 Tout ce long passage, qui commence à
la page précédente à ces mois : ei pour esieiu-
dre la grande inflammation, etc., a été inter-
calé ici seulement en I5S5, niais il avait déjà
parudans le petit Discours de lu P este de 16S2.
44 1
hors , on vsera de remedes detersifs ,
doux et benings, comme ceux qu’a-
uons descrits cy dessus au chapitre de
l’aposteme pestiférée, les diuersiflant
selon la nature de l’vlcere et de la
partie, et température des malades :
car aux délicats , comme femmes, en-
fans, et ceux qui ont le cuir mollet et
fort rare, faut vser de remedes plus
doux et moins forts qu’à ceux qui
sont robustes, lesquels ont la chair
et le cuir plus dur et les pores plus
serrés. Aussi ce pendant qu’il y aura
dureté et tumeur en la partie char-
bonnière , on doit tousiours continuer
les medicamens suppuratifs , remolli-
tifs et detersifs , à fin de tousiours ai-
der Nature à iefter l’humeur superflu
entièrement dehors, à cause qu’il y a
double indication, c’est à sçauoir, d’a-
mollir et suppurer l’Jiumeur superflu
qui est autour de la partie , et finale-
ment mondiûer et tarir celuy de l’vl-
cere.
CHAPITRE XXXIX.
DV PRVRIT RT DEMANGEAISON QVI VIENT
AVTOVR 1)E L’VLCERE, ET DE LA MA-
NIERE DE PRODVIRE LA CICATRICE.
Les parties d’autour de l’vlcere
le plus souuent s’escorcheut super-
ficiellement , par le moyen de petites
pustules vlcereuses situées sans ordre,
auec ponction, ardeur, et prurit aigu
et poignant. Or la cause peut venir
du dedans , et aussi du dehors : du
dedans, par vne sanie aiguë et mor-
dicante resudante de l’vlcere, qui ar-
rouse les parties voisines, prouenant
du virus veneneux qui est commu-
nément en l’humeur cholérique , ou
pblegme salé : de la cause extérieure,
I.E VINGT-QVATRIEME LIVRE,
44^
par opilation des remedes desquels on
a longuement vsé, qui ferment et
bouchent les pores, et eschauflent la
partie.
Et pour la cure d’iceluy , on doit
fomenter la partie de choses discu-
lientcs et remollitiues, et par ablu-
tion d’eau bleue (qui est eau forte es-
teinle et ayant ja serui aux orféures)
ou alumineuse, ou eau de chaux, ou
saumme , et semblables choses.
Or véritablement les vlceres faits
par les charbons sont fort difficiles à
eslre consolidés, parce que la sanie
est aiguë et corrosiue, tantost crasse,
tanlost subtile, ioint que la figure de
l’vlcere est quasi tousiours ronde. La
cause d’icelle sanie est le sang aliéné
et changé du tout de sa nature, par
l’excessiue chaleur et corruption : et
aussi à cause que la partie a receu
vue bien grande inlemperalure par
le vice de l’humeur. Quant à ce que
la figure ronde de l’vlcere est difficile
à consolider , cela se fait à cause que
la sanie ne se peut bien euacuer , la-
quelle par sa trop longue demeure
acquiert vne chaleur et nitrosilé ou
acrimonie , qui par l’attouchement
des parois de l'vlcere augmente la
cauité, à cause qu’elle ronge la chair
d’autour : et puis l’entour se borde et
deuient calleux et dur, dont après ne
peut estre consolidée que première-
ment on ne l’ait esté : car les poro-
sités de la chair ainsi calleuse et dure,
sont serrées et eslreinles , et ne per-
mettent que le sang puisse penetrer
pour faire génération de chair. Sem-
blablement les bords esleués par ex-
croissance de. chair répugnent à la
consolidation, comme estans chose
superllue : parquoy ies faut couper et
consumer , soit par fer , ou par medi-
camens. Et après auoir rendu i’vi-
cere applani et sans tumeur, et rem-
pli de chair, on vsera de medicamens
cicatrisalifs , lesquels ont puissance
de condenser et endurcir la chair, et
produire peau semblable au cuir.
Desquels en y a de deux maniérés :
l’vne de ceux qui n’ont aucune éro-
sion, mais ont grande vertu astrin-
gente et desiccaliue , comme sont es-
corces de grenades, escorce de chesne,
tulhie, lilharge, os bruslës, squamme
d’airain . noix de galle, noix de cyprès,
minium , pompbolyx lauée, antimoi-
ne, bole armene, coquilles d'huistres
bruslées et lauées, et la chaux lauée
par neuf fois, et plusieurs métaux:
les autres sont presque semblables
à ceux qui rongent et consument la
chair : mais il faut qu’ils soient ap-
pliqués en bien petite quantité ,
comme sont vitriol laué , alum cuit ,
et autres semblables. Or l’alum cuit
sur tous les cicatrisalifs est singulier
pour sa vertu desiccatiue et astrin-
gente, rendant la chair ferme et dure,
laquelle est molle et spongieuse, et
arrousée d’humidité superflue : et
partant il aide à faire le cuir solide
et dur. Toulesfois les remedes seront
diuersifiés selon les lemperamens :
car aux enfans et femmes , et géné-
ralement à ceux qui ont la chair
molle et délicate , on en vsera de
moins forts qu’aux températures ro-
bustes et seiches, de peur qu’au lieu
de faire le cuir, on ne corrodast la
chair.
Et après auoir fait la cicatrice,
pour-ce qu’elle demeure en telle ma-
ladie touiours laide et hideuse avoir,
à cause sde la grande adustion qui a
bruslé la partie, comme si le feu d’vn
charbon ardent y auoit passé, ie ne
puis encore passer que ie ne descriue
quelque moyen pour l’embellir : car
le plus souuent elle demeure rouge,
liuide ou noire, esleuée et raboteuse :
DE LA PESTE.
443
ce qu’on fera principalement en la
partie où le malade desire ladite ci-
catrice estre moins apparente.
Exemple pour vnir le cuir qui demeure
inégal.
Prenez vne lame de plomb frottée de vif-ar-
gent, et la liez dessus la partie eslroit-
tement.
Et pour rendre le cuir blanc, il faut
prendre de la chaux viue lauée par
neuf fois, à fln qu’elle ait perdu son
acrimonie: puis sera incorporée auec
huile rosal, et soit fait onguent.
Autre. Prenez deux liures de tar-
tare, c’est à dire, lye de bon vin qui
adhéré contre les tonneaux , et soit
bruslée et mise en poudre : puis on
la metlra dans vn couure-chef de
toile médiocrement deliée , laquelle
sera pendue en vne caue humide, et
on mettra vn vaisseau dessous pour
receuoir la liqueur laquelle distil-
lera goute-à-goute : et d’icelle la cica-
trice en soit frottée assez long temps.
Semblablement la sueur des œufs
appliquée souuent dessus la cicalrice,
oste grandement la rougeur qui de-
meure en icelle. L’onguent citrin re-
centement fait a pareille vertu ,
comme aussi l’emplastre de ceruse ,
lequel sera pareillement fait de nou-
ueau. Outre-plus, les trois composi-
tions suiuantes sont bie n approuuées.
if. Axungiæ suillæ nouies lotæ in aceto acer-
rimo 3 . iiij.
Cinabrij , succi citrij , et aluminis vsti
ana § . G.
Sulpburis viui ignem non experti 3. ij.
Caphuræ 9 . ij.'
Puluerisentnr , deinde incorporentur omnia
simul , et fiat vnguentum.
Il sublilie le cuir et efface grande-
ment les taches,
Autre.
"if. Olei hyoscyami et olei seminis cucurbilæ
ana § . j.
Olei tartari g . G.
Ceræ albæ 3. iij.
Liquéfiant ista simul lento igné , deinde
adde spermalis ccti 3. vj. remoueantur
prædicta ab igné, donec infrigidcnlur,
postea addes :
Trocbiscorum alborum Rhasis pulucrisa-
torum 3. iij.
Caphuræ 3.j.
Tandem cum mali citrij succo omnia dili-
genter misce : et fiat linimentum.
Autre.
if. Radicis serpentariæ g.j.
Bulliat in aquæ communis tb. j. ad dirni-
dias , deinde adde sulphuris viui ignem
non experti, et aluminis crudi pulucrisali
ana 3. j. G : postea colentur prædicta , et
addalur :
Caphuræ 3. j.
Succi hyoscyami 3. j. G .
On gardera cela en vn vaisseau de
plomb ou de verre . et quand on en
voudra vser, faut tremper des pièces
de linge, les appliquant, sur la par-
tie. On peut vser desdits medicamens
pour osier la rougeur, et principale-
ment du visage, les appliquant des-
sus au soir, et les y laissant toute la
nuit : puis au matin on se lauera d’eau
de son vn peu tiede.
CHAPITRE XI,.
DE PLVSIF.VRS F.VACVATIONS QVI SE FONT
OVTRF. DES PRECEDENTES, ET PRESllE
REMENT DE LA SVEVR.
Ayant parlé des euacuations qui se
fout par l’aposteme pestiféré , par les
444 IF VFNGT-QVATRIEMR LIVRE,
charbons et autres éruptions du cuir,
il nous reste de présent à parler de
coites qui se font par sueur , vomis-
semens , flux de sang par le nez , ou
hemorrhoïdes, et par les mois aux
femmes, aussi par le flux de ventre,
et autres, à fin que par telles eua-
cuations on aide encores Nature à
expeller le venin du dedans au de-
hors , et principalement que celuy
qui n'est encores paruenu iusquesau
cœur ri'y puisse aller aucunement.
Et en telles euacuations le chirurgien
aura esgard où Nature est coustu-
miere à faire sa descharge , et aussi
où elle tend à faire sa crise : toutes-
fois ici lies euacuations ne sont pas
tousiours critiques , mais symptoma-
tiques ou accidentaires , comme Na-
ture n’ayant tousiours puissance de
faire bonne concoction comme elle
drsireroit, à cause de la malignité de
la inatiere, qui est altérée et corrom-
pue, et du tout contraire aux princi-
pes dont nous sommes composés.
Et pour commencera la sueur, si
Nature tend à se descharger par icelle,
elle sera prouoquée en faisant cou-
cher le malade en vn lit bien chaud
et bien couuert , et luy mettant cail-
loux chauds, bouteilles ou vessies de
porc ou de bœuf remplies d’eau
chaude, ou esponges trempées en
quelque décoction chaude et puis es-
preintes , et faisans ce qu’auons dit
cy deuant pour prouoquer la sueur.
Les anciens nous ont laissé par escrit,
que toutes sueurs sont bonnes aux
maladies aiguës, pourueu qu’elles
soient faites aux iours critiques, et
soient vniuerselles et chaudes, et par-
auant signifiées en iour démonstra-
tif: mais en telle maladie de peste, ne
faut attendre la crise, comme nous
auons dit, mais aider Nature à chas-
ser subitement le veniu hors par tous
moyens où on verra que Nature s’en-
clinera le plus. Le malade donc suera
vne heure ou deux , plus ou moins ,
selon qu’on verra estre necessaire.
CHAPITRE XLI.
DV VOMISSEMENT.
Aussi le vomissement purge les hu-
meurs que les médecines fortes ne
peuuent bien faire , et par le moyen
d’iceluy l’humeur veneneux est ietté
le plus souuent hors. Parquoy si Na-
ture tend à se descharger par iceluy,
on luy aidera en donnant à boire au
malade demie liure d’eau tiede, qua-
tre onces d’huile d’oliue, vne once de
vinaigre, et vn peu de jus de raifort :
puis tost après luy faisant mettre en
la gorge vne plume d’oye imbue
en huile, ou vne petite branche de
rosmarin : ou mettra les doigts au
profond de la gorge , pour se prouo-
quer à vomir.
Autre vomitoire.
Prenez eau de semence de lin , laquelle soit
mucilagineuse , et en faut boire vn
verre d’icelle estant vn peu tiede.
Autre.
Prenez de la décoction de raifort ou de sa
semence, et semence d’arroche, de
chacun trois dragrnes.
Demie once d’oxjmel, et autant de sy-
rop aceteux.
Et faut en donner à boire au ma-
lade en bonne quantité vn peu tiede.
s
Autre.
Prenez six onces d’oxymel de Galien et
deux onces d’huile commune, et :oit
donné tiede.
DE LA PESTE.
445
Or si Nature n'est facile à se des-
charger par le vomissement , ne la
faut contraindre : car estant fait par
vehemence , il cause distension aux
fibres nerueuses de l’estomacli , et
abbat les vertus , et quelquesfois
rompt quelque vaisseau aux poul-
mons , dont s’ensuit flux de sang qui
abbrege la vie, du malade. Parquoy
en tel cas ne faut prouoquer le vo-
mir : mais pliastost l’estomach sera
corroboré par dehors de sachets faits
de roses, absinthe, santaulx ( ce que
descrirons plu« amplement cy après)
et par dedans de jus de coings ou
berberis, et bons boüiilons, et autres
choses qui corroborent l’estomach.
CHAPITRE XLII.
DE CRACHER ET BAVER.
Par cracher et bauer se fait aussi
grande euacuation : ce qu’on voit par
expérience à plusieurs qui ont eu
aposteme aux costes, nommée pleu-
résie, alors que la suppuration est
faite, la sanie est iettée par la sub-
stance rare et spongieuse des poul-
inons, et de là conduite par la trachée
artere en la bouche. Et quant au
bauer, il est bien manifeste que les
pauures verollés se purgent par ice-
luy, comme aussi par le cracher.
Or on pourra prouoquer le cracher
et bauer auec masticatoires faits de
racine d’iris, et de pyrethre, mastic,
et autres semblables : aussi en tenant
dedans la bouche et gargarisant ,
mucilage de semence de lin.
CHAPITRE XLIII.
DE L’ESTERNVER ET MOVCHER.
Aussi par esternuer et moucher,
Nature euacue souuent ce qui luy est
superflu ou nuisible, quand le cer-
ueau de son propre naturel ou par
artifice se descharge par le nez, ce
qu’on voit manifestement en ceux
qui ont le cerueau fort humide ,
comme petits enfans et vieilles gens,
lesquels se purgent fort par cest en-
droit. La cause d’iceux est intérieure
ou extérieure : intérieure , comme
vne matière pituiteuse ou vaporeuse
qui moleste le cerueau, pluslost tou-
tesfois à l’esternuer qu’au moucher :
extérieure, comme lors que le soleil
donne droit dedans le nez, ou alors
qu’on y met vne plume ou autre
chose semblable, ou quelque poudre
mordicaliue, comme hellebore, eu-
phorbe , poiure , mouslarde , ou
autre semblable sternutaloire : car
alors, par le bénéfice de la faculté
naturelle expullrice, le cerueau s’as-
treint et serre pour ietler ce qui luy
nuit : et cela procédé principalement
de la partie anterieure d’iceluy. Or
ladite sternutation se fait auec son et
bruit, à raison que les matières pas-
sent par lieux augustes et estroits,
qui sont les colatoires, ou les os cri-
bleux qui sont au nez. El ne se doit
procurer en grande repletion , si les
choses vniuerselles n’ont précédé, de
peur de faire trop grande attraction
au cerueau, qui pourroit causer apo-
plexie, vertigine, et autres mauuais
accidens.
446
LE VINGT-QVÀTRLÉME LIVRE,
CHAPITRE XLIY.
de l’ervctation ov rovcteiment ,
ET DV SANGLOT.
D’auantage il se fait quelque va-
cualion par l’éructation, ou roucte-
ment, et par le sanglot. Quant à
l’éructation, elle prouientdes vento-
sités contenues en l'eslomach, iettées
par la faculté expultriced'ieeluy, les-
quelles sont procréées par indiges-
tion, c’est à dire faute de concoction,
comme pour auoir pris trop de vian-
des ou breuuages, pour auoir vsé de
choses vaporeuses, comme pois, fé-
ues,. chaslaignes, nauets, raues, pas-
teuad s, carottes, vin nouueau, et
leurs semblables : ou par faute de
dormir, et generalement par toutes
choses qui corrompent ou empeschent
la vertu concoctrice : selon la diuer-
sité desquelles l’odeur de l’éructation
sera diuerse, à sçauoir douce ou fé-
tide, amere , acide , poignante , ou
d’autre qualité.
Si le rouctement est doux, et se fait
seulement deux ou trois fois, cela est
bon : au contraire s'il est puant et
réitéré par plusieurs fois, cela est
mauuais : car c’est signe que la vertu
digestiue est corrompue. Et pour y
subuenir , s’il vient en trop grande
abondance , il faut faire vomir le
malade : que si c’est par intempe-
rature de l’estomach, il sera corrigé
par le conseil d’un docte Médecin.
Quant au sanglotou hocquet, c’est
vne contraction et extension des
fibres nerueuses de l’estomach, qui
se fait pour expeller et ietter hors
certaines vapeurs qui luy nuisent. Les
causes d’iceluy sont inanition ou re-
pletion, ou certaines vapeurs proue-
nantes de quelque putréfaction qui
est en la capacité de l’estomach, ou
comme leplus souuentatlachée obsti-
nément aux tuniques, ou portée en
iceluy de quelques bosses, charbons,
ou aulresapostemes et vlccres putri-
des qui sont és autres parties, ou
pour auoir mangé choses fort aigres
et aiguës, comme vinaigre, fortes es-
piceries, et autres semblables, qui
mordent et piquent l’estomach.
Si le sanglot vient après vnegrande
vacuation, soit naturelle ou artifi
cielle, ou suruient en playe, spéciale-
ment si elle est en la teste, dont la
sanie tombant en l’estomach procrée
ledit sanglot, et qu’il continue, c’est
chose périlleuse. Aussi s’il vient apres
le vomir, c’est mauuais signe : que si
après iceluy le spasme suruient, cela
est mortel.
Or pour y remedier, il faut consi-
dérer la cause : car s’il vient par re-
plelion,on y remédiera par euacua-
lion : au contraire si par vacuation
ou inanition, on y procédera parre-
pletion : s’il prouient par vapeurs
esleuées de putréfaction, il laut don-
ner du theriaque, et autres choses
alexiteres qui contrarient à la pour-
riture, qu’auons déclarées cy deuant :
et si c’est de choses aigres et aiguës,
il faudra vser de remedes qui contra-
rient à icelles : et ainsides autres.
CHAPITRE XL Y.
DE l’VRINE.
Autre euacuation se fait par l’vrine,
et grandes maladies se terminent par
icelle, comme nous voyons quelques-
fois aduenir aux verollés, ausquels
l’onction vif-argentée n’ayant peu
DE LA PESTE.
procurer aucun flux débouché, sur-
uient flux d’vrine , et guérissent :
comme aussi souuent adulent à au-
cunes fleures, et plusieurs autres ma-
ladies. Orl’vrine sera prouoquée par
les remedes diurétiques escrits en
mon liure des Pierres 1 : toutesfois il
se iaut bien donner garde d’en vser
de trop forts, s’il y auoit inflamma-
tion à la vessie, à cause que l’on feroil
fluer d’auantage les humeurs : chose
qui la pourroit gangrener, et accélé-
rer la mort du pauure malade. Donc
en ce cas il sera plus expédient de di-
uertir par sueur, ou autre maniéré.
CHAPITRE XLVI.
DV FLVX MENSTRVEL.
Pareillement si on voit aux femmes
que Nature se vueille descharger par-
le flux menstruel, on leur aidera par
remedes qui le prouoquent, tant pris
par dedans qu’appliqués par dehors.
Ceux que l’on doit prendre par la
bouche sont , escorce de canne de
casse ratissée, escorce de racine de
meurier, saffran, agaric, noix mu-
guette, sauinier, racine de bouillon
blanc, pastel, diagrede, et plusieurs
autres. Et s’il est question d’vser de
plus forts, on prendra racines de ti-
thymal , antimoine , et cantharides
(toutesfois en petite quantité) lesquels
prouoquent grandement tel flux2.
Aussi on fera frictions et ligatures
aux cuisses et aux iambes, applica-
1 Ce renvoi date de 1568 , et concerne en
conséquence le livre des Pierres de 1564,
qui aujourd’hui fait partie du livre des Ope-
rations.
s Remedes pris d’Hippocrates, De nat.
mulierum. De Dioscoride Lia. 3. Maltli. Syl-
uius, liure des Mois. — A. P.
447
tion de ventouses sur le plat des cuis-
ses, apertion de la veine saphene,
sangsues appliquées à l’orifice du col
de la matrice, pessaires, nom ts, clys-
terës, bains, fomentations faites de
choses odoriférantes, qui eschauffent,
subtilient et incisent la grosseur des
humeurs, et omirent les orifices des
veines qui sont esloupées par obstruc-
tion, comme sont racines de bottil-
lon blanc, guimauue, iris, persil, fe-
noil, bruscus, fueilles et fleurs de
millepertuis, asperges, roquette, ba-
silic , melisse , cerfueil , armoise ,
menthe, pouliot, sarriette, rosmarin,
rue , thym , hyssope, sauge, bayes de
laurier et de genéure, gingembre ,
doux de girofle, poiure, muguette,
et autres semblables, qu’on fera
bouillir, et en receuoir la vapeur au
col de la matrice par vn entonnoir
dedans vne chaire percée : ou en fau-
dra faire bains vniuersels. Aussi on
en pourra faire des particuliers, aus-
quels la femme se mettra seulement
les iambes iusques au dessus du ge-
noüil, et s’y tiendra le plus longue-
ment qu’il luysera possible. Ou bien
vsera de pessaires, comme ceux qui
s'ensuiuent.
2 C. Theriacæ et milhridalij ana 3. (5.
Caslorei et gunimi ammomaci ana 5. j.
Misce cum bombace in succo mercurialis
tincta, et fiat pessavium.
Attire.
7f. P,adices petroselini et fœniculisub cine-
ribus codas, deinde contusas cum pul.
slaphys. pyrethri, croco et oleo liliorum.
Et de ce soit fait vn pessaire en
forme de suppositoires ou nouëts, qui
seront enueloppés en linge tissu, en
maniéré d’vn sac de longueur de
quatre ou cinq doigts ou plus.
44 8
LE VINGT-QV ATRIUM E LIVRE,
Autre.
if. Pul. myrrhæ et aloës ana 5. j.
Fol. sabinæ, nigellæ, artemis. ana 3. ij.
Rad. helleb. nigri 3. j.
Croci 3 .
Cum succo mercur. et mellecomrn. liai pes-
sarium cum bombace.
Autre plus furt-
if. Succi rutæet absinlh. ana 3. ij.
Myrrhæ , euphorb. caslorei, sabinæ, dia-
gredij, terebenlh. galbani, theria, ana
3.j.
Fiat pessarium secundum artem.
Ces pessaires seront liés et attachés
apec du fil, lequel pendra assez long,
à lin de le retirer du col de la matrice
quand on voudra.
Aussi le Chirurgien doit considérer
que si le flux est par trop excessif, le
faut estaucher, qui se fera en plu-
sieurs manières : premièrement par
atimens qui espaississent le sang :
aussi par la saignée (aile au bras,
par application de ventouses sous
les mammelles, par frictions et
ligatures faites au bras, apposilion
de pessaires, emplastres , et autres
medicamens froids et aslringens
posés sur la région des lombes. Et
faut que la femme soit située en
lieu propre , non couchée sur la
plume , de peur que par icelle le sang
ne fust eschauffé d’auanlage. Et sera
bon aussi vser de cesle iniection pour
arrester lelllux.
If. Aquæ plantag. et fahr. ana ib. j.
Nue. cup. gallar. non malur. ana 3. ij.
Berb. suniach, balaust. vitriol! Piom.
alumin. roebæ ana 3. ij.
But. omnia simul , et fiat decoctio.
De laquelle en sera fait iniection
en la matrice.
El faut que le Chirurgien se gou-
uerne sagement, tant à la prouoca-
lion que restriction , de pe ur qu’il n’y
commette erreur : parquoyen ce cas
doit prendre le conseil d’\n de; te
Médecin, s’il luy est possible : ie dis
s’il luy est possible , par ce qu’il s’en
trouue peu qui vueillenl Visiter Ües
pauures pestiférés: chose qui m’a in-
cité d’amplifier cest escrit, pour in-
struire les ieunes Chirurgiens à mieax
penser ceux qui seront malades de
peste.
CHAPITRE XLV1I.
DES HEMOttlUtOÏDES.
Si on connoist que la nature se
voulust descharger par les hemor-
rlioïdes , elles pourront estre prono-
quées par frictions et ligatures assez
fortes laites aux cuisses et aux jam-
bes , application de grandes ventou-
ses auec grandes flambes sur ie plat
du dedans des cuisses : aussi on met-
tra des choses chaudes et attractiues
sur le siégé, comme fomentations, et
oignons cuits sous les cendres , pilés
auec vn peu de theriaque. D’auan-
lage, on frottera les veines hemor-
rhoïdales de linges rudes, ou auec
fueilles de figuier, ou oignon crud ,
ou fiel de bœuf incorporé auec vn
peu de poudre de colocynlhe: pa-
reillement y seront appliquées sang-
sues préparées et bien choisies, et
pour le dernier la lancette , si les vei-
nes sont assez sorties hors du siégé ,
et enflées et pleines de sang. Toutes-
foissi le flux n’est reiglé , mais exces-
sif, il sera estanché par les remedes
qu’auons déclarés pour arrester le
! flux menstruel.
' DK LA
CHAPITRE XLVIII.
rOVR PROVOOVER LE FLVX DV VENTRE.
Il se fait semblablement vacuation
île l'humeur peslilent par le flux de
ventre, àsçauoir quand Nature de son
propre mouuement , ou par l’aide de
medicamens laxatifs, purge et ictte
tous les excremens et humeurs conte-
nus au ventre, à sçauoir par flux diar-
rheïque, lienlerique et dysentérique.
Et pour bien discerner vn flux (l’a-
ucc l’autre, il faut voir les selles du
malade : et s’il iette humeurs liquides
sincères , c’est-à-dire, d'vne sorte ou
d’espece, comme de pituite seule,
cholere ou melancholie, et en grande
quantité, sans vlceralion aucune des
intestins, et douleur grande : tel flux
est appelle diarrhéique, c’est-à dire,
humoral.
Flux lienlerique est , lors que les
intestins ne retiennent point deué-
menlles viandes : mais douant qu’elles
soient bien cuites en l’estomach, elles
découlent crues et telles qu’elles ont
esté mangées. Tel flux vient de la dé-
bilité de la vertu reteutiue de l’esto-
mach , pour vne trop grande abon-
dance d’humeurs, ou de la débilité de
la coucoctrice d’iceluy, pour vne trop
grande frigidité.
Flux dysentérique est , lors qu’il y
a vlceralion aux intestins, auec gran-
des douleurs et tranchées , qui se fait
d’vne corruption d’humeurs, princi-
palement d’vne cholere bruslée , la-
quelle corrode la tunique des intes-
tins , dont s’ensuit que le sang sort
tout pur par le siégé.
Or en cesle abominable maladie
peslilenle, suruient à aucuns grand et
excessif flux do ventre , par lequel
ni.
PESTE. 44 g
quelques- vns iettent vne matière li-
quide , subtile, glulincuse et escu-
meuse, ressemblant quelquesfois à
giaisse fondue, à cause de la chaleur
putride qui liquéfié et corrompt les
excremens et empeschc la concoc-
tion , dont les selles sont quelquesfois
voués de diuerscs couleurs, comme
rousses , violettes, iaunastres, vertes,
noires, cendrées, ou d’autre couleur,
dont sort vne feteur intolérable,
comme aussi de leur sueur et haleine,
qui prouient d’vne chaleur putredi-
neuse engendrée d humeur ténues,
cholériques, et acres par pourriture,
dont est grandement irritée la vertu
cxpulsiue à excrétion. Et quelques-
fois aussi s’y trouue quantité de vers,
qui demonstrent pareillement grande
pourriture des humeurs. Et quand
l’humeur est ardent et bruslant, il ir-
rite Nature à ietter non seulement les
excremens et humeurs, mais aussi
le sang tout pur, dont lamorts’ensuit.
Ce que i’ay veu aduenir au camp
d’Amiens à plusieurs soldais forts et
puissans. Et véritablement ie fis dis-
section de quelques-vns après leur
mort , pour connoistre d’où ceste
quantité de sang ainsi pur pouuoit
sortir : et trouuay la bouche. des vei-
nes et artères mesaraïques ouuertes
cteslcuées, ou tuméfiées là par où
elles aboutissent dans les intestins en
forme de petits cotylédons, desquels
lors que les comprimois , le sang en
sorloit tout pur.
Or quelquesfois ce vice n’est qu’aux
gros intestins , quelquesfois seule-
ment aux gresles, et aucunes fois aux
gros et aux gresles : partant le Chi-
rurgien prendra indication du lieu où
le malade d t sentir contorsions et
douleurs. Car si ce n’est qu’és gresles
ou menus, la douleur sera vers l’es-
toinach : au contraire, si c’est au
29
A5o LE VINGT-QVATRIEME LIVRE,
gros, la douleur sera vers le petit
ventre au dessous du nombril.
Donc si le mal est aux intestins
gresles , on baillera remedes par la
bouche : au contraire si c’est aux gros,
faut procéder par clysleres : et si l’af-
fection est en tous , faut y remedier
par haut et par bas. El pour ces cau-
ses, le Chirurgien rationel prendra
indication de la diuersité du flux de
ventre, et des accidens qui se présen-
teront : comme si on voit que le ma-
lade ait tenesine et grandes esprcin-
les(qui est vn signe que Nature se
veut descharger par le ventre) on
luy aidera par medicamens pris par
la bouche , comme demie once de
hiere simple auec deux onces d'eau
d’absinthe, en y adiouslant vne
dragme de diaphœnicum, ou autres
semblables: aussi à cesteintenlion les
clysteres apportent grand profit, pour
ce qu’ils purgent les superfluités des
intestins, dissipent les ventosités, ap-
paisent les douleurs : et en tirant les
ordures contenues aux boyaux , par
conséquent ils attirent aussi par suc-
cession des parties supérieures, et
mesmemenl des veines, et diuer lissent
des parties nobles.
Exemple d'vn Clystere , pour irriter la vertu
expullrice à ietier dehors les superfluités.
%. Foliorum maluæ , violariæ , mercurialis
ana m. j.
Seminis lini § . G.
Fiat decoctio ad lî>. j. in qua dissolue :
Confeclionis bamech, diapruuis solutiui
ana § . fi .
Theriacæ 5. iij.
Olei violati et liliorum ana §.j. fi.
Mellis violati § . ij.
Fiat clysler.
Lequel sera réitéré , s’il est besoin.
Toulesfois s’il y a vlcere aux bojaux,
ou veines ouuertes , ou lienterie, ou
diarrhée, ce clystere serait mau-
uais , comme aussi les suppositoires
aigus.
Autre.
'if. Decoclionis communis clysteris lb . j.
In colatura dissolue :
Catholici et cassiæana 3. G.
Mellis anthosati § . j.
Sacchari rubri § . j. fi .
Olei violarura 5. iij.
Fiat clyster.
Autre plus fort.
if. Decoclionis clysteris communis lb. j.
In colatura dissolue :
Hieræ § . fi .
Catholici et diapbœnici ana 3. ij.
Mellis anthosati §.j. fi.
Olei anethinietcbamæmelini ana 5 . j.fi .
Fiat clyster.
Si le Chirurgien estoit en quelque
lieu où il ne peust trouuer vn Apoti-
caire , ny syringue , ny chausse à
clystere , ou que le malade ne peust
ou ne voulust prendre clystere (com-
me aucuns font), alors il pourra faire
suppositoires ou nouëts, forts ou de-
biles , selon qu’il verra eslre besoin
pour accomplir son intention.
Exemple d’vn Suppositoire , pour irriter la
vertu expulsiue des boyaux.
if. Mellis cocli 5 . j.
Hieræ picræ et salis communis ana 3. G .
Et de ce soit fait vn suppositoire.
On en peut aussi faire de sauon, de
longueur d’vn doigt, et de grosseur
moyenne : et au-parauant qu’on les
applique, on les doit huiler ou en-
graisser, à fin qu’ils entrent au siégé
plus aisément et à moindre douleur.
Exemple d’vn plus fort suppositoire.
if. Mellis § . iij.
Fellis bubuli 5. J.
DK LA PESTE.
Scaninionij , pulucrisati euphorbij . co-
locynlidis ana 3. G.
El de ce soient faits suppositoires.
Les nouëls ont mesme vsage que les
suppositoires, et seront pareillement
faits forts ou debiles, selon qu’il en
sera besoin.
Exemple.
If. Vitellos ouorum numéro iij.
Fellis bubuli et mellis ana g . G.
Salis communis 5. 6.
Le tout soit battu et incorporé en-
semble , et de ce soient faits nouëls,
mettant des choses prédites dedans vn
linge : en quantité d’vne grosse ave-
laine , et le faut lier et mettre dans le
fondement. Si on veut qu’ils soient
plus forts, on y adiouslera vn peu de
poudre d’euphorbe ou colocynthe.
CHAPITRE XLIX.
PO YR ARRESTER LE FLVX DE VENTRE.
Si on connoist le flux de ventre es-
tre trop grand, et la vertu affoiblie,
et que tel mal vint de l’affection de
tous les intestins, alors le faut aires -
ter : à quoy on procédera par re-
medes baillés tant par la bouche
que par clysteres, de peur que la vie
du malade ne sorte par le siégé. Par-
quoy on donnera à manger aux ma-
lades de la bouillie faite de farine de
lourment , auec vne décoction d'eau
en laquelle on aura fait boüillir vne
grenade aigre, berberis, bol d’Arme-
nie , terre scellée, et semence de pa-
uot, de chacun vne dragme.
Autre bouillie.
Prenezamandes douces cuittescneau d’orge,
en laquelle on auraUait estcindre des
carreaux d’acier ou de fer ardens, puis
45 l
pilez-les en vn mortier de marbre, et
les faites en forme de laict d’amandes,
et y adiouslez une dragme de poudre
de diarrhodon abbatis, à fin que l’acri-
monie de l’humeur cholérique soit a-
doucie, et l’estomach corroboré.
Autre rcmede de merueilleux ejfect , lequel ie
liens de feu monsieur Chapelain, premier
Médecin du Roy , qui l’auoit comme grand
secret de defunct son pcre , et proteste luy en
auoir veu ordonner auec vn ires-bon succès.
~2f. Boli armen. terræ sigil. lapis hæmat. ana
3. j.
Picis naualis 3 j. G.
Coralli rub. mar. elcelar. cornu cerui
vsli et loti in aqua plantag. ana 3. j.
Sacchari rosat. g . ij.
Fiat puluis.
De laquelle le malade en prendra
plein vne cuillier deuant le repas, ou
bien auec le iaune d’vu œuf. On
vsera de ce remede en prenant plus
ou moins, selon que le flux sera grand
ou petit L
1 11 m’a fallu ici rectifier le texte, qui va-
rie suivant les éditions. En 15GS, au lieu de
la formule de Chapelain, on trouvai t celle-ci :
« Autre remede de merueilleux effect.
« "f. Picis naualis § . j.
Boli armen. et lapidis hæmat. ana 3. ij.
Sacchari g . i.
«Et de ce le malade en prendra plein vne
cuillier deuant le repas. On vsera de ce
rcmede en prenant plus ou moins selon
que le flux sera grand ou petit »
En 1375, ce remède fut remplacé par ce-
lui de Chapelain, avec les mêmes préceptes
pour son administration. Mais en 1579 l’au-
teur ajouta la citation qui suit de Chris-
tophe Landré, et l’intercalation fut faite si
négligemment, que cette phrase: on vsera
de ce remede, etc., suivait la citation , et se
rapportait conséquemment à \a fiente de chien,
et non plus au remede de Chapelain, comme
en 1575. 'Voilà ce que j’ai dû rectifier.
LE V!K(J f-QV ATWI KME LIVr.K
45‘J
Christofle l'André en son Oecoia-
trie loué grandement la fiente de
chien qui ait rongé par trois iours
des os.
Pareillement on peut faire manger
deuanl le repas de la chair de coings,
ou mesmes des coings cuits sous la
cendre, ou en composte: ou conserue
du fruit de cornalier , et berberis
confit, et quelquesfois aussi vn mi-
raboIan,ou vnenoix muguette rostie
pour corroborer l’estomach. Il faut
semblablement que le malade mange
de bonnes viandes et de facile diges-
tion, et plustost rosties que bouillies.
D'auanlage , il conuicnt concasser
vne grenade aigre auec son escorce,
et la faire cuire en eau ferrée, et d’i-
celle en bailler à boire : ou de l’eau
en laquelle on aura fait bouillir vne
pomme de coings, neffies, cormes, ou
meures de ronces, et autres sembla-
bles : car telles choses astreignent et
consomment beaucoup d’humidités
superflues du corps. On peut pareil-
lement vser des syrops cy dessus es-
crits, comme de citrons , ribes, iulep
rosat, et autres donnés auec eau fer-
rée.
L’eslomach sera pareillement frotté
extérieurement d’huile de mastic, de
noix muguette, de coings, de myrrhe,
et autres semblables. Aussi on peut
mettre sur iceluy la crouste d’vn
gros pain tiré vn peu auparauant du
four, trempée en vinaigre et eau
rose, ou vn cataplasme fait de décoc-
tion d’eau ferrée, roses rouges, su-
naach, berberis, myrtilles, chair de
coings, mastic, farine de féues, et miel
rosat.
Or si on voit que le malade iette
des vers, on y procédera ainsi qu'il
sera déclaré cy après *, à lin de les
1 Cy après; c’est le texte de 1568 , qui n’a
faire mourir, et ietler hors du ven-
tre. Aussi on pourra vser de clysteres
anodins, abstersifs, consolidâtes, res-
trictifs et nutritifs, selon qu’on verra
eslre besoin. Et premièrement , lors
que le malade sent grande douleur
de tranchées et contorsions au ven-
tre, à fin de rafraîchir l’acrimonie
des humeurs, on pourra donner vn
tel clyslere.
TL. Lad. hyos. foliorum acetosæ, portulacæ
ana ni. j.
Florutn violarum et nenuph. ana p. j.
Fiat decod. ad lb . j . in colalura dissolue:
(.assise fislulæ 5 . vj .
Olci rcsati et nenupharis ana 5 . j. 6 .
Fiat elyster.
Autre ano'Jyn propre pour vue douleur aiguë
et poignante es intestins •.
Tf. Rosarum rubrarum , hordei mundati et
seminis ptantaginis ana p. j.
Fiat decoclio : in colatura adde :
Olei rosali § . ij.
Vitcllos ouorum numéro ij.
.Fiat cîystcr.
Autre Clyslere réfrigérant.
TL. DcGoctionis caponis, cru ris viluli et ca-
pilis vcruecis vnà cum pelle lb ij .
In quibus coquantur foliorum violarum, mi-
luæ, mercuriaiis et plantag. ana m. j.
Hordei mundati 3 j.
Quatuor seminum frigidorurn maiorum
ana 3. 6 .
I11 colatura lb. 6. dissolue :
Cassiæ rcccnter extractæ § . j.
n’a jamaisélé corrigé, et qui était juste alors,
puisque le chapitre des Vers venait après
l’histoire de la peste. Aujourd’hui il faudrait
dire cy deiiunt; en effet, le chapitre des
Vers a été reporté par Paré lui-même au li-
vre (le la petite f^crolle, avant le livre de la
Peste.
DE LA. PESTE.
Olei violati ^ . iiij.
Vitell. ouorum ij.
Sacchari rubri § . j.
Fiat clyster.
Autre Clyslere anodijn.
Florum camom. meliloli et anetlii anap. j.
Radicis bismaluæ § . j.
Fiat decoctio iu lacté, et in colatura adde :
Mucilaginis scminis lini et fœnugræci
extraclæ inaqua maluæ §. ij.
Sacchari rubri 3 . j.
Olei camæmeli et anethi ana § . j. F>.
Vitellos ouorum ij.
Fiat clyster.
Il faut garder long temps tels clys-
teres, à fin qu’ils puissent mieux ap-
paiser la douleur.
Lors qu’on verra aux excrcmens
comme raclures de boyaux (qui est
vn signe infaillible qu’il y a des vl-
ceres és intestins) alors il faut bailler
des clysteres detersifs et consolida-
tifs, comme ceux cy.
Exemple d’vn Clyslere detersif.
Of. Hordei integri p. ij.
Rosarum rubrarum et florum camo-
millæ, planlaginis , apîj ana p. j.
Fiat decoctio : in colatura dissolue :
Mellis rosati et syrupi de absynthio ana
5 • j- G-
Vitellos ouorum numéro ij.
Fiat clyster.
Exemple d’vn Clyslere pour consolider les
vlccrcs aux intestins.
2g. Succi planlaginis, ccnlinodiæ et portu-
lacæ ana 5 . ij.
Roli Armenicæ, sanguinis draconis,
amili ana 5. j.
Scui hirciui dissoluli 5. iij.
Fiat clyster.
Pareillement le lait de vache vn
peu bouilli auec plantain et syrop
453
rosat, est souuerain remede aux vl-
ceres des intestins. Et si on voit
(comme i’ay dit) que le flux fust trop
impétueux, et que le malade fust de-
bile, alors on luy donnera clysteres
aslringens.
Exemple d’vn Clyslere astringent.
2£. Caudæ equinæ, plantaginis, polygoni
ana m. j.
Fiat decoctio in lacté vstulato, ad quarlaria
iij ; et in colatura adde :
Roli Armenicæ, terræ sigillatæ , sangui-
nis draconis an 5. ij.
Albumina duorum ouorum.
Fiat clyster.
Autre.
2£ Succorum plantaginis, arnoglossi , eenli-
nodiæ, portulacæ depuratorum residentia
facta quantum suflicit pro clystere, ad-
dendo :
Pulueris bol i Armenicæ , terræ sigillatæ ,
sanguinis draconis ana 3. j.
Olei myrthini et rosati ana g . ij.
Si le sang sort tout pur par les in-
testins, il faut vser de plus forts as-
tringens : et pour-ce ie loue beau-
coup les décoctions faites d’escorce
de grenade, noix de cyprès , roses
rouges, sumach, et quelque portion
d’alum et de couperose bouillies en
eau de mareschal , et de ce soient
faits clysteres sans huile , ou autres
semblables >.
On doit aussi fomenter le siégé
d’v ne décoction astringente. Mais il
faut noter que tels remedes fort as-
tringens ne doiuent estre baillés,
que premièrement on n’ait purgé le
malade, parce qu’ils arresleroienl les
humeurs corrompus qui sont la
principale cause de cesle maladie, et
les empescheroient d’estre vacués, et
1 L’édition de 15G8 ajoutait : comme cesiuy
I
45/f LE VINGT-QVATRIÉME LIVRE
seroit on cause (le la mort du ma-
lade : mais seront baillés après qu'il
aura esté suffisamment purgé, aussi
qu’on connoistra les forces affoiblies
et abbalues, et le ventre fort lu-
brique.
Si le malade est fort debile, et ne
peut prendre alimens par la bouche,
on luy pourra bailler clysteres nu-
tritifs, comme 1 :
suiuant, et donnait ces deux formules de
clystères, qui ont été retranchées dès 1575.
« "if.. Succorum rnespilorum, sorborum, cor-
norum , fructuum aut foliorum quar-
tarium j.
Tanni vel corticis quercini g . i.
Seminis anellii, sumach, berberis hypo-
cystidis, gallarum ana § . i.
Seminis plantaginis g . fi .
Fiat decoctio : in quâ dissolue :
Vitellos duorum ouorum induratorum in
aceto.
Adipis renum capræ g , i.
Fiatclysler. ad quantitatem lb. G vel quar-
tariorum trium.
« Autre.
» Decoctionis hordei integri perfectè
cocti îb. j. .
Inquàadde foliorum plantaginis, centino-
diæ, et foliorum granalorum ana m. j
Rosarum rubrarum ni. ij.
Fiat iterum decoctio, et in colaturâ dissolue
saccharum rubrum, vitellos duorum ouo-
rum, pulueris foliorum granatorum quan-
tum volueris : liât clyster. »
1 Cette formule se lisait bien dans l’édi-
tion primitive de 1568 , mais non pas
immédiatement après la phrase qui précède ;
et de même aussi la formule ne terminait
point le chapitre II y avait donc avant et
après une assez longue discussion sur les
clystères nutritifs, de la page 214 à la page
271 , et le chapitre se terminait par cette
transition :
î « le laisseray pour le présent telles trop
?f. Decoctionis caponis pinguis et cruris vl-
tuli coclorum cuni acetosa, buglosso ,
borragine, pimpinella, et lactuca g . x.
vel xij.
In qua dissolue vitellos ouorum numéro iij.
Saccliari rosali et aquæ vilæ ana § . j.
Bulyri rccentis non saliti § . ij.
Fiat clyster.
CHAPITRE L.
DE L’EVACVATION FAITE PAR INSEN-
SIBLE TRANSPIRATION.
Le venin pestiféré se peut quel-
quesfois exhaler et euacuer par in-
sensible transpiration : qui se fait par
le moyen de la chaleur naturelle, la-
quelle agit perpétuellement en nostre
corps, soit en dormant ou en veillant,
et fait insensiblement exhaler les ex-
cremens du corps auec les esprits ,
par les porosités du cuir : ce qui se
peut bien connoistre aux tumeurs et
apostemes contre Nature, mesmes y
ayant ja de la boue faite, lesquelles
bien soutient nous voyons se résoudre
par le seul bénéfice de Nature, sans
aide d’aucuns medicamens. Parquoy
lors que Nature est forte, elle peut
aussi ielter quelquesfois le venin pes-
tiféré au dehors par insensible trans-
piration, voire encores qu’il y eust ja
quelque tumeur, et humeur amassé
et cueilli en quelque partie de nostre
curieuses disputes, pour parler d’vne autre
euacüation, qui se fait par insensible trans-
piration. »
Tout cela disparut en 1575, mais cependant
ne fut pas perdu, et Paré ne fil que trans-
porter sa discussion, notablement amplifiée,
au chapitre 22 du livre des Medicamens ,
qui traite des Clysteres en général et en par-
ticulier.
UE LA.
corps : car rien n’est impossible à Na-
ture forte aidée de la liberté des
conduits de tout le corps.
CHAPITRE LT.
DE LA CVRAT10N DES ENFAXS ESPRIS
DE LA PESTE.
Pource que les petits enfans mala-
des demandent diuerse et autre cu-
ration que celle des grands, nous
auons reserué d'en traiter à part,
tant de ceux qui lettent, que de ceux
qui sont sevrés.
Parlant pour commencer au ré-
gime de l’enfant qui telle , il faut que
sa nourrice l’obserue pour luy, tout
ainsi que si elle-mesme auoil la peste.
Et le régime consiste és six choses
non naturelles, c’est à dire qui sont
hors de nature et essence de la per-
sonne, comme sont l’air, le mouue-
ment et repos, dormir et veiller, man-
ger et boire, replelion et vacuation
delà superfluité des excremens,et
les mouuemens et accidens de l’aine.
De toutes lesquelles choses, quand
on en vse auec modération , c’est à
dire, en qualité et quantité, et selon
que la maladie de l’enfant le requiert,
elles rendent le laict de la nourrice
profitable à la santé de l’enfant : car
comme l’enfant ne prend que du laict,
aussi quand il sera rectifié et modéré
selon que la maladie le requiert, non
seulement il nourrit l’enfant, mais
aussi il combat contre la maladie,
comme ayant en soy deux qualités,
vne qui nourrit, et l’autre raedica-
' Là finissent la phrase et le chapitre dans
les éditions de 1 5GS et 1575; le reste est de
1570.
PESTE. 455
menteuse : parquoy le laict succé par
l’enfant supplée le lieu de son régime.
Pareillement on fera que l’enfant ob-
seruera le régime en ce qu’il pourra ,
comme de ne trop dormir ou veiller,
et de la vuidange des excremens, et
des choses qu’on verra estre besoin
d’appliquer par dehors, comme lini-
mens, emplastres, fomentations et
autres.
Or que le laict de la nourrice soit
médicamenteux , on le voit ordinaire-
ment en ce, que le iour qu’elle aura
pris quelque médecine laxatiue, le
ventre de l’enfant se lasche subite-
ment , voire quelquesfois si fort
qu’on est contraint changer de nour-
rice pour allaiclcr l’enfant (de peur
qu’il n’eust trop grand flux de ventre,
qui luy pourroit nuire et le faire
mourir) iusqu’à ce que son laict soit
retourné à son naturel. Mais si l’en-
fant est opiniaslrc et ne veut prendre
vne autre nourrice, alors il faut sup-
porter quelque chose de l’alteration
du laict, pluslost qu’il mourust de
despit et de faim, par faute de tel-
ter.
Et pour retourner à nostre propos,
il faut que la nourrice vse de remè-
des propres contre la fiéure , commo
potages et viandes qui refrènent la
chaleur et fureur de l’humeur fer-
uent, à fin que son sang, qui est
matière de son laict, soit rendu médi-
camenteux. Et pour ceste cause, elle
ne boira aucunement de vin pour
quelque temps : et doit lauer souuent
le bout de sa mammelle d’eau d’o-
zeille, ou de suc d’icelle délayé auec
succre rosat , et vsera des remodes
qui seront déclarés cy après.
Outre-plus, l’enfant prendra vn
scrupule de tlieriaque délayé au
laict de sa nourrice, ou en bouillon
d’vn poulet, ou quelque eau cor-
diale : aussi on luy pu frottera par
dehors la région du cœur, et les
emoncloires et les poignets : pareil-
lement on luy en fera sentir au nez
et à la bouche, les délayant en vi-
naigre rosat et eau rose, et vn peu
d’eau de vie, à fin de lousiours aider
Nature à chasser et abbaltrc la ma-
lice du venin.
Les enfans sevrés et ja grandelels
peuuent prendre medicamens par la
bouche : car comme ainsi soit que
leur estomaeh digéré bien plus gros-
ses viandes que le laict, et que le foye
en fait du sang, ils pourront pareil-
lement réduire vne petite medecine
de puissance en son etfet. Parquoy on
leur baillera à aualler du tberiaque
la quantité de douze grains délayés
en quelque eau cordiale, auec vn peu
de syrop de chicorée , ou mixtionnés
en conserue de roses, ou en quelque
bouillon de chapon, ou en autre ma-
niéré qu'ils pourront prendre. Et faut
bien auoir esgard en quelle quantité
on donnera ledit thériaque : car s'il
n’est donné en petite quantité aux
enfans, il leur excite la fiéure, et es-
leint leur chaleur naturelle. On leur
pourra semblablement donner vn
boüillon de chapon , auec lequel on
aura fait cuire petite ozeille, laielue,
pourpié, semences froides, auec vne
once de bol armene et au tant de terre
sigillée enueloppée dedans vn linge:
puis les espreindre, el leur en donner
souuent auec vne cuiliier. Sur ce il
faut noter, que le bol d’Armenie el la
terre sigillée ont grande vertu de
conforter le cœuf, el empescher que
le venin ne l’infecte : et ce par vne
propriété occulte que l’on a conneué
par seule expérience. Aussi Galien af-
firme, que le bol d'Armenie a ceste
propriété contre la peste, qu’en vn ins-
tant ceux qui en vsent sont preser-
nés cl guéris, pourueu que les parties
nobles ne soient ja grandement in-
fectées.
D’auantage, il sera bon de leur
prouoquer la sueur : car par icelle la
matière putride est souuent euacuée,
ioint qu’il y a en eux grande abon-
dance de fumées et vapeurs. Partant
on la prouoquera en leur donnant h
boire vne décoction de semences de
persil, raisins de Damas, figues, ra-
cine d’ozeille, auec vn bien peu de
saffran, et corne de cerf ou d’yuoire
rappé.
A ces mesmes fins aucuns baillent
delà licorne, maison nescait encore
que c’est : ioint que la corne de cerf
el l’y noire peuuent faire plus grand
effet ».
Pareillement pour prouoquer la
sueur, on pourra vser d’esponges
trempées en décoction de sauge,
rosmarin, lauande, laurier, camo
mille, melilot et mauucs : puis les
espreindre el les mettre aux coslés,
aux aines et sous les aisselles chaude-
ment : ou en lieu d’icelles on prendra
vessies de porc à demy pleines de la-
dite décoction, lesquelles faut chan-
ger incontinent qu’elles ne seront
assez chaudes, et les continuer ius-
ques à ce que la sueur sorte en abon-
dance. Et se faut bien garder de faire
trop suer les enfans, parce qu’ils sont
de facile résolution, et se desseichent
en peu de temps, et tombent promp-
tement en défaillance de la vertu, à
laquelle il faut lousiours auoir l’œil.
Et pendant qu’ils suent, il leur con-
uienl esuenliler la face auec vn es-
uerdoir, à fin qu’ils puissent aspirer
l’air froid, doux et suaue, pour for-
1 Voilà le premier indice , en 15G8 , de la
guerre que plus lard Taré devait faire à la
Licorne. Voyez le Discours à la fin de ce livre.
Dlî ï. A l'ÜSTK.
tifler la vert u , laquelle estant forti-
fiée, pourra mieux iot 1er la sueur
hors. Aussi leur faut faire sentir vi-
naigre mislionné auec eau rose , en
laquelle on aura dissout vn peu de
lheriaque. Et après qu’ils auront suf-
fisamment sué , ils seront essuyés, et
après on leur donnera à manger vn
peu de conserue de roses, auec pou-
dre de corne de cerf et yuoire , et boi-
ront de l’eau de buglose auec vn peu
d’ozeille, tant pour rafraischïr que
pour tousiours preseruer le cœur. Et
où l’enfant après auoir pris lesalexi-
teres ne sueroit, ne faut pourtant
auoir desespoir de la cure, parce que
Nature ne laisse à faire son profit des
antidotes et contrepoisons qu’on luv
aura donnés.
» Et s’il leur suruenoit quelque tu-
meur aux emonctoires, ou charbons
en quelque partie, on leur y fera
promptement vne fomentation de
choses qui amollissent et relaschent
le cuir, et qui attirent modérément :
puis on vsera de suppuratifs propres,
comme limaces pistées subtilement
auec leurs coquilles, moyeux d’œufs,
auec vn peu de theriaque : ou bien on
leur fera vne pulte de farine, d’huile,
d’eau, et iaunes d’œufs, et autres
choses propres : et on conduira le
reste de la cure le plus doucement
qu’il sera possible, ayant esgard à
leur ieunesse et délicatesse. Et s’il
est besoin de les purger, on leur
pourra donner vne dragme de rheu-
barbe en infusion, ou trois dragmes
de casse, ou vne once de sirop rosat
laxatif, ou demie once de sirop de
chicorée composé auec rheubarbe ,
ou cesle medecine qui s’ensuit:
'if. Rhab.clecti put. 5. j.
Infundc in aquà eanlui benedicti cum
cinnamomi 3. j. iu cojatura dissolue :
457
Calholici 5. ij.
Syrupi rosali luxatiui 5 iij.
Fiat parua potio.
Or toutes ces choses se doiuent
faire par le conseil d’vn docte méde-
cin, s’il est possibledelerecouurer. Et
quant à la reste de la cure, elle se
parfera ainsi qu’auons déclaré par cy
deuant , ayant esgard à leur nature
tendre et délicate.
CHAPITRE 1.II.
DISCOVRS DES INCOMMODITÉS OVE LA
TESTE APPORTE ENTRE LES HOMMES,
ET DV SOVVER AIN REMEDE '.
l’ay cy dessus remonstré , sur les
causes de la peste , qu’estant vn des
fléaux de l ire de Dieu , nous ne poll-
uons sinon tomber en toute extré-
mité de maux, quand l’enormilé de
nos péchés a prouoqué sa bonté ù
retirer sa main fauorable de nous,
et nous enuoÿer vne telle playe : il
me suffira donc pour la fin, de re-
mémorer quelques incommodités , ou
plustost à vray dire, horribles cala-
mités qui aduiennent en la société hu-
maine par cesle dangereuse maladie,
à fin que selon les moyens humains
que Dieu a ordonnés pour y pour-
ueoir, nous soyons par la grandeur
du mal plus enclins à chercher et à
vser de remedes qui nous en peuuent
preseruer. Considérons donc, qu’aussi
tost que la peste est en quelque pro-
uince, tout commerce de marchan-
1 Ce chapitre ne suivait pas immédiate-
ment le précédent dans l’édition de 1608;
mais , comme il a été dit, il en était séparé
parles quatre chapitres consacrés à la petite
vérole cl aux vers. 11 a repris la place qu’il
occupe actuellement dès 1576,
458 LE VJNGT'QVATRIÉME livre
(lise, dont les hommes ont besoin de
s’entretenir par aide réciproque des
vns et des autres, vient à eslre in-
terrompu et délaissé : car nul ne se
veut bazarder de venir rien apporter
au lieu où est la peste, de peur de
perdre sa vie. De là s’ensuit que les
viures viennent bien tost en grande
cherté, et en fin à défaillir du tout,
mesniement aux villes fameuses où
il y a grand peuple qui a accoustumé
de viure au iour la iournée, sans
faire, prouision : car les marchands
allans cà et là pour en apporter, ne
peuuent non seulement entrer aux
villes ny villages, mais soutient en
sont dechassés par armes et à coups
debarquebuses,arbales(es, et pierres,
pour ne les laisser approcher, tant
que quelquesfois ils sont tués ou
massacrés inhumainement, au lieu
du secours qu’on leur deuroit donner
en leurs nécessités. De là vient que
les autres n’y veulent aller, et eux
qui souloient subuenir à ce que leur
ville ne tombast en defaut de viures
et autres choses, sont contraints
d’endurer la famine auec leurs con-
citoyens. Souvient les en fans sont
contraints d’enterrer leurs peres et
meres, les peres et meres leurs en-
fans, les maris leurs femmes, et les
femmes leurs maris (qui leur est un
grand creue-cœur) pour ne trouuer
personne qui les vueille enterrer.
Souucnt aussi on laisse les corps sans
les enterrer, desquels s’esleuent va-
peurs pulredincuses qui renforcent
la peste >. Outre-plus, les plus opu-
lents, mesmes les magistrats, et au-
tres qui ont quelque autorité au gou-
uernement de la chose publique,
s’absentent ordinairement des pre-
1 Les deux phrases qui précèdent sont de
1585.
miers, et se retirent ailleurs, de sorte
que la iustice n’est plus administrée ,
n’y estant personne à qui on la puisse
requérir : et lors tout s’en va à con-
fusion, qui est vn mal des plus grands
qui sçauroient aduenir à vne répu-
blique. quand la iustice defaut : et
adonc les meschans ameinent bien
vne autre peste : car ils entrent és
maisons, et y pillent et desrobent à
leur aise impunément , et coupent le
plus souuent la gorge aux malades,
voire aux sains mesmes, à fin de
n’eslre conneus et accusés après.
Qui en voudra des exemples bien
récentes , il en pourra sçauoir des ha-
bitans de Lyon, au voyage que le
Roy y a fait b Aussi en ceste ville de
Paris se sont trouués des gens, qui
auec l'aide de tels maistres, ayansfait
entendre à vn quidam leur ennemy
qu’il auoit la peste, sans auoir mal
quelconque, et le iour qu’il deuoit
parler de son procès, ou faire quelque
acte où sa presence estoit requise ,
l’ont fait rauir et emporter à l’Hoslel-
Dieu, par la force de ces galands,
quelque resislence qu’il peusl faire ,
estans plusieurs contre vn : et si (1e
fortune il imploroit l’aide et miséri-
corde du peuple qui le voyoit, les
larrons et meurtriers l’empeschoient
et crioient encores plus fort que luy,
à fin qu’il ne fust entendu : ou bien
ils donnoient à entendre que le mal
l’auoit rendu furieux et démoniaque,
pour faire fuir chacun d’auprès, et ce
pendant auoir moyen de le pousser
audit Hoslel-Dieu , et le faire lier et
coucher auec les pestiférés. Et quel-
ques iours après mourut, tant dedes-
plaisir que de l’air infecté, ayant esté
sa mort auparauant vendue et achep-
tée à beaux deniers contans.
1 1565. — A. P.
DE PESTE.
le n’ay que faire dealeduirc icy au
long: ce que l'on ne sçait que Irop :
c’est à sçauoir que les villes délais-
sées deuiennénl cliampeslres, iusques
à voir l’herbe croistre par les rues :
les laboureurs delaissans leurs mai-
sons et les fruits sur la terre, laquelle
demeure en friche: les troupeaux sont
csgarés et esperdus parles champs :
les hommes s’entre-renconlrans s’en-
fuyent arriéré les vns des autres , si-
gne de grande punition de Dieu. le
me conlenteray d’adiouster icy que
ceste maladie rend par tout l’homme
si misérable, que si tost qu’il est
soupçonné, sa maison ( qui luy estoit
lieu le plus seur et le plus libre) luy
sert d’vne cruelle prison : car on
l’enferme dedans sans qu’il puisse
sortir , ny que personne y soit admise
pour le secourir. Si ce pendant quel-
qu’vn de ceux qui sont ainsi reserrés
et enfermés se meurt, il faut que les
autres qui sont là dedans voyent
quelquesfois durant long temps cest
horrible spectacle du corps rempli de
vermine et pourriture , auec vnc
grande puanteur charongneuse , qui
fait renforcer l’infection et vénénosité
de l’air , qui puis après fait redoubler
la peste, et est souuent cause de la
mort de tous ceux qui sont en la
maison. Et si on se retire aux champs,
la mesme crainte et horreur y est , et
se trouue en tout chacun qui les voit,
et plus encores , d’autant qu’on a
moins d’amitié ou çonnoissance. Tout
est clos et fermé aux villes, villages
et bourgades, voire les maisons pro-
pres sont closes à leus maistres , tel-
lement que souuent on est contraint
de faire quelque logette aux champs,
arriéré de toute conuersation et con-
noissance : comme on faisoil à Lyon
sur le ltosne, là où les malades s’es-
tans retirés, le chaud du iourles es-
459
louffoit , et le froid de la nuit les
morfondoit et leur amenoit d’autres
mortelles maladies. Et qui plus est,
n’a on pas veu esdites loges , que le
pere et la raere estans griefuement
malades , et ne pouuans aider à
leur enfant, l’ont veu suffoquer et
manger aux mouches guespes, et la
merecuidant le secourir, se leuer ,
puis tomber morte entre l’enfant et
le mary ? Plus , on n’est reconneu
des vassaux , suiels , ou seruileurs
qu’on ait: chacun tourne le dos, et
personne n’y oseroit aller : mesmes
le pere abandonne l’enfant , et Ten-
tant le pere : le mary la femme , et la
femme le mary : le frere la sœur , et
la sœur le frere : voire ceux que vous
pensez les plus intimes et feables
amis, en ce temps vous abandonnent
pour l’horreur et danger de ceste ma-
ladie. Et s’il y a quelqu’vn qui, meu
de pitié et charité chrestienne, ou pour
la consanguinité, vueille s’auancer
pour secourir et visiter vu malade, il
n’aura après parent ny amy qui le
vueille fréquenter ny approcher.
Qu’ainsi soit , on a veu à Lyon , lors
qu’on apperceuoit seulement és rues
les Médecins , Chirurgiens et Barbiers
esleus pour panser les malades, cha-
cun couroit après eux à coups de pier-
res pour les tuer comme chiens enra-
gés, disans qu’il falloil qu'ils n’allas-
sent que de nuit , de peur d’infecter
les sains.
Combien de pauures femmes gros-
ses, sans estre aucunement malades
de peste (pour-ce qu’en tel temps
toutes autres maladies sont suspec-
tes) ont esté pour le seul souspçon
délaissées et abandonnées à leur en-
fantement, dontest prouenuela mort
des meres et des en fans.' 1 le puis véri-
tablement dire auoir trouué aux
mammelles d’vne femme morte de
»
46 0 LE VINGT-QVATRlliME LIVRE
peste, son enfant teltant encores le
venin mortel , qui le deuoit tuer bien
tost apres.
Si la nourrice d’vn enfant vient à
dcceder , cncores que ce ne fust de la
peste, il ne s’en trouuera point d’au-
tre, pour le souspçon qu’on a que
elle soit morte de peste : tant est
ceste maladie effroyable et espou-
uentable , que si tost que quelqu’vn
en est surpris, il ne trouue secours
de personne, ains attend seulement la
mort misérable. Qu’il soit ainsi, entre
vne infinité d’autres exemples que
l’on en voit ordinairement, nous li-
sons1 qu’vne ieune femme, son mary
estant mort et deux de ses enfans, se
voyant frappée , commença a s’ense-
uelir elle-mesme, et fut trouuée à
demy enseuelie , ayant encore le fil et
l’aiguille entre ses mains. Outre-plus,
vn homme fort et robuste ayant la
peste , est allé au cimetiere , et en sa
presence a fait faire sa fosse, et
auant qu’elle fust paracheuée , il
mourut sur le bord.
Au contraire il y en a qui ont eu
telle appréhension de la mort , estans
frappés de ceste maladie pestilente,
que pour se secourir eux-mesmes , se
sont appliqués des fers ardens sur la
bosse, se bruslans tous vifs: autres
auec tenailles l’ont arrachée, se pen-
sans garantir. Aussi aucuns par la
ferueur et rage de ceste maladie se
sont ieltés dedans le feu , autres dans
les puits, aucuns és riuieres : autres se
sont précipités par les fenestres, au
très se sont heurtés la teste contre la
muraille iusqu'à en faire sortir la cer-
uelle, ce que i’ay veu : autres aussi
se sont tués eux-mesmes à coups de
dague ou de Cousteau.
Lucrèce , poète Latin , a remarqué
1 Au lim e des Histoires prodigieuses. — A . P.
la peste auoir esté autresfois si fu-
rieuse au pays d’Alhenes, que plu-
sieurs surmontés de la vehemence de
la maladie se precipiloient dedans
l’eau. On raconte que la peste, il y a
enuiron quatre vingts ans , auoit de
telie rage couru par la Gaule Lyon-
noise, que les femmes principale-
ment, sans apparence d’aucun mal en
leur corps, se iettoient dedans leurs
puits, surmontées de la fureur de
telle maladie *.
Et à ce propos m’a esté asseuré que
depuis n’agueres, vn Prestre de la pa-
roisse sainct Eustache en ceste ville
de Paris, estant malade de la peste
en riioslel Dieu , de furie se leua du
lict , et prit vne dague , de laquelle il
frappa plusieurs des panures malades
couchés dedans leur lict , et en tua
trois : etn’eust estéqu’il fut apperceu
et empoignédu Chirurgien dudit hos-
lel (qui récent de luy vn coup de da-
gue dedans le ventre , le voulant sai-
sir, dont il cuida mourir) il en eust
occis autant qu’il en eust trouué:
mais si tost qu’il fut retenu , et que
ceste furie diminua, il rendit l’esprit.
Vn autre cas non moins horrible
est aduenu à Lyon, rue Merciere, où
la femme d’vn Chirurgien nommé
Amy Baston (quiestoit mort de peste)
six iours après estant esprise de la
mesme contagion, tomba en resuerie,
puis en frenesie, et se mist à la fenes-
tre de sa chambre, tenant et tourmen-
tant son petit enfant entre ses bras :
ce que voyans, ses voisins l’admones-
toient de ne luy faire mal : mais au
lieu d’auoir esgard à leur aduerlisse-
ment, le ietta incontinent en terre,
puis tost apres elle s’y précipita : ainsi
la more et l’enfant moururent.
11 y a vne infinité d’autres sembla-
1 Ce paragraphe a été intercalé ici en 1679.
UE LA l’i.S i l'.
blés exemples , lesquels si ie voulois
raconter, iamais la matière ne me
defaudroit : mais tant y a, que le tout
aduient le plus souuent aux malades
par faute qu’on n’ose conuerser, ny
estre alentour d’eux pour les secou-
rir : ce qui ne se fait aux autres ma-
ladies , rnesmes en lepre , car en icelle
les malades sont secourus : mais en
ccste-cy on est deehassé de ses parons
et amis, voire de sa propre maison ,
comme nous auons dit : dequoy se
laut d’autant moins esmerueiller ,
veu que la charité des hommes est
auiourd’hui tellement refroidie, que
ceux rnesmes qui ont toute liberté,
encore qu'ils ayent or et argent pour
satisfaire , ne peuucnt en temps de
peste auoir secours d’autruy L
Icy ne veux encore passer que ne
recite ce que le bon vieillard Guidon
a escrit, qu’en l’an mil trois cens
quarante et huit, vint vne mortalité,
dont ceux qui estoient espris de peste
mouroient en trois iours ou en cinq
au plus: et estoit si contagieuse , que
non seulement en conuersant en-
semble , mais aussi en regardant l’vn
l’autre se prenoit : et les personnes
mouroient sans seruiteurs , et es-
toient enterrés sans prestres, et mou-
roit de iour en iour en vn si grand
nombre de pestiférés, que ne pouuant
suffire à les enterrer, on estoit con-
traint faire de grandes fosses aux cime-
tières et les ielter dedans à monceaux,
les vns morts , les autres estans en-
core en agonie. Le perene visitoil l’en-
fant. ny l’enfant le pere, ny la femme
le mary, ny le mary la femme, comme
auons dit cy dessus : toute charité
1 Le texte correspondant au chapitre ac-
tuel, dans l’édition de 15G8, n’allait pas
plus loin, et le long extrait de Guy de Chau-
liac qu’on va lire a été ajouté en 1675.
4 (h
estoit morte, et espérance abbalue.
Ceste maudite pestilence fut quasi
par tout le monde , et n’en laissa
presque la quarte partie. Elle fut fort
honteuse et non profitable aux Mé-
decins cl Chirurgiens , lesquels n’o-
soient visiter les malades, de peur
d’estre infectés : ioint aussi que tous
leurs remedes ne profitoient en rien :
car tous ceux qui estoient frappés de
ceste peste mouroient. En aucunes
contrées de pays, on estimoit que les
Iuifs eussent enuenimé le monde , et
à ceste cause on leur conroil sus et
les assommoit. Les autres cuidoient
que ce fussent les pauures manchets,
pour laquelle occasion estoient chas-
sés. Les autres en soupçonnoient les
Nobles, et pourcc n’osoient aller par
le monde. Et linablement les portes
des villes furent gardées, et ne lais-
soient nul entrer dedans s'ils n’es-
toient bien conneus. El si quelques-
vns auoient poudre ou onguens, pen-
soient que ce fussent poisons, qui es-
toit cause de leur faire aualler. La-
dite peste dura sept mois sans cesser.
Voila ce que le bonhomme de Guidon
en escrit, chose à la vérité de grande
remarque, touchant l'ire de Dieu.
CHAPITRE LI1I.
EPILOGVE ov CONCLVSION DE CE DIS-
COVRS DE LA PESTE L
Or ie m’asseure que le Lecteur qui
aura appris en ce petit traité le moyen
de s’en preseruer, et mesme sans
danger visiter et secourir son pro-
1 Ce chapitre était confondu avec le pré-
cédent en 15GS et 1575 ; il n’en a été séparé
qu’en 1579.
4D2 le vijngt-qvatriéme livre ,
chain, ne mesprisera point mon la-
beur, combien que (si faire se pou-
uoit) i’aimerois beaucoup mieux qu’il
ne fust besoin à personne s’en aider,
et que la sérénité de l’air par la bonté
de nostre Dieu fust tousiours telle,
que la peste perdist son nom et ses
effets. Mais puis que cela prouient
par l’iniquité des hommes, laquelle
se perpelue auec eux tout le cours
de leur vie, en receuant patiemment
ce qu’il plaist à Dieu nous enuoyer,
nous suiuons aussi sa volonté, quand
nous apprenons et vsons des remè-
des selon qu’en toutes choses il en a
mis la propriété et vertu, pour seruir
à l’vsage de l’homme, tant à la nour-
riture du corps qu’à la conseruation
et recouurement de la santé d’iceluy.
Et de tant plus que ce mal est grand,
d’autant faut il recourir prompte-
ment au remede qui est seul et ge-
neral : c’est que grands et petits, de
bonne heure implorions la miséri-
corde de Dieu par confession et des-
plaisance de nos forfaits, auec cer-
taine deliberation et propos de nous
amender et donner gloire au nom
de Dieu , cherchans en tout et par
tout de luy obéir et complaire sui-
uant sa sainte parole, sans estriuer à
l’encontre de luy par nos desordon-
nées passions , comme nous auons
fait et faisons journellement. Et s’il
luy plaist encores après cela nous
battre de ces verges là, ou de quel-
ques autres selon son conseil eternel,
faut l’endurer patiemment, sçacbanl
que c’est tout pour nostre profit et
amendement : et ce pendant s’entre-
aider des remedes qu’on pourra iiou-
uer,sans abandonner ainsi les \ns
les autres, par vnc extreme barbarie
et inhumanité.
Croyons que le mal seroit beau-
coup moindre, ayans aideetconsola-
lion les vns des autres. Le Turc le
fait, et nous, Chresliens de nom, n’en
tenons compte : comme si nous pen-
sions en ceste sorte eschapper des
mains de Dieu. Helas, où nous pour-
rons-nous cacher que ne soyons Irou-
ués? Reconnoissons plustost auec le
Psalmiste: Si ieprcns les ailes de l’aube
du iour, et que i’hubite aux dernières
parties de la mer , là aussi ta main me
conduira, et ta dexlre m'empoignera ‘.
Croyons que quand nous pourrions
euiler la mort de ce costé là (ce qui
ne peut eslrc) il a cent mille morts
plus honteuses et misérables pour
nous altrappcr, et confondre le corps
et l’ame pour estre tourmeulésà tout
iamais. Parquoy ayans nos cœurs
remplis de charité, il nous faut re-
tourner à luy, d’autant qu’il est plein
de clemence et bénignité, prest à
nous soulager en nos tribulations, et
est tout bon, et nous aime comme ses
enfans : et quand il luy plaira, il re-
tournera toutes nos afflictions en
nostre salut , voire mieux que nous
ne sçaurions souhaiter ou imaginer.
De là prenons ceste résolution ferme,
de nous assuieltir et ranger paisible -
ment à sa bonté et saincte volonté,
qui est la reigle de toute sagesse, à
laquelle nous deuons conformer tou-
tes nos cogitations et actions. Voila
vn Ires-bon onguent alexitere pour
adoucir nostre peste, et vn remede
salutaire pour appaiser nos mur-
mures et nous imposer silence, et vu
an est certain pour faire cesser le
procès que nous intentons cousiu-
mierement contre Dieu, quand il
nous chaslie plus rudement qu’il ne
nous semble bon et profitable (au bi-
gornent de la chair et non de l’esprit.)
Parquoy apprenons à nous capli-
1 P heaume 139. — A. P.
DE LA PESTE.
uer, et brider nostre appétit, esti-
mans que Dieu fait toutes choses en
poids et mesure : et quoy qu’il nous
enuoye peste, famine, ou guerre, et
autres infinies calamités, il ne fait
rien qui ne soit bon et droit Et quand
il luy plaira nous retirer de ce monde,
de là naislra nostre bonheur et féli-
cité, veu que ceste vie traine auec soy
vne infinité de trauaux et miseres,
où nous sommes presque abysmés de
choses caduques et transitoires *. Et
par ceste mort sommes appelles à la
pleine fruition du royaume celeste,
comme par vn herault et embassade
enuoyé du Ciel. Si vn roy par vn mes-
sager appelloit vn pauure et misé-
rable à soy pour le faire participant
de son royaume, quel plaisir et sou-
las receuroit-il? A plus forte raison
deuons nous estre ioyeux , quand
Dieu par la mort nous enuoye ce
messager qui nous guide à luy, pour
heriter son royaume elernel et bien-
heureux. Veu donc que l’eschange
est tel, nous auons matière de conso-
lation, la mort nous estant cest heu-
reux messager, lequel nous fait pas-
ser de ce monde au ciel, de ceste vie
misérable à la vie elernelle, de mal-
heur en félicité, d’ennuy en liesse, de
misere en prospérité, qui nous doit
grandement consoler, et tollir toute
occasion de lamenter. Et par tel ar-
gument de resioüyssance , quand il
plaist à Dieu nous appeller et enuoyer
la mort, laquelle il a souffert pour
nostre rédemption, Ezechias desire la
mort, non qu’il fust despilé contre
Dieu : mais estant ennuyé des fas-
cheries et tourmens du monde, il de-
siroit d’en sortir, pourueu loutesfois
1 Ici finissait ce paragraphe dans les deux
premières éditions de ce livre; tout ce qui
suit est de 1570.
463
que Dieu s’y accordast. Car nostre
vie est comme vne garnison en la-
quelle Dieu nous a mis, nous enjoi-
gnant y demeurer iusques à ce qu’il
nous appelle, et nous licence pour en
sortir auec foy, et qu'il n’est pas
venu en ce monde souffrir et estre
mis en croix que pour la rédemption
des pécheurs, et non des iustes,
comme il a dit (d’autant qu’vn homme
sain n’a que faire de Médecin). Donc
il se faut humilier, et auoir ferme
fiance qu’il nous pardonnera toutes
nos fautes, pourueu que nous luy ad-
dressions nos prières du profond de
nostre cœur, et de droite et ardente
affection, croyans que luy mcsme a
dit qu’il ne vouloit la mort du pé-
cheur, mais sa rédemption. Esaïe dit
qu’il mettra nos péchés derrière le
dos, voire au profond de la mer, et
n’en aura iamais de recordation. Ces
choses considérées, nous ne deuons
craindre la mort , n’estans en ce
monde que comme en maison em-
pruntée, de laquelle il nous faut des-
loger quand il plaira au Seigneur, à
laquelle elle appartient. Que si le
parlement de ce monde est vne en-
trée à vie, qu’est-ce de ce monde si-
non vn sepulchre ou tombeau? Et
comme les mariniers désirent vn bon
port, aussi deuons nous desirer de
sortir de ceste grande mer de misere
et calamité , pour aller au port de
salut où tout mal cessera, et n’y aura
orage ne tourmente, mais toute ioye
et repos. lob dit que l'homme nay de
femme est de peu de iours et rempli
de miseres, qui sort hors comme la
fleur, et est coupé, et s’enfuit comme
l’ombre, et n’arresle point h Autres
comparent ceste vie à vne fumée , ou
vapeur d’vnebouteille d’eau, qui s’es-
lIob, H. — A. P.
4(34 LK V I NGT-QVATn.1 KJUJî LIVRE
leue en temps de pluye : autres à vne
nacelle estant au milieu delà mer,
agitée çà et là des vents et des ondes,
heurtant contre les rochers, qui sou-
rient se perd aux gouffres et abysmes
profondes. Et par ainsi il faut mettre
en la protection de Dieu la garde de
noslre ame, qu’il nous a donnée pour
estre reunie en ce corps : lequel sera
glorifié en la résurrection vniuerselle
des morts.
Et pour conclusion, si nous l’ap-
portons le tout au conseil de Dieu,
nous aurons dequoy nous consoler
au milieu des plus grandes angoisses
et destresscs qui nous pourroient
aduenir : lequel nous prions de bon
cœur, et de ferme et viue foy, qu’il
nous pardonne nos péchés, lesquels
sont cause de ceste maladie pestiférée
et autres, croyant que c’est le vray
an idole contre la peste. Car lesus-
Christ, voulant guarir le Paralyti-
que, luy dit : Tes péchés le sont par-
donnés : monslranl et déclarant par
cela, que la cause et racine de sa ma-
ladie procedoit de son péché, et que
pour en auoir la fin, il falloit que l’ire
de Dieu fust appaisée, et qu’il luy
fust propice et fauorable par la ré-
mission de ses péchés. Ainsi donc
nous implorerons sa grâce d’vn cœur
ardent, ayant fiance qu’il nous gar-
dera et défendra , nous donnant ce
qui nous est necessaire tant au corps
qu’à Pâme. Que s'il luy plaist nous
appeller, il sera nostre rédempteur,
et nous ayant retiré de ce labyrinthe
et gouffre de tous maux et miseres, il
nous introduira en l’heritage de sa
gloire, pour l’amour de son cher fils
nostre sauueur Iesus-Christ, auquel
soit gloire éternelle. Ainsi soit-il K
1 C’est ainsi que se terminait le livre de
ADVERTISSEMENT DE E’âVTHEVR.
L’autheur a fait ceste petite admo-
nition pour le ieune Chirurgien, se
trouuant quelquesfois aux lieux où
il n’y a preslres , nv autres gens d’E-
glise à la mort des pauu res pestiférés.
Comme i’ay veu, le roy Charles es-
tant à Lyon, pendant la grande mor-
talité, où l’on enfermoit aux bonnes
maisons vn Chirurgien pour médica-
menter ceux qui esloient, pestiférés,
sans pouuoir estre secourus d’aucu-
nes personnes pour les consoler à
Pextremilé de la mort : et ledit Chi-
rurgien, ayant esté instruit de ceste
pel itc admonition , pourra seruir à la
nécessité d’vn plus grand clerc que
luy. Et ne veux icy passer les bornes
de ma vocation : mais seulement ai-
der aux paumes pestiférés en leur
extrémité de la mort.
La mort est la peur des riches ,
Le désir des panures ,
La ioye des sages ,
La crainte des meschans ,
L'in de toutes miseres ,
Et commencement de la vie éternelle ,
Lien-heureuse aux esleus ,
Et mal-heureuse aux reprouués S
la Peste en 156S et 1575; l’avertissement
qu’on va lire a été ajouté en 1579.
1 L’édition de 1579 portait: El commence-
ment de lu vie elernelle à ceux gui croyant en
Dieu et ont espérance vn sa miséricorde infinie.
Du reste, ces sentences accompagnaient
une figure de squelette debout, le bras dioit
appuyé sur une bêche, et destinée sans
doute à frapper les yeux en même temps que
le texte frappait l’esprit. Je n’ai vu aucune
raison pour la conserver.
CHAPITRE COMPLEMENTAIRE.
DE L’VSAGE DE x’ ANTIMOINE
Quelques vns semblablement don-
nent aux robustes quatre ou cinq
grains d’antimoine, préparé auec vn
œuf, ou auec conserue de roses ou
succre rosat, et aux foibles deux ou
trois grains.
Vn Chirurgien , homme de bien ,
demourant à Bordeaux, nommé mais-
trelean de Sainctlean, m’a affirmé
en auoir baillé trois grains à sa fille,
aagée de dix-sept ans, laquelle auoit
eu apparence de tumeur pestiférée en
l’aine, qui depuis s’en estoit retournée
au dedans : et voyant les accidens
continuer, et l’antimoine n’auoir rien
fait, luy en bailla iusques à cinq
grains, dont s’ensuiuit grand vomis-
sement, flux de ventre, et sueur : et
par ces vacuations, elle fut (dit-il)
preseruée.
Par ainsi nous voyons qu’il n’y a
point de réglé certaine à la dose des
medicamens purgatifs : partant il les
faut augmenter selon la nature du
malade, facile ou difficile à esmou-
uoir.
Toutesfois qui ne voudra vser d’an-
timoine préparé, ne laissera d’en vser
sans estre préparé, en prenant trois
onces d’iceluy bien esleu, à sçauoir
fort pondéraux et lucide, et qui facile-
ment se comminue : lequel sera sub-
1 Ceci est le fameux article sur l’antimoine
extrait du chaj>. 27 des éditions de 1568 et
1575, et retranché en 1579 en même temps
que le livre des Fiêures. Voyez ci-devant la
note de la page 414. Dans l’édition de 15G8,
il occupe six pages pleines, de la 129' à la
135'.
tilementpuluerisé,el mis en vnephiole
de verre auec vn posson de bon vin
blanc ou maluoisie : puis assez lon-
guement agité et battu en ladite
pbiole : et apt es le faut laisser trem-
per ou infuser, et rasseoir six ou sept
heures, et passer le vin sans aucune
portion du corps dudit antimoine : et
soit donné à boire au malade, et ver-
rez que ledit vin antimonien fera tel
elfet que la poudre de celuy qui est
calciné et préparé : ce que ie sçay par
expérience.
Ledit antimoine est fort loiié en
cesle peste, parce qu’en peu de temps,
voire en demie heure, qu’il est entré
au corps, il prouoque le vomissement,
sueur et flux de ventre, ce qui se fait
par sa force et vehemence: laquelle ir-
rite la vertu expultrice à chasser la ma-
tière* veneneuse hors, et quant et quant
l’humeur vicieux qui y est attaché,
chasse hors principalement les matiè-
res acqueuses : toutesfois alors que
Nature se sent chargée d’autre hu-
meur, il l’euacue aussi, voire en tous
temperamens et à toutes heures ,
neantmoinsque l'humeur soit cuit ou
crud : et fait ce par vue propriété oc-
culte, laquelle (comme aussi à cha-
cune chose naturelle) luy a esté don-
née dés le iour qu’il a esté créé au
monde, outre l’action des quatre qua-
lités premières et leurs dépendances.
Qu’il soit vray, soit qu’on le calcine,
ou brusle, ou donne crud en infusion,
il purge tousiours les aquosités : et
encore que l’on baille l’infusion du
calciné, il ne laissera pas de faire les
3o
in.
466 CHAPITRE COMPLEMENTAIRE .
mesmes actions qu’il fesoit estant
baillé en corps, voire en aussi petite
quantité, il n’a aucune saueur ny
odeur, et donne peu de tranchées au
ventre : partant quelques-vns en
donnent aux enfans ja grandelets en
petite quantité.
Or si quelques-vns me vouloient
obiecter, que plusieurs ont pris dudit
antimoine qui n’ont esté guéris : ie
leur responds pareillement, que tous
ceux ausquels on a administré tous
les autres remedes n’ontlaissé à mou-
rir : parquoy il ne faut imputer la
fauleaudit antimoine, mais au venin
pestiféré , qui a esté plus grand et
plus fort que la vertu du médicament :
ou qu’on ne l’a pas donné opportuné-
ment au parauant que le venin eust
saisi le cœur, ou pour la diuersité
des temperamens : car quelquesfois
ce qui profite à l’vn nuit à l’autre.
Or dés le premier iour, ou du se-
cond, on doit prendre ledit antimoine,
et diuersifier la dose, plus ou moins,
selon la force des malades : i’entens
ceux qui ont meslier d’estre pur-
gés, ausquels i’aymcrois trop mieux
(si faire le falloit) bailler de l'infusion
du crud que de celuy qui est calciné,
comme estant moins veneneux. Les
robustes le prendront auec bon thé-
riaque, et les délicats auec vn iaune
d’œuf, ou succre rosal, ou conserue
deroses : et au parauant que le pren-
dre, on doit bailler vn clystere ou
suppositoire : puis deux heures après
l’auoir pris , faut donner au malade
vn bouillon fait de chapon et vn iar-
ret de veau, auecques vue poignée
d’orge mondé, à fin de lenir l’esto-
mach et les intestins.
Aucuns mesprisent l’anlimoine es
tant donné par dedans, pour purger
les pestiférés, quoy qu’il soit calciné
ou crud, affermans qu’il est poison,
d’autant que par sa calcination il est
rendu plus sec et plus dur, et acquiert
vne nature de feu : aussi estant crud
et non calciné, disent qu’il ne con-
uient à nostre nature, laquelle con-
siste en chaleur et humidité, d’autant
qu’il est froid et sec au tiers degré
(toutesfois il me semble qu’estant
crud, illuy demeure vne nature sul-
phurée qui peut corriger sa froideur) :
plus adioustent qu’il ne se peut dé-
layer en l’estomach, ce que les bons
medicamens purgeans fout, pour en-
uoyer leurs vapeurs par dedans les
veines : et finalement adioustent que
tous medicamens qui purgent en
mesme temps par haut et par bas,
sont violens et malings de toute leur
substance.
Or laissans telles questions, nous
dirons seulement que, outre les qua-
lités qu’a l’antimoine crud ou calciné,
il luy demeure tousiours vne vertu
propre, particulière et spécifique, qui
est admirable et diuine, comme nous
auonsdemonstré : en ce qu’il fait sor-
tir grande quantité d’excremens, tant
par vomissement, flux de ventre, que
par la sueur, purgeant principale-
ment les humidités sereuses : toutes-
fois il fait vacualion des autres hu-
meurs par le bénéfice de Nature, la-
quelle estant agitée comme de furie
du venin pestiféré, et aidée ou aiguil-
lonnée par la vertu de l’antimoine,
ou semblables medicamens acres, ne
iette seulement les aquosités ou séro-
sités, mais aussi les autres humeurs
qui la molestent, les deschargeant
par les voyes prédites. Et ce faisant ,
ne le pouuons dire incommode pour
donner aux pestiférés, ny estre poi-
son, s’il n’estoit donné en trop grande
quantité, parce qu’il n’agit point par
sa seule qualité : ioiut aussi qu’on le
baille en petite quantité, comme trois,
DE l’vSAGE DE
quatre, cinq ou six grains, et qu’on le
raistionne auec certains correctifs,
comme moyeux d’œufs, vin, décoction
de chapon, ou autres choses sembla.-
bles qu’on connoist estre necessaires :
et ainsi on n’en voit point aduenir
d’inconuenient.
Au surp!us,ie confesse bienquelors
qu'il est calciné ou bruslé, qu’aucuns
appellent préparé , il est rendu plus
sec et plus dur, et acquiert vne na-
ture de feu : lesquelles choses luy es-
tans acquises par la calcination , il
est rendu plus chaud , et par conse
queut plus acre, à cause que toutes
choses calcinées perdent leur humi-
dité et sont rendues plus seiches, el
celles qui ne sont point acres et poi-
gnantes acquièrent beaucoup de cha-
leur par la calcination : dont nous
pouuons conclure que celuy qui est
crud est moins mauuais que le cal-
ciné , veu qu’il ne laisse à faire son
operation sans le calciner , et n’est si
acre ne poignant : partant on en doit
pluslost vser. Ce que l’on fera auec
vin en la maniéré que nous auons
descrite : car par ce moyen on attire
son essence et vertu par l’esprit du
vin : et fait semblable vacuation que
celuy qui est calciné. Toutesfois ie se-
rois bien d’aduis que l’on n’vsast de
ce remede si ce n’est en vne grande
nécessité, et que premièrement on ne
fust bien résolu que la peste ne pro-
cedast du vice de l’air, ains seulement
de celuy des humeurs.
Or outre les vertus que l'antimoine
crud a de purger par dedans, aussi il
a faculté de refroidir et desseicher
auec vne astriction : et partant on en
met és collyres des yeux : il arresle le
l’antimoine. 4^7
sang qui tlue des membranes du cer-
ueau. Il est bon aussi pour les playcs
recentes, et contre les vieilles vlceres,
et principalement cellesquisont faites
par morsure de chien. Pareillement
on en fait vn onguent pour les brus-
lures auec gresse, litharge, ceruse et
cire. Et lorsqu’il est appliqué du com-
mencement sur icelles, il empesche
qu’il n’y vienne aucune ampoule. On
en fait des parfums pour arrester le
flux menstruel, lors qu’il est excessif :
et cicatrise les vlceres. Il purifie tous
métaux : partant les fondeurs de clo-
ches en mettent dans leur métal, à
fin que les cloches sonnent mieux :
aussi ceux qui font des miroirs en
vsent pour les rendre plus resplen-
dissons. Voila ce que i’ay trouué de
la louange dudit antimoine, tant en
Dioscoride que plusieurs autres bons
autheurs.
Et à fin qu'on puisse mieux con-
noislre sa nature et le recouurer
quand il en sera besoin, il faut enten-
dre que c’est vne pierre métallique,
plombeuse et sulphurée. Qu’il soit
vray, lors qu’on le calcine, vne par-
tie se conuertit en plomb, et rend
vne odeur puante sentant bien fort
le soulphre. Il y en a de deux especes,
à sçauoir masle et femelle. Le masle
n’est si bon que la femelle : et se con-
noist parce qu’il est moins luisant et
pesant : au contraire , la femelle est
plus pondereuse et luisante , et plus
friable , ioint qu’elle se fond plus ai-
sément : parquoy ceux qui en vou-
dront vser la prendront plustost que
le masle.
Et ce suffise de l’antimoine.
DISCOVKS
DE LA MVMIE ET DE LA LICORNE1.
A TRES-HAVT ET TVISSANT SEIGNEVR , MESSIRE CHR1STOPHLE DES VRSAINS ,
Cheualkr des ordres du Roy , Conseiller en son Conseil priué , et d’Estat,
Capitaine de cent hommes d’armes des ordonnances de sa Maiesté : Seigneur de
la Chappelle, Baron de Treiguel, Doue, et Armenonuille, etc.
Monseigneur, vous auez souue-
nance que l’an mil cinq cens octante ,
le dernier iour d’aoust , entre l’ab-
baye de Chally et Armenonuille, l’vn
de vos grands cheuaux se cabra et
renuersa sur vous, et tombastessur
vn gros et aigu caillou à l’endroit des
reins. Le cheual estant bon et géné-
reux, se mit en deuoirpoursereleuer:
mais ne se releuant qu’à demy tomba
de rechef, et vous donna vn second
heurt, et n’eust esté le prompt et
fulelle secours d’vn de vos gentils-
hommes nommé de Selles, qui
promptement descendit de cheual et
!Ces discours ont été publiés à part en
1582 (voir dans mon Introduction la Biblio-
graphie)-, mais dès 1585 ils avaient été refon-
dus dans les OEuvres complètes , savoir, le
Discours de la l\lumie au livre des Collu-
sions ei gangrenés , et le Discours de la Li-
corne au livre des Venins. Comme tous
deux formaient des digressions trop éten-
dues dans les lieux où l’auteur les avait en-
vous retira à bien grand’peine de des-
sous , vous estiez en extreme danger
de vostre personne : de fait que à l’ins-
tant tombaslcs en syncope, et dé-
faillance de cœur et de parolle, et
fustes porté en voslre maison , où es-
tant couché au lit lesmesmesaccidens
retournèrent et perseuererent l’espace
de quatre heures , durant lesquelles
par la diligence de madame vostre
compagne ( Dame certes de grandes
vertus)vne fut rien oublié de tout ce
que l’on peut imaginer pour vous se-
courir. Et pour ce faire furent appel-
lés Médecins et Chirurgiens des lieux
cadrés, il m’a paru plus convenable de les
reproduire à part, d’aulant plus que cela
me permettait de donner l’épi: re dédica-
toire qui les précède dans l’édition originale,
et qui, bien que plusieurs passages en soient
copiés des Discours mêmes, n’en est pas
moins une pièce très intéressante, qu’on re-
grettait de ne pas trouver dans les grandes
éditions de Paré.
DISCOVRS DE LA MVMIE F.T DE LA LICORNE.
proches, comme Senlis, Dampmar-
tiri , et mesmement madame la Con-
nostable vous envoya monsieur le
Féure, médecin ordinaire du roy qui
lors cstoit à Genlilli, qui vous fit sai-
gner et adapter tous autres remedes
propres à telles blessures: et ne fut
rien oublié pour seder les douleurs,
et résoudre le sang meurtri quiesloit
espandu aux lombes ,et pareillement
iusques au petit ventre et aux cuisses :
et voyant que vous ne sentiez tel et
si prompt allégement que eussiez
désiré , m’enuoyastes quérir à Paris.
Ayant receu vos lettres, pour le ser-
uicequeie vous dois, ensemble à toute
vostre maison , ie montay prompte-
ment à cheual. Arriué i’apperceu vne
bien grande tumeur et enfieure mol-
lasse , vn peu au dessus de l’os sa-
crum : fus d’auis de faire ouuerture ,
pour donner issue à beaucoup de
sang caillebotlé, et aux sérosités, qui
arrestées sous le cuir pouuoient causer
pourriture, gangrené, et autres plu-
sieurs accidcns mortels, qui en telles
et si grandes contusions ont de cous-
tume suruenir. U ouuerture faite, ne
sortoit par l’espace de dix ou douze
iours moins de choppine desdites sé-
rosités et sang caillé, à chaque fois
qu’on vous habilloit1, de sorte que
les seruiettes et couurechefs qu’on
vous mettoit sur vostre playe, ployées
en quatre ou cinq doubles, estans tor-
ses distilloient comme qui les eust ti-
rées d’vn plein seau d’eau. Ce que con-
sidérant, iecommençayàcraindreque
par là il ne se fist vne colliquation de
tout votre corps, et par conséquent
linissiez vos iours tahide, attendu
mesmesqu’à raison de plusieurs gran-
des cauilés d’où sorloient les matières
mentionnées , il conuenoit faire en-
‘ Hubiller, synonyme de panser.
46g
core quelques autres incisions. De
quoy ie voulus bien aduertir madite
dame, et monsieur de Paleseau vostre
gendre, et madame vostre fille, qui
fort curieux estoient de vostre santé :
les suppliant au reste que, tant pour
le regard du danger apparent, que
vostre respect qui estes vn des plus
signalés de la France, que nous eus-
sions d’auantage de conseil. A quoy
madite dame ne voulant rien espar-
gner , fit soudain escrire au Roy qu’il
plust à sa Maieslé luy enuoyer mon-
sieur Pigray , homme bien entendu
en la chirurgie : ce que le Roy fit vo-
lontiers. Aussi on envoya quérir mon-
sieur de Mouron , homme estimé
entre les hommes doctes et bien en-
tendu en la medecine et chirurgie, et
pareillement à Paris quérir monsieur
Hautin , Docteur regent en la Faculté
de Medecine, messieurs Cointeret et
leFort, Chirurgiens, qui arriués, après
auoir veu , sondé et considéré vostre
playe , conclurent auec nous vna-
nimement qu’il estoit plus que neces-
saire faire nouuellesouuerlures, à fin
d’auoir plus de commodité et liberté
pour mondifier les cauités qui es-
toient sous le cuir tout moulu et
contus. Dieu benist notre labeur, et
en auez esté bien guari, grâces à
Dieu.
Lorsque commençastes à vous bien
porter, et vos douleurs à s’appaiser,
vous me listes cest honneur de dis-
courir de plusieurs belles choses,
entre les autres comme on ne vous
auoit point donné à boire de Mumie
au commencement de vostre cheutte :
lors ie vous fis responsc que i’en es-
tois ioyeux , parce qu elle pouuoit
beaucoup plus nuire que aider, à
cause que c’est de la chair des corps
morts puants et cadauereux , et que
iamais n’auois veu que ceux ausquels
D1SCOVRS
47°
on en auoit donné à boire ou à man-
ger, qu’ils ne vomissent tost après en
auoir pris , auec grande douleur d’es-
tomach. Et tant s’en faut qu’elle
puisse arrester le sang qui descoule
des vaisseaux d’vne contusion, que
plustost par l’agilation que fait ceste
bonne drogue au corps , il en flueroit
encore d’auantage. Aussi que les an-
ciens Iuifs, Arabes, Chaldées, Ægyp-
tiens, n’ont iamais pensé faire em-
baumer leurs corps pour estre man-
gés des chrestiens : mais auoient en
si grand honneur, reuerence et re-
commandalion les corps des trespas-
sés, pour l’esperance de la résurrec-
tion , qu’ils ont recherché de les em-
baumer pour les conseruer et garder
à iamais, s’ils eussent peu faire , en
plusieurs et diuerses sortes , comme
on verra par ce discours. D’auantage
seruoient iceux corps ainsi embaumés
de souuerains gages et asseurance de
leur foy : si bien que s’il estoit adue-
nu que aucuns eussent affaire de
quelque grosse somme d’argent , ils
ne failloient point delà trouuerà em-
prunter sur gage de l’vn de leurs
parens , se tenans tout asseurés les
créditeurs que moyennant tel gage,
le debiteur manqueroit plustost de vie
que de foy, tant ils auoient à cœur
de retirer tel gage. Et si la fortune
faisoit, et le malheur fust si grand
que aucun s’oubliast de tant en ses
nécessités que de ne vouloir ou sça-
uoir trouuer moyen de retirer son
gage, il tomhoit en tel deshonneur et
infamie, qu’il n’eust pas esté bon à
donner à manger aux chiens, et ne
se fust aussi osé monstrer en public :
car on luy faisoit la huée comme l’on
fait à vn loup ou vn chien enragé,
et de liberté tomboit en vue ignomi-
nieuse seruitude, comme ayant desa-
uotié sa race et son origine. Par ces
choses , l’on voit comme les anciens
Iuifs n'ont fait embaumer leurs corps
pour les faire manger aux chrestiens.
D’auantage, Hippocrates et Galien
n’en parlerentny ordonnèrent iamais
pour quelque cause que ce fust. Et si
elle eust esté propre aux contusions
ou autres maladies, il est certain
qu’ils ne l’eussent oublié à descrire.
De la corne de Licorne.
Monseigneur, après vous auoir dis-
couru de la Mumle , voulustes aussi
sçauoir ce qu’il me sembloil de la
corne de Licorne, et si i’auois conneu
par quelque expérience qu’elle eust
puissance contre les venins. Lors ie
vous fis response, qu’on ne sçait à la
veri-té quelle est ceste beste , mesme
que aucuns doutent que ce ne soit
vne chose controuuée. Car les vns
disent que c’est vne beste inconneué,
et qu’elle naist aux Indes : les autres
en Æthiopie : d’autres és terres neuf-
ues, et les autres és deserls inaccessi-
bles : et n’en parlent tous que par
oüy dire. Et comme ils sont dlfferens
de la description des lieux où naist
ladite Licorne , ils sont pareillement
discordans de la forme et figure et
couleur et de sa corne , et des pieds ,
et des mœurs : car les vns disent
qu’elle est la plus furieuse et cruelle
de toutes les bestes, et qu’elle hurle
fort hideusement, et que iamais on
ne la prend viue : autres au contraire
la disent fort douce et bcnigne, et
s’amouracher des filles, prenant plai-
sir à les contempler , et qu’elle est
soutient prise parce moyen. Plusieurs
tiennent que si l’on fait tremper de
la corne de Licorne en de l’eau , et
que de ceste eau on face vn cercle
sur vne table , puis qu’on mette de-
dans ledit cercle vn scorpion ou arai-
gnée, ou vn crapaut , que ces bestes
DE LA MVMIE ET DE LA LICORNE.
meurent , et qu’elles ne passent au
cunement pardessus le cercle. le l’ay
voulu expérimenter, et a y trouuécela
estre faux et mensonger.
Autres disent que si on faisoit aual-
ler à vn poulet ou pigeon qui eust
pris arsenic, ou sublimé, ou quelque
autre venin , il n’en sentiroit aucun
mal : cela est pareillement faux ,
comme l’experience en fera foy.
Autres tiennent pour chose véri-
table que la vraye Licorne estant
mise en l’eau, se prend à bouillonner,
fesant esleuer petites bubes d’eau 1
comme perles. le dis que cela se fait
aussi bien aux cornes de bœuf et de
mouton , et d’autres animaux , voire
es tez de pots, tuilles et bricques : ce
que vous vistes par expérience, lors
que ie mis en vn verre d’eau des os de
mouton et des tez de pots : et vous en
dis la raison, dont fustes fort content
Autres disent auoir grande vertu
contre la peste et autres venins: et
croy pareillement estre chose fabu-
leuse. Quelqu’vn me dira que possi-
ble les cornes dont i’ay fait mes es-
preuues n’estoient vrayes cornes de
Licorne. A quoy ie responds, que celle
de Salnct Denis en France, et celle du
Roy que l’on tient en grande estime,
et celles des marchands de Paris que
l’on vend à grand prix ne sont donc-
ques vrayes cornes de Licorne : car
c’a esté sur celles là que i’ay fait es-
preuue : et si on ne me veut croire ,
qu’on vienne à l’espreuue comme
moy : et on connoistra la vérité con-
tre le mensonge.
Or, Monseigneur, ces contrariétés
d’opinions, et les espreuues qu’on en
fait, font iuger que tout ce que l’on
dit des Licornes est chose controuuée
1 Bubes , pour bulles ; les Espagnols appel-
aient les pustules de la vérole, las babas.
47 1
à plaisir par les'peintres et histo-
riographes. Et ne suis seul de ceste
opinion : car il y a plusieurs doctes
Médecins gens de bien , craignans
Dieu , qui sont de mon auis, comme
ie monstreray cy apres en ce dis-
cours : et principalement feu mon-
sieur Chappelain , Conseiller et pre-
mier Médecin du Roy Charles ,neu-
fiéme , lequel en son viuant esloit
grandement estimé entre les gens
doctes. Vn iour, luy parlant du grand
abus qui se commettoit en l’vsage de
corne de Licorne, le priay, veu l’au-
thorité qu’il auoit à l’endroit de la
personne du Roy nostre maistre, d’en
vouloir oster l’vsage et abus : et prin-
cipalement d’abolir ceste couslume
qu’on auoit de laisser tremper vn
morceau de Licorne dans la coupe où
le Roy beuuoit, craignant la poison :
et qu’elle est beaucoup plus chere
que l’or, comme l’on peut voir par la
supputation : car à vendre le grain
d’or fin onze deniers pile, la liure no
vaut que sept vingts huit escus sol :
et le grain de Licorne vallant dix sols,
la dragme à raison de soixante grains
vaut trente iiures, et l’once à raison de
huit dragmes vaut deux cens quarante
Iiures, et consequemment la liure à
raison de seize onces vaut trois mil
cens quarante Iiures, lesquels réduits
en escus vallent douze cens quatre
vingts escus : à ceste cause il feroit
beaucoup d’osier ceste superstition
et larcin qu’on fait au peuple.
Il me fit response, qu’il voyoit l’o-
pinion qu’on auoit de la Licorne tant
inueterée et enracinée au cerueau des
princes et du peuple , que ores qu’il
l’eust volontiers oslée, il croyoit bien
que par raison n’en pourroit estre
maistre : et que les Médecins ayans
vne bonne ame, encores qu’ils sa-
chent qu’elle ne vaut rien, n’ayant
D1SC0YRS
4? 2
aucunes vertus qu’on luy attribue ,
sont sonnent contraints de permettre
aux malades d’en vser , parce qu’ils
la désirent et en veulent : et que s’il
aduenoit qu’ils mourussent sans en
auoir pris , les parens donneroient
tous la chasse susdits médecins, et les
descriroient comme la l’aulse mon-
noyé. D’auantage disoit que tout
homme qui entreprend à descrire de
choses d’importance, et notamment
de réfuter quelque opinion receuë de
long temps, il ressemble au hibou ou
chat huant , lequel se monstrant en
quelque lieu eminent, se met en butte
à tous les autres oiseaux, qui le vien-
nent becqueter et courir sus à toute
reste h
Aussi ie vous discourus pareille-
ment que la licorne n’a nulle vertu
contre les venins, comme le monde
luy attribue, parce que tous venins
ne font pas leurs effets d’vne mesme
façon. Car il y en a de chauds , de
froids, de secs, d’humides : autres
qui opèrent par qualité occulte et se-
crette, et que chacun a son propre
accident lequel doit estre guari par
son contraire. Parlant la licorne ne
peut résister à tous venins , comme il
sera demonstré cy après.
le vous fis pareillement vn pe-
lit discours de la Peste, où i’ay
monstre que la licorne n’a nulle force
et vertu pour contrarier au venin
pestiféré : où ie me suis efforcé tant
qu’il m’a esté possible d’enseigner les
ieunes Chirurgiens qui sont appelés à
penser les pestiférés : où ie suis bien
asseuré qu’il y en a qui ne virent Ja-
mais aposteme , ny charbon , ny pour-
pre pestiféré, à qui ce petit traité
1 A toute reste; Je ne sais ce que veut dire
cette expression , à moins qu’il ne faille lire :
à toute haste.
pourra grandement seruir : aussi que
les pauures malades touchés de ceste
contagion, délaissés de tout secours,
se pourront eux mesmes aider à leur
guarison, à raison que i’ay escrit en
langage vulgaire et fort familier, et
les remedes aisés à connoislre, et la
maniéré de les préparer , et comme il
faut lesdiuersifier , si bien que toutes
personnes s’en pourront aider. Ori’en
ay escrit, ce me semble, le plus prés
approchant de la vérité, parce que
i’ay esté touché de ce mal , et souffert
l’aposteme sous l’aisselle , et le char-
bon au ventre. Et s’il est bien séant à
vn vieil Capitaine de parler de la
guerre, et au Marinier de discourir
de la nauigation , aussi ne me sera-il
pas mal séant , après auoir longue-
ment exercé la Chirurgie, spéciale-
ment à l’endroit des pestiférés, de
mettre de rechef en lumière ce petit
extrait du vingt-cinquième liure 1
de mes œuures, pour enseigner les
ieunes Chirurgiens, et les pauures
malades délaissés de tout le monde
pour se secourir eux mesmes-
Ayant entendu ces discours, me
priasles (ce que ie receus pour com-
mandement ) les mettre par escrit , à
fin d’enuoyer ces abus à vau l’eau, et
que le monde n’en fust plus trompé :
lors ie vous dis que i’en auois aucu-
nement escrit en mes œuures : vous
me repliquastes que plusieurs ne
pourroient auoir toutes mes œuures,
et qu’ils auroient tous ces discours
plus facilement et à meilleur prix : ce
que volontiers vous accorday. Tou-
tesfois ie croy que ce ne sera sans
1 Je respecte ici le texte, mais il y a er-
reur de la part de Paré; le livre de la Peste
était le 21' des éditions de 1575 et 1579, et il
est devenu le 22' en 1585. Il forme le 24' de
l’édition actuelle.
DE L/l MVMIE ET DF. LA LICOBNE.
contredit : mais i’espere qu’en serez
le protecteur et défenseur, veu la
grande authorité et crédit qu’auez en
tonie la France : car lors que ce petit
liure sera en lumière, ie ressemble-
ray au Hibou, et croy qu’il y aura
quelque Gay ou meschant Corbeau ,
ennemy de la vérité et de la Républi-
que, qui me caiolleront et becquette-
ront. Mais ie leur tendray volontiers
mes espaules pour me battre fort
(toutesfois sans me faire aucun mal ) :
et s’ils me peuuent assaillir de quel
que bon trait de raison ou d’expe-
rience, tant s’en faut que ie m’en
trou ne offensé qu’au contraire ieleur
en sçauray fort bon gré, de m’auoir
monstré ce qu’oncques ie n’ay peu
apprendre des plus doctes et signalés
473
personnages qui furent et sont encore
en estime pour leur doctrine singu-
lière J.
Voila, Monseigneur, ce qu'il me
semble de la Mumie, de la corne de
Licorne, et de la Peste. Priant Dieu,
Monseigneur, vous donner et à Ma-
dame vostrc compagne, ensemble à
tous ceux de vostre maison , prospérité
en ce monde, et félicité perpétuelle.
Votre tres-bumble et tres-affec-
tionné seruileur à iamais.
A. Paré.
1 Modestie de l’autheur. — Cette note mar-
ginale est de Paré lui-même.
DISCOVRS
DE LA MVMIE '.
CHAPITRE T.
La Mumie a pris son nom et origine
des anciens Iuifs, Arabes, et Chal-
1 Ce mot de mumie est celui qu’on trouve
dans les éditions de 1575 et 1582, et par suite
dans toutes les éditions postérieures. Mais il
faut noter qu’en 1 579 Paré avait écrit Mom-
mye et même Mommie, ce qui se rapproche
beaucoup de l’orthographe moderne: tou-
tefois j’ai dû accepter celle qu’il avait défi-
nitivement adoptée.
Au reste, on aurait tort de regarder ce
livre comme hors de propos dans les OEu-
vres de Paré; c’est le monument d’une véri-
table réforme dans une question de chirur-
gie qui n’était pas sans importance. On peut
voir dans mon Introduction, page clxxxviii,
la source et la puissance de ce préjugé de la
Mumie, contre lequel Paré le premier osa
s’élever. Nous avons vu au livre des Contu-
sions , chap. 6, la première attaque qu’il
dirigea contre en 1575; en 1579, nous avons
dit qu il avait ajouté un long article dont on
retrouvera les morceaux épars aux chapitres
1 , 8 et 12 du présent Discours; et enfin le
Discours parut en 1582, comme il a été dit.
2 Ce premier chapitre formait, dans l’édi-
tion de 1585 et les suivantes , le chap. 7 du
livre des Contusions ; voyez tome II, page
202. Il débutait alors par celte phrase :
« Il ne se faut donner merueille, si en ce
traité des Contusions ie n’ay fait aucune
mention de la Mumie, pour en donner à
boire et à manger, comme font la pluspart
dées , et principalement des Egyp-
tiens, mesmes long temps aupnrauant
Moyse, et depuis eux les Grecs et
Latins : tous lesquels ont eu en si
grand honneur, reuerence , et re-
des Médecins et Chirurgiens : parcequ’elle
ne vaut rien, ce que ie prouueray par ce dis-
cours. »
Ensuite venait le texte actuel, qui est
presque absolument le même pour tout ce
discours que celui de l’édition de 1582.
L’article spécial de 1579 commençait aussi
par la phrase qu’on vient de lire ; mais après
ces mots : la pluspart des Médecins et Chi-
rurgiens, il continuait ainsi :
« Car si en toute prescription et ordon-
nance des remedes contre les maladies, il
faut prendre indication du contraire,
comme i’ay apris de mes maistres , qui est-
ce qui, suyuant la réglé des indications,
pourra sçauoir si la mommye est contraire
aux accidens qu’amene la cheule et contu-
sion, s’il ne sçayt que c’est que mommie.
Or le cas est tel, que ny les Médecins et Chi-
rurgiens qui ordonnent la mommie, ny ceux
qui en ont escrit, ny les Apoticaires qui la
vendent, ne sont point asseurés de l’essence
d'icelle : Lisez les anciens, Serapion et Aui-
cenne : Lisez les modernes, Belon , Ma-
theolle et Theuet, vous les trouucrez tous
d’opinions en ce cas dissemblables: interro-
gez les Apoticaires, interrogez les mar-
chans qui la leur aportent , l’vn vous dira
d’vn , l’autre d’vn autre , de sorte qu’il sem-
ble impossible en telle et si grande variété
d’opinions, de rien sçauoir au vray de la
DISCOVRS DE LA MVMIE.
commandation les corps des trespas-
sés, pour l’esperance de la résurrec-
tion , qu’ils ont fort recherché les
moyens, non seulement de les ense-
uelir, mais aussi de les conseruer à
iamais, s’ils l’eussent peu faire, par
certaines drogues précieuses et cho-
ses odoriférantes : lesquels corps ainsi
embaumés se gardoient longuement
entiers sans se pourrir. Et par lesdils
Arabes ont esté appelés Mumie, qui
vaut autant à dire, qu’vn corps mort
accoustré de choses odoriférantes et
conseruatricesde pourriture. Or pour
le premier, Hérodote 1res ancien his-
torien grec, et après luy Diodore Si-
cilien, parlans de la sepullure et con-
duite des corps des trespassés, et des
pleurs et gemissemens qui se faisoient
sur iceux par les anciens Egyptiens,
racontent que lors qu’il decedoit
quelqu’vn des domesliques d’vne mai-
son qui estoit de respect et appa-
rence, comme vn grand Seigneur ou
Dame, alors se transportoient tout
d’vn costé toutes les femmes de la fa-
mille et parentage au lieu où le de-
funct estoit décédé , habillées toutes
de deüil , pleurantes et lamentantes.
Puis ayans laissé le corps mort en son
lieu , s’en alloient par la ville comme
vagabondes , courant çà et là , estant
ceintes et troussées par le milieu du
corps, déplorantes leurs vies et mise
res, auec leurs mannnelles et parties
plus proches toutes nues et descou
uertes. De l’autre costé alloient les
hommes, ayans pareillement la poi-
trine toute descouuerle , et se frap-
poient et baltoient en détestation du
mommie. Car quant à Serapion et Avi-
cenne, ils n’ont cogneu autre inoininie, etc. »
La suite de ce texte se retrouvera au 8e
chapitre du Discours actuel , à l’avant-der-
nier paragraphe.
475
defunct. Cela estant fait, ils se trans-
portoient par deuers ceux qui estoient
députés pour embaumer les corps
morts, qu’on appel loit Salleurs ou Em-
baumeurs, lesquels leur monstroient
trois figures de corps morts embau-
més, peintes en vn beau linceul, de
diuerse valeur et estimation : l’vne
comme la plus riche , exquise et ela-
bourée, vallant vn talent: l’autre vn
demy, et la tierce de vil prix et à
bon marché, qui estoit pour le com-
mun populaire, qui leur donnoit
selon leur puissance. Ayans mar-
chandé l’vne des trois effigies ou figu-
res pour les embaumer ou enseuelir,
ils laissoient le corps mort entre leurs
mains- Et lors les embaumeurs li-
roient tout aussi tost , auec vn fer
courbé, par les narines, toute la sub-
stance du cerueau: puis incisoient
auec vne pierre aiguë et bien tran-
chante le ventre, et en ostoient les
entrailles: et puis lauoient tout le
corps de vin auquel auoient bouilli
plusieurs choses aromatiques. Cela
fait, remplissoient le corps de myrrhe,
d’aloës, de cinamome, saffran,et au-
tres choses odoriférantes et précieu-
ses : puis après le salloient et met-
toient en vn saloir par l’espace de
70 iours. Lequel temps expiré, le
retiroient pour faire seicher. et après
l’enueloppoient en vn beau drap
précieux , et derechef l’oignoient de
certaines gommes assez communes.
Après toutes ces choses, luy faisoient
faire vne effigie sur sa tombe et se-
pulchre, où ils vouloient qu’il fust
posé pour la mémoire eternelle: et le
laissoient là pour dormir et reposer,
iusques (disoienl ils) au grand iour de
la résurrection. Les deux autres fa-
çons d’embaumer se faisoient d’autres
drogues non si précieuses ny si chè-
res, et selon l’argent on estoit serui.
D'SCOVRS
4 76
CHAPITRE IL
Strabo dit que les Iuifs , pour la
confiture de leurs corps, souloient
vser de bitume, qui est vne poix li-
quide qui se prend en la mer Rouge,
prés Sodome.
Or bien à peine s’est-il trouué na-
tion , tant barbare fust elle , qu’ils
n’ayent embaumé les corps morts,
non pas mesme les Scythes, qui sem-
blent en barbarie auoir surpassé le
reste des hommes. Car iceux, comme
dit Hérodote, liure quatrième de son
Histoire , n’enterrent point le corps
de leur Roy, que premièrement ils ne
Payent mis en cire, après auoir curé
le ventre et nettoyé, puis rempli de
cypre concassé, d’encens, de graine
de persil et d’anis , et en après re-
cousu.
De ceste mesme chose les Ethiopiens
se sont monstrés curieux, faisans
leurs sépultures de verre, en ceste
sorte : c’est qu’aprés qu’ils auoient
vuidé et descharné iusques aux os ,
comme vne anatomie seiche, le corps
de leurs amis défunts, ils les accous
troient et lissoient de piastre, sur
lequel ils ieltoient après vne peintu-
re qui approchoil du vif autant qu’il
leur estoit possible : et ce fait , ils l’en-
fermoient dans vne colonine de verre
creux. Le corps ainsi enchâssé appa-
roissoit au trauers le verre, sans ren-
dre mauuaise odeur, et sans desagreer
aucunement. Les plus proches parcns
le gardoientchez eux l’espace d’vn an,
en luy faisans offrandes et sacrifices,
et au bout de l’an le transportoient
hors la ville au lieu desliné , ainsi que
nous faisons aux cimetières , comme
escrit le mesme Hérodote.
CHAPITRE III.
Mais le soing et curiosité est encore
entré plus auant dedans le cœur des
Egyptiens que de nulle autre nation,
dont ils ont mérité grande louange ,
s’estans monstrés tant affectionnés à
la mémoire de leurs parens , que pour
la conseruation d’icelle ils estoient
coustumiers d’embaumer les corps
tous entiers d’i< eux en vaisseaux de
verre diaphanes et lransparens,et les
metloient en lieu le plus honorable
de leurs maisons, pour en auoir tous-
iours la mémoire deuant les yeux , et
leur seruir d’aiguillon pour les sti-
muler de les ensuiure et imiter leurs
vertus, à fin de ne degenerer et for-
ligner de leur naturel et inclination.
Et d’auanlage seruoient iceux corps
ainsi embaumés, de souuerains gages
et asseurance de leur foy : si bien que
s’il estoit aduenu qu’aucun desdits
Egyptiens eust affaire de quelque
grosse somme d’argent, il ne failloit
point delà trouuer à emprunter chez
ses voisins sur le gage d’vn corps de
ses parens , se tenans tous asseurés
les créditeurs, que moyennant tel
gage le debiteur manqueroit plustost
de vie que de foy, tant ils auoient à
cœur de retirer tel gage Et si la for-
tune faisoit, et le malheur fust si
grand , qu’aucun s’oubliast de tant en
ses nécessités, que de ne vouloir ou
scauoir trouuer moyen de retirer son
gage , il tomboit en tel deshonneur et
infamie, qu’il n’eust pas esté bon à
donner à manger aux chiens, et ne
se fust osé monstrer en public : car
on luy faisoitla huée comme l’on fait
à vn loup ou vn chien enragé, et de
liberté tomboit en vne ignominieuse
SVR LA MVMIE.
seruitude, comme ayant desauoüé et
renoncé sa race et origine. Ce qui est
tesmoigné par Claude Paradin , en la
Préfacé du liure qu’il a fait des Al-
liances et Généalogies des Roys et Prin-
ces de la Gaule.
Pierre Messie en ses diuerses Le-
çons , chap. 8. escrit, que les anciens
Romains auoient vne coustume de
brusler les corps morts , et que le pre-
mier des Sénateurs qui fust bruslé
après sa mort , fut Sylla , et après luy
plusieurs autres hommes notables et
illustres : les cendres desquels on gar-
doit dedans des vrnes ou vaisseaux de
terre, puis on les posoit dedans les
sepulchres ou tombeaux sous terre ,
faits en voulte.
Les Grecs auoient aussi ceste ma-
niéré de brusler les corps morts.
Stobée escrit que les Colches n’en-
terroienl point leurs morts , mais les
pendoient aux arbres.
Les Scythes d’Asie se seruoient
pour boire de l’os du crâne de leurs
parens et amis, enchâssés en or, pour
en auoir tousiours mémoire : et entre
tous leurs thresors et choses precieu
ses estimoient lesdites tasses.
CHAPITRE IV.
D’auantage les Egyptiens, recon-
noissans ceste vie estre de peu de du-
rée au regard de celle que nous auons
à viure après la séparation du corps
d’auec l’ame , estoient fort negligens
à bastir maisons pour eux loger, mais
au reste si magnifiques à édifier Pyra-
mides, desquelles ils se vouloient
seruir pour leurs sepulchres, que
pour le basliment d’vne qui fut entre-
prise par Cheopes, l’vn de leurs Rois,
477
cent mille hommes y furentemployés,
chacun trois mois , par l’espace de
vingt ans : laquelle estant de forme
quarrée, auoit de profondeur cinq
stades, et en chacun front huit cens
piedsde large, et autant de haut, cha-
que pierre ayant le plus ordinaire-
ment trente pieds, fort bien ouurée,
comme raconte Hérodote 1. Or de-
uant qu’enfermer les corps dedans
ces superbes sepulchres , ils les por-
toient auec pompes magnifiques
vers les Salleurs ou Embaumeurs (of-
fice bien salarié du peuple) qui les
embaumoient de choses aromatiques
et exquises, selon la volonté et puis-
sance des parens et amis, comme
nous auons dit cy dessus : lesquels re-
souls ils retournoient prendre, et es-
tansbienlaués et nettoyés, leslioient
de bandes faites d’vn drap de soye
collé auec certaines gommes. Et lors
les parens et amis reprenoient le
corps, et luy faisoient faire vn estuy
de bois moulé et effigie d’homme ,
dedans lequel ils le posoient. Voila
comme lesEgyptiensenlerroient leurs
Roys et Princes.
Autres mettoient dedans les corps
ainsi préparés vne idole faite de cui-
ure ou marbre, et quelquesfois d’or
et d’argent, qu’ils adoroient : et
auoient ceste opinion , que le corps
estoit gardé et conserué de putréfac-
tion , ayans leurs Dieux reposans
auec leurs corps dedans leurs monu-
mens, et que telle superstition don-
noitsoulagemenl à l’ame. I"ay veu au
cabinet de Theuet vne petite idole de
marbre, blanche, marqueltée d'vn
certain vert, qu’il affirme auoir appor-
tée de ce pays là, et qu’elle auoit esté
trouuée en vn corps mumié. Ainsi
voit-on comme les Egyptiens estoient
1 Hérodote, liure 2. — A. P.
DISCOVRS
47b
fort cérémonieux, et grauds idolâtres.
Loiiis de Paradis , Chirurgien , na-
tif deVitry en Parfois, m’a dit qu’es-
tant au grand Caire, il vit dix-huit ou
vingt pyramides faites de bricques.
Entre autres il en vit vne de merueil-
leuse grandeur, de figure quarrée,
ayant en chaque face trois cens pas.
Celle-là estoit la plus grande , appel-
le la Pyramide de Pharaon , où sont
plusieurs corps mumiés. En outre,
qu’il entra dedans vne desdites Pyra-
mides, où ii vit plus de deux cens
corps encore tous entiers, quiauoient
les ongles rouges : parce que c’estoit
la coutume de ce pays là , que pour
auoir de belles mains , il falloit auoir
les ongles rouges. Les gens du pays ne
veulent souffrir qu’on transporte au-
cun desdits corps , disans que les
Chrestiens sont indignes de manger
leurs corps morts Que si on les tire
hors du pays , c’est par le moyen de
quelques Iuifs , qui les desrobent et
emballent auee leur marchandise , à
fin qu’on ne les puisse connoislre.
Le Seigneur de la Popeliniere, en
son troisième liure Des trois mondes ,
dit, que quand les Indiens de Cana-
rie meurent, c’est pitié des hurle-
mens et plaintes que font les femmes,
lesquelles racontent leurs louanges
d’auoir bien tué et mangé des hommes
eslans leurs ennemis : et qu’aprés leur
auoir lié les bras et pieds, elles les
enuetoppent de leur lit de cotton , et
les enterrent en vne fosse ronde et
profonde, et presque tout debout,
auec quelques colliers et plumasseï ie
qu’ils auront plus aimé : comme les In-
diens du Pérou font de leurs Rois et
Caciques , auec quantité d’or et pier-
res précieuses : et les Celtes ancienne-
ment, qui estoient enterrés auec le
plus beau de leurs meubles, et la
femme qu’ils auoient la plus aimée.
CPIAPiTRE Y.
De ceste mesme curiosité nos Fran-
çois esmeus et incités, font la plus
grand’ part embaumer les corps des
Rois et grands Seigneurs , et dressent
des figures enleuées en bosses ou en
plates peintures, approchans de la
grandeur et figure au plus prés qu’ils
peuuent du trespassé. On en trouue
tesmoignage en l’Eglise de S. Denys en
France, et en beaucoup d’autres
lieux , là où l’on voit plusieurs effi-
gies des Rois et Roynes, et autres
grands Seigneurs : ce que clirestien-
nement ils ont euidenunent tiré tant
du nouueau Testament que du vieil ,
et façon de faire ancienne des Iuifs.
Cari! est ditau nouueau Testament1,
que Ioseph acheta vn linceul , et que
Nicodeme apporta vne mixtion de
myrrhe et d’aloës, iusques au poids
d’enuiron cent liures , de laquelle
auec autres odeurs aromatiques ils
embaumèrent et enseuelirent Iecorps
de Iesus Christ, comme la coustume
des Iuifs estoit d’enseuelir leurs corps
embaumés , en signe de ceste incor-
ruption qu’ils esperoient en la ré-
surrection des morts (comme nous
auons dit. ) Ce que mesmes depuis
eux voulurent faire les Maries : ce
qu’ils auoient appris de leurs peres
anciens. Car Ioseph au vieil Testa-
ment commanda à ses Médecins d’em-
baumer son pere 2.
Or qui est cause qu’à présent nos
Rois , Princes, et grands Seigneurs,
encores qu'ils soient vuidés et laués
d’eau de vie et de vinaigre, et saul-
es. Iean , 20.39. —A. P.
2 Genese , à. 2. — . A. P.
DE Là. MVMIE.
poudres de choses grandement aro-
matiques, n’y espargnans aucunes
choses pour les embaumer, néant-
moins auec tout cela , en cinq ou six
iours, ou moins, sentent si mal, qu’on
ne peut endurer estre aux lieux où
ils sont, et est-on contraint les enfer-
mer en leur cercueil de plomb? Car
nonobstant tel appareil, parce qu’ils
ne sont plongés en saumeures auec
lesdites choses aromatiques, comme
anciennement on faisoit, et aussi pour
la grande multitude de gens qui y
entrent pour les voir, et le grand
nombre de torches et lumières y es-
tans iour et nuit, l’air s’eschauffe si
fort que, le corps n’ayant esté imbu
assez longtemps de choses qui gar
dent la pourriture, il aduienl qu’en
peu de iours s’esleue vne vapeur
puante et cadauereuse, qui offense
grandement ceux qui la sentent Icy
donc ie veux aduertir le Lecteur, sur
ce qu’on m’a voulu donner quelques-
fois blasme de n’auoir sceu bien em-
baumer les Rois, attendu la pourri-
ture qui tost après s’esleuoit de leurs
corps : car ma response esloit facile
à faire L C’est qu'ils n’auoient esté
trempés et sallés soixante et dix iours,
comme les anciens faisoienl , dedans
le vinaigre et choses aromatiques, et
que la faute ne procedoit que de là :
comme il se peut prouuer que le vi-
naigre garde de pourriture , d’autant
qu’il est froid et sec : qui sont deux
choses répugnantes à putréfaction,
ce que l’experience monstre : attendu
qu’en iceluy on garde les herbes,
fleurs, fruits, voire fort humides,
comme concombre, pourpié, et autres
choses, sans qu’elles se pourrissent.
le puis dire auoir vn corps en ma
maison, lequel me fut donné par le
1 Docte response de l'Autheur. — A. P.
479
Lieutenant criminel nommé Seguier,
seigneur de la Verriere, après auoir
esté exécuté par iuslice, il y a vingt-
sept ans passés *, que i’anatomisay : et
leuay presque tous les muscles du
corps de la partie dexlre ( à fin que
lors que ie veux faire quelques inci-
sions à quelque malade, voyant les
parties de recente mémoire , ie sois
plus asseuré en mes œuures) la partie
senestre laissée en son entier : pour
lequel mieux conseruer, ie le piquay
d’vn poinçon en, plusieurs endroits,
à fin que la liqueur penelrast au pro-
fond des muscles et autres parties : et
voit -on encore à présent les poul-
inons entiers, cœur, diaphragme,
mediaslin, estomach, râtelle, reins,
semblablement le poil de la barbe, et
d’autres parties, voire les ongles, les-
quels i’ay apperceu euidemment re-
croislre, après les auoir par diuerses
fois coupés.
CHAPITRE VI.
Par ce recueil on peut voir que les
anciens estoient fort curieux d’em-
baumer leurs corps, mais non pas à
l’intention qu’ils seruissent à manger
et à boire aux viuans, comme on les
a fait seruir iusques à présent : car
iamais ne pensèrent à telle vanité et
abomination , mais bien , ou pour
l’opinion qu’ils auoient de la résurrec-
tion vniuerselle , ou pour vne mé-
moire de leurs parens et amis décé-
dés. Cela est confirmé par André
Theuet en sa Cosmographie, où il dit
auoir esté en Egypte en des cauernes
1 Il faut se rappeler que ceci a été écrit
en 1682.
DISCOVRS
480
longues d’ vn Irait d’arc, et de largeur
assez grande, dans lesquelles il y a
des tombeaux où anciennement es-
toient posés les corps morts embau-
més, où il faut porter du feu à raison
de l’obscurité , et des bestes vene-
neuses qui y habitent. Il y a (dit il)
des corps passé deux mil ans enclos
en des tombeaux de pierre, fermés et
cimentés. le laisse à penser quelle
bonne viande on feroit d’en boire ou
manger à présent '.
Ou dit que la Mumie dont on a vsé
iusques auiourdliuy, est venue de
là : à raison d’vn mastin Médecin
Iuif qui, par vne brutalité; auoit es-
1 Ce paragraphe se lisait déjà au chap. 6
du livre des Contusions de l’édition de 1579,
mais avec un peu plus de développement.
Ainsi, au lieu des deux dernières phrases,
on y lisait :
«La vraye mommie, dit-il, se tire des
tombeaux bien fermez et cimentez de toutes
parts, et tellement embaumez, que le mesme
linge qu’on leur donna lorsqu’ils furent en-
terrez, se trouue encore tout entier, et les
corps pareillement, tellement qu’on diroit
qu’il 11’y a pas quatre iours qu’on les a mis
dedans. Toutefois il y a tel corps qui y est
passé de deux mil ans : les corps ou parties
d’iceux sont apportez à Venise, deSirie et
Egypte, et de Venise espandus dans toute
la Chreslienté.
« Or sont ces corps embaumez de diuerses
drogues, selon la diuersité de leur estât et
condition. Ceux des nobles sont embaumez
de myrrhe , d’aloës et safran , et autres dro-
gues aromatiques et de grand prix. Ceux des
pauures sont farcis simplement d’aspbalte,
ou pisalphaltc, à raison que leur pauureté
ne peut porter la dcspence des choses aro-
matiques plus précieuses. De ceste derniere
espece, d ici Matheolle.est toute la mommye
qui nous est aportee par deçà. Considérant
que les nobles, riches, et anciennes mai-
sons, etc. »
On retrouvera la suite de ce raisonnement
dans le paragraphe suivant du texte actuel.
crit que ceste chair, ainsi confite et
embaumée, seruoit grandement à la
curalion de plusieurs maladies, et
principalement aux cheutes et coups
orbes et meurtrisseures, pour garder
que le sang ne caillebottast et conge-
last dedans le corps : qui a esté cause
que J’on les tiroit furtiuement, ou par
argent, hors des tombeaux. Ce qui
semble chose fabuleuse , parce que
les nobles, riches , et anciennes mai-
sons n’eussent iamais enduré, pour
rien du monde, que les sepulchres de
leurs parens et amis, desquels ils es-
toient tant curieux, fussent ouueris,
et les corps emportés hors de leurs
pays, pour estre mangés des Ch res-
liens: et disent qu’ils ne sont dignes
de manger de leurs corps. Et s’il est
aduenu que l’on en ait transporté,
c’a esté de la populace, qui ont esté
embaumés de la seule poix asphalte,
ou pisasphalle, dequoy on poisse les
nauires.
Autres disent que Mumie n’est autre
chose qu’vne simple chair humaine,
prise des corps morts trouués dans
les sables et arenes qui sont és déserts
d'Arabie, où l’on dit que lesdites
arenes s’esleuent si haut par la vio-
lence des vents, que souuent elles
couurent et estouffent les passans :
d’où vient que les corps morts re-
seichés tant par la chaleur et aridité
des arenes, que par le soufflement
des vents, se donnent et seruent en
vsage medecinale pour Mumie. Mat-
theole , suiuanl la plus commune
opinion, dit que Momie n'est autre
chose qu’vne liqueur reseichée, sor-
tant des corps humains aromatisés et
embaumés ‘.
1 Ce paragraphe se lisait au chap. 6 de l’é-
dition de 1579 ; mais alors il venait après le
suivant.
DE LA. JM V MIE.
Serapion et Auicenne n’ont conneu
autre Muinie que pisasphalte, qui est
vne sorte d’escume qui prouient de
la mer. Ladite escume , pendant
quelle nage et flotte sur l’eau, est
molle et comme liquide : mais peu
après estant portée par l’impétuosité
des vagues aux riuages, et arreslée
entre les rochers et cailloux , se de-
seiche et affermit plus dure que la
poix reseichée, comme il est discouru
par Dioscoride liure 1, chap. 81 ’.
Autres tiennent que la Mumie se
fait et façonne en nostre France : et
que l’on desrobe de nuict les corps
aux gibets, puis on les cure ostant le
cerueau et les entrailles, et les fait on
seicher au four, puis on les trempe
en poix noire : après on les vend
pour vraye et bonne Muinie, et dit-
on les auoir achetés des marchands
Portugais, et auoir esté apportés d’E-
gypte -. Mais qui voudra rechercher,
‘Ce paragraphe venait avant le précédent
dans l’édition de 1579 ; mais entre les deux
on lisait cette phrase, qui manque dans le
texte actuel :
« Belon dicl telle muinie estre seule-
ment cogneue et en vsage en Egypte et en
Grece. »
* L’édition de 1579 allait plus loin; après
avoir signalé les difficultés d’avoir des mo-
mies embaumées de substances précieuses,
elle ajoutait :
* Cequia esmeu quelquesfoisquelques vns
de nos Apoticaires, plus hardiset plus auides
de gain, à prendre de nuy t des corps au gibet :
les sallent et aromatisent de bonnes drogues,
et apres les secber au four ainsi farcis poul-
ies vendre bien chèrement, pour vraye et
bonne mommie : voila comme on nous laid
aualer indiscrètement et brutallement la
charogne puante et infecte des pendus, et
de la plus vile canaille de la populace d’E-
gypte. Comme s’il n’y auoit moyen de sauner
vn homme tombé de hault et contus, etc. »
Voyez la suite detce texte au chapitre 8.
48i
comme i’ay fait, chez les Apoticaires,
on trouuera des membres et portions
de corps morts, voire de tous entiers,
eslre embaumés de poix noire, les-
quels sentent vne odeur cadauereuse.
Neantmoins ie croy qu’ils sont aussi
bons que ceux qu’on apporte d’E-
gypte : parce que tout n’en vaut
rien *.
CHAPITRE VII.
Depuis n’agueres deuisant auec Gui
de la Fontaine, Médecin célébré du
Roy de Nauarre, sçaehant qu’il auoit
voyagé en Egypte et en la Barbarie , ie
le priay me faire participant de ce
qu’il auoit appris de la Licorne et de
la Mumie. Il me dist que c’esloient
toutes bayes ce qu’on bruyoit par
deçà de la Licorne, et que jamais n’en
auoit rien sceu descouurir. Et quant
à la Mumie, qu’estant l’an mil cinq
cens soixante quatre en la ville d’A-
lexandrie d’Egypte, il ouyt dire qu’il
y auoit vn luif qui en faisoit grand
trafic; en la maison duquel allant,
le supplia de luy vouloir monstrer les
corps mumiés. Ce qu’il fit volon-
tiers, et luy ouurit vn magazin où il
y auoit plusieurs corps entassés les
vns sur les autres. Iceluy priant de
rechef le luif de luy vouloir dire où
il auoit recouuré ces corps, et s’ils se
trouuoient , comme en auoient es-
crit les anciens, és sepulchres du
1 Les éditions de 1582 et 1585 portent plus
simplement : iecroy qu'ils sont aussi bons les
vns que les autres. Mais la phrase actuelle se
lisait alors même dans une note marginale,
et elle a été transportée dans le texte des la
première édition posthume.
III.
3i
DISCOVRS
48-2
pays : ledit Iuif, en se mocquant de
ceste imposture, se print à rire, l’as-
seurant et affermant qu’il n’y auoit
point quatre ans que tous lesdits
corps qu’il voyoit là ( en nombre de
trente ou quarante) il les preparoit
luy-mesme, et que c’estoient corps
d’esclaues , ou autres personnes. Le-
dit de la Fontaine luy demandant en-
core, de quelle nation, et s’ils n’es-
toient point morts de mauuaise ma-
ladie, comme de lepre, verolle, ou
peste : il luy respoudit qu’il ne se
soucioit point d’où ils fussent, ny de
quelle mort ils estoient morts, ou
s’ils estoient vieils ou ieunes , masles
ou femelles, pourueu qu’il en eust,
et qu’on ne les pouuoit connoistre
quand ils estoient embaumés. Encore
luy dist qu’il s’esmerueilloit grande-
ment comme les Chrestiens estoient
tant frians de manger les corps des
morts *. Ledit de la Fontaine l’impor-
tunant de luy déclarer la façon qu’il
teuoit à les embaumer, dist qu’il vui-
doit le cerueau et les entrailles, et
faisoit de grandes incisions au pro-
fond des muscles, et après les rem-
plissoit de poix Iudée, appellée as-
phaltile, et prenoit des vieux linges
trempés en ladite liqueur, et les po-
soit dans lesdites incisions, après ban-
doit chacune partie séparément : et
eslans ainsi bandés, enueloppoit tout
le corps d’vn drap trempé sembla-
blement en ladite liqueur : lesquels
ainsi accoustrés , les mettoit en cer-
tains lieux, où il les laissoit pour
confire deux ou trois mois. Finale-
ment ledit de la Fontaine disant que
les Chrestiens estoient doncques bien
trompés de croire que les corps mu-
1 Le Iuif se mocque des Chrestiens, qui
sont si frians de manger de la chair des corps
morts. — A. P.
miés fussent tirés des sepulchres an-
ciens des Iuifs : le Iuif lui fit res-
ponse *, qu’il estoit impossible que
l’Egypte eust peu fournir de tant de
milliers de corps qui ont esté enle-
ués, depuis que ceste ceremonie a
esté. Car de dire auiourd’huy qu’elle
s’obserue, cela est faux : d’autant
que ceste région est seulement ha-
bitée des Turcs, des Iuifs et des Chres-
tiens, qui ne sont couslumiers d’vser
de telle ceremonie d’embaumement,
comme du temps que les Roys d’E-
gypte y commandoient.
. CHAPITRE VIII.
Or par ce discours du Iuif, on voit
comme on nous fait aualler indiscrè-
tement et brutalement la charogne
puante et infecte des pendus, ou de
la plus vile canaille de la populace
d’Egypte, ou de verolés, ou pesti-
férés , ou ladres : comme s’il n’y
auoit moyen de sauuer vn homme
tombé de haut, contus et meurtri,
sinon en luy insérant et comme en-
tant vnautrehomme dedans le corps:
et s’il n’y auoit autre moyen de re-
couurer santé, sinon que par vne
plus que brutale inhumanité. Et si
en ce remede y auoit quelque effica-
ce, véritablement il y auroit quelque
pretexte d’excuse. Mais le fait est tel
de ceste meschante drogue, que non
seulement elle ne profile de rien aux
malades, comme i’ay plusieurs fois
veu par expérience à ceux ausquels on
en auoit fait prendre, ains leur cause
1 Response du Iuif digne d’eslre bien notée.
— A. P.
DE LA MVMIE.
grande douleur à l’estomach, auec
puanteur de bouche, grand vomisse-
ment, qui est plnstost cause d’esmou-
uoir le sang, et le faire d’auantage
sortir hors de ses vaisseaux, que de
l’arrester. Les pescheurs vsent d’ap-
pasts puants pour allicher les pois-
sons : à ceste cause ils vsent de Mu-
mie, parce qu’elle est fort puante.
Theuet dit l’auoir expérimenté en soy-
mesme, en ayant quelquesfois pris en
Egypte, à la suscitation d’vn nommé
Idere Iuif. A ceste cause ie proteste
deiamais n’en ordonner , ny permet-
tre à aucun en prendre, s’il m’est
possible *.
Quoy, dira quelqu’vn, que fera-on
donc pour garder que le sang ne se
coagule dedans le corps de ceux qui
seront tombés de haut en bas , ou
auront receu coups orbes , comme de
pierre ou de baston , ou de quelque
autre chose lourde et pesante : ou se
seront violentement heurtés contre
quelque chose dure, ou par vne
grande extension , comme ceux les-
quels on tire sur la gehenne , ou
pour extrêmement crier, dont quel-
que vaisseau du poulmon se peut
rompre, ou pour vn coup de harque-
buse, ou d’espée, ou autre instrument
1 On retrouve une partie du texte de ce
paragraphe dans l’édition de 1579. Voyez
ci-devant ta note 2 de la page 481 ; mais à
partir de ces mots: comme t’ay plusieurs fois
veu par expérience, Paré ajoutait :
« Et comme Theuet se dict auoir expéri-
menté en soy mesme , en ayant quelquefois
pris en Egypte , d’où elle vient , à la susci-
tation d’vn médecin Iuif, mais d’auantage
luy causa plusieurs fois fâcheries et acci-
dents, comme douleur et deuoyement d’es-
tomach, vomissement et puanteur de bou-
che : pour ces raisons non seulement ie n’en
ay voulu ordonner, mais ainsi ie conseille,
bien de n’en prendre aucunement. »
483
semblable : et pour le dire en vn mot,
toutes choses qui peuuent inciser ,
confondre et meurtrir, casser, esca-
cher et rompre, non seulement les
parties molles , mais aussi les os , et
faire sortir le sang hors des veines et
arteres, qui à cause de ce sont pressées,
exprimées , rompues et dilacerées ,
dont le sang tombe dedans les parties
intérieures du corps, et soutient est
ietté non seulement par les playes ,
mais par la verge , siégé , et par la
bouche ? Ce que i’ay veu plusieurs
fois : mesmes les parties extérieures
en sont pareillement contusées et
blessées auec playes, et souuent sans
playe , de sorte que le cuir demeure
tout entier, mais le sang est respandu
par la chair des muscles , et entre
cuir et chair seulement : dont la par-
tie est rendue liuide et noire, laquelle
disposition est nommée des anciens
Grecs Ecchymosis. En quoy l’on ob-
serue entre autres choses, que si
quelqu’vn est tombé de haut, ou
frappé de coup orbe, et qu’il saigne
par le nez, bouche et oreilles, cela
véritablement demonstre qu’il y a
quelque veine ou artere rompue et
ouuerte dedans la teste, et souuent
aduient que le malade meurt. Les si-
gnes de mort sont vomissemens , dé-
faillance de cœur , perdition de pa-
role, déliré ou resuerie, sueur froide,
vrine retenue, et les eicctions sortent
hors , ou sont retenues inuolontai-
rement.
En tout cecy faut suiure la doc-
trine des anciens, comme Hippocrates
en la seconde section des Fractures,
qui dit, qu’en toutes grandes contu-
sions il faut saigner ou purger, ou
faire les deux ensemble , à fin de re-
tirer le sang qu’il ne flue aux parties
intérieures, et pour l’euacuer quand
il y a plénitude. Pareillement Galien
DISCOVRS
48 i
sur la sentence 62. de la troisième
section du liure des Articles , que si
quelqu’vn est tombé de haut , en-
core qu’il n’eust assez de sang, si est-
ce qu’il iuy en faut tirer. Parquoy le
chirurgien ne faudra à tirer du sang,
selon la grandeur du mal, et pléni-
tude et force du malade.
Ce que ayant fait , on luy donnera
à boire de l’oxycrat , par le comman-
dement du mesme Galien liure 5. de
la Méthode , cbap. 5, qui a faculté de
refrigerer et restraindre et inciser les
trombus et caillots de sang, et garde
qu’il ne se coagule dedans les parties
tant intérieures qu'exterieures. Tou-
tesfois il ne faut donner àboireàceux
qui ont vlceres aux poulinons et qui
ont l’estomach plein de viandes ‘. Au
lieu de 1 oxycrat, on fera prendre au
malade de la rheubarbe, qui est ainsi
:Ce paragraphe se retrouvait aussi, mais
avec quelques modifications, dans l’édition
de 1679; ainsi à la suite du texte rapporté
dans la note précédente , on lisait :
« Mais au lieu d’icelle , faut vser des cho-
ses susdites (susdites au livre des contusions),
et donner à boire de l’oxycrat, qui a faculté
de refrigerer, restreindre et inciser. La ré-
frigération despend de l’eau, et pour ceste
cause, Gai. au liu. 6. de la melh. chap. 6,
l’ordonne à boire et à appliquer par dehors.
L’astriction et incision procédé du vinaigre,
lequel mesme sert de véhiculé à l’eau,
pour la faire pénétrer, et par sa tenuité et
faculté incisiue, discute et dissipe les trom-
bus de sang, et garde qu’il ne se coagule de-
dans les parties intérieures et extérieures du
corps. Toutesfois il faut noter qu’y ne faut
donner à boire ledit oxycrat à ceux qui ont
vlcere aux poulmons, et à ceux qui ont l’es-
tomach remply de viandes (ce que i’ay fait
plusieurs fois auec vne bonne et heureuse
issue), o
Cette dernière parenthèse n’est pas bien
logiquement placée; mais tel est le texte.
Du reste, là flnillc chapitre de 1579.
ordonnée par Rhasis et Mesué, comme
s’ensuit :
7f. Rheubarbari elccti puluerisati 3. j.
Aquæ rubiæ maioris et plantaginis ana
3 • j-
Theriacæ 3. G .
Syrupi de rosis siccis § . G .
Fiat potus.
Lequel sera donné tout aussi tost
que le malade sera tombé , et sera
réitéré par trois matins, s’il est neces-
saire. Autres l’ordonnent en ceste fa-
çon :
24. Radicum gentianæ § . iij.
Rulliant in oxycrato, in quo dissolulio rheu-
barbari^clecti 3. j. Fiat potio.
D’auantage l’eau de noix vertes ti-
rée par l’alambic est aussi fort louée,
donnée à boire la quantité d’vne ou
deux onces, qui a grandissime vertu
de dissoudre le sang caillé tombé
dedans le corps, ce que i’ay dit cy
dessus. Qu’à la mienne volonté, les
Apoticaires fussent autant curieux
d’en estre fournis, comme ils ont esté
et sont encore d’auoir de la Mumie,
et qu’ils la vendissent au quadruple ,
ce seroit le mieux pour les malades.
Et i’espere qu’aprés auoir entendu
par cest escrit la bonne drogue que
c’est que la Mumie, ils n’en vou-
droient tenir à leurs boutiques, ny
la plus vendre qu’aux pescheurs pour
prendre les poissons.
Mais pour retourner à noslre pro-
pos, après auoir baillé au malade les
potions susdites, il le faut enuelopper
dedans la peau d’vn mouton ou d’vn
veau fraîchement escorché, sur la-
quelle sera aspergé et espandu de la
poudre de myrlhe : puis le poser de-
dans vn lit chaudement, où il sera
bien couuert , et suera tout à son
DE LA MVMIE.
aise, sans toulesfois dormir de quatre
ou de cinq heures , à fin que le sang
ne se relire au dedans du corps : et
le lendemain on luy ostera la peau ,
et sera oint de ce Uniment, lequel a
puissance de seder la douleur et ré-
soudre le sang meurtri.
7f. Vnguenti de alth. g . vj.
Olei lumbricorum , camomillæ et ane-
thi ana § . ij.
Terebenthinæ Venetæ g . iij.
Farinæ fœnugræci.et rosarum rubrarum,
myrtillorum puluerisatorum ana g.j.
Fiat linimentum.
Et si c’est quelque homme qui ne
puisse auoir telles commodités , il le
faut mettre dedans du tien : mais
premièrement dessus vn peu de foin,
ou paille blanche , puis l’enuelopper
en vn drap, et le couurir dudit lien
iusques à la gorge, et l’y faire tenir
tant qu’il ait bien sué.
D'auantage faut que les malades
tiennent bon régime de viure, et ne
boire vin de sept iours, ains seule-
ment de l’hydromel , ou oxymel,ou
hypocras d’eau. Et si le mal est
grand, de sorte que le malade fust
tant meurtri qu’il ne peusl remuer
les membres, on luy donnera vne
potion sudorifique, et le baignera-on
en eau où on aura fait bouillir her-
bes neruales , et principalement les
semences que l’on trouue sous le
foin , qui ont grande vertu de dissou-
dre le sang meurtri, tant des parties
intérieures qu’exterieures. Toutes-
fois s’il y auoit fiéure, ne le faudroit
mettre au bain , et serois d’aduis
qu’on appellast vn docte médecin.
Or après auoir discouru sommaire-
ment des remedes pour garder que
le sang ne se congele, caillebolte et
pourrisse dedans les parties inte-
485
Heures du corps , nous traiterons à
présent des contusions et meurtris-
seures qui se font aux parties exté-
rieures, quelquesfois auec playe, au-
tresfois sans playe , en sorte que le
cuir demeure tout entier, mais le
sang est respandu par les muscles et
entre cuir et chair seulement : la-
quelle indisposition a esté nommée
des anciens Ecchymose.
CHAPITRE IX.
Il faut diuersifier les remedes se-
lon les parties blessées. Au commen-
cement on doit vser de remedes
froids et astringens, à fin que le sang
ne tombe sur les parties offensées, et
resserrer les veines et a itérés pour em-
pescher la fluxion, comme cestuy-cy.
Prenez onguent de bolo: blanc d'oeuf, huile
rosat et de myrlhe, poudre de mastic,
alun cuit.
Autre que i’ay en vsage ordinairement.
if. Alburnina ouor. numéro tria.
Olei myrlill. et rosarum ana g.j.
Nucum cupressi , et gallarum puluerisa-
tarum, aluminis vsti ana g. ij.
Incorporentur simul , addendo aceti parurn.
Fiat vnguentum.
Après auoir vsé suffisamment de
repercussifs , on vsera de fomenta-
tions, emplastres et cataplasmes ré-
solutifs.
Exemple.
Prenez de la boue de vache, lie de vin , son
de froment, térébenthine commune,
beurre frais : et soit fait calaplasme , y
adioustant de l’eau de vie et vn peu
de vinaigre.
DISCOVRS
480
Ce cataplasme est propre à résou-
dre quelque grande meurtrisseure
sur les bras et iambes des pauures
gens.
Aux riches on vsera de ces emplas-
tres, qui ont esté de long temps or-
données pour les Roys, Princes, et
grands Seigneurs allans à la chasse.
Lors qu’ils tomboient de cheual, ou
se beurtoient , les chirurgiens appli-
quoient cest emplastre au commen-
cement *.
2f. Boli armeni, terræ sigillatæ ana §.j. G.
Rosarum rubrarum, myrtill. ana 3. vj.
Nucis cupressi 3. ij.
Omnium sandalorum ana 5. j.
Nucis moscatæ3. fi.
Mastichis, styracis calamitæ ana3.j. 6.
Ceræ nouæ § . vj.
Picis naualis g . ij.
Terebenlhinæ Venetæ, quantum sufficit.
Fiat emplastrum.
Et quand il estoit besoin de résou-
dre d’auantage , on vsoit de ces-
tuy-cy.
2£. Styracis calamitæ, labdani, benjoin,
ana 3. iij.
Mastichis, ireos Florentiæ, baccarum
lauri , cinamomi, cariophylli, calami
aromatici ana 3. j.
Ligni aloës, florum camomillæ, lauan-
dulæ, nucis moscatæ, ana 5. G.
Moschi 3. j.
Ceræ nouæ § . vj.
Resinæ § . ij.
Terebenthinæ Yenetæ g.iij.
Olei rosarum quantum suflicit.
Fiat emplastrum.
1 La première édition avertit en marge
que ces formules se retrouvent auparavant
au chap. 4 du livre des contusions. La re-
marque est juste; mais toutes les éditions
ayant conservé ce double emploi, je n’ai pas
cru devoir en rien retrancher.
S’il aduient qu’on soit blessé au vi-
sage , et que l’on ait les yeux (comme
l’on dit) pochés au beurre noir, faut
subit prendre vn mouchoir trempé en
eau froide et vinaigre , et en bassiner
la partie. Ce pendant on aura blancs
d’œufs battus en eau rose, pour les
appliquer dedans et autour des yeux,
et parties proches. Et subit que tel
remede sera sec, on y en remettra
d’autre : et après, du sang de pigeon
ou d’autre volaille, qui ont faculté
de seder la douleur, et résoudre le
sang meurtri des yeux.
Aussi on fera vne fomentation de
sauge, thim, rosmarin. marjolaine,
bouillies en eau et vin. D’auantage
on peut prendre de l’aluyne hachée,
et posée sur vne pelle chaude, et
l’appliquer dessus entre deux linges.
La farine de feues cuitte en oxymel
y est aussi bien propre. Quant aux
emplastres de diachylon ireatum , de
melüolo oxycroccum, elles sont pa-
reillement resoluliues : mais sur tous
autres remedes (pourueu qu'il n’y
ait ny douleur ny chaleur) la racine
de sigillum beatœ Mariæ appliquée
par rouelles, ou ratissée, discute et
resoult le sang meurtri , comme chose
miraculeuse.
Que si l’on s’estoit heurté des
doigts contre quelque chose dure, ou
receu quelque coup, ou pressé, ou
escaché les ongles, qui sont en dan-
ger de tomber, ou marqués de noir-
ceur à raison du sang qui est tlué
dessous : cela aduenant, tout subit
on prendra vn linge trempé en vi-
naigre froid, et estraindra le doigt
blessé de l’autre main, le plus fort
que l’on le pourra endurer, à tin de
reprimer la fluxion : et pour seder la
douleur, on mettra dessus vn cata-
plasme fait de fueilles d’ozeille cuit-
tes sous les cendres chaudes, puis
DE LA MVM1E.
pilées auec onguent rosat ou beurre
frais. Et pour résoudre le sang ja de-
flué, on y appliquera cataplasmes
faits de crottes de chéures, incorporé
auec poudre de soulpbre, et vn peu
d’eau de vie. La cure sera parache-
uée selon que l’on verra estre de be-
soin. D’auantage si par vne grande
contusion et meurtrisseure suruient
quelquesfois gangrené et mortifica-
tion, qui se connoist quand la partie
dénient fort liuide et noire, iusques
à sembler que sa chaleur est presque
suffoquée et estainte pour la grande
concrétion du sang deflué en la partie,
qui empescbe que les esprits ne peu-
uent paruenir pour l’entretenir en
son estre : alors il faut vser de scari-
fications superficielles ou profondes,
et appliquer des ventouses, pour
faire attraction et vacuation du sang
espandu hors des veines : et s’il n’y
auoit totale mortification , conuien-
droit faire amputation de ce qui se-
roit rnort.
Si quelqu’vn a sauté et tombé sur
le talon de haut, à plomb sur quelque
chose dure, et par la contusion le
sang sort hors de ses veines, dont il
suruint grande douleur, puis tu-
meur, et après il se noircist , et se
fige, puis se pourrit. La douleur vient
pour la contusion qui s’est faite à l’a-
poneurose du gros tendon composé
des trois, muscles du pommeau de la
iambe, qui s’implante sous le talon,
et sus toute la solle du pied , et des
nerfs qui sont en ces parties là : à
quelques-vns leur suruient fiéure,
spasme et autres cruels accidens :
ce que ie certifie auoir veu aduenir.
Partant il y faut obuier tant que
possible sera, en faisant la saignée
au bras du costé malade : puis faire
vacuation du sang meurtri, à sça-
uoir en coupant la peau de dessous le
487
talon pour luy donner transpiration,
de peur qu’il ne se pourrisse, et qu’il
ne face aposteme et gangrené. Et si
la peau esloitdure, comme elle est
ordinairement , il est besoin, aupara-
uant que la couper, faire des fomen-
tations d’eau chaude et huile assez
longuement : puis y appliquer dessus
du cerat et autres remedes : la mus-
cosité des limaçons, auec poudre d’en-
cens, aloës et myrrhe, seichent à mer-
ueille le sang meurtri : faisant le
bandage comme l’on a accoustumé
aux fractures, commençant sur le ta-
lon, à fin de chasser le sang loing
de la contusion , et situant le pied
plus haut que le reste du corps : et
les guarissent en soixante iours , s’ils
se tiennent en repos sans nullement
marcher. Hippocrates dit que si l’os
du talon vient carieux, la maladie
dure vn siecle, c’est à dire de la
vie de l’homme : et que le ma-
lade ne doit boire vin , ains en lieu
d’iceluy , de l’hydromel , et non oxy-
mel : car lors que les nerfs sont offen-
sés, le vinaigre leur est du tout con-
traire L Pareillement pour quelque
coup orbe , ou s’entorser pour quel-
que mesmarcheure ou entorsure, que
les os peuuent sortir de leurs places,
et se rompre , fendre et esclatter , et
enfoncent quelquesfois iusques à la
moelle : et selon les différences faut
diuersifier la cure. Et sommairement
pour ce faire, faut tenir, pousser, es-
leuer, situer , bander et lier la par-
tie, et la tenir en repos : toutes les-
quelles choses trouueras amplement
escrites en l’onzième , quatorzième
et quinziéme liures de mes OEuures 2.
1 Hippocrates, auliure des Articles. — A. P.
2 Ce sont les livres des Contusions,' des Ban-
dages, et des Fractures , les 10e, 12e et 13e de
l’édition actuelle.
mscovRs
488
Le douzième iour de mars 1582 , vu
Genliiliomme de la suitte de Mon-
sieur le Mareschal de Biron, nommé
Bernault de l’Estelle, seigneur dudit
lieu , ioüantà l’escrime au logis dudit
Mareschal, eut vne playe contuse
dans l’œil senestre , trauersant de
l’autre part prés la quatrième verte
bre du col, icelle faite d’vue espée
rabbatue, au bout de laquelle yauoit
vn boulon rond et plat de grosseur
d’vn bon pouce , qui fut donné par vn
Gentilhomme du pays de Quercy ,
nommé le Baron du Bouluet. Toutes-
fois ledit coup n’auoit passé tout ou-
tre de l'autre part, ne rompu entiè-
rement le cuir , mais y estoit demeuré
vne petite tumeur liuide el noire , de
la grosseur d’vne auelaine : d’abon-
dant toute la leste et le col luy enflè-
rent , ne la pouuant tourner , pour le
sang qui estoit respandu entre les
muscles du col : aussi ledit Seigneur
ietta le sang par le nez et par la bou-
che, et fut fort eslonné dudit coup.
Et ne veux, oublier que ledit Seigneur
Baron , homme fort et puissant, ayant
blessé ledit Bernault, aussi tost qu’il
eut donné le coup, voulant retirer
l’espéc , ne le peut qu’à grande diffi-
culté, et s’efforça par deux diuer
ses fois auparauant que de la r’auoir,
à cause que les os de l’orbite de l’œil
auoient esté rompus et enfoncés au
dedans par la grande violence du
coup. Mondil Seigneur le Mareschal
m’enuoya prier d’aller en sa maison
pour penser ledit blessé : où estant
arriué, le me recommanda d’autant
bonne affection que si c’eust esté vn
de ses propres enfans. Adonc ie luy fis
promesse queie le solliciterois comme
si c’estoit sa personne. L’ayant veu ,
ie fus d’auis auec Paradis, Chirurgien
de mondit seigneur le Mareschal , et
Solin Crinel , chirurgien des bandes
Françoises (hommes bien entendus
en la Chirurgie, pour leurs grandes
et longues expériences, qui le sollici-
tèrent auec moy iusques à ce qu’il
fut du tout guari ) qu’il fust saigné de
la veine céphalique, du costé de la
blesseure : et en l’œil fut appliquédu
sang de pigeon ( qui est vn vray bau-
me des yeux) et aux parties voisines
blancs d’œufs battus en eau rose et
plantain , et sur toute la teste luy fut
faite vne embrocation d’oxyrrhodi-
num : puisluyful appliqué vn emplas-
trediachalciteos (après luy auoir osté
le poil) dissout en huile rosat et vinai-
gre, pour euiter l’inflammation des
parties intérieures du cerueau. Il luy
fut semblablement fait ouuerture à
l’endroit où le bout de l’espée n’auoit
passé outre, de laquelle en sortit
bonne quantité de sang noir et cail-
lebotté, et fu t tenue ouuerte tant que
nous vismes la teste et le col tout
desenflés : et les accidens passés, nous
luy Gsmes plusieurs autres choses
que ie laisse à cause de briefueté.
le ne veux passer sous silence que
messieurs Pigray , Coinleret , Le Fort,
Dioniau, Viard, et Nicolas Marc, et
plusieurs autres , tant Médecins que
Chirurgiens, vindrent voir penser
ceste blesseure, sans perdre la veuë ,
qui est véritablement chose admira-
ble. Il fut guari, grâces à Dieu, en
vingt-quatreiours,et ce sans que nul-
le portion d’os en fust sortie, qui est
encor plus esmerueillable. Que si
quelqu’vn demande comment cela
s’est peu faire: ie luy respondray,
que peut estre les os de l’orbite qui
auoient esté poussés au dedans , peu-
rent aussi estre réduits en leur lieu ,
retirant l’espée au dehors.
DK LA. MVMIE
CHAPITRE X.
Le septième iour de Juin mil cinq
cens quatre vingts et deux, le fils de
Malhurin le Beau, marchant bonne-
tier , demeurant rue S. Denys , à l’en-
seigne de la Couronne d’argent, aagé
de vingt-six mois , estant au milieu
de la rue, vne coche chargée de
cinq Genlils-hommes, la roue de do-
uant passa au trauers du corps dudit
enfant. Le peuple criant au cocher
qu’il arrestast ses cheuaux , les fil
reculer en arriéré, et la roue repassa
encore vne fois par dessus le corps
de l’enfant. Il fut porté en la maison
de son pere , et pensoit-on qu’il fust
mort, et tout euentré. Subit ie fus
enuoyé quérir pour penser ledit en-
fant : lequel ie reuisitay bien exacte-
ment, et pe trouuay aucune fracture
ny luxation en aucun endroit de son
corps. Tout à l'heure i’enuoye quérir
à la porte de Paris vn mouton que ie
fis escorcher : et après auoir frotté
le corps dudit enfant d’huile rosat
et de myrtille, ie l’enueloppay nud
en la peau dudit mouton tout chau-
dement : puis luy fis boire de l’oxy-
crat en lieu de Mu mie , pour garder
que le sang ne se caillebottast et fi-
geast dedans le corps. D’abondant
iedis à lamere, qu’elle le gardast
de dormir le plus qu’elle pourroit ,
pourle moinsquatreou cinq heures1,
à fin que le sang ne courust pas tant
aux parties intérieures du corps (ce
qu (die fit). En outre ie luy appliquay
des fomentations d’herbes reso’ uti-
les, et emplastres propres aux contu-
4^9
sions, pour résoudre lesang meurtri.
Trois ou quatre iours après, apper-
ceuantque ledit enfant ne se pouuoit
tenir debout , et moins cheminer , ie
fis appeler monsieur Pielre, Docteur
Regent en la Faculté de médecine,
homme d’excellent sçanoir, qui luy
ordonna quelque petite médecine,
parce qu’il auoit le ventre fort con-
stipé : et craignant que la rétention
desexc.emens ne procedast pour la
lésion de l’espineet les nerfs qui las-
chent et estraignent les excremens :
comme ainsi soit que les malades qui
ont fracture ou luxation aux vertè-
bres , souuenl laissent aller leurs ex-
cremens inuolontairemenl.aulresfois
sont retenus sans les pouuoir ielter
dehors, ce que i’ay veu plusieurs
fois : ioint aussi que par vne grande
contusion les costes se peuuent sépa-
rer desvertebi es, où elles sont ioinles :
pareillement le defaut de se souste-
nir et mai cher me faisant craindre
que ie n’eusse trouue le vice par la
veué et au toucher , sçaehant que
deux yeux voyent plus qu’vu , ie fis
semblablement appeller Iean Coin-
teret, et Iaçques Guillemeau, Chirur-
giens du Roy, autant bien entendus
en la chirurgie qu’il y en ait à Paris :
où estans arriués visitèrent ledit en-
fant, sur lequel ne trouuerenl au-
cune fracture ne luxation. Ainsi
poursuiuanl la cure iusqucsà la fin,
est du tout guari . grâces à Dit u , et
chemine comme il laisoit auparauant
qu’il fust blessé.
Et si l’on demande comment la
roué de la coche chargée de cinq
hommes puisse auoir passé au trauers
du corps de l’enfant, sans auoir
rompu les costes et verlebres : ie res-
pondray que les costes, et princi-
palement les fausses, sont cartila-
gineuses et mollasses, nommément
1 Bon adiierti.isemeiu. — A. P.
DISCOVES DE LA MVMIE.
490
aux jeunes enfans, et partant se peu-
uent grandement ployer sans estre
rompues. Ceste présente histoire pour-
ra encore seruir au ieune Chirur-
gien , pour faire le semblable, ou
mieux s’il peut, à l’endroit de telles
blessures.
Voila comme les anciens Médecins
commandent de traiter ceux qui sont
tombés de haut , ou ont esté frappés,
contus et meurtris, pour obuier que
le sang ne se coagule, ou caillebotte,
ou se pourrisse, tant aux parties
intérieures qu’exterieures : lesquels
n’ont iamais parlé, ny ordonné à man-
ger ny à boire de la Mumie , et cbair
des corps morts. Partant nous la ren-
uoyerons en Egypte , comme nous
ferons de la Licorne aux deserts inac-
cessibles.
DISCOVRS
DE LA LICORNE l.
CHAPITRE I.
INTRODVCTION DE L’AVTHEVR : DESCRIp)
TION DE LA LICORNE.
Parce que plusieurs s’estiment bien
asseurés et munis contre la peste, et
toutes sortes de poisons et venins ,
I J’ai déjà dit plus haut (voyez pages 284 et
349) que l’édition de 1579 contenait à lafindu
livre des Venins un chapitre isolé intitulé :
Discours de la Licorne, qui était comme la
première ébauche de celui-ci. On en re-
trouve en effet le texte éparpillé dans di-
vers chapitres, où j’aurai soin de le signa-
ler dans mes notes. Quant au texte actuel ,
il est presque absolument resté dans les
grandes éditions tel qu’il avait paru dans
l’édition particulière de 1582; seulement il
convient de dire que quelques chapitres ont
été empruntés au livre des Monstres de 1579,
commeje le noterai en temps et lieu. Voyez
d’ailleurs l’appendice des Monstres marins,
terrestres et volatiles , à la lin de ce volume.
II reste à ajouter un mot touchant les fi-
gures que j’ai supprimées. Elles étaient au
nombre de dix, savoir : le Camphur, Y Elé-
phant , le Rhinocéros , le combat du Rhinocé-
ros contre V Eléphant, le Taureau de la Flo-
ride, le Pirassoipi, V Eléphant de mer, le
poisson Caspilly,\e poisson Vlelif, le poisson
ayant la teste d'vn porc sanglier; dont sept
avaient été empruntées au livre des Mons-
tres de 1572 et 1579. J’ai essayé du moins de
garder les titres que Paré donnait à ces
par le moyen de la corne de Licorne
ou Monoceros, prise en poudre ou en
infusion : i’ay pensé faire chose ag-
greable et profitable au public, si
par ce discours i’examine ceste opi-
nion tant inueterée2, et toutesfois
fort incertaine.
Premièrement on entend par ce
figures, en les érigeant en titres de chapi-
tres, et pour d’autres chapitres je me suis
servi dans le même but de certaines notes
marginales. Il faut donc savoir que dans
les anciennes éditions il n’y avait pas de ti-
tres de chapitres, mais que ceux qu’on trou-
vera dans celle-ci sont bien du texte de Pa-
ré; à ce point que quand les notes margi-
nales m’ont manqué, je n’ai pas voulu y
suppléer.
2 Ce premier paragraphe est copié jus-
qu’ici textuellement du chapitre de 1579;
mais celui-ci ajoutait ce qui suit, qui s’é-
carte assez de la rédaction actuelle.
« Quoy faisant nous nous proposerons trois
principaux poincls, auccques (il faut sans
doute suppléer lesquels ) nous rapporterons
toutes noz recerches. Le premier sera de la
signification du mot de Licorne, (il faut en-
core ici suppléer le second , ) sçauoir si c’est
chose qui soit vrayement en nature, ou seu-
lement ymaginee : c’est-à-dire s’il y a quel-
que beste du nom de Licorne. La troisiesme
si la corne d’icelle peut auoirquelque vertu
et propriété contre les venins.
» Or quant au premier, le mot de Licorne
ne signifie autre chose que beste à vne
DISCOVRS
4g2
mot de Licorne, vne beste naissante
en fort lointain pays, ayant vne seule
corne au front, qui est prise comme
chose miraculeuse contre Ions ve-
nins,et fort estimée des Rois, Princes,
et grands Seigneurs , et mesme du
vulgaire. Les Grecs l’appellent Mono-
Ct-ros, et les Latins Vnicornis. Et de
pouuoir dire et asseurer à la vérité
quelle est ceste beste, il est fort diffi-
cile, mesme que aucuns doutent que
ce ne soit vne chose fausse, et con-
trouuée par le vulgaire, laquelle
auec le temps soit venue en opinion :
et que quelqu’vn en peut auoir es-
cril, soit par simplicité ou délecta-
tion . voulant emplir ses liures de
choses merueilleuses et extrauagan
tes, se souciant bien peu si elles es-
loient vrayes ou fausses. De fait , la
description de ladite Licorne porte
auec soy vne doute manifeste, veu
que les vns disent que c'est vne beste
inconneuë et estrange, et qu’elle naist
aux Indes, les autres en Æthiopie,
d’autres és terres Neufues, les autres
és deserts : dont on peut coniecturer
corne, comme si on vouloit dire vnicorne :
car mesmes les Latins ont appellé ceste sorte
de beslc vnicornis , et les Grecs Monoceros ,
conformant au mot latin et François.
■> Et quant au second , il me semble , sauf
meilleur jugement, que la Licorne est plus-
tost chose imaginée , que vraye et natu-
relle : mes raisons sont qu'il ne se trouue
auiourd’huy homme qui ayant voyagé et
reeerché curieusement tout le monde, se
vante en auoir veu. Mesmes les Romains
apres auoir su biugué toutes les nations, cu-
rieux des choses rares, s’ils eussent ouy par-
ler de ceste beste, ils en eussent bien recou-
uert et mis en leurs monnoye et médaillés ,
comme ils ont fait des Crocodiles, Elcphans,
aigles, Panthères, lions, tigres, et autres
estranges animaux. »
On retrouvera ce dernier argument re-
produit et amplifié au chap. 3.
(comme dit André Marin , Médecin
tres-docte de Venise, au bure qu’il a
fait de la fausse opinion de la Licorne ')
que ce peu de eonnoissance que l’on
en a eu iusques à présent en nostre
Europe, comme d’vne chose estrange,
a esté donnée par gens Barbares, les-
quels, comme il appert, n'ont peu
dire autre chose sinon qu’elle naist
és deserts , et qu’elle est solitaire , et
liante les lieux inaccessibles, et par-
tant que c’est vne chose qui se voit
fort rarement. Qui demonstre assez
que ces gens là n’en sçauent rien au
vray , et qu’ils n’en parlent que pat-
opinion et par oiiyr dire.
CHAPITRE II.
VARIÉTÉS D’OPINIONS TOVCHANT LA DES-
CRIPTION DE LA LICORNE.
D’auanlage les autheurs qui en
ontescritdu commencement estoient
fort peu renommés, et n’en faisoit-on
1 L’édition de 1582 portait: ( comme dit
stndré Baccy , Médecin 1res docte , en son ti-
are De lu nature de la Licorne ). Au chap. 14,
Paré dit qu’André Baccy était de Florence;
puis , dans sa Répliqué ( voyez à la fin de ce
Discours), il dit également que Marin était
de Florence, en sorte qu’il semble les pren-
dre l’un pour l’autre et en parler confusé-
ment. Il est essentiel de rétablir les faits.
André Baccy, qui n’était point de Florence,
mais de Milan , avait publié à Rome, vers
15(i0 ( la date est incertaine), un ouvrage in-
titulé : Discorso ilell’ulicorno , délia naturel
dell’alicorno , etdelle sue eccellentissime virtù.
Ce livre fut traduit en latin, disent les bi-
bliographes, par André Marin, ou Marini,
et la traduction publiée à Venise en 1 666.
Je n’ai point vu cette traduction; mais,
d’après le texte de Paré, il faut bien croire
que Marin ne s’était point contenté de Ira-
DE I.A. LlCOlUNE.
pas grand cas. Car le premier qui en
a escril (comme on peut voir en Pline
au liure 8. clia 21.) fut Ctesias, du-
quel Aristote, en son liure 8. de son
Listoire des Animaux, chapitre 28.,
parle comme d’vn autheur peu
croyable. Or louchant Ælian, il sem-
ble qu'il en doit auoir parlé à la vé-
rité, comme ne faisant profession que
de parler des animaux : et toutcsfois
l’on voit qu'il est en doute, en parlant
lousiours en ces termes : on dit, iis
disent , on entend. Et ce parce que
tous les autheurs qui en ont escrit
iusques à présent, en ont tous parlé
diuersement. De fait , que comme ils
sont differens en la description des
lieux où naist ladite Licorne , ainsi
sont ils de la forme d’icelle. Les vns
disent qu’elle ressemble à vn cheual,
les autres à vn asne, les autres à vn
cerf, les autres à vn éléphant, autres
ù vn rhinocéros , autres à vn leurier
d’attache. Bref, chacun en dit ce qu’il
en a ouy dire, ou ce qu’il luy plaist
de controuuer. Les vns en font deux
especes, d’autres trois. Il y en a qui
disent qu’eile a la corne du pied en-
tière comme celle d’vn cheual, autres
fendue comme celle d’vne chéure ,
autres comme d’vn éléphant, comme
Pline et Ælian. Or lesdils autheurs
ne discordent pas seulement pour le
regard des lieux de la naissance, ny
de la forme de ladite Licorne, mais
aussi en la description de la corne
d’icelle. Car les vns la figurent noire,
les autres de bay obscur, et qu’elle
est blanche en bas et noire en haut
Vn autre dit que vers le haut elle tire
duire le Discours de Baccy, et qu’il avait
pris à tâche de le réfuter. Quoi qu’il eu soit,
c’est sans doute pour avoir pris d'abord le
réfutateur pour l’auteur que Parc a été ainsi
obligé de changer un nom pour l’autre.
493
sur le pourpre, vn autre qu’elle est
polie, et d’autres que depuis le haut
iusques en bas elle est rayée tout à
l’entour, comme vnecoquille de lima
çon, par vn artifice tres-beau. Plus,
les vns la descriuent moins large, les
autres plus longue. Conclusion , tous
different, tant les anciens que les
modernes : mesmes ils se sont trou-
ués confus en l’experience de plu-
sieurs cornes prétendues de Licornes,
qui se trouuent és thresors des Roys
et Princes Chrestiens, en ce que les-
dites cornes ne se sont trouuées tou
tes propres à vn mesme vsage : mais
en certaines choses ils ont trouué
vray ce qu’en ont dit les anciens, et
en beaucoup d’autres, non 1
Et ce qui en fait douter d’auanlage,
ce sont les promesses excessiues et
effioyables que quelques-vns met-
tent en auant de ceste corne contre la
peste, le spasme, mal caduc, la fléure
quarte, la morsure des chiens enra-
gés, vipères, et piqueures de scor-
pions, et contre tous venins. Et pour
le faire croire aux Princes , ils disent
1 Celte argumentation était déjà traitée en
1579 de la manière suivante :
« Quand à ceux qui ont escrit de la Li-
corne, ou par ouïr dire, ou par fantaisie, à
peine s’en trouuera-il deux qui s’accor-
dent ensemble, soit en la description du
corps, soit en la description des meurs et
conditions de la beste. Pline dict les Licor-
nes auoir entièrement le corps comme vn
cheual : (c’est-à-dire , comme Cardan , de
grandeur d’vn cheual), la teste et les picdz
d’Elephant, la queue de Sanglier, et vne
corne au milieu du front, qui est de deux
couldees de long. Munster, qui comme dict
Matheole, n’a jamais veu Licornes qu’en
painture, etc. >>
Cette citation de Munster, suivie d’une
autre de Cardan et d’une troisième d’André
ïheuet.se retrouvera presque textuellement
au cbap. 4.
discovrs
qu’il n’est besoin en prendre par la
bouche, comme l’on fait de la thé-
riaque et autres alexiteres preserua-
tifs, mais qu’il suffit que ceste corne
soit tenue seulement à l’opposite du
lieu où sera le venin , et que subit le
venin se decouure. Et pour faire
croire ces miracles , ils se veulent
preualoir de quelques tesmoignages
des anciens1, que les Rois d’Indie
faisoient faire des tasses de cer-
taines cornes, où personne qu’eux
ne beuuoit, et que par ce moyen ils
s’asseuroient d’estie exempts de tou-
tes maladies incurables : et que le
iour qu’ils auoient beu dans ces tas-
ses, ils ne deuoient craindre aucun
venin, ny autres aduersités. Bref,
vne infinité d’autres promesses im-
possibles, lesquelles d’autant qu’elles
excédent toute creance humaine ,
d’autant donnent -elles occasion à
ceux qui ont quelque peu d’esprit de
tenir pour faux tout le reste qui en a
esté dit et escrit.
CHAPITRE III..
Quelques-uns pourroienl penser ,
veu la conformité de ces deux noms,
Rhinocéros et Monoceros , c’est à dire
Licorne , que ce fust tout vn. Mais si
cela estoit vray , il n’y auroit desia
plus de doute qu’il ne fust des licor-
nes : d’autant qu’il est tout certain
que leRliinocerosaesté veu plusieurs
fois aux spectacles publiques des Ro-
mains. Que si c’est vn autre animal
different , comme il est à présuppo-
ser, il sourd vne autre difficulté plus
grande. Car parray tant d’animaux
1 Philostrate, chap. 1. liu. 3. — A. P.
que l’on menoit de toutes les parties
du monde és merueilleux spectacles
de Rome, il ne se trouue point que
l’on ait iamais veu vne seule licorne.
El quand l’amphitheatre de ! iocle-
tian fut dédié, l’on y mena pareille-
ment de tous costés vn bien grand
nombre d’animaux fort estranges, et
ne lit on point qu’il se soit fait iamais
vne plus grande recherche qu’au
temps de Gordian. Car voulanttriom-
pher des Perses, et celebrer la feste
seculiere pour ceste année glorieuse,
qui estoit mil ans après l’édification
de Rome, que Philippe premier, Em-
pereur chrestien son successeur, a de-
puis encore célébré , il y fit conduire
desOurs, des Lions, des grands Cerfs,
des Rhinocéros, Taureaux sauuages,
Sangliers , Chameaux , Elephans, Ti-
gres, Ellens, Porcs-espics, Ciuettes,
Crocodiles, Cheuaux sauuages et ma-
rins, appellés Hippopotarties, et au-
tres innumerables animaux cruels et
farouches, dont la plus part se trouue
és deserts de l’Egypte, et ésisles loin-
taines : entre lesquels fut grand mer-
ueille que la Licorne ne fut point
amenée auec les autres animaux.
Quand Gordian voulut triompher des
Perses, la Licorne n’y estoit, et ne
precedoit tous les autres animaux à
cause de sa rareté, si elle se trouue,
comme l’on dit , en ces costés là : qui
me fait croire que la licorne se trouue
bien rarement. El semble, à voir ceste
variété d’opinion entre les aulheurs
qui en ont escrit, attendu aussi les
promesses excessiues et incroyables
(comme a esté dit) de Ælian et autres,
que ce soit vne chose fabuleuse.
Cest argument aussi pris des triom-
phes des Empereurs, seroit par moy
mal conduit, et ne concluroit pas, s'il
n’estoit prouué, comme ie fais après
au 7. chap. de ce traité, par l’aulho-
DE LA. LICORNE.
rite de Pausanias, que Monoceros et
Rhinocéros sont diuers animaux. Par-
quoy ce seroit alléguer faux contre
moy, qu'il y eust des licornes en ces
triomphes, pource qu’on y vit des
rhinocéros, qui sont autres animaux
que la licorne : veu que le rhinocéros
a deux cornes, l’vneau nez et l’autre
sur le dos, au dire de Pausanias : et la
licorne n’en a qu’vne, comme monstre
le nom Monoceros;
CHAPITRE IV.
Aucuns sont d’opinion que la
corne que l’on monstre pour corne
de licorne, est vne dent de Rohart,
qui est vn poisson de mer. Autres di-
sent que l’on ne peut iainais prendre
viue la licorne : d’autres dient en
auoir veu vne troupe, comme l’on
voit icy les moutons Partant ces cho-
ses considérées, le lecteur en croira
ce qu’il voudra. Et quant à moy, ie
croy que la Licorne n’a encores esté
descouuerle, ou pour le moins bien
rarement, et que ce n’est qu'vne im-
posture de vendre tant de cornes de
Licorne que l’on fait accroire, comme
l’on en peut tirer de grandes coniec-
tures de ce que ie diray cy après.
Æneas Siluius Picolomini, qui a esté
depuis Pape Pie second, en son liure
de l’Asie chap. 10. escrit de l’authorité
d’vn Nicolas Venetien, que vers la fin
d’Asie, en vne prouince nommée Mar-
cino, entre les montagnes de l’Indie
et de Cathay, il se trouue vn animal
quia la teste comme vn porc, la queue
comme vn bœuf, de couleur et gran-
deur d'vn éléphant, auec lequel il a
vne perpétuelle inimitié, portant vne
495
seule corne au front d’vne coudée
de long, laquelle est fort prisée en ces
régions là, pour estre (comme ils di-
sent) bonne contre tous venins.
Marc Paul Venetien en tesmoigne
de mesme, lequel a demeuré long
temps au seruice du grand Chain de
Tartarie, où il a fait plusieurs voya-
ges lointains en Indie : et entre les
autres choses dignes de mémoire , il
escrit qu’au royaume de Basine, où
les gens sont du tout barbares et
brutaux, la licorne se trouue, qui est
vne beste sans proportion peu moin-
dre qu’vn éléphant, ayant la leste
semblable à vn pourceau, et si pe-
sante, que tousiours la tient basse et
courbée. Elle aime à demeurer à la
fange, ayant vne seule corne au mi-
lieu du front, de couleur noire, et
longue de deux coudées.
Aloysius Cadamustus, en sa Naui-
gation , chap. 5, dit qu’en vne cer-
taine région des terres neuues l’on
trouue des licornes, que l’on prend
viues.
Louys de Berlhame, Espagnol, en
son voyage d’Ætliiopie et mer Rouge,
descrit auoir veu en la Mecque, cité
principale de l’Arabie, dedans le sé-
rail du Roy , deux licornes , l’vne
semblable à vn cheual de trente mois,
et l’autre à vn poulain d’vn an, ayant
chacune vne corne au front, i’vne de
trois brassées de long, et l’autre de
deux, ayant la couleur d’vn cheual
bay, la teste de cerf, le col court, peu
de crins , les iambes menues, l’ongle
fendu comme vne chéure.
Pline dit que la corne de licorne
est noire, solide, et non creuse par le
dedans. Solinus et certains autres au-
theurs la descriuent de couleur de
pourpre, et non noire.
Or pour le désir que i’ay toujours
eu de sçauoir la vérité touchant ce
mscovRs
4y6
que l’on pouiToit souhaiter de la
Licorne, scachant que Louis Paradis,
Chirurgien natif de Vilry en Partois ,
à présent demeurant en ceste ville de
Paris, auoit long temps voyagé, ie le
priay me dire s'il n’auoit point veu
de licornes. Il me dit qu il en auoit
veu vne en Alexandrie d’Ægypte , et
vn éléphant au logis du gouuerneur
de la ville, que le Prestre-Iean en-
uoyoit au Grand-seigneur, de gran-
deur d’vn grandleurier d’attache, non
si gresle par le corps. Son poil estoit
de couleur de Castor, fort lissé, le
col gresle, petites oreilles, vne corne
entre les deux oreilles fort lissée , de
couleur obscure, bazanée, de lon-
gueur d’vn pied de Uoy seulement,
la teste courte et seiche, le muffle
rond, quasi semblable à celuy d’vn
veau, les yeux assez grands, ayant
vn regard fort farouche , les iambes
seiches, les pieds fendus comme vne
biche , la queue ronde et courle
comme celle d'vn cerf. Elle «‘sloit
touled’vne mesme couleur, fors vn
pied de deuant,qui estoil de couleur
iaune. Son manger estoit de lentilles,
pois, féues, mais principalement des
cannes de succre. Ce fut au mois d’A-
uril mil cinq cens soixante et treize.
11 s’enquist par vn truchement de
ceu x qui auoient amené ladite licorne,
s’il y auoit beaucoup de pareils ani-
maux en ceste prouince. On lui fit
response qu’ouy, et que c’estoil vn
animal fort furieux et tres-difficile à
prendre, principalement lorsqu’il est
en rut, et que les habitans du pays le
craignent plus que nul autre animal
feroce. Ledit Paradis affirme, qu’ils
luy montreront vn fragment de corne
de licorne , qui estoit comme de cou-
leur du dedans d’vne piece de rheu-
barbe fraîchement rompue.
Albert escrit auoir veu vne corne
de licorne, et mesme maniée de sa
main propre, large en sa base d’vne
palme et demie, et en diamètre large
de dix pieds , sans aucune raye , et au
demeurant semblable à vne corne de
cerf. Et par la proportion de ceste
longueur et grosseur, si nous consi-
dérons la grandeur de la teste qui
doit produire et soustenir vne si des-
mesurée corne , et venans par là à
coniecturer quel doit estre tout le
corps , nous serons contraints de con-
fesser que cest animal doit estre aussi
grand qu’vn grand nauire, et non
comme vn éléphant. Quant à moy, ie
croy que ceste corne doit estre quel-
que corne, os , ou areste de quel-
que monstre marin merueilleusemcnt
grand.
Munster, lequel ( comme dit Mat-
thiole) n’a iamais veu de licornes
qu’en peinture, dit icelles estre sem-
blables non à vn cheual , mais à un
poulain de trois mois , ayans les pieds
non semblables à ceux d’vn elepliant,
mais fendus comme ceux d vne ebé-
ure : au reste, portant vne corne es-
leuée au front, noire, el longue de
deux ou trois coudées. Quant à la
beste, elle est de couleur d’vne be-
lette, ayant la teste comme vn cerf,
le col non pas fort long, et garni de
peudecrins, pendans seulement d’vn
costé : les iambes gresh's et minces,
les cuisses heronnieres , fort couuer-
tes de poil. Toutesfois Cardan , con-
tredisant à tous deux , dit ceste beste
porter au milieu du front vne corne
longue non de deux ou trois coudées,
mais de deux ou trois doigts seule-
ment.
André Theuet en sa Cosmographie ,
de l’aulhorité et récit d’vn Sangiac ,
Seigneur Turc, fait mention d’vne li-
corne veué par ledit Seigneur , grande
comme vn taureau de cinq ou six
DE LA LICORNE.
mois, portant vne seule corne droit
au sommet de la leste, et non au
front, ainsi que l’on dit des autres,
ayant les pieds et iambes peu diffe-
rentes des asnes de noslre Europe ,
mais le poil long . et les oreilles sem-
blables à celles d’vn rangifere *.
Garcias ab Horto, Médecin fort cé-
lébré du Viceroy d’Indie, dit qu’au
promontoire du cap de Bonne-Espc-
rance , l’on a veu vu animal terrestre,
lequel aussi se plaisoit d’estre dedans
la mer , ayant la leste et la perruque
d’vn cheual , et vne corne longue de
deux palmes, qui est mobile, laquelle
il tourne à son plaisir , tantosl à dex-
tre, tantost à senestre , en haut et en
bas. Cest animal, dit-il , combat con-
tre les elephans tres-cruellement. La
corne d’iceluy est fort recommandée
contre les venins.
Du Camphur , animal ampliil/ie.
André Theuet, en sa Cosmographie ,
dit qu’il s’en trouuevn autre en Æthio-
pie presque semblable, nommé Cam-
phur, en l’isle de Moluque, qui est
amphibie, c’est à dire viuant en l’eau
et en la terre , comme le crocodile.
Ceste beste est de grandeur d’vne bi-
che , ayant vne corne au front, mo-
bile , de longueur de trois pieds et
demy , de grosseur comme les bras
d’vn homme , plein de poil autour du
col , tirant à la couleur grisastre.
Elle a deux pattes comme celles d'vne
oye , qui luy seruent à nager , et les
autres deux pieds de deuant comme
ceux d’vn cerf ou biche : et vit de
poisson. Il y en a quelques-vnsqui se
sont persuadés que c’esloit vne espece
de Licorne, et que sa corne est fort
1 Les deux paragraphes qui précèdent se
lisaient déjà dans le chapitre de 157!). Voir
la note de la page 491.
497
riche et excellente contre les ■ve-
nins *.
Or il y a plusieurs autres animaux
marins qui n’ont qu’vne seule corne ,
et beaucoup d’autres animaux terres-
tres : car on a veu des cheuaux, ehé-
ures, et daims, pareillement des tau-
reaux, vaches, et asnes, auoir vne
seule corne. Parquoy Monoceros ou
Vnicorne est vn nom qui conuient à
tout animal qui n’a qu’vne seule
corne. Or considérant la variété des
escriuains , et des cornes qui sont tou-
tes differentes les vnes des autres ,
l’on peut croire véritablement qu’el-
les sont dediuerses bestes engendrées
en la mer et en diuorses contrées de
la terre. Et pour la renommée des
vertus qu’on attribue à la Licorne,
chacune nation se plaist à luy donner
le nom de Licorne 1 2.
CHAPITRE Y.
Idatz Aga , orateur de Soliman, at-
teste auoir veu en l’Arabie deserte
des Licornes courantes çà et là à
1 Ce paragraphe a été emprunté au livre
des Monstres de 1579, ainsi qu’une méchante
figure que j’ai supprimée. Voyez l’tppen-
dice, à la fin du volume. L’animal était
alors appelé Camphnrch; et après sa des-
cription, Paré ajoutait :
« Le roy de l’isle porte volontiers le nom
de ceste beste, comme les autres seigneurs
des plus grands apres le Roy prennent le
nom de quelque autre beste : les vns des
poissons, les autres des fruicts, comme nous
a laissé peint et descrit André Theuet en sa
Cosmographie. »
El en marge : Lin. 12. chapitre 5. tome 1.
2 Ce paragraphe manque dans l’édition
j de 15S2, et date de 1585.
ni.
32
DISCQVBS
498
grands troupeaux. Quant à moy , ie
croy que c’estoient plustostdes daims
ou chéures de ce pays-là , et non des
licornes.
Philostrate en la vie d’Apollonius
Tyaneus, chapitre 1. Hure à. dit ,
qu’aux marests voisins du fleuue
Phasis se trouuent des asnes sauua-
gcs, portons vne corne au front, auec
laquelle ils combattent furieusement
comme taureaux : de laquelle corne
les Indiens font des tasses qui garan-
tissent l’homme de toute sorte de ma-
ladie le iour qu’il y a beu , et s’il est
blessé ce iour là , il ne sent aucune
douleur. D’auantage il peut passer
par le trauers d’ vn feu sans se brusler
nullement l. Mesme il n’y a venin ny
poison beu, ou autrement pris, qui
lu y puisse nuire : et que pour ceste
cause il n’y a que les Rois quiboiuent
dans lesdiles tasses : de fait que la
chasse desdits asnes n’est permise
qu’aux Rois du pays : et dont on dit
qu’Apollonius , philosophe graue , re-
garda curieusement ceste besle sau-
u âge, et auec grande admiration con-
sidéra sa nature. Quoy voyant Damis,
luy demanda s’il croyoit ce qu’on di-
soit de la vertu desdites tasses : le le
croiray, dit-il , quand i’entendray que
le Roy de ce pays sera immortel. Res-
ponse que ie délibéré d’oresnauant
faire à tous ceux qui me demande-
ront si ie croy ce que l’on dit des ver-
tus de la corne de Licorne.
1 Croyez ce porteur. — A. P. — Cette note
ne se lit que dans l'édition de 1582.
CHAPITRE VI.
DISCORD DES AVTHEVRS TOVCHANT LE
NATVREL DE LA LICORNE.
Moindre n’est la contrariété des
autheurs touchant le naturel de la-
dite licorne. Car Pline , au lieu cy
dessus allégué, la dit estre la plus fu-
rieuse de toutes les bestes : mesmes
qu’elle hurle fort hideusement, et
que iamais on ne la prend viue. Car-
dan la dit pareillement estre fort
cruelle, comme naissant és lieux dé-
serts d’Æthiopie, en terre orde, et
entre les crapaux et bestes venimeu-
ses L
Gesnerusditque le Roy d’Æthiopie,
en l’Epistre Hébraïque qu’il a escrite
au Pontife de Rome , dit que le Lion
craint infiniment la Licorne, et que
quand il la voit, il so relire vers
quelque gros arbre, et se cache der-
rière ledit arbre. Lors la Licorne , le
voulant frapper, fiche sa corne bien
auant dans l’arbre , et demeure là
prise, et lors le Lion la tue': loutes-
foisil aduient aucunesfois autrement.
Autres au contraire la disent fort
douce, benigne, et d’vne mignotise
la plus grande du monde, pourueu
que l’on ne l'offense point. Louys de
Barthame, en ses Nauigations cy des-
sus alléguées, est de ceste opinion,
niant les Licornes estre cruelles ,
comme en ayant veu deux enuoyées
d’Æthiopie au Soudan , qui les faisoit
nourrir en la Mecque, ville de l’A-
rabie heureuse (où est le sepulchre
de Mahomet) enfermées en certains
treillis , qui n’esloient nullement fa-
1 Ce paragraphe se lisait déjà textuelle-
ment dans le chapitre de 1579.
DE LA LICORNE.
rouches. Theuet dit auoir voyagé en
ces régions là , et s’estre enquis dili-
gemment des habitans : n’auoir tou-
tesfois iamais sceu rencontrer homme
qui en eust veu, ou qui eust peu rap-
porter quelque certitude delà figure
et nature de ceste besle *.
Othodit auoir veu et manié à Rome,
au magasin du thresor des Papes,
vne corne de licorne qui estoit lui-
sante et polie comme yuoire , et qu'il
fust fort esmerueillé de la voir si pe-
tite, se prenant à rire, veu qu’elle
n’auoit à grand’peine que deux pal-
mes de longueur : on luy dist que par
1 Tout ce paragraphe est copié du chapi-
tre de 1579, où il suivait immédiatement ce-
lui auquel se rapporte la note précédente;
mais il était d’abord un peu plus étendu.
Ainsi la première phrdsc était ainsi conçue :
« Autres au contraire la disent estre fort
douce etbenigne, et d’vne mignotise la plus
grande du monde, p< uruéu que malicicuse-
iWêiït on riel'offence : car ils disent comme
ainsi soit qu’elle ne paslureén lerre, estant
la longueur de la corne qu’elle a au front,
force est qu'elle pasture és arbres fruitiers,
et és râteliers, ou en main mangeant toutes
sorles de fruicts qu’on lui offre , comme
herbes*, gerbes, pommes , poires, oranges,
Ihouzelle, et toutes sortes de legumaige,
iusqucs là qu’ils feignent icelle s’amoura-
cher des filles, prenant tel plaisir à les con-
templer, qu’elle est souuent prise par ce
moyen. »
Et à la fin du paragraphe, l’auteur ajou-
tait :
« Or ces contrarielez d’opinions me font
iuger, que tout ce qu’on dict des Licornes
est chose controuuee à plaisir par les pein-
tres et historiens : car comme le chemin qui
va droit en quelque lieu est vn, et les des-
tiurs au contraire sont plusieurs : ainsi la
sentence de vérité est tousiours vne et sem-
blable à Soy, et celle de mensonge est tous-
iours diuerse et bigarrée de contrariété et
répugnance. »
499
le trop' grand et frequent vsage de
l’auoir maniée, elle estoit dcuenue
ainsi petite.
Il y en a aussi qui est gardée par
grande singularité dans le chœur du
grand temple de Strasbourg, laquelle
est de longueur de sept pieds et de-
my, encore l’on a coupé furliuement
le bout de la pointe , laquelle sans
cela seroit encore plus longue. Elle
est par le bas de la grosseur d’vn
bras, èt va en tortillant comme vn
cierge qui est tors, et s’estend vers la
pointe en forme de pyramide, estant
de couleur noiraslre par dehors,
comme vn blanc salli pour auoir esté
manié : et par dedans elle est blanche
comme yuoire, ayant vn trou au mi-
lieu comme pour mettre lé petit
doigt, qui va tout au long.
Les cornes qui se monstrent aux
festes solennelles publiquement à Ve-
nise, au temple de sainct Marc, dif-
ferent de cestc-là en grandeur, cou-
leur, et figure, t lement qu’il n’y a
nulle conformité entre elles.
Pareillement en l’eglise de sainct
Denys en France, il y a, à ce qu’on
dit, vne corne de licorne qui en gros-
seur, longueur, et figure, se rapporte
aucunement à celle de Strasbourg.
Or si lesdites cornes ne sont de
vfayes Licornes , de quelles bestes
sont elles? dira quelqu’vn. Theuet a
opinion que telles cornes ne sont que
dents d’elephans , ainsi cernelées et
mises en œuure : Car ainsi, dit-il, les
desniaiseurs qui se trouuent en Le-
uant, vendent les rouelles des dents
de Rohart pour cornes de licornes ,
les creusent et allongent à leur aise.
El à la vérité ceste corne de licorne ,
estant bruslée, rend et respire sem-
blable odeur que Tyuoire. Et à fin
que ceste façon de contrefaire ne
semble impossible, Cardan dit que les
JMSCOVRS
5o O
dents des elephans se peuuent amol-
lir et eslendre comme les cornes de
bœuf1.
Lonys de Paradis, Chirurgien natif
de Vitry en Partois, duquel i’ay fait
mention cy deuant , dit auoir veu en
Alexandrie d’Egypte deux aiguilles,
appellées les aiguilles de César, hau-
tes et grandes à merucilles, néant-
moins chacune toute d’vne pièce : et
tient-on pour vray qu’elles sont de
pierres fondues. Hors ladite ville cn-
uiron huit cens pas, il y a vne colom-
ne, qui s’appelle la colomue de Pom-
pée, de merueilleuse grosseur et
hauteur, tellement que c’est tout ce
que peut faire le plus fort homme de
ietter vne pierre sur le sommet d’i-
celle. La grosseur est telle que cinq
hommes, ayans les bras estendus , ne
la pourroient entourer : neantmoins
on dit qu’elle est toute d’vne piece ,
et de diuerses couleurs de pierres ,
comme noire, grise, blanche, incar-
nate, et dit on qu’elle est aussi de
pierres fondues. Que si ainsi est que
de telle matière on ait peu construire
lesdites aiguilles et colomne, qui em-
peschera que l’on ne puisse contre-
faire les cornes de licornes?
1 Ce paragraphe est extrait presque tex-
tuellement du chapitre de 1579, et il finis-
sait alors par cette réflexion : mais qui a-il
sous le ciel , que l’auare curiosité des hommes
du temps présent ne contreface ? — D’un autre
côté il convient de noter qu’il y avait ici
une figure d’éléphant empruntée au livre
des Monstres de 1579, sans le texte qui l’ac-
compagnait, lequel s’était trouvé dès lors
supprimé. J’ai reproduit ce texte dans l’ap-
pendice des Monstres, à la fin de ce volume.
CHAPITRE VII.
DESCRIPTION DV RHINOCEROS.
Pausanias escrit que le Rhinocéros
a deux cornes , et non vne seule :
l’vne sur le nez, assez grande, de cou-
leur noire, et de grosseur et de lon-
gueur de celle d'vn buffle, non tou-
tesfois creuse dedans, ny tortue, mais
toute solide, et fort pesante : l’autre
luy sort en haut de l’espaule, assez
petite, mais fort aiguë. Par cela appa-
roist que ce ne peut estre la Licorne,
laquelle n’en doit auoir qu’vne,
comme teslifie son nom Monoceros.
On dit qu’il ressemble à l’elephant,
et quasi de la mesme stature, sinon
qu’il a les iambes plus courtes, et les
ongles des pieds fendus , la teste
comme un pourceau, le corps armé
d’vn cuir escaillé et tres-dur, comme
celuy du crocodile , ressemblant aux
bardes d’vn cheval guerrier.
Festus dit que quelques-vns pen-
sent que ce soit vn bœuf sauuage
d’Egypte '.
CHAPITRE VIH.
André Baccy dit qu’il y a des Méde-
cins portugais, qui ont demeuré long
temps és terres neufues pour recher-
cher les choses rares et précieuses,
lesquels afferment qu’ils n’ont ia-
mais peu descouurir de la Licorne,
sinon que les gens du pays disent
' Ici était une figure de rhinocéros em-
pruntée au livre des Monstres de 1579. Quant
au texte qui accompagnait alors cette fi-
gure, il a été reporté au chapitre suivant.
DE I A LICORNE.
5oi
que c’est seulement vne corne de
rhinocéros, et qu’elle esttenue au lieu
de licorne, et comme preseruatif con-
tre tous venins.
Toutesfois Pline escrit particulière-
ment ec son liure 8, chapitre 20, que
le rhinocéros est vne espece d’animal
cruel, different de la licorne, et dit
que du temps de Pompée le grand il
fut veu vn rhinocéros qui auoit vne
corne sur le nez. Or le rhinocéros es-
tant tnerueilleusemcnl ennemy de
Felephant, il aiguise sa corne contre
vn rocher, et se met en bataille contre
luy valeureusement, comme vn tau-
reau, et demeure vainqueur, et lue
l’elephanl1 : duquel combat Salluste
du Bartas en son 6. liure de la Sep-
maine , fait mention par ces vers :
Mais cest esprit subtil, ny cest enorme corps
Ne le peut guarantir des cauteleux efforts
Du fin Rhinocéros, qui n’enlre onc en bataille
Conduit d'aueugle rage : ainsplustost qu'il assaille
L’aduersiure Eléphant, affile comrevn roc
De son armé museau le dangereux esloc :
Puis venant au combat, ne tire à l’auenture
La rouleur de ses coups sur sa cuirasse dure :
Ains choisit, prouideut, sous le ventre vne peau,
Qui seule craint te fil de l’aiguisé Cousteau.
1 Ceci paraît emprunté au livre des Mons-
tres de 1579, à l’article du Rhinocéros. Mais
le texte primitif était plus étendu ; le voici :
« 11 y a vne chose digne d’eslre notée en
ceste beste dicte Rhinocéros, c’est qu’il a
vne perpétuelle inimitié contre l’Elephant,
et lorsqu’il veut se préparer au combat, il
esguise sa corne contre vn roc, et tasche
tousiours de prendre l’Elephant par le ven-
tre, lequel il a beaucoup plus tendre que le
dos : il est aussi long que l’Elephant, mais
toutesfois il est plus bas de iambes, et a son
pelage de couleur de bouys, piccoté en plu-
sieurs endroits. Pompee, comme escrit
Pline, cliap. 20. liu. 8., en fislvcoirle pre-
mier à Rome. »
.CHAPITRE IX.
DV TAVREAV DE LA FLORIDE.
Il so trouue és Indes plusieurs sor-
tes d’animaux ayons vne seule corne,
comme vaches et taureaux, cheuaux,
asnes, chéures, daims, monoceros :
autres ayons deux cornes, et plus. Et
pour la renommée des vertus que
l’on attribue à la licorne , il est vray-
semblable que chacune nation se
plaist à luy donner le nom de Licorne,
comme auons dit cy dessus.
Theuet tome 2, liure 23, chapitre 2,
dit qu’en la Floride se trouuent de
grands taureaux, que les saunages
appellent Bulrol , qui ont les cornes
longues seulement d’vn pied, ayans
sur le dos vne tumeur ou bosse
comme d’vn chameau, le poil long
par dessus le dos, de couleur fauue,
la queue comme celle d’vn Lion. Cest
animal est des plus farouches qu’on
sçache trouuer, à cause dequoy ia-
mais ne se laisse appriuoiser, s’il n’est
desrobé et raui petit à sa mere. Les
sauuages se seruent de leur peau
contre le froid : et sont ses cornes fort
estimées, pour la propriété qu’elles
ont contre le venin : et partant les
Barbares en gardent , à fin d’obuier
aux poisons et vermines qu’ils ren-
contrent allans par pays >.
CHAPITRE X.
DESCRIPTION DV riRASSOIPI , ESPECE
DE LICORNE D’ARABIE.
En l’Arabie prés la mer Rouge , il
se trouue vne autre beste que les
1 A cc paragraphe était jointe la figure du
002
DISCOVRS
sauuages appellent Pirassoipi, grande
comme vn mulet, et sa teste quasi
semblable, tout son corps velu en
forme d’vn ours, vn peu plus coloré,
tirant sur le fauueau, ayant les pieds
fendus comme vn cerf. Cest animal a
deux cornes à la teste fort longues ,
sans rameures, haut esleuées, qui ap-
prochent des licornes : desquelles se
seruent les sauuages lorsqu’ils sont
blessés ou mords des bestes portons
venin , les meltans dedans l’eau par
l’espace de six ou sept heures , puis
après font boire ladite eau au patient.
Etvoicy le portrait, tiré du cinquième
liure de la Cosmographie d’André Tlie-
uet ».
Les sauuages l’assomment quand
ils la peuuent attrapper, puis l’escor-
chent, et la mangent.
CHAPITRE XI.
ELEPHANT DE MER.
Hector Boetius , au liure qu’il a es-
çrit de la description d’Escosse, dit,
que l’animal duquel cy après suit
l’effigie , se nomme Eléphant de mer,
Taureau de la Floride; le tout, texte et
planche, emprunté au livre des Monstres de
1579.
1 J’ai gardé cette phrase bien que suppri-
mant la figure, parce qu’elle indique la
source où Paré l’avait puisée. Tout ce para-
graphe, avec une figure qui suivait, était
extrait du livre des Monstres de 1579; il dé-
butait alors d’une autre manière :
« Allans le long de la coste d’Arabie sur
la mer rouge, se descouure l’isle nommee
des Arabes Cademothe, en laquelle vers le
quartier qui est le long de la riuiere de
Plate , se trouue vne beste que les sauuages
appellent Pyrassoupi, etc. »
et plus gros qu’vn éléphant : lequel
habite en l’eau et en la terre, ayant
deux dents semblables à celles d’vn
éléphant , par lesquelles lors qu’il
veut prendre son sommeil , il s’atta-
che et pend aux rochers, et dort si
profondément, que les mariniers l’ap-
perceuans ont le loisir de prendre
terre, et le lier auec de grosses cordes
en plusieurs endroits. Puis meinent
vn grand bruit , et luy iettenl des
pierres pour le resueiller : et lors
tasche à se ietter comme de coustume
auec grande impétuosité en la mer.
Mais se voyant pris, se rend tellement
paisible que l'on en peut facilement
ioüyr: l’assomment, et en tirent la
graisse , puis l’escorchenl pour en
faire des courroyes , lesquelles parce
qu’elles sont fortes et ne pourrissent,
sont fort estimées 1 : et encores plus
ses dents, que par artifice ils dressent
et creusent, et les vendent pour corne
de Licorne, comme on fait celles du
Rohart et de l’Elephant.
CHAPITRE XII.
DV POISSON NOMMÉ CASPILLY.
Il se voit au goulfe d’Arabie vn
poisson nommé Caspilly, armé d’ai-
guillons, dont il en a vn au milieu
du front comme vne corne, long de
quatre pieds, fort aigu. Iceluy voyant
venir la Baleine, se cache sous les
ondes, et choisit l’endroit plus aisé à
blesser, qui est le norpbril : et la frap-
pant , il la met en telle nécessité que
le plus souuent elle meurt de telle
1 Tout ce paragraphe, jusqu’en cet en-
droit , est extrait , avec une méchante figure
qui suivait, du livre des Monstres de 1579.
DE LA LICORNE.
5o3
blessure : et se sentant touchée au
vif, commence à faire un grand bruit,
se tourmentant et battant les ondes,
escumant comme vn verrat, et va
d’vne si tres-grande fureur et roideur
se sentant prés des abboys de la mort,
qu’elle culbute et renuerse les naui-
res qu’elle rencontre, et fait tel
naufrage qu’elle les enseuelit au
profond de la mer. Ledit poisson est
merueilleusement grand et fort, et
lors que les Arabes le veulent pren-
dre, ils font comme au crocodile,
sçauoir est auec vne longue et
forte corde, au bout de laquelle ils
attachent vne piece de chair de cha-
meau , ou autre bcste : et lorsque ce
poisson apperçoit la proye, il ne faut,
à se ielter dessus et l’engloutir. Et es-
tant l’hameçon auallé, et se sentant
piqué, il y a plaisir à lui voir faire
dessaults en l’air, et dedans l’eau :
puis estant las, les Arabes le tirent à
coups de fléchés, et luy donnent tant
de coups de leuier qu’ils l’assomment :
puis le mangent, et gardent sa plus
grande corne pour en vser contre les
venins, ainsique les autres font des
cornes de Licornes.
CHAPITRE XIII.
DV POISSON NOMMÉ VLETIF , ESPECE
DE LICORNE DE MER.
André Theuet en sa Cosmographie ,
dit que courant fortune en l’Océan
és costes d'Afrique , visitant la Gui-
née et l’Anopie , il a veu le poisson cy
après représenté, ayant vne corne
sur le front en maniéré d’vnc scie,
longue de trois pieds et demy , et large
de quatre doigts , ayant ses pointes
des deux costés fort aigues. Il se com-
bat furieusement de ceste corne.
Ceux de la Guinée l’appellent en leur
iargon Vletif.
Défunt monsieur le Coq, Auditeur
en la Chambre des Comptes à Paris ,
me donna vne corne dudit poisson
qu’il gardoit en son cabinet bien chè-
rement : lequel scachant que i’estois
curieux de rechercher les choses ra-
res et monstrueuses, desira qu’elle
fust mise en mon cabinet, auec mes
autres rarités. Ladite corne est lon-
gue de trois pieds et demy, pesant
cinq liures ou enuiron, ayant cin-
quante et vne dents aiguës et lien»
chantes , longues du trauers d’vn
pouce et demy : estaus icelles dents
vingt-cinq d’vn costé, et vingt-six de
l’autre. Ceste corne en son commen-
cement est large d’vn demy pied ou
enuiron , allant tousiours en dimi-
nuant iusqu’à son extrémité , où elle
est obtuse ou mousseuse , estant
plalle , et non ronde comme les au-
tres cornes. Le dessus est de cou-
leur comme d’vne sole, et le dessous
aucunement blanc, et fort poreux.
11 s’en trouue d’autres moindres, et
plus petites, selon l’aage du poisson.
Plusieurs estiment ledit animal estre
vne licorne marine , et s’en serueùt
contre les morsures et piqueures de
bestes venimeuses , comme l’on fait
de la corne de licorne. Le populaire
l’estime estre vne langue de serpent,
qui est chose faulse.
CHAPITRE XIV.
POISSON F.ESSEMBLANT PAR LA TESTE
AV PORC SANGLIER.
Gesnerus dit qu’en la mer Oceane
nftisl vn| poisson ayant la teste d’vn
DISCOVRS
5o4
porc sanglier, lequel est de merueil-
leuse grandeur, estant couuert d’es-
cailles mises par grand ordre de Na-
ture, ayant les dents canines fort
longues , trenchantes et aiguës, sem-
blables à celles d’vn grand porc san-
glier ', lesquelles on estime estre bon-
nes contre les venins, comme la li-
corne.
Ainsi voit-on comme chacune na-
tion pense auoir la bicorne, luy don-
nant plusieurs vertus et propriétés
rares et excellentes : mais ie croy
qu'il y a plus de mensonge que de
vérité.
Or qui a esté cause de la réputa-
tion de la Licorne, c’a esté ceste pro-
priété occulte que l’on luy a attribué
de preseruer de peste et de toutes
sortes de venins. Dont quelques- vns
voyans que l’on en faisoit si grand
cas, poussés d’auarice, ont mis en
auant certains fragmens de quelques
cornes, disans et asseurans que c’es-
toit de la vraye licorne : et toulesfois
le plus soutient ce n’est autre chose
que quelques pièces d’yuoire, ou de
quelque beste marine , ou pierre fon-
due. Parlez aujourd’hui à tous les
Apoticaires de la France, il n’y a
ceîuy qui ne vous die et asseure auoir
de la licorne, et de la vraye , et quel-
quesfois en assez bonne quantité. Or
comment sepourroit faire, veu que
la plus part des escriuains disent que
le naturel de la licorne est de demeu-
rer aux deserts et és lieux inaccessi-
bles , et s’esloigner si fort des lieux
1 Ce paragraphe , jusqu’à l’endroit de la
note, est extrait du livre des Monstres de
1579, avec une méchante figure qui le sui-
vait et que j’ai relranchée. — L’animal était
alors dénommé Sutujlier Marin.
fréquentés, que c'est quasi vne chose
miraculeuse d’en trouuer quelques-
fois vne corne , qui peut auoir esté
apportée par les inondations des
eaux iusqu’aux riuages de la mer, et
ce quand l’animal est mort? Qui est
toulesfois vne chose encore dou-
teuse : car la pesanteur de la corne
la feroit plustost aller au fond. Mais
c’est tout vn , posons qu’il s’en
trouue quelquesfois vne : comment
seroit il possible que ces trompeurs
en fussent tous si bien fournis? A
cela connoist-on qu’il y a bien de
l’imposture.
Et certes n’estoit l’authorité de
l’Escriture saincte, à laquelle nous
sommes tenus d’adiouster foy, ie ne
croirois pas qu’il fust des licornes.
Mais quand i’oy Dauid au Psalme 22,
verset 22 , qui dit : Deliure moy. Sei-
gneur, de la gueule du Lion, el deliure
mon humilité des cornes des Licornes :
lors ie suis contraint de le croire. Pa-
reillement Esaïe chap. 34. parlant de
l’ire de Dieu contre ses ennemis : et
persécuteurs de sou peuple, dit : Et
les Licornes descendront auec eux, el les
Taureaux auec les puissans. Eallegue-
rois à ce propos vne infinité de passa-
ges de l’Escrilure saincte, comme le
chapitre vingt-huitième du Deulero-
nome , le trente-neuliéme chapitre
vers. 12 et 13 de lob , les Psalmes de
Dauid, 28. 77. 80. el plusieurs autres,
si ie necraignois d’atledier le lecteur.
Il faut donc croire qu’il est des licor-
nes, mais elles ne ont les vertus qu’on
leur attribue h
1 Ces derniers mois: mais elles ne ont les
vertus qu’on leur attribue , ont été ajoutés en
1586.
DE LA LICORNE.
CHAPITRE XY.
QVESTION TOVCHANT LES VERTVS PRE-
TENDVES DE LA LICORNE. RESPONSE.
Cela supposé , et qu’il se trouue
quantité de cornes de licornes, et que
chacunenait,àsçauoirsi ellesont tel-
les vertus et efficaces contre les ve-
nins et poisons qu'on leur attribue?
le dis que non. Ce que ie prouueray
par expérience, authorité, et raison >.
Et pour commencer à l’experience,
ie puis asseurer , après l’anoir es-
prouué plusieurs fois, n’auoir iamais
conneu aucun effet en la corne pré-
tendue de licorne. Plusieurs tiennent
que si l’on la fait tremper en l’eau, et
que de ceste eau on face vn cercle sur
vne table, puis que l’on mette dedans
ledit cercle vn scorpion ou araignée,
ou vn crapaut, que ces b es les m eu
rent, et que elles ne passent aucune-
ment par dessus le cercle, voire que
le crapaut se créue. le l’ay expéri-
menté, et trouuay cela eslre faux
et mensonger: car lesdils animaux
passoient et repassoient hors du cir-
cuit du cercle, et ne mouroient point.
Mesmement, ne me contentant pas
d’auoir mis vn crapaut dedans le cir-
1 Ce premier paragraphe se retrouve à
très peu près dans le chapitre de 1579. Mais
pour tout le reste du chapitre , il n’y existe
qu’en germe; alors Paré se bornait à cette
phrase :
«S’il est question de l’experience, ie puis
asseurer, apres l’auoir esprouué plusieurs
fois, n’auoir iamais trouué ni cogneu aucun
effect en la corne de Licorne. »
On peut remarquer du reste que Paré a
beaucoup emprunté à ce chapitre pour com-
poser son Épilre dédicaloire.
5o5
cuit de l’eau où la licorne auoit
trempé, par dessus lequel il passoit
etrepassoit : ie le mis tremper en vn
vaisseau plein d’eau, où la corne de
licorne auoit trempé, et le laissay en
ladite eau par l’espace de trois iotirs,
au bout desquels le crapaut estoit
aussi gaillard que lors que ie l’y mis.
Qnelqu’vn me dira, que possible la
corne n’estoit de vraye licorne. A
quoy ie responds, que celle de sainct
Denys en France, celle du Roy, que
l’on tient en grande estime, et celles
des marchans de Paris, qu’ils vendent
à grand prix, ne sont donc pas vrayes
cornes de licornes : car c’a esté de
celles-là quei’ay fait espreuue. El si
on ne me veut croire, que l’on vienne
à l’essay comme moy, et on connois-
tra la vérité contre le mensonge.
Autres tiennent que la vraye licorne
estant mise en l’eau, se prend à bouil-
lonner, faisant esleuer petites bulles
d’eau comme perles. le dis que cela
se fait aussi bien auec cornes de bœuf,
de chéures, de mouton, ou autres
animaux : auec dents d’elephant, lests
de pots, tuillcs. bois , bol armene, et
terre sigillée : et pour le dire en vn
mot, auec tous autres corps poreux.
Car l’air qui est enclos en iceux sort
par les porosités, pour donner place à
l’eau, qui cause le boüillonnemenl et
les petites bubes qu’on voit esleuer
en l’eau.
Autres disent, que si on en laisoit
aualler à vn pigeon ou poulet qui
eust pris de l’arsenic sublimé ou au-
tre venin, qu’il n’en sentiroil aucun
mal. Cela est pareillement faux,
comme l’experience en fera foy.
Autres disent, que l’eau en laquelle
aura trempé ladite corne, esteint le
feu volage, appelle herpes miliaris.
le dis que ce n’est pas la vertu de la
corne, mais la seule vertu de l’eau,
DISCOVRS
5o6
qui est froide et humide, contraire au
mal qui est chaud et sec. Ce qui se
trouuera par effet, en y appliquant
de la seule eau froide, sans autre
chose.
El pour prouuer mon dire, il y a
vne honnesle dame marchande de
cornes de licornes en ceste ville, de-
meurant sur lepont au Change, quien
a bonne quantité de grosses et de me-
nues, de ieunes et de vieilles. Elle en
tient tousiours vn assez gros morceau
attaché à vne chaîne d’argent, qui
trempe ordinairement en vneaiguiere
pleine d’eau, de laquelle elle donne
assez volontiers à tous ceux qui luy
en demandent. Or n’agueres vne pau-
ure femme luy demanda de son eau
de Licorne : aduint qu’elle l’auoit
toute distribuée , et ne voulant ren-
uoyer ceste pauure femme, laquelle
à iointes mains la prioit de luy en
donner pour esteindre le feu volage
qu’auoit vn sien petit enfant, qui oc-
cupoit tout son visage : en lieu de
l’eau de licorne, ellé luy donna de
l’eau de riuiere en laquelle nullement
n’auoittrempé la corne de licorne. Et
neantmoins, ladite eau de riuiere ne
laissapas de guarirlemal de l’enfant.
Quoy voyant ceste pauure femme, dix
ou douze iours après, vint remercier
madame la marchande de son eau
de licorne, luy disant que son enfant
estoit du tout guari ».
Ainsi voila comme l’eau de riuiere
fut aussi bonne que l’eau de sa licorne :
neantmoins que elle vend ladite corne
prétendue de licorne beaucoup plus
chere que l’or, comme on peut voir
par la supputation. Car à vendre le
1 Histoire gentille et bien à propos. — A. P.
grain d’or fin onze deniers pile, la li-
ure ne vaut que sept vingts huit es-
cus sol : et Ialiure de corne de licorne
contenant seize onces, contient neuf
mil deux cents seize grains : et la li-
ure à dix sols le grain, la somme se
monteà quatre vingt douze mil cent
soixante sols, qui sont quatre mil six
cens huit liures, et en escus, mil cinq
cens trente six escus sol. Et mesemble
qu’à ce prix la bonne femme ne vend
pas moins sa licorne, que fist vn cer-
tain marchand Tudesque, lequel en
vendit vne piece au Pape Iules troi-
sième, douze milescus.commerecile
André Baccy, Médecin de Florence,
en son liure delà Naturede la licorne.
Mais laissans ces bons marchands,
reuenons à l’expericnce.
On dit d’auantage que la corne de
Licorne sue en presence du venin.
Mais il est impossible, parce que c’est
vn effet procédant de la vertu expul-
trice. Or ladite corne est priuée de
telle vertu : et si on l’a veu suer, cela
a esté par accident , veu que toutes
choses polies, comme le verre, les mi-
roirs , le marbre , pour quelque peu
d’humidité qu’ils reçoiuent, mesmes
de l’air excessiuement froid et humide,
ou chaud et humide, apparoissent
suer : mais ce n’est vraye sueur, car
la sueur est vn effet d’vne chose vi-
uanle. Or la corne de Licorne n’est
point vne chose viuante : mais pour
estre polie et fraîche , elle reçoit vn
ternissement de l’air froid et humide,
qui la fait suer.
Autres disent que la mettant prés
le feu, elle rend vne odeur de musc :
aussi que l’eau où elle aura trempé
deuiendra laicteuse et blanchastre.
Telles choses ne se voyeut point ,
comme l’experience le monstre.
DE LA LICORNE.
CHAPITRE XVI.
PREWE FAITE FAR AVTHOP.ITÉ.
Quant à l’authorilé, il so trouuera
la plus part des doctes, gens de bien,
et expérimentés Médecins, qui asseu-
reront ceste corne n’auoir aucune
des vertus qu'on luy attribue *.
S’il faut commencer aux anciens, il
est certain qu’Hippocrates, ny Galien,
qui toutesfois se sont seruis de la
corne de cerf et de l’iuoire, n’ont ia-
mais parlé de ceste corne de licorne 1 2:
ny mesme Aristote, lequel toutesfois
au chap. 2. du liu. 3. des Parties des
animaux, pariant de ceux qui n’ont
qu'vne corne, fait mention de i’asne
Indien, et d’vn autre nommé Oryx,
sans faire aucune mention de la li-
corne : combien qu’il parle en ce lieu
des choses de moindre conséquence.
Or s’il faut venir aux modernes,
Cbristofle l’André , Docteur en Méde-
cine, en son opuscule de VOeeoialrie ,
escrit ce qui s’ensuit. « Aucuns Méde-
cins font vn grand cas de la corne
d’vne beste nommée Monoceros , que
nous appelions vulgairement la Li-
corne , et disent qu’elle guaranlit
de venin , tant prise par dedans,
qu’appliquée par dehors. Ils l’or-
donnent contre le poison , contre la
peste, voire desia creée au corps de
l’homme, et pour le dire en vn mot
1 Ce premier paragraphe existait déjà
dans le chapitre de 1579; mais, immédiate-
ment après , l’auteur en appelait à l’auto-
rité de Rondelet, que l’on trouvera alléguée
plus bas.
2 Cette citation d’Hippocrate et de Ga-
lien se trouve déjà dans le chapitre de 1679,
mais un peu plus loin que le paragraphe
précédent.
ils en font vn alexitere contre tous
venins. Toutesfois estant curieux de si
grandes propriétés qu’ils attribuent
à ladite corne, ie l’ay bien voulu ex-
périmenter en plus de dix, au temps
de pestilence : mais ie n’en trouuay
aucun effet louable, et me reposerois
aussi tost sur la corne de cerf ou de
chéure, que sur celle de la Licorne.
Car elles ont vne vertu d’absterger
et mondifier : partant elles sont bon-
nes à reserrer genciues flestries et
molles. D’auantage, lesdites cornes
estans bruslées et données en breu
uage, apportent merueilleux confort
à ceux qui sont tourmentés de flux
dysentériques. Les anciens ont laissé
par escrit, que la corne de cerf rédi-
gée en cendre est vne plus que crédi-
ble medecine à ceux qui crachent le
sang, et à ceux qui ont coliques, ilia-
ques passions, nommées miserere mei;
et comme chose de grande vertu, la
meslant aux collyres, pour faire sei ■
cher les larmes des yeux. «Voila ce
que ledit l’André a escrit delà corne
de licorne.
Rondelet dit , que toutes cornes en
general n’ont ny saueur, ny odeur,
si on ne les brusle : parquoy ne peu-
uent auoir aucune efficace en mede-
cine , si ce n’est pour desseicher. Et
ne suis point ignorant, dit-il, que
ceux qui tiennent telles cornes pour
leur profit, ne donnent à entendre
au peuple qu’icelles ont grandes et
inestimables vertus , par antipathie,
de chasser les serpens et les vers,
et de résister aux venins. Mais ie
croy , dit-il , touchant cela , que la
corne de licorne n’a point plus grande
efficace , ny force plus asseurée , que
la corne de cerf, ou que l’iuoire :
qui est cause que fort volontiers, en
mesmes maladies , i’ordonne la dent
d’elephant aux pauures, et aux ri-
DISCOVRS
4
5o8
ches celle de licorne , parce qu'ils la
désirent, s’en proposans heureux
succès. Voila l’aduis de Rondelet . le-
quel indifféremment en pratiquant
pour mesmes effets, eu lieu de la ii
corne ordonnoit non seulement la
corne de cerf ou dent d’elephant, mais
aussi d’autres os ■.
le mesuisenquis de monsieur Du-
re!, pour la grande asseurance que
i’auois de son haut et tant célébré
sçauoir, quelle opinion il auoil de la
corne de licorne : il me respondit,
qu’il ne pensoit icelle auoir aucune
vertu contre les venins , ce qu’il me
confirma par bonne, ample et val-
lable raison : et mesme me dit qu’il
ne douloit de le publier en son audi-
toire, qui est vn lheatre d’vne infi-
nité de gens doctes , qui s'y assem-
blent ordinairement pour l’oüyr1 2.
le veux bien encore aduertir le lec-
teur, quelle opinion auoit de ceste
corne de licorne feu Monsieur Chap-
peiain, premier Médecin du Roy Char-
les IX, lequel en son viuant estoit
grandement estimé entre les gens
1 Tout ce paragraphe est repris du chapi-
tre de 1679, et, au lieu de ces mots qui le
terminent : mais aussi d'auires es, on y lisait:
mais aussi les os des cheuaux et des chiens, et
des mirabolans.
2 On lisait également ce paragraphe dans
l’édition de 1679, mais un peu plus étendu.
Ainsi, au texte actuel, l’auteur ajoutait,
parlant toujours de Duret :
«...Que si quelquefois il ordonnoit de
ceste corne, que ce n’estoit seulement que
pour les débilitations de cueur qui aduien-
nent, à raison d’vne grande quantité de se-
rositez et eaux qui nagent en l’orifice de
l’estomach, qui affadissent les personnes,
et Jes rendent toutes decontenancees, de
tant que telle racleure de corne meslee aux
autres de pareille faculté, a vertu pour sa
terrestrilé, de deseicher cl tarir lesdictes
humidilcz. »
doctes. Vn iour luy parlant du grand
abus qui se commeltoit en vsant de
la corne de Licorne , le priay ( veu
l’authorité qu’il auoit à l’endroit de
la personne du Roy nostre maistre ,
pour son grand sçauoir et expérience)
d’en vouloir osier l’vsage, et princi-
palement d’abolir ceste coustume
qu’on auoit de laisser tremper vn
morceau de licorne dedans la coupe
où le Roy beuuoit, craignant la poi-
son *. Il me fit response, que quant à
luy, véritablement il ne connoissoit
aucune vertu en la corne de licorne:
mais qu’il voyoit l’opinion qu’on
auoit d’icelle estre tant inueterée et
enracinée au cerueau des princes et
du peuple, qu’ores qu’il l’eust volon-
tiers ostée, il croyoit bien que par
raison n’en pourroit estre maistre.
Ioint , disoit-il , que si cesie supersti-
tion ne profite, pour le moins elle ne
nuit point, sinon à la bourse de ceux
qui l’acheptent beaucoup plus qu'au
poids de l’or , comme a esté monstre
cy deuant. Lors ie luy repliquay, que
pour le moins il en voulust doneques
escrire, à fin d’effacer la faulse opi-
nion de la vertu que l’on croyoit es-
tre en icelle A quoy il respondit,
que tout homme qui entreprend d’es-
crire de chose d’importance , et no-
tamment de réfuter quelque opinion
receuë de long temps , ressemble au
Hibou, ou Chahuant, lequel se mons-
trant en quelque lieu eminent, se
met en butte à tous les autres oi-
seaux qui le viennent becqueter , et
luy courent sus à toute reste : mais
quand ledit hibou est mort , ils ne
ne s’en soucient aucunement2. Ainsi
1 Coustumierement on laissait tremper vn mor-
ceau de Licorne dans la Coupe du Roy. — A . P.
- Response d’vn Iwmtne bien aditisé. Relie
similitude. — A. P.
/
DE LA. LICORNE.
rapportant cesle similitude à luy , il
me dit , que de son vivant il ne se
mettrait iamais en butte pour se
faire becqueter des enuieux et médi-
sons , qui enlretenoient le monde en
opinions si faulses et mensongères :
mais il osperoit qu’aprés sa mort on
trouueroit ce qu’il en auroit laissé
par escrit *.
Considérant donc ceste response
qu’il me fit lors, ioint aussi qu’on n’a
rien apperceu de ses escrits depuis sa
mort, qui fut il y a enuiron onze ans
ou plus, ie m’expose maintenant à la
butte qu’il refusa pour lors. Que s’il
y a quelqu’vn qui puisse m’assaillir
de quelque bon trait de raison ou
d’experience , tant s’en faut que ie
m’en tienne offensé, qu’au contraire
ie luy en sçauray fort bon gré, de
m’auoir monstréce qu’oncques ie n’ay
peu apprendre des plus doctes et si-
gnalés personnages qui furent , et
sont encore en estime pour leur doc-
1 Cette histoire de Chapelain était déjà
mentionnée en 1579, mais avec une rédac-
tion toute différente. La voici :
« Parquoy feu monsieur Chapelain disoit,
que fort volontairement il eust osté ceste
coustume de laisser tremper vn morceau de
Licorne dedans la coupe où le Roy beuuoit,
n’eust esté qu'il cognoissoit ceste opinion
estre si inueteree et enracinée au cerueau
des hommes, qu’il craignoit bien que par
raison ne pourroit estre le maislre : loinct,
disoit-il, que si ceste superstition ne profite,
que pour le moins aussi elle ne nuisoit
point, sinon à la bourcede ceux qui l'achè-
tent au poix de l’or : ou bien aussi par acci-
dent, de tant que les grands seigneurs (il
faut sans doute lire ici un mot passe, con-
fions) en la vertu alexitaire de cesle Licorne,
ne tiennent conte de s’asseurer et preseruer
par autre moyen raisonnable contre les ve-
nins et empoisonneurs. »
Je ne vois pas pourquoi cette dernière
réllexion si juste a été retranchée en 1582.
5o9
trine singulière, ny mesme d’aucun
effet de nostre licorne.
Vous me direz . puis que les Méde-
cins sçauenf bien, et publient eux-
mesmes, que ce n’est qu’vn abus de
ceste poudre de licorne , pourquoy
en ordonnent-ils? C’est que le monde
veut eslre trompé, et sont contraints
lesdils Médecins bien soutient d’en or-
donner, ou pour mieux dire, permet-
tre aux paliens d’en vser, parce qu’ils
en veulent. Que s’il aduenoit que les
paliens qui en demandent , mourus-
sent sans en auoir pris, les parens
donneroient tous la chasse ausdils
Médecins, et les descrieroient comme
vieille monnoye.
CHAPITRE XVII.
PREVVE FAITE PAR RAISON.
Venons maintenant à la raison. Tout
ce qui résisté aux venins est cardia-
que et propre à corroborer le cœur.
Rien n’est propre à corroborer le
cœur, sinon le bon air et le bon
sang : pour autant que ces deux
choses seulement sont familières au
cœur, com me estan t l'officine du sang
artériel et des esprits vitaux. Or est-
il que la corne de Licorne n’a aucun
air en soy, ny aucune odeur, ou bien
peu, estant toute terrestre et toute
seiche. D’auantage elle ne peut estre
tournée en sang, parce qu’elle n'a ny
chair, ny suc en soy : qui est cause
qu’elle n’est chylifiée, ny par consé-
quent sanguifiée ’.
Il s’ensuit doneques qu’elle n’a
aucune vertu pour fortifier et défen-
dre le cœur contre les venins.
4 Tout ce paragraphe est extra t presque
textuellement duchapilre de 1579.
DISCOVRS
5lO
Voire-mais, dira quelqu’vn, en tant
d’opiates, electuaires et epithemes
que l’on fait pour le cœur, qu’y a-il
de tel , qui contienne en soy vn bon
air ?
Sia : sçauoir est, les conserues de
bourache, buglosse, violiers de Mars,
de roses , de fleurs de rosmarin , la
confection d’alkermes, le mithridat,
le theriaque, l’ambre, le musc, la ci-
uette, le safran, le camphre et sem-
blables , lesquels mesme l’on délayé
en bon vin et fort vinaigre , en eau
de vie, pour appliquer sur le cœur, ou
pour donner en breu uage. Toutes les-
quelles choses sont en soy, et rendent
de soy vne odeur, c’est à dire,vo air ou
exhalation fort souëfue , bénigne et
familière à la nature et substance du
cœur, en tant qu’elles peuuent en-
gendrer, multiplier, esclaircir et sub-
tilier les esprits vitaux, par similitude
de leur substance aërée, spirituelle et
ôdorante.
Ouy, mais au bol d’ Arménie, en la
terre sigillée , en la corne de cerf, en
la raclure d’yuoire et de corail, n’y a-
il rien de spiritueux et aëré?
Non eertés. Pourquoy donc sont-
ils mis entre les remedes cardiaques?
Pource que de leur faculté et vertu
astringente fondée en la terreslrité
de leur substance, ils ferment les
conduits des veines et arteres, par
lesquelles le venin et air peslilent
pourrait estre porté au cœur. Car
ainsi sont-ils ordonnés profitablement
aux flux de sang et vuidanges immo-
dérées. Ils sont donc appelles cardia-
ques, non pas que de soy et par soy
ils fortifient la substance du cœur
par aucune familiarité ou similitude,
mais par accident , parce qu'ils bou-
chent le passage à l'ennemy, l’arres-
tant en chemin , à ce qu’il ne se iëtte
dedans la citadelle de la vie.
CHAPITRE XVIII.
DES PERLES ET PIERRES PRECIEVSES, SVI-
VANT L’OPINION DE IOVBERT.
Quant aux perles et autres pierres
précieuses, ie suis de l’aduis de mon-
sieur Ioubert , Médecin ordinaire du
Roy, lequel au chap. 18. d’vn traité
qu’il a escrit de la Peste , dit ainsi :
le ne sçay que ie doy dire touchant
les pierres précieuses, que la plus
grand’part des hommes estiment tant,
veu que cela semble superstitieux et
mensonger d’asseurer qu’il y a vne
vertu incroyable et secrette en elles,
soit que on les porte entières sur soy,
ou que l’on vse de la poudre d’icelles.
Or icy ne veux-ie encore oublier à
mettre en mesme rang l’or potable ,
et les chaisnes d'or et doubles ducats
qu’aucuns ordonnent mettre aux res-
taurans pour les pauures malades:
attendu qu’il y a aussi peu d’asseu-
rance qu’en la licorne, voire moins.
Car ce qui n’est point nourri , ne
peut bailler nourriture à autruy. Or
il est ainsique l’or n’est point nourri.
Parquoy il semble que ce soit vne pi-
perie de luy attribuer la vertu nu-
tritiue, soit qu’il soit réduit en forme
potable, qu’ils appellent, ou qu’il soit
boiiilli auec des restaurans >.
Or on me dira qu’aprés auoir fait
bouillir des escus ou autres pièces
d’or aux restaurans, ils ne seront de
mesme poids qu’ils estoient aupara-
uant : ie le confesse, mais ce ne sera
que l’or soit en rien diminué par l’e-
bullition: ainsque l’excremenl qu’au-
ront accueilli les pièces d’or , pour
auoir esté long temps maniées ou por-
1 Le chapitre se terminait là en 1582; le
reste est de 1585.
DE LA. LICORNE.
téesdu peuple, voire des verollés, la-
dres , et vieilles harangeres, pourra
estre demeuré dans les rcstaurans.
D’abondant il y a encore vue grande
piperie que les bons maistres quin-
tessentieux font pour faire leur or
potable, qu’ils disent mettre aux res-
taurans : c’est que d’vne chaisne de
trois ou quatre cens escus passée par
l’eau forte, en desroberonl quinze ou
vingt escus, qui fera diminution d’au-
tant de poids, et font accroire aux
niais que ledit or est diminué par
l’ebullition. Qui pourra se garder de
ces bailleurs de baliuernes, affron-
teurs et larrons, ce sera bien fait.
CHAPITRE XIX.
DV PIED d’hELLEXD1.
Cecymefaitsouuenirdu pied d’Hel-
lend, duquel plusieurs font si grand
cas , spécialement Iuy altribuans la
vertu de guarir de l’epilepsie. Et m’es-
tonne d’où ils prennent cesle asseu-
rance, veu que tous ceux qui en ont
escrit,ne font que dire, on dil, on dil :
ie m’en rapporte à Gesnerus, et à
Apollonius Menabenus. Et quand ce
ne seroit que la misere de l’animal,
qui tombe si souuent en epilepsie
(dont les Allemans l’appellent Hel-
lend, qui signifie misere j et néant-
moins ne s'en peut guarantir, encore
qu’il aittousioursson ongle quant-et-
quantsoy : il me semble que cela est
suffisant pourreuoquer en doute les
vertus qu’on luy attribue.
Voila cequ’il me semble de la corne
de licorne : et si quelqu’vn en peut
1 II s’agit ici du pied d’élan, qu’on devi-
nerait difficilement sous la bizarre ortho-
graphe de notre auteur.
5i 1
descouurir d’auantage, ie luy prie en
faire part au public, et prendre mon
escriten bonne intention t.
1 Cette conclusion se lit déjà textuelle-
ment dans le chapitre de 1579; mais aupa-
ravant Paré l’appuyait ainsi :
« Et quiconques auec moy s’arrestera à
ces expériences et auctoritez : quiconques
examinera diligemment ces raisons, il con-
damnera comme moy la corne de Licorne,
et la superstition des marchans qui vendent
si cher la corne de Licorne, et la superstition
des cérémonieux Médecins qui l’ordonnent,
et la folle opinion du peuple qui la requiert
et desire, d’autant qu’en telle drogue il n’y
a non plus de vertu qu’en l’yuoire ou autres
semblables denrees. Voyla ce qu’il me sem-
ble de la corne de Licorne. »
Cela était d’une rare énergie, et chacun
y avait son compte, mais surtout les méde-
cins; ce fut sans doute à cause de la Faculté
què ce passage fut supprimé dans toutes les
éditions suivantes.
Mais en 1582, le Discours de la Licorne ne
se terminait pas ainsi, et, après l’histoire
du pied d’Hellend , l’auteur ajoutait :
« Mais pour ne nous esloigner de nostre
propos, retournons à la Licorne. »
Alors commençait une série de neuf cha-
pitres, du 20e au 28e, sous ce titre général :
Des Venins. Le chapitre 20 débutait de
cette façon :
« Or posons le cas que la corne de ! icorne
rcsiste à quelque espece de venin , ce que ie
croy piteusement (sic) : pour le moins me
confessera-on qu’elle ne peut résister à tou-
tes les sortes. Car elle feroit son operation
par ses qualitez manifestes, ou par ses pro-
prietez occultes. Si par ses qualitez manifes-
tes, et si elles sont chaudes , elles seruiront
contre le venin froid seulement, et non con-
tre le chaud , et ainsi des autres qualitez :
et si elle operoit par vne vertu spécifique, ce
seroit par occulte conuenance qu’elle auroit
auec vne sorte de venin, laquelle toutes-
fois elle n’auroit pas auec l’autre. Or il en
est de plusieurs et diuerses sortes , etc. »
Après quoi l’auteur exposait brièvement les
5l2
JD1SC0VRS
variétés des venins, leurs signes, les règles
générales du traitement, etc., le plus sou-
vent en analysant les premiers chapitres de
son livre des Venins, rarement en y ajou-
tant de nouvelle rédaction. Cependant, au
chap. 26 , il y a un passage qui manque en
1679, et que nous avons retrouvé dans le
texte du livre des Venins de 1585 ( voyez ci-
devant page 296) ; mais, surtout au chap. 24,
fol. 40 , verso , se lit un passage qui n’a re-
paru nulle autre part, et qui est fort intéres-
sant à reproduire. Il s’agit de la corruption
des humeurs du corps par mauvais régime,
et là c’est le chap. 4 du livre de la Peste qui
fournit tes premières phrases. Mais, après
l’énumération des mescliuntes viandes que la
famine force à manger, comme dans les
villes assiégées , comme grains pourris, her-
bes . fruits sauuages , pain d’auoine , de poix,
de fébues , de fougere, d'ardoise, de gland,
de chiendent, troncs de choux, etc. (et cela
est bien plus complet que dans le texte du
chapitre cité du livre de la Peste), l’au-
teur continue:
» Tels aliments engendrent pourriture
et vénénosité en nos humeurs, qui cau-
sent la peste et autres mauuaiscs mala-
dies en nos corps : comme vn chancre qui
ronge et corrode la chair et les os. De faict
que nous voyons soutient que par la ma-
lice des humeurs venimeux les parties se
mortifient et pourrissent: ce qui est prouué
par Hippocrates , section 3. liu. 3. des Epi-
demies , où il dit auoir veu des charbons en
temps de peste si estranges et hideux à voir,
que c’estoit chose admirable. Car il s’y fai—
soit des inflammations douloureuses, gan-
grenés, et mortifications, et vlceres, qui
rongeoient toute la chair , les nerfs et les os :
tellement qu’ils tomboient toutes en pièces
pourries. Aux vns toute la teste se pcloil, et
le menton , de sorte que l’on voyoit les os
tous desnuez et descouuerts. Aux autres les
pieds et les bras lomboient ( le semblable ie
proteste auoir veu aduenir à l’Hoslel-Dieu
de Paris, et ailleurs), et ceux qui reschap-
poient desiroient estre morls, pour la grande
deformité et impuissance qui leur resloient
en leurs membres.
» Ainsi de recentc mémoire on a veu ad-
uenir à monsieur Boucquet, Chanoine de
Nostre Dame de Paris, le soir faisant bonne
chere, ne sentant aucune douleur, on luy
trouua vn pied le lendemain tout mortifié,
sans aucun sentiment, de couleur plombine
et noirastre , froid comme la glace , où ne
fut en la puissance tant des Médecins que
des Chirurgiens y pouuoir donner ordre.
I’estois d’auis qu’on luy coupast le pied , et
d’autres auec moy • mais ledict Boucquet
nous dist qu’il vouloit mourir doulcement :
toulesfois au contraire ce fut fort douloureu-
sement. Parceque la gangrené chemina jus-
ques à la cuisse, les vapeurs de laquelle le
feirent mourir en peu de iours.
» On pourroit icy amener plusieurs his-
toires semblables qui sont aduenucs pour la
vénénosité des humeurs : mais il suffira
pour le présent de cellc-cy. »
Le lecteur trouvera au chapitre 37 delà
Peste quelques détails sur les vastes char-
bons qui rongeoient ainsi toute la chair;
mais ni la citation d’IIippocrate ni l'his-
toire de Boucquet n’ont été reproduites
nulle part, probablement parce qu’elles se
rattachent à la peste, et que Paré ne se sou-
vint pas d’aller les chercher dans un chapi-
tre du Discours des venins. Celte histoire de
Boucquet est intéressante sous un triple
point de vue : 1" comme exemple d’une gan-
grène sénile : 2° à raison du conseil de cou-
per le pied, qu’on ne lit nulle autre part
dans les OEuvres de Paré; 3° enfin parce
que le mal ayant gagné la cuisse, Paré sem-
ble le regarder comme sans rerriede. Voyez
la préface de ce troisième volume.
Après le Discours de la t.icorne et des Ire-
nins, suivait enfin le Brief Discours de la
Peste , auquel demouslrerons que la Licorne
n’a nul effect. Il se liait aux discours précé-
dent par la phrase suivante :
« Maintenant il nous fault traicter som-
mairement du venin pestiféré, à cause que
plusieurs tiennent la Licorne pour le plus
excellent alexi taire, ou contre poison, pour la
précaution et curation d’icelle : et commen-
cerons par vne description allégorique. »
Et en ctTet il procédait immédiatement à
celte description allégorique , qui , un peu
modifiée et augmentée, a remplacé en 1 685
la description plus simple de 1568. La pic-
DE LA LICORNE.
miere phrase en est plus remarquable ici
que partout ailleurs.
« Peste est vne maladie venant de l’ire de
Dieu, furieuse, tempestaliue , hastiue,
monstrueuse, espouuantable, et effroyable ,
contagieuse, terrible, farouche, traistresse,
fallacieuse, etc. »
On pourrait croire qu’il ne s’est arrêté que
faute d’épithètes.
Ce discours se composait de 24 chapitres,
dont la plupart ne présentent qu’une courte
analyse du livre de la Peste. Mais quelques
uns sont entièrement nouveaux , comme le
6' et le 7', dont Paré a fait depuis le 30' de
son livre; une partie du chap. 22, intitulé :
De l’espece de Charbon dicl panaris , et cure
d’iceluy. Cette histoire du panaris était em-
pruntée au livre des Tumeurs en particulier,
ou on la trouve dans les grandes éditions.
Enfin il y avait plusieurs additions de détail
qui ont été reprises pour la plupart dans l’é-
dition de 1585, et qui ont été notées en leur
lieu , pages 399, 422 et 441. Il y en a d’au-
tres de moindre importance, et tellement
perdues dans le texte, que l’auteur même
n’a pas su les y retrouver pour son édition
de 1585; ainsi, au chapitre 18 (ci-devant
page 388), il dit simplement en note : Le
pape Pelagius mourut de peste ; et, au chap. 2
de son Discours, il disait dans le texte
même : Pelagius et Calixttts , papes , en mou-
rurent ; et il citait en même temps David et
Ezechias. Au chap. 14, intitulé : Des reme-
des propres pour combattre et purger le venin
pestiféré, et répondant conséquemment au
chap. 24 du livre , il est assez remarqua-
ble qu’il donne un précepie absolument
contraire à celui qu’il avait posé en 1579,
et que par mégarde sans doute il conserva
encore en 1585. Ainsi on lit dans le Livre :
Aucuns sont d’uduis... donner purgation :
mais... nous sommes d’aduis que le plus expé-
dient est de donner premièrement et subitement
au malade quelque alexitere , etc. Voici main»
tenant le texte du Discours;
«Hippocrates, Aphor. 10. lin. 4., dit
qu’aux maladies fort aiguës, si la matière
est en mouuement furieux , fault purger du
mesme jour : car de prolonger en tel cas est
mauuais et dangereux. Parquoy quand le
III.
01 3
venin pestiféré n’est encore arresté en vne
partie par vne bosse ou charbon, il vague et
erre de lieu à autre, et se meut furieusement
(convme la beste sauuage qui est en ruth et
en amour) auec douleur, qui ne donne au-
cun repos au pauure malade, à cause de la
grande malignité veneneuse et furieuse qui
ne cherche que à accabler le cœur et autres
parties nobles. Parquoy sans faire aucun
delay, il le conuient vuider et euacuer,
pourueu que la bosse ou charbon n’appa-
roissent desia : d’aultant qu’alors il fauldroit
s’en abstenir, parce qu’on interromproit le
mouuement de Nature, et l’empescheroit
de ietter le venin hors. Or ledit venin sera
vacué par vomissemens, flux de ventre,
sueurs, et autres vacualions que descrirons
icy, les plus signalées que i’ay cognu par
expérience. Entre lesquels pardessus tout
sont le Theriaque et Methridat , etc. »
Ici on retombe dans le texte du chap. 24 du
livre de la Peste , mais pour quelques ligne
seulement ; et voici la nouvelle pratique :
« Dont subit que le patient se sentira
frappé, prendra dudit Theriaque ou Mithri-
dat. La quantité se doibt diuersiüer selon
les personnes. Car les forts et robustes en
pourront prendre vne dragme et plus, uuec
six grains de scamonee en pouldre : les
moyens, demie, auec trois grains de ladicte
scamonee: et les enfans encore moins, 'et
sans scamonee, dissoult en eau de chardon
benist, ou buglosse, ou de l’ozeille. Apres
l’auoir pris , se faut proumener et se mettre
au lict chaudement , etc. »
Cette nouvelle pratique ne venait pas
d’une nouvelle expérience ; Paré cite en
marge comme autorité Nicole Nancel en son
Traicté de la peste, dont le nom reviendra
encore à la fin de ce discours. C’est sans
doute à cette source qu’il avait pris le re-
mède suivant, omis dans le livre de 1585.
« Electuaire de l’œuf, duquel vsoil l’empereur
Maximilien , bien estimé des gens doctes.
» Prenez vn œuf frais, et faictes sur les
deux bouts vn petit trou : puis on soufflera
par vn des bouts pour faire sortir tout le
blanc et le iaulne : Iceluy vuidé, le fault
remplir de safran Oriental subtilement pul-
33
DISCOVRS DE LA LICORNE.
5 1 4
uerisé : Et apres estoupper les trous d’vne
autre coquille d’œuf, auec mastic fort mas-
ché, et le seicher près le feu, tant que la
couuerture tienne fort. Cela faict, le fault
mettre cuire soubs les cendres chaudes , et
l’y laisser tant qu’il vienne de couleur vio-
lette, et qu’il se puisse pulueriser auec la co-
quille. Puis pezerla dicte pouldre, et pren-
dre autant de semence de rue puluerisee, et
du Dictamnus albus, racine de Tormentille,
de chacun demy-once, puluerisez bien sub-
tilement , graine de Moustarde deux drag-
mes, aussi puluerisee, et le tout incorporé.
A quoy on adioustera autant de bon Thé-
riaque, lequel sera derechef incorporé en
vu mortier de marbre, par l’espace d’vne
heure. Icelle mixture sera gardee en vn
vaisseau de verre bien bouché.
» Or durera ceste composition trente ans :
Et d’autant qu’elle sera plus vieille, d’autant
sera-elle meilleure.
» Elle preserue de la peste, en prenant
tous les matins à ieun la grosseur d’vn poix :
et la tenant longuement en la bouche, à fin
que la vapeur et vertu soit communiquée
au cerueau. Si l'on se sent frappé de peste,
il en fault prendre la grosseur d’vne febuc,
et la deslayer auec eau d’Endiue ou Acc-
teuse, et vn peu d’eau de vie. Puis se pro-
mener, sil’onpeult : et apres se poser dedans
le lict, etcouurir tres-bien, et mettre vue
grosse bouteille remplie d’eau bouillante à
ses pieds , et suer par l’espace de deux heu-
res, plus ou moins, selon la vertu du ma-
lade: et apres se faire bien essuyer. Notez
que pendant que l’on suera on se doit gar-
der de dormir. Apres la sueur, sera baillé
quelque bon bouillon, auquel il y aura vn
peu de ius de citron, et du safran. »
J’ai conservé cette recette à cause de son
titre et de sa composition étrange; elle est
suivie d’autres dont j’ai retrouvé la plupart
éparpillées en divers chapitres du livre de la
Peste, e t la patience m’a manqué pour faire
la même recherche à l’égard du reste.
Au chap. 23, correspondant au chap. 38
du livre et portant le même titre, j’ai re-
marqué un passage plus intéressant touchan t
la cautérisation des charbons; on pourra le
comparer avec le texte primitif, ci-dessus,
page 441.
« Sur tout le ieune Chirurgien doit bien
aduiser, que si la pointe du charbon appa-
roist noire , il la fault cautériser auec huile
feruente, ou eau forte, ou cautere actuel :
car par ce moyen, on luy faict perdre vne
grande partie de sa malignité , à cause que
l’on donne issue au venin, et s’appaise la
douleur, et te puis asseurer l’auoir faict
auec heureux succez. Or on ne les doibt cau-
tériser, s’ils ne sont noirs, pareeque ceste
noirceur est ia gangrenee, et partant moins
douloureuse. Dauantage il se fault garder de
cautériser ceux qui sont rouges, doulou-
reux, ou enflammez, de peur de causer vne
exlreme douleur, et accroissement defiéure,
et estre cause de la mort du pauure malade.
Dieu sçait combien ces ieunes Barbiers es-
leus à penser les pesliferez en ont fait mou-
rir par ce moyen.
» Apres la cautérisation , on fera des sca-
rifications dessus, iusques à ce que le sang
en sorte. Puis on y appliquera le cul d’vne
poule commune qui ponne , à fin qu’elle ait
le cul plus ouuert; ou vne grosse poule
d’Inde , etc. »
Je laisse cette histoire du cul des poules,
trop longuement exposée au chap. 34 du Li-
vre actuel (page 432). Après cela je ne trouve
plus rien de nouveau , à l’exception de l’es-
pèce d’épilogue qui termine le Discours.
« Fin du brief Discours de la Peste, extraict
du vingt vniesme liure de mes OEuures. Que
si aucun desire en auoir plus ample instruc-
tion et intelligence, qu’il lise ledit vingt
vniesme liure, là où sont déduites au long
plusieurs autres dispositions et accidens qui
la suyuent. Finalement, qu’il voye vn traicté
que nagueres a faict monsieur Maistre Nicole
de Nancel , Médecin demeurant à Tours, le-
quel en a autant bien escrit que nul autheur
que i’aye oneques cognu, et d’vn langage
facile à entendre, selon la doctrine des An-
ciens : par où l’on peult iuger (si ie ne me
trompe) qu’il a mis la main souuentefois
aux armes, pour combattre et vaincre ceste
maladie, et les accidens qui la suyuent. »
REPLIOYE
D’AMBROISE PARÉ, PREMIER CH1RVRGIEN DV ROY,
A LA RESPONSE FAITE CONTRE SON
DISCOVRS DE LA LICORNE *.
Pauois souhaitté , discourant de la
Ijcorne.que s’il y auoit quelqu’vn
qui en eust autre opinion que moy ,
il luv pleust mettre ses raisons en
auant : pensapt que par le débat des
raisons contraires , comme par le
heurt de deux pierres, les viues estin-
■celles de la vérité viendraient à pa-
roislre <*, qui pourroient exciter vne
lumière si grande de tout ce fait en
nos esprits , qu’on n’auroit plus oc
casiou d’en douter. Ce mien souhait
m’est en partie aduenu. Car il s’est j
trouué quelqu’vn qui , controllant
mesesciits , m’a voulu desdire en ce
point : duquel toutesfuis les raisons ne
me semblent si fortes , que pour cela
,ie doiue quitter mon party pour pren-
dre le sien , ainsi que j’espere rnons-
trer, répliquant sur vne chacune d’i-
celles : laissant à part ses animosités,
lesquelles i’estime luy estre eschap-
1 Cette réplique a paru isolément en 15S2,
comme je l’ai dit dans mon Introduction à
l’article Bibliographie ;il n’y a pas été changé
un root depuis. On ne sait pas le nom de
l’adversaire à qui Paré répondait. Voyez à
cet égard mon Introduction, page cclxxxix.
* Belle comparaison. — A. P.
pées, plus pour zele qu’il porte à la vé-
rité , que pour opinion qu’il puisse
auoir de moy autre que d’homme de
bien , et studieux du profit public.
Sa première raison est , qu’il faut
bien que la licorne aye de grandes ver-
tus , veu que tous les sages demeurent
enlr’eux d’accord des admirables pro-
priétés d’icelle. Et que parlant il faut
acquiescer à leur aulhorilé : attendu
qu il vaut mieux faillir auec les sages ,
que bien opiner contre leur opinion.
le nie la première partie de ceste
raison, attendu que commei’ay mons-
tre en mon precedent discours , mes-
sieurs Rondelet, Chappelain , et le
docte Duret, ne font pas plus grand
cas de la corne de Licorne, que d’au-
tre corne quelconque : et toutesfois
ces trois là sont sages et clairs-voyans
en Medecine. Quanta la seconde par-
tie. ie dis tout au contraire, quei’ai-
merois mieux faire bien toutseul.que
de faillir non seulement auec les sa-
ges, mais mesme auec tout le reste
du monde. Car l’excellence de la vé-
rité est si grande , qu’elle surpasse
toute la sapience humaine , qui bien
souuent n’est armée que de brauade,
n est enflée que de vent , n’est parée
HE I’Ll QUE POUR LE D1SCOVRS
5 1 6
que d’apparence et vanité : parquoy
la seule vérité doit estre cherchée ,
suiuie et cherie.
La seconde raison est, quelelcng
temps qu’il y a que la Licorne est en
vsage , monstre bien icelle estre bonne.
le répliqué que le long temps n'est
pas suffisant pour prouuer la corne
de Licorne auoir les vertus qu’on luy
attribue. Car telle vogue n’est fondée
qu’en opinion , et la vérité ( connue il
dit lui-mesme) dépend de la chose ,
et non des opinions. Parquoy rien ne
sert de m’alleguer les Papes , Empe-
reurs , Roys et Potentats , qui ont mis
la corne de Licorne en leurs thresors :
car ils ne sont d’eux -mesmes iuges
competans de la propriété des choses
naturelles : et ceux par les yeux des-
quels ils ont veu, ont esté ou louches
ou conniuens, de leur auoir monstré
ou laissé voir le noir pour le blanc.
Parquoy à bon droit André Marin ,
Médecin excellent de Florence , au
Discours qu’il a fait de la faulse opi-
nion de la Licorne, s’esmerueille com-
ment iusques icy il ne s’est trouué en-
core Médecin ou autre , tant amateur
de son Prince, qui l’ait retiré de ceste
erreur, la bannissant de ses cabinets
comme vn abus et tromperie mani-
feste : concluantquesiprecieuxioyau
n’estoit propre qu’aux basteleurs et
imposteurs, et mal-seant aux Méde-
cins, qui ont des remedes plus asseu-
rés et approuués pour combattre les
maladies malignes, veneneuses, et
pestilentes.
Quant à ce qu’il dit, qu’il y a des
Licornes, et que la saincle Escriture le
tesmoigne: le responds que quiconque
pense alléguer cela contre moy, mons-
tre qu’il a grande enuie de quereller.
Car qui est-ce qui croit cela mieux
que moy? Qui est-ce qui le monstre
mieux? I’en cite cinq passages de la
saincte Escriture dans mon Discours
de la Licorne. le croy donc qu’il y
a tousiourseu, et qu’il y a encore des
Licornes, non seulement en la terre ,
mais aussi en la mer : mais que leurs
cornes ayent les vertus qu’on leur
attribue contre les venins et pestilen-
ces , c’est le point que i’attendois :
lequel toutesfois n’a esté touché que
par vne simple assertion, sans aucune
démonstration, raison, ou authorité
ancienne. Car de dire qu’elle profite
contre la peste, pour ce qu’elle re-
froidit, cela est fuir et quitter le com-
bat de la propriété occulte, de laquelle
toutesfois est nostre principale ques-
tion. Or quand ainsi seroit qu’elle
agiroit par qualité manifeste, il la
faudroit ordonner en quantité raison-
nable, et principalement à la vehe
mence de l’ardeur furieuse et pesti-
lence , c’est à dire par onces ou
quarterons. Car trois ou quatre grains
qu’on ordonne communément , n’ont
plus de vertu (ce que dit monsieur
Duret, de bonne grâce pailant de la Li-
corne) que qui ielteroit quatre grains
de mil dans la gueule d’vn asne bien
affamé >. C’est pourquoy ie voudrois
bien empescher les Apoticaires de la
vendre si cher, à fin que les Médecins
eussent commodité de l’ordonner en
plus grande dose, et que les malades
eussent moyen de la porter auec plus
de profit en leur corps, et moins de
dommage de leur bourse. Cela n’est-
ce me rompre l’esprit de ce que ie n’ay
que faire , comme l’on me reproche ?
Car Dieu a recommandé à vn chacun
le salut et profit de son prochain : et
certes les Apoticaires mesmes , i’en-
lens les plus anciens et expérimentés,
interrogés par moy, m’ont confessé
auoir honte de la ven :re si chere ,
1 Bonne comparaison. — A. P.
DE LA LICORNE.
veu qu’ils n’ont iamais apperceu plus
grand effet en elle qu’es autres cor-
nes communes des vu lgairesanimaux:
toutesfois qu’ils sont contraints de la
vendre ainsi chere, parce qu’ils l’a-
chètent chèrement. Or rachètent- ils
chèrement, à raison du bruit qu’on
luy a donné à tort et sans cause.
Y’enons maintenant aux raisons par
lesquelles il pense destruire ma prin-
cipale démonstration , laquelle par
moquerie il appelle mon Achilles.
Mon Achilles donc estoit tel :
Rien n'est bon à corroborer le cœur ,
sinon le bon air et le bon sang: la corne
de Licorne n'a air ni odeur en soy, es-
tant toute terr< stre et toute seiche. D’a-
uanlage elle ne peut estre tournée en
sang, d’autant quelle n’a en soy ni chair
ni suc. Pourquoy elle n’a vertu à cor-
roborer le cœur.
La première proposition , dit-il , est
fausse et ridicule : sa raison est, Car
tels remedes alterati fs fortifient le cœur
par qualité manifeste et élémentaire, ou
occulte et formelle , et toutesfois n’ont
ny bon air, ny habilité à estre tournés
en sang.
le répliqué et dis au contraire , pre-
nant le mesme exemple qu’il a pris ,
pour le battre de ses armes mesmes ,
que la faculté des herbes et simples
qui entrent es apozemes , n’est point
communiquée à l’eau, par laquelle est
faite la décoction , sinon par distrac-
tion du suc, ou humeur et vapeur des-
dits simples : autrement s’il n’y auoit
que la qualité muée qui se coramuni-
quast à l’eau sans substance, c’est-
à dire, sans humeur ou vapeur, com-
ment connoistrions nous la décoction
de pourpié à sa noirceur, la décoction
de psyllium à sa viscosité, la décoction
de cichorée à sa saueur et amertume,
l’infusion de rhubarbe à son odeur?
La saueur y est, et s’y remarque mani-
5l7
lestement : l’odeur donc aussi y est.
Car tout ce qui a saueur et odeur , la
saueur y est, le suc donc ou humeur y
est, Podeuryest,la vapeurdonc yest.
Car qu’est-ce autre chose odeur ,
qu’vne vapeur, ou plustost fumée ?
Quant au corail , corne de cerf, et
semblables, ie confesse qu’ils ri’ont
non plus d’air et de suc que la
corne de Licorne, mais aussi ie ne les
tiens pas pour vrais cardiaques : de
tant qu’ils ne fortifient point le cœur
en combattant contre les venins, ains
seulement, ou en resserrant les con-
duitsqui vont au cœur, par leur vertu
astringente : ou en beuuant et taris-
sant la sérosité veneneuse,qui affadit
le cœur et l’estomach, par leur seiche
terrestrité, faisant l’vn et l’autre, non
par simple infusion en quelque eau ,
mais par assumption de leur propre
corps en poudre.
Mais c’est assez répliqué sur la ré-
futation prétendue de la première
proposition de mon Achilles : venons
à la seconde, le disois que la corne de
Licorne n’a air ni odeur en soy. Cela,
dit-il , est contraire aux principes de
Physique. Car chaque corps élémen-
taire est mixte , c'est à dire , meslé des
quatre elemens : parquog à la corne il
y a de l’air.
Pour répliqué iedis, que les choses
en Medecine ne se mesurent et consi-
dèrent que par les sens et effects.
Bien donc que par discours de raison
nous comprenions que le poyure, gin-
gembre , et graine de paradis sont
composés des quatre elemens (c’est à
dire) de chaud, froid, sec, et humide :
toutesfois les Médecins n’y reconnois-
sent que du chaud et du sec , pource
qu’ils ne font en nous principalement
que les effects de chaleur et de sei-
cheresse : ainsi nous nions la corne
de .Licorne estre aérée, parce qu’elle
5 1 8 REPLIQUE POUR LE DISCOVRS
ne produit les effects des corps aërés,
c’est à dire de vapeur, fumée, et
odeur Quiconque trouuera de l’air
en la corne de Licorne, il tirera de
l’huile d’vn mur. Ces deux points de
mon Acliilles vuidés, le reste des rai-
sons contraires n’est pas difficile à
réfuter. Car pour prouuer que la
corne de Licorne se peut tourner en
sang, il allégué, que les chiens viuent
d’os '. le dis au contraire , qüe les
chiens ne viuent pas d’os , mais bien
de la moelle ou substance médulleuse
qui est cachée dedans les cauités in-
signes ou porosités de l’os. Or aux
cornes de Licornes, que nous voyons
rapper tous les iours, y a il rien de
moelleux? Non plus, et encore
moins qu’en la pierre ponce.
N’est pas aussi plus pertinent ce
qu’il adiouste : Que comme les bhicns
viuent d’os, aussi les austruches ae fer1 2.
L’on sçait auiourd’huy assez par expé-
rience et inspection iournaliere, que
ceste opinion de la vieille histoire na-
turelle est chose fabuleuse. Car bien
que l’austruchedeuore le fer, si ne le
digere-elle pas : le lendemain, on le
trouuera parmy ses excremens tel
qu’elle l’a pris. le puis dire en vérité
auoir donné des clefs et clous de fer
à des austruches à aualler, que le
lendemain on les trouuoit auec leurs
excremens , sans estre en rien dimi-
nués. Pour voir donc tousiours les pe-
tits enfans aualler les noyaux de ce-
rises et pépins de raisin, dirons-nous
qu’ils les digèrent et s’en nourrissent?
Il dit que le Roy a refusé cent mil
escus de la corne de licorne qui est à
sainct Denys. Il est bien possible que
pour sa grandeur et magnificence il
en ait autant refusé : mais si croy-ie
1 Ceste comparaison est bien foible. — A. P.
8 Autre comparaison moins vatlàbte>~ A.Pt
que si le Rôy l’aüoit en telle estime,
qu’elle seroit mise en plus seure garde
quë d’vn simple clerc , qui la fait
voirindifferemmenlà vn chacun pour
vii grand blanc. Que si elle auoit telle
vertu qu’on luy attribue, elle ne füst
pas entière , et croy qu’elle ëust esté
limée et rappée , pour suruenir à la
nécessité des maladies de tant de Roys
qui ont tenu le sceplrè de France.
Ces raisons ont induit André Mdrifi,
au lièu sus allégué, à penser qüe telle
corne ne füst pas naturelle , ains ar-
tificielle, fabriquée par la maiü de
qüelqüe ingenieüx mdistre, (fui par
certaine mixtion l’a contre-faite au-
près du nalurèl. Cè qui est proüüé
par Dioscoride, liUré 4, chdpitrë 71,
fueillet 52, qui dit que faisdnt cuire
là racine de Mandragore auec yuoire
l’espace de six heures, elle lé mollifié
tellement qu’on eh peut aisément
faire ce qu’on voudra. Pareillement
Cardan dit, que lesdentsdeselrpbdns
sepeuuent amollir et estendre comme
les cornes de bœuf: et de telles pipe-
lies se trotiuent à Metz et à Stras-
bourg, et en plusieurs autres lieux.
Parquoy ie trouue bon ce que dit
l’aduersaire , que les Médecins de-
uroient admonester le Magistrat de l’a-
bus qui seroit en la Licorne, et non pas
moy. l’eusse désiré qu’ils m’eussent
deliuré de ceste peiné, et m’estuer-
ueille comment ils ont tant atieridü.
le sçay touteSfois que monsieur Cap-
pel, Docteur itegenl en la faculté dé
Médecine, tres-sçauant, et hbmtne de
bien, auoit jd commencé bh Taire vü
discours, pour dster l’abus qui y es-
loit : mais voyant lé mien ja imprimé,
il désista le sieh. l’ay aussi entendu
souuent que monsieur l’Atfilé, Doc-
teur en medeciné assez conneu pour
sa vertu et doctrine;, autresfois auoit
maintenu en pleines escholes, que la
DE LA. LICORNE .
Licorne n’auoit rien des propriétés
cachées qu’on luy attribue, seulement
qu’elle auoil vertu de desseicber au
premier degré, comme toute autre es-
pece de corne. Plusieurs autres Méde-
cins, voire la plus-part d’entr’eux, ont
mesme opinion, et ce que i’en sçay,
ie ne l’ay appris que d’eux principa-
lement, et premièrement du docte
Duret.
Parquoy ceste mienne opinion, ac-
cordante auec celle de tant de gens
de bien et de sçauoir, ne doit estre
tenue pour monstrueuse, puisqu’elle
n’est ny nouuelle, ny extraordinaire,
ny erronée : ny pour cela ne dois
point estre réputé et peint comme
monstre, ainsi que gabbe l’aduersaire,
voulant tirer en risée la description
des Monstres que i’ay insérés en mes
OEuures. Monsieur Rondelet, premier
Médecin de nostre temps, n’a-il pas
fait portraire plusieurs Monstres? et
toutesfois personne n’a dit qu’il l’eus t
fait pour amuser les petits enfans,
mais bien pour représenter à l’œil ce
que l’on ne pourroit si bien escrire
et comprendre sans le portrait. Ges-
nesrus et Belon ont fait le semblable,
et toutesfois personne ne leur a mis
cela à blasme.Iecroy que l’aduersaire
n’a pas voulu seulement taxer les fi-
gures des Monstres, mais aussi toutes
les autres qui sont en mes OEuures,
en nombre de plus de trois cens
soixante et quinze, pour lesquelles
effigier et tailler en planches, i’ay
desboursé libéralement du mien plus
de mille escus, et pense que ceux qui
s’en mocquept ne voudroient auoir
soulagé le public d’vp seul escu de
leur bourse. Comment que ce soit,
ces figures -là sont telles qu’elles
profilent beaucoup à plusieurs Chi-
rurgiens , pour le maniement et
vsage de plusieurs instrumens ne-
5i9
cessaires à la guarison des maladies.
Qui me fait crpire que telle moque-
rie est partie de mesme animosité
que celle qui est à la fin du liure de
l’aduersaire , par laquelle il dit que
ie me suis fait traduire le liure fait
par Iordanus de Peste l. l’appelle Dieu
à tesmoin si iamais i’y pensay, et ne
l’ay veu en latin ny en françois. Et
quand ie l’aurois fait, ie n’eusse oublié
à le nommer honorablement, comme
i’ay fait tous les autbeurs desquels
i'ay peu apprendre à tirer quelque
profit, ainsi que i’ay desmontré eui-
demment par la table que i’ay dressée
de leurs noms au commencement de
mes œuures.
Voila ce que i’ay voulu répliquer
sur les raisons contraires. Ce que ie
prie mon aduers4ireprendre en bonne
part, et estimer que ce que i’en fais
est plus pour maintenir la vérité que
pour le desdire. Car ie pense que de
sa part, ce qu’il en a fait n’a esté que
pour m’instruire et le public : et de
ma part ie m'en repute très heureux
d’apprendre de tout le monde, et de
vieillir tousiours en apprenant. Seu-
lement ie le prie, s’il a enuje d’oppo-
ser quelques contredits à ma répliqué,
qu’il quitte les animosités, et qu’il
traite plus doucement le bon vieillard.
11 est bien séant aux ieunes gens,
pour faire preuue de leur esprit, élo-
quence et doctrine , de discourir des
points problématiques librement : et
aux gens de mon aage, de s’arrester
tellement à la vérité que l’on ne s’en
départe aucunement , pourueu que
l’vn et l’autre se face sans pique,
riotte, blasme, et offense de son pro-
chain.
1 J’ai dit dans mon Introduction que le
livre de Jordanus n’avait paru qu’après ce-
lui de Paré.
LE VINGT-CINQVIÉME LIVRE,
TRAITANT
DE LÀ FACVLTÉ ET VERTV DES MEDICAMENS SIMPLES,
ENSEMBLE DE LA COMPOSITION ET VSAGE D’ICEVX ».
PREFACE.
Entre les causes que nous appelions
salubres, et autres remedes concer-
nans tant la santé de l’homme que la
guarison des maladies , les medica-
mens ont le premier lieu : lesquels,
comme dit Salomon , Dieu a produit
de la terre , et l’homme sage ne les
mesprisera 1 2. Car certainement il n’y
a rien qui appaise et oste si tost, et
quasi comme auec miracles, grandes
maladies, que les medicamens. Pour-
autant disoit Herophilus qu’iceux,
deuëment appliqués, estoient les
mains des Dieux, comme auons dit
1 J’ai peu de choses à dire de ce livre. Il
avait paru pour la première fois, en 1575,
en 40 chapitres; il fut enrichi d’un chapitre
et de nombreuses additions et modifications
de détail en 1579, et à peine si Paré y re-
toucha depuis. Il est probable qu’il l’avait
écrit à l’imitation de la Matière médicale de
Houllier, que Tagault avait jointe comme
complément à son Traité dechirurgie. Houl-
liery est en effet cité plusieurs fois; mais je
n’ai pas eu le courage de confronter les deux
livres assez exactement pour vérifier cette
conjecture. Cependant il y a quelques cha-
pitres dignes encore d’être consultés.
2 Ecclesia. 35. — A. P.
cy deuant. Aussi les Médecins pre-
miers ont esté réputés et tenus comme
diuins, à raison de la connoissance
des vertus et facultés des remedes et
medicamens : laquelle en la Medecine
est inestimable et plus que neces-
saire, tant en la précaution des ma-
ladies qu’à la curation d’icelles : et,
comme dit Galien , il faut sçauoir les
facultés des medicamens, auant qu’en-
treprendre la curation des maladies.
CHAPITRE I.
QVE C’EST QVE MEDICAMENT, ET LA DIF-
FERENCE ENTRE MEDICAMENT ET ALI-
MENT.
Médicament est la chose qui peut
altérer Nature en vne qualité ou plu-
sieurs, et n’est point conuertie en sa
substance : au contraire d’aliment,
lequel n’altere point ou peu Nature,
et se conuerlit en la substance de
nostre corps. Toutesfois médicament
et aliment sont pris et vsurpés par
comparaison du corps qui est médi-
camenté ou alimenté , en sorte qu’vn
médicament peut estre aliment à vn,
DES MEDICAMENS.
5a 1
et médicament à l’autre : comme par
exemple l’ellebore est aliment à la
caille, et médicament aux hommes :
aussi la ciguë est aliment à l'estour-
neau, et poison à l’oye : pareillement
l’herbe appellée fertile, est aliment à
l’asne,et est venin à toutes autres
bestes cheualines. Et ne se faut es-
bahir si ces choses sont alimens à tel-
les bestes : car il faut estimer qu'elles
sont conuenables à leur nature. Ce
qui peut aussi aduenir aux hommes
par accoustumance et long vsage,
desquels est faite naturelle habitude.
Et de cecy les histoires anciennes
en font foy , esquelles nous lisons
qu’aucuns ont esté nourris de ve-
nins1, comme la fille qui fut euuoyée
à Alexandre-le-Grand, laquelle auoit
esté nourrie de napel et autres ve-
nins, et par longue pratique en auoit
fait nature et habitude, de sorte que
son haleine estoit poison mortelle
aux hommes. Parquoy ne se faut
donner merueille si les medicamens
sont aucunesfois conuerlis en ali-
mens : ce qu’on voit aussi journelle-
ment auxpoulailles et porcs, lesquels
mangent serpens, crapaux, et autres
choses venimeuses sans dommage :
mesmes que la cicoigne et plusieurs
autres animaux s’en nourrissent, et
leurs petits.
CHAPITRE II.
DIVISION DES MEDICAMENS SELON LEVR
MATIERE ET SVBSTANCE.
Aux entrailles et veines de la terre,
et és abysmes des eaux , est cachée
1 L’édition de 1575 portait ici : comme est
escrit des psylles déduits Pline, tiu. 7. de
l’ Histoire naturelle , et Crinilus , en son pre-
et enseuelie la superbelé des riches-
ses de ce monde, comme or, argent,
et autres minéraux , ensemble plu-
sieurs pierres précieuses accompa-
gnées de diuerses propriétés singu-
lières. Aussi la superficie de la terre
est reuestue d’vne infinité d’arbres,
herbes , et arbrisseaux , où il y a vne
considération infinie à contempler
leur grand nombre et variété en
leurs racines, fueilles , fleurs , fruits ,
gommes, odeurs, saueurs.etcouleurs,
diuersité de leurs grandes vertus
qu’elles ont : pareillement est produit
sur icelle innumerables animaux ,
differens la pluspart entre-eux. A
quoy la bonté de ce grand Architecte
se manifeste infiniemenl de les auoir
donnés à l’homme, tant pour son con-
tentement et plaisir, que pour le nour-
rir et medicamenter. El par ainsi à
bon droit les anciens ont dit tous les
medicamens estre pris des bestes, des
plantes , de la terre , de l’eau , et de
l’air.
Des bestes, totales et entières, par-
ties et excremens d’icelles Des bestes
totales : car aucunesfois on vse d’vn
regnard , d’vn petit chien , hérisson ,
grenouille, limaçon, vers de terre,
cancre, et autres sortes de bestes. Des
parties des bestes que l’on prend,
comme foye de loup , foye de bouc ,
poulmon de regnard, l’os du cœur de
cerf, l’os coronal de l’homme, graisse,
sang, chair, moelle, testicules de cas-
tor, dont se fait le castoreum , et au-
tres parties. Des excremens d’icelles,
ou estans comme excremens, cornes,
ongles, poil, plumes, cuir, fiel, vrine,
fiente, saliue, miel, œufs, cire, laict,
laine, sueur, et autres semblables:
mie r liure d’ Honnesle discipline , et pareille-
ment de la fille qui /ut enuoyee à Alexandre-
le-Grand, etc. Le texte actuel date de 1579.
522
LE V1NGT-C1NQVIÉME LIVRE,
sous lequel genre aussi sont contenus
spécialement les excromens de cer-
tains animaux, comme les perles, le
musc, la ciuette, l’œsypus, et l’am-
bre, sperma ceti, et autres.
Des plantes, soient arbres, arbris-
seaux, ou herbes entières, ou parties
d’icelles. Entières, comme souuent
l’on vse de cichorée , guimauues,
maulues, plantain, et autres. Des
parties des plantes, comme racine,
moelle, bois, escorce, iettons, caule,
fueilles, fleurs, semence, fruit, suc,
ou jus, larme, gomme, mouce.
De la terre, lesquels sont ou sortes
et especes de terre , ou pierres , ou
métaux. Les sortes et especes de terre,
bolus ar menus, terra sigillata, cimo-
lia , creta , argila , etc. Les pierres
sont, pumex , pyrites, ou marchasila
auri , argenti, œris, etc, marmor,
magnes, gypsum , calx viua, lapis spe-
cularis, etc. Les métaux et matières
métalliques, sont or, argent, estain,
plomb, airain, cuiure, fer, acier, an -
timonium , cerussa , sulphur , cinna-
brium, lilhargyros auri , argenti , tu-
tliia vulgaris, pompholix ver a, œrugo ,
alutnen, vitreolum vtrunque, salis gé-
néra, arsenicnm vtrunque, etc.
De l’eau douce sont pris medica-
mens, comme de l’eau de pluye, fon-
taine , fleuue , auec tout ce qui naist
en icelle, comme lenticula aquatica,
acorus vulgaris , nymphœa , sisym-
brium. De l'eau salée sont pris le sel ,
ïalcyonium , omnia coralla , omnes
testœ piscium, vt ossa sepiœ , spougice.
De l’eau meslée de douce et salée sont
pris l’herbe androsaces qui , entachée
et enracinée sur quelque pierre ou
test et coquille de poisson, flotte sur
l’eau douce és lieux où elle se mesle
auec la salée, comme és emboucbeu-
res du Nil, és estangs de Frontignan
et cap de Sete. De telle espece d’eau
aussi est pris l'asphaltum, comme il se
voit és estangs de la mer Morte en
ludée, et en ceste fontaine de Lan-
guedoc à Beau-regard , que les habi-
tans du lieu nomment en leur vul-
gaire, Fons de la Pege.
De l’air sont pris la manne, laquelle
pour ce respect est appellée par Ga-
lien , miel aérien , et toute autre es-
pece de rosée, qui peut estre en vsage
médicinal tant pour le respect des
vertus qu’elle reçoit du soleil, duquel
elle est attirée, et de l’air, que des
herbes et plantes sur lesquelles elle
tombe et s’assied.
CHAPITRE III.
DIVISION DES MEDICAMENS SIMPLES
SELON LEVRS QVALITÉS ET EFFETS.
Tous cesdits medicamens simples
ont vne ou plusieurs des quatre fa-
cultés, lesquelles nous déduirons à
présent L
* L’édition de 1575 contenait ici un assez
long passage supprimé en 1579 :
«Tous cesdits medicamens simples ont
quatre facullez qui peuucnt opererel mons-
• rcr quelque ellect au corps humain bien
temperé. Car s’il y a intemperature au corps,
l’effect et le iugement d’iceluy seront nuis :
comme aux febricitans, à cause de leur in-
temperature chande et seiche, le iugement
du goust est depraué : ainsi est-il aux yuron-
gnes à cause de l’humide intemperature. Et
non seulement le iugement du goust se perd
par intemperature, mais aussi les sens de la
veuë, oüye, odorat ou flair , et du tact ou
touchement : comme appert en ceux qui pis-
sansaubain sentent leur vrine froide, iaçoit
qu’elle soit chaude, à cause de la plus grande
chaleur du bain, qui a dauanlage eschauffé
le corps. Les quatre facullez d’iceux sont,
première , seconde , troisième, quatrième,»
DES MEDlCAMENS
Première fatuité.
La première faculté, qui est com-
mune à toutes les autres, et quasi fon-
dement, prouenant immédiatement
des quatre premières qualités des ele-
mens, qui sont chaleur, froideur,
5a3
humidité , siccité , est ou simple , ou
composée , selon ce qu’vne ou deux
de ces quatre premières qualités ex-
cédent et surpassent les autres en la
température du médicament: comme
tu peux voir par ceste table.
Simple
Composée de deux qualités
jointes, comme
iD’eschauffer,
Refroidir,
Humecter,
Seiclier.
V
ÎEschauffer seicher,
Eschauffer humecter.
Refroidir seicher ,
P,efroidir humecter.
Chaleur
Froideur
Modérée
Immmoderée
[ Modérée
(Eschauffe,
Sublilie ,
Raréfié,
(Digéré,
Suppure ,
Ouure les conduits.
! Desseiche,
Enflamme,
BruSle , ! Attraction ,
Fait mordication, ^ Rubrificatioh ,
dont s’ensuit: < Consomption ,
I Eschare ,
V Mortification.
(Réfrigéré ,
Condense ,
Fait obstruction.
«
Immodérée et ex-
y treihe
Congele ,
Stupéfié,
Mortifie.
Humidité
Modérée
Immodérée et ex-
cessiue
Humecte ,
Lubrifie,
Addoucit ,
Glutine.
Fait obstruction ,
Flatuosité, principalement si l’humidité estflatueuse.
Siccité
Médiocre
Excessiue
( Desseiche,
Raréfié,
Atténué.
(Fait constriction ,
Contraction ,
Fissures et furfuratlons.
5a4
LF. VINGT-CINQVIÉME LIVRE,
Les effets d’icelles qualités, comme
Galien escrit au 5. des Simples , sont
distingués et mis par ordre certain ,
que nous appelions degrés, à fin de
les appliquer aux maladies en certaine
mesure et proportion, comme Galien
dit au premier des alimens: car à ma-
ladie chaude au second degré con-
uiennent remedes froids en pareil de-
gré Et pourtant, tous medicamens
simples sont,
Chauds
Froids
Humides
Secs
au
commencement
milieu
à la fin
! premier
' second
1 troisième
V quatrième
degrés.
La Chaleur \ /"premier
Froideur f ) second
Humidité 1 ) troisième
Siccité ] \ quatrième
degré est
obscure et insensible,
manifeste et apparente,
vehemente ,
tres-immoderée et excessiue.
Comme pour exemple de chaleur
distinguée par lesdils degrés : l’eau
tiede est temperée : celle qui est vn
petit peu plus chaude, est au premier
degré : si elle a desia chaleur appa-
rente, au second : si elle a chaleur
vehemente, au troisième degré: si
elle brusle , elle est chaude au qua-
trième degré Ainsi peut-on entendre
de froideur, humidité, et siccité. Donc
nous déduirons les medicamens sim-
ples selon leur degré de chaleur, froi-
deur, humidité et siccité.
Medicamens simples chauds, au degré el ordre
Premier.
Absinlhium ',
Alihœa ,
Amygdala dulcia ,
Bêla,
Brassica ,
Chamærnelum,
Ladanum,
Semen Uni ,
Saccharum ,
Eruum siue orobus,
Finum nouum : car le vieil, selon qu’il est de
plus ou moins d’années, est chaud au 2.
ou 3. degré.
‘Immédiatement après Absinlhium, l’é-
dition de 1575 ajoutait : Aloe.
Second.
Ammoniacum,
Apium,
A r terni sia ,
Cliamœpilys,
Crocus,
Fœnum græcum.
Ficus ,
Mastiche ,
Marrubium ,
Mel,
Melissa *,
Dracunculus.
Myrrha ,
A'ux moscala.
Pixarida , comme aussi Pix liquida, qui a
semblables facultés, sinon que ceste là est
plus propre pour les corps et parties plus
robustes : ceste-cy pour les délicates..
Scilla ,
S al,
Saluia ,
Titus ,
Aneihum ,
Sarcocolta.
Troisième.
Abrolonum , prœsertim vslum ,
Agnus,
Anisum,
Asarum,
1 L’édition de 1575 portait après Melissa,
Dracunculus.
DES MEDICAMENS.
5a5
Aristolochia ,
Cliumœdris,
Calaminlha ,
Cinnamomum ,
/ris,
/uni perus ,
Hyssopus,
Origanutn,
Sagapenum,
/luta hortensis,
Opopanax,
Galbanum ,
Bryonia ,
Ammi *.
Quatrième.
Allium,
Cep a *,
Euphorbium ,
Naslurlion,
Pyrelhrum ,
Sinapi ,
Tithymali ,
Chelidonium minus,
Anacardi ,
Buta syluestris : comme toutes plantes sau-
uages que Nature produit d’elle-mesme
surpassent en vigueur de mesmes qualités
et facultés, celles qui en mesme espece
viennent par art et main d’bomme.
Medicamens simples froids, au degré et ordre
Premier.
A triplex ,
Cotonea ,
Hordeum ,
Malua
Pyra,
Pruna.,
Bosa,
Viola. '
1 Ce troisième degré est celui qui a subi
le plus de retranchements en 1579; car, aux
espèces citées, l'édition de 1675 ajoutait;
Awomum , Piper , Sabina, Laurus , Chelido-
niurn maius.
5 Apres Cepa, on lisait en 1575 : Coslus.
* K ce mot succédaient en 1575 ces deux
autres : Milium, Myrtus.
Second.
Acacia ,
Cucurbita,
Ciicurnis ,
Mata granata acida : caries grenades qu’on
appelle douces ou vineuses, sont tempé-
rées: comme celles qu’on appelle Dulco-
acida, quasi comme meslées de doux et
acide, qu’on appelle aigre-doux, sont
froides au premier degré.
Planlago ,
Polygonon ,
Sumac h ,
Solanum hortense ; car celuy qu’on appelle
Somniferum », pour ce qu’il rend les hom-
mes insensés, stupides et endormis, est
presque aussi froid que le Papauer , de
sorte qu’on ne le peut prendre dans le
corps sans dommage, ains seulement doit
estre appliqué par dehors.
Troisième.
Htjoscyamus ,
Semperuiuum ,
Mandragora ,
Solanum morliferum *.
Quatrième.
Cicuta ,
Opium ,
Le pauot de quelque espece que ce soit:
excepté celuy qu’on appelle cormculutum 3.
Medicamens simples humides, au degré et ordre
Premier.
Buglossum ,
V iula ,
Malua ,
Bapum •
' Edition de 1575 : car celuy qu’on appelle
Maniacum. J’ajouterai que cette liste était
alors aussi accrue des noms : Gulla, Plan-
lago , Polygonon , tous effacés dès 1579.
1 Jusqu’en 15S5, ce troisième degré com-
portait les quatre espèces suivantes : Byos-
cyumus, Purluluca, Semperuiuum , Mandra-
gora.
3 L’édition de 1575 portait seulement:
Papauer rheas.
526
LE VIDÎGT-CINQVJEME LIVRE,
Second.
Ammoniacum ,
Lactuca ,
Cwurbita ,
Cucurnis ,
Melones ,
Porlulaca L
Medicamens simples secs, au degré et ordre
Premier.
Brassica,
Thus ,
Chamœmelum ,
Sarcocolla ,
Crocus,
Faba,
Fœnum græcum ,
Hordeum.
Second.
Artemisia ,
Balauslia,
Orobus,
Lens ,
Mel,
Masliche ,
Sal ,
Aneihum ,
Myrrha , .
Pix arida ,
Plaivkttjo ,
JYux moschaia 2.
Troisième.
Abrotonum vstutn ,
Absinthium ,
Acetum ,
Aloes ,
Cuminum ,
G alla ,
Clielidonium maius,
» En 1575, le premier degré de ces médi-
caments avait une cinquième espèce, le
Satyrium ; et le deuxième degré contenait
aussi de plus qu’aujourd’hui : Pruna damas-
cena, Vuce maturcc.
2 Cette liste du second degré avait trois
noms de plus en 1575 ; Galbanum, Opopa -
nax, Sagapenum.
Chamœpilys ,
Myrlus ,
Marrubium ,
Milium ,
Origanum ,
Bryonia,
Sanguis draconis ,
Sabina.
Quatrième.
Piper 1.
Allium.
Naslurtium ,
Sinapi ,
Euphorbium.
Ces qualités susdites monstrent les
effets et operations tant ja dites, que
plusieurs autres ( lesquellesie délaissé
à la Physiologie) par soy-mesme et
de leur propre nature, laquelle ils re-
tiennent tousiours en leur vray effect :
toulesfois elles ont autres operations
qui ne sont pas de leur nature s ains
sont Xaites par accident : par ainsi
nous les appelions acciden laies. Ce
qui sera manifeste par les exemples
suiuans.
La chaleur externe rafraîchit les
parties intérieures par accident, pour-
ce qu’icelle ouure les pores, en sorte
qu’en suant , la chaleur issanle auec
l’humeur délaissé , destitue et réfri-
géré les parties internes : et à cause
de ce la concoction est plus imbecille,
et l’appetit moindre. Icelle mesme
humecte par accident, en fondant et
liquéfiant ce qui auoil esté congelé et
arresté par le froid : car ainsi on dit
que Venus humecte 2.
Le froid semblablement, non de sa
propre nature , mais accidentale , es-
chauffe : ce qu’on voit en hyuer par
1 Le poivre, piper, était rangé dans le
troisième degré en 1575.
2Édition de 1575 : Ainsi ditHip. que Ve-
nus eschauffe et humecte. *
DES MEDICAMENS.
le froid extérieur, qui clost les pores,
et empescbe l’expiration et issue de
la chaleur naturelle, laquelle rete-
nue et repoussée au dedans , fait
bonne concoction : qui est cause que
l’appetit est plus grand en hyuer
qu'en esté. Semblablement ceux qui
manient la neige sentent puis après
vne chaleur Ires-grande, pour la
mesme raison, lceluy froid aussi sei-
che par accident, en repoussant la
matière humide tombant en vne par-
tie. 11 desseiche aussi par trop grande
congélation et compression de la ma-
tière humide, ainsi que nous voyons
tous les iours *, que par l’indeuë ap-
plication de remedes repercussifs en
matière pituiteuse, crasse et vis-
queuse, on endurcit l’humeur, et fait-
on vn scirrhe.
Siccilé et humidité, à cause que
sont qualités plus passiues qu’acti-
ues , n’ont pas leurs operations si ma-
nifestes et apparentes que le chaud et
froid, ainssont comme materielles au
regard d’icelles.
CHAPITRE IV.
DE LA SECONDE FACVLTÉ DES
MEDICAMENS.
La seconde faculté des medicamens
est celle qui ensuit les effets des qua-
lités premières : et est
RareQer,
Attirer ,
Ouurir ,
Atténuer ,
Aduucir ou polir,
Deterger.
De chaleur
‘Edit, de 1575 : Ainsique nous demonslre
Galien , qui dit , etc.
D’humidité j Amollir ,
( Laxer.
I Condenser,
Repousser,
Fermer ,
uk r rumeur ^ Incrasser,
Exaspérer,
Emboucher et faire em-
plastique.
De Siccilé 5 Endurcir,
( Tendre.
Ainsi nous appelions médicament
attractif , qui a vertu d’attirer: au
contraire repcrcussif, qui peut re-
pousser. Aussi rarefactif, qui ouure
les pores : et au contraire condensa-
tif , qui les ferme. Pareillement deter-
geant , ce qui est visqueux : et emplas-
tique, faisant plus solide ce qui est
trop lluxile. Et cousequemment Jes
autres remoliilifs , laxatifs , tensifs ,
attenuans , et autres', desquels parle-
rons plus amplement cy après, en les
déclarant particulièrement auec au-
cuns de la troisième faculté, de la-
quelle faut dire à présent.
CHAPITRE V.
DE LA TROISIEME FACVLTÉ DES
MEDICAMENS.
La troisième faculté est pour la plus
part produite des effets des qualilés
premières et secondes : aucunesfois
par complication de deux , aucunes-
fois d’vne seule : souuentesfois aussi
elle ne suit ny la première ny la se-
conde faculté , mais elle a vne pro-
priété et qualité indicible, conneuë
par seule expérience.
628 LE V1NGT-CIN(
Les effets et operations d’icelle fa-
culté sont, incarner, glutiner , cica-
triser, seder douleurs, mouuoir et
prouoquer ou arrester vrines , laict ,
semence, menstrues, sueurs, vomis-
semens , et autres semblables opera-
tions.
Par complication de deux facultés
prouiennent, incarner, par siccité et
detersion : agglutiner, cicatriser,
par siccité et astriction : prouoquer
sueurs, vrines, menstrues , semen-
ce , le laict , par chaleur et tenuité.
Faut entendre au contraire , pour
icelles arrester.
D’vne seule qualité de la première
faculté prouient , seder douleur (que
l’on dit proprement , et selon la pre-
mière espece des anodyns: non de la
seconde , qui est par euacuation de la
matière dolorifique : ny de la troisiè-
me, qui est par stupéfaction du senti-
ment) sçauoir par chaleur immodé-
rée. Prouoquer le sommeil, par froi-
deur simple ou froideur humide.
Prouoquer vomissement ne tient le
rang des effets dessusdits , ains est à
raison d’vne propriété occulte , la-
quelle a esté mise et infuse de nature
à l’agaric , et autres medicamens qui
peuuent inciter à vomir : et pour ce
faire sont nés , comme tous les autres
medicamens purgatifs, desquels di-
rons promptement en la quatrième
faculté.
CHAPITRE VI.
DE LA QVATR1EME FACVLTÉ DES
MEDICAMENS.
La quatrième faculté différé des
precedentes , à cause qu’elle ne dé-
pend d’icelles , ny n'a aucune qualité
nÈME LIVRE,
manifeste ny élémentaire pour faire
son action : mais par vne propriété
et vertu occulte, monstre son effet en
vne partie plusqu’en l’autre, ou purge
vn humeur plustost que l’autre : ce
qui se connoist seulement par expé-
rience, comme ja est dit du médica-
ment vomitif Et pourtant les medica-
mens de ceste quatrième faculté ont
les noms des parties que plus elles
aident entre les autres.
Céphaliques ou capitales, c’est à dire,
delà teste : tels sont betoine, mario-
laine, sauge, stœchas, rosmarin.
Pulmoniques , pour le regard des
poulmons: comme reglisse, amandes
douces, iris, tragacanth, enula cam-
pana, et autres.
Cordiaux, pour le cœur , comme
cinnamome,escorcedecitron,saffran,
buglosse, corail , iuoire et autres.
Stomachiques , qui ont esgard au
ventricule eteslomach, sont poyure,
gingembre, noix muscade, menthe,
anis, mastic et autres.
Hépatiques, qui aident lefoye, sont
absinthe, eupatoire ou agrimoine,
spica nardi, cichorium, santal, etc.
Spléniques, qui font leur operation
à la ralte, sont thymus, flos gcnistœ,
ceterach, epithymus, cortex tamarisci,
cortex radicum capparis.
Ceux qui ont esgard aux reins, ou
les nephritiques, sont rad.ces apij, as-
paragi , fœniculi, brusci : semina qua-
tuor frigida maiora : terebenthina ,
plantago, saxifraga, etc.
Arthritiques , qui regardent lesioin-
turcs,sonlceux-cy, chamœpitys,hcrba
paralysis, enula campana, calamcn-
thum, hermodactyli, etc.
Entre ceux-cy peuuent estre ra-
comptés les medicamens purgatifs,
qui ne purgent pas les humeurs de
nostre corps par leur chaleur , froi-
deur, siccité ou humidité : mais de
DES MEDICAMENS.
tout leur tempérament , forme et
vertu spéciale ou occulte 1 ,iaçoit qu’ils
ayent esté mis auec ceux de la troi-
sième faculté : car ils besognent au
corpshumain par propriété spécifique,
et soutient plus en vne partie qu’en
l’autre : comme pour exemple, l’aga-
ric tire plus le phlegme des iointures
de la teste que des autres. La
rheubarbe est plus propre à purger
le foye et reins qu’autres parties.
Les hermodaltes tireut principa-
lement des iointures : et ainsi des au-
tres. La contemplation entière des
purgatifs ie délaissé à ceux qui du
tout s’exercent en icelle, pour tant
qu’elle n’appartient tant à la Chirur-
gie.
Or des medicamens susdits aucuns
ont vne faculté simple, autres en ont
plusieurs, autresen ont deux contrai-
res, comme sensiblement nous con-
noissons par les saueurs contraires
qui en goustant se manifestent: ainsi
qu’appert en la rheubarbe, laquelle
en la superficie se monstre amere et
chaude, et puis monstre à la fin vne
astriction de sa substance terrestre et
crasse. Et pour raison que par les
saueurs, les facultés et effets des me-
dicamens sont certainement conneus,
estans simples et attiédis appliqués
sur la langue, à fin que le sens du
goust(iuge desdiles saueurs) en puisse
iuger, nous dirons à présent des sa-
uenrs.
* Cette phrase incidente : qui ne purgent
pas, etc. , a été ajoutée ici en 1585.
Ô29
CHAPITRE VII.
DES SAVEVRS.
Saueur, selon Aristote et Théo-
phraste, ainsi que Galien le recite au
premier liure des Simples, est vne
concoction d’humidité en siccité, faite
par le bénéfice de chaleur, laquelle
estconneuë estant appliquée sur la
langue bien disposée, par le moyen
du nerf de ladite langue, et d’vne sa-
liue médiocre.
Les différences des saueurs sont
neuf.
Trois chaudes, qui sont acre, amere
et salée.
Trois froides, sçauoir [est1, [acide,
acerbe, austere.
Trois temperées, qui sont douce,
oleeuse, insipide ou fade.
Toutes lesquelles prouiennent de
concoction : laquelle est plus grande
aux saueurs que nous appelions chau-
des : plus petite en celles que nous
disons froides : médiocre és tempe-
rées. Parquoy Nature tient fort sou-
uent et plus communément tel ordre
en la concoction des saueurs , que
premièrement se monstre et appa-
roistla saueur acerbe, la chose estant
encores du tout crue : puis auec quel-
que concoction est faite l’austere :
après ensuiuant l’acide 1 : puis l’acide
par concoction plus grande est faite
1 Le commencement de cette phrase était
fort différent en 1575 ; ou lisait :
« Parquoy Nature tient tel ordre en la
concoction des saueurs. L’insipide est la pre-
mière, à cause qu’elle n’a receu aucune
impression de chaleur : puis auec quelque
concoction est faite l’austere : apres l’acerbe
ensuyuant l’acide : puis l’acide par concoc-
tion plus grande , etc. »
III.
34
53o
I.E VINGT-CINQVlÉME LIVRE ,
douce ou oleeuse, laquelle auec cha-
leur augmentée est tournée en salée,
et de salée faite amere : iusques à
tant que par vne chaleur excessiue et
trop grande, finalement est faite l’a-
cre, qui tient entièrement la nature
du feu : à ceste cause c’est la fin des
saueurs, et mise au dernier degré de
concoction. De chacune saueur dirons
particulièrement , commençant aux
froides.
Saueurs froides.
L'acerbe est froide et terrestre,
moins aqueuse que l’acide , de crasse
substance. Elle refraischit , espaissit ,
condense, astreint, repousse, princi-
palement en la superficie. Elle se con-
noist és escorces de grenade, noix de
galle, tan, et noix de cyprès.
L’acide est aqueuse, froide, subtile,
sans chaleur naturelle. Elle incise,
atténué, mord, purge, deliure ob-
structions : et se manifeste en toute
espece d’ozeille , vinaigre , cerises ,
espine-vinette , et autres.
L’austere est prochaine quant au
tempérament et effets à l’acerbe : car
l’acerbe consiste en vne substance
terrestre et froide. Icelle receuant
mutation et auancement, est aug-
mentée ou de la seule chaleur, ou de
chaleur et humidité , et icelle ou aé-
rée, ou aquée : ou de la seule humi-
dité. Si les fruits acerbes, qui tels sont
deuant leur maturité , sont augmen-
tés de la seule chaleur, ils passent en
saueur douce, comme les chastai-
gnes. S’ils sont augmentés de la seule
humidité, et icelle crasse, d’acerbe
ils passent en la saueur austere : car
ces deux saueurs acerbe et austere
sont en pareil degré de frigidité : seu-
lement l’acerbe est plus terrestre,
l’austere est plus humide. Que si la
frigidité est persistante, les fruits sont
augmentés en humidité, et icelle aé-
rée et ténue , ils passeront en saueur
acide. Que si ensemble ils sont aug-
mentés de chaleur et humidité aquée,
ilspasseront en saueur douce : ou bien
saueur oleeuse, si auec la chaleur
l’humidité qui suruient est aérée. De-
quoy il a esté bon donner aduertisse-
ment , à fin d’entendre par quels
moyens les corps sauoureux, d’acer-
bes qu’ils sont au commencement,
deuiennenl enfin doux par les moyens
d’austérité , acidité et saueur oieeuse,
selon qu’ils sont augmentés de cha-
leur et humidité simple ou compli-
quée : dont il est aisé à entendre que
la saueur austere desseiche moins
que l’acerbe , au reste restreint et
reserre, agglutine, refraichit. Elle
se monstre és cornoilles , neffles ,
pommes , poires de bois , et autres
fruits cruds, et non encore meurs1.
Saueurs temperées.
L’insipide ou fade, improprement
appellée saueur, est froide et aqueuse.
Elle espaissit, coagule, fait contrac-
tion des pores et des orifices des vei-
nes, restreint , esleinl la chaleur, et
souuentrend le membre stupide. L’on
la connoist en vne chose qui n’a au-
cune saueur notable qui se puisse
discerner, comme l’eau simple.
L’oleeuse chaude, humide aëreuse.
Elle humecte, Iasche, emollit, lu-
brifie : comme huile, beurre ,axonge,
mobile, et autres semblables.
La douce chaude, aëreuse , et tem-
pérée. Elle laue,rpolit, cuit, digéré,
1 Édition [de 1575 : Elle se monstre és
fleurs de grenades saunages , dites balaustes,
escorces de grenades, noix de galles, alum ,
coquilles de glands et autres. La phrase
actuelle était alors attribuée à la saveur
acerbe.
DES MEDICAMENS.
suppure, laxe, appaise les douleurs :
comme sucre, miel, manne, aman-
des douces, laict, et les autres.
Saueurs chaudes.
La salce chaude, astringente, moins
terrestre que l’amere , fait contrac-
tion des porosités, restreint, preserue
les corps de putréfaction, desseiche
sans apparence de grande chaleur, di-
géré , deterge, serre. Toutes especes
de sel, salpestre, sal-nitre, sel am-
moniac ', sal gemme , sel commun ,
eau salée , et semblables qui retien-
nent la saueur salée.
L’amere chaude , terrestre et des-
seichante 1 2, purge, deterge la sanie
des vlceres et les humeurs superflus
du corps, ouure les porosités et orifi-
ces des veines , subtilie, incise les
grosses humeurs, prouoque mens-
trues et hemorrhoïdes. Elle se mons-
tre en aloé, fiel, absinthe, suye,
gentiane, centaure petit , fumeterre,
et autres semblables.
L’acre chaude et subtile, de nature
du feu , eschauffe , attire , seiche, de-
terge, incise, atténué, digéré, purge,
prouoque les vrines et menstrues ,
sueurs : consume, liquéfié, fait ves-
cies et eschares , cautérisé et brusle.
Aulx, oignons, squilles, porreaux,
poyure, moustarde, pyrethre, et sem-
blables , représentent la saueur acre.
Outre le iugement des saueurs , l’on
peut aussi connoistre les medicamens
par les autres sens naturels exté-
rieurs, comme par l'attouchement, la
veuë, l’ouye, et le flair : par lesquels
quelquesfois nous iugeons de leur
bonté ou malice en l’election , sou-
uentesfois aussi de leurs qualités ac-
1 L’édition de 1575 ajoutait ici : sel alcaly.
* Édition de 1 575 : L’amere chaude el ter-
restre , astringente .
53 1
liues, combien que le iugement en
soit beaucoup incertain.
L’attouchement iuge des choses ru-
des, ou polies et douces à la main :
dures ou molles , tendres et gluan tes :
lubriques et glissantes, ou arides et
seiches: chaudes ou froides, humides
ou seiches , pesantes ou legeres.
La veuë iuge des couleurs par vne
splendeur estant és corps , pour la-
quelle distinguer les yeux sont ordon-
nés : de là nous estimons vn bon séné
qui tire sur le noir verdoyant, et
n’estimons le bîanchastre. Toutes-
fois quant aux qualités premières des
medicamens , le iugement pris de la
couleur est fort fallacieux : car tous
medicamens blancs comme neige , ne
sont froids : ains aucuns chauds ,
comme la chaux : les autres froids.
Aussi medicamens rouges sont en
partie chauds, comme chalcanthum
calciné : autres froids, comme roses
rouges. Parquoy d’icelle nous ne fe-
rons grand compte pour le iugement
des medicamens.
Le flair discerne l’odeur bon du
mauuais, et les qualités chaudes qui
se treuuent és euaporations des me-
dicamens qui ont odeur : car en tant
qu’ils ont odeur, ils sont chauds, veu
que tout odeur est chaud.
L’oüye iuge des sons , moyennant
l’air extérieur. Icelle pour l’election
du médicament discerne les choses
pleines des vuides, comme les basions
de casse, noix d’Inde, pierres d’ai-
gles, et les autres.
Nous auons iusques à présent dé-
claré en general les facultés des medi-
camens, première, seconde, troisième,
quatrième , et la connaissance et iu-
gement d’icelles : à présent faut dé-
duire en particulier aucunes facultés
et vertus de la seconde et troisième
faculté , à raison que pour le respect
532 LE VINGT-C1NQVIÉME LIVRE
de telles facultés les medicamens
viennent et sont en vsage iournalier
et ordinaire entre les Chirurgiens :
commençant aux medicamens reper-
cussifs, ayant toutesfois, première-
ment , et en brief , louché la façon de
les préparer.
Encore ne veux oublier à descrire
les choses odoriférantes que les Chi-
rurgiens vsent en la composition des
medicamens, auparauant que parler
de la façon de les préparer : c’est à
sçauoir, musc, ambre gris, ciuette ,
lignum aloës , assa odorata, galanga,
spica nardi , macis , styrax calamite ,
clou de girofle, muguette, souchet ,
iris de Florence , camphre , fleurs de
lauande , de rosmarin, de camomille,
de melilot, thym , fleurs d’oranges ,
marjolaine, menthe, hyssope, et plu-
sieurs autres
1 Ce paragraphe ne date que de 1585.
Quant à la table qui suit , et qui constitue
le chapitre 8, elle a été ajoutée en 1579 ; tou-
tefois il est bon de noter que ce chapitre 8 a
été omis dans la table des chapitres jusque
dans les dernières éditions.
CHAPITRE VIH. — de la façon de rnEPAJtEr. les medicamens.
(
Piler
^Bénins.
Aiîis à
prendre
Préparer
les medi-
camens ,
n’est au-
tre chose
qu’artifi-
ciellement
les rendre
propres à/
mettre en\
vsage , ou '
es compo-
sitions , à
fin qu’ils
soient, ou
plus
Cribler
Dissoudre
O
Brusler
Aisés i
tnesler.
î Cuire
V
Salutai-
res.
^Lauer
Qui est les réduire en \ Bronze,
poudre, en frappant jFer>
oubroyant,cequel’on f Plomb,
fait dans vn mortier /Verre,
auec pilons , qui sont \Bols’
ou de Marbre,
J et autres. '
Con-
side-<
ranti
( Qui est séparer ce qui .
est net et délié d’auec Ecorce de T.llet1
\ ce qui est sale et gros- > Parchemin >
/ sier.cequesefaitauec (s°ye<ie chenal.
cribles de
) Taffetas et linge.
Desseicber
Infuser
La chose que l’on pile, —
La force et maniéré qu’on
doit piler, — Le. temps et
espace, — La situation ,
— Ce qu’on y adiouste ,
— I,a consistence en la-
quelle on doit laisser la
chose pilée.
' Ayant esgard qu’il y a mes-
me raison à cribler qu’à
piler, et pource les choses
qui veulent estre pilées
délié , demandent estre
passées aussi par vn crible
délié , et au contraire.
, Qui n’est autre chose sinon des- , Seul s surquoy on /D’amollir
l mesler et ramollir vn medica- 1 (peut compren- '
I ment qui esloit de consistence ) auec 1 dre la forme
v dure et solide, ce qui se fait ou \ liqueur ^ ''Fondre.
(Qui n’est autre chose que consommer ^ Au soleil, \
l’humidité , laquelle est nuisible , ( I Ayant esgard
dommageable et superflue , ce qui se l (au médicament,
fait, ou y au feu, J
Sur l’infusion on
peut adiouster
la nutrition qui
est augmenta-
tion du medica
ment, l’abreu-
uant petit à petit
en le remuant.
Les mettre plus facilement
en poudre estant trop gluan-
tes ou humides.
Les rendre plus subtiles.
Acquérir quelque qualité
ignée , diminuer leur force,
laquelle estant acre s'adou-
cit, comme escrit[GaI. fi. 4.
des Sirnp. cha. 9.
Lesdeguiser en autre couleur.
(Augmenter leurs facultés qui
sont faibles, cuisant auec eux
ceux qui ont plus de faculté
et vertu.
Amoindrir leurs facultés,
Oster vne mauuaise qualité,
■ Faire que de plusieurs simples
cuits ensemble de diuerses
facultés, se produise vne
certaine vertu,
Donner telle consistence que
desirons garder, et les con-
seruer longuement.
Et pour les bien lauer , Ies>
faut mettre en poudre tres-
deliée, à fin qu'en toute leur |Cou]eur
substance l’eau puisse péné-
trer , et la changer tant de J
de fois qu’elle n'aie aucune |
qualité du médicament en
Lesquelles faut fondre , puis Rôdeur,
les ieter en vn vaisseau plein i
d'eau, et les remuer: puis les I
laisser reposer iusqu'à ce quel
tout le gras vienne au des- 1
sus : et le reiterer iusques à fSaueur.
ce que l'eau ne retienne au-
cune qualité, soit en
Qui est tremper les/ La liqueur, / Laict,
I medicamens après I car autres ) Vinaigre
| qu'ils sont grossement! se infusent j Huile,
pilés , considérant ) en ( Eau
If Vne heure ,
. 1 deux heures
LetemPS vn iour, plus
v nn moins.
'N'est autre chose!
que consommer!
l'humidité qui est<
en iceux, ce qui se j
fait ou
Auec
mixtion,
/et ce
> ou 4
sans
Ipour
mixtion.
N’est autre chose/
que faire bouillir!
en quelque liqueur'
vn médicament, ou
bien lui faire con-<
sommer quelque
partie de son hu-
midité , qui se fait]
ou au
Qui est vne/
espece de
purgation |
et nettoie-
ment, qui ,
i se fait pour"'
oster quel-i
que im-
mondice és\
choses ou
Feu, "\
Ue
ou
[ pour
Soleil,
/ Résinés, ,
mol-! Gomme
les. ) Axonge’
( Huiles.
534
LE VWGT-CINQVIÉME LIVRE
CHAPITRE IX.
DES MEDICAMENS REPERCVSSIFS OV
REPOVSSANS.
Medicamens repercussifs ou re-
poussans sont froids, et de grosses
parties. Sous ce nom de repercussifs,
nous entendons aussi les astringents
et roboratifs, pource qu’ils semblent
repousser, empeschant la fluxion des
humeurs tombans et coulans en quel-
que partie. Or tels sont-ils ou de soy,
et de leur propre nature, ou par ac-
cident , et sans qualités et effets pro-
pres.
De ceux qui sont repercussifs de
leur propre nature , les vns sont
aqueux et humides sans aucune as-
triction, pourtant sont debiles : les
autres terrestres et astringens : des-
quels les vns sont chauds, les autres
froids, qui sont forts, et proprement
appellés repercussifs : et d’iceux les
vns simples, les autres composés.
Medicamens repercussifs de leur
propre nature aqueux et humides,
repoussans seulement d’vne qualité
froide, sont :
Lactuca , portulaca, sonchus *, lenticula pa-
lustris, vmbilicus veneris, cucumis, me-
lones, cucurbita, semperuiuum vtrunque :
aqua communis.
On peut aussi adiouster à ceux cy,
1 L’édition de 1575 ajoutait: cicliorium,
polygomim , trifolium , auricula mûris ; puis
un peu plus loin : oxalis , albumen oui , et
enfin au lieu de aqua communis, elle portait:
rosce et aquee ex his distillâtes. Tout cela avait
été efl'acé dès 1579, et Vaqua communis ne fut
ajoutée que dans la première édition pos-
thume de 1598.
Poma mandragoræ , solanum , hyoscyamus
et succus papaueris.
Lesquels refrigerent grandement ,
et pourtant les faut oster auant que
les parties où ils ont esté appliqués
deuiennent liuides.
Les terrestres astringens froids ,
proprement appellés repellens ou re-
percussifs, sont :
Plantes.
Plantago, folia vitium, capita rosarum,
quercus , cupressus , rubus , oiyacantha ,
tbus, caudaequina.
Fruits.
Fructus sorborum , cornorum, mespilorum,
cydoniorum , myrtillorum *, nuces cu-
pressi , nuces aliæ virides , gallæ , glan-
des, sumach, omnes fructus immaturi.
Jus.
Omphacium, acetum , vinum austerum,
succus granatorum acidorum, acacia,
succus berberis , succus cydoniorum , hy-
poclstis.
Escorces et fleurs.
Malicorium , cortex quercus , cltrlni , ba-
laustia.
Farines.
Farina hordei , fabarum , panicl , auenæ ,
milij , orobi , admixta succis ad modum
pultis.
Métaux.
Bolus armenus , sanguis draconisj, cerusa ,
lithargyros, terra sigillata , cimolia ,
creta, argilla , magnes, plumbum , co-
ralla , marcasitæ omnes, antimonium ,
spodium, pompholyx vera, omnis terræ
species :
i L’édition de 1575 ajoutait ici : spinorum.
DES MEDICAMENS.
535
Et autres tels medicaraens repercus-
sifs simples.
Les composés sont :
Huiles.
Oleum rosaceum , omphacinum , myrtillo-
rum, papaueris, cydoniorum,nenupharis.
Onguens.
Vnguentum rosatum, album Rhasis, ca-
phuratum, cmplastrum diachalciteos dis—
solutum in aceto et oleo rosato, desicca-
tiuum rubrum, populeum.
JEmplaslres.
Emplastrum nigrum siue triapharmacum
descriptions Galeni, emplastrum contra
rupturam , de cerusa , pro matrice.
Tous ces medicamens repercussifs
froids ont plus grande efficace, quand
ils ont quelque tenuité de substance
adiointe, soit par leur nature, soit
par mixtion : comme pour exemple,
souuent on adiouste aux autres re-
percussifs de crasse substance, vinai-
gre, camphre, et autres de parties
subtiles, à fin de mieux pénétrer et
seruir comme de chariot à porter la
substance terrestre et astringente ius-
ques au dedans.
Les repercussifs terrestres astrin-
gens chauds sont :
Herbes.
Absintbium , centaurium, gentiana , eu-
patorium , sabina , coriandrum , men-
tlia, lauri folia.
Conforlans et aromatiques.
Graine de paradis1, cardamomum, cala-
mus aromaticus, aloës, spica, crocus, nux
moscata , cinnamomum, succinum, etc.
1 La graine de paradis n’a été ajoutée là
que dans l’édition posthume de 1698.
Métaux.
Sal, alumen, vitreolum, sulphur, etc.
Huiles.
Oleum absinthij, mastichinum, nardinum,
costinum , cerotum stomachicum Galeni,
6antalinum, emplastrum diachalciteos.
Repercussifs par accident sont , li-
gatures, compresses, astelles , cautè-
res, saignées, ventouses, frictions
doloreuses és parties opposites : et
autres semblables remedes que pro-
prement on appelle reuulsifs.
L’vsage des repercussifs est pour
repousser l’humeur coulant d’vne
partie à l’autre, et appaiser l’intem-
perature chaude : car souuent par le
flux des humeurs est engendré dou-
leur, fiéure, aposterae, vlcere malin,
gangrené, mortification, et autres ac-
cidens.
Tels medicamens repercussifs faut
premièrement appliquer à la maladie,
considérant la température et com-
plexion du corps, et nature de la par-
tie affectée. Car toutes parties ne
peuuent pas soustenir et endurer
mesmes repercussifs , comme ner-
ueuses, spermatiques, et autres telles
parties froides. Ioint qu’à d’aucu-
nes en tout, il ne faut vser des re-
percussifs : comme aux emonctoires
du foye, du cœur, et du cerueau : à
fin de ne renuoyer la fluxion en vne
partie principale et première. Aussi
tous corps ne peuuent pas endurer
mesmes repellens : car femmes , en-
fans, chastrés , et autres telles gens
délicats, ou aagés, ne souffriront me-
dicamens si fort froids, que ferdnt les
corps robustes, chauds et forts. Des
maladies aussi aucunes demandent
repercussifs, autres non. Car caco-
chymie et plénitude ne requièrent
' tels medicamens, que l’euacuation
536 LE VINGT-CINOVIISME LIVRE
vniuerselle n’aye précédé. Pareille-
ment matière venencuse, crasse, acre
et en multitude, ne demande reper-
cussifs, comme bien le déclaré mon-
sieu r maistre Iacques Hollier, Docteur
en Medecine , en son liure de la ma-
tière de Chirurgie : ny pareillement
la matière qui est accompagnée de
grande et intolérable douleur : non
plus que celle qui flue par vne excré-
tion critique : car en tels cas, au con-
traire, il faut vser de medicamens
attractifs et parégoriques.
Or les maladies qui demandent re-
percussifs, quelquesfoissont grandes:
parquoy en icelles ne ferez rien de
petits remedes , comme de laictue en
grande inflammation : autres sont
petites ou médiocres , donc ne faut
vser de forts repercussifs : car s’ils
sont trop forts, le cuir est reserré,
l’humeur congele , la fluxion et in-
flammation accroist, de sorte que bien
souuent la matière s’endurcit en
scirrhe, comme nous dirons cy après
selon Galien.
CHAPITRE X.
DES MEDICAMENS ATTRACTIFS.
Médicament attractif ou attirant,
contraire au repoussant ou reper-
cussif, que les Grecs appellent helcti-
que, est de chaude et ténue substance :
par laquelle il attire au dehors et à
la circonférence ce qui est au dedans
du corps bien profond et auant : et
ce, ou par vne qualité manifeste, ou
par vn don et propriété de nature, ou
d’ vne qualité accidentale et acrimo
nie. Medicamens attractifs de leur
propre nature et qualité manifeste
sont simples ou composés.
Les simples sont :
Racines.
Bryonia, allium, cepa, porrum, aristolo-
chia, hermodactyli , cyclamen, lilium,
sigillum beatæ Mariæ, arum, asarum,
asphodelus, gentiana, pyrethrum.
Herbes.
Ruta, sabina , calamenthum, omnes tithy-
malorum species , viscum , abrotonum ,
anagallis , vtrica , ranunculus , struthio ,
et autres telles plantes acres.
Gommes.
Ammoniacum, bdellium, galbanum, opo-
panax, sagapenum, euphorbium, asptaal-
tum , etc.
Métaux.
Calx viua , cinis è fæce vini vel aceti, sul-
phur, sal ammoniacum, et omnes salis
species , auripigmenlum.
Huiles et graisses.
Oleum vêtus et multorum annorum, adeps
leonis, vrsi.canis, anseris , viperæ , ra-
narura1 : axungia porci yetustate acris,
aut attriturotarum.
Les composés sont :
Huiles.
Oleum de spica, philosophorum, de tere-
benthina, de croco, de scorpionibus, ru-
taceum , vulpinum, laurinum, anethi-
num, de vitriolo.
Onguens.
Vnguentum Agrippæ, aragon seu auxiliare,
martiatum, enulatum, theriaca, mithri*
datium.
1 J’ai rétabli ici d’après toutes les édition»
du vivant de l’auteur ce mot, ranarian , qui
manque dans toutes les éditions posthumes.
DES MEDICAMENS.
Emplastres.
Emplastrum «le meliloto, diaehylon ma-
gnum et paruum , oxycroceum , diuinum.
Ceux qui attirent d’vn don de na-
ture et familiarité de substance, sont :
Magnes, argentum viuum, pæonia, suc-
cinum, omnia alexipharmaca, c'est-à-dire
qui répugnent aux venins : et theriaca
médicamenta, c’est-à-dire qui contrarient
aux morsures des besles : et omnia pur-
gan.ia médicamenta.
Ceux qui attirent par qualité acci-
dentale, attirent ou par putréfaction,
ou autrement.
Par putréfaction attirent :
Stercuscolumbinum , caprinum, vaccinum,
humanum , et omnes aliæ stercorum spe-
cies, fermentum, cascus vêtus, etc.
Ceux qui attirent par autres qua-
lités, sont :
Cucurbitulæ, sanguisugæ, syringa, frictio
asperior et durior, suctus, dolor, vincula
astrictoria , cauteria.
Ces medicamens attractifs ne doi-
uent ny brusler, ny résoudre. Les
trop acres faut attremper d’huile ro-
sat , ou par medicamens doux. Les
debiles faut renforcer d’huile laurin ,
chaux-viue, et autres plus forts.
Cesdits attractifs seruent à tirer le
venin à la peau : ou s’il y a quelque
chose pesliferée et vitieuse au milieu
du corps, ils la tirent ailleurs. Us ai-
dent à maturer les abscés critiques.
Us rendent la vie aux parties tabides
et emaciées, et reschauflent celles
qui sont trop réfrigérées. Usespuisent
la sanie vitieuse des mauuais vlceres,
et playes des nerfs. Us esleuent et ti-
rent dehors les esquilles d’os, doux,
espines, sagettes. Us euacuent les
537
restes des phlegmons endurcis. Us
suruiennent aux morsures, tant des
bestes que des hommes.
CHAPITRE XI.
DES MEDICAMENS HESQLVTIFS. ■;
Médicament résolutif est celuy qui,
par sa chaleur et tenuité de sub-
stance, Guure les pores, atténué, dis-
sipe, et fait euaporer et exhaler par
insensible transpiration le:' aumeurs
et autres matières inutiles et super-
flues és parties où elles sont arrestées.
D’iceluy y a deux especes : car l’vn
est rarefactif, l’autre résolutif, que
les Grecs appellent diaphoretique.
Le rarefactif par chaleur médiocre,
peu de siccité et subtile substance,
ouure et amollit la peau, et donne
sortie à ce qui estoit retenu : pourtant
peut estre dit anodyn , car il excede
bien peu le temperé. Le diaphoreti-
que , par chaleur plus grande que le
rarefactif, dissipe insensiblement ce
qui est arresté et impacte en vne
partie : et aucunesfois a plus grande
chaleur que l’attractif, selon les corps
où il doit estre appliqué : car aucu-
nesfois l’attractif, appliqué à vn corps
dur, pourra estre résolutif, où s’il
estoit appliqué à vn autre, il allire-
roit du dedans au dehors. Les rare-
factifs que nous pouuons appeller
résolutifs , debiles , sont simples ou
composés.
Les simples sont :
Herbes.
Bismalua cum toto, parietaria, adianthum,
mercurialis, ebulus, valeriana, rosmari-
nus, saluia, thymus.
538
LE VmGT-CINQVlÈME LIVRE ,
Fleurs.
Camomilla, melilotum, anethum.
Semences et farines d’icelles.
Farina hordei, tritici , seminislini, fœnu-
græci, nigellæ, furfur.
Graisses.
Adeps gallinæ, anseris, anatis, cuniculi,
vitulinus.
Métaux.
Metallica fere omnia, nisi acria sint.
Les composés sont :
Huiles.
Oleum camomillæ, anethinum, liliorum,
catcilorum, lumbricorum , Keiri, de vi-
tellis ouorum, tritici, amygdalarumdul-
cium.
Onguens et emplaslres.
Vnguenturn de althæa, emplastrum diachy-
lum , ireatum.
Les diaphoniques ou digestifs ,
semblablement sont simples ou com-
posés.
Les simples sont :
Racines.
Aristolochia, enula campana, iris, cepa,
scilla, sigillum Salomonis, sigilium beatæ
Mariæ, bryonia , panis porcinus, dracun-
culus, acorus, asphodelus.
Herbes.
Origanum, mentha, pulegium, sabina,
serpyllum, calamcnthum, hyssopus, vr-
tica , arteinisia , lauendula , chamæpy lis '.
Semences.
Anisum, fœniculum, cuminum, piper, nui
1 L’édition de 1575 ajoutait à cette liste:
brassica , effacé dès 1579.
moscbata, coriandrum, baccæ lauri etiu-
niperi. h
Farines.
Farina fabarum , lupinorum , orobi, milij ,
frumenti , furfur, mica panis.
lus.
Acetum tepidum, oxycratum, vinum vêtus,
aromaticum, mel, aquavitæ, muria.
Graisses.
Adeps tauri, equi, leonis, canis, hirci,
butyrum, et alij adipes.
Moelles.
Medulla cerui, cruris bouis , arielis, etc.
Gommes.
Ammoniacum, galbanum, opopanax, sa-
gapenum, myrrha, bdellium, thus, te-
rebenthina, pix nigra, ladanum, styrax,
calamita, benioinum, etc.
F ienles.
Stercus caprinum, columbinum, caninum,
bubulum , et aliæ stercorum species.
Les résolutifs composés sont :
Huiles.
Oleum amygdalarum amararum , iuniperi-
num, laurinum, de scorpionibus, irinum,
costinum , nardinum, de terebenthina ,
de croco, cannabinum , raphaninum , è
cucumere agresti , vulpinum , ruliceum,
philosophorum, delateribus, de euphor-
bio, de tarlaro, de petroleo, de Kerua
siue racininum1.
Onguens.
Vnguenturn Agrippæ, martiatum, aragon,
enulatum.
1 L’édition de 1575 ajoutait ici : oxymel
simplex.
DES MEDICAMENS.
Emplastres.
Emplastrum deVigo sine additioneetcum ad-
ditione, oxycroceum, diachalciteos, disso-
lutum in oleo digerente ad formam cerati.
Les rarefactifs conuiennent à l’ac-
croissement et vigueur d’vne tumeur
superficielle , en lieu mol , et matière
chaude et humide : aussi en vne ma-
tière venteuse.
Lès diaphoretiques doiuent estre
appliqués à l’accroissement des tu-
meurs, en y adioustant quelque as-
tringent, de peur que par trop digé-
rer ils n'attirent et augmentent la
fluxion. A la déclination desdites tu-
meurs, les faut appliquer sans mix-
tion aucune en vn corps qui a la peau
dure, et quand l’humeur est froid et
crasse, caché au profond du corps,
où à peine les medicamens peuuent
imprimer leurs vertus et effets. Tou-
tesfois il faut auoir esgard aux par-
ties où l’on applique résolutifs. Car
au foye, à la ratte, ventricule, et au-
tres telles parties, ne faut appliquer
résolutifs et relaxatifs, sans y adious-
ter quelque astringent, comme choses
aromatiques : en partie stupide et
peu sensible , faut mettre diapho-
retiques plus forts : és autres plus
sensibles , comme à l’œil et parties
nerueuses, plus doux. Aussi en ma-
tière froide et crasse, faut vser pre-
mièrement de remedes incisifs, at-
tenuans, après des emolliens, pour
petit à petit venir aux diaphoreti-
ques : car autrement le plus subtil se
resoudroit, et ce qui est cras et espais
s’endurciroit. D’auantage, quand la
partie est tellement oppressée de flu-
xion qu'il y a danger de gangrené et
mortification , il faut délaisser les ré-
solutifs , et venir à scarification :
comme doctement l’escrit monsieur
maistre Iacques Hollier, Docteur en
539
Médecine , en son liure de la matière
de Chirurgie , lequel il nous a laissé
au grand auancement et illustration
dudit art.
CHAPITRE XII.
DES SVPPVRATIFS.
Médicament suppuratif est celuy
qui par sa consistence emplastique
fermant les pores, et empesebant la
transpiration, augmente la chaleur
naturelle en substance ou quantité, et
non en qualité : en raison de quoy
ladite chaleur fortifiée conuertit et
transmue le sang, et autres matières
superflues , en bouë et sanie. Il est de
nature chaude et humide, semblable
et proportionnée à la température et
chaleur naturelle de la partie où il
est appliqué : de consistence emplas-
tique, à fin de retenir la chaleur na-
turelle, de peur qu’elle ne s’exhale
ou dissipe. Et par ceste consistence
emplastique, il est different des medi-
camens emolliens ou malactiques ,
desquels cy après nous parlerons: car
s'ils estoient emplastiques , ils pour-
roient suppurer. Or il y a deux sortes
de suppuratifs : les vns sont suppura-
tifs de leur propre nature, les autres
par accident. Ceux qui suppurent de
leur propre nature , sont simples ou
composés.
Les simples sont :
Racines.
Radix liliorum, allium , eepa , bismalua,
buglossum, maliia; omnes.
Herbes.
Bismaluæ, maluæ folia etsemina, branca
vrsina, senecio, violœ, buglossum, pa-
rietaria , crocus, caules.
54o
LE VINGT-CINQVIÉME LIVRE ,
Fruits.
Ficus et passulæ mundatæ , earumque de-
coctum.
Farines.
Farina tritici, farina volatilis , farina hor-
dei excorticali , lolij , seminis Uni et
fœnugræci.
Gommes.
Galbanum, ammoniacura, styrax pinguis,
Iadanum, viscum aucupatorium , thus,
pix, cera, résina, colla.
Graisses.
Adeps suillus, vitulinus, vaccinus, capri-
nus, butyrum, vitellus oui, œsypus hu-
mida.
Fientes.
Stercus suillum, columbinum, caprinum,
pueri.
Les composés sont :
Huiles.
Oleum liliorum, lumbricorum, de croco, etc.
Onguens.
Vnguentum basilicon.
Emplastres.
Emplastrum diachylon commune, magnum,
et de mucilaginibus.
Les suppuratifs par accident, sont
tous ceux qui ont vneconsistenceem-
plastique , comme bien souuent l’on
voit que les medicamens repercus-
sifs, à raison de leur substance crasse,
suppurent : tel est vnguenlum de bolo,
nulritum , et autres. Aussi ceux qui
par leur réfrigération ferment les po-
res , comme l’ozeille , laquelle estant
appliquée est fort suppuratiue : car
retenant la chaleur naturelle au de-
dans , et aidant icelle à inciser les
humeurs , fait promptement suppura-
tion. Bref tous medicamens chauds
ayans quelque humidité, s’ils sont
meslés auec des emplasliques, ils
suppurent : moyennant qu’ils ne
soient trop résolutifs etdetersifs.
Nous vsons des suppuratifs aux
grands phlegmons , lesquels n’auons
peu empescher par repercussifs ny
résoudre , aussi aux grandes contu-
sions et playes contuses.
CHAPITRE XIII.
DES MEDICAMENS E MOLLI ENS OV
IIEMOLL1TIFS.
Médicament remollitif, est celuy
qui par sa chaleur plus grande que
celle des suppuratifs, au reste sans
aucune humidité ou siccité manifeste
et apparente , amollit les corps en-
durcis. Parquoy différé du suppura
tif : par ce que le suppuratif peut es-
tre chaud du premier au second
degré , ou plus, selon la température
du corps où il est appliqué , agissant
plus par abondance de chaleur mo-
dérée que par qualité et acrimonie
d’icelle. L’emollient au contraire es-
tant plus robuste en chaleur , agit
plus par qualité d’icelle : temperé au
reste en humidité et siccité , iaçoit
que nous auons aucuns remollilifs
chauds au premier degré , et secs au
second et troisième.
Les medicamens emolliens sont
simples ou composés, débiles ou forts.
Les débiles sont :
Racines.
Radix liliorum alborum , cucumeris agres-
tis, althæa.
Herbes , semences et fruits.
Folia maluæ, bisinaluæ , liliorum, anelhi
summitates , viola, branca vrsiua , semen
DES MEDICAMEjN'S.
maluæ , bismaluæ , liai , fœnugræci , ca-
rie* pingucs , passulæ mundatæ.
Pa nies des testes.
Pedum , capitum , intestinorum veruccino-
rum decoctum.
Graisses des testes , oiseaux et poissons.
Adeps ex iunioribus et caslratis, domesticis
fœminis animalibus. Adeps suillus, vitu-
linus, hœdinus, caprinus, bubulus , vul-
pinus, gallinaccus, anserinus, analinus,
olorinus, efficaces.
Ex anguillis etpiscibus 11 uuiatilibus, débiles.
Ad omnia mediocris buinanus, butyrum,
laoa succida, cera pinguis, vitellus oui.
Moelles.
Medulla ex ossibus, ceruina, ouilla, caprina.
Les composés sont :
Olcum simplex in quo coctæ fuerint herbæ
emollientes, liliorum, chamæinelinum ,
amygdalarum dulcium.
Les forts emoîliens :
Acetum, adeps taurinus, vrsinus, ccruinus,
leoninus, pardalinus, apri, equi seuum i.
Résinés et gommes.
Pinea , picea , abietina , terebinthina.
Ammoniacum, bdellium , styrax, galba-
num, ladanum, propolis, opopanax ,
vnguentum de altbæa.
Emplastres.
Emplaslrum diachylon commune et ma-
gnum , de mucilaginibus , ceroneum ,
oiycroceum, Iohannis deVigo.
Nous vsons des medicamens remol-
litifs aux tumeurs scirrheuses , qui se
font souuent és fins des muscles, quel-
quesfois au milieu des muscles , sou-
uentesfois és glandes , és viscères , és
1 L’édition de 1575 ajoutait à celte énu-
mération gritis : ce mot a etc raye en 1579.
54l
léures ou bords des vlceres, d’vne
matière crasse , froide et visqueuse :
comme sont la pituite et le suc me-
lancholique. Mais les tumeurs faites
de cest humeur sont tousiours chan-
ses , et pour ceste cause sont ren-
dues plus malignes par l’vsage des
emoîliens : au contraire , celles qui
sont faites de pituite demandent seu-
lement emoîliens. Toutesfois en l’v-
sage desdits emoîliens , faut auoir
esgard à trois choses : la première est,
qu’il faut connoistre combien le vice
est grand , à fin d’appliquer remede
suffisant : secondement , faut distin-
guer les natures des parties : tierce-
ment, faut colliger artificieusement
comme il faudra amollir : s’il faudra
point adiouster quelque médicament
qui deterge et incise auec les emol-
liens : car aucuns scirrhes sont incu-
rables, comme celuy qui n’a point de
sentiment, et qui a causé desia déper-
dition de poil en la partie où il est.
Il faut icy noter, que si la partie
est grandement inlemperée d’inlem-
perature froide , et que la chaleur
naturelle fust languide, qui feroit
qu’elle nepourroit réduire les reine-
des de puissance en effet : pour aug-
menter icelle chaleur, on posera prés
vne estuue de fer, en laquelle sera
mis vn carreau de fer ardent , puis
sera close : et par ce moyen la cha-
leur sera gardée longuement *.
A. Monstre le corps de restitue.
B. Le carreau de fer.
C. Lecouuercle.
JCe dernier paragraphe, avec la figure
qui le suit , est une addition de 1579 : mais
déjà la planche existait dans les Dix liures
de Chirurgie de 1 564 , fol. 229, verso ; et c est
là que j’ai trouvé l’orthographe estuue , tan-
dis que toutes les grandes éditions portent
en cet endroit cswffc.
542 LE VINGX-CINQVI^ME LIVRE,
CHAPITRE XIV.
DES DETERSIFS OV MON DIF IC ATI FS.
Médicament detersif1 ou mondifi-
catif, est celuyqui, par vne tenuité de
substance accompagnée de siccité ,
netloye et purge vn vlcere de deux
sortes d’excremens : desquels l’vn est
gros et espais, appelle Sordes , vul-
gairement dit boue , qui est tiré du
profond des vlceres au dehors parles
qualités dudit mondificatif : l’autre
estsublil et aqueux , appellé desGrecs
Ichor , lequel est desseiché par la sic-
cité du mondificatif. Et pourtant dit
Hippocrates que tout vlcere doiteslre
mondifié 2.
Des medicamens mondificatifs, les
vns sont simples , les autres compo-
sés : les vns forts, les autres debiles.
Les simples sont ou amers , ou doux,
ou acides.
1 L’édition de 1575 disait: Mcdicamcnt pur-
gatif, delersif, etc.
2 Au liure des vlceres. — A. P.
Ceux qui ont saueur amere sont :
Hacines.
Genliana, aristolochia, iris, enulacampana,
scilla, serpentaria.
Herbes.
Centaurium minus, absinthium, marru-
bium, perforata, abrotonum, apium,
chelidonium , ruta, hyssopus, scabiosa,
artemisia , eupatorium, aloës.
Semences.
Fumns terræ , hedera terrestris, et lixiuium
factum ex cineribus horum, lupini , oro-
bus, amygdala amara, faba.
Gommes.
Terebinthina, myrrha, mastichc, sagape-
num, galbanum , ammoniacum.
Excremens des bestes.
Fella animalium, stercus caprinum, vrina
bene coda.
Métaux.
Squamma- æris, æs vstum, ærugo, scoria
æris, antimonium, calx, chalcitis , misy,
sory, alumen.
Les doux sont :
Viola , rosa , melilotum , ficus pingues, dac-
tyli , vuæ passæ , liquiritia , aqua hordei,
aqua mulsa , vinum dulce , mel, saccha-
rum , sérum lactis, raanna , thus , etc.
Les acides sont :
Omnes acclosæ specics, capreoli vitium,
acetum , et cætera acida.
Les composés sont :
Syrupus de absinthio , de fumaria, de mar-
rubio , de cupatorio, artemisia , acetosus,
lixiuium.
Oleum de vilellis ouorum, oleum terebin-
thinæ, oleum de tarlaro.
Vnguentum mundificatiuum de apio, apo-
stolorum, puluis mcrcurialis, etc.
DES MEDICAMENS.
Nous vsons des medicamens mon-
dicatifs, pour en purgeant les vlceres
caues, donner moyen à nature d’en-
gendrer chair , et les remplir : mais
en l’vsage d’iceux , faut auoir pre-
mièrement esgard à tout le corps, car
il est sain , ou pléthorique, ou caco-
chyme : secondement, de la partie,
laquelleesthumideou seiche, plus ou
moins, selon sa température et son
lieu de sentiment aigu ou hebelé :
d’auantage aucunesfois elle reçoit
quelque vice estrange, comme cal-
lus, fluxion chaude, douleur , quel-
que mauuais suc ou pourriture , ou
quelque autre mauuaise qualité. Fi-
nablement faut considérer si l’vlcere
est recent et puis n’agueres fait, ou in-
ueteré et vieil. Car selon la diuersité
de telles considérations , faut diuer-
sifier les remedes, tant en qualité
qu’en quantité augmentée ou dimi-
nuée : car le doux et médiocre est
quelquesfois changé en acre et plus
desseichant. Aussi à vn vlcere trop
sec et douloureux , conuiennent me-
dicamens liquides : àvn trop humide ,
faut appliquer poudresetmedicamens
de consistence seiche : et faut ainsi
changer les remedes debiles ou forts,
secs ou humides, durs ou mois , se-
lon la disposition des vlceres.
CHAPITRE XV.
DES MEDICAMENS SAKCOTIQVES.
Médicament sarcotique, c’est à dire
regeneratif de chair , est celuy qui par
vne siccité aide Nature à r’engendrer
chair en vlcere caue, ja bien net et
mondifié , ce qui est fait d’vn sang
médiocre en quantité, et non péchant
en qualité : car pour parler propre-
543
ment et à la vérité, nous n’auons
point de medicamens qui puissent
proprement eslre appellés sarcoti-
ques: mais ceux qu’on nomme de ce
nom sont sarcotiques par accident ,
à cause que sans érosion desseichent
et mondifient les excremens qui em-
peschent l’œuure de nature. Car du
nourrissement propre pour la géné-
ration de la chair, prouiennent deux
excremens : l’vn est subtil, appelle des
Grecs/cAor, et des LalinsSames; l’au-
treest gros et espais, appellé des Grecs
Rypos , et des Latins Sordes. Or du
premier, la playe est rendue humi-
de : et de l’autre qui est gros et es-
pais, sordide. Parquoy toute playe
qui requiert quelque repletion, desire
médicament ayant double qualité ou
vertu : car d’autant que la playe est
humide , demande desiccation : et
d’autant qu’elle est sordide, demande
abstersion.Aussi d’autant que la playe
est plus profonde , desire lesdits mc-
camens de substance plus liquide, à
lin que lesdits medicamens touchent
au fond de la playe.
Et seront diuersiflés selon la tem-
pérature de la partie : car si la partie
est humide, ils seront moins desicca-
tifs: au contraire si elle est seiche,
ils seront plus desiccatifs. D’auantage
ils seront diuersiflés selon la diuersité
des complications et dispositions des
maladies qui accompagneront la
playe. Et pourtant Nature en la ré-
génération de chair, est comme seule
ouuriere et cause efficiente : le sang
dont la chair est faite, est la cause
materielle : le médicament tient lieu
de cause adiuuante et coëfficiente :
car le médicament par vne detersion
et desiccation médiocre, sans chaleur
grande, en ostant tous empesche-
mens à Nature , préparé la matière
pour estre promptement tournée en
544 le vingt-cinqvieme livre
sang. Tel médicament , comme dit
Galien au 5. des Simples, doit estre
sec au premier degré seulement, à fin
qu’il ne consomme le sang et nourri-
ture de la parlie vlcerée : ce qu'il
faut entendre en vn corps mol et
temperé. Car si l’vlcere estoit trop
humide, ouïe corps trop dur, il ne
faut pas seulement vn médicament
sec au premier degré , mais iusques
au second et troisième. Parquoy tels
medicamens fort desiccatifs sont pre-
mièrement appellés mondificalifs, se-
condement sarcotiques.
Médicament sarcotique est simple
ou composé : bening et doux , ou fort
et acre.
Les simples sont :
Aristolochia vtraqiic, iris, acorus , dracun-
culus, asarum , symphytum maius, omnia
symphyti gênera, betonica, sanicula,
niillefolium , lingua canis, verbena, sca-
biosa, pimpinella , hypericum, scordium,
plantago , rubia maior et minor, et eorum
succi.
Gummi et corlices.
Terebinthina Iota et non Iota, résina pini,
gummi Arabicum, sarcocolla, mastichc,
colophonia, manna thuris, aloës, cortex
eiusdem , olibanum , myrrha , etc.
Mel , vinum , sanguis draconis.
Melallica.
Lithargyros auri, spodium, pompholyx, tu-
thia , plumbum vstum lotum , scoria
ferri , etc.
Les composés sont :
Olea seu balsama.
Oleum hypericonis, oleumouorum, masti-
chinum, et cætera olea quæ balsami no-
mine appcllantur.
V hguenta, Emplaslra.
Vnguentum aureum, emplastrum de beto-
nica , vulgô de ianua , emplastrum gratia
dei, emplastrum nigrurn.
Nous vsons des sarcotiques quand
l’vlcere est ja mondifié, et sans dou-
leur aucune, sans fluxion, sans phleg-
mon, sans callosité et intempérie. En
l’vsage desquels faut considérer la
température du corps et de la partie
affectée : car quelquesfois vne partie
non trop seiche de sa nature, de-
mande médicament plus desseichant
et fort sarcotique , qu’vne autre plus
seiche , à raison de quelque accident :
comme pour exemple, le balanus
veut estre plus desseiché que le pré-
puce , iaçoit qu’il soit de température
moins seiche : à raison qu’il est la
voyede l’vrine. Ainsi faut connoistre
la nature des parties, et connoistre
quand le médicament est trop ou
moins sarcotique. Car le moins et
trop sarcotique laissent l’vlcere sor-
dide, Tvn à cause qu’il desseichc peu,
l’au tre à cause de l’acrimonie qui irrite
fluxion : ce qu’il faut diligemment en-
tendre, à fin d’approprier le médica-
ment tel qu’il conuient au corps et à
la parlie.
CHAPITRE XVI.
DES MEDICAMENS EPVLOTIQVES OV
CICATRISATIFS.
Médicament epulotique ou cicatri-
satif, c’est à dire qui engendre cuir,
est celuy qui par sa siccité et aslric-
tion , sans mordication aucune , des-
seiche , astreint , et condense la chair
en substance calleuse, approchant à
la nature du cuir : et nous appelions
cela cicatrice. Neantmoins cicatriser
vn vlcere est ouurage propre de Na-
ture , comme engendrer chair. Par-
quoy vn médicament est appellé epu-
lotique, à cause qu’il aide Nature à
DES MEDICAMENS.
545
produire une peau semblable au cuir,
en consommant les humidités , con-
densant et espaississant la chair. Et
pour ceste raison il doit estre plus de-
siccatif que sarcolique.
D’iceluy on fait trois especes. La
première est du vray epulolique ,
quand il desseiche et astreint. La se-
conde du médicament acre et mor-
dant, lequel pour consumer et oster
la chair superflue est appelle Epulo-
tique: lequel appliqué en petite quan-
tité, fait cicatrice, principalement
aux corps durs. La troisième est du
médicament qui desseiche sans as-
triction. Desquelles trois especes la
matière s’ensuit.
Racines.
Aristolochia longa et rolunda, gentiana,
iris, centaurium maius, pentaphyllon ,
symphytum maius, chamædris, betonica,
cauda equina, eupatorium, verbenaca,
plantaginis et symphyti folia.
Fleurs et fruits.
Gallæ , myrti baccæ, glandes et earuin cali-
ces , balaustia , cupressi nuces.
Escorces.
Malicorium, cortex quercus, cortex tamari-
cis, cortex ligni aloës, acacia, colopho-
nia, sarcocolla, sanguisdraconis, ladanum.
Métaux.
Litbargyros auri et argenti, cerusa, plum-
bum vstum , alumen vstum, tuthia ,
squama æris et ferri, et eorum scoria,
ærugo, flos æris, æs vstum et lolum, vi-
treolum vstum et lotum, sulphur viuum,
chrysocolla, coralla, bolus armenus, terra
sigillata , cineres ostreorum *, silicis , ossa
vsta et siccata, caries lignorum.
* L’édition de 1675 ajoutait : cineres buc-
s inarum.
III.
Onguents.
Vnguenlum diapompholygos , vnguentum
album Rhasis , desiccatiuum rubrum.
Emplaslres.
Emplaslrum de cerusa , de betonica , dia—
chalciteos, emplastrum nigrurn.
Nous vsons des cpulotiques quand
l’vlcere est presque plein , et quasi
égala la peau. Mais en l’vsage d’i-
ceux faut auoir esgard au corps mol
ou dur. Car les medicamens qui sont
catheretiques aux corps délicats it
mollets, aux durs sont cicatrisa tifs
Faut aussi se donner garde que le
corps ne soit pléthorique, ou caco-
chyme : car cela retarde la cicatrice
D'auantage , faut aduiser que l’vlcere
prest à cicatriser ne soit entretenu ,
ou du vice de quelque partie, comme
du foye , de la ratte , des poulinons ,
ou autres : ou d’vne varice : car tel
vlcere ne se pourra cicatriser , si les
causes qui empeschent la cicatrice
ne sont premièrement ostées. Fina-
blement les bords calleux en vn vl-
cere retardent la cicatrice , s’ils ne
se sont amollis ou coupés. Ces em-
peschemens faut oster auant qu’en-
treprendre faire cicatrice , et accom-
moder médicament desiccalif tel, qu’il
ne face cicatrice caue , car il excede-
roit la mesure : ni trop haute , car il
seroit trop peu desseichant, ains éga-
lé : parquoy sera bien proportionné
tant au corps qu’à la partie.
CHAPITRE XVII.
DES MEDICAMENS AGGLVTINATIFS.
Médicament colleliquc, c’est à dire
agglutinatif , tient le moyeu en-
LE VINGT-CINQVIÉME LIVRE ,
546
tre les sarcotiques et cicatrisatifs :
car il est moins clesiccatif que cicatri-
satif, et desseiche plus que le sarcoti-
que , à sçauoir iusques au 2. degré.
Icely par sa siccité et astriction sans
aucune detersion , ioint et assemble
les parties distantes et séparées, et
aide en ce Nature : laquelle (comme
auonsdit) est première et quasi seule
opératrice , tant à régénérer chair et
cuir, comme à glutiner.
Les medicamens agglutinatifs , tant
foibles que forts, sont tels par soy et
de leur propre nature , ou par acci-
dent.
Les agglutinatifs de leur propre na-
ture sont :
Herbes, Escorces.
Plantaginis species, consolida vtraque, bu-
gla, millefolium, verbena, pimpinella,
pilosella, cauda equina , semperuiuum ,
telephium seu faba inuersa, sanicula,
atractylis, folia quercus et dracunculi ,
salix : ebulus, sambucus, pentapbyllon,
cortex pini , cortex vlmi , cortex palmæ,
cortex quercus.
Jus.
Aqua vitis, aqua è folliculis vlmi, succus
calamintbæ, vinum austerum.
Gommes et métaux.
Terebinthina, myrrha, sanguis draconis,
bolus armenus , terra sigillata , omnia de-
nique quæ sapore sunt acerbo.
Il y a d’autres glutinatifs ayans
lieu de medicamens, qui empeschent
fluxion et astreignent la partie ,
comme suture, ou coustures seiches,
ligatures, repos de la partie, com-
presses, et autres agglutinatifs par
accident.
Nous vsons des glutinatifs és playes
recentement faites et sanglantes , et
pour ceste cause les Grecs les ont
appellés Enaimcs. Or non seulement
les agglutinatifs sont appliqués és
playes nouuelles, mais aussi és vlce-
res malings et vieils , és fistules et si-
nuosités : à raison qu’ils empeschent
la fluxion qui se pourroit faire és
bords et léures de l’vlcere. En l’vsage
d’iceux faut considérer si la peau est
entière, ou non. Car les playes sont
de difficile curation, qui ont souffert
perdition de la peau : au contraire
celles qui ont la peau entière reçoi-
uent facile guarison. Pareillement ne
faut omettre en l’vsage particulier
desdits glutinatifs, les considérations
du sexe, du corps mol ou dur, de
l’vlcere vieil ou nouueau , grand ou
petit : car selon icelles faut distinguer
et approprier les remedes.
CHAPITRE XVIII.
DES MEDICAMENS CAVSTIQVES ET
CORROSIFS.
Médicament pyrotique, c’est à dire,
caustique et corrosif, est celuy qui
par sa substance acre , mordante et
terrestre, vient à corroder superfi-
ciellement , ou fondre , liquéfier et
pourrir profondément , ou brusler et
manger la peau et chair, et penetrer
au dedans des corps durs et calleux.
Et pourtant on fait trois différences de
pyrotiques. Les vns sont appelés Ca-
theretiques , c’est à dire , corrosifs , à
cause qu’ils mangent et corrodent la
chair surcroissante superficiellement
en vn vlcere , ou autre eminence du
cuir, qui sont les foibles et debiles py-
rotiques. Les autres sont Septiques ,
c’est à dire putrefactifs , autrement
aussi dits vesicatifs, qui pourrissent la
chair au dedans, elesleuent le cuir
DES MEDICAMENS.
en vessie : lesquels sont plus forts
que les premiers. Les tiers sont Escha-
rotiques , c’est à (lire , faisans crouste
et eschare par leur qualité ardente ,
ignée et terrestre : nous les nommons
ruptoires ou cautères potentiels , qui
sont les tres-forts. Toutes lesquelles
différences ne sont que du plus ou
moins en chaleur. Car bien souuent
il aduient que l’vn fait l’operation de
l’autre : aucunesfois à raison de la
complexion de la partie , quelques-
fois pour la quantité et longue de-
meure du temps.
Les catheretiques ou corrosifs sont :
Spongia vsta , alumen vstum et non vstum,
vitreolum vstum, calx mediocriter Iota,
ærugo, chalcanthum , squama æris ,
olcum de vitreolo, trochisci andronjs, pha-
sionis, asphodelorum , vnguentuin ægyp-
tiacum, vnguentum apostolorum, puluis
mercurij , arsenicum subliinatum, etc.
Les septiques ou vesicalifs sont :
Itadix scillæ , bryoniæ , sigilli beatæ Mariæ ,
bulbosa radix ranunculi , panis porcini ,
apium risus1, lac tithymallorum , lac fici ,
euphorbium, anacardus, sinapi, can-
tharides , arsenicum sublimalum :
Lesquels corrompent la tempéra-
ture de la partie, et y attirent humi-
dités estranges.
Les escharotiques ou caustiques
sont :
Calx viua, fæx vini cremata, et præcipuè
aceti, ignis.ad quem referuntur omnia
cauteria aclualia dicta et potentialia, des-
quels parlerons cy apres.
Nous vsons des medicamens corro-
sifs és corps délicats, et maladies qui
ne sont trop rebelles. Et pourtant
1 L’cdition de 1575 ajoutait ici : p alla leo-
54?
d’autant qu’ils sont moins acres et
mordans, d’autant sont-ils de plus
grande operation, à cause qu’ils cau-
sent moindre douleur.
Des putrefactifs et escharotiques
nous vsons és corps plus durs, et
maladies plus grandes : comme és
vlceres calleux, fistuleux, putrilagi-
neux, humides, et difficiles à guarir.
Mais des escharotiques particulière-
ment és chancres , charbons , hé-
morrhagies, et à plusieurs autres ma-
ladies. Toutesfois en l’vsagc d’iceux
faut tenir bon régime et maniéré de
viure, auec abstinence de vin , et
auoir grande prudence à les appli-
quer : pour raison des grands symp-
tômes et accidens qui s’en ensuiuent,
comme extremes douleurs, syncopes,
défaillance de cœur, fiéure, inflam-
mations excessiues, gangrené, morti-
fication, et souuent la mort.
Il y a grandes commodités du cau-
tère, tant actuel que potentiel : comme
de corroborer la partie, la desseicher,
corriger son inlemperalure, oblon-
dre et hebeter la vénénosité et cor-
ruption : et autres plusieurs vlilités,
lesquelles sont descrites par Aui-
cenne.
CHAPITRE XIX.
DES MEDICAMENS ANODVNS.
Auant que parler des medicamens
anodyns, faut premièrement déclarer
la nature de douleur, à fiu de mieux
déduire les anodyns.
Douleur donequesest vn sentiment
triste et fascheux, fait ou par vue al-
teration subite, ou par solution de
continuité : dont s’ensuit que trois
wis.
5A8 LE VINGT-CINQVIEME LIN RE,
choses sont requises pour faire dou-
leur. La première est les causes effi-
cientes : qui sont deux , alteration
subite, et solution de continuité. Se-
condement que la partie où ces cau-
ses s’attachent, soit sensible. Tierce-
ment, qu'il se face appréhension de
ladite alteration, ou solution de con-
tinuité : autrement si l’on n’apperçoit
point les causes de douleur, nonob-
stant la sensibilité de la partie, dou-
leur ne sera point. A ceste cause dit
Hippocrates duobus doloribus eun-
dem locum simul occupantibus , maior
minorera obscurat, à raison de l’ap-
prehension destournée du tout vers
la plus grande douleur. L’alteration
subite est faite de chaleur, froidure,
siccité et humidité. De chaud et froid
est faite douleur Ires-forte : de siccité,
médiocre : d’humidité, presque nulle
ou assoupie : car l’humidité ne fait
point tant douleur de sa qualité, que
de son abondance. La solution de
continuité est faite tant de ses qualités
coniointes auec matière , que des
causes externes, comme contusion,
incision, et les autres. Douleur donc-
ques est symptôme très grand du sens
de l’attouchement, qui accompagne
presque toutes maladies, et bien sou-
uentnous contraint laisser la propre
cure d’icelles pour estre première-
ment appaisé et allégé : ce que nous
faisons tant en ostant et adoucissant
ces causes efficientes, que hébétant
la sensibilité de la partie.
Qu’il soit vray, si les medicamens
peuuent obuier aux causes de dou-
leur , ou stupéfier le sentiment du
tact, ils seront appelés anodyns, des-
quels nous faisons trois différences.
Les vns sont curatifs des maladies,
anodyns généralement dits. Les au-
1 Liu. 2. Aph. — a:.1’
très, propres anodyns. Les tiers sont
stupelactifs ou narcotiques.
Les premiers sont, tous medica-
mens contrarians aux causes des
maladies, et ostans toute alteration :
comme en intempérie chaude, l’huile
rosat , oxycrat , et autres semblables
sont anodyns, et ostent la cause de
douleur : en intempérie froide, huile
laurin, huile nardin, huile de casto-
reum : en seiche intemperalure, mix-
tion d’eau et d’huile, baing d’eau
douce. Brief, tous medicamens qui
curent les maladies, sont anodyns,
pris largement : aussi tous medica-
mens purgatifs, phlébotomie, scarifi-
cations, cautères actuels et potentiels,
ventouses, clysteres, et autres, quand
en ostant la multitude et abondance
des matières, allègent et anéantissent
la douleur.
Les propres anodyns sont de deux
sortes : les vns sont tempérés, n’ex-
cedans en aucune qualité : les autres
sont chauds et humides au premier
degré, approchans fort des tempérés.
Les tempérés sont ceux qui n’ayans
aucune qualité excessiue, gardent la
chaleur naturelle en son entier, sans
la diminuer ny augmenter, appai-
sent douleurs, et conuiennent à tou-
tes intemperatures. D’iceux on en
trouue bien petit nombre, comme des
alimens tempérés. Entre iceux on
prend huile simple, huile d’amandes
douces , moyeux d’œufs, et les sem-
blables.
Les seconds anodyns propres,
chauds et humides au premier degré,
corroborent la chaleur naturelle, à
fin qu’elle puisse mieux abbaltre la
cause de douleur : raréfient , eua-
cuent, extenuent, digèrent, tant hu-
meurs espais et visqueux que les
ventosités vaporeuses et froides qui
n’ont issue ny sortie, comme :
DF» MEDICAMFNS.
Flturs.
Flores chamæmeli , meliloti , anethi , crocus.
Huiles.
Oleum chamæmelinum , anelhinum, oleum
lini , oleum ex sem. althææ, oleum lum-
bricorum, oleum ouorum , ex tritico.
Graisses.
Bulyrum , lana succida , suillus adeps, vitu-
linus, gallinaceus , anserinus, humanus,
ex anguilla , cuniculo , et aliis : lac mulie-
bre et vaccinum.
Mucilages et décoctions •
Mucilago seminislini, fœnugræci. althææ,
maluæ, aut earum decoctio. Item decoelio
liliorum, violariæ, capilis , pedum et in-
testinorum arîetis, et hœdi
Les stupefactifs ou narcotiques,
improprement dits anodyns , sont
froids iusques au quatrième; degré :
par leur froidure extreme empeschent
que l’esprit animal ne peut venir ius-
ques à la partie: parlant ostent le
sentiment d'icelle , et par conséquent
l’appreliension qui se pourroit faire :
finalement viennent à endormir et
stupéfier la partie où ils sont appli-
qués. Et sont comme :
Hyoscyamus , clcuta, solanum furîosum,
mandragora papauer, opium, philonium>
et les semblables.
Ligatures exîremes et compressions
ostent aussi le sentiment d’vnepartie,
comme quand il faut amputer vn
membre : parquoy elles seront mises
au nombre des anodyns impropres.
L’vsage des premiers anodyns est
manifeste en la curation de chacune
maladie par son contraire. Nous
vsons des seconds en toute douleur
qui se peut ranger, à fin d’euiter flu-
xion, inflammation, fleures, et autres
549
accidens. Mais où la douleur est ex-
treme et trop vehemente, qui ne veut
obéir aux vrays anodyns, il faut ve-
nir aux narcotiques, puis qu’il n’y a
autre remede : non pas seulement
après auoir vsé des anodyns , mais
aussi du commencement des douleurs
trop grandes, quand le mal ne per-
met vser des anodyns. Toutesfois il
ne faut appliquer narcotiques sans y
mesler du saffran, ou myrrhe, ou
castoreum, autrement il seroit dange-
reux : comme aussi la continuelle
application d’iceux est périlleuse et
dommageable. Car par icelle la par-
tie deuient liuide, pour l’extinction
de la chaleur naturelle : et consé-
quemment se tourne en mortification
ou esthiomene. Or aux douleurs ex-
trêmes des grandes inflammations, et
phlegmons , et gangrènes , ne faut
vser ny des vrais anodyns, ny des
stupefactifs , car ils ne pourront ap-
paiser telle douleur : mais des pre-
miers , à sçauoir , de phlébotomie ,
purgation, et scarification de la partie
dolente, et que dolor sit medicina do-
loris : commenous auonsditau traité
De gangrené et mortification.
D’abondant nous auons quelques
medicamens purgatifs estans appli-
qués par dehors, comme ceux que
Ætius, Telrab. 1. serm. 3. chap. 35 ,
nous a laissé par escrit, comme tu
verras par ces exemples.
Epilhemata purgantia.
IL. Pulpæ colocynth. seminis erucæ, rutæ
syluestris, elaterij , grani cnidij , lati-
ridum expurgatarum, galbani, nitri
rubri, ceræ, singul. g. iiij.
Opopanacis 3. ij.
Terebenthinæ 3. \j.
Terenda terito , et taurino telle paulatim ir-
rigato, donec aptè imbibanlur. Deindc
circa vmbilicum apponito vsque ad pu-
55o LE VmGT-CINQVIÉME LIVRE ,
Rem , et ventrem inferius ducet : si verù
fundo stomachi applicabis, vomitum ex-
ci tabit.
Aliud.
X Elaterij 5. iij.
Colocynthidis, scaramoniæ , squammæ
æris, radicis agrestis cucumeris, latby-
ridum ana 3 j.
Aut pro latbyride tithymali succum terito
et cribrato, et cum oieo plurimum salis
habente, subigito : magnain deinde pi-
lam è lana confectum , hoc niedicamenlo
illitam, cuicumque parti volueris appli-
cabis , vmbilico (inquam) aut lumbis.
Composilio olei cl vnguenii purgantis.
7f. Feliis taurini g.j.
Grani cnidij viridis g . iiij.
Succi lupinorum viridium § . ij.
Euphor. g . j.
Pulpæcolocynt. tantundem.
Vulpini adipis recen. g . ij.
Adipis viperæ § j. fi.
Stercoris mûris g. iiij.
Succi pæoniæ, castor, singul. 3 iiij.
Olei ligustrini o.vj.
Olei antiqui g . j.
Fiat vnguentuin vel oleum.
Purgat absque moleslia, et præter cæteras
vtilitates etiam mentis delirio confert :
mensura vero quæ ad vsum assumilur,
maxima est, cochlearia duo :nam quibus-
dam et vnum sufficit. Illinitur vmbilicus,
et integra purgalio subsequitur : quæ si
plus æquo exuberauerit, spongia vino le-
pido imbuta et expressa ventrem fouebis,
et confeslim sisletur.
Hypoglottides, c’est à dire, sublin-
guales, que l’on tient en la bouche,
comme feuilles de vinette, rouelles
de cilron trempées en eau rose et suc-
cre, grenade ou orenge , berberis
confit, ou autres semblables qui ont
puissance de rafraischir et humecter
la langue et toute la bouche *.
* Cette phrase, où il manque quelque
CHAPITRE XX.
DE LA COMPOSITION DES MEDICAMENS,
ET DE LEVR VSAGE.
Iusques icy auons déclaré , tant en
general qu’en particulier, les facultés
et effets des medicamens simples , les-
quels il faut connoislre auant qu’en-
treprendre les composer. Qu’il soit
vray, vu architecte et édificateur doit
premier connoistre les matières qui
luy sont necessaires à maisonner et
dresser son ouurage. Ainsi vn Chi-
rurgien voulant composer vn médi-
cament à sa nécessité, doit entendre
que c’est que composition, et la na-
ture des simples qui entrent en sa
composition. Laquelle auons voulu
déclarer auant que donner la maniéré
de composer lesdits medicamens.
Composition doneques est mixtion
des medicamens diuers en effets et
vertus, faite par le Médecin *. A eeste
cause, lesmedicamensayansplusieurs
substances , comme la rheubarbe ,
ainsi que nous auons dit , et l’aloë, la
rose et l’absinthe, sont dits simples,
au regard des composés artificielle-
ment : iaçoit qu’ils soient bien com-
posés par fournage de Nature2. Ainsi
plusieurs compositions sont appelées
simples, comme o ocymel simplex, oxy-
saccharum simplex , et autres, pour la
comparaison des plus composés.
Nous vsons des medicamens compo-
sés, pour cause que les simples n’ont
tousiours contrariété suffisante en
pareil degré aux maladies, et qu’il
chose pour le sens grammatical, est une addi-
tion de 15S5.
1 Galien, au 2. Des simples. — A. P.
2 Galien, au 4. De garder sa santé. — A. P.
DES MEDICAMENS.
faut augmenter ou diminuer la force
de l’vn ou l’autre. D’auantage pour la
complication des maladies et des in-
dications, sommes contraints mesler
medicamens simples : car la nature
du corps ou delà partie souuent de-
mandent autres medicamens que les
maladies. Qu’il soit vray, pour les in-
dications contraires nous donnons
medicamens composés, qui seruentà
tous les deux, en augmentant celuy
qui esi de plus grande importance, et
diminuant l’autre *. Quartement, la
composition des medicamens a esté
inuentée, à fin de changer leur cou-
leur, saueur, et odeur.
Les autres vsages et causes de la
composition des medicamens simples,
ont esté bien doctement escrites par
monsieur maistrelacques Syluius,en
sa Méthode de composer les medica-
mens , auec l’election d’iceux : à ceste
cause le pourras voir.
Des medicamens composés.
Des medicamens simples cy dessus
escrits, les anciens ont fait diuerses
compositions et remedes topiques et
particuliers , communs tant au Mé-
decin qu’au Chirurgien , desquels
nous faut parler. Telles compositions
sont :
Clysteres,
Suppositoire \
JYoüets,
Pessaires,
Huiles,
Linimens,
Onguents,
Emplastres,
Ceroüennes,
Pultes,
Cataplasmes,
Fomentations,
1 Mesué, en ses Canons. — A. P.
55 1
Embrocations,
Epithemes,
V esicaloires,
Cautères ou ruploires ,
Collyres,
Errbines,
Slernulaloires,
Masticatoires,
Gargarismes,
Dentifrices,
Sachets,
Suffumigalions et parfums,
Insessions et bains.
La maniéré de les escrire et ordon-
ner, ie declareray particulièrement
et le plus briefuement que faire se
pourra, commençant aux plus sim-
ples, vniuersels et plus necessaires,
après que i’auray déduit les valeurs,
figures et portraits des mesures et
poids, desquels nous vsons communé-
ment à dispenser et proportionner les
medicamens les vns auec les autres.
CHAPITRE XXI.
DES POIDS ET MESVRES, ET DE LEVRS
FIGVRES.
Tout poids dépend d’vn commence-
ment, et quasi element : car tout ainsi
que les corps ont leur commencement
des quatre corps simples , que nous
appelions Elemens, esquels se peu
uent résoudre , ainsi tous poids sont
composés d’vn grain , qui est comme
element des autres poids , auquel ils
sont terminés.
Ledit grain doit estre entendu
d’orge, non trop sec, ny humide et
chancy, ains bien nourri et médio-
crement gros.
De tels dix grains est fait vu obole,
ou demy scrupule :
55s
LE VINGT-CINQVJÉME LIVRE ,
De deux oboles ou vingt grains,
vu scrupule :
Puis de trois scrupules, ou soixante
grains , est composée la drachme :
De huit drachmes l’once : tant que
de douze onces nous faisons la liure
médicinale, qui est presque le plus
haut poids duquel nous vscns com-
munément : et se peut résoudre en
drachmes, scrupules, oboles, etfina-
blement en grains , outre lesquels
n’est possible descendre plus bas.
Pour escrire ces poids, nous vsons
de certaines lettres et figures qui s’en-
suiuent.
La liure est signifiée par. . . ft.
L’once par ceste figure. ... 5*
Comme le drachme en telle. 5-
Aussi le scrupule ainsi. ... 3 .
L’obole est escritpar sespre-
mieres lettres obol.
Le grain semblablement par g .
Le manipule par m.
Le pugile par p.
Le nombre par n.
La moitié de chacun desdits poids
est figurée par fi . mise après lesdits
poids, comme demie liure R>. fi. de-
mie once 5. fi., et ainsi des autres.
Telles sont les figures des poids et
mesures : mais en dispensant medica-
mens , nous vsons aucunesfois d’vn
poids, et de l’autre non : parquoy
faut entendre que les herbes pertes et
seiches sont dispensées par m. ou p. :
les seiches que l’on veut pulueriser
par o • — • — ou P-
Les racines par
Les escorces
Les semences
Les fruits
Les fleurs
Les légumes
§. — 3. — p. — ni.
5.-3.
§. -3.
n. — p. — 5 • — 3- — B •
p.— m. — g .— 5.
p. — §.5.
Tous autres medicamcns, tant secs
que liquides, sont dispensés et escrils
par— ft. — g. — g . — g obol. — g .
desquels poids tous medicamens bien
dispensés des anciens sont seulement
escrits.
Ces choses entendues, faut descrire
les maniérés de dispenser et ordon-
ner medicamens composés : et pour
ce faire commencerons aux clysteres,
comme les plus communs et plus ne-
cessaires.
CHAPITRE XXII.
DES CLVSTERES.
Clystere, c’est à dire, ablution ou
lauement, est vne iniection appro-
priée au siège et aux intestins en pre-
mière intention : car autrement sont
aussi faits et donnés des clysteres,
tant pour le ventricule, ratte, reins,
vessie, amarry, mcsenlere, et autres
parties voisines, que mesme pour la
teste, de laquelle souuent par clystere
acre est faite reuulsion de la matière
en bas, comme il se pratique Journel-
lement, et non sans heureux succès,
en l’apoplexie: de sorte qu’il n’y a
aucune partie qui ne ressente quel-
que profil du clystere, mais les vnes
plus, les autresmoins.
Il a plusieurs especes ou diffé-
rences : car ou il est remollitif, ou
purgatif, ou anodyn, ou astringent,
ou detersif, ou sarcotique, ou epuloti-
que,ou nutritif. Touteslesquelles dif-
férences sont composées et faites des
parties des plantes , des parties des
bestes, ou des medicamens composés,
tantsolulifs qu’autres, selon les inten-
tions du composant.
Les parties des plantes sont raci-
nes, semences, fueilles, fleurs, lruits,
germes, jus, mucilages.
DES MEDICAMENS.
553
Les parties des bestes sont, iaunes
et aubins d’œufs , miel, poulet , cha-
pon, vieil coq venéet préparé, la teste
et pieds de mouton, laict clair, tripes,
suif de bouc, axonge : toutes lesquel-
les parties, tant des bestes que des
plantes, on fait cuire et bouillir, et en
la décoction l’on mesle et destrempe
les medicamens laxatifs et autres ,
tant simplesque composés. Quelques-
fois sans mixtion de medicamens
composés sont faits clysteres . seule-
ment d’huile, comme d’huile de noix
pour la colique : de laict clair, de dé-
coction de pieds, teste et tripes de
mouton , potage de pois ciches ,
d’orge.
La quan lité du clystere est aucunes-
fois grande, autresfois plus petite, se-
lon les températures et complexions,
et selon les intentions. Aucuns peu -
uent endurer grande quantité , les
autres moindre ; aux enfans, débiles,
femmes grosses , conuient moindre
quantité. Aussi où le ventre est fort
serré et dur, en vne colique , dysen-
terie , lienterie , et autres affections
du ventre inferieur, faut que la quan-
tité du clystere soit plus petite. Au
contraire, où l’on veut seulement es-
mouuoir le ventre, faut plus grande
quantité : toutesfois la quantité de la
décoction communément est d’vne
liure et demie , d’vne liure , ou tout
au moins de trois quarterons : mais
le plus souuent nous laissons la quan-
tité au iugement de l’Apoticaire, di-
sant seulement quant, suf/icit.
Il faut que le clystere soit tiede,
plus ou moins, selon que les patiens
le peuuent endurer, de peur que s’il
estoit froid , il n’offençast les intestins
et autres parties voisines , qui sont
nerueuses et froides de leur naturel :
et d’auantage faut en faire l’iniection
peu à peu et doucement , de peur que
poussé d’impétuosité et tout à coup,
il ne chasse les flatuosités (qui ordi-
nairement sont contenues en la capa-
cité des intestins) en haut, et par ce
moyen n’excite des tranchées intolé-
rables. Pour donner le tout à enten-
dre, faut à présent venir à descrire
les exemples de chacune différence
des clysteres.
Clystere remolliiif.
: if . Maluæ, violarum, bismaluæ, brancæ vr-
sinæ ana m. j.
Radicis althææ et liliorum alborum ana
5-j-
Passularum et ficuum pinguium ana
§• fi.
Fiat decoctio ad ft. j. in qua dissalue:
Cassiæ, butyri recentis ana § . j.
Olci violati § . iij.
Fiat clyster.
Les clysteres laxatifs sont faits do
quatre sortes de medicamens, de la
décoction de medicamens laxatifs,
huiles et miel , ou autre qui ait vertu
d’irriter. La décoction est quelques-
fois propre à tirer les humeurs que
l’on veut purger : comme pour tirer
les humeurs froids et visqueux , elle
se fera ainsi :
Clystere pour l'humeur visqueux.
If.. Saluiæ, origani, abrotoni, caniomillæ et
meliloti ana m. fi .
Seminum anisi, fœniculi, curaini ana 3.
üj.
Seminis cartbami 3. ij.
Fiat decoctio, in qua dissolue:
Diaphœnici ethieræsimplicisana g. G.
Olei anetbi et chamæm. ana g.j. fi.
Mellis anthosati et sacchari rubri ana
5 • j*
Fiatclyster.
554
LE VJNGT-CINQVIÉME LIVRE,
Autre *.
if. Vini albi gener. ïb. j.
Bul. ad consumpt. mediela. in qua diss.
sacchar. rubri 5. ij. iterum parum ad-
dendo vitell. ouor. num. ij.
Et fiat clyster.
Pour purger et tirer l'humeur cho-
lérique et bilieux, il sera fait en ceste
maniéré :
Clyslere pour l’humeur bilieux.
"if.. Quatuor remollicntium , parietariæ, ci-
chorij, endiuiæ ana m. fi .
Seminum quat. frigidorum maiorum
ana 5. iij.
Hordei integri p. j.
Fiat decoctio, in colatura dissolue :
Cassiæ § . j.
Olei violati et mellis rosatî ana §. ij.
Fiat clyster.
Pour tirer et purger l’humeur me-
lancholique, l’on fera tel clystere :
Clyslere pour P humeur melancholique.
if. Fumiterræ, centaurij minoris, mercuria-
lis ana m. j.
Polypodij quercini, folliculorum senæ
ana 3. iij.
Serninis agni casti, thymi, epilhymi
ana 3. ij.
Fiat decoctio, in qua dissolue :
Confectionis hamech § . fi .
Cassiæ recens extradai 5. iij.
Olei violati etliliorum ana § . fi.
Saccbari rubri et mellis violati ana § . j.
Salis communis3. j.
Tels clysteres ne seruent seulement
à euacuer les humeurs susdits, mais
aussi souuent contrarient aux intem-
1 Cette formule manque dans toutes les
éditions du vivant de l’auteur, et se lit pour
la première fois dans l’édition posthume de
1598.
peratures : comme le premier et der-
nier altèrent les intempéries froides :
le second conuient aux intempera-
tures chaudes.
Les medicamens laxatifs qui sont
mis aux clysteres sont doux, ou forts.
Les forts, comme confectio hamech , 6e-
nedicta, diaprunis solutiuum, diaphœ-
nicum, sont meslés à part soy iusques
à 5. vj. ou 5 . j. tout au plus, selon la
nature du patient facile ou difficile à
esmouuoir. Les debiles et bénins,
comme, catholicon , cassia , hier a sim-
plex, de 5. vj. iusques à o j. fi., g ij.
au plus, selon les indications. Et tels
medicamens l’on dissout le plus sou-
uent en décoction commune de clys-
teres, qui est faite de quelques remol-
litifs auec fleurs de camomille et
semence d’anis.
Le clystere anodyn est fait sans me-
dicamens laxatifs des medicamens
anodyns, descrit en ceste maniéré.
Clystere anodyn.
if. Florum chamæmeli, mcliloti, anetbi ana
p.j.
Radicis bismaluæ § . j.
Fiat decoct. in lacté, colaturæ adde :
Mucilaginis serninis lini et fœnugræci
extractæ in aqua maluæ g. ij.
Sacchari albi § . j.
Olei camomillæ et anethi ana § . j.
Vitellos duos ouorum.
Fiat clyster.
Tels clysteres faut garder long
temps, à fin qu’ils puissent mieux ap-
paiser les douleurs.
Vn clystere astringent est fait de
choses astringentes , en la façon qui
s’ensuit.
Astrinqent ,
if. Caudæ equinæ, plantaginis, polygoni
ana m. j.
Fiat decoctio in lacté vstulalo ad quart, iij.
colaturæ adde :
DES MEDICAMETVS.
Boli armeni et sangui. draconis ana 5. ij.
Ole! rosati § . ïij .
Albumina duorum ouorum.
Fiatclyster.
De tel clystere nous vsons en vne
dysenterie , après que les grosses ma-
tières sont euacuées et nettoyées , ou
en flux excessif des hemorrhoïdes.
Les clysteres sarcoliques, epulo-
tiques , detersifs, sont faits de medi-
camens descri ts en leurs propres
chapitres, pour seruir aux vlceres
des gros intestins.
Les clysteres nutritifs sont faits de
la décoction de poulets, chapons,
vieils coqs cuits iusqu’à pourriture et
forte expression d’iceux , moelle, ge-
lée , et autre telle viande bien plus
cuitle que si on la vouloit prendre
par la bouche, à raison que les in-
testins ont la vertu coctrice plus foi-
ble que le ventricule.
On fait quelquesfois lesdits clyste-
res de vin et décoction d’orge, quand
il n’y a point de fiéure ny douleur de
teste : souuentesfois de laict et de
iaunes d’œufs : on y adiouste petite
quantité de sucre blanc, de peur
qu’il n’irrite les intestins à excrétion
par la vertu detersiue qui luy est na-
turelle : ou rosat ( car tel est aucune-
ment astringent) comme appert par
les exemples.
2f. Decoctionis capi perfectæ ft>. j. fi .
Sacchari albi vnc. 6 .
Misce, iniiciatur cum syringa.
3f. Decocti pulli et gelatinæ ana H>. fi.
Vini optimi § . iiij.
Iniiciatur.
7f. Decocti hordei mundati et in cremorem
redacti 0>. fi.
Lactis boni îb. j.
Vitellis ouorum duos.
Fiat clyster.
555
Nous vsons de tels clysteres pour
nourrir enfans et gens debiles, comme
en vn grand deuoyementd’estomach,
quand il ne retient la viande qu’il
prend. Toutesfois en l’vsage de tels
clysteres faut auoir esgard à trois
choses 1 : la première est qu’il faut
auant que prendre tels clysteres , as-
seller le patient , soit par art auec vn
suppositoire ou clystere , soit du pro-
pre mouuement de nature , de peur
que tels clysteres nourrissans estans
meslés auec les excremens, ne soient
gastés et corrompus : la seconde est
qu’il soit donné en grande quantité ,
à fin qu’il soit porté par tous les in-
testins : la troisième est , s’il est pos-
sible, qu’on dorme après tels clysteres,
tant à fin que le malade face mieux
son profit et concoction de tels clyste-
res, qu’aussi qu’il les retienne mieux :
de tant que le dormir arreste toutes
les euacuations. Pour laquelle mesme
raison les Médecins défendent de mes-
ler en tels clysteres, sel, miel, ou
huile, par-ce que les deux premiers
en detergeant irritent l’excretrice : et
la derniere en lubrifiant2.
Aucuns veulent affermer que nul
clystere peut estre nutritif, à raison
que ce qui doit nourrir doit auoir
receu trois coctions : dont la pre-
mière est au ventricule , la seconde
au foye, la tierce en chacune partie
de nostre corps. Mais telle opinion
peut estre reprouuée tant par raison
1 Ces règles pour l’administration des la-
vements nutritifs ont été empruntées pres-
que textuellement au chapitre 48 du livre
De la Peste'^At 15GS (aujourd’hui ch. 49);
voyez ci-dessus la note de la page 454.
2 Le texte du livre De la Peste disait seu-
lement de cette dernière raison : La troi-
siesmci que le malade retienne son clystere k
plus longtemps qu’il luy sera possible.
556
LE VINGT-CINQVIÉME LIVRE ,
que par expérience. Par raison, puis
que les parties de nostre corps ont vn
sentiment naturel de la chose qui
defaut, et que la nutrition est reple-
tion de ce qui a esté inany et vacué,
telles parties estans débilitées par
trop grande inanition faite és mala-
dies, attirent premièrement tout ce
qui est conuenable à leur nature : ou
au defaut de tel aliment le premier
qui s’offrira. Or clysteres nutritifs ne
sont faits que d’alimens doux , amia-
bles, et familiers à Nature, grande-
ment ja préparés à concoction 1 : et
pourtant telles choses estans és in-
testins , seront attirées des veines et
arteres mesaraïques (qui ont quelque
faculté de sanguifier, ainsi que dit
Galien au liure De vsu partium ) : des
veines mesaraïques sont distribuées à
la veine porte et au foye : et du foye
à toutes les parties du corps, lesquel-
les aux grandes maladies, quand le
patient ne peut prendre aliment par
la bouche, demandent à estre rem-
plies de ce qui leur est plus propre.
Par expérience aussi, nous voyons
que gens malades , estans long temps
sans manger, par l’vsage de tels clys-
teres nutritifs ont esté aucunement
soulagés et sustentés : à raison que
les parties affamées attirent prompte-
ment ce qui leur est familier, le suc-
çant des veines, lesquelles, estans
vuidées, attirent du foye et des veines
mesaraïques *.
Qu’est-il besoin d’exemples plus
1 Le chapitre précité du livre de la Peste
ajoutait ici :
« .... Comme tu pourras voir parcestuy sui-
uanl que nous le baillons pour exemple : »
Et donnait ici la formule qui a été conser-
vée au chapitre 49 du livre actuel de la Peste ;
voyez ci-dessus, page 454.
* Ici le chapitre cité du livre de la Peste
claires, veu qu’aucuns ( comme on a
veu) ont reietté les clysteres par la
bouche, voire les suppositoires? Ce
qui monstre bien que l’attraction
n'est pas seulement faite des vçines
mesaraïques, mais aussi du ventri-
cule, et des autres parties L
Telles trop curieuses disputes ie
laisseray à présent , pour déclarer le
temps de prendre clysteres, et l’v-
sage.
L’on a coustume de prendre clys-
teres à toutes heures deuant et après
disner, moyennant que soit loin du
repas', de peur que ne soit faite at-
traction par le clystere de la viande
estant encores à cuire en l’estomach.
Parquoy on les peut prendre à six,
sept, huit, neuf heures du matin
auant disner, ou quatre, cinq, six
après.
L’vsagedes clysteres est assez mani-
feste par la connoissance de la ma-
tière qui entre en iceux : ioint que
tous ont vn commun vsage , qui est
d’aider l’expulsion des superfluités
contenues és inteslius , et successiue-
ajoutait le paragraphe suivant, qui a été ef-
facé depuis :
« Orque quelque substance se puisse atti-
rer des intestins pour alimenter nostre corps,
on le peut encor prouuer par les verollez qui
ont nodositez au* os : car leur faisant faire
la diette tenüe,!esdictes nodositez se resol-
uent, consument et degastent du tout par
le moyen de la chaleur naturelle, qui attire
et opéré incessamment, non seulement aux
aliments, mais aussi aux humeurs et excre-
ments qui ia auoyent esté iettez par Nature
comme chose à elle nuisible et superflue,
ainsi que l’on voit aussi en ce qu’vn homme
ayant extreme faim et soif mangera du pain
à demy pourry, et boira de l’eaüe trouble et
de mauuais goust. »
1 Là se termine l’emprunt fait au livre de
la Peste de 1568.
ni: S MSDICAMENS.
ment des autres parties. D’auantagc
quand l’aage ou la vertu du malade
(comme aduicnl aux enfans , et gens
debiles et malades) n’est suffisante à
porter medecine, lors sommes con-
traints d’vscr de clysteres , à cause
qu’il ne débilitent point tant les for-
ces que les médecines. Pour ceste
cause, aucuns ont coustume de pren-
dre clysteres de deux iours l’vn , en-
cores qu'ils soient sains , quand
Nature est paresseuse à ietter les ex-
cremens. A gens malades iis sont
ordonnés plus souuent , pour tous-
iours tenir lasche le ventre.
L’vsage desdits clysteres a esté in-
uenté des cicoignes , lesquelles de
leur propre mouuemeut naturel iet-
tent de l’eau delà mer (qui pour sa
salsitude a vertu d’irriter et euacuer )
en leur siégé pour s’asseller, ainsi que
recite Galien en son Introductoire de
Médecine.
La maniéré de prendre clystere est
telle, lorsque le patient lereçoit , qu'il
ait la bouche ouuerte, à cause que
tous les muscles qui aident à l’expul-
sion sont laschés, qu’il n’ait rien qui
lui comprime le ventre, et qu’il soit
situé en figure courbe pour le rece-
557
uoir plus ù l’aise, estant couché sur
le costé droit. Car par telle situation
le clystere receu pénétrant iusques
au haut des intestins , quasi comme
d’vn rauage, laue plus facilement
tout le ventre : où au contraire le
patient estant situé sur le costé gau-
che, il aduient que le clystere est
contraint de demeurer au rectum ou
au colon : pour-ce qu’iceux par telle
assiette sont pressés de la masse et pe-
santeur des autresintestins supérieurs.
Après qu’il a receu , il doit demeurer
quelque temps sur son dos, puis se
tourner de costé et d’autre, ou sur la
douleur, s’il luy est possible *.
Or il se trouue certaines femmes
qui pour milles choses ne voudroient
prendre vn clystere de la main d’vn
homme , pour vne vergongne et
honte qu'elles ont de se monslrer : à
ceste cause i’ay fait portraire cest
instrument, duquel elles se pourront
aider à receuoir vn clystere , le met-
tant par deuant (ayant vn peu les fes-
ses louées) la cannule dans le siégé
marquée B. puis versera la liqueur
dedans la boëte marquée A. Le cou-
uercle marqué D.
Firjure d'vu instrument propre pour sa donner soij-mesme vn clijstcre
1 Ici finissait le chapitre en 1576; ce qui | * J’ai dit dans mon Introduction, p. xCiX,
suit est de 15T9. quand et par qui avait été inventée la sé-
558 LE VINGT-CINQVIÉME LIVRE
Autre syringue pour bailler clyslere aux
hommes.
CHAPITRE XXIII.
DES SVPPOSITOIP.ES, NOVETS , ET
PESSA1RES.
Suppositoire est vne maniéré de
tente (ayant le temps passé eu figure
ringue ordinaire ; A. Paré est le premier qui
ait parlé de cette seringue perfectionnée et
propre pour se donner soy-mesme vn clyslere.
Mais il ne semble pas donner l’instrument
comme de lui, et nous ignorons à qui est
due cette modification.
Il est à remarquer que dans ce chapitre
il ne parle que des seringues; toutefois, les
chausses à clyslere étaient encore en usage
de son temps, et se trouvent mentionnées au
chapitre 48 du livre de la Paie. Voyez ci-
dessus, page 450.
de gland, dont encore pour le iour-
d'huy elle retient le nom de glans 1 )
qui se met au siégé , à tin d’irriter le
muscle sphincter à l’expulsion des ex-
cremens contenus és intestins. Ceux
que l’on fait de présent n’ont figure
de gland, mais plustost de pessaire :
car on les fait ronds et longs, en
forme de chandelle de cire, d’où
vient que le vulgaire de Languedoc
les appelle candeleltes.
Ils sont doux, ou médiocres, ou forts.
Les doux et médiocres sont faits des
poudres laxaliues, comme de biere ,
sel , et miel. Les forts sont composés
des poudres de scammonée, euphorbe,
colocynlhe, et semblables, auec miel,
ou ius d’herbes acres, ou fiel de bes-
tes. Quelquesfois ils sont faits de seul
sauon, souuent aussi des troncs de
porée,oude sa racine, aucunesfois
d’vn lardon.
Pour composer vn suppositoire ,
faut mettre pour vne once de miel,
vne drqgme de sel , ou de poudre
irritante et laschante, comme il est fa-
cile à connoistre par les exemples.
Suppositoire médiocre.
Of,. Mellis cocti §.j.
Hieræ picræ et salis communis ana 3. fi .
Fiat suppositorium longum quat. digitor.
2f. Mellis cocti g . j.
Pulueris colocynthidos 3. fi.
Salis gemmæ 3 . j.
Fiat suppositorium.
Nous vsons des suppositoires ,
quand le patient pour son imbécillité
ne peut pas endurer clysteres, com-
me és Céures ardentes, ou quand les
malades ne veulent prendre clys-
tere , aussi quand on ne rend point
le clyslere qu’on a pris : Cnablement
1 L’édition de 1575 disait : de balunus.
DES MEDICAMENS.
és affections froides de la teste , qui
endorment les malades, nous vsons
communément de suppositoires forts
et aigus, à fin d’exciter la vertu ex-
pultrice du muscle sphincter, estant
assoupie par telles maladies : ou bien
quand la maladie de son naturel est
telle, qu’elle est euidemment offen-
sée par l’vsage des clysteres : comme
en l’enterocele, en laquelle si le boyau
est rempli du clystere , il presse d’a-
uantage le péritoine , et de sa grauité
tombe plus aisément par la partie re-
laxée ou deschirée dans le scrotum.
Les nouëts , que l’on appelle en
latin Noduli , ont mesme vsage que
les suppositoires , et souuentesfois
sont pris pour suppléer le defaut ,
tant des suppositoires que des clyste-
res , quand on est en lieu où l’on n’en
peut pas fournir. Et pourtant les
nouëts sont faits des medicamens que
l’on peut partout facilement trouuer :
sçauoir est , de iaunes d’œufs mes-
lés auec du sel et du beurre, aucunes-
fois fiel et miel, et le tout lié en vn
linge médiocrement délié à la gros-
seur d’vne auelaine, laissant du fil de
quelque longueur au bout , à fin que
quand on les mettra dans le siégé ,
qu’ils se puissent retirer quand on
voudra. Vous le pouuez ordonner en
ceste maniéré.
2f. Vitellum vnius oui.
Cui adde salis modicum , fellis veruecis et
mellis ana 5.6.
Butyri § . iij.
Misce, fiant noduli filo appensi.
Les temps propres à prendre tant
suppositoires que nouëts, est le malin
auant disner comme des clysteres,
car à telles heures N ature a cousturae
de reietter les excremens. Si on est
contraint d’en vser après disner , que
55q
ce soit pour le moins quatre heures
apres le repas.
Pessaire est plus gros que supposi-
toire , et est approprié à la matrice :
lequel est fait de cotton ou soye, ou
linge et laine pignée, en laquelle on
a mis quelque médicament pour met-
tre au col de la matrice : lequel est
fait ou pour vlceres du col de la
matrice, ou pour prouoquer ou ar-
rester les menstrues, ou pour la suf-
focation de la matrice, et purger les
excremens d’icelle. Parquoy ils sont
faits de gommes, jus, semences , her-
bes, racines, appropriées aux inten-
tions que nous voulons, et incorpo-
rées en consistence emplastique et so-
lide, pour les mettre en figure d’vn
doigt dedans la matrice: maison a
couslume de les lier au bout, comme
appert par les exemples.
Petsaire prouoquant les mois.
2f. Myrrhæ, aloës ana 5. j.
Sabinæ, seininis nigellæ, arlemisiæ ana
3. ij.
Radicis cllebori nigri 3. j.
Croci 9. j.
Cum succo mercurialis et mellc fiat pessa-
riuin filo alligatuin coxæ.
Pessaire pour arresler les mois.
l£. Mastiches, thuris ana 5 . iij.
Aluminis, rosar. rubr. nue. cupressiana
§• >j-
Ladani, hypocistidos , sumach, myrtill.
ana 3. iij.
Fiat pessarium cum succo arnoglossæ, et co-
tone.
A l’exemple de ceux-cy on pourra
faire d’autres pessaires pour amollir,
astreindre, mondifier, incarner, cica-
triser les vlceresdu col de la matrice :
lesquels faut prendre au soir quand
üGo Lli VINGT- CINQ VI LME LIVRE
on se couche, et les faut garder six
ou sept heures.
Or les pessaires se font , non seule-
ment des poudres de medicamens
receuës et abreuuées de quelque suc,
comme portent les exemples cy-des-
sus mentionnées, mais aussi de sim-
ples poudres receuës en vn sachet de
linge rare délié et farci, d'vn peu de
cotton pour le faire enfler et bouffer
en iuste grosseur. De telle forme de
pessaire nous pourrons commodé-
ment vser contre la cheulc et préci-
pice de l’amarry l. L’exemple proposé
par monsieur Rondelet en son liure
des Medicamens internes, est tel.
Benioini, slyrac, garyoph. ana 3. j.
Galliæ moscatæ 5. G.
Moschi g.vj.
Fiat puluis exceptus bombace, imponalurin
vlerum.
CHAPITRE XXIV.
DES HVILES.
Huile proprement dite, est celle qui
est tirée des oliues meures, ou non
meures : mais abusiuement elle est
prise pour toute liqueur fluxile, onc-
tueuse, et aérée , de laquelle on fait
trois especes.
La première est des huiles faites
par expression, tant des fruits que de
semences broyées et cassées, àüu d’en
1 Paré décrit ici les pessaires tels que les
comprenaient les anciens; il faut recourir
à son livre de la Génération pour lui voir
donner aux pessaires la solidité et la forme
exigées par la moderne signification du mot.
Noyez tome II, page 741 et suiv., la longue
note où j’ai tracé l’fiistoire des pessaires au
xvi' siècle.
faire sortir par expression ce qui est
oléagineux. Aucunesfois sans feu :
comme huiles d’amandes tant douces
qu’ameres : huile de noix tant petites
que grandes : huile de kerua, ou
palmachristi : lesquelles aussi se peu-
uent tirer auec feu. Aucunesfois seu-
lement auec feu : comme huile de lin,
de laurier , de nauette, de clianneuy,
et autres telles semences. La maniéré
de les faire tu trouucras au troisième
de Mesué, où il parle des huiles.
La seconde espece est des huiles
composées de medicamens simples
auec l’huile, à in d’imprimer et laisser
en l’huile la vertu des medicamens :
et se fait en trois maniérés. La pre-
mière est par décoction des racines ,
fueilles et sommités, fleurs, fruits,
semences , gommes , bestes entières
cuittesauec du vin, ou eau, ou jus,
en huile commun , omphacin, ou au-
tres , selon nos intentions , iusques à
la consomption dudit vin et eau : ce
qui se connoistra, si vne goutte de
telle huile ieltée dans le feu ne cré-
pité point et ne pétillé auec bruit.
Or telle consomption se fait, à celle
fin que l’huile se puisse mieux et plus
long temps garder sans crainte de
corruption, de laquelle semble bailler
occasion l’estrange matière d’eau ou
de vin meslée auec icelle. Quelques-
fois on fait tremper et macerer les
fruits, semences, et autres ingrediens,
par quelque espace de temps auant
que les faire cuire. Et la coction se
doit faire en double vaisseau, à fin
qu'elles ne retiennent vne qualité du
feu, que nous appelions Empyreume.
Ainsi sont faites olenm costinum, ru-
taceum , de croco, cydoniorum, myrtil-
lorum, mastichinum, de euphorbio ,
vulpinum , de scorpiunibus, et autres
telles huiles cuittes auec le feu. La
seconde maniéré se fait par macéra-
DES MEDICAMENS.
lion : quand on met tremper par quel-
que espace de temps les medicamens
simples en huile : quelquesfois sur les
cendres chaudes : quelquefois en
fiente de cheual ou au soleil, à fin que
par ceste chaleur modérée l’huile
puisse retenir la vertu des medica-
mens macérés. La troisième maniéré
est faite par insolation, quand en Esté
l’on laisse au soleil fleurs des herbes
mises tremper en huile, à fin que la
dite huile estant eschauffée de la cha-
leur amiable du soleil, puisse prendre
les facultés et effets desdiles fleurs :
et de ce nombre sont, huile de roses,
de camomille , d’aneth , de lis, de
nymphæa, de violes, et autres, les-
quelles pourras voir en Mesué, à fin
d’apprendre leur composition et
vertu comme des autres cy-dessus.
La troisième espece appartient aux
alchymistes, laquelle est faite par re-
solution en diuerses maniérés , et a
vertus et effets merueilleux : quand
par chaleur, soit du soleil, soit du
feu, soit de putréfaction, vne liqueur
huileuse est tirée. Or l’extraction de
ladite liqueur est faite en deux ma-
niérés, l’vne per ascensum, l’autre per
descensum , ainsi qu’ils appellent.
Per ascensum sont faites huiles auec
alembic et receptoire, eschauffés ou
en cendres, ou arene, ou limature de
fer, à fin de faire monter en haut la
vapeur et exhalation des medicamens
contenus au dedans, laquelle par ré-
frigération du sommet de la chapelle
et alembic descend au réceptoire, et
telle liqueur est la partie la plus té-
nue et subtile qui soit esdils médica-
ments : ce qu’ils appellent resolution
en ses elemens, et extraction de l’hu-
midité substantifique de la matière.
Ainsi est fait oleum philosophorum,
qui est descrit au troisième liure de
l’Antidotaire de Mesué ; aussi oleum
56 1
sulphuris, qniest de Ires-grande effi-
cace et vertu, et presque toutes les
nobles et bonnes compositions qui
vulgairement ont le nom de baume.
Aucunesfois est faite telle sublima-
tion à la vapeur de l’eau, qu’ils ap-
pellent balneum Mariœ.
Per descensum sont faites huiles,
quand la liqueur ne monte en la cha-
pelle , ains descend en vne cornue en
la maniéré que s’ensuit. Il faut em-
plir vn vaisseau de terre bien plombé,
qui ait le col estroit, de taillures me-
nues du bois , ou autre médicament
gras duquel nous voulons auoir
huile, et les bien disposer audit vais-
seau par ordre : puis appliquer au
col d’iceluy vne lamine de fer ayant
plusieurs trous et perluis, et la luler
au col tant dudit vaisseau que d’vn
autre vaisseau de verre , qui doit
receuoir ladite huile, lequel faut met-
tre en terre : puis faut eschauffer l’es-
pace de deux heures ou plus le vais-
seau dessus , contenant les medica-
mens que l’on veut distiller , et par
ainsi distillera huile dedans le vais-
seau enterré : telle distillation, comme
auons dit, est faite per descensum ,
c’est-à-dire par descente contraire à
la precedente. Plus ample doctrine de
telles sortes de distiller tu trouucras
en Philippe Vlstade, en son liure Du
Ciel dcsPliilosophes, et au premier liure
de la matière de Chirurgie, chapitre
des Resoluens : aussi Mesué la descrit,
parlant de l’huile de genéure. Ainsi se
peut tirer l'huile du bois de genéure,
de gaiac, de fresne, du bois de ros-
marin, et plusieurs autres de vertus
et effets merueilleux en la curation
des maladies. Semblablementest tirée
par resolution, huile d’œufs, de fro-
ment, et de moustarde: toutesfois
elles se peuuent tirer par expression,
' comme la première espece.
36
ni.
LE VINGT-CINQV1ÉME LIVRE,
562
Il y a vne autre façon d’extraire
telles liuiles per descensum , quand on
met le vaisseau contenant medica-
mens decliue et panché en lieu frais,
comme en la caue : ainsi est tirée
huile de myrrhe, huile de tartre, et
de vitriol. Or faut noter qu’en l’ex-
traction de la quinte-essence des ve-
getables, c’est à dire qui ont faculté
decroistre ou diminuer, comme sont
les herbes , l’humidité substantiüque
est tirée la première : mais des miné-
raux est tirée la derniere, laquelle
est pure et nette , semblable à huile.
Il y a d’autre substance excremen-
teuse qui se tire, mais elle n’a tels
effets que la substantiüque, laquelle
surpasse toutes autres facultés des
medicamens , bien souuent outre
toute opinion commune.
Nous vsons des huiles, à ün que la
vertu pénétré au profond, ou à fin que
l’huile puisse adoucir la substance
des choses que l’on mesle auec ladite
huile. Toutesfois faut entendre, que
quand on fait huiles froides compo-
sées auec huile commune, il faut
prendre de l’huile omphacin, c’est-à
dire tirée d’oliues vertes et non meu-
res, comme l’huile rosat. Aussi quand
on veut faire huiles chaudes, comme
huile des philosophes, ou benedicta,
il faut prendre de l’huile douce et
bien meure, ou vieille , ou d'infusion
de rosmarin et semblables.
CHAPITRE XXV.
DES LINIMENS.
Liniment est composition externe ,
moyenne entre huile et onguent :
ayant plus de consistence que l’huile,
pour ce qu’en sa composition, outre
l’huile , il reçoit beurre, axonge , et
choses semblables : lesquelles estans
réfrigérées , acquièrent et retiennent
quelque consistence , qui est cause
que pour eschauffer , meurir, et ap-
paiser douleur, le liniment est plus
propre que les huiles seules , pource
qu’il s’attache mieux et a plus de
prise sur la partie , et ne s’es-
coule si aisément , et moins que l’on-
guent : lequel est ainsi appellé , à
cause qu’il lenit et adoucit les par-
ties rudes et exaspérées , et appaise
les douleurs.
Les especes des linimens sont pri-
ses de leurs effets : car aucuns sont
refrigerans, autres eschauffans , au-
cuns humectans , quelques-vns ma-
turatifs, et ainsi des autres, selon
les indications des malad es.
La matière et ingrediens des lini-
menssont huile, axonge, suif, beurre :
ou ce qui a consistence d’huile ,
comme styrax liquide, terebenthine,
mucilage de fœnugrec et guimauue ,
moelle , laine succide , et autres.
Quelquesfois on y adiouste quelque
poudre de racines, semences, fleurs,
escorces, minéraux et autres, mais
en petite quantité, à fin que le lini-
ment retienne tousiours sa consis-
tence liquide : aussi on y mesle bien
peu de cire, pour lier vn petit et rete-
nir les huiles ou axonges. On en peut
faire des autres medicamens tant sim-
ples que composés , déclarés cy do-
uant , selon l’exigence et nécessité ,
et complication des maladies. Les
exemples donneront tout à con-
noistre.
Liniment cscluiuffant, atténuant et digérant.
y.. Olei amygdalarum amararum, liliorum
ana §. j.
Axungiæ anatis et gallinæana 5. fi.
liutyri sine sale §.j.
DES MEDICAMENS.
Mucilaginis seminis althææ, et fænugræci,
exlractæ in aqua hyssopi ana 5. û.
Addendo pulueris croci et ireosana3. j.
fiat linimentum.
Humectant et remollilif.
"if.. Olei amygdalarum dulcium § . ij.
Axungiæ huraanæ §. C.
Mucilaginis seminis maluæ extractæ in
aqua parietariæ 5. C.
Fiat linimentum addito croco.
Ainsi pourras faire autres linimens
à cest exemple, plus ou moins forts
ou debiles , des remedes ja descrits.
Les linimens se peuuent appliquer
à toutes les parties du corps, tant
pour eschauffer, refrigerer, humec-
ter et desseicher, que pour digerer,
maturer, emollir, appaiser douleurs,
à cause qu’ils adhèrent d’auantage ,
et ne coulent pas si tost que les hui-
les. Toutesfois en la composition des
linimens, faut considérer la partie où
l’on les veut appliquer : car si la par-
tie a quelque conduit , méat ou si-
nuosité, comme l’oreille, il faut que
le liniment soit plus liquide et ait plus
grande quantité d’huile. S’il faut
qu'il adhéré sur la partie où il est ap-
pliqué, faut y mettre plus dégraissés
ou axonges, et autres choses qui ont
consistence. Aucuns veulent mettre
différence entre les linimens et on-
guens , à cause qu’aux linimens ne
faut mettre cire comme aux onguens :
lesquels certainement s’abusent : car
il y a des onguens où il n'y entre
point de cire, comme entre les autres
l’Egyptiac , non plus que tous ceux
qui sont préparés pour les gangrenés
etvlceres putrides, pourcequ’à telles
maladies, toutes choses grasses ,
comme huile, graisse, résiné, cire
sont fort contraires : en lieu desquel-
les entre en l’Egyptiac le miel et
563
verd de gris , tant pour donner con-
sistence à l’onguent que pour le ren-
dre detersif.
CHAPITRE XXVI.
DES ONGVENS.
Les onguens ont plus de consis-
tence et sont plus fermes que les lini-
mens , et de plus grands effets : ainsi
nommés à cause que les parties où
l’on les applique sont ointes et en-
graissées.
Les différences d’iceux sont prises
en partie de leurs effets, à cause qu’ils
eschauffenl, refrigerent, desseichent,
humectent , mondifient , confortent
les parties, consument la chair, fai-
sans cicatrices , et autres choses sem-
blables : en partie de leurs couleurs,
et des noms des inuenteurs, comme
album Rhasis , dessiccatiuum rubrum:
en partie aussi du nombre des sim-
ples desquels ils sont faits , comme
vnguentum telrapharmacum , que
communément on nomme basilicon ,
et tripharmacum , que l’on dit nutri-
tum : et de plusieurs autres tels acci-
dens sont faites les différences des-
dits onguens, comme le plus souuent
ils retiennent le nom du principal
simple qui entre en la composition
d’iceux : ainsi nous disons vnguentum
de lilhargyro , de minio , diapompho-
ligos, et les autres semblables.
Ils sont faits d’herbes, racines, se-
mences , fruits, des parties des bestes,
des métalliques, et quelques corps
terrestres. Les jus et autres humidités
sont consumées en cuisant, comme
aux huiles : les herbes et parties d’i-
celles sout puluerisées, si elles sont
seiches , tout ainsi que les metalli-
564 LE VJKGT-»C1NQV1IÎME LlVIin
ques et corps terrestres : si elles soïit
vertes , elles sont cuiltes, exprimées,
et puis leur jus consommé en décoc-
tion. Les gommes et résinés aucunes-
fois sont puluerisées. aulresfois sont
dissoutes et fondues, ou par feu , ou
par quelque liqueur conuenable. La
cire se fond auec l’huile sur le feu.
Or pour composer onguens , on a
accoustumé garder telle proportion ,
que pour vne once de poudre , on y
mette deux onces de cire, et huit on-
ces d’huile : toutesfois puisque la cire
n’est mise aux onguens que pour leur
donner consistence, il vaut mieux
laisser la quantité de cire au iuge-
ment de celuy qui les fait : ioint qu’il
faut aussi moins y adiouster de cire en
Esté qu'en Hyuer : à cause que la
chaleur de l’Esté desseichant d’auan-
tage la composition totale de l’on-
guent, luy donne plus de consistence.
Telle est la reigle des communs pra-
ticiens pour ordonner onguens , la-
quelle entendras mieux par exemple.
Onguent repercussif et arrcstant flux de sang.
3f. Olei rosacei g . iiij .
Pilorum leporis, boli armeni, terræ sigil-
latæana3.j.
Balausliorum et gallarum ana 3. G .
Tritis quæ terenda, et simul mixtis, addila
cera quod suflicit, fiat vnguentum.
Ainsi promptement à ta nécessité
pourras composer onguens à cest
exemple : mais souuent on en fait
d'autre façon. Car il y a trois maniè-
res de composer onguens : la pre-
mière est celle qui est faite sans feu ,
en pistant seulement au mortier :
ainsi est fait vnguentum nutritum :
la seconde, quand auec feu nous fon-
dons en l’huile la cire, ou autre telle
graisse : puis quand tout est fondu ,
nous meslons les poudres en inesme
proportion que celle cy dessus : en
ceste façon l’on compose vnguentum
aureum, basilicon, diapompholygos ,
desiccatiuum rubrum, et enulatum. La
troisième maniéré est de pister axon-
ges auec les herbes , puis les cuire en-
semble et les couler, car la coiature
est onguent. Et pour facile intelli-
gence , ie le donneray la description
des susdits onguens, et la maniéré
de les faire.
Vnguentum nutritum.
3f. Lithargyri auri triti et loti Ib. fi.
Olei rosati ïb.j.
Aceli rosati g . iiij.
Et fiat vnguentum.
Vous prendrez premièrement votre
lilharge, et la mettrez en vn mortier,
y adioustant vn peu d’huile à fin
qu’elle s’espaississe, la remuant auec
vn pilon : puis adiousterez autant de
vinaigre, en remuant iusques à ce
qu'ils se soient incorporés ensemble :
et continuerez àietter tantost vn peu
de vostre huile, puis du vinaigre,
iusques à ce que l’onguent soit rendu
en bonne forme et consistence. Et si
tu veux faire de cest onguent Yem-
plastrum nigrum, tu feras consom-
mer petit à petit tout ton vinaigre ,
et lors l’emplastre viendra noire et
luisante.
Vnguentum aureum.
gi i. Ceræ citrinæ § . vj.
Olei boni ib. ij.
Tereb. § . ij.
Resinæ, colopboniæ ana §.j. fi.
Olibani, mastiches ana § . j.
Croci 3. j.
Fiat vnguentum.
En premier, ferez fondre vostre cire
auec vne grande portion de l’huile ,
DES MEDICAMENS.
565
puis vous adiousterez la résiné et co-
lophone rompue par petits morceaux :
et estans fondues , osterez le tout du
feu , et adiousterez vostre tereben-
thine : cela estant à demy refroidi ,
mettrez l’oliban et mastic puluerisés ,
et sur la fin le saffran dissout ou des-
trempé auec le reste de vostre huile.
Le tetrapharmacum est ainsi ap-
pellé, par-ce qu’il est composé de
quatre simples , sçauoir : cire, résiné,
poix et suif de taureau , egalement
meslés et fondus.
Vnguentum tetrapharmacum.
2f. Resinæ, picis nigræ, ceræ ana §. ij. fi.
Olei veteris oliuarum matur. Q>. j. G.
aut fi>. j. si durius id esse vis.
Fiat vnguentum.
Faites fondre auec l’huile la cire
coupée par petits morceaux , puis
adiousterez la résiné et poix : et le tout
estant fondu aurez vostre onguent.
Aucuns l’appellent basilicum.
Vnguentum diapompholygos.
if. Olei rosati § . ix.
Ceræ albæ § . iij.
Succi solani hortensis 3. iiij.
Cerussæ lotæ 3 . j.
Pompholygos, plumbi vsti et loti, olibani
puri ana 3 . G.
Fiat vnguentum.
En l’huile sera fondue la cire à petit
feu , puis estant ostée du feu , adiouste-
rez vossusditsingrediens, et lesbroye-
rez long temps en vn mortier de mar-
bre, versant petit à petit du suc : et ce
qui ne sera incorporé , vous le sépa-
rerez.
V nguentum desiccatiuum rubruin.
2f. Lapidis calaminaris , terræ sigillatæ ana
5 - ij-
Lithargyri auri, cerussæ ana 5-j- G.
Camphoræ 5. G.
Ceræ 3 . ij. G .
Olei rosati et violarum ana 3. iij.
Fiat vnguentum.
Vous ferez fondre la cire auec
l’huile , et estans refroidis vous mes-
lerez vos poudres , remuant auec vne
spatule de bois, adioustant sur la fin
le camphre dissout auec vn peu
d’huile rosat , ou eau de roses.
V nguentum enulatum.
“if. Radicis enulæ campanæ coctæ cum
aceto, et pistatæ vt decet lb. G.
Axung. porci, olei communis ana 3.
j. fi.
Argenti viui extincti, et terebenthinæ
lotæ ana § . j.
Salis communis puluerisati 3. ij.
Incorporentur vt decet.
Vous prendrez vos racines cuites,
et passées par l’estamine, lesquelles
ferez cuire auec vostre axonge à petit
feu, en remuant tousiours, puis sou-
dain ietterez vostre sel, et l’huile, et
cire, le tout meslés ensemble : cela
fait, sera ostée du feu la composition :
à laquelle estant froide, adiousterez
le vif argent esteint auec vn peu d’a-
xonge etterebenthine.
Vnguentum album Rhasis.
2 c. Olei rosati § . Ix.
Cerussæ albæ § . iij.
Ceræ albæ 3 .ij.
Confiée sic.
La ceruse sera bien puluerisée, sus
laquelle ietterez l’huile et la cire que
vous meslerez ensemble chaudement,
puis longuement battrez le tout en-
semble, iusques à ce que la meslange
vous en semble bien parfaite.
566 LE VINGT-C1NQVIÉME LIVRE
Vnguentum de althœa.
if. r.adicis allhææ IL. j.
Seminis Uni, fœnugræciana ib. fi,
Scillæ 5 . iij.
Olei communis ffi. ij.
Ceræifc. fi.
Terebenthinæ, galb. gummi hederæ ana
§ • j-
Colophoniæ et res. ana o • iij-
Les racines et les morceaux de scille,
et les semences de lin, seront mises
en infusion chacun à part , en cinq
liures d’eau l’espace de trois iours,
puis on les fera bouillir iusques à la
consomption chacun de trois onces :
cela fait, on en tirera les mucilages,
que l’on fera cuire auec l’huile, ad-
ioustant la cire taillée en petits mor-
ceaux : puis l’ostant du feu mettrez le
galbanum dissout en vinaigre meslé
auec la terebenthine , ensemble la
gomme de lierre , colophone et ré-
siné, réduits en poudre : ou bien fe-
rez fondre vostre colophone et résiné
auec la cire et l’huile , qui seroit
mieux.
Vnguentum populeonis.
if. Ocul. populi arb. H» . j . fi.
Folio, papauer. nig. mandrag. folior.
rubiæ. hyoscya. vermic. lactucæ, sem-
peruiui, folior. violar. cymbalaris folior.
nominati cortati nascentis in flg. et mû-
ris ana § . fi .
Cordus et Fernelius, itemqueNico-
laus dozent les simples iusques à trois
onces chacun:
Adipis suilli recentis expertis salis fi>. ij.
Vini boni ü>. j.
Fiat vnguentum.
Les fueilles de violes et œillets de
peuple seront pistés en vn mortier de
marbre auec les axonges, puis seront
mis en vn pot , et laissés l’espace de
deux ou trois mois, attendant que les
autres herbes soient en leur vigueur :
lesquelles estans cueillies, seront ha-
chées et pistées comme les susdites,
puis meslées ensemble, et sera le tout
mis en vn lieu tiede l’espace de huit
iours, adioustant vne liure de vinai-
gre fort : cela fait, on fera le tout
cuire iusques à la consomption de
l’humidité, qui seconnoistra lors que
l’on en ietlera vn peu dessus le feu, et
s’il fait bruit, c’est signe qu’il y a en-
core quelque humidité : laquelle es-
tant consommée, ledit onguent sera
passé par vn gros linge, en exprimant
bien fort le marc des susdites herbes.
Vnguentum apostolorum.
'if.. Terebenthinæ, ceræ albæ, resinæ ana 5.
xiiij.
Opopanacis et floris æris (sou viridis
æris : car flos æris ne se prend pas icy
proprement pour ces petits grains, qui
comme scintilles saillent de l’airain, lors
que les mareschaux l’abreuuent d'eau pour
le rafraichir : mais il se prend pour le
verd de gris, qui est fort propre contre les
vlceres malins contre lesquels tout cest
onguent est préparé ) ana 3. ij.
Ammoniaci 5. xiiij.
Aristotochiæ longæ, thuris mascu. ana
3. vj.
Myrrhæ et galbani ana 5. iij.
Bdellij 3. j. f
Lithargyri drach. ix.
Olei ft. ij.
Fiat vnguentum.
La litharge doit estre nourrie auec
§ .ij. d’huile, l’espace de cinq heures,
en après cuitte à petit feu iusques en
forme de miel, en remuant à fin qu’elle
ne se brusle, à laquelle estant hors du
feu, adiousterez la cire fondue auec
le reste de l’huile, ensemble la résiné :
puis le tout estant refroidi, mettrez
DES MED1CAMENS.
les gommes dissoutes en vinaigre, et
cuites incorporées auec la tereben-
tbine, ou bien les adiousterez en pou-
dre : cela fait, les poudres d’aristolo-
che, myrrhe et encens seront incor-
porées : et par ainsi aurez voslre on-
guent, y adioustant sus la fin / loris
œris bien subtilement puluerisé.
Encore que parcy deuant la des-
cription de l’Egyptiac soit mise, ien’ay
voulu faillir le mettre en ce lieu.
Of. Floris æris, aluminis rochæ, mellis com-
munis ana g . iij.
Aceti acerrimi g . v.
Salis communis g . j.
Vilrioli Romani g. û.
Sublimali pulueris. 3. ij.
Dulliant omnia siinul , et fiat vnguentum
vt artis est.
I’ay adiousté le sublimé pour luy
donner plus de force, lequel tu pour-
ras diminuer ou oster si bon te
semble.
Kncjuentum Comiiissœ.
if. Corticum medianorum castanearum, cor-
ticum medianorum arborisglandium, et
glandium, myrlillorum, caudæ equinæ,
corticum fabarum, acinorum vuarum,
sorborumsiccorum iminalurorum, mes-
pillorum immaturorum, radicum che-
lidoniæ, foliorum prunorum syluestrium
ana g . j. fi.
Aquæ plantaginis H>. viij.
Ceræ nouæ § . viij. fi .
Olei myrlillorum 1b. ij. fi.
En après te faut espandre dru et
menu la poudre des choses qui s’en-
suiuent.
'}f. Pulueris corticis mediani castanearum,
corlicis mediani glandium, corticum
medianorum arboris glandium, id est
quercus, gallarum ana g.j.
Cineris ossiunr cruris bouis, myrlillo-
567
rum, acinorum vuarum, sorborum sic—
corum ana § . fi .
Trochiscorum de carabe g . ij.
Fiat vnguentum.
Premièrement vous ferez vne dé-
coction en l’eau de plantain , des
simples concassés qui s’ensuiuent,
comme cortex medianus arboris quer-
cini, acini vuarum, radix chclidoniœ ,
mespilla, sorba, cauda cquina, semen
myrlillorum, pruni sylueslris folia,
corlices fabarum , cortices mediani
glandium , castanearum cortices . et
gallœ : lesquels simples estans bien
cuits , seront laissés en infusion
l’espace de deux heures , et ladite
décoction sera passée et séparée en
neuf portions, etauec vne des susdites
portions la cire estant fondue auec
l’huile de myrtils , sera lauée , en
continuant telle ablution sept fois :
cela fait, et l’ayant bien esgoultée,
de sorte qu’il ne reste aucune goutte
de la décoction, auec la cire et l’huile
la ferez. fondre , adioustant les pou-
dres qui s’ensuiuent, comme ossium
cruris bonis, corticum medhrum ar-
boris qucrcini , cl mediorum corticum
glandium , corticum mediorum casta-
nearum, gallarum, sorborum, mtspil-
lorum, seminum myrlillomm, acino-
rum vuarum, et sus la fin trochiscos
de carabe : et par ainsi aurez vostre
onguent fait selon l’art.
fuguentum pro stomneho.
X. Olei absinthij, mastichis, de spica et ro-
sali ana g . fi.
Pul. absinthij, rosar. maioranæ, men-
thæ ana 3. j.
Garyophyllorum, cinnamomi, mastichis,
galangæana 5. j.
Pulucrisentur puluerisanda, et cum sufli-
cienli quantilate ceræ liât vnguentum
molle, de quo vnguatur stomachus ca-
lidè per horarn ante paslum, conti-
nuando.
568 LE VUNGT-CUVOVIÉME LIVRE
Nous vsons des onguens à Gu qu’ils
demeurent et s’arrestent en la super-
ficie, sans couler, et aussi à fin qu’ils
ne pénétrent trop au dedans : pour
ceste raison ils sont moyens entre les
linimens et emplastres : et bien sou-
rient nous prenons onguens pour lini-
mens, vsans indifféremment de l’vn
et de l’autre *.
Vnguent de hedrus escrit par Galien, propre
aux morsures des besles enragées, et à tou-
tes morsures, soit d’hommes ou autres ani-
maux : aussi aux ragadies du fondement :
on en fait pareillement des pessaires remol-
lilifs 1 2 * *.
Of. Ceræ albæ ü>. ij.
Cerussæ, Iithargyri aurei ana îb.j.
Myrrhæ et medullæ cerui ana § . ij.
Thur. §. j.
Olei lt>. ft.
La maniéré de le faire est telle : il
faut cuire la litharge auec l’huile
iusques à bonne consislence, cela fait
il faut ietter la cire et ceruse , et les
mouuoir : et lors qu’ils seront vois,
et n’adhereront point aux doigts, es-
tez les du feu, et y mettez la moelle :
puis quand il seront refroidis, on y
adioustera la myrrhe et le tbus sub-
tilement puluerisés : et sera gardé tel
onguent pour en vser aux dispositions
susdites.
Autre médicament de Galien propre aux mor-
sures des chiens enragés, et aux piqueures
des nerfs et tendons : il prohibe que telles
plages ne se peuuent gluliner ny cicatriser,
lise fait ainsi 5 :
Prenez vne liure de poix grasse, trois onces
1 Ici s’arrêtait le chapitre en 1575; le reste
est de 1579.
2 Liu. 1. delà Composition des medicamens
en general. — A. P.
J Liu. 3. de la Composition des medicamens
en general, — A. P.
d’opopanax, cuits en fort vinaigre, huile
de lis, axonge de porc fort vieille : et
soit fait onguent.
Il dit que l’huile de moustarde est
si acre, que la mettant sur les playes
recentement fermées, qu’elle a vertu
les faire ouurir : et partant elle est
bonne ausdites playes faites des bestes
estranges, et aux ponctions des nerfs
et tendons.
CHAPITRE XXVII.
DES CEROVENNES ET EMPLASTRES.
Les ceroüennes et emplastres ont
si grande affinité en leurcomposition,
que souuentesfois on escrit l’vn pour
l’autre, tout ainsi que les linimens et
onguens , lesquels on confond quel-
quesfois l’vn auec l’autre : à ceste
cause nous distinguerons bien peu les
ceroüennes des emplastres , car la
différence est bien petite.
Ceroiïenne est une composition plus
dure et solide que les onguens , et
plus molle que les emplastres , la-
quelle a son nom de la cire qu’elle y
reçoit pour donner consistence et
arrester l’huile. Les différences sont
prises aucunesfois des parties où elles
sont appliquées , comme ceratum sto-
machicum : autresfois de leurs effets ,
comme ceratum réfrigérons Galeni:
souuentesfois des simples desquels
ils sont composés, comme ceratum
santalinum , et ainsi des autres.
La propre matière des ceroüennes
est la cire neufue , et les huiles ac-
commodées aux parties et maladies:
de sorte que linimens et onguens ne
different aucunement desceroüennes,
s’ils reçoiuent de la cire en leur com-
DES MEDtCAMENS.
position : comme vnguentum rosa-
ceum, s’il reçoit delà cire, sera ap-
pelle ceroiienne, non onguent. Les
ceroüennes qui sont composés de ré-
sinés , gommes, et métaux , son t plus-
lost appellés emplastres que ceroüen-
nes, comme le ceroüenne pour la
hergne, communément appelé Em-
plastrum contra rw/jfwram.D’auantage
souuentesfois s’il y a douleur ou in-
flammation en vne partie , nous fai-
sons ceroüennes des emplastres liqué-
fiés enhuile, de peur que la substance
trop solide , dure et pesante de l’em-
plastre ne blesse la partie dolente
par sa grauité, et n’augmente l’in-
flammation , empeschant la perspira-
tion d’icelle par sa solidité. Et pour-
tant delaissantlamaniere de composer
lesdits ceroüennes, dirons des emplas-
tres.
Emplastre est vne composition faite
de toute sorte de medicamens, princi-
palement gras et secs, assemblés et
amassés en vn corps espais et vis-
queux, dur et solide , adhérant aux
doigts. Les différences des emplastres
sont autant manifestes que celles des
onguens. Qu’il soit vray, elles sont
prises bien souuent d’vn principal
médicament qui entre en la composi-
tion , comme diachylon , de meliloto ,
de baccis lauri , diachalciteos siue pal-
meum , de betonica siue de ianua. Au-
cunesfois de leurs effets, comme diui-
num , gratia dei , apostolicon , contra
rupturam. Quelquefois aussi de la
couleur, comme emplastrum nigrum ,
griseum, et autres telles différences ,
lesquelles connoistras à leur nom
commun et vulgaire.
La matière des emplastres est prise
des parties des plantes , des métalli-
ques et corps terrestres principale-
ment , et des parties des bestes : des-
quels les vns laissent seulement leurs
069
vertus , comme le vin , vinaigre, eau,
et tous jus liquides désherbés : les au-
tres seruent principalement pour don-
ner consistence ferme aux emplastres,
comme la litbarge ( laquelle selon Ga-
lien est la principale matière à faire
emplastres1) la cire, l’huile et les
résinés. Les autres sont mis aux em-
plastres , non seulement pour seruir
de matière, mais aussi pour donner
leurs vertus et effets, comme les gom-
mes , quelques métalliques , parties
des bestes, et résinés, comme la tere-
benthine pour digerer, mondifier et
desseicher.
Or des emplastres aucuns sont faits
sans coction, les autres auec coction.
Ceux qui sont faits sans feu, inconti-
nent sont desseiebés, et ne son t aucune-
ment visqueux. Ils sont faitsdefarine et
poudre meslées et incorporées auec
jus, ou autre chose humide. Tels em-
plastres doiuent pluslostestre appelés
onguens durs ou cataplasmes, qu’em-
plastres. Qu’ainsi soit, par décoction
sont faits les vraisemplastres, laquelle
est aux vns plus longue, auxautres
plusbriefue, selon que les ingrediens
la peuuent endurer de leur nature et
substance : parquoy il est fort vtile
connoistre ceux qui portent grande
décoction ou petite.
Donc la méthode et moyen de bien
faire les emplastres , c’est que les ra-
cines, bois, fueilles , tiges, fleurs,
semences seiches et puluerisées , sont
mises presque toutes les dernieres ,
lors que l’emplaslre est quasi cuit, ou
qu’il est ja hors du feu, ou autrement
leur vertu s’euaporeroit. Toutesfois
si quelques vnes de ces choses en-
trent en la composition lors qu’elles
sont fraisebes et encore verdes,ouil
1 Aux Hures cle la Composition des medi-
camens en particulier. — A. P.
070 LE VINGT-CINQVlÉME LIVRE ,
les faudra faire cuire en quelque
liqueur , puis les passer et mesler
auecques le reste , ou bien si elles ont
du suc , on le tire après les auoir pi-
lées : et se sert-on de ce suc pour
cuire les autres choses , et les fait-on
du tout consommer, n’y laissant rien
que sa vertu et faculté, comme l’on
peut voir en l’emplastre de ianua ou
betonica , et gratia dei : ce qu’on
obserue aussi és mucilages : vray est
qu'à cause de leur viscosité , ils ne se
consomment pas tant que les sucs.
Quant au miel et huile, il en demeure
encore beaucoup , encore que l’em-
plastre soit parfait. Et quant aux sucs
solides et endurcis , comme l’aloés ,
l’hypocistis, l’acacia, et autres sem-
blables, si quelqu’vn entre en lacom-
posilion de l’emplastre , et s’il est
encores recent et frais , il le faudra
seulement dissoudre et deslremper en
quelque liqueur propre en nostre
intention , lequel neantmoins il fau-
dra faire consommer à force de cuire,
auant que le mesler en la composi-
tion : ou bien faire cuire toute la com-
position iusques à la consomption
de l’humidité des sucs.
Les gommes, comme galbanum ,
opopanax, sagapenum, ammonia-
cum, et autres, se doiuent dissoudre
en vin , vinaigre , eau de vie , ou au-
tre liqueur : puis doiuent eslre cou-
lées et cuites iusques à la consomp-
tion desdites liqueurs et consistence
emplastique, et seront mises aux em-
plastres ja du tout cuitles. Et est à
noter , que pour bien auoir la quan-
tité et poids des gommes , il les faut
premièrement dissoudre et couler, et
les faire cuire, à cause des petits es-
clats de bois et autres ordures qui s’y
trouuent le plus souuent. D’auantage,
le Chirurgien doit auoir esgard en
quelle liqueur il les fait dissoudre :
car le vinaigre fait de bon vin fort e*
puissant, est de trop plus grande ver-
tu pour subtilier et penetrer, que
celuy qui est fait de petit vin , brusc ,
rude, et aspre.
Les autres gommes qui sont plus
seiches sont mises en poudre , et
meslées à la fin des emplastres : les
métalliques, comme œs vslum , chalc'i-
lis, magnes , bolus armenus, sulphur,
auri pigmentum , et les autres qui se
peuuent pulueriser, doiuent estre mis
à la fin, si d’auenlure on ne veut ob-
tondre et réfréner leur trop grande
force par longue décoction. Ainsi est
fait des résinés, de la poix, de latere-
benthine , laquelle doit estre mise
après la cire, sans sentir aucune coc-
tion, ou bien petite : les graisses sont
meslées sur le feu. La litharge auec
l’huile doit estre cuitte à consislence,
si l’on veut que l’emplastre desseiche
sans mordication. La cerusse pourra
bien endurer tant longue decotion ,
mais elle ne rendra l’emplastre blanc:
tout ne plus ne moins que la litharge
d’argent ne donne tant belle couleur
aux emplastres que la litharge d’or.
Finablement tel ordre garderas en la
décoction des emplastres. La litharge
sera cuitte à consislence, les jus ou
mucilages ja consumés : puis on y
adioustera les graisses , en après les
résinés seiches , les gommes, la cire ,
la terebenthine, et à la fin les pou-
dres.
La parfaite coction des emplastres
est conneuë par la consistance crasse,
dure, glutineuseet adhérante. Ce qui
est euident, quand en prenant quel-
que portion de l’eniplastre , icelle
refroidie , soit par l’air ou eau froide,
ou marbre , elle ne vient à adhérer
aux doigts : d’auantage, quand tout
est bien rneslé, et la paste et l’emplas-
tre est bonne et bien amassée, difficile
DES MEDICAMENS.
5?1
à rompre et mettre en morceaux.
La quantité des medicamens que l’on
veut mesler pour faire emplastre nese
peut descrire, ains est estimée par vne
coniecture artificieuse, ayant esgard
aux medicamens qui donnent consis-
tence et glulinosité: puis à la coclion
parfaite on connoist sil’emplastre est
trop mol ou trop dur. La cire n’entre
point aux emplastres esquels il y a du
ladanum , car il sert de cire. D’auan-
tage , si la composition d'vn emplas-
tre reçoit quelques medicamens em-
plastiques, la cire sera diminuée : au
contraire, si les autres sont tous li-
quides , l’on augmentera la cire en
telle quantité qu’elle puisse donner
consistence emplastique. Le temps
aussi et l’air varient la quantité de la
cire , et pourtant sera bon laisser la
quantité de la cire au iugement de l’o-
perateur , escriuant seulement , cerœ
quantum sufficit. Des onguens on
peut faire emplastres, en y adioustant
ou cire ou résinés seiches, ou autre
chose dure et solide. Aucuns veulent
que pour vne poignée des medicamens
grossement puluerisés , on y mette
vne once ou once et demie d’huile ,
ou autre liqueur : mais de cecy ne
s’eu peut donner precepte certain,
ains tout gist en l’examen et considé-
ration des emplastres ja composés des
anciens , esquels se faut diligemment
exercer, pour bien entendre la ma-
niéré d’ordonner emplastres. A ceste
raison nous descrirons les plus com-
muns.
Emplau. de V igo cum Mercurio.
2f. Olei chamæmeli, anethi, de spica, lilio-
rum ana § . ij.
Olci de croco g . j.
Pinguedinis porcin® Ib. j.
Pinguedinis vitulinæ 1b. ft.
Euphorbij 3. y.
Thuris 3. x.
Olei laurini 5 . j. fi •
Panas viuentes n. vj.
Pinguedinis viper® § . ij fi.
Lumbricorum lotorum in vino § . iij . fc .
Succi ebuli, enulæ ana § . ij.
Schœnanti , stœcados , matricariæ ana
m. ij.
Vini odoriferi 1b. ij.
Lithargyri auri tt>. j.
Terebenlhin® claræ g . ij.
Styracis liquidæ g.j. fi.
Argenti viui extincti.
Fiat cmplastrum.
Pour chacune liure d’ingrediens ,
on y met iiij. § . de vif-argent, et sou-
uentl’on le multiplie, pour eslre la-
dite emplastre de plus grand effet.
Les vers doiuent eslre laués auec eau
de fontaine, puis auec vn peu de vin,
à fin de leur osier toute la terre qu’ils
pourroient auoir : estant ainsi laués ,
on les fera tremper au vin qui entre
en ceste composition , et les grenouil-
les toutes viues seront adioustées , et
le tout boüilli ensemble iusques à
la consomption de la tierce partie :
puis sera mise l’herbe appelée matri-
caria incisée, aussi leschœnanthecon-
tus, et le stœchas, et de rechef on fera
cuire le tout iusques à la consomption
d’vne liure. Telle décoction sera cuitte
à perfection, et quelle soit claire: puis
sera laissée refroidir , puis coulée et
gardée, attendant que la lilhargeaye
esté nourrie l’espace de xij. heures
auec huile decamomille, anelh,delis,
de saffran , ensemble les axonges de
porc , de veau, et de vipere ( en lieu
de l’axonge de vipere , on prendra de
l’axonge humaine), laquelle litharge
ayant esté nourrie , sera cuitte bien
lentement :'puis osterez le tout du
feu, et adiousterez vn quarteron de la
susdite décoction : en après sera mise
sus le feu , à fin que l’humidité en soit
^72 LE VINGT-CINQVIÉME LIVRE
consommée , et continuerez iusques
à ce qu’ayez mis toute la décoction :
et notez qu’vne partie de l’huile d’as-
pic sera gardée pour mettre à la fin
de ladite décoction , à fin que l’em-
plastre aye meilleure odeur. Cela
fait, lors adiouslerez succos ebuli et
enulœ campanæ , faisant le tout cuire
iusques à leur consomption : puis
l’ayant osté hors du feu adiousterez
le thus , euphorbinm , et de la cire
blanche tant qu’il en sera besoin ,
puis mettrez l’argent vifesteint auec
la terebenthine , et huile d’amandes
ameres , et le styrax , l’huile laurin et
despica, en remuant tout iusques à
ce qu’il soit froid : puis en ferez mag-
daleons. Le vif-argent sera incorporé,
esteint , comme dit est , auec l’em-
plastre, sur le marbre auec les mains.
Annotation au ieune chirurgien,
que tous les onguens ausquels entre
du vif-argent, on le doit esteindre
auec vn peu d’axonge ou huile vis-
queuse, comme de lin ou tereben-
thine, puis après l’incorporer auec le
médicament, estant presque du tout
refroidi : autrement il s’euaporeroiten
fumée, ou se reüniroit en corps
comme deuant qu’il fust esteint : la-
quelle chose est bien à noter princi-
palement, comme à l’emplastre de
de Vigo et autres1.
Ceratum œsypi ex Philagrio.
2f. Croci 3. ij. fi .
Bdellij, masti. ammoniaci, aloes, styrac.
liquida; ana § . fi .
Ceræ albæ 1b. fi.
Terebent. 3.vj.
Mcdullæ cruris vaccæ, adipis anseris ana
o • j-
OEsypi, vel axung. gall. si desit g . ix.
Olei nard, quantum satis ad magdaleones
formandos.
Expressionis scillæ g.j. û.
Olibani g . fi.
Sepi vitulini 3 . j.
Vœsipus, sepum, adeps et medulla
auec la cire , seroqt fondus ensemble :
et estant le tout refroidi , adiousterez
l’ammoniac dissout en vne demie
once d’vne décoction faite de fœnu-
grec et de camomille, et en vne once
et demie de suc de scille, faisant con-
sommer l’humidité : puis mettrez le
styrax et terebenthine, et remuant
tousiours , lors adiousterez le bdel-
lium, origan, mastic, aloé, mis en
poudre : le tout estant bien incorporé
auec huile de nardinum, en formerez
magdaleons.
Emplaslrum de gralia dei.
‘2f. Tereben. Q>. fi .
Resinæ D> . j.
Ceræ albæ g . iiij.
Mast. g.j.
Fol. verb. bet. pimpin.ana m. j.
Les herbes verdes, et principale-
ment leurs sommités, seront hachées
et broyées en vn mortier de marbre ,
puis seront cuittes en bon vin rouge
et odoriférant , iusques à la consomp-
tion de la tierce partie , et en la cola-
ture adiousterez votre cire taillée en
petits morceaux pour la faire fondre :
et l’humidité consommée , mettrez la
résiné, et le tout estant réfrigéré,
adiousterez le mastic bien puluerisé,
le malaxant entre vos mains pour le
mieux incorporer.
Emplast. de ianuu, s eu de betonica.
y. Succi béton, plantag. apij ana 1b. j.
Ceræ, picis, resinæ, terebenth. ana tb. fi
Fiat emplast.
i1
1 Cette annotation a été ajoutée en 1370.
Les sucs seront mis auec la cire
DES MEDiCAMEMS.
pour la liquéfier et fondre, lesquels
seront consommés iusques à la con-
somption de trois parties, puis adious-
terez la résiné , poix , lesquels estons
fondus seront passés tous chauds,
adioustant puis après la terebenlhine,
après en seront faits magdaleons.
Emplasir. oxycroceum.
"if. Croci, picis communis (ou plustost naua-
Iis, laquelle à la vérité semble plus propre
en ce cas, de tant que tel onguent est pré-
paré pour amollir, discuter et euoquer la
douleur des iointur es) colopb. ceræ ana
5 • fi-
Terebenlh. galb. ammon. thuris, myr-
rhæ, mastic, ana 3. v. £> .
\ ous ferez lentement fondre la cire,
adioustant la poix et colophane ,
puis mettrez vos gommes dissoutes
comme il appartient , et meslées auec
la terebenthine : et le tout estant osté
du feu, mettrez le thus et la myrrhe
l’vn après l’autre , et sus la fin le saf-
fran bien puluerisé : puis en formerez
magdaleons auec huile de vers.
Emplastrum de cerussa.
"if. Olei communis tb. ij.
Cerussæ subtiliss. tb. j.
Si tu veux faire ton emplaslre plus
blanche , ne faut mettre que 5 . ix.
d’huile. Vous ferez cuire votre em-
plaslre petit à petit , mettant tout en-
semble, en remuant iusques à ce qu’il
aye consistence d’emplastre.
Emplastrum iriapharmacum ou nigrum.
X. Litbarg. triti, aceti fortissimi ana 1b. fi .
Olei antiqui 1b. j.
Fiat emplastrum.
^ La litharge sera nourrie auec l’huile
l’espace de ix. heures, la faisant cuire
à petit feu, iusques à ce qu’il soit es-
573
pais, puis adiousterez vostre vinaigre
petit à petit , vous donnant de garde
qu’il ne se brusle , et ferez tout boüil-
hr iusques à la consomption d’iceluy
vinaigre. Icelle empiastre est dite
iriapharmacum , à raison qu elle est
composée de trois simples.
Emplastrum palmeum siue diachalciteos.
if. Olei veteris 1b. Hj.
Axungiæ veteris sine sale 1b. ij.
Lilhargyri triti Ib.iij.
Vitrioli g. iiij.
L huile et la litharge seront mises
ensemble, à fin de la nourrir, l’espace
de xij. heures, puis sera cuitte ayant
quelque consistence, adioustant l’a-
xonge : et faut lousiours remuer auec
vne spatule de palme , ou en lieu d’i-
celle auec vne racine de canne ou
baston de saulx : et estant cuitte à
pet fection , et osteedu feu, adiouste-
rez votre vitriol bien puluerisé.
Emplastrum contra rupturam.
'if. Picis naualis, alocs ana 5 . iij.
Litbargyri, ceræ, colophoniæ, galbani,
ammoniaci ana 5 . ij.
Visci quercini § . vj.
Gypsi vsti, vtriusque aristolocbiæ ana
§• iüj. '
Myrrhæ, thuris ana § . vj.
Terebenthinæ §.ij.
Pulueris vermium terrestrium, gallarum
vtriusque consolida;, boli armeniæ ana
5 -'iij.
Sanguinis humani tb. j.
Fiat emplastrum.
Lequel si vous voulez faire de bonne
consistence , adiousterez olei myrtil-
lorum, vel mastiches tb. û., sinon que
tel après sa composition sera d’vne
mauuaise pasle. Le moyen de bien
faire cest emplaslre est tel.
Prenez vne peau enlicre d’vn bc-
I
LE VINGT-C1NQVJÉME LIVRE ,
574
lier, laquelle couperez en petits mor-
ceaux, et sera cuitte en cent liures
d’eau et vinaigre , iusques à ce qu’elle
soit rendue comme vne colle ou ge-
lée : en laquelle dissouldrez viscus
quercinum, adioustant la cire, taillée
en petites pièces , ensemble la poix
rompue en petits morceaux : et si
voulez adiouster de l’huile, le fe-
rez : puis adiousterez le galbanum ,
ammoniac dissout en vinaigre , puis
meslés auecques la terebenthine : en
après seront incorporés la litharge ,
gypsum, le bol, l’aristoloche et la
consoulde , les vers et le sang , et sus
la fin la myrrhe, le thus, colophone,
et l’aloés , sans faire aucune interposi-
tion de remuer : puis à fin que le tout
soit mieux incorporé, on battra long
temps l’emplastre en vn mortier, auec
vn pilon chaud.
Emplast. de mucaginibus.
Of. Mucag. seminis fini radicum althææ, fœ-
nugræci et mediani corlicis vlmi ana
o-iüj-
Olci liliacei , camomelini , auelhini ana
5- j- fi.
Araraoniaci, opopanacis, sagapeni ana
g. fi.
Croci 5. ij.
Ceræ nouæ Ih.j. g. viîj.
Terebenthinæ g. ij.
Fiat emplastrum.
Feruel ne dose la cire que iusques à
xx. drachmes, voulant au reste la
dose des autres ingrediens estre sem-
blable à celle qui est icy ordonnée.
Les mucilages et la cire coupée en
petits morceaux, seront mises auec
les huiles , et seront consommées en
remuant auec vne spatule de bois :
puis seront adioustées les gommes
dissoutes et meslées auec la tere-
benthine, puis après mettrez le saffran
bien puluerisé.
Emplasl. de minio.
il. Olei rosati , myrt. vnguenti popul. ana
g.iiij.
Pingued. gall. g. ij.
Sepi castrati, sepi vaccini ana 5 . vj.
Pingued. porcinæ g . x.
Cerussæ ^ . iiij.
Minij. g . i i j .
Terebent. g . iiij.
Ceræ quant, satis si opus fuerit.
Fiat emplastrum vel ceratum molle.
La litharge, ceruse, et minium
chacun à part, seront réduits en
poudre sur le marbre, les arrousant
d’vn peu d’eau rose , à fin que le plus
subtil ne s’euapore : puis seront in-
corporés auec l’huile rosat , myrtil ,
les mettant sus le petit feu , iusques à
ce qu’ils ayent acquis la consistence
de miel. Cela fait, adiousterez les axon-
ges, et la ferez cuire iusques à ce
qu’elle deuienne noire : lors subit
mettrez le sepum castratum et vac-
cinum , lesquels estans fondus, oste-
rez le tout du feu , adioustant l’w-
guentum popubconis, et s’il y a besoin
de cire en adiousterez , puis formerez
vos magdaleons.
Diachylon magnum.
If. Lilhargyri puri et puluerisati §. xij.
Olei irini, aneth. chamæmeüni ana g .
viij.
Mucilaginis seminis fini, fœnugræei et
radicis althææ, et Dcuum pinguiumct
vuarum passarum, succi ireos et scillæ,
œsypi, ichthyocollæ ana 5. xij G.
Terebenth. § . iij.
Resinæ pini, ceræ flauæ ana g . ij.
Fiat emplastrum.
La litharge doit estre nourrie auec
l’huile auant que la mettre sur le
feu, puis estre cuitte à petit feu , ius-
ques à ce qu’elle deuienne espaisse :
après faut mettre petit à petit les mu-
DES MEDICAMENS.
cilages iusques à la consomption :
après les jus de scille et iris soyent
meslés auec ledit emplastre , aussi le
mucilage de ichthyocolla : et iceux
estans consumés, faut faire fondre
la cire et la résiné , et hors le feu soit
mise la terebenthine et œsypus.
L’vsage des emplastres est à fin
que plus de temps ils puissent demeu-
rer su r les parties où ils sont appliqués,
et que leur vertu ne puisse si lost ex-
haler , ioint aussi que l’on les peut
garder long temps.
CHAPITRE XXVIII.
DES CATAPLASMES ET PVLTES.
Les cataplasmes ont grande simili-
tude auec les emplastres dits impro-
prement , à cause qu’ils peuuent estre
estendus sur linges ou esloupes , et
adhérer aux parties comme emplas-
tres : ils sont faits de racines, fueilles,
fruits, fleurs, semences des herbes,
jus d'icelles, huiles, axonges, moel-
les, farines, résinés : desquelles vns
sont cuits , les autres cruds. Ceux qui
sont cuits, sont faits desdites herbes
cuittes à pourriture, puis passées par
vn sasset , en y adioustant de l'huile
ou axonge. Les cruds sont faits des
herbes pilées, ou jus d’icelles, meslées
auec huile , farine , et autre poudre
accommodée ou à la maladie ou à la
partie , selon l’intention du composi-
teur. La quantité des medicameusin-
grediens n’est point déterminée, ains
est laissée au iugement et estimation
des simples que l’on veut mesler en
vne consistence molle et espaisse, la-
quelle doit estre visqueuse, si nous
voulons maturer, et au contraire, si
nous voulons digerer. La chose sera
676
manifeste des exemples lesquels nous
mettrons, après auoir descrit leur
vsage.
Nous vsons des cataplasmes en la
curation des maladies pour appaiser
douleur, cuire et digerer tumeurs
contre nature, résoudre ventosités.
Ils doiuent estre chauds modérément,
et de parties subtiles , à fin que mé-
diocrement ils attirent. L’vsage d’i-
ceux est suspect et dangereux où le
corps n’est pas purgé , à cause qu’ils
attirent à la partie ja affectée : aussi
ne faut vser d’iceux quand la ma-
tière que l’on veut digerer est grosse
et terrestre , car ils resoudroient le
subtil, et laisseroient le gros1 : sinon
en cas que lesdits cataplasmes fussent
meslés de choses non seulement dis-
culientes , mais aussi resoluenles.
Exemple d’vn cataplasme anodyn.
if. Medullæ panis 1b. G.
Decoquatur in lacté pingui, cui adde :
Olei camomillæ § . G.
Axungiæ gallinæ § . j.
Fiat cataplasma.
Exemple d’vn maturatif.
‘if. Radicis altbææ § . iij.
Foliorum maluæ, senecionis ana rn.j.
Seminis lini, fœnugræci ana 5. ij.
Ficus pingues numéro vj.
Decoquanlur in aqua, et per setaceum trans-
mittantur, addendo:
Olei liliorum § . j.
Farinæ hordei § . ij.
Axungiæ porcinæ §.j. G.
Fiat cataplasma.
Autre exemple d’vu résolutif.
"if. Farinæ fabarum et orobi ana § . ij.
1 Ici finissait ce paragraphe en 1675; le
reste est de 1579.
LF. VINGT CINQVIÉME LIVRE ,
076
Pulueris camomillæ et ineliloti ana o. iij.
Oiei i ri ni et amygdalarum amararum
ana § . j.
Succi rutæ 5 . G .
Fiat cataplasma.
Les pultes ne different des cata-
plasmes, sinon à raison qu’elles sont
faites des farines cuiltes en huile et
eau , ou miel , ou beurre, ou axonge.
L’on fait pultes, pour la maturation
des tumeurs contre nature , de farine
d’orge, ou de froment, et de laict
ferré, principalement aux affections
des parties internes : ou pour dessei-
cher et astreindre, et lors sont faites
de farine de ris, ou de lentilles, ou
d’orobus, auec vinaigre : ou pour
mondifier , et en tel cas sont faites de
miel , farines de feues , de lupins : en
y adioustant de l’huile vieille, ou au-
tre huile chaude, les ferez resoluti-
ues. D’auantage l’on fait pultes pour
appaiser douleur, et lors sont faites
de laict. Les exemples feront le tout
manifeste.
Exemple d’vne ptilte maturatiue.
If. Farinæ Iritici § . ij.
Micæ panis purissimi 5. iij.
Decoquantur in lacté, et fiat pulticula.
Vne mondificatiue et resoluente est faite ainsi ' :
"if. Farinæ hordei et fabarum ana § . ij.
Farinæ orobi § . iij.
Decoquantur in hydromelile, addendo:
Mellis quart, j.
Olei amygd. amararum 5. ij.
Fiat pulticula.
Nous vsons des pultes au commen-
cement des maladies, aux douleurs
■ Je reproduis cette courte phrase d’après
l’édition de 1575; elle avait été effacée, sans
doute par erreur, dès 1579.
et maturations des tumeurs contre
nature eslans tant és parties internes
qu’externes. Quelquesfois nous vsons
d’icelles pour tuer et occire les vers :
et telles sont faites de farine de lu-
pins cuitte en vinaigre et en fiel de
bœuf, et décoction d’absinthe, et gé-
néralement toutes choses ameres.
CHAPITRE XXIX.
DES FOMENTATIONS.
Fomentation est vne euaporation
ou estuuement, faite principalement
pour amollir , relaxer et appaiser
douleur, des medicamens relaxans,
emolliens et anodyns, à fin que par
sa chaleur elle puisse incontinent es-
chauffer, digerer et maturer. Icelle
est seiche ou humide. La seiche ne
différé point des sachets, desquels
nous dirons cy-aprés : partant icy
nous n’en dirons rien , mais seulement
traiterons de l’humide, laquelle est
faite de mesme matière que l’embro-
cation , sçauoir est, d’herbes, raci-
nes , semences , fleurs emollientes ,
relaxantes et digerentes, cuittes en
eau et vin : et différé seulement de
ladite embrocation, quant à la ma-
niéré d’appliquer. Les racines de gui-
mauues, mauues, de lis. Les semen-
ces de mauues, guimauues, persil ,
ache , de lin , fœnugrec. Les fleurs de
camomille et melilot, figues. Lesquel-
les choses sont mises en telle quantité
qu’il conuient , et sont cuittes en eau,
vin ou lexiue, en plus grande quantité
ou moyenne , selon que la partie et
maladie le requiert : aucunesfois ius-
ques à la consomption de la moitié,
quelquesfois iusques à la troisième
partie, ce que connoistras par les
exemples.
DES MED1CAMENS.
Fomentation emolliente et resoluente.
If.. Radicis bismaluæ et liliorum ana § . ij’
Sem. Uni , fœnugr. cumini ana 3. iij.
Flor. camom. meliloli et anethi ana p. j.
Summitatum origani m. fi.
Decoquant. in æquis partibusaquæ et vini,
aut ij. partibus aquæ et vna vini, aut
in lixiuio ciueris sarmcntorum, ad ter-
tiæ partis consumptionem, et fiat fotus.
A ceste exemple pourras escrire
autres fomentations à autre vsage,
selon ta nécessité.
Or nous vsons des fomentations
auant qu’vser des cataplasmes ou on-
guens, à fin d’ouurir les pores, re-
laxer les parties, et subtilier l’humeur,
de sorte que la voye soit préparée
aux autres remedes. Elles sont faites
en toutes parties du corps : mais ne
faut vser d’icelles sinon après la pur-
gation du corps, de peur qu’elles n’at-
tirent d’auantage d’humeur et sang
à soy, qu’elles ne puissent digerer.
L’application et maniéré d’vser des-
dites fomentations est telle. Aucunes-
fois l’on trempe yne esponge femelle
( car telle est plus lice et douce pour
son égalité que l’esponge masle ) en
ladite décoction chaude, ou feultres ,
ou linge , puis est espreinte et appli-
quée iusques à ce qu’elle est refroi-
die , et de rechef est trempée , et sou-
uentesfois appliquée. Aucunesfois
l’on emplit à demy de la fomen-
tation chaude vne vessie (laquelle
principalement est appliquée aux cos-
tés) ou vne bouteille, à fin que la
chaleur soit gardée plus longuement
en la partie : auec telle caution tou-
tesfois , que telle bouteille , soit d’ai-
rain ou de terre, soit enueloppée de
quelque chose molle et douce, comme
laine surge 1 cardée , ou autre sem-
1 Laine surge ; le latin traduit : lana succida.
577
| blable matière, de sorte que ledit
| vaisseau , ny de sa grauité,ny de son
asperilé n’offense la partie dolente ,
comme admoneste Hippocrates au 2.
De diœta in aculis.
CHAPITRE XXX.
DES EMBROCATIONS.
Embrocation selon les Grecs, ou
irrigation selon les Latins , est vn ar-
rousement, quand d’en haut à la si-
militude de la pluye l’on laisse dis-
tiller quelque décoction sur quelque
partie, principalement aux affections
de la teste, enuiron la suture coro-
nale, tant pource que par les ouuer-
lures manifestes de telle suture , la
vertu du médicament est portée plus
aisément au dedans , qu’aussi pource
que le crâne enuiron ce quartier est
plus mince qu’en aucun autre en-
droit.
La décoction conuenable à faire
embrocation , est faite de racines ,
fueilles, fleurs, semences, fruits, et
autres semblables medicamens choisis
selon nos intentions, lesquels sont
cuits en liure et demie, ou en deux
liures d’eau et de vin, iusques à la
consomption de la moitié ou de la
tierce partie. Aucunesfois on fait em-
brocations de lexiues et saulmures
desseichanles, pour les maladies froi-
des du cerueau : souuentesfois aussi
elles sont faites d’huile seule, ou de
vinaigre auec huile , si c’est pour la
teste : vn exemple seul suffira pour
t’en donner la connoissance.
Embrocation repercussiue.
If. Foliorum planlaginis et solani ana m. j.
Seminum portulacæ etcucurbi tæ ana 3. ij .
3 7
.*>70 LE VINGT-CINQVIÉME LIVRE
Myrlillorum 5. j.
Florum nymphææ et rosarum ana p. fi .
Fiat decoctio ad 1b. j. ex qua inigetur
pars inflammata.
Pour repercuter aussi pourra estre
faite embrocation d’huile rosat auec
vinaigre.
Nous vsons des embrocations , à fin
que la partie la plus subtile puisse
penetrer auec l’air qui est attiré par
les arteres 1 : au moyen de quoy la par-
tie est euenlilée et aucunement ra-
fraîchie , qui est cause que telles em-
brocations ont plus de lieu aux mala-
dies froides que chaudes. La maniéré
d’en vser est quand, ou par la crainte
de flux de sang, ou pour vn os rompu
nous ne voulons de faire la ligature,
ains espreignons de haut vn linge ou
du cotton trempé en décoction ou
huile conuenable à noslre propos ,
sur la ligature : car le coup est rompu
par les bandes. Aucunesfois nous im-
bibons le linge ou cotton , et en tou-
chant la partie nous faisons embro-
cation. Toutesfois pour en parler à la
vérité, telle chose mérité pluslost le
nom de fomentation humide que
d’embrocation, comme l’etymologie
du mot grec le monstre euidemment.
CHAPITRE XXXI.
DES EPITHEMES.
Epitheme est vne composition ap-
propriée seulement aux parties no-
bles des deux ventres inferieurs, sem-
blable à fomentation, et peu diffe-
rente d’embrocation. Les praticiens
l’appellent Humectation oulrrigation,
laquelle est faite des eaux , ou jus et
i Galien aux Hures des Simples. — A. P.
poudres appropriées au foye , au
cœur et au thorax, ausquelles on
adiouste du vin plus ou moins, selon
que l’affection froide ou chaude le
requiert. Car lors qu’il faut eschauf-
fer, on adiouste d’auantage de vin,
comme en la syncope prouenante de
quelque grumeau de sang, de cor-
ruption de sperme, de venin froid pris
par la bouche ( le contraire se doit
pratiquer és fiéures ) aucunesfois de
la maluoisie, aucunesfois du vinai-
gre. Les herbes et autres medicamens
simples, conuenables aux parties in-
ternes, ont esté descrits au chapitre
de la quatrième faculté des medica-
mens : on vse toutesfois le plus sou-
uent des poudres d’electuaires compo-
sés , comme d ’clectuarium triasantali
pour le foye, diamarguriti pour le
cœur.
En la composition des epithemes ,
les ' praticiens vsent de telle propor-
tion : pour vne liure de jus et eaux,
ils mettent vne once ou vne once et
demie des poudres, y adioustant
quelquesfois du vinaigre iusques à
demie once , et de la maluoisie ou vin
iusques à vne once : ce que connois-
tras par vn exemple suiuant.
Epitheme pour le cœur.
2f. Aquæ rosarum, buglossm et borraginls
ana §.iij.
Succi scabiosæ g . ij.
Pulueris electuarij , diamargariti frigid.
5. ij.
Corticis ci tri sicci 3. j.
Coralli, rasuræ eboris ana 3. fi.
Seminis citri et card. benedicti ana 3.
ij. fi.
Crocietmoschi ana g. v.
Addendo vini albi g. j. fiat epilhema pro
corde.
Nous vsons d’iceux, tant pour le
DES MEDÏCA.MENS.
foye que pour le cœur, et tout le tho-
rax, és fiéures hectiques, ardentes:
esquelles fiéures hectiquesetardentes
plus opportunément sont apposés les
epithemes sur le thorax et région des
poulinons, que sur le cœur : car les
poulmons ainsi réfrigérés, eschauf-
fent moins l’air attiré : et faut que
tels epithemes soyent composés de
choses humides et froides, pour par
icelles contemperer l’ardeur de la
fiéure (qui desseiche par trop le corps)
à fin de refrigerer, ou eschauffer, ou
conforter lesdites parties. Aucunes-
fois nous en vsons pour garder et
preseruer le cœur des exhalations
veneneuses , esleuées de quelque par-
tie , comme gangrenés , sphaceles, et
mortifications.
La maniéré d’appliquer tels epithe-
mes , est de tremper et moüiller sou-
uent linge délié, ou cotton, ou san-
tal , principalement quand c’est pour
le cœur, et l’epithemer assez chaud,
et en estuuer les parties. Tels remedes,
comme tous les autres topiques, ne
sont appliqués sinon après les choses
vniuerselles faites.
CHAPITRE XXXII.
DES RVPTOIRES OV CAVTERES
POTENTIELS.
Ruptoire est un cautere potentiel,
lequel par sa vertu caustique brusle
et fait eschare. On les applique pour
faire ouuerture à quelque partie,
comme pour faire vacuation , deriua-
tion , reuulsion , et attraction des hu-
meurs. D’auantage seruent aux pi-
queures et morsures des bestes veni-
meuses, et aux apostemesveneriques,
et bubons , et charbons pestilentiels ,
579
s’il n’y a grande inflammation , parce
que l’ouuerture faite par iceux est
beaucoup à louer (ainsi que i’ay es-
crit au traité de la Peste), d’autant
qu’ils obtondent et attirent le venin
du profond à la superficie, et donnent
ample issue à la matière coniointe :
semblablement sont fort propres aux
apostemes pituiteuses et phlegmati-
ques , pource que par leur chaleur ils
aident à cuire l’humeur froid et crud,
malaisé à suppurer, et aux autres
apostemes où il y a crainte de flux
de sang : à couper les veines vari-
queuses, et pareillement à consom-
mer chairs superflues et pourries
trouuées dedans les loupes, et faire
cheoir les bords calleux des vlceres,
et autres choses qui seroient longues
à reciter.
Or les matières desdils cautères,
sont calx viua *, cendre de chesne , de
grauelée, tilhymal, pommelée, de
figuier, de tronc de choux , de féues,
de serment de vigne , et autres sem-
blables : pa reillement des sels, comme
ammoniac, alkali, axungia vitri ni-
gra2, sal nitrum, vitriol romain, et
autres semblables. Et de toutes ces
choses on fait vn sel qui sera fort cor-
rosif, selon la quantité et qualité des
choses dont ils seront composés , le-
quel par sa chaleur est caustique,
faisant eschare et crouste comme vn
fer ou charbon ardent, et partant fait
ouuerture en consommant et érodant
le cuir et la chair où on les applique.
Exemple de faire cautères potentiels.
Prenez chaux viue trois liures, la-
1 Ces mots calx viua n’ont été ajoutés que
dans la première édition posthume.
2 Encore un mot ajouté dans la première
édition posthume; auparavant on lisait
seulement, axungia vitri.
58o LE VINGT-C1NQVIÈME LIVRE
quelle sera esteinte en vn seau de
lexiuc de Barbier : et après que ladite
lexiue sera rassise, on la coulera , et
dedans icelle on mettra sein de verre,
et cendre de grauelée , de chacun
deuxliures, sel nilre et sel ammo-
niac, de chacun quatre onces : les-
dites choses se doiuent pulueriser
grossement, puis il les faut faire vn
peu hoüillir, et les laisser infuser par
l’espace d’vn iour et vne nuit, en
les remuant par plusieurs fois : puis
faut passer lesdites choses par dedans
vue grosse toile en double *, à fin que
nulle chose terrestre y soit adiouslée :
et estant ce capitel clair, comme pure
eau, sera posé en vn vaisseau de
cuiure, comme vn bassin à Barbier :
puis on le fera hoüillir promptement
etauec grande flamme en le remuant
tousiours, pour garder que le sel
n’adhere contre le bassin. Et lors
que ledit capitel sera consommé à
moitié, il y faut ietter du vitriol en
poudre deux onces (à fin que les es-
chares tombent plustost) et laisser le
bassin sur le feu iusqucsâceque toute
l’humidité soit presque consommée :
alors faut tailler la terrestrité ou
sel qui se fait du capitel , et en former
les cautères gros et petits, longs,
ronds , quarrés , et de telle figure que
voudras , auec quelque instrument de
fer chaud et non froid, comme d’vue
spatule ou autre semblable, et les
faut tousiours tenir sur le feu, ius-
ques à ce que l’humidité soit con-
sommée : puis mettras lesditstrochis-
ques ou cautères dedans vne phiole
de verre , et sera bien estoupée , en
sorte que nul air n’y puisse entrer :
puis en vseras à ta commodité.
1 Edition de 1575 : Par dedans vn charrier
doulle, ou autre toile.
Autres cautères *.
Prenez vn fagot de troncs de féues
auec les cosses 1 2, et deux fagots de
troncs de choux, quatre iauelles de
serment de vigne, et en faites cendres,
lesquelles mettrez en vn seau d’eau
de riuiere, et laisserez infuser par
l’espace d’vn iour et vnenuict,les
remuant souuent : puis après adious-
terez bonne chaux viue deux liures,
sein de verre demie liure , cendre de
grauelée deux liures, sel nitre quatre
onces: le tout sera mis en poudre, et
les laisserez encore infuser deux ou
trois iours, en les remuant par plu-
sieurs fois: puis on passera le capitel
par vne toile en double, ou en vne
chausse d’hippocras, tant que lecapitel
soit fort clair, et le ferez consommer
sur le feu, comme il a esté dit : et sur
la fin qiic verrez l’humidité presque
consommée, vous adiousterez deux
ou trois onces de vitriol, et les tien-
drez tousiours sur le feu , iusques à ce
que peu d’humidité apparoisse : puis
formerez tels cautères de telle gros-
seur et figure que voudrez, comme
il a esté dit cy dessus. Et noterez de
rechef qu’en les cuisant, vous empes-
cherez auec vne spatule que le capi-
tel. n’adhere contre le bassin, et le
garderez comme a esté dit.
Autre .
Prenez de la cendre de vieil bois
1 L’édition de 1675 donnait ici la formule
suivante, effacée dès 1579.
« "if. Calcis viuæ lt>. iiij.
Cinerem sarmentorum, truncorum faba-
rum et clauelatorum ana ü>. ij.
Infunde ornnia simili in licinio barbitonso-
ris, etfiatcapit. ad vsum. »
2 Ceci est le texte de la première édition
posthume; les premières éditions portent :
Prenez vn fayot de paille, ou tronc de fehues.
DES MEDICAMENS.
de chesne noueux en bonne quantité,
non pourri , et eu faites lexiue , lar
quelle ferez de rechef repasser par
autres cendres dudit bois, à fin de
rendre ladite lexiue plus forte, et
fera on cela par trois ou quatre fois :
puis en icelle on fera esteindre chaux
viue, et de ces deux choses sera fait
capitel, duquel on fera bons cautè-
res : car cesle cendre est chaude au
quatrième degré : et pareillement les
pierres dont on fait la chaux par leur
cuisson sont ignifiées et chaudes aussi
au quatrième degré. le diray plus,
que i’ay fait des cautères de la seule
cendre de bois de chesne , voire qui
operoient promptement et vigoureu-
sement1.
Autre.
Prenez vn demy boisseau de cendres
communes, et les calcinez toutes sei-
ches iusques à ce qu’elles deuiennent
blanches, et de ce en soit fait capitel
pour cautères, lesquels trouuerez
eslre bons2. Et pour sçauoir si le capi-
tel ou lexiue est assez forte, faut qu’vn
œuf nage dessus.
1 Avant celte formule, l’édition de 1575
«n offrait encore une autre, qui a été aussi
effacée en 1579 comme l’une des précé-
dentes.
« Autre caulere pour faire promptement.
» Prenez demie-once desauon noir, can-
tharides subtilement puluerisees vn scru-
pule, ius de pommelée vne drachme, chaux
viue en poudre, tant qu’il en faut pour
faire vne paste, de laquelle vseras pour cau-
tère : icelle ayant esté gardee quelques
iours pert sa vertu caustique , si ce n’est
qu’elle fust appliquée sur la chair où le cuir
seroit escorché. »
* Cette formule a été ajoutée seulement
en 1585. En conséquence la remarque qui
suit s’appliquait à la formule précédente
dans les éditions de 1575 et 1579.
58 1
Autre.
Prenez des cendres faites de troncs
de feues iij. liures , chaux viue , cen-
dre grauelée, cendres de bois de
chesne fort cuittes ana îb. ij. Puis les-
dites choses seront mises en vn seau
de lexiue faite de cendres de chesne,
et les remuer fort : puis les laisser
infuser l’espace de deux iours. Après
on les fera passer par quelque vais-
seau propre, lequel sera percé au
fond en plusieurs endroits , y ayant
mis quelque bouchon de paille : à fin
que le capitel puisse mieux passer et
se rendre plus clair. Et faut le repas-
ser par trois ou quatre fois , à fin qu’il
prenne la qualité des ingrediens : et
faut de nécessité qu’il soit bien clair,
et qu’il n’y reste aucune terrestrité.
Après le faut mettre en vn bassin de
cuiure, et le faire tant bouillir sur le
feu qu’il demeure espais : et subit qu’il
commencera à s’espaissir, faut aug-
menter le feu sous ledit bassin : et la
matière estant assez congelée, on
formera les cautères comme l’on vou-
dra : puis seront gardés comme des-
sus , pour en vser à la nécessité *.
Cautères de velours.
Ces iours passés 2 ie me suis trouué
auec vn philosophe, grand extracteur
de quinte-essence, oùnous tombasmes
en propos sur les cautères potentiels :
1 La première édition ajoutait ici : lesquels
par dessus tous autres i’ay trouué meilleurs.
Celte phrase a dû être retranchée en 1579, à
raison de l’addition du long article qui va
suivre, et dans lequel Paré décrivait un
nouveau cautère bien supérieur aux précé-
dents.
2 Ces iours passés •' je répète que tout ce
long article a été publié pour la première
fois en i 579.
LE VINGT-CWQVIÈME LIVRE,
58 2
lequel me dit en sçauoir des plus ex-
celleus que iamais furent , et que
leur operation se faisoit en peu de
temps sans douleur, ou bien peu,
aussi que leurs eschares estoient mol-
lasses et humides, et qu’il ne falloit
pour les faire tomber y faire aucunes
scarifications. Alors ie le priay bien
affectueusement 1 m’en vouloir don-
ner la description , à quoy il me res-
pond qu’il ne le pouuoit faire , parce
que c’estoit l’vn de ses plus grands
secrets, mais qu’il m’en donneroit
quand i’en aurois affaire : subit le prie
m’en donner vn, ce qu’il fit, le-
quel tost après i’appliquay sur le bras
d'vn de mes seruiteurs pour en faire
preuue. le proteste à Dieu qu’il n’y
fut qu’enuiron demie heure qu’il ne
fist vn vlcere à y mettre le doigt et
profond iusqu’à l’os, et n'estoit ledit
cautereque de la grosseur d’vn pois,
lequel laissa son eschare molle et hu-
mide, comme ledit extracteur m’a-
uoit dit. Quand ie conneu par expé-
rience tel effet, subit m’en retourne
trouuer le maistre quintessencieux ,
et le priay de rechef, quoy qu’il m’en
coustast, m’en donner la description
desdits cautères , et ensemble la ma-
niéré de les faire :dequoy il me refusa
tout à plat, et de tant que ie me mon-
trois affectionné à auoir son secret.de
tant plus il faisoit le renchéri: en fin ie
luy dis que ie luy donnerois du ve-
lours pour faire vne paire de chaus-
ses. Quoy ouy, il accorda ma priere ,
à la charge que iamais ne le dirois à
personne , et aussi que ne l’escrirois
en mon liure, me reprochant que i’es-
lois trop liberal de communiquer
1 Les éditions de 1 579 et 1585 disent sim-
plement : Alors ie le priay. Ces mots : bien
affectueusement, se lisent pour la première
fois dans l’édition posthume de 1598.
mon sçauoir* à quoy ie luy respons
que si nos deuanciers eussent fait cela,
nous sçaurions peu de choses. Ces
propos finis, ie luy fis bailler le ve-
lours, et me donna la description et
la maniéré de faire ses cautères, à la
charge que ie ne le dirois à personne,
ny pareillement l’escrirois: cequeie
luy promis deparolle, et non de vo-
lonté, parce que tel secret ne doit
estre enseueli en la terre, pour l’ex-
cellence desdits cautères : qui est
qu’ils opèrent sans douleur, pourueu
que la partie sur laquelle on les veut
appliquer soit exempte d’inflamma-
tion et douleur, et laissent leur es-
chare assez molle et humide, princi-
palement appliqués aux corps mol-
lasses, comme femmes et enfans, ce
qu’aucuns des autres ne font , au
moins que i’ay peu encore descouurir.
Et n’a esté faute de diligence, m’en-
queslant soigneusement de tous les
chirurgiens de ceste ville, lesquels se
vantent chacun pour soy auoir la
pierre philosophale des cautères,
mais pas vn d’eux ne m’a voulu tant
fauoriser que de me départir ceste
pierre philosophique, disant que leurs
peres et freres la leur auoient laissée,
comme vn héritage paternel : ioint
aussi que si ie sçauois ce grand secret,
ie ne faudrois de le descrire en mon
liure , et partant seroient frustrés de
leurs chers et bienaimés cautères :
mais ie sçay que ie leur feray laisser
prise, et qu’ils viendront à mespriser
leur grand secret , lors qu’ils auront
conneu par expérience l’excellence
de ceux du philosophe
Or il nous faut à présent descrire
1 Celte histoire est une des plus curieuses
et des plus importantes à la fois, pour faire
voir jusqu’où Paré portait l’amour de la
science, c’est-à-dire au-delà même des bor-
DES MEDICAMENS.
les ingrediens, et la maniéré de for-
mer lesdits cautères, à fin que tous
les Chirurgiens , non seulement de
Paris, mais de toute l’Europe, puis-
sent secourir les malades qui en au-
ront besoin. A iceux ie donneray le
nom de Cautères de velours, à raison
qu’ils ne font douleur, principalement
quand ils seront appliqués sur les
parties exemptes d’inflammation et
douleur , comme i’ay dit, et aussi que
ie les c.y recouuerts par du velours.
Prenez cendre de gosseaux de fe-
ues , en lieu desquels l’on prendra
les troncs , cendre de bois de chesne
bien cuitte , de chacun trois liures ,
eau de riuiere six quartes J, vne liure
de cendre grauelée, quatre onces d’a-
lun de glace en poudre, que l’on met-
tra eu vn chaudron, puis l’on remuera
le tout ensemble : cela fait, on y
mettra vne pierre de chaux viue , de
la pesanteur de quatre liures, et y
estant esteinte, faut de rechef brouil-
ler et mesler tout par plusieurs fois ,
et laisser lesdites choses par l’espace
de deux iours,en les remuant sou-
uent , à fin de faire le capitel ( ou
lexiue) plus forte. Cela fait , ferez le
tout vn peu bouillir , à fin que par
l’ebullition la qualité ignée demeure
au capitel 2 : puis coulerez le tout au
nés d’une probité stricte et d’une stricte hu-
manité; en même temps elle ne laisse pas
de jeter du jour sur l’esprit de la chirurgie
parisienne de ce temps.
1 L’édition de 1579 dit : Eau de riuierevn
seau, que l’on mettra en vn chaudron, etc. Il
s’ensuit que la formule n’était point alors
telle qu’on la lit aujourd’hui; le texte ac-
tuel est de 1585. D’où est venu ce change-
ment? Paré a-t-il rectifié la première for-
mule de lui-même ou d’après de nouveaux
renseignements? c’est ce qu’il est impossi-
ble de déterminer.
* Ici encore le texte a varié suivant les
583
trauers d’vne grosse nappe ou cha-
rier, et ceste colature la faut ietter
sur lesdites cendres deux ou trois fois,
à fin que ledit capitel en prenne la
vertu ignée : puis on le fera bouillir
dedans vn bassin de Barbier, ou en
vn vaisseau de terre plombé, à grand
feu fait de charbon , iusques à ce que
le tout soit réduit en matière ter-
restre , ou sel.
Or voicy le secret et moyen de bien
faire tous cautères potentiels : c’est
qu’il nefauttenir ledit sel tant sur le
feu , que son humidité soit du tout
tarie , de peur de consommer du tout
l’humidité : partant on l’ostera de
dessus le feu ayant encore quelque
certaine humidité : puis seront formés
cautères, gros , petits, ronds, longs,
selon la volonté de celuy qui les for-
mera, puis subit après seront mis en
vne ou plusieurs fioles de verre ren-
forcé , bien bouchées et estoupées, de
peur que l’air ne les réduise en eau :
et seront lesdits cautères gardés en
lieu chaud et sec , et non humide, de
peur qu’ils ne se fondent et réduisent
en eau , pour en vser quand il sera
besoin.
Et si quelqu’vn me vouloit obiecter
n’auoir tenu promesse audit extrac-
teur , que ne le dirois à personne , ny
que les escrirois : ie luy respons que
puis qu’il me les auoit vendus, qu'ils
estoient miens : et partant ie pense
ne luy auoir fait tort ; au contraire
luy et moy auons fait chose qui ser-
uira au public t.
édifions. En 1579 on lisait seulement : Cela
fait, coulerez le tout, etc. ; en 1585 : Cela fait,
ferez le tout boüillir, puis coulerez te tout; en-
fin le texte actuel est de la première édition
posthume.
1 Ce dernier paragraphe date seulement
de 1585. 11 paraît que dans l’intervalle on
584 LE VINGT-CINQVIÉME LIVRE
La maniéré de faire la poudre de mercure, et
eau forte.
Icy i’ay bien voulu descrire la ma-
niéré de faire la poudre de mercure ,
qui pour son excellence a esté d’au-
cuns nommée poudre Angélique, la-
quelle fais en ceste maniéré.
"if. Auripig. citrini, flor. æris ana 3 . ij.
Salis nitri îb. j. G .
Alum. rochæ 1b. ij.
Vitriol, romani 1b. iij.
Ces choses soient pilées et bien
puluerisées, et après mises en vne
retorte de verre ou terre, y adious-
tant vn récipient de verre fort grand
et bien luté : puis la retorte soit mise
sus le fourneau, en faisant petit feu
au commencement, et soit le tout
distillé en fortifiant le feu petit àpetit,
tant que le récipient deuienne vn peu
rouge , et que le tout soit distillé. Et
de ceste distillation en est faite l’eau
forte.
7f. Argenti viui 1b. G.
Aquæ fortis Q>. j.
Ponantur omnia in pliiala, et fiat puluis, vt
sequitur.
Vous prendrez vn pot de terre assez
grand , dans lequel mettrez vostre
matelas ou fiole , où seront contenus
vostre argent-vif et eau forte , et
entre l’espace de la fiole et le pot,
faut mettre des cendres, tellement
que vostre fiole soit tout enseuelie
dedans, excepté le col : puis tout au-
tour et contre le pot seront mis cen-
dre et charbons ardens , et par ainsi
avait fait quelque reproche de ce genre à
Paré, et qu’il sentit le besoin de se justifier.
Je doute toutefois que sa défense satisfasse
même ses plus grands admirateurs.
ferez bouillir et euaporer vostre eau
forte , sans craindre que la fiole se
rompe : et l’eau estant toute euaporée,
ce que connoistrez qu’il ne sortira
plus de fumée, vous laisserez tout re-
froidir : puis tirerez vostre fiole des
cendres , au fond de laquelle trouue-
rez vostre mercure calciné de cou-
leur de vermillon , lequel sera séparé
de toute autre superfluité blanche,
iaune ou noire : car la blancheur qui
se concrée en haut est le sublimé, le-
quel demeurant auec la poudre , la
rendroit douloureuse. Iceluy estant
séparé, le pulueriseras : puis le met-
tras en vn vaisseau d’airain sur les
charbons ardens , le remuant auec
vne spatule l’espace d'vne heure ou
deux : car par ce moyen il perd vne
partie de son acrimonie ou mordacité,
qui fait qu’il n’est si douloureux en
son operation.
CHAPITRE XXXIII.
DES VESICATOIRES.
Vésicatoire , ou Rubrifiant selon
les Latins, selon les Grecs Phenigme ,
est vn onguent, ou cataplasme, ou
emplastre , fait de medicamens acres,
qui a faculté d’attirer humeurs du
profond au dehors, et exulcerer la
peau , et faire vessies , dont il retient
le nom. La matière a esté ja descrite
au chapitre des caustiques : laquelle
est prise des medicamens septiques ,
comme moustarde , anacarde , can-
tharides, euphorbe, racines de scille,
bryonia, et les autres, lesquelles on
incorpore auec miel, ou terebenthine,
ou leuain , ou quelques gommes et
résinés, pour en faire onguent, cata-
plasme ou emplastre. Parquoy la
DES MEDICAMENS.
585
composition des vésicatoires n’est dif-
ferente de celle des onguens durs ou
mois : à ceste cause vn exemple suf-
fira.
If. Cantharidum, euphorbij, slnapi ana
3. fi .
Mellis anacardini 5. j.
Modico aceti et fermento q. salis sit, exci-
piantur, et fiat vesicatorium.
Quelques anciens choisissent plus-
tosl l’eau simple que le vinaigre, pour
receuoir et incorporer tel médica-
ment : soy disans auoir trouué par
expérience que la vertu de la mous-
tarde s’abastardit par lemeslange du
vinaigre, ce que mesme nous est au-
thorisé par Galien et Oribasius.
Nous vsons de ces remedes és af-
fections longues , quand les autres
remedes n’ont profité assez , et prin-
cipalement és douleurs de teste, hé-
micranies , epilepsies, à la sciatique,
aux gouttes , aussi aux morsures et
pointures des bestes veneneuses , et
charbons pestiférés , et plusieurs au-
tres maladies longues et rebelles à
autres remedes : on en vse aussi pour
restituer la vie et vigueur à la partie
ja presque morte, par reuocation de
chaleur et esprits vitaux à icelle: pour
lequel effet faut que tels vésicatoires
soient vn peu plus doux , de sorte
qu’ils ne bruslent sinon en cas qu’ils
ne demeurassent trop long temps sur
la partie.
Le moyen d’vser des vésicatoires
est , que deuant que de les appli-
quer sur la partie, on y face friction 1 ,
1 Ce texte a été un peu tourmenté dans
les diverses éditions du vivant de l’auteur.
Ainsi, en 1575 on lisait: Icelle (la partie)
soil foüeltee, fustigée, et comme venee de mains
ou petits ais. En 1579 tout cela fut effacé, et
l’auteur mit en place : On y fasse exercice.
Enfin, le texte actuel est de 1585.
à fin que les pores d’icelle eslans ou-
uerts , la vertu du médicament péné-
tré plus aisément, et la chaleur lan-
guide et comme assoupie en icelle
soit ragaillardie et esueillée.
CHAPITRE XXXIV.
DES COLLYRES.
Collyre est vn médicament appro -
prié aux yeux, fait de medicamens
bien subtilement puluerisés, que les
Arabes disent comme Alcohol. Au-
cunesfois collyre est dit impropre-
ment, pour quelque médicament li-
quide composé de poudres . et quel-
ques liqueurs, qui s’appliquent à au-
tres parties.
Les collyres sont faits de trois sor-
tes : les vns sont humides , propre-
ment appelés Collyres : les autres sont
secs, lesquels on confond auec les
trochisqucs : les autres ont espaisseur
et consistence de miel ou liniment,
parlant de ceux-là nous ne traiterons
que l’vsage. Les liquides seruent
principalement pour les coins des
yeux, sçauoir est , le grand et le petit
canthus. Ceux qui sont comme on-
guens, seruent à la prunelle des yeux.
Ceux qui sont secs sont mis en pou-
dre pour les souffler dedans: quel-
quefois sontmeslés auec des liqueurs
ou jus pour en faire collyre humide.
Les trois sortes de collyres ont di-
uers vsages, et sont appliqués sur di-
uerses parties, selon la diuersité de
l’intention du Chirurgien : car les li-
quides rafraîchissent mieux estans
appliqués aux angles des yeux : mais
ceux qui ont plus ferme consistence
demeurentpluslong tempssur la par-
tie, et par conséquent font mieux
leur operation.
586
LE VINGT-CINQVIÉME LIVRE
Les collyres humides sont faits de
jus, mucilages des herbes, liqueurs,
fleurs, semences, métalliques, parties
des bestes, comme fiel, et autres tels
medicamens repercussifs, résolutifs,
detersifs , anodyns , ou autres, selon
que les affections et maladies des
yeux le requièrent. Aucunesfois sont
faits des liqueurs seules , comme de
jus et eaux distillées. Souuentesfois
l’on mesle medicamens mis en pou-
dre subtile, ou autre collyre sec , qui
n’est autre chose que trochisque,
auec jus ou eau distillée, ou aubins
d’œufs. Les poudres sont meslées
comme à deux drachmes ou plus,
les eaux iusques à quatre ou cinq
onces ou plus , mais pour les yeux
cela suffit. Pour les autres parties,
comme pour faire iniection à la verge,
l’on fait collyres en plus grande quan-
tité, comme iusques à vneliure.
Les collyres arides et secs sont faits
des poudres bien subtilement pulue-
risées et incorporées auec quelque
jus, dont ne semblent estre differens
des trochisques. Qu’il soit vray, le
collyre blanc de Rhasis est appellé
auiourd’huy trochisque, et est gardé
auec les trochisques. Or les poudres
corrosiues ne sont appliquées en
forme de collyre , ains en forme de
liniment , et sont meslées auec grais-
ses ou huiles : les exemples feront le
tout manifeste.
Collyre repercussif.
if. Aquæ plantaginis et rosarum ana 5 . ij.
Albumen vnius oui bene agitatum.
Misce. Fiatcollyrium.
Collyre anodyn.
if. Aquæ rosarum et violarum ana g . iij.
Trochiscorum alborum Rhasis cum opio
5.ij.
Fiat collyrium.
Autre.
'if. Decoctionis foenugræci g . iiij.
Mucilaginis seminis fini g.ij.
Sacchari candi 5.j.
C.roci 3 . j.
Fiat collyrium.
Collyre sec delersif.
if. Thuris, myrrhæ ana 9 . ij.
Tulhiæ præparatæ et antimonij loti ana
3. ij.
Cum succo chelidoniæ , fiat collyrium sic-
candum in vmbra.
Collyre qui est en forme de Uniment '.
if. Fellis perdicis aut leporis 3. G.
Succi fœniculi 3. j.
Sacchari candi 3. ij.
Syrupo rosato excipiantur, et fiat collyrium.
Nous vsons des collyres aux vlceres,
playes, fistules, suffusions, inflam-
mations, et autres maladies des yeux.
Les collyres liquides pénétrent plus-
tost que les autres : partant sont fort
necessaires à repercuter et appaiser
douleur. Les autres sont arreslés plus
long temps aux yeux : et par ainsi
opèrent d’auantage.
CHAPITRE XXXV.
DES ERRHINES ET STERNVTATOIRES.
Errhines sont medicamens appro-
priés au nez, à fin d’expurger le cer-
1 Je copie ce titre, comme plusieurs au-
tres des précédents chapitres, dans l’édition
de 1575; déjà, dès la suivante, ils avaient
été reportés en marge pour la plupart, et
dans ce changement plusieurs étaient restés
oubliés.
DES MEDICAMENS.
ueau, et tirer les excremens d’iceluy
par le nez, ou pour nettoyer et deter-
ger ceux qui ja sont adherens et atta-
chés au nez, comme il aduient aux
polypes, ozenes, et autres vlceres d’i-
celuy. Ces errhines sont ou liquides,
ou secs, ou de consistence emplasti-
que.
Les liquides, que les Latins nom-
ment Caputpurgia , sont faits aucu-
nesfois des jus des herbes, comme des
jus de porée, choux, mariolaine, ana-
gallis, hyssope, melisse, ou des eaux
d’icelles , meslées ou cuitles auec du
vin, ou quelque syrop, comme oxy-
mel scilliticum , syrupus de hyssopo,
syrupus rosatus, ou mel anlhosatum.
Souuentesfois sont faits des poudres
de poyure , pyrethre, marrubium,
nigella romana, castoreum, myrrhe,
ellebore blanc, euphorbe, cyclamen,
et autres poudres meslées en petite
quantité, comme à vne drachme ou
vne drachme et fdemie, selon la vio-
lence du médicament, auec les jus
susdits dépurés, ou les eaux distillées
des mesmes herbes. Le tout te sera
manifeste par deux exemples sui-
uantes.
if.. Succi betæ, maioranæ et brassicæ ana
§.j.
Depurentur et modicè bulliant cum vini
albi § . ij.
Oxymelilis scillitici 5. fi.
Fiat errhinum.
Quelquesfois quand il est question
de faire plus forte attraction du cer-
ueau, l’on peut adiouter ou faire dis-
soudre en la décoction de l’errhinum
quelque médicament purgatif, comme
l’agaric, le diaphœnicum, séné, car-
tami, et autres semblables, dont est
venue la distinction des errhines en
587
ceux qui tirent la pituite, bile, et me-
lancholie, selon que le médicament
dissout en iceux a vertu d’attirer vn
humeur, ou autre. Exemple proposé
par monsieur Rondelet, est tel.
If. Radicum pyretbri, irid. ana § . j.
Puleg. calam. orig. ana ni. j.
Agari. trochis. 3. iij.
Florum anthos et stœcbados ana p. j.
Fiat decoctio in it> . j . eolat. dissol. mcllis
anthos. et scill. ana . iij.
Fiat caputpurg.
Toutesfois le cas escheant qu’il faille
que les purgatifs entrent en la com-
position de l’errhine, Usera meilleur
d’vser d’iceux simples, comme d’a-
garic, turbith, colocynlhe, et sem-
blables, que de composés, comme
diaphœnicum et semblables : car
ceux cy rendent la décoction plus es-
paisse, et par conséquent mal-habile
à passer par les conduits et os spon-
gieux qui mènent au cerueau, faisant
en outre obstruction au nez , et em-
peschant la liberté de la respiration.
Exemple d’vu errhine fait auec poudres,
if. Succi betæ § .j.
Aquæ saluiæ et betonicæ ana §.ij. fi.
Pulueris castorei 9. fi.
Piperis et pyrethriana 3.j.
Fiat caputpurgiuro.
Les errhines secs , que les Latins
appellent Sternutatoria, à cause qu’ils
prouoquent l’esternuement, sont faits
des poudres seulement bien pulueri-
sées. Les poudres sont semblables
aux precedentes, ou autres aromati-
ques, lesquelles sont faites et meslées
en petite quantité, laquelle commu-
nément ne monte point à plus de
deux drachmes.
588
LE VJNGT-CINQVIÉmE LIVRE,
Exemple.
"if. Maioranæ, nigellæ, garyophyllorum, zin-
ziberis ana 3 . j.
Acori, pyrethri et panis porcini ana
3. fi.
Eupborbij 3 . j.
Terantur diligenter, et in nares mittantur
aut insufllenter.
Les errhines ayans consistence era-
plastique , que les Latins appellent
Nasalia, sont faits des poudres sus-
dites, ou gommes , malaxées auec
quelqu’vn des jus des herbes cy des-
sus déclarées, incorporées auec tere-
ben thine et cire, à fin qu’ils ay ent con-
sistence dure et qu’on en puisse faire
masse, de laquelle on fait errhines en
figure de pyramide, selon les cauités
internes du nez.
Exemple.
Of. Maioranæ, saluiæ, nigellæ ana 3 . ij.
Piperis albi, garyophyllorum, galangæ
ana 3.j.
Pyrethri, euphorbij ana 3.j. fi.
Panis porcini, ellebori albi ana 3 . j.
Terantur, et in puluerem redigantur, dein
cum terebenthina et cera, et quantum
salis sit, incorporentur, fiantque nasa-
lia pyramidis figura.
Nous vsons des errhines aux lon-
gues maladies du cerueau, comme en
epilepsie , aueuglement des yeux ,
apoplexie , léthargie , conuulsion , et
odorat perdu : mais faut que les pur-
gations vniuerselles ayent précédé
auparauant, de peur que par l’ester-
nuement, et semblable esmolion du
cerueau pour deietter ce qui luy
nuit , il ne se face attraction plus
grande d’humeurs d’vn corps impur
et cacochyme vers iceluy.
Les liquides doiuent estre attirés
par le nez, ou coulés dedans le nez
iusques à demie once. Et lors faut
que le patient tienne de l’eau en sa
bouche, afin qu’en attirant l’errhine,
il ne puisse repasser portion dudit
errhine en la bouche , et de là aux
poulmons. Les secs doiuent estre
soufflés dedans les naseaux auec vn
tuyau de plume, ou autre chose. Les
emplastiques sont mis dedans les na-
seaux estans liés d’vn fil , à fin qu’ils
se puissent retirer quand on voudra.
Le temps propre pour vser d’errhi-
nes en general est le matin, le patient
estant à ieun. Après l’vsage d’iceux,
si l’on sent quelque démangeaison et
mordication au nez, il faudra ietter
ou altirer en iceluy laict de femme,
ou huile violât.
L’vsage des errhines attractifs est
nuisible à ceux qui sont suiets à mal
des yeux, et qui ont vlceres aux na-
seaux, comme il aduient souuent en
la grosse verolle, auquel cas il sera
plus expédient d’vser de gargarismes
qui facent diuersion des yeux.
CHAPITRE XXXVI.
DES APOPHLEGMATISMES , OV
MASTICATOIRES.
Apophlegmatismes selon les Grecs,
ou masticatoires selon les Latins, sont
medicamens lesquels, estant tournés
dedans la bouche et maschés quelque
espace de temps, tirent par le palais
les excremens pituiteux, ou autres
humeurs nuisans au cerueau.
Iceux sont faits en quatre ma-
niérés. La première est, quand on in-
corpore les medicamens propres à
mascher auec miel ou cire , et en
fait-on Irochisques ou pillules , les-
quelles on donne à mascher. La se-
DES MEDICAMENS.
conde est, quand on couure et lie les
medicamens en vn petit sacbet de
sandal ou autre linge deslié, pour les
mascher. La troisième maniéré est,
quand on tient la décoction de medi-
camens acres long temps en la bou-
che. Aucunesfois l’on ne rneslc point
les masticatoires, ains prend- on vn
simple médicament acre et faisant
cracher, à la grosseur d’vne petite
noix, pour le mascher et tourner par
la bouche, comme mastic, pyrethrê.
La matière des masticatoires est
prise des medicamens acres , comme
de poyure, moustarde, hyssope, gin-
gembre, pyrethre , et autres medica-
mens ayans acrimonie : entre lesquels
il faut choisir ceux principalement
qui n’auront aucune saueur ny goust
malplaisant , à lin que plus longue-
ment et sans dédain ils puissent estre
tenus en la bouche. Toutesfois on en
fait des medicamens acerbes, comme
de fruit de berberis, raisins, noyaux
de prunes ou cerises : lesquels estans
tournés quelque temps en la bouche
et comme maschés, ne tirent gueres
moindre quantité de pituite que les
medicamens acres: ce qui semble ad-
uenir pluslost à raison du mouue-
ment et agitation qui est faite en la
bouche, que d’vne qualité manifeste.
La quantité desdits medicamens est
communément d’vne demie once ,
iusques à vne once, ou vne once et
demie. Ce que connoistras par les
exemples suiuantes.
If. Pyrethri, slaphisagriæ ana 3. j. fi.
Mastiches § . fi .
Pulueriscnlur et inuoluantur sacculo pro
masticatorio.
Attire.
2f. Zinziberis, sinapi ana S. j.
ÎEuphorbij 3. ij.
Piperis 5. fi .
589
Excipianlur melle , et fiant pastilli pro mas-
licatorio.
Aulre.
2f. Hyssopi , thymi, origani, saluiæ ana
P- j-
Dccoquantur in aqua pro collutione oris.
Aulre.
If. Zinziberis, garyophyllorum ana 3. j.
Pyrethri , piperis ana 3. 1?.
Staphisagriæ 3. ij.
Mastiches 3. fi.
Excipiantur, fiant pastilli pro masticatorio.
Nous vsons des masticatoires és
maladies vieilles du cerueau, obfus-
cation de la veuë, surdités, pustules
qui sont à la leste et à la face : au-
cunesfois aussi pour deriuer les ex-
cremens qui coulent par le nez, prin-
cipalement quand il y a quelque
vlcere en iceluy : comme au contraire
ils sont fort nuisibles à ceux qui ont
vlceres en la bouche ou au gosier , et
à ceux qui ont les poulmons suiels à
vlceres, inflammations, et fluxions.
Car en tel cas les errhines sont plus
vliles. pour deriuer la matière par le
nez : d’autant que combien que l’hu-
meur pituiteux , attiré du cerueau
par la force du masticatoire, soit
purgé et mis hors en crachant, tou-
tesfois on trace et apprend-on vn
chemin à l’humeur, lequel aisément
il ne peut délaisser ny oublier par
après : de sorte que mesme en dor-
mant, suiuant son cours ordinaire, il
vient à tomber et fluer sur telles par-
ties , ou naturellement , ou par acci-
dent imbecilles.
Le temps commode pour en vser
est le matin, quand le corps est purgé
des autres excremens.
Après auoir vsé des masticatoires,
I faut lauer sa bouche d’eau tiede, ou
oqo LE VINGT-C1NQVIÉME LIVRE
de ptisane, ou quelque autre liqueur,
à fin d’oster la mauuaise saueur qui
peut estre de reste du masticatoire.
CHAPITRE XXXVII.
DES GARGARISMES.
Gargarisme est vne liqueur appro-
priée au lauement de la bouche et de
toutes les parties d'icelle , tant pour
empescher fluxion et inflammation,
que pour curer vlceres de la bouche
et appaiser douleurs.
Les gargarismes sont composés en
deux maniérés. La première est ,
quand on fait cuire racines, lueilles,
fleurs , fruits, et semences seruans à
noslre intention. La décoction est
faite en eau seule , ou eau et vin
blanc , ou en gros vin rouge et stip-
tique , ou en ptisane , ou laict clair ,
ou décoction d’orge, ou décoction
pectorale : le tout selon la diuersité
de nostre intention, qui est ou de re-
pousser, rafraischir, et empescher
l’inflammation , comme en mal de
dents qui se fait : ou de digerer ,
comme en mal de dents qui est ja
fait : ou de mondifier, comme en vl-
ceres de bouche : ou de seicher et as-
treindre, comme quand il est question
de fermer iceux vlceres ja parauant
mondifiés. L’autre maniéré de com-
poser gargarismes est sans décoction,
quand nous faisons gargarismes, ou
auec les eaux distillées seulement ,
ou meslées auec syrops , ou auec
mucilage, ou auec du laict de vache,
ou laict clair de chéure, bien passé
et coulé. Aucunesfois on mesle, tant
auec la décoction que les eaux et
mucilages, miel rosal, oxymel simple,
dianucum , diamoron , Liera picra ,
oxysacchara, syrop de roses seiches,
syrop aceteux, et autres syrops selon
nos intentions susdites : alum , ba-
laustes, myrrhe, thus, gingembre,
poyure, canelle, roses seiches, et au-
tres : iusques là mesme , que quel-
quesfois en la décoction des garga-
rismes, nous y faisons entrer medi-
camens propres à attirer les humeurs
du cerueau , comme le pyrethre , le
carthame, la racine de turbith, et au-
tres , propres à tirer la pituite ,
moyennant qu’ils n’ayent aucune
amertume en soy : qui est cause que
ny l’agaric, ny la colocynthe , n’ont
lieu en ceste composition.
La quantité de la totale liqueur
d’vn gargarisme doit estre comme de
demie liure iusques à vne liure : on
y met des syrops, ou autre telle com-
position , iusques à deux onces. Les
poudres sont mises en bien petite
quantité , comme iusques à trois
drachmes : d'alum on y met iusques à
six drachmes : les mucilages faits de
deux drachmes des semences mucila-
gineuses. Les exemples feront le tout
assez clair et facile.
Gargarisme astringent et repercussif.
Tf. Planlaginis, polygoni,oxalidisanam.j.
Rosarum rubrarum p. £>.
Hordei p. j.
Fiat dccoctio ad g . viij. in qua dissolue :
Syrupi myrtillorum 5. vj.
Dianucum § . ft.
Fiat gargarisma.
Gargarisme anodyn.
Of. Chamæmcli, meliloti , anethi ana p.j.
Rosarum rubrarum p. G.
Passularum mundatarum et ficuum ana
paria iij.
Decoquantur in æquis partibus vini albi
et aquæ ad § . vj. addendo mucilaginis
seminis lini et fœnugræci ana 5 . ij.
Fiat gargarisma.
DES MEDICAMENS.
Gargarisme mondificatif.
'■ if . Aquæ plantaginis , aquæ ligustri et ab-
sinthij ana 3 . ij.
Mellis rosati colati 3. vj.
Syrupi rosarum siccarum et de absinthio
ana 3. vj.
Fiat gargarisma.
Nous vsons des gargarismes au ma-
tin et à ieun, après les purgations
vniuerselles, tant pour deterger, re-
froidir, repercuter, attirer, que pour
appaiser douleurs, et autres inten-
tions. Aucunesfois l’on les prend tous
froids, principalement quand il se fait
quelque distillation d’humeur acre
et subtil : autresfois on les fait tiédir,
selon les indications que nous auons
tant des maladies que du temps.
CHAPITRE XXXVIII.
DES DENTIFRICES.
Dentifrices sont medicamens com-
posés, seruans aux dents, dont ils re-
tiennent le nom, pour les nettoyer et
blanchir : ils sont faits en plusieurs
maniérés. Les vus sont secs, les au-
tres humides. Quant aux secs, les vns
sont en façon d’opiate , les autres en
poudres seiches grossement pulueri-
sées. Les humides sont faits par dis-
tillation.
La matière des deux premiers est
faite des medicamens detergeans et
desseichans , comme coralla , cornu
cerui, os sepiœ, alumen , crystallus,pu-
mex , sal nitrum, myrrha, thus , ba-
laustia, glandes , omnes testai piscium :
lesquels aucunesfois on brusle , et
après sont mis en poudre, souuentes-
fois sont puluerisés sans vslion
(comme l’os sepüe, pour-ce qu’estant
5qi
bruslé il exhale vne odeur fetide et
mal-plaisante] en y adioustant quel-
ques medicamens aromatiques pour
donner odeur aux autres, comme
cinnamomum, doux de girofle, noix
muscade , et autres semblables , l’on
fait dentifrices secs. Si telles poudres
sont incorporées ou auec quelque sy-
rop, ou oxymel scilliticum , ou quel-
que mucilage de gomme arabique et
de tragacantha, l’on fera opiates ser-
uantes à dentifrices, lesquelles aucu-
nesfois sont figurées en pyramides
longues d’vn doigt, rondes ou quar-
rées , pointues au bout , et seiches
pour seruir de dentifrices. Aussi sou-
uentesfois l’on fait cuire racines
emollientes auec du sel, ou de l’a-
lum, et après seicher au four pour
dentifrices. Les humides sont laits
des herbes desseichantes mises en
alembic pour distiller, auec aucuns
des medicamens secs et astringens cy
dessus descrits. Les exemples donne-
ront à connoistre la quantité des
medicamens seruans à dentifrices.
Poudre pour blanchir les dents.
'if. Lapidis spongiæ, pumicis, et cornu cerui
vsti ana 3. ij.
Coralli rubri et cryslalli ana 3. j.
Aluminis et salis vsti ana 3. j. fi .
Cinnamomi et caryopfayllorum , rosa-
rum rubrarum pulueratarum ana 3 . ij.
Fiat puluis pro dentifrieio.
Autre.
if. Ossis sepiæ 3. fi.
Mastic, coralli rubri vsti ana 3. ij.
Cornu cerui vsti 3. j. fi .
Aluminis , carbonis rorismarini ana 3. j.
Cinnamomi 3. ij.
Fiat puluis.
Autre.
if. Ossis sepiæ, aluminis et salis vsti ana 5. j.
-JQ2 LE VINGT- CINQ VIÉME LlVHE
Crystalli, glandium, myrrhæ, thuris ana
3 ij.
Corticis granatorurn , macis, cinnamomi
ana 3.j.
Fiatpuluis,qui excipiaturmucilagine gummi
tragacanlbæ, et formenlur pyramides
longæ siccandæ pro dentifricio.
A uire.
Radicis maluæ iunioris et bismaluæ ana
5- ij-
Coquantur in aqua salsa aut aluminosa ,
deinde siccentur in furno pro dentifricio.
Dentifrice humide bien expérimenté.
"if. Salis § . vj.
Aluminis § . iij.
Thuris, mastichis, sanguinis draconis
ana g . .
Aquæ rosarum 3. vj
Distillentur in alembico vitrco pro denti-
fricio.
Les dentifrices seruent à polir les
dents, mondifier, nettoyer, et con fer-
mer. Aucunesfois on en vse aux réfri-
gérations et douleurs d’icelles , son-
uenlesfois aussi és vices de la bouche
et genciues corrodées. Le temps de
les appliquer est le matin , ou deuant
et après le repas.
Les anciens sans artifice faisoient
des dentifrices de bois de lentisque
pour affermir les dents tremblantes :
ce qui se pratique encores journelle-
ment en Languedoc , où tel bois est
frequent , et dont on en apporte en
Cour pour les Seigneurs : à mesme
effet pourroitseruirla myrrhe, et tout
autre bois astringent. Nostre vulgaire
se sert à ceste intention de caules de
fenoil , et sans raison , veu qu’en
telle plante n’y a aucune astriction :
parquoy ne peut eslre choisie, sinon
pour l’odeur agréable qui est en elle,
et pour bien simplement se curer les
dents.
CHAPITRE XXXIX.
DES SACHETS.
Sachet est vne composition de me-
dicamens secs etpuluerisés mis en vn
petit sac, dont il retient le nom : et
semble telle composition estre seule-
ment vne fomentation aride et seiche,
comme auons dit au chapitre des Fo-
mentations.
Les différences des sachets ne sont
prises que des parties ausquelles ils
sont appliqués. Ceux qui s’appliquent
à la teste doiuent estre faits en maniéré
de bonnet ou coiffe. Les sachets pour
,1’estomach doiuent auoir la ligpre
d’vne cornemuse. Pour la ralle ils
sont faits en forme de langue de
bœuf : et ainsi sont appropriés au
foie, au cœur, à la poitrine, selon la
figure des parties.
La matière des sachets le plus sou-
uent est prise des semences entières
fricassées en vne paesle, ou mises en
poudre : quelquesfois on y adiouste
racines , fleurs , fruits , escorces, pou-
dres cordiales , et autres medicamens
secs, et qui se peuuent mettre en pou-
dre, conuenables aux affections des
parties où nous les voulons appliquer.
La quantité des poudres n’est pas li-
mitée, ny certaine en tous sachets :
quelquesfois elle est plus grande ,
quelquesfois plus petite, selon les
parties esquellesnous voulons mettre
sachets. Icelle doit estre obseruée aux
aulheurs qui ont ordonné sachets :
esquels ie la trouue de trois onces
iusques à six onces et demie. Aucu-
nesfois l’on ordonne herbes seiches et
fleurs par manipules ou pugilles : et
là gist la considération de la bonne et
deuë quantité des poudres. Le reste
DES MEDtCAMENS.
ie délaissé à plus curieuse inquisition :
venons aux exemples.
Sachet pour conforter l'eslomach.
il. Rosarum rubrarump. j.
Mnstichis 5. fi>.
Coralli rubri 3.. iij.
Seminis anisi et fœniculi ana 5. ij.
Nueis moscaUe 3. j.
Summitatuni absiuthij et mentbæ ana
m. j.
Tri lis omnibus, fiat sacculus intcrbastatus
pro ventriculo.
Sachet és affections froides du cerneau.
if. Furfuris macri p.j.
Milij §.j.
Salis 3. ij.
Rosarum rubrarum, florum rorismarini,
stœchados , caryophyllorum ana 3. ij.
Foliorum betonicæ et saluiæ ana m. 6 .
Trilis omnibus fiat cucupha intersuta et ca-
lefacla futno thuris et sandaracæ exusto-
rum , capiti apponatur.
Sachet pour le cœur.
1~. Florum borraginis, buglossæ et violarum
ana p. ij.
Gorlicis citri sicci, macis, ligni aloes, ra-
suræ cboris ana 3. j.
Ossis de corde cerui, croci ana 9 . ij.
Foliorum mclissæ in. G.
Pulueris diambræ 3. O.
Coniritis omnibus fiat sacculus èserico pro
corde, irrorandus aqua scabiosæ.
Nous vsons des sachets à conforter
tant les parties nobles , le cerueau, le
cœur, et le foye , que le ventricule, la
ratte , la poitrine, et partie du ven-
tre inferieur. Souuentesfois aussi nous
en vsons pour discuter et dissiper les
ventosités, comme les coliques et
pleurésies qu’on appelle bastardes ,
à flatu. Iceux faut coudre en presses
5q3
interbastaloires 1 : les poudres estant
espanchéessur du colon , à fin qu’el-
les ne panchent plus en vn endroit
qu'à l’autre. Aucunesfois nous arro-
sons lesdits sachets de vin , ou des
eaux distillées : autresfois non de la
substance, mais de la simple vapeur
de vin , ou eau distillée et versée sur
vnc paesle de fer, toute rouge de feu :
autresfois nous les eschauffons avec
parfums, ou les fricassons en paesle.
Les sachets du cœur doiuent eslre
faits de soye cramoisie ou sandal ,
pour-ce ( disent-ils ) que telles ma-
tières sont teintes en escarlale , de
laquelle la graine nommée alker-
mes resiouït le cœur : les autres de
linge bien délié : aucunesfois l’on les
fait de taffetas comme les bonnets.
CHAPITRE XL.
DES SVFFVMIGATIONS ET PAItFVMS.
Parfum est vne euaporation de me-
dicamens humides, visqueux aucune-
ment, et gras. II y a deux maniérés de
parfums et suffumigations , les vns
sont secs, les autres humides : les
secs sont laits en deux sortes : les vns
sont faits en trochisques, tes autres en
pilules. La matière d’iceux doit eslre
grasse et visqueuse , à fin qu'en bi us-
lant elle puisse rendre fumée, comme
ladanum , myrrha , mastiche , pix ,
cera, résina , terebenthina, castoreum,
styrax, thus , olibanum, et les autres
gommes , lesquelles on peut mesler
avec poudres conuenables à nos in-
tentions : car elles seruent de ma-
tière à incorporer lesdites poudres en
trochisques ou pilules. Aucuns vsent
* Interbastaloires. J’ignore ce que veut
dire ce mot; le latin l’a passé sous silence.
38
m.
LE VINGT-CINQVIÉME LIV11E
594
seulement des poudres sans y adious-
ler autre matière grasse : mais le
parfum d’icelles n’est tant long ny de
tel effet que quand elles sont meslées
auec gommes, par le moyen desquel-
les,outre cela, lesingrediens sont bien
mieux incorporés l’vn auec l’autre.
Les poudres peuuent estre mises és
parfums d’vne demie once, iusques à
vne once et demie , auec suffisante
quantité des gommes, laquelle aucu-
nesfois est de deux onces, plus ou
moins: toutesfoisla quantitédu toutest
délaissée au iugement du composant.
Parfum desseichani et confortant le cerveau.
X. Sandaracæ , mastiches et rosarum ana
3j •
Benioini, galangæ ana 3. iij.
Terebenthina excipiantur, et fiant trochisci,
quibus incensis suffumigentur tcgumenta
capitis.
Autre pour les duresses des nerfs.
7f. Marcassitæ § . ij.
Bdellij, myrrhæ, styracis ana g.j. û.
Ceræ flauæ et lerebenthiuæ quantum sa-
lis sit.
Fiant formulæ pro suflumigio.
Autre pour les restes de la verole.
if. Cinnabaris § • 'j-
Styracis et benioini ana § . j.
Cum terebenthina fiant trochisci pro suffu-
migio per embotum.
Nous vsons des parfums aux gran-
des obstructions du cerueau, vlceres
des poulmons, à la toux ja vieille, en
asthma, douleurs de coslés, aux af-
fections de la matrice, et autres affec-
tions des parties du corps. On par-
fume aucunesfois tout le corps, pour
la curation de la verole, elesmouuoir
sueurs: aucunesfois vue partie seule
qui a quelque relique de ladite verole,
et tels parfums sont faits de cinnabre,
qui a grande quantité d’argent vif.
La maniéré de parfumer est que la
fumée soit receuë de l’emboucheure
large d’vn entonnoir, qu’ils appellent
Embotum, et expire seulement par le
petit souspirail, à fin que la fumée ne
soit dissipée , et soit seulement assise
sur la partie affectée que l’on veut
parfumer. Ainsi faut faire à la ma-
trice, et aux oreilles. Aux parfums
tant du cerueau que du thorax, faut
ouurirla bouche, et prendre la fumée
tant auec la bouche que par le nez:
et outre faire tenir au dessus de la
teste vn grand voile en forme de
paesle, à fin que la fumée plus ra-
massée en soy face d’auantage d’im-
pression et d’operation.
Les humides sont faits aucunesfois
de décoctions d’herbes, souuentesfois
d’vn seul médicament simple que l'on
fait bouillir auec huiles ardentes, ou
quelques marcassites aussi ardentes,
lesquelles on fait esteindre en vi-
naigre , vin , eau de vie , et autre
telle liqueur, à Gn que soit leuée va-
peur et fumée humide. Nous vsons
de tels parfums aux affections scir-
rheuses, quand nous voulons astrein-
dre , penetrer , inciser , desseicher, et
résoudre. La maniéré de l'ordonner
est telle.
"if. Latcrem vnum salis crassam aut mar-
cassitam ponderis n>. j.
Incandescat super carbones ignilos .deinde
extinguatur in aceto acerrimo, cffun-
dendo intérim paucam aquain vitæ, fiat
sufïumigalio pro parte laborante.
Les parfums faits de décoction
d’herbes et autres medicamcns sont
peu différons des fomentations hu-
mides : car, quant à la composition,
BBS MEDICÂMEKS.
Insession pour vne affection de reins.
5g5
n’y a aucune différence : maisl’appli-
cationdes fomentations humides n’est
telle quedessuffumigations. Parquoy
me contenteray de bailler seulement
vn exemple d’vne suffumigation hu-
mide:
Suffumigation pour l'oreille.
if-. Absinthij, saluiæ, rutæ, origani anap.j.
Radicis bryonæ et asari ana § . fi.
Seminis sinapi et cumini ana 3. ij.
Decoquantur in duabus parti bus aquæ, et
vna vini albi, prosuffumigio auris cum
emboto.
Il y a de telles suffumigations hu-
mides vniuerselles et pour tout le
corps, que nous appelions estuues
seiches, desquelles nous parlerons cy
après.
CHAPITRE XLI.
DES INSESSIONS OV DEM YS BAINGS.
Insession, ou semicupium, n’est au-
tre chose qu’vu demy baing des par-
ties du ventre inferieur, ainsi appellé
à cause qu’il faut que le patient soit
assis sur la décoction des herbes
Insession est peu differente de fomen-
tation humide, car elle est faite de
mesme matière, sçauoir de la décoc-
tion d’herbes, racines, semences,
fruits: mais la quantité de la décoc-
tion est plus grande és insessions
qu’aux fomentations: tou tesfois nous
nedescrirons icelle quantité, ains la
laisserons au iugement de l’opera-
teur, disant seulement pro semicupio
ou pro insessu ; neanlmoins il y faut
mettre grande quantité d’herbes et
racines que l’on veut cuire , comme
iusques à 6. ou 7. manipules. Vne
exemple seule te monstreru le tout.
Maluæelbismaluæcumtotoanam.j. fi.
Betonicæ, saxilragiæ, parietariæ, ana
m. j.
Semînum melonis, milij solis, alkckengi,
ana 3. iij.
Cicerurn rubsorum p. ij.
Radicis apij , graminis , fœniculi, eryn-
gij ana §. j.
Decoquantur in sufficienti quantilate aquæ
pro insessu.
Nous vsons des insessions és affec-
tions des reins, de la vessie et de son
col, de la matrice et de son col, du
siégé et ventre inferieur, quand le
patient pour son imbecillilé ne peut
endurer le baing, qui luy pourroit
faire trop grande resolution d’esprits.
La maniéré d’en vser est telle. Faut
remplir des sachets de la résidence de
la décoction , et faire asseoir le pa-
tient sur lesdits sachets: mais faut
ce temps pendant couurir la teste,
de peur qu’elle ne soit remplie de fu-
mées et vapeurs. Aucunesfois l’on
fait asseoir le patient en la décoction
iusqu au nombril, que nous appelions
Semicupium , ou demy baing, à raison
que toutes les parties basses sont bai-
gnées et estuuées.
Restemaintenant escriredes baings
tant naturels qu’artificiels , à fin que
1 vsage et artifice d’iceuxsoit entendu
comme des autres cy dessus.
CHAPITRE XLII.
DES BAINGS.
Les baings ne sont autre chose que
fomentations vniuerselles de tout le
corps, seruans tant à garder la santé
d iceluy (comme Galien monstre au
LE V I BfGT-Cl !N Q V J lî M të LIVUU ,
5gG
]iure 2, de Sanilate tuenda)' qu’à la cu-
ralion delà plus pari des maladies :
remedes fort communs el familiers
aux Médecins anciens, tant Grecs que
Latins, sur tous les autres remedes
topiques et externes : car outre leur
vsage et profit (qui est d’euacucr les
excremens, el autres humeurs pour-
ris arrestés à la peau, d’appaiser dou-
leurs, lassitudes, el corriger toutes
intemperatures du corps) en la cura-
tion des heures et en la plus part
des autres maladies sont le dernier
refuge, de grande aide et effets mer-
ueilleux. Outre ce ils sont délecta-
bles aux hommes : parquoy d’iceux
la connoissance est fort vliie et ne-
cessaire.
L’on fait deux différences des
baings : les vns sont naturels, les au-
tres artificiels. Les naturels sont ceux
qui de leur propre nature sortent tels
sans aide ou artifice externe, et ont
quelque qualité médicamenteuse. Car
l’eau qui de son naturel doit estre
sans qualité apparente *, si d’aduen-
tureelle passe par les minières des
corps métalliques, ou prés d’icelles,
promptement elle reçoit impression
des qualités et effets desdits métalli-
ques. A ceste cause toute telle eau,
ainsi que Galien dit au premier liure
dcSanitate tuenda, a vne vertu com-
mune qui est de desseicher : mais
particulièrement l’vneeschauffe gran-
dement et desseiche , l’autre dessei-
che, astreint et réfrigéré. Lesdites
eaux sont chaudes, tiedes ou bouil-
lantes, selon qu’elle passent prés ou
loin des matières allumées sous terre,
desquelles retiennent et empruntent
la vertu, à cause qu’elles passent par
les minières pleines de feu, et faisans
leurs cours par icelles, acquièrent
chaleur actuelle, sans autre artifice :
laquelle chose est de grande admira-
tion, d’où se concret telle chaleur
sous la terre, où manifeste feu n’ap-
paroist : aussi qui l’allume, qui l’en-
tretient et nourrit par si long temps
sans s’esteindre. Aucuns philosophes
voula ns donner raison naturelle, di
sent que le feu s’allume sous terre par
les rayons du soleil : les autres disent
que c’est par la pénétration des fou-
dres : autres que c’est par l’air ve-
hementement esmeu, comme dehors
du caillou est tiré le feu par attrition.
Mais outre ces raisons humaines, la
cause principale doit estre référée à
la grande prouidence du grand Ar-
chilecteur facteur de toutes choses,
qui a voulu manifester sa puissance,
voire iusques aux entrailles de la
terre. laçoit qu’aucuns veulent que
telles eaux soient eschauffées par le
moyen du soulphre, qui entre les
corps métalliques retient plus la na-
ture du feu, comme aussi on luy at-
tribue la cause du feu perpétuel qui
dés tout temps sort de la montagne
de Sicile nommée Ætna, ainsi qu’a-
uons parlé cy deuant, et selon que
descriuent les poètes et historiens : à
ceste cause les eaux sorians ainsi
chaudes retiennent principalement la
vertu du soulphre. Les autres repré-
sentent la qualité de l’àluin ou du
sel nitre, ou de bilumen, ou chalcan-
thum. El telles eaux tant chaudes
que froides sont conneuëspar saueur,
odeur, couleur, el le limon qui ad-
héré aux canaux aussi par séparation
artificielle des parties terrestres des-
dites eauxd’auec les subtiles: comme
en faisant boüillir l'eau dudit baing,
comme si tu voulois faire cautères,
laquelle estant consommée lu con-
noislraspar lesdites parties terrestres
qui demeureront, la nature du baing.
1 Galien, au liu. des Aliment. — A. P.
DES MEDICAMENS.
Comme s’il est sulphuré, lesdites par-
lies terrestres sentiront le soulphre :
s’il est alumineux, auront le goust
d’alum , et ainsi consequemment des
autres. D’auantage par les effets et
aides qu’elles donnent aux maladies,
lesquelles déclarerons particulière-
ment, commençans aux sulphurées.
Les eaux sulphurées eschauffenl
grandement, desseichent, rcsoluent,
ouurent, attirent du dedans au de-
hors : elles nettoyent la peau de gal-
les, gratelles, et dartres: sont profi-
tables au prurit, aux vlceres, de-
fluxions des articles, et gouttes : elles
remédient au mal de la colique, de la
ratle endurcie : inutiles au reste pour
boire , à cause de leur mauuaise
odeur et saueur, et nuisantes au
foye.
Les alumineuses, quant à leur sa-
ueur, ont vne grande stipticité et
aslriclion , partant desseichent gran-
dement. Leur chaleur n’est tant ma-
nifeste : toutesfois quand on en boit,
elles laschent fort le ventre : ce qui
semble aduenir à raison d’vne nilro-
sité et chaleur. Elles detergent et re-
priment les fluxions, et les menstrues
superflues des femmes: conuiennent
aux douleurs des dents, aux vlceres
corrosifs, et apostemes cachées et la-
tentes, tant des genciues que d’autre
partie de la bouche.
Les salées et nitreuses sont mani-
festes de leur saueur : elles escbauf-
fent , desseichent, astreignent, de-
tergent , resoluent , extenuent , résis-
tent à la putréfaction , ostent les
ecchymoses : elles profitent aux gra-
telles vlcereuses , et vlceres malings,
et toutes tumeurs laxes : telle est
l'eau de la mer.
Les bitumineuseseschauffent conti-
nuellement, resoluent, et par longue
espace de temps emollissent les nerfs :
elles sont toutesfois diuerseset varia-
bles, selon les espe<esel diuersilés de
bilumen qui impriment leurs qua-
lités esdites eaux.
Les eaux qui retiennent la qualité
de l’airain ou cuyure, eschauffent,
desseichent, detergent, resoluent,
incisent et astreignent : elles aident
grandement contre les vlceres corro-
sifs , fistules, duresses des paupières,
des yeux , et corrodent les carnosités
tant du nez que du siège.
Les ferrées refrigerent, desseichent,
et grandement astreignent : à ceste
cause sont profitables aux apostemes,
duretés et tumeurs de la ratte, débilité
d’estomach, ventricule, flux de mens-
trues , intempéries chaudes du foye
et des reins : telles sont aucunes de
Luques en Italie.
Les plombées refrigerent , dessei-
chent , et retiennent toutes les au-
tres qualités du plomb. Telles sont
celles qui passent par les canaux du
plomb.
Ainsi faut iuger des eaux gypseu-
ses , ou ayans la nature de la craye ,
lesquelles ont les mesmes effets que
les corps par où elles passent.
Les susdites eaux chaudes aident
grandement contre les maladies froi-
des et humides , paralysie , spasmes,
rigueurs des nerfs, tremblement, pal-
pitations , gouttes froides , inflations
des membres, hydropisies, iaunisse
procédant d'humeur visqueux , dou-
leurs de costés, coliques, douleurs ne-
phritiques , à la stérilité des femmes ,
à la suppression des mois d’icelles , à
la suffocation de la matrice , aux las-
situdes spontanées , aux defedations
du cuir, dartres, morphées, galles,
gratelles, à la lepre , et autres mala-
dies prouenantes d'obstruction faite
d’humeur visqueux et froid , à raison
qu’elles prouoquent sueurs ; mais
5qB le vingt-cinqviéme litre ,
icelles faut euiter és natures choléri-
ques, et és intemperatures chaudes
du foye : car elles pourroient causer
cachexie et hydropisie , par la mau-
uaise complexion acquise au foye
pour l’vsage desdites eaux.
Les froides sont fort conuenables
aux intemperatures chaudes, tant de
tout le corps que des parties d’iceluy :
et sont plustost prises au dedans ,
qu’appliquées au dehors. Elles con-
fortent grandement et roborent les
parties internes relaxées : comme la
vertu relentricedu ventricule, des in-
testins, des reins, de la vessie, et des
autres parties du ventre inferieur. Et
pourtant elles corrigent les excessiues
chaleurs du foye , le remettans à sa
naturelle température , et grandement
le corroborent : elles arrestent flux
de ventre, dysenteries, flux de mens-
trues, flux d’vrine, gonorrhées,
sueurs immodérées, flux de sang, et
guarissent beaucoup d’autres mala-
dies causées par imbécillité des par-
ties dudit ventre inferieur. Entre les-
quels ceux du Liege, et de Spa, et de
Plombiere, pris par dehors et par de-
dans , ont mesme effet, faisans d’vne
mesme main plusieurs offices sans
rien gaster : veu que ces eaux sont
tellement potables, que ceux du pays
en vsent ordinairement en leurs
potages et breuuages sans mal en
receuoir ?.
On fait des baings artificiels à l’imi-
tation des naturels, pour suppléer le
defaut d’iceux , en y mettant poudre
des dessusdits minéraux, comme soul-
phre , alum, sel nilre , bitumen. Au-
cunesfois on fait chauffer fer, cuyure,
or, argent, iusques à rougeur, et les
fait-on esteindre plusieurs fois en eau
1 Cette dernière phrase est une addition
de 1679.
commune ou de pluye, pour en don-
ner à boire aux patients. Et telles
eaux retiennent souuent la vertu
du métal qui a esté esteint en icelles,
comme l’on voit par les effets, tant
és dysenteries qu’és autres excrétions
immodérées des humeurs bons et su-
perflus au corps humain, quand elles
débilitent nature.
Outreceux-cy, il y a d’autres sortes
de baings artificiels , desquels lesvns
sont faits d’eau simple seulement
sans autre mixtion : les autres sont
faits auec décoction de quelques me-
dicamens.
Les baings d’eau simple doiuent
estre tiedes et médiocrement chauds.
Car l’eau estant ainsi tiede , humecte,
relasche , amollit les parties solides
trop seiches, dures et tendues, ouure
les pores par vne chaleur accidentale,
digéré, attire et resonlt lesexcremens
tant fuligineux qu’autres, acres et
mordans , arrestés entre cuir et
chair 1 : aussi est fort commode aux
combustions imprimées sur le corps
et visage par insolations, c’est à dire,
trop grandes ardeurs du Soleil, et
aux lassitudes , ausquelles les parties
similaires sont desseichées2. D’auan-
tage soit que nous soyons eschauffés,
ou réfrigérés, ou desseichés, oq
qu’ayons nausée, ou quelque autre
intempérie, et que le corps demande
quelque euacuatiop , nous trouuons
manifestement grand secours aux
baings d’eau tiede, et peuuent seruir
de frictions ou d’exercice. Car ils ap-
portent au corps médiocrité du tem-
pérament : ils augmentent la chaleur
et la vertu , et auec sueurs viennent
à discuter ventosités. Partant sont
conuenables aux fiéures hectiques, et
1 Galien, au liu. 3. de Sanit. tuend. — A. P.
* Galien, au liu. 10 delà Math. — A. P.
DES MEDICAMETfS.
à Li déclination de toutes les autres
fleures : ioint qu’outre les commodi-
dités susdites ils prouoquent le repos
et dormir, ainsi que dit Galien h Mais
pour autant que l’eau seule ne peut
longuement adhérer au corps , on y
mesle de l’huile d’oliue pour ta faire
demeurer plus longuement : et iceux
baings sont grandement loties pour
ceux qui sont de température chaude
et seiche : aussi sont proffltables aux
inflammations des poulmons, et aux
pleureliques, paree-ce qu’ils appai-
sent la douleur, et aident à suppu-
rer les crachats, pourueu qu’ilssoient
faits après les choses vniuerselles :
pource que s’ils estoient pris auantla
purgation et saignée, ils seroient fort
dangereux, à raison qu’ils pour-
roient pauser fluxion sur les parties
affligées- Le baing, dit Galien, est ad-
ministré sans danger aux maladies,
quand la matière est cuitle et digé-
rée : ils sont 'vlilps aux fleures arden-
tes causées de cholere, par-ce qu’ils
refrigerent et humectent , et aussi
qu’ils euacuent portion de la cholere.
Pour tels effets sont choisies les eaux
de pluye : puis celles de riuiere pon
limonneuse, en après celles de bonnes
fontaines : le dernier rang tiennent
les eaux de paluds et estangs : car il
faut que l'eau pour le baing, que
nous appelions aqua dulcis , soit lege-
re, et de substance ténue et subtile.
Les baings d’eau trop chaude ou
froide n’ont pas tel vsage , mais plus-
tost apportent vne incommodité : car
ils serrent et ferment les pores du
corps, et par cpnsequent retiennent
les excremeusel autres humeurs à la
peau.
Les autres baings artificiels sont
1 Galien, liu 2. de la Cotnp. de 3 tiédie,
particuliers. — A. P.
599
faits de mesnïe matière que les fomen-
tations humides : parquoy aucuns
d’iceux sont relaxatifs : les autres se-
datifsdes douleurs : les autres mondi-
ficatifs et detersifs : les autres prouo-
quent ou arrestent les menstrues des
femmes , et ainsi des autres.
Les relaxatifs sont faits de la décoc-
tion et permixtion des medicamens
remollitifs et résolutifs descrits par cy
deuant,misen grande quantité. On y
adiouste aucunesfois du vin, quel-
quesfois de l’huile, quelquesfois du
beurre frais, du laict: et d'iceux nous
vsons aux suppressions d’vrine, et
douleurs nephritiques, et contractions
de nerfs, et habitudes des corps hec-
tiques. Car par medicamens relas-
chans, l’aridité du cuir est corrigée :
et par les humectans , qui peuuent
penetrer et enuoyer leur humidité
grasse et aérée, iusques au dedans du
corps ja raréfié et ouuert par la tié-
deur du baing , arrousée et nourrie ,
comme d’vn gras et fertile limon.
Les anodyns, qui allègent ou dimi-
nuent douleur, sont faits des medica-
mens anodyns et tempérés , ausquels
on adiouste quelquesfois des medica-
mens relaxans, autresfois des forts
résolutifs , et les fait-on cuire en eau
et vin, principalement és douleurs de
coliques prouenans de pituite vitrée,
ou des ventosités grosses encloses au
ventre. Nous vsonsde telsbaings pour
les douleurs du ventre inferieur, des
reins , de la matrice, et de l’intesti-
num colon. Toutesfois ne faut que le
malade sue en iceux, mais seulement
qu’il y nage quelque espace de temps,
iusques à ce qu’il sente sa douleur al-
légée, de peur de prosterner d’auan-
tagela vertu affoiblie par douleur.
Les detersifs sont faits des medica-
mens mondificatifs et desseichans.
Quelquesfois nous vsons des remol-
6oo
LE VINGT-CTNOVIFME LIVRE ,
litifs meslés nuec légers détersifs, où
il v a quelque dureté à la peau . ou
que les cronstes et escailles «1e la
galle et9 autre vice «lu cuir sont dures
excessiuement, pour venir par apres
aux forts detersifs et desiccatifs. Us
sont fort requis és affections du cuir,
galles, gratelles, prurit , morphées,
et autres telles defedations du cuir :
après lesquels , pour troisième baing,
faut faire décoction de choses dessei-
chantes et astringentes lcgeremenl,
pour corroborer la peau et habitude
du corps , à ce qu’elle ne soit désor-
mais si prompte et ouuerte à rece-
uoir nouuelles fluxions , et que le mal
ne retourne comme parauant.
On fait aucunesfois d’autres baings
composés et meslés ensemble des des-
susdits, selon les indications compli-
quées. Les baings appropriés aux fem-
mes sont faits des medicamens
appropriés à la matrice , selon les in-
tentions, comme dcprouoquer ou ar-
rester les mois d’icelles. Vnc seule des-
cription d’vn seruira pour toute
description de baing.
Baing relaxant et anodyn.
If. Rad. lilior. albor.'ct bismaluæ ana tb. ij.
Maluæ, parietariæ, viol, ana m. vj.
Semin. lini, fœnugr. et bismal. anaïb. j.
Flor. chaniæm., melil. et anelhi ana p.vj.
Fiat decoelio insulïicicnti aquæ quantitate,
cui pcrmisceto :
Olei liliorum et lini, ana 3b. ij.
Vini albi Ib. vj.
Fiat balneum , in quo diutius natet æger.
Les baings tant naturels qu’artifi-
ciels , sont remedes fort louables et
sains, s’ils sont pris en temps deu, et
quantité et qualité conuenables ,
comme tous autres remedes : mais
s’ils ne gardent telles reigles , ils nui-
sent grandement : car ils exciteut
horreurs , frissons et douleurs, den-
sité «le la peau . débilitent les facultés
de uoslre corps, et apportent plu-
sieurs autres dommages*. Parquoy
faut auoir esgard aux considérations
cy après escrites. Premièrement auant
qu’entrer au baing , faut qu’il n’y ait
aucune partie principale debile 2. Car
telles parties débiles attirent et reçoi-
uent promptement les humeurs fon-
dus et liquéfiés par le baing, veu que
lesvoyes sontouuertes. Secondement,
faut qu’il n’y ait abondance et multi-
tude d’humeurs cruds aux premières
veines : car tels humeurs par le
baing seroient dispersés par tout le
corps. Parquoy il est fort bon que les
purgations vniuerselles , et vacua-
tions desdits humeurs , precedent
auant qu’entrer au baing. Et non seu-
lement telles purgations vniuerselles
sont necessaires auant le baing, mais
aussi les excrétions , tant de l’vrine
que d’autres excremens. Après telles
purgations, tant vniuerselles que par-
ticulières , faut que la vertu et force
du patient soit suffisante , tant pour
entrer et demeurer au baing , que
pour se tenir sans manger et à ieun.
Tiercement , faut que tel baing soit
administré sans frisson , à cause qu’il
pourroit causer vne fiéure.
Le temps commode pour se mettre
au baing est après le soleil leué, à
ieun , ou six ou sept heures après le
repas, si d’aduenlure on veut vser
deux fois le iour des baings. Car si la
viande estoit encore aux premières
veines, ou au ventricule, elle seroit
attirée auant sa parfaite coction , à
raison de la chaleur du baing qui
eschaufferoit toutes les parties du
1 Galien , au liu. 10 de la Meth. — Galien,
au liu. 3. de Catis. puis. — A. P.
1 Galien , 11 .de la^Melh. — A . P.
DES MEDIC AUTOS.
corps, dont elles seroient plus promp-
les à adirer l’aliment encore crud.
A licuns e«lisen1 la partie de l’année
commode pour lesdits baings , le Prin-
temps et ündel’Eslé: autres vn iour
beau et clair, ny froid , ny venteux ,
ny pluuieüx. Ainsi la disposition et
vertu du corps et les temps considé-
rés, faut entrer bien chaudement au
baing, dans lequel ne faut boire ny
manger pour les causes ja dites: si
d’auenture,pour le regard des forces,
l’on ne prend vn peu de pain , ou
quelques raisins, ou quelque orange,
ou grenade pour la soif.
Le temps d’y demeurer ne se peut
dire Dy escrire. Aucuns toulesfois
veulent qu’il soit d’vne demie heure
iusques à vne heure : mais ne se faut
fier à cela , ains auoir esgard à la
vertu. Car il ne faut que le patient
demeure au baing iusques à l’extremc
débilité et foiblesse : à raison qu’és
baings est faite grande résolution des
esprits et de l’humeur substanlifique.
Au sortir du baing faut estre dili-
gemment couuert, et se mettre au
lict pour y suer, et euacuér par sueurs
quelques excremens attirés à la peau
par la chaleur du baing. Après la
sueur diligemment nettoyée, faut
faire ou frictions légères , ou déam-
bulations : puis se nourrir de viandes
de bon suc, de facile digestion et dis-
tribution : car la vertu concoctrice
du ventricule a esté affoiblie par le
baing. La quantité desdites viandes
sera modérée, quand elle ne fera pe-
santeur à l’estomach. Finablement,
après les baings faut euiter la compa-
gnie des femmes : car le coït , outre
l’imbécillité acquise du baing, il ab-
bat grandement les forces et vertus,
tant de tout le corps que principale-
ment des parties nerueuses.
Ceux qui se baignent pour duresse,
Cot
ou tHi't.'ca vinent «les nerfs, ou pour
app.ûser li‘- duuh-iirs d’iceux,doiuenl
frotter **f > ntuuivr les parties malades
de 1 fange du baing : car par ce
moyen 1.; *. ••rtu du baing est conser-
uée plus longuement en la partie : et
reçoit-on plus grand profit en se frot-
tant et endui ant la partie d’icelle
fange, que si on vsoil du seul baing *.
Ces reigles icy diligemment obser-
uées et gardées, l’vsage des baings
est d’vu effect diuin et merueilleux ,
comme il a esté prédit : et non seule-
ment telles reigles sont à garder en
vsant des baings, mais aussi en pre-
nant des estimes, desquelles nous
parierons, pour i’affinitéet vsage com-
mun qu’elles ont auec les baings :
ioint aussi que les anciens vsoient
des estimes seiches et baings l’vn
après l’autre , et le tout auoil le nom
de baing , comme il est facile à con-
noislre par les liures de la Méthode
de Galien.
CHAPITRE XLIII.
DES ESTWES.
Les estimes sont seiches , ou humi-
des. Les seiches sont faites auec vne
euaporalion d’air chaud et sec , qui
en eschauffant tout le corps ouurc les
pores d iceluy, et esmeut sueurs. On
peut exciter et faire telle euaporalion
d’air chaud et sec en plusieurs maniè-
res : communément et publiquement
est faite, tant en ceste ville, qu’en
autre lieu où sont estimes publiques,
auec vu fourneau vousté sous lequel
on fait grand feu , à fin que ledit
fourneau estant eschauffé , puisse
faire telle euaporation. Toutesfois
chacun en peut faire parliculicre-
1 Ce paragraphe a été ajouté en 1579.
6o3
LE VINGT-CINQVIÉME LITRE ,
ment, auec telle industrie et artifice.
On peut mettre en vne cuue des
pierres de grais rouges et ardentes,
entre lesquelles sera assis nud le pa-
tient bien couuert, et l’exhalation
seiche desdits grais estant ainsi en-
close en ladite cuue, eschauffera et
esmouuera sueurs : toutesfoisdepeur
que les grais ne bruslent la cuue ,
les faut poser sur tuilles ou lames
de fer. Et d’auantage, faudra auoir
diligemment esgard au patient, et
l’entreuoir de fois à autre : car il est
aduenu quelquesfois qu’iceux , par
nonchalance des assistansou gardes,
estans délaissés seuls, venans subite-
ment à s’esuanoüir par trop grande
dissipation des esprits, causée par la
chaleur de l’estuue, et tombans sur
les pierres ardentes, ont esté retirés
demy-morts et bruslés.
Aucuns prennent telles estuues
seiches en vn four, après qu’on a
tiré hors le pain : mais elles sont
fort incommodes , à cause que le ma-
lade n’y peut pas demeurer à son aise.
Les estuues humides sont faites
auec vne vapeur ou fumée chaude et
humide : telle vapeur se fait par dé-
coction des racines, fueilles, fleurs et
semences des herbes, lesquelles on
fait boüillir auec eau ou vin, ou
tous les deux ensemble, en vne mar-
mite bien close et lutée, et l'ébulli-
tion et vapeur de telle décoction est
conduite par tuyaux et canaux de
fer blanc, lesquels s’insèrent en vne
cuue ayant deux fonds, dont le se-
cond est troué et percé en plusieurs
endroits, à fin que ladite vapeur ait
sortie de toutes parts, et puisse es-
chauffer et ouurir les pores du corps
pour suer. La cuue sera bien garnie
de couuertures par dessus: le patient
aussi ayant la teste couuerte, et hors
de la cuue , s’asserra sur vne petite
selle dans ladite cuue , et suera à sa
volonté, auec telle chaleur qu’il luy
plaira. Car la chaleur est modérée
par le bénéfice d’vn trou estant au
haut des tuyaux, lequel on destoupe
lors que la chaleur est trop grande ,
autrement non : telle vapeur est
fort plaisante à sentir, et donne plai-
sir en suant, comme lu peux voir par
ceste figure l.
Figure d'vne Cuue à double fonds auec ses tuyaux et marmite , propre pour receuoir les
estuues humides.
DES MEDICAMENTS.
Si l’on n’a tels tuyaux, on peut
faire telles estuues humides, ainsi
qu’il s’ensuit. Faut faire cuire les her-
bes en vn chauderon , puis les met-
tras aux pieds du patient en la cuue,
estant bien couuerte par dessus : et
pour exciter vapeur humide, faut
mettre pierres de grais ardentes dans
le chauderon : car elle boüillira en la
décoction, etexcitera grandes vapeurs
humides qui esmouueront sueurs.
CHAPITRE XLIV.
DES FARDS POVR DECORER ET EMBELLIR
LA FACE DES FEMMES.
A telles femmes qui se fardent pour
leur plaisir et delices , ie ne leur vou-
drois donner aucun aide : mais bien
à celles qui sont honnestes, fuyans
les marques de vieillesse et de turpi-
tude , desirans euiter l’indignation de
leurs maris : et à icelles ces moyens
qui s’ensuiuent s’adressent, pour pal-
lier leurs rides et couleur mauuaise.
Or la couleur du visage demonstre
la bonne température ou mauuaise ,
et la domination des humeurs : car
chacun humeur donne sa teinture au
cuir, et principalement tt celuy de la
face. Car si la cholere domine , la
couleur sera iaunastre et citrine 1 : si
le phlegme, blafarde : si la melancho-
lie, plombine ou liuide : et si le sang,
la rencontre déjà dans les Dix liures de chi-
rurgie de 15G4 avec cette note :
Cuue à double fons, entre lesqueli vne va-
peur conduille par tuyau de fer blanc qui sort
d’vne marmitle , de certaine décoction pour
prouoquer le mer, que nous appelions Estuues
seiches.
1 Hippocrates , au commencement du Hure
des Humeurs. — A. p.
6o3
la couleur sera vermeille. Il y a au-
tres choses qui donnent la couleur au
cuir, et luy changent sa couleur na-
turelle : telles sont les choses exté-
rieures, comme le soleil, le froid ,
luxure, tristesse, peur , veilles , ieus-
nes , douleur, longues maladies , l’v-
sage des mauuaises viandes et breu-
uages, comme vinaigre et mauuaises
eaux : au contraire, les bonnes vian-
des et le bon vin aident à faire bonne
couleur, à raison qu’elles engendrent
bon suc.
Si telles turpitudesprouenoient par
les humeurs pechans en quantité et
qualité, faut purger et saigner. Et si
tel vice prenoit sa source de quelque
inlemperature des parties principales,
il faudroit premièrement icelle robo-
rer : ce qui se fera par l’aduis du
docte Médecin. Maintenant nous vien-
drons aux remedes particuliers , qui
ont faculté de pallier les rides et
blanchir le cuir.
Premièrement on lauera la face en
eau distillée des fleurs de lis, ou de fé-
ues , ou nénuphar, ou laid de vache
pareillement distillé, ou bien auec
eau d’orge ou d’amidon , de ris , dé-
layés en eau tiede : et la face en es-
tant lauée sera desseichée, puis ointe
des onguens que dirons cy après : car
tels lauemens detergent et préparent
la face à receuoir l’action d’iceux on-
guens, comme fait la lexiue alumi-
neuse au poil , lors que l’on le veut
noircir. Après auoir detergé et pré-
paré la face , on vsera des remedes
qui s’ensuiuent , lesquels ont faculté
d’embellir, de teindre le cuir, et effa-
cer les rides , comme :
ïf. Gummi tragaganthæ conquass. 3. ij.
Distemp. in vase, vitreo cum lh. ij. aqu®
communia.
6o4 LE vingt-cinqviéme livre
icelle gomme se fondra , el l’eau
demeurera blanche.
Autre.
2£. Lithargyri auri § . ij.
Cerussæ et salis connnunis ana 5. fi.
Aceti , aquæ plantagin. ana g . ij.
Caphuræ 5. H>.
Faut faire tremper la litharge et ce-
ruse en vinaigre l’espace de trois ou
quatre heures à part , et le sel et
camphre en l’eau que prendrez, puis
les faut distiller le tout à part par le
filtre : el après estre distillés, à me-
sure que vous en vserez, les inesler.
Eau de laicl de vache,
if. Lact. vaccin. lb ij.
Aurant. et limon, ana n. iiij.
Sacchar. albiss. et alum. rocli. ana § j.
Distillcntur omnia sirnul.
L’on mettra les citrons et oranges
par petites pièces, puis seront infusées
dedans le laict , et adioustant vostre
sucre et alum , et le tout sera distillé
in balneo Mariœ. Ceste eau est excel-
lente pour tenir le teint net et frais ,
et embellir la face : lors qu’on se cou-
che, on mettra linges qui en seront
imbus, sur la face.
Autre eau fort excellente pour rendre le teint
clair el beau *.
Faites distiller limaçons de vignes,
et jus de limons , fleurs de bouillon
blanc , de chacun quantité égalé],
puis y soit adiousté autant d’eau con-
tenue dedans les bourse! tes de Forme,
et en soit vsé comme auons dit.
1 Celte formule est une addition de 1579.
Autre eau.
X. Micæ panis alb. lb. iiij,
Flor. fab. rosar. alb. florinn nenuph. ii-
lior. et ireos ana ïb. ij.
I.act. vacc. lb. vj.
Oua n. viij.
Aceti opt. Ib.j.
Distillentur omnia sirnul in alembico vitreo,
et fiat aqua.
D’icelle on se peut lauer les mains
et la lace.
Autre, en forme de Uniment.
"if. Olci de lai tar. g . iij.
Mucag. sernin. psyllij. 5. j.
Cerussæ in oleo rosar. dissol. § . j.
Boracis, salis gemmæ ana 5. j.
Fiat linimentum.
Toile cirée pour coniregarder le teint ».
Ceste toile cirée est fort propre pour
porter la nuit sur le visage, en mode
de masque.
Prenez cire blanche grenée quatre
onces , graisse de chéureau fondue ,
suif de bouc , et lerebenthine de Ve-
nise vne once , nature de Balaine
deux onces, camphre vne drachme :
faites fondre le tout ensemble , et y
tremper la toile : laquelle lisserez par
après, et la garderez soigneusement
pour faire masques.
Pour rendre le cuir de la face tendu et délié,
et pour le blanchir.
Hf. Caponem vnum , et caséum ex lacté ca-
prino recenter confcctum.
Limon, n. iiij. oua n. vj.
Cerussæ lotæ in aqua rosar. g . ij.
Borac. g. j.ft
Camphor. 5. ij.
Aquæ florum fabarum lb. iiij.
Fiat omnium infusio per viginti quatuor ho-
ras , postea distillentur in alembico vitreo.
1 Celte formule ne date que de 15*5.
DES I\i EDICAMENS.
Autre.
I.*e la moelle d’os de mouton se
fait vn fard fort excellent , lequel
adoucit la face et la rend fort claire.
La façon de l'extraire est de pren-
dre les os qui auront esté séparés de
leur chair par ébullition : puis iceux
concassés, les faire longuement cuire
dans de l’eau : lesquels estans bien
bouillis , sera le tout tiré du feu et re-
froidi, et au dessus de la décoction
amasserez la graisse qui nage , et d’i-
celle vous en frotterez le visage au
soir, et le lendemain le lauerez de la
susdite eau.
Autre *.
Prenez cire blanche deux onces ,
huile d’amandes douces quatre onces,
graisse rccente des reins de chéureau
deux onces : poudre de ceruse de Ve-
nise lauée en eau rose , ou blanc d’a-
midon , autant qu’il en faut pour les
incorporer en maniéré d’onguent, du-
quel oignez la face au soir : et le len-
demain la lauerez auec eau coulée
de son de froment , puis l’essuyerez
d’vn linge blanc et délié.
Autre.
Prenez l'eau qui se trouue és foli-
cules d’orme : meslée auec laict d’as-
nesse, ou toute seule, est singulière
pour tenir la face polie et luisante,
et faut s’en lauer au soir, et puis se
lauer d'eau claire.
Autre.
ij-. Salis cerussæ 3. ij.
Voguent. cilrini vel sperrnat. ceti. g . j.
.Mal axent u i- simul , et liât linimentum,
addenda olci ouorum 3. ij.
1 Celte formule et la suivante n’ont été
intercalées ici qu’en 1585.
f)05
La maniéré de faire le sel de ceruse,
c’est qu’il faut prendre de la ceruse
bien puluerisée, et la mettre auec
vinaigre distillé (tellement que pour
liure y soit mis quatre liures de vi-
naigre) laissant le tout infuser l’es-
pace de quatre ou cinq iours : puis
sera distillé par filtre, laquelle distil-
lation sera mise sus le feu, en vn
vaisseau de terre plombé, et tarie
iusques à ce qu’elle se rende en sel,
comme quand l’on fait les cautères.
Autre 1 .
Prenez fiente de pet ils lézards , os
de sechc , tartare de vin blanc , ra-
clure de corne de cerf , farine de ris,
ana : faites-en poudre, faites la trem-
per en eau faite et distillée d’amandes
douces, de limaces des vignes et de
fleurs de nénuphar. Ce fait , adioustez
le poids d’autant de miel blanc , et de
rechef incorporez le tout en vn mor-
tier de marbre, et gardez ceste mix-
tion en vn vaisseau de verre ou d’ar-
gent , et vous en frottez le soir le
visage, et verrez chose merueilleuse
pour les rougeurs du visage. Nota ,
qu’il faut laisser vn linge trempé en
ladite eau sur le visage , y ayant mis
l’onguent.
Autre excellent.
if. Sublimati g . j.
Argenti viui extincti in sali ua 5. ij.
Margarilaruin non perforât. 5. j.
Caphuræ 5. j. fi.
Incorporentur simul in inortario marmorco
cum pislillo ligneo, per très lioras du-
cantur et friccntur, reducanturque in le-
nuissimum puluerein : deindc hic puluis
abluatur aqua uiyrti et dcsiccelur, serue-
turque ad vsum.
Addc foliorum auri ctargenti , numéro x.
1 Celle formule est de l’édition de 1579.
GoG
LE VI]tGT-CI]NQVIEJVXE LIVRE,
Quand lu voudras vser de ceste
poudre , mets dans ta main tant soit
peu d’iiuiie de lenlisque ou d’a-
mandes douces , auquel dissous aussi
bien peu de la poudre susdite , et in-
corpore ces deux ensemble , de la-
quelle faut s’en oindre le visage lors
que l’on se va coucher : mais premiè-
rement se faut lauer la face des eaux
susdites , aussi pareillement le lende-
main au malin.
Après auoir descrit la maniéré de
nettoyer et estendre le cuir, aussi pa-
reillement de le blanchir, reste à luy
bailler la couleur rouge et vermeille
au milieu des iouës et des léures : car
le blanc et le rouge estans ainsi mes-
lés ensemble , font la couleur viue et
naturelle : et pour ce faire on dissou-
dera rasure de bresil et orcanete en
eau alumineuse, de laquelle on se
frottera la pommette des iouës et
des léures , la laissant seicher : ou
bien on vsera du rouge d’Espagne ,
ou l'on se frottera lesdites parties de
peau de mouton teinte en rouge. Pa-
reillement la friction faite auec la
main rougit , à cause qu’elle y attire
le sang et esprit l.
Autre.
Prenez eau alumineuse, en laquelle
aurez fait tremper plusieurs fois vne
piecede tome-sel rouge, et en frottez
les iouës et les léures, voire tout le vi-
sage, s’il estoit blaffard, ou trop blanc.
Autre.
Prenez vne once d’alum de roche ,
faites-le bouillir en vne liure d’eau
claire , et quand il sera fondu , tirez
le vaisseau d’auprès le feu, et le laissez
refroidir : ieltez vne once de vermil-
» Le chapitre s'arrêtait là en 1575 et 1679;
tout le reste a été ajouté eu t58ô.
Ion subtilement puluerisé sur le mar-
bre, failes-le bouillir iusques à la
consomption de la moitié , coulez-la
et la gardez en vne fiole de verre , et
en frottez les iouës et les léures.
Autre en onguent.
Prenez vne pinte d’eau de vie bien
rectifiée, vne once de bresil, dix clous
de girofle , autant de grains de para-
dis, cinq grains de cucube : pulueri-
sez tout cela , et les faites infuser en
l’eau de vie, sur les cendres chaudes,
en vn vaisseau bien couuert de peur
que l’eau ne s’exhale, et en frottez
le visage et les léures.
Pour blanchir le visage trop coloré et rouge.
Prenez jus de limon, blancs d’œufs,
de chacun égalé partie , vn peu de
soulphre vif puluerisé, battez-les as-
sez longuement ensemble, puis les
mettez dedans vne cassole sur le feu,
les remuant auec vn bastonde bois ,
iusques à ce qu’ils acquièrent vne con-
sistence de beurre: puis oslez-les hors
de dessus le feu, et gardez ceste mes-
lange pour vous en frotter le visage
au soir, après l’auoir laué de son, ou
de mie de pain blanc.
CHAPITRE XLV.
DE LA GOVTTE BOSE.
Maintenant nous parlerons d’vne
rougeur est range qui se fait au nez
et aux iouës , et quelquesfois par tout
le visage, auec tumeur, et quelques-
fois sans tumeur, aucunesfois auec
pustules et croustes : qui se fait pour
certaines humeurs salées et adustes.
La goutte rose est plus grande en
hyuer qu’en esté, parce que le froid
DES MEDICAMENS.
clost les pores, et partant la matière
ne se peut euacuer , mais est tenue
sous le cuir , qui fait qu’elle acquiert
vne acrimonie et mordacité, faisant
esleuer des boutons et croustes , ren-
dant la couleur du visage plombine.
Ceste maladie est difficile, et souuent
impossible à curer.
Pour la cure generale, il faut que
le malade euite le vin , s’il n’est bien
trempé, et generalement toutes cho-
ses qui eschauffent le sang et qui sont
vaporeuses, aussi toute chaleur et
froideur excessiue : pareillement que
le malade aye le ventre lascbe, soit
par art , ou par nature. Il sera saigné
de la veine basilique , puis de celle
du front , et de celle du nez : et se-
ront semblablement appliquées sang-
sues en plusieurs lieux de la face,
aussi ventouses auec scarification sus
les espaules.
Si le mal est inueteré , on commen-
cera la cure par choses emollientes ,
puis on vsera des onguens qui s’en-
suiuent , lesquels seront changés à la
discrétion du Médecin présent, les
diuersiûant selon que le mal sera pe-
tit ou grand.
Exemple.
if. Succi citri 5 . iij.
Cerussae quantum sufficit ad inspissan-
dum prædictum succum.
Argenti viui 3 . fi . extincti cum axung.
porci, et cum 3. 15 . sulphur. viui.
Incorporentur simul , et fiat vnguentum 1.
Autre.
if. Boracis 5, ij.
Far. cicer. et fab. ana 3. j. fi.
Camph. 3. j.
Et cum melle et succo cepæ fiant trochisci.
1 Bon el expérimenté. — A. P. — Cette Ilote
date seulement de 1379.
607
Quand on en voudra vser, seront
destrempés en eau rose ou de plan-
tain , et en sera appliqué dessus le
lieu auec linge délié, et laissés des-
sus la nuit , les renouuellant souuent.
Autre.
if. Vng. citrini , recent, dispens. § . ij.
Sulph. viui § . fi.
Et cum modico olei semin. cucur. et suc. li-
mon. fiat vng. quo illinatur faciès hora
somni.
Le lendemain sera lauée la face auec
eau rose, blanchie auec du son.
Autre.
Faut faire bouillir du vinaigre bien
fort auec du son et eau rose, et en
sera appliqué comme dessus : ledit
vinaigre esteint fort la rougeur.
Autre.
if. Cerussæ et litharg. auri, sulph. viui pul J
ueris. ana 5 . fi.
Ponantur in phiala cum aceto et aqua
rosarum.
D’icelle composition en faut appli-
quer auec linges, et les y laisser toute
la nuit : puis seront ostés , et sera
lauée la face auec eau de son. D’ice-
luy remede on vsera l’espace d’vn
mois.', plus ou moius.
Autre *.
if. Sang. taur. îb. j.
Butyri recent. û>. fi.
Fiat distill. vtatur.
Faut noter que ladite eau est trou-
ble et puante au commencement :
mais quelques iours aptes deuient
claire et perd sa puanteur.
1 Colle formule et la suivante sont de 1379.
(>ott LE V1NGT-C1N0V1BME LIVRE
Autre.
Faites bouillir (lu son en vinai-
gre et eau de nénuphar, et dissou-
drez du soulphre et vn peu de cam-
phre, et de ce en tremperez linges
qui seront mis sus le visage au soir.
Pour dcsseiclier les pustules ou saphirs.
IL. Alb. ouorum num. ij.
Aquæ rosar. 3 . j. fi .
Succi plantaginis et lapatlii aculi ana
5 • C •
Sublimât. 3 . j.
Incorpor. in mort, marmoveo.
Pour les lentilles '.
Touchez les lieux auec eau forte.
A utre.
Faites tremper vn ou plusieurs
œufs en fort vinaigre iusques à ce
qu’ils soient mois, incorporez auec
semence puluerisée en forme d’on-
guent, et en frottez les lentilles, tant
que la peau s’esleue.
Autre.
IL. Axungîæ porci decies in aceto lotæ
o-i'ij-
Argenli viui g . j.
Aluin. sulpbur. )iui ana 5j.
Pistentur omnia diu in mortario plumbeo,
et fiat vnguenturn.
L’argent-vif 11e se doit mettre qu’à
la fin.
Autre.
'3L. Radie, lapathi acuti et asphod.ana 5. ij.
1 Les deux remèdes qui suivent pour les
lentilles 11c datent que de 1585 ; il en résulte
que les formules qui viennent après étaient
données dans l’origine contre les pustules ou
saphirs.
Coquant. in aceto scillilico, postea pistentur
et passentur, addendo :
Auripigmenti 5. ij.
Sulpbur. viui 3. x.
Incorporenlur, et fiat vnguenturn.
Duquel en sera mis sur les pustules
pour les desseicher.
Autre.
if- Rad. lilior. sub. cinerib. coct 3 , iij.
Pistis et passatis adde butyri recent, et
nxung. porci lotæ in aceto ana §j.
Sulpbur. viui 3. iij.
Caïn pli. 3 . ij.
Succi limon, quant, suit.
Malax. simul , et liât vnguenturn.
Autre.
2 L. Lact. virg. 11). fi.
Alum. 3 . fi.
Sulpbur. viui 5 . j.
Suce, limon. 3, \j.
Sal. connu. 3 . fi.
Distillentur omnia in alemb. vitreo.
Et d’icelle eau on vsera comme
dessus.
Autre.
IL, Succi lapat. acuti, plantag. etasphodelo.
ang.j. fi.
Olci vitelli. ouor. § . j.
Tereb. Venctæ 3 . fi .
Succi litnonum 3. iij.
Aluoiinis combusti 5 j.
Argent, viui extincti 5 . j.
Olei lilioruin 3 . fi .
Pistentur omnia in mortario plumbeo, ad-
dendo sub finem argentum viuum ne
mortario adliærct.
Autre
Prenez eau de nénuphar, de plan-
1 Les trois ou quatre formules qui suivent,
jusqu’à celle qui est prescrite pour osier les
scrpliirs du visage , sont de 1585.
DF.S ME DIC AMERS. OOQ
tain, de niorelle,de chacune doux
onces, vinaigre fort vne once et de-
mie : esteignez dedans cinq ou six
coquilles d’œufs toutes rouges ve-
nans du feu , et les y laissez tremper
et ramollir, comme ü se rédiger en
poudre, puis coulez le tout , ët ver-
sez dedans vne bouteille de verre, en
laquelle tremperez un petit nouët
plein d'vne drachme et demie de
soulphre vif subtilement puluerisé.
Autre.
Prenez soulphre vne once, ce-
ruse lauée deux drachmes, os de sé-
ché, camphre, de chacun vne drach-
me , jus de limons de chacun demie
liure, jus d’oignons deux onces : tri-
turez subtilement, et incorporez auec
les jus : oignez-en la face au soir allant
au lit, et au malin lauez-la auec dé-
coction de son.
Et au cas que les pustules ou bou-
tons ne voulussent ceder aux reme-
des, il faut appliquer des vésicatoires
non faits de cantharides , à fin d’atti-
rer du profond le sangadustcet bruslé
qui cause lesdites pustules.
Autre bien approuué.
"if. Sulphuris viui ignis expert, g . ij. 3. j.
Zinziberis oplimi g.j.
Piperis nigri 3. ij.
Fiat puluis sublilissimus , et incorporetur
cum § . iiij. pommaci oplimi.
Faut oindre la partie rouge et bou-
tons , le soir , et lendemain matin la-
uer ledit onguent auec de l’eau qui
aura esté liedie dans la bouche.
Pour osier les saphirs du visaye 1 .
Prenez suc d’oignon , pilé auec sel,
1 Les quatre formules qui suivent ont été
ajoutées en 1379.
ou autrement pilé auec moyeux
d’œufs.
Pour amortir les dartres.
Fueillesd’ellebore pilées auec vinai-
gre, ou laict de figuier tout seul , ou
laict de tithymal , ou moustarde dis-
soute auec vinaigre fort, auec vu
peu de soulphre.
Autre.
Prenez couperose , soulphre et
alum , de chacun vne drachme, et
les faites tremper en fort vinaigre :
puis soyent passées par vn linge , et
en soit appliqué dessus.
Autre.
Prenez vn œuf, et le faites trem-
per en fort vinaigre , auec cou-
perose et soulphre mis en poudre ,
puis passez, et en vsez comme dessus.
Si les herpès ou dartres sont au vi-
sage, l’eau de sublimé est excellente,
aussi l’aluni incorporé auec blanc
d œuf, et vn peu de jus de citron :
aussi fait l’aloés destrempé auec oxy •
mel scillitic ‘.
Or il faut icy noter, qu’il cause que
les susdits remedes sont aucunement
corrosifs, rendons le cuir aspre et
scabrc, pour l’adoucir et polir on
vsera de ce Uniment.
7f. Terebenthinæ VencLe , tam diu lotæ vt
acrimoniam nullarn habcat , butyri sa-
lis expert. ana § . j. O.
Olei vitell. ouor. § . j.
Axung. porci in aqua rosar. lot. §. fi.
Ceræ, parum.
Vt mile (iat linunentum ad vsuiii.
On peut aussi vser des autres remc-
< Celle p b rate est une addition de lt>S5.
lit.
6lO LE VmGT-CINQVlÉME LIVRE
des cy dessus mentionnés, qui ont
pareille vertu *.
Pour affermir les dents , et les tenir nettes et
blanches, que nos dames de la Cour usent.
Prenez eau commune et eau rose ,
de chacune quatre onces, deux drach-
mes d’alum de roche cuit et subtile-
ment puluerisé, canelle entière demie
drachme : mettez l’alum et la poudre
dedans vne fiole de verre auec les
eaux , puis exposez la phiole sur les
cendres chaudes, faites le bouillir ius-
ques à la consomption de la tierce
partie des eaux : estant refroidie,
frottez-en vos dents au matin auec
vn linge net.
Pour affermir les dents qui lâchent et branlent.
Faut vser de toutes choses qui as-
treignent , soit en gargarisme ou
opiate. La décoction de berberis , su-
mach, balaustes, alum, vin de grena-
des, meslé auec eau rose et verjus,
est singulier remede pour reserrer et
affermir les genciues.
CHAPITRE XLVI.
LA MANIERE DE FAIRE NOIRCIR LE POIL.
Il faut premièrement lauer la teste
ou la barbe de lexiue, en laquelle on
mettra vn peu d’alum de roche , à
cause qu’icelle lexiue préparé le poil
à mieux receuoir la teinture, consu-
mant la graisse qui peut estre aux
cheueux ou barbe2. Les remedes par-
! Ici se terminait le chapitre dans les deux
premières éditions; le reste a été ajouté
en 16S5.
3 Ces derniers mots, consumant la grais-
se, etc., ont été ajoutés en 157U.
ticuliers pour noircir le poil doiuent
estre aromatiques et céphaliques, et
vn peu stiptiques, à fin que par leur
aroinaticité ils corroborent la vertu
animale, et que par leur sliplicité ils
astreignent : aussi doiuent estre de
subtile substance pour penetrer ius-
ques à la racine du poil.
Il faut prendre vne pierre de chaux-
viue poisant vne liure et demie, et la
mettre dedans vne terrine , auec as-
sez grande quantité d’eau : et quand
ladite chaux sera desteinte, il la faut
remuer auec vn baston, et passer la-
dite chaux et eau par vn sasset de-
dans vn autre vaisseau. Et quand la
chaux sera rassise, il faut ietter toute
l’eau , et y en remettre de fraische
autant et plus qu’à la desteindre , et
la remuer comme à la première fois :
et faut laisser seicher ladite chaux ,
tant qu’on la puisse mettre en pou-
dre : et prendre de ladite chaux cinq
quarterons, et la mettre en poudre,
et demie liure de lilharge subtilement
puluerisée : et le tout passer ensem-
ble par vn sasset. Pour en faire paste
assez liquide, faut prendre vne poi-
gnée de sauge fraîche, la concasser
et mettre dedans vn pot de terre auec
vne pinte d’eau, et la faire consumer
iusques à la tierce partie , et passer
par vn linge : et de ladite décoction
ferez voslre paste , de laquelle vous
frotterez le lieu que voudrez noircir,
et lairrez ladite paste l’espace de
quatre ou cinq heures : après lauerez
le lieu auec de l’eau tiede en laquelle
on aura mis du son
A litre,
2£. Sulphur. vitrioli , gallar. calcis viuæ,
lith. ana 3. ij.
1 Tout cc paragraphe manque dans les
premières éditions, et date seulement de
1583.
DES MEDICAMEjVS.
Scoriæ Terri 3. fi .
Puluerisentur omnia subtil, et cum aqua
communi incorporentur, vt inde fiat
massa.
De laquelle on frottera les cheueux
s’en allant coucher , puis on mettra
vne compresse dessus auec vne coeffe,
et le matin seront desueloppés de la-
dite paste.
Autre.
If. Calcis lotæ § . j.
Litharg. vtriusque §. fi.
Et cum decoclo gallarurn, eort. nucum, fiat
massa, addendo olei chamom. 3. ij.
Autre.
Litharg. aur. 3- ij.
Ciner. clauellat. §. j. fi.
Cale, viuæ § . j.
Dissol. omnia cum vrina hominis donec ac-
quirat consistenliam vnguenli , de quo
vngantur capilli.
Autre.
if.. Calcis lotæ 3 . iiij.
Litharg. vtriusque ana § . ij.
Cum decoclo saluiæ et cortic. granat. liât
pasta ad formam pultissatis liquida;.
De laquelle on se frottera les che-
ueux ou barbe s’en allant coucher,
et le lendemain se lauera de vin et
eau.
La chaux se doit lauer en ceste
sorte : Vous prendrez vne liure de
chaux, que vous ietterez en cinq ou
six pintes d’eau commune, laquelle y
demeurera l’espace de vingt- quatre
heures, puisosterezvostre eau par in-
clination , en adioustant d’autre eau :
et pour la troisième fois en lieu d’eau
commune, mettrez de la décoction de
sauge et galles, qui y demeurera
(il 1
l’espace de vingt-quatre heures, puis
sera ostée par inclination : et par
ainsi aurez vostre chaux lauée.
Il faut noter qu’il faut première-
ment lauer les cheueux et barbe auec
lessiue, à lin que le médicament
puisse mieux operer , et n’eslre eni-
pesché par la graisse qui pourroit es-
tre aux cheueux ou barbe ».
Autre remede singulier 2.
Le jus de l’escorce de noix verte,
comme l’on peut connoistre par les
mains de ceux qui cernent les noix
nouuelles , qui en sont noircies per-
tinacitement. Ce qui aduienl d’vne
aslriction conioinle , auec vne te-
nuité de substance , laquelle fait que
son astriction descend au profond ,
et se diffuse de toutes parts : et l’as-
triction empesche que sa teinture ne
se puisse effacer qu’à grande peine
auec drogues , tant soient -elles abs-
tergenles.
Autre manière de noircir le poil par eaux 3.
"if. Argenti finissimi 3. ij.
Reducaturin tenuissimas laminas, ponatur
in liolà vitreâ vnà cum 5. ij. aquæ separa-
tionisauri et argenti, aquæ rosarumâ. vj.
1 J’aij rétabli ce court et essentiel para-
graphe d'après l’édition de 1575; il avait été
retranché de toutes les autres , sans doute
par erreur, et dans les remanieinens du
texte que nous allons avoir à signaler.
2 Cette formule et la suivante datent seu-
lement de 1585.
3 Je rétablis ici dans le texte cette formule
qui se lit dans toutes les éditions faites du
temps de l’auteur, et qui, retranchée je ne
sais pour quelle cause dans la première édi-
tion posthume , l’a été par suite dam toutes
les autres.
LE VINGT-CI NQV1 EM E LIVRE,
6l2
La maniéré de faire ladite eau est
telle : c’est que l'on mettra la susdite
bouteille ou matelas auec l’eau forte
et l’argent sus les charbons, à fin
qu’il se fonde auec icelle : puis le
matelas estant refroidi vn peu , en-
semble ce qui sera dedans, on ad-
ioustera l’eau rose. Or il faut noter,
si l’on veut que ladite eau noircisse
d’auanlage , on y mettra aussi plus
d’argent : et si l'on veut qu’elle ne
noircisse tant, on y mettra moins
d’argent.
Le moyen d’en vser est , qu'il faut
tremper vn pigne dedans, et se pigner
d’iceluy.
Autre de merveilleux effet.
Prenez de la chaux-viue, la laissez
esteindre toute seule en lieu humide,
et d’icelle en prendrez trois onces :
plomb bruslé sans estre laué, mis en
poudre , deux onces , litharge d’or
puluerisée quatre onces : le tout sera
mis dedans vn mortier de plomb , et
auec eau sera fait comme vne pulte :
et de ce en feras frotter les cheueux,
puis mettre vn bonnet ou coeffe qui
sera laissé la nuit, et au matin se faut
frotter la teste auec linges chauds, et
ceste matière tombera toute en pou-
dre.
Autre.
. Plumbi vsti 5 . ij.
Gall. non perfor. corlic. nue. ana 5 . iij.
Terræ sigill. ferretæ Hispan. ana 5. ij.
Vitr. rom. § . vj.
Sal. gem. 5. j. G.
Caryoph. nue. mosc. ana 5 . j.
Sal. a rnm. aloësana 3. G.
Fiat puluis subtitis.
Lesdites poudres seront trempées
par trois iours naturels dans de bon
vinaigre: après il faut le tout distiller
par l’alembic, cl de l’eau en vser
comme il appartient.
Pour faire les cheueux blonds.
if. Flor. genist. stœcad. et cardamo ana
§• j-
Lupin, conquass.rasuræ buti. cort. citri,
radie, gentian. et berber. ana 5 j. G.
Cum aqua nitri , fiat lcnta decoctio.
De laquelle on lauera ses cheueux
par plusieurs iours.
CHAPITRE XLYII.
PSILOTHRA, OV DEPILATOIRES POVR
FAIRE CHEOIR LE POIL.
if. Recip. cale, viuæ 3 . iij.
Auripig. 5. j.
La chaux sera esleinle en eau com-
mune, puis on adioustera l'orpiment
en poudre , auec quelque chose odo-
riférante.
La maniéré d’en vser est , que l’on
ne le doit tenir sus la partie sinon
que l'espace de bien peu de temps ,
autrement il brusleroit: et aussi de-
uant que l’appliquer , faut fomenter
la partie d’eau chaude, et faut que le-
dit dépilatoire soit appliqué chaude-
ment, et espais comme bouillie. On
connoistra l’effet en frottant la partie
legerement auec eau chaude , et le
poil tombera : et s’il auoit escorché
la partie, on vsera de l’onguent rosat,
ou autre semblable.
Autre.
7f. Cale, viuæ, auripigm. cilr. ana § . j.
Amyli , spumæ argent, ana 3 . G.
Terantur et incorporentur cum aqua com-
mun!, et bulliant simul.
DES MEDICAMENS.
Or le signe de parfaito cuisson est ,
que l’on mette vne plume d’oye , et
elle sera subit desplumée.
Autre.
Prenez chaux-viue et orpiment au-
tant d’vn que d’autre : soit le tout
puluerisé et mis en vn noüet, lequel
sera trempé en eau , et d’iceluy on
frottera la partie, puis passant le
doigt par dessus, le poil tombera.
Autre maniéré '.
Prenez vne liure de chaux-viue , et
demie liure d’orpin iaune ; mettez le
tout en poudre subtilement, et quand
vous en voudrez vser, en prendrez
telle quantité que voudrez : et auec
de l’eau en ferez paste mollasse , la-
quelle mettrez sur la partie que vou-
drez depiler. Et pour sçauoir quand
l’action dudit dépilatoire sera faite ,
vous lauerez la partie auec vn peu
d’eau tiede , et verrez que le poil
tombera.
le ne puis encore passer que ne
descriue certaines eaux pour lauer les
mains et visage, voire tout le corps ,
1 Cette autre manière est une addition
de lâ85.
6 1 3
et pour faire sentir bon les linges et
autres choses.
Eau de lauande.
ïf-, Flor. lauand. îb. iiij.
Aquæ ros. et vini albi ana îb. ij.
Aquæ vitæ § . iiij
Misceantur omnia simul , et fiat distillatio
in balneo Mariæ.
On la peut faire sans distiller, met-
tant infuser des fleurs de la lauande
en vne fiole de verre au soleil auec
eau pure, ou aubaing Marie, en y
adioustant vn peu d’huile d’aspic, ou
vn peu de musc.
Eau de cloux de girofle.
If.. Caryopb. J . ij.
Aquærosarum îb. ij.
Macerentur spatio xxiiij. hor. et dlstill. lu
balneo Mariæ.
Eau de senteurs.
7f. Menth. maior. hyssopi, saluiæ, rorism.
lauand. ana m. ij.
Rad. ircos 5 . ij.
Caryoph. cinn. nue. mosc. ana 5 . û.
Limo. num. iiij.
Macerentur omnia in aqua rosar. xxiiij. hor.
omnia dislillentur in balneo Mariæ, ad-
dendo mosci a . j.
LE VINGT-SIXIÈME LIVRE,
TRAITANT
DES DISTILLATIONS \
CHAPITRE I.
qve c’est ove'distillation, ET COM-
BIEN DE SORTES OV MANIERES IL Y
A DE DISTILLER.
Or maintenant il nous reste encore
sommairement traiter des medica-
mens pyrotiques et chimiques, c’est-
à dire extraits par distillation de
quinte-essence, en laquelle il y a vne
vertu singulière et quasi diuine des
choses qui sont distillées : qui a tel-
lement raui les esprits des hommes,
que bien peu de choses se trouuent
ayaus quelques effets et singularités
1 Ce livre est une sorte de complément
du précédent, ainsi que l’auteur le fait en-
tendre dès la première phrase; c’est en
quelque sorte la matière médicale moderne
faisant suite à la matière médicale des an-
ciens. Il a été publié dans la première édi-
tion des OEuvres complètes, en 1575, et à
peine y a-t-il été fait plus tard quelques
changements. Quant à la source d’où Paré
Ta tiré, elle me parait assez bien indiquée
par une phrase qui se lisait en 1575 , et qui
a été retranchée dans toutes les autres édi-
tions; je l’ai reproduite dans la note sui-
vante. Du reste, le sujet tout spécial de ce
livre me dispensait d’y joindre des notes
historiques ou critiques; je me suis con-
tenté de signaler avec soin les variantes. Il
en soy, que l’on ne soubmette à la
distillation 1 2.
Distiller, c’est vn art et moyen par
lequel la liqueur ou humidité d’au-
cunes choses, par la vertu et force du
feu, ou de chaleur semblable (comme
les matières le requièrent) est extraite
et tirée , estant premièrement subti-
liée en vapeur, puis reserrée et es-
paissiepar froideur. Aucuns appellent
cest art sublimer , qui ne signifie autre
chose que séparer le pur de l’impur,
les parties plus subtiles et déliées d’a-
uec les plus corpulentes, espaisses, et
excrementeuses : mesmement faire
que les matières desquelles la sub-
y avait un certain nombre de figures repré-
sentant des appareils à distillation; comme
Paré n’avait fait sans doute que les copier
sur d’autres, il m’a paru inutile de les con-
server.
5 L’édition de 1575 ajoutait ici :
« Ce qui a esté amplement descrit par
monsieur Liébault , Docteur regent en la
Faculté de medecine à Êaris, personnage
doué d’vn singulier esprit, auquel sommes
grandement atteuus, tant pour la version
du second tome d’Euuonyme traittant de
telle matière, que pour sa Maison rustique,
qu’il a ces derniers iours mise en lumière,
au grand profit et vtilité du public. »
Cette phrase a été effacée dès 1579. La tra-
duction citée de Liébault avait paru en 1 573.
DES DISTILLATIONS,
stance est grossière soient rendues
plus pures, nettes et sincères : ou
bien que les parties terrestres assez
mal vnies et coniointes, ou autrement
par trop confuses, et espandues par
toute la substance de leur corps ,
soient resserrées , mieux vnies et
amassées ensemble, de façon que, sé-
parées par chaleur, chacune demeure
à part au fond de l’alembic et vais-
seau. Ou bien distillation est vne ex-
traction ou effusion d’humeur , de-
coulante goulte à goutte par alembic,
ou autre tel vaisseau : laquelle ,
moyennant quelque coction qui se
fait par la vertu de chaleur, séparé
plusieurs substances les vnes d’auec
les autres, et réduit quelques vnes
d’icelles séparées et esleuées en vne
certaine forme et vertu, qui par après
sert et profite beaucoup à plusieurs
affections et maladies.
Aucunes matières demandent cha-
leur de feu clair, autres de charbon ,
ou du soleil , ou des cendres , ou arè-
nes , ou limeures de fer puluerisées :
les autres veulent chaleur de liens de
cheual , ou d’eau bouillante , ou la
vapeur d’icelle seulement.
On remarque quatre degrés de cha-
leur au feu duquel on distille, dont
le premier est tiede, comme vne eau
à demie chaude, ou la vapeur d’vne
eau bouillante : le second est vn peu
plus chaud, toutesfois on y peut souf-
frir la main sans offense, comme est
la chaleur de la cendre : le tiers est
encore plus chaud , tellement qu’il
peut offenser griefuement si on y
tient la main longuement , comme
est la chaleur des arenes : le quart est
si veheinent que l’on n’y peut endu-
rer la main sans brusler, comme est
la chaleur d’escaille ou limature de
fer Le premier degré est conuenable
pour distiller les matières subtiles et
f 5 1 5
humides, comme les fleurs. Le second
pour les subtiles et seiches, ainsi que
les choses odorantes et aromatiques,
comme canelle, gingembre, doux de
girofles Le tiers pour distiller les
matières de substance espaisseet plei-
nes de suc, comme sont plusieurs ra-
cines et gommes. Le quart pour la
distillation des métaux et minéraux ,
comme l’alum, le vitriol, l'ambre, le
gagatés, et semblables.
Pareillement on peut distiller sans
chaleur, comme nous voyons és cho-
ses qui sont distillées en forme de co-
latures, à sçauoir quand la plus pure
partie est extraite et séparée de la
partie plus limonneuse et terrestre,
comme l’on fait du laict virginal, et
autres choses qui se font par le moyen
du feutre ou chausse d’hippocras,
ou piece de drap en forme de lan-
guette, ou de sablon, ou de vaisseaux
faits de bois de lierre. Quelquesfois
aussi on distille des matières par froi-
deur et humidité, ainsi que se fait
l’huile de tartre et myrrhe, vitriol,
lors qu’elles sont mises en lieu froid
et humide sur le marbre.
CHAPITRE II.
DE LA MATIERE ET FORME DES
FOVRNEAVX.
Les matières et formes des four-
neaux sont diuerses : car les vns sonl
faits de briques et de terre grasse
autres de terre grasse seule : les
meilleurs sonl faits de terre grasse
auec ciment et blanc d’œuf, et bourre :
toutesfois si tu veux soudainement
distiller, lu en peux faire vn de bri-
ques mises les vnes sus les autres,
proprement accommodées.
6 1 6
LE VINGT-SIXIÈME LIVRE ,
La meilleure et plus commode
forme des fourneaux entre tous est
celle qui est ronde par tout, à raison
que le feu, porté en haut, va par tout
en plus égalé mesure : ce qu’il ne
feroit pas s’il estoit d’autre figure ,
comme quand ou triangulaire, à
cause que la séparation des angles
disioindroit la force du feu se sépa-
rant çà et là. Ils seront de telle gran-
deur qui sera requise selon le vais-
seau qu’on y vomira apposer, et
seront espais plus ou moins que tu
aduiseras estre necessaire. Tels four-
neaux doiuent auoir deux fonds, l'vn
en bas pour receuoir les cendres du
charbon ou d’autres telles matières
de feu ; l’autre plus haut qui tienne
les charbons allumés, et fait en façon
de gril , ou bien séparé par plusieurs
petits trous, à fin que les cendres s’es-
coulent au fond d’embas plus facile-
ment, et qu’elles ne suffoquent le feu
qui eschauffe l’alembic. Autres, trois
fonds, comme au four de reuerbera-
lion , sçauoir l’vn pour receuoir la
cendre, l’autre pour mettre le char-
bon, le tiers pour mettre la matière
à calciner ou à distiller, lequel doit
estre couuert d’vne couuerture à
demy ronde, pour reuerberer la cha-
leur ou la flamme sus la matière à
calciner ou à distiller, selon que la
matière le requiert 1 . Le fond d’em-
bas peut auoir vue ou plusieurs
gueulles, à fin d’oster les cendres qui
y seront tombées : et quant à celuy
d’en haut, il en doit auoir vne seule ,
de grandeur médiocre, pour mettre le
charbon ou bois dedans, et en haut
deux ou trois petits trous , pour don-
ner air et euenter le feu , lors que tu
voudras l’augmenter : l’vnc et l’autre
i Cette dernière phrase , relativeaux four-
neaux à trois fonds , aété ajoutée en 1579.
gueulle seront garnies de leur bou-
chon ou porte.
Or en defaut de fourneau ou de
matière pour ce faire , tu peux ac-
commoder ton vaisseau , ou bien ton
chaudron ou jatte , sus vn trepié ,
comme il te sera monstré cy après en
la distillation du baing Marie.
CHAPITRE III.
DF.S VAISSEAVX POVlî DISTILLER.
Les vaisseaux propres aux distilla-
tions sont faits de diuerse matière et
forme: car les vus sont de plomb,
d’eslain , d’airain , de terre plombée
et non plombée, de grais , lesquels
sont fort bons, de verre , d’or, d’ar-
gent.
Quant aux vaisseaux de plomb, ils
sont du tout à reprouuer, principale-
ment si les liqueurs tirées par iceux
se doiuent prendre par la bouche , à
cause delà salsitude quiesl de nature
de plomb, et autres maléfiques qua-
lités du plomb : considéré mesme-
înent que Galien condamne et re-
prouuc l’eau conduite par canaux de
plomb, pour-ce qu’elle esmeul flux de
ventre , à cause de sa nature qui est
de substance de mercure. D’auantage,
nous voyons ordinairement eaux dis-
tillées par le plomb eslre le plus sou-
tient auec acre et vehemente vapeur,
qui se fait à raison qu’iceluy sel est
dissout de la. voûte de l’alembic , le-
quel gaste les eaux, les rendant blan-
ches et espaisses comme laict. Et
quant à ceux d’airain etcuiure,ils
rendent les eaux airugineuses, et en-
core plus nuisantes que ceux de
plomb. Ceux d’or et d’argent sont
moins nuisans, ains en appareil sont-
DES DISTILLATIONS.
ils plus difficiles, à cause du coust qui
en oste le goust.
Parquoy faut mettre diligence que
les vaisseaux dislillatoires soient ou
de terre plombée, ou de verre, ou de
grais , nommée terre de Béarnais ,
plustost que de plomb ou d’aucun
métal : toutesfois ceux de verre sont
les meilleurs, en second lieu ceux de
terre plombée ou vitrée, ou de grais :
après, ceux d’estain : et ceux de verre
ne doiuent estre de fugere.
Quant à la forme et figure des vais-
seaux, ils sont de plusieurs façons :
les vus sont de figure ronde et oblon-
gue, les autres tortus, autres d’autre
ligure, comme ils te sont présentés
au liure des Alchymisles : du nombre
infiny desquels ie t’en donneray le
portrait des plus necessaires , et de-
clareray leur vsage en leur propre lieu.
CHAPITRE IV.
OVELI.ES CHOSES DOIVENT ESTRE CON-
SIDEREES ÉS DISTILLATIONS.
Après auoir monstré que c’est que
distillation , faut connoistre quelles
choses sont requises en icelle.
Donc il faut premièrement choisir
vn lieu conuenable pour mettre le
fourneau, à fin qu’il ne face tort à la
maison , ny 'aussi que rien ne puisse
tomber sus les vaisseaux. Lors qu’on
distillera quelque matière qui soit de
qualité maligne et veneneuse, du-
rant la distillation on ne doit appro-
cher que le moins qu’on pourra. Si
on fait distillation en vaisseaux de
verre , il les faut choisir bien cuits ,
sans bulles, non fissurés , égaux de
toutes parts. Le feu ne doit estre vio-
lent du commencement, tant pour la
617
sauuegarde des vaisseaux qui se
pourroient casser, receuans la cha-
leur trop subite, tant aussi que les
matières reçoiuent la chaleur tout
doucement. Ne faut mettre dans le
vaisseau trop grande quantité de ma-
tière, autrement pourroit regorger
et sortir hors. Les matières chaudes,
pour estre de plus grande efficace,
requièrent bien d’estre distillées par
deux ou trois fois , en les mettant
sus autre matière , ou bien les recti-
fier à part, comme sont gommes, cire,
axonges, huiles d’os, d’ambres, iam me
etjayet, et à chacune distillation faut
diminuer la chaleur d’vn demy de-
gré, et ainsi consequeinment, attendu
qu’il 11’est requis. si grande chaleur,
par ce que la matière, estant subti-
liée de plus en plus par chacune dis-
tillation, ne mérité si grande chaleur
à la fin qu’au commencement, qu’elle
est plus grosse et plus espaisse. Mais
quant aux choses aromatiques ,
comme girofle, canelle, et sembla-
bles, et aussi ce qui est extrait de la
sauge, rosmarin, thym et semblables,
11e se doiuent rectifier , par-ce qu’elles
sortent toutes pures1.
En toutes distillations faut diligem-
ment séparer et mettre à part le
phlegme, c’est-à-dire l’humeur plus
aqueux, et pour ce faire faut aduiser
soigneusement à la matière que l’on
distille : car au commencement le
phlegme sort du vinaigre quand on
le distille, cl au contraire en l’eau de
vie le phlegme sort le dernier, en-
core qu’elle soit distillée plusieurs
fois. Si on veut que les eaux ayent
l’odeur ou saueur, ou autre qualité
de quelque chose, comme de canelle,
de camphre , de musc, ou autres tel-
1 Cette dernière phrase : mais quant aux
choses aromatiques, estime addition de 1579.
6 1 8 LE VINGT-SIXIEME LIVRE
les matières odorantes, sera bon de
mettre la matière odorante, comme
musc, canelle, ou semblable, dedans
et auec la substance que vous vou-
drez distiller *, à fin que par ces ma-
tières l’eau distillante en retienne
l’odeur, ou autre qualité.
Les liqueurs distillées au feu de
cendre ou au sable acquièrent ordi-
nairement quelque empyreume , et
pour-ce est très - expédient de les
mettre au soleil , la fiole bien bou-
chée, et par fois l’ouurir, à fin de faire
exhaler telle odeur, et consommer le
phlegrae , si peu qu’il en seroil resté.
Or combien qu’en toute distillation
plusieurs choses soient requises et
necessaires, toutesfois faut auoir es-
gard principalement à ces deux cy ,
lesquelles se proposent tous bons ou-
uriers et artistes en cest art. L’vne
est la matière qu’on veut traiter et
mettre en œuure, à sçauoir quelle
elle est, à quoy de son naturel elle
est propre pour endurer ou agir :
l’autre , que l’on choisisse les four-
neaux et vaisseaux conuenables, tant
en leur matière que figure. Et si
l’ouurier veut considérer ces deux
points, il ne faut douter que son œu-
ure ne soit bien conduite : car tous
corps ne sont faits et formés de toute
sorte de matière, ny les artisans peu-
uent indifféremment faire d’vn seul
bois tout ouurage. Ainsi en cest art
lors qu’on veut extraire huile ou eau
de quelque matière , faut sçauoir si
elle est telle qu’on en puisse esperer
huile ou autre chose semblable : puis
i Le texte de cette phrase était fort dif-
férent en 1575; on lisait : « Sera bon d’en frot-
ter le chapiteau auec ces matières, ou enfermer
quelques vues d'icelles dans vu i>eiil uoüel de
toille, et les mettre à l' extrémité du chapiteau,
à fin que par ces matières, etc. » La rédaction
actuelle date de 1579.
choisir et chercher les instrumens
pour l’œuure que l'on desire. Car si
l’on distille quelque matière qui soit
destituée de la liqueur ou humeur
que nous cherchons , que sera -ce
autre chose sinon que vouloir extraire
de l’huile d’vn mur? Attendu que
tous corps sont mixtionnés des quatre
elemens, et qu’entre iceux les vns
participent plus de l’air, les autres
plus de l’eau, autres plus du feu, au-
tres plus de la terre. Ce considéré
sera facile, moyennant la force du
feu, extraire l’eau des matières plus
aqueuses, comme l’huile de celles
qui sont plus aérées et ignées.
D’abondant est à considérer, que
quelquesfois l’eau vient la première :
puis l’huile en donnant feu plusaspre,
comme de toutes les herbes froides,
bois et racines : et des chaudes, l’huile
vient la première auec l’eau.
CHAPITRE Y.
EN QVELS VA1SSEAVX FAVT DISTILLER
LES EAVX.
Pour distiller toutes sortes d’eaux ,
deux vaisseaux sont principalement
necessaires, qu’on nomme en vn mot,
alembic : l’vn d’iceux est appelé pro-
prement cucurbite, ou vaisseau conte-
nant : l’autre est dit chapiteau ou c/tape,
auquel sont amassées les vapeurs
conuerties en eau , pour-ce qu’il re-
présente quelque certaine forme et
figure de chef ou de teste , au regard
du dessous qui est plus grand, large
et long. En ce vaisseau il y a vn ca-
nal en forme de bec d’oiseau, par le-
quel l’eau distille goutte à goutte en
vne fiole, ou autre vaisseau L
1 Ici se trouvait la figure d’un fourneau
DES DISTILLATIONS. 6lO
Or à fin que ton alembic ne vacille
de costé et d’autre , et qu’il ne nage
estant à demy vuide : pareillement
aussi craignant qu’il ne se rompe es-
tant immédiatement contre la cuue,
ie t’ay bien voulu bailler vne maniéré
fort commode pour y obuier ».
Pareillement tu peux distiller par
la vapeur de l’eau , ce que tu feras
commodément par tel fourneau et
de baiug Marie , auec lescdembics et recipiens.
On peut s’en faire une idée d’après la ru-
brique suivante, que j’ai voulu conserver
au moins en note :
«A Monstre la cuue de cuiure, laquelle
est pleine d’eau.
B Le couuercle de ladite cuue percée en
deux endroits pour passer le vaisseau.
C Le canal de cuiure attaché à la cuue,
auquel est contenu le feu pour es-
chauffer l’eau.
D L’alembic auec son chapiteau.
E Le récipient dans lequel distille l’eau. »
Cette première figure était suivie d’une
autre avec ce titre : Autre maniéré de baing
Marie, lequel n’est si portatif. C’est un vais-
seau contenant l’eau „ surmonté de trois
alembics; le feu est placé au-dessous, tan-
dis que dans le précédent le feu était porté
dans la cuve même, dans le canal de cuiure
indiqué.
1 Cette maniéré fort commode, illustrée par
deux figures, consistait en ceci : l’alembic
était placé sur une platine de plomb circu-
laire, de la circonférence de laquelle par-
taient quatre cordelettes qui allaient em-
brasser le col de l’alembic pour le tenir fixe
et droit sur la platine. Voici d’ailleurs les
rubriques jointes aux figures :
«A Monstre le vaisseau ou alembic de verre.
B La platine de plomb, sus laquelle est
posé le vaisseau ou alembic.
C Les cordelettes qui tiennent le vaisseau
à la platine.
D L’anneau auquel sont attachées les cor-
delettes. »
vaisseaux qui te sont icy présentés ».
Quant à la vertu des eaux distil-
lées, il est tout certain que celles qui
sont extraites in lalneo Mariœ, c’est à
dire en double vaisseau de verre en
eau bouillante, ou sur la vapeur d'i-
celle, sont sans comparaison meilleu-
res et plus excellentes : d’autant qu’el-
les retiennent exactement , non seu-
lement l’odeur, mais aussi la saueur
et couleur lucide , acidité , aspérité ,
austérité , douceur , amertume , et
autres qualités de leurs plantes, sans
sentir tant soit peu la fumée. Ce qui
se fait , par-ce que le baing d’eau
bouillante par son humidité retient ,
garde et conserue les parties plus
subtiles des plantes : par ce moyen
empescbant qu’elles ne se resoluent
1 Ici venait la figure d’un : Fourneau avec
son vai&seaupour distiller à ta vapeur de l’eau.
On en aura une idée par la rubrique sui-
vante •.
« A Monstre le chapiteau ou chape de ton
alembic.
B Monstre l’alembic situé dans vn vais-
seau de cuiure à ce propre et ac-
commodé.
CG Monstre le vaisseau de cuiure troué et
percé en plusieurs endroit, à fin de
receuoir la fumée et vapeur de l’eau :
iceluy vaisseau contiendra l’alem-
bic, lequel estant posé sera enui-
ronné de scieure d’ais , à fin qu’il
reçoiue mieux la vapeur : pareille-
ment y sera mis de ladite scieure
de bois au fond , de crainte que l’a-
lembic ne rompe, estant immédia-
tement contre le vaisseau de cuiure.
D Monstre le vaisseau d’airain contenant
l’eau, posé dans le fourneau.
E Le fourneau auquel estposé le vaisseau.
F Monstre vn entonnoir , lequel sert à
remettre l’eau . selon qu’elle s’est
exhalée en vapeur.
G Le récipient. »
LE VINGT-SIXIEME LIVRE,
620
et exhalent, comme il se fait de celles
qui sont distillées par le feu violent
de bois , de charbon : lesquelles re-
présentent tousiours au gouster quel-
que nitrosité et acrimonie de saueur,
de fumée , et vne empyreume ou
ignité d’adustion. Et semblablement
acquièrent vne mauuaise qualité des
vaisseaux où elles sont distillées , et
principalement deplomb, quisouuent
porte dommage aux parties pectora-
les, comme à l’estomach , au foye, et
autres parties intérieures. Qu’il soit
vray , on peut facilement connoistre
qu’elles ne sont de tel effet et ne re-
tiennent leurs qualités, comme celles
qui sont distillées au baing Marie. Car
celles qui sont distillées des plantes
acres, poignantes et ameres, ne se
ressentent de l’amertume et acrimo-
nie de leurs plantes , mais plustost
d’vne douceur aucunement fade : ce
qu’on connoist aperlement en l’eau
d’aluine distillée en vaisseau de
plomb , qui est douce, et non amere
comme sa plante. Dont pour le dire
en vn mot , les herbes distillées au
baing Marie sont de plus grande
vertu , et plus gracieuses au gouster,
et plus plaisantes à odorer et à voir,
que celles qui sont distillées par alem-
bics de plomb, d’estain, ou de cuiure,
d’airain, de terre, par-ce que du vais-
seau de verre ne peuuent acquérir
nulle mauuaise qualité.
Les eaux sont distillées non seule-
ment d’vne seule plante, mais aussi
de plusieurs meslées ensemble : et
telles eaux sont appelées eaux com-
posées, à raison de la mixtion de plu-
sieurs plantes et matières. Et de ces
eaux les vnes sont alimenteuses , les
autres purgatiues, les autres odorifé-
rantes, les autres seruent aux fards
et ornemens du corps , lesquelles se-
ront cy après déclarées.
CHAPITRE VI.
COMME IL FAVT PREPARER LES MATIERES
DEVANT QV’EN DISTILLER LES EAVX.
Il faut que les matières qu’on veut
distiller soient préparées auant que
les mettre aux alembics : et telle pré-
paration n’est autre chose que les in-
ciser, piler et macerer , c’est-à-dire
tremper en quelque liqueur, pour
rendre les matières plus promptes et
faciles d’estre distillées, et aussi pour
en tirer plus de suc , et pour garder
leur odeur et vertu. Vray est que
cesle préparation n’est necessaire à
toutes matières : car aucunes n’ont
besoin d’estre infuses et trempées,
mais au contraire desseichées auant
que d’estre distillées, comme la sauge,
thym, rosmarin, et semblables, à rai-
son de leur trop grande humidité : les
autres se contentent d’estre arrou-
sées de quelque liqueur.
Or en ceste préparation faut obser-
uer deux choses, à sçauoir, le temps
de l’infusion , et la liqueur dans la-
quelle les matières sont infusées. Le
temps de l’infusion doit estre mesuré
selon la diuersité des matières , car
celles qui sont dures et solides, ou
seiches , ou entières : méritent plus
longue infusion que les tendres ou
recentes, ou pilées-, dont aduient que
les racines et les semences demandent
plus long temps d’infusion , les fleurs
et fueilles moindre , et aussi consé-
quemment de telles autres matières.
Les liqueurs ausquelles se fait l’infu-
sion doiuent respondre à la qualité
des matières qu’on veut distiller ,
comme les matières chaudes doiuent
estre infusées en liqueurs chaudes, et
les froides en liqueurs froides. Pa-
DES DISTILLATIONS.
rcillement les matières qui onl peu
de suc, comme la sauge, betoine, ab-
sinthe, et autres semblables , ou qui
sont fort odorantes, comme toutes
sortes d’espiceries, toutes sortesd'lier-
bes , ou escorce de bois odorant,
comme la canelle , veulent estre in-
fusées en vin , à fin d’en extraire leur
suc, et garder aux odorantes leur
odeur, qui se peut facilement eua-
porer par l’action du feu, à raison de
leur substance ténue. El lorsque l’on
veut que quelque eau retienne mieux
la vertu de la matière dont elle est
distillée, on la doit infuser et distiller
en son suc , ou en autre qui ait pa-
reille vertu.
CHAPITRE VII.
LA MANIERE DE DISTILLER LES EAVX.
Auant que donner le moyen de dis-
tiller les eaux, il m’a semblé bon d’es-
crire combien il y a de sortes d’eaux,
et de leurs diuerses vertus. Donc les
vnessont médicamenteuses, comme
l’eau rose , de plantain , d’ozeille ,
sauge, et autres : les autres sont ali-
menteuses, comme les restaurans :
les autres sont médicamenteuses et
alimenteuses , comme les restaurans
alimenleux , ausquels on met des
choses médicamenteuses. Autres sont
purgatiues, comme l’eau ou liqueur
derheubarbe, si elle estoit recente ou
verte. Autres sont faites pour embel-
lir la face et mains. Autres sont odo-
rifiques, comme cellès qui sont tirées
des aromates, pourlauer les mains et
tout le corps.
Eau de rose.
iller vue bonne eau de
62 t
rose, il faut faire infuser ou tremper
les roses en eau de rose distillée , ou
bien en suc tiré d’icelles , et ce par
l’espace de deux ou trois iours, Ion
vaisseau estant bien bouché et lu-
lé : puis les mettre en ton alembic
de verre couuert de son chapiteau
bien Iule et accommodé de son réci-
pient , et le mettre au vaisseau de
baing Marie , comme ie t'ay descrit
cy dessus.
Eau alimenieuse ou reslauraliue.
Les eaux alimenteuses et reslaura-
tiues ne sont autres choses que res-
taurans, desquels ie t’ay bien voulu
donner le vray moyen de les dis-
tiller.
Prenez chair de veau, mouton, ché-
ureau, chapon, poullets, poulies gras-
ses, perdris, phaisans, en telle quan-
tité qu’il te semblera bon, hachées bien
menu : et pour diminuer la chaleur
qu’ils acquièrent, on mettra vne poi-
gnée d’orge mondé , vne poignée de
roses rouges seiches ou récentes , qui
premièrement auront trempé en jus
de grenades , citrons , et eau rose , et
quelque peu de canelle. Si l’on veut
faire le restaurant médicamenteux,
ou y adiouslcra choses contrariantes
à la maladie, comme poudres cor-
diales, sçauoir electuaire diamargari -
lum frigidum , de gemmis , aromaticum
rosatum, conserue de buglosse, bour-
rache , racines, herbes , semences , et
autres semblables. Et si c’estoit pour
bailler à vn pestiféré, on y adioustera
du theriaque ou methridat, et autres
alexiteres.
Il faut disposer les choses par petits
lits ( dit ordinairement stratum super
stratum ) en l’alembic de verre , et le
faire distiller au baing Marie, ou sur
cendres ou arènes chaudes : réitérant
022 LE VINGT-SIXIEME LIVRE
l’eau plusieurs fois dessus , et le lais-
sant infuser i.
On peut faire d’autres restaurans
plus subitement, et à moins de frais
ny tant de peine. Il faut bien battre
les chairs, puis les hacher à petits
morceaux, et les faut enfiler de fil
double ou fisselle, et qu’ils tiennent
l’vn à l’autre : après on les mettra
dedans une grosse bouteille de verre,
et que le fil sorte hors : laquelle sera
bien estoupée par dessus auec linges,
coton, fil, trempés en lut fait de
blanc d’œuf et farine. L’on mettra
ceste bouteille en vn chaudron plein
d’eau iusques au col , et qu’elle ne
touche le fond du chaudron , et ainsi
qu’elle soit bien appuyée de toute
part , à fin qu’elle ne vacille , comme
tu as veu par cy deuant : laquelle
estant bien accommodée , on fera
boüillir à petit feu par l’espace de
quatre heures, plus ou moins, ius-
ques à tant que la plus grande partie
de la chair soit conuertie en suc ou
1 J’ai encore retranché en cet endroit le
Portrait de baing Marie, lequel peut seruir à
distiller par cendres; et, comme pour les
figure» précédentes, je me borne à en re-
produire la rubrique.
« A Dcmonstre le fourneau de terre, auquel
t’est monstré la gueule pour tirer les
cendres.
B Monstre vn autre fourneau posé dans
ledit fourneau, lequel est fait de cui-
ure, et passe tout au trauers de la
cuue faite de cuiure, pour eschauffer
l’eau ou cendre contenue dedans.
G La cuue où est contenue l’eau, cendres,
ou sable.
D Les alembics disposés dans ladite eau,
sable, ou cendre, auec le bec de leur
récipient. »
jus : les quatre heures passées, on os-
tera le chaudron du feu sans oster la
bouteille de dedans : car si vous l’os-
tiez promptement , elle se pourroit
rompre, à raison qu’elle ser oit enui-
ronnée (estant chaude) de l’air froid :
estant refroidie on l’ostera du feu, et
sera destouppée : puis tirerez les fils
auec las chairs , de façon que le
suc demeurera seul. Coulez ceste li-
queur en chausse d’hippocras, et l’aro-
matisez auec sucre et cannelle, y ad-
ioustant vn peu de jus de citron, ou
verjus, ou vn peu de vinaigre , selon
le gousl du malade : l’on peut selon
ceste forme faire restaurans tels qu’on
voudra , plus ou moins chers et déli-
cats, alimenteux et médicamenteux.
Eau purgatiue.
On peut tirer la vertu des médica-
ments purgatifs, turbith, agaric,
rheubarbe et autres, comme l’on tire
l’essence et esprit de la sauge, rosma-
rin , thym , anis , fenoil , girofle , ca-
nelle , muscade , et autres , mais par
vne façon toute autre que les eaux
ny huiles : parce qu’elles sont de na-
ture subtile et aérée, montant quand
on les distille : mais la vertu purga-
tiue au contraire, parce qu’elle est
coniointe inséparablement auec sa
propre substance, ne monte point,
mais demeure au fond, comme sera
monstré cy après.
Eaux pour embellir la face.
Quant aux eaux pour embellir la
face, et autres qui sont odorifiques ,
nous en auous traité cy deuant : les-
quelles seront distillées in balneo Ma-
riœ , à sçauoir ainsi que l’eau de roses.
DES DISTILLATIONS.
623
CHAPITRE VIII.
DE LA MANIERE DE DISTILLER L’EAV DE
VIE , APPELÉE L’AME OV L’ESPRIT DE
VIN,
Prenez de bon vin blanc ou clairet,
fort vineux , ou de leur lie, et non de
vin aigri , ny esuenté , ou infect , la
quantité selon la grandeur du vais-
seau auquel tu veux faire ta distil-
lation : emply-le iusques à la tierce
partie, puisle faut couurir de sa chape
à long bec , et ainsi fais le distiller au
baing Marie : si tu veux auoir l’eau
de vie excellente, la faut rectifier
deux ou trois fois , voire iusques à
sept. Et faut obseruer que pour la
première distillation sera assez de tirer
la quatrième partie, à sçauoir, de
douze pintes trois ou quatre : pour
la seconde, la moitié, qui scroit deux
pintes : pour la tierce , autre moitié ,
qui sera vne pinte , et plus : tellement
que plus de fois sera distillée, moins
en y aura , et aussi mieux vaudra. le
serois d’aduis qne la première distil-
lation fust au feu de cendres , et les
autres au baing Marie.
Or les moyens par lesquels on con-
noist l’eau de vie estre assez distillée,
sont , qu’estant posée en vne cuillier
et allumée, elle se consomme du tout,
ne laissant aucune marque d’humi-
dité au fond de la cuillier : aussi si on
trempe vu linge en ladite eau, estant
allumé brusle sans offenser le drap-
peau : pareillement si vne goutte
d’huile est iettée en ladite eau , elle
va au fond : comme si quelque peu
d'icelle est espandue sur la main , se
consomme et pénétré bien tost. Les
vertus de l’eau de vie sont infinies:
elle aide aux epilepsies , apoplexies ,
et generalement à toutes maladies
froides : elle sedc la douleur des
dents , elle est vtile aux ponctions ,
és playes des nerfs, aux défaillances
de cœur et syncopes, aux gangrènes
et pourritures, mixtionnée auec au-
tres medicamens, à fin de les faire
penetrer au profond des parties.
Entre la distillation du vin et vi-
naigre, il y a différence , parce que le
vin est de substance vaporeuse et
aérée , et la meilleure vertu qui est
en iceluy gist en la première distil-
lation, c’est-à-dire, à l’eau qui est
distillée la première , qui est ia vertu
aérée et ignée : tellement que ce qui
reste et demeure au vaisseau est froid
et sec, de nature de vinaigre. Au
contraire l’eau première du vinaigre
est insipide, et n’est que phlegme,
comme auons dit , parce qu’en la cor-
ruption et alteration du vin se fait
séparation de la vertu aérée et ignée
en s’aigrissant, et n’y demeure que
le phlegme qui fait la corruption du
vinaigre, lequel prédominant est con-
traint de sortir le premier. Parquoy,
pour auoir bon vinaigre par distilla-
tion, après l’ auoir mis en pareille
quantité qu’aums dit du vin pour
faire l’eau de vie , dedans l’alembic ,
faut laisser distiller le phlegme ou
l’aquosité , et le mettre à part : puis
quand on sentira au gouster que l’a-
cetosité ou esprit viendra , le feu sera
continué iusques à ce qu’il s’espaississc
en forme de miel , et lors cesserez ,
autrement aurez par l’adustion vne
grande puanteur.
Or les vaisseaux pour distiller tant
l’eau de vie que le vinaigre sontdiuers,
à sçauoir, l’alembic,ou retorte, posée
dans les cendres ou arenes. On les
peut pareillement distiller dedans vn
chaudron , ou pot de cuiure d’airain,
fait en forme de marmite appellé ves-
02:1 I,E VINGT-SIXIÈME LIVRE
sie vulgairement, couuert d’vn cou-
uercle, duquel sort vu canal droit,
courbé en angle droit , qui passe de-
dans vn muy plein d’eau fraische ,
lequel te sera portrait lorsqu’on don-
nera la maniéré de distiller l’huile
des végétaux , c’estàdire , des herbes
et plantes.
CHAPITRE IX.
LA MANIERE DE RECTIFIER LES EAVX
DISTILLÉES.
Pour rectifier les eaux qui ont esté
distillées au baing Marie , il les con-
uient mettre au soleil en vn vaisseau
de verre bien bouché et à demy
plein, mettant le vaisseau iusques à
la tierce partie dans le sable , à fin
qu'estant eschauffé par le soleil, le
phlegme soit consommé: et le laisser
l’espace de douze ou quinze iours ,
plus ou moins.
Il y a vne autre maniéré plus com-
mode , c’est de rechef les distiller au
baing Marie à petit feu : ou bien ,
pour mieux faire, les mettre en vne
retorte ou cornue auec son récipient,
assise sur des boulles de cristal , et
mettre le tout au soleil : ou bien l’as-
seoir en defaut de crystal , sus vn
mortier de fer, ou boulles de fer '.
1 Ici venaient deux nouvelles figures, la
première représentant une Cornue auec le
récipient assise sus des boulles de crystal,
pour distiller au Soleil; et la seconde une
Autre cornue auec le récipient assise en
vn mortier de marbre ou de fer , pour pa-
reillement distiller au Soleil. Ces deux ti-
tres suffisent pour donner une idée des fi-
gures; je noterai seulement qu’elles se
voyaient déjà dans le magasin d'instru-
mens des Dix liâtes de chirurgie de loü4.
CHAPITRE X.
LA MANIERE DE DISTILLER PAR FILTRE.
Il faut auoir trois iattes ou bassins,
ou autres vaisseaux faits de telle ma-
tière qu’il sera requis , selon la li-
queur que vous voudrez distiller.
Iceux seront tellement situés que l’ vn
soit plus haut que les deux autres :
et le second que le dernier. Le plus
haut contiendra le jus qu’on voudra
distiller, et le bas ou dernier receura
la distillation. Et dedans les deux
premiers vaisseaux trempera vne ou
plusieurs pièces de drap , ou de feu-
tre , assez longue , qui sera large par
vn bout et pointue de l’autre : le costé
large trempera dans le jus ou li-
queur, et le pointu pendra dehors,
par lequel la liqueur plus subtile
montera, et distillera goutte à goutte
au vaisseau d’embas, en sorte que le
plus limonneux et impur demeurera
au premier et second vaisseau. Si
l’on veut plusieurs fois et en mesme
temps distiller vne mesme liqueur,
l’on pourra disposer plusieurs vais-
seaux en forme d’escallier ou d’es-
cheletle : et en chacun de ceux qui
seront les plus hauts, mettre la piece
de feutre de la façon qu’auons dit ,
en sorte que le dernier vaisseau soit
ccluy qui reseruera toutes les distil-
lations. En lieu de lisiere de drap, on
peut vser de c.otton ou de laine filée ,
dix ou douze filets ensemble liés par
vn bout, lequel trempera dans le pre-
mier vaisseau >.
1 Ici venait le Portrait des vaisseaux
pour distiller par filtre; \c texte est assez
clair pour qu’il ne soit pas besoin d’autre
explication.
des DISTILLATIONS.
Au lieu de cesle distillation , les
Apoticaires vsent de manche de drap
faite en pointe, qu’on appelle chausse
d’hippocras. Or telle distillation n’a
esté excogilée sinon que pour puri-
fier, depurer, et clarifier toutes eaux
et jus, et autres compositions qui sont
en eau : comme pour exemple te don-
neray coste cy qui est dite vulgaire-
ment laict virginal , lequel se purifie
en reste sorte par le filtre.
Laict virginal.
Prenez lilharge d’or bien pulueri-
sée onces iij., faites les infuser en vj.
onces de bon vinaigre par l’espace
de trois heures , dans vn vaisseau à
part : et dedans vn autre vaisseau
mettez aussi infuser sel commun en
eau de plantain, morelle, eau rose,
ou commune, faites distiller par feu-
tre chacun à part : et après qu’ils se-
ront distillés, meslez-les ensemble, et
alors aurez le laict virginal , blanc
comme laict, qui est propre pour la
goutte rose, comme ay descrit en mon
Antidotaire l.
CHAPITRE XI.
LA MANIERE DE DISTILLER LES HVILES,
ET PAR COMBIEN DE MANIERES ELLES
SONT EXTRAITES.
Il y a trois maniérés d’extraire les
huiles. La première est par expres-
sion , comme est celle qu’on tire des
oliues, noix, semences, fruits, et au-
tres : ou bien par ébullition, conquas-
sant la matière , et la faisant boüillir
en eau , et au dessus viendra huile
1 îl appelle ainsi son livre de la Composé
l ton des medicamens.
III.
620
qui nage, comme de la graine de su-
reau , hieble , baie de laurier, et au-
tres. La seconde est par. infusion ,
comme celle qu’on fait auec huiles,
mettant dedans tremper quelques
parties des plantes ou des animaux.
La troisième est par distillation ,
comme celle qu’on fait par force de
feu, soit en montant, ou descendant,
ou par rencontre.
La première maniéré est conncuë
d’vn chacun, et se fait ainsi : comme
pour extraire l’huile d’amendes, les
faut piler sans peler, et les réduire en
pains qui seront enueloppés en vn
sac fait de poil de cheual, ou toile
neufue premièrement trempée en eau
ou vin blanc, puis on les met en la
presse : et par tel moyen on en extrait
l’huile. Ce qu’on peut pareillement
faire de pignolas , noisettes , de noix
d’Inde, muscade , de noyaux de pes- •
che, et pareillement de semences de
courges, de concombres, pistache, et
généralement de toutes autres se-
mences huileuses.
L’huile de laurin se fait des fruits
de laurier meurs et recentement
cueillis, lesquels on pile en vn mor-
tiei, et les fait-on boüillir en eau in
duplici vase : puis on les presse en
vne presse, comme les amendes, ou
bien on les tire par ébullition, comme
auons dit.
L’huile d’œuf se fait de iaunes d’œufs
qu’on a fait durcir à force de boüillir,
au nombre que tu voudras: après es-
tre bien durs, on les émincé entre les
mains dedans vne paesle, et les fait-on
fricasser à feu médiocre, les re- »
muant tousiours auec vne cuillier
iusques à ce qu’ils deuiennent roux
ou lanés, et qu’on en voye sortir
l’huile : puis subit les faut mettre en
vn sac de toile ou estamine fait de
poil de cheual , et les presser à la
4o
LE VINGT-SIXIÈME LIVRE,
626
presse comme on fait l'huile d’a-
mendes.
Celles qui se font par infusion se
pratiquent en telle sone. Vous pren-
drez de bonne huile, en laquelle vous
mettrez tremper ou infuser vos her-
bes et plantes , ou bien quelques ani-
maux ou parties d’iceux , et ce par
l’espace de quelque temps: lesquels
après auoir laissé leur vertu et faculté
pour y estre trempés longuement ,
on les fait bouillir, puis on les coule
et presse, et si dans l’huile demeure
quelque humeur, on la fait consom-
mer, la faisant bouillir. Aucuns ad-
ioustent des gommes en cesdites hui-
les, lorsqu’on les veut composer:
desquelles encore qu'en nostre Anti-
dotaire en ait esté escrit, toutesfois
ie donneray la copie de ceste cy.
Huile d’Hyperiçon.
Prenez fleurs d’hypericon lt> G. les-
quelles mettrez en vne bouteille auec
fleurs de centaure q. s., gomme elem-
ni § . ij, huile commune deux liures :
mettez tout en la bouteille au soleil
le long de l’esté , lors que le soleil est
en sa plus grande force. Si voulez
adiouster vn peu d'eau de vie, elle
seroit singulière, dans laquelle pour-
rez dissoudre du benioin.
L’huile de mastic est faite de douze
onces d’huile rosat , mastic trois on-
ces, bon vin huit onces, puis on fait
cuire le tout ensemble iusques à ce
que le vin soit consommé : en après
on passe l’huile, et est reseruée en vn
vaisseau.
CHAPITRE XII.
LA AI M'HELE D.E HUER LES HVILES DES
VEGETA VX PAR DISTILLATION.
Presque toutes les herbes qui por-
tent leurs fleurs et semence en mou-
chet, ont leurs semences composées
de substance chaude , subtile, aérée ,
et partant il faut qu’ils tiennent quel-
que chose de la substance oléagineuse
ou huileuse : car presque toute huile
est composée de mesmes parties. Or
d’autant que l’huile qui se trouue és
simples est de deux sortes, ainsi se-
ront-elles tirées par deux maniérés :
car l’vne est grosse , terrestre , vis-
queuse , et entièrement meslée auec
le corps duquel on la veut tirer,
comme celles desquelles auons parlé
cy dessus , qui sont tirées par expres-
sion , estans iointes inséparablement
auec leur substance , ne pouuans
mouler pour leur consistance grosse
et visqueuse. Il y a vne autre sorte
d’huile qui est de nature subtile et
aérée, laquelle on peut aisément sé-
parer du corps auecques lequel elle
est ioinle, parce qu’elle monte facile-
ment par distillation, et n’est mal-
aisée à séparer d’auec le corps qui la
contient : et de telle nature sont tou-
tes les huiles des aromates! ou sen-
teurs , comme l'huile de genéure ,
anis, lenoil, doux de girofle, mus-
cade, canelle , et leurs semblables:
aussi des espiceries , comme poyure ,
gingembre et autres, desquelles vou-
lons donner lemoyenfde les extraire.
Il faut piiercl concasser seulement
lainaliere, et la ^mettre infuser en
eau commune, et pour vne liure de
matière dix d’eau, dans vn vaisseau
de cuiure ayant vne chappe auec son
DIS DISTILLATIONS.
refrigerion pleine d’eau froide , la-
quelle chappe sera estamée ou argen-
tée par dedans : et iceluy vaisseau
sera posé sus vu fourneau ayant du
feu dessous , sans sable ny cendres :
et quand l’eau qui est au refrigerion
sera chaude, il faudra la changer et y
en remettre de la froide, à fin de con-
geler les esprits et empescher qu'ils
ne s’euaporent: et au bout du nez de
l’alembic tu apposeras vn récipient à
long col , comme materas, et feras
feu iusques à ce qu’il bouille , en le
continuant1.
Tu peux aussi distiller en autre ma-
niéré , àsçauoir, ta matière préparée
et infusée comme dessus , et mise
dans vn vaisseau de cuiure, ayant vn
alembic au dessus , au bec duquel
alembic sera accommodé vn tuyau
d'eslain ou de fer blanc bien luté ,
auecques le lut de sapience : lequel
tuyau passera au trauers d’vn muy
d’eau froide, à fin qu’en distillant la
liqueur qui sortira auecques l’huile
se refroidisse : au bout duquel sera
mis vn récipient , puis allumerez des-
sous vn petit feu au commencement,
et l’augmentant iusques à ce qu’il
bouille, comme dit est, et se faut don-
ner garde de faire trop grand feu, crai-
gnant que la matière ne regorge :
lors verrez auecques l’eau distiller
au commencement vostre huile , car
elle vient la première, et non sus la
fin : et lors ne distillant plus , cesse-
1 Cette première manière de distiller a été
ajoutée ici en 1579. Danslapremière édition,
l’auteur voulait que la matière fût mise à in-
fuser dans vn alembic de verre l’espace de vingt
quatre heures, estant couuert de son chapiteau
bien luté: estant in fusee, l’alembic sera posé au
feu de cendre ou de sable, comme auons dit cy
dessus : au bec duquel alembic sera accommodé
vntuyau de cuiure, etc. On retrouvera la suite
de ce texte dans le paragraphe suivant.
627
rez de faire du feu, et connoistrez ai-
sément qu’il ne distille plus d’huile ,
tant par la veuë que par le goust de
la senteur de ce que faites distiller :
après séparerez vostre huile qui sera
auecques l’eau distillée le plus subti-
lement qu'il sera possible , comme
auecques vn destier dont les femmes
cousent , attaché à vn petit baston.
Et faut icy noter qu’il y a des huiles
qui nagent dessus l’eau , les autres
vont au fond : comme l’huile d’anis
nage dessus l’eau : mais l’huile de
canelle , macis , et girofles va au
fond, ainsi que l’experience monstre.
D’auantage l’eau d’anis et de canelle
qui est distillée auecques l’huile est
blanchastre , de laquelle blancheur
quelque peu se conuertit auecques
le temps en huile. Les eaux doiuent
estre séparées , car elles sont plus ex-
cellentes que celles qui sont distillées
in balneo Mariœ , comme auons dit
cy dessus , et principalement celles
qui viennent au commencement auec-
ques l’huile
Il faut icy noter que les huiles ont
vne mesme vertu que les simples
desquels on les tire, voire beaucoup
plus grande. Car toute la vertu qui
estoiten vne liure, eslenclose en quel-
que peu de drachmes : comme pour
exemple, la vertu quiestoit en vne li-
ure de doux de girofle , est contenue
en deux onces pour le plus : de canel-
le, à vne drachme et demie ou deux.
Or à fin d’en tirer en plus grande
quantité et à moins de frais, et sans
crainte de rompre les vaisseaux de
1 On lit en marge de cet endroit, dans la
première édition posthume : Videtur contra-
rium , fol. 3C8. Ce renvoi répond dans l’édi-
tion actuelle à la page 6 1 9, où Taré consacre
en effet un long article à démontrer la supé-
riorité des eaux distillées au bain marie.
628
LE VINGT-SIXIÈME El VUE ,
verre , ie serois d’aduis d’vser de ce-
luy de cuiure,sans crainte que l’huile
acquière quelque mauuaise qualité
du vaisseau : ce quine se fait, à raison
que l’eau qui vient auec l’huile em-
pesche la mauuaise qualité qui pour-
rait estre au vaisseau : ioint aussi
qu’il doit estre bien estamé ou ar-
genté : duquel ie l’ay voulu bailler le
portrait auec son fourneau '.
Or d’autant que nous auons parlé
de la canelle, poiure , et autres , et à
raison qu’en noslre France n’auons
tels arbres, il m’a semblé bon t’en
donner le portrait de ces deux, en-
semble la description prise de Theuet
en sa Cosmographie, lequel comme
l’ayant veu nous l’a fait représenter 2.
1 La figure ainsi indiquée avait pour ti-
tre : Fourneau auec son vaisseau, par lequel
se tirent toutes essenccsvegctalcs, comme sauge,
rosmarin , thym , luuande, semences d’anis ,
fenoil, doux de girofles, muscade, canelle,
poiure, gingembre et autres : semblablement
l’eau de vie et le vinaigre distillé. En lieu
d’iccluy vaisseau lu peux vser de celui) qui a
son réfrigérant au-dessus. » Je l’ai retranchée
comme les autres; en voici toutefois la ru-
brique.
« À.Monstre le vaisseau appelé ordinairement
vessie, fait de cuiure estamé par de-
dans.
B Le chapiteau.
C Le tonneau plein d’eau froide pour re-
froidir l’eau et l’huile qui coulent par
vn tuyau qui passe au Iraucrs.
D Le tuyau fait de cuiure ou fer blanc pas-
sant au trauers du muy.
E La vessie estant poséeetassisesussonfour-
neau, immédiatement contre le feu. »
> Ce paragraphe, et tout ce qui sait jus-
qu’à la fin du chapitre, sontdes additions de
1579. J’en reproduis fidèlement le texie;
mais je n’ai pas hésité à retrancher deux fi-
gures représentant, l’une Y arbre qui porte le
poiure, et l'autre l’arbre qui produit la canelle,
De l'arbre qui porte le poivre.
Le poiure croist en Indie , en des
petits arbres qui iettent de petites
grappes qui portent des grains comme
de lierre, ou petits raisins noirs quand
ils sont bien meurs. Les fueilles sont
semblables au citronnier , quelque
peu aiguës et poignantes. Les Indiens
sont fort curieux à recueillir ceste
graine , lors qu’elle est venue en sa
maturité , et en remplissent de bien
fort grands magazins. Il y a telle an-
née qu’il aborde, en l’isle de la petite
Iane, plus de deux cens vaisseaux
pour se charger de poiure et d’au-
tres espiceries. On en vsc aux anti-
dotes et contre-poisons. 11 prouoque
l’vrine, digéré, attire, resoult, donne
secours aux morsures de serpens. Il
est bon pour l’estomacb refroidi,
donné tant par dedans qu’appliqué
par dehors , et aide à faire la diges-
tion, et donne appétit mis en saulces.
Il le faut choisir qui soit noir, pesant,
et non flestri.
L’arbre qui porte le poiure blanc ,
et celuy qui porte le noir, sont si peu
différons que ceux du pays ne les peu-
uent remarquer, sinon que lors qu’ils
portent leurs fruits : comme l’on voit
des vignes blanches et noires'.
De l’arbre qui prod lit la canelle.
L’arbre qui porte la canelle croist
aux montagnes des Indes, et est
presque semblable à noslre laurier.
en reportant toutefois dans le texte les litres
de ces figures.
1 Le vigneron connoisl bien le sep l'vn d’auec
l’autre sans raisins, si ie ne me trompe. Celte
réflexion se lit en marge de la première édi-
tion posthume , en sorte qu'on peut encore
présumer qu’elle est de Paré; elle manque
toutefois dans les éditions précédentes.
DES DISTILLATIONS.
Le Roy en fait couper par certains
mois de l’année certains iettons et
scions, et en l'ail leuer l’escorce, qui
est ce que nous appelions canelle, la-
quelle est vendue à sa taxe aux oslran-
gers , n’estant permis à autre faire
couper ce bois
Galien dit la canelle estre de sub-
tiles parties, chaude au tiers degré,
ayant quelque legere astriction , au
moyen dequoy elle incise et dissout
les superfluités du corps , et fortifie
les membres 1 2. Elle est fort propre à
esmouuoir les mois aux femmes, ar-
restés par trop grande abondance
et espaisseur d’excremens, de sorle
qu’ils ne s’euacuent suffisamment.
Elle sert à faire bonne bouche, et aro-
matizer les médecines, et faire liippo-
cras, et donner goust aux saulces.
On fait de la canelle vne eau ex-
cellente, laquelle est souueraine con-
tre toutes les maladies froides, dé-
faillance de cœur, preseruant de la
peste, et contrariant aux venins 3. Sa
prescription est telle. Prenez vne liure
de la meilleure canelle que la pour-
rez choisir, et l’ayant vn peu concas-
sée, la jetterez dans vn vaisseau de
verre auec quatre liures de bonne
eau rose et demie liure de bon vin
blanc : le tout ferez infuser par l’es-
pace de vingt quatre heures, le mou-
uant souuent: puis mettrez à distiller
au baing Marie, selon l’art, les vais-
seaux et recipiens bien lutés ensem-
ble, à fin que l'esprit ne respire.
1 Theuet, en sa Cosmographie. — A. P.
2 Galien , liure 7. des Simples. — A. P.
5 Matth. , sur le liure de Dioscoride. — A. P.
629
CHAPITRE XIII.
AVTRE MANIERE POVR TIRER L’ESSENCE
ET ESPRIT DE TOVS AROMATES, TANT
IIERRES, F LE VR S, SEMENCES ET FR VITS :
AVSSI DE LA RHEVRARBE , AGARIC,
TVRBITH , IIERMODACTE , ET AVTRES
PVRGATIFS.
L’essence et esprit de tels simples
sont extraits en ceste sorte :
Prenez sauge, rheubarbe, canelle,
ou autre matière, et la hachez menu,
ou bien la concassez : cela fait, seront
mis en vn matelas ou bouteille de
verre ayant le col bien haut, et ver-
sez dessus eau de vie ou esprit de vin
rectifié, en telle quantité qu’il couure
la matière mise au vaisseau , de la
hauteur d’vn doigt ou deux : puis es-
toupez le vaisseau diligemment, qu’il
ne puisse auoir aucun air, et le laissez
huit iours tremper tout seul au baing
Marie bien lent : lors vostre eau de
vie attire à soy l’esprit qui est im-
planté à la matière , dont vous faites
extraction , et le transforme en soy :
ce que connoistrez quand elle sera
bien colorée, ayant tiré la teinture de
la matière trempée. Ces huit iours
expirés, versez vostre esprit de Yin
en vn autre vaisseau, auquel y aura
autre matière ainsi préparée, à fin
qu’il en tire pareillement la qualité :
et reiterez cecy par trois ou quatre
fois , iusques à ce que vostre eau de
vie aye parfaitement pris la couleur
et teinture de vostre ingrédient.
Or si le simple duquel voulez ex-
traire l’essence estoit de grand prix ,
comme bois d’aloés ou rheubarbe, il
ne se faudroit contenter de verser
vne fois de l’eau de vie sus iceluy ,
mais deux ou trois fois , iusques à ce
63o
LE VINGT-SIXIEME LIVRE ,
que l’essence fust du tout tirée : ce
que connoistrez , lors que la matière
sera du tout insipide de son goust :
cela fait tant qu’il sera besoin , met-
trez toutes les eaux dans vn alembic
couuert de son chapiteau , bien luté,
mis et posé au baing Marie, à tin de
faire euaporer vostre eau de vie qui
doit estre soigneusement gardée pour
vne autre fois , et au fond demeurera
vostre esprit ou essence. Laquelle si
voulez auoir en consistence de miel ,
la mettrez en vn vaisseau de terre
plombée sus les cendres chaudes, fai-
sant euaporer le plus subtil, ou bien
dans l’alembic : et par tel moyen au-
rez à la parfin vne substance ou es-
sence très excellente et precieuse de
la chose extraite, et en assez bonne
quantité, auec laquelle mesme en
petite quantité ferez plus grande
operation qu’auec vn grand morceau
de racine ou herbe : comme auec vn
scrupule de l’essence de rheubarbe,
agaric, turbith, ferez plus d’opera-
tion qu’auec deux ou trois drachmes.
CHAPITRE XIV.
LA MANIERE DE TIRER L’HVILE DES GOM-
MES, LARMES , OV LIQVEVRS ESPA1S-
SES, ET RESINES, ET MESME DE CER-
TAINS BOIS.
Toutes les huiles des gommes et
bois oléagineux, ensemble l’huile des
métaux , sont tirées par vn vaisseau
appellé retorte , et cornemuse des Fran
cois, à la semblance duquel instru-
ment est faite la retorte. Quant à la
matière dont il doit estre fait, il est
meilleur de verre, de pierre, puis de
terre plombée et vernissée : quant à
la grandeur, il doit estre selon la ma-
tière et quantité d’huile qu’il te sem-
blera bon extraire : toutesfois nous
le prenons ordinairement de telle
grandeur que sa capacité intérieure
puisse tenir douze liures d’eau , ayant
aussi vn col de pied et demy, ou d’vn
pied pour le moins. Le vaisseau rece-
uant le plus souuent est vne fiole de
verre, ou bien vne autre retorte,
dans laquelle soit accommodé et in-
séré le col de la retorte. Icelle doit
estre posée en vne iatte ou terrine
pleine de cendre ou sable, laquelle
doit estre mise et accommodée sus le
fourneau
Entrelesgommes,lesvnessont liqui-
des , les autres solides , et d’icelles au-
cunes plus solides que les autres :
les solides donnent plus de peine à
distiller que les liquides, à raison
qu’elles ne se liquéfient si tost et n'o-
heïssenl pareillement au feu , et pour-
ce souuentesfois se bruslent deuant
que se dissoudre: et pour ce aucuns
adioustent pour liure de gomme so-
lide deux ou trois onces d’huile de
terebenthine , de la plus claire et li-
quide, à raison qu’elle est tres-pure
et nette. Quant aux liquides, elles
sont fascheuses aussi à distiller, à
raison que souuent elles s’enflent de
telle façon qu’elles regorgent dans le
receuant, telles qu’on les a mises à la
retorte, principalement si du com-
mencement on y donne feu grand et
violent : et pour obuier à tel incon-
uenient , aucuns adioustent en la re-
torte du sable.
Huile de résiné et terebenthine.
Prenez terebenthine deux ou trois
1 L’auleur ajoutait : comme tu peux voir
par ce portrait. Le texte est assez clair ici
pour se passer de la figure, qui d’ailleurs
ne méritait pas mieux d’être conservée que
les précédentes.
DES DISTILLATIONS.
liures , laquelle mettrez en vostre re-
torte de verre assez grande, telle-
ment que les trois parties soient vui-
des, y adioustant pour liure de te-
rebentbine trois ou quatre onces de
sable : cela fait , vous poserez vostre
retorte dans vne iatte ou terrine
pleine de cendres sassées et bien ac-
commodées sus vostre fourneau , au
col de laquelle adiousterez vn rece-
uant bien lu té, puis ferez feu au
commencement bien leger : car ces
liqueurs eschauffées facilement s’es-
leuent et enflent: puis augmenterez
vostre feu petit à petit , donnant garde
que la matière ne bouille trop à coup.
Au commencement distillera vne eau
claire aceteuse, à laquelle ordinaire-
ment se concret vne bypostase , puis
sortira vne huile fort claire appro-
chant d’iceluy phlegme, et lors aug-
menterez vn peu vostre feu, à tin
de faire monter la troisième liqueur
qui est vne huile de couleur d’or
claire et subtile : et de rechef donne-
rez feu de chasse auec feu de flambe ,
pour tirer vne huile rouge et ver-
meille de couleur de ruby, assez es-
paisse , et par ce moyen tirerez de la
terebenlhine ces quatre liqueurs
vous pourrez changer à chaque fois
vn récipient, mais il est plus expé-
dient les laisser ensemble , à fin de les
distiller vue autre fois. D’vne liure de
terebenthine , sera tousiours tiré dix
ou douze onces d’huile : elle est sin-
gulière pour la paralysie, coouulsion,
picqueure de nerfs , et pour les play es
des parties nerueuses.
Pour extraire l’huile de Cira.
Prenez vne liure de cire , laquelle
ferez fondre, et la verserez en vostre
retorte de verre accommodée au feu
de sablon ou de cendre , comme
63 1
auons dit cy dessus de la tereben-
thine, et d’icelle sera fait distillation,
augmentant le feu petit à petit. Il ne
sort ordinairement qu’vne seule huile
et vn peu de phlegme , toutesfois vne
partie d’icelle se congele comme
beurre, et pour-ce de rechef doit es-
tre distillée et rectifiée. D’vne liure
de cire se peut tirer six ou huit onces
d'huile, laquelle est recommandée
sur toutes autres choses pour les con-
tusions et douleurs froides.
CHAPITRE XV.
I.A MANIERE DE TIRER L’HVILE DES
GOMMES PLVS SOLIDES, COMME MYR-
RHE, MASTIC ET AVTRES.
Aucuns tirent ces huiles par le feu
de cendre ou de sable , comme auons
dit des precedentes, y adioustant
pour liure de gomme deux ou trois
onces d’huile de terebenthine et deux
d’eau de vie, et laissent macerer et
tremper l’espace de huit ou dix iours
au baing Marie, ou bien au ventre
de cheual , c’est-à-dire au fumier,
l’espace d’vn mois , puis le distillent
en la retorte.
Or le vray moyen de faire l’huile
de myrrhe est telle :
Prenez myrrhe puluerisée laquelle
ferez distiller par les œufs, les faisant
durcir, et au lieu de iaune les rem-
plir de myrrhe, lesquels seront mis
sur vne claye à esgoutter, en vne
caue froide et humide, et au dessous
on mettra vn plat ou bassin de terre
vernissée : la myrrhe se dissoudra en
eau huileuse, iaquelle sera après
mise en vn matelas de verre , auec
autant d’eau de vie bien rectifiée au
fumier, l’espace de deux ou trois
63q LE VINGT-SIXIEME LIVRE
mois, le matelas estant bien bouché,
cela fait, sera tirée dudit fumier et
versée par inclination en vn alembic,
car au fond dudit matelas demeurera
vn marc assez espais : puis l’alembic
sera mis au baing Marie, pour faire
euaporer l’eau de vie et le phlegme :
et au fond demeurera ton huile belle
et claire, laquelle tu pourras colorer
d’vn peu d’orcanete. Et si tu luy veux
donner quelque odeur, tu y adious-
teras vne goutte ou deux d’huile de
sauge, canelle ou girofle, selon ta
discrétion.
Description d'vn baume descrit par Vesal en
sa Chirurgie.
"if. Terebint. opt. lb. j.
Olci laur. § . iiij.
Galb. § . iij.
Gummielem. § . iiij. G.
Thuris, myrrhæ, gummi hederæ, cen-
taureæ maior. ligni aloës ana §. iij.
Galang. caryoph. consol. maior. cinam.
nucis rnosc. zedoariæ, zinzib. dictamni
alb. ana § • j-
Olei verni, terrest. § . ij.
Aquæ vilæ îb. vj.
La maniéré de faire le baume est
telle. Tous les ingrediens seront con-
cassés et hachés pour les infuser en
l’eau de vie l’espace de troisiours, puis
on en fera distillation en la retorte,
comme des susdites huiles de tereben-
thine et cire, dont en sera tiré trois
liqueurs : la première sera aqueuse
et claire : la seconde de couleur d’or
tres-subtile : et la tierce représentant
la couleur de ruby , qui est le vray
baume. La première liqueur est sin-
gulière contre l’imbécillité de l’esto-
mach prouenant de matière froide, à
raison qu’elle consomme et incise les
phlegmes , et dissipe les ventosités : la
seconde est souueraine pour aggluti-
ner les playes recentes , et piqueures
des nerfs, contre la paralysie : la troi-
sième surpasse les deux autres pour
suruenir à telles infirmités.
ylulre de Fallope.
r)f. Tereb. claræ tb. ij
Olei de semine liai tb. j.
Resinæ pini § vj.
Thuris, myrrhæ, aloës, mast. sarcoc.
ana § . iij.
Macis, ligni aloës ana §. ij.
Croci § . G .
Mettez tout en vne retorte de verre
sus les cendres , et le faites distiller :
au commencement sortira une eau
claire , puis vne huile rougeastre :
icelle est souueraine pour les playes.
le te veux aduertir que par tel
moyen tu peux distiller toutes axon-
ges et graisses, et toutes parties d’ani-
maux, ensemble tous bois, escorces ,
semences , pourueu qu’elles soient
auparauant bien macérées , desquel-
les toutesfois on tirera d’eau en plus
grande quantité que d’huile : tu peux
pareillement extraire l’huile de ga ■
gâtés
De l'arbre qui porte /’ Encens.
Ayant ce portrait de l’encens, de
Theuet , comme il le descrit en sa
Cosmographie, ie n’ay voulu faillir à
le représenter, et d’en escrire en bref
ce qu’il en dit comme l’ayant veu.
L’encens, dit-il, est vn arbre qui
croist en Arabie, qui ressemble aux
pins, ieltant vne liqueur qui s’en-
1 Le chapitre se terminait ici en 1575.
L’arlicle qui suit sur l'encens, et qui ne se
rapporte nullement au titre du chapitre, a
été ajouté en 1579; j’ai supprimé sans scru-
pule la méchante figure de l’ Arbre qui porte
l’encens, en conservant toutefois ce litre pour
séparer ce qui va suivre du reste du chapitre.
DES DISTILLATIONS.
633
durcit puis après, et se forme en pe-
tits grains de couleur blanch astre et
transparens, gras au dedans, s’allu-
mans quand on les iette au l'eu. On le
sophistique auec résiné de pin , qui
est cause que nous ne l’auons tel
qu’il le descrit, ce qu'on peut con-
noistre : car la résiné ny autre gomme
ne s’allaume au feu, ny ne sent si bon
comme fait l’encens. Les Arabes inci-
sent ces arbres , pour en mieux faire
distiller la liqueur , dont ils en font
grand proffit.
11 remplit les vlceres profonds , ag-
glutine les playes profondes , et pour
ce est mis aux baumes comme'princi-
pal ingrédient : appliqué seul en pou- I
dre , arreste le sang qui flue des
playes. Matthiole dit qu’il est singu-
lier meslé auec cimolée et huile ro-
sat , aux inflammations des mam-
melles des femmes nouuellement ac-
couch ées.
CHAPITRE XVI.
DE LA MANIERE DE FAIRE L'UTILE
DE VITRIOL.
Prenez vitriol dix liures, et les met-
tez bien puluerisées en vn pot de
terre , lequel sera enuironné de char-
bons ardens , à fin de le faire calci-
ner, ce que connoistrez lors qu’il de-
uiendra rouge : lequel pot estant de-
meuré cinq ou six heures, et refroidi,
sera cassé, et ledit vitriol de rechef
mis en poudre, pour eslreencores cal-
ciné vne fois : et ce reïterereziusques
à ce qu’il soit bien calciné : ce que
connoistrez lors qu’il sera parfaite-
ment rouge. Cela fait, sera subtile-
ment puluerisé, puis mis en la retorte
de terre, comme celle en laquelle on
tire l’eau forte, adioustant pour liure
du vitriol calciné, vn quarteron de
ciment de tuille : en après vostre re-
torte, accommodée de son récipient,
sera mise au fourneau de reuerbera-
tion , faisant tousiours feu de flambe, et
ce par l’espace de deux fois vingt qua-
tre heures , plus ou moins, selon que
vostre distillation durera : laquelle
connoistrez estre parfaite, lors que
vostre récipient viendra clair, n’estant
| plus rempli d’esprits : car tant que la
; distillation durera , il sera tousiours
i plein comme de fuinée blanche *.
Orie te veux aduertir de deux cho-
ses touchant ton récipient, c’est en
premier lieu qu’il doit estre fort grand,
à fin qu’il ne se rompe, à raison de
l’abondance des esprits qui souuen-
tesfois y affluent : en second lieu , il
sera accommodé dans vne cuue pleine
d’eau froide pour le tenir fraische-
ment , à fin qu’il ne soit pas trop
eschauffé , qui seroit cause de le
rompre.
Ladite huile est d’admirable opera-
tion, plus grande que l’eau forte.
i Ici venait eniin’da dernière figure du li-
vre, représentant le Fourneau de reuerbe-
ralion ", accommodé de sa retorte et récipient.
— On en a une suffisante idée par le texte.
REGISTRE
DE TOVTES SORTES DE MEDICAMENS ET INSTRVMENS
SERVANS A LA GVARISON DES MALADIES
Il reste encores à déclarer la source
de tous medicamens dont vsent les
Médecins et Chirurgiens pour curer
et pallier toutes maladies qui aduien-
nent aux hommes , desquels aussi
quelquefois se seruent pour alimens
médicamenteux. Les medicamens ,
tant ceux de ceste garenne que tous
autres, sont pris desbestes, des plan-
tes, et des minéraux.
Des bestes on vse :
Des cornes,
Ongles,
Poil,
Plume,
Coquilles,
Teste,
Esc ailles,
Sueur,
Cuir,
Graisse,
Chair,
1 Ce qui suit n’appartient pas au livre des
Distillations-, et de fait dans aucune édition
il n’en est fait mention à la table des chapi-
tres de ce livre. C’est en quelque sorte un
résumé fort concis, d’abord du livre des
Medicamens, puis de celui des Distillations ,
et enfin des livres de chirurgie ; ou plutôt
c’est une énumération rapide de toute la
matière médicale et chirurgicale. Je l’ai
laissée à la place que l’auteur lui avait don-
née.
Sang,
Entrailles,
Vrine,
Fiente,
Membrane de gezier,
Expiration ,
Soye,
Toile,
Larmes,
Saliue,
Miel,
Cire,
OEufs,
Laict,
Beurre,
Fromage,
Moëlle,
Os,
Extrémités,
Cœur,
Foye,
Poulmon,
Cerueau,
Matrice,
Arriéré -faix,
Testicules,
Verge,
Vessie,
Sperme,
Cul,
Queue,
Odeurs , tant fetides qu’odorife-
rantes, et mesmes de leur venin.
Aussi quelquesfois on vse de la to-
talité d’icelles, comme :
REGISTRE DES MEDICAMENS.
Renardeaux entiers,
Petits chiens,
Hérissons,
Grenouilles,
Vers de terre,
Cancres,
Escreuisses,
Scorpions,
Sangsues, et autres.
Les plantes sont arbres,arbrisseausb, et
herbes, dont on prend :
Les racines,
Mousse,
Escorces,
Bois,
Moelles,
lettons.
Boutons,
Tiges,
Fueilles,
Fleurs,
Calices,
Cheueleures,
Espis,
Semences,
Farines,
Suc,
Larmes,
Huiles,
Gommes,
Résinés,
Pourriture,
Marc,
Manne tombant du Ciel sur les
plantes, etc.
On vse aussi parfois de la totalité
des plantes, comme des
Mauues,
Oignons,
Bulbes, et autres.
Les minéraux sont pris, ou de l’eau ,
ou de la terre : et s’ils sont de terre,
ou ils seront especes de terre , ou
pierre, ou métaux.
635
Les especes de terres sont comme :
Bol armene,
Terre sigillée,
Cimolée,
Craye,
Ocre,
Cailloux,
Iudaïcus,
Lyncis.
Pumex,
Antalis,
Hœmatites ,
Dentalis,
Amiantus,
Galactiles,
Lapis spongiæ ,
Adamas,
Sapphirus,
Chrysolitus ,
Topasius,
Magnes,
Gypsum,
Pyrites,
Calx,
Albastre,
Marbre,
Cristal , et plusieurs autres gem-
mes, c’est-à-dire pierres précieuses.
Les moyens minéraux sont :
Marchasites,
Antimoine,
Estain de glace,
Tuthie,
Arsenic,
Auripigment,
Azur,
Realgal,
Soulphre,
Argent-vif
Chalcanthum,
Chaleilis,
Psory,
Misy,
Atramentum nigrum,
REGISTRE
636
Colcotar,
Alumen scissile,
Alumcn rotundum,
Alumen liquidum,
Alumen plumosum,
Jameni,
Borax,
Bitumen,
Naphtha,
Cinnabaris ,
Litharge d'or,
Lilharge d’argent,
Chrysocolla,
Sandaracha , et autres.
Item les especes de sel , tant naturelles
qu’ artificielles, comme :
Sel nitre,
Sel commun,
Sel alkali,
Sel ammoniacum,
Sel d’vrine,
Sel de tartre, et généralement tous
sels qu'on fait de toutes plantes.
Les métaux sont :
Or,
Argent,
Cuiure,
Acier,
Fer,
Plomb,
Estain,
Airain,
Leton,
Et autres choses qui en prouien-
nent, comme leur escaille, roüilleure
et autres.
De l’eau on vse semblablement
De fontaines,
Estangs,
Riuieres,
De la mer,
Du ciel,
Et de leurs fanges et boues :
Et d’icelles sont pris les coraux
blancs et rouges, perles, et vne infinité
d’autres choses que Nature , cham-
brière du grand Architecte, a produi-
tes pour la curation des maladies :
en telle sorte, que quelque part qu’on
sçache ietter l’œil sur la terre , ou
aux entrailles d’icelle , on trouuera
grande abondance et multitude de
remedes.
De tous lesquels simples le choix et
élection (comme aussi de plusieurs
autres choses) se prend ou de la sub-
stance, ou de la quantité, ou delà
qualité, ou de l’action, ou du lieu, ou
du temps, ou de l’odeur, ou de la
saueur, ou de la situation, ou de la
forme ou figure, ou du poids. Toutes
ces choses sont amplement déclarées
par le menu au liure de la Pharma-
copée de Iacques Syluius : desquels
on fait plusieurs compositions ,
comme :
Collyres,
Caput-purges,
Lohoc,
Dentifrices,
Apophlegmatismes,
Gargarismes,
Pilules,
Bolus,
Potus,
Apozemes,
Iuleps,
Syrops,
Poudres,
Tablettes,
Opiates,
Conserues,
Condits,
Confections.
Medicamens alimenteux , comme:
Restaurans,
Coulis,
Pressis,
DhS MKDICAMENS.
Gelée,
Orge-mondé,
Panade,
Amandé,
Blanc-manger,
Massepains,
Plisane,
Potus diuinus,
Hipp ocras,
Vin,
Peré,
Pommé,
Corme,
Biere,
Ceruoise,
Vinaigre,
Verjus,
Huile,
Eau ferrée,
Eau panée.
Eau sucrée,
Hippocras d’eau , et autres ma
nieres de breuuage.
Item des Electuaires ,
Penides,
Vomitoires,
Sternutatoires,
Sudaloires,
Clysteres,
Pessaires,
Suppositoires,
Parfums,
Trochisques,
Frontaux,
Coèffes,
Escussons,
Baings,
Demis baings.
Mucilages,
Oxymel,
Oxycrat,
Oxyrrhodinum,
Hydrelæum.
Hydromel.
Pareillement :
Emplastres,
637
Onguens,
Einimens,
Cerats,
Laict virginal,
Fards,
Epithemes,
Fomentations,
Pica lions,
Dépilatoires,
Vésicatoires,
Cautères potentiels,
Infusions,
Repercussifs,
Résolutifs,
Attractifs,
Suppuratifs,
Remollilifs,
Monditicalifs,
Incarnatifs,
Cicatrisatifs,
Digestifs,
Pulrefactifs,
Corrosifs,
Agglulinatifs,
Carminatifs,
Anodyns,
Sacs pour agiter l’air,
Fontaines artificielles.
Eaux el huiles distillées, et d’autres choses
tirées par quinte-essence , en plusieurs el di-
uerses façons.
A scauoir, les eaux et huiles quinte-
essentielles des herbes chaudes, sei-
ches, et aromatiques, se tirent par
alembic de cuiure, lequel a vn refri-
geratoire au-dessus, en adioustant
dix fois autant d’eau comme poisent
les herbes , et faut qu’elles soient
seiches pourestre meilleures.
Les fleurs se tirent au Soleil en vn
vaisseau de rencontre, en baing Ma-
rie, ou par fumier, ou par le marc
des raisins estans hors du pressoir.
Tous sels après leur calcination et
' dissolution , se doiuent distiller par
REGISTRE
638
filtre deux ou trois fois pour les mieux
puriüer, et les rendre aptes à faire
fiuiles.
Les autres distillations aux caues
et lieux froids et humides, sur le mar-
bre, ou dans vne chausse d’hippocras,
comme se fait l’huile de tartre, et de
tous autres sels, et de tous fiels, et
autres choses semblables, ou qui sont
de nature d’alum.
Les os des animaux se doiuent dis-
tiller par descensoire ou par ren-
contre.
Tous bois, racines, escorces, coquil-
les de mer, ou graines , comme de
froment, de genest, poix, feues et au-
tres qui ne se peuuent tirer par ex-
pression, se distillent par descensoire,
ou par rencontre, au four de reuer-
beration.
Les minéraux estant calcinés et
réduits en nature de sel , se doiuent
dissoudre et distiller par filtre : puis
euaporer iusques à ce qu’ils soient
secs et resouts en vinaigre distillé,
puis de rechef euaporés et seichés :
lesquels après facilement se distil-
lent en la caue sur le marbre , ou
en la chausse d’hippocras, ou en
vne cornue de verre posée sur vn
fourneau auquel y aura du sable, fai-
sant feu par dessous, augmentant peu
à peu, iusques à ce que l’humidité
aqueuse soit consumée : puis faut
changer de récipient, et le luter à la
cornue, faisant feu par dessus et par
dessous, et par ainsi sortira l’huile,
laquelle sera fort rouge. Ainsi se dis-
1 Cette phrase a été ajoutée en 15S5.
tillent tous métaux moyens, miné-
raux, atramens, alums et sels.
Les remedes faits des minéraux
sont de plus grande force et efficace
que ceux des végétaux et animaux L
Les gommes etaxonges, et généra-
lement toutes résinés, se distillent par
cornue ou alembic de verre, auec
leurs recipiens posés sur vn fourneau,
auquel y ait vne terrine auec cendres
chauffées, augmentant le feu peu à
peu, selon l’exigence des matières.
Les vaisseaux seruans aux distillations
sont :
Alembic,
Refrigeratoires,
Sublimatoires,
Reuerberatoires,
Descensoires,
Calcinatoircs,
Pellicans,
Gemini ou circulatoires,
Fours secrets des Philosophes,
OEufs des Philosophes,
Cornue,
Cuenne,
Recipiens,
Aludel,
Materas
Vaisseau de rencontre,
Terrines à filtrer,
Marbres pour distiller en lieu hu-
mide,
Fourneaux auecques creusets ,
pour faire réduction des métaux cal-
cinés.
1 On a vu précédemment que Paré écrit
indifféremment materas ou matelas.
DES 1NSTRVMF.NS.
639
IL RESTE ENCORE A DECLARER
LA DIVERSITÉ DES INSTRVMENS DONT NO VS AVONS FAIT CY-DES-
SVS MENTION, POVR LA GVARISON DES MALADIES, DESQVELS LES
NOMS S’ENSVIVENT :
Bec de corbin,
Bec de grue,
Bec de cygne,
Bec de perroquet,
Pied de griffon,
Tire-balle,
Tire-fons,
Spéculum oris,
Spéculum nasi,
Spéculum matricis,
Foceolles,
Canons,
Doubles canons pour donner clys-
teres auec chausses et seringues,
Eleuatoires,
Dilatatoires,
Lenticulaires,
Tenailles incisiues,
Tenailles non incisiues,
Aiguilles à seton et autres , tant
droites que courbées,
Tentes cannulées,
Tentes non cannulées,
Crochets,
Araignes,
Poucier,
Vretere,
Receptoire de l’vrine,
Burins,
Pincettes,
Maillets de plomb,
Ciseaux de plusieurs sortes,
Rugines,
Scies,
Trépanés perforaliues,
Trépanés exfolialiuesj et autres,
Rasoirs,
Lancettes,
Bistories,
Flammettes,
Cautères actuels de plusieurs et
diuerses façons et figures,
Yeux,
Langues,
Bras,
ïambes artificielles,
Brayers,
Espaulettes,
Deschaussoirs,
Poussoirs,
Dauiers,
Policans à tirer et rompre les
dents,
Entonnoirs,
Biberons à tirer le laict des mam-
melles,
Algaries,
Sondes droites et courbées, closes
et ouuertes,
Conducteurs,
Curettes,
Canettes,
Tenons,
Pitons,
Forets,
Ventouses,
Cornets,
Compas,
Espatulcs droites et renuersées,
Cuues,
Cuuettes,
REGISTRE UES 1NSTRVMENS.
Cuueaux,
Chaires à demis baings auectout
leur équipage,
Marmites,
Trépieds,
Tuyaux,
Ligatures,
Bandes,
Bandelettes,
Bandeaux,
Bourlets,
Coussins,
Coussinets,
Charpy,
Estoupes,
Colton,
Compresses,
Astelles,
Qnesses,
Torches ou tenons,
Archets,
Maniuelle,
Mouffle,
Tables,
Cheuilles,
Traiteaux,
Courge,
Piliers, et generalement tous au-
tres engins et machines qui seruent
aux fractures et luxations des os,
nommés des anciens glossocomes.
Plusieurs portraits, tant de l’a-
natomie que des choses monstrueu-
ses.
Or pour conclusion, nous deuons
bien auec grande admiration louer
et remercier ce grand Architecte et
facteur de toutes choses , de nous
auoir descouuert vne si grande mul-
titude de remedes et moyens, qui
seruent à la curation et palliation des
maladies ausquelles l’homme est su-
iet.
APHORISMES D’HIPPOCRATES
APPARTENANS A LA CHIRVRGIE
LE TEMPS D’HIPPOCRATES DEVANT GALIEN.
Hippocrates nasquit en la cité (le Cos, quatre cens cinquante cinq ans auant
Tincarnation de lesu* Christ, et fut 01s dTIcraclide, et de Praxitée sa femme,
venant du costé paternel de la race d’Æsculape, et du costé maternel de celle
d’Hercule.
Galien nasquit en Asie, en la ville de Pergame, cent quarante ans après
l’aduenement de Iesus-Christ, et fut fils de Nicon, geometre et architecte.
Ceste lettre fut escrite par Artaxerxes, roy des Persans, à Hystanes, gou-
uerneur d’Hellespont, pour luy commander de prier Hippocrates de venir en
sa cour, pour secourir ceux de Perse qui estoient affligés de peste.
Artaxerxes , grand roy des roys, à Hystanes, gouuerncur d'Hellespont.
On m’a rapporté qu’Hippocrates , Médecin natif de la cité de Cos, issu de
la race d’Æsculape, fait la medecine fort heureusement, et auec grand
honneur. Donne luy donc tant d’or qu’il voudra, et tout ce dont il aura
besoin, et nous l’enuoye : l’asseurant que ie le feray égal aux plus grands do
Perse. Et s’il y a encor quelque autre braue homme en l’Europe, rens-le amy
de la maison royale, n’espargnant pour ce faire or ny argent. Car ce n’est
pas chose facile de trouuer gens de bon conseil. Aye soin de ta santé.
LETTRES d’hïSTANES, GOVVERNEVR D’HELLESPONT, A HIPPOCRATES, MEDECIN.
Hystanes, gouuerneur d’Hellespont, à Hippocrates, issu d’Æsculapc, Salut.
Le grand roy Artaxerxes a affaire de toi, et m’a escrit et commandé,
comme à son gouuerneur par deçà, de te donner or et argent tant que tu en
auras besoin, et pour te faire court, tout ce que lu voudras, et qu’on t’en-
uoye de brief par deuers luy, t’asseurant qu’il te mettra au rang des plus
grands de tous les Persans. Parquoy vien rnoy trouuer incontinent. Aye
soin de ta santé.
1 J’ai placé ici ce titre, qu’on retrouvera
un peu plus bas, afin de séparer nettement
ce qu’on va lire des articles qui précèdent.
Les Aphorismes d’ Hippocrates faisaient déjà
«if.
partie de l’édition de 1575; mais c’est en
1579 que Paré y a joint, sans titre cl sans
avertissement, les données historiques qu’on
va lire ot qui leur servent comme de préfaça.
642
APHORISMES
RESPONSE D’HIPPOCRATES AVDIT HYSTANES.
Hippocrates, Médecin, à Hystanes, gouuerneur d’Hellespont, salut et ioye.
Pour respondre à tes lettres, que tu dis estre de la part du Roy, rescry
luy, et le plus tost que faire se pourra, que i’ay des viures, des veslemens et
des maisons à suffisance, et de tout ce qui est necessaire à la vie. D’auanlage
qu’il ne m’est pas licite d’vser des richesses des Persans , ny de secourir et
deliurer de maladies les Barbares , qui sont ennemis des Grecs. Aye soin de
ta santé.
VERS MIS SOVS LA FIGVRE DE CE GRAND HIPPOCRATES1.
Tel fut d’Hippocrates le port et le visage :
De quel sçauoir il fut , de quelle nation.
Comme il se comporta en sa profession ,
Les Hures qu’il a faits en donnent tesmoignage.
Ce n’est rien que de voir d’Hippocrales l'image,
11 faut voir ses escrits, les lire et contempler,
Conférer auec ceux qui en peuuent parler,
A fin de les entendre, et les mettre en vsage.
Galien, au premier commentaire du luire d’Hippocrates De l'officine du
Médecin, dit, que ledit Hippocrates a escrit aucunes fois si obscurément, que
pour l’interpreter il requeroit plustost vne deuination qu’vne science.
VERS MIS SOVS LE PORTRAIT DE GALIEN2.
Ce grand Hippocrates doit son nom el sa gloire
A Claude Galien, icy représenté :
Car sans luy ses escrits, pour leur obscurité,
Demeuroient inconneus, et n’en fust plus mémoire.
Celse escrit que la medecine est art conieclural , et la raison de la coniec-
ture est telle, que quand elle aura souuent respondu , quelquesfois nous
abuse pour la diuersité des corps. Cecy est confirmé par Galien, liu. 3. De la
Méthode, chap. troisième3.
Galien au premier commentaire du liu. d’Hippocrates De l’officine du
» Ce titre n’est pas de Paré ; je l’ai mis là
pour tenir lieu de la figure de ce grand Hip-
pocrates, que Paré avait représenté portant
un scalpel sur une tête de bélier. La figure
el les vers sont de 1679.
a Ce titre a été mis également à la place
d’un portrait de Galien donné par Paré en
1679. Au reste , le portrait et les vers , ainsi
que le paragraphe qui précède et qui était
placé en note marginale, ne venaient dans
les anciennes éditions qu’à la lin des Apho-
rismes. J’ai jugé plus convenable de les réu-
nir aux notes historiques qui précèdent, et
auxquel es ils se rallient naturellement.
3 Ce paragraphe et celui qui suit ont une
date différente des précédents, et n’ont été
1) HIPPOCRATES.
643
Metkcin , dit qu’auparauant qu’il eust escrit, il y en avoit qui auoient escrit
plus de trois cens ans deuant luy, en partie en parchemin , et en partie en
escorce de lillet >.
APHORISMES D’HIPPOCRATES
APPARTENANS A LA CHIRVRGIE.
Aphorisme est vn mot, qui autant signiGe
Que decret ou extrait, ou sentence choisie 2.
27. G.
Ceux qui ont dans le corps de la bouë croupie ,
Ou entre cuir et chair quelque abondance d’eau ,
S’ils sont cautérisés, ou taillés au Cousteau ,
Et deschargés à coup, ils en perdent la vie.
31. 6.
Ceux qui ont mal aux yeux treuuent allégement
Par boire du vin pur, par baing ou par saignée ,
Par fomentation deucment ordonnée,
Ou après auoir beu quelque médicament.
38. G.
11 est beaucoup meilleur de ne mettre la main
A ces chancres cachés, qu’vser de Chirurgie.
Car ceux qui sont pensés, en meurent tout soudain :
Ceux qui ne le sont point , sont plus long temps en vie.
ajoutés qu’en 1585. Ils avaient été placés à
la Gn des Canons et Reigles chtrurgiques de
l’auteur-, il m’a semblé plus méthodique de
les joindre en un faisceau commun avec
ceux qui précèdent, sauf à avertir le lecteur
de la liberté que j’ai prise.
1 II y a ici une amphibologie dans le texte
qu’il convient d’expliquer. Galien n’a pas
dit que des auteurs eussent écrit trois cents
ans avant Hippocrate, comme on pourrait
l’entendre , mais qu’il existait de son temps,
à lui Galien, des manuscrits d’Hippocrate
ayant trois cents ans de date , conservés no-
tamment a Pergame.
2 Cette espèce d’épigraphe est de 1579; le
reste est de 1575.
644
APIIOR1SMLS
55. G.
La goutte qui les pieds engourdit et estonne,
Se meut le plus soutient au Printemps et Automne.
29. 6.
Iamais la goutte es pieds les chastrés ne moleste,
Ni faute de cheueux au deuant de la teste.
49. 6.
De la goutte des pieds le feu qui brusle et ard,
Dedans quarante iours s’esteint pour le plus tard.
GG. 5.
C’est signe de grand mal si en vne blesseure
Qui est grande et maligne, on ne voit point d’enfleure.
67. 5.
La tumeur qui est molle est fort bonne et loüable :
Mais celle qui est dure est mauuaise et damnable.
25. G.
Quand l’Erysipelas rentre dedans le corps,
Tout va mal : et tout bien, quand il ressort dehors.
19. 7.
Quand l’Erysipelas vient autour de l’os nu,
Et descouuert de chair, pour suspect est tenu.
20. 7.
A l’Erysipelas s'il suruient pourriture.
Ou suppuration, c’est vn mauuais augure.
21. G.
Si à gens furieux des varices suruiennent ,
Ou flux de sang par bas, à raison ils reuienuent.
21. 7.
Si à l’vlcere aduient flux de sang copieux ,
Pour la force du poulx cela est dangereux.
26. 2.
Il vaut mieux que la fleure après le spasme aduienne,
Que le spasme à l’accès de la fleure suruienne.
4. G.
Les vlceres polis autour de la bordure,
Sont à cicatriser de mauuaise nature.
D HIPPOCRATSS.
645
18. 6.
Quand le foye est nauré, le cœur ou la vessie ,
L’entre-deux trauersant, l’estomach, le cerueau,
Voire tant seulement quelque menu boyau,
Si le coup est profond, c’est pour perdre la vie.
45. 6.
Aux vlceres qui ont vn an ou d’auantage,
L’os nécessairement se pourrit et dechet :
La cicatrice aussi qui par dessus se fait
Se creuse, comme l’os, par faute de remplace.
2. 7.
Si l’os estant gasté, la chair qui le voisine
Prend la couleur de plomb , c'est vn tres-mauuais signe.
14. 7.
L’homme en teste frappé, qui du mal qui le point
Est estourdi ou resue , il est en mauuais point.
24. 7.
Quand le test iusqu’au vuide est coupé viuement,
Le nauré deuient fol et hors d’entendement.
47. 2.
Quand l’abcés se meurit, la fiéure et la douleur
Aduiennent bien plustost , que quand il est ja meur.
18. 5.
Le froid est ennemydes nerfs, des dents, des os,
De la moelle passant par l’espine du dos ,
Ainsi que du cerueau : mais le chaud , au contraire ,
Pour sa tiede douceur, leur est fort salutaire.
46. 2.
Si, en vn mesme temps, deux douleurs viennent poindre
En diuers lieux, la grand fait oublier la moindre.
77. 7.
Quand la chair iusqu’à l’os est gaslée et pourrie,
Incontinent après l’os corrompu s’esclie *.
50. 6. Coac.
L’vloere estant plombé et sec ou palle-vert,
Est \n signe de mort bien clairet descouuert.
1 S’esclie ; c’esl le mot de toutes les éditions du vivant de l’auteur;
la* posthumes ont mis s’escrie.
646
APHORISMES D’HIPPOCRATES.
19. 6.
Quand vn os est coupé, la iouë, vn cartilage,
Le prepuce ou vn nerf, plus ne croist d’auantage ,
En sorte que ce soit : ni ce qui est desioint
Comme il estoit deuant ne se réunit point.
24. 6. Aph. et 51. 3. Coac.
Sivn menu boyau est coupé bien auant,
Il ne reprend iamais comme il estoit deuant.
50. 7. Aph.
Ceux à qui le cerueau se gaste , en trois iours meurent :
Mais s’ils passent trois iours , sains et sauues demeurent.
Autrement.
Quand la conuulsion vient de blesseure et playe ,
C'est de la mort venant l’auant-coureuse vraye.
20. 5.
Le froid mord en pinçant les places vlcereuses,
Et garde de purer les playes douloureuses :
Il endurcit la peau, il fait des tensions
De nerfs, roidissemens et des conuulsions,
Meurtrisseures, frissons, et des rigueurs fiéureuses.
50. 6. Coac.
Si en la temple on fait d’vn muscle section,
A la part opposée aduient conuulsion.
44. 7.
Ceux ausquels on incise en la poitrine creuse ,
Ou brusle vne aposteme , et la boue qui sort
Est blanche , ils sont sauués : mais si elle est saigneuse,
Limoneuse et puante, ils sont frappés à mort1.
Gai. comment, sur l’Aphoris. 29. liu. 2. des Aphoris.
Pour vn mal déploré sois tousiours de serment
De n’ordonner ny faire aucun médicament.
Celse, chap. 10. liu. 2.
Il vaut mieux essayer vn remede incertain,
Que ne vouloir prester au patient la main.
i Ici se terminait la série des Aphorismes
empruntés à Hippocrates dans l’édition de
1576; en 1579, Ambroise Paré ajouta les deux
aphorismes suivants, plus le portrait de Ga-
lien dont il a été parlé dans la note 2 de la
page 642.
CANONS ET REIGLES
CHIRVRGIQVES DE L AVTEVR'.
■rg^arî^— ■
1.
Ce n’est autre chose Pratique
Sinon l’effet de Théorique.
2.
La parole ne guarit point,
Mais le remede mis à point.
3.
Vn remede expérimenté
Vaut mieux qu’vn nouueau inuenté.
4.
La playe ouurant vn grand vaisseau,
Le nauré conduit au tombeau.
5.
Où il y a contusion ,
Procure suppuration.
6.
Selon qu’on voit la maladie,
Il faut que l’on y remedie.
7.
S’il tombe quelque os du palais ,
Danger y a d’estre punais.
8.
Le flux de sang vient par chaleur,
Et est repoussé par froideur.
9.
La piqueure des nerfs desire
Subtil médicament qui tire.
1 Ces canons sont de 1675 ; mais il y a eu | l’édition suivante qui seront notées avec
quetques modifications et additions dans | soin.
648
CALONS F.T RE1GI.KS
10.
Au mal de pied , ou iambe , ou cuisse ,
Le lit est salubre et propice.
11.
Toutes médecines mordantes
Aux vlceres ne sont nuisantes *.
12.
Pour bien luxations curer,
Tenir faut, pousser, et tirer.
13.
La gangrené qui est ja grande,
Rien que le Cousteau ne demande.
14.
Le monstre est vne créature
Contre les reigles de Nature.
ir».
La playe en la poitrine faicte.
De sanie est pleine et infecte.
16.
De toute beste venimeuse
La piqueure est fort dangereuse.
17.
Quand Auster vente, la partie
Qui est naurée, est tost pourrie.
18.
Le nauré doit faire abstinence ,
S'il veut auoir prompte allegence.
19.
Raison n’a que voir ny chercher
Là où l’on peut du doigt toucher1 2.
20.
Le mal ne peust estre curé,
Si le corps n’est bien temperé.
21.
L’vlcere rond ne reçoit cure,
S’il ne prend vne autre figure.
1 Ceci est le texte de 1 579 ; l’édition de 1575
offrait un tout autre sens; on lisait alors :
Aux vlceres sont fort miisanies.
* Ja rétablis ca canon d'après l’édition de
1575. C’était une protestation bien hardie
pour l’époque contre l’abus du raisonne-
ment; et il semble quo Paré n’osa la main-
tenir, car il la retrancha dm 1579.
CflIRVRGIQVES.
649
22.
En l’vlcere Erysipelas,
On doit estre purgé par bas '.
23.
Pleurer aux enfans est propice ,
Car cela leur sert d’exercice.
24.
A chacun nuit la desplaisance ,
Fors qu’à ceux qui ont grasse pance.
25.
Oysiueté met en langueur
Nostre naturelle chaleur.
26.
Science sans expérience
N’apporte pas grande asseurance.
27.
L’vlcere qui est cacoëthe,
Vn fort médicament souhaite.
28.
L’ouurier qui veut braue paroistre ,
Il doit bien son suiet connoistre.
29.
L’office du bon médecin ,
Est de guarir la maladie :
Que s’il ne vient à ceste fin ,
Au moins faut-il qu’il la pallie. -
30.
Cil qui est expérimenté
Besongne bien plus à seurté,
Que celuy qui a grand science ,
Et n’a aucune expérience 2.
31.
Celuy qui pour auoir, et non pas pour sçauoir
Se fait Chirurgien, manquera de pouuoir.
32.
Celuy qui braue veut faire la Chirurgie,
Il faut qu’il soit habile, accord, industrieux,
Et non pas seulement qu’aux liures il se fie ,
Soient françois ou latins, ou grecs, ou hebrieux.
Variante de 1575 :
Veut estre purgé par le bas.
Encore un canon supprimé en 1579, et
que je rétablis d’après l’édition de 1575. J’a-
jouterai que dans cette première édition la
série des Canons s’arrêtait là, et que tous
ceux qui suivent ont été ajoutés en 1579.
65o
CANONS ET REIGLES CHIRVRGIQVES.
33.
Celuy quia bien leu , et pour cela pense estre
Braue Chirurgien, sans auoir assisté
Aux operations, et lecture dumaistre,
Se trompe tout contant, et n’est qu’vn effronté.
34.
Le baing résout, incise et retranche l’humeur,
Puis après doucement prouoque la sueur.
35.
La froide maladie 1 aux vieils est fort rebelle ,
Aux ieunes elle n’est si longue ny cruelle.
36.
Ceux qui sont par labeur bien souuent agités,
Sont exempts de plusieurs sortes d’infirmités.
37.
L’homme humide est nourri de bien peu d’alimens ,
Neantmoins plus qu’vn autre il vuide d’excremens.
38.
Il faut tousiours donner au malade esperance,
Encore que de mort y ait grande apparence.
39.
Quoy que la maladie aye pris vn long trait.
Du malade ne sois eslongné ny distrait.
40.
Changer de Médecins et de Chirurgiens ,
Souuent n’apporte rien que peine aux patiens.
4t.
La chaude maladie est beaucoup plus mortelle
Que la froide , à raison du feu qui est en elle.
42.
On estime la boue és vlceres
Qui blanchit, et qui est vnie
i Ceci est le texte corrigé en 1585. On
lisait en 1579 :
La maladie froide aux vieils est fort rebelle.
* Texte de 1585. L’édition de 1579 portait :
On estime és vlceres la boue estre louable.
louable 2,
bien égalé3.
3 Ici s’arrêtait l’édition de 1519. J’ai déjà
dit qu’en 1585 Paré avait ajouté à la suite
de ccs Canons deux paragraphes en prose
qui ont été reportés plus haut. Voyez la
note 3 de la page 642.
LE VINGT-SEPTIEME LIVRE,
TRAITANT DES
RAPPORTS, ET DV MOYEN D’EMRAVMER
LES CORPS MORTS i.
II reste à présent instruire leieune
Chirurgien à bien faire rapport en
Iustice , lors qu’il y sera appellé, soit
pour la mort des blessés , ou impo-
tence , ou deprauation de l’action de
quelque partie. En ce il doit estre
caut , c’est-à dire, ingénieux à faire
son prognostic , à cause que l’euene-
ment des maladies est le plus souuent
difficile , ainsi que nous a laissé par
escrit Hippocrates au commencement
de ses Aphorismes 1 2 , à raison princi-
1 Ce livre est encore une des créations de
Paré, et c'est le premier traité spécial que
je connaisse consacré à la médecine légale.
Il parut pour la première fois dans la grande
édition de 1575; el alors il contenait un fort
long article sur les poisons, que l’auteur re-
porta plus tard dans son livre des Venins,
en supprimant cependant tout-à-fait deux
histoires fort intéressantes. En 1579, le livre,
ainsi dépouillé, reçut en d’autres endroits
de notables additions; et enfin l’édition de
1585, suivie par toutes les éditions posthu-
mes , retrancha quelque chose du texte de
1579, et le compléta par de nouveaux arti-
cles. On voit par cet exposé que nous aurons
à rencontrer des variantes assez importan-
tes; j’aurai grand soin de les signaler. J’a-
jouterai ici qu’avant 1585 le livre n’était
point divisé en chapitres ; alors seulement ,
paiement de l’incertitude du suiet
sur lequel l’art de Chirurgie est em-
ployé. Mesme le premier et principal
point est , qu’il ait vne bonne ame ,
ayant la crainte de Dieu deuant ses
yeux, ne rapportant les playes gran-
des petites , ny les petites grandes ,
par faueur ou autrement : parce que
les Iurjsconsultes iugent selon qu’on
leur rapporte.
Les anciens nous ont laissé par es-
crit, que les playes estoient dites
pour établir sans doute plus de ressemblance
entre cette partie de son oeuvre et toutes les
autres, Paré le divisa en deux chapitres
sans titres, et, il faut bien le dire, sans
beaucoup de rapport avec les matières trai-
tées dans l’un et dansl’aulre. C’est ainsi que
la deuxième partie du livre, consacrée à
l’embaumement, faisait suite au deuxième
chapitre, lequel séparait sans raison ni uti-
lité les Rapports de la première partie. J’ai
donc retranché cette division inutile et peu
rationnelle; et, en revanche, j’ai rétabli
dans le texte plusieurs titres des premières
éditions, qui dans les suivantes avaient été
rejetés parmi les notes marginales.
* Edition de 1585 : ainsi nue nous a laissé
Hippocrates dans sa protestation ; et le reste
de la phrase est également de 1579.
65a LE VINGT-SEPTIEME LIVRE
grandes en trois maniérés. La pre-
mière pour la grandeur de la diuision ,
comme vn coup de coutelas , ou au-
tre instrument, qui aura coupé la
moitié d’vn bras ou vne iambe : ou
quelque coup d’espée, et d’autres
semblables armes , donné au trauers
du corps. La seconde, pour la princi-
pauté de la partie qui doit estre esti-
mée pour l’action : comme vne petite
playe faited’vn poinçon, ouautre ins-
trument’qui sera pointu et délié, pé-
nétrant en la substance de quelque
partie noble , comme cerueau , cœur,
foye, ou autre partie qui leur face ser-
uice necessaire , comme l’œsophague,
poulmon , et vessie , etc. La troisième
pour la mauuaise morigeration et
cacochymie de tout le corps , ou
imbécillité d’iceluy : comme si la playe
est faite à vne vieille personne, où
les forces et vertus sont grandement
diminuées. Pareillement le Chirur-
gien se gardera d’estre trompé et de-
ceu par la sonde en cherchant, ne
trouuant la profondeur de la playe :
à cause qu’il n’aura situé le blessé en
mesme situation qu’il estoit quand il
fut blessé : ou que le coup sera entré
de ligne droite, et qu’il sera retourné
à dextre ou à seneslre , ou de haut en
bas , ou de bas en haut : de façon que
le chirurgien estimera la playe petite,
et fera rapport que la playe bien tost
se pourra guarir , neantmoins le
blessé mourra en briefs iours. A ceste
cause il ne doit asseoir son iugement
aux premiers iours, mais doit atten-
dre que le neufiéme soit passé , qui
est vn terme où le plus soutient les
accidens se monstrent plus grands ou
plus petits , selon la nature des corps
et des parties blessées, et de l’air am-
biens extrêmement froid ou chaud ,
ou ayant acquis vénénosité.
En general , les signes par lesquels
on peut aisément iuger des maladies,
si elles sont grandes ou petites, brief-
ues ou longues, mortelles ou legeres,
sont quatre : car ils sont pris et tirés
ou de l’essence et nature de la mala-
die, ou des causes d’icelle , ou de ses
effets , ou de la similitude , propor-
tion , et comparaison d’icelles mala-
dies au temps qui court.
Exemple des signes tirés de l’es-
sence de la maladie. Si l’on propose
vne playe recente , qui n’ait autre es-
sence et mal que de simple solution
de continuité en vn muscle , incon-
tinent prononcerons icelle estre sans
danger et de peu de durée. Mais si la
solution de continuité a complication
d’vlcere, comme si elle estsanieuse,
et de plus de trois iours , nous pro
noncerons icelle estre de difficile et
plus longue curation.
Exemple des signes tirés des causes
de la maladie : comme si la playe a
esté faite en la teste d’vn instrument
aigu , pointu , et pesant, sçauoir d’vn
maillet : si le coup est venu de haut ,
de grande force, et de droit fil , nous
prononcerons la playe estre dange-
reuse, voire mortelle, si les autres
signes y consentent
Exemple des effets : comme si le
patient est tombé et terrassé du coup,
s'il a eu vomissement de cholere , es-
bloüissement aux yeux , flux de sang
par le nez et les oreilles , alienation
d’esprit et de mémoire, auec stupidité
de tous senlimens, nous prononce-
rons iceluy estre en danger euidenl
de sa vie.
Exemple de la similitude , propor-
tion, et comparaison delà maladie au
temps qui court : Comme au temps
delà bataille saint Denys, et siégé de
Rouen , pour l’indisposition et mali-
gnité de l’air, ou pour la cacochymie
des corps et perturbation des hu-
DltS RAPPORTS.
meurs, presque toutes les playes es-
toienl mortelles : et principalement
celles qui esloient faites d’harquebu-
se. Parquoy nous pouuions lors (eu
esgard au temps qui couroit) pronon-
cer tel homme blessé estre en péril
de mort. Ainsi voyons nous en cer-
taines années les rougeolles et ve-
rolles des petits enfans estre pesli-
lentes et mortelles, et conjointes auec
vomissemens ou dysenteries furieu-
ses : parquoy en tel cas nous pourrons
iuger, et de l’euenement de la mala-
die , et du moyen de l’euenement.
Or les signes des parties vulnerées
sont ceux quis’ensuiuent.
Les signes que le cerueau est offensé et le crâne
fracturé sont plusieurs.
Si le malade tombe du coup en
terre , s’il demeure quelque temps
sans parler, oüyr, ne voir, ayant
perdu connoissance et raison : s’il a
rendu ses excremens inuolonlaire-
ment, s’il luy semble que tout tourne
s’en dessus dessous, s’il a ielté sang
par le nez , bouche , et oreilles, s’il a
vomi de la cholere : ce sont signes qui
nous donnent à entendre par raison
que le crâne est rompu. Mais par les
sensiceluy mesme se connoist estre
rompu, quand en pressant des doigts
dessus, on sent au tact l’os estre es-
leué ou enfoncé contre le naturel.
Pareillement se connoist au sens de
la veuë , lors qu’il est dénué , et qu’on
frappe dessus auecques vne sonde de
fer, et qu’il sonne cassé, comme si
l’on frappoit sur vn pot de terre fellé
et rompu : voila les signes qui de-
monstrent le cerueau estre offensé,
et le crâne fracturé.
On peut prognostiquer et rapporter
la mort du blessé, lors qu’il a du tout
perdu sa raison et mémoire , ou s’il
deuient du tout muet, ayant les yeux
653
ténébreux, et se veut ietter hors du
lit, ne se polluant au reste nullement
mouuoir : ayant la fiéure continue,
la langue noire et seiche, et les léures
de la playe arides, ne iettans aucune
chose , ou bien peu : et mesme si elle
est de couleur blaffarde, comme d’ vne
chair salée : ou qu’il ait apoplexie ,
fre nesie , spasme , paralysie , rete-
nant son vrine et autres excremens ,
ou les laisse couler inuolontairement.
Si tels signes apparoissent , fais ton
rapport que bien lost le malade
mourra.
Les signes que la trachée arlere et l' œsophage
sont coupés.
Cela se connoist au sens delà veuë :
aussi le blessé perd la parole , et ne
peut plus boire ny manger, parce que
chacune partie coupés se retire ,
l’vne en haut , l’autre en bas , et tost
après la mort s’ensuit.
Les signes que la plage pénétré dans le thorax.
C’est que par la playe on voit sor-
tir de l’air, auecques vn sifflement,
et le malade peine à respirer, princi-
palement quand il y a quantité de
sang tombé sur le diaphragme , le-
quel il iette par la bouche en cra-
chant: la fiéure suruient, et puanteur
d’haleine , à cause que le sang se
pourrit et conuerlit en vne sanie
fétide : et le malade ne peut demeu-
rer couché que sur le dos , et a sou-
tient volonté de vomir. Et s’il res-
chappe , le plus souuent sa playe
dégénéré en fistule , et meurt tabide
et sec.
Les signes du poulmon vulneré.
C’est qu’il sort par la playe vn sang
spumeux , auec toux et grande diffi-
654 LE VINGT-SEPTIEME LIVRE,
culte de respirer, et douleur aux
costés.
Les signes que le cœur est blessé.
C’est qu’il sort par la playe grande
quantité de sang, auec vn tremble-
ment vniuersel de tout le corps , le
poux languide et fort petit, la couleur
pâlie, sueur froide, auecques syn-
cope, et les extrémités fort froides :
et lost la mort s’ensuit.
Les signes du diaphragme.
C’est que le malade sent vne grande
pesanteur au lieu vulneré, et a per-
turbation de raison , et vne tres-
grande difficulté d’halener, toux, et
douleurs aiguës, et les flancs se retirent
contre mont : si tels signes apparois-
sent, fay rapport de mort hardiment.
Les signes que la veine cane et grande arlere
sont vulnerées.
C’est que le malade meurt promp-
tement, à cause de la subite et
grande vacuation qui se fait du sang
et esprits qui remplissent le ventre
inferieur ou thorax , faisant cesser
l’action des poumons et du cœur.
Led signes que la moelle de l’espine du dos est
blessée.
C’est que le malade subit tombe en
paralysie ou commision, et le senti-
ment et mouuemenl des parties infe-
rieures se perd, et les excremens,
comme la matière fecale et vrine,
sont ieltés inuolontairemenl, ou du
tout retenus.
Les signes que le foye est vulneré.
C’est qu’il sort grande quantité de
sang par la playe, et le blessé sent
vne douleur poignante qui s’estend
iusques à la cartilage sculiforme: et
le sang découlant dedans le ventre
souuent se pourrit , et cause de per-
nicieux accidens, et le plus souuent
la mort.
Les signes que l'eslomach est vulneré.
C’est que le manger et boire sortent
par la playe, et vomit souuent pure
cholere et sang : il suruient sueurs et
refroidissement des extrémités , et la
mort tost après aduient.
Les signes que la râtelle est vulnerée.
C’est qu’il sort parla playe vn gros
sang noir, et le malade est grande-
ment altéré, et a douleur au costé
senestre: et si le sang découlé dedans
le ventre, souuent se pourrit, dont
plusieurs accidens sourdent, et sou-
uent la mort les saisit.
Les signes que les intestins sont vulnerés.
C’est que le malade sent vne grande
contorsion et douleur au ventre, et
la matière fecale sort par la playe
souuent , et grande quantité des
boyaux sort par icelle hors le ventre.
Les signes que les rongnons sont vulnerés.
C’est que le malade a difficulté d'v-
riner, et iette du sang auec l’ vrine,
et a douleur aux aines, verge, et
testicules.
Les sigttes que la vessie est vulnerée et les
pores vreteres.
C’est que le malade sent douleur
aux flancs, et les parties du penil
sont tendues, et s’il iette l’ vrine san-
glante , et quelquesfois mesme par la
playe.
DES RAPPORTS. '
Les signes que la femme a son amarry vulneré.
C'est que le sang sort par ses parties
honteuses , et a presque semblables
accidens que ceux qui ont la vessie
vulnerée.
Les signes que les nerfs sont piqués ou à demy
coupés.
C’est que le malade sent vne dou-
leur vehemente au lieu blessé, et
aussi que promptement luy suruient
inflammation, fluxion, spasme, fié-
ure, aposteme, et conuulsion l, et
quelquesfois aussi gangrené et mor-
tification de la partie : dont suruient
la mort, si le malade n’est bien et
promptement secouru, comme i’ay
escrit cy deuant parlant des playes
des nerfs.
Apres auoir baillé les signes pour
connoistre les parties de nostre corps
vulnerées, à fin d’en faire rapport en
iuslice , pour plus grande et facile
intelligence m’a semblé bon te don-
ner le formulaire de ces quatre rap-
ports : dont le premier sera de rap-
porter de nécessité de la mort du
blessé : le second sera douteux de la
mort ou de la vie : le troisième du
mebain , c’est-à-dire de l’impotence
d’vne partie blessée : le quart, de
plusieurs parties blessées ensemble.
Selon lesquels formulaires tu en
pourras faire d’autres, ainsi que con-
noislras par les signes cy dessus es-
crits , telles ou telles parties du corps
estre vulnerées.
1 J’ai rétabli dans cette énumération le
mot spasme, omis dans toutes les éditions
posthumes. Il faut avertir aussi qu’après le
mot conuulsion , l’édition de 1575 ajoutait:
qu’on appelle non proportionnée à la matière.
Ce membre de phrase a été effacé dès 1579.
655
Exemple d'vn rapport de nécessité concluant à
la mort.
I’ay A. P. ce iourd’buy par l’ordon-
nance de messeigneurs de la Cour
de Parlement, me suis transporté en
la maison de tel, rue sainct Germain,
;t l’enseigne de S.— Lequel i’ay trouué
gisant au lit, ayant vne playe à la
teste, partie senestre, située sur l’os
temporal, auec fracture et embar-
reure , dont aucunes parties dudit os,
les deux membranes estans rompues,
sont enfoncées en la substance du
cerueau. Au moyen dequoy ledit tel
a perdu toute connoissancede raison,
auecques vne conuulsion, le poulx
fort petit, et sueur froide : au reste,
tant degousté qu’il ne boit ny mange.
A cause dequoy certifie que bien tost
mourra : tesmoing mon seing manuel
cy mis le , etc.
Exemple d’vn rapport douteux de la mort.
I’ay tel, etc., par le commande-
ment de monsieur le Lieutenant Cri-
minel , suis allé en la maison de N.,
lequel i’ay veu gisant au lit, ayant
trouué sur son corps vne playe faite
d’vn instrument trenchant, située au
milieu delà cuisse dextre, de gran-
deur de trois doigts ou enuiron, pé-
nétrante tout outre, auecques inci-
sion de veines et arteres : à raison
dequoy est suruenu vn bien grand
flux de sang, qui luy a prosterné et
abbalu les forces. Au moyen dequoy
tombe souuent en défaillance de
cœur, et toute la cuisse est grande-
ment tuméfiée et liuide, dont plu-
sieurs pernicieux accidens s’en pour-
roient ensuiure : parquoy ie dy que
ledit tel est en grand danger de mort.
Et tout ce certifie estre vray, tesmoing
mon seing manuel cy mis le , etc.
6o6 LE vmGT-SEPTIÉME LIVRE
Exemple d’un rapport de mehain ou impotence .
I’ay te], etc., par le commande-
ment de monsieur le Procureur du
Itoy, me suis transporté en la maison
de monsieur, etc., ruesainct Pierre
aux Bœufs, pour visiter vn tel, etc.,
sur lequel i’ay trouué vne playe à la
iointure du jarret dextre, de grandeur
de quatre doigts ou enuiron, auec-
ques incision des cordes ou tendons
qui plient la iambc, ensemble inci-
sion de veines, arteres, et nerfs. Au
moyen dequoy est ledit tel en danger
de mort, pour les accidens qui en
telles playes viennent le plus sou-
uent, comme extreme douleur, fîé-
ure, inflammation, aposteme, con-
uulsion, gangrené, et autres. Parquoy
a ledit tel besoin tenir bon régime,
et estre bien et deuëment pensé et
médicamenté : et où il eschappera
de la mort, à iamais demeurera im-
potent de la partie. Et tout ce certi-
fie estre vray, lesmoing mon seing
manuel cy mis le iour, etc., mil, etc.
Exemple d'vn rapport d’vn homme blessé deplu-
sieurs coups, et en diuerses parties du corps.
Nous soubssignés Chirurgiens, ce
iourd’huy vingt et vniéme , etc., par
le commandement de Messeigneurs
de la Cour de Parlement , sommes
allés au logis de tel, rue S. Denis , à
l’enseigne desaincte Catherine, pour
visiter vn nommé, etc., gentilhomme
des ordonnances du Roy, sur lequel
auons trouué cinq playes. La pre-
mière, située à la teste, au milieu de
l’os coronal , de grandeur de trois
doigts ou enuiron , pénétrante ius-
ques à la seconde table, dont luy
auons tiré trois esquilles dudit os.
Item , vne autre playe au trauers de
la iouë, partie dextre, comprenant
depuis l’oreille iusques au milieu du
nez : à cause de ce a esté necessaire
luy faire quatre points d’aiguille.
Ilem, vne autre playe au milieu
du ventre, de grandeur de deux
doigts ou enuiron, pénétrant en la
capacité d’iceluy : sortant par ladite
playe vne partie de l’omentum,de
grosseur de demy esteuf, qu’auons
trouuée liuide , et du tout destituée
de chaleur naturelle : parquoy a esté
besoin lier et couper ce qui esloit
sorti dehors. Item, vne autre playe
située sur le métacarpe de la main se-
nestre, de grandeur de quatre doigts
ou enuiron, auecques incision de
veines, arteres , nerfs, et tendons , et
portion des os. Au moyen dequoy, le-
dit tel demeurera après la guarison
mehaigné de la main , et a besoin te-
nir bon régime, garder la chambre ,
et estre bien et deuëment pensé et
médicamenté : et disons qu’il n’est
hors du danger de la mort. Et tout
ce certifions estre vray, tesmoings nos
seings manuels cy mis le iour, etc.
Autre rapport d’vn corps mort, fait en la pré-
sence de messieurs le Lieutenant Criminel
et Procureur du Roy au Chastelel de Paris
et du Commissaire Bazin '.
Rapporté par nous soubssignés,
que ce iourd’huy en la presence de
messieurs le Lieutenant Criminel et
Procureur du Roy au Chastelet de
Paris, nous auons veu et visité le
corps mort de noble homme, etc.,
sur lequel auons trouué vne playe
faite d’esloc prés la mammelle senes-
tre, longue et large de deux doigts
ou enuiron, trauersant le corps de
pai l en part, passant tout au trauers
1 La date de ce rapport indique suffisam-
ment qu’il n’a pu être publié pour la pre-
mière fois que dans l’édition de 1585.
DES RAPPORTS.
667
du cœur. Plus vue autre grande
playe faite d’estoc sur la iointure de
l’espaule du bras seneslre, longue de
quatre doigts ou enuiron, large de
trois, profonde iusques à ladite ioin-
ture, auec incision des nerfs et liga-
mens, veines et arteres dudit lieu.
Plus vne autre grande playe faite
aussi d’estoc sous l’aisselle seneslre,
longue et large de quatre doigts ou
enuiron, profonde iusques au dedans
et creux de ladite aisselle, auec inci-
sion des veines, arteres et nerfs» Plus
deux autres plaies faites aussi d’es-
toc, situées en la poitrine, vn peu
plus bas qu’en la mammelle senes-
tre, longues et larges d’vn pouce ou
enuiron , et profondes iusques en la
capacité du thorax. Plus vne autre
grande playe faite d’estoc, située prés
la mammelle dexlre, longue et large
de quatre à cinq doigts, profonde
seulement iusques aux cosles. Plus
vne autre petite playe prés ladite
mammelle dextre, pénétrant aussi
sur les costes. Plus vne autre playe
faite de taille sur le coude dextre ,
grande de trois doigts ou enuiron, et
large de deux , profonde iusques aux
nerfs et ligamens de la iointure dudit
coude. Plus vne autre playe faite pa-
reillement d’estoc au flanc dextre,
longue et large d’vn pouce ou enui-
ron, et peu profonde. Plus vne autre
playe faite aussi d’estoc à la main
dextre, au doigt nommé Médius, auec
incision totale de l’os de sa première
iointure, pénétrant^ le métacarpe.
Pour raison de toutes lesquelles
playes, certifions mort subite luy es-
tre aduenue.
Fait sous nos seings manuels le di-
manche 7. aoust mil cinq cens quatre
vingts trois.
Ambroise Paré, Iehan Cointeret, et
Iehan Charbonncl.
/(apport d’vn coup orbe qui aura rompu cl en-
foncé les vertebres de l’espine , ou fuit playe
en la moelle de l’espine K
I.a moelle de l’espine du dos estant
comme vn ruisseau coulant du cer-
ueau , est faite pour la distribution
des nerfs qui deuoienl donner senti-
ment et mouuemcnt à toutes les
parties situées au dessous de la teste :
et alors que ladite moelle est bles-
sée , suruiennent plusieurs et perni-
cieux accidens, et selon iceux le
Chirurgien fera son rapport. A sça-
uoir, si les bras et mains du malade
sont stupides, paralytiques, sans les
pouuoir remuer, et aussi qu’en les
piquant ou serrant le malade ne sent
rien , c’est signe que les nerfs qui sor-
tent de la 5. G. 7. vertebres du col
sont offensés. Semblablement quand
tels accidens se trouuent aux cuisses,
iambes, et aux pieds, auec refroidisse-
ment, et que le malade laisse sortir
ses excremensinuolontairement,sans
les sentir, ou qu’ils soient retenus du
tout : cela monstre quo les nerfs qui
sortent des vertebres des lombes et
os sacrum sont offensés, et que tous
ces accidens prouicnnent à cause que
la faculté animale ne peut reluire par
les nerfs, dont s’ensuit resolution, et
par conséquent difficulté de sentir et
mouuoir aux parties où ils sont dis-
tribués : qui fait que les muscles de la
vessie et siégé ne font plus leur action
naturelle, qui est d’ouurir et fermer.
Et si tels signes apparoissent , fais ton
rapport que bien tost le malade
mourra , et principalement s’il a dif-
ficulté de respirer 2.
1 C’est ici que l’édition de 1585 plaçait son
chap. 2, sans aucun titre , et le titre actuel
relégué en marge.
5 Hippocrates , 2. pro. — A. P.
42
III.
658 LE VINGT-SEPTIÈME LIVliF.
Rapport d'une femme grosse ayant esté blessée
au ventre *.
I’ay tel , par le commandement de
monsieur le grand Preuost de l’Hostel,
me suis transporté en la rue Saint
Honoré, en la maison de monsieur M.,
où i’ay trouué vnedemoiselle nommée
Marguerite , gisante au lit , ayant vne
grande fiéure , conuulsion , et flux de
sang par sa nature : à raison d’vne
playe qu’elle a receuë au ventre in-
ferieur, située trois doigts au dessous
du nombril , partie dextre , laquelle
pénétré en la capacité d'iceluy, ayant
blessé et percé sa matrice, au moyen
de quoy est accouchée deuant son
terme prefix d’vn enfant masle, mort,
bien formé de tous ses membres, le-
quel enfant a aussi reçu le coup à la
teste, pénétrant iusques à la propre
substance du cerueau. Et pour ce la-
dite damoiselle en bref mourra , ce
que tout certifie ostre vray, tesmoing
mon seing manuel cy mis ce, etc.
I’ay bien voulu mettre ce rapport,
à fin d’instruire le ieune Chirurgien
à faire rapport à messieurs de la lus
tice en tel cas, si l’enfant est formé de
tous ses membres ou non, à fin qu’ils
donnent tel iugemcnt qu’ils verront
estre necessaire : pource que la pu-
nition doit estre plus grande ayant
fait auorter vne femme l’enfant es-
tant bien formé, à raison que l’ame y
est infuse, que s’il n’estoit encore ac-
compli de tous ses membres : car lors
lame n’est encore entrée au corps.
Ce que i’ay monslré cy deuant, par-
lant de l’Ame, de l’opinion de Moyse
et de S. Augustin 2, disant que si
quelqu’vn frappe ou pousse vne
• Ce rapport, avec les réflexions qui s’y
rapportent, a été ajouté en 1579.
5 Exode 22. — S. Augustin 80. — A. P.
femme enceinte, et qu’elle en auorte,
si l’enranl eslja formé, qu’il en perde la
vie : mais s’il n’est encore formé, qu’il
soit condamné à amende pécuniaire.
Exemplede rapport d’vn en font estant estouffé 1 .
Il y a grande apparence que le pe-
tit enfant mort aura esté eslouffé par
sa nourrice, qui se sera endormie sur
luy en l’allaiciant, ou autrement par
malice , si ledit enfant se portoit bien,
et ne se plaignoit de rien au prece-
dent : s’il a la bouche et nez pleins
d’escume : s’il a le reste de la face
non pâlie et blaffarde , mais violette
et comme de couleur de pourpre : si
ouuert, est trouué auoir les poul-
mons pleins comme d’air escumeux.
Exemple d’vn rapport d’vn corps mort par
tonnerre et fouldre.
Il peut escheoir qu’on soit en doute
si vn corps trouué mort par la cam-
pagne, ou seul en vne maison, est
mort de foudre, ou autrement. Par-
quoy estant appellé par Iustice pour
en faire rapport, concluras par ces
signes qu’il est mort de foudre. C’est
que tout corps frappé et mort de fou-
dre sent vne odeur fascheuse et sul-
phurée , qui fait que les oiseaux et
chiens n’en osent approcher, encore
moins gouster : la partie frappée de
foudre souuent demeure entière sans
apparence de playe, et neantmoins
les os se trouuent comminués et bri-
sés au dedans : que s’il aduient qu’il
ait playe apparente , subit qu’on la
touchera, on la sentira sans compa-
raison plus froide que le reste du
corps, comme dit Pline 2 : pource que
subit la substance spiritueuse tou-
1 Ccl arlicle a été ajouté en 1579.
* Liu. 2. chap. 24. — A. P.
DES RAPPORTS.
chée est dissipée par le vent très sub-
til et violent que la foudre chasse et
pousse tousiours deuant soy : aussi
la foudre laisse tousiours certaine
marque de brusleure, pource que
nulle foudre est sans feu, soit en
bruslant ou en noircissant. Or comme
ainsi soit que tous animaux frappés
de foudre tombent de l’autre costé,
le seul homme ne meurt point du
coup, s’il ne tombe sur la partie frap-
pée de foudre, ou s’il n’est tourné par
force du costé dont la foudre vient.
L’homme qui en veillant est frappé
de foudre demeure les yeux fermés :
au contraire ils luy demeurent ou-
uerts s’il est foudroyé en dormant,
comme dit Pline *.
Philippes de Comines a laissé par
escrit que les corps frappés de fou-
dre ne sont point suiets à corruption
comme les autres : et que partant les
anciens n'auoient de couslume les
brusler ny enterrer. Car ainsi que le
sel garde de corruptiun les corps qui
sont salés, ainsi le soulphre que la
foudre charge et porte quant et soy,
entretient long temps les corps en
leur eslre, sans pourriture, pour la
chaleur ignée et seicheresse toute
contraire à la pourriture.
Pour faire rapport infaillible qu’vn corps soit
mort de peste *.
C’est qu’on trouue vue grande mol-
lesse en tout le corps, à cause d’vne
putréfaction indicible, laquelle du-
rant la vie rendoit le corps fort las-
che et mollasse , et après la mort
elle s’augmente encore d’auanlage
comme estant venue à sa perfection.
Aussi tels corps se rendent pourris
et puants subitement. D’auantage, à
1 Plin. au lieu mesme. — A. P.
* Article ajouté en 1585.
65g
plusieurs après la mort apparoissent
bubons, charbons et pourpre qui es-
loient cachés dedans le corps : à rai-
son que la chaleur putredineuse, qui
s’engendre par la pourriture, pousse
et iette hors de la peau les excremens
desquels sont faits les bubons, char-
bons et pourpres. Plus . on voit la
couleur du nez, des oreilles et des
ongles plus noire, et mesmement
tout le corps, qu’elle n’a accoustumé
d’estre aux morts d’autres maladies.
Semblablement le visage est fort hi-
deux à regarder, et à bien grande
peine le peut- on reconnoistre : et
qu’en peu de temps le corps se cor-
rompt et pourrit , accompagné d’vne
puanteur cadauereuse, et principale-
ment en temps chaud. Si telles cho-
ses se monstrent, fais ton rapport que
le malade est mort de peste.
Autre rapport d’vn corps irottaé mort et blessé ,
ou noyé, ou pendu après sa mort <•
Semblablement le Chirurgien peut
estre appellé pour faire rapport d’vn
corps mort, ayant des playes péné-
trantes dans le corp', et autres non,
pour sçauoir s’il les a receuës estant
vif ou après la mort. Donc si les
playes luy ont esté faites pendant
qu’il viuoit , elles seront trouuées
rouges et sanguinolentes, et les lé-
ures d’icelles tuméfiées et plombines.
Au contraire, si on les luy a données
après la mort , elles ne seront rouges
sanglantes, ny tuméfiées, ny liuides :
parce que le corps estant mort, Na-
ture cesse toutes ses œuures, et n’en-
uoye plus de sang ny esprits aux lieux
vulnerés. Et partant le Chirurgien
fera son rapport que les playes au-
ront esté données pendant la vie ou
1 Nous retombons dans le texte de 1575 ;
mais ce titre n’a été ajouté qu’en 1579.
66o
I,E VINGT-SEPTIEME LIVRE ,
apres la mort, selon les signes qu’il
trouuera.
Pareillement si le Chirurgien est
appelé pour faire rapport d’vn corps
mort trouué pendu, sçauoir s’il a esté
pendu vif ou mort. S’il a esté pendu
vif, le vestige du cordeau à la circon-
férence du col sera trouué rouge,
liuide et noirastre, et le cuir d’autour
amoncellé, replié et ridé, pour la
compression qu’aura faite la corde :
et quelquesfois le chef de la trachée
artere rompu et lacéré, et la seconde
vertebre du col hors de sa place.
Semblablement les bras et iambes
seront trouuées liuides, et toute la
face , à raison que tous les esprits
tout à coup ont esté suffoqués : aussi
pareillement il sera trouué de la bauc
en la bouche, et de la morue yssant du
nez, là enuoyée tant par l’expression
du poulmon eschauffé et suffoqué,
que par la commotion conuulsiue
du cerueau, de mesme qu’en l’epi-
lepsie. Au contraire, si le personnage
a esté pendu estant mort, on ne trou-
nera les choses telles : car le vestige
du cordeau ne sera rouge ny liuide,
mais de couleur des autres parties
du corps, à cause qu’ après la mort ,
la chaleur ny esprits ne sang ne cou-
rent plus aux parties blessées. Pa-
reillement la teste et le thorax sont
trouués pleins de sang '.
D’auanlage, si le Chirurgien est
appelé pour faire rapport d’vn corps
mort tiré hors de l’eau, pour sçauoir
s’il a esté noyé yif ou iellé en l’eau
mort. Les signes qu’il aura esté ietté
vif, sont qu’on trouuera l’estomach
et le ventre remplis d’eau , et sort du
nez quelque excremcnt morueux , et
i Ces derniers mots : pareillement, etc., qui
se rapportent manifestement au cas de pen-
daison durant la vie, ont été ajoutésen 1585.
par la bouche escumeux et baueux ,
et le plus souuent saignera du nez.
D’abondant il aura l’extremité des
doigts et le front escorchés , à raison
qu’en mourant il gratte le sable au
fond de l’eau , pensant prendre
quelque chose pour se sauuer, et
qu’il meurt comme en furie et rage.
Au contraire s’il a esté ietté en l’eau
mort, il n’aura aucune tumeur en
l’estomach , ny au ventre, parce que
tous les conduits sont affaissés et es-
toupés, et qu’il n’inspire plus, et
aussi n’aura morue au nez, ny baue
en la bouche, ny vestige aux doigts
ny au front *. Parquoy, selon ces si-
gnes, le Chirurgien pourra faire rap-
port fidèlement des corps morts trou-
ués en l’eau, s’ils ont esté iettés morts
ou viuans. Et quant aux corps morts
qui s’esleuent sur l’eau , c’est adonc
qu’ils sont ja cadauereux et remplis
d’air, qui les fait esleuer sur l’eau
comme vne vessie remplie de vent.
Or quant à faire rapport si vne per-
sonne est morte de venin ou non, on
le pourra faire par les signes cy des-
sus escrits au liu re des Veninsi 2.
* Ces mots : ny au front, ont été ajoutés en
1579.
5 II y avait ici dans l’édition de 1575 un
fort long article retranché dés 1579, et com-
mençant par celle phrase, qui en indique
très bien l’objet :
« Or quant à faire rapport si vue personne
est morte de venin ou non, il est fort dijjieile à
coynoisire, si ce n'est par coniectures qu’on
prendra parce petit discours. »
Nous allons analyser rapidement ce petit
Discours , indiquant seulement les endroits
du livre actuel des V'enins où le texte en a
été reporté ; mais nous rencontrerons chemin
faisant des passages supprimés d’une haute
importance , et que nous reproduirons avec
le plus grand soin.
L’auteur commençait donc par exposer
son but en témoignant son horreur pour les
DES RAPPORTS.
Exemple de rapport de ceux qui auront esté en
danger d’estre estouffés par la vapeur et fu-
mée du feu de charbon.
Le 10 de mars 1575 , ie fus appelle
auec monsieur Greaulme , Docteur
inuenteurs de poison et de la diabolique pou-
dre à canon; sauf cette assimilation de la
poudre aux poisons, on retrouvera les prin-
cipaux trails de ce paragraphe au chapi-
tre Ier du livre actuel des Venins.
Puis il indiquait les signes généraux des
poisons : Nous cognousons en general vn
homme auoir esté empoisonné, etc.; c’cst pres-
que absolument le premier paragraphe du
chap. 5 du livre actuel , terminé par ces
mots : la racine est au cueur.
« Quant aux signes de venin de chaude,
froide, seiche, et humide qualité, i’enaij traie té
suffisamment par cy-deuant , » ajoutait -il,
etil renvoyait en marge au liure des Venins.
Après quoi venant aux poisons en particu-
lier, il traitait successivement de V Apium
risus , du Napellus , du Solanum manicum ,
de V Aconit , de la Iusquiame , des Champi-
gnons , de l’Epliemerutn , de la Mandragore
et du Pauot noir. Tout cela a été reproduit
en 1579 au chap. 44 du livre des Venins,
avec des additions trop peu importantes
pour que nous nous attachions à les préci-
ser. Seulement on voit qu’en 1575 Paré
avait passé sous silence la ciguë, Vif et le
noyer; il avait été aussi fort bref sur l’aco-
nit. En revanche, il avait un article sur la
Salemandre, qui manque dans toutes les au-
tres éditions ; le voici :
« Salemandre.
« Ceux qui ont pris de la salemandre
tombent en vrie grande inflammation de la
langue, et deuiennent brets ou begues : ils
sentent tout le corps amorti , et tombent en
vn frisson cl tremblement, en vnc résolu-
tion et paralysie de tout le corps : sur la
plus part des parties de leur corps aduien-
nent des taches blanches, qui deuiennent
rouges et puis noires : lesquelles en fin tom
bant en pourriture, font tomber le poil de
tout le corps , mesme si le poison demeure
66 1
Regenten la faculté de Medecine, en
la maison de monsieur du Hamel,
Aduocat en la Cour de Parlement à
Paris, vour visiter et faire rapport de
deux siens seruiteurs , l’vn Clerc, et
l'autre palefrenier, lesquels on esli-
gucres dans le corps, ils tombent en picces.
Le bezahar sont les œufs de la tortue tant
marine que terrestre : aussi le ius de gre-
nouilles dans lequel on aura cuict la racine
d’eryngium. »
Entre l’histoire de la mandragore et du
pauot noir, il avait placé l’histoire de IV-
p in; et bien qu’il y soit revenu au chap. 4G
du livre actuel des Venins, le texte est as-
sez différent pour mériter d’ètre reproduit.
« Orpin.
« L’orpin, ou orpiment, que les Grecs ap-
pellent Arsenicum , la sandaracha , causent
non seulement de grandes passions et éro-
sions en l’eslomach et boyaux, mais aussi
engendrent vne alteration insatiable, vnc
aspreté grande à la gorge et en la bouche
auec vne toux, difficulté et puanteur d’ha-
leine, conioincte à vne dysenterie et sup-
pression d’vrine. Vrayemenl l’arsenic a vne
vertu si corrosiue que mesme appliqué par
dehors, il ronge la racine des cheueux et
les fait tomber, comme escrit Dioscoride.
Son bezahar est la pouldre du crystal mine-
rai , bien puluerisee, prenant vne drachme
de ccste poudre auec l’huile d’amandes dou-
ces , comme escrit le Conciliator. »
Après le pauot noir,, vient l’histoire du
Reagal., ou llisalgar, à très peu près telle
qu’on la lit encore aujourd’hui au chap. 4G.
Puis immédiatement un long article consa-
cré an bezahar, et dont le commencement,
jusques et y compris l’histoire du cuisinier
empoisonné, a été reproduit presque tex-
tuellement dans le chap. 45 du livre actuel ;
il faut en excepter toutefois un passage du
paragraphe qui précède cette hisloiie, où,
à la place de la citation de Mathiole et
d’Abdanalarach, l’auteur disait seulement-
« Car quant à ce qu'en escrit Mathiole sut
le cinquiesme de Dioscoride , est pour la plu
6u2 le vingt-septième livre
moit estre morts : parce que outre ce
qu'il n’y auoit aucune apparence de
pouls en eux, ils auoient vne froi-
parl fabuleux et sans ordre, expérience, et dis-
tincte cognoissance, »
Mais après cette histoire du cuisinier,
l’édition de 1575 en contenait deux autres,
retranchées depuis, et dont la première
surtout a un intérêt capital pour l’histoire
d’A. Paré. On ne savait pas qu’à tous ses
périls, ses souffrances, après avoir été
mordu d’une vipère , attaqué de la peste, il
avait encore réuni cette terrible et doulou-
reuse épreuve de passer par le poison. Et
d’un autre côté, un mot de cette histoire
ignorée semble trancher d’une manière déci-
sive la question de savoir si, du moins à une
époque de sa vie, Paré avait été huguenot.
Voici le texte fidèle des deux histoires :
« Apres la prise de Rouen me trouuay à
disner en quelque compaignie , où en auoit
quelques vns qui me bayoyent à mort pour
la Religion : on me présenta des choux où
il y auoit du sublimé ou arsenic : de la pre-
mière bouchée n’en apperceu rien : la se-
conde, ie senti vne grande chaleur et cui-
seur, et grande astriction en la bouche, et
principalement au gosier, etsaueur puante
de la bonne drogue : et l’ayant apperçeuë,
subit ie pris vn verre d’eau et de vin, et
lauay ma bouche, aussi en auallay bonne
quantité, et promplement allay chez le pro-
che apoticaire : subit que fus parti, le plat
aux choux fut ietté en terre. Là donc chez
ledit Apoticaire ie vomi, et tost apres beu
enuiron vn posson d’huile, et la garday
quelque temps en mon estomach, puis de-
rechef la vomi : ladicte huile empescha que
le sublimé n’adhcrast aux parois de l’esto-
mach : cela faict, ie mangeay et beu assez
bonne quantité de laict de vache, auquel
auois mis du beurre et le iaune de deux
œufs : et voila comme ie me garanti de la
main de l’empoisonneur : et depuis ne voulu
manger des choux, ny autre viande en la-
dictc compagnie.
« Monsieur de Castellan , Médecin ordi-
naire du Roy, et maistre Iean d’Amboise,
Chirurgien ordinaire du Roy, et moy, fus-
deur vniuerselle de tout le corps*
sans parler, et sans mouuoir aucune-
ment : ayaus au reste la face teinte
mes enuoyez pour ouurir le corps d’vn cer-
tain personnage qu’on doubloit auoir esté
empoisonné, à cause qu’auparauant souper
faisait bonne chere , ne se ressentant d’au-
cune douleur. Et tost apres souper disoit
sentir vne grande douleur en l’estomach,
criant qu’il estouffoit, et tout le corps de-
uint iaune et enflé, ne pouuant auoir son
haleine, et haletoit comme vn chien qui a
grandement couru : parceque le diaphragme
(principal instrument de la respiration) ne
pouuant auoir son mouuement naturel , re-
double incontinent, et fait haster le cours
de la respiration et expiration : puis luy
suruint verligine, spasme, et défaillance de
cœur, et parconsequent la mort. Or vérita-
blement le matin on nous présenta le corps
mort, lequel estoit tout enflé , ainsi qu’vn
mouton qu’on a soufflé pour l’escorcher.
I.edict d’Amboise fist la première incision,
et me rcliray en arriéré, sçaehant qu’il en
sorliroit vne exhalation puante et cadaue-
reuse , ce qui se feit , dont tous les assistans
à peine la pouuoyent endurer : les intestins,
et généralement toutes les parties intérieu-
res estoyenl fort enflées et remplies d’air :
et ainsi trouuasmcs grande quantité de sang
espandu entre les entrailles, et en la capa-
cité du thorax, et fut conclu que ledicl per-
sonnage pouuoit auoir esté empoisonné du
poison crapaudin.
» Les remedes contre telle poison ont esté
déclarés cy-deuant, au liure des piqueures et
morsures de besles veneneuses. »
Il s’agit là du venin du crapaud , et je ne
sais pourquoi Paré n’a pas fait usage de cette
histoire dans ses éditions nouvelles.au lieu
de celle qu’on lit au chap. 32 du livre des
Venins et qu’il rapporte sur un ouï-dire.
Enfin, après ces deux histoires, nous ren-
controns un long passage sur les venins bail-
lez par odeurs et parfums, et qui a été trans-
porté tout entier à la fin du chap. Il du
livre des Venins actuel. Il n’y a eu d’ajoulé
en 1579 que l’histoire des deux Thériacleurs ,
d’après Mathiole, elle vœu de Paré que les
DiiS il APPORTS. 66!i
de couleur plombine, de fait que lors
que ie les pinçois ou tirois le poil
rudement, ils n’en sentoient rien y
tellement que tous les assistans les
estimoient estre morts. Mais la dis-
pute esloil sur la façon de mort : car
ledit du Hamel disoit iceux auoir esté
estouffés : autres pensoient qu’ils se
fussent me u rd ris l’vn l’autre, autres
philosophoient iceux auoir esté sur-
prins d’apoplexie. le demanday s’ils
auoient point fait du feu de charbon,
ù quoy vu chacun me respondant
n’en sçauoir rien , ledit du Hamel
preste l’oreille à ce propos , et s’a-
uança luy mesme de chercher en leur
eslude (qui estoil fort petite et bien
close) où il trouua sous la tahle vne
grande terrine où il y auoit encore
quantité de charbon , non du tout
bruslé. Quoy veu , fut de tous conclu
et arresté que la cause de tel desastre
ne prouenoil d’ailleurs que de la
fumée maligne du charbon ardent,
qui les auoit ainsi assopis etesloufîés.
Parquoy leur ayant posé la main sur
la région du cœur , et tant par la
chaleur qui y resloit encore assez
manifeste que par le petit battement
qui s’y apperceuoit, ayant conneu
iceux estre encore en vie, fut aduisé
de les secourir promptement. Pour à
quoy paruenir, on leur fit par artifice
ouurir la bouche ( qu’ils tenoient fort
close, et les dents serrées) en la-
quelle, tant avec vne cuiller qu’a-
uec vne syringue, on ietla de l’eau
de vie rectifiée en laquelle on auoit
fait dissoudre de la hiere et théria-
que , pour la leur faire aualler : lors
ils commencèrent à se mouuoir, et
ielter certains excremens pituiteux
parfumeurs empoisonneurs fussent chassés
hors du iioy iume de France, et envoyés au.ee
les Turc* et infidèles.
et visqueux , tant par la bouche que
par le nez : puis commencèrent à ral-
ler, comme l’on oit choux boüillans
dans vn pot. Adonc on leur fit aual-
ler des medicamens vomitoires, et
bonne quantité d’oxymel, leur bat-
tant de la main et genoiiil assez ru-
dement sur le dos, vers la derniere
verlebre d’iceluy et première des
lombes, auquel lieu respond l’orifice
du ventricule se retournant en la
partie postérieure : à fin que tant par
la vertu de ces vomitoires, que par
la conuulsion de l’estomac, iis fussent
contraints à rendre gorge : ce qui
aduint, et ielterent du phlegme vis-
queux, de couleur iaune , aucc sang
spumeux. Pareillement leur fut ietté
auec vn tuyau de plume d’oye de-
dans le nez, de la poudre d’euphorbe,
à fin de stimuler la vertu expulsiue
du cerueau à se descharger , et par
ce moyen tost après esternuerent ,
et ielterent grande quantité de morue
par le nez : à quoy ils furent encore
d’auantage esmeusparde l’huile de
menthe, tirée par quinte-essence, leur
en estant trotté le palais , voire ius-
qu’à la gorge et gosier , d’vne plume
de laquelle l’empan auoit esté graissé
de quelques gouttes de ladite huile.
Au reste leur fut pourueu par fric-
tions faites aux bras , cuisses et iam-
bes, et le long de l’espine du dos :
aussi par clysteres acres et forts , par
le moyen desquels se deschargea leur
ventre copieusement : et lors com-
mencèrent à parler et rcuenir à soy,
et à boire, et manger , et retourner à
leur naturel peu à peu : en l’execu-
tion de toutes lesquelles choses fus-
mesmerueilleusement bien aidés par
Iacques Guillemeau , Chirurgien iuré
à Paris1, et maislre Iean de Saint
1 Le nom de Guillemeau n’a été ajouté ici
§64 LE VINGT-SEPTIÈME LIVRE
Germain, maistre Apolicaire à Paris,
homme de bien et secourable des
malades. Sur l’aprës-disnée furent
appelés Monsieur Thibault, et Mon-
sieur Hautin, Docteurs Regens en la
faculté de Medecine (hommes doctes,
tant en la Medecine qu’en la Chirur-
gie) pour consulter auec nous de ce
qui restoit’ à faire : lesquels ayans
de point en point approuué tout ce
que nous auions fait , furent d’aduis
auec nous de leur pouruoir quant au
reste , par cardiaques restauratifs et
confortalifs d’esprits , pour suruenir
aux parties tant vitales qu’animales
manifestement offensées.
Le reste de la consultation fut con-
sommé sur la recherche de la cause
d’vn tel effect : car que les hommes
puissent estouffer de la fumée de
charbon allumé , ce n’est chose fort
nouuelle , alleguans auoir leu dans
Fulgose, liure 9. chap. 12, Volaterran
ïiure 23, dans Egnalius, que Iouian
Empereur se liastant pour aller à
Rome, en temps d’hyuer , se sentant
las et trauaillé du chemin , s’arresta
pour loger en vne petite bourgade,
nommée Dadaslanes , qui est entre
Galatie et Bilhynie, où il coucha en
vne chambre nouuellement baslie et
enduite de chaux , où l’on auoit fait
brusler force charbon pour seicher
ladite chambre : fut sur la minuiet
estouffé de la vapeur dudit charbon ,
le huitième mois de son Empire,
qui esloit le trentième de son aage,
et le vingtième iour d’Aoust.
Mais icy ne nous faut tant soucier
de la preuue des anciens, attendu
quede recenle mémoire, en la maison
de lean de Begine, maistre Orféure à
Paris, demeurant sous la tournée du
qu’en 1579 , bien que l’histoire ait paru en
1575.
pont au Change, moururent trois de
ses seruiteurs, pour auoir fait du feu
de charbon en vne petite chambre
où il n’y auoit point de cheminée : et
qui en voudroit faire recherche, on
trouueroit grand nombre de telles
histoires.
Quant aux causes, celles cy furent
mises en anant. Aucuns estimèrent
tel accident se faire seulement parla
vapeur du charbon allumé , laquelle
enclose en vn lieu non ventilé, donne
à celuy qui la reçoit tels ou presque
semblables accidens comme fait la
vapeur du vin nouueau, sçauoir dou-
leur de teste et vertiginosilés. Car ces
deux vapeurs ont puissance de bien
lost remplir l’origine des nerfs , et
faire grandes conuulsions , parce
qu’elles sont chaudes et de substance
espaisse.Et partant Hippocrates, par-
lant des aceidensqui prouiennenl de la
vapeur de vin, a hardiment prononcé
ces mots : Si ebrius quispiain derepente
obmutuerit, comiulsus moritur, n i si
febre corripiatur, aui nisi vocemrecu-
peret tune cit7n crapulæ soluuntur L
Si quelqu’vn ayant fort beu , iusques
à s’estre enyuré, perd la parole à
coup et soudainement : si la ûéure
ne luy suruient, ou s’il ne recouure
la parole ù l’heure qu'il peut et doit
auoir cuué, dormi, et digéré son vin,
il meurt par conuulsion 2. Autant
en peut on dire de la vapeur du
charbon occupant le cerneau de ces
deux malades, lesquels soudainement
faits muets , immobiles et insensibles
comme yurongnes , fussent morts , si
par remedes chauds mis en syringues
par la bouche et le nez , on n’eust
atténué Tespaisseur de la vapeur, et
1 Aphor. 5. — A. P.
s Cette traduction de l’aphorisme a été
ajoutée en 1579.
DES RAPPORTS.
665
excité la faculté expultrice pour iet
ter hors ce qui luy nuisoit. Et com-
bien qu’il semble île prime face , que
par l’inspiration de la vapeur mali-
gne le poulmon soit blessé plus que
toutes autres parties, toutes fois que
le plusgrand mai qui en aduient aux
poulmons en ce cas cy venoit prin-
cipalement pour la connexion et mu-
tuelle amitié et accord qu’il a auec le
cerueau, lequel esloil grandement
offensé : car ces deux malades tout
subit furent faits mutts, priués de
sens et de mouuemenf, chose qui ad-
uienl au malade quand la première
origine des nerfs est occupée de quel-
que matière eslrangc que ce soit, et
non pas quand les poulmons sont of-
fensés. El tout ainsi que-les apoplec-
tiques ne meurent sinon que par
faute de respirer , combien que le
poulmon en soy ne soit offensé : ainsi
de cesle maladie ces deux malades
fussent morts faute de respirer, non
pour vice du poulmon , mais pour le
cerueau et nerfs blessés, qui donnent
à tout le corps mouuement et senti-
ment, et principalement aux inslru-
mens de la respiration.
Lesautreseslimoient qnetellechose
pouuoit aduenîr , non du vice du cer-
ueau, mais par defaut de l’esprit vital,
lequel n’estant plus porté du cœur au
cerueau, à cause des conduits du
poulmon bouchés, ne pouuoit plus
fournir de matière à l’esprit animal.
Parquoy,disoienl-ils, ces ieunes hom-
mes mouroient suffoquée par faute
de respiration , sans laquelle la vie
est nulle : car outre ce , qu’en tel cas
le cœur ne se pouuoit descharger des
excremens fuligineux, le poulmon
restant bouché de ceste crasse et
espaisse fumée de charbon , l'inspira-
tion ne sefaisoit bonnement , de tant
qu’elle se fait d’air ambiens, qui pour
faire ce qui est requis , sçauoir est ,
temperer l’ardeur du cœur, doit auoir
quatre conditions : la première , qu’il
soit attiré en competente quantité ,
la seconde, qu’il soit frais de qualité,
la tierce , qu’il soit de consistence té-
nue et subtile , la quarte, qu’il soit de
substance douce et benigne. Or toutes
ces quatre condilionsdefailloient pour
lors à l’air qui estoit attiré par ces
deux ieunes hommes : car première-
ment il n’estoit en quantité compe-
tente, de tant qu’en cesle petite
estude , si peu qu’il y en auoit, estoit
deuoré par le feu de charbon allumé,
comme celoy d’vue ventouse par la
chandelle flainboyan te: secondement,
il n’estoit frais de sa qualité, ains
eschauffé et comme igniflé par l’ar-
deur du feu allumé :tiercement, il
n’estoit de consistence ténue, ains
crasse et espaisse, espaissi par le mes-
lange etpermixlion des vapeurs gros-
sières du charbon : car telle est la
nature de l’air et de tous autres corps
ténus de leur nature, d’estre aisément
altérés, et receuoir promptement la
forme de tous corps qui les abordent :
quartement, il n’estoit de substance
douce et benigne, ains maligne, à
cause que le charbon est fait de bois
allumé en vue fosse en terre , et
eslouffé, estant esleint en sa fumée
mesme, comme entendent ceux qui
ont hanté les charbonnières.
Or loulesfois , pour conclure quel-
que chose sus ces opinions qui sem-
blent aucunement differentes, tous
deux auoient raisons pertinentes de
se maintenir en leur aduis. Car pour
le moins il est tout euident que les
conduits qui sont communs des par-
ties pectorales au cerueau , esloient
bouchés de la crassitie et espaisseur
de telle vapeur charbonnière, dont
aduenoit que les vnes et les autres
666
LE VINGT-SEPTIÈME LIVRE
parties estoienl mal affectées : comme
ainsi soit que telles parties , ni autres
quelconques de nostre corps, ne
puissent demeurer en leur intégrité
sans l’aide de l’autre , pour la grande
colligance et intelligence qu’a tout le
corps en soy et en ses parties. Parquoy
les arteres carotides et ventricules du
cerueau , et bronchies du poulmon
estans ainsi estoupées, et l’entrée au
cerueau esloit deniée à l’esprit vital ,
et l’issue à l’esprit ammal , dont s’en-
suiuit le defaut de toutes les facultés
necessaires à la vie.
B apport des filles, si elles sont vierges ou non b
Or quant à faire rapport si vne fille
est pucelle ou non, cela est fort diffi-
1 Cet article est une addition de 1579.
Laurent Joubert a agité fort longuement
cette question dans son traité des Erreurs
populaires, publié à Bordeaux en 1570, liv. V,
chap. 4, s’il y a certaine cognoissance duptt-
ccllage d’vue fille , et il conclut par la néga-
tive comme Paré. Je renverrai à l’ouvrage
même ceux qui voudront suivre cette dis-
cussion; mais il ne sera pas sans intérêt,
puisqu’il s’agit ici dePiapports, de repro-
duire trois rapports sur ce sujet qu’il nous
a conservés. Le premier est fait par des ma-
trones béarnaises.
Nous Iouanne del Mon, et IouunneVergnire,
et Beatrix Laurade, de la purroquie d’Espoire
en Bearn, matrones et meyroulieres , inlerro-
gades et esprottuades. Certifican à tous et à
toutes que appartiendra , que par ordonnance
de iustice , et commandement du liant Magis-
trat, monsieur loti iuge del dit toc d' Espéré, que
lou quinziéme iour del mes de May , l'an mil
cinq cens quarante cinq, nous matrones sttsdit-
tes , auen trouuade, visitade et regaardade Ma-
riette de Garigues, de l’aage de quinze ans ou
enuirun, sus asso , que ladite Mariette disie ,
que ero forsade , desflorade , et depttiselade.
De là ou nous meyroulieres sudiltes, auen tout
visitât et regardai, dam très candeloits alucats,
toucat dab las mas, et espial dublotts oueils, et
cile : (oufesfois les matrones tiennent
pour chose asseurée qu’elles le peu-
uent connoistre, parce qu’elles disent
trouuer vne ruplion d’vnetaye, qui
se rompt au premier combat veneri-
que. Mais i’ay icy deuant monstré au
bure de la Génération , chap. 50. que
de vingt mille femmes on ne trouue
ceste taye. Parlant nos matrones ne
doiuent estre creuës pour leur impé-
ritie : la preuue gist en l’experience,
et à la grandeur ou anguslie du col
de la matrice : mais elles y peuuent
estre bien deceuës et trompées. Car
selon la grandeur du corpset de l’aage
de la fille, l'ouuerture sera plus
grande ou plus petite : parce que vne
grande fille doit auoir son ouuerlure
plus grande qu’vne petite. Car toutes
arreuirat dab lotis digts. Et auen trouuat, que
non eron pas, Ion 1 broquadés podads , ny lou
2 haillon delougal , ny la 3 barbote abaissade ,
ny 4 l’enlrepé ridât, ny loti 5 rejjïronvbert,ny lou
G gingiberl flndut,ny loti 7 pepillon recoquillat,
ny la 8 dame dau miech retirade, ny lous 1res
9 desaiadés , ny lou 1 0 vilipendis pelât , ny lou
Il guilleuard alargal, ny la 12 barreuidau des-
uiade, ny l’oz 13 bertrand rompttl, ny lou 14
bipendix aucunement escorgeat. Loti lou nous
matrones et meyroulieres sudiltes ainsi disen
per nostre rapport, et iugement adrect.
« Voila , dit Joubert , quatorze notes qui
signifient le pucellage, selon les Bearnoises.
Voyons maintenant la déposition des Pari-
siennes, qui font leur rapport d’vne qui es-
toit defloree »
Nous Marion Teste, lane de Meaux , lane
delà Guigans, et Magtlaleine de la Lippue,
matrones itirecs de la ville de Paris , certifions
à tous qu’il appartiendra , que le quatorzième
iour de Juin , mil cinq cens trente deux, par
l’ ordonnance de monsieur le Preuost de Paris,
ou son lieutenant en ladite ville, nous sommes
transportées en la rue de Frepaut, ou pend
pour enseigne la punlouffle , ou nous auons veue
et visitée Henriette Peliciere,ieune fille, aagee
de quinze ans , ou environ, sur la plainte pur
DES RAPPORTS.
les parties (le nostre corps se doiuent I
rapporter les vncs aux autres : vne
aagéedequinze ansl’aura plus grande
que celle de douze.
Ioubert escrit qu’à la ville de Lec-
loure en Gascongne, vne fille enfanta
à neuf ans, et est encore viuantc,
nommée Ianne du Perie, qui fut ma-
riée à Videau Beclie, en son viuant
Receueur des amendes pour le Roy
de Nauarre audit lieu : qui est argu-
ment qu’aucunes filles sont plus aptes
à auoir la compagnie de l’homme à
neuf ans qu’autres à quinze, à raison
qu’elles ont leur ouuerture plus am-
ple. Aussi celle qui aura mis quelques-
fois son doigt bien profondément au
col de sa matrice pour quelque pru-
rit qu’elle y auroit, ou y auroit mis
elle fuite à iustice contre Simon le Bragard,
duquel elle a dit auoir esté forcée et defloree.
El le tout veu et visité au doigt et à l’œil, nous
trouvons qu’elle a les 1 barres froissées, le 2
haleron demis, la 3 dame du milieu retirée, le
4 pouvant debiffé, les b tontons deuoyez, (J l'en-
clienari retourné, la 7 babolle abbalue, 8 l'en-
trcpenl riddé, 9 l’arriere fosse ouverte, le 10
guilboquel fendu, le 1 1 lippon recoquillé, le 12
barbidaut tout escorchè, et tout le 13 lipandis
pelé, le 1 4 guilleuard eslargi , les 1 5 balunaus
pendans. Et le tout veu et visité fueillel par
fueillel, avons trouvé qu’il y auoil trace de vil.
Et ainsi nous diltes matrones certifions estre
vray , à vous monsieur le Preuosl, au serment
qu’auons à ladite ville.
« En voila quinze de bon conte , poursuit
Joubert, qui respondent assez bien aux qua-
torze signes des Bearnoises , sauf le dernier
Balunaus, qui n’a son respondant que ie
sçaehe. » Et enfin il ajoute la déposition des
matrones de Carcassonne i
Nous attiras Guillaumine et lano iuradas
de la ville bassede Carcassonne, pressas d’of-
fici per monsieur l'official del dit Carcassonne,
per visilar Margarile d’ Aslorguin, si elle ero
deflorado et desuerginado , disen et ullesten à
tous aquels et aquellos que aquestas leitlras
667
quelque pessaire ou nodulus, à cause
delà rétention de ses mois ou autre
disposition , et que par ce moyen son
ouuerture lui fust trouuéeplus gran-
de, seroit-elle pour cela moins pu-
celle? nenny : parce qu’il 11’y aura
différence entre y auoir mis vn pes-
saire , ou le doigt, ou autre chose de
la grosseur de la verge virile, qui
puisse remarquer ces différences :
parquoy il me semble qu’on ne peut
à la vérité iuger du pucelage d'vne
fille.
D’auantage les matrones ny Chi-
rurgiens ne peuuent iuger vne fille
n’ estre pucelle , à laquelle on trou-
uera auoir du laict aux mammelles :
Car Hippocrates dit qu’vne femelle
sans estre grosse , ou auoir enfanté ,
veyran et legiran , que lou iour de hue y , nous
lien transporladas en la maison de ladite
d' Aslorguin, et fauen trouuado calcado sur
vn liech, et apres auer fach allucar très can-
clelas de cero , l’auen regardado en tous yols,
palpado et tocado en lous digts. Auen trouât
que l’os Bertrand ésromputel fendul,la donno
del miech es reuirado , lous 1res pels deuiadés,
lou quinqueral tout esquinsat , lous intrans et
pindourlets tous escoussendus , lous bons dais
coustals pin maserals , lous pels de dessus tous
recoquillats. Per so disen, que ladite Margua-
rite, per y auer estatpassal lou bout del mescle,
es ben deflorade et desuerginade. A lal disen
et attestai.
On voit combien le langage vulgaire était
riche à celteépoque, et je doute que la lan-
gue française de nos jours pût traduire exac-
tement ces Rapports sans recourir aux ter-
mes scientifiques. Mais je l’avoue , malgré
le secours de Joubert, malgré les glossaires
de Rabelais et autres, je n’ai pas même pu
comprendre en son entier le rapport fran-
çais. J’ai donné ici ces trois pièces comme
specimen de la médecine légale de l’époque,
et pour qu’on puisse mieux juger le point de
départ où Paré la trouva.
668 LE VINGT-SEPTIEME LIVRE
peut auoir du laict, si sa purgation
naturelle est empeschée *. Sur le com-
mentaire de cest Aphorisme , Galien
dit, pource que les glandules des
mammelles estans exangues, conuer-
tissent le sang menstruel qui y re-
gorge en humeur semblable à elles
en couleur, par leur vertu laclifiante.
Semblablement Aristotedit 2 que l’on
voit à quelques hommes du laict aux
mammelles, qu’on peut succer et es-
pandre.
Cardan dit auoir veu à Venise 3 vn
nommé Anthoine Busse , aagé de
trente ans, lequel auoit du laict en
ses mammelles assez suffisamment
pour nourrir vn enfant , et ne couloit
pas seulement , mais le faisoit rayer ,
ainsi que fait vne nourrice de ses
mammelles. Ces choses considérées ,
il me semble qu’on ne peut véritable-
ment iuger du pucelage d’vne fille :
partant les Magistrats y doiuent bien
aduiser , et plus encore les Médecins
et Chirurgiens à ce députés : dont s'il
' y a faute , le tout en est plus sur eux
qui en ont mal rapporté, qu’aux luges
qui en donnent sentence.
Rapport de l’ impuissance , tant de l’Iiomme que
de la femme 4.
Soutient il se fait des procès pour
1 Aph. 39., lia. 5. — A. P.
2 Lia. 4 , histoire des AnimaHX, chap. 20.
— A. P.
2 Lia. 12, de Sublililale. — A. P.
4 Cet article se lit pour la première fois
dans l’édition posthume de 1598 ; il y a ce-
pendant quelque probabilité qu’il avait été
écrit bien auparavant. J’ai noté à la fin du
chap. 45 du livre de la génération , tome II ,
page 739, qu’en 1579 Paré avait annoncé à
la table un chapitre sur ce sujet qu’on ne
trouve pas dans le texte. Il me parait assez
vraisemblable qu’il s’agissait de l’article ac-
tuel , que Paré n’osa publier de son vivant ,
peut-être de peur d’indisposer les magistrats.
séparer les mariages, parce que la
femme tient que son mary est impuis-
sant, ne faisant pas la besongne de
la maison : l'homme dit qu’il ne tient
à luy , et que sa femme n’est pas as-
sez percée, en sorte qu’il ne peut en-
trer au cabinet priué, et partant le
defaut ne procédé pas de son impuis-
sance.
Là dessus les luges ordonnent vi-
sitation eslre faite tant de l’vne que
de l’autre des parties, par Médecins,
Chirurgiens, Matrones, Preslres de
l’Officialité. Après auoir veu et dili-
gemment visité leurs parties dediées
à génération , et si on leur trouue dé-
fectuosité en leurs dimensions : à sça-
uoîr, en largeur, longueur, gros-
seur , prol’ondité et situation : et si on
trouue lesdites parties en leur inté-
grité, le rapport en sera fait à mes-
sieurs de la lustice, lesquels pour
estre mieux asseurés , ordonnent de
rechef que lesdils mariés coucheront
ensemble en la presence desdils Mé-
decins et autres cy dessus nommés,
pour scauoir s’ils pourront accomplir
le ieu de Venus.
Or il me semble que telle espreuue
n’est bien asseurée , et que ledit ieu
ne se peut pas accomplir en la pre-
sence de tant de gens que l’on craint,
et aucc vne femme que l’on n’aime
point. Ioint que telle action ne dé-
pend ny de nostre esprit, ny de nostre
corps , ny de volonté : de sorte que
les parties destinées à telle action
n’obeïsscnt à nostre volonté comme
les autres membres. Car quelque as-
seu rance que tout homme se puisse
promettre, si confessera-il qu’il n’est
en sa puissance de se faire paroistre
capable du mariage en la presence de
tant de compagnie, et, comme i’ay
dit, auec vne femme que l’on n’aime
point, pour le different qu’ils ont en-
DES RAPPORTS.
semble : veu pareillement que telles
actions requièrent d'elles mesmesvne
asseurance et vn secret, et vne ami-
tié entre l’homme et la femme. Par-
quoy cela dépend de la conscience de
la femme plustost que de la proba-
tion du congrès, pour les raisons allé-
guées*
Exemple d'vn rapport d'vn lepreux confirmé K
Nous Chirurgiens iurés à Paris, par
l’ordonnance de Monsieur le Procu-
reur du Roy de Chastelet, donnée le
vingt huitième iour d’Aoustmil cinq
cens quatre vingts et trois, par la-
quelle auons esté nommés pour faire
rapport, sçatioir si G. P. est lepreux :
parlant l’avons examiné comme s’en-
suit. Premièrement auons trouué la
couleur de son visage couperosée,
blaffarde et liuide , et pleine de sa-
phirs : aussi auons tiré et arraché de
ses clieueux , et du poil de sa barbe
et sourcils, et auons veu qu'à la ra-
cine du poil estoit attachée quelque
petite portion de chair. Es sourcils et
derrière les oreilles auons trouué des
petites tubercules glanduleuses : le
front ridé, son regard ûxe et immo-
bile , ses yeux rouges, estincelans, les
narines larges par dehors et estroit-
tes par dedans , quasi bouchées auec
petites vlceres crousteuses: la langue
enflée et noire, et au dessus et au
dessous auons trouué petits grains,
comme on voit aux pourceaux la-
1 Ce rapport et celui qui vient ensuite
sont des additions de 1585.
669
dres : les genciues corrodées, et les
dents descharnées, et son haleine fort
puante, ayant la voix cnroüée, par-
lant du nez. Aussi l’auons veu nud ,
et auons trouué tout son cuir crespy
et inégal, comme celui d’vnc oye
maigre plumée , et en certains lieux
plusieurs dartres. D’auantage nous
l’auons piqué assez profondément
d’vne aiguille au tendon du talon ,
sans l'auoir à peine senti. Par ces si-
gnes tant vniuoques qu’equiuoques,
disons que ledit G. P. est ladre con-
firmé. Parquoy sera bon qu'il soit
séparé de la compagnie des sains,
d’autant que ce mal est contagieux.
Le tout certifions estre vray, tes-
moings nos seings manuels cy mis le
sixième May mil cinq cens quatre
vingts et trois.
Autre rapport d’vn souspçonné lepreux.
Nous sous-signés Chirurgiens iurés
à Paris, par le commandement de nos
seigneurs de la Cour de Parlement,
certifions auoir veu et visité diligem-
ment, par toutes les parties du corps
maistre Iacques, etc., pour faire rap-
port sur la disposition et santé de son
corps : sçauoir principalement s’il y a
en luy aucun souspçon , signe tant
vniuoque que equiuoque, de la mala-
die appellée vulgairement ladrerie :
lequel auons trouué en couleur de
tout le corps, grosseur, charactere ,
et actions, pur et net de ladite mala-
die. Fait sous nos seings, le vingt qua-
trième A oust mil cinq cens octante
trois.
DE LA FAÇON D’EMBAVMER LES CORPS MORTS.
l’ay bien voulu adiouster à cest
OEuure ce petit enseignement d’em-
baumer les corps morts , pour le ieune
Chirurgien , à fin qu’il fust accompli
de tout ce qui est à faire enuiron le
corps humain, tant vif que mort1.
Car bien à peine s’est-il trouué nation,
tant barbare fust elle, qui n’ait eu
soin d’embaumer les corps, non pas
mesme les Scythes, qui semblent en
barbarie auoir surpassé le reste des
hommes. Car iceux, comme raconte
Hérodote lim e quatrième de son His-
toire, n’enterrent point le corps de
leur Roy , que premièrement ils ne
l’ayenl mis en cire, après auoir curé
le ventre et nettoyé, puis rempli de
cyprès concassé, d’encens, de graine
de persil, et d’anis, et en après re-
cousu. De cesle mesme chose les
Ethiopiens se sont monstrés curieux,
faisans leurs sépultures de verre en
cesle sorte : apres qu’ils auoient
vidé et descharné les corps de leurs
amis defuncls , ils les accouslroient
et liçoient de piastre, sur lequel ils
ieltoient après vne peinture qui ap-
prochoit le vif tant qu’il leur esloit
possible. Et ce fait , ils enfermoient
le corps ainsi peint et plastré dans
vne colonne de verre creux :1e corps
1 Tout ce qu’on va lire jusqu’au paragra-
phe, (Jr pour embaumer, etc., a été depuis
répété à satiété par Paré dans son Discours
de la Murnic et dans la Préface de ce Dis-
cours, voyez ci-devant pag. 470 et 470; mais
du moins en retrouvons-nous ici la première
origine en 1 675.
ainsi enchâssé paroissoit au trauersle
verre, sans rendre mauuaise odeur, et
sans desagreer aucunement, encores
qu’on n’y conneust qu’vne peinture
morte. Les plus proches païens le
gardoient chez eux l’espace d’vn an,
en luy faisant offrandes et sacrifices,
et au bout de l’an le transportent
et alloient planter és enuirons delà
ville , comme escrit Hérodote liure
troisième.
Mais ce soin et curiosité est entré
plus auant dans le cœur des Egyp-
tiens, que d’aucune autre nation*.
Dont ils ont mérité grande louange,
s’estant montrés tant affectionnés à la
mémoire de leurs peres, que pour
la conserua tion d’icelle ils estoient
coustumiers d’embaumer les corps
entiers ù’iceux en vaisseaux de verre,
diaphanes et transparans, et les met-
tre en lieu le plus honnorableet emi-
nent de leurs maisons, pour en auoir
la mémoire tousiours représentée do-
uant les yeux, et leurseruir d’aiguil-
lon et s'.imule domestique, pour en-
suiure et imiter les bonnes parties et
vertus d’iceux, à fin de ne dégénérer
etforligner de leur naturel et bonne
inclination. Et d’auantage seruoient
iceux corps ainsi embaumés de sou-
uerains gages et asseurance de leur
foy : si bien que s’il esloit aduenu
qu’aucun Egyptien eust affaire de
quelque grosse somme d’argent, il ne
failloit point de la trouucr à emprun-
1 Tout le reste de ce paragraphe a été
ajouté en 1579.
DE LA FAÇON ü’eMBAVMER LES COUPS MORTS. 6^1
ter vers ses voisins , sur le gage d’vn
corps de l’vn de ses ayeulx : se tenans
tous asseurés les créditeurs , que
moyennant tel gage le debiteur man-
queroit plustost de vie que de foy ,
tant ils auoient à cœur de retirer tel
gage. Et si la fortune faisoit, et le
malheur fust si grand, qu’aucun s’ou-
bliast de tant en ses nécessités que de
ne vouloir ou sçauoir trouuer moyen
de retirer son gage, il tomboit en tel
deshonneur et infamie, qu’il n’eust
pas esté bon à manger aux chiens, et
ne se fust osé monslrer en public : car
on luy faisoit la huée , comme l’on
fa t à vn loup ou chien enragé , et de
liberté tomboit en ignominieuse ser
uilude, comme ayant desauoüé et
renoncé sa race et origine. Ce qui est
tesmoigné par Claude Paradin , en la
Préfacé du liure qu’il a fait des Al-
liances généalogiques des Roys et Prin-
ces de Gaule.
D’auantage comme escril Hérodote,
iceux Egyptiens reconnoissans cesle
vie estre de peu de durée, au regard
de celle que nous auons à viure après
la séparation du corps d’auec famé,
estoient fort negligens à baslir mai-
sons pour eux loger, mais au reste si
magnifiques à édifier Pyramides, des-
quelles ils se vouloient seruir pour
leurs sépultures, que pour le basti-
ment d’vne qui fut entreprise par
Cheopésl’vn de leurs Roys, trauail-
loient cent mille hommes l’espace de
chacun trois mois par le temps de
vingt ans: laquelle auoit de profon-
deur cinq stades , et estant de forme
quarrée, auoit en chacun front huit
cens pieds de large, et autant de haut,
estant chacune pierre le plus ordinai-
rement de trente pieds, fort bien ou-
urée , comme raconte Hérodote li-
ure 2. Or deuantqu’enfermerles corps
dans ces tant superbes sepulchres, ils
lesportoient auec pompe magnifique
vers les salleurs et embaumeurs , qui
estoient offices bien salariés du peu-
ple. Ils l’embaumoienl de drogues
aromatiques, puis ils cousoient les
incisions et refermoient le tout : cela
fait , ils salloient tres-bien le corps ,
et couuroient le salloir iusques à
soixante et dix iours : lesquels reuo-
lus, ils retournoient prendre le corps,
lequel laué et nettoyé, le lioient de
bandes faites d’vn drap de soye,
collées auec certaine gomme : alors
les païens reprenoient le corps , et
luy faisoient faire vn esluy de bois
moullé en effigie d’homme, dans
lequel ils l’estuyoient : et voila com-
ment ils embaumoienl les riches. De
ceste mesme curiosité nos François es-
meus et incités, font pour la plus part
embaumer les corps des Roys et
grands Seigneurs : Ce que chreslien-
nement, comme toute autre chose, ils
ont euidemment tiré tant du nou-
ueau que du vieil Testament, et fa-
çon ancienne de faire des Iuifs : car
il est dit au nouueau Testament 1 ,
queloseph acheta vn linceul, et que
Nicodeme apporta vne mixtion de
myrrhe et d’aloés, jusqu’au poids cn-
uiron de cent liures, de laquelle auec
autres odeurs aromatiques ils em-
baumèrent et enseuelirent le corps
de Iesvs Ciiiust (comme la couslume
des Iuifs estoil d’enseuelir leurs morts
embaumés, qui estoil signe de cesle
incorruption qu’ils esperoient en la
résurrection des Morts) ce que mesme
depuis eux voulurent faire les Maries.
Ce qu’ils auoient appris de leurs peres
anciens : car Ioseph au vieil Testament
commanda à ses Médecins d'embau-
mer son pere 2.
1 S. Iean, 20. 39. — A. P.
9 Genes. 50. 2. — A. P.
072 LE VINGT-SEPTIEME LIVRE ,
Or pour bien embaumer vn corps ,
premièrement il faut vuider tous les
entrailles et viscères : reseruant le
cœur parliculierement , à fin de l’em-
baumer et mettre à part, ainsi qu’il
sera aduisé par les amis du defunct :
il faudra pareillement vuider le cer-
ueau , après auoir coupé le crâne ,
ainsi qu’on fait és dissections et ana-
tomies. Ce fait, il faut faire des inci-
sions profondes et longues és bras,
dos, fesses, cuisses, iambes, et princi-
palement à l’endroit des grandes vei-
nes et arteres, à fin d’en faire sortir le
sang qui se corromproit , et pareille-
ment aussi d’y plonger des poudres :
cela fait, il faut exactement lauer tout
le corps auec vue esponge imbue d’eau
de vie et fort vinaigre, dans lequel
auront bouilli absinthe, aloé, pom-
mes de coloquintes, et sel commun et
alum: en après faudra remplir lesdites
incisions et toutes les ouuerlures, et
les trois ventres, des choses qui s’en-
suiuent, assez grossement puluerisées.
if. Pul. rosat. camomil. melil. balsami,
menlhæ, anclh. saiuiæ, lauand. roris.
maior. thymi, absinth. cyperi , calam.
aromat. geni. ireos Flor. assæ odoratæ,
caryophyl. nue. mosc. cinaino. slorac.
calam. benioin, myrrhæ, aloës, sandal.
oflinium.
En après les incisions seront cou-
sues : puis faut oindre tout le corps
de terebenlhine liquéfiée auec huile
de camomille et de rose, y adiouslant,
si bon semble, huiles aromatiques,
tirées par quinte-essence : puis au
reste sera en tout saupoudré auec
portion des poudres dessus dites : en
fin sera enueloppé d’vn linceul, et
après de toile cirée, et pour fin de
tout l’appareil , sera mis en un cer-
cueil de plomb bien ioinl et soudé,
rempli de bonnes herbes aromatiques
seiches. Et si le Chirurgien estoit en
quelque lieu où il ne peust recouurir
les susdites poudres, comme en quel-
que place assiégée, il se contentera
des suiuanles.
if. Calcis ext. cincr. communis aut querc.
Au reste, le corps estant en tout et
par tout laué de vinaigre, ou de lexiue
en lieu de vinaigre, telles choses con-
serueront le corps vne bonne espace
de temps, pourueu que ne soit en
temps de grande chaleur . et qu'il ne
soit situé en lieu chaud et humide : ce
quei’ay fait quelquesfois.
Qui est cause qu’à présent les Roys,
Princes, et grands Seigneurs n’eslans
bien embaumés, et vuidés, et laués
d’eau de vie et de vinaigre , et sau-
poudrés de choses grandement aro-
matiques , neantmoins tout cela, en
cinq ou six iours, plus ou moins, sen-
tent si mal qu’on ne peut endurer
estre au lieu où ils sont, et est-on con-
traint les enfermer en plomb. Cela
aduienl par ce qu’ils ne sont longue-
ment gardés en saumure auec les-
dites choses aromatiques, comme an-
ciennement on faisoit, et aussi par la
grande multitude de gens qui entrent
pour les voir, et le grand nombre de
torches et luminaires estans iour et
nuit : cela eschaufle si fort l’air, que
le corps n’ayant esté imbu de choses
qui gardent la pourriture, cela fait
qu’en peu de iours se corrompent et
pourrissent, et de leur pourrilures’es-
leue vne vapeur puante et cadaue-
reuse , qui offense grandement ceux
qui la sentent C
Parquoy ma façon de bien et deuë-
ment embaumer et garder les corps
1 Ce paragraphe a ôté ajouté en 1579; en
1575 le suivant commençait tout simple-
ment : Or ma façon, etc.
DE LA. FAÇON d’f.MBAVMER LES CORPS MORTS. 6ÿ3
morls forl long temps, c’esl qn’aprés
les auoir vuidés comme dessus, il 1rs
conuient poser en vn vaisseau de bois
bien ioint, rempli de fort vinaigre au
quel on aura fait boüillir sel et herbes
aromatiqueset ameres, comme aluine,
rue , aloës , coloquinte : puis adious-
ter eau de vie deux ou trois quartes ,
et laisser tremper les corps en ceste
mislure l’espace de vingt iours : après
les faut mettre debout, et les laisser
en lieu sec et non humide. Le vinaigre
garde de pourriture, d’autant qu’il
est froid et sec , qui sont deux choses
répugnantes à putréfaction : ce que
l’experience monstre. Car en iceluy
on garde les herbes , fleurs , fruits, et
autres choses sans qu’elles se pour-
rissent. le proteste auoir vn corps,
lequel me fut donné par le Lieute-
nant Criminel , après auoir esté exé-
cuté , il y a 25. ans et plus *, que i’a-
nalomisay, et leuay presque tous les
muscles du corps de la partie dextre
( à fin que lors queie veux faire quel-
que incision , voyant les parties de
recente mémoire, que ie sois plus as-
seuré en mes œuures ) la partie se-
neslre laissée en son entier : toutes-
fois à fin de le mieux conseruer, ie le
piquay d’vn poinçon en plusieurs en-
droits, à fin que la liqueur penetrast
au profond des muscles et autres
parties : et voit- on encore entiers les
poumons , cœur , diaphragme , esto-
1 Cette histoire a été également rapportée au
livre de la Mumie; et comme je n’en sa-
vais pas la première origine, j’avais pré-
sumé que celle préparation avait dû être
faite vers 1557. Comme le texte auquel cette
note se rapporte a paru en 1575, c’est donc
avant 1550 que Paré avait préparé son ca-
davre , et probablement à l’époque où il dis-
séquait avec Thierry de Héry pour les le-
çons de la Faculté de médecine.
mach , râtelle , reins , et semblable-
ment le poil de ia barbe , de la teste,
et d’autres parties , voire les ongles ,
lesquels i’ay apperceus euidemment
croislre, après les auoir par diuerses
fois rongnés L
Par ces miracles en la nature ( tels
osé-ie les appeler, puis que les corps
priués de leur ame et substance , qui
est le sang , poussent encor leurs ex-
cremens, à sçauoir le poil et les on-
gles) ayant fini mon œuure, i’ay eu
aussi esgard à l’ordre tenu en la
poursuite d’iceluy Car ayant déclaré
ce qui estoit necessaire pour la con-
serualion de ce corps estant en vie,
et pour le remettre en vigueur, y
ayant quelque alteration : c’esloit
bien raison aussi que la fin de ce Dis-
cours fust du corps mort , et des
moyens de le conseruer en son en-
tier sans pourriture, et sans y em-
ployer des frais si exorbitans que
faisoient iadisles Itoys (par trop scru-
puleux) d’Egypte, qui employoient
toutes les drogues aromatiques que
l’Orient produit , pour embaumer
leurs corps : et dressoient des basti-
1 L’édition de 1575 ajoutait ici : «La fi-
gure duquel l’est encore ceste fois représentée
tant du deuant que du derrière. IJ explication
des lettres ont esté déclarées ctj deuant en L’A-
natomie. » On voyait en effet à la suite une
figure intitulée : Figure d’vn corps analomisé
et embaumé il y a vingt-cinq ans et plus, sans
sentir aucune feleur.
C’était un sujet debout, couvert de la
peau du côté gauche, les muscles disséqués
du côté droit, et du reste la même figure
qu’il avait employée dans son analomicpour
la démonstration des muscles ; ce qui fait
douter que vraiment ce fût là le dessin de
son cadavre. Au reste , cette figure fut effa-
cée en 1579, et le livre complété par le long
article que j’ai reproduit.
lit.
43
LE VINGT-SEPTIÈME LIVliE,
674
mens admirables pour leur seruir de
sépulture *.
Ayant doncconduit mon œuure ius-
qu’à la fin et période, et en iceluy
(par la grâce de Dieu) tout ce que
i’ay pu ramasser, tant des anciens qui
ont sceu vrayemenl la chirurgie, que
des médecins, hommes expérimentés,
et de ce que moy-mesme en ay pra-
tiqué : ie pricray tout lecteur bening,
candide et de bon naturel, de s'arres-
ter plus à ma bonne intention que
aux fautes qu’il pourrait trouuer en
mon liure. Car estant homme, comme
ie suis, il est aussi impossible que ie
ne sois suiel â faillir, n’y ayant rien
de parfait parmy l’imperfection des
choses de cesle masse terrestre. Et ie
proteste que ie n’ay rien fait, ny pour
desplaire, ny pour paroislre plus ha-
1 Là se termine le livre dans l’édition de
1585etdans toutes cellesquionlsuividcpuis.
Mais en 1579, Paré complétait son oeuvre
par une sorte d’épilogue , où il se montiait
tout entier, modeste, mais confiant en sa
force, amoureux de la gloire, non seulement
pour lui-même , mais pour son pays ; animé
suriout du désir d’être utile, et rendant à
Dieu un pieux hommage des talents qu’il en
avait reçus. La traduction latine faite sur
cette édition de 1579 n’avait gardé de ce
morceau que les lignes suivantes, où l'on ne
reconnaît pas même la pensée de Paré.
Ai que irnmensi hujus noslri laboris hœc
mêla, litre per Dei graliarn sit requies, cui soli
oplimo maximo, immorUili, et inuisibili honor
et glorin in sœcula sœculorum. Amen.
Pourquoi cet épilogue fut-il retranché
en 1585? Probablement parce que la Collec-
tion ne finissait plus en cet endroit , se
trouvant alongée et complétée par la grande
Apologie. Mais comme le vrai Canon scienti-
fique de notre auteur se termine avec le livre
des Happons , je n’ai pas \oulu dérober au
texte un des morceaux les plus remarqua-
bles de pens e et de style qui soient sortis
de la plume d’A. Pajé.
hile que les autres : seulement à fin
que la connoissance des choses que
Dieu m’a donnée ne demourast en-
seuelie, et que ce tbresor peust profi-
ter et à ceux qui ores viuent et à la
postérité: croyant que si i’eusse leu et
supprimé cecy, mon nom eust plus
mérité de blasme que de los 1 , puis-
que i’eusse enuié le salut à nos ne-
ueux , et dénié aux suruiuans ce de
quoy l’experience m’a fait largesse.
D’autant que nous ne sommes nés
pour nous seuls, ains pour profiter
aux autres, et que la raison veut
qu’on connoisse à Fauenir que nous
auons esté quelquesfois, en laissant à
la postérité vne viue mémoire denos-
1 re cslre et de nostre diligence. Au sur-
plus, si i’ay fait quelque faute , ou dit
des choses mal séantes ou desplaisan-
tes ( comme il est impossible de com-
plaire à chacun } on me fera vn singu-
lier bien, plaisir et faueurde marquer
le lieu de ma faute, et m’en informer
chrestiennement,et sans vserd’inuec-
liues et parolles médisantes , et m’ai-
derdes raisons qui seront à leur cen-
sure : d’autant que tout vieil que ie
suis , encor veux-ie imiter Socrate et
les autres anciens philosophes , et ap-
prendre l’amour, quoique i’aye (com-
me l’on dit) vn pied dedans la fosse. Et
ie proteste à foy d’homme de bien de
leur en sçauoir bon gré , leur en ren-
dre grâces, et de corriger ma faute,
si auec raison ils me monstrent que
ie ne la puisse defendre , sans que ie
m’opiniastre ni aheurte en mes seuls
aduis , ou que ie sois vn présomp-
tueux louangeur de ce que i’entens
ou de ce que ie sçay faire. A tant ie
mellray fin , suppliant Dieu qu’il
luy plaise adoucir le cœur de ceux
qui me portent haine , et les réduire
1 Que. de las, que de louange.
DE LA FAÇON d’eMBA.VMER LES CORPS MORTS.
675
à faire comme moy , et à publier ce
qu’ils sçauent à la gloire de sa diuine
Maiesté, et profit des François et hon-
neur de la France : laquelle sera de
tant plus illustrée parmy les nations
eslranges qu’il y aura de sçauans es-
criuains nés , nourris, et instruits en
icelle , et que les estrangers auront
de moyen de puiser lesçauoir et l’ex-
perience és escoles et Vniuersités de
ce royaume. Prie aussi ceste diuine
bonté qu’il luy plaise dresser nos ac-
tions selon sa sainte volonté , et me
faire la grâce qu’elle ait mon seruice
pour agréable.
APOLOGIE, ET TRAITE
CONTENANT
LES VOYAGES FAITS EN DIVERS LIEVX 1 ,
PAR AMBROISE PARÉ , DE LAVAL ,
CONSEILLER ET PREMIER CHIRVRGIEN DV ROY.
Véritablement ie n’eusse mis la
main à la plume pour escrire de telle
maniéré , n’eusl esté que quelqu’vn
m’a taxé et iniurié impudemment, et
mesprisé par haine et affection parti-
culière plus que de bon zele qu’il
deuoit auoir au public , de ma ma-
niéré de lier les veines ei arteres, es-
criuant ce qui s’ensuit :
1 Voici, comme il a été dit dans mon In-
Iroduction, le dernier opuscule publié par
Paré de son vivant. Il parut dans la qua-
trième édition des œuvres complètes, en 1 585;
et la date de quelques observations qu’on
trouvera rapportées plus bas ( pages G81 et
suiv. ) fait voir qu’il n’a pu être écrit avant
l’année 15S4. Le livre de Gourmelcn, auquel
Paré répond , avait paru en 15S0 sous ce ti-
tre , qui en explique assez l'esprit : Siephatii
Gourmeleni Curiosolilce Parisiensis medici
Ch irurgicæ artis , ex Hippocralis et aliorum
velerum Medicorum decretis, ad ralionis nor-
mum redaciæ Libri III. C’élait l’adoration
des doctrines hippocratiques et galéniques
poussée jusqu’à l’absurde; c’était le mauvais
côtéde l’école représentée parParé.et l’écueil
où elle devait périr. Aussi Paré , qui, comme
Malè igitur et nimium arroganter,
inconsultus et temcrarius quidam, va-
surum vstionem post cmorlui membri
reseetionem, à vetcribus imnibus pluri-
mùm comwendatam , et scmpcr proba-
tam, damnare ausus est : nouum quem-
dam deligandi vasa modum , contra
veteres omnes medicos sine ralione, sine
experientia et iudicio , docere cupiens,
tous les hommes vraiment éminents, tout
en résumant en lui l’esprit philosophique de
son époque, le sentait trop étroit pour son
génie, et pressentait l’époque a venir, Paré
se roiditcontre cette servilité aveugle ; après
avoir vengé sa propredoctrine, ilattaquecer-
taines des doctrines anciennes reproduites
par son adversaire ; il critique, il condamne
ces puissantes autorités, Paul d’Egine, Celse,
etjusqu’à Hippocrate inême;il donne enfin
aux chirurgiens du xvie siècle l’exemple
d’une critique aussi large et aussi hardie que
l’époque pouvait peut-être la comporter. J’ai
dit dans mon Introduction que sans doute
Paré avait eu communication de la traduc-
tion de Courtin. 11 paraît d’après une indi-
cation de Du Verdier, rapportée par Haller,
que cette traduction avait paru la même
\
APOLOGIE ET VOYAGES.
C77
nec animaduertit maiora multù peri-
cula exipsa noua vasorum dcligalione
( quam acu partem sanam profundè
transfigendo administrari vult ) im-
minere, quam exipsarstione : Nam si
acu neruosam aliquam partem, tel ner-
uum ipsum pupugerit , dum ita nouo et
inusitato modo renam absurde conatur
constringere , noua inflammatio neces-
sario consequetur, à qua conuulsio, et
à commision e cita mors. Quorum symp-
tomatum mctuGalenus non ante trans-
uersa ruinera suere audebat(quod tamen
minus erat periculosum) quàm muscu-
lorum&ncvc\ipdtjeL(denudasset.Addequod
forcipes , quibus post sectioncm iterum
carnem dilacerat , cùm rétracta versus
origincm rasa se pcsse extrahere som-
niat , non minorem afférant dolorem ,
quàm ignita ferramenta admota. Quod
si quis nouum hune laniatum exper-
tus incolumis euaserit , is Dco oplimo
ma.timo, cuius benefteentia, crudelitate
ista et carnificina liberatus est , maxi-
mas gratias et habere , et semper agere
débet ‘.
Qui est à dire :
« Mal doneques et trop arrogam-
ment , indiscrettement , et temerai-
année que l’ouvrage même , c’est-à-dire en
1580 ; et on verra que Paré la cite lui-même,
à la page 08G, sous le litre que Coin tin lui
avait donnée, le Guide des Chirurgiens.
I)u reste , celte Apologie comprend deux
parties bien distinctes, la polémique et les
voyages. Paré n’ayant pu en revoir une
seconde édition , nous y trouverons peu de
variantes; par la nature même du sujet, cet
opuscule se refusait à des annotations bien
nombreuses; et la plupart des notes qui s’y
rattachent appartiennent à Paré lui-même.
1 Ce texte est copié de l’ouvrage de Gour-
mclen , page 124 ci suivantes. J’ai seule-
ment rétabli deux ou trois mots omis sans
doute par oubli , car ils n’ajoutent ni ne re-
tranchent rien au sens.
rement , vn certain personnage a
voulu condamner et blasmer la brus-
lure des vaisseaux après l’amputa-
tion d’vn membre corrompu et pour-
ri, fort loiiée et recommandée des
anciens , et tousiours approuuée :
nous voulant et désirant monstrer et
enseigner sans raison, sans jugement
et expérience, vne nouuelle maniéré
de lier les vaisseaux , contre l’opinion
de tous les anciens Médecins : ne s’es-
tant pas donné de garde ny aduisé ,
qu’il suruient beaucoup plus grands
périls et accidens de ceste nouuelle
façon de lier les vaisseaux ( laquelle il
veut eslre faite d’ vne aiguille perçant
profondément la partie saine ) que de
la bruslure et vstion desdits vais-
seaux. Car si par l’aiguille on pique
quelque partie nerueuse, voire mesme
le nerf , quand il veut par ce moyen
nouueau et inusité , lourdement con-
traindre la veine en la liant , néces-
sairement il s’ensuiura vne nouuelle
inflammation , de l’inflammation la
conuulsion,de la conuulsion la mort :
pour crainte desquels accidens, Ga-
lien n’a iamais osé coudre les playes
transuersales ( ce que toutesfois estoit
moins dangereux ) deuant que des-
couurir les aponeu roses des muscles.
Ioint que les pincettes auec lesquelles,
après la section, de rechef il deschire
la chair, pendant qu’il pense pouuoir
tirer dehors les vaisseaux qui se sont
retirés vers leur origine, n’apportent
moins de douleur que les fers ardens.
Et si quelqu’vn ayant expérimenté
ceste façon nouuelle de cruauté , en a
esté guari, celuy-là doit rendre grâces
à Dieu à tout iamais, par la bonté du-
quel il est reschappé de telle cruauté,
sentant plus son bourreau que Chirur-
gien méthodique *. »
1 Cette traduction n’est pas de Courtin,
APOLOGIE
678
O quels beaux mots ! pour vu
homme ancien qui se dit sage , et
Docteur. Il ne se souuient pas que sa
barbe blanche l’admoneste de ne dire
aucune chose indigne de son aage, et
qu’il doit despouiller et chasser hors
de soy toute enuie et rancuneconceuë
contre son voisin.
Or maintenant ie luy veux prouuer
par authorilé, raison et expérience ,
que lesdites veines et arteres se doi-
uent lier.
lequel a rendu moins fidèlement le texte,
en atténuant quelque peu la grossièreté des
expressions de Gourmelen. Mais il est vrai-
ment remarquable que ni Gourmelen ni
Courtin n’aient connu au juste la véritable
méthode de Paré, et que celui-ci n’ait pas
relevé dans son adversaire ce défaut de con-
science et de bonne foi. On peut voir en effet
aux chapitres 22 à 24 du livre des Contusions
(t. II, p. 224 et suiv.), que l’aiguille n’était
entre les mains de Paré qu’une ressource
extrême, et même qu’il ne l’employait
pas comme l’indiquent les deux docteurs
régents de la Faculté. Mais les chirurgiens de
Paris même, qui auraient dû me pr ester la
main , dit le bon Paré , qui auraient dû em-
brasser avec ardeur cette magnifique décou-
verte, les chirurgiens la laissèrent perdre et
mettre en oubli ; et voici ce que ces vaillants
opérateurs lui avaient substitué , sans atten-
dre pour ainsi dire que leur maître à tous
eût fermé les yeux.
Dans une annotation qui suit l’article de
Gourmelen , Courtin écrit :
« ... La question est plus grande de la fa-
çon d’arrester le sang à l’amputation des
membres. L’aulheur en veut à Maistre Am-
broise Paré, qui a esté inuenteur de la liaison
des vaisseaux faicte par vn fil double , et
tors, tiré d’vne aiguille qu’on met et fiche
au-dessous du vaisseau , et va d’outre en ou-
tre, ou d’vn costé à l’autre, à fin que le fil
se puisse lier des deux costez. On met entre
le fil et la peau vn peu de linge , mais la dif-
ficulté est que l’aiguille peut rencontrer
quelque nerf, lequel piqué fera les accidens
rapportez par l’Autheur : à quoy on peut
AUTHORITÉS.
Quant aux authorités,ie viendray à
celle de ce grand personnage Hippo-
crates, lequel veut et commande gua-
rir les fistules du siégé par ligature,
tant pour absumer la callosité, que
pour euiler l’hemorrhagie *.
Galien en sa Méthode2, parlant du
flux de sang fait par cause externe ,
duquel voicy les paroles : c’est (dit-il)
le plus seur de lier la racine du vais-
seau, laquelle i’entens estre celle qui
est plus prés ou du foye , ou du
cœur.
Auicenne commande de lier la veine
et l’artere, après l’auoir descouuerte
vers son orig ne 3.
Guy de Cauliac parlant de la playe
des veines et arteres, enioint au Chi-
rurgien de faire la ligature du vais-
seau 4.
Monsieur Hollier parlant du flux de
sang, commande expressément de lier
les vaisseaux 5.^
respondre que les nerfs sont à demy retirez,
et glissent fort aisément sous la pointe de
l’aiguille , bref on n’en a point veu arriuer
d’accidens, depuis que ceste practique est
en vsage. Il est vray que maintenant on a
trouué vn autre expédient, de ietler delà
poudre de bol armene dessus les vaisseanx
et toute la chair de la partie couppee, puis
auec plumaceaux, estouppes, couuertes en-
cores d’astringens, auec le repos, et le ré-
gime , on garantitle malade de perte de sang
et de l’application rigoureuse de fer chaud,
ou de la piqueure dangereuse des nerfs. »
Voyez le Guide des Chirurgiens, édition de
1619, p. 162.
1 Au lin. des Fistules du siégé. — A. P.
2 Au chap. Z.liu. 5. — A. P.
3 Lia. 4. fueil. 4. tract. 2. chap. 17. — A. P.
t Traité 3. doct. 1. chap. 3. — A. P.
5 Au liu. 3. chap. 5. de sa Matière de Chi-
rurgie. — A. P.
ET VOYAGES.
Calmelbée au chap. des Playes des
veines et arteris, traite vn tres-seur
moyen d’arrester le flux de sang par
ligature du vaisseau '.
Celse, duquel ledit Médecin a la plus
grand’ part rapsodié son Liure, re-
commande expressément de lier les
vaisseaux au flux de sang suruenant
aux playes, comme remede Ires-facile
et plus seur 1 * 3.
Vesalius en sa Chirurgie, veut que
l’on lie les vaisseaux au flux de
sang 3.
Iean de Vigo traitant de l’hemor-
rhagie aux playes recenles, com-
mande de lier la veine et l’artere 4.
Tagaut traitant les moyens d’ar-
rester vn flux de sang, commande de
pinser la veine ou l’artere auec vn
bec de Corbin ou de Perroquet, puis
la lier auec vn fil assez fort 5.
Pierre de Argilata de Boulogne,
discourant du flux de sang et de la
maniéré de l’arrester , donne vn qua-
trième moyen expressément, qui se
fait par ligature du vaisseau 6.
Ioannes Andréas à Cruce Vénitien,
fait mention d’vne metbode d’arrester
le flux de sang par ligature du vais-
seau 7.
D’Alechamp commande de lier les
veines et arteres 8.
Or voila, mon petit bon homme, des
authorités qui vous commandent lier
les vaisseaux. Quant aux raisons,’ je
les veux deballre.
L’hemorrhagie n’est pas tant à
1 Au lin. des Playes, chap. 12. — A. P.
* Au chap. 26. du 5. lin. — A. P.
3 Au chap. 4. du 3. lia. — A. P.
* Au liu. 1 . I raicl . 1. chap, 2. — A. P.
5 Au chap. 12. du 2. lia. — A. P.
* Au traité 4. chap. 11. liu. 1. — A. P.
7 Au liv. 1. secl. 1 . chap. 16. p. 5. — A. P.
8 Sur le 88. chap. du liu. de Paul , — A. P.
c79
craindre (dites vous ') h la section de
l’epiploon, h celle (les varices, et in-
cision des arteres temporales, qu’a-
pi'és l’amputation d’vn membre. Or
vous mesmes commandez, qu'en cou-
pant les varices, l’on arreste le flux de
sang par ligature du vaisseau, Le
mesme vous commandes, parlant de
la suture auec l’amputation etsection
de la coëffe altérée de l’air ambient:
voicy vos paroles3: Après cela, il faut
aduiser à la coëffe, car s’il y en a quel-
que partie gastée , pourrie, corrom-
pue, ternie et noirastre : premièrement
l’ayant liée„de peur du flux de sang ,
et le reste. Vous ne dites pas apres
l’auoir cautérisée: mais à dire vray,
vous auiez les yeux fermés et tous
les sens hébétés, lors que vous auez
voulu mesdire d’vne si seure mé-
thode, et que ce n’est que par ire et
mauuaise volonté : car il n’y a rien
qui aye plus de puissance de chasser
la raison de son siégé , que la cholere
et l’ire : ioint que, comme l’on vient à
brusler la partie amputée, le plussou-
uent quand l’eschare vient à cheolï,
il suruient vn nouueau flux de sang,
comme i’ay apperceu plusieurs fois,
n’ayant encore esté inspiré de Dieu
d’vn si seur moyen, lorsque i’vsoisdu
feu. Que si vous n’auez Irouué ou en.-
tendu ceste méthode aux liures des
anciens, vous ne la deuez ainsi fouler
aux pieds, et parler sinistrement d’vn
qui toute sa vie a préféré le profit du
public au sien particulier. N’est-il
pas plus que raisonnable de se fonder
au dire d’Hippocrates, de l’authorité
duquel vous vous seruez 3, qui est
i Au hu. 2. chap. de l’Angeologie, ftteil.
176. — A. P.
s Au liu. 1 . chap. de la Suture. — A. P.
5 Au chap. de la Breusleure , liu. 2. fueil.
266. — A. P.
68o
APOLOGIE
telle : que ce que le médicament ne
guarit point , le fer le fait, et ce que le
fer n'amende point , le feu l’extermine.
C’est vne chose qui ne sent point son
Chrestien, de brasier tout du premier
coup sans s’arrester aux plus doux
remedes, comme vous mesmes escri-
uez », parlant des conditions requises
au Chirurgien pour bien guarir, le-
quel passage vous empruntez d’ail-
leurs 1 2 : car ce qui se peut faire dou-
cement sans feu, est bien plus re-
commandable qu’au trement. N’est-ce
pas vne chose que toute l’Eschole
lient comme vn axiom^, qu’il faut
tousiours commencer aux plus aisés
remedes? ets’ils ne sont suffîsans, l’on
viendra aux extremes suiuant la
doctrine d’Hippocrates. Galien recom-
mande tant, au lieu preallegué 3, de
traiter les malades tost , seul ement,
et auecle moins de douleur que faire
se pourra.
VENONS MAINTENANT A EA RAISON.
Or est-il qu’on ne sçauroil appliquer
les fers ardens qu’auec vne extrême
et vehentenle douleur, en vne partie
sensible, exempte de gangrené, qui
seroit cause d’vneconuulsion, heure,
voire souuent la mort. Et d’auantage
seroient après les panures paliens
long temps sansestre guaris, à raison
que par l’action du feu il se fait es-
chare qui se fait delà chair suiette,
laquelle estant tombée, il faut que
Nature régénéré vne autre chair nou-
uelle au lieu de celle qui aura esté
bruslée, ioint que l’os demeure nud
et descouuert, et parce moyen y reste
le plus souuent vn vlcere incurable.
1 Au liu. 1 . fueil. 5.
2 Galien , au liu. 4. de la Melhode et au liu.
de Arte. — Hippocrates, Aph . G. liu. 1. — A. P.
3 Au liu. de Arte parua. — A. P.
Encore y a-il vn autre accident :
c’est que souuent l’eschare tombée ,
la chair n’estant bien regenerée , le
sang en sort autant ou plus qu’aupa-
rauant : et quand on les aura liés, la
ligature ne tombera que première-
ment la chair ne les aye recouuerts.
Ce qui est prouué par Galien ‘ , disant
que les medicamens escharotiques
qui engendrent croustes. toutesfoiset
quantes qu’ils tombent , délaissent la
partie plus nue que sa naturelle ha-
bitude ne requiert. Caria génération
de crouste prouient des parties su-
jettes, et qui sont situées à l’entour,
demy bruslées , par maniéré de dire.
Parquoy d’autant que la partie est
bruslée, d’autant perd-elle sa chaleur
naturelle.
Or, dites vous, quand il est necessaire
d’v-er de medicamens escharotiques ,
ou de ferremens ardens , c'est quand le
flux de sang est concile par érosion , ou
quelque gangrené ou putréfaction. Or
est-il ainsi qu’aux playes recenles il
n’y a nulle gangrené ni putréfaction :
Ergo, les cautères n’y doiuenl eslre
appliqués. Et lors que les anciens
ont commandé de mettre les fers ar-
dens en la bouche des vaisseaux , ce
n’a seulement esté pour arrester le
sang, mais principalement pour cor-
riger la malignité ou pourriture gan-
greneuse qui pourroit gasler les par-
ties voisines. Et faut icy noter que si
i’eusse conneu tels accidens venir,
qu’auez déclaré en vostre liure, pour
tirer et lier les vaisseaux , iamais ie
n’eusse esté trompé deux fois , et
n’eusse voulu laisser à la postérité
par mes escrits telle maniéré d’arres-
ter le flux de sang : mais ie l’ay escrit
après l’auoir veu faire, et fait plu-
sieurs fois auec heureux succès. Voila
1 Au 5. de la Méthode. — A. P.
ET VOYAGES.
ce qui peut aduenir devostre conseil
inconsidéré, et sans examiner et s’ar-
rester sur la facilité de lier lesdits
vaisseaux. Car voicy vostre but et
proposition : Lier les vaisseaux après
V amputation est vn remede nouueau ,
dites vous , donc il n'en faut vser:
c'est mal argumenté pour vn Doc-
teur.
Quant à ce qu’il faut ( dites vous)
vser du feu après les amputations des
7nembres, pour consommer et tarir la
putréfaction qui est commune aux gan-
grenés et mortifications : cela à la vé-
rité n’a point de lieu , d’autant que la
pratique est d’amputer tonsiours la
partie au dessus de ce qui est mortifié
et corrompu , comme escrit et com-
mande Celse ‘, de faire l’amputation
sur ce qui est sain , pluslost que de
laisser quelque chose du corrompu,
le vous demanderois fort volontiers ,
si lors qu’vne veine est coupée à Ira
uers, et qu’elle s’est retirée fort auant
v ers son principe, vous ne feriez point
de conscience de brusler iusques à
ce qu’eussiez trouué l’orifice de la
veine ou artere , et s’il n’est pas plus
facile auec vn seul bec de Corbin de
pincer et tirer le vaisseau et le lier?
En quoy vous monsjirez apertement
vostre ignorance 2, et qu’auez vostre
ame saisie d'vne grande animosité et
cholere. Nous voyons pratiquer tous
les iours, auec heureux succès, ladite
ligature du vaisseau après l’amputa-
tion d’vne partie : ce que ie veux
maintenant vérifier par expériences
et histoires de ceux à qui ladite li-
gature a esté faite , et personnes vi-
uantes.
1 Au liu. 5. chap. 26. et au lia. 7. chap 33.
— A. P.
* Au cliap. de la Coupeure , liu. 2. — A. P.
68 1
EXPERIENCE.
Histoire notable. — Operation faite par
Charbonnel.
Le seizième iour de Juin mil cinq
cens quatre vingls et deux , en la
presence de maistre Iean Liebauld,
Docteur en la faculté de Medecine
de Paris, Claude Viard, Chirurgien
iuré, maistre Mathurin Huron, Chi-
rurgien de monsieur de Souuray, et
moy, Iean Charbonnel , maistre Bar-
bier Chirurgien à Paris, bien en-
tendu à la théorique et pratique de
Chirurgie, a fort dextrement amputé
la iamhc senestre à vne femme, tra-
uaillée il y auoil plus de trois ans
d’vne extrême douleur, à cause d’vne
grande carie qui estoit aux os astra-
gal , cyboïde, grand et petit focile ,
et par toutes les parties nerueuses,
d’où elle sentoit des douleurs intolé-
rables iour et nuit. Elle s’appelle
Marie d’Hostel, aagée de vingthuit
ans ou enuiron, femme de Pierre
Herué, Escuyer de cuisine de ma-
dame la Duchesse d’Vzés , demeurant
rue des Verbois, par delà sainct Mar-
tin des champs, à l’enseigne du chef
sainct Iean : à laquelle leditCharbon-
nel coupa ladite ïambe à quatre
grands doigts au dessous du genoüil:
et après qu’il cust incisé la chair et
scié l’os , il pinça auec le bec de cor-
bin la veine, puis l’artere, puis les
lia : dont ie proteste à Dieu ( comme
la compagnie qui y estoit le pourra
tesmoigner ) qu’en toute l’operation
qui fut soudainement faite , il n’y eut
pas vne pallette de sang perdue: et
eommanday audit Charbonnel d’en
laisser couler d’auantage, suiuant
le precepte d’Hippocrates, qu’il est
bon en toute playe et vlcere, mesme
inueterée,de laisser fluer le sang1 :
1 En la sent. 7. du liu. des Vlceres. — A. P.
APOLOGIE
682
par ce moyen la partie est moins su-
jette à inflammation. Ledit Charbon-
nel continua de la traiter et médica-
menter , laquelle a esté guarie en
deux mois , sans que iamais il soit
suruenu aucune hémorrhagie ou flux
de sang, ny autre mauuais accident:
et vous est allée voir en vostre logis,
estant toute guarie.
Autre histoire. — Operation faite par Kiard.
Autre histoire de recente mémoire,
d’vn chantre deNostre Dame, nommé
monsieur Poulain , qui se rompit les
deux os de la ianibe , qui estoienl bri-
sés en plusieurs esclats, de façon
qu’il n’y auoit nulle esperance de le
guarir. Pour obuier à la gangrené et
mortification , et par conséquent à la
mort , monsieur Helin , Docteur Re-
gent en la faculté de Medecine,
homme d’honneur et de bon sçauoir,
Claude Viard et Simon Pietre, Chi-
rurgiens iurés à Paris, hommes bien
exercés en Chirurgie, et Balthasar
de Lestre et Leonard de Leschena! ,
maistres Barbiers Chirurgiens, aussi
bien expérimentés és operations de
Chirurgie, fusmes tous d’auis, pour
obuier aux aecidenspredils, luy faire
entière amputation de la iambe, vn
peu au dessus des os rompus et es-
clattés , et des nerfs , veines , et artè-
res dilacerées. L’operation fut déxtre
ment faite par ledit Viard , et le sang
estanché parlaligature des vaisseaux,
en la presence dudit Helin , et de
monsieur Tonsard , grand vicaire de
Nostre Dame : et fut continuellement
pensé par ledit Leschenal , et ie l’al-
lois voir par fois. Il fut heureusement
guari sans l’application des fers ar-
dens, et chemine gaillard sur vue
iambe de bois.
Autre histoire.
L’an mil cinq cens quatre vingts et
trois, le dixiéme iour de Décembre,
Toussaint Posson , natif de Roinuille,
à présent demeurant à Beauuoisprés
Dourdan , auoit la iambe toute vlce-
rée et tous les os carieux et pourris ,
me pria que pour l'honneur de Dieu
ie luy eusse à couper la iambe, pour
la grande douleur qu’il ne pouuoit
plus tolerer. Après estre préparé, luy
fis couper la iambe à quatre doigts
prés la rotule du genoüil , par Daniel
Poullet , l’vn de mes seruiteurs , pour
l’apprendre et enhardir à faire telle
œuure,làoù il lia bien dextrement
les vaisseaux pour estancher le sang,
sans application lie fers ardens , en la
presence de Jacques Guillemeau, Chi-
rurgien ordinaire du Roy, et Iean
Charbonncl , maistre Barbier Chi-
rurgien à Paris. Et pendant la cure,
a esté veu et visité par messieurs Laf-
filé et Courtin , Docteurs regens en
la faculté de Medecine à Paris. La-
dite operation fut faite en la maison
de Iean Gohel hostelier, demeurant
à l’enseigne du Cheual blanc en
Gréue.
le ne veux oublier icy à dire que
madame la Princesse de Montpensier,
sçachant qu'il esloit pauure, et qu’il
estoil entre mes mains, luy donna de
l’argent pour payer sa chambre et
sa nourriture. Il a esté bien guari.
Dieu mercy, et s’en est retourné en
sa maison auec vnc iambe de bois.
Autre histoire. — Gangrené suruenue de cause
anteeedente.
Vne gangrené suruint à la moitié
de la iambe, à vn nommé Nicolas
Mesnager, aagé de soixante et seize
ans, demeurant rue sainct Honoré, à
l’enseigne de la Hotte, laquelle luy
ET VOYAGES.
suruint de cause interne, et fut-on
contraint de luy amputer la iambe,
pour luy sauuer la vie. Et fut am-
putée par Antoine Renaud, mais-
tre Barbier Chirurgien à Paris, le
seizième iour de décembre mil cinq
cens quatre vingts et trois , en la pré-
sence de messieurs le Fort et la Noué,
Chirurgiens iurés à Paris. Et le sang
fut estanché par la ligature des vais-
seaux , et est à présent guari , et se
porte bien , cheminant auec vne
iambe de bois.
Autre histoire. — Operation faite par
GtiiUemeau.
Vn passeur d’eau, au port de Nesle,
demeurant prés monsieur du Mas ,
contrerolleur des Postes, nommé
Iean Boussereau , à qui vne liarque-
buse se creua en la main , qui luy
brisa entièrement les os, et dilacera
toutes les autres parties, en sorte
qu’il fust besoin et necessaire luy
faire amputation de la main deux
doigts au dessus du carpe '. Ce qui fut
fait par Iacques Guillemeau , à pré-
sent Chirurgien ordinaire du Roy ,
qui demeuroit pour lors auec moy.
L’operation fut pareillement faite
dextrement, et le sang estanché par
la ligature des vaisseaux , sans les
fers ardens. Il est encore à présent
viuant.
Autre histoire. — Operation faite par
l’Aulheur.
Vn marchand grossier, demeurant
rue sainctDenys,à l’enseigne du gros
Tournois, nommé le luge, lequel
tomba sur la teste, où il se fit vne
playe prés le muscle temporal , où il
eust vne artere ouuerte , de laquelle
1 L’édilion de 1585 dit seulement : luy
J aire amputation du bras.
683
sortoit le sang fort impétueusement ,
de façon que les remedes communs
pour l’estancher n’y sçeurcnt seruir :
i’y fus appellé, où ie trouuay mes-
sieurs liasse, Coinleret, Viard, Chi-
rurgiens iurés à Paris, pour estan-
cher le sang : où promptement ie pris
vne aiguille enfilée, et luy liay l’ar-
tere , et depuis ne saigna , et fut tost
guari. Tesmoin en sera monsieur Rous
selet, n’agueres Doyen de vostre fa-
culté , qui le traitoit auec nous.
Autre histoire.
Vn sergent du Cbastelet, demeu-
rant prés sainct André des Arts , qui
eut vn coup d’espée à la gorge au
pré aux Clercs, qui coupoit tout en
trauers la veine Jugulaire externe ,
subit qu’il fut blessé, posa son mou-
choir sur la playe , et me vint trouuer
en ma maison : et lors qu’il osla son
mouchoir , le sang iaillissoit d’vne
grande impétuosité. Subit liay la
veine vers sa racine : par ce moyen
fust estanché, et guarisl grâces à
Dieu. Et si on eust suiui vostre ma-
niéré d’estancher le sang par les
cautères, ie laisse à penser s’il fust
guari . ie crois qu’il fust mort entre
les mains de l’operateur.
Si ie voulois reciter tous ceux aus-
quels on a lié les vaisseaux pour arres-
ter le sang , lesquels ont esté guaris,
ie n’aurois de long temps fait : et me
semble que voila assez d’histoires al-
léguées, pour vous faire croire que l’on
estanche seul ement le sang des veines
et arteres, sans appliquer les cautères
actuels.
Du Bartas.
Celui) là qui combat contre l' expérience ,
IV’ est diijne du discours d’vne haute science.
Or, mon petit maistre, quant à ce
que me reprochez que ie n’ay pas
APOLOGIE
684
escrit en mes OEuures toutes les ope-
rations de Chirurgie que les anciens
escriuent, i’en serois bien marry :
car si ie l’auois fait, à bon droit me
pourriez appeller carnifex. le les ay
laissées, pource qu’elles sont trop
cruelles, et ay voulu ensuiuir les
modernes, qui ont modéré telle
cruauté : ce que toutesfois auez suiui
pas à pas, comme il appert par les
operations cy escriles, extraites de
vostre Liure , qu’auez retirées çà et
là de certains autheurs anciens, tel-
les qui s’ensuiuent : et lesquelles
vous n’auez iamais pratiqué ny veu.
Première operation.
Aux inueterées fluxions des yeux
et aux migraines, Paul Æginele >,
comme aussi Albucasis2, commandent
de faire l’arleriotomie, duquel Ægi-
nete voicy les paroles : Il faut mar-
quer les arteres qui sont derrière les
oreilles : puis les couper, en trenchant
iusques à l'os , el faire vns grande inci-
sion de deux doigts. Ce que veut aussi
Aëce3, que l’incision soit faite en
trauers, coupant ou incisant la lon-
gueur de deux grands doigts, ius-
ques à ce que l’on aye trouué l’arlerc,
comme vous commandez faire en
vostre Liure 4. Mais moy, me tenant
auec Galien 5 *, qui commande de pen-
ser les malades tost, seurement, el
auec moins de douleur que faire se
pourra, i’enseigne au jeune Chirur-
gien le moyen de remedier à tels
maux, en ouurànt les arteres der-
rière les oreilles el celle des temples,
1 Lia. G. chnp. 4 el 5. — A. P.
1 Lia. 2. ch. 4. — A. P.
3 Lia. 3. cliap. 9. seel. 7. — A. P.
< Au cliap. de l'Hypospalisme,'liu. 2. — A. P.
5 Lia. 14. chap. dernier de la Méthode. —
A. P.
auec vne seule incision comme à vne
saignée 1 : et non à faire vne grande
incision , et tailler de la besongno
pour vn long temps.
Seconde operation.
Aux fluxions qui de long temps se
font sur les yeux, Paul Æginete2et
Albucasis 3 commandent de faire vne
incision qu’ils appellent Periscythis-
tnos , ou Angiologie des Grecs : et
voicy les paroles de Paul. En ceste
operation premièrement on rase la
teste: puis se donnant garde de toucher
aux muscles temporaux , on fait vne
incision transuerse, commençant à la
temple senestre, et finissant à la dextre.
Ce que vous auez mis en vostre Li-
ure mot pour mot4, sans en riendes-
guiser, qui monstre apertement que
vous estes vn vray plagiaire : comme
l’on pourra voir au chapitre que
vous appeliez Taille couronnée , qui
se fait en demy rond au dessous de
la suture coronale d’vne temple à
l’autre, iusques à l’os. Or ie n’en-
seigne pas vn tel genre de remede si
cruel : ains instruis l’operateur par
raison, aulhorité, el preuues nota-
bles, du seur moyen de remedier à
teiles affections , sans bourreler ainsi
les hommes 5.
Troisième.
En la curation de l’empyeme, Paul
Æginete G, Albucasis7, et Celsus8,
1 Au chap. 4. du 15. liu. de mes Oeuurcs.
— A. P. — Voyez tome II, page 412.
2 Liu. G. ch. 7. — A. P.
3 Liu. 2. ch. 5. — A. P.
I Au liu. 2. ch. du Periscylhisme. — A. P.
3 Auch. 25. du 8. liu. de mes OEuures. —
A. P. — Voyez tome II , page 76 el suiv.
l.iu. G. ch. 44. — A. P.
i Liu. 2. ch. 3. — A. P.
» Lût. 3. ch. 22. — A. P.
ET VOYAGES.
685
commandent d’appliquer les vns
treize, les autres quinze cautères,
pour donner issue au pus contenu
dans le thorax, comme ledit Celsus,
lieu preallegué, l’ordonne pour les
asthmatiques : qui est vne chose
(sauf l'honneur d’eux) hors de toute
raison, que puisque le but du Chirur-
gien est de donner issue à la boue il-
lec contenue, il n’est question d’autre
chose que de faire ouuerture pour
euacuer la matière en la partie plus
decliue i. I’ay monslré seurement au
ieune Chirurgien le moyen de ce
faire , sans tourmenter les patiens
pour néant2.
Quatrième.
Aux mammelles trop grosses, Paul
Æginele 3 et Albucrasis 4 comman-
dent de faire vne incision en croix,
oster toute la graisse, puis ioindre la
playe par suture : somme, c’est escor-
cher vn homme tout en vie : ce que
le n’ay iamais pratiqué, ny conseillé
défaire au ieune Chirurgien.
Cinquième.
Albucrasis 5 et Paul Æginele 6 veu-
lent cautériser le foye et la ratte
auec fers ardens : ce que les moder-
nes n’ont iamais pratiqué , comme
aussi la raison y répugné aperte-
ment.
1 Guy de Chauliac, Traicl. 2. doct. i. ch.
1.— A. P.
* Liu. 6. ch. 10. — A. P.— V. t. I«, p.391.
3 Liu. G. ch. 46. — A. P.
4 Ch. 47. liu. 2. — A. P.
5 Au liu. 1 .ch. 29. et 30. et aussi au liu. 2.
ch. 32. — A. P.
6 Liu. 6. ch. 47 et 48. — A. P.
Sixième.
En la paracentèse qui se fait en la
troisième espece d’hydropisie appel-
lée Ascites , Celius Aurelianus 1 com-
mande faire plusieurs ouuertures au
ventre. Albucrasis 2 applique neuf
cautères actuels, à sçauoir quatre à
l’entour du nombril, vn sur l’esto-
mach, vn sur la ratte, vn sur le foye,
deux derrière le dos, prés les vertè-
bres, l’vn d’iceux prés la poitrine, le
dernier prés l’estomach. Aéce 3 est
aussi en mesme volonté d’ouurir le
ventre auec plusieurs cautères. Paul
Æginete4 commande d’appliquer cinq
cautères actuels pour faire ladite
paracentèse. Mais abhorrant vne telle
maniéré de brusler, de laquelle vous
parlez fort par tout voslre troisième
liure, ie monstre vne autre maniéré
de pratiquer, laquelle se fait en fai -
sant vne simple ouuerture audit
ventre, comme l’on pourra voir à mes
OEuures5, auec heureux succès.
le ne monstre point en mes OEu-
ures la maniéré de brusler aux ieu-
nes hommes, que les anciens ont ap-
pellé infibulare : car cela ne se pra-
tique point, combien que Celse Pes-
er iue 6.
Septième.
A la sciatique prouenant de cause
interne, en tant que les muscosités
desplacent l’os de leur lieu : Paül 7
commande de brusler sur ledit arti-
cle iusques à l’os : Dioscoride 8 com-
1 Au liu. 5. c/l. I. de Diuturnis morbis. —
A. P.
2 Liu. 1 . c/i. 33. — ■ A. P.
3 Liu. 3. secl. 2. ch. 89. — A. P.
4 Liu. G. ch. 50. — A. P.
3 Au ch. 12. liu. G. — A. P.— T. I, p. 399.
6 Au ch. 25. liu. 7. — A. P.
» Liu. 6. c/i. 76. — A. P.
s Liu. 2. ch. 72. — A. F.
APOLOGIE
686
mande le niesme. Ce que ie ne trouue
expédient, prenant indication des
parties suiettes : car ià où l’on veut
brusler, c’est à l’endroit des quatre
muscles .gémeaux, au dessous des-
quels passe le gros nerf descendant
de l’os sacrum, lequel estant bruslé,
ie vous laisse à penser ce qui en ad-
uiendroit, comme remarque Galien >,
expressément parlant de l’vstion qu’il
faut faire en l'humerus.
Huitième.
En la luxation des vertebres faite
’en dehors, Hippocrates 2 commande
que l’on attache droit l’homme sur
vne eschelle, les bras et iambes liés
et garrotés : puis après auoir monté
l’eschelle au haut d’vne tour ou d’vn
faistede la maison, auecvn gros ca-
ble en vne poulie, qu’on laisse tom-
ber à plomb sur le paué dur et ferme
le patient : ce qu’Hippocrates dit
qu’on faisoit de son temps. Or ie ne
monstre pas vne telle maniéré de
donner l’estrapade aux hommes : mais
ie monstre au Chirurgien en mes
OEuures3, la maniéré de les réduire
seul ement et sans grande douleur.
D’auantageieseroismarrydesuiure
le dire dudit Hippocrates, au 3. lime
De morbis, lequel commande qu'à la
maladie dit eVoluulus, faut faire en-
fler le ventre auec vn soufflet , met-
tant le canon dans l’intestin droit,
puis y souffler iusques à ce que le
ventre soit bien tendu , par après
bailler vn clyslere emollient, et es-
toupper le cul d’vne esponge. Telle
pratique ne se fait point auiourd’huy,
» Sur la sent. 49. c le la 1. sect. du hure des
Articles. — A. P.
t Seul- 22 et 23 de la 3. sect. du liu. des
Articles. — A. 1‘
s Ch. 10 du 13. Hu • — A. P.— T. Il, p. 3G3.
partant ne vous esmerueillez si ie
n’en ay voulu parler.
Et ne vous estant pas contenté
de rapsodier les operations des au-
theurs susdits, en. auez aussi pris plu-
sieurs en mes OEuures, comme cha-
cun peut connoistrc : qui monstre
aperlement qu’il n’y a rien de vostre
inuenlion en vostre Guide des Chirur-
giens.
le laisse à part vne autre infinité
d’operations inutiles que vous cottez
dans vostre liure, sans sçauoir quel-
les bestes sont, pour ne les auoir ia-
mais veu pratiquer : mais pour-ce
que vous auez trouué cela escrit és
tiures des anciens, vous les auez mis
en vostre liure.
D’auantage vous dites que me
monstrerez ma leçon aux operations
de Chirurgie. 11 me semble que ne
sçauriez : par ce que ne l’ay pas ap-
prise seulement en mon estude, et
d’auoir ouy par plusieurs et diuerses
années les leçons des Docteurs en
medecine : mais comme i’ay escrit cy
deuanl en l’epistre au Lecteur, i’ay
fait résidence en l’Hostel Dieu de Pa-
ris par l’espace de trois ans, où i’ay
eu le moyen de voir et apprendre
beaucoup d’œuuresde Chirurgie sur
vne infinité de malades , ensemble
l’anatomie sur vne grande quantité
de corps morts, ainsi que souuent i’en
ay faitprcuue tres-sufüsante publi-
quement aux Escholes de médecine
de Paris. Mon bonheur m’a fait voir
encore plus outre. Car estant appellé
au seruiee des Rois de France (qua-
tre desquels i’ay serui) me suis trou-
ué en compagnie, aux batailles, es-
carmouches, assauts et sieges dos
villes et forteresses, comme aussi i’ay
esté enclos és villes auec les assiégés,
ayant charge de traiter les blessés.
D’auantage, i’ay demeuré longues
ET VOYAGES.
années en ceste grande et fameuse
ville de Paris, où grâces à Dieu i'ay
tousiours vescu en tres-bonne répu-
tation entre tous, et n’ay tenu le der-
nier rang entre ceux de mon estât,
veu qu’il ne s’est trouué cure tant
grande et difficile fust-elle, que ma
main et mon conseil n’ayent esté re-
quis, ainsi qu'eie fais voir par ce mien
œuure. Or oserez-vous (ces choses
entendues) dire que m’apprendrez à
execuler les œuures de Chirurgie,
attendu que n’auez iamais parti de
vostre estude?
Les operations d’icelle sont quatre
en general (comme bien auons dé-
claré cy deuant) où vous n’en faites
que trois, à sçauoir, ioindre le sépa-
ré, séparer le continu, et oster le su-
perflu : et la quatrième que ie fais, au-
tant necessaire que d’industrieuse in-
uenlion, est d’adiouster ce qui defaut,
comme i’ay monstre cy dessus
Aussi vous voulez que le Chirur-
gien ne fasse que les trois operations
susdites, sans s’entremettre d’ordon-
ner vu simple cataplasme, disant que
c’est ce qui vous est venu à vostre
part de la Medecine : et que les an
ciens ( au discours qu’auez fait
au Lecteur) ont diuisé la suitte du
Médecin en trois bandes, à sçauoir,
Viuandiers, Apoticaires, et Chirur-
giens. Mais ie vous demanderois vo-
lontiers qui est celuy qui en a fait le
partage : et où aucun en seroit fait,
qui sont ceux qui se sont contentés
de leur part, sans quelque entreprise
sur l’autre? Car Hippocrates, Galien,
Ælius, Auicenne, bref tous les Méde-
cins, tant grecs, latins, qu’arabes,
n’ont iamais traité de l’vn qu’ils
n’ayent traité de l’autre, pour la
grande affinité et liaison qu’il y a en-
tre les deux : et seroit bien difficile en
faire autrement. Or quand vous vou-
687
lez mettre si bas la Chirurgie, vous
contredites à vous mesmes. Car en
l’epistre liminaire que vous auez dé-
diée à defunct monsieur de Martigues,
vous dites que la Chirurgie est la plus
noble partie de la Medecine, tant à
raison de son origine , antiquité, né-
cessité, que certitude en ses actions :
car elle opéré luce aperta, comme es-
crit doctement Celse au commence-
ment du 7. liure. Partant il est à
croire que n’auez iamais sorti de
vostre estude que pour enseigner la
théorique (si l'auez peu faire).
Les operations de chirurgie s’ap-
prennent à l’œil et au toucher.
le diray que vous ressemblez à vn
ieune garçon bas Breton, bien fessu
et materiel ', qui demanda congé à
son pere de venir à Paris pour pren-
dre France. Estant arriué, l’Orga-
niste de nostre Dame le trouua à la
porte du Palais, qui le print pour
souffler aux orgues, où il fut trois
ans. 11 veit qu’il parloit aucunement
françois, il s’en retourne vers son
pere, et luy dit qu’il parloit bonne
France, et d’auantage qu’il sçauoit
bien iouër des orgues. Le pere le re-
ceut, bien ioyeux dequoy il estoit en
si peu de temps si sçauant : il s’en
alla vers l’Organiste de leur grande
Eglise, et le pria de permettre à son
lits de ioüer des orgues , à fin de sça-
uoir si son fils estoit bon maislre,
ainsi qu’il disoit : ce que le maistre
Organiste accorda volontiers. Estant
entré aux orgues, il se iette de plein
saut aux soufflets : le maistre Orga-
niste luy dit qu’il ioùast, et que luy
souffleroit. Alors ce bon Organiste
luy dit qu’il ne sçauoit autre chose
que souffler.
le croy aussi , mon petit maistre,
1 Belle similitude. — A. P.
APOLOGIE
68B
que ne sçauez autre chose que ca-
queter en vne chaire : mais moy ie
iouëray sur le clauier, et feray re-
sonner les orgues, c’est à dire que ie
feray les operations de Chirurgie, ce
que ne sauriez nullement faire, pour
n’auoir bougé de vostre estude , et
des escholes, comme i’ay dit : et aussi
comme cy deuant i’ay escrit en l’epis-
tre au Lecteur , que le laboureur a
beau parler des saisons , discourir de
la façon de cultiuer la terre, déduire
quelles semences sont propres à cha-
cun terroir : car tout cela n’est rien
s’il ne met la main aux outils, et
n’accouple ses bœufs, et ne les lie à
la charrue. Aussi ce n’est pas grande
chose si ne sçauez la pratique : car
vn homme feroit bien la Chirurgie,
encore qu’il n’eust point de langue ,
comme bien a noté Cornélius Celsus
au liu. 1. quand il dit, Morbos non
eloquentia, sed remedijs curari: quœ
si quis elinguis , vsu discretus bene
norit, hune aliquanto maiorem medi-
cum futurum, quàm si sine vsu lin-
guam suarn excoluerit. C’est à dire,
Cornélius Celsus dit , les maladies
estre guariesnon par éloquence, mais
par les remedes bien et deuëment
appliqués: lesquels si quelqu'vn sage
et discret, n’ayant point mesme de
langue, commisse bien par bon vsa-
ge , celuy-là à l’aduenir sera plus
grand Médecin , que si sans vsage il
ornoit bien sa langue. Ce que vous
mesmes confessez en vostre dit liure
par vn quatrain qui est tel 1 :
Ce n’est pas tout en Chirurgie
De iargonner : mais le plus beau
Dsi que les bandes on manie ,
Le feu , les las , et le ciseau.
1 J’ai déjà dit et répété que Paré faisait
cireur en attribuant ce quatrain français à
Gourmelcn. Dans l'édition de Courtin déjà
Aristote, liure premier de la Méta-
physique, chapitre premier, dit l’ex-
perience estre presque semblable à la
science, et par icelle l’art et la science
auoir esté inuenlées. Et de fait nous
voyons ceux qui sont expérimentés
paruenir plus tost à ce qu’ils préten-
dent , que ceux qui ont la raison sans
l’experience , à cause qu’icelle expé-
rience est vne connoissance des choses
singulières et particulières, et la scien-
ce au contraire vne connoissance des
choses vniuersellcs. Or ce qui est par-
ticulier est plus sanable que ce qui
est vniuersel. Partant ceux qui ont
l’experience, sont plus sages et plus
estimés que ceux qui en ont defaut :
d’autant qu’ils sçauent ce qu’ils font.
Dauantage ie dis que :
Science sans expérience ,
I\r 'apporte pas grande asseurance 1 .
Alciat, Docteur Milanois, se glori-
fiant vn iour que sa gloire estoit plus
grande et illustre que celles des
Conseillers, Presidens,el Maistres des
requesles, parce qu’il disoit les faire,
et que c’estoit de luy qu’ils venoient
tels: luy fut respondu par vn Con-
seiller, qu'il ressembloit à la queu ,
qui rendoit le Cousteau aiguisé et
prest à couper, elle ne le pouuant
faire : et luy allégua les vers d’Ho-
race, que
... Fungebalur vice colis , acutum
Reddere quœ ferrum valet, exors ipsa secandi.
Or Yoila , mon petit maislre, ma
response à vos calomnies : et vous
citée , on lit ce quatrain au verso du titre,
avec ces trois mots, qui ne laissent aucun
doute: Quatrain du Translateur.
1 C’est un des canons de Paré que l’on a
lu plus haut , page G49.
ET VOYAGES.
prie, si axiez l’ame bonne, de vou-
loir ( pour le public) reuoir et cor-
riger vostre liure le plustost que
pourrez , pour ne tenir les icunes
Chirurgiens en cest erreur par la
lecture d’iceluy, où vous les ensei-
gnez, d’vser de fers ardens après
l’amputation des membres pour es-
taneber le sang , attendu qu’il y a vn
autre moyen non si cruel , et plus
seur et aisé : ioint que si aujourd’huy,
après vn assaut de ville où plusieurs
soldats ont eu bras et iambes rom-
pues, et emportées de coups d’artil-
leries , ou de coutelas, ou d’autres
machines, pour estaneber le sang
vous falluit vser de fers ardens , il
faudroit pour ce faire vne forge et
beaucoup de charbon pour les chauf-
fer : et aussi que les soldats vous au-
roient en telle horreur pour ceste
cruauté, qu'ils vous assommeroient
comme vn veau , ainsi que jadis fut
l’vn des premiers Chirurgiens de
Rome. Ce qu'on trouuera escrit cy
dessus au chap. 2. de l’Introduction
de Chirurgie. Or, de peur que les
sectateurs de vos escrils ne tom-
bent en tel inconuenient , ie leur prie
suiure la méthode cy dessus dite,
laquelle ay monstrée estre vraye et
certaine, et approuuée par autho-
rité , raison , et expérience.
LE VOYAGE DE THVRIN ‘. — 1536.
D’auantagc ie veux icy moustrer
aux lecteurs les lieux et places où
1 C’est ici le lieu de rappeler une note que
Parc avait placée à la suite de Y En nia de la
quatrième édition , et qui a été oubliée dans
toutes les autres :
« Touchant les Voyages, le Lecteur ne s'ar-
689
i’ay peu apprendre la Chirurgie, pour
tousiours mieux instruire le ieune
chirurgien.
El premièrement, en l’an mil cinq
cens trente six, le grand l\oy François
enuoya vue grande armée à Thurin,
pour reprendre les villes et chasteaux
qu’auoit pris le marquis du Guast,
lieutenant general de l’Empereur:
où monsieur le Conneslable, lors
grand Maistre, estoit lieutenant gene-
ral de l’armée, et monsieur de Monte-
jan Colonnel general des gens de
pied , duquel lors i’estois Chirurgien.
Vne grande partie de l’armée arriuée
au pas de Suze , trouuasmes les en-
nemis qui tenoient le passage, et
auoient fait certains forts et tran-
chées , de façon que pour les faire
dehusquer et quitter la place, il con-
uint combattre, où il y eut plusieurs
tués et blessés, tant d’vne part que
d’autre : mais les ennemis furent con-
traints de se retirer et gaigner le
chasteau , qui fut pris en partie par le
capitaine Le Rat, qui grimpa auec
plusieurs soldats de sa compagnie sur
vne petite monlagnelle, là où ils ti-
roient à plomb sur les ennemis : il
receut vn coup d’harquebuse à la
cheuille du pied dextre, où tout subit
tomba en terre , et alors dit : A ceste
heure Le Rat est pris. le le pensay, et
Dieu le guarist L
Nous entrasmes à foulle en la ville,
et passions par sus les morts , et quel-
ques vns ne l’estans encore, les oyons
crier sous les pieds de nos cheuaux,
qui me faisoient grande compassion
restera à l'ordre des années, lequel n’y a esté
gardé, loulesfois les Histoires et Discours n’en
sont de rien changés mj corrompus, n
1 Voilà le premier exemple de la fameuse
phrase dont on a fait à juste titre si grand
honneur à la modestie de Paré.
Iir.
APOLOGIE
690
en mon cœur- Et véritablement ie me
repenti d’est re parti de Paris, pour
voir si piteux spectacle.
Estant en la ville, i’entray en vue
estableponr cuider loger mon cheual
et celuy de mon homme, là où ie
trouuay quatre soldats morts, et trois
qui estoient appuyés contre la mu-
raille, leur l'ace entièrement défi-
gurée, et ne voyoient, n’oyoient,ny 11e
parloient, et leurs habillemens fiam-
boyoient encore de la poudre à canon
quilesauoil bruslés. Les regardant en
pitié, il suruint vn vieil soldat qui me
demanda s'il y auoil moyen de les
pouuoir guarir : ie dis que non : subit
il s’approcha d’eux et leur coupa la
gorge doucement et sans cholcre.
Voyant ceste grande cruauté, ie luy
dis qu’il estoit vn mauuais homme. Il
me fit response, qu’il prioit Dieu,
que lors qu’il seroit accouslré de telle
façon, qu’il se trouuast quelqu’vn qui
lui en fit autant, à fin de ne languir
misérablement.
Et pour reuenir sur nos brisées, les
ennemis furent sommés de se rendre,
ce qu’ils firent , et sortirent seule-
ment la viesauue, le baston blanc au
poing : dont la plus grande partie
s’en alla gaigner le chasteau de Vil-
lane,ou il y auoit enuiron deux cens
Espagnols. Monsieur le Connestable
ne le voulut laisser en arriéré , à fin
de rendre le chemin libre. Ce chas-
teau est assis sur vue petite monta-
gne , qui donnoil grande asseurance
à ceux de dedans qu on ne pourroit
asseoir l’artillerie pour les battre: et
furent sommés de se rendre, ou qu’on
les metlroit en pièces : Ce qu’ils refu-
seront tout à plat, faisans response
qu’ils estoient autant bons et Gdeles
seruileurs de l’Empereur, que pou-
uoilestrc monsieur le Connestable du
Roy son maistre *. Leur response en-
tendue, on fit de nuit monter deux
gros canons à force de bras, auec
cordages, par les Suisses et Lansque-
nets : où le malheur voulut qu’estans
les deux canons assis, vn canonnier
mist par inaduertance le feu dedans
vn sac plein de poudre à canon ,
dont il fut bruslé, ensemble dix ou
douze soldats , et en outre la flamme
de la poudre fut cause de descouurir
l’artillerie ,v qui fil que toute la nuit
ceux du chasteau tirèrent plusieurs
coups d'harquebuses à l’endroit où
ils auoient peu descouurir les deux
canons, dont tueront et blessèrent
quelque nombre de nos gens. Le len-
demain de grand malin on fit bat-
terie, qui en peu d'heure fit breche.
Estant faite, demandèrent à parle-
menter, mais ce fut trop tard : car
cependant nos gens de pied François,
les voyans estonnés montèrent à la
breche et les mirent tous en pièces,
excepté vue fort belle, ieune et gail-
larde 1 iéinon toise, qu’vn grand Sei-
gneur voulut auoir pour luy tenir
compagnie de nuit, de peur du loup-
garou. Le Capitaine elEnseigne furent
pris en vie, mais bien tost après pen-
dus et estranglés sur les créneaux de
la porte de la ville , à fin de donner
exemple et crainte aux soldats Impé-
riaux den’estre si lemeraireset si fols,
vouloir tenir telles places contre vne
si grande armée 2.
Or tous les susdits soldats du chas
leau, voyans venirnosgensd’vnelres-
grande furie , firent tout deuoir de
se défendre , tuerent et blessèrent vn
grand nombre de nos soldats à coups
de piques , de harquebuses et de
1 Brune response île soldais. — A. P.
2 Punition exemplaire. — A. P.
ET VOYAGES.
pierres , où les Chirurgiens eurent
beaucoup de besogne taillée. Or i’es-
tois en ce temps-là bien doux de sel ,
ie n’auois encores veu traiter les
playes faites par harquebuses, pour le
premier appareil. 11 est vray que i’a-
uois leu en Iean deVigp, liure premier
des Playes en general , cbapiîre hui-
tième, que les playes faites par bas-
tons à feu participent de vénénosité ,
à cause de la poudre : et pour leur
curation commande les cautériser
auec huile de Sambuc toute bouil-
lante, en laquelle soit meslé vn peu
de thériaque : et pour ne faillir, para-
uant qu’vser de ladite huile, sçaehant
que telle chose pourrait apporter au
malade extreme douleur, ie voulus
sçauoir premièrement que d’en ap-
pliquer, comme les autres Chirur-
giens faisoient pour le premier appa-
reil, qui estoit d’appliquer ladite huile
la plus boüillantc qu’il leur estoit
possible dedans les playes, auec tentes
et sétons : dont ie pris la hardiesse de
faire comme eux '. En fin mon huile
me manqua, et fus contraint d’ap-
pliquer en son lieu vu digestif
fait de iaune d’œuf, huile rosat et
terebenlbine. ha nuit ie ue peus bien
dormir à mon aise, craignant par
faute d'auoir cautérisé, de Irouuer les
blessés où i’auois failli à mettre de
ladite huile morts empoisonnés , qui
me fit leuer de grand malin pour
les visiter, où outre mon esperance
trouuay ceux ausquels i’auois n is le
me ûcament digestif, sentir peu de
douleur, et leurs playes sans inflam-
mation ny tumeur, ayans assez bien
reposé la nuit : les autres où l’on
auoit appliqué ladite huile boüillanle,
les trouuay febricitans , auec grande
douleur et tumeur aux enuirons de
69 1
leurs playes. Adonc ie me deliberay
de ne iamais plus brusler ainsi cruel-
lement les pauures blessés des har-
quebusades.
Estant à Thurin , trouuay vn Chi -
rurgien qui auoit le bruit par dessus
tous de bien traiter les plaies faites
par harquebuses, en la grâce duquel
trouuay façon de m'insinuer pour
auoir la recepte qu’il appelloit sou
baume, dont il traitoit les plaies
d’harquebuses : et me fit faire la
cour deux ans auant que pouuoir ti-
rer sa recepte. En fin auec dons et
presens me la donna, qui estoit faire
bouillir dans de l'huile de lys des pe-
tits chiens nouuellement nés, et des
vers de terre préparés auec de la té-
rébenthine de Venise. Alors ie fus
bien ioyeux , et mon cœur assouui
d’auoir entendu son remede , qui se
rapporloil au mien que i’auois trouué
par cas fortuit.
Voila comme i’appris à traiter les
playes faites par harquebuses , non
par les bures.
Mondit seigneur le Mareschal de
Montejan demeura Lieutenant gene-
ral pour le Roy en Piémont, ayant
dix ou douze mille hommes en gar-
nison par les villes et chasteaux, les-
quels se battoient souuent à coups
d’espée, et d’autres basions, cl mesme
àcoupsdebarquebuses:els’il y auoit
quatre blessés i’en auois lousiours les
trois, et s’il estoit question de couper
vn bras ou vne iambe, ou trépaner,
ou réduire vne fracture ou disloca-
tion, i’en venois bien à bout. Mondit
seigneur le Mareschal m’enuoyoit
tanlost d’vn costé, tantost de l’autre,
pour penser les soldats signalés qui
s’estoient batlus tant aux autres vil-
les qu’à Thurin, de sorte que i’eslois
lousiours par les champs d’vn costé
et d’autre. Monsieur le Mareschai
1 Expérience rend l'Iiomme liardy, — A. P.
APOLOGIE
693
enuoya quérir à Milan vn Médecin
qui n'auoit pas moins de réputation
que defunct monsieur le Grand pour
bien faire la medecine, pour le traiter
d’vn flux bcpatique, dont à la fin en
mourut. Ce Médecin fut quelque
temps à Thurin pour le traiter, et
estoit souuent appelle pour visiter les
blessés, où tousiours m’y trouuoit : et
consultois auec luy et quelques au-
tres Chirurgiens, et lors qu’auions
résolu de faire quelque œuure sé-
rieuse de la Chirurgie, c’estoit Am-
broise Paré qui y mettoit la main, là
où ie le faisois promptement et dex-
t rement, et d’vne grande asseurance :
dont ledit Médecin m’admiroit d’es-
tre si adextre aux operations de chi-
rurgie , veu le bas aage que i’auois.
Vn iour deuisant auec mondit sei-
gneur le Mareschal , luy dit 1 :
Signor , tu liai vnChirurgico giouane
dianni, ma cglièvccchio di sapere é
di esperierilia : Guardalo Une, perche
cgli U fara seruicio et honore.
C’est à dire, Tu as vn ieune Chirur-
gien d’aage, mais il est vieil de sça-
uoir et expérience : gardes le bien,
car il te fera seruice et honneur. Mais
le bon homme ne sçauoit pas que
i’auois demeuré trois ans à lhoslel
Dieu de Paris , pour y traiter les ma-
lades.
En fin monsieur le Mareschal mou-
rut de son flux hépatique. Estant
mort, le Roy enuoya monsieur le
Mareschal d’Annebaut pour estre en
sa place, lequel me fit cest honneur
de me faire prier de demeurer auec
luy , et qu’il me traiteroit autant
bien ou mieux que monsieur le Ma-
reschal de Monlejan Ce que ie ne
voulons point, pour le regret que i’a-
1 Tesmoignage de la dextérité de l Autheur.
— A. P.
uois d’auoir perdu mon maistre, qui
m’aimoit intimement, et nmy luy pa-
reillement ‘. Ainsi m’en reuinsà Paris.
VOYAGE DE MAEOI.I.E ET DE BASSE-
BRETAGNE. — 1543.
le m’en allay au camp de Marolle
auec defunct monsieur de Rohan, où
i’eslois Chirurgien de sa compagnie,
là où le Roy François estoit en per-
sonne. 11 fut aduerli par monsieur
d’Eslampes, Gouuerneur de Breta-
gne, comme les Anglois auoient fait
voile pour descendre en la basse
Bretagne : et le prioit de vouloir en-
uoyer pour secours messieurs de Ro-
han et de Laual, attendu que c’es-
toient les Seigneurs du pays et que
par leur faueur ceux du payspour-
roient repousser l’ennemy, et garder
qu’il ne prinst terre. Ayant receu cest
aduerlissement, depescha lesdits Sei-
gneurs pour aller en diligence au se-
cours de leur patrie, et leur fut
donné à chacun autant de pouuoir
comme au Gouuerneur , de façon
qu’ils estoient tous irois Eieutenans
du Roy. Ils prindri ni volontiers reste
charge, et partirent promptement
en poste, et me menèrent auec eux
Risques à Landreneau, là où nous
trouuasmes tout le monde en armes,
le locsein sonnant de toutes parts,
voire à cinq ou six lieues autour des
baures, à sçauoir, Brest, Couquet,
Crozon, le Fou, Doulac, Laudanec,
chacun bien munis d’artillerie, comme
canons, doubles canons, bastardes,
mousquets, passe-volants, pièces de
campagne, couleurines, serpentines,
1 Ces derniers mots, et moy luy pareillement,
sont de la première édition posthume.
ET VOYAGES.
basilicques, sacres, faulcons, faulcon-
neaux, flustes, orgues, harquebuses
à croc : somme que loules les adue-
nues esloient bien munies de toules
sortes et façons d’artilleries, et plu-
sieurs soldats, tant bretons que Fran
çois, pour la defense que les Anglois
ne feissent leur descente, ainsi qu’ils
auoient délibéré au partir d Angle-
terre. L’armée de l’ennemy vint ius-
ques à la portée du canon, et lors
qu’on les aperceut voulans aborder
en terre, on les salua à coups de ca-
non , et descouurirent nos gens de
guerre, ensemble nostre artillerie.
Ils voltigèrent sur la mer, où i’estois
bien ioyeux de voir leurs vaisseaux
faisans voile, qui estoient en bon
nombre et bon ordre, et sembloil es-
tre vne forest marcher sur la mer. le
vis aussi vne chose dont ie fus bien
esmerueillé, qui esloit que les balles
de bien grosses pièces faisoient de
grands bonds et troltoient sur l’eau
comme elles font sur la terre Or,
pour le faire court, nos Anglois ne
nous firent point de mal, et s’en re-
tournèrent en Angleterre sains et
entiers : et nous laissans en paix,
nous demeurasmes en ce pays là en
garnison, iusques à ce que nous fus-
mes bien asseures que leur armée
estoit rompue.
Cependant nos gendarmes s’exer-
çoient soutient à courir la bague, au-
tresfois combaltoient à l’espée d’ar-
mes, en sorte qu’il y en auoit tous-
iours quelqu’vn qui auoit quelque
cbinfreneau, et tousiours auois quel-
que chose à m’exercer. Monsieur
d’Estampes, pour donner passe temps
et plaisir à mesdils Seigneurs de Ro-
han et de Laual, et autres gentils-
hommes, faisoit venir aux testes
grande quantité de filles villageoises
pour chanter des chansons en bas
G93
Breton, où leur harmonie estoit de
coaxer comme grenouilles, lorsqu’el-
les sont en amour. D'auantnge leur
faisoit dancer le triori de Bretagne,
et n’estoit sans bien remuer les pieds
cl fesses. 11 les faisoit moult bon ouyr
et voir. Autresfois faisoit venir les
luilieurs des villes et villages, où il y
auoit prix : le ieu n’esloit point
acheué qu’il n’y eust quelqu’vn qui
eust vn bras ou iambe rompue, ou
l’espauleou hanche demise.
11 y eust vn petit bas Breton bien
quadraluré, fessu et materiel, qui
tint long temps le berlan, et par son
astuce et force en ietta cinq ou six
par terre. Il suruint vn grand Datiuo,
magister d’eschole, qu’on disoit estre
l’vn des meilleurs luitteurs de toute
la Bretagne : il entre en lice, ayant
osté sa longue iaquette, en chausse
et en pourpoint, et estant prés le pe-
tit homme, il sembloit que s’il eust
esté attaché à sa ceinture il n’eu t pas
laissé de courir. Toutesfois quand ils
se prindreut collet à collet, ils furent
long temps sans rien faire, et peusoit-
on qu’ils demeureroient esgaux en
force et astuce : mais le petit fessu se
ietta en sursaut et d’amblée sous ce
grand Datiuo, et le chargea sur son
espaule, et le ietta en terre sur les
reins tout estendu comme vne gre-
noüille : et alors tout le monde com-
mença à bien rire de la force et as-
tuce du petit fessu. Ce grand Datiuo eut
grand despild’auoir esté ainsi ietté par
terre par vn si petit hommet : il se re-
leua tout en cholere, et voulut auoir
sa reuanche.IIsse prindrent de rechef
collet à collet, et furent encore vn
bien long temps à leurs prises, ne se
pouuans mettre par terre : en fin ce
grand homme se laissa tomber sur le
petit , et en tombant mil son coude
au creux de l’estomacb, et luy creua
APOLOGIE
6g4
Je cœur, et le tua tout mort. Et sça-
chant lwy auoir donné le coup de la
mort, reprint sa longue iaquelte, et
s’en alla la queue entre les iambes,
et s’éclipsa. Voyant que le cœur ne
reuenoii point au petit homme, pour
vin et vinaigre ny autre chose qu’on
luy presentast , ie m’approcbay de
luy, tastay le poux qui ne battoit
nullement, alors dis qu’il estoit mort.
A donc les Bretons qui assistoient à
la luitle, dirent tout haut en leur ba-
ragouyn, Andraze meuraquet eues rac
vn bloa so abeudeux henelep e barz an
gouremon enel ma hoa engtfuslun: c’est
à dire, cela n’est pasdu ieu. Et quel-
qu’vn dit que ce grand Daliuo estoit
coustumier de ce faire, et qu’il n’y
auuit qu’vn an qu’il auoit fait le
semblable à vne luitte. le voulus
faire ouuerture du corps mort, pour
sçauoir qui auoit esté cause de ceste
mort si subite : ie trouuay beaucoup
de sang espandu au thorax et au ven-
tre inferieur, et m’efforçay de con-
noistre quelque ouuerture du lieu
d’où pouuoit eslre sorti telle quan-
tité de sang, ce que ie ne sceu, pour
quelque diligence que i’eusse sceu
faire 1 Or ie crois que c’estoit per Dia-
pedesin ou Anastomosin, c’est à dire
par l’ouuerture des bouches des vais-
seaux , ou par leurs porosités. Le
pauure petit luitteur fut enterré.
le pris congé de messieurs de Ro-
han , de Laual , et d’Estampes. Mon-
sieur de Rohan me fit présent de
cinquante doubles ducats et d’vne
hacquenée, et monsieur de Laual
d’vn courtaut pour mon homme , et
monsieur d’Estampes d’vn diamant
de valleur de trente escus : et ie
m’en reuins en ma maison à Paris.
1 l’eusse bien voulu, mon petit maistre , vous
voir pour sçauoir trouuer l’ ouuerture. — A. P.
VOYAGE DE PARPIGNAN. — 1545.
Quelque temps après monsieur de
Rohan me mena en poste auec luy
au camp de Parpignan. Estant là, les
ennemis firent vne sortie, et vin-
drenl enclèüer trois pièces de nostre
artillerie, là où ils furent repoussés
iusques prés la porte de la ville : ce
qui ne fut sans qu’il y eust beaucoup
de tués et de blessés, entre les autres
monsieur de Brissac(qui lors estoit
grand maistre de l’artillerie) d’vn
coup d'harquebuse à l’espaule. S’en
retournant à sa tente, tous les bles-
sés le suiuirent, esperans estre pen-
sés des Chirurgiens qui le deuoient
penser. Estant arriué à sa tente et
posé sur son lit, la balle fut cherchée
par trois ou quatre Chirurgiens les
plus experts de l’armée , lesquels ne
la peurent trouuer, et disoient estre
entrée dedans le corps. En fin il
m’appella pour sçauoir si ie pourrois
estre plus habile qu’eux, pource qu'il
m’auoit conneu en Piémont. Inconti-
nent ie le fis leuer de dessus son lit ,
et luy dis qu’il se meist en mesihe
situation qu’il estoit lors qu’il fut
blessé 1 : ce qu’il fit, et print vn ia-
uclot entre ses mains, tout ainsi
qu’alorsil auoit vne pique pour com-
battre. le posay la main autour de
sa playe, et trouuay la balle en la
chair, faisant vne petite tumeur sous
l’omoplate : l’ayant trouuée , ie leur
monstray l’endroit où elle estoit, et
fut tirée par M. Nicole Lauernault,
Chirurgien de monsieur le Dauphin,
qui estoit Lieutenant du Roy en ceste
armée : toutesfois l’honneur m’en
demeura de l’auoir trouuée.
1 Addresse de l’Autheur. — A. P.
ET VOYAGES.
le vis vne chose de grande re-
marque: c’est qu’vn soldai donna en
ma presence vu coup de halebarde
sur la teste d’vn de ses compagnons,
pénétrant iusques à la cauilé du ven-
tricule seneslrc du cerneau, sans
qu’il lombast en terre Cestuy qu’il
frappa disoit qu'il anoit en'endu l’a-
uoir pippé aux dez, et auoit tiré de
luy vne grande somme d’argent, et
estoitcouslumier depippcr. On m’ap-
pella pour le penser : ce que le fis,
comme par acquit , sçachant que bien
tost il deuoit mourir. L’ayant pensé,
il s’en retourna tout seul en sa loge,
où il y auoit pour le moins deux cens
pas de distance : ie dis à vn de ses com-
pagnons qu’il enuoyast quérir vn
prestre, pour disposer des affaires de
son ame : il luy en bailla vn qui l’ac-
compagna iusques au dernier sous-
pir. Le lendemain le malade m’en-
uoya quérir par sa gouge habillée en
garçon, pour le penser : ce que ie ne
voulu , craignant qu’il ne muurust
entre mes mains. Et pour m’en des-
faire , ie luy dis qu’il ne falloil leuer
son appareil que le troisième iour,
d’autant qu’il mourroit, sans plus
y toucher. Le troisième iour, il me
vint trouuer tout chancelant, en ma
tente, accompagné de sa garse, et
me pria affectueusement de le pen-
ser : et me monslra vne bourse où il
y pouuoit auoir cent ou six vingts
pièces d’or, et qu’il me contenleroit à
ma volonté. Non encore pour tout
cela ie differois à leuer son appareil,
craignant qu’il ne mourust sur
l’heure. Certains gentilshommes me
prièrent de l’aller penser , ce que ie
fis à leur requesle: mais en le pen-
sant mourut entre mes mains en con-
uulsion. Or ce prestre l’accompagna
iusques à la mort , qui se saisit de la
bourse, de peur qu’vn autre ne la
6c)5
print, disant qu’il en diroit des mes-
ses pour sa pauure ame. D’auantage
il s’empara de ses hardes et de tout
le reste.
Iay recité ceste histoire comme
chose monstrueuse, que le soldat,
ayant receu ce grand coup , ne tomba
en terre , et ratiocina iusques à la
mort.
Tost après le camp fut rompu pour
plusieurs causes : l’vne que nous fus-
mes aduertis qu’il estoit entré quatre
compagnies d’Espagnols dans Par-
pignan : l’autre, que la peste com
mençoit fort à noslre camp : et nous
fut dit par gens du pays qu’en bref il
se feroit vn grand desbordement de
la mer, qui nous pourroil tous noyer :
et le présagé qu’ils en auoient estoit
vn bien grand vent marin qui s’esleua,
de sorte qu’il ne demeura a ne seule
tente qu’elle ne fust rompue et ren-
uersée par terre, quelque diligence
et force qu’on y peust mettre : et les
cuisines eslans toutes descouuertes ,
le vent esleuoit les poussières et sa-
bles qui saloient et saupoudroient
nos viandes , de façon qu’on n’en
pouuoit manger, et nous les falloit
faire cuire en pots et autres vaisseaux
couuerts. Or nous ne decampasmes
point de si bonne heure, qu’il n’y
eust beaucoup de charrettes et char-
tiers, mulets et muletiers, submer-
gés en la mer, auec grande perle de
bagage.
Le camp rompu, ie m’en reuins à
Paris.
VOYAGE DE LANDRESY. — 1514.
Le Roy François leua vne grande
armée pour enuietuailler Landrrsy.
APOLOGIE
696
De l’autre costé, l’Empereur n’auoit
pas moins de gens, voire beaucoup
plus: à sçauoir, dix huit mille Alle-
mans, dix mille Espagnols, six mille
Walons, dix mille Anglois, et de
treize à quatorze mille cheuaux. le
vis les deux armées proches les vnes
des autres, à la portée du canon , et
pensoit on qu’ils ne se partiroient
iamais sans donner bataille. Il y eut
quelques fols genlils-hommes qui se
voulurent approcher au camp de
l’ennemy : il leur fut tiré des coups
de passe-volans, aucuns demeurèrent
sur la place, autres eurent les bras
et iambes emportés. Le Roy ayant
fait ce qu’il desiroit, qui esloit auoir
renuicluail!éLandresy,se retira auec
son armée à Guise, qui fut le lende-
main de la Toussaints , mil cinq cens
quarante quatre: et de là ie m’en re-
uins à Paris
VOYAGE DE BOVLOGNE. — 1515.
Peu de temps après nous allasmes
à Boulogne, où les Anglois , voyans
nostre armée, quittèrent les forts
qu'ils auoient, à sçauoir: Moulam-
bert, le petit Paradis, Monplaisir, le
fort de Cüaslillon, le Porlet, le fort
Dardelot. Vniour, allant par le camp
pour penser mes blessés, les ennemis
qui estoient en la Tour d’ordre tirè-
rent vne piece d’artillerie , pensans
tuer deux hommes d’armes qui es-
toient arreslés pour deuiser ensem-
ble. Aduint que la balle passa fort
prés de l’vn d’iceux, qui le renuersa
1 Dans l’édition de 1585 ce Voyage de
Landresy venait après le Voyage de Bou-
logne ; mais sans le moindre changement
dans la rédaction.
par terre, et pensoit-on que ladite
balle luy eusl touché : ce qu’elle ne
fit nullement , mais seulement le
vent de ladite balle au milieu de sa
tasselte , qui fil telle force, que
toute la partie extérieure de la cuisse
deuint liuide et noire, et ne se pou-
uoit soustenir qu’à bien grand peine,
le le pensay, et luy fis plusieurs sca-
rifications pour euacuer le sang
meurtri qu’auoit fait le vent de la-
dite balle : et des bonds qu’elle fit
sur terre , tua quatre soldats demeu-
rans tous morts en la place.
le n’estois pas loin de ce coup, de
façon que i’en sentis aucunement l’air
agité, sans me faire aucun mal que
d’vne peur qui me fit baisser la
teste assez bas, mais la balle esloit ja
bien loin. Les soldats se moquèrent
de moy d’auoir peur d’vne balle qui
estoit ja passée. Mon petit maistre , ie
croy que si eussiez esté là , que ie
n’eusse eu la peur tout seul , et qu’en
eussiez eu vostre part.
Que diray plus? Monseigneur le
Duc de Guise, François de Lorraine,
fut blessé douant Boulogned’vn coup
de lance qui au dessus de l’œil dextre,
déclinant vers le nez, entra et passa
outre de l’autre part , entre la nuque
et l’oreille, d’vne si grande violence
que le fer de la lance, auec portion
du bois, fut rompue et demeura de-
dans : en sorte qu’il ne peust eslre tiré
hors qu’à grand’force, mesme auec
des tenailles de mareschal. Nonob-
stant toulesfois ceste grande violen-
ce, qui ne fut sans fracture d’os,
nerfs, veines, et arteres, et autres
parties rompues et brisées, mondit
seigneur, par la grâce de Dieu, fut
guari. Ledit seigneur alloit tousiours
guerroyer à face desco'uuerte : voila
pourquoy la lance passa outre de
l’autre part.
ET VOYAGES.
VOYAGE D'ALLEMAGNE. — 1552.
le m’en allay au voyage d’Allema-
gne, l'an 1552, auec monsieur de
Roban , Capitaine de cinquante hom-
mes d’armes, où i’estois Chirurgien
de sa compagnie, ce que i'ay dit cy
dessus. En ce voyage monsieur le
Conncstable estoit General de l’ar-
mée : monsieur de Chastillon , depuis
Admirai , estoit chef et Colonel de
l’infanterie, ayant quatre regimens
de Lansquenets sous la conduite des
Capitaines de Recrod etRingraue,
ayans chacun deux regimens : cha-
que régiment estoit de dix enseignes,
et chacune enseigne de cinq cens
hommes. Et outre ceux cy estoit le
Capitaine Charlel, lequel conduisoit
les trouppes que les Princes I’roles-
tans auoient enuoyées au Pioy. Geste
infanterie estoit fort belle , accompa-
gnée de quinze cens hommes d’armes,
auec la suilte chacun de deux Ar-
chers, qui pouuoient faire quatre
mil cinq cens chcuaux : et outre deux
mille cheuaux légers, et autant de
harquebusiers à cheual , desquels
estoit General monsieur d’Aumalle,
sans le grand nombre de noblesse qui
y estoit venue pour son plaisir. D’a-
bondant le Roy estoit accompagné de
deux cens gentils hommes de sa mai-
son , ausquels commandoit le sieur de
Boisy, et l'autre le sieur de Canappe,
et pareillement de plusieurs Princes.
A sa suite y auoil encore pour luy
seruir d’escorte les gardes Françoises,
et Escossoises, et Suisses, montans à
six cens hommes de pied : et les com-
pagnies de monsieur le Dauphin,
messieurs de Guise, d’Aumalle et du
Mareschal S. André, qui montoient
C97
à quatre cens lances , qui estoit vne
chose merueilleuse devoir vne si belle
compagnie : et en cest équipage le
Roy entra dans Thoul et Mels.
le ne veux laisser à dire qu’il fut
ordonné que les compagnies de mes-
sieurs de Rohan , du Comte de San-
cerre,delarnac(qui esloient chacune
de cinquante hommes d’armes) che-
mineroient sur les ailes du camp : et
Dieu scait comme nous allions disette
de viures, et proteste à Dieu que par
trois diuerses fois ie cuiday mourir de
faim : et n’estoit faute d’argent, car
i’en auois assez, et ne pouuions auoir
viures que par force , à raison que les
paysans les retiroient dedans les
villes et ehasleaux. Vn des seruiteurs
du Capitaine enseigne de la compa-
gnie de monsieur de Rohan , alla
auec d’autres pour cuider entrer en
vne Eglise où les paysans s’estoient
retirés, pensant trouuer des viures
par amour ou par force : mais entre
les autres cesluy là fut bien battu,
et s’en reuint auec sept coups d’espée
à la teste : le moindre penetroit la
seconde table du crâne : et en auoit
quatre autres sur les bras, et vn sur
l’espaule droite, qui coupoit plus de
la moitié de l’omoplate ou paleron.
11 fut rapporté au logis de son mais-
tre , lequel le voyant ainsi nauré , et
qu’aussi deuoit-on partir le lende-
main dés la pointe du iour, et n’es-
timant pas qu’il deust iamais guarir ,
fit cauer vne fosse, et le vouloit
faire ielter dedans, disant qu’aussi
bien les paysans le massacreroient
et tueroient. Meu de pitié ', ie luy dis
qu’il pourvoit encore guarir s’il estoit
bien pensé : plusieurs gentils-hom-
mes de la compagnie le prièrent de
ie faire mener auec le bagage, puis
1 Clinrilé de l'Auiheur. — A. P.
APOLOGIE
698
que i’auois ceste volonté de le penser :
ce qu’il accorda, et après que ie l’eus
habillé, fut mis en vue charrette, sur
vn lict bien couuert et bien accom-
modé, qu’vn cheual trainoit. le luy
fis office de Médecin , d’Apolicaire,
de Chirurgien, et de cuisinier : ie le
pensay iusques à la fin de la cure, et
Dieu le guarist : dont tous ceux de ces
trois compagnies admiroient ceste
cure. Les hommes d’armes de la com-
pagnie de monsieur de Rohan, la pre-
mière monstre qui se fit, me don-
nèrent chacun vn escu, et les archers
demy escu.
VOYAGE DE DANVILLIERS — 1552.
Au retour du camp d'Allemagne,
le Roy Henry assiégea Danuiiliers, et
ceux du dedans ne se vouloienl ren-
dre. Ils furent bien battus: la poudre
nous manqua, cependant tiroient
tousiours sur nos gens. 11 y eut vn
coup de couleurine qui passa au tra-
uers de la tente de monsieur de Ro-
han , qui donna contre la iambe d’vn
gentilhomme qui esloit à sa suilte,
qu’il me fallut paracheuer de couper,
qui fut sans appliquer les fers ardens.
Le Roy manda quérir de la poudre
à Sedan : estant arriuée, on com-
mença la batterie plus grande qu’au
parauant, de façon qu'on fil broche.
Messieurs de Guise et le Connestable
estans à la chambre du Roy , luy di-
rent et conclurent que le lendemain
il falloit donner l’assaut , et esloient
asseurés qu’on entreroit dedans : et
falloit tenir cela secret , de peur que
l’ennemy n’en fust aduerti : et pro-
mirent chacun de n’en parler à per-
sonne. Or il y auoit vn valet de
chambre du Roy , qui s’estant couché
sous son lfct de camp pour dormir,
entendit qu’on auoit résolu donner le
lendemain l’assaut. Subit le reuela à
vn certain Capitaine, et luy dist que
pour certain le lendemain on donne-
rait l’assaut, et l’auoit entendu du
Roy , et pria ledit Capitaine de n’en
parler à personne: ce qu’il promit,
mais sa promesse ne tint pas , et de ce
pas s’en alla le déclarer à vn Capi-
taine, et du Capitaine à vn Capitaine,
et des Capitaines à quelques- vns de
leurs soldats , disans tousiours : n’en
diles mot. Cela fut si bien celé, que
le lendemain du grand matin , on
voyoit la plus grand’part des soldats
auec leurs rondaeheset leurs chaus-
ses coupées au genoüil, pour mieux
monter à ia breclie. Le Roy fut ad-
uerti de ce bruit qui couroit parmy
cecamp qu’on deuoil donner l’assaut :
dont il fut fort esmerueillé. attendu
qu’ils n’estoient que trois en cest ad-
uis, qui auoient p omis l’vn à l’autre
n’en parler à personne. Le Roy en-
uoya quérir monsieur de Guise, pour
sçauoirs’il n’auoit point parlé de cest
assaut : il luy iura et affirma qu’il ne
l’auoit déclaré à personne. Autant en
dist monsieur le Connestable, lequel
dist au Roy qu’il falloit expressément
sçauoir qui auoit déclaré ce conseil
secret , attendu qu’ils n’estoient que
trois. Inquisition lut faite de Capi-
taine en Capitaine, enfin on trouua
la vérité : car l’vn disoit, c’a esté vn
tel qui me l’a dit : vn autre autant,
tant que l’on vint au premier qui dé-
clara l’auoir appris du valet de cham-
bre du Roy, nommé Guyard, natif
de dois, fils d’vn Barbier du defunct
Roy François. Le Roy l’enuoya qué-
rir en sa tente, en la presence de
monsieur de Guise et de monsieur le
Connestable, pour entendre de luy
ET VOYAGES.
d’où il tenoit et qui luy auoit dit
qu’on deuoit donner cest assaut. Le
Roy luy dist que s’il ne disoit la vérité,
qu’il le feroit pendre. Alors il déclara
qu’il s’estoit mis sous son lict pensant
dormir : l’ayant entendu , l’auoit dit
à vn Capitaine qui estoit de ses amis,
à fin qu’il se preparast auec ses sol-
dats d’aller des premiers à l’assaut.
Alors le Roy conneut la vérité, et
luy dist que jamais ne s’en seruiroit ,
et qu’il auoit mérité le pendre, et que
iamais plus il ne se trouuastàla c >ur.
Mon valet de chambre s’en alla
auec ce bonnet de nuicl , et coucboit
auec vn chirurgien ordinaire du Roy,
nommé maistre Louys de la cosle
sainct André : la nuict se donna six
coups de Cousteau, et se coupa la
gorge, sans que ledit Chirurgien
s’en apperceust iusques au matin,
qu’il trouua son lict tout ensanglanté,
et le corps mort auprès de luy. Dont
il fut fort esmerueillé de voir ce spec-
tacle à son resueil , et eut peur qu’on
eusl dit qu’il fust cause de ce meur-
tre. Mais subit fut deschargé, con-
noissant la cause, qui fut par vn
desespoir d’auoir perd u la bonne ami-
tié que luy portoit le Roy. Ledit
Guyard fut enterré.
Et ceux de Danuilliers, lorsqu'ils
virent la breche raisonnable pour
entrer dedans , et les soldats préparés
à l’assaut, se rendirent à la discrétion
du Roy. Les chefs furent prisonniers,
et les soldats renuoyés sans armes.
Le camp rompu, ie m’en retournay
à Paris, auec mon gentilhomme au-
quel auois coupé la iambe : ie le pen-
say, et Dieu le guarist. le le renuoyay
en sa maison, gaillard, auec vne
iambe de bois : et se conlentoit, disant
1 Que c’est de reueler les secrets desPrinces.
— A. P.
699
qu’il en estoit quitte à bon marché, de
n’auoir esté misérablement bruslé
pour luy estancher le sang, comme
escriuez en voslre liure, mon petit
maistre.
VOYAGE DE CHASTEAV LE COMTE. —
1552.
Quelque temps après, le Roy Henry
fit leuer vne armée de trente mille
hommes , pour aller faire degast à
l’entour de Hedin.Le Roy de Nauarre,
qu’on appelloit pour lors monsieur de
Vendosme , estoit chef de l’armée , et
Lieutenant du Roy. Estant à S. Denys
en France , attendant que les com-
pagnies passoient, m’enuoya quérir à
Paris pour aller parler à luy. Estant
là , me pria (sa priere m’estoit com-
mandement) de le vouloir sniure à
ce voyage : et voulant faire mes ex-
cuses, disant que ma femme estoit au
lit malade , me fit response qu’il
y auoit des Médecins à Paris pour la
traiter, et qu’il laissoit bien la sienne,
qui estoit d’aussi bonne maison que
la mienne, me promettant qu’il me
traiteroit bien : et des lors fit com-
mandement que fusse couché en son
estât- Voyant ceste grande affection
qu’il auoit de me mener auec luy, ie
ne l’osay refuser.
le l’allay trouuer au Chasteau le
Comte , trois ou quatre lieues prés de
Hedin , là où il y auoit des Impériaux
soldats en garnison auec nombre de
paysans d’alentour. Il les fit sommer
de leur rendre : ils Grenl response
qu’il ne les auroit iamais que par piè-
ces , et qu’ils fissent du pis qu’ils
pourroient, et euxferoienl du mieux
à se defendre. Ils se fioient en leurs
APOLOGIE
7OO
fossés qui estoient pleins d’eau : et
en deux heures , auec grand nombre
de fascines et certains tonneaux , on
fit chemin pour passer les gens de
pied, quand il faudroit aller à l’as-
saut : et furent battus de cinq canons,
et fit on breche aucunement suffi-
sante pour y entrer : où ceux de de-
dans receurent l’assaut bien viue-
ment,et ne fut sans tuer et blesser
grand nombre de nos gens de coups
d’harquebuses, de piques, et de pier-
res. En fin quand ils se virent forcés,
ils mirent le feu en leurs poudres et
munitions, qui fut cause de brusler
beaucoup de nos gens, et d’entr’eux
semblablement , et furent presque
tous mis au fil de l’espée. Toutesfois
quelques - vns de nos soldats en
auoient pris vingt ou trente, espe-
rans en auoir rançon. Cela fut s eu ,
et arresté par le conseil qu i! seroit
crié à son de trompe parmy le camp,
que tous soldats qui auoient des Es-
pagnols prisonniers eus^nt à les
tuer, sur peine d’estre pendus et es-
tranglés. Ce qui fut fait de sang-
froid.
De là nous nous en allasmes brus-
ler plusieurs villages, dont lesgranges
estoient toutes pleines de grain , à
mon très- grand regret. Nous nous en
allasmes iusques à Tournahan , où il
y auoit vne bien grosse tour, où les
ennemis se retiroient , mais il n’y fut
trouué personne : tout fut pillé, et
fit-on sauter la tour par vne mine,
auec la poudre à canon , qui la ren-
uersa s'en dessus-dessous. Apréscela,
le camp se rompit, et m’en retournay
à Paris.
le ne veux encore oublier à escrire,
que le lendemain que Chasleau le
Comte fut pris , monsieur de Ven-
dosme enuoya vn gentil- homme si-
gnalé deuers le Roy, pour luy faire
rapport de tout ce qui estoit passé: et
entre autres propos dist au Roy. que
i’auois grandement fait mon deuoir à
penser les blessés , et que ie luy auois
monstré dixhuit balles que i’auois
tirées des corps des blessés : et qu'il y
en auoit encore bien d’auantage que
ie n’auois pas pu trouuer ni tirer, et
luy dist plus de bien de moy, qu’il
n’y en auoit la moitié. Alors le Roy
dist qu’il vouloit que ie fusse à son
seruice , et commanda à monsieur du
Goguier , son premier Médecin, qu’il
eust à m’escrire qu’il me relenoit à
son seruice pour l’vn de ses Chirur-
giens ordinaires, et que ie l’allasse
trouuer à Reims dedans dix ou douze
iours. Ce que ie lis : là où il me fit
ce.-t honneur de me commander que
i’eusse à demeurer auprès de luy, et
qu’il me feroil du bien. Alors ie le
remerciay bien umblement de l’hon-
neur qu’il luy plaisoit me faii’e de
m’appeler à son seruice.
VOYAGE DE METS. — 1552.
L’Empereur ayant assiégé Mets
auec plus de six vingts mille hommes,
et au plus fort de l’hyuer, comme
chacun sçait de recente mémoire : et
y auoit en la ville de cinq à six mille
hommes, et entre autres sept Princes,
à scauoir monsieur le duc de Guise ,
Lieutenant du Roy, messieurs d’An-
guien , de Condé, de Montpensier, de
la Roche-sur-Yon, monsieur de Ne-
mours, et plusieurs autres gentils-
hommes , auec vn nombre de vieux
Capitaines et gens de guerre : les-
quels faisoient soutient des saillies sur
les ennemis (comme nous dirons cy
après) où n’estoit sans qu’il en de-
ET VOYAGES. 70 1
meurast beaucoup tant d’vue part
que d’autre. Nos gens blessés mou
roienl quasi tous , et pensoit-on que
les drogues dont ils estoient pensés
fussent empoisonnées. Qui fut cause
que monsieur de Guise , et messieurs
les Princes, firent tant qu'ils deman-
dèrent au Roy que s'il estoit possible,
on m’enuoyasl vers eux auec des dro-
gues, et qu'ils croyoienl que les leurs
fussent empoisonnées , veu que de
leurs blessés peu reschappoient. le
croy qu’il n’y auoit aucune poison:
mais les grands coups de coutelas, et
d’harquebuses , et l’extreme froid,
en estoient cause. Le Roy fit escrire
à monsieur le Marcschal de sainct
André, qui estoit son Lieutenant à
Verdun , qu'il trouunst moyen de me
faire entrer à Mets, par quelque façon
que ce fust Le seigneur Marcschal de
sainct André, et monsieur le Mares
chai de Vieille-Ville, gaignerent vn
Capitaine Italien, lequel leur promit
m’y faire entrer , ce qu’d fil : et pour
ce , eut quinze cens es< 11s Le Roy
ayant entendu la promesse qu’auoil
fait le Capitaine Italien, m’enuoyu
quérir, et me commanda de prendre
de son Apothicaire nommé Daigne ,
tant et telles drogues que ie verrois
eslre necessaires pour les blessés as-
siégés : ce que ie fis , tant qu’vn che-
ual de poste en pouuoil porter. Le
Roy me donna charge de parler à
monsieurde Guise, et aux Princes et
Capitaines qui estoient à Mets.
Estant arriué à Verdun, quelques
iours après monsieur le Marcschal de
sainct André me fil bailler des che-
uaux pour moy et pour mon homme,
et pour le Capitaine Italien , lequel
parlait fort bon Alleman, Espagnol,
et Walon , auec sa langue mater-
nelle. Lors qu’estions à huit ou dix
lieues prés de Mets , n’allions que de
nuit : où estant prés du camp ie vis
à plus d’vne lieuë et demie des feux
allumés autour de la ville , ressem-
blant quasi que toute la terre ardoit,
et m’estoit aduis que nous ne pour-
rions iamais passer au trauers de ces
feux sans estre descouuerts , et par
conséquent estre pendus et estranglés,
ou mis en pièces , ou payer grosse
rançon. Pour vray dire , i’eusse bien
et volontiers voulu estre encore à
Paris, pour le danger eminent que ie
preuoyois. Dieu conduit si bien nostre
affaire, que nousenlrasmes en la ville
à minuit , auec vn certain signal que
le Capitaine auoit auec vn autre Ca-
pitaine de la compagnie de monsieur
de Guise : lequel seigneur i’allay
trouuer en son lict, qui me receut de
bonne grâce, estant bien ioyeux de
ma venue. le luy fis ma légation de
tout ce que le Roy m’auoil commandé
luy dire. le luy dis que i auois vne
petite lettre à luy bailler, et que le
lendemain ie ne ferois faute la luy
donner. Cela fail , commanda qu’on
medonnasl logis, et que ie fusse bien
traité, et me dist que ie ne faillisse
le lendemain me trouuer sur la brè-
che , où ie trouuerois tous les Princes
et Seigneurs et plusieurs Capitaines :
ce que ie fis : et me receurent auec
vne grande ioye , me faisans cest
honneur de m'embrasser, et me dire
que i’estois le bien venu : adioustans
qu’ils n’auoientplus de peur de mou-
rir s’il aduenoit qu’ils fussent blessés.
Monsieur le princejle la Roche-
sur-Yon fullepremier qui me festoya,
et s’enquist de moy ce qu’on disoit à la
Cour de la ville de Mets. le luy dis
tout ce queie voulus Puis subit me
pria d’aller voir l’vn de ses gentils-
hommes , nommé monsieur de Ma-
gnane, à présent Cheualier de l’or-
dre du Roy et Lieutenant des gardes
APOLOGIE
702
de sa Majesté, lequel eut la iambe
rompue d’vn esclat de canon. le le
trouuay au lit, sa iambe ployée et
courbée, sans aucun appareil dessus :
parce qu’vn gentil-homme lny pro-
mettoit guarison , en ayant son
nom et sa ceinture , auec certaines
paroles : et le pauure gentil-homme
pleuroit et crioit de douleur qu’il
sentoit,ne dormant ne iour ne nuit, il
y auoit quatre iours. Alors ie menrsoc-
quay fort de ceste imposture et faulsc
promesse : promptement ie racous-
tray et babillay si dexlrement sa
iambe, qu’il fut sans douleur et dor-
mit toute la nuit :et depuis fut, grâces
à Dieu, guari, et est encore à présent
viuant, faisant seruicc au Roy. Ledit
seigneur de la Roche-sur-Yon m’en-
uoya vn tonneau de vin, plus gros
qu’vne pipe d’Anjou, en mon logis, et
me fil dire que lors qu’il seroit beu,
il en enuoycroit d’autre. C’estoil à
qui me traiteroit, me faisans tous
bonne chere.
Cela fait , monsieur de Guise me
bailla vne liste de certains Capitaines
et Seigneurs, et me commanda de
leur dire ce que le Roy m’auoit donné
en charge : ce que ie fis : qui estoit
faire ses recommandations, et vn re-
merciement du deuoir qu’ils auoient
fait, et faisoient à la garde de sa ville
de Mets, et qu’il le reconnoistroit. le
fus plus de huit iours pour acquitter
ma charge, parce qu’ils estoient
plusieurs. Premièrement à tous les
Princes et autres, comme le Duc Ho-
race, le Comte de Martigues, et son
frere monsieur de Baugé , les sei-
gneurs deMonlmorency,el d’Anuille,
à présent Mareschal de France, mon-
sieur de la Chapelle aux Vrsins, Bon-
niuel, Carouge auiourd’huy gouuer
neur de Rouen, le vidasme de Char-
tres, le comte de Lude, monsieur de
Biron, à présent mareschal de France,
monsieur de Randan, la Roche-fou-
caut, Bordaille , d’Estrés le ieune,
monsieur desainct Iebanen Dauphiné,
et plusieurs autres qui seroient trop
longs à reciter : et mesmes à plu-
sieurs Capitaines qui auoient tous
bien fait leur deuoir, à la defense de
leurs vies et de la ville. le demanday
puis après à monsieur de Guise, qu’il
luyplaisoit que ie feisse des drogues
quei’auois apportées :il me dist que
ie les départisse aux Chirurgiens et
Apoticaires, et principalement aux
pauures soldats blessés, qui esloient
en grand nombre à l’hoslel Dieu : ce
que ie fis : et puis asseurer que ne
pouuois assez tant faire que d’aller
voir les blessés, qni m’enuoyoient
quérir pour les visiter et penser.
Tous les seigneurs assiégés me priè-
rent de solliciter bien soigneusement
sur tous les autres, monsieur de
Pienne, qui auoit esté blessé sur la
breche, d’vn esclat de pierre d’vn
coup de canon, à la temple, auec
fracture et enfonceure de l’os. On
me dist que subit auoir receu le coup,
tomba en terre comme mort, et ietta
le sang par la bouche , par le nez et
par les oreilles, auec grands vomis-
semens, et fut quatorze iours sans
pouuoir parler, ny ratiociner : aussi
luy suruindrent des tressaillemens
approchons de spasme , et eut tout le
visage enflé et fort liuide. Il fut tré-
pané à coslé du muscle temporal, sur
l’os coronal. le le pensay auec autres
Chirurgiens, et Dieu le guarist : et
auiourd’huy est encore viuant, Dieu
merci.
L’Empereur faisoit faire la batterie
de quarante doubles canons, où la
poudre n’estoit espargnée iour ny
nuit. Subit que monsieur de Guise vit
l’artillerie assise et braquée pour faire
ET VOYAGES.
brecbe , fit abbattre les maisons
les plus proches pour remparer, et
les pouitres et soliues estoient ar-
rengéesbout à bout, et entre (leux
des fascines, de la terre, des liels et
balles de laine : puis on remet toit
encore par dessus autres pouitres et
soliues , comme dessus. Or beaucoup
de bois des maisons des faulx bourgs
qui auoient esté mises par terre (de
peur que l’ennemy ne s’y logeasl au
couuert, et qu'ils ne s’aidassent du
bois), seruil bien à remparer la bre-
cbe. 1 ont le monde esloit empeschéà
porter la terre pour la remparer mul-
et nuicl. Messieurs les Princes, Sei-
gneurs, et Capitaines, Lieutenans,
Enseignes, portoient tous la hotte,
pour donner exemple aux soldats et
citoyens à faire le semblable : ce qu’ils
faisoienl, voire iusques aux dames et
damoiselles, et ceux qui n’auoient
des hottes s aidoienl de chauderons,
panniers, sacs, linceuls, et tout ce
qu’ils pouuoient pour porter la terre :
en sorte que l’ennemy n’auoit point
si tost abbalu la muraille, qu’il ne
trouuast derrière vu rempart plus
fort. La muraille estant tombée, nos
soldats crioienl à ceux de^dehors, Ma
regnard , au regnard , au^regnard: et
se disoienl mille iniures les vns aux
autres. Monsieur de Guise, fil defense
sous peine de la vie, que nul n'eusl à
panel a ceux ne dehors, de peur qu’il
n'y eusî quelque traislre qui leur
durmast aduerlissemenl de ce qu’on
fiiisoit dedans la ville. La defense
faite, attachèrent des chats viuansau
bout de leurs piques, et les mettoient
sur la muraille, et crioienl auec les
chats, Miaut,miaut, miaut. Véritable-
ment les Impériaux auoient grand
despit d auoir esté si long temps à
faire brecbe auec grande despense,
qui esloit large de quatre vingls pas,
703
pour entrer cinquante hommes de
front, où trouuerentvn rempart plus
fort que la muraille. lisse iettoient
survies pauures chats, et les^tiroient
à coups de harquebuses comme l’on
fait au papegault.
Nos gens ; faisoient souuent’des sor-
ties, par le commandement de mon-
sieur de Guise. Vn iour deuant il y
auoit presse à se faire enroller .de
ceux qui deuoient sortir, et principa-
lement la ieune noblesse , menés par
Capitaines expérimentés, dé maniéré
que c estoit (leur faire;, vne grande
faueur de permettre de sortir et cou-
rir sus l’ennemy : et sortoient tou-
jours en nombre de cent ou de six
vingls bien armés, auec rondaehes,
coutelas, harquebuses et pistoles,
piques, perluisanes, et halebardes :
lesquels) alloient (iusques aux'g tran-
chées les resueiller en sursaut. Là où
l’alarme se donnoit en tout leur camp,
et leurs tabourins sonnoient plan ,
plan, ta, ti la. ta, ta, ti, ta,tou,touf,
touf. Pareillement fleurs trompettes
et clairons ronfloient et sonnoient
bonite selle, botitte selle , boutte selle ,
monte à chei al, monte a chtual, monte
à cheual , boutte selle, monte à\caual,à
canal. Et tous leurs soldats crioienl
à l'ai me , à l’arme , à l’arme , aux
armes, aux armes, aux arme - , à l’arme,
aux armes, à l’aime, %'aux armes, à
l’arme, comme l’on fait la huée après
les loups, et tous diuers langages ,
selon les nations : et les voyoil-on
sortir de leurs tentes et petites loges,
drus comme fourmillons lors qu’on
descouure leurs fourmillieres , pour
secourir leurs compagnons qu’on de-
gosilloil comme moutons. La caual-
lerie pareillement venoit de toutes
parts au grand gailop, patati, patata,
pat ali, patata, pa, ta, ta, patata, pata,
ta, et leur lardoit bien qu’ils ne fussent
APOLOGIE
704
à la meslée où les coups se dépar-
taient, pour en donner et en recetioir.
Et quand les noslres se voyoient
forcés, reuenoient en la ville tous-
iours en combattant, et ceux qui cou-
roient après estaient repoussés à
coups d’artillerie, qu’on auoit chargée
de cailloux et gros carreaux de fer
de flgure quarrée et triangle. Et nos
soldats qui esloient sur ladite murail-
le, faisoienlvne escopelerie et pleu-
uoir leurs balles sur eux dru comme
gresle, pour les renuoyer coucher,
où plusieurs demeuroienl en la place
du combat : et nos gens aussi ne s’en
reuenoient tous leur peau enliere, et
en demeuroient tousiours quelques-
vns pour la disme, lesquels esloient
ioyeux de mourir au iict d’honneur.
El là où il y auoit vn cheual blessé,
il estait escorcbé et mangé par les sol
dats : c’esloit en lieu de bœuf et de
lard. Et pour penser nos blessés, c’es-
loit à moy à courir. Quelques iours
après on faisoil autres sorties, qui
faschoient fort les ennemis , pource
qu’on les laissoit peu dormir à seu-
relé.
Monsieur de Guise fit vn strata-
gème ou ruse de guerre : c’est qu’il
enuoya vn paysan , qui n’estoit pas
trop habile homme, auec deux paires
de lettres vers le Roy, auquel il
donna dix escus, et promesse que le
Roy luy en donneroit cent , pourueu
qu’il luy baillasl ses lettres En l’vne
il luy mandoil quel’ennemy ne faisoit
nul semblant de se relirer, et à toutes
forces faisoit vne grande breche :
qu’il esperoit la bien garder, iusques
à y employer sa vie et celle de tous
ceux qui esloient dedans : et qui; si
l’ennemy eust aussi bien assise son
artillerie en vn certain lieu qu’il
nommoit, à grande difficulté l’eust
on peu garder qu’il n’eust entré de-
dans, attendu que c’estoit le lieu le
plus foible de toute la ville : mais
bien lost il esperoit de !e bien rem-
parer, en sorte qu’on 11’y pourroit
entrer. L’vne de ces lettres luy fut
cousue en la doublure de son pour-
point , et luy fut dit qu’il se donnast
bien garde de le dire à personne : et
luy en fut donné vne autre, là où
inondit seigneur de Guise mandoit au
Roy, que luy et tous ses assiégés es-
peroient de bien garder la ville, et
autre chose que ie laisse icy à dire. Il
fil sortir ce paysan la nuit , où il fut
pris par vn corps de garde , et mené
au duc d’Albe, pour prendre langue
de ce qu’on faisoit en la ville : et luy
fut demandé s’il auoit des lettres : dist
que ouy, et leur en bailla vne : et
l’ayant veuë, luy fut demandé par
serment s'il n’en auoit point d’autre,
dist que non : lors fut fouillé, et luy
fut li ouuée celle, qu’il auoit cousue à
son pourpoint, et le panure messager
fut pendu et eslranglé.
Lesdites lettres furent communi-
quées à l’empereur, lequel fit appcl-
ler son conseil, là où il fut résolu ,
puisque on n’auoit peu rien faire à la
première breche, que promptement
l’artillerie seroit menée à l'endroit
qu'on estimoit le plus foible : là où ils
firent grands efforts à refaire vne
autre breche , et sapperent et minè-
rent la muraille, et taschoient à sur-
prendre la tour d’Enfer, neantmoins
n’oserent venir à l’assaut. Le duc
d’Albe remonslra à l’Empereur, que
tous les iours les soldats mouroient,
voire au nombre de plus de deux
cens, et qu’il y auoit aussi peu d’es-
pérance d’entrer en la ville , veu le
temps, et le grand nombre de. gens
de guerre qui y esloient L’Empereur
demanda quelles gens c’estoient qui
se mouroient, et si c’estoient gentils-
F.T VOYAGES
hoinmeset hommes de remarque: luy
Tut fail response que c’estuient tous
panures soldais. Alors dist qu’il n’y
auoit point de danger qu’ils mourus-
sent , les comparant aux chenilles,
sauterelles et hannetons qui mangent
les bourgeons et autres biens de la
terre, et que s’ils esloient gens de
bien, ils ne seroient en son camp
pour six liures par mois, et parlant
qu'il n’y auoit nul danger qu'ils
mourussent. D’auanlage, disoit qu’il
ne partiroit iamais de deuant la ville
qu’il ne la prist, par force ou par
famine, quand ildeuroit perdre toute
son armée : à causedu grand nombre
de Princes qui y estoient enfermés,
auec la plus grande part de la no-
blesse de France, desquels il esperoit
qu’ils payeroient au quadruple sa
despense, et iroit encore vne fois à
Paris pour visiter les Parisiens, et se
faire Roy de tout le royaume de
France.
MonsicurdeGuise auec les Princes,
Capitaines etsoldats, et geneialement
tous les citoyens de la ville, ayans en-
tendu l'intention de l’Empereur qui
estoit de nous tous exterminer : aiors
il ne fut permis aux soldats et ci-
toyens, et mesme aux Princes et Sei-
gneurs, de manger marée fraîche ny
venaison : pareillement aucunes per-
drix, becaces, alloüetles, francolins,
pluuiers et autres gibiers, de peur
qu'ils eussent acquis quelque air pes-
tilent, qui nous cust peu donner vne
contagion : mais auraient à se con-
tenter de l’amonuion, à sçauoir du
biscuit, bœufs, vaches salées, lards,
ceruelas, iambons de Maïence : sem-
blablement poissons, comme molues,
merlus, saulmons, alouses , tonnine,
balaine, anchois, sardines, harencs :
aussi poix , féues, ris, ails , oignons,
pruneaux, fromages, beurre, huile
ni.
700
et sel ; poyure, gingembre, mani-
guel, et autres espiceries pour mettre
en nos paliccries : principalement des
cheuaux, qui sans cela auraient vn
tres-mauuaisgousl. Plusieurs citoyens
ayans des iardins en laviile,yauoient
enterré grosses raues, nauels, carot-
tes et porreaux, qu’ils gqrdoient bien
et chèrement , pour l’e.xtreme néces-
sité de la faim. Or toutes ces muni-
tions estoient distribuées par poids,
mesure et iuslice, selon la qualité des
personnes, parce que nous ne sca-
uions pas combien de temps le siège
durerait- Car ayant entendu de la
bouche de l’Empereur qu’il ne parti-
roit iamais de deuant Mets qu’il ne
l’eust prise par force ou par famine :
alors les viures furent retranchés, en
sorte que ce qu’on distribuoit à trois
soldats estoit baillé pour quatre : et
delense à eux de vendre le reste qui
pouuoit demeurer de leur repas, mais
permis le donner à leurs goujats.
Et se leuoient tousiours de table
auec appétit, de peur qu’ils fussent
suiels à prendre medecine. Et au-
parauant nous rendre à la mercy des
ennemis, auions délibéré démanger
plustosl lesasnes, mulets et cheuaux,
chiens, chats et rats , voire nos bot-
tes et collets, et autres cuirs qu’on
eustpeu amollir et fricassée. Généra-
lement tous les assiégés délibéreront
de valeureusement se defendreauec
toutes machines de guerre : à sçauoir,
de braquer et charger l’artillerie (à la
pantiere do la breche) de boulets,
cailloux, clous de charrette, car-
reaux,et chaisnes de fer : aussi toutes
especes et différences d’artifices de
feu, comme boettes, bariquades,
grenades, pots, lances, torches et
fusées , cercles entourés de chausses-
trappes , fagots bruslans : d’abon-
dant eau bouillante et plomb fondu,
45
APOLOGIE
70G
et poudre de chaux viue, pour leur
creuer les yeux. Aussi eust-on percé
les maisons de coslé cl d’aulre pour
y loger des harquebusiers , pour les
battre en flanc el les haster d’aller,
ou les faire du tout demeurer. Pareil-
lement on eust donné commission aux
femmes de depauer les rues, et leur
ieller par les feneslres des miches de
sainct Eslienne, busches, tables, tré-
teaux , bancs et escabelles , qui leur
eussent effondré la cerueile. D’auan-
tagcil y auoit vn peu plusauantvn
gros corps de garde remparé de char-
rettes et palissades, tonnes et ton-
neaux, el bariquades remplis de terre
pour seruir de gabions, entrelardés
de fauconneaux et faucons, pièces de
campagne, liarquebuses à croq , et
harquebuses et pistoles, et artifices
de feu , qui leur eussent rompu ïam-
bes et cuisses, de façon qu’ils eussent
esté battus en leste, en flanc et en
queue : et où ils eussent forcé ce
corps de garde , il y en eust eu d’au-
tres aux carrois des rues, de cent pas
en cent pas, qui eussent esté autant
mauuais garçons ou plus que les pre-
miers : et n’eusl esté sans faire beau-
coup de femmes vefues et orfelins.
Et si la fortune eust tant voulu contre
nous, qu’ils eussent fendu et rompu
nos corps de gardes , il y eust eu en-
core sept gros liocs el baslillons or-
donnés en quarréet en triangle, pour
combattre tous ensemble, accompa-
gnés chacun d’vn Prince, pour leur
donner hardiesse de mieux combat-
tre el mourir tous ensemble, iusques
au dernier souspir de leur ame. D’a-
uantage, ilsestoient tous résolus que
chacun porteroit leurs thresors, ba-
gues et ioyaux, et leurs meubles les
meilleurset plusricheset plus beaux,
pour les brusler en la grande place
cl les mettre en cendres , de peur que
les ennemis ne s’en preualussent et
en fissent trophée. Pareillement il y
auoit gens qui eussent eu charge de
mettre le feu et brusler toutes les
munitions, ensemble d’effondrer aux
caues tous les vaisseaux à vin : au-
tres de mettre le feu en chacune
maison, pour brusler nos ennemis et
nousensemble. Lescitoyens l’auoient
ainsi tous accordé , plustost que de
voir le Cousteau sanglant sur leur
gorge et leurs femmes et filles violées
et prendre à force, par les Espagnols
cruels et inhumains.
Or nous auions certains prisonniers
que monsieur de Guise renuoya sur
leur.foy, ausquels taciturnement on
auoit voulu qu’ils conceussent nostre
derniere volonté et desespoir, lesquels
estant arriués en leur camp, ne diffé-
rèrent de la publier : qui fut cause de
refrener la grande impétuosité et vo-
lonté des soldats, de non plus vouloir
entrer dans la ville pour nous couper
la gorge, et s’enrichir de nostre pil-
lage. L’Empereur ayant entendu ceste
deliberation de ce grand guerrier ’
monsieur de Guise , mit de l’eau en
son vin, et refréna sa grande cholere,
disant qu’il ne pourroit entrer en la
ville sans faire vne bien grande bou-
cherie et carnage, et espandre beau-
coup de sang, tant des defendansque
des assaillons , et fussent tous morts
ensemble , et à la fin il n’eust sceu
auoir autre chose que des cendres : et
qu’aprés on eust peu dire que c'eust
esté vne pareille destruction que celle
de la ville de lerusalem, faite jadis par
Titus et Vespasian. L’Empereur donc
ayant entendu nostre derniere réso-
lution , et voyant le peu qu’il auoit
auancé par sa batterie, sappes et mi-
nes, et la grand’ peste qui estoit en
tout son camp, et l’indisposition du
temps , et la nécessité de viures et
ET VOYAGKS.
d’argent, et que ses soldats se des-
bandoierit et par grandes troupes
s’en alloient : conclud en fin se reti-
rer, accompagné de la cauallerie de
son auant-garde, auec la plus grande
part deson artillerie et de la bataille.
Le Marquis de Brandebourg fut le
dernier qui deslogea , soustenu de
quelques bandes d’Espagnols, de Boc-
iuiens,etses compagnies d’AIIemans,
et y demeura après vne iournée et
demie, au grand regret de monsieur
de Guise, lequel fit sortir de la ville
quatre pièces d’artillerie qu’il fit tirer
sur luy à tort et à trauers, pour le
haster d’aller : ce qu’il fit bien tosl ,
auec toutes ses troupes. Estant à vn
quart de lieue de Mets, fut espris d’ vne
frayeur, craignant que nostre caual-
lerie ne luy donnast sur la queue : qui
fut cause qu’il fit mettre le feu en ses
poudres de munition , et laisser quel-
ques pièces d’artillerie, et beaucoup
de bagage qu’il ne sceut faire mener,
pource que l’auant-garde et la ba-
taille et les gros canons auoient
rompu et effondré les chemins. Nostre
gendarmerie vouloit à toutes forces
sortir de la ville pour luy aller donner
en queue : mais monsieur de Guise ne
le voulut iamais permettre , ains au
contraire leur dist qu’on leurdeuoit
plustost applanir les chemins, et leur
faire des ponts d’or et d’argent poul-
ies laisser aller, ressemblant au bon
pasteur et berger, qui ne veut perdre
vne seule de ses ouailles.
Voila comme nos chers et bien ai-
més Impériaux s’en allèrent de de-
uant Mets, qui fut le lendemain de
Noël , au grand contentement dos as-
siégés, et louange des Princes, Sei-
gneurs, Capitaines, et soldats, qui
auoient enduré les trauaux de ce
siégé l’espace de deux mois. Toulesfois
ne s’en allèrent pas tous, il s’en fallut
7°7 .
plus de vingt mille, qui esloient morts
tant par l’artillerie et coups de main,
que de la peste, du froid, et delà faim
(et de despit et grand rage qu’ils ne
pouuoient entrer en la ville pour
nous couper la gorge, et en auoir le
pillage) et aussi moururent grand
nombre de leurs cheuaux, desquels
en auoient mangé la plus grand
part, en lieu de bœuf et de lard. On
alla où ils auoient campé, où l’on
trouua plusieurs corps morts non
encore enterrés , et la terre toute la-
bourée, comme l’on voit le cime-
lieresainct Innocent durant quelque
grande mortalité. En leurs tentes,
pauillons et loges, y auoient laissé
pareillement plusieursmalades. Aussi
boulets, armes, charrettes, chariots
et autres bagages , auec vn grand
nombre de pains de munition, gastcs
et pourris par les neiges et pluyes :
encore les soldats n’en auoient pas
que par mesure et compas. Et sem-
blablement laissèrent grande proui-
sion de bois, du reste des maisons
qu'ils auoient démolies et abbatlues,
des villages à deux et à (rois lieues
d’alentour : pareillement plusieurs
autres maisons de plaisance , appar-
tenans aux citoyens, accompagnées
de iardins et beaux vergers , remplis
de diuers arbres fruitiers : aussi sans
cela ils fussent tous transis et morls
du froid, et eussent esté contraints
de leuer plustost le siégé. Mordit
seigneur de Guise fit enterrer les
morts , et traiter leurs malades. Pa-
reillement les ennemis laissèrent en
l’Abbaye de S. Arnoul beaucoup de
leurs soldats blessés, qu’ils n’eurent
moyen de faire emmener. Mondit
seigneur de Guise leur enuoya à tous
viures à suffisance, et me commanda
et aux autres Chirurgiens de les aller
penser et medicamenter : ce que nous
APOLOGIE
708
faisions de bonne volonté : et croy
qu'ils n’eussent fait le semblable
enuers les nostres, parce que l’Espa-
gnol est tres-eruel, perfide et inhu
main , et partant ennemy de toutes
nations-: ce qui se preuue par Lopez
Espagnol et Benzo Milanois, et au-
tres qui ont escrit l’histoire de l’Ame-
rique et Inde Occidentale, ont esté
contraints confesser que la cruauté,
auarice, blasphèmes et meschancelé
des Espagnols , ont du fout aliéné les
pauures Indiens de la religion que
lesdits Espagnols disoient tenir : et
tous escriuent qu’ils valent moins
que les Indiens Idolâtres, par le cruel
traitement fait ausdits Indiens.
Et quelquesiours après, enuoya vnc
trompette à Thionuille versles enne-
mis, qu’ils eussent à renuoyer quérir
leurs blessés en bonne seureté : ce
qu’ils firent auec charrettes et cha-
riots, mais non à suffisance. Monsieur
de Guise leur fit bailler charrettes et
charliers, pour les aider à conduire
audit Thionuille. Nosdits charliers
estans de retour, nous rapportèrent
que les chemins esloient tous paués
de corps morts, et n’en ramenèrent
iamais la moitié, car ils mouroient
en leurs charrettes : et les Espagnols
les voyans eslre aux traits de la
mort, auparauant qu'ils eussent ietlé
le dernier souspir , les ietloient hors
leurs charrettes, et les er.seuelis-
soient en la boue et fange, disans
qu’ils n’auoient nulle commission de
l’emmener les morts. D’abondant nos-
dits charliers disoient auoir trouué
par les chemins beaucoup de char-
rettes embourbées, chargées de ba-
gages, qu’ils n’osoienl renuoyer que-
rir , craignans que ceux de Mets ne
leur courussent sus.
le veux encore retourner à la cause
de leur mortalité, qui estoit princi-
palement de la faim, peste, et du
froid : car la neige estoit sur la terre
plus de hauteur de deux pieds , et es-
loient logés en des cauernes sous
terre , couuertes d’vn peu de chaume
seulement. Ncantmoins que chacun
soldat auoit son lit de camp et vne
couuerlure toute semée d’estoiles
luisantes et brillantes, plus claires
que fin or : et tous les iours auoient
draps blancs, et logés à l’enseigne de
la Lune, et faisoient bonne chere
quand ils auoient dequoy : et payoient
si bien leur hoste dés le soir, que le
matin s’en alloient quilles, secouant
les oreilles. Et ne leur falloit nul
peigne pour deslacher le duuet et la
plume de contre leurs barbes et clie-
ueux : et trouuoient tousiours nappe
blanche,- perdans de bons repas par
faute de viandes. Aussi la plus grande
part n’auoit bottes , ny bottines, pan-
toufles, chausses, ny souliers : et plu-
sieurs aimoient mieux n’en auoir
point que d’en auoir, pource qu’ils
esloient tousiours en la fange iusques
à my-iambes : et à cause qu’ils al-
loient nuds pieds , nous les appellions
les Apostres de l'Empereur.
Après que le camp fut entièrement
rompu , ie dislribuay mes malades
entre les mains des Chirurgiens de la
ville , pour les paracheuer de penser :
puis.ie pris congé de monsieur de
Guise , et m’en reuins deuers le Roy ,
qui me îeceut auec bon visage, le-
quel me demanda comme i’auois peu
entrer en sa ville de Mets. le luy ra-
contay entièrement tout ce que i’a-
uois fait. Il me fit donner deux cens
cscus, et cent que i'auois eu au par-
tir : et me dist qu’il ne me lalsseroit
iamais panure. Alors ie le remerciay
tres-humblement du bien et de l’hon-
neur qu’il luy plaisoit me faire.
TT
VOYA'JE PE 11EDIN. — 1553.
L’Empereur Charles fit assiéger
la villedel’heroüenne.où monsieur le
Duc de Sauoye esloit general de
toute l’armée. Elle fut prise d'assaut,
où il y eut de nos gens grand nombre
de tués et de prisonniers.
Le Roy, voulant preuoir que l’en-
nemy ne vint aussi assiéger la ville
et chasteau de Hedin, enuoya mes-
sieurs le Duc de Bouillon , le Duc
Horace, le Marquis de Villars, et vn
nombre de Capitaines, et enuiron dix-
huit cens soldats: et pendant le siégé
de Theroüenne, lesdils seigneurs fi-
rent fortifier ledit chasteau de Hedin,
de façon qu’il sembloit eslre impre-
nable. Le Roy m’enuoya vers lesdils
seigneurs pour les secourir de mon
art, si d’aduenlure ils en auoient af-
faire.
Or tost après la prise de Theroüen-
ne, nous fusmes assiégés de l’armée.
11 y auoit vue viue et claire fontaine
à la portée de noslre canon, où il y
auoit enuiron quatre vingts ou cent
goujats et putains de nos ennemis,
qui estoient autour de ceste fontaine
pour puiser de l’eau. I’estois sur vn
rampart regardant asseoir le camp :
et voyant ceste multitude de fai-
néants autour de ladite fontaine, ie
priay monsieur du Pont, commissaire
de l’artillerie, de faire tirer vn coup de
canon à ceste canaille : il m’en fit
grand refus, me remonstranl que tou-
te ceste maniéré de gens ne vaudroit
point la poudre qu’on y despendroit.
De rechef le priay de braquer le ca-
non, luy disant que plus de morts
moins d’ennemis, ce qu’il fit par ma
priere : et de ce coup en furent tués
quinze ou seize, et beaucoup de
blessés. Nos soldats firent saillies sur
les ennemis , où il en fut beaucoup de
tués et blessés de coups d’harque-
buses et de main, tant d’vne part que
d’autre : et nos soldats faisoient sou-
uent des saillies sur les ennemis, au-
parauant que leurs tranchées fussent
faites, là où i’eus beaucoup de be-
songne taillée : de façon que n’auois
repos ny iour, ny nuit, à penser les
blessés.
Et diray cecy en passant, que nous
en auions mis beaucoup en vue
grosse tour, couchés sur vn peu de
paille : et leurs oreillers estoient de
pierres , leurs couuerlures estoient
manteaux, à ceux qui en auoient.
Lorsque la batterie se faisoit, autant
de coups que leurs canons (iroient ,
les malades disoient sentir douleur
en leurs playes, comme si on leur
cust. donné des coups de baston : l'vn
crioit la teste, l’autre le bras, et
ainsi des autres parties: et à plusieurs
leurs playes resaignoient, voire en
plus grande abondance qu’à l’heure
qu’ils furent blessés, et lors c’esloit à
moy à courir pour les estancher. Mou
petit maislre , si vous eussiez esté là ,
vous eussiez esté bien empesché auec
vos fers ardens. Il vous eust fallu
beaucoup de charbon pour les rou-
gir, et croy qu’on vous eust assommé
comme vn veau pour ceste cruauté.
Or par ceste tempeste diabolique de
l’eclio de ceste machine canonique,
et grande et vehemente agitation de
la collision de l’air, retentissant aux
playes de ces blessés , plusieurs mou-
roient : et d’autres parce qu'ils ne
pouuoient reposer , à cause des cla-
meurs et cris qu’ils faisoient iour et
nuit, et aussi faute de bons aiimens,
et autres traitemens necessaires aux
blessés. Or mon petit maislre, si vous
eussiez esté là , vous eussiez bien peu
7»o
APOLOGIE
leur donner de la gelée, reslaurans,
coulis, pressis, panade, orge-inon-
dés, amandes, blanc-manger, pru-
neaux, raisins de damas , et autres
viandes propres aux malades : voslre
ordonnance eust esté seulement ac-
complie en papier, mais à l'effet ils
n’eussent sceu autre chose auoir que
de la chair de vieilles vaches em-
preintes, qui furent prises autour de
Hedin pour noslre munition , salées
et demy cuites : en sorte que qui la
vouloit manger, il la falloit tirer à
force de dents , comme font les oi-
seaux de proye leur viande.
le ne veux laisser leurs linges dont
ils esloient pensés , qui estoient seu-
lement relaués tous les iours et sei-
chés au feu, partant endurcis comme
parchemin. le laisse à penser comme
leurs playes se deuoient bien porter.
11 y auoit quatre grosses putains de
haute graisse , à qui fut donnée la
charge de blanchir le linge , qui s’en
acquittoient à coups de baston : et
aussi qu’elles n’auoient l’eau à com-
mandement, ny moins le sauon. Voila
comme les pauures malades mou-
roient, par faute d’alimens et autres
choses necessaires.
Vn iour nos ennemis feignirent de
nous donner vn assaut general, pour
attirer nos soldats sur la breche , à
lin de reconnoistre nostre contenan-
ce : tout le monde y courut : nous
auions fait grande prouision d’artifi-
ces de feu pour defeudre la breche.
Vn preslre de monsieur le Duc de
Boüillon print vne grenade , pensant
la ietter sur les ennemis, et y mit le
feu plustost qu’il ne deuoit : elle se
creua , et le feu se mit en nos artifi-
ces qui esloient en vne maison prés
la breche, qui nous fut vn merueil-
leux desastre, pource qu’il brusla
beaucoup de pauures soldats : mes-
mes se print en la maison, et eussions
esté tous bruslés , n’eust esté le se-
cours qu’on fit pour l’esteindre. Il
n’y auoit qu’vn seul puits là où il y
eust de l’eau en nostre chasteau , qui
fut presque du tout tari , et en lieu
d’eau on prit de la biere pour l’es-
teindre. Puis apres eusmes grande
disette d’eau : et pour boire le reste
qui demeura , il la nous falloit passer
au trauers des seruiettes. Or l’en-
nemy, voyant ceste foudre et tem-
peste de ces artifices qui ietterent
vne merueilleuse flambe et tinta-
marre , eslimoient que nous eussions
mis le feu exprès pour la defense de
nostre breche, pour les brusler, et
que nous en auions bien d’autres.
Cela leur fit prendre autre opinion
de nous auoir par autre voye que par
assaut : ils firent des mines, et sap-
perent la plus grande partie de nos
murailles : tellement que cela estoit
pour renuerser entièrement noslre
chasteau s’en-dessus-dessous : et lors
que les sappes furent acheuées de
faire , et que leur artillerie tiroit ,
tout nostre chasteau branloit sous
nous , comme vn tremblement de
terre, qui nous estonna fort. D’a-
uantage, ils auoient braqué cinq
pièces d’artillerie qu’ils auoient as-
sises sur vne petite colline pour nous
donner à dos , lors que fussions allés
pour la defense de la breche.
Le Duc Horace eut vn coup de ca-
non à vne espaule, quiluy emporta
le bras d’vn coslé et le corps de l’au-
tre, sans que iamais sceust dire vne
seule parole. Ceste mort là nous fut
vn grand desastre, pour le rang qu’il
tenoit en ceste place. Semblablement
monsieur de Martigues eut vn coup
de boulet qui luy perça les poulmous :
ie le pensay , comme ie diray cy
après. Alors nous demandasmes à
ET VOYAGES.
parlementer, et fut enuoyé vne trom-
pette vers le Prince de Piémont ,
pour sçaubir quelle composition il
luy plaisoit nous faire. Sa response
fut que tous les Chefs, comme Gen-
tilshommes, Capitaines, Lieutenans,
Enseignes, seroient pris à rançon , et
les soldats sorliroient sans armes : et
que s’ils refusoient ce beau et hon-
neste party, le lendemain nous "dé-
nions estre asseurés qu’on nous au-
roit par assaut ou autrement. Le
conseil fut tenu, où ie fus appellé,
pour sçauoir si ie voulois signer,
comme plusieurs Capitaines, Gentils-
hommes , et autres , que la place fust
rendue. le fis response qu’elle n’estoit
pas tenable , et que ie le signerois
de mon propre sang , pour le peu
d’esperance que i’auois que l’on ne
peust résister aux forces des enne-
mis, et aussi pour le grand désir que
i’auois d’estre hors de cest enfer et
grand tourment : car ie ne dormois
ne nuict ne iour, pour la grande
quantité des blessés, qui pouuoient
estre en nombre de deux cens. Les
morts rendoient vne grande putré-
faction, estans entassés les vns sur
les autres comme fagots, n’estans
point couuerts de terre , à cause que
n’en allions pas. Et si i’en trois en vn
logis, il y auoit des soldats qui m’at-
lendoient à la porte lors que i’en sor-
tirois, pour en penser d’autres : c’es-
toit à qui m’auroit, et me portoient
comme vn corps sainct , ne touchant
du pied en terre, malgré les vns des
autres, et ne pouuois satisfaire à ce
grand nombre de blessés : ioint que
ie n’auois ce qui m’estoit necessaire
pour les medicamenter. Car il ne
suffit au Chirurgien faire son deuoir
enuers les malades, mais il faut que
le malade face le sien , et les assis-
tans, et les choses extérieures, tesmoin
7* i
Hippocrates, Aphorisme premier.
Or ayant entendu la resolution de
la reddition de nostre place, ie con-
neu que nostre affaire n’alloit pas
bien : et de peur d’estre conneu, ie
donnay vn saye de velours, vn pour-
point de salin, vn manteau d'vn fin
drap, paré de velours, à vn soldat qui
me donna vn meschant pourpoint
tout deschiré et deschiqueté d’vsure,
et vn collet de cuir bien examiné, et
vn meschant chappeau , et vn petit
manteau : ie barboiiillay le collet de
ma chemise auec de l’eau où i'auois
destrempé vn peu de suye. Pareille-
ment i’vsav mes chausses auec vne
pierre à l’endroit des genoüils cl au-
dessus des talions, comme si elles
eussent longtemps esté portées : i’en
fis autant à mes souliers, de façon
qu’on m’eust plustost prins pour vn
ramonneur de cheminée que pour vn
Chirurgien de Roy. le m’en allay en
cest equippage vers monsieur de
Martigues : où ie le priay qu’il fist en
sorte que ie demeurasse auprès de
luy pour le penser, ce qu’il m’ac-
corda bien volontairement : et auoit
aussi grande enuie que ie demeu-
rasse auprès de luy que moy mesme.
Tost après les Commissaires qui
auoient charge d’eslire les prison-
niers, entrèrent dedans le Chasteau,
le dix-septiéme iour de Iuillet mil
cinq cens cinquante trois : où ils fi
rent prendre Messieurs le duc de
Pouillon, le Marquis de Villars, de
Itoye, le baron de Culan, monsieur
du Pont, Commissaire de l’artillerie:
et de Martigues, et moy auec luy
(par la priere qu’il leur en fit) et
tous les Gentils-hommes qu’ils péri-
rent reconnoistre pouuoir payer quel-
que rançon , et la plus grand'part
des soldais et chefs des compagnies,
ayans des prisonniers tant cl tels
APOLOGIE
7 12
qu’ils voulurent. Après, les soldais
Espagnols entreront par la breche
sans aucune résistance : les nostres
estimoient qu’ils tiendroient leurfoy
et composition qu’ils auroient la vie
sauue : ils entreront dedans d’vne
grande furie pour tout tuer, piller et
saccager : ils en relindrent quelques
vus, esperans en auoir rançon, leur
lièrent les coüillons auec leurs cor-
des d’harquebuses , qui estoient iet-
tées par dessus vue pique que deux
tenoient sur leurs espaules, puis li-
roient ladite corde par vue grande
violence et dérision , comme s’ils eus-
sent voulu faire sonner vne cloche,
leur disans qu’il falloit qu'ils se meis-
sent à rançon , et dire de quelles
maisons ils estoient : et s’ils voyoient
n’en auoir aucun profit, les faisoient
mourircruellement en lie leurs mains:
ou tost après leurs parties génitales
tpmboient en gangrené et en totale
mortification. Et les tueront tous à
coups de dagues, et leur coupoient
la gorge. Voila leur grande cruauté
et perfidie : qui s’v fie qui voudra.
Or pour retourner à mon propos,
estant mené du chasteau en la ville
auec monsieur de Martigues, il y eut
au gentilhomme de monsieur de Sa-
uoye qui me demanda si la playe de
monsieur de Martigues se pourroit
guarir : ie luy dis que non, et qu’elle
esloit incurable. Promptement s’en
alla le dire à monseigneur le duc de
Sauoye. Or ie pensois bien qu’il cn-
uoyeroit des Médecins et Chirurgiens
pour visiter et penser monsieur de
Martigues : cependant ie fis vn dis-
cours en mon ame, si ie deuois faire
le niais, et ne me donner à connois-
tre estre Chirurgien, de peur qu’ils ne
me retinssent pour penser leurs bles-
sés, et qu’en fin ie fusse conneu estre
Chirurgien du Roy, et qu’ils ne me
fissent payer vne grosse rançon. D’au,
tre coslé, ie craignois que si ie ne me
montrois estre Chirurgien et auoir
bien pensé le seigneur de Martigues,
qu’ils ne me coupassent la gorge : su-
bit ie prins resolution de leur faire
paroistre qu’il ne mourroit pas par
defaut d’auoir esté bien pensé et se-
couru. •
Tost après voicy arriuer plusieurs
Gentilshommes, accompagnés d’vn
Médecin et vn Chirurgien de l’Empe-
reur, et ceux dudit seigneur de Sa-
uoye, auec six autres Chirurgiens
suiuans l’armée, pour voir la blessure
dudit seigneur de Martigues, et sca-
uoir de moy comme ie l’auois pensé
et médicamenté. Le Médecin de l’Em-
pereur me dit que i’eusse à déclarer
l’essence de la playe, et comme ie
l’auois traitée. Or toute l’assistance
auoit l’oreille fort attenliue,à scauoir
si la playe estoit mortelle ou non.
le commence à leur discourir, que
monsieur de Martigues regardant par
dessus la muraille, pour reconnoislrc
ceux qui la sappoient,receut vn coup
d’harquebuse au trauers du corps ,
où tout subit ie fus appellé pour le
penser : ie vis qu’il iettoit le sang
par la bouche et par ses playes.
D’auantage, il auoit vne grande dif-
ficulté de respirer et expirer : et
iettoit le vent par lesdites playes,
auec vn sifflement, en sorte qu’il eust
peu es teindre vne chandelle: et di-
soit auoir vne tres-grande douleur
poignante à l’entrée de la balle,
l’eslime et croy que ce pouuoient
estre quelques esquilles , qui pi-
quoient les poulmons lors qu’ils fai-
soient leur systolé et diastolé. le luy
mis le doigt dedans, où ie trouuay
que l’entrée de la balle auoit rompu
la quatrième coste en son milieu, et
des esquilles que ladite balle auoit
poussées au dedans : et la sortie auoit
semblablement rompu la cinquième
cosle,auec des esquilles qui auoient
esté chassées du dedans au dehors,
l’en liray quelques vnes, et non tou-
tes, à cause qu’elles estoient trop
profondes et adhérantes. le mis à
chacune playe vne tente ayant la
teste. assez grosse, attachée par vn
filet, de peur que par l’inspiration ne
fussent attirées en la capacité du
thorax : ce qu’on a conneu par ex-
périence, au détriment des panures
blessés : car estans tombées dedans,
on ne les peut retirer, qui est cause
qu’elles engendrent vne pourriture,
comme chose estrange à nature. Les-
dites lentes furent ointes d’vn médi-
cament fait de iaune d’œuf et téré-
benthine de Venise, auec vn peu
d’huile rosat. Mon intention d'y met-
tre lesdites tentes esloil pour arres-
terle sang, et pour garder que l’air
extérieur n’entrast dans la poitrine,
qui eust peu refroidir les poulinons,
et par conséquent le cœur : lesdites
tentes y estoient mises aussi à fin de
donner issue au sang respandu de-
dans le thorax. le mis sur les playes
vne grande emplastre de diachalci-
teos, en laquelle i’auois fait fondre de
l’huile rosat et vinaigre , à fin d’eui-
ter l’inflammation : puis après ie mis
de grandes compresses trempées de-
dans de l'oxycrat, et le banday, non
pas fort, à fin qu’il respirast à son
aise. Cela fait, ie luy tiray cinq pal-
lettes de sang de la veine basilique du
bras droit, afin de faire reuulsion du
sang qui decouloit de ses playes dans
le thorax , ayant premièrement prins
indication des parties blessées, et prin-
cipalement des vertus, considérant sa
ieunesse et son tempérament sanguin.
Tost après alla à ses affaires, et par
ses vrines et selles iclta grande quan-
tité de sang. Et quant «à la douleur
qu'il disoit sentira l’entrée delà balle,
comme s’il eust esté piqué d’vn poin-
çon : cela se faisoit à cause que les
poulinons, par leurs mouuemens,
battoient contre les esquilles de la
coste rompue. Or les poulinons sont
couuerts d’vne tunique venant de la
membrane pleurelique, estant issue
des nerfs de la sixième coniugaison
du cerueau , qui estoit cause de la
douleur qu’il senloit.
Pareillement auoit vne grande
difficulté de respirer et expirer, qui
prouenoil du sang espandu en la ca-
pacité du thorax et sur le diaphragme,
principal instrument de la respiration:
et de la dilacération des muscles qui
sont entre chacune coste, qui aident
aussi à faire la respiration et expira-
tion : et pareillement à came que les
poulmons estoient vulnerés. et rom-
pus et dilacerés par la balle, qui a
fait qu’il a lousiours craché vn sang
noir et pourri en toussant.
Lafiéure le print tost après qu’il
fut blessé, auec défaillance de cœur.
Ladite fiéure me sembloil prouenir
des vapeurs putredineuses esleuées
du sang qui est hors de ses vais-
seaux, qui a découlé et découlera en-
core. La playe du poulmon est ag-
grandie et aggraudira, parce qu’il
est en perpétuel mouuesnent , soit en
dormant ou en veillant, et se dilate
et comprime pour attirer l’air au
cœur et ietter les vapeurs fuligineu-
ses dehors. Par la chaleur estrange
est faite inflammation : puis la vertu
expulsiue s’efforçant à ietter parla
toux ce qui luy nuit. Car le poumon
ne se peut purger qu’en toussant , et
en toussant la playe se dilate tous-
iours et aggrandit d’auantage : dont
le sang en sort en plus grande abon-
dance, lequel sang est attiré du cœur
APOLOGIE
par la veine arterieuse, pour leur
donner nourriture, et du cœur de la
veiue caue. Son manger estoit de
l’orge mondé, des pruneaux auee du
succre, autresfois de la pannade :
son boire estoit de la ptisane. Il ne se
peut tenir couché que sur le dos : qui
demonslre auoir grande quantité de
sang espandu en la capacité du tho-
rax : et s’espanchant au long de l’es-
pine, ne comprime tant les poumons
comme il se fait, estant couché sur
les costes , ou assis.
Que diray-ie plus3 c’est que mon-
dit seigneur de Martigues, depuis
qu’il fut blessé, iamais n’a sceu re-
poser vne seule heure , et a tousiours
ielté ses selles et vrines sanguinolen-
tes. Ces choses considérées , Mes-
sieurs, on ne peut faire autre pro-
gnostic, sinon qu’il mourra en briefs
iours,qui est auec mon grand regret.
Ayant acheué mon discours , ie le
pensay comme i’auois accoustumé.
Ayant descouuert ses playes, les Mé-
decins et Chirurgiens, et autres as-
sistans presens, conneurent la vé-
rité de ce que ie leur auois dit. Lesdits
Médecins ayans touché le pouls , et
conneu ses forcesquasi prosternées et
abbaltues, conclurent auec moy qu’en
peu de jours il mourroit. Et de ce pas
s’en allèrent tous vers mondit sei-
gneur de Sauoye, où ils dirent que
ledit seigneur de Martigues mourroit
en brief temps. Il leur fit response ,
que possible s’il eust esté bien pensé,
il en eust peu reschapper. Alors tous
d’vne voix dirent , qu’il auoit esté
tres-bien pensé et sollicité de tout ce
qu’il appartenoit, pour la guarison
de ses playes, et ne pouuoit estre
mieux : et qu’il estoit impossible de
le pouuoir guarir, et que sa playe
estoit mortelle de nécessité. Alors
monseigneur de Sauoye monslra
estre fort desplaisant , et pleura , et
leur demanda de rechef si pour cer-
tain ils le tenoient tous pour déploré.
Ils respondirent que ouy.
Là se présenta vn imposteur Espa-
gnol , qui promit sur sa vie qu’il le
guariroit, et s’il failloit à le guarir ,
qu’on le meist en cent pièces : mais
qu’il ne vouloit auoir nuis Médecins,
ny Chirurgiens, ni Apothicaires auec
luy : et sur l’heure ledit seigneur de
Sauoye dit aux Médecins et Chirur-
giens qu’ils n’allassent aucunement
voir ledit seigneur de Martigues.
Aussi m’enuoya vn gentilhomme me
defendre, sur peine de la vie, de ne
toucher aucunement à monsieur de
Martigues : ce que ie lui promis faire :
dequoy ie fus fort ioyeux, voyant
qu’il ne mourroit pas entre mes
mains : et commanda à cest impos-
teur de penser ledit seigneur de Mar-
tigues , et qu’il n’y auroit autres Mé-
decins ny Chirurgiens que luy. II
arriua bien tost après vers ledit sei-
gneur de Martigues, qui luy dist :
Senor Cauallero , el senor Du que de
Saboya me ha mandado que viniesse à
curar vostra herida, yo’os iuro à Dios,
que antes de’ocho dias yo'os haga subir
à cauallo con lalansa, enpuno con’tal
que no ayo que yo qu’os toque Comcreis
y bebereis todas comidas que fueren
de vostro gusto, y yo hare la dicta pro
v. m y desto’ os de veis aseguirar sobre
demi : yo he sanado munchos que tcnian
mayores hcridas que la vostra. C’est à
dire: Seigneur Cheualier, Monsei-
gneur le Duc de Sauoye m’a com-
mandé de te venir penser de ta bles-
seure. le le iure Dieu, que deuant
liuitioursie te feray monter à che-
ual , la lance au poing , pourueu qu'il
n’y ait que moy qui te touche. Tu
mangeras et boiras toutes viandes qui
seront à ton goust: ie feray dictte
ET VOYAGES.
pour toy, et de ce, tu te dois asseurer
sur ma promesse. I’en ay guari plu-
sieurs, qui auoient déplus grandes
playes que la tienne.
Et les seigneurs luy respondirent :
Dieu vous en donne la grâce.
Il demanda vne chemise dudit sei-
gneur de Martigues, et Ja mit en
petits lambeaux, qu’il posa en croix ,
marmolantet barbotant certaines pa-
roles sur les playes : et l’ayant ha-
billé, luy permit manger et boire tout
ce qu’il voudroit , luy disant qu’il fe-
roit dielle pour luy: ce qu’il faisoit ,
ne mangeant que six pruneaux et
six morceaux de pain pour repas, ne
beuuant que de la biere. Neanlmoins
deux iours après ledit seigneur de
Martigues mourut : et mon Espagnol
le voyant en agonie s’éclipsa, et gai-
gna le haut sans dire à Dieu à per-
sonne : et croy que s’il eust esté at-
trappé, il eust esté pendu et estranglé,
pour la fausse promesse qu’il auoit
faite à monseigneur le Duc de Sauoye
et à plusieurs autres Gentils-hommes.
Il mourut sur les dix heures du
matin: et sur l’apres - disnée ledit
seigneur de Sauoye renuoya des Meï
decins et Chirurgiens , et son Apothi-
caire , auec quantité de drogues pour
l’embaumer. Ils vindrent accompa-
gnés de plusieurs Gentils-hommes et
Capitaines de l’armée.
Le Chirurgien de l’Empereur s’ap-
procha de moy, et me pria bien affec-
tueusement d’en faire l’ouuerturc :
ce que ie refusay, luy remonstrant
que ie ne meritois pas de porter son
estuy après luy : il me pria de rechef
que ie le feisse pour l’amour de luy,
et qu'il l’auroit fort aggreable. le
voulusencore d’auantage m’excuser,
que puis qu’il n’auoit ceste volonté
de l’embaumer, qu’il donnast ceste
charge à vn autre Chirurgien de la
7 1 5
compagnie. Il me fit encore response
qu’il vouloit que ce fust moy, et où ie
ne le voudrois faire , que ie m’en
pourrois bien repentir. Connoissant
ceste sienne affection , de crainte qu’il
ne me fist quelque desplaisir, ie prins
le rasoir, et le presentay à tous en
particulier , leur remonstrant que ie
n’estois bien stilé à faire telle ope-
ration : ce qu’ils refusèrent tous.
Le corps posé sur vne table, vérita-
blement ie me proposay de leu r mons-
trer que i’estois anatomiste, leur dé-
clarant beaucoup de choses, qui se-
roient icy trop longues à reciter. le
commençay à dire à toute la compa-
gnie, que i’auois tenu pour asseuré
que la balle auoit rompu deux cosles
et auoit passé au trauers des poul-
mons , et qu’on trouueroit la playe
fort aggrandie , parce qu’ils sont en
perpétuel mouuement , soit en dor-
mant ou en veillant, et, par ce mou-
uement, la playe se dilacere d’auan-
tage : aussi qu’il y auoit grande
quantité de sang respandu en la pui-
trine et sur le diaphragme : et des
esquilles des costes fracturées , que
l’entrée de la balle auoit poussées
dedans , et la sortie les auoit poussées
en dehors. Or véritablement tout ce
que ie leur auois dit fut trouué en
ce corps mort.
L’vn des Médecins me demanda par
où pouuoit passer le sang , pour eslre
ietlépar les vrines, estant contenu au
thorax. le luy fis response qu’il auoit
vn conduit manifeste : c’est que la
veine Azygos, ayant nourri toutes les
cosles, son reste descend sous le dia-
phragme, et du costé gauche se con-
joint auec la veine emulgenle , qui
est la voye par laquelle la matière
de la pleuresie, et la boue des empve-
mes, se vuident manifestement par
les vrines et par le siégé : comme on
voit pareillement le laid pur des ma-
melles des femmes nouuellement ac-
couchées , descendre par les veines
mammillaires , et estre va eue einbas
par le cal de la malrice , sans se mes-
lerauecle sang1: et telle chose se
fait (comme, par vu miracle de Na-
ture)par sa vertu espulsiueetseques
trice. Ce qui se voit par expérience
de deux vaisseaux de verre , appelés
Monte-vins que l’vn soit rempli d’eau
et l’autre de vin clairet , et soient po-
sés l’vn sur l’autre , à sçauoir celuy
qui sera rempli d’eau, sur l’autre
rempli de vin : on voit à l’œil le vin
monter au haut du vaisseau au Ira-
it ers de l’eau , et l’eau descendre au
trauers du vin , et aller au fond du
vaisseau, sans meslange des deux. Et
si telle chose se fait ainsi extérieu-
rement et apertement, au sens de
noslre veuë, par choses inanimées, il
faut croire en noslre entendement
que Nature peut faire passer la
boue et le sang ayant esté hors de
ses vaisseaux , par les veines , voire
au trauers des os , sans qu’ils soient
meslés auec le bon sang 2.
Nostre discours fini, i’embaume le
corps , et fut posé en vn cercueil.
Après cela, le Chirurgien de l’Empe-
reur me tira à part, et me distquesiie
voulois demeurer auec luy, qu’il me
traiteroit bien , et qu’il m’habilleroit
tout à neuf : aussi qu’il me feroit aller
à cheual. le le remcrciay bien fort de
l'honneur qu’il me faisoit , et que ie
n’auois aucune enuie de faire seruice
auxestrangers de ma patrie3 : alors il
1 Galien , de Decrelis , et Hippocrates, de
Lacis affeclis. — A. P.
a Cette comparaison était familière à Paré;
nous l’avons vue employée à diverses re-
prises ; t. I, p. 55 ; t. II, p. 501, etc.
3 Braue response, — A. P.
5GIF.
me dist que i’estois vn fol, et que s'il
esloit prisonnier comme moy, qu’il
seruiroit vn diable pour estre mis en
liberté. En fin ie luy dis tout à plat
que ie ne voulois point demeurer
auec luy.
Ee Médecin de l’Empereur s’en re-
tourna vers ledit seigneur de Sauoye,
où il déclara la cause" de la mort du-
dit seigneur de Martigues, et luy dist
qu’il estoit impossible à tous les hom-
mes qui sont au monde de l’auoir peu
guarir : et luy confirma encore que
i’auois fait tout ce qu’il esloit neces-
saire de faire, et le pria me retirer à
son seruice , et iuy dist plus de bien
de moy qu’il y en auoit.
Ayant esté persuadé me prendre à
son seruice , il donna la charge à l’ vu
de ses maistres d’hoslels , nommé
monsieur du llouchet , me dire que
si ie voulois demeurer à son seruice ,
qu’il me traiteroit bien : ie luy fis res-
ponse que ie le remerciois bien hum-
blement, et que i’auois délibéré de
ne demeurer auec nul estranger.
Cesle mienne response entendue par
le Duc de Sauoye , se colera aucune-
ment, et dist qu’il me falloit enuoyer
aux galeres.
Monsieur de Vaudeuille , Gouuer-
neur de Graueline.et Colonel de dix-
sept enseignes de gens de pied, le pria
de me donner à luy, pour le penser
d’vne vieille vlcere qu’il auoit à vnc
iambe, il y auoit six ou sept ans. Mon-
sieur de Sauoye lui dist, pour ce
que ie vallois , qu’il esloit content : et
que si ie luy metlois le feu à la iambe,
quece seroit bien fait.Illuyrespondit
que s’il en apperceuoil quelque chose,
qu’il me feroit couper la gorge.
Bien tost après , ledit seigneur de
Vaudeuille m’enuoya quérir par qua-
tre liallebardiers Allemans de sa
ET VOYAGES.
garde, lesquels m’eslonnerent bien
fort, ne sçachant oùüs me menoient :
ils ne parloient non plus François
que moy Alleman. Estant arriué à
son logis, il me dit que i’estois le bien
venu, et que i’estois à luy : et que si
tostqueie l'aurois guari d’vn vlcere
qu’il auoit à la iambe , qu’il me don-
neroit mon congé sans prendre au-
cune rançon de moy. le luy dis que
ie n’auois nul moyen de payer au-
cune rançon.
Lors il fit appeler son Médecin et
Chirurgien ordinaire, pour memons-
trer sa iambe vlccrée. L’ayant veué
et considérée, nous retirasmes à part
en vne chambre, où ie commençay à
leur dire, que ladite vlcere esloil an-
nuelle, n’estant simple, mais compli-
quée, à sçavoir de figure ronde et
obslracqueuse , ayant les bords durs
et calleux , caue et sordide, accom-
pagnée d’vne grosse veine variqueu-
se, qui perpétuellement l’abrcuuoit :
d’abondant, vne grosse tumeur et
intemperature phlegmoneuse et dou-
loureuse en toute la iambe, en vu
corps de température fort colérique,
comme le poil de sa barbe et son
visage le demonstroient. La méthode
de la grarir (si guarir se pouuoit) est
qu’il falloit commencer aux choses
vniuerselles, à sçauoir à la purgation,
et à la saignée, et à sa maniéré de
viure : qu’il n’vsast nullement de vin,
ny de viandes sallées et de haut
goust , et generalement de celles qui
eschauffent le sang. Après, qu’il fal-
loit commencer la cure en faisant
plusieurs scarifications autour de
ladite vlcere : et couper totalement
les bords calleux, et donner vne
figure longue ou triangle. Car la
ronde ne se peut que difficilement
guarir, comme les anciens ont laissé
par escrit , ce qu’on voit par expe-
7 1 7
rience. Cela fait, il falloit mondifierla
sordicie et chair pourrie del’vlcere,
qui se feroit auec l’onguent egyptiac,
et par dessus vne compresse trempée
en jus de planlin et de morelle et
oxycrat : et falloit bander sa iambe ,
commençant au pied et finissant au
genoüil, et n’oublier à mettre vne
petite compresse sué la veine vari-
queuse, afin qu’il ne fluast rien de
superflu à ladite vlcere. D’auantage,
qu’il se tint à repos sur le lict, ce qui
est commandé par Hippocrates, qui
dit que ceux qui ont mal aux iambes
ne se doiuenl tenir debout ny assis,
mais couchés. Et après ces choses
faites, et l’vlcere bien me ndifié, on luy
appliqueroit dessus vne lamine de
plomb, frottée et blanchie de vif-ar-
gent. Voila les moyens par lesquels
ledit seigneur de Vaudeuille pourra
guarir de son vlcere.
Tout cela trouuerent-ils bon. Lors
le Médecin me laissa auec le Chirur-
gien , et s’en alla vers le seigneur de
Vaudeuille, luy dire qu’il s’asseurast
que ie le pourrois guarir, et luy dist
tout ce que i’auois délibéré de faire
pour la guarison de son vlcere , dont
il fut fort ioyeux. Il me fit appeler,
et me demanda si i’auois opinion de
la cure de son vlcere : ie luy d s que
ouy, pourueu qu’il fusl obéissant à
faire ce. qu’il falloit : il me fit pro-
messe qu’il feroit entièrement ce que
ie voudrois luy faire et ordonner, et
que si tostque son vlcere seroit guari,
qu’il me donneroit liberté de m’en
retourner, sans payer aucune ran-
çon. Alors ie le suppliay venir à vne
meilleure composition auec moi , luy
remonstrant que le temps me seroit
trop long, pour eslre en liberté, ius-
quesà ce qu’il fusl entièrement guari,
et que dedans quinze iours i’esperois
faire que son vlcere seroit diminuée
APOLOGlIi
7*8
de plus de moitié , et seroit sans dou-
leur : et ce qui resteroit, son Chirur-
gien et Médecin paracheueroient de le
guarir. Il s’y accorda : et dés lors ie
pris vn peu de papier pour prendre la
grandeur de son vlcere, que ie lu y
baillay, et en retins autant par deuers
moi. le luy priay qu’il me tint pro-
messe lors qu’il connoistroit besogne
faite. Il me iurafoyde gentil-homme,
qu’il le feroit : adonc ie me deliberay
de le bien penser, selon la méthode
de Galien , qui fut qu’aprés auoir
osté les choses estranges de l’vlcere,
et qu’il ne resteroit que replelion de
chair, ie ne le pensois plus qu’vne fois
le iour : et trouuoit cela bien estrange,
et pareillement son Médecin , qui
estoit bien doux de sel, lequel me
vouloit persuader auec le malade, de
le penser deux ou trois fois le iour.
le luy priay qu’il me laissast faire, et
ce que i’en faisois n’estoit pour
allonger la cure , au contraire de
l’abreger, pour le désir que i’auois
d’eslre en liberté : et qu’il regardast
en Galien , au 4. liure De la composi-
tion des medicamens selon les genres ,
qui dit , que si vn médicament ne
seiourne long temps sur la partie, il
ne profite si bien comme lors qu’il y
est laissé long temps : chose qu’au-
cuns médecins ont ignoré , et ont
pensé qu’il est mieux de remuer les
emplastres souuent : et ceste mau-
uaise couslume est tant inueterée et
enracinée, que les malades mesme
accusent souuent les Chirurgiens de
négligence, qu’ils ne changent plus
souuent les emplastres : mais ils sont
deceus. Car comme auez entendu et
leu en plusieurs lieux de mes œuures,
les qualités de tous corps qui s’entre-
touchent, agissent l’vne contre l’au-
tre : et tous deux pâtissent quelque
chose, fust l’vne d’icelle beaucoup
plus forte que l’autre : au moyen de-
quoy lesdites qualités s’vnissent et
familiarisent auec le temps, combien
qu’elles soyent de beaucoup diffe-
rentes : de maniéré que la qualité du
médicament s’vnit , et quelquesfois
deuient semblable à celle du corps ,
qui est chose fort vtile. Parquoy
doit-on beaucoup louer celuy qui
premier a inuenté de n’vser si sou-
uent de nouuelles emplastres , d’au-
tant qu’on a conneu par expérience
ceste inuention estre bonne. D’auan-
tage, dit qu’on fait encore grande
faute d'habiller souuent les vlceres,
les essuyant bien fort : car on oste
non seulement l’excrement inutile,
qui est la boue ou sanie des vlceres,
mais aussi la matière dont est faite la
chair. Parquoy pour les raisons sus-
dites, il n’est besoin de si souuent
penser les vlceres.
Ledit seigneur de Vaudeuille vou-
lut entendre si ce que i’alleguois
de Galien estoit vray, et commanda
audit Médecin d’y regarder, et qu’il
le vouloit sçauoir : il se fit apporter
le liure sur la table , où mon dire fut
trouué véritable, où lors ledit Méde-
cin fut trouué honteux , et moy bien
ioyeux. Alors ledit seigneur de Vau-
deuille ne desira plus d’estre pensé
qu’vne fois le iour : de façon que
dedans les quinze iours son vlcere
estoit presque tout cicatrisé. La com-
position entre nous faite, ie commen-
çay à me resioüir. Il me faisoit man-
ger et boire à sa table , lors qu’il n’y
auoil point de plusde gens de bien que
luy et moy.
Il me fil donner vne grande es-
charpe rouge, qu’il me commanda de
porter. le puis dire que i’en estois
autant ioyeux, comme vn chien à
qui on baille vn tribal, de peur qu’il
n’aille aux vignes manger les raisins.
ET VOYAGLS.
Le Médecin et Chirurgien me me-
noient parmy le camp pour visiter
leurs blessés , où ie prenois garde que
faisoient nos ennemis : ie reconneu
qu’ils n’auoient plus de grosses pièces
de batterie, mais seulement vingt-
cinq ou trente de campagne.
Monsieur de Yaudeuille tenoit mon-
sieur de Bauge prisonnier, f'rere de
monsieur de Martigues qui mourut à
Hedin. Ledit seigneur de Baugéestoit
prisonnier au chasleau de laMotte au
Bois, appartenant à l’Empereur, le-
quel auoit esté pris à Theroüenne par
deux soldats espagnols. Ledit sei-
gneur de Yaudeuille l’ayant enuisagé,
concluoitdeuoir estre quelque gentil-
homme de bonne maison : le fit des-
chausser, et voyant ses chausses et
pieds nets, avec la petite chaussette
bien blanche et deliée , telle chose le
confirma d’auantage eslreliommeà
payer quelque bonne rançon. Ï1 de-
manda ausdits soldats, que, s’ils vou-
loient trente escus de leur prisonnier,
qu’il les bailleroit présentement : ce
qu’ils accordèrent volontiers, par-ce
qu’ils n’auoient pas moyen de le gar-
der, et moins de le nourrir, ioint
qu'ils ne sçauoient sa valeur : par-
tant liurerent leur prisonnier entre
les mains dudit sieur de Vaudeuille ,
lequel subit par quatre soldats de sa
garde l’enuoya audit chasleau de la
Motte au Bois, auec autres prison-
niers gentils-hommes des nostres. Le
seigneur de Baugé ne se vouloit des-
couurir qu’il esloit , et endura beau-
coup, estant au pain et à l’eau, et
couchoit sur vn peu de paille. Ledit
seigneur de Yaudeuille, après la prise
de Hedin , enuoya vei-s ledit seigneur
de Baugé, et autres prisonniers,
comme la place de Hedin auoit esté
prise, et la liste de ceux qui auoient
esté tués, et entre les autres monsieur
7 1 9
de Martigues : et lors que ledit sei-
gneur de Baugé entendit sonner à ses
oreilles que son frere monsieur de
Martigues estoit mort , commença à
s’escrier, pleurer et lamenter. Ses
gardes luy dernandoient pourquoy il
faisoit tant de si piteuses lamenta-
tions : il leur déclara quec’estoit pour
l’amour de ixxonsieur de Martigues
son frere. Ayant entendu cela, le ca-
pitaine du chasleau despesclia soudain
vn homme pour annoncer à mon-
sieur de Vaudeuille qu’il auoit vn
bon prisonnier : lequel ayant receu
ceste bonne nouuelle, s’en resioüit
grandement, et le lendemain m’en-
uoyaauec quatre soldats et son Mé-
decin au chasleau de la Motte au
Bois, pour sçauoir si son prisonnier
luy vouloit donner quinze mil escus
de rançon, le renuoyeroit libre en sa
maison , et que pour le pxesent il ne
demandoit qu’vne response de deux
marchans d’Anuers qu’il nommeroit.
Ledit de Vaudeuille me pexsuada que
ie fisse accorder cela à son prisonnier :
voila pourquoy il m’enuoya au chas-
teau de la Motte au Bois. Il com-
manda au capitaine du chasleau de
le bien traiter et mettre en vne cham-
bre tapissée : aussi qu’on renforças!
sa garde, et dés lors on luy fit bonne
chei'e , à ses despens.
La response dudit seigneur de
Baugé fut, que de se mettre à rançon
il ne pouuoit , et que cela dependoit
de monsieur d’Estampes son oncle ,
et de mademoiselle de Bressure sa
tante, et qu’il n’auoit nul moyen de
payer telle rançon. le retournay avec
mes gardes vers ledit seigneur deVau-
deuille, et luy fis la response de sondit
prisonnier : lequel me dit, que possi-
ble ne sortiroit il à si bon marché. Ce
qui fut vray, car il fut descouuerl :
dont subit la Royne de Hongrie et
APOLOGIE
720
monsieur le duc de Sauoye mande
rent audit seigneur de Vaudeuiile
que ce morceau estoit un peu trop
gros pour luy, et qu'il eust à leur
enuoyer (ce qu’il fit), et qu’il auoit
assez d’autres prisonniers sans ces-
luy-là. Il fut mis à rançon à quarante
mil escus, sans les autres dcspens.
M’en retournant vers le sieur de
Vaudeuiile, ie passay par sainct Orner,
là où ie vis leurs grosses pièces de
batterie, dont la plus part estoient
esuentées et rompues. le repassay pa-
reillement par Theroüenne, où iene
vis plus pierre sur pierre, fors vn ves-
tige de la grande Eglise : car l’empe-
reur fil faire commandement aux
villageois, à cinq ou six lieues d’alen-
tour, qu’ils eussent à vuider et trans-
porter les pierres : en sorte qu’à pré-
sent on y charie dedans la ville. Aussi
fait on à Hedin, sans nulle apparence
de cbasteau et forteresse. Voila le
malheur qu’apportent les guerres.
Et pour retourner à mon propos,
lost après mondit seigneur de Vau-
deuille sa porta bien de son vlcere, et
estoit presque guari : qui fut cause
qu'il me donna congé , et me fit con-
duire auec passeport , par vne trom-
pette, iusques à Abbeuille : là où ie
pris la poste, et m’en allay trouuer le
roy Henry mon maislre à Aufimon ,
qui me receut auec vne allégresse, et
do bonne grâce.
Il enuoya quérir messieurs de
Guise, et Conneslable , et d’Eslrés,
pour entendre de moy ce qui s’esloit
passé à nostre prise de Hedin : et leur
en fis fidele rapport, et leur asseuray
auoir veu les grosses pièces de batte-
rie qu’ils auoient menées à sainct
Orner: dont le Roy fut ioyeux, parce
qu'il craignoil que l’emiemy ne vint
plus auant en France. Il me fil don-
ner deux cens escus pour me relirer
en ma maison : et moy fort ioyeux
d’cslre en liberté, et boi s de ce grand
tourment et bruit de tonnerre de la
diabolique artillerie, etloingdcs sol-
dats blasphémateurs et renieurs de
Dieu.
le ne veux icy laisser à dire, qu’a
prés la prise de Hedin, le roy fut ad-
uerli que n’auois esté tué , et que
i’estois prisonnier. Il fit cscrire par
monsieur du Goguier son premier
Médecin à ma femme, que i’eslois
viuant, et qu elle ne se donnasl peine,
et qu’il paver, oit ma rançon.
BATAILLE DE SA1NCT-QVENTIN. — 1557.
Après la bataille de sainct Quentin,
le Roy m’enuoya à la Fere en Tarle-
nois vers monsieur le Mareschal de
Bourdilldn , pour me faire donner
passeport au Duc de Sauoye, pour
aller penser monsieur le Conneslable
qui auoit esté grandement blessé d’vn
coup de pistolle au dos, dont il cuida
mourir : et estoit demeuré prisonnier
entre les mains des ennemis. Mais ia-
mais le Duc de Sauoye ne voulut con-
sentir que i’allasse vers ledit seigneur
le Conneslable, disant qu’il ne de-
meurcroit sans Chirurgien : et qu’il
se don toit bien que ie n’y fusse allé
seulement pour le penser , mais plus-
tost pour bailler quelque aduertisse-
menl audit seigneur le Conneslable,
et qu’il sçauoit que ie sçauois bien
faire autre chose que la Chirurgie, et
qu’il me connoissoit pour auoir esté
son prisonnier à Hedin. Monsieur ie
Mareschal de Bourdillon aduertit le
Roy du refus qu’auoit fait le Duc de
Sauoye. Il escrit audit seigneur de
bourdillon , que si Madame laCon-
ET VOYAGES.
nestablc enuoyoit quelqu’vn de sa
maison qui fust habile homme, que ie
Iny baillasse vne lettre, et que ver-
balement i’eusse aussi à luy dire de
bouche ce que le Roy et monsieur le
Cardinal de Lorraine m’auoient
donné charge. Deux iours après, il
arriua vn valet de chambre dudit
sieur le Conneslable, qui luy portoil
des chemises et autres linges, auquel
mondit seigneur le Marescbal fit
donner passeport pour aller vers le-
dit seigneur Connestable. le fus fort
ioyeux, et luy baillay ma lettre, et
luy fis sa leçon de ce que deuoil faire
son maistre estant prisonnier.
le pensois, estant deschargé de ma
légation, m’en retourner vers le Roy.
Mais ledit seigneur de Bourdillon me
pria de demeurer à la Fere auec luy,
pour penser vn bien grand nombre
de blessés qui s'y estoient retirés
après la bataille, et qu’il rescriroit au
Roy la cause de ma demeure : ce que
i& fis. Les playes des biessés estoient
grandement puantes, et. pleines de
vers, auec gangrené et pourriture :
où il me fallut ioüer des couteaux
pour amputer ce qui estoit gaslé, et
ne fut sans couper bras et iambes, et
aussi en trépaner plusieurs. Or on ne
trouuoit point nuis medicamens à la
Fere, parce que les Chirurgiens de
noslre camp auoienl tout emporté,
le descouuris que le chariot de l’artil-
lerie estoit demeuré à la Fere, et n’y
auoit-on encore touché. le dis audit
seigneurie Marescbal, qu’il me feist
deliurer vne partie des drogues qui
estoient dedans; ce qu’il fit, et m’en
fut donnée la moitié seulement pour
vne fois, et cinq ou six iours après il
me fallut prendre toute la reste, en
core n’y en auoit-il pas à moitié pour
penser le grand nombre des blessés.
Ll pour corriger et arrester la pour-
IH.
72 1
riture, et tuer les vers qui estoient
en leurs playes, ie les lauois d’Egyp-
tiac dissout en vin et eau de vie, et
leur faisois tout ce que ie pouuois ;
neantmoins toutes mes diligences, il
en mourut beaucoup.
Il se trouua à la Fere des gentils-
hommes qui auoienl charge de t rouuer
le corps mort de monsieur de Bois-
Dauphin l’aisné, qui auoit esté tué
en la bataille ; ils me prièrent les
vouloir accompagner au camp pour
le choisir, s’il estoit possible, entre les
morts : ce qui estoit impossible le
pouuoir reconnoistre, attendu que
les corps estoient tous effondrés par
pourriture, et deuisagés. Nous veis-
mes plus de demie lieuë autour de
nous , la terre toute couuerte de
corps morts : et n’y demeurasmes
gueres, pour la grande puanteur ca-
dauereuse qui s’esleuoit des corps,
tant des hommes que des chenaux :
et croy que nous fusmes cause de
faire esleuer de ces corps vne si
grande quantité de grosses mousches,
qui s’estoient procréées de l’humidité
des corps morts et de la chaleur du
Soleil, ayans le cul verd et bleu,
qu’estans en l’air faisoient ombre au
Soleil. On les oyoit bourdonner à
grand merueille, et croy que là où
ils s’assirent, c’estoit pour rendre l’air
pestilent, et y causer la peste.
Mon petit Maistre , ie voudrois
qu’eussiez esté là comme moy, pour
discerner des odeurs, et pour aussi
en faire rapport à ceux qui n’y ont
esté.
Il m’ennuyoit beaucoup là. Iepriay
monsieur le Mareschal de me donner
congé de m’en aller, et auois peur de
demeurer malade, pour le trop grand
trauail de puanteur des blessés, qui
mouroient quasi tous, quelque dili-
gence qu’on y peust faire. 11 lit venir
46
APOLOGIE
722
dos Chirurgiens pour paracheucr à
traiter les blessés, et m’eu allay auec
sa bonne grâce. Il escriuit \ ne lettre
au Roy, de la diligence que i’auois
faite euuers les pauures blessés. Puis
ie m’en reuinsà Paris, où ie Irouuay
encore beaucoup de genlils-bommes
qui auoienl esté blessés , qui s’y es-
toient retirés après la bataille.
VOYAGE DV CAMP D’AMIENS. — 1558.
Le roym’enuoya à Dourlan, et me
fit conduire par le capitaine Gouast,
auec cinquante hommes-d’armos de
peur que ie ne fusse pris des ennemis :
et voyant que par chemin estions
tousiours en alarmes, ie fis descendre
mon homme, et fis qu'il estoit mais-
ire. Car ie monlay sur son chenal qui
portoit ma malle, et alloil bien du
pied s’il eust fallu gaigner le haut, et
pris son manteau et chapeau, et luy
baillay ma monture, qui estoit vne
belle et petite haquenée. Mon homme
estant dessus, on l’eust pris pour son
maislre, et moy pour son valet. Ceux
de Dourlan nous voyansde loin, peu
soient que fussions ennemis, et nous
tirèrent des coups de canon. Le capi-
taine Gouast, mon conducteur, leur
fit signe auec son chapeau que n’es-
tions ennemis : en fin cesseront de
tirer, et enlrasmes à Dourlan auec
vne grande io.ye.
Ceux de Dourlan auoient fait vne
sortie sur l’ennemy, cinq ou six jours
auparauant : lesquels tuerent et bles-
sèrent plusieurs de nos Capitaines et
bons soldats, et entre les autres le
Capitaine sainct Aubin , vaillant
comme l’espée , que monsieur de
Guise aiinoit fort , et pour lequel
principalement le Roy m’enuoyoit là.
Lequel estant en accès de fiéure
quarte, voulut sortir pour comman-
der à la plus grande partie de sa
compagnie : vn espagnol voyant qu’il
commandoit, apperceut estre vn Ca-
pitaine, et luy tira vn coup d’harque-
buse tout au trauers du col. Mon
capitaine sainct Aubin pensoit de ce
coup estre mort, et delà peur,ie pro-
teste à Dieu qn’il perdit sa fiéure
quarte, et en fut du tout deliuré. le
le pensay auec Anthoine Portail, Chi-
rurgien ordinaire du Roy, et plusieurs
autres soldats : les vns mouroient,
les autres reschappoient, quittes pour
vn bras ou vne iambe, ou perte d’vn
œil, et ceux-là disoit-on estre quittes
à bon marché : escbappe qui peut.
Lors cjue les ennemis eurent rompu
leur camp, ie m'en retournay à
Paris.
Icy ie me tais de mon petit Maistre,
qui estoit plus aise en sa maison que
moy à la guerre.
VOYAGE DV HAVRE DE GRACE. — 1503.
Encores ie ne veux laisser à parler
du camp du Haure de Grâce. Lors
qu’on faisoit les approches pour as-
seoir l’artillerie, les Anglois qui es-
loient dedans tuerent quelques vns
de nos soldats, et plusieurs pionniers
qui gabionnoient : lesquels lors qu’on
voyoit estre tant blessés qu’il n’y
auoit nulle esperance de guarison ,
leurs compagnons les despoüilloient ,
et les meltoient encores viuans de-
dans les gabions, qui leur seruoient
d’autant de remplage. Les Anglois
voyans qu’ils ne pourroienl soustenir
vn assaut, par-ce qu’ils esloient fort
ET VOYAGES.
attainls de maladies, et principale-
ment de la peste , ils se rendirent ba-
gues sauues. Le Roy leur fit bailler
des vaisseaux pour s’en retourner en
Angleterre , bien ioyeux d’estre hors
de ce lieu infecté de peste. Il en mou
rut la plus grande part: et portèrent la
peste en Angleterre , qui depuis n’en
ont esté exempts. Le capitaine Sarla-
bous, maistre de Qamp, y fut laissé
en garnison , auec six enseignes de
gens de pied, lesquels n’auoient nulle
peur de la peste : et furent bien ioyeux
d’y entrer, esperans y faire bonne
chere.
Mon petit Maistre, si vous y eussiez
esté , vous eussiez fait comme eux.
VOYAGE DE ROVEN. — 1562.
Or quant à la prise de Rouen , ils
firent mourir beaucoup des nostres
deuant l’assaut , et à l’assaut : le len-
demain mesme qu’entrasmes en la
ville , i’en trepanay huit ou neuf qui
auoient esté blessés à la breche, de
coups de pierre. Il y auoit vn air si
malin , qui estoit cause que plusieurs
mouroient , voire de bien petites blés-
seures, de façon qu’aucuns eslimoient
qu’ils auoient empoisonné leurs bal-
les. Ceux du dedans disoient le sem-
blable de nous : car encore qu’ils fus-
sent bien traités de leurs nécessités
dedans la ville , ils ne laissoient point
à mourir comme ceux du dehors.
Le Roy de Nauarre fut blessé quel-
ques iours deuan t l’assaut d’vn coup de
boulet à l’espaule. le le visitay, et ai-
day à le penser auec vn sien Chirur-
gien nommé maistre Gilbert , vn des
premiers de Montpellier, et autres.
On ne peust trouuer la balle : ie la
72.3
chercbay bien exactement , i’apper-
ceu par coniecture qu’elle estoit en-
trée par la teste de l’os du haut du
bras , et qu’elle auoit coulé en la ca-
uité dudit os , qui faisoit qu’on ne la
pouuoit pas trouuer. La plus grand’
part la disoient estre entrée , et per-
due dedans le corps. Monsieur le
Prince de la Roche-sur-Yon , qui ai-
moil intimement le Roy de Nauarre ,
me tira à part , et s’enquist si le coup
estoit mortel : ie luy dis que ouy ,
par-ce que toutes les playes faites
aux grandes iointures , et principale-
ment des playes conluses, esloient
mortelles , selon tous les auteurs qui
en ont escrit. Il s’enquisl des autres
ce qu’il leur en sembloit, et principa-
lement audit Gilbert : qui luy dist
auoir grande esperance que le Roy
son maistre guariroit, et fut ledit
Prince bien ioyeux. Quatre iours
après , le Roy et la Royne mere , et
monsieur le Cardinal de Bourbon son
frere, et monsieur le Prince de la Ro-
che-sur-Yon, et monsieur de Guise ,
et autres grands personnages, après
que nous eusmes pensé le Roy de
Nauarre, voulurent faire faire vnc
consultation en leurs présences, où
il y auoit plusieurs Médecins et Chi-
rurgiens. Chacun en dit ce qu’il luy
en sembloit , et n’y eut pas vn d’i-
ceux qui n’eussent bonne esperance
(disoient-ils) que le Roy guariroit :
et moy persistois tousiours au con-
traire. Monseigneur le Prince de la
Roche-sur-Yon , qui m’aimoit, me re-
lira à part , et me dist que i’eslois seul
contre l’opinion de tous les autres, et
me prioit de n’estre opiniastre contre
tant de gens de bien. le luyrespons,
que lors que ie connoislrois bons
signes de guarison, iechangeroismon
aduis. Plusieurs consultations furent
faites , où iamais ne changeay de pa-
APOLOGIE
rôle, et prognostic (el que ie Danois
fait au premier appareil, et disois tous-
iours que le bras lomberoit en gangre-
né : ce qu’il fit. quelque grande dili-
gence qu'on y peust mettre : et rendit
l’esprit à Dieu le 18. iourde sa bles-
sure.
Monsieur le Prince de la Roclie-sur-
Yon, ayant entendu la mort dudit
Roy, enuoya vers moy son Chirur-
gien et Médecin nommé le Féurq, à
présent Médecin ordinaire du Roy et
de la Royne mcre , me dire qu’il vou-
loit auoir la balle , et qu’on la cher-
chas! à quelque endroit que ce fust.
Alors ie fus ioyeux , et leur dis que
i’estois bien asseuré la trouuer bien
tost : ce que ie fis en leurs présences,
et de plusieurs gentils-hommes : elle
esloittout au beau milieu de la cauité
de l’os du haut du bras. Mondil sei-
gneur Prince l’ayant, la monstra au
Roy et à la Royne, qui tous dirent
que mon prognostic esloit trouué vé-
ritable. Le corps fut mis reposer au
chasleau Gaillard : el ie m’en relour-
nay à Paris , où ie trouuay plusieurs
malades qui auoient esté blessés à la
breche de Rouen, el principalement
des Italiens, lesquels me desiroient
fort pour les penser : ce que ie fis vo-
lontiers. Il y en eut plusieursquigua-
rirent, les autres moururent.
ïe croy, mon petit Maistre , que
fustes appellé pour en penser quel-
ques-vns, pour le grand nombre qu’il
y auoit.
VOYAGE DE LA BATAILLE DE DREVX.
— 15G2.
Le lendemain après la bataille don
née à Dreux1, le Roy me commanda
• —
1 La bataille fut donnée le 19 décembre.
d’aller penser monsieur le Comte
d’Eu, qui auoit esté blessé d’vn coup
de pistole à la cuisse dextre, prés la
iointure de la hanche , qui auoit fra-
cassé et brisé l’os femoris en plusieurs
esclats , dont plusieurs accidens luy
suruindrent, puis la mort: qui fut à
mon très-grand regret. Le lendemain
que ie fus arriué , ie voulus aller au
camp où s’estoit donné la bataille ,
pour voir les corps morts. le vis à
vue grande lieuë d’alentour la terre
toute couuerte : on auoit en estime
de vingt cinq mille hommes ou plus :
tout cela fut depesché en moins de
deux heures.
le voudrois, mon petit Maistre, pour
l’amour que ie vous porte , qu’y eus-
siez esté pour en raconter à vos es-
choliers et à vos enfans.
Or cependant que ie fus à Dreux,
ie visilay et pensay grand nombre
de gentils-hommes, et pauures sol-
dats, et entre les autres beaucoup
de Capitaines suisses. I’en pensois
quatorze estans en vue seule cham-
bre , tous blessés de coups de pis
tôles et d’autres instrumens à feu
diaboliques, et n’en mourut pas vn
des quatorze. Monsieur le Comted’Eu
estant mort , ie ne fis grand seiour à
Dreux. Il vint des Chirurgiens de Pa-
ris, qui faisoienl bien leur deuoir vers
les blessés, comme Pigray, Cointeret,
Hubert, et autres: et iem’en retour-
nayàParis, où ie relrouuay beau-
coup de gentils hommes blessés qui
s’y estoient retirés après ladite ba-
taille, pour estre pensés de leurs
blessures , où ne fus sans en voir
plusieurs.
KT VOYaCKS.
VOYAGE DE T, A BATAILLE DE AlONT-
CONTOVR. — 15f>9.
Pendant la bataille de Montcon-
tour, le Roy Charles estoit au Plessis
lez Tours , où il entendit l’auoir gai-
gnée. Il se retira grand nombre de
gentils-hommes et soldats en la ville
et fauxbourgs de Tours, blessés, pour
se faire penser et medicamenier : où
le Roy et la Royne mere me comman-
dèrent en faire mon deuoir, auec les
autres Chirurgiens qui lors osloient
en quartier, comme Pigray, du Rois,
Portail , et vri nommé Siret, Chirur-
gien de Tours, homme bien entendu
en la' Chirurgie, estant alors Chirur-
gien de Monseigneur frere du Roy :
et pour 4a multitude desnaurés, n’es-
tions gueresà repos, ny les Médecins
pareillement.
Monsieur le Comte de Mansfeid ,
gouuemeur de la duché de Luxem-
bourg, Cheoalier de l’ordre du Roy
d’Espagne, fut grandement blessé à
la bataille, au bras seneslre, d’vn
coup de pistolie qui luy rompit
grande partie du coude , et s’estoit re-
tiré à Bourgueil, prés Tours. Estant
là,enuoya vn gentilhomme vers le
Pioy, le supplier bien affectueusement
luy vouloir enuoyer vn de ses Chirur-
giens pour le secourir de sa blessure.
Le conseil fut tenu quel Chirurgien
seroit qu’on y enuoyeroit. Monsieur le
Mareschal de Montmorency dist au
Roy et à la Royne , qu’il seroit bon de
luy enuoyer son premier Chirurgien ,
et leur remonstra que ledit seigneur
de Mansfeid auoit esté vne grande
partie cause du'gain de la bataille. Le
Roy dist tout à plat, qu’il ne vouloit
que i’y allasse , et vouloit que ie de-
meurasse prés de luy. Adonc la Royne
mere luy dis! que ie ne ferois qu’aller
et venir, et falloit auoir esgard que
c’estoit vn seigneur eslranger, qui es-
toit venu de la part du Roy d’Espa-
gne pour son secours. Alors il me per-
mit y aller, pourueu que ie reuinsse
bien (ost. Adonc il m’enuoya quérir,
et pareillement la Royne mere , et
me commandèrent d’aller trouuer
ledit seigneur Comte de Mansfeid ,
lapait où il seroit, pour luy seruir
en tout Ce que ie pourrois faire pour
la guarison de sa blessure. le l’allay
trouuer, accompagné d’vne lettre de
leurs Maiestés. L’ayant veuë, il me
receut de bonne volonté , et desiors
donna congé à trois ou quatre Chirur-
giens qui le pensoient : qui fut à mon
très-grand regret, par ce que sa bles-
sure me sembloit estre incurable.
Or audit Bourgueil s’esloient re-
tirés plusieurs gentils-hommes ayans
esté blessés à ladite bataille, sçaclians
que Monsieur de Guise y estoit, qui
auoit esté aussi fort blessé d’vn coup
de pistolet au trauers d’vne iambe,
et estans bien asseurés qu’il auroit de
bons Chirurgiens pour le penser, et
aussi qu’il est débonnaire et fort libe-
ral, qu’il les assisterait d’vne grande
partie de leurs nécessités. Ce que vé-
ritablement faisoit volontiers, tant
de leur manger et boire , que autres
nécessités : et de ma part , de mon
art estoient soulagés et aidés : les vus
mouraient, autres guarissoient, selon
leurs blessures Le comte Ringraue
mourut, qui auoit vn coup à l’es-
paule semblable à celuy qu'eut le
Roy de Nauarre déuant Roüen. Mon-
sieur de Bassompierre, colonel do
douze cens eheuaux. , fut semblable-
ment blessé de pareil coup et en-
droit que celuy de monsieur le
comte de Mansfeid , que ie pcnsay,
et Dieu le guarisl. Dieu benisl si bien
APOLOGIE
lü(>
mon œu ure , que dans (rois sepmai-
nes ie les ramenay à Paris, où fallut
faire encore quelques incisions au
bras dudit comte de Mansfeld , pour
extraire les os qui estoient grande-
ment fracassés, rompus, et carieux.
Ilguarist par la grâce de Dieu, et me
fit vn honneste présent , de sorte
que ieme conlentay bien fort de luy,.
et luy de moy, comme il m’adait pa-
roistre depuis. Il escriuit vne lettre. à
monsieur le duc d’Ascot, comme il
esloit guari de sa blessure, et aussi
monsieur de Bassompierre de la
sienne, et plusieurs autres que i’a-
uois pensés après la bataille de Mont-
contour, qui luy conseilloit de sup-
plier le Roy de France me permettre
d’aller voir monsieur le Marquis
d’Auret son frere : ce qu’il fit.
VOYAGE DE FLANDRES.
Monsieur le duc d’Ascot ne fit
faute d’enuoyer vn gentilhomme
vers le Roy, accompagné d’ vne lettre,
pour le supplier humblement luy
faire tant de bien et d’honneur, que
de permettre et commander à son
premier Chirurgien venir voir mon-
sieur le marquis d’Auret son frere,
qui auoitreceu vn coupd'harquebuse
prés le genoüil, auec fracture d’os ,
il y auoit enuiron sept mois, et que
les Médecins et Chirurgiens de par
delà estoient bien empeschés à sa
guarison. Le Roy m’enuoya quérir,
et me commanda d’aller voir ledit
seigneur d’Auret, et le seeputir en
tout ce que ie pourrois pour la gua-
rison de sa blessure, le luy dis que
i’employerois tout le peu de sçauoir
qu’il. auoit pieu à Dieu me donner.
le m'en allay , conduit par deux
gentilshommes, au chasteau d’Aurel,
qui est à vne lieuë et demie de Mons
en Hainaut , où estoit ledit mar-
quis. Subit estant arriué , ie le vi-
sitay, et luy dis que le Roy m’a-
uoit commandé de le venir voir, et
penser de sa blessure. Il me dist qu’il
estoit bien ioyeux de ma venue , et
estoit grandement tenu au Roy, luy
ayant fait tant d’honneur de m’auoir
enuoyé vers luy. le le trouuay auec
vne grosse liéure, les yeux fort en-
foncés , auec vn visage moribonde et
iaunastre , la langue seiche et aride,
et tout le corps fort émacié et mai-
gre , la parole basse comme d’vn
homme fort prés de la mort : puis
trouuay sa cuisse fort enflée, apos-
tumée et vlcerée , ieltant vne sanie
verdoyante et fort fetide. le le son-
day auec \ne sonde d’argent. Par
icelle trouuay vne cauité prés l’aine,
finissant au milieu de la cuisse , et
d’autres autour du genoüil sanieuses
et cuniculeuses : aussi certaines es-
quilles d’os, les vnes séparées, les au-
tres non. La iambe esloit fort tumé-
fiée, et imbue d’vn humeur pituiteux,
froid et humide et flatulent(de sorte
que la chaleur naturelle estoit en
chemin d’estre suffoquée et esleinte)
et courbée et retirée vers les fesses :
le croupion vlceré de la grandeur de
la palme de la main : ét disoit y sentir
vne exlreme cuiseur et douleur, et
semblablement aux reins : de façon
qu’il ne pouuoit aucunement reposer
iour ny nuit , étn’auoit nul appétit de
■manger, mais de boire assez. 11 me
fut dit, que souuent tomboit en dé-
faillance de cœur , et quclquesfois
comme en epilepsie : et auoit souuent
volonté de vomir, auec vn tremble-
ment tel qu’il ne pouuoit porter ses
mains à sa bouche. Voyant et consi-
ET VOYAGES.
derant tous ces grands accidens , et
les vertus grandement abbaltues, vé-
ritablement i’eus vu très-grand regret
d’estre allé vers luy, par ce qu’il me
sembloit auoir peu d’apparence qu’il
peust reschapper de la mort. Toutes-
l'ois pour luy donner courage et
bonne esperance, ieluy disque bien-
tosl ie le meürois debout , par la
grâce de Dieu , et l’aide de ses Méde-
cins et Chirurgiens. L’ayant veu , ie
m’en allay promener en vn iardin , là
où ie priay Dieu qu’il me fit ceste
grâce, qu’il guarist : et qu’il benist
nos mains et les medicamens, à com-
battre tant de maladies compliquées,
le discourus en mon esprit les moyens
qu’il me falloit tenir pour ce faire.
On m’appela pour disner : i’entray à
la cuisine, là où ie vis tirer d’vne
grande marmite demy mouton , vn
quartier de veau , trois grosses pièces
de bœuf, et deux volailles, et vn
bien gros lopin de lard, auec force
bonnes herbes : alors ie dis en moy-
mesme, que ce bouillon de marmite
esloit succulent, et de bonne nourri-
ture.
Apres le disner, tous les Médecins
et Chirurgiens assemblés, nous en-
trasmes en conférence, en la pré-
sence de monsieur le duc d’Ascot , et
quelques gentils-hommes qui l’accom-
pagnoient. le commençay à dire aux
Chirurgiens , que ie m’esmerueillois
grandement comme ils n’auoient fait
des ouuerlures à la cuisse de mon-
sieur le Marquis , qui estoit toute
apostumée , et que la boue qui en
sortoit estoit grandement fétide et
puante, qui demonslroit y estre de
long temps croupie , et que i’auois
trouué auec la sonde carie d’os, et
des esquilles qui estoient ja séparées.
Ils me firent response que iamais
ne l’auoit voulu cousenlir, et mesme
7‘27
qu’il y auoit prés de deux mois qu’on
n'auoit peu gaigner à mettre des draps
blancs en son lit , et n’osoit-on qu’à
peine toucher à la couuerture,tantil
sentoit de douleurs. Lors ie dis que
pour le guarir , il falloit toucher
autrcchose que la couuerluredu lie1.
Chacun dis! ce qu'il luy sembloit de la
maladie dudit seigneur, et pour con-
clusion, le tenoienl tous déploré. le
leur dis qu’il y auoit encore quelque
. esperance, pour sa ieunesse , et que
Dieu et Nature font quelquesfois des
choses qui semblent aux Médecins et
Chirurgiens estre impossibles.
Ma consultation fut. que la cause de
tous ses accidens estoient venus par
le coup de boulet donné prés la ioin-
ture du genoiiil, qui auoit rompu les
ligamens , tendons, et aponeuroses
dos muscles, qui lient ladite jointure,
ensemble l’os femoris : aussi nerfs ,
veines, et artères, dont s’en estoit
ensuiui douleur, inflammation, apos-
temo, et vlcere : et qu’il falloit com-
mencer la cure à la maladie qui estoit
cause de tous les susdits accidens
qu’il auoit , à sçauoir , faire des ou-
uerturespour donner issue à la sanie
retenue entre les spaciosités desmus-
cles, et en leur substance (sembla-
blement aux os ) laquelle causoit vue
grande corruption en toute la cuisse,
dont les vapeurs en estoient esleuées
et portées au cœur , qui causoient
syncope et la fiéure , et de la fleure vn
feu vniuersel en tout le corps , et par
conséquent depraualion de l’œcono-
mie. Pareillement lesdiles vapeurs es-
toient communiquées au cerueau ,
qui causoient l’epilepsie et tremble-
ment , et à l’eslomacb nausée , et
l’engardoit faire ses fonctions, qui
sont principalement de digerer et
cuire les viandes , et les conuertir eh
cbyle : lesquelles si elles ne sont bien
APOLOGIE
cuittes , il s’engendre des midilés et
obstructions qui font que les parties
ne sont nourries , el par conséquent
le corps desseiche et maigrit : et
pour-ce aussi qu'il ne fàisoit nul exer-
cice. Et quant a l’œdeme de sa iambe,
cela estoil prouenu à cause du defaut
de l’aliment , et de la chaleur natu-
relle arrestée en toute la cuisse, et
aussi faute qu’elle ne se pouuoitmou-
uoir : car toule partie qui n’a son
mouuement , demeure languide et
atrophiée : par-ce que la chaleur et
esprit n'y sont point enuoyés ny atti-
rés, dont ensuit mortification : elque
pour refociller el engraisser le corps,
il falloit faire des frictions vniuersel-
les auec des linges chauds, en haut,
en bas, à dexlre, à senestre, et en
rond , à fin d’attirer le sang et esprits
du dedans au dehors , et résoudre
quelques vapeurs fuligineuses déte-
nues entre cuir et chair : partant les
parties seront puis après nourries et
refaites ( comme i’ay dit cy-deuanl au
liure 9. traitant des playes d’har-
qutbuses). Et les falloit laisser lors
qu'on verroit au cuir chaleur et rou-
geur, de peur de résoudre ce qu’on
auroit attiré, et par conséquent le
rendre encore plus maigre. Or l’ vlcere
qu’il a surle croupion, est venuepour
auoir esté trop long temps couché
dessus , sans se remuer : qui a esté
cause que les esprits n’ont peu re-
luire. A cesle cause s’est faite in-
flammation , de l’inflammation apos-
leme, puis vlcere, voire auec déper-
dition de substance de la chah-
sujette, auec vue tres-grandp dou-
leur^ cause des nerfs qui se dissémi-
nent en ceste pa’ *e. Il faut pareille-
ment faire tant qu’on le mette en vn
autre licl bien mol, et luy bailler che-
mise et draps blancs : autrement tou-
tes les choses qu’on luy pourroit faire
ne luy seruiroient de rien , A cause
que ces excremens et vapeurs de la
sanie retenue de si long temps
en son lict , sont attirées par le sys-
tolé et diaslolé des arleres qui sont
disséminées par le cuir, et font que
les esprits s’altèrent , el acquièrent
vne mauuaise diathese ou qualité
et corruption : ce qui se voit de
quelqu’vn qui couchera en vn lit là
où vn verollé aura couché et sué , le-
quel prendra la verolle par les va-
peurs putrides qui seront imbues et
demeurées aux draps et couuerlures.
Or quant à ce qu’il ne peut nulle-
ment dormir, et est quasi en atrophie,
c’est à raison qu’il mange peu , et ne
fait nul exercice, et qu’il est vexé
de grandes douleurs : car il n’y a rien
qui abbalte et prosterne plus les ver-
tus que la douleur. La cause qu’il a
la langue aride et seiche, cela vient
par la vehemence de la chaleur de la
fiéure , par les vapeurs qui montent
de tout le corps à la bouche : car,
comme on dit en commun prouerbe ,
quand on chauffe bien vn four, la
gueulle s’en ressent. Ayant discouru
des causes et accidens, ie dis qu’il
falloit les guarir par leurs contraires :
et premièrement appaiser les dou-
leurs , faisant des ouuertures à la
cuisse pour euacuerla boue retenue,
ne l’euacuant tout à coup, de peur
que par la grande euacuation subite
se fist vne resolution d’esprits, qui
pourroit grandement débiliter le
patient et abréger ses iours. Seconde-
ment, auoir esgard à la grande tu-
meur et froideur de la iambe , crai-
gnant qu’elle ne tombast eu gan-
grené , et qu’il luy falloit appliquer
vne chaleur actuelle , parce que la
potentielle ne pourroit réduire l’in-
teinperie de potentia ad aclum. A ceste
cause , qu’il falloit y appliquer au-
l.T VOYAGES.
tour des briques chaudes, sur les
quelles on ietteroit vue décoction
faite d’herbes neruales cuiües en vin
et vinaigre, puis enueloppées en quel-
que seruicüe , et aux pieds vue bou-
teille de terre remplie de ladite dé-
coction, bouchée et enueloppée en
quelques linges. Aussi luyfalloit faire
des fomentations sur la cuisse et
toute la iambe, d’vne décoction
faite de sauge, rosmarin , thym , la-
uande, fleurs de camomille et meli-
lot , roses rouges cuitles en vin blanc,
et lexiue faite de chesne, et vn peu
de vinaigre, et demie poignée de sel.
Ceste décoction a vertu de subiilier,
atténuer, inciser, résoudre, tarir et
seicber l’humeur gros et visqueux.
Lesdites fomentations se feront lon-
guement, à fin que la resolution soit
plus grande : car estant ainsi faite
longuement, on résout plus qu’on
n’attire, à causé qu’on liquéfié Ph li-
meur' contenu en la partie, on raréfie
le cuir, et la chair des muscles. Tier-
cement, qu’il falluit appliquer sur
l’vlcere du croupion vue grande em-
plastre, faite de l’onguent desiccalif
rouge et l'onguent Comil issir, par-
ties égalés , incorporées ensemble , à
fin de luy appaiser sa douleur et des-
seicher lvlcere : aussi luy faire vn
bourrelet de duuet qui portast le
croupion en l’air, sans eslre appuyé
dessus. Quarlcment, pour rafraischir
la chaleur des reins , on luy applique-
rait dessus de l’onguent réfrigérant
de Galien, recentement fait, et par
dessus des fueilles de nénuphar ré-
centes : puis \ ne seruiette trempée en
oxycrat, espreinte et renouueilée
souuent. Et pour la corroboration du
cœur, on appliquera dessus vn médi-
cament réfrigérant , fait d’huile de
nénuphar et l’onguent rosat et vn
peu de saffran , dissouts en vinaigre
729'
rosat et thériaque, estendus sur vue
piece d’escarlatle. Pour la syncope
qui procedoit de la débilitation des
forces naturelles, faisant aussi trou-
bler lecerueau, falloit vser de bons
alimens succulens, comme œufs mol-
lets, raisins de damas confits en vin
et succre, aussi panade faite de bouil-
lon de la grande marmite ( de la-
quelle i’ay parlé cy deuanl) aucc
blancs de chappon , ailes de perdrix
hachées bien menu, et autres vian-
des rosties, faciles à digerer, comme
veau , chéureau , pigeonneaux , per-
dreaux, griues, et autres sembla-
bles. La saulse sera orenge , verjus
d’ozeille, grenades aigres : il en
pourra pareillement manger de boiiil-
lis auec bonnes herbes, comme ozeil-
le , laictuë, pourpié, cichorée, bu -
glose, soucy, et autres semblables.
La nuit , il pourra. vser d’orge-mon-
dé, auec jus d'ozeillé et nénuphar,
de chacun deux onces, auec quatre
ou cinq grains d’opium, et des quatre
semences froides conquassées, de
chacun demie once, qui est vn re-
mede alimenteux et médicamenteux,
qui le prouoquera à dormir. Son pain
sera de metail, et ne sera trop rassis
ny tendre. Et pour sa grande douleur
de leste, il faudra couper ses che-
ueux , et la frotter d’oxyrrhodinum
vn peu tiede, et y laisser vn linge
double trempé dedans. On luy fera
pareillement vn frontail d’huile ro-
sat et nénuphar et de pauot , et vn
peu d’opium et vinaigre rosat , auec
vn peu de camphre , et renouuellé
par fois. D’auantage, on luy fera
sentir au nez fleurs de iusquiame et
nénuphar, broyées auec vinaigre et
eau rose, auec vn peu de camphre ,
enueloppésensembleen vn mouchoir,
lequel sera tenu longuement contre
le nez, à fin que l’odeur se puisse
APOLOGIE
?3o
communiquer au cerueau : et seront
ces choses continuées seulement ius-
ques à ce que la grande inflammation
et douleur soient passées , de peur de
réfrigérer par trop le cerueau. D’a-
bondant on fera pleuuoir par arti-
fice, en faisant découler de l’eau de
quelque lieu haut dans vn chaude-
ron, et qu’elle face tel bruit que le
malade le puisse entendre : par ces
moyens îuy sera prouoqué le dormir.
Et quant à la rétraction de sa iambe,
il y a esperance la redresser, lors
qu’on aura fait vacuation du pus et
autres humeurs* contenus à la cuisse,
qui , par leur extension (faite par re-
ple(ion) ont attiré ladite iambe : la-
quelle se pourra redresser, en luy
frottant premièrement toute la ioin-
ture du genoüil auec vnguenlum de
althea, et huile' de. lys, et vn peu
d’eau de vie, et par dessus de la laine
noire auec son suc : pareillement en
mettant sous le iarret vn oreiller de
plume, ployé en double, et peu à
peu on luy fera eslendre la iambe.
Lequel mien discours fut bien ap-
prouué des Médecins et Chirurgiens.
La consultation acheuée, nous en
allasmes vers le malade , où ie luy
fis trois ouuerlures à sa cuisse, des-
quelles sortit vne bien grande quan-
tité de boue et sanie, et dés l’heure
ie luy tiray quelque petite esquille
d’bs: et ne voulus laisser sortir trop
grande abondance de ladite sanie, de
peur de trop débiliter ses forces.
Deux ou trois heures après, ie luy
fis faire vn lict prés le sien , où il
auoit de beaux draps blancs : puis vn
homme fort le posa dedans: et fut
ioyeux d'auoir esté tiré hors de son
lict sale et puant. Tost après demanda
à dormir, ce qu’il fit prés de quatre
heures : où tout le monde de la mai-
son se commença à resioüir, et prin-
cipalement monsieur le Duc d’Ascot
son frere.
Les iours suiuans , ie luy faisois
des iniections au profond et cauités
des vlceres, faites d'Egyptiac dissout
tanlost en eau de vie, et autresfois
en vin. I’appliquois pour mondifier
et seicher les chairs spongieuses et
mollasses, des compresses au fond
des sinuosités, et tentes de plomb
cannulées , à fin de tousiours donner
issue à la sanie: et par dessus vne
grande emplastre de diachalcitheos
dissout en vin. Pareillement ie le
bandois si dextrement qu’il n’auoit
nulle douleur : laquelle sedée, la
fleure commença fort à se diminuer.
Alors ie luy fis boire du vin trempé
médiocrement d'eau, sçaehant qu'il
restaure et viuifie les vertus. Et tou-
tes les choses que nous arrestasmes
eh la consultation furent accomplies
selon le temps et ordre : et ses dou-
leurs et la ûéure cessées , commença
tousiours à se mieux porter. 11 donna
congé à deux de ses Chirurgiens et à
vn de ses Médecins, de façon que
n’estions plus que trois auec luy.
Or i’y demeuray enüiron deux
mois, et ne fut sans voir plusieurs
malades, tant riches que pauures,
qui venoienl à moy de trois ou quatre
lieués à l’entour. Il laisoit bailler à
manger et à boire aux nécessiteux :
tous lesquels me recommandoit, et
qu’en faueur de luy ie les secourusse,
le proteste que ie n’en refusay vn
seul, et leur faisois à tous ce qu’il
in’esloit possible, dont il estoit ioyeux.
Lors que ie vis qu'il commençoit à
se bien porter , ie luy dis qu’il falloil
auoir des violes et violons, et quelque
farceur pour le resioüir : ce qu’il
fil. En vn mois nous fismes en sorte,
qu’il se pouuoit tenir en vne chaire,
et se faisoit porter et promener en
ET VOYAGES.
son iardin , et à la porte de son cbas-
teau , pour voir passer le monde. Les
villageois de deux et trois lieues d'au-
tour, sçacbans qu’on le pouuoil voir,
venoient aux testes chanter et danser,
masleset femelles, pesle-mesle à ti-
relerigot , en resioüissanee de sa
bonne conualescence , estans tous
ioycux de le voir, et n’estoit sans bien
rire et bien boire. Il leur faisoit tou-
siours donner vne barrique de biere ,
et beuuoient tous à tirelerigot à sa
santé. Et les citoyens de Monts en
Hainault.et autres gentils hommes
ses voisins, le venoient voir par vne
admiration, comme vn homme sor-
tant du tombeau : et dés lors qu’il se
porta bien , ne fut sans compagnie :
et comme l’vn sortoil, l’autre y en-
troit pour le visiter : sa table esloit
lousiours bien couuerte. Il estoit
grandement aimé de la noblesse et
du commun peuple, tant pour sa li-
béralité , que de sa'beaulé et honnes-
telé, ayant le regard doux et la pa-
role gracieuse , en sorte que ceux
qui l’auoient enuisagé esloient con-
traints de l’aimer.
Les principaux delà ville de Monts
vindrent vn samedy, pour le supplier
qu’il permist que i’allasse à Monts,
où ils auoient bonne volonté de me
festoyer et me faire bonne chere pour
l’amour de luy. Il leur disl qu’il me
prieroit d’y aller, ce qu’il fit : mais
ie luy fis response , qu’à moy n’ap-
parlenoit me faire tant d’honneur,
ioint aussi qu’ils ne me sçauroient
donner meilleures viandes que les
siennes! Et de rechef me pria bien
affectueusement d’y aller, et que ie
fisse cela pour l’amour de luy : ce
que luy accorday. Le lendemain , ils
me vindrent quérir auec deux cha-
riots : et estans arriués à Monts, trou-
uasmes le disner prest , et des princi-
paux de la ville auec leurs femmes ,
qui m’altendoient auec bonne deuo-
tion. Nous nous mismes à table, et
me mirent au haut bout, et beuuoient
tous à moy et à la samé de monsieur
le Marquis d’Auret, disant qu’il esloit
bien-heureux , et eux pareillement,
de m’auoir recouuert pour le mettre
sus : et conneus en ceste compagnie
qu’il esloit grandement honoré et
aimé. Après le disner, me ramonèrent
au chasteau d’Auret, où monsieur le
Marquis m’y allendoit en grande de-
uotion , pour luy raconter ce que
nous auions fait en nostre banquet :
où ie luy dis que toute la compagnie
auoit beu plusieurs fois à sa santé.
En six sepmaines il commença à se
soustenir vn peu sur des potences ,
etàsebien fort engraisser, et pren-
dre vne viue et naturelle couleur.
Vouloir luy print d’aller à Beaumont,
qui est la demeure de monsieur le
Duc d’Ascot, et se fit porter en vne
chaire à bras par huit hommes de re-
lais. Et les paysans des villages par
où nous passions , sçacbans que c’es-
toit monsieur le Marquis, se baltoient
à qui le porteroit, et nous conlrai-
gnoieut de boire : mais ce n’estoit
que de la biere , et croy que s’ils
eussent eu du vin,. voire de l’hippo-
cras , ils nous en eussent donné de
bonne volonté. Et esloient tous fort
ioyeux de voir ledit Marquis, et
prioient tous Dieu pour luy.
Estant arriué à Beaumont, tout le
peuple venoit au deuant de nous luy
faire la reuerence, et prioient Dieu
qu’il le benist et le tinst en bonne
santé. Nous entrasmes au Chasteau ,
où il y auoit plus de cinquante Gen-
tils-hommes que monsieur le Duc
d’Ascot auoit mandés pour venir faire
bonne chere auec monsieur son li ere:
et fut trois iours entiers sa maison
APor.oGin
73q
ouueïte, Après disner les Gentils-
hommes couroient la bague , se
battoient à l’espée d’armes , et se res-
ioüissoient grandement de voir mon-
sieur d'Auret : parce qu’ils auoient
entendu que iamais ne pourroit par-
tir du lict, et guarir de sa blessure,
l’estois à table tousiours au haut
bout, là où tout le monde beuuoit ca-
rous à luy et à moy , pensans m’eny-
urer , ce qu’ils ne sceurent : car ie ne
beuuois que comme i’auois accous-
lumé.
Quelques iours apres nous en re-
tournasnies, et pris congé de madame
la Duchesse d’Ascot, laquelle tira
vn diamant de son doigt , qu’elle me
donna en reconnoissanced’auoir bien
pensé son frère: et esloit le diamant
de la valleur de plus de cinquante
escus. Monsieur d’Auret se portoit
tousiours de mieux en mieux , et che-
mïhoit tout seul autour de son iardin
sur des potences. le luy demanday
congé par diuerses lois , pour m’en
reuenir à Paris, luy remonstranl que
ce qui restoit à faire à sa blessure ,
son Médecin et Chirurgien le feroient.
Et pour commencer tousiours à m’es-
loigner de luy , ie luy priay qu’il me
permist d’aller voir la ville d’Anuers :
cequil m’accorda bien volontiers , et
commanda à son Maistre-d’Hoslel
m’y conduire, accompagné de deux
pages. Nous passasmes par Malignes
etlîruxelle, là où des principaux de
la ville prièrent ledit Maistre d’Hos-
tel , qu’au rapasser il leur list enten-
dre, et qu’ils auoient volonté de m’y
• festoyer, comme auoient fait ceux de
Monts, leles remerciaybien humble-
ment , leur disant que ce n’estoit à
moy qu’appartenoit tel honneur. le
* fus deux iours et demy pour visiter la
ville d’Anuers, où aucuns marchands
connoissams 1£ Maistre-d’Mostcl , le
prièrent leur faire cest honneur nous
donner à disner ou souper : c’esloil
à qui nous auroit, et esloient tous
fort ioyeux d’entendre la bonne dis-
position de monsieur d’Auret, me
faisans plusd’honneur que ne deman-
dois. Enfin nous en reuinsmes trou-
uer monsieur le Marquis, faisant
bonne chere : et cinq ou six iours
après ie luy demanday congé , qu’il
m’accorda auec grand regret (ce di-
soit-il) : lequel me donna vn présent
honneste et de grande valleur, et me
fit reconduire par sondit Maistre-
d’Hoslel auec deux pages’, iusques
en ma maison à Paris.
le me suis laissé dire que les Espa-
gnols ont depuis ruiné et démoli son
chasteau d’Auret , saccagé , pillé et
bruslé tonies les maisons et villages
à luy appartenais, à cause qu’il n’a
voulu eslre de leur mescbanl parti
en leurs assassinats et ruine du Pays
lias.
VOYAGE DE DOVIÎGES. — 1 5 f> 2 .
Le Roy auec son camp ne demeura
gueres à Bourges que ceux de de-
dans ne se pendissent : et sortirent
leurs bagues saunes, le ne sçache
rien digne de mémoire, fors vn gar-
çon de cuisine de la bouche du Roy ,
lequel s’estant approché des murailles
delà ville auparauant que l’on eust
fait la composition, cria à haute voix :
Huguenot , huguenot, tire là, tire là.
Ayant le bras leué et la main esten-
due, vn soldat luy perça la main tout
outre d’vn boulet. Ayant receu ce
coup, il me vint trouuer pour le pen-
ser. Monsieur le Connestable voyant
ce garçon ayanl sa main toute san-
ET VOYAGES.
glante et tout esploré, luy demanda
qui l’auoit blessé : alors il y eut vn
gentilhomme , qui ayant veu donner
le coup, dist que cela estoit bien em-
ployé , parce qu’il crioit : Huguenot
frape là, donne là. Alors ledit sei-
gneur Connestable dist que ce hu-
guenot esloit bon harquebusier et
auoit l’ame bonne , parce qu'il estoit
vray semblable que s’il eust voulu
tirer à la teste , il eust encore fait
plus aisément qu’à la main. le perisay
ledit cuisinier , qui fut fort malade.
Ilguarisl, mais auec impotence de la
main , et depuis ses compagnons l’ap-
pellerent Huguenot : il est encore
viuant.
BATAILLE SAINCT DENYS- — 15f)7.
Et quant à la bataille S. Denys , il
y en eut plusieurs de tués tant d’vue
part que d’autre. Les noslres blessés
se retirèrent à Paris pour se faire pen-
ser, ensemble les prisonniers qu’on
auoit pris, dont i’en pensay vne
grande partie.
Le Roy me fit commander fpar la
prière de madame la Connestable)
d’aller en sa maison pour penser mon-
sieur le Connestable, qui eut vn coup
de pistole au milieu de l’espine du
dos: où tout subit perdit le sentiment
et mouuement des cuisses et iambes,
et ses excremens retenus, ne pouuant
iellcr l’vrine , ny rien par le siégé . à
raison que l'espinc médullaire , de
laquelle naissent les nerfs (pour bail-
ler sentiment et mouuement aux par-
ties inferieures) fut brisée, rompue et
dilacerée par la vehemence de la
balle. 11 perdit pareillement l’enten-
dement et ratiocination, et en peu de
jours il mourut.
733
Les Chirurgiens de Paris furent
long temps empeschés pour traiter
les susdits blessés. le croy , mon pe-
lit Maistre, que vous en vistes quel-
ques vns.
le supplie ce grand Dieu des vic-
toires, queiamaisne soyons employés
en tel malencontre et désastre.
VOYAGE DE BAYONNE. — 1504.
Or ie dis encore d’auantage, que
i’ay fait le voyage auec le Roy à
Bayonne, où nous auons esté deux
ans et plus à circuir presque tout ce
royaume : où en plusieurs villes et
villages i’ay esté appellé en consul-
tation de diuerses maladies , auec de-
funct monsieur Chapelain , premier
Médecin du Roy, et monsieur Castel -
lan , premier de la Royne mere,
hommes d’honneur et tres-sçauansen
la Medecine et Chirurgie. Faisant ce
voyage , ie me suis tousiours enquis
aux Chirurgiens, s’ils auoient remar-
qué quelque chose rare en leurs
pratiques, à fin d’apprendre quel-
que chose de nouueau.
Estant à Rayonne, il aduint deux
choses de remarque pour les ieunes
Chirurgiens.
La première , c’est que je pensay
vn gentil homme Espagnol , lequel
auoit vne aposteme grande et enorme
à la gorge. Il vint pour se faire lou-
cher au defunct Roy Charles, des es-
crouëlles. le fis ouuerture de son
aposteme , où il se trouua grande
quantité de vers tous groiiillans,gros
comme la pointe d’vn fuzeau, ayans
la leste noire: et auoit grande quan-
tité de chair pourrie. D’auanlage,
auoit sous la langue vue aposteme
nommée Jtanula, qui l’empeschoit à
APOLOGIE ET VOYAGES.
?34
proférer sa parole , et à niascher et
aualler ses viandes. Il me pria à
jointes mains la luy ouurir, s’il se
pouuoit faire sans péril de sa per-
sonne : ce que ie fis promptement,
et trouuay sous ma lancette vn corps
solide, qui estoient cinq pierres sem-
blables à celles qu’on tire de la vessie.
La plus grosse pouuoit estre d’vne
petite amande, et les autres comme
petites féues longuettes, qui estoient
en nombre de cinq. En ceste apos-
teme esloit contenu vn humeur glai-
reux, de couleur iaunaslre, en quan-
tité plus qu’il ne pourroit entrer en
quatre milliers d’argent. le le laissay
entre les mains d’vu Chirurgien de la
ville , pour paracbeuer d’ estre guari.
Monsieur de Fontaine , Cheualier
de l’ordre du Roy , eut vue grande
fleure continue, pestilenle, accom-
pagnée de plusieurs charbons en di-
uerses parties du corps, lequel fut
deux iours sans cesser de saigner du
nez , et ne le pouuoit-on eslancher :
et par iceluy flux la fiéure cessa, auec
vne Ires-grande sueur , et tost après
les charbons suppurèrent : et fut par
moy pensé , et par la grâce de Dieu
guari.
Pay publié ceste Apologie, à fin
que chacun commisse de quel pied
i’ay marché tousiours : et ne pense
qu’il y ait homme si chatouilleux
qui ne prenne en bonne part ce que
i’ay dit, puis que mon discours est
véritable , et que l’effet monstre la
chose à l’œil , la raison m’estant ga-
rand contre toutes caloninies.
LE LIVRE DES ANIMVYX ,
ET
DE L’EXCELLEXCE DE L’HOMME
CHAPITRE I.
DE LA NATVP.E DES GESTES DRVTES.
Les bestes brutes different grande-
ment les Ames des autres , pource que
leurs natures sont differentes 2. Car
des animaux les vns sont hardis , les
autres timides, les vns farouches, les
autres priués et comme ciuilisés ,
autres comme solitaires : aucuns
sont armés de coquilles et escailles ,
comme le Crocodile et la Tortue , et
plusieurs poissons : autres d’aiguil-
lons et espines. Le cheual a l’ongle
forte , et comme animal leger , su-
perbe et courageux, il a estépourueu
et fait braue de ses crins : le corps
du Lion , magnanime •, hautain et
cruel , est armé de dénis et ongles.
‘Ce livre, qui n’a nul rapport avec le
reste de la Collection , et que j’en ai séparé
par cette raison, avait été publié pour la
première fois dans l’édition de 1579, où il
formait le premier livre, placé entre l’In-
troduction et les Livres d’Anatomie. Il n’a-
vait pas changé de place plus tard, et, sauf
une phrase ajoutée dans la première édition
posthume, il avait reçu sa forme définitive
en 1585. Les changements opérés de la pre-
mière à la seconde édition consistent dans,
quelques additions éparses, quelques sup-
pressions par renvoi des articles au Discours
de la Licorne , et enfin la division en deux du
chapitre 20, ce qui a porté à vingt-six le
nombre total des chapitres.
Ce qui se voit au Taureau et Sanglier :
car le Taureau a des cornes , et le
Sanglier des dents descouuertes ,
comme naturelles armeures. Le Lié-
ure , comme estant animal paoureux
et craintif, a le corps desarmé, et
totalement nud : mais en recom-
pense, il est visle et soudain à la
fuite : car aux animaux paoureux la
vitesse leur est donnée, et aux hardis
les armes. Il y a vne infinité d’autres
propriétés admirables et de singulier
artifice aux animaux, en sorte qu’il
est impossible les comprendre et es-
crire 3. Somme, les animaux ont cha-
cun vne chose particulière, comme le
bœu fia force, le serpent l’astuce, la
furie du taureau, la patience du mou-
ton, la fierté du crapaud, la subtilité
du renard, la stolidité de l’asne, la
Je ne me suis pas beaucoup occupé de sa-
voir où Paré avait puisé les matériaux de ce
livre; il cite fréquemme ntPlularque, Pline,
et aussi Thevet. 11 y avait joint les ligures du
Sjiccarath, des Lions conduits par la ville (le
Constantinople, des Dragons qui tuent les
Elephans , du Hérisson de mer, du Chameau
d’Asie ayant deux bosses sur le dos, et enfin
du Crocodile: cette simple énumération ex-
pliquera sulîîsamment pourquoi j’ai re-
tranché de l’édition actuelle ces tristes illus-
trations.
‘ s Galien , liu. 1. de t’ K sage des parties. —
A. P.
s Ce paragraphe se terminait là en 1579;
ce qui suit a été ajouté en 15S5.
LK LIVRE UES A N IM AVX
736
cruauté du tigre, la douceur de la
colombe, la preuoyance du fourmy,
la négligence du tesson, la fidelité du
cliien, l’infidélité du mulet , la glou-
lonnie du loup, la sobriété du camé-
léon, la prudence de l’elephant , l’o-
deur de la ciuette, la puanteur du
bouc, la docilité du barbet, la saleté
du porc, la netteté de l’escurieu, la
hardiesse du lion, la timidité du 'dé-
lire, et plusieurs autres choses qui
seront déclarées cy après.
Si nous voulons contempler leurs
façons de faire , nous trou lierons
qu’elles sont douées de certaines ver-
tus naturelles en chacune affection
de courage, en prudence, force, clé-
mence, discipline. Elles se connois-
sent les vnes les autres, discernent
entre elles, appetent les choses qui
leur sont vtiles, fuyent le mal, eui-
tent le péril , pouruoyent à l'aduenir,
amassent ce qui leur est necessai-
re, présagent le beau et mauuais
temps : elles ont monstré plusieurs
choses aux hommes: elles ont vn sen-
timent exquis, elles chantent en mu
sique, elles ont vne industrie et ami-
tié à la conserualion de leurs petits,
elles ont intelligence du pays où elles
naissent, elles gardent vne singulière
chasteté, concorde et amour les vnes
enuers les autres : elles sont armées
pour combattre et se defendre, elles
se laissent appriuoiser aux hommes,
elles parlent et sifflent, elles connois-
sent la voix Fvne de l’autre, elles
font entre elles comme vne petite ré-
publique : elles commissent ce qui
leur est bon ou mauuais, tant pour
preseruer leur santé que pour se gua-
rir elles mesmes: elles sçauent quelle
diete il leur faut tenir, et de quelle
viande elles doiuent vser, et quels
remedes elles doiuent chercher con-
tre leurs maladies : et si n’ont point
appris ceste science des hommes ,
mais au contraire elles ont appris en
partie aux hommes. Ce qu’estant con-
1 sidéré de plusieurs anciens Philoso-
phes, ils n'ont point eu de honte de
disputer ou reuoquer en doute si les
bestes brutes estoient participantes
de raison : mesme le sage Salomon
nous renuoye quelquesfois à leurs
escoles, et Esaïe reproche aux Israé-
lites leur ingratitude enuers Dieu ,
leur proposant pour exemple le bœuf
et l’asne qui reconnolssent leur mais-
tre, mais Israël a mesccnneu son Sei
gneur.
Pareillement Pline dit *, que les
hommes doiuent rendre grâces aux
bestes de plusieurs médecines et re-
medes qu’ils ont appris d’icelles :
qu’aiusi soit, les cerfs nous rnons-
trenl que l’herbe nommée Dictante
est bonne pour tirer les traits ou les
pièces de fléchés de celuy qui en est
frappé, puis que les mesmes cerfs,
quand ils en sont naurés, vsent de ce
mesme remede. Aristote dit que les
chéures saunages de Candie font le
semblable. La propriété de l’herbe
nommée Esclaire nous a esté ensei-
gnée par les hirondelles, et qu’elle
estoit propre pour la veuë, voyant
qu elles en vsoienl pour ies yeux de
leurs petits. Les serpents vsent de le-
noil, et scillans les yeux en frottent
les paupières pour recôuurer la veuë.
La tortue mange de la sarielle con-
tre la morsure des viperes. La be-
1 Pline, lin. S. chap. 27. — A. P.
Voici le long article qui avait paru , en
partie au moins , dans la préface de l’édition
de 1575, et qui, ayant clé reporté ici
en 1579 avec de notaldcs additions, avait
disparu delà préface. On peut comparer le
texte actuel avec la rédaction primitive que
j’ai donnée en note, tome I, page 19.
ET DE ^EXCELLENCE DE l’hOMBIE.
letle mange de l’herbe nommée lap-
sus barbalus, el s’en frotte tout le
corps , se couchant el trainant par
dessus. Les ours enuenimés pour
auoir mangé des pommes de Man-
dragore, se guarissent en mangeant
des fourmis : aussi après s’estrelong
temps veautrés, sortans de leur ca-
uerne, mangent l’herbe appelée Aron
sauuage, pour leur amollir le ventre,
qu’ils ont eu tousiours dur et con-
stipé pendant qu’ils ont esté en leur
cauerne : et après s’en vont à vne
fourmilière, où ils se couchent, ti-
rans la langue, de laquelle il degoule
quelque humidité douce , la lenans
tousiours tirée iusques à ce qu’ils sen-
tent qu’elle soit couuerte de four-
mis, lors qu’ils se sentent malades,
puis les auallent pour se purger.
Nous voyons ordinairement les chiens
qui mangent de l’herbe nommée
Dent de chien , pour se vuider par vo-
missement. Les pourceaux cherchent
les escreuisses et les mangent, quand
ils sont malades. Les ramiers, les
merles , les perdrix, vsent de fueilles
de laurier pour leur purgation : les
pigeons, tourterelles et poullailles,
pour se purger, mangent de la pari-
toire. L’ibis, semblable à la cicongne,
nous a monslré l’vsage des clysleres,
lequel, se sentant aggraué d’hu-
meurs, estant au riuage de la mer,
remplit son bec et son col d’eau ma-
rine , puis se seringue par la partie
où il ielte ses excremens, et peu de
temps après se vuide et se purge.
L’inuenlion d’abbatre les tayes des
yeux , appellées cataractes , fut trou-
uée par vne cliéure qui auoit vne
tayc deuant la pupille , se frottant et
gallanl contre des espines, abbatit
ladite taye de deuant la pupille, et
par ce moyen recouura la voué.
L'hippopotame (qui est vn cheual de
lli.
7^7
la riuiere du Nil) nous a enseigné la
phlébotomie, lequel, estant de na-
ture gourmand et glout, se sentant
aggraué de plénitude de sang , se
frotte contre les roseaux rompus les
plus piquans, et s’ouure vne veine
de la cuisse, pour se descharger tant
que besoin luy est : puis se veautrant
dedans la fange , s’esta nche le sang.
La tortue, lors qu’elle a mangé de la
chair de serpent, mange de l’origan ,
autrement marjolaine sauuage.
Les anciens entre leurs secrets ont
expérimenté certaines choses qui ré-
sistent aux tonnerres et foudres, et
entre les autres les plumes d’aigles
portées en panache : aussi la ceinture
de veau marin empesche que ceux
qui l’ont n’en sont iamais atteints.
Or quivoudra raconter par le menu
toutes les médecines et rernedes que
lesbestes ont enseignés aux hommes,
desquels Aristote et Pline , et autres
semblables ont escril , la chose seroit
fort longue : car ils font un long récit
des herbes et rernedes qu’elles ont
montrés aux hommes.
D’auantage, nos vestemens sont
faits des leurs, comme peau, laine ,
poil, et sommes nourris de leur chair:
la graisse, moelle, os, et excremens
nous serment à nos infirmités , et
guarison. Exemple des brebis. De
la laine des brebis nous sommes
vestus , laquelle estant blanche
peut prendre toutes sortes de tein •
tures : on en fait tapisseries , aussi
fourrures, et autres choses. De leur
peau on fait parchemin pour escrire,
et toutes maniérés de vestemens , et
autres vsages à diuerses choses. Leur
chair est tics-bonne et délicieuse
à manger : de leur suif sont faits
flambeaux , chandelles , onguens , et
plusieurs autres choses : de leurs
boyaux sont faites cordes seruans aux
47
LE LIVRE DES ANIMA VX
instrumcns musicaux : leur décoc-
tion sert à faire clystcres et fomenta-
tions remollientes. Et quant à leurs
croltes et vrines, il ne se trouve nul
liens plus excellent pour engraisser
là terre. D’auaniage, leurs os et
moelle sentent à faire fards pour
embellir les femmes: mesrnes leurs
cornes sentent à faire produire des
asperges en abondance , eslans en-
terrées auec leurs racines. Et pour
conclusion , les Brebis sont grande-
ment profitables pour l’vsage des
hommes. Il est cscrit en l’Escriture
sainte, qu’aucuns Roy s furent bergers,
gardans les ouailles en propres per-
sonnes , pour le profil et excellence
de cesbestes : comme Abraham, Isaac,
Iacob,Laban,Moyse,Dauid, et autres-
CHAPITRE II.
DV PROGNOSTIC DES ANIMÀVX.
D’auantage les animaux , tant ter-
restres qu'aquatiques et volatilles,
ont donné aux hommes la connois-
sancc de la mutation du temps : s’il
doit faire vents, pluyes, orage, et
tempeste , froidure , gelée , gresle , ou
beau temps : comme nous- voyons les
beliers et aigneaux , lors qu’ils s’en-
trebeurtent et choquent l’vn contre
l’autre, corne â corne, les pieds en
l'air, auec le petit sault leur corps es-
branlant, signifient changement de
temps. Le pareil nous est demonslré
par le bœuf, quand il se lecbe contre-
poil, et hausse le muffle vers le ciel,
et mugit , et fleure la terre j et s’ef-
force de manger au dement. Aussi
quand les fourmis , plus dru .et en
plus grand nombre que de coustu-
me, s’entrcrencontrent l’vne l’autre
comme estourdies, elles dénotent la
pluye soudain aduenir. Si les taupes
besongnenten terre plus que de cous-
tume, et la rompent en pièces bien
menues, c’est signe de pluye. Si le
chat passe sa patte par dessus le col ,
comme s’il se peignoit, c’est signe in-
faillible de pluye.
Les poissons ont aussi vne mer-
ueilleuse propriété à sentir la muta-
tion du temps: quand en temps serain
se ioüent sus l’eau, en se lançant au
dessus, signifient pluye. Quand les
dauphins et marsouins sautent, et se
descouurenl sur l’eau , c’est signe de
grand orage et tempeste sur la mer :
ce que voyans , les mariniers mouil-
lent l’ancre, et donnent ordre à leurs
j vaisseaux. Quand on voit les orties
de mer nager sur l’eau , c’est signe
de tempeste : ils sont de couleur de
cristal reluisant , auec du pers meslé,
de substance si fragile qu’à peine
en peut-on tirer d’entiere de la mer.
Si on en frotte vn baston , il reluit
de nuit, comme si c’estoit vne torche
allumée, qui est chose admirable.
Quand aussi la grenouille chante
et crie plus haut que de coustume.
Les oiseaux ne sont frustrés de ce
priuilege : car on peut autant ou plus
parler d’eux à ce propos , que de tou-
tes les bestes. Si les grues volent en
l’air sans faire bruit, c’est signe de
beau temps : si elles crient et vont
sans ordre, c’çst signe contraire.
Quand les oiseaux aquatiques sortent
de la mer, et viennent assez auant
sur terre, c’est signe de pluye et
grande tempeste. Si la cheuéche
chante beaucoup en temps de pluye,
dénoté que le temps se veut esclair-
cir : et au contraire, si elle chante
en beau temps, c’est signe de pluye.
Plutarque dit que quand le corbeau
chante en voix enrouée, et qu’il se
ET 1)E L EXCELLENCE DE l’iIOMME.
bat dos ailes , c'est sigue de vent et
de tempeste. Quand les poulies et
autres oiseaux domestiques se bat-
tent des ailes, sautent en chantant,
c’est signe de pluyeet de grands vents.
Quand les oyes, canes et canars, se
baignent volontiers, et s’espluchent,
et dressent leurs plumes auec le bec,
et ensemble jargonnonl, c’est signe
de pluye. Si les irondelles volent si
prés de l’eau et de la terre qu’elles
frappent contre, cela dénoté que tost
il pleuura ; aussi quand elles volent
haut en l’air en ÿesbattant, cherchans
les mousches, cela signifie beau
temps. Le petit roylelet , se resioüys-
sant plu1? que decouslumc , sautelant
et plaisamment chantant, dénote la
pluye aduenir. Lors que la pye crie
et se tempeste prés des hayes ou
buissons, denionstre qu'elle voit le
loup, ou renard, ou quelque serpent.
Si le coq chante incontinent après le
soleil couchant (comme l’on dit entre
chien et loup) outre sa coustume, et
que sa voix soit enroüée, c’est signe
de pluye. Si les mousches et puces
mordent et piquent, et aiguillonnent
plus que de coustume, c’est signe de
pluye. Quand le héron vole fort
haut, il dénoté beau temps, et s’il
vole prés de l’eau en criant, il pré-
sagé de la pluye. Lors que les pigeons
se retirent au soir en leurs colom-
biers plus tard que de coustume,
c’est présagé de vent et pluye. Les
milans fuyent l’air infect et peslilent,
et le quittent, de sorte qu’il n’y a
rien si certain qui monstre la sérénité
et bon air, que les lieux où les mi-
lans habitent. Pareillement autres
oiseaux laissent leurs œufs et leurs
petits, et s’enfuyent.
Quand les ehauue souris volent au
vespre, plustost que de coustume,
et en plus grand nombre , c’est signe
de chaleur et de beau temps pour le
iour suiuanl.
Le crocodile fait ses œufs iuslemcnt
à la hauteur que la riuiere du Nil
doit desborder et couurir la terre , de
façon que le paysan qui premier les
treuue de fortune , sçait et prédit à
ses compagnons iusques où le fleuue
doit monter et desborder l’esté en-
suiuant : mesurant et compassant
iustemc-nt ce qui doit estre couuert
d’eau, à fin que iuy sans estre baigné
puisse couuer ses œufs. Or cela est
plus vne preconnoissance de ceste
beste , procédante de diuination, que
de ratiocination , chose digne d'ad-
miration.
Nous dirons en passant, quand la
lune est rouge, signifie vents: pâlie,
signifie pluyes : claire, beau temps.
Et aussi qu’en la pleine lune ne faut
couper le bois pour baslir, mais en
la déclinaison : et si on le fait , il se
rend vermoulu et pourri >.
CHAPITRE III.
de l’aiîtifice et IiNDVSTIUE des
ÀNIMAVX.
Les poissons de la mer en general,
toutes et qualités fois qu'ils sentent
les Ilots ou tempestes venir, ils se
chargent d’arene , à fin qu'ils soyent
plus fermes, et qu’ils ne soyent si
facilement transportés et agités par-
la tempeste suruenante. Autres se
mussent en certaines cauernes et
trous des rochers. Et quant à ce que
les poissons nagent contre le fil de
l’eau, cela aduient à fin que les ondes
! Ce dernier paragraphe , qui sort un peu
de l’objet du Livre, est une addition de J 585.
LE LIVRE DES ANIMAVX
?4o
et vagues ne leur leuent et rebour-
sent leur escaille et ouye, lesquelles
repliées ne pourroient aucunement
respirer : et par ainsi l’eau, venant
par la partie de deuant, leur serre
les ouyes, et .applanit eur escaille,
qui fait que plus facilement ils na-
gent.
Le semblable est des grues, les-
quelles volent contre le vent à fin
qu’iceluy ne souffle par le derrière
leurs plumes, qui seroil cause, eslans
ainsi escartées, de rendre leurs corps
nuds et descouuerts, ce qui les em-
pescberoit de voler.
CHAPITRE IV.
DE L’iNDVSTRIE ET ARTIFICE DES
OISEAVX A FAIRE LEVES KIDS.
L’industrie et artifice, laquelle tous
les oiseaux ont à faire leurs nids, est
faite tant proprement, qu’il n’est
possible de mieux : tellement qu’ils
surpassent tous las maçons , char-
pentiers, et édificateurs : car il n’y a
homme qui sceust faire édifice plus
propre pour luy et pour ses enfans ,
que ces petits animaux les font pour
eux , tellement que nous en auons vn
prouerbe, que les hommes sçauent
tout faire, sinon les nids des oiseaux.
Et ont cest artifice, qu’ils les garnis-
sent de plume , laine , ou d’autre ma-
tière molle , comme s’ils leur prepa-
roient vne coulle ou vn matelaspour
les loger plus à leur aise. L’irondelle
fait son nid en figure spherique et
ronde, laquelle figure est plus ferme
et contient plus que toute autre : el
les le basassent de fange et petits
l'etus, comme s’il esloil de ciment et
de chaux. Les oiseaux qui font leurs
nids sus les arbres, eslisent les bran-
ches sur lesquelles font leurs nids,
comme sur vn fondement bien as-
seuré, et qu’ils puissent eslre bien
couuerts '. Or pendant que la femelle
est empescbéc à couuer ses œufs el à
faire ses petits, le masle luy sert à
son tour, pour donner loisir à la fe-
melle d’aller querre sa vie: et quand
ses petits sont esclos,le masle et la
femelle ensemble ne cessent jamais à
leur porter viande, l’oslant de leur
bec, l’espargnant .pour leur bailler :
qui est cause qu’ils ne sont trop gras
lors qu’ils les nourrissent , pour le
grand soin qu’ils en ont , ne jps aban-
donnai iusques à ce qu’ils mangent
d’eux-mesmes.
l’ay en ma maison assez bonne
quantité de passereaux qui font leurs
nids en certains pots de terre : et lors
que leurs petits sont grandelets et
couuerts de plume , i’en fais dénicher
et mettre en vne cage pour le plaisir
de mes amis et de moy, à voir que le
pere et la mere les viennent appasle-
ler, et quand il y en a vn qui ja a re-
ceu sa becquée, et neanlmoins qu’il
se vienne représenter ouurant le bec,
le pere et la mere le laissent, connois-
sans ceux à qui il en faut bailler : et
ainsi font leur distribution, comme il
appartient , selon l’ordre et réglé de
iuslice distributiue. l’ay fait mettre
vn passereau eslranger auec les au-
tres de mesme aage, pour connoislro
et sç.auoir si le pere et la mere des
autres auroient cure de l’appasieler :
véritablement non, mais au contraire
le laissoient mourir de faim, néant-
moins qu’il ouurist le bec comme les
autres légitimés.
On voit aussi les petits cbéureaux
et aignelels, estans aux champs en
* Aristot. de Animal ., lut. G.c/i.8. — A P.
ET DE DEXCELLFNCE DE L HOMME. 7 il
grand nombre, que chacun recon-
noisl sa mere, neantmoins qu’elles
sont veslues toutes d’vne couleur :
pareillement la mere ne permettra
vue autre Fallaicler.
Le chéurean , l’aigneau , le pou
Iain , et semblables animaux , si tost
qu’ils sont nés, d’eux-mesmes cher-
chent et courent aux mammelles de
leurs meres , sçaehans naturellement
que là est leur nourriture : et deue-
mis grands, ils choisissent de mille
diuerses plantes en vn terroir et pas-
turage, celles qui leur sont propres
pour les alimenter
CHAPITRE Y.
DE L’ARTIFICE DES ARAIGNEES.
L’aiaignée fait sa toile d’vn mer-
ueilleux artifice , trauersant mainte-
nant d’vn costé, et maintenant de
l’autre , empoignant tout ce qui luy
peut seruir pour l’eslendre et al ta
cher. Et encore qu’on rompe et des-
face sonnent son ouurage, et qu’on
la dechasse d’vn costé ou d’autre, ce
neantmoins elle n’est point tant crain-
liue qu’elle desloge de son logis pour
cela , mais tousiours retourne à sa be-
songne , de sorte qu’on 11e luy en
sçauroit tant desfaire et gasler,
qu’elle n’en reface et raccoustre, fai-
sant tousiours ouurages nouueaux,
et ce d’vn merueilleux artifice : telle
ment que les tisserans et lingeres, ta-
pissiers et brodeurs, passementiers,
pesebeurs, veneurs, viennent à l’es
cole pour apprendre d’elles à faire
leurs ouurages et rels, soit qu’on re-
garde à la perfection et subtilité du
1 Ce dernier paragraphe a été ajouté en
1585.
fil , ou aux nœuds indissolubles de la
toile sans fdamens, estant comme vue
peau déliée et gluante , comme s’il y
auoit de la colle. Finalement on ne
croiroit jamais qu’elles fussent tant
bien enseignées à retirer leurs filets,
et le gouuernement de leurs ouura
ges: tellement que s’il y a quelque
mousche ou autre proye prise à leurs
filets, la sentent, et tout en vn mo-
ment retirent leur toile, et courent
sus comme vn chasseur bien expéri-
menté : ce que sine le voyions tous les
iours deuànt nos yeux, on penseroit
que ce fust fable.
CHAPITRE VI.
DES MOV SCHES A MIEL.
le ne veux laisser en arriéré la pru-
dence des mousches à miel : c’est
qu’elles font entre elles comme vne
petite republique, elles ont vn Roy ,
lequel est plus beau , plus gros et
fessu deux fois que les autres mous-
ches : il a les ailes courtes et les iam-
bes droites, vn marcher plus graue
que les aulres, ayant vne tache au
front qui luy sert de diadesme ou de
couronne, qui est le signal royal
d’aulhorité et de maieslé : il est plus
poli que les aulres mousches à miel.
Elles ont vn aiguillon pour leurs ar-
mes et del'enses, toutesfois le Roy
n’en a point, ou pour le moins il n’en
vse point : lors qu'il marche , il a sa
garde qui l’enuironne , et toute la
troupe le suit : il ne sort point de la
ruche sinon quand tout son régiment
doit sortir , ce qu’on connoist par le
bruit qu’elles font dedans la ruche,
bruyans et . bourdonnons comme
(rompes et labours, pour annoncer
qu’il faut débusquer pour aller aux
LE LIVRE DES AïIMAVX
7/f2
champs. Chacune d’elles desîfe estre
près le Roy, et s’il est las , le portent,
et en quelque part qu’il s’arresle, tout
le ietton s’arrestera et se campera.
S’il meurt, toutes sont tristes et mor-
nes, et ne sortent point dehors pour
aller en queste, mais s’assemblent à
l’entour de son corps, puis le portent
dehors, et lu v font compagnie comme
és funérailles, et l’enseuelissent en
terre : cela fait , en eslisent vn autre
promptement, car elles ne peuuent
viure sans Roy. 11 a l’œil par tout, ce
pendant que toutes les mousches tra-
uaillent , leur donnant cœur, volti-
geant autour de la besongne, comme
s’il vouloit exhorter les ouuriers.
Ap rés qu’elles ont trauaillé, si elles
veulent sortir dehors, elles eslisent
vn temps propre , car véritablement
elles preuoyenl et sentent les pluyes,
vents et tempestes, lors qu’ils doi-
uent venir. Elles ont cesle iustice et
équité, que sus les champs iamais ne
font mal aux animaux, tels qu’ils
soyent,et ne piquent aucun de leur
aiguillon, sinon pour la defense de
leur maison : et peut-on dire qu’elles
ont quelque portion de l’esprit diuin '.
CHAPITRE VII.
DV GO V VERSEMENT DES MOVSCHES A
MIEL.
Elles se gouuernent en leur fait
comme s’ensuit : de iour elles font
faire le guet à la porte, et reposent
de nuit iusques à ce qu’vne les re-
ueille auec deux ou trois sonsde leurs
bourdonnemens, comme d’vne trom-
* Ces derniers mots i et peai-on dire, etc,,
ont été ajoutés en 1586.
pettequi leur commande ainsi qu’en
vn camp : lors s’assemblent pour voir
s’il fera beau temps: et s’il fait beau ,
sortent et s’en vont en queste. Les
vnes apportent les fleurs à leurs pieds
et cuisses , les autres de l’eau en leur
bouche : les autres qui ont encore
quelque menu poil, apportent l’eau
sur leurs corps en forme de petite
rosée. Et ainsi chargées entrent de-
dans la ruche, où promptement il y
en a qui les deschargent, puis les
distribuent aux lieux et places à ce
ordonnées. Or celles qui vont aux
champs, sont les plus ieunes et me-
nues: que si de fortune estans dehors
il s’esleue vent, attendent qu’il soit
passé pour estre plus aisément con
duites. S’il dure trop et qu’il leur soit
contraire, se chargent d’vne petite
pierre de peur d’estre emportées , et
volent bas contre la terre.
Elles sont fort vigilantes en leurs
affaires, et ont l’œil sur celles qui
sont faitardes et ne font rien , et
quelquesfois les cliastient iusques à
la mort. Les vnes baslissent , les au-
tres polissent, autres apportent vi-
ures. Elles commencent à bastir en
leurs ruches, en voûte, d’vn artifice
merueilleux, depuis le bas iusques
en haut du plancher, laissans deux
limites , l’vno pour l’entrée et l’autre
pour la sortie: et viuent toutes en-
semble, à fin qu’il n’y ait inégalité
entre elles, ny en viandes , ny en tra-
uail Elles tiennent leur manoir fort
nettement, ietlans toutes ordures
dehors: et ont vue chose encore di-
gne d’estre bien notée , c’est qu’elles
chassent de leurs ruches les bourdons
et les abeilles bastardes, qui ne leur
seruent de rien sinon à manger leur
miel et à gaster leur ouurage, et par-
tant elles les chassent et les tuent
comme leurs ennemis. Celles qui ont
ET DE L’EXCELLENCE
perdu leur aiguillon, sont du tout
inutiles, et peu après leurs entrailles
sortent et meurent. Elles sont de
grand protit à leurs maistres, leur
laissans cire et miel.
Aristomachus philosophe* dit en
auoir nourri cinquante huit ans, auec
Ires-grande diligence, pour connois-
tre tout ce qu elles faisoienl, et dit
qu’elles sont compagnables et asso-
ciables ensemble de leur nature1.
CHAPITRE VIH.
DES FOVRMIS.
Les Fourmis ne sont pas de moin-
dre admiration que les mousches à
miel, en leur industrie, prudence et
diligence, de sorte que Salomon n’a
pas eu honte d’enuoyer les paresseux
à l’escole d’icelles. Or ce seroit chose
incroyable si n’en auions l’experience
pour lesmoing , que ces bestioles tant
petites puissent amasser les biens
qu’elles amassent pour leur proui-
sion, et tenir entre elles vu tel ordre
qu’elles tiennent. Pline dit qu’il y a
entre elles ordre de republique , mé-
moire, seing et cure 2. N'est-ce pas
vu passetemps de leur voir mordre
îhs fruits qu’elles veulent porter? s’ils
sont trop gros, elles se tournent en
arriéré , et s’appuyent contre leurs
espaules , et les poussent de leurs
pieds. Et à celle fin que les semences
qu’elles cachent en terre ne puissent
germer et reprendre, elles les ron-
gent auant que les mettre en leurs
greniers. Et si les grains sont trop
gros , et qu’ils ne puissent facilement
> Ces derniers mots : et dit qu’elles sont
compagnables, etc., sont une addition de 1585.
* Pline , liu. 1 1 et 30. — A , P,
DE L’HOMME. 743
entrer par leurs trous , elles les par-
tissent par le milieu : et 9’ils sont
mouillés de ployé, elles les mettent
dehors et les font seicher. Elles la-
bourent de nuict quand la lune est
pleine, et cessent au defaut d’icelle,
en quoy elles monstrenl qu’elles en-
tendent quelque chose en Astronomie.
Mais en leurs œuures, quel labeur et
quelle diligence y a-il? Et pourtant
qu’elles amassent leur prouision de
diuers lieux, et que l’vne ne sçait rien
de l’autre, Pline tesmoigne qu’elles
ont certains. iours de foires pour se
connoistre l’vne l’autre. Vri chacun
peut penser quelle course et quelle
diligence il y a entre elles. Mais qui
les contempleront , ne diroit-il pas
qu’elles parlent ensemble et qu’elles
inlerroguent et respondent l’viic fi
l’autre? Ne voyons-nous pas les
pierres et caillons rongés et engraués
en leur chemin , de la trace de leurs
pieds , et le sentier qui est fait par
leur flcuure? En quoy nous pouuons
bien connoistre combien la diligence
et exercice valent et pouuent en vne
chacune chose: car si les pieds tant
petits que ceux des Fourmis, vsent
et cauent les pierres par force et par
continuation d’aller et de venir, que
peut le continuel labeurdes hommes?
Mais outre tout cecy , il est encore
escrit d’elles qu’elles s’enseuciissent
les vnes les autres, comme les hom-
mes, Plutarque s’accorde en ce que
Pline en a escrit 1 , mais aussi il
monslre mieux en spécial et par le
menu, les grandes vertus qui sont ch
celles petiles bestes, desquelles il
parle ainsi. f .
« Mais comment est-il possible de
parler assez dignement de la disci-
> Pline, tint 10. ch. 30. — Plutarque , 8.
Opuscule, h- A< P.
LE LIVRE LIS ANIMAVX
pline et industrie des Fourmis ? si n
les faut-il pas passer sans en parler
aucunement: Nature n’a pointde plus
grand miroir des grandes et excel-
lentes choses : car en iceluy reluit le
signal de toute vertu, comme en vnc
pure gouttelette. Ceste communica-
tion qu’elles ont entre elles, est l’i-
mage d’amitié : ceste force et allé-
gresse qu’elles ont aux trauaux, est
vne image de force et magnanimité :
somme, elles ont beaucoup de se-
mence et de tesmoignage de tempe-
rance, et de prouidence, et de iuslice :
chacun peut connoislre leur beneuo-
lence lors qu’elles se rencontrent,
quand celles qui sont vuides font
place aux chargées, à tin qu’elles
passent à leur aise : quand aussi elles
partissent en beaucoup de pièces vn
fardeau trop pesant , ou à porter ou
à traîner : semblablement quand elles
mettent les grains au soleil pour les
faire seicher, lors qu’ils sentent qu’ils
se nyellent, ou flétrissent, ou pourris-
sent. Et encore d’abondant le soing
qu’elles ont que leurs grains ne ger-
ment, surpasse tout entendement :
car elles rongent le nombril du grain,
qui est la partie par laquelle il ielle
le germe, le chaslrant long temps dé-
liant On dit que la première descente
et entrée de leurs cauernes n’est pas
droite, à tin qu’il n’y eusl point d’au-
tres bestes qui y peussent aller, mais
qu’elle est tortue, auec de grands re-
tours et circuits , ayans plusieurs sen-
tiers de trauers, lesquels se rendent
en trois cauernes : l’vne est celle là
où elles font leur assemblée et parle-
mens: l’autre où elles retirent leurs
prouisions de toute l’année : et la
tierce est le cimeliere des morts. D’a-
uanlage jamais ne font mal les vnes
aux autres , et viuront cent mille en-
semble en leurs petites cauernes de
terre : et deux hommes le plus sou-
uent ne peuuent viure en paix dans
la republique. »
Voila ce qu’en escrit Plutarque.
Les mousebes à miel, les fourmis,
et d’autres animaux recueillent pour
l’hyuer, et semblent auoir quelque
ombre de raison : mais ce qu’elles font
n’est seulement que par vn instinct
naturel, et non par prudence. Les
bestes appellées insectes sont comme
fourmis et autres petites bestioles,
pou rce qu’elles ont des incisions, tail-
lades ou decouppures par dessus le
dos ou par dessous, ou en tous les
deux, qui sont accouplées et con-
ioinles d’vu petit fdet creux , selon
Pline et Aristote l.
CHAPITRE IX.
DES VERS QVI FONT LA SOVE.
Nous pouuons aussi adiouster à
ces bestes les vers qui font la soye,
desquels les Philosophes ont escrit
merueilles, à sçauoir de la maniéré
de faire leurs nids, et de leurs laines
et loilles, desquelles elles font braues
les Rovs. Roynes, et autres hommes et
femmes Mais qui est celuy qui ne se
doiue grandement esmerueiller de
l’industrie et entendement qui sont
en ces petites bestioles? La proui-
dence de Dieu se monstre en la na-
ture qu’il a donnée aux animaux :
elle se manifeste encore mieux en ce
que les plus petits d’entre eux sont
ceux ausquels il a plus donné d’in-
dustrie et de prudence, à fin que par
icelle ils puissent recompenser la
force qui leur defaut.
1 Ce dernier paragraphe esl une addition
de 1585.
ET UE L’EXCELLENCE UE L’HOMME.
CHAPITRE X.
DE l’iNDVSTRIE DES ANIMAVX , ET DE
I.A CONSERVATION ET AMITIÉ OV’lI.S
ONT, ET PRINCIPALEMENT DE LEVRS
PETITS.
Les animaux portent vne extrême
amitié entiers leurs faons ou petits:
que souuent elles se pourvoient sau-
ner et escJiapper en fuyant le chas-
seur qui les veut prendre : mais s’il
faut parce moyen abandonner leurs
petits, elles aiment mieux eslre mises
en pièces que les perdre et laisser en
arriéré, lü la saison qu’elles sont
plus furieuses, c’est alors qu’elles les
nourrissent.
Plutarque dit que toutes les bestes
en general aiment ardemment ce
qu’elles engendrent, et le nourrissent
soigneusement, et ont vne affection
et linesse singulière en telle matière.
Et quant à l’industrie de conseruer
leurs petits, les perdrix vsent en cela
d’vne grande linesse : car tandis que
leurs petits nepeuuent encore voler
pour leur ieune aage, elles les ac-
couslument à se coucher sur le dos ,
et à se couurir de mottes de terre
comme de queiquecouuei dure. Quand
les chasseurs sont prés d’elles, elles
les mènent d’vn autre coslé, et tour-
noyent et volent comme à peine , et
font semblant qu’elles ne peuuenl
plus courir, et se feignent ainsi ius-
ques à ce qu’elles ayent retiré les
chasseurs loing de leurs petits. Voila
donc vne grande linesse , conioinle
auec vn amoui et vn grand soing en-
uers ses petits.
Ce que nous lisons des Heures à ce
mesme propos n’est moins digne d’ad
miralion : car les Heures se voulans re-
74a
tirer à leurs gisles, mènent leurs petits
l'vn à vn lieu et l’autre à vn autre : et
quelquefois ils les séparent l’vn de
l’autre bien d’vn arpent de terre, à
lin que si d’auenlure il suruient vn
homme ou vn chien, ils 11e soyent
pas tousen vn mesme danger. Et puis
après auoir bien traquasséel voltigé,
et imprimé force traces de leurs
pieds, faisant vn grand saut, ils se re-
tirent de là, et vont en leurs gisles.
Or si le liéure est fin et caul pour
la garde de ses petits, le hérisson 11e
l’est pas moins, non seulement pour
nourrir ses petits, mais aussi à se
sauner luy-mesme, etpource oyez ce
que Plutarque en a escrit.
« Quand le renard poursuit le hé-
risson, il s’enroulle dans ses espines,
ainsi que la chaslaigne est cachée en
sa coquille ou escorce , et par ces
moyens il se tient là caché en embus-
cade, sans pouuoir estre nullement
blessé. Mais le soing et la prudence
de ses petits est encore plus digne
d’admiration. Il s’en va aux vignes
au temps des vendanges, et auec ses
pieds il abbalen terre les grains des'
raisins : puis il roulle par dessus et
les pique de ses espines. »
Plutarque qui en a escrit ainsi in-
troduit vn personnage auoir veu cela
de ses yeux. Et pource il dit : « 11 me
souuient que quelque iour nous en
vismes vn que nous estimions que ce
fust vn raisin qui eheminast, tant il
esloit chargé de graines. Quand il
est entré en sa cauerne, il en met vne
partie pour ses petits et retient l’au-
tre pour soy. 11 fait le semblable des
pommes , poires , et autres fruits, et
scait bien choisir les meilleures et les
plus meures, se roullant dessus, et en
porte tant qu’il peut, et si peu qu’il
luy plaisl . »
11 se trouue en la Floride vne sorte
I.L LITRE DrS ANIltMVX
7/(6
debeste, laquelle, tant pour sa rarilé
que deformité, ie n’ay voulu obmet-
tre en ce traité, en ayant pris le
portrait de Theuet , liure 23 , cha-
pitre 1. Tonie 2. de sa Cosmographie
Elle est nommée de ce peuple Suçai -
ralh, et des Canibales Su. Cesl ani-
mal la plupart du temps fait sa rési-
dence au riuage des fleuues, et est
rauissante et d’vne façon fort es-
trange, telle que la voyez figurée. Si
elle est poursuiuie, elle prend ses pe-
tits sur son dos, lesquels elle couure
de sa queue, qu’elle a assez longue et
large, elsesauue à la fuite. Tou tes-
fois les Saunages pour la prendre font
vne fosse dedans laquelle elle tombe,
sans se douter de telle embuscade.
Entre les animaux, la nature peso
autant d’vn costé que d’autre , quant
au courage et à la hardiesse : et ne
cede point la femelle au masle, soit à
supporter les trauaux pour le recou-
urement des viures, soit à combattre
pour la defensede leurs petits.
Les biches font ordinairement leurs
faons prés des grands chemins, pource
que les bestes rauissantes, qui viuent
de proye , n’y hantent pas communé-
ment.
CHAPITRE XI.
LE TEMPS OVE LES ANIMAVX s’ACCOV-
PLENT ENSEMBLE.
La prime-vere les animaux sont
espris du désir de s’accoupler : car
alors sont excités à mettre hors la
concupiscence generatiue , ne plus
ne moins qu’elle fait la séue, elles
boutons des arbres et herbages, à fin
de perpétuer leur semblable. Les
îayes attirent leurs sangliers, et les
chéures leurs boucs, et autres femel-
les leurs masles, par leurs propres
odeurs : les oiseaux s’entrefont l’a-
mour des ailes et du bec , les autres
par leuis chants et voix diuerses s’en
tre-appellent chacune en leüriargon,
s’entre faisans caresses, se reiouïssans
pour l’esperance qu’elles ont de s’ac-
coupler, monstrant par cela que Na-
ture les incite à ce faire. Ce qu’on voit
aux grenoüilles, qui commençans à
entrer en amour s’entre-appellent
auec vn chant de nopces, d’vne voix
amoureuse : puis quand le masle a
fait venir sa femelle, ils attendent à
s’accoupler de nuit, pour - ce que
dedans l’eau elles ne peuuent habi-
ter njr auoir compagnie l’\ ne de l’au-
tre, et sur la terre elles craignent le
iour qu’on ne les trouue liées ensem-
ble : mais quand la nuit est venue,
elles sortent de l’eau seulement où
elles s’entre embrassent Cela vient
de la sapience diuine , qui a donné
aux animaux se garder d’estre frap-
pés, blessés ou tués, autant qu’il leur
est possible.
Aelian dit que 9i la lionne a eu
compagnie d’vn autre lion, son masle
le connoist à l’odeur, et la chastie et
bat cruellement.
Aucuns animaux font plusieurs pe-
tits, les autres n’en font jamais qu’vu
seul en leur vie, comme l’elephant,
lequel neantmoins vit deux ou trois
cens ans.
CHAPITRE XII.
DE 1,’AMOVR ET CHARITÉ DES OISEAVX
ET CHIENS.
La cicongne nourrit son pere et sa
mere en leur vieillesse, et les petits
KT DE I, EXCELLENCE DE L HOMME.
sçachans bien voler aident aussi et
supportent ceux d’entre eux qui ne
peuuent encore bien voler. Et par
ainsi ils ne sont pas seulement hu-
mains enuers leurs peres et meres,
mais aussi entre eux, comme freres et
sœurs les vns entiers les autres.
La poulie porte vne i grande af-
fection à ses petits poussins , qu’elle
les congregeet assemble, les gardant
sous ses ailes , et s’il vient vn chien ,
ou vn loup , ou vn ours , qui sont de
terribles bestes au prix d’elle, pour
en empoigner vn , elle sautera contre
eux, voire et fusl vn homme armé de
toutes pièces, poul ies defendre, sans
auoir esgard à sa vie, ny au danger
auquel elle se met : autant en font
toutes les autres bestes.
Il sefautesmerueiller de la loyauté
que le chien tient à son inaistre, et
de l’affection qu'il a enuers luy, et de
la mémoire et nourriture qu’il en a
receu : car iamais il ne l’abandonne,
et quelque desplaisir que son inaistre
luy face , encores qu’il luy donnast
cent coups de baston, si ne le peut-il
délaisser qu’il ne retourne tousiours
vers luy. Il n’y a beste qui commisse
si bien son inaistre : encores qu'il aye
esté long-temps sans le voir, il le
recoan ois t tousiours. Il entend la
voix des domestiques. Le commun
de tous chiens est de garder la mai-
son , et abbayer aux estrangers , et
estre mauuais aux pauures mal-ves-
tus. Et s’il est question de trouuer
des gardes bien seures , on n’en
pourra pas trouuer de plus certaines
que celles des chiens. Et pourtant
Cicéron leur fait cet honneur, qu’il
les appelle garde fidele par dessus
tous autres animaux, il a vn senti-
ment exquis, par lequel il connoist à
la trace son maistre, et la proye.
Aucuns chiens ont demeuré long-
747
temps sur le tombeau de leur maistre,
tousiours hurlans piteusement , sans
qu’ils en poussent estre dechassés, ne
voulons manger ny boire.
Pline récité 1 qu’vn chien ne dépar-
tit iamais prés du corps de son mais-
tre, qui auoit esté exécuté par jus-
tice, iettant de tristes hurlemens,
enuironné d’vn grand cerne de peu-
ple romain : et quelqu’vn luy ayant
ietlé de la viande, ce chien la porta
à la bouche de son maistre. Puis
quand on eut ielté le corps dedans le
Tibre, le chien se mit à nager, es-
sayant de lesauuer et soustenir : dont
le peuple Romain fut grandement
esmerueiilé de la fidelité de cesle
beste 2.
On lit plusieurs histoires de la fi-
delité des chiens , qui seroient icy
trop long-temps à reciter. Ils ab-
bayent et clabaudent oyans le bruit
des trompettes , et le cry des asnes et
autres grands bruits, et ce dabaude-
ment et abbayement leur est vn pleur
pour l’impatience de leur ire.
Le cheual semblablement connoist
son maistre , ce que Plutarque a
laissé par escrit du cheual d’Alexan-
dre, nommé Bucefal : quand il estoit
nud , enduroit bien que le palfrenier
montaslà poil dessusluy: mais quand
il estoit paré de ses harnois royaux ,
et de ses riches couleurs, il n’en souf-
froit pas vn seul monter sur luy,
qu’ Alexandre tout seul , et si d’autres
s’efforçoient y monter, il leur couroit
sus, en ronflant et hennissant, et se
cambroit sous eux, et les fouloil aux
pieds, s'ils ne se bastoient bien tosl
de se retirer arriéré et s’enfuir.
Combien que la colombe soit des
i Liure 8. oh. 40. — A. P.
3 Cette histoire , empruntée à Pline, a été
intercalée ici en 1585.
748
LE LIVRE DES ANIMAVX
bestes bien fertiles , toutesfois tant le
masle que la femelle garde vne sin-
gulière chasteté, concorde et amour,
et charité l’vn enuers l’autre, et ne
commettent point d’adultere, et ne
violent point la foy en leur mariage :
si la femelle a vn masle difficile et
fascheux, elle le supporte néant moins
en toute patience : après le courroux
ils se flattent et baisent, en faisant
paix, et retournent l'vn auprès de
l’autre. Ils sont d’amour égalé en-
uers leurs petits.
Les tourterelles en font autant , et
d’auantage : car en signe de viduité,
iamais ne couchent sus branche ver-
te, après qu’elles ont perdu leur
parly, et demeurent en perpétuelle
viduité, sans prendre autre parly. Ils
ont vn amour mutuel et réciproque.
CHAPITRE XIII.
DE LA FORCE DE L’ELEPHANT , DE SA
RELIGION , DOCILITÉ , CLEMENCE ,
BONTÉ , CHASTETÉ, VENGEANCE DES
MAVX QV’on LV Y A FAITS, ET RE-
CONNAISSANCE DES BIENS.
Il ne se trouue beste terrestre plus
grande, plus puissante, nyespouuan-
table que les clephans. Car il faut
qu’ils soyenl merueilleusement puis-
sans et robustes , quand ils peuuent
porter en bataille de si gros édifices
et de si grosses tours de bois plei-
nes de gens d’armes, qui combat-
tent en icelles. Et qu’ils soyenl espou-
nantables, quand ils viennent equip-
pésen tel ordre, il appert par la peur
et frayeur que l’armée dés Romains
en eut, lorsqu’Antiochus le Roy de
Syrie commença premièrement à les
amener en bataille contre eux. Car
les gensd’armes,qni n’auoient iamais
veu tels monstres, concourent grande
frayeur de voir tels animaux, qu’ils
ne sceurent faire que se mettre en
fuile.
Depuis , les Indiens auoient de
coustume en la guerre de lier au
bout de la trompe desdits clephans
vne espée longue de deux coudées,
auec laquelle estant chassés luoient
leurs ennemis. Ils meltoient pareil-
lement des bats , qu'ils lioient de
chaisnes de fer sous le ventre, et des-
sus metloient vn chasteau de bois, en
maniéré de tours, où quatorze hom-
mes estoient debout , et batailloient
de toutes sortes de leurs armes et
bastons. Mais depuis , sçaehans leurs
ennemis que les elephans craignent
le feu , reste façon est abolie , ù
cause des basions à feu qu’ils ont, et
aussi des torches allumées qu’ils pré-
sentent aux elephans , desquels ils
sont tant- espouuantés , qu’ils font
plus de mal à leurs maistres en s’en-
fuyant , qu’ils ne font aux ennemis
en bataillant.
Ce neanlmoins tant estranges bes-
tes qu’ils soient , c’est vne chose in-
croyable des vertus que les philoso-
phes leur attribuent , et les choses
qu’ils en racontent. Plincdil 1 qu’ils
approchent fort des sens humains, et
qu’ils ont quelque intelligence du lan-
gage du pays auquel ils sont nés, et
qu’il y a vne grande obéissance en
eux en ce qui leur est commandé,
ayans mémoire des seruices cl offices
qu’ils ont accoustumé de faire : mais
qui plus est, bonté et clemence se
trouuent entre eux. Quant à la reli-
gion , Plutarque a escrit qu'ils l'ont
prières aux dieux immortels : car de
leur bon gré ils se purgent et lauent
en la mer, et adorent le Soleil leuant,
1 riinr, lin. 8. rh. 1. — A. P.
ET DE L’EXCELLENCE
auec vue grande rcuerence, leuans
leur trompe en haut vers le ciel au
lieu des mains. El Pline à ce mes me
propos tesmoigne qu’ils font hon-
neur et reuerençe, non seulement au
Soleil, mais aussi à la Lune et aux
estoiles : et après auoir fait leur ado-
ration , ils s’en retournent aux bois,
et portent deuant eux leurs petits ou
faons qui sont las. Les Arabes en
font bon tesinoignage , qui voient
ordinairement la grande quantité
d’elephans'à la nouuelle Lune des-
cendre à grands troupeaux aux ri-
uieres , où ils se lauent et baignent:
et après qu’ils sont purifiés , ils se
mettent à genoux, et font leur ado-
ration , puis s’en retournent aux bois,
et le plus ancien conduit la troupe ,
et celuy d’après les assemble.
On dit aussi qu’on a trouué que de
nuit pensoient à ce de;;uoy auoient
esté cbastiés de iour. Plutarque tes-
moigne quti est tout certain , que
comme aucuns elephans eussent esté
instruits à Rome longtemps deuant,
pour apprendre à faire des tours mer-
ueilleux , et difficiles à refaire , on
en trouua vn ayant l’entendement
plus dur que les autres, et pour
ce il estoit bay de tous les autres
et battu souuent, par-ce qu’il ne
pouuoit retenir tels tours de passe-
passe, lequel toulesfois les repeloit à
par-soy , et s’efforçoit les faire de
nuit à la Lune. Adrianus récité auoir
veu vn elepbant , lequel ayant deux
cymbales pendues aux oreilles, les
loucboit d’accord alternaliuement de
son museau (ou trompe) et dansoit
selon la mesure de l’accord, et les
autres le suiuoienl en dansant comme
luy.
Les Elephans portent leurs petits
deux ans en leurs matrices, pour la
grande corpulence de leurs corps , (
DE l’homme. 749
parce qu’vn gros fruit n’est si tost
meur qu'vn petit b Ils sont de nature
tant amiables et pitoyables, que ia-
mais ne font rien à personne, si on
ne les y prouoque. Iamais le masle et
la femelle ne se commissent ensemble
qu’en secret , à cause de honte qu’ils
ont. On lient qu’ils ont si bon enten-
dement, qu’ils n’entreront iamais en
vn nauire,pour passer la mer etestre
menés en pays eslrange, que leur
gouuerneur n’aye promis et iuré les
ramener en leur pays. Aussi eslans
irrités, ils chargent les hommes sur
leurs cornes, et les ieltent si haut ,
que deuant qu ils tombent ils sont
es tou liés et morts. Nous parlerons
encore de la nature des Elephans cy
après au liure des Monstres 2.
CHAPITRE XIV.
DES DESTES QVI SONT ES EAVX.
Après auoir parlé des bestes qui
conuersent sur la terre, il faut pa-
reillement dire quelque chose de celles
qui font és eaux: dont la Lamproye
emporte le prix , et mérité la palme
pardessus tous les poissons, en cas
d’amour paternelle et de bonté et
douceur enuers leurs petits. Première-
ment eilesfont leurs œufs, et puis les
1 Aristote , lin. 4. des Animaux. — A. P.
a L’édition posthume de 159S ajoutait ici :
où la figure de l’ Eléphant défunt. En effet,
celle ligure , qui y existait en 1579, avait été
reportée en 1682 au Discours de la Licorne.
Mais le texte qui accompagnait celte figure
avait élé omis et oublié dans ce changement
de livre, et il manque dans toutes les gran-
des éditions, à partir de celle de 15S5. Je
l’ai rétabli dans celle-ci, et on le trouvera
plus loin dans l’Appendice au livre des
Monstres,
LJ- LIVRE UES ÀNIMAVX
7Ôo
petits : mais elles ne mettent pas hors
leurs petits, comme font les autres
poissons: ains les nourrissent en leurs
ventres, comme s’ils les engendraient
deux fois : et quand ils sont grande-
lets, sont iettés dehors leur ventre,
leur enseignant à nager et à s’esba-
tre à l’entour d’eux : puis subit elles
les reçoiuent de rechef en elles mes-
înes par leur bouche, et leur baillent
leurs corps pour habiter, leur don-
nant viande et refuge, tant qu’elles
commissent que leur aide leur est
certaine et asseurée.
CHAPITRE XV.
OVE LES BEST ES PE V VENT ESTRE
APPRIVOISÉES.
Theuet en sa Cosmographie , Tome
second , chap. 7., dit que le Turc fait
nourrir de toutes sortes de bestes,
comme Lions , Tigres , Léopards ,
Loups - ceruiers , Chameaux , Ele-
phans, Porcs-espics, et autres bestes
eslranges : et souuent les hommes
qui les gouuernent sont en Constan-
tinople ou au Caire. Ils les meinent
par la ville auec vne grosse chaisne
de fer, et principalement les Lions,
ayans de petites clochettes, à tin que
le peuple se retire , et que ces bestes
ne gastent quelqu’vn, ce quesouuen-
les fois est aduenu. Et si ceux qui les
gouuernent sont aduerlis de quelque
grand seigneur ou ambassadeur qui
soit arriué , ils ne faudront luy ame-
ner en son logis cesdils Lions, auec
compagnie d’autres bestes eslranges,
ausquellcs ils font faire mille passe-
temps : leurs maislres semblablement
ioiient de plusieurs sortes d’inslru-
mens à laTurquesque, mesme ioiient
Comédies, et luttent : s’asseurans tous
d’auoir quelque présent dudit sei-
gneur qni aura receu tel passe-temps.
Mais ce n’est chose merueilleuse
que les bestes terrestres puissent es-
tre apptiuoisées auec les hommes,
veu que les Aquatiques le peuucnt
estre , entre lesquelles on nomme les
anguilles. Plusieurs authenrs ont es
crit de la Murene : semblablement
que Crassus a eu vne Lamproye , la-
quelle estoit si appriuoisée, qu’elle
luy obeïssoit, dont luy âuoit donné
vn nom comme à vn beste domesti-
que, et l’appellant :a faisoit venir
vers luy. Icelle estant morte , en
pleura : ce que DomRius luy ayant
reproché d’auoir plor 'sa Murene, luy
respondil qu’il auoit eu trois femmes
sans en auoir ploré vne seule C
CHAPITRE \Vl.
COMME LES ANIMAVX ONT APPRIS AVX
HOMMES A FOVRBÏR ET AIGVISER
LEVRS ARMEVRES, ET FAIRE KMBVS-
CADES.
Les guerriers sont fort songneux à
contregarder leurs armes, à fin
qu’elles ne se roiiiilent et gastent, et
pour ce ils les font souuentefois four-
bir : mais il y a plusieurs bestes qui
ne leur doiuent de retour.
Et quant à ce point , les Porcs san-
gliers aiguisent leurs dents.
Los Elephans, pour ce que l’vne de
leurs dents , auec laquelle ils foüil-
lent , arrachans les plantes, herbes
et racines dont ils se nourrissent , en
est ordinairement moussée, vséo et
espoinlée , ils conlregardent tous-
1 Plutarque. — A. I’.
ET DE L’EXCELLENCE DE L HOMME. t5 I
jours l’autre pointue et affilée, pour
s’en seruir aux tombais contre les
Rhinocéros et autres ennemis. Le-
dit Rhinocéros est aussi long que
l’Elephant , mais plus bas de iambes ,
et a son pelage de couleur de bonis,
piccoté en plusieurs endroits , et fa-
çonné et armé comme il se verra par
sa figure cy après G
Les Sangliers aiguisent pareille-
ment leurs défenses pour assaillir ou
se defendre.
Le Lion chemine tousiours les pat-
tes fermées, à fin que ses ongles
soyent enserrés au dedans comme en
vue gueine , de peur que la pointe ne
se rompe , et aussi qu'on ne les puisse
suiure à la trace : car à peine la peut
on trouuer, ains seulement de petites
marques de ses pieds, et peu appa-
rentes . et ainsi les animaux conlre-
gardent leurs armes, pour s’en seruir
au besoin.
Les Taureaux présentent le combat
auec les cornes, et s’equippent au
combat , comme vaillans gendarmes
et cheualiers.
Le rat d’Inde, comme dit Plutar-
que, ne différé en rien d’vn gendarme
pour batailler, tant bien il se sçai]
couurir de boue et de fange, qu’il
semble proprement qu’il soit armé
d’vn halecret et cuirasse, lors qu’il
doit batailler contre le crocodile :
neantmoins que ledit crocodile soit
vne beste si forte et cruelle qu’elle
mange les hommes, et ce rat d’Inde
est si petit qu’il le fait fuir. Gela se
fait par vne chose indicible, que Na-
1 L’édition de 1579 disait : comme il se voit
par cesie figure , et donnait en effet 1 e Pour-
traict du Ilmoceros , et combat contre C K le-
pliant . Cette figure avait été reportée dès 15S2
au Discours de la Licorne, d’où vient le
changement du texte qui dale de 15S5.
. ture met aux cœurs des grands ani-
maux, pour les espouuenter d’vne
peur et crainte, mesme où il n’y a
point de danger pour eux : comme
l’elephant est espouuenlé par vn
pourceau , et le lion par vn coq , veu
qu’il est escrit du lion , qu’il ne se
retourne point pour quelque chose
que ce soit. Telles craintes autresfois
sont aduermes à de bien grandes ar-
mées, prestes à combattre, qui ont
esté mises en routle et fuite pour vn
liéure qui sortit d'vn buisson : car
depuis qu’il y en eut vn ou deux ef-
frayés par la soudaine sortie de ce
liéure , tous les antres furent sembla-
blement effrayés et espouuentés,
comme si tout eusleslé perdu et des-
confit , pensans qu’il y eust quelque
grand danger.
On trouue à ce propos, en l’histoire
de Philippe de Comines, que des char-
dons qui esloienl en vn champ fi-
rent peur aux Bourguignons auprès
de Paris, en la guerre qu’eut le Roy
Loys onzième auec le Comte de Cha-
rolois. 11 aduint qu’aucuns de l’ar-
mée virent des chardons en grand
nombre, plantés en vn champ prés
Charenton : et pource que le temps
estoit couuert et obscur, il leur sem-
bloit quec’esloit l’armée du Roy qui
estoit sortie de Paris , et là arrestée ,
leur faisant alte : et après qu’ils en
eurent porté les nouuelles à leur ar-
mée , et qu’on en eut enuoyé d’autres
pour les reconnoîstre, trou uerent que
ceste armée demeuroit tousiours là
plantée sans bouger , dont la peur
leur fut encore redoublée, et toute la
nuit se tindrent tous en armes. Et le
lendemain, le iour estant vn peu plus
esclairci,ils conneurent que c’csloient
chardons : parquoy ce n’estoit pas
merueille s’ils auoienl tenu bon sans
reculer, (mais aussi ils n’auoienl point
LE LIVRE DES ANIMA VX
auancé) : et ceux qui en auoient
porté les nouuelles furent bien fort
honteux , toutesfois ils furent excu-
sés pour l’obscurité du temps.
Les Coqs sont oiseaux royaux : aussi
sont-ils couronnés, et exercent leur
régné en quelque lieu qu’ils soient
de leur hardiesse et courage, et ba-
taillent du bec et des argots, comme
l'experience le monstre, donnans
crainte et peur aux lions, qui sont
les plus nobles et courageux entre
les bestes sauuages.
Les Ccnnins ont monstre aux hom-
mes à faire les mines sous terre, pour
miner et renuerser s’en dessus-dessous
les forteresses de leurs ennemis.
Marc Vairon dit qu’en Espagne y
eut vn gros bourg , situé en pays sa -
blonneux, qui fut tellement foui et
caué par les connins, que finalement
il fut ruiné et deshabité.
Les Loups ont monstré à faire la
guerre aux hommes : ils se mettent
en troupes, et demeurent en embus-
cades à l’entrée d’vn village. Il y en
a vn qui entre dedans pour donner
l’alarme aux chiens, puis recourt
vers ses freres et compagnons, et les
chiens après : et lors qu’il les a passés,
retourne vers les chiens , leur faisant
leste : cependant l’embuscade desco-
cbe , et prennent chacun vn chien , et
luy couppent la gorge, et le man-
gent. •
Le Regnard est le plus caut et le
plus fin de toutes les bestes en gene-
ral. Lors qu’il est chassé des chiens,
et les sent prés de sa queue, leur
ielle ses excremenS à leurs museaux
et aux yeux : les ayant ainsi esblouïs
et estonnés, il gaigne le deuant, et
les laisse en arriéré. Il a aussi vne
astuce que pour faire desnicher les
poulies, il feint de leur ieller sa queue,
et par ceste peur les desniche, et à
la descente en prend vne et la deuo-
re. Pareillement s’il veut passer vne
riuiere, encore qu’elle soit gelée et
prinsc, marche doucement sur la
glace , et approche son oreille , et s’il
peut entendre aucunement le bruit
de l’eau cachée, il connoist que la
glace n’est pas espaisse, ny assez
ferme : parquoy il s’arreste, et ne
passe outre : et ainsi s’il ne peut en-
tendre le bruit, il passe de l’autre
coslé hardiment. Or ne sçauroit-on
dire que cela soit seulement vne vi-
uacilé de sentiment de Touye, sans
aucun discours de raison. Car c’est
vne ratiocination , et conséquence
tirée du sens naturel, en ceste sorte :
ce qui fait bruit se remue :‘ce qui se
remue n’est pas gelé : ce qui n’est
pas gelé est liquide : ce qui est li-
quide ployé sous le faix, et né tient
pas ferme : ergo, etc.
Si les pourceaux oyent crier en
vne forest l’vn d’eux, ils s’assemblent
tous pour le secourir, comme si vne
trompette auoit sonné pour assem-
bler vne compagnie de gendarmes, à
fin d'aller au secours de leur compa-
gnon , et tous bataillent pour luy.
Plutarque dit des poissons appelles
Suives et Anlhes, qu’aussi lost qu’ils
ont auallé le haim du pescheur, les
autres qui lors sont presens accou-
rent tous pour luy aider, et rongent
le filet et le petit cordeau , et ainsi
eschappe. Les aéthes se secourent pa-
reillement les vus les autres auec plus
grande violence : car ils ieltent sur
leurs espaules le filet et petit cor-
deau auquel l’hameçon est attaché,
et dressent leurs espines et escailles ,
dont ils le couppent et rompent.
Il y a vne grande admiration de la
société et amitié qui est entre le
poisson, appelle Gonuerncur,el la Ba-
laine. Quant au gouuerneur, il n’est
JET DE l’exCELLEÎÎCE DE LIIOMMF. ^53
plus grand qu’vn goujon : lequel est
lousiours aucc la baleine , cl va dé-
liant elle, luy dressant son chemin,
la conduisant ue peur qu’elle ne se
ielte en quelque destroil ou en la
fange, dont elle ne se puisse retirer.
La baleine le suit, et souffre vo-
lontiers eslre conduite par luy S’il se
veut reposer, il se met en sa. gueulle
et y dort , et elle aussi , ne le laissant
iamais neiour ne nuict,
Les Grues , lors qu’elles départent
pour aller en pays lointain , elles se
mettent si bien en ordonnance, que
iamais Capitaine de gendarmerie ne
seauroit tenir meilleur ordre : car
auant qu’elles délogent, elles ont leur
héraut et leurs trompettes qui les
assemblent : quand elles marchent,
elles consentent toutes ensemble, et
volent en haut pour regarder de
loing : elles eslisent vn capitaine, le-
quel elles suiuenl : elles ont aussi
leur sergent de bande , et aucunes
disposent au derrière de la bande
pour hucher et crier chacune en son
tour, à fin d’entretenir tousiours la
bande en ordonnance par leur voix.
Elles ont leurs veilles bien disposées,
et leurs guettes qui font le guet de
nuict *. Plutarque dit qu’elles sous-
tiennent vne petite pierre de leurs
pieds, à fin que si la guette s’endort,
la pierre l’esueille en tombant, et la
reprenne de sa négligence. Le Capi-
taine a la teste leuée et col eslendu ,
regardant au loing, et les admoneste
des dangers ausqueis elles peuuent
estre. Et quand elles sont en ordon-
nance , les plus fortes se mettent dé-
liant pour rompre l’air, et quand les
vnes sont lasses, les autres vont en
leur lieu pour les soulager, et sous-
tenir la peine à leur tour. Et pour
1 Pline, liu. 10. ch. 23. — A. P.
mieux trencher l’air , elles se mettent
en ordonnance de gens de pied, cs-
Iroitle de front et large par derrière,
en forme de triangle. Et si ont encore
ceste prudence et science d’Aslrono-
mie, qu’elles preuoyent les tempestes,
et se iettent en terre subit qu’elles les
sentent, et se reposent.
Les Oyes de Sicile vsent d'vue fort
bonne grâce , pour se garder de se
descouurir par leur gazouillement :
car combien qu’il leur soit naturel,
si est-ce loulesfois qu’elles ont bien
sceu trouuer ce moyen pour corriger
ce vice, à fin qu’il ne les mist en dan-
ger de leurs aduersaires. Plutarque
dit que quand il leur faut passer la
montagne nommée Taurus, crai-
gnans les Aigles , elles mettent cha-
cune vne pierre assez large en leur
bec, à fin d’empescher leur gazouil-
lement et bruit naturel (qu elles fe-
roient ) iusques à ce qu’elles ayent
passé leurs ennemis, lesquels elles
trompent en ceste sorte.
Le Cerf se sentant pressé des chiens,
se couche et met ses quatre pieds sous
le ventre, et expire son haleineconlre
terre, tellement que les chienspassent
et repassent contre luy, sans en auoir
le vent ny sentiment. Voila comme
Nature donne à chacun animal cou-
noissance de sauner leur vie.
En cest endroit les dragons n’au-
ront pas moins de gloire, car par leur
finesse et malice ils vainquent bien
les clephans, qui sont les plus fortes
bestes que la terre porte : ce qu’ils
ne pourroient faire par leur force :
et pourtant ils se mettent en embus-
ches et au guet, et se ruent sur eux
par trahison, et puis les embrassent
soudain et enueloppcnl, et s’entortil-
lent autour d’eux, et leur lient les
iambes de leurs queues pour leur em-
pescher de marcher : et cachent leur
48
III.
70 4 le livre des
teste dedans leurs narines, leur os-
tant l’haleine, les piquent et mor-
dent en la chair qu’ils trouuent la
plus tendre, et leur creuent les yeux
et leur succent le sang, en sorte qu’il
faui que lesclephans meurent. Pline
dit qu’il y a des dragons en Ethiopie
de dix coudées de longueur '. Et en
Indie, il s’en est trouué de cent pieds
de long, et aucuns voler si haut en
l’air qu’ils prenoient les oiseaux vo-
lans2.
Le poisson appelle Pescheur, à cause
qu’il chasse aux autres poissons, il
vse de mesme finesse que fait la sei-
che 3. Il a vne petite poche qui luy
pend du col, laquelle il relire et las-
che : comme il luy plaist en vn mo-
ment, ainsi que fait le coq d’Inde sa
cresle. Or il l’allonge en forme d’vn
liaim, et la présente à mascher aux
petits poissons qui nagent auprès de
luy, puis la relire à soy petit à petit,
si prés qu’il puisse happer les petits
poissons de sa bouche.
Plutarque escril de la seiche, que
combien qu’il y ait cenl mille exem-
ples de telles finesses, ruses et eschap-
paloires aux bestes, lesquels ie pojur-
» Pline, lin. 8 .ch. i I et 12. — A. P.
- Ici se Visent dans toutes les éditions deux
histoires tirées de Jean l.éon , touchant
certains serpents de Calicut et du royaume
tic Senegua. Paré avait sans doute oublié
que dans son livre des Venins, à partir de
l’édition de 1579, il avait fait un chapitre
spécial avec ces deux histoires, racontées
presque absolument dans les mêmes termes.
La seule différence notable est que dans le
Livre des Venins il cite le livre d’Afrique de
Jean l.éon, tandis qu’ici il citait son livre
des Nauigations. En conséquence, j’ai cru
devoir retrancher en cet endroit ces deux
histoires, en renvoyant le lecteur au ch. 27
du livre des Venins , ci-devant , page 817.
* Arist. de N ni. auim. — A. P.
ANIMAVX
rois icy alléguer, toulesfois ie ne puis
aucunement passer cestuy de la sei-
che : laquelle a comme vne vessie peu
due au col, toute pleine d’vne liqueur
fort noire comme ancre, laquelle elle
vuide quand elle se sent prise , et
ainsi tasche à tromper celuy qui la
chasse.
CHAPITRE XVII.
DES ARMES DES BESTES.
Les bestes ont toutes leurs armeu-
res naturelles : parquoy elles n’ont
besoing d’en faire forger d’autres, ou
d’emprunter, d’ailleurs comme les
hommes. Il y en a mesmes de celles
qui ont telles armes, qu’elles prennent
par icelles ceux qui les veulent pren-
dre. Et pour exemple, la torpille ne
blesse pas seulement ceux qui la tou-
chent à nud : mais aussi par entre les
rets, elle ietle vne distillation qui
stupéfié et engourdit les mains des
pescheurs, en sorte qu’ils sont con-
traints de tout lascher : et par ainsi
la torpille sesauue.
André Theuet escrit 1 que la mer
Persique, vers l’Arabie, nourrit vn
poisson de la grandeur et grosseur
d’vne carpe, garni d’aiguillons et
pointes, comme nostre hérisson, auec
lesquelles il combat contre tous au-
tres poissons. C’est chose toute as-
seurée, que s’il en a donné vne at-
teinte à vn homme ou beste, comme
aussi de ses dents, en vingt et quatre
heures on se peut tenir prest pour
mourir 2. .
1 Lia. 10. oh. 10. tome 1. de la Cosmogra-
• pliie. — A. P.
3 Après ce paragraphe , auquel était jointe
ET DE i/exCELLEJNC.E DE l HOMME.
705
Les cancres et escreuisses, encore
qu’ils soyent petits animaux à com-
parer aux susdits, si est-ce qu’ils se
seruent de leurs pieds de deuant, qui
sont fourchus, non seulement à man-
ger, mais aussi à se dcfendre ou as-
saillir.
CHAPITRE XVIII.
LES BESTES SONT DOCILES.
Les bestes sont dociles pour ap-
prendre ce que les hommes leur veu-
lent enseigner : en quoy elles nous
baillent quelque tesmoignage qu’el-
les ne sont pas sans quelque partici-
la Figure du Herissot 1 demer, l’édition de 1 579
en contenait deux autres également illustrés
par des ligures, qui furent transportés en
1582 dans le Discours de lu Licorne , où ils
sont restés. Le premier concerne le Pois-
son nommé YletiJ , appelé en 1579 SteliJ et
FteliJ ; on le trouvera au chapitre 13 du
Discours delà Licorne, ci-devant, page 503.
Seulement, au lieu de la dernière phrase :
Plusieurs estiment ledit unimal eslre vue Li-
corne , etc., on lisait en 15T9 : Plusieurs es-
timent ladite corne eslre vite langue de poisson,
ce que n’est pus.
L’autre paragraphe était consacré à l’his-
toire du poisson nommé Caspilly. On peut
aussi retrouver cette histoire au chapitre *2
du Discours de la Licorne, ci-devant, p. 502 ;
mais le texte de 1579 présente des différences
assez singulières pour être reproduit à part:
« 11 y a vn autre poisson , qui se trouve en
l’isle du Peru , portant vue corne fort agiie,
en façon d’vne espee bien tranchante, longue
de plus de trois pieds, lceluy voyant venir
lahalaine, il se cache soubs les ondes, et choi-
sit l’endroit le plus aisé à blesser, qui est le
nombril , que la frappant , il la met en telle
nécessité , que le plus souuenl meurt de telle
blesseure. Laquelle ses entant touchée au vif,
commence à faire vn grand bruit, se lour-
pation de raison. On les voit eslre en-
seignées par les hommes, y prenans
leurs esbats et plaisirs outre leur na-
turel : comme les chiens, singes, che-
uaux, passent et repassent par les
cercles des basteleurs, et s’esleuent
sur les pieds, sautans et dançans, et
font plusieurs autres tours de passe-
passe.
Plutarque recile 1 qu’vn chien ser-
uoit à vn basteleur, lequel ioüoit vne
fiction de plusieurs mines et plusieurs
personnages, et ce chien y représen-
tent plusieurs choses conuenables à la
matière suiette : mesmement l’es-
preuue que l’on faisoit sur luy d’vne
drogue qui auoit force de faire dor-
mir, mais ainsi qiie l’on supposoil
mentant et battant les ondes, cscuinnnt
comme vn verrat, et va d’vnc 1res grande
roideur ( se sentant pies les traits de la mort )
qu’elle culehute et renuerse les nauircs
qu’elle rencontre, et fait (elle naufrage qu’elle
les enseuelit au profond de la nier, il se voit
au goufre d’Arabie , que les Arabes nomment
C'.a.'pilli , qui est presque aussi large que
long, et sa longueur n’excede point deux
pieds. Il a la peau comme vn petit chien de
mer : il est armé d’esguillons , dont il en a
vn au milieu du front long d’vn pied et
• demy, et aussi aigu et tranchant qu’vue lan-
cette : et auec ce genre d’arme, quand il est
affamé, il vient à se iellfer contre le premier
poisson qu’il trouue , et de telle façon qu’il
demeure pour les gages , traînant sa proyc
où bon lui semble , pour en a noir sa curer,
ainsi qu’escrit André Teuet, disant l’auoir
veu. »
Il est év idenl qu’il y a là deux descriptions
différentes confondues mal à propos ; et tou-
tes les deux s’écartent encore en quelque
chose de la description du Discours de la Li-
corne. Du reste, Paré cite eu marge Theuet
lia. 5. ch. 2. lom. 1. de sa Cosmographie , où
les lecteurs curieux d’éclaircir celte énigme
en trouveront probablement le mot.
1 Plutarque , tome 2. — A. P.
LE LtVftE 1)ES ANIMAVX
^56
faire mourir : il print le pain où la
drogue esloit meslée, et peu d’espace
après l’auoir aualé, commença, ce
sembloit, à trembler comme s’il eust
esté tout estourdi : finablement s’es-
tendant et se roidissant comme s’il
eust esté mort , il se laissa tirer et
traîner d’vn lieu en autre, ainsi que
porloit le suiet de la farce : puis
quand il conneut à ce qui se faisoit et
disoit qu'il esloit temps , alors il com-
mença premièrement à se remuer tout
bellement, comme s’il fust reuenu
d’vn profond sommeil, et leuant la
teste regarda çà et là, dont chacun
des assistans fut fort esbahi : puis se
leuant du tout, s’en alla deuers celuy
qu’il falloit qu’il receust, et le cares-
sa : de sorte que tous les assistans, et
mesmes l’Empereur Vespasien y es-
tant , en personne dedans le theatre
de Marcellus, en demeurèrent tous
resiouïs.
Le singe est vn animal ridicule ,
beau loutesfois au jugement des en-
fans, et leur est vn passe temps pour
rire : car s’essayant d’imiter tous ac-
tes d’homme, il ne le peut faire, et
partant appresle à rire à ceux qui le
regardent. On a veu, dit Galien *, vn
singe s’efforcer à ioüer de la flusle,
danser et escrire, et faire autres choses
que l’homme peut bien faire.
Il me souuient auoir veu en la
maison du Duc de Some, vn gros
singe malfaisant , et pource on luy
couppa les deux mains, souffrant es-
tre babillé desesplayes. Estant gua-
ri, se voyant sans mains deuint doux,
affable et docile : on luy bailla vn
babil verd, et ceint autour du corps :
et à sa ceinture esloit pendu vn estuy
de lunettes, auec vue paire de cou-
teaux et vn mouchouër, comme l’on
1 Luire i. de l’F’sage des parties. — A. I*.
baille aux enfans. Estant ainsi babillé,
le maistre cuisinier voulut estre son
pédagogue, à cause qu’il faisoit sa
demeure à la cuisine, à vn coing de
la cheminée. Il l’instruit à luy faire
faire plusieurs singeries : et où il fail-
loit , coups de baston ne luy man-
quoyent, non plus que la parolle, luy
diminuant sa portion, le faisant sou-
uent ieusner par cœur : car, comme
dit Perse, Le ventre est ingénieux et
maistre des arts (et celuy qui baille
l’entendement). Et par ce moyen le
cuisinier enseigna au singe à ioüer
de passe-passe, à sauter et danser au
son d’vn petit flageol, courir la lance,
passer et repasser entre les iambes :
il portoit la viande auec les pages
pour la poser sur la table auec
grande reuerence, et faisoit plusieurs
autres bons seruices, tenant tous
iours sa vaisselle nette auec la lan-
gue, de façon qu’on l’appeloit frere
Iean factotum. Après le disner et sou-
per, on le meltoit dans vne chaire,
contrefaisant le presclieur, tournant
les yeux s’en dessus dessous, frap-
pant sa poitrine de ses moignons en
disant ses patenostres, clacquelant
des dents, et monstroit son cul, qui
estoit tousiours à descouuert (à cause
que son habit estoit court , de peur
qu’il ne fust saffrané) : bref, faisoit
plusieurs autres singeries et risées,
marchant tousiours debout, à cause
qu’il ne se pouuoil tenir autrement s’il
n’estoit sur son cul, parce qu’il auoil
perdu ses mains.
On voit semblablement les Faucon-
niers qui apprennent aux oiseaux de
proye aller combattre en l’air autres
oiseaux, et les abattre en terre: voire
voilent si haut au profond des nues,
qu’on les perd de veuë. Et le faucon
ayant gaigné le dessus d’vn héron, et
se voyant estre presque vaincu, met
ET DE L’EXCELLENCE DE L’HOMME. /Ôÿ
son bec Ion" et aigu sous ses ailes, la
pointe en haut, à fin que le faucon le
voulant abattre , donne contre ius-
ques à entrer au trauers du corps,
qui est cause que tous deux quel-
quesfois tombent en terre morts. Et
où le faucon l’aura abattu sans eslre
blessé, estant descendu en terre, le
fauconnier l’appellant , retourne se
remettre sus son poing.
D’auanlage, aucuns petits oiseaux
sont enseignés à besongner des pieds
et du bec, desquels ilg vsent en lieu
de mains, tirans de petits vaisseaux
pendus à vne corde, (ausquels est
leur manger et boire), comme vn
homme tireroit des seaux d’vn puys
auec les mains.
Et quant au Chien, chacun sçait
comme il est docile, et comme il va
quérir vne Cane au profond de l’eau,
et l’apporte à son maistre, viue ou
morte : et fait encore plusieurs au-
tres choses, outre celles douant dites,
qui seroient trop longues à descrue.
Le chameau est un animal fort do-
mestique, quis’appriuoise facilement,
apprenant à quoy on l’addresse pour
s’en seruir. Il est bien vray qu’il y
en a de bien farouches et sauuages,
lesquels pour n’auoir esté appriuoisés
sont fascheux, et mordent et ruent
aussi bien que pourroit faire le plus
vicieux cheual qu’on sçauroit troq-
uer. Le soir qu’on est ù repos , on n’a
peine que les laisser en la campagne
pour paistre vn peu d’herbe, ou
brouter quelque espine , chardon ou
rameau, et le lendemain le recharger,
et si ne fera jamais faute. On ne leur
met point la somme sur le dos, qu’ils
n’ayenl quatre ans pour le moins.
Les Arabes ont ceste astuce de les
chastrer ieunes, à fin qu’ils s’en ser-
uent plus longuement : et ne sont si
furieux au printemps, lors qu’ils vien-
nent en amour. Ceste besfe souffre
huit iours la faim et soif. Elle est de
douce et amiable nature, veu que les
esclaues et marchans Turcs, la vou-
lans charger ou descharger de leur
fardeau, ils ne font que toucher d’vne
vergetle sur le col, et soudain se
couche par terre, et ne se leue qu’ello
ne se sente assez chargée, ou qu’on
les face releuer. Il a quatre genoux :
pour ceste cause il fléchit ses cuisses
de derrière comme ses iambes de
deuant : et parlant il demeure A gc-
noüil tant qu’il soit chargé. Telle
chose a esté faite par vne grande pro-
uidence de nature , pour satisfaire à
la commodité de sa hauteur : car au-
trement il eust fallu des eschelles ou
escabelles à l’homme pour le charger.
Il y en a qui n'ont qu’vue bosse sur
le dos , qui sont d’Afrique ou Arabie.
Il y en a d’autres qui en ont deux, qui
sont amenés d’Asie et Tartarie : les
vns sont grands , et bons à porter
grande charge : les autres petits,
propres à faire iournée , comme nous
Elisons sur nos cheuaux. La viande
qu’ils aiment le mieux sont les l’eues,
et ne leur en faut que quatre poi-
gnées pour les contenter tout vn
iour. C’est la plus grande richesse que
les Arabes ayent, tellement que s’ils
vouloient monstrer quelques vns
d’entre eux estre opulent et riche, ils
ne disent point: Vn tel a tant de mille
escus vaillant, mais bien diront-ils :
Il a tant de cent ou mille chameaux.
Le grand Turc (comme ditTheuet)
a vn Capitaine qui a sous luy nombre
d’esclaues Mores et Chrestiens, qui a
le soing des chameaux , lesquels sont
pensés, frottés et estrillés par lesdils
esclaues. Et me suis laissé dire, ce dit
Theuet, aux Arabes, Mores, et à
quelques marchands Iuifs, qui es-
taient du temps que Sultan Selim
LE LIVRE DES A.NIMA.VX
768
premier du nom vint en Egypte pour
assiéger et prendre la ville du Caire,
qu’il auoit pour le moins soixante
mille chameaux, et vn grand nombre
de mulets. Et l’escurie du grand Sei-
gneur , qui est fort superbe , à cause
du grand nombre des plus beaux
chameaux qui soyent au monde1.
Le seigneur du Haillan historio-
graphe, liure 7. en son Histoire de
France, dit que les Chrestiens don-
nèrent vne bataille contre Corbane,
Lieutenant de l’armée du Roy de
Perse, en laquelle demeurèrent morts
sur la place , cent mille des ennemis,
quinze mille chameaux et iuments.
Les deux Historiographes nous don-
nent à connoistre , que l’on se sert
desdits chameaux en paix eten guerre,
et qu’il s’en trouue vn nombre infiny
en Arabie et Afrique.
CHAPITRE XIX.
LES OISEAVX ONT MONSTRE AVX HOMMES
A CHANTER EN MVSIQVE.
Les rossignols sont chantres fort
excellons, feignans à former la voix
humaine : iis gringottent et desgor-
gent ainsi que peut faire le plus par-
fait chantre du monde , en sorte
qu’on dit par excellence : Il chante,
il se degoise , il gringolte comme vn
rossignol : et partant quand les hom-
mes veulent rendre vne belle harmo-
nie par leur chant, ne sont ils pas
contraints de contrefaire leurs voix,
et d’emprunter celles des bestes bru-
tes? El partant les oiseaux ont bien
l’auanlage par dessus les hommes :
i IJ tu R. ch, 7. tome 1 1 de .ni Cnsmopwphie,
Al Pi
car Nature leur apprend à chanter
sans labeur , et ne leur a point fallu
tirer les oreilles à l’escole de musi-
que pour leur apprendre leur chant,
comme les Chantres les tirent aux en-
fans, ausqucls leur font longues
comme celles des asnes. Iis discernent
et connoissent leurs voix par certaine
connoissance qu’ils ont.
11 semble aussi qu’aucuns animaux
parlent : et aussi apparence de rire
est veuë en eux , quand en blan-
dissant des oreilles, ils retirent les
nazeaux et regardent doucement.
Combien que l’homme parle autre
langage que les bestes, toutesfois la
voix et le langage qui est donné aux
bestes leur sert autant en leur en-
droit, que celuy qui est donné aux
hommes. Car toutes lesbeslesd’vne es-
pece, de quelque pays qu’elles soient,
s'entendent l’vne l’autre, ce que nous
ne pouuons dire des hommes : car il
y a autant de différence de langage
entre eux , non seulement qu’il y a
de diuerses nations, mais autant qu’il
y a de villes et de villages , tellement
qu'à peine l’vn peut entendre l’au-
tre , mais semble , quand les hommes
de pays estrange se rencontrent l’vn
auec l’autre, qu’ils soyent sourds et
muets : car ils ne peuuent parler le
langage par lequel l’vn entende
l’autre. Parquoy autant leur profile
parler comme s’ils estoient muets ,
et celuy qui l’oit n’entend non plus
que s’il estoit sourd. Or que ce soit
vray, combien de fois nous trouuons-
nous tous fort estonnés, quand nous
passons par des pays estranges, à
cause que nous ne pouuons pas de-
mander seulement ce qu’il nous faut ,
ny entendre ce qui nous est dit , non
plus que les bestes nous entendent
ou que nous les entendons: nous ne
nous pouvions lerulr ny lier* yeux > ny
ET DE L’EXCELLENCE DE l’hOMME.
des oreilles , ny de la langue que le
Dieu de nature nous a donnés, mais
nous faut parlerdesyeux, delà teste,
des mains et des pieds , et par signes
et mines et gestes, comme si nous es-
tions basteleurs: et nous faut contre-
faire nos membres à autre vsage que
Dieu les a créés , pour nous seruir au
lieu de langue et d’oreilles. Lesbesles
ne sont point tant misérables: car en-
cores que nous ne les entendions point,
ny elles nous, loutesfois vne chacune
d’elles s’entend encores mieux en son
espece, ie ne dis pas seulement de di-
uerses nations, mais aussi ceux d’vn
mesme pays.
Il seroit bien necessaire que les
hommes n’eussent qu’vn langage,
par lequel ils se peussent bien en-
tendre les vns les autres. Car qui or-
roit vn Alleman , vn Breton breton-
nant , vn Basque, vn Anglois , vn
Poulonnois, vn Grec, sans les voir,
il seroit fort difficile à iuger s’ils sont
hommes ou bestes.
CHAPITRE XX.
DES OÏSEAVX QVI PARLENT, SVRLENT,
ET SIFFLENT.
Les linottes, cocheuis , pies, cor-
neilles, chucas, corbeaux, estour-
neaux, perroquets, et autres sem-
blables, parlent et chantent, sifflent,
et imitent la voix humaine et celle
des autres animaux. Lespapegaux et
perroquets sont à louer sur tous,
pour parler et prononcer lesparolles
qu’ils oyent , et sont fort ioyeux et
gais, principalement quand ils ont
beu du vin. C’est aussi vn plaisir
comme ils se tiennent du bec, quand
ils veulent monter ou descendre,
7°9
Plutarque raconte qu’il y auoit vn
Barbier à Borne, lequel auoit en sa
boutique vne pie merueilleusement
babillarde, laquelle sans contrainte,
mais de son bon gré parlait, si elle
oyoit parler les hommes , et contre-
faisoit .toutes bestes qu’elle pouuoit
ouyr, mesme le son des tambours,
flustes, et trompettes, et autres ins-
trmnens, et ne delaissoit rien qu’elle
ne s’estudiast à contrefaire et imiter.
On a veu des corbeaux parler et
chanter des chansons comme les
hommes, voire mesmes des pseaumes,
d’vn assez long trait.
Macrobe raconte cesle histoire
plaisante d’vn corbeau. Il dit que
quand Auguste César reuint de la
guerre contre Marc Anlhoine , entre
ceux qui luy venoient faire feste et
dire la ioye de sa victoire, il s’en
trouua vn qui tenoit vn corbeau, au-
quel il auoit appris à dire parolles
qui valent autant à dira que si nous
disions : Dieu le yard, ( csar, Empereur
victorieux. Auguste, estant esmer-
ueillé de cest oiseau tant seruiable,
l’acheta mille pièces d’argent
Pline et Valere ont eserit, enlre
les prodiges, qu’on trouue les bœufs
et asnes auoir parlé.
Il y a encores beaucoup de choses
à escrire de la nature des animaux,
qui seroient trop longues à raconter :
mais il suffira d’auoir recilé en bref
ce que ces grands personnages , com-
me Aristote, Platon, Plutarque,
Piine, nous ont laissé par eserit. Et
véritablement ie croy que ne sont
pas fables , et qu’il n’en soit quelque
chose, et qu’ils n’en ayent eu quel-
que expérience ou bon tesmoignage.
Car puis qu’ils ont esté hommes sça-
uans, et de grande aulhorilé et re-
nom, il ne nous faut pas estimer
qu’lis aÿent eserit à i’auenture pour
LT LIVRE DES ANIMAVX
760
se faire moquer d’eux, sçachans bien
que leurs escrits seroient bien exa-
minés par plusieurs hommes de sça-
uoir, qui auront expérimenté les cho-
ses desquelles ils ont escrit. Parquny
il ne nous faut pas reietter comme
fables tout ce que n’auons pas veu ,
et qui nous est nouueau.
CHAPITRE XXI.
DE L’ANTIPATHIE ET SYMPATHIE
Après auoir descrit la nature des
bestes, il m’a semblé n’estre hors de
propos mettre icy certaines choses
remarquables qui se trouuent entre
icelles, touchant leur sympathie et
antipathie: c’est à dire, qu’elles ont
vue certaine amitié et inimitié , non
seulement estans en vie, mais aussi
après leur mort , par vne occulte et
secrctte propriété : au moyen dequoy
les vues se cherchent, les autres se
fuyent , autres se font guerre mortel-
le , ne demandans que la ruine les
vnes des autres.
Et pour preuue de ce, le Lion,
prince des bestes, qui est le plus fort,
et de plus grand cœur que toutes les
autres : et combien qu’il soit aussi
fier, et plein de grande animosité et
fureur, rugissant et cruel contre les
furieuses et terribles, neantmoinsil
a vne peur merueilleuse du coq,
comme nous l'auons dit cy dessus.
Car non seulement il le fuit en le
voyant, mais aussi en le sentant de
loin , ou l’oyant chanter. L’elephant
a vne semblable peur du pourceau :
1 Ce chapitre était confondu avec le pré-
cédent, sans former même un alinéa dis-
tinct, en 1579; il en a été séparé en 1585.
aussi ayant vne telle haine aux rais
et souris, que s’il apperçoit sa pasture
estre touchée ou sentie d iceux, il ne
la voudra toucher. Le rhinocéros et
l’elephant ont vne guerre mortelle,
lequel elepbant, estant en furie, la
remet et s’adoucit, ayant veu et ap-
perceu vn mouton. Le cheual a telle
horreur et inimitié et crainte du
enameau , qu’il ne peut soustenir sa
presence. Le chien hait le loup , le
liéure le chien : la couleuure craint
l’homme nud, et le poursuit estant
vestu. L’aspic a vne perpétuelle
guerre contre le rat d’Inde , lequel se
barbouille , couure et enduit de li-
mon de terre grasse , puis se seiche
au soleil : et estant ainsi armé de
plusieurs cuirasses de terre , il mar-
che au combat, esleuant sa queue,
présentant lousiours le dos , iusques
à ce qu’il aye espié la commodité de
se ietter de trauers à sa gorge : ce
qu’il fait pareillement au crocodile ,
comme nous auons dit de l’aspic. Le
lézard verd est ennemi iuré et capi-
tal du serpent, et grand amy de
l’homme : ainsi que par plusieurs
bellesliistoires et discours on lepourra
voir et connoislre, en lisant vn dialo-
gue escrit par Erasme, des diuerscs
sympathies et antipathies de plusieurs
choses : lequel dialogue se trouuë
imprimé auecques Y H armonic du ciel
et de la terre, n’agueres mise en lu-
mière par Antoine Mizault, homme
de grande recherche et érudition.
Il y a vne grande inimitié et con-
trariété entre l’homme et le loup, la-
quelle se déclaré en ce que, si le loup
voit l’homme premier que l’homme
le loup, il luy fait perdre la voix, et
l’empesche dernier. La belette vou-
lant faire guerre à son ennemy l’as-
pic, qui est vne dangereuse espece de
serpent, se prémunit et arme deuant
J T DE L’F.XCÊLt.F.NCK
loules choses de l’herbe appel lée Rue.
Le singe a vue singulière frayeur,
crainte et horreur de la tortue, ainsi
qu’on le pourra facilement connois-
tre d’vne plaisante histoire traitée au
Dialogue d’Erasme, cy deuant allé-
gué : comme aussi la mortelle et
iiqée inimitié qui est entre l’araignée,
le serpent et crapaut> chose pleine
de plaisir, et singulière récréation. 11
y a pareillement vne mortelle inimi-
tié entre lechahuan et les corneilles,
de façon qu’il n’ose se monslrer le
iour, et ne vole que de nuict, faisant
ses prouisions la nuict pour viure le
iour. L’oiseau de riuiere craint si fort
le faucon, que s’il le sent, et oit ses
sonnettes, se laisse souuent assommer
à coups debastonet de pierre plus-
tost que s’esleuer : ce que i’ay veu
plusieurs fois. L’alouette semblable-
ment se laisse prendre à la main de
l’homme, de peur qu’elle a de l’eme-
rilton, ou espreuier. L'aigle a pour
ennemy mortel l’oiseau de proye. La
crescerelle de son naturel espouuente
les espreuiers, de sorte qu’ils fuyent
sa veuë, et sa voix. Le corbeau et le
millan ont tousiours guerre: car le
corbeau luy rauittousiours sa meil-
leure viande. Les poullailles haïssent
amerement le renard. Le petit poul-
let, n’estant à grand’ peine esclos, ne
craint ny le cheual, ny l’elephant ,
mais il craint le millan : de sorte que
l’ayant apperceu, voire de bien loing,
soudain court et se cache sous les ai-
les de la poulie. L’aigneau et le ché-
urcau s’enfuyent vers leurs meres,
s'ils sentent le loup, combien que Ja-
mais ne l'aycnt veu. Pareillement il y
a vne telle antipathie entre le cerf et
le serpent, que le cerf passant par
dessus le trou où se retire le serpent,
s’arreste tout court, etpar son haleine
l’attire hors et le tue.
DF. I.’lIOMME. yfil
Or quant à l’amitié qu’ont les bes-
tes ensemble, cela ne mérité estre es-*
crit, parce qu’on le voit ordinaire-
ment : les grues auec les grues, les
eslourneaux auec les estourneaux,
les pigeons auec les pigeons, les moi-
neaux auec les moineaux : et ainsi de
toutes les autres bestes de mesme es-
pece.
Inimitiés implacables sont entre les
brebis, moutons, aigneaux, et les
loups : voire si grandes, qu’aprés la
mort des vnset autres, si deux tabou -
rins sont faits, l’vn de peau de brebis,
et l’autre de loup, eslans sonnés et
frappés tous deux ensemblement ,
bien difficilement se pourra ouyr le
son de celuy de brebis, tant sont im-
mortelles les inimitiés et discordances
de ces animaux, soyent vifs ou morts.
Mesmes aucuns estiment, que si vn
luth ou autre instrument est monté
de cordes faites de boyau de brebis et
de loup, il sera impossible de l’accor-
der. Plusieurs disent auoir espionné
que la tesle ou queue du loup pendue
sur la mangeoire ou creche des bre-
bis, ou bien cachée en leur cstable,.
pour la peur et frayeur qu’en ,çon-
çoiuent lesdites brebis, elles ne pour-
ront manger , et ne feront que se
mouuoir et pétiller, iusques à ce que
tout soit dehors.
Il y a vne grande contrariété et
inimitié entre les rais et la bclelte,
laquelle inimitié se manifeste- en ce
que, si l’on adiouste quelque peu de la
substance de la ceruelle d’vne be-
lette auecques la preseure pour faire
formages, iaihais les rais ou souris
n’approcheront de tels formages, et
ne se pourront aucunement corrom-
pre. La linotte hait tellement le
bruant, que l’on tient pour asseuré
que leur sang ne se mesle iamais. La
panthere’et byene ont vne si grande
LE LIVRE DES ANIMAVX
762
inimitié, que si les peaux de toutes
deüx sont pendues vis-à-vis l’vne de
l’autre, tout le poil de la panthère
cherra, demeurant en son entier ce-
luÿ delà byene. Tout ainsi que l’on
dit estre des plumes et plumages des
oiseaux meslés auec celles de l’aigle :
car elle les consomme et met à néant,
les siennes demeurans en leur en-
tier.
Vn taureau farouche et furieux, at-
taché à vn figuier, dénient doux et
appriuoisé. Les escarbots meurent à
l'odeur des roses. Si on tire auec les
mains la barbe d’vne -chéure rangée
au troupeau d’autres, tout iceluy
s’arrestera , et lairra sa pasture : et
toutes deuiendront estonnées, et ne
cesseront de s’emarmeller , iusques
à ce qu’on l’aye laissée.
II ne se treuue seulement contra-
riété entre les animaux, mais aussi
étîlre les plantés. Exemple du chou et
de la vigne. Le chou et la vigne sont
pernicieux l’vn à l’autre, et leur com-
bat est digne d’estre considéré. Car
combien que la vigne par ses ten-
drons’eu capreoles tortus, soit ac-
couslumée d’embrasser toutes cho-
ses, meantmoins elle hait le chou ,
tant grande estl’inimilié qu’elleporte
à reste plante, que seulement présde
soy , elle se retourne en arriéré ,
comme si quelqu’vn l’auoit admo-
nestée que son ennemv fust prés
d’elle. Au contraire aime les or-
meauxf , ét les peupliers , voire si
heureusement , qu’elle croist et se
fait plantureuse auprès d’eux : car
elle estant prés d’eux, espart ses ten-
drons montant en haut , et embrasse
comme liens les branches , et ainsi
s’esgayant apporte foison de raisins.
11 y a vne combination de masle
et femelle aux choses vegetatiues,
comme toutes sortes de pjarttes et
arbres : ce qu’on voit s’ils sont plan-
tés l’vne prés de l’autre, Ils font
grande admonestation de leur natu-
relle amitié : car les branches du
masle se iettent hors de leur lieu na-
turel, pour s’encliner vers sa femelle,
comme s’il la voliloit embrasser.
Ceste merueilleuse amitié d’arbres se
monstre fort apparente en la palme
plus qu’en nulle autre : car si la
palme femelle est plantée prés son
masle, les branches et fueillesd’iceux
s’entremeslent et Joignent si eslroite-
ment ensemble, qu’à peine on les
pourrait disioindre sans les rompre*.
Les citrouilles aiment l’eau , en
sorte que si on met vn vaisseau sous
leur fruit , estant pendu à leur tige,
il s’allongera cuidant aller à l’eau :
ce qu’on voit iournellement à ceux
qui sont curieux mettre des vais-
seaux remplis d’eau dessous le vin ,
quand la grappe commence à fleurir.
Il semble aussi fleurir lors qu’il est en
vn voirre. Les aulx ou oignons , et
généralement toutes les plantes ayans
teste, lors quelesautrescommencent
à germer dedans la terre , mesines
pendus en l’air, germent et sentent
très-fort, pourueu qu’elles 11e soient
rances , seiches et pourries. Car la
vertu naturelle et ingenerée qui est
dedans les vnes et les autres, alors
suruient.
D’aunntage, le sanglier, et le cerf,
lors qu’ils sont en rut, et qu’on en
ait mis au salloir long temps aupara-
uant, les faisant cuire, s’endurcissent
et enflent si fort dans le pot, qu’iceluy
11’estant qu’à demy plein s’enfuit par
dessus , iettant vne cscumedc mau-
uaise odeur, de sorte qu’à peine on
en peut manger. La peau de bouc es*
* Ce paragraphe sur les amour» des plantes
a été Intercalé tel en 1 58A.
ET DE L’EXCELLENCE DE L HOMME. 703
corchée, seichée et courroyée par les
tanëurs , sent le boucquin en la sai-
son que les boucs sont en rut , con-
uersans anec les cbéures, ainsi comme
fait le bouc viuant. Ce qui demons-
tre vne grande sympathie et har-
monie aux choses naturelles. La dis-
position seule de ces bestes peut faire
ceste sympathie et similitude, de sen-
tir la peau du mort , et en vn autre
viuant. ParquOy on peut dire, que la
première et principale cause de mal-
senlir est en icelle habitude et tem-
pérament du corps : mais l’accroisse-
ment de la cause est en la coïlion et
compagnie de leurs femelles.
L’onguent rosat et eau rose per-
dent leur force et odeur au temps que
les roses sont en (leur et vigueur,
qu’ils auoient au parauant qu’ils fus-
sent fleuries, et paruenues à perfec-
tion : ce qui se fait par vne doleance
mutuelle de nature , qui est entre les
choses qui se font par sympathie.
Il y a plusieurs autres antipathies
et sympathies cachées , desquelles la
coniecture et pensée de l’humain en-
tendement ne peut fureter et déclarer
les causes , ny les comprendre : car
elles gisent enseuelies en l’obscurité
de nature , et en vne maiesté cachée.
Au moyen dequoy plustost on les doit
admirer, que rechercher saconfusion :
car elles sont seulement conneuës de
l’incomprehensible puissance de la
grandeur de Dieu.
Que diray-ie plus? Entre les plantes
et les animaux sont les zoophytes,
c’est à dire , planle-bestes , qui ont
sentiment et mouuement, tirans leurs
vies par leurs racines attachées con-
tre les pierres comme les esponges.
Entre les animaux terrestres et aqua-
tiques sont les amphibies : comme
sont les biëures, loustres , tortues,
r a rtc res , escreulsseS) ccuttphur, et
crocodile. Entre les aquatiques et les
oiseaux, sont les poissons volans : et
entre les autres bestes et les hommes,
sont les singes. Les corails sont plan-
tes lapidifiées, qui produisent racines
et branches '.
CHAPITRE XXII.
COMME L’HOMME EST PLVS EXCELLENT
ET PARFAIT OVE TOVTES LES RESTES
ENSEMBLE.
Maintenant nous viendrons à dé-
duire la grande excellence de l’hom-
me , et que Ce grand Dieu , facteur
de 1’vuniuers , est grandement à
admirer , qui n’a point attribué
à l’homme certaines commodités ,
comme il a fait aux animaux , sça-
chant que la sapience luy pouuoit
rendre ce que la condition do nature
luy auoit dénié. Car encore qu’il
vienne nud sur terre, et sans aucunes
armes ( ce qui n’aduient aux bestes ,
qui ont cornes, dents , ongles , griffes ,
poil, plume, et escailles) il est pour
soh grand profit et auailtage armé
d’entendement , et vestu de raison ,
non par dehors , mais par dedans : a
mis sa defense, non au corps, mais en
l’esprit : de sorte qu’il n’y a hy gran-
deur, riy force des bestes, ny la fer-
meté de leurs cornes, ny la grande
masse de chair et d’os dequoy ils
sont composés, qui puisse empescher
qu’ils ne soient domptés , ou peins et
assujettis sous la puissance et aulho-
rité de l’homme. En luy se trouue re-
ligion , iuslice, prudence, pieté, mo-
destie , clemence , vaillance , har-
' Ce dernier paragraphe est encore une
addition vio !Ê95.
i.r. livhe des anima vx
76f
(liesse , foy , et telles vertus bien
autres et differentes , qui ne sont
trouuées aux animaux , ce qui sera
déclaré présentement.
Tout ce que nous auons escril de
la nature desbestes, n’est pour don-
ner matière aux naturalistes , épicu-
riens et atbeistes, qui sont sans Dieu,
de conclure par ces raisons qu'il n’y
a point de différence entre les hom-
mes et les bestes : mais pour mons-
trer à l’homme qu’il n’a matière de
se glorifier qu’en Dieu. Car quelque
chose que nous ayons dite des bestes
et de l’homme , il n’y a point de corn
paraison de luy à elles. Car l’homme
tout seul a en soy tout ce qui peutes-
tre excellent entre tous les autres
animaux , et est plus parfait que nul
d’eux. Car puis qu’il a esté créé à l’i-
mage de Dieu , il n’est possible, quel-
que abolition qu’il ait en luy de
ceste image, qu’il n’y en soit demeuré
quelque trait et rayon de la puis-
sance , sagesse , cl bonté de Dieu son
créateur. Et iaçoit qu’il soit vne créa-
ture fort debile et foible, au pris de
certains animaux, toulesfois ils n’ont
puissance ne force à comparer à la
sienne, si nous en voulons parler à la
vérité. Car Dieu a imprimé en luy vu
tel caractère de sa puissance , qu’il
n’y a nul de tous les autres animaux
qui ne le craignent , et qui ne luy
soient suiets , et contraints de luy
obéir. Et nonobstant qu’il semble
par les choses deuant dites, que la
raison ait esté donnée à tous ani-
maux, toulesfois, comme dit Lac-
tance , elle a esté donnée seulement
pour la conserualion de leur vie cor-
porelle, mais à l’homme pour viure
éternellement. Et pource que celle
raison est parfaite en l’homme , elle
est comme sapience et sagesse, qui le
fait excellent en ce , qu’à luy seul
est donné à entendre les choses diui-
ncs : de laquelle chose Cicéron a eu
vraye opinion, disant, qu’en tous les
genres et especes d’animaux il n’y en
a aucun, excepté l’homme, qui ait
connoissance de Dieu . El luy a donné
par grande excellence raison, et la
pa colle, et les mains : et par ces trois
prerogaliues , l’a séparé des autres
animaux, et doué d’vne nature plus
singulière que pas vne des autres
créatures. Il a trouué premièrement
par raison les choses plus necessaires.
Il a imposé nom à toutes choses, in-
uenté les lettres, dressé les arts mé-
caniques et liberaux , iusques à me-
surer la terre et la mer, réduire par
instruction la tres-ample masse du
ciel , et la variété et distinction dés
astres, et l’cntresuile des iours et
nuits, mois et ans, continuellement
renaissons, et l’obserualion du cours
des estoiltes, et leur pouuoii* qu’elles
ont icy bas. !1 a escril les loix , et gé-
néralement forgé tous les instrumens
des arts. A rédigé par escrit les mé-
moires et spéculations des philoso-
phes , tellement que par ce moyen
nouspouuons maintenant parler et
discourir auec Platon , Aristote et
autres anciens auteurs.
CHAPITRE XXIII.
l’homme a le cours désarmé.
Or comme l’homme a le corps dé-
sarmé , et despourueu d’armes , aussi
a-il l’ame destituée d’arts. Et en re-
compense de ce qu’il est nud et dé-
sarmé , il a la main 1 , et en lieu que
son ame n’a aucun art, il a la raison
i Galien, I. de Vsupart. cliap. 4. — A. P.
ET DE L’EXCELLENCE DE L’HOMME.
et parolle : et de ces trois estant
garni, il arme son corps, le couurant,
et remparant en toutes choses, et en-
richit son ame de tous arts et scien-
ces.
Or s’il auoit quelques armes natu-
relles , il auroit tousiours celles-là
seules: semblablement si de natureil
sçauoit quelque art, il n’apprendroit
iamais les autres. Pource donc qu’il
luy estoit trop meilleur s’aider de
toutes armes, et de tous arts, Nature
ne luy a donné ne l’vn ne l'autre:
parquoy Aristote dit de bonne grâce,
la main estre l’instrument qui sur-
passe tous autres instrumens. Et sem-
blablement quelqu’vn , à l’imitation
d’Aristote, pourroit dire :1a raison
estre vn art qui surmonte tous les
arts. Car ainsi que la main est instru-
ment plus noble que tous instru
mens , pource qu elle les peut faire ,
manier, et mettre en besongne, com-
bien qu’elle ne soit aucun des instru-
mens particuliers : aussi la raison et
la parolle n’estant aucun art particu-
lier , les comprend naturellement
tous. A ceste cause, la raison est vn
art qui auance tous les autres.
L’homme donc seul entre tous les
animaux, ayant en son ame vn art
plus excellent que tous autres, à sça-
uoir la raison , à bon droit possédé
vn instrument plus noble que tous
autres , sçauoir la main.
Et ainsi l'homme, animal seul diuin
entre tous ceux qui sont en terre
pour toutes armes defensiues a les
mains, qui luy sont instrumens à tous
arts , et non moins conuenables en
guerre qu’en paix. Il n’a eu besoin de
cornes naturelles, comme le taureau,
ny de defenses , comme Je sanglier,
ny d’ongles, comme le chenal, ny
autres armes, ainsi qu’ont les bestes :
car il peut prendre auec ses mains
765
des armes qui sont meilleures, comme
vue pique , vne espée , vne hallebar-
de, vne pertuisane, qui sont armes
plus auantageuses , qui coupent et
percent plus aisément que les cornes
et les dents. II n’a eu aussi besoin des
ongles comme le cheual, car vn cail-
lou ou vn leuier assènent et froissent
mieux qu’vn ongle. En outre, on ne
se peut aider de la corne ou de l’on-
gle que de prés : mais les hommes se
seruent de leurs armes de prés et de
loing, comme ci’ vne harquebusc et
d’vne fronde et fléché, et d’vn leuier
plus commodément que d’vne corne.
Voire-mais, dira quelqu’vn, le lion.est
plus visle cL leger que l’homme. Eh
bien, que s’ensuit-il pour cela? L’hom-
me auec sa main et sa sagesse, qui
aura dompté le cheual, animal plus
viste que le lion, maniant le cheual,
il chasse el poursuit le lion : en re-
culant et fuyant il se saune de deuant
luy : estant assis sur le dos du che-
ual, comme en lieu haut et releué, il
choisit et frappe , et lue le lion d’vu
espieu ou d’vne pertuisane , ou d’vne
pislole, ou autre arme qu’il voudra
choisir. Et partant l’homme a tous
moyens pour se defendre des autres
animaux : il ne serempare point seu-
lement d’vn corcelet, mais d’vne mai-
son , d’vne tour ou rempart. 11 fait
toutes armes auec ses mains : il our-
dit vn habillement, il lance et lire vn
rets et vn filet à pescher, et fait tou-
tes autres choses plus commodément
que les animaux, et par la puissance
qu’il a eue de Dieu son créateur, il
domine sus les animaux qui sont en
terre, ü charge L’elephant et le rend
en son obeïssance, mais aussi ceux
qui sont en la mer, comme cest hor-
rible monstre et grand, la balaine, la
tue et l’ameine au riuage. Pareille-
ment ceux qui sont en l’air : car le
LE LIVRE DES ANIMAVX
766
vol ne sauue l’aigle du (rail de l'hom-
me, combien que de loing il ielle sa
veuë. El pour le dire en vn mot, il ne
se Irouue beste, tant soit-elle armée
de forces de corps ou pourueuë de
sens , que l’homme ne vienne au des-
sus. Ce qui est prouué par le grand
poète diuin, quand il dit1 :
Regner le fais sur lesœuures tants belles
De tes deux mains comme Seigneur d’icelles :
Tu as de vray sans quelque exception,
Mis sous ses pieds tout en subiection.
CHAPITRE XXIV.
COMME DIEV S’EST MONSTRE ADMIRABLE
EN LA CREATION DE L’lIOMME.
Dieu s’est monstre admirable et ex-
cellent en la création de l’homme, et
en sa prouidence autour d'iceluy.
Car il ne l’a manifesté si grande aux
bestes brutes, lesquelles il n’a créées
sinon que pour seruir l’homme. Nous
pouuons bien estimer combien elle
est plus grande autour dos hommes,
et quel soin il en a d’auantage, et de
quels dons il les a doüés plus que les
bestes brutes, veu qu’il les a créés les
plus excellens de tous les animaux.
Et comme son chef d’œuure entre
iceux , il a voulu faire reluire son
image comme vne image de sa majes-
té diuine, incompréhensible à l’esprit
humain. Parquoy il n’a pas esté sans
bonne cause appelle d’aucuns anciens
Petit monde, à raison qu’en iceluy,
comme au grand monde, toutes cho-
ses reluisent 2 par la puissance, bonté
et sagesse de Dieu. Dieu créant
l’homme a fait vn chef-d’œuure d’vne
1 Pseau. S. — A. P.
2 Le chapitre se terminait là en 1679; le
reste est de 1586.
plus excellente perfeclion que tout le
reste, à cause des grâces qu’il luy a
données. Quelques sages d’Egypte ap-
pelleront l’homme Dieu terrestre ,
animal diuin et celeste, messager des
dieux, seigneurs des choses inferieu-
res, familier des supérieures, et fina-
lement miracle de nature.
CHAPITRE XXV.
LA CAVSE POVRQVOY LES HOMMES NE
PRESAGENT COMME LES ANIMAVX.
La cause pourquoy les hommes
n’ont tel sentiment pour apperceuoir
la mutation du temps, c’est parce
qu’ils oui prudence naturelle, par la-
quelle ils iugent des choses par cer-
tain jugement. Ils 11e suiuent pas la
disposition de l’air et du temps, comme
les bestes : et pource ils pourront es-
tre ioyeux en temps trouble et tem-
peslueux , tristes en beau temps et
clair, selon leurs appréhensions et af-
fections qu’ils auront selon leurs af-
faires. Mais les bestes sont esmeuësà
ioye ou à tristesse, non pas par iuge-
ment qu elles ayent comme les hom-
mes, mais selon que le temps est pro-
pre ou mal conuenable à leurs corps,
et selon que maintenant il se relas -
che et ouure en elles ce qui estoit
auparauant clos et serré en leurs
corps : et par ainsi elles suiuent la
disposition de l’air et du temps, et
donnent signe de ce qu’elles eu sen-
tent.
El quant à ce que les hommes em-
pruntent la voix des bestes, cela n’est
pas au déshonneur des hommes, mais
à leur grand honneur : car ils sont à
préférer aux bestes, en ce qu'ils peu-
uenl contrefaire toutes voix.
ET DE L’EXCELLENCE DE l’hOMME.
Ils glapissent comme Regnards ,
Ils miaullcnt comme les Chais ,
Ils grongnent comme Pourceaux ,
Ils mugissent comme Taureaux.
Ils muglcnt comme Baleines ,
Ils banissent comme Cheuaux,
Ils' croüaillent comme Corbeaux,
Ils gringotlent comme Rossignols ,
Ils hurlent comme les Loups,
Ils gémissent comme les Ours ,
Ils rugissent comme Lions,
Ils gresillonnent comme Grillons,
Ils caquettent comme Cicongnes ,
Ils coqueliquent comme les Coqs,
Ils cloussent comme les l’oullcs,
Ils piolent comme Poullets,
Ils cageollent comme les Gays ,
Ils cacabent comme Perdris,
Us baricquent comme Elephanls 1 ,
Ils jargonnent comme les Iars ,
Ils roucoulent comme Colombes,
Us brament- comme les Cerfs ,
Jls trompettent comme les Grues ,
Us pupulent comme les Huppes ,
11s gazouillent comme Hirondelles,
Us brayenl comme les Asnes ,
11s bellent comme les Cbéures ,
Ils sifflent comme Serpens,
Us huyent comme Millans ,
Us coaxent comme Grenouilles,
Us clabaudent comme Limiers ,
Us claquetent comme Cigalles,
Us bourdonnent comme les Mousches ,
Us abbayent comme les Chiens,
Us crocaillent comme les Cailles 2.
Le seigneur du Barlas au cinquième
ourde la.scpmaine contrefait le chant
de l'alouette chantant, Tire, lire,atire,
et tirelirant tire, adieu, adieu, adieu,
adieu 3.
Et pour le dire en vn mol, les hom-
mes contrefont toutes voix des ani-
1 Ces deux lignes.ont été ajoutées en 1585.
2 Cette ligne est également une addition
faite en 15S5.
•3 Voilà le seul paragraphe qui ne se lise
ni en 1579 ni en 1585 ; il ne date que de la
première édition posthume en 1598.
767
maux. Et quant à ce que les oiseaux
chantent, ce n’est rien au prix des
Musiciens , lesquels resonnans en-
semble, font vue voix fort mélodieuse
et plaisante à ouyr, voire aux oreilles
des Roys et Princes, et plus harmo-
nieuse sans comparaison que tous les
oiseaux ne scauroient faire ensem-
ble.
D’auantage , l’homme appriuoise,
non seulement les bestes domesti-
ques, mais aussi les sauuages et les
plus estranges de toutes, comme les
éléphants, lions, ours, tigres, léo-
pards, panthères, crocodileset autres.
Plutarque le tesmoigne des crocodi-
les, qui loulesfois sont les Restes plus
inhumaines et cruelles qu’011 puisse
trouuer.
« LesGrocodilles, dit-il, ne connois-
sent pas tant seulement la voix des
hommes qui les appellent, mais aussi
souffrent qu’ils les manient : et qui
plus est , omirent fort la gueulle, et
leur baillent leurs dents à curer de
leurs mains, et les essuyer d’vne ser-
uiette. » .
Et combien que Nature ait appris aux
Restes lascience de Medecine , toutes-
fois c’est bien peu de chose de tout
ce qu’elles en sçauent, au prix de ce
qu’vn homme seui en peut sçauoir,
pour peu qu'il ail esludié en Mede-
cine, et pour pey qu'il eu puisse auoir
d’expérience. Il est vray qu elles n’ ap-
prennent pas des hommes leurs mé-
decines , d’autant qu’elles 11’ont l’en-
tendement comme les hommes. Or ce
qui est escrit des Elephanls , qui ont
quelque religion, c'est qu’ils n’ont pas
adoré le Soleil et la Lune , comme
ayant la connoissance de Dieu, la-
quelle il a mise, au cœur des hommes
autrement qu’elle n’est pas es bestes
brutes. Car, à parler proprement,
les bestes n’ont aucune connoissance
LF. LIVRE LES ANIMAVX
de Dieu qui procédé de quelque lu-
mière et raison , qui leur soit don-
née poureslre capables de telle con-
noissance, laquelle a esté baillée au
seul homme. Car combien que l'Ele-
phant se tourne vers le Soleil , et qu'il
semble qu’il l’adore, si l’adore -il
point par intelligence, ny foy, ny par
raison qu’il aye que le Soleil soit leur
Dieu , et qu’ils soient tenus de lui
porter honneur et reuerence : mais le
font par vu instinct et mouuement de
Nature, selon qu’ils se Irouuenl dis-
posés naturellement par la conue-
nance que leSoleil a auec leur nature,
et par le bien qu’ils en senlenl , sans
penser neanmoins à ce qu’ils font,
sinon ainsi que Nature les pousse ,
sans religion qui soit en eux. Et pour-
tant lorsque nous leur attribuons re-
ligion, nous ne la prenons pas en sa
propre signification , mais par vne
maniéré de dire , et par abusion de
langage , et par comparaison, à cause
de la similitude et façon de faire
qu’ont les Eléphants.
CHAPITRE XXVI.
l’homme a LA DEXTERITE D'APPRENDRE
TOVTES LANGYES.
> • s
Nous voyons l’homme auoir telle
dextérité, qu’il ne sçait seulement pas
apprendre les diuers langages qui
sont entre ceux de son espece, mais
aussi apprend ceux des oiseaux : ce
qu’on voit par expérience d’aucuns
bons compagnons, qui contrefont
tous chants des oiseaux , et la voix de
toutes besles, comme nous auons dit
cy dessus, et entendent le jargon de
plusieurs autres animaux.
Et pour vérifier cecy, Apollonius,
philosophe , qui estoit excellent en
ceste science , vn iour estant en vne
grande compagnie de ses amis où il
regardoit des passereaux qui estoient
branchés sur vn arbre, ausquels il
vint vn autre d’ailleurs, qui com-
mença à gazouiller au millieu d’eux,
puis s’en va , et tous les autres le sui-
uirenl: Apollonius ayant veu cela (et
tous ceux qui estoient auec luy) disl :
Ce passereau a annoncé à ses compa-
gnons qu’vn asne chargé de forment
estoit tombé prés la porte de la ville,
et que le bled estoit versé en terre. Et
ceux qui ouvrent cela, voulurent ex-
périmenter s’il disoit vray, et allèrent
sur les lieux , où trouuerent la chose
comme il auoit dit, et quant-et-quant
les passereaux , qui estoient venus
pour manger le bled.
Or quant aux Corbeaux, Pieset
autres oiseaux , qui parlent pour des-
guiser leur ramage, et leur gazoüil-
lcmenl, et sifflement , et son de voix
humaine , ils ont bien lost dit tout ce
qu’ils sçauent , et qu’ils ont appris de
longtemps. Et quoy qu’ils sçaehent
gazouiller, ils demeurent tousiours
bestes brutes sans raison. Mais à
l’homme, la raison luy a esté donnée
naturellement de monter plus haut
que celle des bestes, désirant tousiours
sçauoir, et ne se contentant point seu-
lement d’auoir la connoissance des
choses qui appartiennent àJa vie pré-
sente : mais s’enquiert des choses plus
hautes, et des celestes et diuines : qui
est vn certain argument que la na-
ture de 1 homme, et l’ame qui luy est
donnée , est bien differente à celle des
autres animaux, laquelle ne peut nul-
lement eslre conneué. L’Homme a en
son a me trojs principales puissances
nécessairement concurrentes à toute
louable et vertueuse action : à sçauoir
l’entendement, la volonté, et la me-
Kl' DE L EXCELLENCE DE L HOMME.
moire : vne pour comprendre ce qu’il
faut faire, l’autre pour i’executer: et
la mémoire , comme lidele tutrice,
qui garde ce qui a esté conclud et
arresté en l’entendement. Aucuns
philosophes l’ont appelée lethresor de
science, d’autant qu’elle est comme
vu cabinet auquel est gardé ce que
nous apprenons et voyons. Ces puis-
sances et perfections sont grâces sin-
gulières, et dons spéciaux, prouenans
de la sagesse diuine du saincl Esprit,
qui ne sont données aux bestes : les-
quelles puissances seront cy après
plus amplement déclarées au Liure
de la Génération , parlant des Facultés
de l’ame.
Et pour conclusion , l’Homme est
ingénieux, sage, subiil, memoratif,
plein de conseil , excellent en condi-
tion, qui a esté fait du souuerain
Dieu, et luy seul entre tous les ani-
maux a esté orné de raison et d’intel-
ligence, de laquelle tous animaux ont
esté priués : et en luy reuit vne image
de l’essence diuine, qui ne se trouue
en nulle autre créature *.
Sentence d’Euripide 2.
L'homme a bien peu de force corporelle,,
Mais sa prudence et raison naturelle
Va jusqu’au fond de la mer capliuant :
Sur terre aussi s’estend jusqu’aux especes,
Où plus y a de ruses et finesses.
1 Ce paragraphe est de 1585.
2 Les vers qui suivent se lisaient déjà en
1579, mais sans ce litre, et de plus ils ne
présenlaient pas un rhythme régulier; ils
ont été arrangés ainsi en 1585.
III.
49
APPENDICE
AV
LIVRE DES MONSTRES'.
CHAPITRE I.
DES MONSTRES MARINS.
11 ne faut douter qu’ainsi qu’on
voit plusieurs monstres d’animaux de
'Le travail qu'on va lire faisait suite,
dans toutes les éditions de Paré, au livre des
Monstres ; j’ai exposé ailleurs (voyez ci-de-
vant page I ) pour quelles raisons j’avais
jugé à propos de l’en séparer. 11 faut dire ici
un mot de sa composition.
Dans les deux tiares de Chirurgie de 1573,
il constituait le 32'- chapitre du livre des
Monstres; et tandis que les 31 premiers
chapitres étaient rangés sous ce titre cou-
rant : des Monstres terrestres, il portait ce
litre courant spécial : des Monstres marins.
En effet, il ne s’y agissait encore que des
animaux vrais ou fabuleux que l’on disait
vivre dans les eaux , à part cependant qua-
tre petits articles sur l’autruche, l’oiseau
de paradis, le rhinocéros et le caméléon, qui
terminaient le chapitre et le livre.
En 1575, il y eut peu de chose de changé;
c’était toujours un chapitre unique, inti-
tulé : des Monstres marins, avec l’histoire
des quatre animaux indiqués en dernier
lieu. Mais en 1579, avec l’histoire de l’autru-
che et de l’oiseau de paradis, à laquelle il
ajouta deux autres articles, Paré constitua
un deuxième chapitre intitulé : des Mons-
tres volatiles ; avec l’histoire du rhinocéros
diuerse façon sus la terre, aussi qu’il
n’en soit en la mer d’estrange sorte :
desquels les vns sont hommes depuis
la ceinture en haut, nommés Tritons,
les autres femmes, nommées Serenes,
qui sontcouuerts d’escailles, ainsi que
et du caméléon, augmentée de bon nombre
d’autres, il fil un troisième chapitre qui
reprit l’ancien titre des Monstres terrestres ;
le tout couronné par un quatrième consacié
aux Monstres celestes. En 1582 et 1585, il
reprit les histoires des monstres à cornes
pour les transplanter dans le Discours de la
licorne et le livre des Venins ; mais il ajouta
un dernier chapitre sans titre, et qui n’est
véritablement que la suite du quatrième, tel
qu’il avait été conçu en 1579.
Il n’y a pas dans tout ceci un mot qui ait
trait directement à la médecine ou à la chi-
rurgie , sauf deux ou trois annonces de ver-
tus fabuleuses attribuées à certains ani-
maux'. Aussi me suis-je peu occupé de
rechercher les sources où avait puisé l’au-
teur ; il les annonce d’ailleurs lui-même pres-
que à chaque article. Il y avait une grande
quantité de figures d’animaux, les uns pure-
ment imaginaires, les autres qui représen-
tent peut-être des êtres réels, mais grossiè-
rement défigurés; quelques uns enfin assez
bien tracés d’après nature. J’ai tout retran-
ché, à l’exception de la figure d’un sque-
lette d’autruche préparé par Paré lui-même.
J’ai dû en conséquence éliminer du texte
APPENDICE AV LIVRE DES MONSTRES. nn [
descrit Pline sans tontesfois que les
raisons lesquelles auons alléguées par
cy-deuant , de la commixtion et mes-
lange de semence 2, puissent seruir à
la naissance de tels monstres. D’a-
uantage on voit dans des pierres et
planles , effigies d’hommes et autres
animaux , et de raison il n’y en a au-
cune, fors de dire que Nature se ioiie
en ses œuures.
V n triton et vue serene veus sur le Nil.
Du temps que Mena estoit gouuer-
neur d’Egypte , se proumenant du
matin sus la riue du Nil , vit sortir vn
homme hors de l’eau iusques à la
ceinture, la face graue, la cheueleure
iaune , entremeslée de quelques che-
ueux gris, l’estomach, dos, et les bras
bien formés, et le reste de poisson. Le
tiers iour d’après, vers le point du
iour, vn autre monstre apparut aussi
hors de l’eau auecques vn visage de
femme : car la douceur de la face, les
longs cheueux , et les mammelles le
monstroient assez: et demeurèrent si
longtemps dessus l’eau , que tous ceux
de la ville les virent l’un et l’autre à
leur aise.
Monstre marin ayant la leste d’vn Moyne ,
armé et couuert d’escailles de poisson.
Rondelet, en sonliure des Poissons,
escrit, qu’on a veu vn monstre marin
en la mer de Norwege , lequel si tost
ces fréquents renvois : comme lu vois par ceste
figure; la figure duquel l’est icy figurée ; et j’ai
pris seulement aux titres des figures de quoi
marquer chaque article d’un titre spécial,
en n’ajoutant cependant en aucune manière
au texte de mon auteur.
1 Pline 9. liu. de son Histoire naturelle. —
A. P.
2 Voyez le chapitre 20 du livre des Mons-
tres, ci-devant page 43.
qu’il fut pris, chacun lui donna le
nom de Moyne, et estoit tel.
Monstre marin ressemblant à vn Euesque
vestu de ses habits pontificaux.
Vn autre monstre descrit par ledit
Rondelet, en façon d’vn Euesque,
vestu d’escaille, ayant sa mitre et ses
ornemens pontificaux, lequel a esté
veu en Polongne, mil cinq cens trente
et vn, comme descrit Gesnerus.
Monstre marin ayant la leste d’vn Ours et les
bras d’vn Singe.
Hieronymus Cardanus enuoya ce
monstre icy à Gesnerus, lequel auoit
latestesemblableà vn ours, les braset
mainsquasi comme vn singe, et le reste
d’vnpoisson : etfut trouuéenMacerie.
Lion marin couuert d'escailles.
En la mer Tyrrhene , prés la ville
de Castre, fut prius ce monstre, ayant
la forme d’vn lion couuert d’escailles,
lequel fut présenté à Marcel l, pour
lors Euesque, lequel après la mort
du Pape Paul troisième succéda au
Papat. Iceluy Lion iettoit vne voix
semblable à celle d’vn homme : et
auec grande admiration fut amené
en la ville , et tost après mourut ,
ayant perdu son lieu naturel . comme
nous tesmoigne Philippe Forestus, au
liure 3. de ses Chroniques.
Monstre marin ayant figure humaine.
L’an mil cinq cens vingt trois, le
troisième iour de nouembre , fut veu
ce monstre marin à Rome, de la gran-
deur d’vn enfant de cinq ou six ans ,
i Ceci estle texte de 1585, suivi par les édi-
tions postérieures; les précédentes disaient :
à Martinus.
API» K INDICE
772
ayant la partie supérieure humaine
iusques au nombril, hors mis les oreil-
les , et l’inferieure semblable à un
poisson.
Fn Diable de mer.
Gesnerus fait mention de ce mons-
tre marin, dont il auoit recouuert le
portrait d’vn peintre qui l’auoit veu
en Anuers au naturel, ayant la teste
fort furieuse, auec deux cornes, et
longues oreilles, et tout le reste du
corps d’vn poisson , hors les bras qui
approchoient du naturel : lequel fut
pris en la mer Illyrique, se iettant
hors du riuage , taschant à prendre
vn pelit enfant qui estoit prés d’ice-
luy , et estant poursuiui de prés des
mariniers qui l’avoient apperceu, fut
blessé de coups de pierres, et peu
après vint mourir au bord de l’eau.
Vn Chenal de mer.
Ce monstre marin ayant la teste, et
les crins, et le deuant d’vn Cheual ,
fut veu en la mer Oceane : la figure
duquel fut apportée à Rome, au l’ape
pour lors régnant.
V>i V eau marin.
Olaus Magnus dit auoir eu ce mons-
tre marin d’vn Gentil-homme An-
glois: e! auoit esté pris prés le riuage
de Bergue, lequel ordinairement y
liabitoit. Encore de n’ag\ieres on en
fit présent d’vn semblable au Itoyde-
funct ', qu’il fit nourrir assez long-
temps à Fontainebleau, lequel sortoit
1 Charles 9. Roy de France. — A. P. —
Cette fois Parc parle d’un animal qu’il a vu ;
aussi la ligure qu’il en donnait représentait
fort exactement un phoque. J’ai jugé toute-
fois inutile de la reproduire.
souuenthorsde l’eau, puis s’y remet-
toil ».
Truie marine.
Ce monstre marin , comme dit
Olaus , fut veu en la mer, prés l’isle
deThylen, située vers le Septentrion,
l’an de grâce mil cinq cens trente
huit, de grandeur presque incroya-
ble, à sçauoir de soixante et douze
pieds de longueur , et quatorze pieds
de hauteur, ayant distance entre les
deux yeux de sept pieds ou enuiron :
son foye estoit si grand qu’on en rem-
plit cinq tonneaux, la teste semblable
à vne Truie, ayant vn croissant si-
tué sus le dos , au milieu de chaque
coslé du corps trois yeux, et le reste
tout couuert d’escailles.
Poisson nommé Orobon 1 2.
Les Arabes habitans le mont Ma-
zouan , qui est le long de la Mer-
Bouge, viuent ordinairement d’vn
poisson nommé Orobon , grand de
neuf à dix pieds, et large selon la pro-
porlion de sa grandeur, ayant escail-
les faites comme celles du Crocodile.
Iceluy est merueilleusement furieux
contre les autres poissons. André
Theuet en fait assez ample déclara-
tion en sa Cosmographie.
Des Crocodiles 3.
Le Crocodile, comme escrit A ristote
1 11 y avait ici , dans les éditions de 1573
et 1575, l'histoire et la figure d’en sanglier
marin. Mais en 1582, Paré la transporta dans
son Discours de la licorne, où clic est restée
dans les éditions suivantes.
2 Ici se trouvait, dans les éditions de 1573
à 1575, l’histoire et la figure d’en dépliant de
mer; Paré les a transportées en 1582 dans
son Discours de la Licorne.
5 Cet article a été ajouté en 1579.
AV LIVRE DES MONSTRES.
és li tires de V Histoire et parties des ani-
maux ,esl vn grand animal long de
quinze coudées. Il n’engendre point
vn animal , mais des œufs , non plus
gros queceux d’oye:ilen faitsoixante
au plus. Il vit longtemps , et d’vn si
petit commencement sort vn si grand
animal : car les petits esclos sont
proportionnés à l’œuf. Il a la langue
si empesebée qu’il semble n’en auoir
point , qui est cause qu’il vit partie
en terre , partie en eau : comme es-
tant terrestre , elle luv tient lieu de
langue, et comme estant aquatique,
il est sans langue. Car les poissons, ou
ils n’ont point du tout de langue, ou
ils l’ont fort liée et empesebée. Le
seul Crocodile entre toutes bestes ,
remue la mâchoire de dessus: celle
de dessous demeure ferme, parce que
les pieds ne luy peuuent seruir à
prendre ny retenir b II a les yeux
comme vn pourceau, les dents lon-
gues qui iuy sortent hors la gueulle,
les ongles fort pointus , le cuir si dur
qu’il n’y a lleche ne trait qui le sceust
percer. On fait vn médicament du
Crocodile nommé Crucodilée , contre
les suffusions et cataractes des yeux :
il guarit les lentilles, lacheset bour-
geons qui viennent à la face. Son bel
est bon contre les cataractes appliqué
és yeux : le sang appliqué és yeux
clarifie la veuë.
Theuet.en sa Cosmographie, tom. 1.
chap. 8. dit qu’ils habitent és fontai-
nes du Nil, ou en vn lac qui sort des-
diles fontaines, et dit en auoir veu
vn qui auoit six eniambées do long,
et plus de trois grands pieds de large
sur le dos, tellement que le seul re-
gard en est hideux. La maniéré de
les prendre est telle. Subit que les
1 Le perroquet remue son bec dessus et
dessous. — A. P.
773
Egyptiens et Arabes voyant que
l’eau du Nil deuient petite , ils lan-
cent vne longue corde, au bout de
laquelle y a vn hameçon de fer assez
gros et large, pesant enuiron trois
liures, auquel ils attachent vne piece
de chair de chameau , ou d’autre
beste : et lors que le Crocodile apper -
çoit la proye, il ne faut à se ielter des-
sus . et l’engloutir : et estant l’hame-
çon auallé bien auant, se sentant pi-
qué, il y a plaisir à luy voir faire des
sauts en l’air, et dedans l'eau. Et
quand il est pris , ces barbares le ti-
rent peu à peu iusques prés le bord
de la riue, ayant posé le cordeau des-
sus vn palmier ou autre arbre , et
ainsi le suspendent quelque peu en
l’air, de peur qu’il ne se ielle contre
eux et ne les deuore. Ils luy donnent
plusieurs coups de leuier, l’assom-
ment et tuent, puis l’escorchent , et
en mangent la chair qu’ils Irouucnt
t res-bonne.
Iean de Lery, au chapitre 10. de
son Histoire de la terre du Brésil , dit
que les saunages mangent les Croco
diles, et qu’il en a veu apporter de
petits aux saunages tous en vie en
leurs maisons , à l’entour desquels
leurs petits enfans se ioiient , sans
qu’ils leur facent aucun mal.
Deux poissons , l’vn comme vue panache , cl
l’autre comme vne grappe de raisin b
Rondelet en son liurc des poissons
insectes, c’est-à-dire qui sont de na-
ture moyenne entre les plantes et
animaux, baille ces deux figures,
l’vne appellée lJanacto.de mer, par ce
qu’elle représente les panaches qu’on
porte aux chapeaux : les pescheurs
pour la similitude qu’elle a au bout
du membre viril , l’appellent Vil-
1 Article ajouté en 1579.
APPENDICE
774
volant : estant vif il s’enfle et se rend
plus gros, estant priué de vie deuient
tout flétri et mollasse. Il reluist de
nuit comme vne estoile.
Pline escrit qu’en la mer on trouue
non seulement des figures des ani-
maux qui sont sur la terre : mais ie
croy que ce portrait est la grappe
de laquelle il parle : car par tout le
dessus représente vue grappe de rai-
sin qui est en Heur : elle est longue
comme vne masse informe, pendante
d’vne queüe.
L’Aloés, poisson monstrueux *.
En la mer de l’isle Espagnolle , aux
terres neuucs, se trouuent plusieurs
poissons monstrueux. Entre lesquels
Tlieuet, liure 22., chap. 12., Tome 2.
de sa Cosmographie, dit en auoirveu
vn fort rare qu’ils nomment en la
langue du pays aloés, et est sembla-
ble à vne oye, ayant son col haut
esleué, la teste faite en pointe comme
vne poire de bon chreslien , le corps
gros comme celuy d’vne oye, sans
escailles, ayant ses quatre nageoires
sous le ventre : et diriez à le voir sur
Peau eslre vne oye faisant le plon-
get parmy les ondes de la mer.
Limaçon de la mer sarmalique-,
La mer Sarmatique , qu’on dit au-
trement Germanique orientale nour-
rit tant de poissons inconneus à ceux
qui habitent és régions chaleureuses,
et tant monstrueux que rien plus.
Entre autres il s’en trouue vn tout
ainsi fait qu’vn limaçon : mais gros
comme vn tonneau , ayant les cornes
quasi commecelles d’vn cerf, au bout
1 Article ajouté en 1679.
* Artlrle ajouté ô la même date que le
feMcMsnh
desquelles, et aux rameaux d’icelles,
y a de petits boutons ronds et luysans
comme fines perles. Il a le col fort
gros, les yeux luy esclairent comme
vne chandelle , son nez est rondelet
et fait comme celuy d’vn chat , auec
vn petit de poil tout autour , ayant la
bouche fort fendue , au dessous de
laquelle luy pend vne eminence de
chair assez hideuse à voir. Il a quatre
iambes, et des pattes larges et cro-
chues qui luy seruenl de nageoires,
auec une queue assez longue, toute
martelée et coitlourée de diuerses
couleurs, comme celle d’vn tigre. Il
se lient en pleine mer, de force qu’il
est craintif : car ie suis asseuré qu’il
est amphibie, participant de l’eau et
de la terre. Quand le temps est se-
rain , il se met en terre sur le riuage
delà marine, là'où il paist et mange
de ce qu’il trouue de meilleur. La
chair en est fort délicate et plaisante
à manger : le sang duquel est propre
contre ceux qui sont gastés du foye
et qui sont pulmoniques, comme est
celuy des grandes tortues à ceux qui
sont atteints de lepre. Tbeuet dit
l’auoir eu du pays de Dannemareh '.
Du Hnga, poisson monstrueux s.
En la grande largeur du lac Doux ,
sur lequel la grande ville de Themisli-
tam, au Royaume de Mixique, est
baslie sur pillotis comme Venise, se
trouue vn poisson grand comme vn
veau marin. Les saunages de l’An-
tartique l’appellent Atidnra : les bar-
bares du pays et Espagnols, qui se
sont faits maislrcs de ce lieu par les
conquesles dé leurs terres neuues,
Theu et lia. 20. chap. 18. tom. 2. clesa
Cosmographie. A. P.
* Article ajouté en )6‘0:
AV LIVRE DES MONSTRES.
l’appellent Hoga ■ Il a la teste et
oreilles peu differentes d’vn pourceau
terrestre : il a cinq moustaches lon-
gues de demy pied ou enuiron , sein •
blables à celles d’vn gros barbeau :
la chair en est tres-bonne et déli-
cieuse. Ce poisson produit ses petits
en vie , à la façon de la baleine. Si
vous le contemplez lors qu’il se iode
noüant dans l’eau , vous diriez qu’il
est tantost verd , ores iaune, et puis
rouge , ainsi que le caméléon : il se
tient plus au bord du lac qu’ailleurs,
où il se nourrit des fueilles d’vn ar-
bre appelle Hoga , dont il a pris son
nom. 11 est fort dentelé et furieux,
tuant et deuorant les autres poissons,
voire plus grands qu’il n’est : c’est
pourquoy on le poursuit, chasse et
occil, à cause que s’il enlroit aux
conduits , il n’en laisseroit pas vu en
vie : parquoy celuy qui plus en tue
est le mieux venu. Ce qui est escrit
par Tlieuet, chapitre 22. tome 2. de
sa Cosmographie.
Certains poissons volons '.
André Theuet, tome 2. de sa Cosmo-
graphie, chapitre 10., en nageant sur
mer dit auoir veu vne infinité de
poissons volans que les sauuages ap
pellent Bulampech , lesquels se lan-
cent si haut hors de l’eau d’où ils
sortent, qu’on les voit cheoir à cin-
quante pas de là : ce qu’ils font d’au-
tant qu’ils sont poursuiuis d’autres
grands poissons qui en prennent leur
curée. Ce poisson est petit comme vn
macquereau 2, ayant la teste ronde ,
le dos de couleur azurée , et deux
ailes aussi longues presque que tout
le corps , lesquelles il caciie sous les
1 Article de 1579.
9 l'eu ay vn eu mon cabinet que l’on m’a i
rhwni} -<f tte (e partie pt)>i¥ i «*• A v J’. |
77Ô
mâchoires, estans faites tout ainsi
que les fanons ou ailerons atiec les-
quels les autres poissons s’aident pour
nager. Ils volent en assez grande
abondance, principalement la nuit,
et en volant heurtent contre les
voillcs des nauires, et tombent de-
dans. Les Sauuages se nourrissent de
leur chair.
Iean de Lery en son Histoire de la
terre du Brésil, chapitre 3., confirme
cecy, et dit auoir veu sortir de la
mer et s’esleuer en l’air de grosses
troupes de poissons ( tout ainsi que
sur terre on voit les alouettes ou es-
tourneaux) volans presque aussi haut
hors l’eau qu’vne pique, et quelques-
foisprésde cent pas loin. Mais aussi
il est soutient aduenu que quelques-
vns se heurtans contre les mats de
nos nauires, lombans dedans, nous les
prenions à la main. Ce poisson est de
forme d’vn haranc, toutesfois vn peu
plus long et plus gros : Il a de petits
barbillons sous la gorge, et les ailes
comme d’vne chauue-souris , et pres-
que aussi longues que tout le corps :
et est de fort bon goust , et sauou-
reux à manger. Il y a encore vne au-
tre chose (dit il) que i’ay obscrùée:
c’est que ny dedans l’eau , ny hors de
l’eau , ces paum es poissons volans ne
sontiamais à repos : car estans de-
dans la mer, les grands poissons les
poursuiuent pour les manger, et leur
font vne continuelle guerre : et si
pour eùiter cela ils se veulent sauner
en l’air , et au Vol , il y a certains oi-
seaux marins qui ies prennent et s’en
repaissent.
V n autre poisson volant fort monstrueux 1 .
Entre Venise et Italienne, Vne lieué
au dessus de Quioze. en la mer des
* à» kl file de ifttùî
■7-7 b APPENDICE
Vénitiens, l’an 1550, fut pris vn pois-
son volant terrible et merueilleux à
voir, de grandeur de quatre pieds et
plus, de largeur d’vne pointe à.l’autre
de ses ailes, deux fois autant, de
grosseur d’vn bon pied en quarré. La
teste estoit merueilleusement grosse,
ayant deux yeux , l’vn dessus, l’autre
dessous , deux grandes oreilles et
deux bouches : son groüin estoit fort
charnu , verd en couleur : ses ailes
estoient doubles , en sa gorge il auoit
cinq trous en façon de Lamproye :
sa queue estoit longue d’vne aulne ,
au haut de laquelle estoient deux
petites aisles. Il fut apporté tout vif
en ladite ville de Quioze , et présenté
aux seigneurs d’icelle, comme chose
qui n'auoit iamais esté veuë.
Diuerses coquilles , ensemble du poisson qui
est dedans icelles, dit Bernard l’Ermite 1.
11 se trouue en la mer de si estran
ges et diuerses sortes de coquilles ,
que l’on peut dire que Nature, cham-
brière du grand Dieu , se iouë en la
fabrication d’icelles: dont ie t’ay fait
portraire ces trois , qui sont dignes
de grande contemplation et admira-
tion, dans lesquelles il y a des pois-
sons comme limaçons en leurs co-
quilles : lesquels Aristote, liure 4.
de l’histoire des Animaux , nomme
Cancellus , estans compagnons des
poissons couuerts de cocques, et de
test dur, et semblables aux langous-
tes, naissant à par soy.
Rondelet en son liure de l 'Histoire
des poissons , dit qu’en Languedoc ce
poisson se nomme Bernard l Ermite :
» Les dix premières lignes de cel article se
lisaient déjà en 1573 ; mais la citation d’Aris-
tote qui termine le premier paragraphe , et
tout le teste de l’article , sont des additions
de 1579.
il a deux cornes longuettes et menues,
sous lesquelles il a ses yeux , ne les
pouuant retirer au dedans comme
font les Cancres, mais tousiours ap-
paroissent aduancés au dehors : ses
pieds de deuant sont fendus et four-
chus, lesquels luy seruent à se dé-
fendre et à porter en sa bouche. Il
en a deux autres courbés et pointus
desquels il s’aide à cheminer. La fe-
melle fait des œufs , lesquels on voit
pendus par derrière comme petites
patenostres enfilées , toutesfois enue-
loppées et liées par petites membra-
nes.
Elian au liure 7. chapitre 31. en
escrit ce qui s’ensuit : « Cancellus
naist tout nud et sans coquille, mais
après quelque temps il en choisit de
propre pour y faire demeure quand
il s’en trouue de vuides, comme celle
de pourpre, ou de quelque autre
trouuée vuide : il s’y loge , et estant
deuenu plus grand en sorte qu’il n’y
peut plus tenir (ou lors que nature
l’incite à frayer) , il en cherche vne
plus grande où il demeure au large
et à son aise. Souuent il y a combat
entre eux pour y entrer, et le plus
fort iette le plus foible , et ioüit de la
place. »
Le mesme tcsmoigne Pline, li-
ure 9.
Il y a vn autre petit poisson nom-
mé Pinothere >, de la sorte d’vn can-
cre, lequel se tient et vit touiouis
auec la pine qui est ceste espece de
grande coquille qu’on appelle nacre,
demeurant tousiours assis comme vn
portier à l’ouuerture d icelle, la te-
nant entre-ouuerte iusques à ce qu’il
y voye entrer quelque petit poisson,
de ceux qu’ils peuuent bien prendre,
lequel mordant la nacre, ferme sa co-
1 Plutarque. — A. P.
AV LIVRE DES MONSTRES.
quille : puis tous deux, grignotent et
mangent leur proye ensemble.
De la Lamie1.
Rondelet, au 3. liure des Poissons,
chap. lt, escrit que ce poisson se
trouue aucunesfois si merueilleuse-
ment grand, qu’à peine peut eslre
trainé par deux chenaux sur vne char-
rette. Il mange (dit-il) les autres pois-
sons, et est tres-goulu, voire deuore
les hommes entiers : ce qu’on a con-
neu par expérience. Car à Nice et à
Marseille, on a autresfois pris des la-
mies dans l’estomach desquelles on
a trouué vn homme entier tout
armé.
« l’ay veu (dit Rondelet) vne lamie
en Xainlonge, qui auoit la gorge si
grande, qu’vn homme gros et gras
aisément y fust entré : tellement que
si auec vn bâillon on luy lient la bou-
che ouuerte, les chiens y entrent ai-
sément pour manger ce qu’ils trou-
uent dedans l’estomach.»
Qui en voudra sçauoir d’auantage
lise Rondelet au lieu allégué. Pareil-
lement Conradus Gesncrus en ses His-
toires des animaux, l'oeillet 151. ordre
10. continue ce que Rondelet en a
escril : et dit d’auantage, s’eslre trou-
ué des chiens tous entiers dans l'esto-
mach de ladite lamie, ayant fait ou-
uorture d’icelle : et qu’elle a les dents
aiguës, aspres et grosses. Rondelet
dit aussi qu’elles sont de figure trian-
gulaire, découpées des deux costés
comme vne scie, disposées par six
rangs : le premier duquel se monstre
hors de la gueule, et tendant vers le
douant : celles du second sont droites,
celles du troisième, quatrième, cin-
1 Cet article est de date pies récente que
les autres; on le lit seulement dans l’édition
de 1585.
777
quiéme, sixième, sont courbées vers
le dedans de la bouche pour la plus-
part. Les Orféures garnissent ces
dents d’argent, les appellans dents de
serpent. Les femmes les pendent au
col des enfans, et pensent qu’elles
leur font grand bien quand les dents
leur sortent : aussi qu’elles les gar-
dent d’auoir peur.
I’ay souuenance d’auoir veu à
Lyon, en la maison d’vn riche mar-
chand, vne teste d’vn grand poisson,
lequel auoit les dents semblables à
ceste description, et ne sceu sçauoir le
nom de ce poisson. le croy à présent
que c’estoit la teste d’vne lamie, l'a-
uois proposé la faire voir au defunct
Roy Charles, qui estoit fort curieux
de voir les choses sérieuses et mons-
trueuses ; mais deux iours après que
ie voulus la faire apporter, il me fut
dit que le marchand, sa femme, et
deux de ses seruileurs estoient frap-
pés de peste : qui fut cause qu’il ne la
veit point.
Du poisson dit Nauticus >.
Pline, chap. 30. lin. 9. de son His-
toire naturelle , nomme ce poisson
Nautilus ou Nauticus , auquel est gran-
dement à considérer, que pour venir
au dessus de l’eau, se met à l'enuers,
remontant peu à peu pour escouler
l’eau qui seroit en sa coquille, à tin
de se rendre plus leger à nauiger,
comme s’il auoit espuisé lasentine de
son nauire. Et estant au dessus de
l’eau, il recourbe en amont deux de
ses pieds, qui sont joints ensemble
auec vne pellicule fort mince pour
luy seruir de voile, se seruanl de ses
bras comme d'auirons, tenant tous-
iours sa queue au milieu , au lieu de
1 Cet article est une addition de 1579.
APPENDICE
778
timon : et va ainsi sur la mer, contre-
faisant les fustes et galères. Que s'il
se sent auoir peur, il serre son équi-
page, et remplit sa coquille d'eau en
la plongeant, et ainsi s’en va au fond.
Description de la Baleine 1 .
Nous abusons aucunement du mot
de Monstre pour plus grand enrichis-
sement de ce traité: nous mettrons
en ce rang la Baleine, et dirons es-
tre le plus grand monstre poisson qui
se trouue en la mer, de longueur le
plus souuent de trente six coudées,
de huit de largeur, l’ouucrture de la
bouche de dixhuit pieds, sans auoir
aucunes dents : mais au lieu d’icelles,
aux costés des inaschoires , a des la-
mes comme de corne noire, qui finis-
sent en poils semblables à soyc de
pourceau, qui sortent hors de sa bou-
che, et luy seruent de guide pour
monstrer le chemin, à fin qu’elle 11e
se heurte contre les rochers. Ses yeux
sont distans l’vn de l’autre de quatre
aulnes, et plus gros que la teste d’vn
homme : le museau court , et au mi-
lieu du front vn conduit par lequel
attire l’air et iette vne grande quan-
tité d’eau, comme vne nuée, de la
quelle elle peut remplir les esquifs,
et autres petits vaisseaux, et les ren-
uerser en la mer. Quand elle est
saoule, brame et crie si fort qu’on la
peut ouyr d’vne lieuë françoise : elle
a deux grandes ailes aux costés, des-
quelles elle nage et cache ses petits
quand ils ont peur, et au dos n’en a
point : sa queue est semblable à celle
du Dauphin, et la remuant esmeul
si fort l’eau qu’elle peut renuerser
vn esquif: elle est couuerte de cuir
noir et dur. 11 est certain par l'anato-
mie , qu’elle engendre ses petits vifs,
et qu’elle les allaicte : car le masle a
des testicules et membre génital, et
la femelle vne matrice et mannnelles.
Elle se prend en certain temps d’hy-
uer en plusieurs lieux, mesmement à
1 Cet article se lit déjà dans l’édition de
1573; mais auparavant il s’en trouvait un
autre qui a été retranché dès 1575. Il était
ainsi conçu :
« Figure d’vn chancre de mer, que les
Médecins et Chirurgiens ont comparée a la
tumeur ehancreuse, à cause qu’elle est ronde
et aspre , et les venes d’autour aux pieds
torlus de cest animal : aussi lorsqu’il est
accroché contre les rochers, difficilement en
est destaché : d’auanlagc il est de couleur
fresque et noirastre, comme sont les tumeurs
chancreuses : et voyla pourquoy les aillions
ont donné le nom de chancre à telle tu-
meur, à cause de la similitude qu’ils ont l’vn
à l’autre. Les chancres sont troutiés dedans
les tests durs des moulles et des huystres
et autres poissons, qui ont tests pour y cslre
nourris et conserués, comme dedans des
cauernes et maisons fortes , pareequ’il n’y
a besle qui n’ait ce don de nature de pour-
rhc««<ir ce qui lutr est necessaire ■ tant pour
se nourrir que pour se retirer et heberger.
Les pescheurs (se dict Aristote) disent qu’ils
naissent auec ceux dans les tests desquels
ils sonttrouués. Les chancres ont dix pieds,
comprenant leurs deux bras fourchus, et
audedans dentelés pour s’en seruir comme
de mains. Ils ont la queue replyec par des-
sus : ils sontcouuers de coques aspres, faic-
tesde dernys cercles : ils ont six cornes à la
teste, et les ceils sortans fort audehors et
fort séparés l’vn de l’autre : au printemps
fisse despoüillent de leur coque, comme vn
serpent de sa peau , et se senlans afoiblis et
desarmés , ils se tiennent cachés aux creux
des rochers iusques à ce que leur coquille
soit reuenue et dure. »
Suivait la figure du chancre, que Paré
reporta en 1575 au livre des Tumeurs en
general, ch. 2, et c’est pour cela sans doute
qu’il supprima en cet endroit l’histoire du
chancre , ne voulant pas en répéter la fi*
gurei Voyea lome leq page iioîi
AY LIVRE DES MONSTRES.
la cosle de Bayonne, prés vn petit
village distant de trois lieues ou en-
uiron de ladite ville, nommé Biarris :
auquel fus enuoyé par le commande-
ment du Roy (qui estoit pour lors à
Bayonne) pour traiter monseigneur
le Prince de la Roche-sur-Yon, qui y
demeura malade : où rappris et con-
firmay le moyen qu’ils vsent pour ce
faire, qu’auois leu au liure que mon-
sieur Rondelet a escril des poissons,
qui est tel. Contre ledit village il y
a vne montaignelte, sus laquelle dés
long temps a esté édifiée vne tour
tout exprès pour y faire le guet, tant
le iour que la nuit , pour descouurir
les baleines qui passent en ce lieu : et
les appercoiuent venir, tant; pour le
grand bruit qu’elles font, que pour
l’eau qu’elles ietlent par vn conduit
qu’elles ont au milieu du front: et
l’apperceuans venir, sonnent vne clo-
che, au son de laquelle promptement
tous ceux du village accourent auec
leur équipage de ce qui leur est ne-
cessaire pour l’attraper. Ils ont plu-
sieurs vaisseaux et nacelles, dont en
d’aucuns il y a des hommes seule-
ment constitués pour pescher ceux
qui pourroient tomber en la mer :
les autres dédiés pour combattre, et
en chacun il y a dix hommes forts et
puissans pour bien ramer, et plusieurs
autres dedans, auec dards barbelés,
qui sont marqués de leur marque
pour les reconnoistre, attachés à des
cordes : et de toutes leurs forces ies
iettent sus la baleine, et lors qu ils
appercoiuent qu’elle est blessée , qui
se connoist pour le sang qui en sort,
lascbent les cordes de leurs dards, et
la suiuent à fin de la lasser et pren-
dre plus facilement : et l’altirans au
bord , se resioüissent et font gode-
chere, et partissent, chacun ayant sa
portion selon le tleuoir qu'il aura
779
fait : qui se connoist pour la quantité
des dards qu’ils auront ieltés et se se-
ront trouués, lesquels demeurent de-
dans : et les reconnoissent à leur mar-
que. Or ies femelles sont plus faciles
à prendre que les masles , pource
qu’elles sont soigneuses de sauuer
leurs petits, et s’amusent seulement
à les cacher, et non à s’eschapper.
La chair n’est rien estimée : mais la
langue, pource qu elle est molle et
délicieuse, la sallenl : semblablement
le lard, lequel ils distribuent en beau-
coup de prouinces, qu’on mange en
Caresme aux pois : ils gardent la
graisse pour brusler, et frotter leurs
bateaux , laquelle estant fondue ne
se congele iamais. Des lames qui sor-
tent de la bouche, on en fait des ver-
tugales, busqués pour les femmes, et
manches de couteaux, et plusieurs
autres choses: et quant aux os, ceux
du pays en font des closlures aux iar-
dins:et des vertebres, des marchés
et selles à se seoir en leurs maisons.
l’en fis apporter vne, que ie garde
en ma maison comme vne chose mons-
trueuse.
Autre espece de Baleine L
Vraye portraiture de l’vne des
trois Baleines qui furent prises le
deuxième luillet 1577, en la riuiere
de l’Escault, l’vne à Fiessingues, l’au-
tre à Saflinghe , et ceste cy à Hastin-
ghe au Doèl, enuiron cinq lieues
d’Anuers : elle estoit de couleur de
bleu obscur, elle auoit sur la teste
vne [.narine par laquelle elle ieloit
l'eau : elle auoit de longueur en tout
cinquante huit pieds ,et seize de hau-
teur : la queuë large de quatorze
pieds : depuis l’œil jusques au deuant
du ftiüüeau il y auoit seize pieds d’es-
i eut article eit de t&7th
APPENDICE
pace. La masehoire «Tombas estoit
longue de six pieds, en chaque coslé
de laquelle estoient vingt-cinq dents
Mais en haut elle auoit autant de
trous, dans lesquels lesdites dents
d’embas se pouuoient cacher. Chose
monstrueuse, voir la masehoire su-
périeure desgarnie de dents . qui de-
uoient estre opposites pour la ren-
contre des viandes aux dents inferieu-
res, et en lieu d’icelles dents voir des
trous inutiles. La plus grande de ces
dents estoit longue de six pouces : le
tout fort merueilleux et espouuenta-
ble à contempler, pour la vaslilé ,
grandeur et grosseur de tel animal.
Du Rémora C
Pline, liure 32, chap. 1 , dit qu’il y a
vn petit malautru poisson , grand
seulement de demy pied , nommé
d’aucuns Eehen.eis , d’autres Rémora ,
qui mérité bien estre mis icy entre les
choses merueilleuses et monstrueu-
ses , lequel retient et arreste les vais-
seaux de mer tant grands soient-ils ,
lorsqu’il s’attache contre , quelque
effort que la mer ni les hommes sça-
chent faire au contraire , comme les
flots et les vagues , et le vent estant
en golfe des voiles , et seconde des
rames ou cables , et ancres quelques
grosses et pesantes qu’elles fussent.
Et de fait , on dit qu’à la defifaite
d’Actium, ville d’Albanie , ce poisson
arresta la gallere capitainesse où es-
toit Marcus Antonius, qui, à force de
i Cet article a paru pour la première fois,
en grande partie du moins, en 1376.
rames, alloit donnant courage à scs
gens de gallere en gallere : et pen-
dant l’armée d’Auguste , voyant ce
desordre , inueslit si brusquement
celle de Marcus Antonius, qu’il luy
passa sur le ventre. De mesme aduint
en la gallere de l’Empereur Caligula.
Ce Prince voyant que sa gallere seule
entre toutes celles de l’armée n’auan-
çoit point, et neanlmoins estoit à cinq
par bancs , entendit subit la cause de
l’arrest qu’elle faisoit : promptement
force plongeons se ietterent en mer ,
pour chercher à l’entour de ceste gal-
lere ce qui la faisoit arrester, et trou-
uerent ce petit poisson attaché au
timon : lequel estant apporté à Cali-
gula , fut fort fasché qu’vn si petit
poisson auoit le pouuoir de s’opposer
à l’effort de quatre cents espaliers et
galliots qui estoient en sa gallere
Escoulez ce grand et sage Poète le
Seigneur du Barlas, lequel dit de
bonne grâce au cinquième liure de
la Scpmaine, les vers qui s’ensuiuent :
1 Dans les deux éditions de 1575 et 1579,
on lisait à la suite de cê paragraphe •
« Dauantagc Pline au mesme liure et
chapitre, dit qu’il y a vn autre poisson
nommé torpille, lequel louchant seulement
de la ligne stupéfié et amortisse sentiment
du bras de celuy qui tient la ligne. »
Mais en 1685, Paré voulant insérer la lon-
gue citation de Dubartas qu’on va lire,
raya cette phrase qui aurait rompu le sens :
retranchement d’autant plus facile qu’il a
parlé en divers endroits de la torpille aux
livres îles Venins et des Animaux , et qu’au
chapitre ?8 du livre des Venins il cite même
à son occasion d’autres vers de Dubartas.
AV LIVRE DES MONSTRES.
78.
La Remore fichant son débile museau
Contre la moitié bord du tempesté vaisseau ,
L’arreste tout d’vn coup au milieu d’vue Dote
Qui suit le vueil du vent, et le vueil du pilote.
Lesresnesde la nef on lasche tant qu’on peut :
Mais la nef pour cela charmée ne s’esmeut ,
Non plus que si la dent de mainte ancre fichée
Vingt pieds dessous Thetis la tenoit accrochée ,
Non plus qu’vn chesne encor, qui des vents irrités
A mille et mille fois les efforts despités ,
Ferme , n’ayant pas moinspour souffrir ceste guerre
Des racines dessous que des branches sur terre.
Dy nous, arreste-nef , dy nous, comment peux-tu
Sans secours t’opposer à laiointe vertu
Et des vents, et des mers, et des deux, et des gasches^
Dy nous en quel endroit, ô Remore, lu caches
L’ancre qui tout d’vn coup bride les mouuemens
D’vn vaisseau combatu de tous les elemens?
D’où tu prens cest engin , d'où tu prens ceste force ,
Qui trompe tout engin , qui toute force force ?
Or qui voudra sçauoir plusieurs
autres choses monstrueuses des pois-
sons, lise ledit Pline , et Rondelet en
son liure des Poissuns.
CHAPITRE IL
DES MONSTRES VOLATILES.
De l’ Autruche.
Cest oiseau est dit Autruche , et est
le plus grand de tous , tenant quasi
du naturel des besles à quatre pieds,
fort commun en Afrique et en Ethio-
pie: il ne bouge de terre pour pren-
dre l’air, neantmoins passe vn cheual
de vistesse.C’est vn miracle de nature,
que cest animal digéré indifférem-
ment toutes choses Ses œufs sont de
merueilleuse grandeur, iusques à en
faire des vases : son pennage est fort
beau, comme chacun peut connoislre
et voir par ce portrait L
le ne veux laisser passer sous si-
lence de la rarité que i’ai veu, tou-
chant les os de l’Autruche. Le feu
Roy Charles en faisoit nourrir trois
au logis de monsieur le mareschal de
Rets , vne desquelles estant morte ,
me fut donnée, et en fis vn scelelte.
Le portrait duquel ay voulu icy in-
sérer auec sa description.
1 Ici était le portrait d’une autruche , da-
tant, avec le paragraphe qui précède, de
l’édition de 1573. Mais le reste de l’article,
avec la figure du squelette de l’autruche , a
été ajouté seulement en 1679, et se trouvait
alors placé après l’histoire de l’oiseau de pa-
radis. L’arrangement actuel est de 1685 .
782
APPENPICR
A La teste est vn peu plus grosse que celle
de la grue, longue d’un empan depuis
la sommité de la teste tirant au bec,
estant plaltc, ayant le bec fendu ius-
ques enuiron le milieu de l’œil , estant
iceluy aucunement rond en son extré-
mité.
B Son col est de longueur de trois pieds ,
composé de dix sept vertebres, lesquel-
les ont do chacun costé vne apophyse
transuerse tirant contre bas, de lon-
gueur d’vn bon poulce, excepté que la
première et seconde proche de la teste
n’en ont point, et sont coniointes par
ginglyme.
G Son dos, de longueur d’vn pied, est com-
posé de sept vertebres.
D L’os Sacrum est de longueur de deux
pieds ou enuiron, au haut duquel y a
vne apophyse transuerse, sous laquelle
y a vn grand pertuis, E , puis trois au-
tres moindres, F G H : suiuant lesquels
y a la boette où l’os de la cuisse s’insi-
nue , I, produisant de sa partie externe
AV LIVRE DES MONSTRES.
783
latérale vn os percé , K, quasi en son
commencement, puis est vni : après le-
dit os se fourche en deux, dont l’vn est
plus gros, L, et 1 autre est moindre,
M, chacun de longueur de demy pied et
quatre doigts : puis se réunissent, ayant
entre le lieu où ils se fourchent et le
lieu où ils se réunissent, vn pertuis large
de quatre doigts, N, et plus long d’vn
empan: puis ce que reste de l’os est de
ligure d’vne serpe ou çousteau crochu,
large de trois trauers de doigts, longue
de six poulces , O : puis en son extré-
mité se ioint par synchondrose.
P L’os de la queue a neuf vertebres sembla-
bles à cell.es de l’homme.
11 y a deux os en la cuisse , dont le premier,
Q, l’os de la cuisse, est de longueur d’vn
grand pied et gros comme ccluy d’vn
clieual et plus : R, l’autre qui le suit, est
d’vn pied et demy de longueur, ayant par
haut vn petit focille de la longueur de
l’os en espointant vers le bas.
S La iambe où est attaché le pied est de la
longueur d’vn pied et demy, ayantwn son
extrémité deux ongles, vn grand et l’au-
tre petit: à chacun ongle y a trois os.
T Huit costes qui s’insèrent à l’os du Ster-
non , dont aux trois du milieu de cha-
que costé y a vne production osseuse
ressemblante à vn croc.
V L’os du Sternon, est d’vne piece de gran-
deur d’vn pied représentant vne large ,
auquel se ioint vn os qui cheuauche les
trois premières costes, qui lient le lieu
des clauicules.
X Le premier os de l’aile, est de longueur
d’vn pied et demy.
V Au-dessus de luy y a deux autres os res-
semblons au Radius et Cubitus, au bout
desquels sont attachés six os , Z, qui sont
l’extremité de l’aisle.
L’animal en lier est de longueur de
sept pieds , et de sept pieds et plus de
haut, commençant au bec, et finis-
sant aux pieds.
Il y a plusieurs autres choses re-
marquables, que ie laisse pour brief
ueté.
De l'oiseau nommé Toucan '.
Theuet , en sa Cosmographie 2, dit
qu’il a veu aux terres neufues vn oi-
seau que les Sauuages appellent en
leur gergon Toucan , lequel est fort
monstrueux et difforme , en tant qu’il
a le bec plus gros et plus long que
tout le reste du corps. Il vit de poi-
ure, comme nos tourtes, merles et
estourueaux font icy de graine de
lierre , qui n’est pas moins chaude
que le poiure.
Un gentilhomme Prouençal en fit
présent d’vn au feu Roy Charles neu-
fiéme , ce qu’il ne peut faire vif, car
en l’apportant mourut : neantmoins
le présenta au Roy, lequel après l’a-
uoir veu , commanda .à Monseigneur
le Mareschal de Rets me le bailler,
pour l’anatomiser et embaumer , à
fin de le mieux conseruer : toutesfois
bientost après se putréfia. 11 estoit
de grosseur et plumage semblable
à vn Corbeau , reste que le bec estoit
plus grand que le reste du corps , de
couleur iaunastre transparent , fort
leger, et dentelé en maniéré de scie,
le le garde comme vne chose quasi
monstrueuse.
De l'oiseau de Paradis 3.
Hierosme Cardan , en ses liure
la Subtilité , dit qu’aux Isles des M0
lucques , on trouue sur la terre , ou
sur la mer, vn oiseau mort appelé Ma-
nucoiliata , qui signifie eu langue Indi-
que, oiseau de Dieu, lequel on 11e voit
point vif.Ilhabiteen l’air haut, son bec
1 Cet article, comme la tin du précédent,
est de 1579 ; mais il était alors placé à la fin
du chapitre.
2 Lia. 21. chap. 12.' — A. P.
3 Cet article se lisait déjà dans l’édition de
1 573.
APPENDICE
7^1
et corps semblable à l’arondelle, mais
orné de diuerses plumes : celles qui
sont sus la teste sont semblables à
l'or pur , et celles de sa gorge à celles
d’vn canard : sa queue et ailes sem-
blables à celles d’vne panasse. Il n’a
aucun pied , et si quelque lassitude le
prend, ou bien qu’il vueille dormir,
il se pend par ses plumes, lesquelles
il entortille au rameau de quelque
arbre. Iceluy vole d’vne merueilleuse
vistesse,el n’est nourri que de l’air et
rosée. Le masle a vne cauité sur son
dos , où la femelle couue ses petits ’.
l’en ay veu vn en cesle ville, ■’quc
l'on donna au feu Roy Charles neu-
Géme : et aussi i’en garde vn en mon
cabinet, qu’on m’a donné par grande
excellence.
CHAPITRE III.
CES MONSTRES TERRESTRES.
D’vne bcslc nommée Huspalim.
André Theuet, tome 1. liure 4.
cliap. il , dit qu’en l’isle de Zocotere ,
qu’on voit vne beste qui s’appelle
Huspalim , grosse comme vn marmot
1 La fin de l’article était différente dans
les premières éditions. En 1573 et 1575 , on
lisait :
«L’interieur de cest oiseau, comme des-
critMelchior Gnillaudin lîeruce, estfarcy et
replet de graisse, et dit en auoir veu deux :
Quant à moy i’en ay veu vn en cesle ville,
qu’vn homme notable auoit, dont en faisoit
grande estime : duquel oiseau tu as icy le
portraict. »
En 1579, tout cela fut rayé, et Paré écrivait
en place:
« l’en ay veu vn en cestc ville que Ion
donna au deffund Iioy Charles. »
Et enfin le texte actuel est de 1585.
Ethiopien , forl monstrueuse , que les
Ethiopiens tiennent en de grandes
cages de ionc, ayant la peau rouge
comme escarlate , quelque peu mou-
chetée , la teste ronde comme vne
boule , les pieds ronds et plats sans
ongles offensiues, laquelle ne vit que
de vent. Les Mores l’assomment, puis
la mangent, après luy auoir donné
plusieurs coups de baston,à lin de
rendre sa chair plus délicate et aisée
à digerer.
Du Gira/Te.
Au Royaume de Camota , d’Ahob ,
de Benga, et autres montaignes de
Cangipu , Plimaliq, et Garagan, qui
sont en l’Inde intérieur, par delà le
fleuue de Gangcs, quelques cinq de-
grés par delà le Tropiq de Cancer, se
trouue la beste appelée des Germains
Occidentaux, Gira/fe. Cest animal dif-
féré peu de teste et oreilles , et de
pieds fendus, à nos Biches. Son col est
long d’enuiron vne toise , et subtil à
merueille , et différé pareillement de
iambes , d’autant qu’il les a autant
haut esleuéesque beste qui soit sous
le Ciel. Sa queue est ronde , qui ne
passe point les jarrets , sa peau belle
au possible. Elle est moucheltée eu
plusieurs endroits, de tache tirant
entre blanc et tanné, comme celle
du Leopart , qui a donné argument à
quelques Historiographes grecs de
luy donner le nom de Chamœleopar-
dalis. Ceste beste est si sauuage auant
que d’eslre prise , que bien peu sou-
uent se laisse voir, se cachant par les
bois et deserts du pays, où autres
besles ne repaissent point : et dés
aussi lost qu’elle voit vn homme , elle
tasclie à gaigner au pied : mais Gna-
lement on la prend , parce qu’elle est
lardiue en sa course. Au reste prise
qu’elle est, c’est la beste la plus douce
1
AV LIVRE DES MONSTRKS.
à gouuerner, qu'autre qui viue. Sur
sa teste apparoissent deux petites cor-
nes longues d’vn pied ou enuiron ,
lesquelles sont assez droites et enui-
ronnées de poil tout autour: vne
lance n’est point plus haute qu’elle
leue sa teste en haut. Elle se paist
d’herbes, et vit aussi de fueilles et
branches d’arbres , et aime bien le
pain, chose qu’atteste et figure André
Tbeuet , liure il , chap. 13 , tome 1 ,
de sa Cosmographie.
Des Eteplians 1 11 .
Les Elephans naissent en Afrique ,
delà les deserls, en la Mauritanie, et
aussi en Ethiopie. Les plus grands
sont ceux qui naissent és Indes. Ils
passent en grandeur tous les autres
animaux à quatre pieds : neantmoins ,
comme dit Aristote, ils s’apriuoisent
si fort, qu’ilsdemeurentles plus doux
et priués de toutes les bestes : on les
enseigne, et entendent à faire plusieurs
charges. Us sont couuerts d’vn cuir
1 Au lieu de cet article’, l’édition de 1579
en offrait ici quatre : le premier traitant
du pyrassouppi, le second du camphurch , le
troisième de l’eleplianl, le quatrième du tau-
reau de la Floride. Trois de ces articles ont
été depuis reportés au Discours de la licorne.
11 est à remarquer que ce déplacement se fit
avec tant de négligence, que l’histoire delà
beste thanacht avait sauté en même temps
dans l’édition de 1585, et n’ayant point
trouvéplaceauDiscoursdela licorne, n’avait
point été remise ici, bien que la figure de la
bête y fût conservée. Cette lacune a été ré-
parée dès la première édition posthume. Mais
d’un autre côté, la figure de l’éléphant
ayant été aussi transportée au Discours de la
licorne, le texte qui s’y rapporte avait été
oublié, et il avait été conséquemment effacé
d’un endroit sans être reproduit dans l’au-
tre : je l’ai rétabli ici d’après l’édition de
1579.
785
semblable à vn bulle, clair semé de
poil de couleur cendrée. Ils ont la
teste grosse, le col court, les oreilles
larges de deux empans : le nez très
long et creux comme vne grande
trompe, louchant presque iusques à
terre , duquel se seruent en lieu de
mains. Ils ont la gueule prés la poi-
trine, assez semblable à celle d’vn
pourceau : du dessus sortent deux
dents fort grandes. Leurs pieds sont
ronds comme tailloirs, larges de deux
ou trois empans, et autour sont cinq
ongles. Us ont les iambes grosses et
fortes, non composées d’vn seul os
entier comme aucuns ont estimé ,
mais plient les genoiiils comme autres
bestes à quatre pieds : et partant
quand on veut monter dessus ou les
charger, ils s’agenouillent, puis ils se
releuent. Us ont la queuë comme vn
buflc, peu garnie de poil , longue en-
uiron de trois empans: par quoy ils
seroient maltraités des mouches, si
Nature ne les auoit pourueus d’vn
autre moyen pour s’en défendre : c’est
qu’alors qu’elles les mordent et pi-
quent, ils resserrent leur cuir, qui est
du tout ridé et remplié : par ainsi ils
les escachent prises entre ses rides. U
n’y a homme qu’il n’atteinde , encore
n’allant que son pas : sa grande cor-
pulence en est cause , car ses pas sont
si longs qu’ils outrepassent la grande
vistesse des hommes. Us viuent de
fruits et fueilles d’arbres, et si il n’y a
arbre si gros qu’ils n’atterrent et met
tent en pièces. Us croissent iusques à
la hauteur de seize empans : pour ce
ceux qui n’ont accoustumé d’aller
dessus sont aussi eslonnés que ceux
qui n’ont coustume d’aller sur mer.
Us sont si effrénés de leur nature ,
qu’ils nepeuuent endurer bride quel-
conque, qui est cause qu’il les faut
I laisser aller à leur liberté : toutesfois
5o
XII.
APPENDICE
786
ils sont fort obpissans aux hommes
de leur nation, enlendans bien leur
langage : parquoy il pst aisé à les
gouuerner par parolles. Lorsqu’ils
veulent molester quelque personne,
ils l’eleuent en l'air auec leur grand
nez, puis d’vne ardente furie le ruent
contre terre et le foulent aux pieds ,
bisques à ce qu’ils leur ayent fait ren-
dre l’esprit.
Aristote dit qu’ils n’engendrent point
que iusques à vingt ans 1 : ils ne sont
point adultérés, car ils ne touchent
iamais qu’à vne femelle, et quand ils
la commissent pleine , ils n’ont garde
d’y toucher. On ne peut sçauoir com-
bien de temps la femelle porte, car
les masles les couurent en secret, de
honte qu’ils ont. Les femelles font
leurs petits auec douleur comme les
femmes , et les leschent incontinent.
Us voient et marchent soudain qu’ils
sont nés. Ils viuent deux cens ans.
On voit des dents d’Elephans ,
appellées Iuoire , merueilleusement
grandes , en plusieurs villes d’Italie ,
comme à Venise, Rome, Naples, et
mesmement en çeste ville de Paris ,
desquelles on fait coffres, lucts, pei-
gnes, et plusieurs autres choses à l’v-
sage de l’homme.
De la beslc Thanaclh.
André Theuet , tome 1. chap. 10.
en sa Cosmographie, dit que du temps
qu’il estoit sur la Mer Rouge, arriue-
rent certains Indiens de terre ferme
qui apportèrent vn monstre de gran-
deur et proportion d’vnTygre, n’ayant
point de queue, mais la face toute
semblable à celle d’vn homme bien
formé , foi s que le nez estait camus :
les mains de douant comme d’vn
homme, et les pieds de derrière res-
il,iu. G. chap. 27. de Hist. animal. — A. P.
semblans à ceu$ d’vn Tygt'e, fout
couuei t de poil bazané. Et quant à la
teste, oreilles, col , pt bouche comme
homme, ayant les cheueux bien peu
noirs et crespelus, de mesme les Mo-
res qu’on voit en Afrique. C’estoit la
nouueauté que ces Indiens appor-
toient pour faire voir, pour l’honnes-
teté et courtoisie de leur terre , et
nommoient ceste gentille beste Tha-
nacth : laquelle ils tuent àj coups de
fléchés, puis la mangent.
D’vne hesie monstrueuse laquelle ne vil que de
vent , dite Haiit.
Theuet en sa Cosmographie, tom. 2.
chap. 13. dit qu’en Afrique se trouue
vne beste , nommée des Sauuages
Haiit , fort difforme, et est presque
incredible qu'il en soit de telle qui ne
l’auroit veuë. Elle peut eslre de gran-
deur à vne grosse Guenon , ayant son
ventre auallé et proche de terre ,
quoy qu’elle soit debout : sa face et
teste sont presque semblables à celles
d’vn enfant. Ce Haiit estant pris,
ietle de grands soupirs, ne plus
ne moins que feroit vn homme at-
teint de quelque grande et excessiue
douleur. Elle est de couleur gri-
se, n’ayant que trois ongles à cha-
cune patte , longue de quatre doigts,
faits en forme d’arestes d’vne carpe,
auec lesquelles griffes qui sont au-
tant ou plus trenchantes que celles
d’vn Lion , ou autre beste cruelle ,
elle monte sus les arbres , où elle fait
plus sa résidence qu’en terre. Elle a
la queue longue seulement de trois
doigts. Au reste c’est vn casestrange,
que iamais homme ne sçauroit dire
l’auoir veuë manger de chose quel-
conque, quoy que les Sauuages en
ayent tenu longtemps dedans leurs
loges, pour voir si elles mangeroient
AV LIVRE DES MONSTRES.
quelque chose : et disoientles Sauna-
ges que seulement elles viuoient de
vent.
D vn animal fort monstrueux naissant
eu Afrique *,
l’ay retiré de Iean Leon , en son
Histoire d’Afrique, cest animal fort
monstrueux , de forme ronde, sembla-
ble à la Tortue : et sur le dos sont
croisés et signés deux lignes iaunes,
en figure de croix , à chaque bout
desquelles lignes est vn œil et vne
oreille, tellement qu’en quatre parts
et de tous costés ces animaux voient et
oyent , des quatre yeux et des quatre
oreilles , et toutesfois n’ont qu’vne
seule bouche et ventre, où descend
ce qu’ils boiuentet mangent. Ces bes-
tes ont plusieurs pieds autour du
corps , .auecques lesquels peuuent
cheminer de quelque costé qu’ils
veulent sans contourner le corps : la
queue assez longue, le bout de la-
quelle est fort touffu de poil. Et af-
ferment les habitans de ce pays que le
sang de ces animaux est de mer-
ueilleuse vertu pour conioindre et
consolider les playes,et n’y a baume
qui ait plus grande puissance de ce
faire.
Mais qui est celuy qui ne s’esmer-
ueillera grandement de contempler
cesle beste, ayant tant d’yeux, oreil-
les et pieds, et chacun faire son of-
fice? où peuuent eslre les instrumens
dédiés à telles operations? Véritable-
ment quant à moy i’y perds mon es-
prit, et ne sçaurois autre chose dire ,
1 Cet article est, comme les autres, de 1579,
et il a été reproduit en 1585. Mais, par je ne
sais quelle négligence, le premier paragra-
phe avait été omis dans la première édition
posthume, et par suite dans toutes les au-
tres. C’était une nécessité de le rétablir.
787
fors que Nature s’y est ioüée, pour
faire admirer la grandeur de ses œu-
ures.
Du Caméléon l.
On trouue cest animal nommé Ca-
méléon en Afrique , et est fait comme
vn lézard, sinon qu’il est plus haut
deiambes : d’auantage il a les flancs
et le ventre ensemble comme les pois-
sons : aussi a-il des arestes sur le dos,
comme on voit aux poissons : il a mu-
fle comme vn petit cochon, la queuë
fort longue, qui va tousiours en ap-
pointant , ses ongles fort aigus , et
marche ainsi pesamment qu’vne Tor-
tue , et a le corps rude et escaillé
comme vn Crocodile : il ne ferme ia-
mais l’œil, et ne bouge point la pru-
nelle. Au reste c est vne chose admi-
rable de parler de sa couleur : car à
toutes heures, principalement quand
il s'enfle, il la change : qui se fait à
cause qu’il a le cuir fort délié et min-
ce,et le corps transparant: 2 tellement
que de deux choses T vne, ou qu’en
la tenuité de son cuir transparant
est aisément représentée , comme en
vn miroir, la couleur des choses qui
1 Cet article existait déjà en 1573, où,
comme nous avons dit, il terminait le cha-
pitre et le livre; il a cependant subi, en
1575 et 1579 , quelques changements qui se-
ront indiqués.
Immédiatement auparavant les trois édi-
tions de 1573 à 1579 avaient un article sur
le Rhinocéros, lequel a été reporté depuis au
Discours de la Licorne.
2 En 1579 l’article était plus court; l’au-
teur ajoutait seulement :
« Et outre ce a vne propriété indicible
pour ce faire : estant mort il est pâlie : i’ay
obserué ceste description, etc. »
En 1575, le paragraphe fut rédigé à peu
près comme on le lit aujourd’hui ; et la ci-
tation de Malthiolc est de 1579.
APPENDICE
788
luy sont voisines (ce qui est le plus
vraisemblable): ou que les humeurs
eu luy esmeus diuersement selou la
diuersilé (le ses imaginations , repré-
sentent diuerses couleurs vers le cuir,
non autrement que les pendans d’vn
coq d’Inde. Estant mort il est pâlie.
Matthiole dit que si on luy arra-
che l’œil droit quand il est en vie, il
nettoye les taches blanches qui sont
sus la cornée, meslé auec du laict de
chéure: si on se frotte de son corps, le
poil tombe : son fiel digéré et oste les
cataractes des yeux.
I’ay obserué ceste description en
celuy que i’ay en mon logis.
CHAPITRE IV.
DES MONSTRES CELESTES-
Les anciens nous ont laissé par es-
crit que la face du Ciel a esté tant de
fois défigurée de Cometes barbues,
cheuelues , de torches, flambeaux,
coulonnes , lances , boucliers, batail-
les de nuées , dragons, duplication de
Lunes et Soleiis, et autres choses : ce
que ie n’ay voulu obmetlre, pour ac-
complir ce liure des Monstres : et
pour ce en premier lieu ie produiray
ceste histoire , figurée aux histoires
prodigieuses deBoisluau, lequel dit
l’auoir tirée de Lycosthene.
L'antiquité, dit-il , n’a rien experi.
menté de plus prodigieux en l’air, que
la Comete horrible de couleur de sang
qui apparut en Westrie, le neufiéme
iour d’Octobre mil cinq cens vingt
huict. Ceste Comete estoit si horrible
et espouuentable, qu’elle engendroit
si grande terreur au vulgaire qu’il en
mourut aucuns de peur: les autres
tombèrent malades. Ceste estrange
Comete dura vne heure et vn quart ,
et commença à se produire du costé
du Soleil leuant , puis tira vers le
Midy : elle apparoissoit estre de lon-
gueur excessiue, et si estoit de cou-
leur de sang : à la sommité d’icelle
on voyoit la figure d’vn bras courbé,
tenant vne grande espée en la main ,
comme s’il eust voulu frapper. Au
bout de la pointe il y auoil trois es-
toiles : mais celle qui estoit droite-
ment sur la pointe, estoit plus claire
et luisante que les autres. Aux deux
costés des rayons de ceslc Comete, il
se voyoit grand nombre de haches,
couteaux, espées coulouréesde sang,
parmy lesquelles il y auoit grand
nombre de faces humaines hideuses,
auec les barbes et cheueux hérissés.
losephe et Eusebe escriuent qu’a-
pres la passion de lesus-Christ , la
misérable destruction de la ville de
Hierusalem fut signifiée par plusieurs
signes , et mesme entre les autres
vne espouuentable comete en forme
d’espée luisante en feu, laquelle ap-
parut bieu l’espace d’vn an sur le
temple : comme demonslrant que
l’ire diuine se vouloit vanger de la
nation Iudaïque , par feu , par sang,
et par famine. Ce qui aduiut, et y eut
vne si calamiteuse famine , que les
meres mangèrent leurs propres en-
fans : et périrent en la cité, du siégé
des Romains , plus de douze cens mille
luifs , et en fut vendu plus de quatre
vingts dix mille *.
Les cometes ne sont iamais appa-
rues sans produire quelque mauuais
etTet , et laisser vn sinistre euene-
ment. Le poète Claudian :
1 Ce paragraphe, et tout ce qui suit jus-
qu’aux citations des Psaumes inclusivement,
sont des additions de 1686.
A.V LIVRE DES MONSTRES.
Oncques au ciel Comele on n’a peu voir,
Que quelque mal ne nous face apparoir.
Les astronomes ont diuiséles corps
celestes en deux bandes : l’vrte appe-
lée estoiles fixes et arrestées, que
l’on voit bluetter ou estinceler au
Ciel, comme s’ils feussent feux em-
brasés : les autres sont errantes, ap-
pelées planètes , qui ne bluettent
point, et sont au nombre de sept,
ayant chacune son ciel , cercle , rond,
ou estage : leurs noms sont , Saturne,
Jupiter, Mars , Sol , Venus , Mercure ,
et Lune. Les estoiles sont corps sphé-
riques apparans et luisans , composés
desimpie et pure matière , comme le
Ciel , et nul n’en sçait le nombre ny
les noms , fors que Dieu. Or lesdites
planètes font leurs cours par le Zo-
diaque (qui est vn des principaux et
le plus grand cercle du Ciel, et la
vraye route du Soleil ) qui trauerse
ou enuironne biaisement le Ciel , la
nuict et le iour, à fin que toutes les
contrées de la terre ioiiissent alter-
naliuement des quatre saisons de
l’année, par le moyen du Soleil qui
sans cesse monte et deualle, esclairant
et nourrissant en l’espace d’vn an
tout le rond de la terre. Il est le cha-
riot et fontaine de la lumière des
corps celestes , n’en eslans que petits
ruisseaux : parquoy est nommé Roy
des estoiles, et le plus grand de tous
les corps celestes II est de trois epi-
cycles, c’est à dire, ciels ou estages,
au dessus de la Lune : il marche au
milieu de six planètes : si elles s’ap-
prochent de luy, pour n’empescher
sa route se retirent à l’escart au plus
haut de leurs petits epicycles ou cer-
cles : puis luy passé , elles deuallent
au plus bas, pour l’accompagner et
accoster comme les princes font leur
Roy. Et lors ayans fait leur deuoir,
789
s’arrestent , et d’vne reuerence hon-
teuse reculent en arriéré, descendans
au fond de leurs epicycles , pour con-
templer, comme de loing , la face de
leur seigneur. Et quand il rapproche,
en reculant elles regaignent le haut
de leurs epicycles pour aller au dé-
liant de luy : de sorte que le sentans
à quatre signes près , elles font sem-
blant de l’attendre, puis luy ayans
fait la bien venue marchent deuant
luy vn peu à l’escart, pour ne donner
empeschement à sa carrière et course
naturelle.
Celle qui est nommée Saturne , par
l’estimation des astronomes, est qua-
tre vingls dix fois ou enuiron , plus
grosse que toute la terre, de laquelle
elle est loing de plus de trente six
millions de lieues françoises. La gran-
deur de celle nommée Iupiter est es-
timée nonante et six fois plus grosse
que le diamètre de la terre , et en est
esloignée de plus de vingt deux mil-
lions de lieues. La planete de Mars est
aussi grosse que la terre , et est esloi-
gnée d’icelle de trois millions cin-
quante quatre mil deux cens quatre
lieues. La Lune signifie mois , par-ce
que tous les mois elle se renouuelle:
elle est esloignée de la terre de oc-
tante mil deux cens treize lieues:
elle est plus espaisse et obscure que
les autres estoiles , attachée à sa
spherequi la porte par certains mou-
uemens, tours et retours estans limi-
tés: creée de Dieu pour remarquer
aux hommes les temps et saisons, et
besongner par sa lumière et mouue-
ment és corps inferieurs.
Le globe du Soleil est soixante et
six fois plus grand que celuy de la
terre, et est presque sept mille fois
plus grand que la Lune. Ptolomée
et autres astronomes ont trouué par
inuentions géométriques qu’il esloit
APPENDICE
79°
cent soixante et six fois plus grand
que toute la terre : il viuifle tous les
animaux , non seulement ceux qui
sont sus la terre , mais aussi ceux qui
sont au profond des eaux. Le sei-
gneur du Bartas l’appelle postillon
continuel , fontaine de chaleur, source
de clairlé , vie de l’vniuers, flambeau
du monde , et ornement du Ciel. D’a-
uantage le Soleil fait son tour du
Ciel autour de la terre en vingt qua-
tre heures, et cause les commodités
et agréables reuolutions du iour et
de la nuict, pour le soulagement et
contentement de l’homme, et de tous
animaux.
Que le lecteur considéré et adore
icy l’admirable sagesse et puissance
du Créateur, en la grandeur, vislesse
continuelle , incroyable rapidité ,
lueur et chaleur immense , et con-
jonctions et mouuemens contraires
en vn si noble corps que celuy du So-
leil, qui en vne minute d’heure fait
plusieurs milliers de lieues sans qu’on
l’apperçoiue bouger, et n’en recon-
noist on rien qu’aprés qu’il est fort
auancé en sa course. Qui plus est, la
moindre estoile est dix huit fois plus
grande que toute la terre. Cecy soit
dit non seulement pour vne grande
spéculation, mais à la louange du
Créateur, et pour humilier l'homme,
qui fait tant de bruit en la terre , qui
n’est rien qu’vu point au regard de la
machine celesle.
Outre plus il y a au Ciel douze si-
gnes, à sçauoir Aries , Taurus , Ge-
mini, Cancer, Léo, Virgo , Libra ,
Scorpius , Sag Marins , Capricornus ,
Aquarius, Lisces , tous lesquels sont
differens. L’vsage d’iceux est que par
leur conionction auec le Soleil, ils
augmentent ou diminuent la chaleur
d’iceluy, à ce que par telle variété de
chaleur soient produites les quatre \
saisons de l’année, la vie et conserua-
tion soit donnée à toutes choses. Les
cieux sont vne quinte-essence des
quatre elemens faits de rien , c’est à
dire , sans matière.
Hola, ma plume, arreste toy : car
ie ne veux ny ne puis entrer plus
auant au cabinet sacré de la diuine
maiesté de Dieu. Qui en voudra sça-
uoir d’auantage lise Ptolomée, Pline,
Aristote, Milichius, Cardan, et autres
astronomes, et principalement le sei-
gneur du Bartas, et son interprète,
qui en ont très doctement et diuine-
ment escrit au 4. iour de la Sepmaine,
où l’on trouuera pour se contenter :
et confesse en auoir retiré les choses
cy dessus mentionnées, pour instruire
le ieune Chirurgien à la contempla-
tion des choses celestes. Et icy chan-
terons auec ce grand prophète diuin,
Psal. 19*
Les cieux en chacun lieu
La puissance de Dieu
Racontent aux humains :
Ce grand entour espars
Publie en toutes parts
L’ouurage de 9e9 mains.
EtduPseaume viij.
Et quand ie voy etcontemple en courage
Les Cieux, qui sont de tes doigts haut ouurage,
Estoiles , Lune , et signes diflerans,
Que lu as faits et assis en leurs rangs :
Alors ie dis à par tnoy, ainsi comme
toutesbahi : et qu’est-ce que de l’homme,
D’auolr daigné de luy te souuenir,
Et de vouloir en ton soing le tenir ?
D’auantage ie ne veux laisser icy à
escrire choses monstrueuses et admi-
rables qui se sont faites au ciel. Et
premièrement Boisluau escrit en ses
histoires prodigieuses, qu’en Sugolie
située sur les confins de Hongrie, il
tomba vne pierre du ciel auec vb
AV LIVRE DES MONSTRES.
horrible esclatement , le septième
iotir de septembre 1514, de la pesan-
teur de deux cens cinquante liures,
laquelle les citoyens ont fait enciaiier
en vne grosse chaisné de fer, au mi-
lieu de leur temple : et se monstre
auec grànd’ meruëille à ceux qui
voyagent par leur prouince, chose
merUeilleüse comme l’air peut sous-
tenir telle pesanteur.
Pline escrit que durant les guerres
des Cimbres, furent oüis de l’air sons
de trompettes et clairons, auec grands
Cliquetis d'artlies. Aussi il dit d’auan-
tage, que durant le consulat de Ma-
rius, il apparut des armées au ciel,
dont les vnesvehoient de l’Orient, les
autres de l’Occident, et se combatti-
rent les vnes Contre les autres longue-
ment, et que celles d’Orient repous-
seront celles d'Occident. Ce mesme a
esté veu l’an 1535. en Lusalië, vers vn
bourg nommé Iuben , sur les deux
heures après midy. D’auantage l’an
1550, le 19. de ïuillet, au pays de Saxe,
non fort loing de la ville de Witem-
berg, fut veu en l’air vn grand cerf1,
enuironné de deux grosses armées,
lesquelles faisoient vn grand bruit en
se combattant, et à l’instant mesmele
sang tomba sur la terre, comme vne
forte plltye : et le soleil se fendit en
deux pièces, dont l’vne sembloitestre
tombée en terre. Aussi auant la prise
de Constantinople il apparut vne
grande armée en l’air, auec vne infi-
nité de chiens, et autres bestes.
Iulius Obsequens dit, que l’an458i
en Italie, il pleut de la chair par gros
et petits lopins, laquelle fut en partie
deuorée par les oiseaux du ciel, auant
qu’elle tombast en terre : et le reste
qui cheutàterre demeuralongtemps
1 Chapitre 17. — A. P. Ce renvoi se rap-
porte au livre de feoaistuau.
791
sans se corrompre, ny changer de
couleur ny d’odeur. Et qui plus est,
l’an 989, régnant Otton Empereur
troisième de ce nom, pleut du ciel du
froment. En Italie l’an 180, il pleütdu
laict et de l’huile en grande quantité,
et les arbres fruitiers portèrent du
froment. Lycosthenes raconte, qu’en
Saxe il pleut des poissons en grand
nombre : et que du temps de Loys
Empereur, il pleut trois ioürs et trois
nuits durant, du sang : et que l’an
989, il tomba vers la ville de Venise,
neige rouge comme sang : et que
l’an 1505, en l’Eueschédel)ole,il pleut
du sang en grande quantité. Ce qu|
aduint la mesme année, le mois de
Iüin , en Angleterre.
Et nonseulement se fait des choses
monstrueuses en l’air, mais aussi au
soleil et en la lune. Lycosthenes es-
crit que durant le siégé de Magde-
bourg, du tempsde l’Empereur Char-
les cinquième, sur les sept heures du
malin, il apparut trois soleils, des-
quels Cëluy du milieu estoitfort clair,
les autres deux lîroierit sur le rouge
et couleur de sang, et apparurent
tout le iour : aussi sur la nuict appa-
rurent trois lunes. Ce mesme est ad-
uenu en Bauiere, 1554.
Et si au ciel s’engendrent telles
nouuelles, nous trouuerons la terre
produire d’autant ou plus admirables
et dangereux effets. L’an 542. toute
la terre trembla, et mesme le mont
Ætha vomit force flammes et flammè-
ches, dont la plus grande part des
villes, et villages, et biens de ladite
Isle furent embrasés1.
1 Tout cect est de la rédaction de 1579;
mais le chapitre ne s’arrêtait point la :
« D’atiantage l’an 1831 en Portugal il ad-
üint que la terre trembla huict iours durant,
et par chaque iour sept ou huict fols, telle-
ment qu’en la seuie villa dê Lysponfift lOsii
792
APPENDICE
CHAPITRE V '.
Abraham Ortelius, au tbeatre de
l’vniuers , descrit qu’il y a en Sicile
vne montagne bruslante, nommée
Ælna : de ceste montagne ont escrit
plusieurs philosophes et poêles , par-
ce que continuellement elle iette feu
et fumée, laquelle a plus de trente
lieues d’Italie de hauteur, et plus de
cent lieues de circuit par embas :
comme Facellus escrit, qui l’a très
bien regardée, et auec non moindre
curiosité descrite. Par dessus de ceste
continuelle flambe qui ne s’esteint
point, elle iette aucunesfois telle
quantité de feu, que tout le pays cir-
conuoisin en est totalement gaslé et
maisons furent ruinées, sans plus de six cents
qui furent fendues et creuces : et de n’ague-
res la ville de I’errare a esté presque ruinee
par pareil tremblement (l’an 1551). Pline
raconte et dit, que de son temps sous l’em-
pire de Néron, que Yasseus Marcellus, che-
ualier Romain , auoit au territoire Marrucin
quelques champs, \ n de ça l’autre delà
le grand chemin, l’vn estant vn pré, et
l’autre planté d’oliuiers : Aduint par vne es-
merueillablc vertu que ces deux champs
changèrent de place : car lesoliuiers sc trans-
portèrent là où estoit le pré , et le pré au cas
pareil fut veu se transporter au lieu où es-
toyent les oliuiers, ce qui fut iugé procéder
par tremblement de terre. »
Après ceci il y avait un dernier paragra-
phe qui sc retrouvera , au moins en partie,
dans le chapitre suivant; et le livre était
terminé par une histoire digne d’estre bien
considérée, tant des Médecins que des Chirur-
giens. Celte histoire est celle d’Isabeau Ro-
lant, reportée en 1585 au Livre des Tu-
meurs en general. Voyez tome I, page 356.
Il n’v a eu d’autre changement que l’omis-
sion du nom de Rebours , cité en 1579 parmi
les Docteurs qui avaient vu l’autopsie, et
bruslé. Mais combien de fois cela est
venu, nos prédécesseurs ne l’ont pas
couché par mémoire : neantmoins ce
que les aulbeurs en ont escrit, nous
le raconterons icy briefuement, et se-
lon le dire deEacelle.
L’an de la fondation de la ville de
Rome 350 , ceste montagne vomist
tant de feu, que par les brasiers et
charbons qui en sortirent , furent
bruslés plusieurs champs et villages :
250. ans après aduint le semblable :
37. ans après cecy elle desgorgea et
ielta tant de cendres chaudes, que les
toits et couuertures des maisons delà
ville de Calana, située au pied de ceste
montagne, de la pesanteur d’icelles
furent ruinées. Elle fit semblable-
ment grand dommage du temps de
effacé en 1585. Après cette histoire Paré
poursuivait :
<> A ce propos ledict sieur Milot m’a dict
auoir leu vne presque semblable histoire,
escrite par lean Philippe Ingrassias , docte
Médecin de Sicile, etc. »
Ceci a été également reporté au même cha-
pitre du Livre des Tumeurs, tome I , p. 353,
jusqu’au milieu du premier paragraphe de
la page 354 , après ces mots : Ce qui est con-
forme à ta doctrine de Galien , lequel veut les
escrouëlles n'estre autre chose que les glandules
scirrheuses et endurcies. Alors l’auteur ajou-
tait, ce qui terminait le livre :
« Or qu’il y ayt plusieurs glandules au
mesentere , cela a eslé demonstré cy dessus
en nostre Anatomie. On a veu pareillement
des femmes estant decedees auoir leur ma-
trice toute squirrheuse et de grosseur de la
teste d’vn homme , qu’on eslimoit estre vne
molle, ce qui n’estoitpas : aussi on en voit
estre la matrice squirrheuse en vne partie
seulement , tous lesquels squircs sont incu-
rables. »
1 Ce chapitre presque tout entier est de
1585. I! ne porte pas de titre; et en défini-
tive il fait directement suite au dernier pa-
ragraphe du chapitre précédent.
AV LIVRE DES MONSTRES.
l’Empereur Caligula , et puis après
l’an 254 Le premier iour de feurier,
l’an 1109 elle abbatil par le feu con-
tinuel qui en sortoit, plusieurs ro-
chers, et causa tel tremblement de
terre que la grande Eglise de la ville
de Catana en fut démolie et abbatue :
et l’Euesque, auec les Prestrcs, et gens
qui yestoient pour lors, furent assom
mes et froissés. L'an 1329, le premier
iour de iuillet, ayant fait nouuelle ou-
uerture, abbalit et ruina par ses flâna-
ntes et tremblement de terre qui en
aduint, plusieurs Eglises et maisons
situées à l’entour de ladite montagne :
elle fit tarir plusieurs fontaines ,
ietta dans la mer plusieurs bateaux
quiestoient à terre, et au mesme ins-
tant se fendit encore entrois endroits
de telle impétuosité, qu’elle renuersa
et ietta en l’air plusieurs rochers,
voire aussi des forests et vallées, iet-
tant et vomissant tel feu par ces
quatre conduits infernaux, qu’il de-
couloit de ladite montagne en bas,
comme de ruisseaux bruyans, rui-
nant et abbattant tout ce qu’il ren-
conlroit ou luy faisoit résistance :
tout le pays circonuoisin fut couuert
de cendres sortans hors de cesdites
gueules ardantes au sommet de la
montagne, et beaucoup de gens en
furent estoutfés : de maniéré que les-
dites cendres de ceste odeur sulphu-
rée furent transportées du vent ( qui
souffloit alors du Septentrion)iusques
à l’Islede Maltba, qui est distante de
160. lieues Italiques de ceste monta-
gne là. L’an 1444, se demenoit de re-
chef fort terriblement, en vomissant
feux et cailloux. Après ce temps là
ellecessoit de ietter feux et fumée,
tellement qu’on l’eslimoit totalement
esteinte , et ne deuoir plus brusler.
Mais ce beau temps là (par maniéré
de dire) estoit bien tost passé. Car
793
l’an 1536, le 22. de mars, elle recom-
mença à vomir force flambes ardantes,
qui abbatirent tout ce qu’elles ren-
contrèrent en chemin. L’Eglise de
S. Leon , située dedans la forest ,
tomba par le tremblement de la mon-
tagne, et incontinent après elle fut
tellement embrasée du feu, qu’il
n’en reste plus rien, sinon vn mon-
ceau de pierres bruslées.
Tout cecy estoit vne chose bien
horrible. Mais ce n’estoit encore rien
au prix de ce qui est aduenu depuis en
l’an 1537, le premier iour de may.
Premièrement toute l’isle de Sicile
trembla douze iours durant : après
il futoüy vn horrible tonnerre, auec
vn esclal bruyant, tout ainsi que les
grosses artilleries dont plusieurs mai-
sons se démentirent par toute ceste
Isle. Cecy dura enuiron l’espace
d’onze iours : après cela elle se fendit
en plusieurs et diuers endroits, des-
quelles fentes et creuasses sortit telle
quantité de flambes de feu, qui des-
cendirent de ladite montagne, qu’en
l’espace de quatre iours ruinèrent et
mirent en cendres tout ce qu’ilyauoit
à quinze lieues à la ronde, voire aussi
plusieurs villages furent entièrement
bruslés et ruinés. Les habitans de
Catana, et plusieursautres, abandon-
nai leurs villes s’enfuirent aux
champs. Vn peu de temps après, le
trou qui est au sommet de la monta-
gne ietta trois iours consecutifs telle
quantité de cendres, que non seule-
ment ceste monlagneen fut couuerle,
mais qui plus est, elle s’espandit et
fut chassée du vent iusques aux ex-
trémités de ceste isle, voire outre la
mer iusques en Calabre. Certaines
nauires voguans en la mer pour aller
deMessina à Venize, distant de ceste
isle trois cens lieues Italiques, ont
esté entachées des cendres susdites.
APPENDICE AV LIVRE DES MONSTRES.
794
Voicy ce que Facelius en escrit en
langue latine de ses histoires tragi-
ques, mais beaucoup plus au long. Il
y a enuiron trois ans que les nouiiel-
les vindrent à Anuers que ladite mon-
tagne auoit grandement endommagé
le pays par ses feux. En cesteisle fu-
ren t iadis plusieurs villes magnifiques,
comme Syracuse, Agrigente et autres :
pour le présent Messine, Païenne, y
sont les principales.
Marc Paul Vénitien au 2. liure des
Pays orientaux ^ chap. 64. dit que la
ville de Quinsay est la plus grande
ville du monde, et qu’elle a cent mil-
les d’Italie de circuit) où il y a douze
mille ponts de pierre, sous lesquels
les vaisseaux à masts esleuéspeunent
passer. Elle est en mer comme Venize.
Il affirme y auoir seiourné : ce que
i’ay recueilli de l’interprete de Sa-
luste du Bar tas , en son quatrième
iour de la Sepmaine , fueillet cent
soixante six.
Il aduient pareillement choses ad-
mirables és eaux. Car on a veu sortir
des abysmes et gouffres de la mer
grosses flammes de feu au traùers de
l’eau, chose fort monstrueuse, comme
si grande quantité d’eau ne suffo-
quoit le feu 1 : en cela Dieu se monstre
1 Ce eotiùnencemeni du paragraphe est
textuellement copié du texte de 1579. Mais
tout le reste est de rédaction nouvelle j et
en 1679, voici comment l’auteur continuait :
« Dauantage les eaux se sont si estrange-
ment et prodigieusement débordées que
l’an 1530 ia mer se déborda tellement eti
Hollande et Zelande que toute l’isle cuida
estre nnyee, et toutes les villes et villages fu-
rent rendues navigables par longue espace
incompréhensible comme en toutes
ses œuures. Lucio Maggio en son dis-
cours du tremblement de terre, dit
qu’on a veu que par vn tremblement
de terre , l’eau de la mer s’eschaufla
de telle sorte qu’elle fit fondre toute
la poix autour des nauires qui es-
taient pour lors à la rade, iusques à
voir les poissons nager sur l’eau
quasi tout cuits, et moururent infinies
personnes et bestes par l’exlreme
chaleur. Pareillement on a veU en
mer calme* en vn moment les nauires
abysmer, à raison qu’elles passent
sur quelques abysmes, oü l’etiu est
morte et impuissante de soustehir
faix. D’auantage en la mer il y a des
rochers de pierre d’aimant, que si les
nauires passent trop prés, â cause du
fer, sont englouties et perdues au pro-
fond de la mer. Somme il se troüue
d’estranges et monstrueuses choses
en la mer, ce qui est protlué par ce
grand Prophète Dauid , qui dit ,
pseaume lue
En cesle iner nauires vont errant,
Puis la Baleine, horrible monstreet grand,
Y as formé, qui bien à l’aise y noué,
Et à son gré par les ondes se ioué.
de temps. Aussi à Rome le Tibre se déborda
auec telle violence qu’il submergea vue
grande partie de la ville, tellement qu’en
aucunes rués l'eau surmontoit la hauteur de
trente six pieds. Et mesmes ces années pas-
sées, le Rosne se déborda de telle façon, qu’il
renuersa vne partie du pont de Lyon et plu-
sieurs maisons de la Guillauliere. »
,îe ne sais pourquoi ce passage a été re-
tranché en 15S5, et je ne l'ai retrouvé dans
aucun autre endroit des œuvres de Paré.
FIN DU TROISIEME ET DERNIER VOLUME.
TABLE DES MATIERES
CONTENUES DANS CE VOLUME.
Pages*
Préface du troisième volume. j
§ i. — Additions à l'histoire de la chi-
rurgie au moyen âge. iv
§ il.— Additions à l’histoire d’Ai Pai e. i\
§ ni. — Additions relatives aux écrits
d’A. Paré. xv
Table des auteurs cités par A. Paré. Ax
§ iv.— Inauguration de la statue de
Paré. xxij
Discours prononcé par M. Pariset. xxvj
LE DIX-NEVFIÉME LIVRE
Traitant des monstres et prodiges.
Préfacé. 1
Chapitre i. Des causes des monstres. 3
Chap. ii. Exemple de la gloirede Dieu. lb.
Chap. m. Exemple de l’ire de Dieu. Ib.
Chap. iv. Exemple de la trop grande
quantité de semence. S
Chat. v. Des femmes qui portent plu-
sieurs enfans d’vne ventrée. H
Ciiap. vi. Des hermalïodites ou aiidro-
gynes, c’est-à-dire, qui en vn mesme
corps ont deux sexes. 16
Chap. vu. Histoires mémorables de
certaines femmes qui sont degenerées
en hommes. 18
Chap. viiî. Exemple du defaut de la
quantité de la semence. 20
Chap. ix. Exemple des monstres qui
se font par imagination. 23
Chap. x. Exemple de l’angustie ou pe-
titesse de la matrice. 26
Chap. xi. Exemple des monstres qui se
font, la mere s’estant tenue trop longue-
ment assise, ayant eu les cuisses croi-
sées , ou pour s’estre bandé et serré trop
le ventre durant qu’elle estoit grosse. lb.
Chap* xit. Exemple des monstres qui
Pi.ges.
sont engendrés , la mere ayant reçu
quelque coup, ou eheute, estant grosse
d’enfant. 27
Chap. khi. Exemple des monstres qui
se font par les maladies héréditaires, lb.
Ciiap. xiv. Exemple de choses mons-
trueuses qui sont aduenues en maladies
accidentales. 28
Ciiap. xv. Des pierres qui s’engendrent
au corps humain. 29
Ciiap. xvi. De certains animaux mons-
trueux qui naissent contre nature aux
corps des hommes, femmes, et petits
enfans. 33
Chap. xvii. De certaines choses es-
trangesque Nature repousse par son in-
compréhensible prouidcnce. 38
Ciiap. xviii. De plusieurs autres choses
éstranges. 41
Chap. xix. Exemple des monstres qui
se font par corruption et pourriture. 42
Chap, xx. Exemple de la commistion
et meslange de semence. 43
Chap, xxi Exemple de l’artifice des
meschans gueux de l’ostiere. 46
Chap. xxii. I/imposlure d’vne belis-
tfesse feignant auoir vn chancre à la
maminelle. U>.
Chap. xxili. L’imposture d’vn certain
maraut qui contreraisoil le ladre. 47
Chap. xxtv, D’vne cagnardiere fei-
gnantestre malade du mal Sainct Fiacre,
et luy sortoit du cul un long et gros
boyau, fait par artifice. 51
Chap. xxv. D’vne grosse garce de Nor-
mandie , qui feignoit auoir vn serpent
dans le ventre. 52
Ciiap, xxvi, Exemple des choses mons-
trueuses faites par les deihonset sorcierSi 6*
79^
TABLE
Pages.
Ciiap. xxvii. De ceux qui sont possé-
dés des démons, qui parlent en diuerses
parties de leurs corps. 56
Chap. xxviii. Comme les démons ha-
bitent és carrières. 57
Chap. xxix. Comme les démons nous
peuuent deceuoir. 58
Ciiap. xxx. Exemple de plusieurs illu-
sions diaboliques. 60
Chap. xxxi. De l’art magique. 61
Chap. xxxii. De certaines maladies es-
tranges. 62
Ciiap. xxiiii. Des incubes et succubes
selon les médecins. 66
Ciiap. xxxiv. Des nouëurs d’esguillette. 67
Chap. xxxv. Autres histoires non hors
de propos. Ib.
LE VINGTIÈME LIVRE
Traitant des fiéures en général et en
particulier.
PhEFACE AV LECTEVR. 69
Table ou indice de tout ce discours
des fiéures. 73
PREMIERE PARTIE
Du discours des fiéures , etc.
Chapitre i. La définition des fiéures. 74
Chap. ii. Des causes generales de la
fiéure. 77
Chap. iii. Des signes des fiéures en
general. 79
Chap. iv. De la curation des fiéures
en general. 81
Chap. v. Des moyens desquels on se
sert à guérir les fiéures. 84
Ciiap. vi. La différence des fiéures. 87
Chap. vu. Des fiéures en particulier,
et premièrement de la fiéure ephemere. 88
Chap. vin. De la fiéure humorale, et
de ses différences. 92
Chap. ix. De la fiéure synoque simple. 94
Chap. x. Des causes et signes de la
synoque simple. 96
Chap. xi. De la cure de la synoque
simple. 97
Chap. xii. Des fiéures putrides en ge-
neral , et de leurs différences. 99
Page».
Ciiap. xiii. Des causes et signes des
fiéures putrides. 102
Ciiap. xiv. De la cure des fiéures pu-
trides en general. 105
Chap. xv. De la fiéure synoque. 107
Chap. xvi. De la cure de la synoque
putride. 110
Ciiap. xvii. Des fiéures intermitten-
tes , de leurs especes , et comment elles
sont distinguées des continues. 113
Ciiap. xvm. Pourquoy les accès des
fiéures intermittentes retournent à cer-
tains iours, sçauoir des quotidianes tous
les iours, des tierces de trois en trois ,
de quartes de quatre en quatre'siours. 117
Ciiap. xix. Des fiéures faites de la bile,
et premièrement de la tierce intermit-
tente vraye et légitimé. 121
Chap. xx. Des signes de la fiéure tierce,
où il s’agit de la rigueur et de l’horreur. 123
Chap. xxi. De la cure de la fiéure
tierce légitimé. 126
Chap. xxii. De la fiéure tierce bas-
tarde , de ses causes , signes et cure. 130
Chap. xxi ii. De la fiéure ardente, es-
pece de fiéure tierce continue. 133
Ciiap. xxiv. De la fiéure tierce conti-
nue. 136
Ciiap. xxv. Des fiéures pituiteuses ,
et premièrement de la quotidiane inter-
mittente, légitimé et illégitime. 138
Ciiap. xxvi. De la fiéure quotidiane
continue. 142
Chap. xxvii. De la fiéure epiale, et
de la lypirie. 143
Chap. xxviii. Des fiéures faites de l’hu-
meur melancholiqne , et premièrement
de la quarte intermittente vraye. 146
Ciiap. xxix. De la fiéure quarte inter-
mittente bastarde. 153
Chap. xxx. Des fiéures quintaine, sex-
taine , octainc , etc. 156
Chap. xxxi. De la fiéure quarte con-
tinue. 158
Ciiap. xxxii. Des fiéures humorales
composées , et premièrement de l’he—
mitritée. 160
Chap. xxxiii. De la double et triple
tierce, double quotidiane, double et tri-
ple quarte. 166
DBS MATIÈRES.
Pngc«
Ciiap. xxxiv. Des fiéures confuses. ICO
Ciiap. xxxv. De la fiéure hectique, de
ses différences, causes, signes et cure. 170
Chap. xxxvi. Des Oéures symptomati-
ques, de leur différence et curation. 170
Chap. xxxvii. Des fiéures extraordi-
naires. 180
SECOXDE PARTIE
Du discours des fiéures , touchant leurs
symptômes.
Chap. i. De la diuision des symptô-
mes, et suite de ce discours. 12
Chap. ii. Des symptômes de l’action
lesée , et premièrement de la douleur. 184
Chap. hi. Des veilles immodérées. 187
Chap. iv. De l’assoupissement et som-
meil profond. 188
Chap. v. Du délire ou resuerie. 189
Ciiap. vi. De la conuulsion et iectiga-
tion. 190
Chap. vu. De la paralysie. 191
Chap. vin. De l’esbloüissement des
yeux. Ib.
Chap. ix. De la surdité. 192
Chap. x. De la difficulté de respirer. 193
Chap. xi. De la toux. Ib.
Ciiap. xii. De la difficulté d’aualler. 194
Ciiap. xiu. Du degoust et appétit
perdu. 195
Chap. xiv. Des nausées et enuies de
vomir. 19G
Chap. xv.Du sanglot et hocquet. Ib.
Chap. xvi. Du vomissement. 197
Chap. xvii. De la soif desreglée. 198
Chap. xviii. De la lipothymie et syn-
cope. 199
Chap. xix. Des symptômes qui sui-
uent l’ametrie des excremens : et pre-
mièrement du flux de ventre. 200
Chap. xx. De la dureté du ventre. 201
Ciiap. xxi. Delà suppression d’vrine. 202
Ciiap. xxii. Du flux excessif d’vrine. Ib.
Chap. xxiii. Des sueurs immodérées. 203
Chap. xxiv. Du flux de sang immo-
déré. Ib.
Chap. xxv. Des symptômes des fiéures
qui appartiennent à la simple afl'ectioii
du corps : et premièrement de la jau-
nisse. 204
797
Page»,
Ciiap. xxvi. De la seichercsse, noir-
ceur, et autres accidens de la langue. 205
Ciiap. xxvii. De la froideur des extré-
mités du corps. Ib.
Ciiap. xxviii. De l’excessiue chaleur. 206
Ciiap. xxix. De la tension des hypo-
chondres. Ib.
LE VINGT-VNIÈME LIVRE
Traitant de la maladie arthritique, vul-
gairement appellée goule.
Ciiap. i. Description de la maladie ar-
ticulaire, dite vulgairement goûte. 208
Ciiap. ii. Des causes occultes des
goûtes. 209
Chap. ni. Histoires mémorables. 211
Ciiap. iv. Des causes acquises et ma-
nifestes des goûtes. 213
Ciiap. v. De l’origine de la defluxion
des goûtes. 2i5
Ciiap. vi. Signes que la fluxion vient
du cerueau. 216
Chap. vu. Les signes que la fluxion
vient du foye et de la masse sanguinaire. 217
Ciiap. vin. Les signes pour connois-
tre quelle humeur accompagne le virus
arthritique. ' Ib.
Chap. ix. Les signes de la cliolere. Ib.
Chap. x. Signes de l’humeur pitui-
teux. 218
Chap. xi. Signes de l’humeur melan-
cholique. 219
Ciiap. xii. Prognoslic de la goûte. Ib.
Ciiap. xiii. Cure preseruatrice et cu-
raliue des goûtes. 222
Chap. xiv. Du vomissement. 224
Ciiap. xv. Diuers remedes pour les
gouteux. 226
Ciiap. xvi. De la maniéré de viure des
gouteux. 229
Chap. xvii. Du boire des gouteux. 230
Chap. xviii. Pour roborerlcs iointures. 231
Chap. xix. De la cure palliatiue des
goûtes. 232
Ciiap. xx. Des remedes topiques ou
particuliers pour matière froide. 235
Chap. xxi. Remedes locaux pour la
goûte de matière chaude, principale-
ment faite de sang. 239
TABLE
798
Pages.
Chap. xxn. Remedes topiques pour
l’humeur cholérique. 241
CnAP. xxm. Des aides de la douleur
faite d’intemperature sans matière. 245
Ciiap. xxiv. Ce qu’il faut faire la dou-
leur cessée des goûtes. 246
Ciiap. xxv. Des tophes ou noeuds qui
viennent aux iointures des gouteux. 247
Ciiap. xxvi. Des ventosités qqi le plus
souuent sont trouuées auec les goules,
et de leurs remedes. 249
Ciiap. xxvii. De la sciatique. 250
Ciiap. xxviii. Cure de la sciatique. 251
Ciiap. xxix. De la goule grampe. 255
LE VINGT-DEVXIEME LIVRE
Traitant de la petite verolle, rougeolle, et
vers des peins en fans, et de la lepre.
Chap. i. Des causes de la petite ve-
rolle et rougeolle. 256
Chap. u, De la cure de la petite ve-
rolle et rougeolle. 259
Chap. ni. Quelles parties faut preser-
uer de la verolle. 261
Chap. iv. Des vers qui s’erigendrent
és boyaux. 264
Chap,. y. Cure des vers. 267
Chap. vi. Des poux, morpions et ci-
rons. 269
Chap. vu. Briefue description de la
lepre ou ladrerie. 271
Chap. vui. Des causes de lepre. 272
Chap. ix. Des signes qui monstrent la
préparation de la lepre. 274
Ciiap. x. Signes qui monstrent la le-
pre estre ja conlirmée. lb.
Chap. xi. Du prognostic de la lepre. 279
Ciiap. xii. De faire séparer les ladres
de la conuersation et compagnie des
sains. 280
Chap. xiu. De la cure pour ceux qui
sont préparés à la lepre. 281
Chap. xiv. De la lepre des Grecs, dicte
du vulgaire Mal sainct Main, qui est
vne rongne. 282
Chap. xv. Des dartres. 10.
Page».
LE VINGT-TROISIÈME LIVRE
Traitant des venins et morsure des chiens
enragAs, et autres morsures et piqueures
de bestes veueneuses.
Ciiap. i. Pourquoy l’autheur a escrif
des venins. 283
Ciiap. ii. Question. 286
Ciiap. iii. Autre question. 287
Chap. iv. A sçauoir si les animaux
viuans des bestes venimeuses sont ve-
nimeux, et si on en peut manger sans
danger. 288
Chap. v. Les signes des venins en ge-
neral. 289
Chap. vi. L’opinion d’aucuns re-
prouuée. 292
Ciiap. vii. Pour se donner garde d’es-
tre empoisonné. 293
Chap. vui. Des diuersions. 294
Chap. ix. Des venins en particulier. 295
Chap. x. De la corruption de l’air. lb.
Ciiap. xi. Prognostic des venins en
general. 297
Ciiap. xii. Prognostic du venin des
bestes. 298
Ciiap. xiii. Cure de la morsure et pi-
queure des bestes venimeuses. 300
Chap. xiv- De la cure vniuersellc. 303
Ciiap. xv. La cause pourquoy les
chiens deuiennent plustost enragés que
les autres bestes. 304
Chap. xvi. Signes pour connoistre le
chien estre enragé. 305
Ciiap. xvii. Les signes pour connois-
tre vn homme auoir esté mordu d’vn
chien enragé. lb.
Ciiap. xviii. Des accidens qui vien-
nent à ceux auxquels le venin du chien
enragé est commencé d’eslre imprimé
aux parties nobles. 306
Chap. xix. Prognostic. 308
Ciiap. xx. Cure de la morsure d’vn
chien enragé. 309
Ciiap. xxi. De la cure de ceux qui sont
ja tombés en hydrophobie, et néant-
moins se reconnoissent encores en vn
miroir. 312
Ciiap. xxn. Du régime de ceux qui
DES MATIÈRES.
Pages.
ont esté empoisonnés et mords des
chiens enragés , et des piqucures et
morsures des bestes venimeuses. Ib.
Chap. xxiii. De la morsure ou pi-
queure delà vipere, et de ses accidens. 313
Chap. xxiv. Du serpent appelé copie-
sang. 815
Chap. xxv. Du serpent nommé pour-
risseur. Ib.
Chap. xxvi. Du basilic, 316
Chap. xxvii. De certains serpens es-
tranges. 317
Chap. xxviii. De la salamandre. Ib,
Chap. xxix. De la torpille. 318
Ciiap. xxx. De la morsure d’aspics. Ib.
Chap. xxxi. De la morsure de cou-
leuure. 320
Ciiap. xxxii. De la morsure du cra-
paut. 321
Chap. xxxiii. De lapiqueure du scor-
pion terrestre. 323
Chap. xxxiv. De la morsure et pi-
queure des mousches et chenilles. 324
Chap. xxxv. De la morsure des arai-
gnes. 325
Chap. xxxvi. Des mousches cantha-
rides. 326
Chap. xxxviii. De la mouscbe nommée
bupreste. 329
Chap. xxxviii. De la sangsue ou
suce-sang. 330
Chap. xxxix. De la murene. I<1.
Chap. xl. De la piqueure d’vne viue. 331
Chap. xli. Piqueure de la lareronde
ou pastenaque. 332
Chap. xlji. De la vénénosité du lié-
ure marin. 333
Ciiap. xliii. Du venin du chat. Ib.
Ciiap. xliv. De la vénénosité de cer-
taines plantes. 334
Chap. xlv. Du bezahar. 339
Chap. xlvi. Des métaux et minéraux
venimeux. 342
Chap. xlvii. De la propriété de l’ar-
gent-vif. 344
LE VINGT-QUATRIÈME LIVRE
Traitant de la peste.
Chap. I. Description de la peste. 350
799
Pages.
Chap. u. Des causes diuines de la
peste. 252
Ciiap. iii. Des causes humaines ou na-
turelles, et semences generales de la
peste, prises de la corruption de l’air. 356
Chap. iv. De l’alteration des hur
meurs, qui se fait principalement par
la maniéré de viure. 360
Chap. v. Signes ou présagés de la
peste à aduenir, pris de la corruption
de l’air. 362
Chap. vi. Signes de la peste, pris
de la corruption qui est en terre. 364
Chap. vii. La cure preseruatiue , et
premièrement de l’air, du viure, et de
la maison. 366
Ciiap. viii. Description d’eaux cor-
diales, electuaires , opiates , pilules, et
autres remedes à prendre par la bouche,
preserualifs et curatifs de la peste. 368
Ciiap. ix. Des remedes particuliers,
ou choses qu’on applique par le dehois. ^373
Chap. x. D’aucunes choses que l’on
doit oliseruer outre les precedentes,
pour la preseruatîon. 375
Chap. xi. De l'oftice des magistrats
et officiers publics , qui ont la charge
de la police. 377
Ciiap. xii. Comment l’on doit pruce-
der à l’election des médecins , chirur-
giens et apoticaires, pour médicamen-
ter les pestiférés. 318
Chap. xih. Ce que doiuent faire ceux
qui seront esleus à penser et médica-
menter les pestiférés. 379
Chap. xiv. Des signes de la peste pré-
sente. 381
Ciiap. xv. Des signes mortels de la
peste. 384
Ciiap. xvi. Des signes par lesquels
on peut connoistre que le malade est
infecté de la peste venant du vice de
l’air, et non des humeurs. 385
Ciiap. xvii. Signes que le malade est
infecté de la peste prouenant de la cor-
ruption des humeurs. 386
Chap. xviii. Du prognostic. 388
Chap. xix. Comment se fait la fiéure
pestilentielle. 391
CiiAr. xx. Comment le maladesedoit
8oo
TABLE
retirer du lieu infect, subit qu'il se sent
frappé de peste.
Chai\ xxi. De la situation et habita-
tion de la maison du malade de peste,
et moyen d’y rectifier l’air.
Chap. xxii. Du régime et maniéré de
viure du malade, et premièrement du
manger.
Chap. xxiii. Du boire du pestiféré
malade.
Chap. xxiv. Des medicamens alexi-
teres, c’est à dire contrepoisons, qui
ont vertu de chasser le venin pestiféré.
Chap. xxv. Des epilhemes ou fomen-
tations, pour corroborer les parties no-
bles.
Chap. xxvi. A sçauoirsi la saignée et
purgation sont necessaires au commen-
cement de la maladie peslilente.
Chap. xxvii. Des medicamens purga-
tifs.
Chap. xxviii. Des accidens et compli-
cations des maladies qui aduiennenl
aux pestiférés : et premièrement de la
douleur de teste.
Chap. xxix. Delà chaleur des reins.
Chap. xxx. Accidens de peste.
Ciiap. xxxi. Des éruptions et pustules
appelées pourpre.
Ciiap. xxxii. De la cure des éruptions.
Chap. xxxiii. De l’aposteme pestiféré,
appellée bubon ou bosse.
Chap. xxxiv. De la cure de l’aposteme
pestiférée.
Ciiap. xxxv. Du charbon non pestiféré.
Chap. xxxvi. Description du charbon
pestiféré , et de ses causes, signes et
marques.
Ciiap. xxxvii. Prognostic des apostc-
mes et charbons pestiférés.
Chap. xxxviii. De la cure du charbon
pestiféré.
Chap. xxxix. Du prurit et démangeai-
son qui vient autour de l’vlcere, et de
la maniéré de produire la cicatrice.
Ciiap. xl. De plusieurs euacuations
qui se font outre les precedentes, et
premièrement de la sueur.
Ciiap. xli. Du vomissement.
Chap. xui. Du cracher et bauer.
393
ld.
396
400
404
409
410
413
418
421
422
423
424
427
lb.
,434
435
436
439
441
443
444
445
l’»g*«.
Ciiap. xliii. De l'esternuer et mou-
cher. lb.
Ciiap. xi.iv. De l’éructation ou rouc-
tement , et du sanglot.
Chap. xlv. De l’vrine. lb.
Ciiap. xlvi. Du flux menstruel. 447
Chap. xlvii. Des hemorrhoïdes. 448
CnAP. xlviii. Pour prouoquer le flux
de ventre. 449
Ciiap. xlix. Pour arrester le flux de
ventre. 451
Chap. l. De l’euacuation faite par in-
sensible transpiration. 454
Ciiap. li. De la curation des enfans
espris de la peste. 455
Ciiap. lu. Discours des incommodités
que la peste apporte entre les hommes,
et du souuerain remede. 457
Chap. lui. Epilogue ou conclusion de
ce discours de la peste. 461
Aduertissement de l’auteur. 464
CHAPITRE COMPLÉMENTAIRE.
De l’vsage de l’antimoine. 465
DISCOVRS
HE LA MVMIE ET HE LA LICORNE.
A 1res haut et puissant seigneur, messire
Christophe des Vrsains. 468
DISCOVRS
De la Mumie.
Chapitre i.
474
Ciiap. ii.
476
Ciiap. iii.
lb.
Ciiap. iv.
477
Ciiap. v.
478
Chap. vi.
479
Ciiap. vii.
481
Ciiap. vin.
482
Ciiap. ix.
485
Chap. x.
489
DISCOVRS
De la Licorne.
Chapitre i. Introduction de
l’an—
theur : description de la licorne.
491
Chap. ii. Variétés d’opinions touchant
la description de la licorne. 492
DES MATIÈRES.
Bot
Pages.
Chap. lu. 494
Chap. iv. 495
Chap. v. 497
Chap. vi. Discord des aulheurs lou-
chant le naturel de la licorne. 498
Chap. vii. Description du rhinocéros. 500
Chap. viti. Ib.
Chap. ix. Du taureau de la Floride. 501
Chap. x. Description du Pirassoipi,
espece de licorne d’Arabie. lb.
Chap. xi. Eléphant de mer. 503
Chap. xii. Du poisson nommé Caspilly. Ib.
Chap. xiii. Du poisson nommé ’VIetif,
espece de licorne de mer. 503
Chap. xiv. Poisson ressemblant par la
leste au porc sanglier. Ib.
Ciiap. xv. Question touchant les ver-
tus prétendues de la licorne. Response. 505
Chap. xvi. Preuu e faite par authorité. 507
Chap. xvii. Preuue faite par raison. 509
Chap. xviii. Des perles et pierres pré-
cieuses, suiuant l’opinion de Ioubert. 510
Ciiap. xix. Du pied d’Hellend. 511
REPLIQUE
D' Ambroise Paré, premier Chirurgiendu
Roy, à la response faite contre son dis-
cours de la licorne. 515
LE VINGT-CINQUIÈME LIVRE
T railant de la faculté et vertu des medica-
mens simples, ensemble de la composi-
tion et vsage d’iceux. 520
PREFACE. ib.
Chapitre i. Que c’est que médica-
ment, et la differenceentre médicament
et aliment. Ib.
Ciiap. ii. Diuision des medicamens
selon leur matière et substance. 521
Ciiap. iii. Diuision des medicamens
simples selon leurs qualités et effets. 522
Chap. iv. De la seconde faculté des
medicamens. 527
Chap. v. De la troisième faculté des
medicamens. Ib.
Chap. vi. De la quatrième faculté des
medicamens. 528
Ciiaf. vii. Des saueurs. 529
III.
l'âge*.
Chap. viii. De la façon de préparer
les medicamens. 533
Chap. ix. Des medicamens repercus-
sifs ou repoussans. 534
Ciiap. x. Des medicamens attractifs. 536
Chap. xi. Des medicamens résolutifs. 537
Ciiap. xii. Des suppuratifs. 539
Chap. xiii. Des medicamens emolliens
ou remollitifs. 540
Chap. xiv. Des detersifs ou mondifi-
catifs. 542
Chap. xv. Des medicamens sarcoti-
ques. 543
Chap. xvi. Des medicamens epuloti-
ques ou cicatrisatifs. 544
Chap. xvii. Des medicamens aggluti-
natifs. 545
Ciiap. xviii. Des medicamens causti-
ques et corrosifs. 546
Ciiap. xix. Des medicamens anodyns. 547
Ciiap. xx. De la composition des me-
dicamens et de leur vsage. 550
Chap. xxi. Des poids et mesures, et de
leurs figures. 551
Chap. xxii. Des clysteres. 552
Chap. xxiii. Des suppositoires, noüets,
et pessaires. 558
Chap. xxiv. Des huiles. 560
Chap. xxv. Des linimens. 562
Chap. xxvi. Des onguens. 563
Ciiap. xxvii. Des ceroüennes et em-
plastres. 568
Chap. xxviii. Des cataplasmes et pul-
tes. 575
Ciiap. xxix. Des fomentations. 576
Chap. xxx. Des embrocations. 577
Chap. xxxi. Des epithemes. 578
Chap. xxxii. Des ruptoires ou cautè-
res potentiels. 579
Chap. xxxiii. Des vésicatoires. 584
Chap. xxxiv. Des collyres. 585
Chap. xxxv. Des errhines et sternuta-
toires. 586
Chap. xxxvi. Des apophlegmatismes,
ou masticatoires. 588
Ciiap. xxxvii. Des gargarismes. 590
Chap. xxxviii. Des dentifrices. 591
Chap. xxxix, Des sachets. 592
Chap. xl. Des sulTumigations et par-
fums. 593
5l
8oa
TABLE
Pages.
Ciiap. xli. Des insessions on demis
baings. 590
Chap. xf.ii. Des baings. fb.
Chap. xliii. Desesluues. G0|
Chap, xliv. Des fards pour deeorer
et embellir Ig fgpe des femmes. 603
Chap. xlv. De la gontte rose, 606
Chap. xlvi, La maniéré de faire noir-
cir le poil. 6(0
Chap, xlvu. Psilothrq, ou dépilatoires
pqifr faire cheoir le poil. 612
LE VINGT-SIXIÈME LIVRE ,
Traitant des distillations.
Ciiap. i. Que c’est que distillation, et
combien de sortes ou maniérés il y a de
distiller. 614
Chap. ii. De la matière et forme des
fourneaux. 615
Chap. ui. Des vaisseaux pour distiller. 616
Ciiap. iv. Quelles choses dojuent esfre
considérées és distillations. 617
Chap. v.En quels vaisseaux faut dis-
tiller les eaux. 618
Chap. VI? Cofnme il faut préparer les
matières deuant qu’en distiller les eaux. 620
Chap. vii. La maniéré de distiller les
eaux. 621
Chap. viii. De la maniéré de distil-
ler l’eaudevie , appelée l'ante ou l’esprit
de vin. 623
Chap. ix. La maniéré de rectifier les
eaux distillées. 624
Chap. x. La manière de distiller par
filtre. Jb.
Chap. xi. La maniéré de distiller les
huiles, et par cpnihiep de maniérés
elles sont extraites. 626
Chap. xii. La maniéré de tirer les
huiles des végétaux par distillation- 626
Ciiap. xpi. Autre maniéré pour tirer
l’essence et esprit de tous aromates, tant
herbes, fleurs , semence set fruits; aussi
de la rheubarbe, agaric, turhilh? fier-
modacle , et autres purgatifs. 620
Chap. xiv. La maniéré fie tirer l’huile
des gommes , larmes , ou liqueurs es-
paisses, et résinés, et mesme de cer-
tains bois. 630
Page».
CnAP. xv. La maniéré de tirer l’huile
des gommes plus solides, comme myr-
rhe, mastic et autres. 631
Chap. xvi. De la maniéré de faire
l’huile de vitriol. 033
REGISTRE
De toutes sortçs dp medicamens et Utslry-
mens seraans à la gyarisçn des malades. 634
APHORISMES D’HIPPOCRATES
Appartenons à la chirurgie.
Le temps d’Hippocrates devaptQglien. 64 1
Aphorismes d’Hippocrates. 643
CANONS ET REIGLES
Chirurgiques de l'auteur. 641
LE VINGT-SEPTIÈME LIVRE,
Traitant des rapports , et du moyen d’em-
baumer les corps morts. 651
De la façon d’embaumer les corps. 670
apologie ET TRAITÉ
Contenanilesvoyages faits en ditters lieux,
par Ambroise Paré , de Lauul, conseil-
ler et premier chirurgien du Roy. 676
Le voyage de Thurin. — 1536. 689
Voyage de Marolle et de Basse-Bre-
tagne.— 1543. 692
Voyage de Parpignan. — 1544. 694
Voyage de Eandresy.— 1544. 695
Voyage de Boulogne, — J545. 696
Voyage d’Allemagne. — 1552. 697
Voyage de Danuifliers. — (552. 698
Voyage de Chasteaq le Comte. —
1552. 699
Voyage de Metz. — 1552. 70Q
Voyage dé Hédin. — 1553. 709
Bataille de Saint-Quentin. — 1557. 720
Voyage du camp d’Amiens. — 1558. 722
Voyage du Havre de Grâce. — 1563. Ib.
Voyage de fUmen. — 1562. 723
Voyage de la bataille de Drçux. —
(662. 724
des matières.
8o3
Pages*
Voyagede la bataille de Montcontour.
— 1569. 725
Voyage de Flandres. 726
Voyage de Bourges. — 1562. 732
Bataille de Saint-Denys. 733
Voyage de Bayonne. — 1564. lb.
LE LIVRE DES ANIMAUX,
Et de l’excellence de l’homme.
CnAPiTRE i. De la nature des bestes
brutes. 735
Chap. ii. Du prognostic des animaux. 738
Chap. iii. De l’artifice et industrie
des animaux. 739
Ciiap. iv. De l’industrie et artifice des
oiseaux à faire leurs nids. 740
Chap. v. De l’artifice des araignées. 741
Ciiap. vi. Des mouscbes à miel. lb.
Chap. vu. Du gouuernement des
mousches à miel. 742
Chap. viii. Des fourmis. 743
Chap. ix. Des vers qui font la soie. 744
Ciiap. x. De l'industrie des animaux,
et delaconseruation et amitié qu’ils ont,
et principalement de leurs petits. 745
Chap. xi. Le temps que les animaux
s’accouplent ensemble. 746
Chap. xii. De l’amour et charité des
oiseaux et chiens. lb.
Chap. xiii. De la force de l’éléphant,
de sa religion, docilité, clémence, bonié,
chasteté, vengeance des maux qu’on luy
a faits, et reconnaissance des biens. 748
P«gM.
Chap. xiv. Des bestes qui sont és
eaux. 749
Ciiap. xv. Que les bestes peuuent
estre appriuoisées. 750
Chap. xvi. Comme les animaux ont
appris aux hommes à fourbir et aigui-
ser leurs armeures, et faire embuscades, lb.
Ciiap. xvii. Des armes des bestes. 754
Ciiap. xviii. Les bestes sont dociles. 755
Ciiap. xix. Les oiseaux ont monstré
aux hommes à chanter en musique. 758
Chap. xx. Des oiseaux qui parlent,
syblent et siflent. 759
Chap. xxi. De l’antipathie et sym-
pathie. 760
Chap. xxn. Comme l’homme est plus
excellent et parfait que toutes les bestes
ensemble. 763
Ciiap. xxiii.!, L’homme a le corps dés-
armé. 764
Ciiap. xxiv. Comme Dieu s’est mons-
tré admirableen la création del’homme. 765
Ciiap. xxv. La cause pourquoy les
hommes ne présagent comme les ani-
maux. lb.
Chap. xxvi. L’homme a la dextérité
d’apprendre toutes langues. 768
APPENDICE
Au linre des monstres.
Chapitre i. Des monstres marins. 770
Ciiap. ii. Des monstres volatiles. 781
CnAp. ni. Des monstres terrestres. 784
Chap. iv. Des monstres celestes. 788
Chap. v. 792
FIN DE LA TABLE DU TOME TROISIEME ET DERNIER,
TABLE ANALYTIQUE
Nota. Pour le tome premier, à part l’Introduction , la pagination seule est
indiquée; pour les tomes II et III, on renvoie au tome et à la page. La
table spéciale des observations contenues dans l’ouvrage se trouvera au
mot Observations.
A
Abcès du foie succédant aux plaies de tète;
II , 32. — Métastatiques ou internes; Il ,
142, I7G ; III, 361.
Abeilles Accidents résultant de leur pi-
qûre; III, 324. — Remèdes; III, 325. —
Mœurs des abeilles; III, 741.
Abenzoar. traduit par Jean de Campanie,
Paravicini et Jacob; Int., lx.
Abracadabra. Puissance prétendue de ce
mot ; III, 65. ’
Abraham de Tortose. Sa version du xxvin'
livredela Médecine d’Albucasis; Int., lix.
Abstinence. Son influence sur l’embon-
point; 121. — Sur l’avortement; II , 624,
714. — Sur la fécondité; II, 734.
Acatastasia. Ce que c’est; II, 419.
Accès. Ce que c’est; III, 118.
Accidents qui surviennent dans le traite-
ment des plaies ; 438, 440 à 451. — Cure
des accidents qui adviennent au crâne;
II, 43. — Accidents résultant d’une trop
grande compression des parties du corps;
II, 292. — Accidents qui surviennent aux
fra> tures; II, 304. — Accidents complica-
tifsdes fractures des côtes eu particulier;
II, 314.
Accouchées. Evacuation du lait des nou-
velles accouchées par la matrice; II, 502.
— Régime de la nouvelle accouchée; II, 706.
— Ce qu’il faut faire aux mamelons de la
nouvelle accouchée; II, 709. — Position à
donner à l’accouchée; II, 713.
Accouchement. Doctrine de Roeslin sur les
accouchements; Int., ccvi. — Accouche-
ments naturels; II, 623, 665, 673. — Contre
nature; II, 624, 673. — Manière d’opérer
dans les accouchements contre nature :
version par les pieds; Il , 623, 628, 702. —
Manière d’extraire l’enfant mort de la ma-
trice; II, 629, 702. — Manière d'extraire
l’enfant vivant hors de la matrice de la
mère morte ; II , 631 , 702. — Causes qui
font demeurer l’arrière-faix dans la ma-
trice; II, 630. — Manière de l’extraire;
II, 631, 681. — Pronostic tiré de la rupture
de la poche des eaux; II, 663. — Sur l’é-
cartement des symphyses pubiennes dans
l’accouchement; II, 665. — Le premier
accouchement est plus pénible que les
suivants; II, 672. — Signes d’un accou-
chement prochain; positions à donner à
l'accouchée; II, 673, 674, 701. — Moyens
de faciliter l’accouchcrnent; II, 675. —
Soins à donner à l’enfant aussitôt après
sa naissance; II, 676. — Soins à donner à
la mère après la délivrance; II, 676, 706.
— Quand doit être extrait l’arrière-faix;
II, 677, 682. — Recherches historiques
sur l’accouchement forcé dans les cas de
perles utérines; II, 698. — Causes de
l'accouchement diflicile venant de la
mère; II, 711. — Idem venant de l’en-
fant; 11,712. — Pronostic de l’accouche-
meni ; Il , 713.
Accouplement. Epoque de l’accouplement
des animaux; III, 746. — Accouplement
des palmiers; III, 762.
Acéphale. Figure d’un monstre acéphale ;
III, 23.
Acétables. Ce que c’est; II, 645.
Achlys. Ce que c’est; II, 418.
Ackerman. Ce qu’il dit sur la culture de la
médecine en Occident avant le xie siècle;
Int. , xix. — Son opinion sur la Grande
chirurgie de Guy de Chauliac; Int., lxv.
AcMASTiqi E (fièvre synoque-) ; III, 95.
Aconit. Lieux où il croit; son aciion sur
les animaux; accidents qu’il cause à
l’homme; son antidote; ses caractères;
III, 338.
Acrisius. Médecin cité par Gariopontus;
Int., xxv.
Acrochordon. Description; 358, 787. — Trai-
tement; 358.
Actions. Ce que c’est; 55. — Actions natu-
relles ou volontaires; 56.
TABLE ANALYTIQUE.
Adam. Ce que c’est que le morceau d’Adam ;
255.
Adhérence des doigts ; 11,456. — Adhérence
complète du prépuce ; II, 460.
Adnata. Ce que c’est; 237.
Adolescence. Quel est le tempérament des
adolescents; 36.
Aeromanciens ; III, 60.
Aec.ilops. Ce que c'est; II, 419, 431. — Va-
riétés, traitement ; II, 431.
Aétius est inconnu aux Occidentaux au
xive siècle ; Int., lx. — Inconnu dans tout
le xve siècle ; Int., cix. — Son opinion sur
les dragonneaux; 424.
Affections. Influence des affections de
l’âme sur la guérison des plaies de la tête ;
II, 38.
Agaric. Ses propriétés anti-vénéneuses ; III,
414. — Procédé pour extraire l’essence de
l’agaric; III, 629.
Age. Définition; influence de l’âge sur les
tempéraments; 36. — Aliments qui con-
viennent aux différents âges; 69. — In-
dications résultant de l’âge; 86. — In-
fluence de l’âge sur la guérison des plaies
en général; 433. — Sur celle des plaies de la
tcle ; II, 26. — Sur la formation du cal ;
II, 66. — Sur le traitement des plaies
par harquebuses; II, 161. — Sur la gué-
rison des fractures; II, 298. — Quel doit
être l’âge d’une bonne nourrice; II, 685.
— Influence de l’âge sur les accouche-
ments; II, 711. — Age auquel la femme
peut concevoir; II, 738. — Auquel les
jeunes filles commencent à avoir le flux
menstruel ; II, 770. — Influence de l’âge
sur la curabilité de la goutte; III, 221.
— Sur la production de la peste ; III, 389.
Agglutinatifs (médicaments); III, 545.
Agneau. Histoire d’un agneau fruit d’une
brebis et d’un porc; III, 43. — Figure
d’un agneau à trois tètes; III, 45. —
Agneaux s’entrechoquant présagent chan-
gement de temps; III, 738. — Instinct
des agneaux pour reconnaître leur mère
et les herbes qui leur conviennent; III,
741.
Agnelette. Ce que c’est ; II, 647. 676.
Agmna. Ce que c’est; II, 647, 676.
Agyrias. Ce que c’est; II, 419.
Aigis. Ce que c'est; 83; II, 4 1 8.
Aigle. Maladie de l’œil ; II, 417.
Aiguille enclavée dans une pierre ; 28 ; III,
29. — Figures d’aiguilles à faire les su-
tures, 439; II, 84, 85, 430. — Figu-
res d'aiguilles à séion ; II, 81, 152. — Fi-
gure d'une aiguille à suture pour les
plaies des yeux ; II, 430. — Figure d’une
aiguille pour abaisser les cataractes avec
son manche; II, 439. — Histoire d’une
aiguille sortie spontanément du corps
après un long séjour ; III, 38.
Aiguillette. Ligature de l’aiguillette, cause
de stérilité; II, 733. — Ce que c’est que
nouer l’aiguillette; III, 62. — Résultats
des manœuvres des noueurs d’aiguihette ;
111,67.
8o5
Ail. Son efficacité comme préservatif de la
peste ; III, 367.
Ailerons. Figure d’ailerons pour l’extrac-
tion de la pierre ; II, 485, 486.
Aimalops. Ce que c’est; II, 419.
Aimant. Emploi de l’aimant dans le traite-
ment des hernies; 407.— Pour extraire
le fer resté dans une plaie ; II, 160. — Son
action sur l’économie humaine, et contre-
poison; III, 343. — Rochers d’aimant;
III, 794.
Aines. Hernie inguinale ; 404. — Plaies des
aines; II, 109. — Corps étranger dans
l’aine; III, 29.
Air. Ses qualités premières ; 32. — Ses quali-
tés secondes; 33. — Son influence sur la
vie et la santé; 63, II, 138; III, 359, 360,
363, 393. — Modifications que lui fait
subir le vent; 64. — Influence de l’état
de l’air sur le traitement des plaies par
harquebuses ; II, 161 , 174. — Moyens de
purifier l’air; II, 167; 111,366, 378, 394.
— Action funeste de l’air extérieur sur
les os nus; II, 580. — Influence de l’air
froid sur la difficulté des accouchements ;
II, 712. — Air qui convient aux fébri-
citants; 111,84. — Causes de la corrup-
tion de l'air; III. 295, 356. — Pourquoi
la putréfaction de l’air n’engendre pas
toujours la peste ; III, 358. — La consti-
tution chaude et humide de l’air est la
plus dangereuse; III, 359. — Présages de
la peste tirés de la corruption de l’air; III,
362. — Signes indiquant que la peste vient
de la corruption de l’air ; III, 385. — La
peste venant de la corruption de l’air est
la plus contagieuse; III, 389. — Médica-
ments tirés de l’air ; III, 522.
Airain. Action de l’écaille d’airain sur l’é-
conomie humaine, et contre-poisons ; III,
342.
Aisselles. Pronostic des plaies des aisselles,
433. — Brûlures des aisselles ; II, 208.
Aithemoma. Ce que c’est ; II, 419.
Alambic ; III, 618.
Albericus ; Int., XXI.
Albicius, collaborateur de Gariopontus au
xr siècle ; Int., xxi.
Albicius, médecin de Venceslas , roi de
Bohème au xve siècle; Int., xxi.
Albricius. Ses ouvrages; Int., xxi.
Albricus ; Int., xxi.
Albucasis. Son traité de chirurgie, traduit
par Gérard de Crémone; Int., xxvn. —
Pris pour guide par Brunus; xxxvi. ■ —
Est cité par Lanfranc; Int., xlvi. — Si le
grand Albucasis doit être confondu avec
celui qui a été traduit par Simon de Gè-
nes; Int., lix ; III, v.
Alchimistes. Leur invasion dans la méde-
cine au xve siècle; Int., cvi. — Idem dans
la chirurgie; Int., evi, exxv.
Alexandre est cité par Lanfranc ; Int., xlvi.
Alexandre vi est embaumé par Pierre d’Ar-
gelata ; Int., lxxvi.
Ali-Abbas. Gruner y aurait retrouvé tout
ce que le livre de Trutula renferme de
TABLE
806
Jjon ; Int., xxiv. — Son grand ouvrage
imité dans le Pantegni de Constantin;
Int., xxv, III, iv. — Traduit par Etlenne-
le-Philosophe ; Int. , xxvi. — Pris pour
guide par Brunus ; Int,, xxxvi. — Cité par
Lanfrane ; Int., xlvI,
Aliments. Qualités des divers aliments ; 65.
— De la quantité qu’il en faut prendre,
et de leurs vertus ; 66. — Influence de
l'habitude sur leur choix; préférences
qu’ils inspirent ; 67. — Dans quel ordre et
quel moment il convient de les prendre;
68. — De la nécessité de les varier; de
ceux qui conviennent aux différentes
époques de la vie et de l’année; 69. —
Quels sont ceux qui conviennent dans le
traitement ries blessures de la tête ; II, 34.
— Leur influence sur la formation du cal
des fractures; II, 341. — Sur la généra-
tion des monstres; lit, 27. — Aliments
qui conviennent aux fébricitants; III, 84.
— Leur inlluence sur la production des
vers intestinaux ; III, 265. — Sur la pro-
duction de la pesie ; III, 860. — Aliments
convenables pour jes pestiférés; III, 396.
— Distinction entre les aliments et les
médicaments; III, 520. — Manière de
distiller l’eau alimenteuse; Il I, 621.
AlisMe. Ce que c’est ; III, 124, 187.
Allaitement. Ce qu'il faut faire prendre à
l’enfant avant de le faire téter; IL 682.
— Quand la nouvelle accouchée doit don-
ner à leter; avantages de l’allaitement
maternel; II, 683. — Quelques femmes
peuvent avoir leurs tnenslrues quoique
nourrices ; 11, 764.
Allantoïde. Si celte tunique existe; 170.
Allemagne. Origine de la chirurgie alle-
mande; Int., cxcvn. — Ecole de Stras-
bourg; Int., cep. — Ecole de Paracelse ;
Int., ccviii. — Etat de la chirurgie en Al-
lemagne au xvi. siècle ; Int., cclxxxv. —
Voyage d’Ambroise Paré en Allemagne ;
III, 697.
Ai.mageste de Plolémée; Int., xxvi.
Almansor pris pour guide par Brurnis ;
\xxvi.
Alors. Poisson monstrueux; III, 774.
Alopécie ; 82. — Définition et causes de cette
maladie; II, 405. — Pronostic et traite-
ment; II ; 406. — Suite de la vérole; II,
528. — Idem de la lèpre ; III, 274. —
Voyez Pelade.
Alouette. Effroi que lui inspire l’épervier;
III, 761.
Alphitidon. Espèce de fracture ; II, 295.
Alun. Propriétés cicatrisantes de l’alun;
II, 338. — Vertus et usage des eaux alu-
mineuses ; III, 597.
A.matus |,usitanus; Int., cclxxxv. — Ce
qu’il dit îles rétrécissement de l’urètre
et de leur traitement; il, 574, 576. —
Moyens proposés par lui pour allonger
le mamelon ; II, 694.
Amaurose. Ce que c’est ; il, 419.
Ambès. Figure de l’ambés propre d’Hippo-
crate ; tl, 376.
Ambi. Figures de deux ambis ; II, 378, 377.
Ambidextre. Le chirurgien doit être ambi-
dextre; II, 282.
Ambliopie, Ce que c’est; II, 414.
Ame. Ce que c’est que l’àme des bêtes et
des plantes ; 33. — Perturbations de l’âme;
75. — Lajoie, la colère; 76. — La tris-
tesse; 77. — La crainte, ia honte ; 7S. —
Influence des perturbations de I âme sur
le corps ; 78, 97. — Division des facultés
de l’âme; 111. — Le cœur est le domicile
de i’àme; 188, — Influence des affections
de l’âme sur la guérison des plaies de la
tète; II, 38. — Sur la procréation; II,
639. — Définition de l’âme; II, 652, 655.
— Corélation de son action et de celle
des organes; II, 724. — A quelle époque
l’âme vient animer le corps; II, 652. —
Ses facultés; II, 654. — Ses opérations,
ses noms divers; II, 655. — Supériorité
de l’àme humaine sur l’âme des plantes
et sur celle des bêtes; ii,656. — Facul-
tés principales de l’àme; II, 657, 658,
659, 660. — Facultés attractive, réteu-
trice, concoctrice, génératrice, expultrice,
réparatrice; 1 1 . 661.
Amendas qu’infligeaient aux médecins les
lois des Wisigotbs; Int., xvii.
Amérique. Influence de ia décoqverte de
l’Àfherique sur l’étude de la chirurgie;
Int., cxii.
Amiens. Voyage d’Ambroise Paré au camp
d’Amiens; I II, 722.
Amnios. Analotnie de l’amnios ; i 7 1 . — Uti-
lité des eaux de l’amnios ; II, 626, 647,
676.
Amphibies ; tll, 763.
Amphibustroide; ( description de la tuni-
que); 239.
Amphimerinqs ; Itt, 138.
Ampoules. Théorie de la conception par les
trois ampoules ; II, 049, 650.
Amputation du membre gangrené; II, 229,
22i. — Où il fâut la fcommencer; Il , 221.
— Procédé; U, 222. — Al oyens hémosta-
tiques; )t, 224, 226. — Suite du traite-
ment ; If, 225, 230; III, 60l, 682, 683. —
Médicaments emplastiques ; II, 226. —
Sur l’emploi du cautère actuel pour ar-
rêter le sang après l’amputatidn ; il, 227;
III, 680. — Cas d’amputation du bras
dans la jointure, à la sbite de gangrène,
II , 233.
Amygdales. Description des amygdales -.254.
— Tumeurs des amygdales ; opération de
ces tumeurs ; 383.
Anasaria. Ce que c’est; 394.
Anastomose; 149. — Cas présumé d’anasto-
mose; III , 694.
Anatomie. L’anatomie humaine est professée
pour la première fois à Bologne parMun-
dinus ; Int., lxii. — Premiers essais (l’ana-
tomie pathologique; Int., exix. — Impor-
tance et nécessité de la connaissance de
l’ânatomie ; 15, 105; il, 3Ô0. — Son uti-
lité, ordre dans Ifeuuel il convient de l’étu-
dier; 107. — Définition de l’anatomie. 108.
ANALYTIQUE.
Ancir-lofs. Ce que c’est ; II, 419.
Anchylose. Ce quec’esi; II, 320. — Résul-
tant de l’immobililé du brus ; II, 384.
Anciens Emprunts que leur a faits l’auteur ;
9. — Leur opinion sur l'origine de la mé-
decine ; 17. — Leur respect pour les mé-
decins; 20.
Ancyloblepiiaron. Ce que c’est j II , 416. —
Causes, traitement, pronostic ; II, 423, 428.
André. Chirurgien de Montpellier au xive siè-
cle ; Int. , LXIll.
Andréas de Vicence. Bruntisachéve sagrande
chirurgie à sa prière, Int. j xxxvi.
André de La Croix. Int. ccLxxxv.
Àndrooyne. Voyez Hermaphrodite.
Andronic (l’empereur). Envoie à Robert,
roi de Sicile, les ouvrages de Galien;
Int. , xlviii.
Anencéphalie. Cas présumé d’anencéphalie ;
III, 24, 25.
Anévrisme. Définition, causes, signes, cura-
biljté des anévrismes; 371. — Traitement;
373. — Théorie; 374. — Gangrènes résul-
tant d’anévrismes ; II , 2 1 2 , 216,
Anges ; III , 54.
Angiologie; III, 6S4.
Angleterre. Premiers écrivains de l’école
anglaise; Int. ; liii, lv. — Caractère in-
téressé de cette école; Int., lvi. — Sa dé-
cadence; Int. , lviii. — Etat de la chirur-
gie àu xvie siècle en Angleterre; Int.,
CCLXXXV.
Anguille. Histoire d’une anguille engendrée
par une femme; III, 37. — Educabilité
des anguilles ; III, 750.
Animale ( faculté ). Est de trois espèces : mo-
tive , sensitive, principale; 53.
Animaux. Maladies qui ont emprunté leurs
noms à des animaux ; 82. — Remèdes en-
seignés aux hommes par les animaux; 19.
— De l’âme des animaux ; 33. — Ra'sons
de l’horreur qu’inspire le coït aux femelles
des animaux après qu’elles ont conçu ;
II , 639. — Animaux monstrueux qui s’en-
gendrent au corps de i’homme ; III, 34. —
Enumération des bêtes venimeuses; III,
295. — Pronostic du venin des bêles veni-
meuses ; III, 298. — Cure des morsures et
piqûres des bêtes venimeuses; III, 300.
— Connaissance que (es animaux ont des
changements atmosphériques; I i i ; 364,
738. — Action des vapeurs terrestres sur
les animaux; III, 364. — Médicaments ti-
rés des animaux; III, 521. — Parties di-
verses des animaux servant à la médica-
tion ; III, 634. — Naturel, formes et qualités
qui distinguent les animaux entre eux;
III, 7 t5. — Preuves de leur instinct; cho-
ses qu’ils ont enseignées aux hommes;
19; III, 736, 750, 758. — Utilité dont ils
nous sont; 111,737. — Instinct des pois-
sons; III, 739. — Sollicitude des animaux
pour leurs petits ; III , 745. — Epoque de
l’accouplement; III , 746. — Educabilité
des animaux; III , 750, 755. — Des armes
des animaux; lit, 75.4.— Les animaux s’çn-
tendcnlenlre eux; III, 758.— Antipathies
807
et Sympathies des animaux; lit, 760. —
Tous les animaux craignent i’homme et
lui sont soumis ; III, 764.
AnIs. Caractère de l’hdile d’anis ; lit, 627
AnoOins (médicaments); 331 , 332; III, 547
Anopsie. ce que c’est; II, 414.
Antiies. Secours qu’ils se portent ; III , 752.
Antiiracosis. Cè que c’est; II, 415.
Anthrax; 427.
Antidotes. Contré le venin du crocodile;
II, 20. — Du coule-sang; Iil, 315. —De
l’aspic ; III, 319. — De la couleuvre ; lll ,
320. — Des chenilles et des boürdohs; lit,
325. — Des araignées ; I II , 326 — Du do-
rychliim ; ill, 335- — Du colchique ët des
champignons ; ill , 336. — De là ciguë ;
III, 337. — De l’aconit; III, 338.— De lé-
taille d'airain et du orapaüd ; III, 342. —
De l’àimant, de l'arsenic, de la chaux et
de l’eau fofte; III , 343. - - lie la céruse ;
III, 344. — lie la peste ; III, 367. — II y â
deux sortes d'antidotes ; III , 404. — Ex-
plication de lëtir actioh ; Itl , 405. — Pro-
priéiés anti-vénéneuses de l'agaric j III,
414. — Ile l’armoise ; III, 4l5. — Üe l’an-
timoine ; lii, 465, 466. — Arilidotés üe
l orp n et de la salamandrë; lll, fefel . —
Voyez ContrepOis'ori.
Antimoine. De soh usage; Int., cclxxiii ;
III, i 1 4. — Son efficacité contre l’hydro-
phobie; III, 312, — Soh emploi dans le
traitement de là peste; mode d’adtninis-
tratioh ; sës effets ; lit, 465, 466. — Objec-
tions faites ctintre l'usage de l'antimoine;
ill , id.— Son efficacité dans le lyaltefnent
des maux d’yeux, des ulcérés, dès brütU-
rès ; ses caractères ; lit, 467.
Antoine (Feu saint-). Diverses acceptions
de cè nord ; II, 21 1.
Anus. Traité de Jean dè Ardern sdr là fis-
tule a l’ahüs ; lntr. , lv. — Imperforà-
tioil de Faillis; 11,460, 678. — Prurit de
l’anus; 11,790. — Causes et traitement;
II, 791.
ApiiohiSME. Définition du mot aphorisme :
aphorismes chirurgicaux d’Hippocfâte ;
lit, 648, — Aphorismes de Gdlièn ët dé
Celse ; III, 646.
Aphthes; II , 261.
AèofciiÈMA. Espèce de fracture; II, 295.
Apologie; III , 676.
A PO PH L EG M A T1S M ES J itl, 588.
AèopiiYsKS rriainillaires ; 218. — Clirioldes;
225. — Du col droites, obliques, trans-
vfeiSes; 239. — DU mélàphrèriè et dès
lombes; 263.
Apoiirexis. Ce que c’est: II 419.
ApOSPÀsma. Ce que C’e>t; 11, 403.
ApûstémeS. Ce que c’est; 319. — Leurs diffé-
rences; 3 i 9, 320. — Leürs£causes généra-
les; 320. — Leurs périodes; 322. — Leufs
quatre modes de tefhiiilàisoh ; 323. — Pro-
nostic général ; 324.— Cure generale ; ib.—
Enumération des diverses espèces d’apo-
slènies ; 326; lll, 427. — Quand et Comment
il faut les Ouvrir; 333, 334. — Apostêmës
TABLE
8û8
du fondement ; 419. — Exemple d’apostéme
du cerveau ; 11. 70.
Apothicaire. Nécessité pour l’apothicaire de
connaître l’anatomie; 106. —Avidité des
apothicaires; III, 125. —Comment doi-
vent être choisis les apothicaires chargés
de soigner les pestiférés; III , 378. — Su-
percherie des apothicaires pour faire de la
fausse mumie ; III, 481.
Apozème. Préservatif de la pierre; II, 468,
469. — Pour provoquer les menstrues ; II ,
768.
Appareil. Figure d’un appareil pour les frac-
tures du bras avec plaie; II, 320.— Opé-
ration de la pierre par le petit appareil ;
II, 475. — Idem, par le grand appareil;
II, 478.
Appétit. Appétit canin ; 83. — D’où vient l’ap-
pétit; 137. — Dépravation de l’appétit chez
les femmes grosses; II, 642, 714 .—Idem,
chez les tilles qui ont les pâles couleurs;
II, 780. — Traitement ; II, 781.
Apprenti. Ce qu’étaient les apprentis en chi-
rurgie; Int., cxxxi.
Apuleïus. Ses ouvrages suivis par les méde-
cins au vie siècle ; Int. , xvm.
Apvrexie; III, 101.
Arabes. Indigence de la bibliothèque de la
Faculté de Paris en ce qui concerne leur
époque; Int., v. — Les Arabes brillent
dans la culture de la médecine; transpor-
tent leurs écoles en Espagne; Int., xix. —
Manuscrits arabes traduits en latin par
ordre de l’empereur Frédéric ; Inl., xxxvn.
— Leur voisinage profite peu a l’école de
Montpellier jusque vers le xiv*' siècle;
Int. , lviii. — Epoque à laquelle ils sont
délaissés ; Int., cxi.
Arabistes. Indigence de la bibliothèque de
la Faculté de Paris en ce qui les con-
cerne ; Int., v. — Guy de Chauliac est la
plus brillante expression de leur époque;
Int., vu. — Derniers chirurgiens arabistes
en Italie ; Int. , lxxiii.
Arachnoïde. Description de l’arachnoïde ;
239.
Araignées. Leur industrie; III, 325, 741. —
Variétés; accidents résultant de leur mor-
sure, et remèdes ; III, 326.
Arbres. Parties diverses des arbres servant
à la médication ; III , 635.
Arciiagatus. Sa mort ; 30.
Arculanus. Son époque; ses commentaires
sur F>hazès et sur Avicenne ; Int., lxxxviii.
Idée générale de ses écrits; Int., i.xxxix.
— Sur ses procédés pour l’ectropion ; Int.,
lxxxviii , III , VI.
Ardern (Jean de). Son traité sur la fistule à
l’anus; sa biographie; Int., lv. — Son
charlatanisme et son avarice; Int., lvii.
Arêtes. Manière d’extraire les arêtes enga-
gées dans la gorge ; II, 443.
Argelata (Pierre d’) ; chirurgien de Bologne,
son époque; Int., lxxvi. - — Larcins faits
par lui à Guy de Chauliac; idée générale
de son livre; Int., lxxvii. — Sa pratique;
Int., lxxviii. — Honneurs que lui décer-
nèrent ses contemporains; Int., lxxix. —
Il est annoté par Marcellus Cumanus; Int.,
lxxxiv. — Son opinion sur le pronostic
tiré du pouls ; II, 31. — Sur la suture dans
les plaies de tête; II, 40. — Sa doctrine
sur l’opération du trépan; II, 51. — Ce
qu’il dit des fanons; II, 289.
Argema. Ce que c’est; II, 417.
Argemon ; II , 259.
Aristote. Est cité par Lanfranc ; Int. , xlvi.
—Ce qu’il dit du cœur des monstres; III, 9.
Arland (Etienne). Chirurgien de Montpel-
lier au xiv' siècle ; Int., lxiii, lxviii.
Arles (Pierre d’). Chirurgien à Avignon ;
Int. , lxviii.
Armes. Premières notions qu’on trouve des
armes à feu; Int., lxix. — Diffusion de la
doctrine d'A. Paré sur les plaies d’armes à
feu ; Int., cclii. — Invention des armes à
feu ; II, 121. — Leurs différents noms ; II,
122, 123.
Armingandus Blasius, traducteur d’Aver-
rhoès; Int. , lx.
Armoise. Ses propriétés anti -vénéneuses ;
III, 415.
Aromates. Substances aromatiques em-
ployées dans les médicaments; III, 532. —
Procédé pour extraire l’essence des aro-
mates ; III , 629.
Arnaud (Etienne). Chirurgien de Montpellier
cité par Guy de Chauliac; Int., lxviii.
Arnaud, chirur. du 18e siècle; description de
ses fanons et faux fanons ; II, 289.
Arnaud de Villeneuve, iraducteur d’Avi-
cenne; Int., lx. — Traduction provençale
de son livre; Int., lxv.
Arracheurs de dents; Int., clxxi.
Arrière-faix. Causesqui retiennent l’arrière-
faix dans la matrice après l’accouchement ;
II , 630. — Moyens d’extraction ; II , 631 ,
681. — De quoi se forme l’arrière- faix ;
II , 643 , 644. — Son utilité ; II , 644. —
I/arrière-faix doit être exlrait sitôt que
l’enfant est sorti; II, 677, 682.— L’arrière-
faix venant le premier rend l’accouche-
ment dangereux ; II , 696, 712. — Dans
les cas de superfétation, il y a autant d’ar-
rière-faix que d’enfants; II, 721.
Arsenic. Son emploi dans le traitement des
chancres; 367. — Son action sur l’écono-
mie humaine, et contre-poison ; III, 342,
343. — Cas d’empoisonnement par l’arse-
nic ; III, 662.
Artaxerces. Lettre écrite par lui à Hystanes
au sujet d’Hippocrate ; III, 641 .
Artère. Ce que c’est; 128. — Origine et di-
vision de l’artère descendant aux parties
naturelles : Arlères intercostale, dia-
phragmatique, cœliaque, rénale, sperma-
tique; 149. — Lombaire, iliaque, 150. —
Arlères de la matrice ; 164. — Dislribution
de l’artère veineuse; 193. — Division des
artères : artère sous-clavière, intercostale,
mamillaire, cervicale, musculeuse, hu-
mérale, tborachique, axillaire, carotide;
199. — Distribution de l’artère axillaire,
275. — Dislribution de l’artère crurale ; 291 .
ANALYTIQUE.
809
— Pronostic des plaies des artères; 433. —
Ligature, des artères ; II, 8.- Pronostic et
traitementdes plaies des artères carotides ;
II, 90. — Signes des blessures de la grande
artère ; II, 96 ; III, 054. — Autorités en fa-
veur de la ligature des artères; III, 078,
— Raisonnements; III, 080. — Expérien-
ces ; III, 081.
Artériotomie. De l’emploi de cette opération
dans le traitementde la migraine; II, 411,
521. — Appréciation de cette opération;
II, 412. — Emploi de l’artériotomie dans
les fluxions invétérées des yeux; III, 084.
Arturitis. Voyez Goutte.
Arthrodie; 313, 310.
Arthrose; 313.
Articles. Table des articulations; 310. —
Luxations résultant du peu de profondeur
ou de la fracture des cavités articulaires ;
II , 351.
Artificiels (Membres). Yeux ; II, 603, 604.
— Nez; II , 605. — Dents; II, 007. — Pa-
lais; II, 008. — Langue; 11,609. — Oreil-
les; II, 611. — Verge; 11,013. — Mains;
II, 610, 017. — Bras ; 11,017. — Jambes ;
II, 619, 620.
Artillerie. Aperçu historique sur l’inven-
tion de l’artillerie; II, 121. — Influence
des détonations d’artillerie sur les blessés;
III, 709.
Arts. Comment ils progressent ; 8, 9.
Aryténoïde. Du cartilage aryténoïde; 256.
Ascarides ; III , 264.
Ascite. Ce que c’est , causes ; 394. — Symp-
tômes , curabilité ; 395.
Asie. Berceau de la chirurgie; Int., xvi.
Asphyxie. Cas d’asphyxie par la vapeur du
charbon ; III , 661 , 664. — Symptômes ,
traitement ; III , 663. — Théorie ; III, 664
à 666.
Aspic. Violence de son venin ; III , 299. —
Caractères de sa morsure, accidents qui
en résultent; 111,318. — Remèdes; III,
319.
Assoupissement. Causes et remèdes de l’as-
soupissement des fébricitants ; III, 189.
Assyriens. Comment ils traitaient les ma-
lades ; 19.
Astragale. Luxation de l’os astragale; II, 401 .
Astrologie. Traité de Guy de Chauliac ;
Int., lxv. — Immixtion des astrologues
dans le traitement des maladies; Int., cc.
Astronomie. Traité de Guy de Chauliac ;
Int., lxv.
Astruc. Ce qu’il dit de Guy de Chauliac;
Int. , lxii.
Athènes. Comment Hippocrates fit cesser
la peste d’Athènes ; III , 378.
Athérome ; 341. — Caractères particuliers
de l’athérome; 346 ; II, 416.
Atmosphère. Changements atmosphériques
présagés par les animaux ; III, 73».
Atonie. Atonie des paupières-, II, 410.
Atrophie. Accident consécutif des luxations
et fractures, traitement d’icelle; II, 402.
— Atrophie de l’œil; II, 41 4. — Défini-
tion et traitement ; II, 428.
Attelles. Description, qualités et usages
des attelles; II, 288. — Attelles de cuir
pour les fractures de la mâchoire infé-
rieure ; II, 307.
Attractifs (médicaments) , III, 534.
Auction. Ce que c’est; 56.
Audition. Théorie de l’audition ; 248.
Aurelius Coelius ; Int., xviii.
Aurillac (Pierre d’), chirurgien à Avignon;
Int., lxviii.
Aurispa. Voyage en Grèce, en rapporte 238
manuscrits ; Int.cvm.
Automne. Tempérament de l’automne; 38.
— Aliments dont il faut user dans cette
saison ; 69.
Autopsie. Danger des autopsies précipitées;
II, 755.
Autreppe (Hippolyte d’), chirurgien du duc
de Guise à Marignan ; Int., clxvi.
Autruche. Sa description ; III, 781. — Sque-
lette d’une autruche; III, 782.
Averriioès. Est cité par Lanfranc; Int.,
xlvi. — Es ttraduit par Armingandus Bla-
sius ; Int., LX.
Avicenne. Canon d'Avicenne, traduit par
Gérard de Crémone; Int., xxvn. — Avi-
cenne est suivi par Hugues de Lucques ;
Int., xxxv. — Pris pour guide parBrunus ;
Int., xxxvi. — Traduit par Arnauld de Vil-
leneuve ; Int., lx. — Cité par Lanfranc;
Int., xlvi. — Ses écrits forment le fond de
l’ouvrage de Nicolas de Florence; Int.;
lxxv. — Commenté par Arculanus ; Int.,
Lxxxvin. — Son opinion sur la paracen-
tèse; 397. — Son opinion sur les dragon-
neaux ; 424.
Avortement. Définition de l’avortement; II ,
624, 713. —Causes; II, 624, 714. 737. —
Signes et pronostic de l’avortement; II,
625, 715. ■ — Signes indiquant que l’en-
fant est mort dans le ventre de U mère ;
II, 620. — Extraction de l’enfant, ver-
sion par les pieds ; II, 628. — Extraction
de l’enfant mort; II, 629. — F.xlraction
de l’enfant vivant hors de la malrice de la
mère morte ; II, 631. — Moyen pour pré-
venir l’avortement; II, 716.
B
Baccy (André). Son livre sur les vertus de
la licorne ; III, 492.
Bachelier. Ce que c’était que ce grade; Int.,
cxxxn.
Babyloniens. Comment ils traitaient les ma-
lades ; 19.
Baigneurs. La chirurgie est leur patri moine
en Allemagne jusqu’au xvic siècle ; Int.,
cxcvu. — Condition des baigneurs en Al-
lemagne au xv' siècle ; Int., cxcvm.
Baii.leuls. Ce que c'était; Int., clxxi.
Bains qui conviennent dans le traitement
de l’bydropisie ; 396. — bons dans le trai-
tement du spasme ; 446. — Emploi des
bains dans le traitement des grandes con-
tusions; II , 197. — Figure d’une chaise à
demi-bain ; II, 471 . — Bain composé pour
TABLE
8lO
les nouvelles accouchées; 11,710. — L’usage
des bains peut causer l’avortement; II,
625, 715: — Administration des bains dans
le traitement des fièvres hectiques; III, 175.
— dans celui de la goutte; III, 245, 252. —
Bains vermifuges ; III, 2Ci). — Ingrédients,
usage et administration des demi-bains;
111, 595. — Définition du bain; 111,595. —
Bons effets des bains; 111, 596, 598, 600,601.
— Bains médicinaux naturels; III, 596.
— Propriétés et usages des eaux sulfureu-
ses , alumineuses , salées, nitreuses , bitu-
mineuses, cuivreuses, ferrées^plombées,
gypseuses ; III , 597. — Propriétés gt usage
des eaux Iroides; composition dés bains
artificiels ; propriétés des bains-d’eau sim-
ple; III, 59S. — Bains artificiels laxatifs,
sédatifs, anodins, mondificatifs, détersifs;
III , 599. — Règles à suivre dans l’usage
des bains; III ; 600.
Baleine. Attachement de la baleine pour
le Gouverneur ; III, 752. — Description
de la baleine ; III , 778 , 779. — Pêche de
la baleine; utilité qu’on en retire; III,
779.
Balescon , de Tarante. Son Traité des épidé-
mies; son Philonium pharmaceuticum et
chinirgicum ; tnt., lxxi. — Son Traité de
Chirurgie-, Int., lxxii.
Balle. Gersdorf, premier inventeur des
instruments propres à extraire les balles;
Int., ccv. — Les balles ne peuvent brûler;
II, 134. — Figures de divers tiré— balles ;
II , 147, 148 j 149. — Des bailes qui de-
meurent en quelques parties long-temps
après la guérison des plaies; II, 165.
— Balle retrouvée en faisant prendre au
blessé la position qu’il avait au moment
où il a été frappé; iil , 694.
BALTHAZAR PAVONEjInti, ci.
Bandes. Comment elles doivent être; 437.
— Préparation préalable des bandes; II ,
303.' — Du bandage des ulcères; Il ,,258.
— figure d’une bande pour aidera lever
le pied ; II; 621. Voyez Banduges.
Bandages. Différentes mal'ères dont sont
faites les bandes; quelles sont les bonnes;
II, 277. — Leurs figures, usages et parties;
influence de la partie affectée sur la
manière dont il faut bander; II, 278. —
Influence de la maladie; II, 279. — Pré-
ceptes généraux sur la manière de faire
le» bandages; II, 279 , 280 , 2S4. — Com-
ment doivent être faits les bandages des
fractures et luxations; II, 280. — Trois
bandes sont nécessaires aux fractures ; il,
281. — Inconvénients d'un bandage trop
serré; 11,283, 284. — Bandagesdes fractures
avec plaies; II, 283,332. — Quand il faut
délier les bandages; 11, 285 , 303.— Leur
utilité ; Il , 285. — Manière de bander les
fractures de i’os claviculaire; II, 309. —
Bandage pour les fractures de la cuisse;
II , 323.— Quand il faut le délier ; 11, 325.
— Figure d’un bandage pour les hernies;
II, 798. Voyez Bandes.
Barbe. Procèdes pouf teindre la barbe; lit,
610.
Barbiers. Quand ils commencent à s’immis-
cer dans la chirurgie; Int. xxxn. — Lut-
tes de la Corporation des barbiers et des
chirurgiens de Saint Côme; Int., cxxxv. —
Ses statuts; înt.,cxxxvi. — Elle prend le
litre de Curps des Barbiers Chirurgiens;
Int., cli. — Fin de la lutte des barbierset
des chirurgiens; Int., clii. — Corporation
des barbiers de Montpellier; Int., clv.—
Leurs statuts ; Int. , clvi. — Leurs quefel-
les avec la Faculté ; Int., clxiii. — Leur
enseignement ; Int., clxiy. — Corporation
des barbiers de. Figeac et de Saint-Jean-
d’Angeiy; Int., clvii. — Idem des barbiers
de Carcassonne, deToursetde Rouen;Int.
clviii. — Idem des barbiers de Bordeaux;
Int., eux, clxii. — Idem des barbiers de
Toulouse ; Int., ci.x , clxu. — Querelles
des barbiers de Sens et de Rouen avec les
chirurgiens ; Int., clxiii. — Condition des
barbiers en Allemagne au xv' et au xvc
siècles ; lut.; cxcvin. — Condition des
apprentis chez les barbiers-chirurgiens ;
lui., ccxxx. — Description de la boutique
d’un barbier au xvi' siècle ; III , xn.
Bartholin. Son opinion sur le livre de
Trotula ; Int., xxn.
Rasilf. Valentin; Int., cvii.
Basilic. Singulière propriété attribuée au
basilic; III, 35. — Effets de son regard;
III , 295. — Violence de son venin; III ,
299, 316. — Incurabilité de sa morsure ;
III, 316.
Battement. Causes et traitement des batte-
ment* de cœur ; II , 7S0.
Battista dcBappallo; Int. cVt ; III, VI.
Bauiun. Ce qu’il dit des pessaires; II , 743.
Baume pour les plaies du cou ; 11,90. —
Pour les blessures des nerfs; 11,1 16. —
Manière de faire les baumes, et vertus
d’iceux ; III , 632.
Bave ; 73. — Moy ens de la provoquer ; III ,
445.
Bayonne. Voyage d’A. Paré à Bayonne ;
111,783.
Beauté. Penchant des enfants pour ce qui
est beau et brillant; 11,689.
Bec. Figure d’uu bec de cane cave pour ex-
traire les balles; II, 148. — Figure d’un
bec de carie cave en sa partie extérieure ,
pour l’extraction de ia pierre; II s 484. —
Figures de tenailles en bec de cane, courbé
pour l’extraction de ia pierre; II , 485. —
Figure d un bec de corbin dentelé pour
extraire les corps étrangers; II, 147. —
Figures de becs de corbin propres à tirer
les vaisseaux pour les lier; II, 224 , 225.
— Figures de deux becs de corbin dente-
lés pour briser les pierres dans la vessie ;
II, 488, 489. — Figure de deux becs de
cygne pour l’extraction des corps étran-
gers; II, 149, 150. — Figures de becs
de grue droits et coudés pour extrai-
re les corps étrangers; II, 148. — Fi-
gure d’un bec de corbin courbé pour l’ex-
traction des corps étrangers; II , 186. —
Figure d’un bec de grue ; II , 188. — Fi-
ANALYTIQUE. 8ll
gure d’un bec de lézard pour extraire les
balles aplaties; II, 148. — Figure des te-
nailles incisives, dites bec de perroquet;
II, 18 — Figure d’un bec de perroquet
pour l’extraction des corps étrangers; Il ,
149.
Bec de lièvre; 82. — Aperçu historique sur
le bec de lièvi e ; traitement ; II , 84.
Bégaiement. Hérédité de celte ittlinnité ;
III, 27.
Belette. Son inimitié envers certains ser-
pents; III, 316. — Son antipathie pour
les rats ; 111 , 761;
Béliers s'entrechoquant présagent un chan-
gement de temps ; III ; 738.
Bell. Ce qu’il entend par laitons ; II , 290.
Benedetti (Alexandre). Traitement pour les
enteroceies et épiplocèles, publie par lui
pour la première lois ; Int., cm. — Su vie,
ses écrits, leur caractère; lut. cxr.v. —
Ce qu’il dit de la lilhotritie et de la taille
imdiane ; Int., cxcvt.
Benedict de Leouibus, médecin du xvc siè-
cle; Int., xcii.
Benivieni (Antoine). Ses essais d’anatomie
pathologiqueipremièreexpression des opi-
nions nouvelles ; Int. xcix. — Son époque ;
Int. cxu. — Ses écrits ; erreurs de Spreu-
gel à son égard ; Int., cxlii. — Aperçu de
son livre; lui., cxv. — Appréciation ; lut.,
exvni. — Ablation d une loupe remarqua-
ble; 35t. — Sa doctrine sur la paracentèse
abdominale ; 401.
Benivieni (Jérome ). Sa part dans l’ouvrage
d’Antoine Benivieni; Int., cxni.
Benjamin Tudela. Ce qu’il dit de l’école de
Saierne ; Int., xxvi.
Béquille. Figure d’une béquille propre à
suppléer une jambe trop courte; H, 621.
Bercement. Il ne faut pas bercer fort ; Ü ,
690 , 693.
Bf.rbnger de Carpi. bétails biographiques ;
lnl.,cLxxxiv.— Ses ouvrages; 1ih.,cl\x,wi.
— Appréciation; Iiil. , clxxxix.— Su doc-
trine sur les enl'onçures du crâne; Il , 17.
— Sa méthode de traitement des incisions
du crâne; II, 19. — Sa doctrine sur la
commotion ; 11 , 24. — Son opinion sur le
pronostic tiré du pouls ; II , 31 . — Sa doc-
trine sur l’opération du trépan ; il , 51 , 62.
— Sur les plaies du cerveau; II , 73.
Bernard-Lhermite. Description de ce pois-
son ; III, 776.
Bernier. Cç qu’il dit sur le Continent de
Rhasès; Int., lix.
Bertapaglia (Léonard de). Jette quelque
éclat sur l’école de Padoue au commènce-
meut du xvc siècle; lui., lxxix — Sa mort,
son ouvrage; Int.,Lxxx. — Idée générale
de ce livre; Int. , lxxxi. — Détails qu il
donne sur le traitement du cor; 358.
Bektiiéonée, ouvrage de Paracelse; lot.,
eexi.
Berurandi. Modification qu’il fait subir aux
fanons ; II , 290.
Bertrucius. Guy de Chauliac le voit dissé-
quer à Bologne ; Int., lxi.
Besicles. Figure de besicles propffes à cor-
riger le strabisme; II, 605.
Bestialité; III , 43.
Bezaiiar. Etymologie, définition et descrip-
tion ; ni, 339. — Forttiaiion et effets du
Bezahar ; 340. — Expérience du Bezahnr
faite par ofdie de CbüHes IX ; lit, 34t.
Bibliographie d’A. Paré; Iht.;CCciii; 111, i\.
BIcéps. Description du bicepS; 282.
BicnEs; Pourquoi elles font leurs petits àtlx
bolps des cheitiInS; III; 746.
Bile. Des fièvres bilieuses; III, 121, 130;
136. — Deux soldés de bile; III, 122.
Bistouri. Définition ; 383. — Figuré de dedx
bistodris courbés ; 389. — Origine de eé
mot ; 390. — Bislouri boutonné ; Il , 107.
— Figure d’uii bislouri pohr opérer l’uh-
gula ; II, 430.
Bitume. Vertus et (isagë des eaux bitumi-
neuses ; III , 597.
Blé. Propriété attribuée ad blé; 397.
Blessures. Cëraélères dés blessures fa liés
avant ou après la tnort; 111,659. — Ih-
fluence du brüit sur les blessés ; 111 , 709.
Bi.Ondus (Michel-Ange). Sa vie, ses bu v Pa-
ges; Int. cxciii. — Demi-réforme apportée
par lui dans le traitement des plaies ; 438,
442;
BoaisTuau (Pierre). Emprunts que lui a
faits A. Paré; III, 2.
Boccace. Sa visite au mont Gassin ; Int;;
xlvii. — Son ardeur à rechercher les ma-
nuscrits ; Int. xLVin.
Boeue. OEil de bœuf; Il , 414. — Emploi de
la fiente de bœuf dans le traitement de la
goutte; lit , 239. — Quand les bœufs pré-
sagent un changement de tetnps; 111, 738.
Bois. Manière d’eXlrairé les huiles desboià ;
III, 630, 632. — Distillation dU bois ;
III, 638. — Les bois pour bâtir ne doi-
vent pas être coupés pendant la pleine
lune; III; 739;
Boissons. Quelles sont celles qui convien-
nent dan^ le traitement des plaies de la
tête; II, 34. — Boissons propres pour les
goutteux; III , 230.
Bojano. Détails sur cette famille d’empiri-
ques ; Int., CI;
Bologne. École de Bologne; Int., xxvn. —
Université de Bologne ; Int. xxvm. — No-
tions que le père Sorti donne sur les mé-
decins de celle ville; Int. xxtx. — Bases
de son école; lut., xxxvn.xxxix. — Rivalité
des écoles de Bologne et de Saierne ; lui.,;
yxxix. — Appréciation rie Guy de Chauliae
In!., ib. —Défense que l’Université de Bo-
logne fait en 1334, d’emporler des livres
hors de la ville; Int. xliv , xlvii. — Eclut
que jettent sur l’école de Bologne les dis-
sections de Mundinus ; Int. xlvii. — L’ê-
cole de Bologne essaie de se relever par
l’éiqde de l'anatomie ; Int., lxii. — Réveil
de l’école de Bologne; Int. clxxxii.
Bolognini (Angiolo). Détails sur sa vie; Int.,
clxxxii. — Idee générale de ses opuscules
Illl., CLXXX1II.
Bombarde. Etymologie ; II , 122.
TABLE
8l2
Bonet, chirurgien de Montpellier cité par
Guy de Chauliac; Int., lxviii.
Bonnant (Pierre de), chirurgien à Lyon ;
Int., Lxym.
Bosse. Les parents bossusengendrent le plus
souvent des enfants bossus ; II , 350. —
Curabilité des diverses gibbosités ; II ,
366. — Pourquoi les bossus ont l’haleine
fétide; II, 600. — Causes de la gibbosité
et moyen de la redresser ou dissimuler;
II; Gll. — Bosses pestilentielles; III , 351.
Voyez Bubons et Gibbosité.
Botal. Ses travaux sur les plaies d’armes à
feu; Int., ccliv.
Bothryon ; II , 259. — Ce que c’est ; II , 417.
Bottines. Figures de bottines propres à re-
dresser le pied-bot ; II , 614, 615.
Bouc. L’odeur du bouc est un préservatif
contre la peste; III , 366.
Bouche. Anatomie de la bouche; 254. —
Figure d’un dilata loire pour ouvrir la
bouche ; 447. — Ulcères de la bouche ; II,
261. — Traitement des ulcères vénériens
de la bouche ; flux de bouche des vérolés;
Il , 549. — Imperforation de la bouche ; II,
678.
Boue. Ce que c’est ; II, 244.
Bougie. Epoque de l’invention des bougies ;
Int., lxxxvii. — Détails sur l’emploi des
bougies de cire; Il , 571 et suiv.
Bouillie. Man ière de préparer la bouillie;
II , 691 ; III, 267. — Epoque à laquelle on
peut en donner aux enfants; II, 692. —
Il n’en faut pas donnera l’enfant qui a la
petite vérole ; III , 260.
Bouillon préservatif de la pierre ; II , 468.
Boulet. Les effets du boulet ne résultent pas
d’un poison ; II , 133. — Ni de la combus-
tion ; II, 134. — Contusion et dilacération
produites par les boulets; II , 166.
Boulimie ; 83.
Boulogne. Voyage d’A. Paré à Boulogne; II,
696.
Bouquin; 83.
Bourdons. Accidents résultant de leurs pi-
qûres ; III , 324. — Remèdes d’iceux ; III,
325.
Bourges. Voyage d’A. Paré à Bourges; III,
732.
Bourgeois ( Louise) a été regardée à tort
comme auteur du procédé d’accouche-
ment forcé dans les casde perles utérines,
II, 699.
Bourgeon. Ce que c’est ; II , 418.
Bourses. Histoire d’un morceau de miroir
descendu dans les bourses ; III, 40.
Boursouflure. Causeset lrailement;II,780.
Bouts de sein. Figure d’un bout de sein en
plomb; II , 693.
Boyau. Relaxation du gros boyau culier ;
418. — Réduction; 419. — Longueur des
boyaux de l’homme; III, 265. Voyez In-
testins.
Boyer. Description qu’il donne des fanons et
des faux fanons ; II, 290.
Branca ( père et fils ) , créateurs de procédés
autoplastiques importants ; Int., c.
Branlement des dents; II , 448.
Bras. Nerfs du bras ; 277. — Distribution
de la veine du bras; 271. — Description
de l’os du bras; 278 ; Il , 317. — Muscles
qui le meuvent; 279. — Brûlures du pli
du bras; II, 208. — Pronostic des fractures
des os du bras ; II , 299. — Réduction des
fractures de l’os du bras; II, 317. — Pronos-
tic des luxations du bras; 11,353 — .Figure
de bras artificiel ; II , 617. — Figure d’un
monstre ayant quatre bras et quatre jam-
bes ; III, 12. — Figure d’un monstre
ayant quatre bras, quatre pieds et deux
natures de femme ; III , 18. — Figure d’un
monstre ayant deux tètes et un seul bras ;
III, 21. — Figure d’un homme sans
bras ; III , 23.
Brassavola ; ses ouvrages ; Int., cxcvi.
Brayers. Trois sortes de brayers au xve siè-
cle; Int., xc. — Figure de deux brayers
propres à la réduction des hargnes; 408 ,
409.
Brebis sont les bêtes les plus utiles à l’hom-
me ; III , 737. — Antipathie des brebis et
des loups; III , 761 .
Breciiet. Fractures et enfonçures du bre-
chet; II , 3li.
Bretagne. Voyage d’A. Paré en Basse-Bre-
tagne ; III , 692.
Brise-pierre. Quel était cet instrument ; II ,
488.
Brissot; Int., clxxiv.
Brisure. Espèce de fracture ; III , 295.
Bronchocèle. Description; 390, 394. — Trai-
tement; 391.
Brosse (Pierre de la); barbier de saint
Louis ; Int. xux.
Bruant. Son antipathie pour la linotte; III,
761.
Bruit. Influence du bruit sur la guérison des
plaies de la tète; II, 38 ; III , 709.
Brui.ures. Efficacité de l’oignon dans le trai-
tement des brûlures; II; 128. — Brûlures
superficielles ou profondes; 11,202. — Re-
mèdes indiqués par leurs différences ; II.
203, 204,205, 206,207, 208.— Les brûlures
profondes sont moins douloureuses que
les superficielles; 11,208. — Leur traite-
ment , II. 209 . — Brûlure cause de gangrè-
ne; II , 211. — Signe de cette gangrène ;
II , 216. — Emploi de l’antimoine dans le
traitement des brûlures ; III , 467.
Brunus. Ce qu’il dit de la plupart de ceux
qui exerçaient la chirurgie au xni» siècle;
Int., xxxii, xxxvi. — Théodoric lui a beau -
coup emprunté; Int., xxxviu, lvi.' — Ap-
préciation de Guy de Chauliac ; Int. ,
xxxix.
Bubons; 82. — Ce que c’est, II, 52S; III, 427. —
Causes et traitement des bubons ; II , 578;
III , 427. — Quand les bubons des pestifé-
rés paraissent avant la fièvre c’est bon si-
gne; III , 390. — Quand il convient ouvrir
les bubons. 430.
Bubonocèlf.. Ce que c’est; signes; 404; II,
796.
Bucton. Ce que c’était; II, 487.
ANALYTIQUE. 8 1 3
Buglosse. Son efficacité contre la morsure
des serpents ; III , 301.
Bulampech ; III, 775.
Bulles relatives à la faculté de Montpellier ;
Int., xxix.
Bupreste. Description ; accidents résultant
de sa piqûre ; III , 329 , 365.
Butrol. Description du butrol ; III, 501.
C
Cachexie; II, 780.
Cachots. Ce que c'est; III, 279.
Cacochymie. Ce que c’est; 73. — Cause an-
técédente de toute maladie; III, 96.
Cacots ; III, 351.
Cadavre. Définition ; II, 662.
Cagots. Ce que c’est ; III, 279.
Caisses. Leur usage dans le traitement des
fractures ; II, 289. — Figure d’une cas-
sole pour les jambes fracturées ; II, 338.
Cal des os; 434. — Temps qu’il met à se
former; II, 33, 65. — La chair calleuse
s’oppose à l’agglutination , II, 272. — For-
mation du cal; II, 298 , 299. — For-
mation du cal des fractures du nez et
de la mâchoire inférieure; II; 307. —
De l’os claviculaire; II, 309. — De l’os
du bras; II, 318. — Des os des doigts;
II, 321 . — De la cuisse ; II, 325, 326. —
Emplâtres pour aider a la formation du
cal; II, 339. — Signes de la formation
du cal ; II, 340. — Théorie du cal; II, 341.
— Temps qu’il mei à se former dans les
fractures de la jambe; II, 342. — Choses
qui empêchent la formation du cal; II,
343 et suiv. — Moyens de corriger le cal
vicieux; II, 345.
Cambium. Ce que c’est, 45 ; II, 244, 257.
Caméléon. Description du caméléon; pro-
priété qu’il a de changer de couleur; III,
787. — Ses vertus médicinales; III, 788.
Camphur. Description de cet animal ; III,
497.
Canapé (Jean); Int., ccxxxvm, cccxxxi.
Canards. Présagent la pluie; III, 739.
Cancellus. Ses mœurs; III, 776.
Cancer; 82.— Origine et mode d’exlirpation
du cancer avec l’instrument tranchant et
le fer rouge attribué â Jean de Vigo ; III,
vu. Voyez Chancre.
Cane. Voyez Bec.
Cannelle. Caractères de l’huile de cannelle ;
III, 627. — Description du cannellier ; III,
628.— Propriétés et usages de la cannelle ;
111,629.
Canon. Comparaison du tonnerre et du ca-
non ; II, 124, 177. — Différence entre le
canon et le tonnerre; II, 135. — Contu-
sions et dilacérations produites par les
boulets de canon ; II, 166.
Canons. Canon d’Avicenne traduit par Gé-
rard de Crémone; Int., xxvn. — Canons
chirurgicaux d’A. Paré; III, 647.
Cantharides. Emploi de la poudre de can-
tharides dans l’by dropisie ; 396. — Des-
cription des accidents résultant de leur
ingestion; III , 326. — Remèdes ; III,
327.
Canule. Figure d’une canule fenètrée avec
son cautère actuel ; 385. — Figure d’une
autre canule avec son cautère pour les
abcès de la gorge; 386. — Figure d’une
canule employée pour la paracenièse;
400. — Figure d’une canule pour l’opé-
ration de la hernie étranglée ; 410. — Fi-
gures de canules à sutures ; 439. — Figu-
res de deux canules utiles après l’ampu-
tation ; II, 229. — Emploi des canules dans
le traitement des fractures du nez; II,
306. — Figures de canules pour mettre
dans la plaie après l'extraction de la
pierre; II, 489, 490. — Figure d’une ca-
nule propre à couper les carnosités de la
verge; II, 569. — Figure d’une canule
pour remplacer la verge perdue ; II, 613.
Capots. Ce que c’est; III, 279.
Caque-sangue ; III, 351. — Ses symptômes ;
III, 422
Caractère. Influence du cœur sur le carac-
tère ; 79.
Carboucle ; 320 ; III, 427.
Carcinome. Ce que c’est ; II, 418.
Cardialgie ; III, 185.
Carie. De la carie des os de la tète; H, 64.
— Signes et curation ; II, 65. — Carie de
l’os du talon incurable; II, 400. — Cau-
ses de la carie des os ; II, 580. — Symptô-
mes; II, 581. — Traitement des os cariés
par les poudres et emplâtres catagmali-
ques; II, 583. — Par la trépanation et la
rugination ; II, 584. — Pronostic de la ca-
rie des os longs; II, 585. — Traitement
de la carie des os par les cautères poten-
tiels; II, 588. — Par les cautères actueis ;
11,589. — Inconvénients de la mauvaise
application du cautère actuel ; II, 591.
Carnosités. Des carnosités qui s’engen-
drent au conduit de l’urine après quel-
ques chaudes-pisses; II, 564. — Signes
de ces carnosités ; II, 565. — Pronostic et
cure générale des carnosités; II, 566 ;
— Cure particulière; II, 567. — Traite-
ment des carnosités vénériennes de la
verge,- II, 569. — Remèdes propres à ci-
catriser les ulcères après l’ablation des
carnosités; II, 576. — Premières mentions
des carnosités urétrales ; III, v.
Carpe. Os du carpe ; 283. — Muscles exten-
seurs du carpe; 285. — Muscles fléchis-
seurs du carpe; 287. — Situation qu'il
faut donner aux plaies du carpe ; II, 1 19.
— Luxations des os du carpe, et moyens
de les réduire; II, 386.
Cartilages. Les cartilages s’ossifient chez
les vieillards; 175. — Définition et ana-
tomie des cartilages; 176. — Cartilages
du nez; 243. — Cartilages du larynx; 256.
— Pronostic des plaies des carlilages; 433.
— Fracture des cartilages du nez ; II, 306.
Caspili.y. Histoire du Caspilly ; III, 502.
Cassiodore. Auteurs dont il recommande
la lecture aux moines de son couvent}
Int., xvih.
TABLE
Si4
Castration. Les castrats doivent être rap-
portés à la nature des femmes ; 60. — Ef-
fets de la castration : 15p. — Indigne cou-
tume des cliâircurs dans le traitement des
hernies; 407. — Inlluepce de la castra-
tion sur le naturel de l’homme et de l’ani-
mal 4 14. — Castratjon cause de sléfilité;
II, 73I-— Emploi de la castration contre
la lèpre ; IIJ, 281,
Catalepsie. Ce que c’est; II, 753.
Cataplasmes, Formules de cataplasmes pour
le phlegmon vrpi, 330, 331 , 332, 333. —
Pour l’œdème, 343- — Pour les tumeurs
aqueuses et venteuses, 345. — Poqr les
écrouelles, 354. — Pour les chancres, 360,
369. — Pour Içs tumeurs de l’oreille , 380.
Pour les hernies, 409. — Pour les tumeurs
dp genop, 422. — Contre la douleur qui
survient au* plaies, 442. — Pour l’érysi-
pèle ; II, 28. — Popr les plaies de la tête;
4, 40. — Pour les contusions du cuir mus-
culeux ; II, 42. — Pour la piqûre des nerfs ;
I|,1 14,1 15. —Pour les plaies des jointures;
II, 117. — Pour les plaies d'harquobuses ;
II, 164. — Pour les plaies envenimées;
II, l9i. — Pour les contusions qvec plaie ;
II , 198. — Pour la gangrène; II, 219, 234,
235. — Pour les plaies après amputation;
II , 2 12. — Aidant à la formation du cal ;
II , 344. — Pour l’ophihalmje ; U , 427. —
Pour les dilatations de la pupille ; II, 434.
— Pour les calculs engagés dans les uretè-
res ; Il , 472. — Pour les carposités de la
verge; II, 567. — Pépercnssifs contre la
goutte causée de pituite; III, 235, 236. —
ftésojptifs contre la goutte causée de pi-
tuite; III, 236. — Képercussils contre la
goutte de matière chaude ; III , 239 , 240.
— Contre la goutte provenant d’humeur
cholérique ; III, 242, 244. — Pour les ven-
tosités qui accompagnent les douleurs ar-
thritiques; III, 249, 250. — Contre la
goutte sciatique; III, 253. — Vermifuges;
tll, 268. — Contre les duuleurs de tète;
III, 420. — Attractifs des bubons pestilen-
tiels ; III, 428, 429. — Résolutifs des bu-
bons pestilentiels; III, 430. — Pour le
charbon pestiféré; III, 439 , 440. — Pour
les ecchymoses; JII , 485. — Ce que c’est
qu’un cataplasme; ingrédients, variétés,
utilité, formules de cataplasmes anodin ,
maluratif, résolutif; III, 575.
Cataracte. Prix de l’opération de la cata-
racte aux termes des lois des Visigoths;
Int., xviu. — Traité de Guy deChauliqc;
Int., lxv. — Procédé d’abaissement con-
seillé par Arculanus ; Int. , lxxxix. — Les
^chèvres ont donné l’idée de l’abaissement
de la cataracte, 20; III, 737, — Définition;
II, 418 , 435. — Variétés, causes , signes;
Il , 435. — Cure des cataractes qui com-
mencent à se former; II, 436. — Signes
pour connaître les cataractes confirmées ;
II, 437. — idem, les cataractes curables;
II , 438. — Cure des cataractes par l’œu-
vre de main ; II , 438. — Temps, lieu et
position convenables à l’opération ; II ,
439. — Manuel opératoire ; traitement con'
sécutif; II, 440. — Cequ’il faut faire quand
la cataracte remonte ou qu’elle s’est divi-
sée; II, 441. — Ponction dps membranes
de l’œil dans les cas de cataractes; 11,525
Catarrhe; III, 209.
C atelan (Nicolas) ; chirurgien à Tqulopse ;
Int., Lxvii.
Cathér étiques ; III, 546.
Catheiunaire , 22.
Cathétérisme pratiqué par Gilbert l’An-
glais ; III, v.
Catopsis. Ce que p’est; II, 414.
Causus; III, 133, 134, 137.
Caustiques; III, 546.
Cautère. Figure d’un cautère aclpiel ppur |e
traitement de la grenouilletle , 382.— D'un
cautère actuel avec sa canqle fêqplrée ,
385. — Figure d'un cautère pour les abcès
de la gorge avec sa canule , 386. — D’un
eau 1ère actuel aype sa platine popr opérer
l'empyème, 393. — Du cautère actuel à
séton ; II , 81 . — Sur l’emploi dp eaulére
actuel pour arrêter le sang après l'ampu-
tation ; 11,227; III, 680.— Figures de cau-
tères actuels applicables après les amputa-
tions ; II, 227, 228.— Figure d’un cautère ;
Il , 421. — Emploi du cautère actuel dans
le traitement des fistules lacrymales; Il ,
431. — Figure d’un cautère actuel pour les
fistules lacrymales ; II, 432. — Figure d’un
cautère actuel pour cautériser les dents ;
II, 45Q, — Traitement des bubons par le
cautère actuel; II, 578.— Supériorité des
cautères actuels sur les cautères poten-
tiels : matière de ces derniers; II , 288 ;
Ili , 579. — Figures de cautères actuels
cul tellaires, ponctuels et ol i v aires pour la
carie des os ; II, 589, 590. — Inconvénients
de la mauvaise application des cautères
actuels : soins à prendre après la cautéri-
sation; II , 59). — Emploi des cautères
dans le traitement des fievres ; III, 86. —
Application du cautère potentiel au trai-
tement de la goutte ; III , 211 , 212 , 226 ,
254. — Manière d’établir un cautère ; l(f ,
227. — Emploi du caulère contre les mor-
sures des bêtes venimeuses; III, 302. —
Usage du cautère potentiel; III , 579. —
Exemples ; 5S0, 581. — Propriétés, histori-
que et composition du caulère de velours ;
III, 581 , 582 , 583. — Du caulère dans la
paracentèse ; III, 685.
Cautérisation. De l’emploi de la cautéri-
sation dans le traitement des hernies; 4 15.
— Cautérisation des plaies envenimées;
II, 192, 193. • — Emploi de la cautérisa-
tion dans le traitement de la gangrène;
11,220. — Cautérisation des ulcères; II,
253, 254. — Cautérisation des ulcères de
la bouche; II, 262. — Des cors; II, 458.
— Des dents ; K, 446, 448. — Premier em-
ploi du mot Caulerizare ; III, îv. — Cauté-
risation du charbon ; III, 441, 514. — Du
foie, de la raie; III, 685. — Inconvénients
de la cautérisation dans le traitement
des hémorrhagies à la suite dampula-
ANALYTIQUE.
tiops ; II, 227; III, 680. —De la cautéri-
sation dans le traitement de la sciatique ;
III, 6S5.
Cécité résultant de la petite-vérole et de
la rougeole ; III, 259.
Celse; Int., ,\iv. — Inconnu de Gaiiopon-
tus et de Trotula ; Int., xxv. — Ignoré
des Occidentaux au xtv° siècle; Int., lx.
— Epoque où il fut retrouvé; Int., xpin.
— Est retrouvé par Thomas de Sarzane ;
Int., ctx. — Dates des premières éditions
de Celse ; Int., ex. — Cité pur Beniviepj ;
Int., cxviti. — Son opinion sur la para-
centèse ; 398. — Sa doctrine sur les fis-
sures du crâne ; IJ, 10. — Ses procédés
pour l’ectropipn ; III, vi. — Aphorisme
emprunté à Celse ; III, 616.
Cémt pour les écrouelles ; 354. — Pour les
plaies de la tète; II, 44. — Pour les com-
motions du cerveau ; H, 69. — Pour la pi-
qûre des nerfs ; 11,113. — Pour les nœuds
des jointures; Il{, 248.
Cerf a enseigne l'utilité de la dictante; 19 ;
III, 736. — Vertu de la corne de cerf con-
tre les vers ; III, 268. — Contre la peste ;
III , 369 , 507. — Stratagème du cerf
pour dépister les chiens; III, 753. — An-
tipathie du cerr et du serpent; III, 761.
Cermison (Antoine), médecin italien du
xve siecle; Int., xctv.
Cérouennes. Définitions, différences, ingré-
dients ; III, 568.
Cérüse. Son action sur l’économie animale ;
III, 343.— Contre-poison; III, 344.
Cerveau. Anatomie du cerveau ; 212. — Ven-
tricules du cerveau ; 214.— Des sept paires
de nerfs du cerveau ; 220. — Pronostic des
plaies du cerveau ; 433 ; II, 27, — Jiffets de la
compression du cerveau , II, 17. — Danger
de découvrir le cerveau ; H, 20. — Causes
et effets de la commotion du cerveau ; II,
23. — Explication de ces phénomènes;
doctrine de Bérenger de Carpi ; II, 24. —
Exemples ; IJ, 23, 25. — Traitement de la
commotion du cerveau; II, 68. — plaies
du cerveau avec perle de substance; U,
70. — Cas remarquable de hernie du
cerveau ; II, 212. — Le cerveau est fait
de substance spermatique; II, 65J. — Le
cerveau pst le siège des sens intérieurs;
II, 658, 659, 660. — Canaux par où se
purge le cerveau; II, 662. — La goutte
vient du cerveau ou du foie ; III, 215. —
Sigpesdcs lésions du cerveau ; {II, 653. —
Cas de plaie pénétrante du cerveau ; III,
695.
Cervelet. Description du cervelet ; 214.
Cervelle. Venin contenu en la cervelle des
chats ; III, 333.
Césarienne (opération). Cas d’opération cé-
saripune ; II, 718. — Opinion de Paré sur
l'opération césarienne; 11,718. — Détails
historiques sur cette opération ; II, 719.
Chagrin. Son influence sur la fièvre ; III, 85.
Chair. Ce que c’est; 128. — régénération
de la chair selon les parties de la tète ; fl,
43. — Influence de l’alimentation sur la
8 1 5
qualité de fa chair des animaux ; III, 288,
289.
Chaise, figure d’une chaise à demi-bain ;
II, 471. — Figure d'une chaise pour les
accouchements; II, 674.
Chalazion. Définition ; H, 416, 422. — Trai-
tement; II, 422.
Chaleur. Condition de |a vio ; 59. — La
femme en a moins que l’hqmme ; 6p. —
La chaleur immodérée dessèche et en-
durcit I a graisse; 121. — Chaleur qui epn-
yient dpns le traitement des plaies de la
tète; II, 34. — Chaleur considérée comme
remède des petites brûlures; H , 2P3. —
— Pierres causées par chaleur ; fl, 463, —
Influence de la chaleur sur la difficulté
des accouchements ; II, 712. — Propriétés
de la chaleur ; 11,737. — Chaleur cause de
fièvre ; III, 78.— Symptùme de (jpvre ; f II,
80. — Elément de putréfaction; lit, 103. —
Bemédes contre la phalène qui hl'ùie fes
fébricitants; III, 206. — Influence de la
chaleur sur le développement de la rage,
III, 704.
Chameau. Sa docilité, sa frugalité, son pays;
HL 757.
Ciiami’ier ( Symphorien ). Ses Luneçtes des
chirurgiens cl barbiers ; Int., ccxxxvn.
Champignons. Espèces diverses, accidents
qu’ils peuvent causer, manièrpde les ; ré-
parer ; 1)1, 335. — Leur mode d’action,
leurs contre-poisons ; lit, 336.
CuanPPE. — Description du ehancre;36L —
Causes, espèces; 362. — Pronostic , cure
du chancre non ulcéré; 363.' — Cure du
Chancre ulcéré ; 364. — Opération chirur-
gicale ; 365. — Remèdes locaux ; 36f>. —
— Des chancres de la matrice en particu-
lier; 368. — Simulation d’un chancre à
la mamelle ; II), 46. Voyez Cancer.
Chancre. Histoire du chancre de mer ; III ,
778.
Ch^PE ; III, 618.
Chapelain. Son opinion sur la corne de li-
corne ; 111, 471, 508.
CHAmpAU ; III, 6(8.
Chapons. Sont souvent podagres ; III, 229.
Cuarbon ; III, 351, 427. — Causes et trai-
tement du charbon bénin ; III, 434. —
— Oescriptiop du charbon pestilentiel,
ses causes et symptômes ; lit, 435. — Pro-
nostic ; III, 436. — Cure; 111,439. — Pieniè-
des du prurit qui accompagne le charbon ;
III, 441. — Moyens de cicatriser l’ulcère.
III, 442. — Moyens de dissimuler la cica-
trice; 111, 443. — Cautérisation des char-
bons; 111,514. — Cas d’asphyxie par la
vapeur du charbon; III, 661 , 664.
CnARtTÉ. Sentiment naturel à l’homme ; 7.
Charlatans. Stratagème des vendeurs de
thériaque; III, 319. — Supercherie des
charlatans ; lit, 511.
Charlemagne. 11 ne paraît pas qu’il ait pu
réellement de médecin arabe; lut., xix.
Charles Ie1 d’Apjou , roi de Sicile. Son
ambassade au souverain de Tunis pour
obtenir le Coniineni de Rhasès ; Int. , ux.
TABLE
8l6
Charles V. Son édit sur l’exercice de la
chirurgie; Int.,cxxvu. — Son ordonnance
de 1372, réglant les droits des barbiers et
des chirurgiens; Int., cxxxvm.
Charles IX. Histoire du roi Charles IX;
III, 115. Voyez Bezahur.
Ch arolles ( Jean de ) ; Int., cxxvin.
Chat. Histoire d’un chat engendré par une
femme ; III , 3G. — Vénénosité de la cer-
velle, du poil et de l’haleine des chats,
III, 333. — Remèdes contre les accidents
qui en résultent; III, 334. — Les chats
présagent la pluie ; III, 738.
Chat-Huant. Son antipathie pour la cor-
neille; III, 76t.
Chateau-le-Comte. Voyage d'A. Paré à
Châleau-le-Comte ; III, 699.
Ciiauche-Poulet; III, 66.
Chaude (fièvre) ; III, 104. V. Fièvre.
Chaude-pisse. Définition ; II, 555. — Chau-
de-pisse résultant de réplétion ; II, 557.
— Idem d’inaction et de contagion; II,
558. — Pronostic des chaudes-pisses ; II ,
559. — Cure générale; II, 561. — Cure
particulière; II. 562. — Des carnosités qui
s’engendrent au cocduit de l’urine après
quelques chaudes-pisses; II, 564. — Signes
de ces carnosités; II, 565. — Pronostic et
cure générale des carnosités; II, 566. —
Cure particulière; II, 567, 569, 576. — En
quoi diffère la chaude-pisse chez les fem-
mes, des fleurs blanches; II, 775.
Chaumet (Antoine); son Enchiridion chirur-
gicum; Int. , cclxxxv.
Chausse d’hippocras. Ce que c’est; III, 625.
Chauves-souris présagent le beau temps;
III, 739.
Chaux. Son action sur l'économie animale,
et contre-poison; III, 343.
Chemosis. Définition ; II, 415, 428. — Causes,
traitement ; II, 428.
Chenille. Histoire d’une espèce de chenille
engendrée dans la cuisse d’un homme;
III, 35. — Accidents résultant de leur mor-
sure, et remèdes; III, 325.
Cheval. Affectiondu cheval pour son maître;
III, 747. — Son antipathie pour le cha-
meau ; III, 760. — Cheval de mer; III.
772.
C hevêche. Présages tirés de son chant ; III,
738.
Cheveux ; 204. — Procédés pour teindre les
cheveux ; III, 616.
Cheviller. Ce que c’est; III, 62.
Chèvre. Les chèvres ont donné l’idée de
l’abaissement de la cataracte ; 20, 111,737.
— OEil de chèvre; II, 419. — Chevreau
engendré d’une chèvre et d’un homme:
III, 44. — Vertus attribuées à la corne de
chèvre; III, 507. — Les chèvres nous ont
appris les propriétés de la dictame ; III ,
736. — Instinct des chevreaux pour recon-
naître leur mère et les herbes qui leur
conviennent ; III, 741.
Chiens. Huile de petits chiens; II, 127, 155.
—Enfant engendré d’une femme et d’un
chien; 111,43.— Enfant ayant la figure d’un
chien ; III, 44. — Pourquoi les chiens de-
viennent plutôt enragés que lesautres ani-
maux ; III , 304. — Signes indiquant qu’un
chien est enragé ; III, 305. — Traitement
delà morsure d’un chien enragé; III, 309.
— Vertu de la fiente de chien pour arrêter
le flux de ventre ; III, 452. — Comment les
chiens se pur. enl ; III, 737. — Fidélité du
chien; III, 747. — Son éducabililé; 111,755,
757. — Son antipathie pourle loup; 111,760.
Chiragra; III, 209.
Chiron. Regardé par Pline comme l’inven-
teur de la médecine ; 18.
Chiromanciens; III, 60.
Chirurgie. Faveur dont jouit aujourd’hui
l’histoire de la chirurgie.- difficultés de
cette étude; Int., v. — Plan d’une ency-
clopédie chirurgicale; Int., vi. — L’histoire
de la chirurgie est intimement liée à celle
des révolutions de l'esprit humain; Int. ,
xv. — La chirurgie prend naissance en
Asie; Int., xvi. — Par qui elle était exer-
cée au vie siècle; Int., xvin. — Causes qui
peuvent expliquer comment au commen-
cement du xiii' siècle elle émigra du midi
au nord de l’Italie; trois sories de per-
sonnes l’exerçaient au xm* siècle; Int.,
xxn. — Abandon de cette science en Occi-
dent au xne siècle, Int., xxvi. — Ensei-
gnement et pratique de la chirurgie au
xme siècle ; Int., xxvur, xxix. — La chirur-
gie n’est pas encore, au xm« siècle, nette-
ment séparée de la médecine; Int. , xxix.
— Etait exercée aussi par des femmes;
Int., xxix , xxx , xxxi , xxxii. — Comment
elle était considérée au xme siècle; Int.,
xxx. — Ressources de la pratique chirurgi-
cale au xme siècle ; Int., xxxi. — Influence
de la découverte de l’imprimerie sur l’é-
lude de la chirurgie; Int., cxi. — Idem de
la découverte de l’Amérique ; Int., cxn. —
Etat de la chirurgie en France au xYe siè-
cle ; Int., cxx. — De la chirurgie dans les
villes de province ; Int., ci.v. — De la chi-
rurgie militaire au xve siècle ; Int., clxvii.
— De la chirurgie dans les campagnes;
Int., clxviii. — Pourquoi l’Italie ne mar-
cha pas en tête du mouvement de cette
science au xvie siècle; Int., clxxii. — Cau-
ses qui en arrêtèrent l’élan en France;
Int., clxxiv. — Origine de la chirurgie
allemande; Int., cxcvii. — Etat de la chi-
rurgie en France de l’an 1515 à l’an 1545;
Int. , ccxxxvn. — Fondation d’une chaire
de chirurgie au collège de France; Int.,
ccxxxix.— Etat de la chirurgie en Europe
au xvic siècle; Int., cclxxxv.— Nouveaux
documents sur l’histoire de la chirurgie
au moyen âge ; III , iv. — Rapports de la
chirurgie et de la médecine, 10, 12, 24.
— Invention de la chirurgie , 18. —
Antiquité de la chirurgie ; ses difficultés ,
23. — Son excellence, 24. — Définition de
la chirurgie, 23, 25. — Elle comprend
cinq genres d’opérations , 26. — Ces opé-
rations ne se peuvent faire sans douleurs,
30. — Emploi des moyens chirurgicaux
ANALYTIQUE.
dans le traitement des fièvres; III, 86.
Chirurgiens. Ils étaient compris au vie siè-
cle sous le nom de médecins; Int., xvii. —
Dispositions des lois des Visigolhs et des
Lombards qui les concernaient ; Int. , xvii.
— Quand il leur était permis de pratiquer
en Italie au xui' siècle; Int., xxx. — Chi-
rurgiens du xiii' siècle ; Int., xxxm. — Les
simples chirurgiens considérés jusqu’au
xive siècle presque comme des manœu-
vres; Int., xliii. — Quel était le bagage
d’un chirurgien au xiv' siècle; Int., lxvii.
— Rareté des chirurgiens lettres en France
au xiv' siècle; Int., lxxi. — Comment on
les désignait en Italie au xv' siècle ; Int.,
lxxvi. — Procès- verbal de réception d'un
chirurgien au xvi' siècle; Int. , ccxxxm.
— Détails sur la réception des maîtres chi-
rurgiens à Saint-Côme; Int., ceux. — En
quoi consistait l’épreuve latine ; Int., cclx.
— Letires de maiirise ; Int., cclxi. — Nou-
velles querelles des chirurgiens avec la
Faculté; Int. , cclxxxvi. — Liste des chi-
rurgiens du roi pour 1585; Int., eexem.
— Réponse d’A. Paré aux attaques des
chirurgiens , 12. — Quelle doit èlre la con-
duite du chirurgien pendant l’opération,
30. — Connaissances premières qu’il doit
avoir, 31. — Il doit connaître les chosesna-
turelles, 31. — Les annexes des choses na-
turelles, 60. — Les choses non naturelles,
62. — Les accidents ou perturbations de
l’âme, 75. — Les choses contre nature, 80.
— Les indications, 84. — Ce qui le distin-
gue de l’empirique , 87. — Le chirurgien
connaît et juge des maladies par les cinq
sens, 93. — Nécessité pour le chirurgien
de eonnaîire l’anatomie, 106. — Ne doit
jamais abuser le malade, 432. — Son mi-
nistère consiste à aider la nature; 111,66.
— Utilité de la connaissance des fièvres
pour le chirurgien ; III , 71. — Comment
doivent être choisis les chirurgiens char-
gés de soigner les pestiférés; III , 378. —
Précautions que doivent prendre les chi-
rurgiens chargés de ce soin; HI, 379 —
Prudence, discernement et probité néces-
saires au chirurgien chargé de faire un
rapport en, justice; III, 651.
Cboerades. Écrouelles ; 82.
Cholère. Nalure, consistance , couleur, sa-
veur, usage de la cholère , 42. — De quoi
et quand elle se fait, 43. — Quand elle se
met en mouvement ; cholère jaune et
noire , 44. — De la cholère contre nalure,
46. — Caracière de l’homme cholérique,
47. — Ce qui peut donner un tempérament
cholérique, 49. — Tumeurs qu’engendre
cette humeur, 336; II , 662. — Signes in-
diquant que c’est la cholère qui accompa-
gne le virus arthritique; III , 217. — ■ To-
piques pour la goutte provenant d’humeur
cholérique; III, 241.
Chomel. Ce qu’il dit sur la culture de la
médecine en Occident avant le xi' siècle ;
Int., xix.
8i y
Chorion, 166. — Anatomie du chorion, 171.
— Son usage; II, 644.
Chrysolore (Emmanuel). Son voyage en Ita-
lie, ses leçons : Int. , r.vin.
Chute. Exemple d’une phrénésic guérie à la
suite d’une chute, 95.— Chutes cause d’a-
vortement; II, 624, 714. — Influence des
chutes sur la génération des monstres;
III, 27.
Chyle. Ce que c’est , 40. — Quand il com-
mence à prendre couleur de sang, 144.
Cicatrices des brûlures; II , 210. — Le poil
ne croît jamais sur les cicatrices ; II , 406.
— Moyens pour effacer les cicatrices de la
petite-vérole ; III , 263. — Moyens d’ame-
ner à cicatrice l’ulcère charbonneux ; III ,
441. — Moyens de dissimuler la cicatrice ;
III, 442.
Ciel. Prodiges célestes; III, 790.
Cigognes. Ont inventé le clystére ; III , 557,
737. — Amour filial des cigognes ; 111, 746.
Ciguë. Ses propriétés vénéneuses; traitement
des accidents qu’elle cause; lli, 337.
Circoncision. De la circoncision des femmes,
169. — Manières de rallonger le prépuce des
circoncis; II, 458.
Cire. Manière de faire l’huile de cire; III,
631.
Cirons. Description, origine, et manière de
les détruire ; III, 270.
Cirsocèle. Ce que c’est, 404, 417 ; II, 796. —
Causes, signes, traitement, 4 1 7 .
Ciseau. Éigure d’un ciseau pour séparer le
péricràne ; II , 8. — Figures de divers ci-
seauxpour aplanir les os ; II, 16. — Figu-
res de ciseaux pour couper les os ; II, 585.
Citations. Inductions tirées des citations
faites par A. Paré; III , xvm. — Liste des
auteurs cites par A. Paré ; III, xx.
Clarté. Action de la clarté sur l’economie ;
II , 34.
Claudication. Suite ordinaire des fractures
de la cuisse; II, 326. — Idem, de celles de
la rotule; II, 327. — Hérédité de cette dif-
formité; 111,27. — Claudication simulée;
III, 50. — Résultant de la goutte ; III, 220.
Clavicules. Description anatomique des cla-
vicules, 180. — Fracture de l’os clavicu-
laire; procédés divers de réduction ; 11,
308. — Luxation de l’os claviculaire ou
jugulaire ; II, 359.
Cleisagra ; III, 209.
Clément VI. Il appelle auprès de lui Guy
de Chauliac; Int., lxui.
Cléopâtre. Mise à contribution dans le livre
de Trolula; Int., xxiv.
Clercs. Exerçaient la médecine au vr siè-
cle. Où iis allaient puiser leur enseigne-
ment ; Int., xvm. — Etaient seuls admis
à prendre les degrés dans les Facultés de
médecine; Int., xxix. — Exception faite en
faveur des chirurgiens ; Int. , xxx.
Clignotement des yeux; II, 415.
Clitoris. Mention qu’en font quelques ana-
tomistes, 169.
Cloporte. Histoire d’une espèce de cloporte
rendu par la verge ; III, 35.
III.
5*2
8 1 8
TABLE
Clous. Description, 358 ; II, 418. — Traile-
menl, 358.
Clystère. L’ibis a donné l’idéf* Hes clvstères,
20; 111,739. — Ce qu’il faut faire en pre
nant un cly ■ 1ère, 132; Il l, 557. — Dangers
de ces n mèdes dans ie traitement des
plaies des in i slins; II, 1 (’9. — Civières
préservai ils de la pieriej II, 409, 470. —
Pour les coliques venteuses ; U, 617. —
Pour les coliques résiil ael île la rétention
des excrèm* n*s ou de l'entortillement nés
boyaux; II, 618. — Pour les suffocations
rie a matrice; II, 759. — Emploi des clys-
téres dans le trait, ment de la ficv*e s»no-
que-pu ride ; III , 112. — Dans celui de la
goutte; 111,252. — Cly-tères soporalifs;
III , 4 20. — Kxci ants; III, 450. —rafraî-
chissants et anodins; III, 452, 453. — Dé-
tersif cl astringent ; III, 453. — Nutri ifs;
III , 454, 555. — Définition des elystères ;
espèces diverses; 111 . 652. — Substances
végétales et animale- qui entrent dans leur
composition; quantité, chaleur, mode
d'administration; formules de elystères
émollient , laxatif; III , 653. — Anodin et
astringent ; III, 564. — Clystères sarcoti-
ques, épuioti ;ues, détersifs; tègles pour
l'administration des clystères nulrilifs;
III, 565. — Preuve île l’efficacité île ces
clys ères ; quand il faut i rendre les clysiè
res; usage des c|y»tèrcs; 111,556. — In-
vention; manière de piendre un cl stère;
figure d'un instrument pour s'en donner
un soi-même ; ill, 557.
Coccyx. Fractures du coccyx et leur ré'uc-
tiott; 11,316.— L xat un du coccyx; 11,3 .7.
Cochlear. D script on 1 1 u-ag. de cet instru-
ment ; II, 487.
Cochon. F gnre d'un cochon monstrueux;
III, 13. — C chons ayant le visage d’un
ho'ome ; ni, 44.
COEGUM , 139.
Cosffe, 135.
Cosl us Aurelianus; Int., xix. — Son opinion
sur la paiacentèse, 398.
Coeloma. Ce que c’est; II, 259, 417.
Coeur. Influence de son volume et de sa
densité sur le caractère; 79. — Anato-
mie du cœur; 188. — Sun action; sis
épiphvses ; 190. — Venlticules tu cœur;
19i. — Of fices et \alvules du cœur ; 1 92.
— Primo-tic des pl des du cœur ; 433. —
Sym lômes des blessures du cœur ; Il 95;
III, 054. — Exemple de herme du cœur;
II, 99. — Formation du cœur du fœtus;
II, 650. — Causes et traitement des bat-
tements de cœur; 188; II, 780. — D ux
corps joints, mais n’ayant qu'un cœur,
ne font qu un individu ; III, 9. — Exem-
ple de niei re engendrée d n- le cœur ; III,
32. — Exenn le .i’un cœur couvert de poil ;
III, 41 .—Le ■ œur est le siège de la fièvre ;
III. 74, 76.
Cogitation. Voyez Raison.
Coing. Ses propriétés; III 231.
Coït. Sun action sur la grandeur de la ma-
trice; 164. — Dangers du coït pour les
personnes blessées à la tête; II, 38.— Pour
les personnes affl gées de catnracies ; II,
436. Transmission au virus vénérien par
le coït; 11,528. — La tiop longue privation
du coït e*i une cause de ch .ude-pisse ;
II, 567. — Sa lmp fréquente répé ilion
aussi; II, 558. — Théorie du coi ; II,
636. — Rai- uns de la répugn nce qu’e-
prO’ Vent le- femelles des animaux pour
le colt après qu’elles ont conçu ; II, 639.
— Influence fâcheuse nu coït sur le lait
des nourrices ; IL, 686. — L>*s nourrices
doivent s'en abstenir, II, 686, 689. —
Cuïi intp fréquent cuise o’avui tement ;
II, 714. — Idem île stérilité; II, 730. —
Inconvénients du coït pendant les inens-
Irm s ; III, 4. — C'Ti immodéré can e de
goutte; III, 21 4. — Ai traits et dangers
des plaisiis de l’amour pour les gnütleux;
III, 222. — PuUi les lépreux , III, 273 —
Dangers des plaisirs v* nériens en temps
de peste ; III 375.
Col. Anaiomie du col de la matrice et du
col de la vessie; 167. — Malades qui
peuvent a freter le co delà matrce;109.
— Dangers des fractures du col de l'omo-
plate ; II, 31 1.
Colchique, se* prnpré’és, vénéneuses et
i ontie-poisun ; III, 336.
Colère. Se* effets ; 77. ■ — Exemple d'une
gu risitn suite d'un ac* ès de emère;96.
— Influence de la colère sur la fièvre;
III, 85.
Colique. C 's de eollque népbrét;que causée
par dis pierres rénales; II, 463. — D fini-
tion ; 11, 513.— Cnlii|U< s venieuse- ; 344 ;
Il , 614. — Colique néphrétique ; co-
lique résultant d’excréments retenus, de
l'eut nullement des boyaux ou d’inflam-
maiinp bil euse; 11,514. — signes de ces
diver-e* coliques; II, 615. — Pronostics;
cure de la colique néphrétipue, de la co-
lique résuliani de l'entortillement des
boyaux ei de la colique veilleuse; II, 6i6.
— Cure de la co Ique biLeu-e et de cel-
les qui résultent de la rétention nés ex-
créments ou de l'entortillement des
boyaux ; II, 518.
Coll et ic (médicament) pour les fractures
de l’os rlavicu aire; II, 30».
Collyres pour les yeux; II, 76, 77, 78. —
Pour les ulcères des veux; 11, 260. — Pour
le p u rit ries paupières; 11, 424. — Pour
l’ophltialmie; II, 427. — Pour les catarac-
tes qui comme cent à se formet; II, 436.
— P ur les u rèi es v énéri -ns de la e ge ;
II, 553. — Ce que c’e-t; les collyre- Sont
de trois sortes; leur usage; modèles de
collyres répercussif, anodin, déteisif; III,
585, 686.
Col met Candillon, organi aieur de la bar-
belé en Fr..n e; Int., clxi.
Culoboma. C** que c’est; II, 4 1 5.
Colombes. T* ndrtsse réciproque des colom-
bes; III, 747.
Colon; 140.
Colonnes de pierres fondues ; III, 500.
analytique.
Colot. La vérité sur Germain Colot ; Int ,
CLiii. — Laureni C lot ; Int., ccxxvu,
CcLxXt. — Récit de plusieurs Opérations
faite' par les frères Coloi ; III, 29.
Combustion . De» dill'ei entes . ouibaslions;
II, 202.
CÔME(coufrérie de Saint-). Son origine; r.xxi.
—Sa marche; Int., cxwii.— Ses lutte» avec
la Faculté de méiecine; lot., cxxvm.—
Hi.-tuoque de ses statuts ; Int., cxxx. —
Idée générale de ces statuts; lut., cxxxi.
— Rivalité de la cunfréiie de Satin Côme
et ues baroiers; Int., cXXxv. — Si a tu < s
nouveaux; Int., cxli, cxlIh cxlvii!. —
Lniie avec la faculié de (ilede<iue; Int.,
cxlvi. — Fin de celte luüe ; Int , clu. —
Transforniatiiiii de la Confrérie de Saim-
Côme en collège ; Int., cclvi. — D tails
sur la réi epliou des niaitii s chirurgiens;
Ini., cclix. — En quoi consistait l’é-
preuve latine ; Int., cclx. — Lettres de
malt Le; lui., cclXi. — Nouvelles que-
relles des chirurgiens avec la Faculté; lut.,
cclXxxvi. — N uveaux statuts ; Int.,
CCLXXXVll. — Décadence ei Ou du Col-
lège de Sauil-Come ; lut., cccL.
Comètes ; 111, 7 88.
Commerce, lulloeuce dé-as' reuse de la peste
sur le l'oniiiierce ; III, 457.
ComModékai ion. C que c’e-t; CI.
Commotion. Cause» elrlTets de la commo-
tion il u crtve-u; II, 23. — Explication
de ces phetioiué e»; do-urine de Ueren-
ger ne Carpi ; II, 24. — Exemples de com-
m lion du cerveau; 11,23,25. — Traite-
ment ne la commotion du c-rveau; II,
68. — Ciimmoiiuii de la moelle; il, 366.
— Coiniiioliou cause u’avorteinein ; H ,
714.
CuMcaS. Figure d’un compas pour couper
l'Os du ci ane; 11, 59, 60.
Co ii i ÊR AT • S -n libelle contre A. Paré ; lut.,
ccxoi, cccxxxv.
CuMPLEXloîv. Ce que r’e t; 33.
Cu.MfRE.'SES. Leur uül te; il, 285, 286. —
Comment elies doivent être tains, II,
286. — Piéparalion piéalab e des com-
pi esses ; 11, 303.
Compression. Effets de la comprc sion du
cerveau; II, 17. — Eifits de la compres-
sion sur la taille des jeunes filles; II,
350. — La compression exercée sur le
• venire amène l’avoriemeul; II, 624, 714.
ConariOM ; 216.
Concepti- n. Symptômes indiquant qu’une
femme a conçu ; II, 612. “ Théorie de la
concep'ion ; II, 65<>. — Si une femme
lion ri'glee peut concevoir; II, 762. —
Age auquel la f mme peut concevoir ; II,
738.
Conciles. Défenses faites aux moines par
le- conciles de i.alran, de Montpellier et
de Tours u’exmer et u’enseiguer la méde-
cine; lui., xxviti.
Concussion. Voyez Commotion.
Conducteurs. Figures de deux conducipu.s
pour l’extraction de la pierre; II, 483.
819
Condylomes. Définition et traitement; II,
790.
Congélation came de gangrène; II, 211.
— Signe» de cet e gangrène ; II, 216. —
Conté at'OIl lies délits; 11,451.
Congestion. Ce que c’est; 320.
Conjonctive. Description de ia conjonctive;
237. — 1 n llu m mai ions de la conjonctive;
II, 78. — Excroissances; II. 79.
Consilia meoica. Ouvrage attribué à Guy
de Chaulée, pa J. Sdienkius ; lut., lxv.
Constantin. Restaurateur des sciences mé-
dicales en Occident; lut., xix. — son Paii-
teyiii , Int., xxiv ; 111, iv. — Si-s travaux ;
Int,, xxv. — Ses traiii ons foutseules pres-
que tous les Irais de l'enseignement médi-
cal au xnr sieele ; Int., xlii. — Est cité ar
L - n franc ; Int., xlvi. — Ses ouvrages fai
saienl puitie ne la hinlioibèque de l’École
ne Montpellier au xtv° siècie; Int., lix.
Constantinople. Influence de la (irise de
Constantinople sur les progiès des icien-
ces en O Cidetit; lut., cviti.
Constipation. Remède contre la consiipa-
tion ; 692 ; III, 103.
Constitution. Quebe doit être la constitu-
tion d’une bonne nom rice ; III, 6S5. — In-
fluent de lu rousiilut on sur la fécoudhé ;
Il , 734.
Contagieuses (fièvres); III, 180.
Contagion de la ièp-e; 111,272.
Contes. Inconvénients des contes de nour-
i ires ; il, 686.
Continence. Doit êlre rigoureuse dans la
cure du phlegmon vrai; 330. — Son in-
fluence dans te traitement de i’œuème,
342.
Continent. Le Continent de Rhasèse t tra-
duit en latin par Farragius; lui., lix. —
Emprunts faits à ce livre par Nicolas de
Florence ; lui., lxxv.
Continentes (fièvres); ill, 95.
CoNTiNUEs(lièv re.-); 1.1, 90,100, 104, 114, 116,
136, 142, 153.
Contre-fentes du crâne ; Il , 2. — D fliculté
de les reconnaître ; II , 20, 22. — Opinion
des auteurs sur les comre-f iups ; 11, 21. —
Exemple- ; 11, 21,22. — T ai em il- ; H, 23.
Contre— poison. Mo e d’acion des contre-
poisons ; li, 236, 304. — Contre-poison du
venin des félons; III, 325. — De la li-
maille de fer ; III, 343. — Cm lie - poi on
universel de M'Uni taie ; 111, 372. — Pro-
priétés aiitivénénensrs du Ireue et du
gernè i e ; III, 395. Voyez Antidote*.
Contusion. Prmiostic des plaies coi-tuses -,
433. — Contusions du crâne ; 11,2, 3. - —
Traiiement II, il. — P. onoslic des plaies
éOlil uses de la iè e ; II, 26. — Traiiement
des contusion» du cuir musculeux ; II, 42.
— Cuniu- ons pn duiie* par les houi. t de
canon; 11, 166. — Définition des contu-
sion'; Il 194. — Traite lient général dis
grand smntlis Ons; 11,195; 111,434. — Tiai-
leuient dos c -musi -ns avec piaie; II, 198.
— T. ai.eme il des Coutu»inii» sans piaie ;
II, 199. — Moyens de prévenir la gan-
8 9. 0
TABLE
grènc; II, 200. — Accidents des contusions
di's côtc<; II, 201. — Inefficacité de la
Mu niedans le traitement des conlusions ;
II, 202. — Grandes contusions, causes
de gangrène ; II, 212. — Signes de celle
gangrène; II, 2iG. — Accidents résultant
de contusion au talon ; Il , 400. — Con-
tusion complicative des luxations et frac-
tures ; II, 402. — Traitement des contu-
sions des yeux et des doigts; III , 486. —
Ou talon , III, 487.
Convulsion. Convulsio canina ; 83. — Défini-
tion des convulsions, variétés, causes, 443.
— Signes, traitement ; 444, 446. — Théorie
des convulsions ; II , 29. — Convulsions
symptomatiques des fièvres ; III , 190.
Cophon- Obscur médecin de Salerne cité
dans le livre de Trotula ; Int., xxm.
Coq. Le coq présage la pluie; III, 739. —
Effroi qu’il inspire au lion; III, 751, 752,
760. — Manière de se battre du coq ; III ,
752.
Coqueluche; III, 351. — Ses symptômes;
III, 362, 41 1, 422.
Coquilles (distillation des) ; III, 63S.
Corail ; 111,763.
Corbeau. Présage tiré de son chant; III,
738. — Aptitude du corbeau à imiter la
voix humaine ; III, 759. — Son antipathie
pour le milan ; III, 761.
Corbin. V. Bec.
Corcelet. Figures de corcelels pour redres-
ser l’épine dorsale ; II, 611,612.
Cordon. Section ducordon ombilical; II, 632.
— Formation du cordon ombilical; II, 648.
— Ligature du cordon ombilical ; II, 677.
Cordoue. École arabe de Cordoue ; Int. ,
XXVI.
Cornes. Animaux dont les cornes sont ré-
putées bonnes contre les venins; 111,495,
497, 50 i, 502, 503, 504. — Preuve de l'in-
efficacité de la corne de licorne; 111,605.
— Vertus attribuées à la corne de cerf et
de chèvre ; III, 507.
Cornée. Description de la cornée; 237. —
Rupture de la cornée ; II, 79. — Enuméra-
tion des maladies de la cornée; II, 417.
Corneille. Son antipathie pour le chat-
huant ; III, 761.
Cornemuse. Ce que c’est ; III, 630.
Cornets. Manière de les appliquer; 11,522. —
Figures de cornets avec flammettcs et lan-
ceile;II,523. — Figures de trois cornetsatti-
rantpar l’aspiration; II, 524. — Leur em-
ploi dans le traitement des fièvres ; III, 86.
— Contre la morsure des bêtes venimeüses;
III , 302.
Corps. Théorie du corps humain de Para-
celse ; Int., ccxv. — Perfection du corps
de l’homme; 15. — Eléments du corps;
33. — Division du corps en trois parties ;
111. — Animales, vitales; 112. — Natu-
relles ; 113.
Corps étrangers. Procédés d’extraction d’Ar-
culanus; Int., Lxxxvm, xc. — Extraction
des corps étrangers des yeux; 26; 11,76,416.
— Des oreilles ; 26 ; II, 442.— Du nez, 27.
—De la gorge ; 27; 11, 443. — De l’estomac,
de la verge, de la matrice ; 28. — De la pré-
sence des corps étrangers dans certaines
tumeurs; 346. — Ce qu’on appel le corps
étrangers; 435. — Des moyens de les
extraire; 436. — Figures d’instruments
propres a l’extraction des corps étrangers ;
II, 186. — Précepte de Gersdorf sur l'ex-
traction des corps étrangers des plaies;
III, vu. — Cas de corps étrangers ; III, 28,
29. — Corps étrangers chassés par la force
de la nature ; III, 38 à 41.
Cors. Description et traitement des cors;
358; II, 458, 789.
Côtes. Sept vraies et cinq fausses de chaque
côté; 180. — Leur substance, consistance,
figure et utilité ; 181. — Accident des con-
tusions des côtes; II, 201. — Courbures
des os des côtes ; II, 296. — Fractures des
côtes; signes de ces fractures; II, 312.
— Accidents qui surviennent aux fractu-
res des côtes ; II, 31 4. — Luxation des cô-
tes; III , 367. — Cas de contusion grave
des côtes suivie de guérison ; III , 489.
Cottier. Ce qu’il recevait de Louis XI ; 21.
Cotylédons. Ce que c’est; 165, 170; 11,645.
Cou. Définition du cou ; examen de ses sept
vertèbres ; 2a9. — Desjvingl deux muscles
du cou; 262. — Nerfs du cou; 276. —
Pronostic et traitement des plaies du cou;
II, 90. — Luxations des vertèbres du cou;
II ; 361.
Coude. Définition du mot coude ; 280. —
Description des os du coude ; 281 . — Mus-
cles qui les meuvent ; 282, 285. — Situa-
tion qu’il faut donner aux plaies du
coude; II, 119. — Fracture de l’os du
coude; II, 318. — Pronostic des luxations
de l’os du coude ; II , 352. — Variétés, ra-
reté et pronostic des luxations du coude ;
difficulté de leur léduction; II, 380. —
Causes et symptômes de ces luxations ; II,
381. — Réduction de la luxation du coude
faite en la partie extérieure, II, 382. — Idem
de la luxation en la partie intérieure ; II,
383. — Idem de la luxation incomplète en la
partie supérieure ou inférieure ; II , 384.
Coule-sang. Accidents qui résultent de sa
morsure et remèdes d'iceux; III, 315.
Coulet. Sa traduction de Freind ; Int., lvi.
Couleur. In ticalion que fournil la couleur
de la peau ; 61.
Couleuvre. Accidents provenant de sa mor-
sure , et remèdes; III, 320. — Sou anti-
pathie pour l’homme; III, 760.
Coulisse. Ce que c’est ; II, 418.
Coup de fouet ; II, 110.
Coups. Influence des coups reçus parla mère
sur la génération des monstres ; III, 27.
Courage. Modification de l’âme ; 11, 655.
Courbure des os des membres , du crâne et
ries rô’es sans fracture; II, 296.
Couteau. Figure d’un couteau propre à cou-
per une grande quantité de chair; II, !S8.
— Figure d’un couteau courbé pour les
amputations ; II, 222. — Figure d’un cou-
teau courbé pour fendre le ventre d’un en-
ANALYTIQUE.
821
fant mort dans la matrice; H, 705. — His-
toire d’an couteau chassé du corps apres
un séjour de six mois; 111,39.
Coutures. Voyez Sutures.
Coxalgies. Observations de coxalgies faites
par A. Benivieni ; Int., cxvii.
Crachement; 74. — Moyen de le provoquer;
III, 445.
Crainte. Ses effets; 78. — Théorie de la
crainte ; II, 661. — Influencede la crainte
sur la difficulté des accouchements; II,
712. — Sur le développement de la rage ;
III ,311. Voyez Peur.
Crampe. Définition, cause, traitement ; III ,
255.
Crâne. Anatomie du crâne; 207. — Trous
de la base interne du crâne; 225. —
Trous de la base externe ; 226. — Diver-
ses espèces de fractures du crâne ; II, 1.
— Tables de ces fractures ; II, 3, 4. —
Causes et signes conjecturaux; II, 5.
— Signes sensuels; II , 6 ; III , 653. —
Scissure; II, 7. — Conlusion ; II, 11. —
Embarrures ou enfonçures ; II, 15. — In-
cision ; II , 17. — Conire-fente ; II , 20. —
Pronostic des fractures du crâne; II, 26 ,
31, 33. — Soins généraux à donner aux
lractures du crâne; II, 33. — Cure des
accidents qui adviennent au crâne ; II, 43.
— Pourquoi on trépane les lractures du
crâne; II, 50. — Courbure des os du crâne;
II , 296. — Perte de substance aux os du
crâne sans carie; II , 584.
Crapaud. Violence de son venin ; III , 299 ,
321 , 622. — Crapaud trouvé dans une
pierre; III, 43. — Accidents causés par le
venin du crapaud et remèdes d'iceux ; III ,
322. — Cas d’empoisonnement par le venin
du crapaud ; III , 662.
Crapaudinr. Erreur du vulgaire au sujet de
cette prétendue pierre; III, 22.
Crasis. Ce que c’est; S3.
Crem asters ; 155.
Cri. Moyens d’apaiser les cris des enfants ;
utilité des cris ; II , 693.
Cridons. Description et traitement de cette
maladie , 439.
Critiie. Ce que c’est ; II , 416.
Crochet. Figure d’un crochet pour l’extrac-
tion des corps étrangers; II , 186. — Fi-
gures de crochets propres à opérer l’un-
gula ; Il , 430. — Figures de deux crochets
propres à extraire une petite pierre de-
meurée à l’extrémité de la verge ; II, 473.
— Figure d’un crochet propre à extraire
la pierre aux petits enfants; II, 477. —
Figures de trois crochets pour tirer un en-
fant mort hors du ventre de la mère; II,
704.
Crocodile. Remède contre la morsure du
crocodile; II , 20. — Peur que lui inspire
le rat d’Inde; III, 751. — Description
du crocodile, son pays, manière de te
prendre ; III , 773.
Crocodij.ée. Son efficacité contre diverses
maladies; III, 773.
Cubitus. Description du cubitus, 281.
Cucurbite; III , 618.
Cuffon est cité par Lanfranc ; Int., xlvi.
Cuir. Deux sortes de cuir : le non-vrai ou
épiderme ; 1 16. — Le vrai ou derme ; 117.
— Anatomie du cuir chevelu; 205. —
Traitement des plaies simp'es du cuir
musculeux; 11,39. — Idem des morsures;
II, 41. — Idem des contusions , II, 42.
Cuisse. Nerfs de la cuisse, 293. — Os de la
cuisse; 294. — Muscles qui meuvent la
cuisse ; 297. — Pronostic des plaies des
cuisses; 433 ; II , 120. — Traitement ; II ,
120. — Fracture de la cuisseau milieu de
l’os; Il , 321. — Pronostic des fractures
de cuisse; II, 326. — Histoire d’une
espèce de chenil le engendrée dans la cuisse
d'un homme; III, 35. — Douleurs des
cuisses des fébricitants; III , 186.
Cuivre. Vertus et usage des eaux cuivreuses;
III, 597.
Curette. Figure d'une curette pour l’exlrac-
tion de la pierre ; II , 487.
D
Dalechamps. Hommage par lui rendu à
A. Paré; Int., ccl.xxiv. — Sa théorie du
spasme ; H, 29.
Damien (Pierre) fixe d’une manière à peu
près certaine l’époque de Garioponlus;
Int., xxi.
Danse cause d’avortement ; II, 624, 714.
Danvii.liers. Voyage d’A. Paré à Danvilliers,
III, 698.
Dards. Diverses espèces de dards ; 11, 283.
— Figures de ces différents dards ; II, 184.
Dartres. Causes et pronostic des dartres ;
II, 597. — Signes et traitement; II, 597 ;
III, 282, 609.
Dauphins. Les dauphins sautant présagent
la pluie; III, 738.
David. Sa statue d’A. Paré; III, xxm. —
Description de cette statue; III, xxv.
Davier. Figure d’un davier pour extraire
les dents; II, 452. — Recherche sur cet
instrument et sur l’orthographe de son
nom; II, 453.
Décadence de la chirurgie en Italie au x\r
siècle ; Int., exciv.
Déchaussoirs. Figures de deux déchaussoirs
pour déchausser les dents ; II, 452.
Décoction pour les tumeurs du genou ; 422.
— Pour résoudre les ventosités de la ma-
trice tombée ; II, 744. — Contre la goutle
causée de pituite ; III, 236.
Décrépitude. Tableau delà décrépitude ; 37.
Déglutition. Cause et remède de la diffi-
culté d’avaler; symptomatique des fièvres;
III, 194.
Degrés. Institution des degrésâMontpellier,
Salerne et Paris; Int., xxix.
Délire. Définition du délire comine acci-
dent des plaies ; causes ; traitement ; 461 .
— Délire essentiel et symptomatique ; III,
1S9. — Délire symptomatique de la lè-
pre; III, 278.
Délivrance. Voyez Arri'ere-faix.
TABLE
822
Deltoïde; 249.
Démangeaison. Voyez Prurit.
P mons. |)Ç» démons qui habitent les mines;
III. 66. — Comment le» dé" us peuvent
il us dece uii ; III, 57. — S >es démons
a > a ri 1 coinmeice avec le- lemmesicu-
vei'ten^en uer; III. 58, 59.Voye Diables.
Deneux (M ). Analise de la pa lie hisimi-
q ne de son émuire sur les bouts de
sein et mamelons a tificicls II , 593.
Dentifrices; II, 455. —Ce que c’est; cnm-
position; ingrédients; modèles dixer»; III,
591. — Usage; III, 592.
Dentiste. Gualier b y H', auteur du premier
ou > rage spéma ement consacré à l'art du
dem 'Ste; Int,, ÇÇVII.
Dents. Leur nombre, leurs noms et fonc-
tion»; 231. — En quoi elles difle eut des
autres os; du sentiment qui leur appar-
tient; 232. — Leur influence sur la pa-
role; 232, 233. — Ligatme des dents; II,
307. — Violence des maux de dénis;
exemple de cebe violence; II, 443. — Cau-
ses ei signes de la douleur des dent»;
II, 444. — Remèdes sédatifs; II, 445. —
Branlement de dénis ; ses causes; Il 448.
— Raffermissement et r implanta ion
des dénis ébianlécs-ou arrachées ; carie
des dents et moyen de l’airêler; IL 449.
— Cause» pour lesquelles on arrache le»
dents; précautions générales à prendre
dans cette exliacl'Oii ; causes et tru'ti*
ment de la congélation de.- dept- ; 11, 451 .
— Ma ière d’ai cac her les dents; II, 452.
— Soins qui ''one t suivre l'extraction
des dems; moyens d’en ever la ■ onillure
des dénis; 11, 454. — I lent de ies conserver
soin es ; II, 455. — La >•« ie les dents leml
1 nale ne féli le ; II, G00. — De* dents a tifi-
cielles et de la manière de les adapter ; II,
GOG. — Figures de dems arl flcielles ; II,
607. — Epoque de la dentition; II, 694,
79G. — Symptômes et moyens sédatif ;
II, 797. — Incision des gencives; II, 799,
— Exemple de dentition nouvelle; III,
41. — Pi étendus remèdes contre les maux
dedents; III. 65. — Etat des dents chez
les )é,>reiu ; lll, 270. — Poud e« oenii-
f'ires; lll, 591. 92. — Rou èdes pour
blanclnr et affermir les dent»; lll, 610.
— Vertus attribuées aux dents de lamie;
III, 777.
Dépilatoires ; III, G12.
Drrme. Ce que c’est; 117. r— Son utilité;
118.
Desault. Guerre qu’il fait aux fanons ; II,
290, 291.
Descente; lit, 209.
Désespoir. Son influence surla flèvpe; III 85.
Désirs. Théorie d' s désirs chai net» ; II, 039.
Détersifs (médicaments' ; lll, 542.
Dettes, Le médecin pouistiivi pour dettes
démit iou nir 1 au' ion aux termes des
lois des WRigoih*; Int., xvu.
Devaux. Ce qu'il dit des qna re maîtres;
Int., xxxv. — Sa biographie de Pilard; Jnl.,
XLIX.
Dkzeimeris (WD. Son interprétation de la
doctrine d’A. Parésurles anévrisme*; 372.
— Son opin on *ur le Paniei/iii et sur le
Liber semions ■ III, jv — .sur le Ijvie de
Gilbei l l’anglais ; III , v.
Diabètes. b> li tirni du diabètes; 11,510;
lit, 202 — Causes , signes ; II, 5tl ; III,
202. — Pronostic et tr-.i ement; II, 5i2.
Diables, Leur puissance; Jtl, 53, 54, —
Preuves historiques de leur exi.-tence ; III,
54. — Noms divers des diable-; lll, 55.
— Diable de mer; II l, 772.
Diagnostic de la fièvre; III, 79.— Des
plaies; III, 652.
Diaire fièvre ; lll, 88.
Diaphragme. De-crplion anatomique du
diaphragme; 184. — Symptôme- des bles-
sures du diaphragme; II, 95 ; III, 653. —
Fxemp.es de hernies diaphragmatiques;
II, 95.
Diarrhée. Symptômes du flux diarrhéique ;
III, 449.
Diari urose; 313, 316.
Dia-tole. Ce que c'est; 192.
Dictamr. Par qui non - a été enseignée Fu-
tilité de ce te herbe; 19; III, 736.
Diète. Définition ; lll, 84.
DiÉTÉTiqUE Ce que c’est ; 23.
Dieu. Sur sa nature et son incompréhensi-
bilité ; U 053- — Des monstres qui ont
pour cause la gloire ou la colère de Dieu;
DI 3. — Dieu est la cause des cau-es
moyenne.-; lit 353.— ta peste est le
réoii tut du courroux de Dieu ; lll 364, —
L'homme est de tous les être» créé- le
seul qui ait la coiuiais-ance de Dieu ; 1 II,
764.
Difformités; 81. — Difformités résultant
•111 vi ns a tliri tique ; III, 220.
Digestif (médicament); 336.
Dilatatoire. Figure d’un dilaUloire pour
ouvrir la bouche; 447. — Fj^ue de deux
dilatatoires pour f cili'er l’exlrai t ou des
corps étrangers; II, lôl. — Figure d’un
ddata'oire cave; II, (88. — Figure d’un
dilatatoire pour ouvrir la bouche; II,
237. — F'gure d un dilatatoire ouvert et
fermé pour la vessie; II, 484.
Diomède Ronardu», traducteur de Galien;
mi., ex.
DiploÉ; 210.
Dissection. Principes de dissection; 1)4,
1 16. — Dissecti 'O du thorax ; 177. — De
ta tète; 206. — Du muscle large; 233.
Distillation. Définition; III, 614. — Dif-
férentes manières de distiller; III, 615.
— Formes oes fourneaux à distiller ; lll,
615, 616. — Quels * ni les vases propres
p ur di-t lier ; III 616. — Précautions
diverses qu’exigent les opération- de di -
tillali n; lit, 617. — D ns quels vases il
laut distiller les eaux; lll, 618. — Ver-
lus de- eaux distillées ; lll. 6 9. — Pré-
par lion 'ies matières a distiller; I I, 620.
— I) st'llal on ue l’eau ne rose, de l'eau
al i m n euse; lit, 621. — Di-n I a 1 i < > n
d’eau purgative et pour embellir la face;
ANALYTIQUE.
III, 622. — Manière de distiller l’eau-de-
vie; III, 623.— Manière de rectifier les
eaux distillées ; manière de di»t lier avec
le fi ire, 111, 624. — «anière de iii>iiller
les huile» ; III, 626 637. — Manière d’ex-
tra 1 re I hune des résine», g rnmes et
bois; III, 630, 631 — Manière défaire
l’huile de vitiiol ; III, 633. — Distillation
des huiles, des fleurs, di s sels ; III, 637. —
Des ns, de» bni», racines, coquilles, grai-
ne», minéraux, gommes et gra sses; énu-
mération des vasesservanl à distiller; III,
638.
DisTvciiitsis. Ce que c’est; II, 416.
Diurétiques mé licamenl ). Quand il con-
vien de les emnloyerconti e le» réL n ions
o’urine; II, 608. — Formules de diverses
poli dis diureiiques ; 11, 508, 6 9. — Em-
ploi des diu. étiques naos le traitement
de la goutte; III, 226.
Docteur. P( entier exemple de ce liire; xxxiv.
Dnicrs. De cripimn des doigt»; 271. — Os
des d 'gis; 283 — Muscles extenseurs
lies doigt»; 285. — Mit clcs fléchisseurs
des do g » . 287 — Situation qu il faut
d nner aux duigt Dles e» ; II, 1 20. — Brû-
lures de» doigts ; II, 20». — Luxations des
do gt», et m yen de les réduire; II, 386.
Do gt» superll s; a 'hérenees e» doigt»;
cure de ivs deux infinnjl s; II, 456. —
Moyen pour enir droits les d igt» dont les
tendons sont coupés ; 11, 613 — Traite»-
nte ■ 1 1 oes cootu ions de» doigt» ; lll 486.
DoRYcniuM- Acci lents qu’il cause, et contre-
poison ; lll, 335.
Dos. .Moyen d empêcher le dos de s ulcérer ;
II 336 — Luxaii n des ver èhi es du dos,
11,36*2. — Les pelii» enfmt» doivent èli e
couch s sur le dos; II, 690. — Corps
è. ranger du dos ; lit, 29.
Douleur. (/est le plus fréquent et le plus
importun symptôme de la fièvre ; lll, 1»4.
— Définition ue la d uleur ; III. 647.
Dkach (B irthélemy de). C e»t sur ses comp-
tes qu on trouve la première mention des
armes à leu ; Int., lxix.
Drachme; 111,652.
Dragonneaux ; 82. — Opinion» de Galien,
de Paul l’Egioe, d’Avicenne ei d Aé i us
sur celte malaiPe; 424. — Opinion ne
fihvsè», de Soran«s, de M mar.lu-.oeGor-
nus; 426. — M ms divers qui mi ont
été do mes; iccher' lie» d<* D -dechamps ;
réiuiaii' n des .(pilions cjiée> ; 426. —
Docir ne de I auteur ; 427.
Dragons. Comment ils attaquent les élé—
pli .|its; lll, 753.
Dr am ( Uns ; Int., clxxi.
Dreux. Vo.age d’A. P .rc à Dreux ; III, 724.
Drvanoer amdomisle al emand ; Int., ccvn.
Duodénum ; 139.
Dure mère. Anatomie de la dure-mèie; 21 1.
— Sjin athie d' I . duie-mère et de»
autres meuioranes; 206. — Cuie des ac-
cidents qui advieiineut à la dme-mè e;
II, 46. — Enumération de ce» accidents;
II, 48. — Incision de la dure-mère pour
823
donner issue à la matière épanchée; II,
48 72.
Duret. Son opinion sur la corne de licorne ;
III 608.
Duvervev De»1 ription des fanons employés
par lui ; II, 29 >.
Dynamidies de Gariopnntus; Int., xxi.
Dvsderis, e»pèce d’araignée; III, 326.
Dysenterie. Causes et symptômes du flux
disentèi ique ; III 449.
Dyspnée. Caractères et trai'ement de la dys-
pnée symptomatique; III, 193. 196.
Dysurie. Traitement de la dysurie ; II, 513.
£
Eau. — Scs qualités premières ; 32. — Ses
qualités secondes ; 33. — Du liaitement
des plaies par l'eau pure; 97, 438. — Opi-
nion de Alaianus sur I usage de l’eau
comme boisson; II, 493. — Horreur des
enragé» pour I »au ; III, 307. — Action des
eaux croupissantes sur les qualités de
l’air; III 357. — Quelle est l’eau qu’il
faut boire eu temps de pe-te; lll, 368. —
Des divers degrés de boulé ne l’eau ; III,
403. — Al diiaïueuls lues de i’( au ; lll,
622 — Vei lus et usages des eaux su I ti-
reuses, alumineuses , nitreuses, bitumi-
neuses, cuivreuses, ferrugineuses, plom-
bées, cl gypseu e»; III, 697. — Eaux oiver-
se.s emp oyces en médecine; lll, 636. —
Vertus des e^ux distillées; lll, 610. — Ala-
uièies (le distiller les eaux; lll, G2i.
Eau de cannelle souveraine coutieles mala-
dies froides ; III, 629.
Eau-de-vie. Vertus de l'eau-de-vie, manière
de la distiller; lll, 623.
Eau foie. Son action sur l'économie ani-
male, et contre-poison; III, 343.
Eaux pour les dartres; II, 507. — Eau Ihé-
riacale ; II, 599, 600. — E.iu pour cautéri-
ser les venues; II, 787.— Eaux cordiales
contre la pesle ; III, 368. — Eau preserva-
live de la pesle; III . 380. — Eaux pour
effacer les rides et blanchir la peau ; III,
604, 606. — Contre la goutte rose; III .
607. 608. — Conire les pustule» ; lll, 6n8.
— Pour blanchir ci affermir les dents ; lll,
610. — Pour noirci* le poil; III. Cil.—
Poui le faire F miter; lll 612, 613.
Eblouissement. E 1 un .*ymptôme assez or-
dinaire 'ie la fièvre ; III, 192.
Ebranlement. V. Commotion.
Ecchymose. Définit on ; II, 195 ; III, 485. —
T, ait <- inen l ; il, 199. 111,485.
Eclaire. Pur qui nous a é'é enseignée l’uti-
lité de cette herbe ; 19 ; III , 796.
Ecpiesme. Ce que c’est ; II, 4 1 4 .
Ecrevisses. Emploi de la poudre d’écrevis-
ses brûlées dans le traitement du chancre;
368. — Comre la r>ge; 111,311. — Conire
le charbon ; II , 440.
Ecrouelles. Description ; 34 1 , 352. — Causes;
353. — T- a ternent médical; 354.— Trai-
tement hi(U(gical;365.— Casd écrouebts;
353, 355, 356.
TABLE
824
Egtropion. Procédés d’Arculanus ; Int.,
Lxxxvm ; III, vi. — Ce que c'esl ; II, 415,
420, 422.
Edition. Valeur relative des diverses édi-
tions d’A. Paré; III, 1. — lin mot sur
l'ordre suivi dans l’arrangement des livres
de cette édition ; III , xvii.
Educabilité des animaux ; III, 750, 755.
Effluxion. Ce que cést ; II, 713.
Egvptiac. Composition de l’onguent égyp-
liac ; 336 ; III, 567. — Défense de l’on-
guent égyptiac dans le traitement des
plaies d’urquebusps ; II, 174.
Egyptiens. Leurs procédés d’embaumement ,
III, 470, 475,476, 67 1. — Comment ils trai-
taient leurs morts ; III, 670.
Elan. Inefficacité du pied d’élan ; III, 511.
Elcosis. Ce que c’est; II, 417.
Elf.ctuaire contre la peste; III, 513. — Pré-
servatif de la peste; III, 369. — Récapi-
tulation des élecluaires; III, 637.
Eléments. Définition et nombre des élé-
ments; 31. — Leurs qualités premières,
leurs combinaisons ; 32. — Leurs qualités
secondes; élémcnisdu monde, de la géné-
ration et du corps; 33. — Leur propor-
tion fait les tempéraments; 34.
Eleotates. Médecin cité par Gariopontus,
Int., xxv.
Eléphant. Inimitié de l’éléphant et du rhi-
nocéros; III, 501, 700. — Description de
l’éléphant de mer ; III, 502. — Durée de
la vie de l’éléphant; III, 746 , 786. — Sa
force, sa grosseur, usage qu’en faisaient
les Indiens à la guerre, sou intelligence;
III, 748. — Dévoiion qu’on lui a attri-
buée ; III, 748, 767. — Sensibilité des
éléphants, leur zèle; temps de la gesta-
tion, leur douceur, leur pudeur, leur pru-
dence, leur rancune; III, 749, 786. — Soin
que l’cléphanl prend de ses défenses ; III,
750. — Guerre que font les dragons à
l’éléphant; 111, 753. — Son antipathie pour
les porcs, les rats et les souris ; III, 760. —
Description et mœurs des éléphants; III,
785.
Elepiiantiasis ; 82.
Elévatoires. Figures de divers élévatoires ;
II, 13, 15. — Observation sur le manie-
ment de l’élévatoire ; II, 16.
Elève. Salaire qu’accordaient au médecin
les lois des Wisigotbs pour l’instruction
d’un élève ; Int., xvii.
Evbarrure «lu crâne ; II , 23. — Traitement ;
II, 15. — Doctrine et pratique de Bérenger
de Carpi ; II, 17.
Embaumement. Procédés d’embaumement
des Egyptiens; III, 470, 475, 476, 671. —
Procèdes des Juifs, des Scythes et des
Ethiopiens; III, 476, 670. — Motifs des
embaumements; 111 , 470, 476, 477, 479,
670, 671. — Procédé suivi et conseil'é par
l’auteur ; III, 672.
Embula ; 390.
Embrocation. Formule d’embrocation pour
les plaies de la tète ; II, 44. — Définition ,
lieux où se font les embrocations ; sub-
stances qui les composent ; exemple d’em-
brocation répercussive, III, 577. — Utilité
des embrocations ; III , 57S.
Embryon Voy. Fœtus.
Emollients. Topiques émollienls pour les
scirrhes ; 361. — Médicaments émollients;
III . 541.
Empédoci.e. Comment il délivra la Sicile de
la peste ; III , 358.
Emphysème ; II , 201. — Emphysème consé-
cutif des fractures des côtes ; II , 314. —
Emphysème des paupières; II, 415.
Empiriques du xve siècle ; Int., c. — Ce qui
distingue le chirurgien de l’empiri-
que; 88.
Emplâtre. Pour le phlegmon vrai , 330, 331,
333. — Pour les tumeurs aqueuses et ven-
teuses, 345. — Pour les loupes, 350. —
Pour les écrouelles , 354. — Pour les gan-
glions , 357. — Pour les scirrhes ,361. —
Pour les chancres , 366. — Pour les contu-
sions du cuir musculeux ; II , 42 , 43. —
Pour les plaies des joues ; II, 83. — Pour
les plaies du thorax; II, 99. — Pour les
plaies envenimées; II , 191. — Pour Ips
contusions nouvelles et anciennes ; II, 199.
— Pour les ecchymoses; II, 291. — Mé-
dicaments emplastiques applicables après
l’amputation ; II , 226. — Emplâtres pour
les ulcères putrides; II, 254. — Pour
les ulcères chirouiens; 11, 257. — Pour
redres-er les côtes ; II , 313. — Pour aider
à la formation du cal; II, 339, 344. —
Pour amollir le cal difforme; II, 345. —
Pour l’atrophie des membres ; Il , 402. —
Traitement de la vérole par les emplâ-
tres; II, 547.— Leurs effets; II, 548, 549.
— Où, comment et pendant combien de
temps ils doivent être appliqués; II, 548.
— Emplâtres pour les exostoses vénérien-
nes; II, 579. — Emplâtres catagmali-
ques; Il , 583. — Pour détourner le lait
des mamelles; II, 709. — Contre l'avorte-
ment ; II , 7 1 6. — Contre les suffocations
de la matrice; II, 759. — Contrela goutte
causée de pituite; III , 237,239. — Contre
la goutte provenant d’humeur choléri-
que ; III , 244. — Pour fortifier les join-
tures ; III, 246. — Pour les nœuds des
jointures; III, 248. — Contre la goutte
sciatique; III, 252, 254. — Pour les ec-
chymoses; III, 486.— Répercussifs; III,
535. — Attractifs; III , 537. — Résolu-
tifs ; III, 538.— Suppuratifs ; III , 540. —
Emollients ; III , 541. — Sarcotiques ; III ,
544. — Epulotiques ; III , 545. — Défini-
tion des emplâtres, différences, ingré-
dients , manière de les faire; III , 569. —
Composition de l’emplâtre de Vigo cum
tnercurio ; Ul , 571. — Des emplâtres de
graliâ Dei , de januâ ; III , 572. — Oxy-
croceum , de cerussa nigrum , palmeum ,
contra rupluram; III , 573. — De rnucagi-
nibus , de minio , diachylon magnum ; III ,
574. — Utilité des emplâtres ; III, 574.
Empoisonnement. Cas de mort par le char-
bon pestilentiel prise pour un empoison-
ANALYTIQUE. 8q5
tiement ; III , 438. — Signes d’empoison-
nement par la salamandre et l’orpin avec
leurs antidotes ; III , 6G1 . Voyez Poisons et
P en ins.
Emprosthotonos. Ce que c’est, 443.
Empyème. Causes de l’empyème, 391 . — Entre
quelles côtes doit etre laite la section , 392.
— Guérison spontanée ; indices , 393. —
Dangers du traitement prescrit par Paul
d’Egine, Albucasis et Celse ; III, 684.
Empyreume. Ce que c’est; II, 202, 203, 228.
Enartiirose, 313, 316.
Encanthis. Ce que c'est ; II, 4)9.
Encauma. Ce que c’est ; II, 417.
Encens. Description de l’arbre qui porte
l’encens; III , 632. — Propriétés de l’en-
cens ; III, 633.
Enclphalocèlb. Exemple d'encéphalocèle
probable ; III , 7.
Encyclopédie. P, an d’une encyclopédie chi-
rurgicale ; Int., VI.
Endémie. Ce que c’est; III, 350.
Enfant. Aliments qui conviennent aux en-
fants, 69 — Les enfants se purgent par les
évacuations nasales, 74.— Réduction des
hernies des petits enfants, 405. — Enfon-
cement du crâne chez les enfants; II, 12.
— Des aphthes chez les petits enfants; II,
261 . — Fréquence de la pierre chez les en-
fants; II, 461. — Manière d’extraire par
incision les pierres de la vessie des entants
mâles; II , 475. — Quand il faut saigner
les enfants; II, 520. — Transmission du
virus vénérien de l’enfant à la nourrice ,
et réciproquement; II, 529. — Traitement
des enfants atteint de vérole; II, 59S.—
Symptômes indiquant que l'enTant est
mort dans le ventre de la mère ; II , 626,
696. — Manière d’extraire les enfants tant
morts que vivants : version par les pieds;
II, 623, 628,629, 702 — Manière d’extraire
l’enfant vivant hors de la matrice de la
mère morte ; II, 631, 716. — Quand l’enfant
commence a remuer; II, 652. — Comment
l’enfantà terme s’efforce de sortir du ventre
de sa mère; II, 664. — Positions diverses
de l'enfant au ventre de la mère ; II , 669.
— Figures de ces positions; II , 670 , 671.
— Soins a donner à l'enfant aussitôt après
sa naissance; II. 676. — Penchant des en-
fants pour ce qui est joli et brillant; II ,
687. — Comment il faut placer l’enfant
dans son berceau ; II, 689. — Les nourri-
ces ont quatre moyens d’apaiser les cris
des enfants; II, 693. — Epoque à laquelle
il faut sevrer les enfants; II, 694. — Théo-
rie de la respiration intra-utérine ; 11,717.
— Tumeurs du nombril chez les enfants ;
II, 795. — Enfant engendré d’une femme
et d’un chien ; III , 43. — Les enfants sont
sujets aux vers ; III, 266, 268. — aux poux ;
III, 270. — Dangers de laisser coucher des
chats dans le berceau des enfants; III ,
334. — Les petits enfants sont exposés à
être atteints de la peste; III, 389. — Trai-
tement des enfants pestiférés ; III, 455-. —
Signes indiquant qu’un enfant a été étouffé;
III, 658. Voyez fœtus.
Enfantement. Influence de l’enfantement
sur la grandeur de la matrice, 164.
Enfle-boeuf; III, 329, 365.
Enfonçure du crâne; II 2, 3, 12. — Traite-
ment; II, 15.— Doctrine et pratique de Bé-
renger de Carpi ; II, 17, 295.— Enfonçures
du sternum; II. 311, 367.— Des côtes sans
fractures ; II , 312.
Enseignement. Ses ressources au xue siècle;
Int., xxvii. — Enseignement de la chi-
rurgie au xme siècle ; Int. , xxvii , xxix. —
Liberté de renseignement jusqu’au xiif
siècle; monopole d’enseignement que s'ar-
rogent quelques maîtres à Montpellier;
Int., xxix. — Règlements relatifs à l’ensei-
gnement de la médecine en Italie ; Int. ,
xxx.
Entendement. Voyez Baison.
Entérocèle. Ce que c’est , 404; II , 796. —
Signes, 404.
Entéro-épiplocèle. Ce que c’est, 404.
Entorse. Traitement des entorses ; III, 487.
Entre-fesson. Ce que c’est, 161.
Entortillé. Du muscle entortillé , 262.
Epacmastique (Fièvre synoqne); III, 95.
Epanastasis nYMENON; II, 417.
Epanastema ociithodes. Ce que c’est; II,
416, 417.
Epanchement. Signes d’un épanchement de
sang dans le thorax ; II, 96. — Traitement
des plaies du thorax avec épanchement de
sang; II, 100.— Causes ries épanchements
de sang ; II , 194. — Moyens de prévenir
l’épanchement du sang dans le scrotum
après la taille ; II, 491 , 492.
Epaule. Situation qu’il faut donner aux
plaies de l’épaule; II, 1 19. — Comment se
font les luxations de l'épaule: luxations
en la partie inférieure; II, 368. — Manière
de les réduire avec le poing ou les doigts
joints ensemble ; II, 369.— Avec le mouffle;
II , 370. — Avec le talon; II , 371. — Avec
l’épaule mise sous l’aisselle ; avec un bâton
ou courge ; II, 372. — Avec une échelle ;
II, 373, 374. — Sur une porte ; avec Yarnbes
pur d’Hippocrate ; II, 375. — Avec l’ambi ;
II , 376, 377. — Luxation en la partie an-
térieure ; II , 377. — Sa rareté, ses signes,
sa réduction; II, 378. — Luxation en la
partie extérieure, sa rareté, ses signes; II,
378.— Sa réduction ; II, 379.— Luxation en
la partie supérieure; sa réduction : II, 379.
Epaulière. Figure de deux épaulières , 408 ,
409.
Epée. Sorte de conducteur ; II , 484. — His-
toire d’une pointe d’épée rejetée par l’anus
après douze jours de séjour; III, 39.
Epervier. Effroi que lui inspire la créce-
relle; III, 761.
Ephémère (Fièvre) ; III, 88, 116, 117, 166.
F.pi. Histoire d’un épi chassé spontanément
du corps après un séjour assez long ; III, 39.
Epiales (Fièvres); III, 80, 143.
Epicauma. Ce que c’est ; II, 259, 417.
Epicure. Sa secte est la seule, au dire de
saint Augustin , qui n’ait pas porté de
peine contre les sorciers; III, 56.
826
TABLE
Epidaure. Usage fait par Hippocrate des ta-
bo aux d EpHanre, i9
Epidémie; 111, 351 , 352.
Epiderme. Ce que c’est , 116. — Son utilité ,
117.
Epididymis Ci* que c’est, 155, 156, 163.
Epigastre. Alu>cles de Tepi^a-ue , j 59. —
Plaie» de réi'igasire; 1 1 , 104. — Traitement
de» plaies simples de l’epig sire; U, 106.
— Idem, de- plaies profonde- ; 11, 107.
Epiglotte. Anatomie de iVpig otle, 257.
Epilepsie. Description de répilep-ie, 211 ;
II, 80, 753. — Heré .ilé de cetl ma uùic;
lit, 28. — Simili, itiou de l’épnepsie; lit,
52. —Renié .e de vieille Cun re l’epilepsie ;
III, 65.
Epine. A ta to nie de l’épine d ir-ale,227,260 ;
11! , 36d,. — Son u ili'é , 261 . — Luxai ons
intérieure- et ex éneures de l’cpine dor-
sa e : m inlère e réduire a I ixa ion exté-
rieure ; Il , 363. — Prono-lie des luxati ns
de I’ pi ne ; 11, 366. — Déviation- de lYp 11e
dorsale et moyens de les rediesser; II,
611.
Epineux ( Muscle) , 264.
Epinvctis. Ce ip e c’esl ; 11, 4 1 9.
Epipephïcos. i.e que c’est, 2 i7.
Epipiivses. Anatomie des épiphy-es du cœur,
190 192, — Disjouc ion des epiphyse» des
os ; (1, 326, 327.
Epipimra. Ce q e c’e-t ; II , 4 14.
Epiplocèle. Ce nue r’i si , 1 35, 4o4 ; III 796.
— Signe-, 404 , 414. — Causes et traiu-
ne t , 4 1 4
Epiploon 135.
Epitiieme. Applicable dans les cas de mor-
sures; Il , 41. — l o litiaoi ; II, 11,7. — Pour
D gangrène; II, 21 s. — Applicable après
l’auipu a ion ; II, 234. — Contre la pcsle ;
III , 374. — Pour les pestiférés ; III, 409. —
« e quec esl qu’unépith me;comp silion;
exemple d'épitlième pour le cœur ; III, 578.
— Usage des ép'liièmes, manièie de les
appliquer ; . II , 579.
Epulih s. Détioiiion et traitement de ces tu-
meur- 381.
Epulotique- ( Médicaments); III, 544.
Era-jstrate. Comment il l'utr compensé par
Ptolémée, 21. — Son opinion sur ia para-
centèse, 397.
Errata lit, xv, xvi , xvu.
Erratique Fœvr ). Ses eau-ps; II, 383.
Erriiine. Pour les ulcères des oreil es ; Il ,
263. — Ce que c’est; lit , 586. — Variétés,
ingrédients, exemples; III- 587, 58S. —
U-uge , manière de ie- piendre ; III , 588.
Eructation. Causes, pronosiic et traitement;
lit , 416.
Erysipèle. Descrip'ion , vaiiétés, signes et
causes de l’érysipèle, 32n, 337; II, 27. —
Termina s ns ei cure, 338; II, 28.
Erytroïs. Ce que cest. 155, 163.
Escarotiques ( éd came ds ; III, 433, 547.
Esgulape, dieu de la métecine, 18.
Espagne. Le- médecins ar.bcs y transpor-
tent leurs lumière-; In., xix. — Ecoles
d’Espagne; Int., xxviu. — Etat de la chi-
rurgie en Espagne au xvt* siècle ; Int. ,
CCLXXXV.
E péraace. Son influence surles maladpg, 18.
Esprit. Définition, 58; Il , 655, 656.— Trois
sones d’e»prils : espri animal, 58. — E prit
vital , esprit naturel ; 59. — Importance ne
la c nnais ance des esprits; 60
Esprit-de vin. Alanière de distiller l’esprit-
oe-vin ; III , 623.
Esquilles. Exlia lion des esquilles enfon-
cée- ; 11 15, is. — Extr c ion des esquil-
les oubl ées dans les plaies par barque-
buses ; 11 , 100. — Il vaut m eux que le*
esquilles tombent naturellement q e par
médicaments ou instruments ; Il 592.
Esquinancie. D üirtio et variétés de l’es—
qumancie ; 386. — Causes, -ignés termi-
naisons, régime; 387. — T alternent mé-
dical , operation ; 38, s.— Où doit être faite
la -.ligime dans les cas u’e quiuancie; II,
520.
Estiiiomène Ce que c’est , 320 ; II , 211.
Estomac. IL s liption de l’esiomac, 137. —
Pi o osPc es plaies de l e tomac, 433 ; II,
105. — sign- s de» ble-sme- de i’e-iomac;
II,in5;lll 654. — Traitement; Il 109.
— Ul cres de l’es 1 mac; II, 264. — l)an-
ger de lion sener lYs'omae; I , 293. —
Excaémeols de I e-t m ie ; Il , 662. — D u-
lenr- q’e.-lomac di s f< briciian s ; III, 1 85.
Eté. Tempérament de Tété 38. — Aliments
d"iil il fau user dans celle saison , 69.
Eternuement. Comme moyen de faciti er
Taci ouclu menl ; 11 , 628, 676. — Causes oe
Té ernui-menl et moyen de le proiuquer;
lit, 445.
E'ihmoïdk. Description de Tetlimoïde , 209.
E-j iiiopiENS. Procédés o’embauuieinent usités
chez, les Ethiopiens; III , 476, 670
Etienne le phi osophe ira uil le grand traité
d’Ali-Ahbas; tnt., xxvi.
Etna Description de TE na, historique de
ses éruptions ; lit , 792.
Etoiles ; Itl , 789.
Etouffement. Signes indiquant qu’un en-
tant a éié élouirA ; lit, 658.
Etuve. Figure n’une étuve en fer avec son
carreau et son couveiclc; III , 542. — Ce
que c’e-l qu'une luve; 111,601. — Eû-
tes -èches, éiuves humides, figure d'une
cuve à double fond avec ses tuy ux et
chauiiière pour les étuves humides; III,
602.
Eunuques. Cara tère des eunuques; 414.
Evacuati ns. Deux espèces d’evacua ions,
géué ales et p.irliculierr s ; 73. — Légitimes
et illégitimes ; voies diverses d’év œuaiion,
74. — Points à considérer dan» les évacua-
tions , 75.
Evanouissement. Traiiement de l év mouis-
seineiu résultant d’un Double menstruel ;
lt, 783.
Evêque, .lions' re marin ressemblant à un
éveque; lit , 771.
Examen. Comme l se passaient les examens
dans la comrérie de St-Come ; Int., cxxxn,
cxn.
ANALYTIQUE.
Excréments. Enumération des excréments
naturels ; II , 661 . — Leur rétention est une
cau*e d fièvie; III, 7% 85.
Exercice. Ses effets, qu nd , combien et
quelle sorte il cxei cice il faut pren re;70.
— L'exercice endurci i la graisse; 1 2 1 . —
L’exercice immodéié cause >a goutte ; III,
214. — U.ililé de l’cxe cice modéré pour
les goût eux ; III, 231. — Dange s descxei-
c ces violents en temps île peste; III, 367,
376. — L’exercice doit être interdit aux
léorici ant- ; III , 85.
Exfoliation. Au bout de quel temps a lieu
l’exfolialion des os ir panés; II, 65.
Exompiiale. Causes et \ ariéiés de cette tu-
meur ; 4o2. — Cure, 403.
Evophthalmik. Ce que c’e t ; II, 414.
Exosto-es. traitement aes exostoses venant
du virus vér lique ; Il , 579.
Expérience. Son importance; II, 19; III,
649, 687, 688.
Expiration. Ce que c’esi ; 187.
Extas . Ce que c’i si ; II , 754.
Extrémités. Remèdes contre le froid des
extrémités ; III , 2o5,
F
Fabrice d’Aquapendente. Mention qu’il fait
d’un Horace de Norsia ; Int., en. — Sa
doctrine sur la position à donner aux
membres blessés ; II , 279. — Son silence
sur les fanons ; II , 289.
Fabrice de Hilden. Son silence sur les fa-
nons; 11, 289.
Face. Indication' de l’état de la face; 79 —
Ce que c’est; 204. — Description de la
face; 228. — Enumération des os de la
face; 229. — Des muscles de la face; 244.
— Suture propre aux plaies de la lace;
446. — Plaies de la f ce; II, 73. — Moyen
de dissimuler les plaies ou cicatrices de la
face; II , 610. — Elat de la tace chez les
lépreux ; III , 275, 276.
Faculté. Lûtes de la Faculté de médecine
et de la corporation de Saint Côme; Int.,
cxxvm, exLvi. — Fin de cette lutte ; Int.,
cui. — Opposition que met la l aeul éà la
publication des OEuvres complètes d’A.
Paré ; Int., cclxxxiii. — Nouvelles querel-
les des chirurgiens avec la Faculté ; Int.,
CCLXXXVI.
Faculté-. Définition; trois facultés princi-
pales; l’animale, la vitale, la naturelle;
53. — Facult' attractrice, relenirice, con-
coc'rce ou altérutrice , expultrice; 54.
séquestriee; 55 — Corrélation des facul-
tés ; 9S. — Division des facultés de l’àme;
1 1 1 ; II, 657 à 661. — Sympathie des facul-
tés animales ; 219. — Les lacullés naturel-
les ne sont que les instruments de notre
àme ; II, 504. — Quatre facultés naturel-
les; 111 215.
Falcon ; Jean). Aperçu de son livre Noia-
bilia super huiilonem tscripla ; Int., clxv.
Falconnet-Bartiiélemy , médecin distin-
gué du xv' siècie; Int., xcu.
827
Fallope. Conseils sut l’usage des onguents;
330. — Ce qu’il dit de l’incis on des ab-
cès; 335. — S' classification des fissures
du crâne ; II , 11. — Sa méthode de trai-
tement des incisions du crâne ; U , 19. —
Son opinion sur le pronostic tiré du pouls;
II, 32- — Sa doctrine sur l’opérât on du
trépan ; II, 52. — Baume décrit par Ful-
lope ; III, 632.
Famine est la suite ordinaire de la peste ;
III , 458.
Fanons Description, usage* et histo're des fa-
nons; II, 288. Appréciation; II, 291 , 331.
Fantaisie;. Voyez Imagination.
Fards ; III , 603, 666.'
Farine- répercussives ; III, 534. — Résolu-
tives; III, 538, — Suppuratives; lit 540.
Farragius. Erreur de R olan à son sujet; sa
traduction du Continent de Rhases ; tnt.,
lix.
Faüc OLE ; 390.
Fauces, 260,
Faucille, instrument; 335, 390.
Faucons III, 756.
Faux ; 390.
I aux fanons; II, 289 290.
Fécondité. Influence de la température de
la matrice sur la fécondité ; 11,734. —
Exemples de écondilé; II. 735, III, 14.
— Cas de érondilé prolongée ; II , 738.
Femmes. Les femmes exe1 çaieul la en rurgie;
Int., xxix xxx, xxxi, xxxu. cxxvi. — Guil-
laume de Salit et est le premier chirur-
gien d’Itane qu ait écrit su* les affections
des femme-; lut., xlii. — L< femme a
toujours moins de chaleur que l’hoinme;
66. — Des vaisseaux spermatiques île la
femme; 162.— Des testicules et des vais-
seaux éjaculatoires ; 163. — An dmnie
delà partie honteuse de la femme; 168.
— Les femmes sont morns sujettes à la
piene que les hommes; II , 466. — De
l’opération de a p erte chez les femmes;
II , 495. — Depuis et jusq 1 à quel âge la
femme peut engendrer; II , 738. — Qua-
Llé de la semence doni sont engend ées
les femelles ; II , 63 . — Histoire- de fem-
mes changées en hommes; III. 18. —
Cause- de cette métamorphose; III , 20.
— Figure d’une femme sans télé ; III, 22.
Fémur. Fracture du col du fémur; II. 32a.
— Pronostic des luxations du fémur ; II ,
353.
Fenouil. Par qui a élé enseignée son utilité;
19; III, 736. — Ses propriétés; II . 436.
Fentes du crâne; II, I, 3. — Traitement;
II, 7.
Fer. Action de la limaille de fer sur l’éco-
nomie animale, et contre-poisons; III ,
343. — Vertus et usage des eaux ferrées;
III , 597.
Fernham (Nicolas de), tour à tour professeur
de pui o.-ophie et de médecine , et evèque
de Durham ; Int., xliii.
Ferrari, médecin du xm« siècle; III, vt.
Ferrare. Ecole de Feu-are; lut., xxvin.
Ferri. Ses travaux sur les plaies d’armes à
TABLE
828
feu ; Int., ccLiu. — Analyse de son Traité
des carnosilés ; II, 664, 665, 566, 567, 472,
5 73 , 5 76.
Férules. Description , qualités et usage des
ferules; II , 288.
Feu. Ses qualités premières ; 32. — Ses qua-
lités secondes; 33. — Degrés de chaleur
du feu suivant les corps ; II, 202. — Ex-
plication du feu souterrain; III, 696.
Feu Saint-Antoine. Diverses acceptions de
ce nom ; II , 21 1.
Fez. Coutume des habitants de Fez; II, 749.
Fiacre (Fie St.) II , 64, 7S6, 787. — Traite-
ment ; II, 788. — Simulation de ce mal ;
III , 51.
Fibres. Ce que c’est; 127. — Des fibres du
cœur; 188.
Fie Saint-Fiacre; II, 64, 786, 787. — Traite-
ment ; II, 788. — Simulation de ce mal ;
III, 51.
Ficus. Ce que c’est; II, 787.
Fiel. Substance, figure, composition , con-
nexion, tempérament et action de la ves-
sie du fiel ; 145.
Fiente. Emploi de la fiente de bœuf dans
le traitement de la goutte; III, 239. —
Emploi de la fiente de chien pour arrêter
le flux de ventre; III, 462.
Fièvre. Le chirurgien doit connaître les fiè-
vres; 13; III, 71. — Pourquoi la fievre
quarte peut être guérie par une grande
peur ou une grande joie ; 97; III, 722. —
Pronostic tiré de la fièvre dans les plaies
de la tète; II, 27. — Causes de la fièvre
erratique; II, 783. — Oraisons contre la
fièvre ; III, 64. — Prétendus remèdes con-
tre la fièvre; III, 65. — Reproches adres
sés à l’auteur a propos de son Traité des
fièvres ; III , 70. — Division du Traité des
fièvres; III, 72, 73. — Définition de la
fièvre ; III , 74 , 75. — Sa fréquence, son
siège, ses dangers, ses avantages; III,
74. — Causes efficientes; 111,77. — Causes
matérielles; III, 77 , 79. — Signes des
fièvres en général ; III, 79. — Traitement
général de la fièvre; III, 81. — lre, 2«,
•3* indications ; III, 82. — Cas où les indi-
cations ne s’accordent pas; III, 83. —
Moyens pour guérir la fièvre : moyens dié-
tétiques; III, 84. — Moyens chirurgicaux
et pharmaceutiques; III, 86. — Divisions
diverses des fièvres; III, 87. — Division
suivant Galien modifiée par l’auteur: de
la fièvre éphémère en particulier; III, 88.
— Définition, ses causes , III, 89. — Symp-
tômes; III, 90. — Traitement général;
III, 91. — Définition de la fièvre humo-
rale; III, 92. — Ses variétés; III, 93. —
Tableau de ces variéiés; III , 94. — Défi-
nition de la fièvre synoque simple,- III,
95. — Causes; III, 96. — Signes, traite-
ment diététique; III, 97. — Chirurgical
et pharmaceutique,- III, 98. — Définition
de la fièvre putride; III, 100. — Division
prise des lieux où les humeurs se pour-
rissent; III, 101. — Division prise des
humeurs elles-mêmes; III, 102. — Cau-
ses; III , 102. —Signes; III. 103. — Pro-
nostic; III, 104. — Traitement des fièvres
putrides en général ; III, 105. — DéOnilion
de la fièvre synoque putride; III, 107.
— Causes, signes; III, 108. — Pronostic;
III, 109. —Traitement; III, 110. — Ca-
ractères distinctifs des fièvres intermit-
tentes et des fièvres continues; III, 114.
— Variétés des fièvres continues ; III, 1 16.
— Variétés des fièvres intermittentes; III,
1 17. — Pourquoi les accès des fièvres in-
termittentes reviennent à certains jours;
III, 118. — De la fièvre tierce vraie; III ,
121. — Théorie de sa formation ; III, 122.
— Ses causes ; III. 123. — Pronostic ; III,
125. — Traitement diététique; III, 126.
— Chirurgical et pharmaceutique; III,
127. — Définition , causes et signes de la
fièvre tierce bâtarde; III, 131. — Pronos-
tic, traitement; III, 132. — Caractères de
la fièvre ardente; III, 133. — Causes, si-
gnes, pronostic; III , 134. — Traitement;
III, 135. — Définition de la fièvre tierce
continue; III, 136. — Causes, caractères,
traitement; III, 1 57. — Fièvres pituiteu-
ses; causes de la fièvre quotidienne in-
termittente; III, 138. — Signes; III, 139.
— Pronostic; III, 140. — Traitement;
III, 141. — Causes et diagnostic de la fiè-
vre quotidienne continue; III, 142. —
Traitement; III, 143. — Définition, si-
gnes de la fièvre épiale ; III, 144. —
Traitement; III , 145. — Lypirie; III, 146.
— Fièvres faites de l’humeur mélan-
colique; Fièvre quarte intermittente
vraie; III. 147. — Causes, signes; III,
148. — Pronostic; III, 149. — Traitement;
III, 150. — Causes de la fièvre quarte in-
termittente bâtarde; III, 153. — Signes;
III, 154. — Traitement; III, 155. — Fiè-
vres quintaine, sextaine, octaine; III,
156. — Signes, causes, traitement et pro-
nostic de la fièvre quarte continue ; III ,
158. — Fièvres humorales composées;
III, 160. — Définition de l’hémitritée;
III, 161.— Espèces, signes; III, 162, 163.
— Causes, pronostic; III, 164. — Traite-
ment; III, 165. — Double tierce ; 111, 166.
— Double quotidienne, Double quarte,
Triple tierce ; III , 167. — Triple quarte ;
III , 16S. — Des fièvres confuses : III, 169.
— Fièvre hectique ; III, 170. — Ses diffé-
rences , causes . signes ; III , 171. — Trai-
tement; III , 172. — Des fievres sympto-
matiques; III , 176. — Distinction entre
les fièvres symptomatiques et les fièvres
essentielles ; III, 177. — Trois différences
de fièvres symptomatiques; III, 178. —
Signes et traitement de ces trois espèces ,
III , 179. — Fièvres extraordinaires ; III ,
180. — Division des symptômes des fiè-
vres; III, 183. — Symptômes de l’action
lésée; douleur de tête; III, 184. — Dou-
leur d’estomac et de ventre; III, 186.
— Douleur des reins, des cuisses et des
jambes; III, 186. — Insomnies ; III, 187.
— Assoupissement et sommeil profond,
ANALYTIQUE.
829
III, 188. — Délire ou rêverie ; 111, 189. —
Convulsion et jectigation ; III, 190. — Pa-
ralysie et éblouissement ; III, 191. — Sur-
dité; III, 192. — Difficulté de respirer;
III, 193, 195. — Toux; III, 193. — Difficulté
d’avaler ; III, 194. — Dégoût ; III. 195. —
Nausées, sanglots et hoquets; III, 19G.
— Vomissements; III, 197. — Soi! déré-
glée; III, 198.— Lipothymie et syncope;
III, 199. — Symptômes qui suivent l’a-
métrie des excréments : flux de ventre,
III , 200. — Dureté de ventre; III, 201. —
Suppression et flux excessif d’urine ; III ,
202. — Sueurs immodérées , flux de sang
immodéré ; III, 203. — Symptômes ap-
partenant à la simple affection du corps :
jaunisse ; III, 204. — Accidents de la lan-
gue , froideur des extrémités ; III, 205. —
Ardeur, tension des hypocondres; III,
206. — Fièvre pestilentielle; III, 35l. —
Causes de la fièvre pestilentielle; III,
391. — Ses signes et ses variétés; III, 392.
Filelphe. P>apporte de Grèce de nombreux
manuscrits ; Int. cvm.
Filet. Ce que c'est ; II , II, 678.
Filtre. Manière de distiller avec le filtre;
III. 624.
Fioravanti; Int. cclxxxv.
Fissure. Espèce de fracture ; II, 295. — Fis-
sures des côtes ; II , 312.
Fissule. Causes de la fistule lacrymale, 236.
— Causes des fistules du fondement et du
périnée, 420. — Exemple de fistule sali-
vaire; II, 86. — Curabilité des fistules
du thorax ; II, 101. — Pourquoi les plaies
du poumon dégénèrent en fistules; II,
104. — Définition, causes et signes des
fistules; II, 270.— Pronostic et traite-
ment; 11,271. — Fistules «lu fondement;
II; 273. — Fislules lacrymales; II, 419.
— Théorie des fistules lacrymales, varié-
tés, pronostic, traiiement; II, 431 . —
Traitement des fistules de la vessie; II,
43.
Flabellation ; II , 305.
Flaminius crassus, rhinoplaste; Int. eu.
Flandre. Etat de la chirurgie en Flandre au
xvr siècle; Int. cclxxxv. — Voyage d’A.
Paré en Flandre; III, 726.
Flèches. Différentes des plaies faites par
flèches et de celles qui sont faites par
harquebuses; différentes espèces de flè-
ches; II, 183. —Figures de ces diffé-
rentes flèches; II, 184. — Instruments
propres à l’extraction des flèches ; II , 185 ,
186. — Extraction d’une flèche rompue ;
II , 187. — Extraction d’une flèche insérée
en l’os; 188. — Signes des plaies de flè-
ches empoisonnées; II , 189. — Traitement
par les scarifications et la succion; II,
190.— Par les topiques; II , 191.— Par
la cautérisation et la ligatiL e ; II, 192.
Fleurs répercU'Sives ; III , 534. — Pœsolu-
tives ; III , 538. — Epulotiques ; III , 545.
— Anodines; III, 549. — Procédés pour
extraire l’essence des fleurs; III, 629, 637.
Fleurs blanches ; IL , 761 , 774. — En quoi
elles diffèrent des menstrues , de la go-
norrhée et de la chaude-pisse ; II , 775 —
Humeurs dont elles procèdent; II, 776.
— Causes et traitement des fleurs blan-
ches ; II, 777. — Effets des fleurs blanches ;
II, 777.
Fleurs rouges ; II, 761.
Florent Philippes. Son procédé de para-
centèse , 400.
Flüguss (George). Son livre intitulé Expéri-
menta chiruri/ica , etc., Int. ccvn.
Flux de bouche des vérolés ; II, 549. —
Flux de sang, cause d’avortement ; II ,
624, 714. — Caractères et traiiement du
flux de sang, symptôme de fièvre ; III ,
203. — Flux de sang concomitant delà
petite-vérole ; III, 260. — Flux de ventre
des fiévreux ; III , 200. — Ses caractères ,
ses causes, son traitement; III, 201. —
Moyens pour provoquer le flux de ventre ;
III, 449. — Moyens pour l’arrêter ; III ;
450. — Flux mulièbre; v. Fleurs blanches.
Fluxion. Ce que c’est, 320.
Fociles. Luxation du petit focile delà jambe;
II , 398. — Idem du grand focile ; II , 399.
— Fracture des deux fociles du bras; II ,
318.
Foetus. Par où le fœtus est alimenté dans
la matrice, 166; 11, 648.— Putréfaction
du fœtus dans la matrice ; II , 627 , 697 ,
729. — Théorie de la formation du iœtus ;
II, 644. — Détails sur les enveloppes du
fœtus; II, 645, 647. — Formation du
nombril du fœtus ; Il , 646. — Vaisseaux
qui forment le cordon ombilical , voies
par lesquelles le fœtus respire ; II , 648 ,
717. — Formation du foie; II , 649. —
Du cœur et de la tête ; II , 650. —Quand
le fœtus commence à remuer ; III , 652. —
Des excréments du fœtus dans la matrice ;
11 , 663. — Comment l’enfant à terme
s’efforce de sortir du ventre de sa mère;
II, 665. — Positions diverses de l’enfant
au ventre de la mère; II , 669. — Figures
de ces positions; II, 670 ,671. — Signes
indiquant que l’enfant est mort dans le
ventre de la mère; II , 696. — Coexistence
d’un fœtus avec une môle; II, 727; voy.
Enfant.
Foie. Action du foie sur le chyle, 40. —
Toutes les veines mésaraïques viennent
du foie, 142. — Substance et volume du
foie; 143. — Ses divisions , sa figure, sa
composition, sa connexion, son tempéra-
ment, son action; 144. — Pronostic des
plaies du foie, 433 ; II, 105. — Abcès du
foie succédant aux plaies de tète; II, 32. —
Signes des blessures du foie ; H, 105 ; III,
654. — Les maladies du foie peuvent occa-
sionner une rétention d’urine; II, 497. —
Formation du foie chez le fœtus ; II , 649.
— Excréments du foie; II, 662. — La
goutte vient du cerveau ou du foie ; III ,
215. — De la cautérisation du foie; III ,
685.
Folie. Hérédité de cette maladie ; III , 28.
Fomentations pour l’œdème, 343. — Pour
TABLE
83o
les tumeurs aqueuses et venteuses, 345.
— Pour les chancres , 369. — Pour la ré-
duction d' s hernies et pour la matrice,
40G. — Pour les contusions du cuir mus-
cule x ; Il ,4*2 , 43. — Pour les Commotions
du cerveau ; il, 69. — Pour les inlla uina-
tions delà conjonctive ; If , 78. — Pour les
ulcère- iulempéré- humides ; II, 251. —
Pour faire tomber les ver- des ulcères ;
Pour les ulcères sordides ; II, 254. — Pour
le pruiil nés fractures; II, 305. — Pour so-
lidifier le cal j II , 344. — Pour amollir le
cal difforme ; II, 345. — Objet des fomen-
tations uans le traitement des fractu-
res ; 11, 347. — Fomentations pour les
caruo-ilés de la verge; 11, 567. — Pour
les nouvelles accouchées; II, 711. ■ —
Pour la gouiiecau*ée de pituite ; III , 238,
— Pour b s pestif rés ; III ; 4u9. — R sn-
lutivesiies bubons p< slilenliels ; III , 432.
— Defiuiliou , objet et composition des
fomentât uns ; III , 576. — Modèle de fo-
mentât on émolliente et rés dvante , ma-
nière de laite tes fomentations ; 111 , 577.
Fondement. Causes des lumeurselaposMnes
ou fondeme t, 419. — Traitement médi-
cal et chirurgical ; causes des fistules du
fondement, 420, II, 273. — Signes ; II, 271.
— Accide ts , traitement; 11, 274.
Fontaine Qualités de l’eau de fontaine ; III,
403.
Fon iavellk. C’est sur la fontanelle que doi-
vent être appliqués les remèdes destinés
au cei veau , 2u8.
Fouet. Figure u’un foret pour commencer à
ouvrir le crâne dans l'opération du trépan,
II, 53.
Forme. Influence de la forme des plaies sur
leur guéri on , 433.
Fohmicatio , 82.
Formillon. Espèce d’araignée ; III, 326.
Fornix ,216.
Foudre. Signes ind quant qu’un individu
est mûri frappe de la foudre ; III , 658 ; v.
7 un itcrre.
Fourchette. Ce que c’est; 175. — La four-
chette ne peut »e luxer ; 11, 368.
Fourmis. I.esoursse purgent en mangeant des
fourmis; I, 19; III, 737. — Quand ellespré-
sagenl la p oie ; III, 738. — Prévoyance ,
indusb ie et mœurs des fourmis , 111, 743.
Fourneaux. Description des fourneaux à
dislilh r; 111, 615.
Fournier Ce qu’il dît des fanons ; II, 289.
Fractures. Leur iraili m>nt en Allemagne
au xve .-ièclc; Int., cci. — Comment traitées
pa> Paracelse; Int., eexx. — Fractures du
crâne; 11, 1. — fable de ces fractures; 11,
3, 4. — Causes e signes conjecturaux; II, 5.
— Sign s sensue s; II. 6; III 653. — .“scis-
sure ; II, 7. — Contusion ; II, il. — Em-
bairures ou enfunçurc* ; 11, 15. — Incision;
II, 17. — Cniiiie-fe te; II, 20 — Pronostic
des frac mes du crâne; II, 26, 31, 33. —
Soins généraux à doi neraux u ai tures du
crâne ; II, 33. — Pourquoi on trép ne les
fractures du crâne; 11, 50. — causes de la
gangrené ; II, 212. — Dea bandages des
fractures; IL 280. — Comment doivent
èire f its les ban 'âges des Raclures , Il ,
281.— Bandages des frae'ures «vee plans;
II, 283. — Définition, diverses espèces ;
II, 294. — Causes des fractures; 11, 296.
— Signes, pronostic. 297. 298. — Cure
générale II , 300. — Procédés de réduc-
lion ; II, 3ui. — Signe* auxque-s ou re-
connaît que la ré lUelion esl bien faite;
II, 302. — Application du bandage; II,
303. — Traitement îles ac blets ; II, 304
— Fractures du nez; II, 805. — Leur trai-
lement ; II, 306. — Fia tons de la mâ
chnire inférieure; II, 307. — De l’os cla-
viculaire ou ureuiaire; H, 308. — De
l'omoplate ; IL 3tt9. — - Du sternum et ré-
duction ; 11,311. — De* i ôtes ; signe- de
ces fractutes; II 312— Réduct ou , II; 313.
— Fractures des veitèbres, leur pronostic
et leur cure; II, 315 — Fractures de l’os
Sacrum ; II , 316. — De l’os de la h mehe ;
ses signes et réduetmn; Il , 316. — Frac-
tures des os du croupion ; Il , 316. — De
l'o* du bra- ; leur réducion; II, 317. —
Fractutes de l'os du cou 'e et du radius;
II, 318. — De la main, Il , 320. — De la
cuisse au m lieu de Fus; II , 321. — Du
coi du fémur; 325. — De la rotule Ou
genou ; II , 327. — De la jnnbe; II 329.
— Cau-e de* ire-sa If menls de- membres
fracturés; II, 336. — Fracltin s île» os du
pied; Il , 347. — Complications et aec dents
qui peuvent su t venir à la partie Raclu-
ree ; 1 1 , 401.
Fraises. Coût des crapauds pour les fraises;
III. 321.
Franck. Origine des écoles en Fiance; Int.
xxvm — Etat de la chirurgie eu Fiance
au xv Ie siècle; lut., cclxxxv.
Francheville ( -lean de) ; lut. cxxtx.
Franco. SesDavaux; In', cclxx — Mention
qn il fait du séton ; il 83. — lndi alion
oes pr u édés de tai le uéems , ar Fra co
et o nis par A. Paré; II , 477. — Plagiat»
commis par Franco au prejnd ce d’ A. Paré;
11,623,624, 625,626,621,629 630, 631,
632, 646, 6 5. 696. 714, 7 IG, 717.
Frédéric. Cet empereur fait trad dre en la-
tin toutes sortes de manuscrits arabes; Int.
xxxvti. — Son ordonnance rel ti v •• à l’exei-
cce de la médecine dans le royaume de
Naples; Int. xxx xxxi. — Défe d à 8'-s
sujets d’aller étudiera Bologne; Ferme les
écoles de cette vdle; Réliacte son décret;
Int. xxxu.
Freind. Son opinion *ur Jean deGaddesden;
Ce qu’il nous apprend sur Jean Ardem,
I ni . LV.
Frelons. — Accidents résultant dp leur pi-
qûre ; III, 324. — Remèdes d’iceux ; III ,
325.
Frêne. Ses propriétés anlivénéneuses; III,
395.
Frictions I.pnrs rffet* ; 69. — Leur em-
ploi dans le traitement de l'œdeme ;
343. — Contre le prurit des fracture»; II,
ANALYTIQUE. 83 1
304. — Traitement de la vérole par les
fiiclio s ; II, 540. — Manière d'exécuter
le» frictions ; II, 543, 544 et suiv. — Em-
ploi de» frict ons im r uriellesdans e tr.ii-
teun ni du pourpre; III, 420.
Frissons. F'isson» -ymplôui rïij ues des pâles
couleurs; II. 781; III, 193.
Froid. Son act'Oo funeste aux plaies; 63;
11, 118, 1 77. — Sou action sur l'homme ;
II, 34. — Comment le f> uid produit la g.,n-
g ène ; II, 214. — Fîmes causées par le
froid; II, 465. — Influeme Ou froid sur la
produciion de» i étrillions d'ur ne; 11, 504.
— Nécessité de pré-erver uu iroid les ma-
lades suuinis aux frictions mercurielles ;
II . 543.— Pro, rielé» du froid ; II, 737.—
Sun influence sur le développement de la
rage; lit. 304. — Remède» cuntre le froid
de» extrémité' ; III, 205.
Front. Figure de deux tilles jumel es unies
par le front; III, 10.
Frontaux. FuiiiB ni» et sopo alifs ; II 167.
— P ut tes fébricitants; III, 184. — Con-
tre les dou eurs de 1ère ; III, 420.
Fruits. Procédé ,mùr extiaire l\s»encedes
fi uii' ; 111 , 629. — Fiuits répercu-sifs;
III, 534. — Suppuratif» et émollients , 111 ,
540. — Epiilolique» ; III, 545.
Fumigations. Pour les uh ères ne la matrice;
Il 268. — Appareil fumigatoiie pour le»
maux e deu s; II, 446. — T • ail» ment de
la verole par le» foin galion» mercui lellrs;
II, 551. — Figure d’un tonne u propre a
admmi»lrer une fumi.aiion aux pailies
géuil li S; 11,568. — Appaiei fumigaloire
pour le col de ia matrice; II, 758. — Fu-
migat ons pour prov, querRs menstrue»;
II 7o7. •
Fungus. Description et Irai entent; 359;
11, 64.
Gabet». Ce que c’est; 111 , 280, 35o.
Gaddesden (Jean de). P entier chirurgien
anglais oOot le» éci i s nous »oien. connus ;
lui., Lin. — Son livre liosa rnedi in ce; lui.,
Liv. — Op'n ons ne Guy de Chaulid,' et
de Freind sur Jean de Gaudesdm. — S. n
orgueil ; lut., lu — Sou charlatanisme et
son avarice ; Int., lvh.
Gaiac. Tru tnuent ne la vérole par la dé-
coi ti n de g'iaC; 11, 535. — KIR ts du trois
de gai ic ; s gocs auxquels on reco,n il le
meilleur; II, 536. — Mameiede préparer
la décoction de gaiac; II 537. — Précau-
tions qui doivent p ri ceder, accnmp guer
et suivre l'adininistrati in de cel e décoc-
tion; Il , 538. — Régime à ob er er pen-
dant celle médication ; Il , 530.
Galeatius de Sainte Sophie. Son époque ;
»on c nunentaire de Riia»è» ; lut., lxxxvi.
Galien; lu ., xviii. — C lé par Garioponius;
Int., xxi. — S urce commune qui arrivait
aux Lalm- comme ux Arabes; misa
contribution uans le livie ne Tro nia;
Int , xxiv. — Se» cominen ai . es sur les
Aphorisme» d’Hippoi rates ; Int., xxv. —
Se» traites traduit» pur Gérard ue Cré-
mone ; Int., xxvu. — Suivi par Hugues
de Lncques; Int., xxxv. — Pris pour guide
par Brunus ; Int. xxxvi. — Se» livie-, ba-
se de la doeti me de s - lei ne ei de c, Le de
B log e; Int . xxxix. — Idem, de celiede
Guillaume de Sancet; lui., xl. — E-leité
par Laufr me ; lin ., xlvi. — Se- ouvrages
sont traduits en lanu par Nirola- de Reg-
giu;lni. , xLvm. — Tradueiion proven-
çale de quelque» un» de se» li re»; Int.,
lxv. — Se» coinmen aires inconnu» uans
tout e xvc »iede; Int,, cix. — Premières
éditions de ses ouvng' s. lut., ex. — Cité
par Benivieni; lot., cxvm. — Sun époque,
18 ; 111 ,641. — Ses travaux ; 18. — Son
opinion »ur la paracentèse; 397. — Sur
les dragonneaux; 424. — Sa doctrine sur
les fissure» du crâne; 11, 10. — Ce qu’il
dit du t>ec-de- 1 i. vie ; 11, 85. — Yeis »ur
Galien ; III . 642. — Aphorisme emprunté
à Ga ieu ; IIi , 646.
Gama i,M.). lKtail» historiques surGersdurf;
III. VII.
Gamaut; 335. — Détailsiur cet instrument ;
389.
Gamkdin ; 390.
Ganglions. Description, causes et trafie-
meni de» ganglions ; 357. — Ganglions des
paupière» ; II, 416.
Gangrène. — Dcsnipti m de la gangrène
séniie , i ar A Beoiviem ; lui., cxvn ; i20.
— Sigues de la gaogiène; 323. — Moye. s
de prévenir la gangrène a ta suite d. g
Coulu-iou» ; H , 200. — D finition ue la
gaiigièue ; U, 210. — t.au»cs g> nérale» ;
cause» p rl culiére» , primitives et ex er-
ne» ; H, 2i I. — Cause» aniéc é ielile» ; Il ,
212. — Signes de la gai grène résultant
d inflainuiatiuii pulegmoneuseel du nmd;
Il ,215. — Idem ues gang ène» faiies par
ligolur- s, ux d uns et grande» < on, u» ion» ;
II, 2 16. — Idem des gang, eues, suite de n or-
su es, piqu es, anévrismes, v« n n», pio-
no»uc de» gangrené»; II, 216. — Cure gé-
nérale; II, 217. — Cuie pailiculiéie; io-
Ci-ion» , se.ii ilications; 11, 218. — Loli ns,
onguents ; il, 2l9. — C mlei isatiun , am-
puialioii ; -iglie» de mm lifiration pa. fu . e ;
11,220. — Ou unit commencer l’ampuia-
tion ; II, 221. — Moyen d’y prcédi r ; Il ,
222. — Moyens hémostatiques ; II, 224,
226. — Suite du traitement ; 11, 2?5. —
Méd caments emplasiiques , Il . 226. —
Suite du irailemeul ; Il , 230 — Ca- d am-
puta ion du brasdau- la jo n ure a la suite
de giugièiie ; II, 239. — Gangrène risu -
laul d'une tr p grande c mp.essiun; II,
293. — Gangrène de» yeux ; II, 4lô.
G vkgareon ; 255.
Gargarismes pour l’esqoinancie; 388 — Pour
les plaie» de l’œsophage; U, 9i. — P tir
les ulcérés ue la noucli ; II. 262. — Pour
le» maux de dents ; II , 446. — Ce que
c'est; cump si ion, modèles de garga is-
ines sti ingeniet éperc, f, anodm, mou-
dihralif ; 111. 590. — Usage de» gargaris-
mes; 111, 59 1 .
Gariopohtus. Son Passionnaire ; Int., xxi.
832
TABLE
— Ses Dynamidies ; Int., xxi , xxu. — Son
co'laborateur Albicius ; Int., xxi. — Mal-
traité par les critiques ; Int., xxu. — Peut
encore être consulté comine une des sour-
ces les plus abondantes du langage médi-
cal moderne; Int., xxu. — Semble avoir
connu le Pronostic d’Hippocrate; Int.,
xxv. — N’a pas le premier employé les mots
caulerizare et gargarizare ; III , iv.
Gastroraphie. Description de cette opéra-
tion ; 440; II, 108.
Gatenaria. Ce qu’il dit du séton; II, 82.
Gaz. Ponction des intestins gonflés de gaz;
II, 107. Voy. Ventosités.
Gaza (Théodore). Ses traductions d’Aristote,
de Théophraste et d'Hippocrate ; Int. ,
CV1II.
Gémissements. Manière d’arrêter les gémis-
sements résultant de la suppression des
menstrues ; II, 782.
Gencives. Tumeurs des gencives; 381. — Ul-
cères fistuleux des gencives; II, 202. — Il
fautcomprimer les gencives après l’extrac-
tion des dents ; II. 454. — Incision des
gencives pour faciliter la dentition; II,
799. — Etat des gencives chez les lépreux;
III, 270.
Génération. Eléments de notre génération ;
33. — Ce que c’est ; 50. — Plaisir attaché
à l’acte de la génération ; 111. — Causes
de ce plaisir ; II , 035. — Choses néces-
saires à la génération ; II, 040,730. —
Manière d’engendrer ; II, 049. — Age
auquel la femme peut engendrer ; II , 738.
— Si une femme non réglée peut engen-
drer ; 11, 702. — Si les démons ayant com-
merce avec les femmes peuvent engen-
drer; H, 58, 59.
Genga (Bernardini). Ce qu’il dit des Nor-
siui ; Int. , cm.
Genièvre. Ses propriétés anlivénéneuses ;
III, 395.
Genoux. Tumeurs des genoux ; 421 . — Trai-
tement ; 422. — Siiuation qu’il faut
donner aux genoux blessés; II, 120. —
Fracture de la rotule du genou ; Il , 327.
— Causes des déviaiions des genoux ; II ,
350. — Luxations de la rotule du genou;
II , 390. — Causes et signes des luxations
du genou ; réduction de celle faite en
arrière; II, 397. — Idem de celle faite en
devant ; Il , 398. — Exemple de pierre en-
gendrée dans le genou ; III , 32.
Géomanciens; III , 00.
George Valla, traducteur de Galien ; Int.,
ex.
Gérard de Crémone; Int., xxvi. — Ses tra-
vaux ; Int., xvii. — Ses ou» rage* faisaient
artie de la bibliothèque de l’Ecole de
p ont pel l ier au xive siècle ; Int., lix.
GeRbkrt. Ce qu’il dit de Celse ; Int., xix.
Germe ( mauvais). Voy. Mole.
Gehsdorf. Auteur du premier livre en lan-
gue vulgaire qu’on puisse citer avec hon-
neur ; Int., cciv. — Idée de sa thérapeu-
tique , d’après Haller et Percy ; Int., ccv.
— Détails historiques surGersdorf; III,
vu.
Gervaisot Merlin; Int.,ci.x.
Gesner ( Conrad ) ; Int., xxi. — Ses travaux ;
Int., cc.xxi.
Gestation. La gestation de la femme n’a
point de terme fixe ; II, 071. — Exemple
de gestation prolongée; III, 20.
Gibbosité. Hérédité de cette difformité ; III,
27.
Gilbert l’Anglais doit être classé parmi les
médecins ; III, v. — Epoque où il a vécu ;
III , vi.
Gilles de Corbeil. Mention qu’il fait de
maître Maurus; Int., xxvi.
Ginglyme; 313,310.
Girafe. Son pays, sa description, ses mœurs;
III, 784.
Girofle. Caractères de l’huile de girofle ;
III , 027.
Glace. Qualité de l’eau de glace ; III , 403.
Gland, 102. — Perforation vicieuse et im-
perforation du gland; II , 400.
Glandui.a. Ce que c'est; 348.
Gi.andules. Substance, quantité, figure,
nombre des glandules ; 142. — Leur situa-
tion , connexion , tempérament et utilité ;
143.
Glaucoma. Ce que c’est; II , 418.
Glossocomes. Ce que c’est ; Il , 291 , 323. —
Figure d’un glossocome; II, 321.
Gluten. Ce que c’est ; 45 ; II , 244 , 257.
Godin (Nicolas). Sa traduction de Jean de
Vigo ; Int., ccxxxvii.
Goître. Description ; 390. — Traitement ; 391.
Gommes. Attractives ; III, 530. — Résoluti-
ves; III , 538. — Suppuratives ; II I , 540.
— Emollientes; III, 541. — Déœrsives;
III, 542. — Sarcotiques; III, 544. — Ag-
glutinatives ; III, 540. — Manières d’ex-
traire les huiles des gommes; III, 030,
031 , 038.
Gompiiose ; 314 , 310.
Gongrona. Voyez Goitre.
Gonorrhée En quoi elle diffère de la chaude-
pisse; II, 555. — Cure de la gonorrhée;
Il , 560. — En quoi elle difl’ère des fleurs
blanches ; II , 775.
Gonthier (d’And' rnach ). Sa traduction de
Paul d’Egine; Int., ccxxxvm.
Gordon. Est ciié et imité l’ar Jean de Gad-
de den ; Int., liv. — Eloge de son livre
Lilium medicinœ ; Int., lx ; III, v. — Tra-
duction provençale de son livre ; Int., lxv.
— Son opinion sur la paracentèse; 397.
— Emprunt fait a Gordon par A. Paré;
II, 640.
Gorge. Extraclion des corps étrangers de la
gorge, 27; II, 443 ; III, 28. — Nœud de
la gorge ; 255. — Pronostic et traitement
des plaies delà gorge; II, 91. — Brûlures
de la gorge ; II , 208. — Danger de- com-
pressions de la gorge; II, 293.— Moyens
de ptésener la gorge des ravages de la pe-
tite-vérole; 111,202, 263.
Gorreus. Son opinion sur les dragonneaux;
425.
Gourmelen. Synopsis chirurgiœ ; Int., cclxxv.
- — Son hostilité envers A. Paré ; Int. ,
ANALYTIQUE.
cclxxxui. — Nouvelles attaques contre
A. Paré ; Int. , ccxc.
Goût ; 57. — De quel secours il est au chi-
rurgien ; 93. — Théorie du sens du goût ;
552. — Dépravation du goût chez les fem-
mes grosses; II, 042, 7 14. — Cause et re-
mède de la dépravation du goût chez les
fiévreux ; III , 195.
Goutte. Gouttesercine; II, 419. — Différence
entre les gouttes vénériennes et les gouttes
ordinaires ; II , 533. — liaison de la non-
hérédité de certaines gouttes; II, 038. —
Hérédité de la goutte ; III , 28. — Défini-
tion de la goutte, étymologie, variétés;
III, 208. — Causes occultes; 111,209. —
Causes manifestes; III, 213. — Origine de
la défluxion des gouttes ; III , 215. — Si-
gnes indiquant que la fluxion vient du
cerveau; III, 210. — Signes indiquant si
la fluxion vient du foie et de la masse san-
guinaire ; si c’est le sang ou la bire qui
accompagne le virus arthritique ; III, 217.
— Si c’est la pituite; III, 218. — Si c’est la
mélancholie; pronostic des diverses gout-
tes ; III, 219. — Influence de la température
sur les douleurs arthritiques ; III , 221. —
Degrés de curabilité de la goutte; sujets
qu'elle attaque; III, 222. — Traitement
préservatif; 111, 223. — Par le vomisse-
ment; III, 224. — Par les diurétiques et le
cautère; III, 220. — Par les purgatifs ; III,
227. — Par les fumigations; III, 228. —
Régime des goutteux; III, 229. — Boissons
qui leurconviennent ; 111,230. — Remèdes
pour roborer les jointures; III, 231. —
Cure palliative diverse suivant l’humeur
dont procède le mal ; III, 232. — Consiste
en quatre points; III, 233. — Remèdes to-
piques contre la goutte provenant de la
pituite ; III, 235. — Pour la goutle de ma-
tière chaude ; III , 239. — Pour la goutte
provenant d’humeur cholérique ; III, 241.
Soins à prendre après la disparition de la
douleur, III, 240. — Des tophes, ou nœuds
qui viennent aux jointures des goutteux ,
et de leur caractère ; III, 247. — Des ven-
tosités qui accompagnent les douleurs ar-
thritiques et de leurs remèdes ; III, 249. —
Caractères, causes, signes; III, 250. —
Traitement par la saignée; III, 251. — Les
clysières et les purgatifs ; III , 252. — Par
les topiques ; 111 , 253. — Par les cautères;
111, 254. — Définition, causes et traite-
ment de la goutte crampe ; III, 255.
Goutte rose. Ce que c’est; 1(1 , 000. — Pro-
nostic , traitement ; I II , 007.
Gouverneur. Description et mœurs du gou-
verneur; III , 752.
Graines. Résolutives; III, 538. — Emollientes;
111, 540. — Délersives; III, 542,551. — Pro-
cédés pour extraire l’essence des graines;
III, 629, 638.
Graisse. Ce que c’est; 119. — Sa composi-
tion , son tempérament , son utilité ; 120.
— Traitement des plaies de la graisse; II,
109. — Graisses attractives; 111, 536. —
Résolutives; III, 538. — Suppuratives ;
833
III , 540. — Emollientes ; III, 541. — Ano-
dines ; III, 549.— Distillation des graisses;
III , 038.— La graisse de baleine ne gèle
jamais ; I II , 779.
Grand dentelé (muscle) ; 266.
Gratelle; 320.
Graveli.e des yeux ; II , 410.
Grecs (Lèpre des); III, 282.
Grêle des paupières; 11,422.
Grenouille. Histoire d’un enfant à tête de
grenouille; III, 24. — Emploi des gre-
nouilles dans le traitement des gouttes ;
III , 242. — Dans celui des charbons ; III,
440. — Les grenouilles présagent les chan-
gements atmosphériques ; III , 738. — Ac-
couplement des grenouilles ; III , 746.
Grenouillette. Description, cause et trai-
tement de celte tumeur; 382.
Grevin. Emprunts que lui a faits A. Paré ;
Int. , cccxxxm.
Grossesse. Danger de trop serrer le ventre
pendant la grossesse; II, 293. — Symp-
tômes de la grossesse ; Il . 642. — Moyen
externe de prouver la grossesse d'une
femme ; II , 043. — Quelques femmes con-
tinuent d’avoir leurs menstrues pendant
la grossesse, II , 703. — Par où coulent les
menstrues aux femmes grosses; II, 772.
— Simulation de grossesse ; III , 49. — Les
femmes grosses sont exposées aux attein-
tes de la peste ; III , 389.
Grues. Présages tirés de leur vol ; III , 738.
— Pourquoi les grues volentcontre lèvent ;
III , 740. — Leur manière de voyager; 111,
753.
Gruner. Retrouve dans Ali-Abbas tout ce
que le livre de Trotula renferme de bon;
Int., xxiv. — Son supplément à I ’Aphrodi-
siacas de Luisini ; III, iy.
Guainer (Antoine). Son époque; ses Com-
menlarioli ; Int. , lxxxvii. — Passage de ses
écrits sur un alchimiste; Int., cvi.
Guêpes. Accidents résultant de leur piqûre ;
111 , 324. — Remèdes; 111,325.
Guérin de Vérone ; lui. , cvn.
Guérisons. Exemples de guérisons diverses ;
94. — Influence de la joie sur la guérison
de certaines maladies; 98.
Guetteur. Description de cet instrument ;
II, 483.
Guillaume , seigneur de Montpellier, établit
la liberté d’enseignement; Int. , xxix.
Guillaume de Salicet s’appuie sur un apho-
risme de Galien ; Int. , xl. — Sa vie; Int.,
ib. — Caractère particulier de sa Chirurgie ;
Int., xli. — Il est le premier chirurgien
d’Italie qui ait écrit sur les affections des
femmes; Int., xlii. — Rapports entre lui
et Lanfranc; Int. , xliv. — Est cité parce
dernier ; Int. , xlvi. — Ce qu'il dit du sa-
laire des chirurgiens; Int. , lvi.
Guillemot (M.J. Extrait de son travail sur
l’accouchement forcé; II, 699.
Gutta-Zala. Ce que c’est ; II , 418.
Guttemberg invente l'imprimerie; Int., ex.
Guy de Chauliag. Kst la plus brillante ex-
pression de l’époque des Arabisles; Int.,
53
m,
TABLE
834
tu, xxiv.— Injuste critique qu’il a faite
rie Hugues de Lucques ; Int., xxxu. —
Ce qu’il dit de Jamerius; Int., xxxv. —
Son appréciation des écoles de Salerne et
de Bologne; Int., xxxix. — Son opinion
sur Jean de Gaddesden ; Int. , liv. — Ri-
chesse de sa bibliothèque ; Int., lx. — Sa
vie , ses études ; Int., lxi. — Ses voyages ;
Int., lxii. — Sa conduite pendant la peste
d’Avignon; Int., lxiii. — Enumération de
ses ouvrages; Int., lxiv. — Appréciation
de sa Grande chirurgie ; Int., lxv. — Sa pra-
tique ; Int., lxvi , lxvii. — Son érudition,
sa méthode; Int., lxvii. — Ses contempo-
rains ; Int. , Lxvm. — Parallèle entre Guy
de Chauliac et Nicolas de Florence; Int. ,
lxxv. — A été pillé par Pierre d’Argelata;
Int. , lxxvii. — Parallèle de Guy de Chau-
liac et d'A. Paré; Int. , cclxxxiv. — Em-
prunts faits à Guy de Chauliac par A. Paré;
31!). — Sa doctrine sur la paracentèse ab-
dominale; 401. — Il est le premier auteur
qui parle des fanons; II , 288. — Ce qu’il
dit de l'opération de la cataracte; II, 440.
— Moyen indiqué par lui pour allonger le
mamelon ; II, 693.
Guy Patin. Ce qu'il dit sur la composition
du livre de la Licorne; Int., cccxxxi. —
Réfutation; Int., cccxxxn.
Gypse. Vertus et usage des eaux gypseuses ;
III, 597.
H
Habitudes. Influence des habitudes sur l'a-
limentation, 7. — Sur le traitement des
plaies d’harquebuses ; II , ICI.
Haut. Description de S’baiit ; III , 786.
Haleine. Transmission du virus vénérien
par l’haleine ; H, 528. — Causes de la
puanteur de l’haleine ; II, G00. — Fétidité
de l’haleine des lépreux ; III, 27G. — Pro-
priétés vénéneuses de l'haleine des chats;
III, 333.
Haller. Son opinion sur Gariopontus;Inl.
xxu. — Haller se trompe quand il dit que
Guillaume de Salicet n’u pas parlé des affec-
tions des femmes ; Int., xlii.— Ce qu’il dit
de Bienvenu ; Int., lxviii. — Son opinion
sur le livre de Nicolas de Florence ; Int.
lxxiv . — Sur Gatenaria ; Int., xcvu. —
Sur Benivieni ; Int., cxvm. — Sur Jérôme
de Brunswich ; Int., ccm. — Ce qu’il dit de
Gersdorf ; Int. , ccv.
Hanche. Situation qu’il faut donner aux
plaies de la hanche; II, 120. — Fracture
des os de la hanche; scs signes et sa réduc-
tion ; H, 31G. — Luxation spontanée de
la hanche; II , 349. — De combien de ma-
nières se font les luxations de la hanche ;
ne peuvent être incomplètes; symptômes
de celles faites en dedans; pronostic gé-
néral ; II , 387. — Pronostic des luxations
de la hanche en dehors et en dedans ; II,
389 — Idem en devant ; II , 390. — Signes
des luxations faites en dehors et de celles
faites en devant; II , 390. — Idem de la
même luxation faite en arrière; H, 391.
— Principes généraux de réduction; II,
392. — Manière de réduire la luxation de
la cuisse faite en dedans; II , 343, 394.
— Idem celle qui est faite en dehors; II ,
395. — Idem celles qui sont faites en de-
vant et en arriére ; II , 396.
Hans de Dockenbourg ; Int. , cxcvm , ccn.
Hargne. Étymologie , 403. — Espèces diver-
ses , causes et signes , 404. — Indices de la
rupture du péritoine , curabilité , réduc-
tion des hargnes des enfants , 405. — Au-
tres moyens , 407. — Régime après la
réduction , 409. — Opération de la hernie
étranglée, 410. — Diverses manières de faire
le point doré, 411 , 412, 413. — Causes,
signes et traitement de la hargne zirbale,
414. — Idem de la hargne aqueuse, 415.
— Idem de la hargne venteuse, 4i6. —
Idem de la hargne charneuse et de la har-
gne variqueuse , 417. — hlem de la hargne
humorale , 4 1 8. — Hargne des petits en-
fants ; causes , signes , engouement , trai-
tement; II, 79G. Voyez Hernies.
Harmonie. Ce que c’est que l’harmonie des
os; 314 , 316.
Harpies. Ce que c’est; III , 36.
Harquebuses. Etymologie; II , 121, 123. —
Sur la non vénénosité des plaies d’harque-
busc; II , 128 , 131 , 181. — Division des
plaies faites par harquebuses; II, 1 43. —
Signes; II, 145. — Premier pansement;
II, 14G. — Description des instruments
propres à extraire les balles et autres
corps étrangers; II, 1 47. — Manière de
panser les plaies au premier appareil après
l’extraction des corps étrangers ; II, 152.
— Comment il faut traiter lesdites plaies
après le premier appareil ; II , 157. — Ex-
traction des corps etrangers oubliés dans
la plaie; inductions tirées de l’essence et
de la cause de la maladie; II, 1G0. —
Des temps universels; de la température,
de l’àge, des habitudes, de la force du
patient ; de l’atmosphère ; II, 161 .— De la
température, de la dignité et de lacolli-
gance des parties blessées; désaffections
concomitantes; II, 162. — Suite du traite-
ment des plaies d'harquebuse ; II, 163. —
Apologie touchant les plaies d’harquebu-
ses ; II, 172 — Différences des plaies faites
par flèches et de celles qui sont faites par
harquebuses; II, J 83. — Ueclifications re-
latives au Traité des plaies d harquebuses ;
III, XVI, XVII.
Havre-de-Grace. Voyage d’A. Paré au Ha-
vre-de-Grûce ; III, 722.
Hectique (lièvre); 111, 170.
Heister. Description des fanons connus de
lui ; II , 290.
Helos. Ce que c’est ; II , 418.
Héméralopie. Ce que c’est; IP, 415,
Hemitritée; III, 161.
Hémorrhagie. Moyens d'arrêter l’hémorrha-
gie des plaies: 440. — Moyens de repri-
mer l'hémorrhagie trop abondante à la
suite de l’extraction de la pierre ; H, 493.
ANALYTIQUE. 835
— Prétendus remèdes contre l'hémorrbs-
gie ; III, 65. — Manière de provoquer
l’hémorrhagie nasale ; III , 419. — Incon-
vénients de la cautérisation dans le trai-
tement des hémorrhagies à la suite d’am-
putation ; III , G80.
Hémorrhoïdes. Définition ; diverses espèces;
II , 275. — Cure ; II , 27G. — Hémorrhoï-
des résultant de la présence d’un calcul
dans la vessie ; II , 4G2. — Hémorrhoïdes
qui naissent au col de la matrice ; II, 785.
— Causes, symptômes et traitement; II,
586. — Il faut se garder de supprimer les
hémorrhoïdes en temps de peste ; 111,376.
— Manière de les provoquer et de les ar-
rêter; III, 448,.
Henri III. Épilre dédicatoire à Henri III , 1.
Herbes. Répercussives , III, 535. — Attrac-
tives ; 111 , 536. — Résolutives ; III , 537.
Emollientes ; III , 540. — Détersives ; III ,
542. — Agglutiuatives ; III, 546. — Pro-
cédé pour extraire l’essence des herbes;
III, 629. — Parties diverses des herbes
employées en médecine; III , 635.
Hérédité. Causes héréditaires des luxations;
II , 350. — Incurabilité des gouttes héré-
ditaires ; III, 210 , 212 , 213 , 219. — Hé-
rédité de la lèpre , III, 272 , 279.
Hérisson. Manière dont il échappe à ses en-
nemis et dont il fait sa provision , III ,
745. — Hérisson de mer; III, 754.
Hermaphrodite. Participe de l’homme et de
la femme ; 61. —Monstre hermaphrodite ;
III, 4. — Figure d’un hermaphrodite à
deux têtes ; 111 , 11.- — Définition de l’her-
maphrodisme ; III, 15. — Causes, va-
riétés, obligations imposées par les lois
aux hermaphrodites ; indices du véritable
sexe; IIL, 16. — Figure de deux enfants
jumeaux hermaphrodites joints par le
dos; III , 17.
H ermodacte. Procédé pour extraire l’essence
de l’hermodacte ; III , 629.
Hernies. Traitement des hernies , conseillé
par Arculanus; Int., xci. — Espèces de her-
nies connues par Montagnana ; Int., xcm.
— Par Gatenaria ; Int., xcvii. — Procédés
desNorsini dans le traitement des hernies;
Int., cm ; 404. — Exemplesdeshernies dia-
phragmatiques; II, 95. — Hernie du cœur;
II, 99. — Du poumon ; II, 100. — Cas re-
marquable de hernie du cerveau ; II, 212.
— L’incision des hernies pratiquée par
Gilbert, l’anglais; premières notions des
hernies de la ligne blanche; I II, v. — Voyez
Hargne.
Herniers. Ce que c’était ; Int., cLxvm.
Héron. Présages tirés de son vol; III, 739,
756.
IIerpes. Excdens et miliaris ; 320. — Dé-
finition , variétés et traitement; 340. —
Inefficacité de la corne de licorne contre
l’herpes miliaris ; III, 505.
Hésiode. Conseil qu’il donne relativement
à la génération ; II , 639.
Hétéroglautis. Ce que c’est ; II, 419.
Hièblb. Ses propriétés contre la goutte ; III,
543.
Hippocras d’eau; III, 400.
Hippocrate ; Int., xvm. — Cité par Gariopon-
tus ; Int., xxi. — Mis à contribution dans
le livre deTrotula; Int., xxiv. — Com-
mentaires de Galien sur ses aphorismes;
Int., xxv. — Ses traités traduits parGérard
de Crémone; Int.,xxvn. — Ses aphorismes
cités par Erunus; Int., xxxvi.— II est cité
par Lanfranc; Int., xlvi. — Rareté de ses
livres au xive siècle ; Int., lx. — Ses traités
de chirurgie sont inconnus pendant tout
lexve siècle ; Int., cix. — Premières éditions
d’Hippocrate et de ses traductions; Int.,
cxi. — Sa naissance, ses travaux; 18.
— Usage qu’il fit des tableaux d’Epidaure;
19. — Honneurs qui lui furent rendus
à Abdère et à Athènes; 21. — Comment
il fit cesser la peste d’Athènes; III, 378. —
Détails biographiquessur Hippocrate; III,
641 . — Vers sur Hippocrate ; III, 642. —
Aphorismes chirurgicaux d’Hippocrate;
III, 643.
Hippopotame. A donné l’idée de la phlébo-
tomie ; 20 ; III, 737.
Hippos ; 83 ; II , 415.
Hirondelles. Nous ont appris les propriétés
de l’éclaire; III, 736. — Présages tirés de
leur vol ; III, 739.
Histoire. L’histoire de la chirurgie intime-
ment liée à celle de l’esprit humain ; Int.,
xv.
Hiver. Tempérament de l’hiver; 38. —
Aliments dont il faut user dans celle sai-
son ; 69.
IIocquet. Causes et traitement du hocquet
des fiévreux ; III, 196. — Définition , cau-
ses, pronostic et cure du hocquet; III,
446.
Hommasses. Ce que c’est; II, 765.
Homme. Perfection du corps de l’homme;
15. — Supériorité de l’homme sur les ani-
maux; III, 763. — Pourquoi l’homme ne
présage pas les changements de temps
comme les animaux ; l’homme est le chef-
d’œuvre de Dieu ; III , 766. — Aptitude de
l’homme à imiter la voix de tous les ani-
maux ; III, 767, 768. — Empire qu’il exerce
sur eux ; III , 767. — Aptitude de l’homme
à apprendre toutesles langues; principales
facultés de son âme ; III, 768.
Homoeopathik. On retrouve son principe
dans Paracelse; Int., ccxvtn.
Honain. Est cité par Lanfranc; Int., xlvi. —
Traduction provençale de ses livres; Int.,
LX1V.
Honte. Ses effets; 78. — Théorie de la
honte ; II, 661.
Hordeolum. Description et traitement; II,
422.
Horreur. Ce que c’est ; III, 123.
Hôtel-Dieu. Esquisse historique de l’Hôtel-
Dieu; Int., ccxxxi. — Séjour d’A. Paré à
l’Hôtel-Dieu ; 10.
Huile. Huile de petits chiens ; II, 189. — ■
Huile d’œufs pour les brûlures; II, 206.
— Huiles répercussives; III, 535. — At-
tractives ; III, 536. — Résolutives ; III,
TABLE
836
638. — Suppuratives; III, 640. — Sar-
cotiques ; III, 544. — Anodines ; III, 549.
— Acceptions du mot huile ; huiles
faites par expression, par décoction,
par macération; 111,500. — Par insola-
tion, par résolution ; III, 501. — Utilité
des huiies; III, 602. — Extraction des huiles
par expression , par ébullition , par infu-
sion ; manières de faire l’huile de Laurin ,
l'huile d’œuf; III, 025. — Manière de
faire l’huile d’hy périon et l’huile de mastic;
111,620. — Distillation des huiles; III,
626, 627, 637. — Caractères et vertus des
huiles; 111,627. — Autre procédé pour ex-
traire les huiles des plantes aromatiques ;
III, 629. — Manières d’extraire l’huile des
bois, des résines et des gommes ; III, 63o,
631. — Huilede résine et de térébenthine;
111.630. — Huile de cire, huile de myrrhe,
111.631. — Manière de faire l’huile de vi-
triol ; III , 633.
Huîtres. Emploi des huîtres dans le traite-
ment du charbon; III, 440.
Hugues de Lucques. Premier chirurgien
que puisse citer avec honneur l’Europe
moderne ; Int., xxxi. — Injustement criti-
qué par Guy de Chauliac; Int., xxxii. —
Chef de l’école de Bologne (xm* siècle) ;
Int., xxxv.
Humeurs. Tempérament des humeurs ; im-
portance de la connaissance des humeurs;
39. — Définition ; 40 — La combinaison
des humeurs forme le sang; 41. — Na-
ture,consistance, couleur, saveur et usage
des humeurs; 42. — Quand et de quoi
elles se forment; 42, 43, 44. — Quand
elles se meuvent; 44. — Humeurs secondai-
res; humeurs contre nature; 45. — Deux
sortes de réplélions d’humeurs; 73. —
Humeurs contenues dans l’œil : humeur
aqueuse, 239. — Humeur cristalline; 240.
— Humeur vitrée ou albugineuse; 241.
— Sur l’humeur des jointures 11,118. —
Énumération des maladies des humeurs
de l’œil ; II, 4 1 8. — Variétés de la fièvre
humorale; 111,93. — Causesde la corrup-
tion des humeurs; 111,360. — Signes indi-
quant que la peste vient de la corruption
des humeurs ; III , 386. — La peste venant
de la corruptiondes humeurs est la moins
contagieuse ; III, 389.
Humidité. Propiiétés de l’humidité; II, 737.
— L’humidité est un élément de putréfac-
tion ; III, 103.
Humorale (fièvre); 111,92, 160.
Huspalim. Description de ce monstre; III, 784.
Hydatis. Ce que c’est; II, 416, 422.— Trai-
tement; II, 423.
Hydrocèle. Traitement de l’hydrocèle selon
Arculanus ; Int., ici. — Définition ; 341 ,
394, 404, 415; II, 796. — Exemple d’inci-
sion d’une hydrocèle ; 346. — Causes et
signes de l’hydrocèle ; 415. — Traitement;
416.
Hydrocéphale. Définition et causes de l’hy-
drocéphale; 376, 394; 11,679.— Signes et
traitement; 377.
Hydromanciens ; 111,60.
Hydrophobie j III, 306.
Hydropiiysocei.e. Ce que c’est; 404.
Hydropisie; 341.— Définition, espèces di-
verses, causes ; 394. — Symptômes, cu-
rabilité ; 395. — Traitement médical ; 396.
— Paracentèse; opinion des auteurs sur
celtcopération; 397. — Hydropisiede la ma-
trice ; II, 791. — Causes et traitement; II,
792.
Hyène. Son antipathie pour la panthère;
III, 761
Hygiène ;*2.
Hymen. Si cette membrane existe? 167. —
Sa rareté; II, 747, 74s. — Opinion des
auieurs; contradictions des matrones à ce
sujet ; II, 748. — Section de la membrane
hymen ; II, 74S, 750.
Hyoïde. Anatomie de l’os hyoïde; 250.
Hypéricon. Manière de faire l’huile d’hypé-
ricon ; III, 626.
Hyperopsie. Ce que c’est; II, 414.
Hypochondre. Causes diverses et remèdes de
la tension des hypochondres; III, 206.
Hypociiyma. Ce que c’est; II, 418.
Hypochysis. Ce que c’est; II, 419.
Hypoglottides ; III, 550.
Hypopion. Définition ; II, 418, 433. — Cau-
ses, traitement; II, 433. — Confondu par
beaucoup d’anciens auteurs avec la cata-
racte; II, 441. — Ponction des membranes
de l’œil dans les cas d’hypopion ; III, 525.
Hypospadias; II, 460,678.
Hyposphagma. Ce que c’est; 11,417.
Hystanes. Sa lettre à Hippocrate ; 111,641.
Hystérie; II, 751.
I
Ibis ; a donné l’idée des clystères ; 20 ; III ,
737.
Ichor. Ce que c’est ; II, 244, 248.
ICOLOPOM ACHOERION ; 390.
Ictère ; 83.
If. Ses propriétés vénéneuses, et remèdes ;
III, 339.
Iléon ; 139; II, 513.
Illusions. Exemples de plusieurs illusions
diaboliques ; III, 59.
Imagination, définition; 58; II, 65S. —
Exemples divers de maladies venant de
l’imagination ; 98. — Où réside la faculté
imaginative; 215; II, 659. — Puissance
de l’imagination ; II, 65S. — Monstres qui
se font par imagination ; III, 23.
Immobilité. Immobilité absolue , signe de
mortification parfaite; II, 220.
Imperforation de la verge et de l’anus ; II ,
461,678. — Des oreilles, du nez, delà
bouche ; II, 678. — Du col de la matrice;
II, 678, 750, 793.
Imposteurs. Des diverses espèces d’impos-
teurs; 101. — Devraient être chassés des
Etats; 103.
Imprimerie. Invention de l’imprimerie; Int.,
ex. — Son influence sur l’étude de la mé-
decine et de la chirurgie; Int., cti.
ANALYTIQUE.
837
Impuissance Impossibilité de constater ju-
diciairement l’impuissance ; III , 668. —
Voy. Stérilité.
Inanition ; 73.
Inappétence. Cause et remède de l’inappé-
tence chez les fiévreux ; III, 105.
Incarnatif. Collyre incarnatif pour les yeux ;
II , 78.
Inciseurs. Ce que c’était ; Int., cxlvi , clxix.
Incision. Précautions à prendre dans l'inci-
sion des abcès ; 334, 335, 336. — Incision
ou marque du crâne; II, 13. — Espèces
diverses; II, 17. — Traitement; II, 19.
— Emploi des incisions dans le traitement
de la gangrène; II , 218.
Incombustibilité ; III , 67. — La salamandre
n’est pas incombustible ; III, 318.
Incontinence. Cause de l’incontinence d’u-
rine des vieillards ; II , 498,
Incubes. Ce que c’est; III, 57. — Impossi-
bilité du commerce charnel attribué aux
incubes ; III , 5S. — Ce que c’est , suivant
les médecins ; causes de ce mal , III, 66.
— Traitement; III , 67.
Indications. Ce qu’entendent par ce mot les
chirurgiens ; trois espèces générales d’in-
dications ; 84. — Indications ré-ultant
du tempérament général ou partiel; 85.
— De l’âge, du sexe , de la saison, des cir-
constances, de l’état, delà manière de vivre;
86. — Des symptômes ; utilité de toutes
ces indications; 87. — Des indications
contraires; 89. — Indications de simili-
tude; 90. — Table des indications; 92.
Induration. Signes de l’induration des tu-
meurs; 323. — Terminaison ordinaire de
l’œdème ; 342.
Inflammation. Fièvre symptomatique ve-
nant d’infiaramation ; III , 177.
Influence de la joie sur la guérison de cer-
taines maladies; 98. — Des convulsions
sur le pronostic des plaies; 433. — Du
tempérament sur la production de la peste;
III, 388.
Ingrassias. Son Iatrapologia ; Int., cxcvi.
Injections pour les ulcères de la matrice ; II,
267. — Contre la chaudepisse; II, 563,
564. — Injection propre dans le traitement
des carnosités de la verge; II, 570. — Pour
cicatriser les ulcères de la verge après l’a-
blation des carnosités ; II, 576. — Pour les
suffocations de la matrice ; II, 759. — Pour
arrêter le flux menstruel excessif; II, 774.
— Contre les fleurs blanches; II, 778.
Innocent VI s’attache Guy de Chauliac;
Int., lxiv.
Innominé. Du cartilage innominé; 256.
Inondations ; III, 794.
Insectes. Présages de peste tirés de leur
abondance; 111 , 364. — Définition du
mot insecte ; III , 744.
Insensibilité. Insensibilité absolue signe de
mortification complète; II, 220. — In-
sensibilitésymptomaliquedela lèpre; III,
277.
Insessions. Ce que c’est ; ingrédients, usage,
administration; 111,695.
Insomnies résultant d’un trouble menstruel ;
II , 784. — Insomnies, diagnostic de fièvre ;
III, 81. — Remèdes contre l’insomnie; III,
187.
Inspiration. Ce que c’est; 187.
Instinct des animaux ; III, 736, 739, 740.
Instruments. Instruments tranchants en
usage aux xvc et xvie siècles ; 389. — Figure
d’un instrument propre à presser la dure-
mère ; II, 46. — Instruments propres à
extraire les balles et autres corps étran-
gers ; II, 147. — Instruments servant à
réduire les luxations; 11,355. — F’igure
d’instruments pour arracher les dents; II,
452. — Instruments propres à extraire la
pierre après l’incision de la verge ; II , 475.
— Figure d’un instrument propre à sup-
pléer à l’absence de la langue ; II , 609. —
Récapitulation des instruments de chirur-
gie mentionnés dans l’ouvrage; III, 639.
IntrmpÉrature ; 80.
Intermittentes (lièvres); 111,95, 100, 101,
104, 113, 114, 117, 138, 147, 153.
Intestins. Leur substance; 138. — Leur
quantité, figure, nombre; 139. — Leur
situation , leur connexion ; 140. — Leur
tempérament, action, utilité et longueur;
141. — Instruction pour ôter les intestins;
150. — Hargne intestinale; 404. — Pro-
nostic des plaies des intestins grêles; 433.
— Suture propre aux plaies des intestins ;
440. — Signes et pronostic des lésions de*
intestins; II, 105; III, 654. — Ponction
des intestins gonflés de gaz. Suture et ré-
duction des intestins; II, 107. — Ulcères
des intestins; II, 265. — Chute et réduc-
tion du gros intestin ; II, 794. — Exemple
de pierre engendrée dans les intestins ;
III, 32. — Des vers des intestins; III,
264. Voy. Boyaux.
Introduction. Objet et division de l’intro-
duction de cette édition; Int., xi. —
Première partie : Histoire de la chirurgie
en Occident du vi' au xvie siècle ; Int., xv.
— Deuxième partie : De la chirurgie pen-
dant la première moitié du xvie siècle;
Int., clxxii. — Troisième partie : Ambroise
Paré; Int., ccxxiv.
Iris. Description de l’iris ; 238.
Isaac. Est cité par Lanfranc ; Int., xlvi.
Ischurie. Garai tères et traitement de l’is—
churie ; III , 2o2.
Isciiias ; III , 209.
Italie. Origine des universités et des Ecoles
d’Italie ; Int., xxviil— Règlements relatifs
à l'enseignement de la médecine dans
cette contrée ; Int., xxx. — Déclin des uni-
versités italiennes ; Int., xlvii. — Ce que
dit Guy de Chauliac des chirurgiens ita-
liens; Int., lxvii. — Derniers chirurgiens
arabistes en Italie ; Int., lxxiii. — Etatde la
chirurgie en Italie au xvr siècle; Int.,
CCLXXXV.
Ivoire ; III, 786.
838
TABLE
J
Jacob. Sa traduction d’Abenzoar; Int., lx.
Jacopo de Bertinoro, prend à Bologne le titre
de maître dès 1(99; Int., xxix.
Jacques Ier, seigneur de Montpellier. Son
édit relatif à la Faculté; Int., xxx.
Jacques de Forli ; Int., lxxxvi.
Jalousie. Son inlluence sur la fièvre ; 111,85.
Jambe. Description générale de la jambe;
288. — Os de la jambe; 299. — Muscles
de la jambe-, 300. — Plaies des jambes;
II, 110. — Exemple d’amputation de la
jambe; II, 221. — Préceptes pour l’am-
putation de la jambe; II, 222.— Pronostic
des fractures des os des jambes; II. 299.
— Fractures de la jambe; II, 328.— Figure
d’une jambe rompue avec plaie; II, 332.
— Figures de jambes artificielles ; 11,619.
— Figure d’une jambe de bois pour les
pauvres; II, 620. — Moyen de remédier
au défaut d’une jambe trop courte; II,
621. — Figure d’un enfant ayant quatre
jambes, deux bras et deux tètes; III, 8.
— Figure d’Un monstre, ayant quatre
jambes et quatre bras; III, 12. — Figure
d’un cochon ayant huit jambes ; III, 13. —
Figure d’un monstre sans jambes ; III, 21.
— Simulation d’un ulcère à la jambe; III,
■47. — Douleur des jambes des fébrici-
tants; III, 186.
Jamerius, chirurgien du xni' siècle; Int.,
xxxv.
Jargon des mendiants ; III, 49.
Jarrets. Brûlures des jarrets ; II, 208.
Jaunisse. Causes, caractères et traitement de
la jaunisse , symptôme de fièvre ; III, 104.
— Simulation de la jaunisse ; III , 49. —
Amulette contre la jaunisse ; III , 64.
Jean. Son édit sur l’exercice de la chirurgie;
Int. , cxxvi.
Jean deCampanie. Sa traduction d’Abenzoar;
Int., lx.
Jean Dondi. Lettre que lui adresse Pétrarque;
Int. , xlviii.
Jean de Luxembourg. Détails sur ce roi de
Bohème; Int. , lxii.
Jean , fils de Mésué Est cité par Lanfranc ;
Int. , xlvi.
Jean de Parme, reçoit le premier, à Bologne,
des émoluments du trésor public en 1308 ;
Int., xxix.
Jean des Romains ; Int. , cvi.
Jean de Saint-Paul. Est cité par Lanfranc ;
Int. , xlvi; III, v.
Jean de Troves. Aperçu historique sur ce
chirurgien ; Int. , cxlii.
Jean (St.). Mal St -Jean ; II, 80. — Simula-
tion du mal St-Jean ; III , 52.
Jectigation. Causes et traitement de ce
symptôme des fièvres; III, 190.
Jéjunum; 139.
Jérôme de Brunswick. Son époque ; Int. ,
ccii. — Son livre; idée qu’en donnent
Haller et Sprengel ; Int. , ccm.
Jeunesse. Quel est le tempérament de cet
âge; 36.
Joie. Ses effets, 76. — Influence de la joie
sur la guérison de certaines maladies, 98.
— Théorie de la joie ; II , 661.
Jointures. Pronostic des plaies des jointures,
433 ; II , 117. — Traitement ; II , 117. —
Danger de trop serrer les jointures; II ,
293. — Pronostic des fractures des join-
tures; II, 299. — Dangers des fraciures
faites près des joinlures ; II , 326. — Gra-
vité des maladies des jointures ; III, 219.
— Remèdes pour fortifier les jointures des
goutteux; lit , 231 , 246. — Douleurs des
jointures faites d’intempéralure sans ma-
tière ; III, 245. — Des nœuds qui viennent
aux jointures des goutteux et de leur cu-
ration ; III, 247.
Jordan; Int. , cccxxxv.
Joubekt. Hommage par lui rendu à A. Paré;
Int., cclxxv. — Certificats de matrones
extraits de son traité des Erreurs popu-
laires ; III, 666.
Joue. Pronostic des plaies des joues , 433.—
Plaies des joues ; II, 82. — Danger de trop
serrer les plaies des joues; II, 292.
Journalière (Fièvre) ; III, 88.
Juifs. Brillent dans la culture de la méde-
cine ; Commencent à se répandre en Eu-
rope avant les croisades; Int., xi-x. —
Leur influence sur l’état de la médecine
en Allemagne au xv* siècle; Int., cc.
— Accusation portée contre eux lors de la
peste de 1348 ; III, 461. — Procédés d’em-
baumement des Juifs ; III, 476, 671.
Juleps pour le spasme ; 445. — Pour les pes-
tiférés; III , 401.
Jumeaux. Figures de deux filles jumelles
unies par les parties postérieures; III, 6.
— Figure de deux jumeaux n’ayant qu’une
seule tète; III, 9. — Figure de deux filles
jumelles unies par le front, et de deux
jumeaux, mâle et femelle , joints par les
parties inférieures; III, 10. — Figure de
deux tilles jointes par les parties anté-
rieures; III, 11. — Figure de deux ju-
meaux n’ayant qu’un seul sexe; III, 13. —
Figure de deux enfants jumeaux herma-
phrodites joints par le dos ; lit, 17.
Juridiction. Ce que c’était que le droit de
juridiction; Int., cxxxii.
Jus répercussils ; III, 534. — Résolutifs ; III,
538. — Agglutinatifs; III, 546.
Jusqu t ame. Ses propriétés vénéneuses , et
contre-poisons; III, 335.
L ^ .
Lacs. Diverses espèces de lacs ; II , 292.
Lacuna. Savant chirurgien espagnol; II, 574.
Ladres blancs ; III , 351.
La Fere. Voyage d’A. Paré à La Fére , après
la bataille de Saint-Quentin ; III . 721.
Lagopiithalmie, 82. — Définition, 82 ; II, 416,
421. — Causes et traitement, 75, 421. —
Pronostic , 421.
Laideur. Répugnance des enfants pour ce
qui est laid ; II , 687.
Lait. Emploi du lait de femme dans le
ANALYTIQUE.
traitement de l’ophthalmie ; II , 77. —
Dans celui des plaies de poitrine ; II|,
103. — Dans celui des fièvres hectiques ;
III ; 173. — Evacuation du lait des nou-
velles accouchées par la matrice; 11,502.
— Influence de la qualité du lait sur
la santé du nourrisson ; II , 685. — In-
fluence fâcheuse du coït sur le lait des
nourrices; II, 686. — Influence du lait
sur lecaractère du nourrisson; II, 686, 687.
— Qualités du lait d’une bonne nourrice;
II, 688. — Influence du sexe de l’enfant
sur la qualité du lait; II, 689. — Moyens
de détourner le lait; II , 709. — Il y a
des vierges et même des hommes qui ont
du lait; II , 771 ; III, 667. — Le lait des
nourrices médicamentées devient médi-
camenteux ; III , 259. — Influence de
l’alimentation sur les qualités du lait; III,
288, 455.
Lait virginal. Manière de distiller le lait
virginal ; III, 625.
Lame de myrte, 389.
Lamie. Description , mœurs , usage qu’on
fait de ses dents ; III , 777.
Lamproie. Sollicitude de la lamproie pour
ses petits; III , 749.— Educabilité des lam-
proies ; III , 750.
Lancette. Description et figure de la lan-
cette à jeton et à anneau, 333, 334, 338. —
Figure d’une lancette courbée pour les am-
putations ; II , 223. — Figure d'une lancette
pour faire les saignées ; II, 522. — Figure
d’une lancette propre à faire des scarifi-
cations; II , 523.
Landré. Son opinion sur la corne de licorne;
III, 507.
Landrecies. Voyage d’A.Paré à Landrecies ;
III , 695.
Lanfranc. Véritable créateur de la chirurgie
en France; ses rapports avec Guillaume
de Saticet; Int. , xliv. — Son exil; vient à
Lyon, puis à Paris ; écrit sa Petite et sa
j Grande Chirurgie ; Int., xlv. — Ses em-
prunts, son érudition ; la chirurgie dé-
cline entre ses mains; Int., xlvi. — Dote
la Faculté de Paris d’un large enseigne-
ment chirurgical ; Int. , lix. — Moyens
indiqués par lui pour allonger le mame-
lon ; II , 693.
Langage. Nécessité d'un langage universel ;
III, 759.
Lange. Ce qu’il dit de l’état de la chirurgie
allemande ; Int., cxcviii. — Ce qu’il dit
des chirurgiens de son siècle ; Int,, cxcix.
— Détails biographiques ; ce qu’il a écrit
sur les plaies d’armes à feu ; Int., cclv. —
Histoire de sorcellerie rapportée par lui ;
III , 60.
Langue. Anatomie de la langue , 252. —
Traitement des plaies de la langue; II,
88. — Ulcères de la langue ; II , 262. —
Causes naturelles et accidentelles de la
rétraction de la langue, opération ; II ,
455. — Moyen de suppléer à l’absence de
la langue ; II , 608. — Exemple de pierre
engendrée sous la langue ; III, 32. — Cau-
839
ses de la sécheresse, noirceur et âpreté de
la langue des fiévreux , remède contre ces
accidents; III, 205. — Etat de la langue
chez les lépreux; III , 276.
Languette , 257.
Lapins. Ont appris aux hommes à faire des
mines ; III , 752.
La Rivière (Etienne de). Son procès avec
Charles Etienne; son livre; Int. , ccxli,
Larrey (M.). Dernier défenseur des fanons en
France ; II , 290.
Larynx. Sa part dans la formation de la voix,
186. — Anatomie du larynx, 255.
Lassus. Ses recherches pour découvrir les
descendants d’Ambroise Paré; III, xi.
Laurin. Manière de faire l’huile de laurin ;
III , 625.
Lavauguyon. Son silence sur les fanons ; II ,
289.
Lazare de Padoue. Brunus lui dédie l’Abrégé
de sa chirurgie ; Int. , xxxvi.
Lefèvre (François). Sa traduction des livres
d Hippocrate; Int., cclxv.
Lenticulaire. Figure d’un instrument len-
ticulaire pour aplanir les aspérités des os
du crâne ; II , 58.
Lenticules. Ce que c’est; III, 423.
Leonina, 82; III, 275. Voyez Lèpre.
Lepaulmier. Son livre sur les plaies d’armes
à feu ; son pamphlet contre A. Paré ; Int.,
CCLXXVI.
Lèpre. 320. — Simulation de la lèpre ; III ,
47. — Nom donné à la lèpre par les anciens,
définition tirée des auteurs ; III ,271. —
Causes et contagiosité de la lèpre; III,
272. — Signes des prédispositions et des
différentes périodes; III, 274 à 278. —
Pronostic; III, 279. — Nécessité de séques-
trer les lépreux; 111,280. — Traitement pré-
ventif; 111,281.— Lèpre des Grecs; 111,282.
— Rapports sur des cas de lèpre ; III , 669.
Léthargie. Maladie propre du cerveau , 212.
Leucoma. Ce que c’est; II , 419.
Leucopiilegmatie. Ce que c'est, 394. Voyez
Pâles couleurs.
Lèvres. Muscles des lèvres , 244. — Suture
propre aux plaies des lèvres, 440 ; II , 84.
— Brûlures des lèvres , II , 208. — Dan-
ger de trop serrer les plaies des lèvres; II,
292, — Moyen de dissimuler l’ablation des
lèvres ; II , 6i0. — Etat des lèvres chez
les lépreux ; III , 276.
Lézard. Remède contre la morsure du lé-
zard; 11,205. — Amilié du lézard vert
pour l’homme ; III , 760.
Liberté de l’enseignement médical jusqu’au
xin* siècle ; Int. xxix. — Influence de la
liberté sur les progrès de la chirurgie en
Allemagne ; Int. ccn.
Libraires. On commence à en trouver dans
certaines grandes universités au xih* siè-
cle ; Int. xl 1 1 1 .
Licencié. Ce que c’était que ce grade ; Int.
CXXX1I.
Lichen ; II , 533.
Licorne. Origine du discours sur la licorne ;
Opinions diverses sur l’existence, le pays,
TABLE
84o
la figure et les mœursde cet animal ; 111 ,
470 , et 49:! à 497. — Fausseté des vertus
attribuées à la corne de licorne ; III , 471,
472. — Prix énorme de celte, corne ; III ,
47) , 506. — Doutes sur l’existence de
la licorne; III, 492. — Opinions dif-
férentes des auteurs sur la forme et la
eouleur de la corne de licorne ; III, 493 ,
494 , 495 , 496 , 497. — Vertus attribuées
à la corne de licorne ; III , 494 , 495 , 498.
— Contradictions des auteurs sur le natu-
rel de la licorne; 111 , 498. — Lieux où
l’on garde des cornes de licorne ; III , 499.
— Preuves de la fausseté des vertus attri-
buées à la corne de licorne, résultant
d’expériences ; III , 505. — Preuves tirées
des écrits des anciens et des modernes;
III , 507. — Preuves tirées du raisonne-
f ment ; III , 509.
Lic.t ; II. Voyez Arrière-faix.
Liège. Propriétés des eaux de Liège; III, 598.
Liens. Diverses espèces de liens ; II , 292.
Lienterie. Causes et symptômes du flux
lientérique ; III , 449.
Lierre. Par qui a été enseignée son utilité;
19.
Lièvre. Effets du venin du lièvre marin ,
et remèdes; III, 3.33. — Sollicitude du
lièvre pour ses petits; III, 745. — Son
antipathie pour le chien ; III , 760.
Ligaments. Constitution des ligaments , 34.
— Définition ; 127, 261. — Diverses ac-
ceptions du mot ; 261. — Plaies des liga-
ments ; II, 120. — Signes de l’extension
des ligaments ; II , 351.
Ligatures. Précautions préalables; cas' où
il faut y recourir ; 436. — Trois sortes de
ligatures: glutinalive ou incarnative , ex-
pulsive , retentrice; 437. — Ligature des
artères; II, 8. — Ligature des plaies
envenimées; II 192. — Fortes ligatures,
causes de gangrène ; II , 212. — Signes de
cette gangrène; II, 216. — Application
de la ligature aux vaisseaux ouverts dans
les amputations ; 441 ; II, 224, 226. — Uti-
lité des ligatures dans les amputations ;
II, 222, 285, 286. — Ligature des dents; II,
307. — Ligatures pour les luxations; II,
356. — Pour les luxations de l’épaule ; II,
370. — Ligature prescrite par Marianus
pour l’opération de la taille; II , 479. —
Ligature du cordon ombilical ; II , 677. —
Ligature magique; II, 733. — Ligature
des verrues de la matrice; II , 788. — Fi-
gure d’un instrument propre à la faire ;
11,789. — Autorités en faveur de la bonté
de la ligature des veines et artères ; III ,
678. — Raisonnements ; III , 680. — Ex-
périences ; III , 681 .
Ligne blanche; 133. — Premières notions des
hernies de la ligne blanche; III, v.
Limaçons. Leur emploi dans le traitement
des hernies ; 407. — Emploi de l'écume
de limaçons dans la réduction du gros
boyau culier; 419. — Utilité des lima-
çons dans le traitement de la fièvre hec-
tique; III , 176. — Dans celui de la goutta ;
III ; 242. — Dans celui des charbons ; III,
440. — Limaçon de la mer Sarmalique ;
111 , 774.
Limes. Figures de limes à limer les dents ;
II , 450.
Liniments pour le phlegmon , 330. — Pour
l’érysipèle ; 339. — Pour les tumeurs
aqueuses et venteuses; 345. — Pour les
écrouelles ; 354. — Pour les chancres ,
366, 367. — Pour les tumeurs de l’oreille,
380. — Pour l’hvdropisie ; 396. — Pour le
spasme ; 445. — Pour les paralysies ; 448 ,
449. — Pour les plaies de la tête ; II , 45.
— Pour les plaies par harquebuses ; II,
156. — Pour les grandes contusions; II ,
196 ; III , 485. — Pour les plaies résultant
d’amputation ; II, 231,234. — Pour amol-
lir le cal difforme ; II , 345.— Pour les co-
liques venteuses; II, 517. — Liniment
mercuriel de Vigo ; II, 542. — Liniment
pour les carnosilés de la verge ; II , 567.
— Pour les dartres ; II, 598. — Pour faci-
liter l’accouchement ; II , 675. — Pour dé-
tourner le lait des mamelles ; II, 709. —
Pour la goutle de matière chaude; III ,
239, 240. — Contre la goutte provenant
d’humeur cholérique ; III , 241 . — Contre
les ventosités qui accompagnent les dou-
leurs arthritiques ; III , 249. — Pour effa-
cer les cicatrices de la petite-vérole ; III ,
263. — Pour détruire les cïrojùs , poux et
morpions ; III, 271. — Liniment résolutif
des bubons pestilentiels ; III, 427. — Li-
niment escarolique ; III, 433. — Liniment
pour effacer les cicatrices ; III, 443. — Dé-
finition des liniments, usage, qualités
diverses, ingrédients; formules de lini-
mcnls échauffant, atténuant et digérant ;
humectant et rémollitif ; III , 562. — Par-
ties où ils s'appliquent; III, 563. — Lini-
ment pour tenir le teint frais ; III , 604.
Linotte. Son antipathiepourleBruant; III,
761.
Lion. Lion engendré d’une brebis; III, 45. —
Crainte que la licorne inspire au lion ; III,
498. — Jalousie du lion ; III, 746. — Soin
qu’il prend de ses griffes ; III, 751.— Effroi
que lui inspire le coq ; III , 751, 752, 760.
— Lion marin couvert d écailles ; lion ma-
rin ayant figure humaine ; III , 771.
Lippitude. Définition, pronostic et traite-
ment de cette maladie; II, 425.
Lipothymie. Cause de la lipothymie des fié-
vreux ; III , 199. — Traitement ; III , 200.
Liqueur pour préserver des rides le ventre
des nouvelles accouchées ; Il , 708.
Lisfranc nu.). Son interprétation de la doc-
trine d’A. Paré sur les anévrismes; 372.
Litiiarge. Son action sur l’économie hu-
maine , et contre-poison ; III , 342.
Litiiiasis. Ce. que c’est; II, 416.
Lithotome. Figure d’un litholome à tran-
chant concave ; II , 188.
Litiiotritie. Premier exemple de la litho—
trilie pratiquée avec succès; Int., extv. —
Mentionnée par Benedetti; Int., exevi;
II, 477.
ANALYTIQUE. 8/il
Livre. Mesure employée en pharmacie; III,
Livres. Leur rarelé et leur cherté au xur siè-
cle; Int. , xliii. — Défende que fait l’uni—
ver.'iléde Bologne d’en emporter hors de
la ville ; lui., xliv, xlvii.
Lois. Privilèges qu’assuraient aux médecins
celles des Visigoths; pénalité qu’elles leur
infligeaient; Int., xvii. — Ohligut:ons
qu’elles imposent aux hermaphrodites; III,
IG.
Lombards. Dispositions de leur code re ati-
ves aux médecins; Int , xvii.
Lombes. Nerfs des lombes; 292. — Pronostic
des luxations des vertèbres des lombes ;
II , 305.
Lonc. Du muscle long; 264.
Lotions pour la gangrène ; II , 219. — Pour
les plaies cautérisées; II, 235.
Loue. Espèce de chancre; 304. — OF.il de
loup ; II , 419. — Espèce d'araignée ; lit ,
320. — Antipathie du loup pour l’homme;
III , 700. — Les loups ont appris aux hom-
mes à faire des embuscades ; 111 , 752.
Loup-garou ; 82.
Loupes. Ce que c’est; 341, 349. — Causes,
signes, résolution, incision, extirpation;
350.— Exemples d’opéra lions ; 35 1 . — His-
toire d’une loupe remplie de poils ; III, 41.
Luette. Description de la luette; 255.
Lumière. Horreur des hydrophobes pour la
lumière ; III , 307.
Lune. Influence de la lune sur la menstrua-
tion ; II, 762. — Sur la production de la
peste; III, 367. — Sur l’économie ani-
male en général ; III , 390. — Présages des
changements atmosphériques ti rés de l’as-
pect de la lune ; III, 739.
Luxations. Leur traitement en Allemagne au
xv' siècle; Int., cci. — Causes de gan-
grène; II, 212. — Signes de cette gan-
grène ; II, 216. — Des bandages des luxa-
tions ; H, 280. — Comment doivent être
faits les bandages des luxations ; II , 281.
— Procédé de réduction des luxations ; II,
301. — Définition du mot luxation; diver-
ses espèces de luxations ; II , 348. — Dif-
férence des luxations; causes internes et
externes ; II , 349. — Causes héréditaires ;
II , 350. — Signes généraux des luxations ;
pronostic ; les luxations sont plus fréquen-
tes chez les hommes maigres que chez les
hommes gras; II, 351. — Traitement des
luxations accompagnées de fracture et de
plaie ; cure générale ; II , 353. — 1", 2e, 3'
et 4' intentions; II, 354. — 5' intention,
traitement particulier des luxations invé-
térées; II, 355. — Luxations de la mâchoire
inférieure ; II , 357. — De l’os claviculaire
ou jugulaire ; variétés ; réduction ; II, 359.
— Difficulté de reconnaître cette luxation ;
luxations de l’épine dorsale; II, 360.—
De la tète avec la première vertèbre du
col ; luxation des autres vertèbres du col ;
Il , 361. — Des vertèbres du dos; II, 362. —
De l’épine dorsale ; II , 363. — Des vertè-
bres résultant de cause interne; II, 364.
— Pronostic de ces luxations; II , 365. —
Luxations du coccyx ; II , 366. — Des cô-
tes; II, 367. — De l’épaule,- II, 368. — Ma-
nières de les réduire ; II , 369 à 379. — Du
coude; de combien de manières le coude
peut se luxer; rareté de ces luxations ;
pronostic; diflicullé de leur réduction;
II , 380. — Causes et symptômes des luxa-
tions du coude; II, 381 — Manière de
réduire les diverses luxations du coude ; II,
382, 383, 384. — Luxations de l’apophyse
styloïde ; 11 , 384. — Luxation isolée du
radius; il, 385. — Luxation du poignet;
Il , 385. — Des os du carpe, du métacarpe
et des doigts ; II , 386. — De la hanche :
de combien de manières elles se font; ne
peuvent être incomplètes ; symptômes des
luxations en dedans ; pronostic général ;
II , 3S7. — Pronostic de chacune des luxa-
tions de la hanche en particulier; II,
389. — Signes des luxations de la hanche
en dehors et en dedans ; II , 390. — Idem,
de la même luxation faite en arrière ; II ,
391. — Principes généraux de réduction ;
II, 392. — Manière de réduire les luxa-
tions de la cuisse faites en dedans,- II,
393, 394, 395. — Idem, celles qui sont
faites en devant et en arrière; 11,396.
— Luxations diverses de la rotule ;
II, 396. — Béduction de ces luxations;
II , 397. — Causes et signes des luxa-
tions du genou ; réduction de celle faite
en arrière ; II, 397. — Idem, de la luxa-
tion faite en devant; II, 398. — Luxa-
tion et disjonction du péroné ; II, 398. —
Luxation du grand focile ; II , 399. — Du
talon ; II , 399. — Des os du tarse, du pe-
diurn , de la plante du pied , des orteils ,
de l’os astragale; complications et acci-
dents qui peuvent survenir à la partie
luxée ; II, 401. — Les luxations intérieures
des vertèbres lombaires peuvent causer
des rétentions d’urine; II, 504. Voyez aux
Observations.
Lycosthènes. Emprunts que lui a faits
A. Paré ; III , 2.
Lypirie ; III , 80, 143 , 146.
M
Macer, écrivain du ix* ou x' siècle; Int.,
xxi.
Machaon. Considéré par les anciens comme
inventeur de la chirurgie , 18.
Mâchoire. Muscles de la mâchoire inférieure,
245. — Fracture de la mâchoire inférieure,
réduction ; II, 307. — Luxations de la mâ-
choire inférieure , signes et pronostic; II,
357. — Manière de réduire la mâchoire
luxée en la partie antérieure des deux
côtes; II, 358. — Manière de réduire la
mâchoire luxée d’un seul côté ; II, 359.
Madarosis. Ce que c’est; II, 416.
Maggi. Ses discussions et son livre sur les
plaies d’armes à feu ; Int., cclii.
Magie. Différents genres de magie ; III. 60.
TABLE
842
Magistrats. Devoirs des magistrats de po-
lice en temps de peste; lit , 377,
Maigreur. Symptomatique de la lèpre ; III ,
277.
Maille. Ce que c’est; II, 4 1 S.
Maillet. Figure d’un maillet de plomb pour
aplanir les aspérités des os ; II, IG. — Fi-
gure d’un maillet pour couper les os; II ,
585.
Maillot. Danger de trop serrer le maillot
d’un enfant; II, 293.
Main. Description de la main en général ,
2G9. — Muscles internes de la main; 287.
— Fractures de la main ; II, 320. — Figu-
res de mains artificielles; II, CIG, 617,
G18. — Figure d’un dresse-main ; Il , 618.
— Verrues des mains ; II, 789. — La main
est le plus noble de tous les instruments ;
III, 7G5.
Main (Mal St-). Simulation du mal St-Main ;
NI, 63. — Description et traitement; III,
282, 348.
Maître. Ce que c’était que le grade de maî-
tre ; Int. , cxxxii. — Droits et devoirs des
maîtres ; Int., cxxxm.
Maîtres (Quatre). Chirurgiens du xni' siè-
cle ; Int. , xxxv.
Maîtrise. Letire de maîtrise ; Int., cclxi.
Mal de la mère; II, 761.
Mal français ; Int., cxv.
Mal St-Fiacre ; II , 78G , 787. — Traitement ;
II , 788. — Simulation du mal St-Fiacre ;
III, 61.
Mal St-Jean; II, 80. — Simulation du mal
St-Jean ; III, 62.
Mal St-Main. Ce que c’est; 48. — Simula-
tion du mal St-Main ; III , 63. — Descrip-
tion et traitement ; III , 282 , 348.
Mal St-Vitus ; 62.
Malacia. Voyez Appétit dépravé.
Maladies. Causes internes et externes des
maladies; trois sortes principales de ma-
ladies; 80. — Des symptômes des mala-
dies; 81. — Maladies qui ont emprunté
leur nom à des animaux; 82. — De l'ordre
à suivre dans le traitement des maladies
compliquées; 89. — Table méthodique pour
connaître les maladies par les cinq sens ;
93. — Maladies qui peuvent être guéries
par une grande peur ou une grande joie;
97. — Exemples divers de maladies venant
de l’imagination ; 98. — Maladies qui peu-
vent affecter la matrice et le col de la ma-
trice; 1G9. — Cause des maladies hérédi-
taires; II, 638. — Influence de certaines
maladies sur la menstruation; II, 7G4. —
Influence des maladies héréditaires sur la
génération des monstres; 111,27. — Mala-
dies simulées par les mendiants ; III , 46.
Male. Qualités de la semence dont sont en-
gendrés les mâles ; II, G37. — Signes indi-
quant qu’une femme est grosse d'un enfant
mâle ; II, 663.
Malignes (Fièvres); III, 180.
Malpropreté. Influence de la malpropreté
sur le développement de la peste ; III ,
390.
Mamelles. Connexion de la matrice et des
mamelles; 131, 178. — Description anato-
mique des mamelles ; 178. — Gonflement
des mamelles, symptôme de grossesse; II,
642. — Fissures des mamelles ; II , 692. —
Diminution subite des mamelles, pronos-
tic d'avortement; 11,715. — Simulation
d’un chancre à la mamelle; III, 46. —
Dangers du traitement prescrit par Paul
d’Egine et Albucasis contre le gonflement
des mamelles; III, 685.
Mamelon. Description du mamelon , 179. —
Premier lieu où se manifeste le virus vé-
nérien ; II , 529. — Moyens pour prévenir
les gerçures du mamelon ; II, 693. — Moyens
pour allonger le mamelon ; II , 694. — Ce
qu’il faut faire au mamelon de la nouvelle
accouchée; II, 709.
Manardi de Ferrare ; Int. , cxcvi. — Son
opinion sur les dragonneaux ; 426.
Mandragore. Ses propriétés; III, 336. — Son
contre-poison; III, 337.
Manivelle. Figure d’une manivelle pour ré-
duire les luxations; III, 357.
Manubiuolum; 390.
Manuscrits. Piecherche des manuscrits grecs
et latins au XV siècle; Int., cvm.
Marais-. Action des vapeurs qui s’élèvent des
marais sur les qualités de l’air; III , 357.
— Qualités de l’eau des marais; III,
403.
Marcellus de Bordeaux. Ses ouvrages suivis
par les médecins au vie siècle ; Int. ,
xviii.
Marcellus Cumanus. Son époque ; ses an-
notations sur le livre de Pierre d’Argelata;
Int., lxxxiv. — Idée générale de ces notes;
Int., lxxxv.
Marconville (Jean de). Histoire de sorcelle-
rie rapportée par lui ; III, 60.
Marcus Gatenaria. Son époque; Int., xcvi.
— Réputation et idée de son livre; Int.,
xcvn. — Invente la seringue; Int., xcix.
Voyez Galcnaria.
Marianus Sanctus. Inventeur du grand ap-
pareil; Int., cvi. -- Son Compendium in
chirurgiA; Int., clxxxi. — Détails biogra-
phiques; Int., clxxxix. — Ses ouvrages;
Int., cxc. — Leur valeur; Int., cxci. —
Analyse rapide de son Libellas aureus ; II,
478. — Sa manière de procéder à l’extrac-
tion de la pierre; II, 479 à 488. — Traite-
ment consécutif prescrit par lui; II, 492,
493. — Son opinion sur l'usage de l’eau
comme boisson; II, 493. — Ce qu’il dit
des rétrécissements de l’urètre; II, 571.
Marin (André). Son opinion sur la licorne;
III, 492.
Marolles. Voyage d’Ambroise Paré à Ma-
rolles; III, 692.
Marque. Fracture la plus ordinaire des os
de la main ; II , 320.
Marsouins. Les marsouins sautant présa-
gent la pluie ; III , 738.
Masque. Figure d’un masque propre à cor-
riger le strabisme; II, 605.
Massa de Venise. Ses ouvrages; Int.,cxcvi.
ANALYTIQUE.
8/43
Mastic. Manière de faire l’huile de Mastic:
III, 62S.
Masticatoires pour les ulcères des oreilles ;
II. 263. — Préservatifs de la peste; III,
360. — Ce que c’est; quatre espèces diffé-
rentes; III, 588. — Ingrédients, usage,
modèles; III , 580.
Mastoïde. Du muscle mastoïde; 263.
Matrice. Extraction des corps étrangers de
la matrice; 28. — Connexion de la ma-
trice et des mamelles; 131, 178. —Sub-
stance, qualité, figure, composition de
la matrice; 164. — Nombre, division,
situation, connexion, action, utilité et
tempérament de la matrice; 165.— Face
intérieure, substance, dimension du col
de la matrice; 166. — Dilatabilité , fi-
gure , composition , connexion de la
membrane hymen; 167. — Anatomie de
la partie honteuse; 168. — Maladies qui
peuvent affecter la matrice et le col de
la matrice; 160. — Des chancres de la
matrice; 368. — Signes et pronostics des
lésions de la matrice; II, 105; III, 655.
— Traitement; II, 100. Ulcères de
la matrice; II, 266. — Évacuation du
lait des nouvelles accouchées par la ma-
trice; II, 502. — Ses fonctions dans le
coït; II, 636. — Dilatation de la matrice
au moment de l’enfantement; II , 672. —
Imperforalion du col de la matrice; II,
678, 750. — Influence de l’habitude de la
matrice sur la difficulté de l’accouche-
ment; II, 712. — Figures d’une matrice
entière et d’une matrice ouverte, avec la
môle y contenue; II, 726. — Influence de
la température de la matrice sur la fécon-
dité des femmes; II, 734. — Signes de la
matrice intempérée; II, 737. — Causes de
la précipitation ou perversion de la ma-
trice; II, 730. — Signes, pronostic, trai-
tement; II, 740. — Autres procédés de
réduction ; Il , 741 , 744. • — Extirpation de
la matrice; II , 744. — Pronostic et exem-
ples de cette opération ; II , 745. — Exem-
ples de chute complète de la matrice; II,
747. — Suffocation delà matrice; défini-
tion, causes, signes; II, 751, 753. —
Théorie; II, 752, 753. — Pronostic ; II,
753. — Symptômes précurseurs des suffo-
cations de la matrice; II, 753. — Signes
auxquels on peut reconnaître qu’une
femme est morte ou non par une suffo-
cation de matrice; II, 754.— Variétés
des suffocations de la matrice ; II , 755. —
Signes auxquels on peut reconnaître que
la suffocation vient de la semence retenue;
traitement de cette maladie; II, 756. —
Des verrues qui viennent au col de la
matrice; II, 786, 787. — Variétés, pro-
nostic, traitement ; II, 7S7. — Figure de
divers spéculums de la matrice; II, 788.
— Rhagadies , condylomes et prurit de la
matrice ; II , 700. — Ilydropisie de la ma-
trice; II, 701. — Causes et traitement de
cette hydropisie ; causes et traitement de
la paralysie et de l’inflation de la ma-
trice; II, 792. — Signes et traitement des
pierres de la matrice; imperforation et
dilatation du col de la matrice; II, 793.
— Traitement de cette dernière ; II ,
794. — Horreur de la matrice pour les
mauvaises odeurs et son goût pour les
bonnes; II , 758. — Diagnostic et pronos-
tic des maladies de la matrice; II, 777. —
Hémorrhoïdes qui naissent au col de la
matrice; II, 785. — Causes, symptômes
et traitement; II, 786. — Il est faux qu’il
y ait plusieurs cellules dans la matrice de
la femme; III, 14, 15. — Monstruosités
résultant de l’étroitesse de la matrice; III ,
25. — Exemple de pierre engendrée dans
la matrice; III , 32. — Animaux qui s’en-
gendrent dans la matrice ; III , 35. — Ex-
plication de ce phénomène; III, 36.—
Effets de la suffocation de matrice; III,
40. — Simulation d’une chute de la ma-
trice ; III , 51.
Matrones. Certificats de matrones extraits
de Joubert; III, 666.
Matthieu de GRADi.Son époque; Int., xctv.
— Son testament ; ses commentaires sur
Avicenne et Iihasès ; Int., xcv.
Maurus (Maître). Son opuscule sur la sai-
gnée; Int., xxvi, xxxn. — Est cité par
Lanfranc; Int. ,xlvi; III, vi.
Médecin. Salaire que lui accordaient les lois
des Wisigoths pour l’instruction d’un
élève; Int., xvn. — Ne pouvait, aux
termes de ces lois , être mis en prison sans
avoir été entendu , sauf le cas d’homicide ;
Int., xvii. — Était au vi° siècle confondu
avec les chirurgiens; Int., xvu. — • Ne
devait point, sous peine d’amende, soi-
gner une femme de condition libre sans
témoins ; Int., xvu. — N’avait droit à au-
cun salaire en cas de mort de son malade;
Int., xviii. — Ce qu’il recevait pour l’opé-
ration de la cataracte ; Int., xviii. — Sa-
laire des médecins en ltalieau xnr siècle ;
Int., xxxi. — Médecins du xve siècle qui
ont aidé aux progrès de la chirurgie ;
Int., lxxxvi. — Réponse d’Ambroise Paré
aux chicanes des médecins ; 12. — Respect
des anciens pour les médecins; 20. —
Nécessité pour le médecin de connaître
l’anatomie; 106. — Comment doivent être
choisis les médecins chargés de soigner les
pestiférés ; III , 378.
Médecine. Par qui elle était exercée au vi*
siècle ; Int., xvm. — Règlements relatifs à
son enseignement en Italie ; Int., xxx. —
Déclin de l’étude de la médecine en Italie
au xivc siècle ; Int., xlvii. — La médecine
est seule étudiée sérieusement à Montpellier
jusqu’au xive siècle ; Int. tvm. 1 — Manière
dont on enseignait la médecine au moyen
âge; Int.'Lxxxvi. — Rapports de la médecine
et de la chirurgie; 10 , 12, 24. — Origine
céleste delà médecine ; 1 7. — Ses progrès ;
18. — Noblesse de cet art ; 20. — Division
delà médecine en trois parties; 22. — Uti-
lité des connaissances médicales pour la
chirurgie ; III, 71.
TABLE
844
Mkdiastin. Description anatomique du mé-
diastin ; 183.
Médicaments. Leur invention attribuée à
Apollon; repoussés par Asclépiades ; 23.
— Tempérament des médicaments ; 39. —
Définition; distinction entre médicament
et aliment ; lit , 520. — Division des mé-
dicaments selon leur substance; lit, 52t.
— Division des médicaments simples sui-
vant leurs qualités et effets; III, 522. —
Médicaments tensifs, atténuants, emplas-
tiques, rémollitifs, laxatifs , raréfactifs ,
condensalifs ; III, 527. — Répercussifs; III,
527, 534.— Attractifs; 111,527, 53G.— Déter-
sifs; III, 527, 542. — Seconde et troisième
faculté des médicamen's; III, 527.— Médi-
caments simples, chauds au premier, deu-
xième et troisième degrés; III, 524. —
Idem au quatrième degré ; simples froids
au premier, deuxième, troisième, qua-
trième degrés; simples humides au pre-
mier degré; III, 525. - Idem au deuxième
degré ; simples secs au premier, deuxième,
troisième et quatrième degrés; III , 526.
— Quatrième faculté des médicaments :
céphaliques, pulmoniques, cordiaux, sto-
machiques, hépatiques, spléniques , né-
phrétiques , arthritiques; III , 528. — De
la connaissance et de l’appréciation des
médicaments ; III, 529. — De la prépara-
tion des médicaments; III, 533. — Mé-
dicaments anodins; III, 547. — Résolutifs;
III, 537.— Suppuratifs; 111,539. — Emol-
lients ; III, 540. — Sarcotiques ; III , 543.
— Epulotiques; III , 544. — Agglulinatifs ;
III, 545. — Caustiques; III , 546. — Des
médicaments composés et de leur usage;
III, 550. — Manière d’écrire les prescrip-
tions; III , 551. — Desclystères ; III , 552.
Suppositoires; III, 558.— Nouets et pes-
saires; III, 559. — Huiles; III, 560.—
Liniments ; III, 562. — Onguents; III ,
563. — Ceroüennes et emplâtres; III, 568.
— Cataplasmes; III, 575. — Pultes ,
fomentations ; III , 576. — Embroca-
tions; 111,577. — Ruptoires ou cautères
potentiels ; III, 579. — Vésicatoires ; III ,
584. — Collyres; III, 585. — Errhines et
sternutatoires; III , 586. — Masticatoires;
III, 588. — Gargarismes ; III, 590. — Den-
tifrices; III, 591. — Sachets; III, 592. —
— Suft'umigations et parfums; III, 593.
Demi-bains , bains; III, 595. — Etuves ;
111,601. — Fards; III, 603. — Remèdes
contre la goutte rose; III, 606. — Eaux
pour teindre le poil ; III, 610. — Dépila-
toires ; III, 612. — Récapitulation des mé-
dicaments composés et alimentaires ; III,
636. — Des médicaments électuaires et
emplastiques; III, 637.
Médicée; 22.
Mélancholie. Nature, consistance, couleur,
saveur, usage de l'humeurmélancholique;
42. — Quand et de quoi elle se fait ; ses
effets ; quand elle entre en mouvement;
44. — Caractères de l’homme mélancho-
lique; 47.— Ce qui peut rendre mélancho-
lique; 49. — Sur l'humeur mélancholi-
que; II, 662. — Signes indiquant que
l’humeur mélancholique accompagne le
virus arthritique; III, 219. — Aversions
des mélancnoliques; III , 307.
Melcjiisedek; Int. xxvi.
Mélicéride. Caractères particuliers du mé-
licéride; 341, 346. — Mélicérides des pau-
pières ; II , 416.
Melon. Ce que c’est; II, 418.
Membrane. Définition de ce mot; 119. —
Sympathie de la dure-mère et des autres
membranes; 205. — Membranes du nez;
243. — Enumération des maladies des
membranes de l’œil ; II, 417. — Sur la
membrane hymen; II, 747.
Mémoire. Définition; 58; 11,660. — Ses
opérations ; 93 ; II , 660. — Influence de la
température du cerveau sur la mémoire;
2 1 3. — Où réside la mémoire ; 219 ; II ,
660.
Mendiants. Maladies simulées par 1rs men-
diants ; III , 46. — Leurs mœurs et usages ;
leur jargon ; III, 49.
Menstrues. Influence de la menstruation
sur la grandeur de la matrice ; 164. — Par
où s’écoule le sang menstruel ; 166; II,
766. — Les menstrues retenues peuvent
être évacuées par l'urine; II, 499. — Sup-
pression des menstrues, symptôme de
grossesse; II , 643. — Les menstrues sont
supprimées aux femmes qui ont des mô-
les ; II , 724. — Leurs qualités indiquent
la température de la matrice ; 11,737. —
Leur rétention cause la suffocation de la
matrice; 11,751, 753. — Théorie de la mens-
truation ; II, 761. — Si une femme non
réglée peut concevoir : influence du tem-
pérament et de la lune sur la menstruation;
762. — Pourquoi la nature a voulu que les
femmes eussent des menstrues ; causes des
menstrues; II, 763. — Causes de la sup-
pression des menstrues ; II , 764. ■ — Symp-
tômes indiquant que les menstrues sont
retenues et accidents qui résultent de cette
suppression ; symptômes de la prochaine
venue des menstrues; II, 765. — Symptô-
mes des menstrues retenues ; II, 766. —
Moyens pour provoquer le flux menstruel;
II, 767, 784 ; III, 447. — Temps favorable
pour provoquer les menstrues; signes in-
diquant que les menstrues veulent couler ;
II , 769. — Du flux menstruel excessif ; II,
772. — Des moyens de l’arrêter; II, 772,
773; III, 448. — En quoi les menstrues dif-
fèrent des fleurs blanches; II, 775. — Ré-
sultats du trouble menstruel; 11,779-784.
— Inconvénients du coït pendant le temps
des menstrues; III, 4. — Le flux menstruel
préserve de la peste; 111,375. — Les filles
nouvellement réglées sont exposées à être
atteintes de la peste; III, 389. — La goutte
n’attaque pas les femmes au temps des
menstrues ; III, 222.
Mentagre ; II , 533.
Mer. Prodiges dont la mer est le théâtre ;
III, 794.
ANALYTIQUE.
Mercadant. Chirurgien à Bologne au xiv* siè-
cle ; Int. , LXI.
Mercure. Emploi du mercure dans le trai-
tement de la peste et delà vérole; III,
4 17. — Emploi des frictions mercurielles
dans le traitement du pourpre ; III , 426,
— Manière de faire la poudre de mercure;
III , 584. Voyez Vif argent.
Mère. Supériorité de l’allaitement maternel ;
II , 683.
Mesareo.n, 142.
Mésentère. Substance du mésentère, 141.
— Sa quantité , sa ligure, sa qualité, ses
parties, sa connexion , son tempérament,
son action , son utilité, 142.
Mésocolon ; 142.
Mesures employées en pharmacie, et ma-
nière de les écrire ; III , 552.
Métacarpe. Os du métacarpe , 2S3. — Luxa-
tions des os du métacarpe et moyens de
les réduire ; II , 386.
Métaphrène. Description du métaphrène,
265. — Nerf du métaphrène ; 276. — Pro-
nostic des luxations des vertèbres du mé-
taphrène ; II , 365.
Métaux. Métaux vénéneux; III, 342. —
Répercussifs ; III, 534. — Attractifs; III,
536. — Résolutifs ; III, 538. — Détersifs ;
III, 542. — Sarcotiques ; III, 544. — Epu-
lotiques; 111,545. — Agglutinalifs ; III,
546. — Métaux employés en médecine ;
III , 636.
Metz. Voyage d’A. Paré à Metz ; III, 700.
Meurisse ; Int. , cxxi.
Meurtrissure. Délinition ; II ; 194.
Microcosme, 15; II, 652. — Comparaison
du corps humain et de l’univers ; III , 33.
Midi. Tempérament des Méridionaux ; 50. —
Nature du vent du Midi ; 64.
Migraine. Définition , causes et symptômes
de la migraine ; II , 410. — Cure par l’ar-
tériotomie ; 11,411.
Milan. Ecole de celte ville; Int., xxviii.
Milans. Leur antipathie pour le corbeau ;
III, 761. — Les milans fuient l’air infect;
III , 739.
Milphosis. Ce que c’est; II , 416.
Minéraux. Minéraux vénéneux; III, 342. —
Minéraqx employés en médecine; III ,635.
— Distillation des minéraux ; III , 638.
Mines. Sur les démons qui habitent les mi-
nes; III, 56. — Par qui nous a été appris
l’art de faire des mines. Voy. Lapins.
Miroir. Histoire d’un morceau de miroir
descendu dans les bourses; III . 40.
Miserere mei. Description de ce genre de
hernie ; opération ; 4 1 0 ; Il , 503 , 513, 514,
516.
Mithridate. Contre-poison universel trouvé
après la mort de Mithridate; III , 372. —
Ses vertus et son administration; III, 406.
Modène (école de); Int. , xxviii.
Moelle. De la moelle épinière ; 227. — Sen-
sibilité de la moelle des os ; 296. — Signes
des blessures de la moelle épinière ; II ,
96; III, 654. — La moelle est le principe
des nerf»; II , 360. — Commotion de la
845
moelle; II, 366. — Pronostic des plaies
de la moelle épinière ; III , 657. — Moel-
les émollientes ; III , 541.
Moeurs. Quelles doivent être les mœurs
d'une bonne nourrice; II, 6S6.
Moines. Exerçaient la médecine au vie siè-
cle ; Int. , xviii. — Défense que leur font
les conciles de Latran , de Montpellier et
de Tours , d’exercer et enseigner la méde-
cine; Int., xxviii. — Monstre marin ayant
la tête d’un moine couvert d’écailles de
poisson; III, 771.
Mois. Voyez Menstrues.
Mole. Etymologie et définition ; II , 722. —
Causes , symptômes; Il , 723. — Mouve-
ment des môles; II, 724. — Procédés
d'extraction ; sortie spontanée; coexistence
d’un fœius avec une môle ; Il , 727.
Monde. Eléments du monde; 33.
Mondeville (Henri de). Détails s rsa vie et
sur son Traité ; Int. , i.i , lu. — Est copié
par Jean de Gaddesden ; Int. , liv.
Mondificatifs (Médicaments); 336 ; II, 235;
III . 433. — Pour les plaies envenimées ;
II , 192. — Pour les plaies par harquebu-
ses;II, 158, 260. — Pourles ulcères putii-
des et sordides ; II, 254.— Collyre inondili-
catifpour les yeux; II, 7S.— Pour les plaies
ré-ultant d’amputation ; II , 231 , 232. —
Pour les ulcères des reins ; 11, 266 , 509.
— Pour les plaies de la jambe ; II, 338. —
Pour les ulcères de la vessie; II , 509. —
Pour les os exfoliés; 693.
Monoceros; III , 492.
Monopole d’enseignement que s’arrogent
quelques maîtres à Montpellier ; lut. ,
XXIX.
Monstres. Définition; III, 1. — Causes des
monstres ; gloire et colère de Dieu ; III, 3.
— Présages tirés autrefois de 1a génération
des monstres ; III, 4. — Monstruosités ré-
sultant de la trop grande quantité de se-
mence; figure d’une fille à deux têtes;
III ,5. — De deux tilles jumelles jointes
par les parties postérieures; III, 6. —
D’un homme du ventre duquel sortait un
autre homme; III, 7. — D’un monstre
trouvé dans un œuf; d’un enlanl ayant
.deux tètes, deux bras etdeux jambes;III,
8. — De deux jumelles n’ayant qu’une
seule tète ; III ,9. — De deux filles jumel-
les unies par le front ; et de deux enfants,
mâle et femelle , joints par les parties in-
férieures ; III , 10. — De deux filles jointes
ensemble par les parties antérieures, et
d’un enfant ayantdeux tètes, l’unede mâle
et l’autre de femelle; III, 11. — D’un en-
fant môle ayant quatre bras et quatre jam-
bes ; d’un homme ayant une tête au milieu
du ventre; III, 12.— De deux enfants mons-
trueux n’ayant qu’un seul sexe, et d’un
cochon à huit jambes; III, 13.— Des mons-
tres hermaphrodites ; 111, 15. — Figure
de deux enfants jumeaux hermaphrodites
joints par le dos; III, 17. — D’un monstre
ayant quatre bras, quatre pieds et deux
natures de femme; III, 18.— Monstruosités
TABLE
846
résultant du défaut de quanti tédelasemen-
cc ; III, 20. — Figures d’un monstre ayant
deux têtes et un seul bras, et d’un mons-
tre sans jambes ; III , 21. — D’un monstre
sans tête ; 111 , 22. — D’un homme sans
bras ; 111,23.— Monstruosités résultant de
l’imagination ; III, 33. (Voyez Imayination
et muladies). — De l’étroitesse de la ma-
trice; III , 25. — Des habitudes de la mère;
Figure de deux enfants estropiés dans le
sein de la mère; lit , 26. — Monstruosités
résultant de maladies héréditaires (Voyez
Hérédité, Maladies).— Des coups ou chutes
éprouvés par la mère; III , 27. — Mons-
tres engendrés par la corruption ; III , 42.
— Tar un mélange de semence; III,
43. Monstruosités résultant d’enchante-
ments et maléfices; III, 53. — Monstres
marins; III, 770. — Tritons, sirènes,
monstre marin ayant la tête d’un moine ,
autre ressemblant à un évêque; autre
ayant la tète d’un ours et les bras d’un
singe ; lion marin couvert d'écailles , lion
marin à ligure humaine; III, 771. — Diable
de mer, cheval de mer, veau marin,
truie marine, orobon, crocodiles; III, 772.
— Panache de mer ; 111 , 773. — Àloës ,
limaçon de la mer Sarmatique , hoga ; III,
774. —Poissons volants ; III , 775. — Can-
cellus , Bernard l’bermite , pinothère ;
111,776. — Lamie, Naulicus; III, 777.
—Baleines ; III ,778. — Rémora ; III, 780.
— Monstres volatiles : autruche ; III, 781 .
— Toucan; oiseau de Paradis ; III, 783.
Monstres terrestres: huspalirn, girafe;
III , 784. — Monstres célestes : Comètes ;
III, 788.
Montagnana (Barthélemy). Son époque , sa
valeur médicale et chirurgicale ; Int., xcii.
— Idée de son livre intitulé Consilia ;
Int. , xc in.
Montagnes. Tempérament des montagnards,
52.
Montpellier. Ecole de Montpellier ; Int. ,
xxvtii. — Monopole d’enseignement que
s’y arrogent quelques maitres ; quand on
commença à y conférer des degrés ; Int. ,
xxix. — Eclat de l’École de Montpellier ;
Int., l viii. — Ses richesses littéraires ;
Int., lix. — Déclin de la chirurgie à Mont-
pellier; Int., Lxvm. — Influence des évé-
nements politiques du xiv' siècle sur cette
décadence, Int., lxx. Voyez Médecine.
MorgagiM.Ci; qu’il dit du H egimen sunilatis;
Int. , xx. — Son opinion sur le livre de
Trotula ; Int. , xxm.
Morphée. Ce que c’est ; III , 277.
Morpions. De quoi ils sont engendrés; ma-
nière de les détruire; III , 270. — Le vif-
argent les tue; III , 348,
Morstède (Thomas ). Chirurgien de Henri V
d’Angleterre; Int. , lvii.
Morsure. Plaies de la tète résultant de mor-
sures ; II, 41. — Gangrènes résultant de
morsures ; II , 212 , 216. — Pourquoi les
morsures sont plus difficiles à guérir que
les plaies ordinaires; III, 2%. — Cure
des morsures des bêtes vénimeuses ; III ,
300. — Signes indiquant qu’une morsure
est celle d’un animal enragé; III, 306. —
Traitement de la morsure d’un chien en-
ragé ; III, 309. — Régime à suivre dans
le traitement des morsures des chiens en-
ragés et Kitres animaux; III, 312. —
Morsures de la vipère; III, 313. — Du
coule-sang et du pourrisscur; III, 315. —
Du basilic; III , 316. — De la salamandre ;
III ,317. — De l’aspic ; III ,318. — De la
couleuvre ; III , 320
Mort. Différence du poids d’un homme
mort et d’un homme vivant ; II , 696. —
Moyens de constater la mort ; II , 754. —
Moyens d’extraire l’enfant du sein de la
mère morte ; II , 716. — Motifs de conso-
lation pour les mourants, tirés de la re-
ligion ; III , 461,. — Honneurs rendus aux
morts par les Égyptiens; III, 470, 475,
476, 477. — Par les Juifs; III, 475.—
Par les Scythes ; III , 475 , 476. — Par les
Ethiopiens ; III , 476. — Par les Romains ,
par les Grecs , par les Colches ; III , 477.
—Caractères des blessures faites avant ou
après la mort; III, 659.
Mortification. Voyez Ganyrène.
Motion. Ce que c’est; 57.
Mouches, présagent la pluie; III, 739.
Moufle. Figure d’une moufle pour réduire
les luxations ; II , 356.
Mouvement. Ce que c’est; 57, 69. — Des
mouvements volontaires et involontaires ;
122. — Différences du mouvement des
enfants et de celui des môles ; II , 724. —
Le mouvement est une cause de fièvre;
III, 77.
Moyen agf.. Histoire de la chirurgie au
moyen âge ; III, iv.
Mumie. Ce que c’était suivant Paracelse ;
Int., ccxviii. — Sur l’usage de la mumie ;
II, 202. — Origine du discours sur la
mumie; III, 468. — Ce que c’est; III,
470, 475, 480, 481, 482. — Son ineffica-
cité; III, 471. — Ses mauvais effets ; III ,
4S3.
Mundinus. Eclat que jettent ses dissections
sur l’école de Bologne; Int., xlvii.— Pre-
mier professeur d’anatomie humaine à Bo-
logne; Int., lxii.
Murène. Description ; III , 330. — Accidents
résultants de leur piqûre, et remèdes;
III , 331. — Educabilité des murènes;
III, 750.
Musa. Comment il fut récompensé par Au-
guste , 2i.
Muscles. De la tunique commune des mus-
cles ; 121. — Défini lion des muscles ; leurs
différences prises de leur substance et de
leurorigine ; 122. — De leur insertion, de la
partie qu’ils meuvent, de leur forme ; 123.
— De l’opposition de leursactions, de leur
office; 126. — Des parties du muscle; 127.
— Muscles de l’épigastre; 129. — Leur ac-
tion ; 130, 131, 132.— Muscles suspenseurs;
155.— Muscles de la verge; 161.— Muscles
de la matrice; 165.— Muscle large ou peau-
ANALYTIQUE.
cier ; 233.— Muscles des yeux; 23G. — Mus-
cles du nez; 243. — Muscles des lèvres; 244.
— De la mâchoire inférieure ; 245. — Des
huit muscles de l'os hyoïde; 251. — Des
dix muscles de la langue; 253. — Des dix-
huit muscles du larynx ; 25C. — Des qua-
tre muscles de l’épiglotte ; 258.— Des vingt-
deux muscles du col ; 262. — Muscles du
thorax ; 265. — De l’omoplate; 268.— Mus-
cles qui meuvent l’os du bras ; 279. — Mus-
cles du coude; 285. — Muscles internes de
la main; 287. — Muscles qui meuvent la
cuisse; 297. — Muscles qui meuvent le
pied; 305. — Muscles qui meuvent les
doigts des pieds; 307. — Récapitulation
de tous les muscles du corps humain ;
309.
Musique. Influence de la musique sur cer-
tains malades ; 94. — Exemple de l’in-
fluence de la musique sur l’homme; II ,
659.
Mutilations. Définition; III, 2. — Mutila-
tions simulées ; III , 50, 52.
Mïdesis. Ce que c’est; II, 416.
Mïdbiasis. Définition ; II , 418 , 434. — Cau-
ses, traitement ; II , 434.
Myocépiialon ; 83.
Myopie. Ce que c’est; II, 414.
Myrmeciks. Description et traitement des
myrmecies , 357 ; II, 787.
Myrrhe. Manière de faire l’huile de myrrhe ;
III, 631.
IV
Naissance. Pronostic des naissances à 6 , 7
et8 mois ; II, 671. — Soinsà donnera l’en-
fant aussitôt après sa naissance ; II , 676.
V. Taches.
Napel. Accidents qu’il cause; III, 334. —
Contre-poisons ; III , 335.
Naples (Université dej, Int., xxviii.
Nates. Ce que c’est , 216.
Nature. Des choses naturelles et de leurs
annexes , 31. — Humeurs contre nature ,
45. — Annexes des choses naturelles , 60.
— Des choses non-naturelles, 62. — Des
choses contre nature, 80. — C’est la na-
ture qui guérit , 95.
Narcotiques. Contre la goutte provenant
d’humeur cholérique , III , 243, 244, 420,
519.
Nausées. Causes et traitement des nausées,
781. — Causes et traitement des nausées
des fébricitants; III, 196.
Nauticus. Description de ce poisson ; III ,
777.
Nécromanciens; III , 60.
Nécrose. Ce que c’est ; II , 21 1 .
Neige. Qualités de l’eau de neige ; III , 403.
Nephelion. Ce que c’est; II, 418.
Nerfs. Ce que c’est ; 127.— Des nerfs distri-
bués aux parties naturelles; 150. — Nerfs
des testicules; 155.— Nerfs de la matrice ;
165. — Distribution des nerfs de la sixième
conjugaison; nerf costal, 195. — Nerf
récurrent, nerf stomachique ; 196. — Des
84?
sept conjugaisons ou paires de nerfs du
cerveau ; 220. — Nerfs de la langue ; 252.
— Du col ; 264 , 276. — Du métaphrène ;
276. — Du bras ; 277. — Des lombes et de
l’os sacrum ; 292. — De la cuisse ; 293. —
Pronostic des plaies des nerfs, 433; II, 1 1 2. —
Causes et variétés des plaies des nerfs et des
parties nerveuses ; II, 111. — Accidents et
traitement; II, 112. — Cautérisation des
nerfs ; II, 114. — Section des nerfs ; II, 115.
— Enumération des maladies du nerf op-
tique; II, 419. — Les nerfs dérivent du
cerveau et de la moelle ; II , 651. — Action
du vif-argent sur les nerfs; III, 348. —
Signes des lésions des nerfs ; III , 655.
Nez. Extraction des corps étrangers du nez ,
27. — D’où procède le cartilage du nez;
209. — Description du nez, 242. — Tu-
meurs du nez , 378. — Plaies du nez ; II ,
86. — Ulcères du nez ; II , 260. — Danger
de trop serrer les plaies du nez; II , 292,
306. — Fracture du nez ; II, 305. — Figu-
res de nez artificiels et manière de les
adapter; II, 605. — Procédés de rhinoplas-
tie italienne; II, 606. — Obstruction con-
génialc du nez; II, 678. — Histoire de vers
engendrés dans le nez; III , 35. — Moyens
de préserver le nez des ravages de la pe-
tite vérole; III , 262 , 263. — Etat du nez
chez les lépreux; III , 275. — Manière de
provoquer l’hémorrhagie nasale ; III, 419.
Nicolas de Florench. Son époque, son ou-
vrage ; Int. , lxxiv. — Idée générale de ce
livre; parallèle entre Nicolas de Florence
et Guy de Chauliac; Int., lxxv. — Sa doc-
trine sur l’opération du trépan; II, 51.
Nicolas de Reggio. Traduit en latin les ou-
vrages de Galien ; Int., xlviii.
Nicolas le dentiste. Chirurgien du duc
Sigismond d’Autriche; Iil, vii.
Nitre. Vertus et usage des eaux nitreuses ;
III, 597.
Nobles. Accusés d’avoir causé la peste de
1348; III, 461.
Nodus; 320. — Définition du nodus; cas re-
marquable de guérison; 348. — Traite-
ment des nodus venant du virus vérolique ;
II, 579. — Nœuds qui se font aux jointures
des goutteux et leur curation ; III, 247.
Nogueh. Sa traduclion de Freind ; Int. , lvi.
Noli me tangere; 364 , 367.
Noix. Efficacité de l’eau de noix vertes con-
tre les contusions; III , 484.
Nombril. Anatomie du nombril , 172. — Tu-
meur et relaxation du nombril, 402. —
Ligature nombrillère ; II, 286, 677. —
Quand est formé le cordon ombilical ; II ,
448 , 449. — Pronostic des douleurs du
nombril ; 11,516. — Formation du nom-
bril du fœtus; II, 646. — Vaisseaux qui
forment le cordon ombilical du fœtus; II,
648. — Le nombril ne sort point aux fem-
mes qui ont des môles comme aux femmes
grosses ; II, 724. — De la relaxation et en-
fluredu nombril des enfants; 11,795.
Nord. Tempérament des septentrionaux ; 50.
— Nature du vent du nord ; 64.
TABLE
848
Norsa (Pierre de). Chef d’une famille d’em-
piriques célèbres; Int., i.xxxv, cii.
Norsini. Détails sur cette famille d'empiri-
ques ; Int., eu.
Notes. Deux sortes de notes dans cette édi-
tion , celles de l’auteur et celles de l’édi-
teur; Int., x. — Importance des notes de
celte édition ; III, h.
Nouets. Formule de nouets excitants ; III ,
451. — Description , composition cl usage
des nouets; III , 559.
Nourrice. Transmission du virus vénérien
de la nourrice à l’enfant et réciproque-
ment ; II , 529. — Des mœurs de la nour-
rice ; II, 686. — Comment doivent être sa
poitrine et ses mamelles ; II, 687. — De la
nature du lait de la nourrice ; II , 688. —
Les mères sont les meilleures nourrices ;
II, 683. — Qualités d’une bonne nourrice ;
II , 684. — Quels doivent être son âge, l’ha-
bitude de son corps ; II, 685. — Du temps
qui doit s’écouler entre l’accouchement de
la nourrice et le moment où elle donne à
teter; influence du sexe de son enfant sur
son lait; régime qu’elle doit suivre; II,
689. — La nourrice doit suivre le régime
au lieu et place de son nourrisson malade ,
III, 259. — Doit être médicamentée au
lieu et place de son nourrisson; lit , 455.
Nouveau-né. Soins immédiats a donner au
nouveau-né; II, 676. — Ce qu’il faut lui
faire prendre avant de lui donner à teter ;
II , 682. Voyez Enfant.
Noyer Ses propriétés vénéneuses, et remè-
des; III, 339.
Nursinus (Benedictus). Son opuscule sur l’hy-
giène ; Int. , en.
Nutrition. Ce que c’est, 56.
Nyctalopie. Ce que c’est; II , 415.
Nymphes. Description des nymphes; de leur
résection ; 168; III, 18.
O
Obliques. Des muscles obliques; 263.
Obole ; III , 551 .
Observations propres a Paré , ou com-
muniquées par ses amis. — 1° Observa-
tions anatomiques. — Communication na-
turelle de la veine et de l’artère bra-
chiale ; 129. — Communication naturelle
des veines et artèies mammaires avec
les épigastriques ; 131. — Estomac descen-
dant jusqu’à la vessie; 139. — Divisions
les plus ordinaires de la veine-porte ; 148.
— Orifice des canaux éjaculateurs au veru-
montanum recevant le petit bout d’une
spatule ; 158. — Recherches inutiles pour
trouver l'allantoïde; 170. — Recherches
inutiles pour trouver l'ouraque; 171. —
Crâne d'une femme réduit en quelques
endroits à l’épaisseur d’un ongle ; 20S. —
Expérience faite par l’auteur sur la scciion
des nerls récurrents ; 19S. — Embaume-
ment des rois de France par Paré ; pour-
quoi ils se pourrissent ; III , 479. — Cada-
vre disséqué et conservé sec plus de 27 ans
par Paré ; 111 , 479 et 673. — Squelette
d’une autruche préparée par Paré ; III ,
782. — Histoire de Vésale, qui lit l’autop-
sie d’une femme vivante ; II , 755.
— 2° Plaies en général; plaies des membres. —
Plaies guéries avec de la charpie sèche ou
mouillée, sur laquelle des charlatans di-
sent des paroles ; 102. — Poudre à canon
avalée par des soldats et appliquée sur
les plaies sans inconvénients; II, 133. —
Effet du bruit de l’artillerie sur les blessés
à Hesdin ; II , 38 ; III , 709. — Exemple
de vers engendrés dans les plaies, et d’ab-
cès multiples en diverses régions du corps;
II , 141 , 176. — Accidents survenus aux
blessés après la bataille de Saint-Denis;
abcès dans le foie et les poumons ; III , 361 .
— Histoire de M. de la Croix ; coup d’épée
au bras gauche , transport du pus par les
selles et urines , mort ; Il , 500 ; 111 , 38.
— Succès obtenus dans le traitement des
plaies sans tentes, 435 ; II, 109. — His-
toire d’un serviteur de M. de Rohan blessé
de douze coups d’épée, guérison ; III, 697.
— Plaies de la paume de la main réunies
par première intention; histoire de M. Le
Coq et d’un voisin d’A. Paré ; II , 112. —
Histoire d’un genlilhommequi eut les ten-
dons extenseurs du pouce coupés; cure
palliative à l’aide d’un poucier; II , 613. —
Histoire d’un More de M. de Roussyjcoup
de lance à travers le bras; mauvais effet
du vinaigre ; II , 179. — Histoire de Char-
les Vérignel ; piaie du jarret avec division
des tendons fléchisseurs; suture des ten-
dons par Etienne Teissier ; III ,42. — Plaie
du tendon d’Achille cicatrisée et se roua
vrant par la marche ; Il , 110. — Rupture
du tendon d’Achille ; Il , 1 10. — Plaies de
l’artère crurale et de la grande veine sa-
phène , mortelles; III, 110.
30 Plaies envenimées et empoisonnements.
— Morsures de bêtes venimeuses guéries
par la thériaque ; III , 301. — Observa-
tion d’une morsure de chien enragé
guérie par la thériaque; III, 311. —
Histoire de Paré luj-ïnème ; morsure de
vipère guérie par la ligature au-dessus et
la thériaque , III , 314. — Histoire du cui-
sinier de madame de Castelpers ; morsure
de couleuvre guérie par des scarifications
et la thériaque ; III , 320. — Histoire de
deux marchands empoisonnés par la bave
de crapauds; 111 , 321.— Histoired’un abbé
empoisonné par des cantharides; gangrené
de la verge, mort ; III , 327. — Accidents
occasionnés par un vésicatoire sur toute la
face, guérison, couperose guérie ; III , 328.
— Histoire de madame Froiriagcot ; piqûre
d’une vive , guérison ; III ,331 . Histoire
de madame de Bargelonnc; piqûre d'une
vive , mort ; III , 331.— Histoire du cuisi-
nier de M. de Soussy ; piqûre d’une vive,
guérison; III, 332.— Expérience faite
avec le bezahar sur un cuisinier condamné
a la mort et qu’on empoisonna avec du
sublimé ; III ,341.— Histoire de l’empei-
ANALYTIQUE, 84<]f
sonnement de Paré après la prise de
Rouen ; III , 662. — Histoire d’un empoi-
sonnement présumé par le venin du cra-
paud, autopsie ; III, 662.
Observations.— 4° Pluies pur armes à feu. —
l'fchjrnoseproduite par levenldu boulet ;
III , ù'JG. — Gangrène des membres attri-
buée au vent d’un boulet; II, 137. —
Exemples de fractures des membres attri-
buées au vent d'un boulet ; Il , 178. —
Exemple d’une balle pénétrant dans la
cuisse sans avoir intéressé le taffetas des
chausses du blessé; II, 136. — Exemples
de balles d’harquebuses creusant dans les
poumons une cavité à contenir un esteuf;
II , 104. — Exemples de balles restées
dans le corps sept ou huit ans et plus; II,
165. — Hi-toire de la prise du pas de Suze ;
premiers essais de Paré dans le panse-
ment des plaies d'armes à feu ; II , 126 ei
suiv. ; 1 1 1 , 691 . — Histoire de M. de Bris-
sac ; cfli aciié de la position pour l’cxtrac-
f'on de la balle; II, 746 ; III, 694. —
Histoire de Jacques Pape ; coup de feu au
col , balle restée dans le corps; traité par
Jacques Dalam , III, 28. — Histoire du
capitaine Ee Rat : coup de, feu à la malléole
ci roi te ; guérison; III , 6S9. — Histoire de
M. de Magnane : Iraclure de jambe par un
éclat de canon ; guérison ; III, 702. — His-
toire du comte de Courdon : coup de feu à
travers les deux cuisses guéri en trente-deux
jours; II, 129. — Histoired'un gentilhomme
blesse d’un coup de feu à la cuisse; fis-
tule; escarre prise pour un morceau de
linge; guérison; II, 272. — Histoire du
comte d’Eu : coup ue pistolet à la cuisse ,
fracture en éclats, moi t ; I II, 724. — His-
toire du duc d’Avrel : coup d harquebuse
à la cuisse à trois doigts au-dessus du ge-
nou, avec fracture en éclats du fémur, ac-
cidents graves , guérison, 11, 170; 111,726
ci suiv. — Histoire d un cuisinier : main
traversée d une balle ; guérison ; III , 732.
— Histoire du comte de Mansfeldt : frac-
ture comminutive des os du coude par un
coup de pistolet ; guéri»on avec ankylosé ,
abcès nombreux, II, 168 ; III, 38 , 725. —
Histoire de M. de Bassornpière : blessure
analogue à celle du précédent; II, 170;
III, 725. — Coups de feu à l’articulation
de l’épaule, morlels; exemp es du roi de
Navarre, du duc de Guise, du coinleRhin-
grave Philibert; Il , 311 ; III , 723 , 785. —
Histoire du marquis de Villars : coup de
feu à l’omoplate; cicatrice rouverte plus
lard et de nouveau fermée ; II, 310. — His-
toire du seigneur de Villeneuve : enfonce-
ment du sternum par un coup de feu ; gué-
rison ; II, 311. — Histoire du connétable
de Montmorenci : coup de pistolet au mi-
lieu de l'épine du dos ; mort ; III , 733. —
Exemples de fractures du sacrum par un
coup de feu guéries; II, 316, 317.
— P laies du crâne. — Histoire d’une enfant
de douze ans mordue à la tète par un lion ;
11, 42. — Large lambeau du cuir chevelu
réuni par suture ; giiérison j II , 39.— His-
toire du capitaine Hydrnn; lambeau du
crâne avec un fragment d’os reuni par su-
ture ; II , 19. — Plaie de lé e avec hémor-
rhagie arrêtée par la ligature médiale de
l’artère; II, 8. — Plaie de la temporale;
ligature par A. Paré ; III, 683. — Excision
des parties molles du crâne dans le cas de
tissure; II, 7. — Histoire du laquais de
M. de Goulaines: plaie de tête, vive in-
flammation, large exfoliation du crâne;
guérison; II, 66. — Contusion du crâne,
inflammation violente ; 27 palet les de sang
tirées en quatre jours ( plus de 81 onces );
guérison; II, 37. — Histoire de M. de St-
Jean ; plaie pénétrante du crâne par un
éclat de lance; guérison; II, 25. — Coup
de hallebarde pénétrant dans le cerveau ,
sans lésion notable du sentiment et du
mouvement; mort subite le 3' jour; III ,
695. — Histoire de M. de la Breteschc : frac-
ture de l’os temporal, trépan ; guérison; II,
63. — Histoire de M. de Pienne : fracture
du temporal , trépan , fongus de la dure-
mère, guérison ; II, 63; III, 702.— Trépan
appliqué le 7' et le 10e jour; II, 10.— His-
toire d'un serviteur de 51. Grolo : large
fragment osseux du crâne enfoncé, relevé et
bien réuni ; Il , 16. — Histoire du serviteur de
51. du 5Iats : Raclure du crâne par contre-
coup ; mort le 21' jour ; autopsie; II , 21.
— Histoire d'un gentilhomme, de la com-
pagnie de M. d’Elampes ; coup de feu au
crâne; fracture de la 2e table sans lésion
de la 1 " ; II ; 22. — Histoire analogue sur
un gentil homme blessé à Passa ut de Rouen ;
II , 22. — Hisioire de Henri II : commotion
cérébrale; mort le 11e jour; autopsie; II,
25. — Hisioire rapportée par Prolhais Cou-
Ion : commotion cérébrale guérie au 7' jour
par des sueurs , et rejet du pus par le nez,
les oreilles et la bouche; II, 70. — Amas
de pus entre les deux tables du crâne ; II,
27. — Ouverture des abcès situés sous la
dure-mère; II, 48. — Histoire rapportée
par Pierre Aubert : fracture de la 2e table ,
abcès sous la dure-mère, trépan ; guéri-
son ; II , 72. — Abcès dans le cerveau ; Il ,
70. — Sphacèle du cerveau constaté à l'au-
topsie ; II , 28. — Abcès du fuie à la suite
de plaie du crâne : trois cas; 11,31. — His-
toire d’un page de 51. de 5Ionlejan : plaie
du crâne avec issue du cerveau , guérison ;
II , 71. — Histoire de deux patients bles-
sés à la tète avec issue du cerveau; guéri-
son ; II, 71 , 23S. — Histoire de Robert
Court-Genou : plaie du crâne avec issue
du cerveau ; guérison; II, 72.
— 6° Plaies de la face et du cou. — Fistule
des sinus frontaux , suite de fracture du
coronal; II, 43. — Histoire du duc de
Gin«e; coup de lance à travers la face;
guérison ; 11, 25; III, 696. — Histoire d’un
gentiihomme de 51 de Biron : plaie faite
par une épée boutonnée, traversant de
l’orbite gauche à la quatrième vertèbre
du cou ; guérison en vingt-quatre jours ;
54
m.
85o
TA.BLE
III, 488. — Plaie de la joue réunie parsu-
ture; fistule salivaire consécutive; cauté-
risation , guérison ; II, 86. — Histoire du
fils «le M. Coüet ; plaie delà langue réunie
par suture, guérison; 11,88. — ('assem-
blable sur le fils de M deMarigny; II, 88. —
Histoire «le Maître Jean Piei ; plaie de la
langue réunie par suture; 11,89. — Histoire
d’un homme qui eut la langue coupée et
parvint à recouvrer la parole ; II, 608. —
Autre histoire analogue; II, 609. — His-
toire de François Brège ; plaies delà tra-
chée et d’une des veines jugulaires; em-
physème; suture; scarifications faites par
Jean le jeune; guérison ; II, 91. — Plaicde
la jugulaire externe; ligature par A. Paré;
lit , 683. — Histoire de François Prévost;
plaie du cou avec division du plexus bra-
chial ; guérison; II, 92. — Plaies de la
trachée guéries; 384.— Histoire d’un ser-
viteur de M. de Champagne ; plaie de la
trachée et d’une veine jugulaire, guéri-
son ; II , 92. — Histoire d’un Anglais as-
sassiné par son compagnon; division de
la trachée et de l'œsophage; II, 93. —
Histoire d'un Allemand qui s’était suicidé;
division de la trachée et de l’œsophage ;
II, 93.
Observations. — 7° Plaies de poitrine et du ven-
tre.— Histoire du soldat Levesque ; plaie
pénétrante de poitrine; épanrhement de
sang; guérison obtenue en laissant la plaie
ouverte , Il , 97. — Histoire d’un quidam à
l’Hôlel-Dieu de Paris; fistule au thorax ; la
saveurdesinjections revenani à la bou« he;
II, 98. — Histoire d'un gentilhomme alle-
mand ; plaie pénétrante de la poitrine sans
épanchement ; réunion de la plaie ; guéri-
son ; II, 98. — Histoire de M. de Martigues;
coup de feu à la poitrine, mort, autopsie,
102; II , 500; III, 710 et suiv. — Plaie du
cœur constatéeà l’autopsie qui avait per-
mis au blessé de courir la longueurde 200
pas; 11,95. — Histoire d'un aide a maçon;
hernie de l’e;>tomac dans la poitrine à tra-
veis une plaie du diaphragme II, 95. —
Histoire du capitaine François d’Alon ;
coup de feu à travers le diaphragme ; gué-
rison ; hernie consécutivedu colon dans la
poitrine, constatée huit mois après par
l’autopsie; 11,95. — Histoire de l’argentier
de l’ambassadeur de Portugal; coupd’épée
au travers du corps avec plaie des intes-
tins; guérison ; II, 106. — Autre histoire
semblable d’uri gentilhomme de Vilrey en
Bretagne; II, 106. — Hiv loi; e du seigneur
rie Belle-Jambe; plaie des intestins; gué-
rison; II, 106. — Histoire de Francisque;
coup de feu au ventre, traité par Simon
Ciinay; balle sortie par l'anus; guérison,-
III, 28. — Piqûre des intestins avec une
aiguille pour évacuer les vents, avec heu-
reuse issue; II, 107. — Dans les plaies des
intestins, la tension du ventre et la dou-
leur des testicules est un signe de mort;
II, 109.
— i 8° Fractures, luxations, maladies des os et
des articulations. — Fracture partielle de
la mâchoire, suite de l’arrachement trop
brusque des dents; U, 451. — Hist« ire
d'Antoine de la Rue ; iracture «le la mâ-
choire avec renversement de trois dents ;
guérison complète ; II , 449. — Ankv lose
du coude, suite de fracture mal traitée de
l’avani-bras; 11,319. — H sloire delà
fracture de jambe d’A. Paré lui-même;
II, 328. — Ob-ervalion de fracture au col
du fémur; II, 327. — La fracture en tra-
vers de la rotule amène toujours la clau-
dication; 11, 328. — Mâchoire luxée en
bâillant ; 247. — Erreur de plusieurs chi-
rurgiens confondant la luxation de la cla-
vicule avec celle de l’humérus; II, 360. —
Luxation de l'humérus réduite presque
sans efforts ; II, 370. — Luxation «Je l’hu-
mérus réduite par l’échelle, par Nicolas
Picart; II, 374. — Succès du procédé de La
P- rte entre les mains de Henri Arvet ; II,
375. — Observation d’une luxation de
l’humérus en avant chez unenonnain; II,
378. — Ankylosé survenue après la ré-
duction des luxations du coude, suite d'un
trop long repos; II, 384. — Effet d’un cor-
set trop sérié, les côtes chevauchant les
unes sur les autres; 11,292. — Paré a vu
les os dénudés devenir si durs que le tré-
pan y mordait à peine; 11,581. — Exemple
de prurit occasionné par la cautérisation
des os; II, 237. — Tumeurs blanches; les
douleurs apaisées par l’application de 15
ou 16 sangsues ; 422. — Histoire «le Gréaul-
me ; tumeur blanche ouverte par un cau-
tèrecontrel’avis dè Paré; suites fâcheuses;
423. — Histoire de l'avocat Marchant;
séparation de l’apophyse inférieuie du fé-
mur par suite de carie du genou; II, 327.
— Calcul extrait du genou avec succès ;
histoire de Jean Bourlier ; III, 32.
— 9° ' 'amusions ; brûlures; congélations ; gan-
grènes. — Histoire du fils de Malhurin Le-
bcau, snr lequel avait passé une roue de
voiture publique; guérison; III, 489. —
Histoire de messire Christophe des Ursins ;
chute de cheval; énorme épanchement
sanguin aux lombes; incisions multiples,
guérison ; III, 468. — Histoire d’un Bas-
Bielon tué dans une lutte; autopsie;
épanchement de sang dans la poitrine,
sansvaisseau notable lésé; III, 693. —
Histoire d’un g œçon de cuisine tombé
dans une chaudière d’huile bouillante,
pansé avec des oignons crus; bon résul-
tat; II, 128. — Histoire d’un \llemand
brûlé aux mains et au visage; bons effets
des oignons crus; II, 128. — Histoire de
soldats brûlés par une trainée de poudre
à canon , traités par les oignons; 11,204.
— Histoire d un enfant qui eut la jambe
brûlée ; srar fications , guérison ; II , 209.
— Exemple de gangrène survenue par le
froid; II, 177. — Exemples de congéla-
tion de divers membres; II , 2i4. — His-
toire d’un Breton qui eut la jambe gelée,
puis le pied brûlé; amputation, mort;
ANALYTIQUE.
85i
II , 214. — Histoire du chanoine Bouquet;
gangi ène sénile ; refus d'amputer la cuisse,
mort; lit, 512.— Histoire d’une gangrène
sénile suivie de mort; il, 214. — Pareil
cas communiqué par François Vo*tre, de
Turin; H, 214. — exemples de bras et
jambes séparés par la gangrène, sur des
pestiférés, à I Hôtel-Dieu; III, 512.
Observations. — 10° imputations. — Obser-
\ations sur la sensibilité de la moelle
des os dans l’amputation, 296. — Histoire
d’une amputation au coude, sur un
soldat, pour cause de gangrène trau-
matique; guérison; 11 , 233. — Histoire
d’un gentilhomme auquel Paré coupa la
jambe; premier exemple de la ligature;
III, 698, 699. — Histoire du capitaine
Lec'eic; jambe emportée au-dessus de
la cheville par un coup de canon , et
amputée plus tard pour Sun incommo-
diié; II, 221. — Histoire de Pirou Gar-
bier; amputation de la jambe, guérison ;
II , 230 et 232 ; III , xvi. — Histoire d’une
amputation de jambe faite par Charbon-
nel, pour cause de carie, avec ligature
des vaisseaux; III, 681. — Amputation
de jambes l'aile par Viard , pour une frac-
ture compliquée, avec ligature ; 111,681.
— Amputation pour carie, par Daniel
Poullet, avec ligature ; 111,681. — Am-
putation pour gangrène de cause interne,
avec ligature; III , 683. — Amputation de
l’avant-bras, pour une fiacture commi-
nulne de la main, faite par GuillemeaU;
III , 683.
— Il0 l'umeurs; ulcères; abcès; anévrismes. —
Scrofules traités a>ec succès par la saliva-
tion mercurielle; 354. — Histoire du fils
dcBermon; ablation d’une loupe sur le
sourcil contenant des poils; 111,41.— Loupe
du poids de huit livres enlevée par P„ré
ei L. Coloi ; 351 . — Histoire d’une demoi-
selle affectéed’un névrome vers la hanche,
avec d’excessives douleurs; destruction
de la tumeur par les caustiques; gué>i-
son ; 111,211. — Hisioire aualogue sur
la femme du cocher de la reine ; lll , 212.
— Histoire de M. de Vaudeville; vieil
ulcère à la jambe; III, 716 et suiv. —
Douleurs du cancer ulcéré apai-ées par
les sangsues et l’application d’animaux
coupés eu deux tout vivants; 366. — Ver
ex rail d’un abcès de la cuisse par Guil-
lemeau; III, 35. — Hisioire de Jean
Mallet anévrisme sous-clavicuiaireouvert
par un barbier conti e l’avis de Paré ; mort;
372. — Histoire de Belanger; anévrisme
de Parère veineuse, avec auiopsie; 373.
— i2 0 Artériotomie, saignée, cautères. — Arlé-
riutornie : pl ue f< rmee le lendemain ; III,
418. — Saignée de la veine puppis laite
avec succès; 196. — Exemple de sang vi-
cié tiré par la saignée dans certaines an-
nées ; II, 141. — Histoire du roi Charles IX;
piqûre d'un nerf dans une saignée ; traite-
ment dirigé par Paré; guérison; II, 115.
— Histoire de madame la baillive Cour-
tin ; saignée malheureuse; gangrène du
bras ; mort; II , 116. — Histoire du cau-
tère de velours ; III, 58 1.
— 13° Maladies chirurgicales du tronc, elopé-
rutions , disposées par régions. — Hisioire
de Dufrénoy : encéplialucèle ouvert mal-
gré l’avis de Paré; mort ; II, 212. — Quatre
hydrocéphales , tous morts; autopsie de
l’un d’eux; 377. — Exemple d'une grande
tuméfaction de la conjonctive : Paré dé-
fend de l’exciser et de ta cautériser; II,
78. — Histoire de messire Paul : fluxion sur
les yeux guérie par le selon ; II, 79.— His-
toire d’une femme qui, pour un prurit des
paupières , se lavait les yeux avec du vi-
naigre; II, 425, 790. — Ouverture d’un
hypupion faite avec succès; II, 434. — His-
toire de la sœur de Loys de Billy : rupture
des yeux par inflammation; II, 47 pilote',
292, 428. — Hi-toireducadet deSt-Thoan:
rliinopl.i-tie italienne; 11, 606. — Paroti-
des traitées par l'application de topiques
mercuriels ; 381. — Cancer de la lèvre en-
levé par un procède propre à Fauteur;
365. — Epulides volumineuses avec altéra-
tion des alvéolés, enlevées par le fer et le
feu; 381. — Epulides dégénérées en car-
tilages et en os ; 382. — Histoire d'un va-
let de chambre du connétable : douleur de
dent suivie d’abcès à la gencive et de chute
de la dent ; II, 444. — Histoire de Paré lui—
même : douleur de dent apaisée par I ap-
plication d’une gousse d’ail cuite; H, 447.
— Douleur de dents apaisée par un vesica-
toiie au-dessus de l’oreille ; II, 448. — His-
toire d’un villageois auquel on an ache trois
bonnes dents eu laissant la mauvaise; II ,
453. — Hi toire d'une transplantation u’une
dent; II, 449. — Malades suH'oques par es-
quiiiancie; 388. — Cautérisation de la luette
avec l’eau-l'orle, suivie de succès; 384. —
Histoire d'un geniilh ommee pagnol : apos-
tème à la gorge rempli de vers vivants; III,
733. — Le même ; grenouillette contenant
cinq pierres ; III, 733. — Hisioire du capi-
taine Augustin : extraction d un calcul sali-
vaire sous-lingual ;III , 32. — Corps étranger
dans l'œsophage, puussé a l'aide d'un por-
reau dans l’estomac; 28. — Histoire de Bé-
nédict Vallée ; empyème guéri spontané-
ment; 393. — Tumeur squirrheuse du sein
chez madame deMonligny, uégénéréesous
l’influence d'un traitement actif, contre
l’avis de Pare; 370. — Tumeur duie comme
une pierre trouvée à l’autopsie dans la ma-
melle d une dame; 352. — Tumeur dure
comme une pierre sur le vivant, et n’ayant
jamais subi de dégénérescence; 352. — Tu-
meur squirrheuse ou mésentère pe<ant 10
livres et demie , autopsie; 356. — Histoire
de l’ecolier Chambellan : épi de gramen
avalé, sorti par un espace intercostal ; III,
39. — Histoire du fol de M. de Rohan:
pointe d’épee avalée et rendue par l’anus;
III, 39. — Couteau avalé sorti par un ab-
cès au-dessous de l’aine ; III, 39. — Frag-
ment d’un miroir d’acier avalé par un en-
TABLE
85g
fant, descendu dans les bourses ; mort; III,
40.— Hydropique qui se donne un coup de
poinçon dans le ventre, mort; 400. —His-
toire de l’enfant de Jean de Gourmont:
abcès de l’ombilic ouvert 'spontanément ,
issue des intestins, mort ; 11,795.— Histoire
de vers sortis par un abcès du ventre com-
muniquant avec l’intestin ; anus anormal ;
guérison ; III, 37. — Histoire de l’enfant de
M. de Martigues : exomphale ouvert mal à
propos ; mort ; II , 795. — Enfants guéris
de hernies inguinales par les topiques et
le hrayer; 406. — Histoire d’un chirurgien
qui disait guérir les hernies par les topi-
ques à l’intérieur ; 407.— Histoire de Jean
Moret, guéri d’une hernie scrotale à l’aide
d’un brayer porté cinq à six ans ; autopsie;
408. — Autres guérisons pareilles ; 409. —
Autopsie de sujets morts de la castration
pour des hernies ; 413. — Histoire d’un en-
fant chez qui l’on avait pris le testicule à
l’anneau pour une hernie; 418. — Histoire
d’un miserere mortel par amas de matiè-
res fécales durcies dans les intestins; II,
515. — Calcul rendu par l’anus; III, 32.
Idem, sur la dame de St-Eustaehe;III, 32.
— Hydrocèle chez une petite fille de sept
ans opérée par excision; 346. — Gangrène
dans les abcès de l’anus provoquée par des
médicaments trop répercussifs ou matu-
ratifs ; 420. — Les enfants à qui l’on ouvre
l’anus imperforé ne vivent pas long-temps;
II, 461. — Exemple de malades ayant le
rectum sorti du volume d’une grosse boule;
Il , 795. — Histoire de Catherine Parlan :
aiguille restée quatre mois dans la fesse et
sortie par l’anus; III, 29. — Procédé d’un
vieux chirurgien de Milan pour le para-
phimosis, pratiqué avec succès ; II, 554. —
Chaudepisse gardée dix ans; rétention
d’urine , mort , autopsie; II, 559. — Belles
cures faites par une sonde destinée à cou-
per les brides dans les rétré.-i-sements de
l’urètre; II, 569. — Sonde placée dans l’u-
rètre et s’enfonçant spontanément dans ce
canal; 28. — Cloporte jeté par la verge
par Duret ; III , 35. — Histoire du corn e
Charles de Mansfeldt : issue par la verge
d’une matière semblable à un animal ; III,
35. — broiement des calculs dans l’urètre
fait par Paré; II, 473. — Calculs urétraux
extraits par une incision latérale à la verge;
II, 474. — Histoire d’une rétention d’urine
pours’ètre trop long-temps retenu de pis-
ser; II, 49S. — Hématurie survenue a Paré
pour avoir été trou long temps à cheval ;
II, 500. — Histoire d’un homme qui vomis-
sait de l’urine : mort, autopsie ; uretères
bouchés par des calculs; II , 503. — His-
toire de l’avocat Goyet : slrangurie, mort,
autopsie; vessie calleuse et parsemée de
petits abcès ; II, 510. — Histoire de Pierre
Cocquin : calcul vésical formé sur une ai-
guille, extrait par les fils de Laurent Colot;
III, 29. — Histoire d'un pâtissier de Mon-
targis : calcul de neuf onces extrait par
Jean Colot; guérison; III, 30. — Histoire
de Tirevit : aiguille formant le noyau
d’un calcul (Colot); 28.— Autre histoire
de Tirevit : trois calculs , chacun du vo-
lume d’un gros œuf de poule, extraits par
Laurent Colot le fis; III, 30. — Exem-
ples de pierres de figures bizarres , trou-
vées par Paré dans les reins des cadavres ;
III, 31.
Observations. — 14° Accouchements ; mons-
truosités ; maladies des femmes et des en-
fants.— Histoire de la femme de P. Lefèvre:
règles rendues par les mamelles; II, 766.
—Histoire delà femme de Paré qui, étant
fille , eut ses règles par le nez un an
entier; II , 766. — Dame chlorotique qui
pleurait sans cause; II, 782. — Hisioire de
deux filles hystériques qui riaient de façon
désordonnée; II, 782. — Exemple unique
d’hymen (presque imperforé) trouvé par
Paré chez une jeune fille; division; II,
747. — Histoire d’une femme devenue
homme à quatorze ans; III, 19. — Histoire
de Germaine-Marie, d’abord fille, devenue
garçon à quinze ans; III, 19. — Exemples
de femmes feignant d’être enceintes dé-
masquées par A. Paré; III, 49.— Ecarte-
ment de toutes les sympby-es du bassin
sur deux femmes mortes après l’accouche-
ment; 295. — Ecartement des symphyses
sacro-iliaques dans l’accouchement ; 1 1.665.
— Autopsie d’une femme accouchée quinze
jours auparavant : écartement de la sym-
physe pubienne ; II, 669. — Exemple d’une
femme accouchée, dans cinq couches suc-
cessives, de 2, 3, 4,5,6 enfants; III, 14.
— Femme accouchée d’un enfant, et huit
jours après d’un autre ; III. i4.— Accou-
chements ou le bras de l’enfant était sorti
et gangrené, et où Paré l’amputait; II,
629, 703. — Histoire de la femme de Pierre
Cœurly : arrière-faix sorti le premier; en-
fant mort; II, 696. — Opérations césa-
riennes sur des femmes mortes ; II, 646.
— Deux cas de suturedu périnée; H, 718.
— Fœtus putréfié trouvé dans le cadavre
d’une femmedesoixante-huitans; III, 26.
— Histoire de la femme de Guillaume Ro-
ger: môle volumineusedela matrice, avec
autopsie ; II, 724. — Môle du volume d’un
œuf d’oie; mort; II, 727.— Polypes du col
utérin guéris par l’application de la pou-
dre de sabine; 359. — Histoire d’une ca-
gnardiére simulant unechute de matrice;
III, 51. — Hisioire d’une femme guérie
d’une chute de l’utérus et ayant eu des
enTants aptès ; II, 740. — Histoire d’une
femme a qui la matrice fut extirpée : mort
trois mois après ; autopsie ; II, 745. — Fi-
gure d’un enfant avec deux pieds-bols et
deux mains-botes; III, 26.— Exemple d’un
enfant qui eut le cours de ventre parce
que l.i nourrice avait pris médecine ; III,
288. — Histoire des enfants de Paré : inci-
sion des gencives pour favoriser l’issue
des dents; II, 799. — Autopsie de l’enfant
de M. de Nevers mort à huit mois; les
dents retenues par la dureté des gencives;
ANALYTIQUE. 853
II, 799. — Deux exemples de monstres avec
deux têtes et quatre jambes ; II , 626. —
Monstre à deux tètes, quatre jambes, deux
bras et un seul cœur; autopsie par Paré ,
III , S. — Monstre à une tête , quatre bras
et quatre jambes ; III, 9. — Monstre bi-
corps à trois jambes, réuni par le bassin ;
III, 10. — Monstre bi-corps réuni par la
poitrine et l’abdomen ; III, 11. — Pourceau
monstrueux bi-corps a une tête; III , 13.
— Monstre sans jambes n’ayant que deux
doigts à la main droite; III, 21.— Monstre
sans tète ; III, 21 . — Monstre sans bras ar-
rivé à l’âge adulte, et embrassant divers
objets avec l’épaule et la tête; III, 22. —
Monstre femme sans bras, qui cousait;
III, 23. — Agneau à trois têtes observé par
Jean Bellanger; III, 45.
Observations. — 15° Douleurs ; migraine 'scia-
tique, etc. — Histoire de M. la Roche-sur-
Yon : migraine guérie par l’artériotomie ;
11,411. — Migraine soufferte par Paré lui-
mème, guérie par le même moyen; 11,411.
— Douleur sciatique survenue à Paré lui-
même; guérison; II, 119. — Douleur scia-
tique chez Paré même guérie par des
topiques chauds ; III , 245. — Histoire de
M. de Longemeau : sciatique guérie par
l'application de limaçons cuits dans du
vinaigre ; III, 212. — Histoire d’un gentil-
homme génevois affecté d’une douleur à
l’épaule gauche avec impotence du bras ,
guéri par le vomissement; Ili , 225. —
Douleurs de goutte apaisées par l’appli-
cation de feuilles d’hièble ; III , 213. —
Colique venteuse apaisée par l’injection
de 3 onces d’huile et d'une balle de plomb;
Il , 518.
— 16° Asphyxies. — Histoire d’une mort su-
sa, bile chezjune jeune mariée, attribuée à la
striction trop forte du corset; II, 293. —
Histoire de cinq hommes asphyxiés dans
une fosse d’aisances ; III , 358. — Histoire
de deux serviteurs de l’avocat Duhamel ,
asphyxiés par la vapeur du charbon; III,
661 . — Histoire de trois serviteurs de Jean
de Begin ; III, 664.
— 11° Maladies de la peau ; maladies internes.
— Teigne guérie par l’emplâtre de Yigo
par maiire Simon Leblanc; II, 409. — Vé-
role communiquée par une nourrice â l’en-
fant, et par celui-ci à la mère et à toute la
famille; II, 530. — Observation d’un enfant
atteint d’un feu volage, traité par de l’eau
pure au lieu d’eau de licorne, et guéri ; III,
506. — Exemple d’une puanteur des pieds
rendue plus insupportable par le musc; II,
601. — Epreuve des ladres par une aiguille
enfoncée au talon; 111,277. — Exempled’un
rapport de ce genre; III , 669. — Epilepsie
guérie par le séton ; II, 80. — Histoire de
mademoiselle de Chalenges : pleuro-pneu-
monie ; douleur de tète donnée par l>uret
comme signe de mort; pronostic vérifié;
II, 776. — Histoire analogue; autopsie;
abcès entre la pie-mère et le cerveau ; Il ,
776. — Histoire ileTiennetle Chartier : trois
vers semblables à des chenilles rendus par
le vomissement ; III, 41. — Vers intesti-
naux rejetés par le nez; III, 264.
— 18° Épidémies ; peste ; petite vérole. — Dys-
senlerie contagieuse au camp d’Amiens ;
autopsies faites par Paré; III, 422. — Epi-
démie causée par la putréfaction de cada-
vres accumulés dans un puits, au château
de Pêne, en 1562; III, 358. — Histoire
de l’auteur tombé en défaillance en visi-
tant un pestiféré; III, 380. — Histoire de
madame La Mare : bubon pestiféré dis-
paru par métastase; mort subite; III, 388
et 438. — Efficacité de l’armoise contre
la peste; III, 415. — Enquête faite par
Paré sur les fâcheux effets de la saignée
et des purgatifs dans la peste; III , 411.
— Efficacité de la semence d’anchois :
histoire rapportée par Gilbert Erouard;
III , 415. — Histoire de M. de Fontaines ,
affecté de la peste, guéri par un abondant
épistaxis ; III , 419, 734. — Frictions mer-
curielles essayées par Paré contre la peste ;
III, 425. — Vésicatoires appliqués avec
succès au-dessous des phlegmons pesti-
férés ; III, 428. — Histoire de Paré lui-
même ; charbon pestiféré au ventre; III ,
436, 472. — Observations sur l’ouverture
des charbons chez les pestiférés, de I Hô-
tel-Dieu; III, 437. — Dissection de char-
bons disparus par métastase ; III, 437. —
Histoire du gouverneur des dames de
l’Kôtel-Dieu : charbon de peste à l’esto-
mac ; mort , autopsie; III , 439. — Obser-
vation d’un enfant suçant encore les ma-
melles de sa mère morte de la peste; II) ,
459. — Histoire d’un individu sain trans-
porté â l’Hôtel-Dieu comme pestiféré, et
mort de désespoir; III, 458. — Histoire
d’un prêtre de Saint-Euslache, qui , dans
le délire de la peste, tua trois malades à
l’Hôtel-Dieu ; III, 460. — Histoire de la
femme d’Amy Bâton, qui, dans le délire
de la peste , se jeta avec son enfant par la
fenêtre; III, 460. — Histoire de la fille
de Jean de Saint-Jean, atteinte de la peste
et guérie par cinq grains d’antimoine;
III , 465. — Histoire de la fille de Chaude
Piqué; abcès consécutifs à la petite vé-
role, avec carie du sternum et des épi-
physes; autopsie; III, 258.' — Histoire de
la petite fille de Bolin Marie : os des bras
et des jambes pourris et fracturés en suite
delà petite vérole; III, 258. — Le seigneur
de Guimenay devenu aveugle par la vé-
role ; III , 259. — Autopsie faite avec Ri-
chard Hubert : éruption variolique à l’in-
térieur du corps comme â l’extérieur;
III, 260.
— 19° Charlatans; maladies simulées ; traite-
ments simulés; guérisons bizarres. — His-
toire du juif fabricant de mumies, rap-
portée par Gui de la Fontaine; III, 4SI.
— Exemple d’un charlatan qui arrêtait le
sang avec des paroles ; lli , 65. — Histoire
d’un charlatan qui voulait guérir M. de
Martigues { Voyez aux pluies de poi-
TABLE
854
tritie.) — Histoire d’une grosse garse de
Normandie qui feignait avoir un serpent
dans le ventre; lit , 52. — Histoire d’un
coquin qui feignait avoir le bras spha-
céle; III, 46. — Histoire d’une cagnar-
dière qui feignait avoir un chancre à la
mamelle, démasquée par Jeh n Paré ;
III. 46. — Histoire d’un gros maraul qui
Contrefaisait le ladre, démasqué par Jehan
Pare; III, 47. — Rapport fait par Paré,
Pigray et Viart sur un gros maraut qui
feignait être sourd, muet et boiteux; III,
50. — Histoire d’une cagnardière simu-
lant une chute du rectum ( mal Saint-
Fiacre) démasquée par Flesselles; III, 50.
— Histoire d une femme qui riait et pleu-
rait sans motif; 99. — Histoire d’une
femme qui se croyaitempoisonnée par du
mercure; guérie par un bain où l’on avait
jeté du mercure ; tOO. — Histoire du curé
de Montlhéry se croyant empoisonné , et
guéri par ruse; )00. — Gentilhomme fou
voulant qu’on lui mît un autre cerveau;
100. — Histoire d’un homme qui croyait
avoir la vérole , guéri par des frictions si-
mulées; 100.— Fièvre quarte guérie par
une chute dans la Vistu le ; 95. — Phré-
nésie guérie par une chute dans la ri-
vière ; 96. — Phrénésie guérie sur un Gas-
con par une chute du deuxième étage sur
le pavé; 95. — Observation semblable sur
un gentilhomme; 103. — Fièvre quarte
guérie par un coup d’harquebuse sur le
capitaine Saint-Aubin; 95; III, 722. —
Exemple d’une jaunisse guérie par amu-
lette; III, 64. — Exemples de fièvres
guéries paroraison, mais revenantensuite;
III, 64.
Ojservalinns. — 20° Physique ; histoire natu-
relle ; démonologie. — crapaud trouvé vif
dans une pierre solide ; III , 43. — Histoire
d’un homme qui se lavait les mains avec
du plomb fondu, après les avoir mouil-
lées de son urine; III, 68. — Expérience
sur des autruches pour savoir si elles di-
gèrent le fer ; III , 518. — Expérience sur
la corne de licorne; preuve qu’elle n’a
aucune action sur les scorpions ; III , 470.
— Idem sur les crapauds; III, 505. —
Autre expérience sur lès bulles d’air qui
s’élèvent de la corne de licorne plongée
dans l’eau; on voit la même chose sur des
os de mouton ; III, 471 et 505. — Corne
du poisson vlétif donnée à l'auteur par
M. Le Coq ; III, 503. — Histoire des pas-
sereaux de Paré; III, 740. — Histoire
du singe du duc de Some; III, 756.—
Histoires fantastiques des mineurs d’Alle-
magne, racontées à Paré par un gentil-
homme du duc d’Ascot ; III , 56. — His-
toire d’un sorcier véritable vu par Am-
broise Paré ; III , 55 , 61. — Histoire d’un
individu tombé en délire après avoir
mordu dans une pomme ; 111, 63. — His-
toire d’un jeune gentilhomme possédé
du démon ; III, 63.
Obstruction. Obstructions naturelles et ac-
cidentelles de l’oreille; 11, 442; III, 103.
— Fièvre symptomatique venant d’ob-
struction ; III, 178.
Obturateurs. Figures d’obturateurs du pa-
lais ; II, 608.
Occident. Constantin y est le réformateur
des sciences médicales; par qui y était
cultivée la médecine avant le xie siée e ;
Int. xix. — La chirurgie y est complète-
ment oubliée au xiie siècle; Int. xxvr. —
Tempérament des O 'cidemaux; 51. — Na-
ture drivent cl’Oceident; 64.
Occiput. Ce que c’est; 204. — De l’os occi-
pital ; 208.
Octaine (fièvre); III, 156.
Odeur. Une mauvaise odeur chasse l’autre ;
III , 366. — Influence des odeurs sur l’é-
conomie ; III , 395.
Odorat; 57. — De quel secours il est au chi-
rurgien ; 93. — Théorie de l’odorat; 243.
OEdème; 320. — Définition, espèces diverses,
causes, signes; 341. — Terminaisons et
traitement; 342. — Cas remarquables de
plaies d’harquebuses. accompagnées d'œ-
dème ; II, 168. — OEdème résultant d’un
bandage trop serre; II, 283, 284. — Pro-
duit par une fracture ; II, 283. — OEdème
des yeux; II, 415.
OEil de bœur, de eochon , de chat, de loup,
de chèvre , de lion ; 83.
OE opiiage. Anatomie de l’œsophage; 201. —
Pronost c et traitement des plaies de l’œ-
sophage; 11 , 90. — Ulcères de l’œsophage;
II , 264. — Signes de la section de l'œso-
phage ; III, 653.
OEuts. Huile d’œufs pour les brûlures; II,
206. — Formation de l’œuf humain; II,
644. — Figure d’un monstre trouvé dans
un œuf ; III, 8. — Manière de faire l’huile
d œufs ; 111,625.
Officiers. Devoirs des officiers chargés de la
police en temps de peste; III , 377.
Oies. Présagent la pluie; III, 739. — Leur
stratagème pour échapper aux aigles ; III,
753.
Oignons. Leur efficacité dans le traitement
des brûlures ; II , 128, 204.
Oiseaux Les oiseaux piésagent les chan-
gements atmosphériques ; 111,738. — Leur
habileté à faire leur nid; leur sollicitude
pour leurs petits; 111,740. — Accouplement
des oiseaux; III, 746. — Educabililé des
oiseaux; 111,766. — Oiseaux qui parlent
et qui si fTleni ; III, 759.
Omagra ; III , 209.
Ombilic. Voyez Nombril.
Omentum; 135. — Réduction de l’omentum;
II , I0S.
Omoplate. Description de l’omoplate et de
ses muscles; 268 ; II, 309. — Fractures de
l’omoplate; signes de ces fractures ; réduc-
tion; II, 310. — Dangers des fractures du
col de l’omoplate; II, 311. — Pronostic
des luxations de l’omoplate; Il , 352.
Ongles. Leur origine ; 284. — Traitement
de l’ongle incarné; II, 467.
Onguents. Conseils de Fallope sur l’usage des
ANALYTIQUE. 855
onguents; 330. — Onguents pour les herpes;
340. — Pour les chancres ; 366, 367, 369. —
Pour les polypes; 378. — Pour les plaies du
Cuir musculeux ; II , 39. — Pour les plaies
par harquebuses; II, 1 54 . — Pour les plaies
envenimées; II, 191. — Pour la brûlure;
11,205, 206, 207. — Pour la gangrène ;
11,219. — Onguents hémostatiques ; II,
228. — Pour les plaies après amputation ;
11, 235. — Pour les ulcères iniempérés
secs; II, 251. — Pour les hémorroïdes ;
II , 276. — Pour la teigne; II, 408, 409. —
Contre la vérole; II, 543. — Pourdétr ire
les carnosilés rie la verge; 11,570, 574, 575.
— Pour les dartres; II, 597, 59S. — Pour
faciliter I enfantement; II, n73. — Pour
mettre sur le ventre des nouvelles accou-
chées; II, 708. — Pour arrêter le flux
menstruel excessif ; II , 773. — Contre la
grattelle ; II, 791. — Pour les maux de tête
des f bricitams; III. 185. — Contre la
goutte causée de pituite; III, 236, 237,
238. — Contre la goutte provenant d’hu-
meur cholérique; III, 242. — Contre les
nœuds des jointures ; Il 1 , 247. — 1 our la
rogne ; 111, 282. — Préservatif de la peste ;
III, 375. — Pour rafraîcbr les reins; III,
421, 422. — Onguent mercuriel pour fric-
tions; 111,426. — Onguents répercussifs
pour les bubons pestilentiels; III, 431. —
Onguents détersif' ; III , 433. — Pour ef-
facer les cicatrices; III , 443. — Onguents
contre les ecchymoses; III , 485. — On-
guents répercussils ; III , 535. — Attrac-
tifs; III , 536. — Résolutifs; III , 538.—
Suppuratifs; III. 540. — Narcotiques ; III,
544. — Epulotiques ; III, 545. — Défini-
tion, qualités diverses, ingrédients des
onguents ; 111, 563. — Manière de faire les
onguents : composition des onguents ré-
percussif, nulritum aureum ; III. 564. —
Telruphannacum,diapompholijgos,dessicca-
livum rubrum, coerulalum, album /iliuiis; iil,
565. — De alihæa , populeonis, uponlolo-
rum ; III , 566. — Ægyptiac, corniiissœ ;
III , 267. — De hedrus pour toutes les
morsures et les rhagadies de l’anus; III,
468. — Onguent contre la goutte rose ; 111,
607. — Contre les pustules ; III, 608.
Onyx. Ce que c’est; II, 418.
Opérateurs; Int., cxlvi.
Opiiiasis ; 82.
Ophthalmie; 320; II, 417. — Définition;
II , 426 ; III , 76. — Causes , signes et trai-
tement ; Il , 426.
Opiat. Opiat préservatif de la peste ; III, 370.
Opisthotonos. Ce que c’est; 443.
Opium. Ses propiiétés et son contre-poison;
III , 337.
Or. Inefficacité de l’or potable ; III , 512.
Ordf.iiic Vitalis. Mention qu’il fait d’une
matrone de Salerne; Int., xxiv.
Oreilles. Extrai t on des corps étrangers des
oreilles, 26; II, 442. — Description des
oreilles ; 247. — Tumeur des oreille' ; 379.
Traitement des plaie' des oreilles; II, S9.
— Ulcères des oreilles; 11,263. — Obstruc-
tion naturelle du conduit de l’oreille et sa
cure ; II, 442. — Causes de la surdilé; II,
601. — Moyens de masquer la perle de l’o-
reille; II , 610. — Figure d’une oreille ar-
tificielle ; II, 61 1. — Etat des oreilles chez
les b preux ; 111, 275.
Organes. Causes diverses des vices des or-
ganes ; obstacles que ces vices apportent à
l’action de l’âme ; II , 653.
Orgueil. Maladie des yeux; II, 416.
Oribase. Cité par Gariopontus ; Int., xxi.
Orient. Tempérament des Orientaux, 51. —
N dure du vent d’Orienl, 64.
Orifices du cœur; 192.
Orliac (Pierre d’), chirurgien à Avignon;
Int. , lxviii.
Orobon ; III , 772.
Orpin. Symptômes et antidotes de l’empoi-
sonnement par l’orpin ; III , 661.
Orpiment. Son action sur l’économie ani-
male , et contre-poison ; III , 343.
Orteils. Os des orteils, 304. — Muscles qui
meuvent les orteils ; 307. — Luxation des
orteils ; II , 401.
Orthographe. Recherches sur l’orthographe
de la langue française au xvie siecle;De
l’orthographe d’A. Paré; Int. , cccxl.
Orties de mer ; III , 738.
OuRAqnÉ. Recherches inutiles pour trouver
Pouraque; 171. — Sur ce conduit; II,
648, 663.
Os. Constitution de$ os, 34, 179. — Les os
n’ont point de sentiment, manifeste; 179.
— Des veines et des artères des os ; de
leurs différences ; 180. — Quels sont les
huit os du crâne ; 207. — Occipital, coro-
nal , pariétaux ; 208. — Os pétreux, sphé-
noïde, ethmoïde; 209. — Enumération des
os de la face; 229. — Anatomie de l’os
hyoïde ; 250 — Description de l’os sacrum ;
260. — De l’os du bras ; 278. — De ceux du
coude ; 280. — Du carpe . du métacarpe et
des doigts ; 282. — Os sésamoïdes ; 284. —
Os de la cuisse; 294. — De la moelle des
os ; 296. — Os de la jambe , 299. — Réca-
pitulation de tous les os du corps humain ;
308. — Connexion des os; 313. — Manière
de eonjoindre les os; 317. — Pionostic des
plaies des os; 433. — Du cal des os; 434.
— Figure d’une scie propre à couper les
os de ta tête ; II , 14. — Sur la réunion na-
turelle des os fracturés ; Il , 16 , 17, 18. —
Pronostic tiré de l’état des os dans les plaies
de la i été ; II, 27, 28. — Temps que met
le cal à se former; II, 33. — Altération des
os de la tête; II, 65. — Mortification des
os ; II , 213. — Section des os , 196; Il ,
223. — Ti alternent des fistules causées par
une carie des os; II, 272. — Fractures des
os; II, 294. — Courbure des os du crâne
et des côtes; courbure des os des mem-
bres sans fracture; II, 296 — Nécessité
de la connaissance de l’anatomie des os
pour ti ai ter les I raclures ; Il , 300. — Luxa-
tions des os ; II , 348. — Causes de la carie
des os; II, 580. — Symptômes; II, 581.
Traitement des os caries par les poudres
TABLE
856
et emplâtres catagmatiques ; II , 683. —
Par la rugination et la trépanation ; II ,
684. — Pronostic de la carie des os longs ;
II, 685. — Traitement de la carie des os
par les cautères potentiels ; II , 588. — Par
les cautères actuels ; II , 58'J. — Inconvé-
nients de la mauvaise application du cau-
tère actuel; soins à prendre pendant et
apres la cautérisation; II, 591. — Pesos
des nouveaux-nes sont très nvius ; II, 014.
— Formation des os chez le fœtus ; II, 65 1 .
— Cas d’un enfant sans os ; III, 23.
— Carie des os consécutive de la rou-
geole et de la petite- vérole ; III , 258. —
Distillation des os; III, 038.
Oseille. Son emploi dans le pansement des
morsures d’animaux enragés ; III , 310.
Ostéotomie ; 317.
Ouïe; 67. — De quel secours elle est aux
chirurgiens; 93. — Causes de la perte de
l’ouïe ; II, 601.
Oulæ. Ce que c’est; II , 418.
Ours. Comment ils se guérissent quand ils
ont mangé des pommes de mandragore ;
19; III, 737. — Monstre marin ayant la
tète d’un ours ; III , 771 .
Oxicrat pour les pestiférés ; ïll , 401.
Oximel ; III, 400.
OZ0ENA ; II , 200.
P
Padouf.. Université de Padoue; Int.,xxvm.
— Décadence de l’école de Padoue; Int.,
xlvii. — Léonard Bertapaglia jette quel-
que éclat sur cette école au commencement
du xve siècle; Int., lxxix. — I/Universilé
de Padoue revendique Bertapaglia, Arcu-
lanuset Monlagnana ; Int. , xcii. — Carac-
tères de l’école de Padoue ; Int. cxcvn.
Palais. Description du palais , 254. — Ulcè-
res du palais ; II , 202. — Causes des plaies
du palais qui nuisent à la parole ; 11,007.
— Moyens d’y remédier; II , 008.
Pales-couleurs. Causes des pâles-couleurs;
II, 779. — Symptômes et traitement ;
battement du cœur, boursouflure, ap-
pétit dépravé; II, 780. — Nausées , vomis-
sements, frisson;II ,781 . — Soupirs, gémis-
sements , ris , rêveries ; II , 782. — Eva-
nouissement; fièvre erratique; il , 783. —
Soif et altération ; insomnie et autres ac-
cidents , cure générale; II, 784.
Palette. Capacité des palettes de Paris; II,
38.
Palmiers. Accouplement des palmiers; III ,
702.
Palpitations, (fauses des palpitations de
cœur, 188.
Panache de mer; III, 773.
Panaris. Définition, causes , traitement, 420.
— Soins consécutifs , 421 .
Pancréas. Description du pancréas, 143.
Pannicule. Ce que c’est que le pannicule
charncux , 118. — Son utilité , 1 19.
Pansement. A quel intervalle doivent se suc-
céder les pansements des plaies par har-
quebuses ; II . 156.
Pantegni (le). Ouvrage de Constantin imité
du grand ouvrage d’Ali-Abbas ; Int., xxv.
— Rectification de cette hypothèse ; Ill,i\.
Panthère. Son antipathie pour la hyène ;
111 ; 701.
Papier. Époque de l’invention du papier de
chiffon ; Int. , lxx.
Papillots. Ce que c’est; III , 423.
Paracel-e. Sa naissance; lut., ccvm. — Ses
premiers travaux, ses incertitudes, ses
voyages; Int., ccix. — Scs premières ré-
formes , sa réputation ; Int. , ccx. — Idee
de sa doctrine et de son langage; Int.,
eext. — Cause de ses erreurs ; lut. ,ccxn.
Ses nouveaux voyages ; Int. , cciv. — Exa-
men de son génie; Int., ccxv.— Sa théorie
du corps humain ; Int. , ccxvi. — Sa thé-
rapeutique ; Int. ccxvii. — Ce qu’il dit de
la mamie; Int., ccxvm. — Résultats de son
système; Int., ccxxi. — Son étiologie des
tumeurs, 321 .
Paracentèse. Opinion des auteurs sur cette
opération, 397.— Manière d’operer, 399. —
Autre procédé, 400. — Détails historiques
sur la paracentèse, 401. — De l’emploi du
cautère dans la pa acentèse; III, 085.
Pa rac mastique (fièvre synoque) ; III , 95.
Paradis (oiseau de). Description et mœurs
de l’oiseau de Paradis; III, 783.
Paralampsis. Ce que c’est ; II , 4 1 S.
Paralysie. Définition , causes , curabilité.
447. — Traitement , 448. — Paralysie de
l’œil ; II , 414. — Des paupières ; 11 , 416. —
Causes et traitement de la paralysie de
la matrice; II , 792. — De quelle fièvre ta
paralysie est symptomatique ; 131. 191. —
Paralysie résultant du virus arthritique;
III , 221.
Parapiiimosis. Définition, causes , et opéra-
tion ; II , 459 , 554.
Parastates. Substance, situation, action
des paraslates ; 150. — Leur quantité, fi-
gure, composition , tempérament et nom-
bre ; 157.
Paravicini. Traducteurd’Abenzoar, Int., lx.
Paré (Ambroise). Obscurité qui entoure sa
vie; ses biographes; Int., ccxxm. — Sa
naissance ; Int., ccxxiv; Ill.ix.x. — Sa
famille; Int.,ccxxvi; III, x,xi. — Erreurs
de ses biographes; Int. , ccxxvin. — Ses
premières études; Int., ccxxix. — Son
séjour à l’Hôtel— Dieu ; Int. , ccxxxi ; III,
0S0. — Sa réception comme maître chi-
rursien-barbier ; Int., ccxxxin. — Sa pre-
mière campagne à la suite du maréchal
de Montejan ; lut., ccxxxn ; III, 689.
— Son mariage : sa seconde campagne
à la suite de M. de Rohan ; son emrevue
avec Sylvius ; Int. , ccxxxvi. — Son pre-
mier livre; Int.,, ccxxxvii. — Nouvelles
campagnes; Int. , ccxlii. — Etudes d’a-
natomie, publication de la Briefve col-
lection anatomique; Int., ccxliv. — Se-
conde édition du Traité îles plaijes cl’linr-
quebiiies; Int. , ccxlv. — Cures remar-
ANALYTIQUE. 807
quables ; Int., ccxlv. — Il est nommé chi-
rurgien ordinaire du roi; Int. , ccxlvii ;
III, 700. — Il assiste aux séges de Metz et
de Hesdin ; Int., ccxi.ix ; III, 700 et 709. —
Il e>t f : i 1 prisonnier; Int., xxl. — Périls
divers; il recouvre sa liberté; Int., ccu.
— Diffusion de sa doctrine sur les plaies
d’armes à l'eu ; Int. , cclii. — Sur la prio-
rité de sa découverte ; Int. , ccliu. — Ré-
ception d’Ambroise Paré au collège de St-
Côme; Int., ccLViu. — Railleries de Riolan
à ce sujet ; Int., ceux. — Premières tenta-
tives d'anatomie chirurgicale ; lut. , cclxi.
— Il recommence sa vie militaire; mort
de Henri II; Int., cclxii. — Mort de Fran-
çois II; Int., cclxiii. — Odieux soupçons
élevés à cette occasion contre A. Paré ; Int.,
cclxiv. — Publication de V Anatomie uni-
verselle et du Traité des plaies de têle ; Int. ,
cclxiv, cclxv. — Il a la jambe cassée;
Int., cclxvi. — Il assiste au siège de Rouen ;
Int., cclxvii ; III, 723. — Il est nommé pre-
mier chirurgien du roi; Int., cclxvih. —
Publication des Dix livres de chirurgie;
Int. . cclxix. — Il suit Charles IX dans les
provinces ; Int., cclxxi. — Il est atteint de
la peste; publication du Traité de la peste ,
de la petite vérole et rougeole; Int., cclxxii.
— Cures diverses; Int., cclxxiiu — Hom-
mages qui lui sont rendus; Int. , cclxxiv.
— Publication des Cing livres de chirurgie ;
Int. , cclxxv. — Première apologie contre
Le Paulmier; pamphlet du compagnon bar-
bier; Int., cclxxvi. — A. Paré était-il hu-
guenot? Int., cclxxviii ; III, xiv. — Publica-
tion des Deux livres de chirurgie ; second
mariage ; il est nommévalet de chambre et
conseiller de Henri III; Int., cclxxxu. —
Première édi lion ries œuvres complèles; op-
position de la Faculté ; Int., cclxxxiii. — At-
taques deschirurgiens de st-'.;ôme; paral-
lèle d’A. Paré et de Guy de Chauliac ; Int.,
cclxxxiv. — Conduite d’A. Paré dans les
nouvelles querelles des chirurgien- et de la
Faculté; Int., ccuxxvu. — Voyage en Lor-
raine; 2'édition des œuvres complètes; Int.,
CCi.xxxviil. — Le Discours delà Licorne;
IiU.,cclxxxix; III, 46S, 470. — Polémique y
relative; nouvellesattaques de Gourrnelen;
Inl.,ccxc. — L^agranie apologie; Int., ccxci.
— Allocution de Paré à l’archevêque de
Lyon ; Int., ccxciv. — Sa mort ; Int., ccxcv.
— Son portrait; son caractère; Int., ccxcvi.
— Son dévouement à la science, sa fortune ;
Int. , ccxcvti. — Son cabinet de raretés;
Int., ccxcvm. — Ses amis; Int., ccxcix. —
Anecdotes diverses ; Int., ccc. — Bibliogra-
phie d’A. Paré ; éditions françaises origi-
nales; Int., cecin. — Editions latines ; Int.,
cccxxvi. Traduciions anglaises; Int.,
cccxxvm. — Traductions hollandaises et
allemandes ; Int., cccxxix. — Composition
des ouvrages d’A. Paré; Int., cccxxx. —
S’il a eu des collaborateurs ? Int. , cccxxxi.
— De son style; Int ,cccxxxm. — Accusa-
tions de plagiat; Int., cccxxxv. — De l’ar-
rangementdes livres de sa collection, Int., 1
cccxxxvin. — De l’orthographe d’A. Paré;
Int., cccxl. — Caractère général de ses
écrits; Int., cccxlvii. — Leur influence ;
décadence et fin deson école ; Int., cccxlix.
— Valeur relative des diverses éditions de
ses œuvres; III, 1. — Valeur des traduc-
tions; III, 11. — Bibliothèques ou se trou-
vent ses traités; III, xv. — Sonnet placé
par A. Paré en tète de ses œuvres, III.
xxn. — Historique du monument élevé à
Paré dans la ville de Laval ; III, xxm . —
Cérémonie d’inauguration; III, xxiv. —
Description du monument et de la statue ;
III, xxv. — Discours prononcé dans cette
occasion par M. Pariset; III, xxvi. — Rela-
tion du voyage d’A. Paré au camp d’A-
miens ; III , 522. — Canons et règles
d’A. Paré; 111, 647. — Tentative d’empoi-
sonnement dirigée contre lui ; Il I, xiv, 662.
— Son voyage à Turin ; occasions qu’il y
eut d’exercer son art ; III, 6S9.— Comment
il fut amené à renoncera l’emploi de l’huile
bouillante dans le traitement des plaies
d’arines à feu ; III , 691 . — Relation de ses
voyages à Marolie et en Basse-Brelagne :
occasions qu’il y eut d’exercer son art;
témoignage que lui rend un médecin mi-
lanais; III, 692. — Cure de M. de Bris-
sac; autopsie faite en Bretagne; relation
de son voyage de Perpignan; III , 694.
— Relation de son voyagea Landrecies ;
III, 695. — Idem de son voyage à Boulo-
gne; cure du duc de Guise; Ili , 696. —
Relation de son voyageen Allemagne ; cure
d’un des soldats de la compagnie de M. de
Rohan; III, 697. — Relation de son voyage
à Danvilliers; cure d'un gentilhomme
de. la suite de M. de Rohan; III, 698. —
Relation de son voyage a Château-Le-
comte ; III, 699. — Cure de M. rie Mj-
gnane ; III, 701 . — Cure de M. de Martigues ;
III, 71 1. — Cure de M. de Vaudeville; III,
717. — Relation du voyage d’A. Paré à La
Fère après la bataille de Si-Quentin ; 111 ,
721. — Relation de son voyage au Havre-
de-Gràce ; III, 722. — Pronostic de la mort
du roi de Navarre ; III, 723. — Voyage de
la bataille de Dreux ; cure du comte u’Eu ;
III, 724. — Voyage à la suite de la bataille
de Montcontour ; cure du comte de Man-
sfeldt ; III, 725. — Voyage de Flandre ; cure
du marquis d’Avret; III , 726. — Voyage
à Bourges; III , 732. — Bataille de Saint-
Denis ; voyage a Bayonne ; III, 733.
Paremptosis. Ce que c’est; II , 419.
Parenchyme; 144.
Parfums. Traitement de la vérole par les par-
fums: accidents qui en résultenl ; dans quel
cas il faut y avoir recours ; II, 551. — Mode
d’administration; élémenlsprincipaux ; for-
mules ; Il , 552. — Parfums empoisonnés ;
III, 297. — Ce que c’esi que parfums;
combien d’espèces, ingrédients; III, 593.
—Modèles pour le cerveau, les nerfs, les
restes de vérole ; usage des parfums , ma-
nière,de parfumer; III, 594.
1 Paris. École de Paris; lnt.,xxvm. — Quand
TABLE
858
on commença à y conférer des degrés;
Int., xxix.— Eclat de l’école de Pari - sous
Lan franc , Pitard et Henri de Mondeville;
Int., xi.ix. — Sa décadence; Int., mi.
Pariset (M.). Discours prononcé par lui lors
de l’inauguration de la statue d’A. Paré à
Laval ; ,1 1 1 xxvi.
Parme. Ecole de Parme; Int., xxvm. —
Jean de Parme, chirurgien à Avignon;
Int., lxviii.
Parole. Inlluence des dents sur la parole;
232. — Excellence de la parole; 253. —
La parole est une des trois prérogatives
de l’homme ; III, 764.
Paronychie ; 320.
Parorasis. Ce que c’est ; II, 414.
Parotides. Leurs fonctions; 250. — 320. —
Définition ; causes; curabilté ; traitement
résolutif; 379. — Opération chirurgicale;
38o. — Guérison par le vif argent ; 381.
Parties. Des parties universelles et parti
culiéres , simples et composées du corps ;
108. — Origine et division de l’artère des-
cendant aux parties naturelles; 1 4 9. —
Des nerfs dis ribués aux parties natu-
relles; 150. — Substance, dimen-ion,
forme, composition, situation, connexion,
tempérament, usage de la partie houleuse
de la femme; i68.
Passionnaire de Garinpontus; Int., xxi.
Passions. Leur influence sur le corps; 78.
— Leurs rapports avec lui; 79. — Leur
influence sur la santé ; 97. — Sur la gué-
rison des plaies de la tête; II, 3S — Théorie
des passions; II, 061. — Influence des
pas-ions violentes sur l’avortement; II,
625, 714. — Sur la fièvre; III, 85. — Sui-
te développement de la peste; III, 376.
Pasténaque Accidents résultant de sa pi-
qûre ; III , 332. — Remèdes; III, 333
Pâtes pour noircir le poil; III, 610, 611.
Patte d’oie Ce que c’est; II, 678.
Paul d’Egine est inconnu aux Occidentaux
avant Guy de Chauliac; Int., lx. — Est
cité par Montagnana ; Int., xem — Est
retrouvé au xvc siècle; Int , cix. — Est
cité par Benivieni ; Int., cxvm. — Son
opinion sur les dragonneaux ; 424.
Paul Diacre. Son histoire de Constantin;
Int., xix.
Paupières. Description des paupières; 235.
— Brûlures des paupières; II, 208. —
Énumération des maladies des paupières;
II , 4 15. — Moyen de rehausser la paupière
supérieure; II, 420. — Prurit des pau-
pières; II, 424. — Conjonction congé-
niale des paupières; II, 679.
Pavie (Ecole de); Int., xxvm.
Pavot. Propriétés du pavot noir et son
contre-poison; III, 337.
Pax de Fabiano, premier inventeur supposé
du pap er de chiffon; Int., lxx.
Peau. État de la peau des lépreux ; III , 277.
— Remèdes pour blanchir et unir la
peau; III , 603, 606. Voyez Cuir.
PÊcnEUR. Comment il fait la cha-se aux
autres poissons; III, 754.
Pechyagra; III, 209.
Pecten. Ce que c’est; 168.
Pedicularis morbus; 82.
Pedium. Os du pediuui; 303. — Luxation
des os du pedium; II, 401.
Pelade. Ce que c’est; II, 405, 528, 531.
— Causes, signes et traitement; II, 534.
Voyez Alooécie.
Pélican. Figure de trois pélicans pour ex-
traire les dents; II, 452. — Recherches
sur cet instrument et sur l’orthographe
de son nom ; II , 453.
Pelletiers. Suture des pelletiers; 440.
Pelvis. Ce que c’est; 216.
Pempiiygodes; III, 110.
Pendaison. Signes indiquant qu’un individu
a été pendu avant ou après la mort; III,
660.
Censée. Définition; 58; II, 655.
Pensiles (verrues); II, 787.
Percy. Eloge qu’il fait de Gersdorf; Int.,
ccv. — Détails qu’il donne sur Ambroise
Paré; Int., cexxvn. — Ce qu’il dit sur la
composition des I ivres d'Ambroise Paré;
Int., cccxxxi. — Réfutation ; Int., cccxxxn.
— Son opinion sur le livre des Monstres
et Prodiges ; III , 1 .
Perdrix. Sollicitude des perdrix pour leurs
petits ; III , 745.
Pcregrin. Chirurgien à Bologne au xive
siècle; Int., lxi.
Perforation. Perforation vicieuse du gland ;
II, 460.
Peribrosis. Ce que c’est; II, 419.
Péricarde. Anatomie du péricarde; 187.
Péricr ane. Anatomie du péricrâne; 205.
Périnée. Ce que c’est; 161. — Causes des
fistules du périnée; 420. — Suture du
périnée; Il , 718.
Périoste. Ses fonctions; 109,205. — Alté-
rations du périoste ; II , 314.
Perirriiée. Ce que c’est; III, 202.
PÉlllSCYTIUSMOS ; III, 684.
Péritoine. Sa substance, son étendue, sa
figure , sa composition . son nombre ; 133.
— Sa situation, son tempérament , son
utilité, son extensibi ilé; 134. — Signes
de la rupture du péritoine; 405.
Perles. Vertu médicinale attribuée aux
perles ; III , 510.
Péroné. Luxation et disjonction du péroné;
II, 398.
Perpignan. Voyage d’Ambroise Paré à Per-
pignan ; III , 694.
Perroquets. Aptitude du perroquet à imi-
ter la parole ; III , 759.
Perversion de la matrice. Causes; 11,739.
— Signes . pronostic , traitement ; II , 740.
Pessairk. Première mention d’un pessaire
solide; Int., xcv. — Modèle de pessaire;
369. — Figures <J’un pessaire rond et d un
pessaire ovale; II, 742. — Historique du
mot et de l'instrument; II, 742, 743, 744.
— Figure d’un pe-saire à ressort pour te-
nir le. col de la m itrice ouvei t ; 11, 757. —
Pessaires pour les suffocations de la ma-
trice ; II, 757, 759. — Pessaires pour pro-
ANALYTIQUE.
859
voquer les menstrues ; II , 768 ; III , 447 ,
448, 859. — Pour arrêter le llux menstruel
excessif; 11,774; III, 559. — Description
et objet des pessaires; III , 559.
Peste. Cau-e de la promptitude de la mort
des pes ifé'és; 559. — Description de la
peste; son nom ancien; III, 350. — Acci-
dents qui raccompagnent; raison de leur
diversilé; noms divers de la peste suivant
ses accidents; III, 351. — Causes divines
de la peste ; III , 352. — Faits historiques
prouvant que ce fléau est le résultat de la
colère de D eu ; III , 354. — La peste recon-
naît deux causes naturelles : l" la coi rup-
tiun île l’air ; III, 356. — 2° L’altération des
humeurs résultant de la manière de vivre;
III, 360. — Dangeis de la fréquentation
des lieux infects et des pestiférés; III, 359,
376. — La pe te se communique plus faci-
lement aux individus de même espèce;
lit, 360. — Présages de la pe^te tires de
la conuplion de l’air ; 111, 362. — Présa-
ges de la peste tirés de l’exhalaison des
vapeurs terrestres; III, 364. — Cure pré-
servative de la peste; III, 365. — La peste
attaque plus facilement les individus à
jeun ; III , 366. — Pendant le soleil ; III ,
367. — Faux coi diales, électuaires, opials
et pilules préservatifs et curatifs de la
peste, III, 368. — Préservatifs externes,
III , 373. — Autres observances préserva-
tives; III, 375. — Devoirs dt-s magistrats
de police en temps de peste; rapidité
avec laquelle les cadavres des pestifé-
rés tombent en putréfaction ; III, 377.
— Comment doivent être choisis les mé-
decins , chirurgiens et apothicaires char-
gés de soigner les pestiférés ; lit , 378. —
Signes indiquant qu'un cadavre e-t celui
d’un pestiféré; III, 378, 679. — Signes de
l’invasion de la peste; 11 1, 381. — Pronos-
tic de mort; 111,384. — Signes indiquant
que la peste vient de la corruption de
l'air; III , 385. — Idem , de la corruption
des humeurs; III, 386. — Incertitude du
pronostic de la peste; III, 388. — Causes
de la fièvre pesi ilcntielle ; III , 39 1 . — Ses
signes et ses variétés; 111,392. — Cure gé-
nérale = de l’air et de I exposition ; 111, 393.
— Desaliments; 111,396.— Des boissons; III,
400. — P.ésolution que demande le traite-
ment de la peste ; III , 404, 412. — Il doit
commencer par l’administration des anti-
dotes; III, 404. — Antidotes du venin pes-
tilentiel . et de leur administration ; III ,
406. — Epilhémes ou fomentations pour
corroborer les parties nobles; III, 409. —
Désaccord entre les médecins sur l’oppor-
tunité de la saignée et de la purgation au
commencement de la maladie; III, 410. —
Cas exceptionnels où la saignée convient
et manières de la faire ; III , 412. — Pur-
gatifs ; III , 413. — Accidents et complica-
tions de la peste : dou eurs de tète , leurs
causes et traitement; III, 418. — Chaleur
des reins, et remèdes ; III , 421 . — Pustu-
les : leurs caractères et leurs causes ;
III , 423. — Leur traitement ; III , 424. —
Bubons : description . pronostic, traite-
ment; III , 427. — Desciiption , causes et
symptômes du charbon pestilentiel ; 111 ,
435. — Pronostic ; 111, 436. — Cure; III,
439.— Moyens d’apaiser le prurit et de
cicatriser l’ulcère; III, 442. — Moyen de
dissimuler la cicatrice; III, 443.— Moyens
pour faciliter l’évacuation du venin pesti-
lentiel par la sueur; 111 , 443. — Par le
vomissement; III, 444. — Par la bave,
l’expc location, l'éternuement et le mou-
chemcnt; III, 445. — Par l’éructation et
l’urine ; III, 446. — Par le flux menstruel;
III , 447. — Par les hémorroïdes; III , 448.
— Parle llux de ventre; III, 449. — -Par
la transpiration insensible; III, 454.- —
Traitement spécial des enfants atteints de
la peste; III, 455. —Tableau des désas-
tres causés par la peste; III, 457. — Motifs
de consolation tirés de la religion; 111,
461 . — De l’emploi de l’antimoine dans le
traitement de la peste; III, 465.
Pesth.emtieu.es (fièvres! ; III, 180.
Petit (,I.-L. . Description de ses fanons et
faux fanons ; II , 289.
Pétrarqu::. Ses regrets sur la splendeur ef-
facée de l’Italie ; Int. xr.vii. — Sa haine
contre les Arabes ; Int. xlviu.
Petrus Aponensis. Quels étaient ses hono-
raires; 21.
Petum; 22.
Peur. Evempledeson influence sur certains
malades; 94, 95, 96. — Influence de la
peur sur la menstruation ; II, 764. — Cas
de lièvre guérie par la peur; III, 722.
Peyrilhe. Son opinion sur les manuscrits de
Guy de Chauliac ; Int. lxiv.
Phagoue. Ce que c’est; 200.
Phalangosis. Ce que c’est; II , 4l6.
Pharmaceutique. Ce que c’est ; 23. — Emploi
des moyens pharmaceutiques dans le trai-
tement des fièvres; 111,86.
PnARYNX. Ce que c’est ; 255.
Philippe de Flesselles. Ce que lui a pris A.
Paré ; Int. cccxxxvi.
Philippe- le-Bel . Son ordonnance de 1311
lelalive à l’exercice de la chirurgie ; Int.,
exxv.
Phinion. Définition ; II, 750. — Traitement;
11,751. , .
Phimosis. Description, causes, et opération ;
11 , 459.
Phlébotome ; 389.
Phlébotomie. Origine de la phlébotomie ; 20.
— Son emploi dans le traitement de l’é-
rysipèle ; 338.— Quand elle convient dans
le traitement des plaies ; 437. — La phlé-
botomie a été enseignée à l’homme par
l’hii popotame; III, 737. Voy. Saignée.
Phlegml ; tempérament du phlegme; 39. —
Nature, consistance, couleur, saveur et
usage du phlegme; 42 — De quoi etcom-
ment il se fait ; son influence ; 43. — Quand
il se met en mou v ement; 44. — Du phlegme
contrenature; 46.— Caraclèresdcl’ho.nme
phlegmatique ; 47. — Ce qui peut donner
86o
TABLE
un tempérament phlegmatique ; 49. Voy.
Pituite.
Phlegmon ; 320. — Du phlegmon en général;
32G. — Du phlegmon vrai; 326, 327. —
De sa formation ; 327. — Ses causes; 32S.
— Ses signes , ses terminaisons ; cure du
phlegmon vrai ; 329. — Cure du phlegmon
dégénéré en abcès ; 332.
Phlyctènes ; Il , 417.
Phrénésie. Ce que c’est ; III, 76.
Phthisis. Quelle est cette maladie des yeux ;
II, 418.
Physiciens. Leur dédain pour les opérations
chirurgicales; Int., xlvi, xlvii.
Physiologie ; 62. — Physiologie du cerveau ;
215.
Physique. Théorie physique; II, 136.
Physocèle. Ce que c’est; 404 , 416; II , 796.
— Causes, signes , traitement ; 416.
PlCA ; II. Voyez Appétit dépravé.
Pie. Présage tiré de ses cris ; III, 739. — Ap-
titude des pies à imiier la voix humaine ;
III, 769.
Pie-mère. Anaiomie de la pie-mère ; 212.
Pied. Os du pied; 302. — De la forme du
pied; 304. — Muscles mouvant le pied;
305. — Fraciures des orteils des pieds; II,
321. — Fractures des os du pied; II. 347.
— Luxation des os de la plante du pied ;
II, 401. — Causes de la puanteur des
pieds; II, 601. — Figure d’une bande pour
aider à lever le pied ; II , 621. — Verrues
des pieds; II, 7S9. — Figure d’un monstre
ayant quatre pieds, quatre bras, et deux
vulves; III, 18.
Pied-bot. Causes, variétés et redressement
du pied-bot ; II, 613.
Pied de oiuffon. Figures de deux instru-
ments dits pieds de grillons pour extraire
la tête d'un enfant demeurée dans la ma-
trice; II, 706. — Figure d’un pied de grif-
fon pour extraire les môles; II, 729.
Pierres. En quel endroit du corps elles s’en-
gendrent ; leurs causes matérielles et efli-
cientes; mode de formation ; II , 461. —
Symptômes de la présence d’un calcul dans
les reins et dans la vessie; manières de
sonder; II, 462. — Degré de certitude
de ce diagnostic; II, 463. — Pronostic des
pierres ; II, 464. — Caractères des pierres
rénales et vésicales ; II , 465. — Les fem-
mes sont moins sujettes à la pierre que les
hommes; II, 466. — Cure préservative ;
II, 467. — Moyens pour faire descendre
un calcul engagé dans un des uretères;
1 1 , 470. — Moyens pour expulser la pierre
descendue dans la vessie; 11,472.— Moyens
pour expulser la pierre demeurée au col
de la vessie ou au conduit de la verge; II,
473. — Manière d’extraire par incision les
pierres de la vessie des enfants mâles ; II,
475. — Autre moyen d’extraire une pierre
engagée dans le conduit de la verge en in-
cisant ce conduit; II, 474. — Manière de
traiter la plaie résultant de cette incision ;
II , 475. — Extraction de la pierre aux hom-
mes par le grand appareil : soins préala- *
blés , position du patient; II , 478. — In-
troduction de la sonde ; II, 480. — Incision ;
II , 481. — Introduction du conducteur ; 11,
482. — Dilatation de la plaie; Il , 484. —
Extraction de la pierre ; II, 485. — Brise-
ment de la pierre trop grosse; II , 488. —
Pansement de la plaie après l’extraction ;
II, 489. — Position à donner au malade
après l’opération; II, 491. — Trailement
consécutif; II, 492. — Moyens de guérir
les ulcères par lesquels l’urine passe en-
core long-temps après l’extraction ; II, 493.
— De l’opération de la pierre chez les fem-
mes; II, 495. — L’opération de la pierre
est une câuse de stérilité; II, 731. — Pier-
res de la matrice; II, 792. — Causes, signes
et trailement; 11, 793. — Hérédité de la
pierre ; III , 28. — Relation de l’extraction
d’une pierre ayant uneaigui Ile pour noyau;
III , 29. — Figure de plusieurs pierres ex-
traites de la ves>ie ; 111,30, 31, 41. — Cas
de pierreengendréedans les reins ; III, 31.
— Dans la matrice, le cœur, le genou, les
intestins , sous la langue; III , 32. — Co-
lonnes de pierre fondue; III, 500. — Pierre
tombée du ciel ; 111, 79o.
Pierre, chirurgien de Montpellierau xiv'siè-
cle ; Int., lx iii.
Pigeon. Efficacité du sang de pigeon dans
les maladies des yeux ; III, 488. — Les pi-
geons présagent le vent et la pluie ; 111 ,
739.
Pilules. Contre la goutte; III, 227, 228. —
Préservalives de la peste; III, 37 1 , 372. —
Contre la peste; IIP 4 1 4.
Pince. Figure d'une pince ; II, 16. — Figure
de pinces pour enlever les esquilles d’os ;
II, 585.
Pine ; III , 776.
Pineau. Extrait de son Opusculum pltysiolo-
gicum et auatomicum relaiif à la diduction
des symphyses pubiennes; II, 666.
Pinothère. Ses moeurs; 776.
Piqûre. Danger de, la piqûre des nerfs; II,
112. — Traitement ; II , 113. — Exemple ;
II, 115. — Des gangrènes résultant de pi-
qûres,- II, 212, 216. — Cure des piqûres
des bêtes venimeuses; III, 300. — Régime
à suivre dans le traitement des piqûres
des bêles venimeuses ; III , 312. — Piqûre
de la bupreste; III, 320. — Des scorpions;
III, 323. — Des mouches et des chenilles ;
III, 324. — Des araignées; III, 326. — De
la murène; 111,331. — De la vive et de
la pastenaque ; III, 332.
Pikassoipi. Description du pirassoipi ; III,
501.
Pissement. Des pissements de sang ; II, 499.
Pistolet. Figure du pistolet à ressort pour
les incisions ; 334.
Pitard. Détails biographiques sur ce chirur-
gien ; Int., XLIX.
Pituite. Tumeurs qu’elle engendre; 341. —
La pituite peui engendrer une rétention
d’urine; II, 497. — La pilu le est le fon-
dement du virus vérolique 11, 630. — La
pituite est après le sang l’humeur la plus
ANAtttlQCÊ.
abondante; III, il 8.— Fièvres pituiteuses;
III , 138. — Signes indiquant que la pi-
tuite accompagne le virus arthrilique ; III,
218. — Topiques contre la goutte causée
de pituite; III , 235. Voyez Phlegme.
Pladarotis. Ce que c’est; II, 416.
Plagiat. Accusations de plagiat portées con-
tre A. Pare; lot. , cccxxxv. — Considéra-
tions sur !e plagiat ; In*., cccxxxvi , tu.
Plaies. Comment elles étaient envisagées
par Paracelse ; Int., ccxvm. — Traitement
des plaies par l’eau pure ; 97. — Delini-
tion ; 430. — Table desdilîérencesdes plaies;
431. — Causes, signes et jugements des
plaies ; 432. — Pronostic des plaies ; 433 ;
III, G52. — Traitement des plaies en géné-
ral ; 435. — Sutures des plaies ; 438. — Du
flux de sang qui survient aux plaies ; 440.
— De la douleur qui survient aux plaies ;
442. — Du spasme ; 413. — De la paraljsie;
447. — De la syncope ; 450. — Du délire ,
451. — Pronostic des plaies de tête ; II|;
26, 31, 33. — Soins généraux a donner aux
plaies de tête ; II, 33. — Traitement des
plaies simples du cuir musculeux ; Il , 39.
— Traitement des plaies du cuir muscu-
leux faites par morsure; II, 41. — Plaies
du cerveau ; II, 70. — De la face ; II, 73. —
Des sourcils; II , 75. — Des joues ; II , 82.
— Du nez ; H, 86. — De la langue; II, 88.
— Des oreilles ; II , 89. — De la poitrine ;
II, 94.— Traitement des plaies de poitrine;
II, 100. — Plaies de l’épigastre: II, 104.
— Traitement de ces plaies; II , 106.
— Plaies des aines et des testicules; II,
109. — Des cuisses et des jambes; II , 110,
— Des nerfs et des parties nerveuses ; II ,
III. — Traitement de ces plaies; II, 112.
Plaies des jointures ; II , 1 17. — De la si-
tuation a donner aux parties blessées; II,
119. — Plaies des ligaments; II, 120. —
Plaies faites par harquebuses; II, 143. —
Action du froid sur les plaies ; II , 177. —
Traitement des contusions avec plaie ; II,
198. — Bandages des fractures avec plaies;
II , 283 , 303. — Fracture à la jambe avec
plaie; II, 328. — Caractères des plaies fai-
tes avant ou après la mort; III, 659.— Cas
de plaie pénétrante du cerveau; III, 695.
Plaines. Tempérament des habitants des
p!aines ; 52.
Plaisance (Université de); Int., xxvm.
Planches. Choix et exécution de celles de
celle édition ; Int., vm.
Planètes; III , 789.
Plantes. De l’àme des plantes; 33. — Médi-
caments tirés des plantes ; III, 522. — Plan-
tes vénéneuses ; III , 334. — Répercussives ;
III, 534. — Parties diverses des plantes em-
ployées en médecine; 1 1 1 , 635. — Accou-
plement des plantes; plantes antipathi-
ques ; III , 762.
Pi.atearius. Est cité par Lanfranc ; Int., xlvi;
III, vt.
Plâtre. Son action sur l’économie animale,
et contre-poison ; III , 344.
Platycoria. Ce que c'est ; II, 418,
86 1
Pléthore. Ce que c’est; 73, 87. — Est une
eau-eantécéaeme de toute maladie;III, 96.
Pleurésie. Définition; 391; II, 76.— Causes,
traitemem chirurgical; 39!. — Exemple de
guérison spontanée; indices de la pleurésie;
893. — Diagnostic de la pleurésie; 111, 80.
Pleurocèle. Cequec’esi; 394.
Plèvre. Description anatomique de la plè-
vre ; 182.
Plexus choroïdes. Ce que c’est; 200, 215.
Pline. Cité par Benivieni; Int., cxvm.
Plistonicus. Médecin cité par Gariopontus ;
lut., XXV.
Plomb. Emploi des lames de plomb frottées
de vif-argent dans le traitement des Ulcè-
res ; 370. — Affinité du plomb avec le corps
de l’homme; 11, 311. —Moyens de toucher
du plomb fondu sans se brûler; III, 67.
Action de la limaille de plomb sur l'éco-
nomie animale, et con Ire-poison ; ni, 343.
— Innocuité du plomb; III, 347. — Vertus
et usage des eaux plombées; III, 507.
Plombièue. Efficacité des eaux de Plombicre
contre les fleurs blanches et chaudepisses ;
Il . 728. — Propriétés des eaux de Plom-
hiére; 111, 698.
Plumasseaux. Ce que c’est; II, 291.
Pluie. Qualités de l’eau ne pluie; III, 403.—
Pluies surnaturelles; III, 791.
Pneumatocèle; 341.
Poche. Pronostic tiré de la rupture de la po-
che des eaux; II, 663.
Podagra ; III , 209.
Podaure. Considéré par les anciens comme
inventeur de la chirurgie; 18.
Poids. Différence du poids d’un homme mort
et d’un homme vivant; II , 696. Poids
employés en pharmacie; 111 , 551. — Ma-
nière de les écrire; III, 552.
Poignet. Luxations du poignet; II, 385.
Poils. Le poil ne croit jamais sur les cicatri-
ces ; II , 406.— Histoire d’un cœur et d'une
loupe remplis de poils ; III, 4 1 .—Propriétés
vénéneuses du poil des chais; III, 333.
Point doré ; 4 1 1 . — Seconde manière et ligure
des instruments propres à le faire; 4 1 2.
Troisième manière; 4 13.
Pois. Figures de pois à cautères en métal ;
III, 227.
Poisons. Voyez Venins.
Poissons. Poissons venimeux : murène ; III ,
330. — Vive ; III. 331. — Tarcronde ou pas-
tenaque; III, 333. — Aetion de la pesiesur
les poissons d’eau douce; III , 357. — Les
poissons présagent les changements atmo-
sphériques ; lit, 738. — Pourquoi ils na-
gent contre le fil de l’eau ; III, 739.— Pois-
sons volanls; III, 775.
Poitrine. Signes des plaies de la poitrine;
II, 94. — Cure des piuies de poitrine ; II.
100.
Poivre. Description du poivrier; vertus du
poivre; III, 628.
Police. Devoirs des magistrals et officiel s pu-
blics chargés de la policeen temps de peste ;
III , 377.
Polypes ; 82. — Description ; cinq espèces de
TABLE
862
polypes ; traitement palliatif ; arrachement;
378. — Cautérisation ; 379. — Polypes de la
matrice ; II, 786.
Pommes de senteur; II, 167; III, 373, 374.
Pommettes. Ce que c’est; II, 418.
Ponction des intestins gonflés de gaz; II, 107.
— Des membranes de l'oeil dans les cas de
cataracte et d’h;popion; II, 526.
Porales (verrues) ; II , 787.
Porcs. Se purgent en mangeant des écrevis-
ses ; III, 737. — Leur compassion entre eux;
III , 752. — Peur qu’ils inspirent à l’tlé—
pbant; III, 760.
Porosis. Ce que c’est; II, 415, 417.
Porreaux. Leur traitement; 358.
Portail; Int., ccxcm.
Porte-ligature, l igure d’un porte-ligature
pour lier l’uvule; 385.
Portugal. Etat de la chirurgie en Portugal
au xvie siècle; Int., cclxxxv.
Possession. Puissance des possédés; III, 55.
— Ce qu’ils font; III, 62. — Exemples de
possession ; III, 63.
Potence. Figure d’une potence à siège pour
les boiteux ; Il , 62l.
Potion pour les grandes contusions; II, 196,
197. — Préservative de la pierie ; II , 469.
— ^Potion vulnéraire ; II, 693. — Potion pour
hâter l’accouchement; II, 676. — Potion
narcotique ; III , 420.
Poucier. Figure d’un poucier de fer-blanc
pour tenir le pouce élevé; II, 613.
Poudre. Si la poudre est vénéneuse; II, 128.
— Preuves tirées de sa composition ; II,
132. — Onguent pour les taches de poudre
à canon ; II, 207. — Indélébilité des taches
de poudre à canon; II, 208.
Poudres pour l’hydropisie ; 396. — Pour les
plaies du cuir musculeux ; II , 39. — Pour
les plaies de la tête ; II, 44. — Pour les ex-
croissances de la conjonctive; II, 79. —
Pour les plaies des jointures ; II , 117, —
Pour les grandes contusions; II, 197. —
Poudres hémostatiques; II , 229. — Pou-
dres pour les ulcères du nez; II, 261. —
Préservative de la pierre; II, 469, 470. —
Pour détru re les carnosités de la verge;
II, 570. — Pour cicatriser les ulcèies de
la verge après 1 ablation des carnosités;
II, 577. — Poudres calagmatiques ; II,
583. — Régénératrices de la chair; 11, 593.
— Pour faciliter l’accouchement; II, 675,
676. — Contre les tranchées; II, 708. —
Contre la goutte ; III, 228. — Aromatiques
préserralives de la peste ; III, 374. — Cor-
diales contre la peste ; III , 398. — Sudo-
rifiques ; III, 407. — Poudre contre le flux
de ventre; III, 451. — Dentifrices; III,
591 , 692.
Poulain. Histoire d'un poulain ayant une
tète d’homme; III, 4, 44.
Poulains. Ce que c’est; II, 528. — Causes
et traitement des poulains ; H, 578.
Poules. Présagent les changemeuts de
temps; III, 739. — Sollicitude des poules
pour leurs petits; III, 747. — Les poules
ont horreur du renard; III, 761.
Pouls. Degré de certitude du pronostic tiré
du pouls; II, 31. — Diagnostic du pouls;
III, 80.
Poumons. Description anatomique des pou-
mons; 185. — Raison de leur légèreté ; 187.
— Pronostic des plaies des poumons; 433 ;
II, 102. — Symptômes des blessures des
poumons; II, 95; III, 653. — Hernie du
poumon; II, 100. — Ti aitement des plaies
du poumon; II, 102. — Pourquoi les
plaies du poumon dégénèrent en fistules;
II, 104. — Moyens de préserver les pou-
mons des ravages de la petite-vérole ; III,
262
Pourpre; III, 110, 351. — Caractères et
causes du pourpre; III, 423. — Traite-
ment; III , 424.
Pourrisseur. Accidents qui résultent de sa
morsure ; remèdes ; III, 315.
Poussoir. Figure d’un poussoir pour extraire
les dents; II, 452.
Poux. Où et comment ils s’engendrent; in-
commodité qu’ils causent; manière de les
détruire ; 111, 270. 348.
Pratique. Importance de la pratique en
chirurgie; 7 ; III, 687, 68S.
Précipitation de la matrice. Causes ; II, 739.
— Signes; pronostic; traitement; 11, 740.
Prédestination. Théoiie de 1a prédestina-
t on ; II, 653.
Prépuce; 1 62. — Pronostic des plaies du
prépuce; 433. — Manière de rallonger le
prépuce des circoncis ; 11, 458. — Des di-
verses constrictions du prépuce et des
moyens d’y retnéd'er; II, 459.
Pressis. Press s restaurants; 398. 399.
Prêtres. Exerçaientla médecineau viesiècle;
Int., xviu.
Prévôt. Ordonnance du prévôt de Paris de
1 254 , relative aux chirurgiens , Int., exxu.
— Son ordonnance de 1301; Int., exxiv.
— Sa commission de 1423 en faveur des
chirurgiens; Int., cxlui.
Priapisme. Définition; II, 556. — Traite-
ment; II, 557.
Phiapisques. Ce que c’était ; II, 742, 751.
Printemps. Tempérament du printemps; 37.
— Aliments dont I faut user dans cette
saison; 69. — Le printemps est l’époque
de l'accoupiement des animaux ; 111, 746.
Priscien (Théodore), principal gui le de Ga-
rmpontus; Int., xxi. — Copié pur lui.
Int., xxii. — Est probablement le Théo.
doric cité dans le livre de Trolula; Int.,
xxiv. — Emploie le premier les mots cau-
lerizare et tjaraarizare ; III, iv.
Prodiges. Définition; III, I.
Professeurs. Leursalaire dans les anciennes
écoles; Int., XXIX.
Professions. Leur influence sur le tempé-
rament; 61. — Indications à prendre de
la profession ; 86.
Pronation. Pronation du bras fracturé; II ,
320.
Pronostic des plaies en général ; II, 25 ; III,
652. — Des plaies de la tête; II, 26, 31 , 33.
— Des plaies de l’épigastre et des parties
ANALYTIQUE.
y contenues; II, 105. — Des gangrènes;
TI, 216. — Des ulcères de la vessie; II, 26G,
5C7. — Des ulcères de la matrice; 11,267.
— Des fistules; II, 27 1 . — Des fractures
des os en général ; H , 297. — Des luxa-
tions en général ; II, 351. — Des luxations
de l i hanche ; II, 387, 389. — De chacune
des luxations de la hanche en particulier;
II, 389. — Des pierres; Il , 464. — De la
rétention d’urine; II, 504. — Des ulcères
des reins; II, 507. — Des chaudes-pisses;
II, 559 — De la carie des os longs; II , 585.
— De.' suffocations de la matrice; 11,753.
— De la fièvre en général ; 111 , 79, 8 1 . —
De la rage ; 111, 308.
Proptosis. Définition ; II , 418, 427. — Cau-
ses, traitement ; II , 428.
Prosphysis. Ce que c’est; II, 416, 419.
Prostates. Substance, tempérament, quan-
tité, figure, composition, nombre, con-
nexions, usage; 158.
Prunelle. Enumération des maladies de la
prunelle ; II, 418.
Prurit. Causes et traitement du prurit qui
survientaux fractures; 11,304.— Pruritdes
paupières, II, 424. — Du pruritde la ma-
trice et du siège; II, 79o. — Causes et trai-
tement; II, 79i. — Remèdes contre le pru-
rit consécutif de la petite vérole; III, 263.
— Prurit éprouvé par les lépreux; III, 277.
— Prurit qui accompagne le charbon ;
III , 441. — Sa cure; 111, 442.
Psora. Ce que c’est; 48.
Psorophtiialmie. Ce que c’est; II, 415.
Pterygion. Ce que c’est; II, 417.
PTERYGOiDES; 2()9.
Pterygomata. Ce que c’est,- 168.
Ptiiiriasis. Ce que c’est; II, 416.
Ptij.osis. Ce que c’est; II, 4 1 5.
Ptolémés. Son Almageste; Int. xxvn.
Puanteur. Causes de la puanteur de l'ha-
leine et des aisselles ; II, 600. — Idem des
pieds et de la sueur ; II, 601 .
Puberté. Age et symptômes de la puberté;
II, 770, 779.
Pubis. Ecartement delasymphyse pubienne;
II, 665.
Puces. Le vif-argent les tue ; III, 348. — Les
puces présagent la pluie; III, 739.
Puérilité. Influence de la puérilité sur le
tempérament ; 36.
Puits. Qualités de l’eau de puits ; III, 403.
Pultes. Caractères, ingrédients, utilité,
exemples de pultes maturative, mondifi-
cativ.e ; III, 576.
Punaises. Le vif argent les tue; III, 348.
PUNA1SIE ; 82 ; II, 260.
Pupille. De la dilatation de la nupille et des
moyens de la réduire; II, 434
Purgations. Leur emploi dans le traitement
des plaies; 437. — Les purgations sont
mauvaises au début de la vérole; II, 535.
— Llem au commencement de la fièvre
synoque; III, 99. — Emploi des purga-
tions dans le traitement de la goutte ;
III, 223, 234, 252. — Inopportunité de la
purgation au début de la peste ; III, 410.
863
— Purgatifs contre la peste; III, 413.Voy.
Menstrues.
Purpurée (fièvre); III, 110, 180.
Pus. Ce que c’est; II, 244, 247. — Figure
d'une seringue pour vid r le pus des oreil-
les ; U, 263. — Du pus qui peut être
évacué par les urines; Il , 498, 5o5. —
Signes auxquels ou reconnaît d’ou il vient;
11, 499, 500,502, 506.— Curation ; II, 5"6.
— Du pus évacué pai les voies supérieures;
II, 503. — D’où provient le pus des chau-
des-pisses ; U, 559.
PusiuLES; 320. — Remèdes pour prévenir
les pustules des brûlures ; II, 205. — Ca-
ractères et causes des pustules pestilen-
tielles ; III, 423. — Traitement ; III , 424.
— Onguent contre les pustules; III , 608.
Putréfaction du fœ'us dans la matrice ; II,
627, 697. — Théorie de la pulréfaction ;
II , 697. — La putréfaction est une cause
de lièvre; III, 78. — Eléments de la pu—
Défaction; ill, 103. — Fièvre symptoma-
tique de putréfaction ; III, 178. — Action
des corps en putréfaction sur les qualités
de l’air; III, 356. — Pourquoi la pu ti é—
faction de l’air n’engendre pas toujours la
peste; III, 358.
Putrides (fievres) ;*III, 100.
Pu.ore. Des Option du pylore; 138.
Pyosis. Ce que c’est ; II, 418.
Pyoulcos. Figure d une seringue dite pyoul-
cos pour vider le pus des oreilles ; 11 , 263.
Pykomanciens ; III, 60.
Q
Quarte ( fièvre ); III, 116, 117, 147, 153,
158, 166.
Quintaine ( fièvre ); III , 156.
Quotidienne (fièvre); III, 116,117, 138,
142, 166.
K
Rachis. Causes des déviations du rachis ; II,
350.
Raciusagra ; III , 208.
Racines. Alt actives; III, 536. — Résolu-
tive' ; 111,538. — Emollientes; III, 540. —
Détersives ; III, 542. — EpuloUques ; III,
515. — Distillation des racines; III, 638.
Radius. Description du radius ; 281.— Luxa-
tion isolée du radius; II, 385.
Raffe ( Bienvenu). Son époque,- son traité
des maladies des yeux ; Int. , lxviii.
Rage. Prétendu remède contre la rage; III,
65. — Pourquoi les chiens deviennent
pj h tôt enragés que les autre' animaux; III,
304. — Signes indiquant qu’un chien est
enragé; III , 305. — Symptômes de la rage
chez l’homme; III, 306. — Pronostic (le
la rage ; III , 308. — Développement spon-
tané de ta rage chez l'homme ; traitement
delà morsure d’un chien enragé; III, 309.
— Régime que doivent suivre les gens
mordus par un chien enragé; III, 812.
TABLE
$64
Raifort. Emploi du raifort dans le traite-
ment des charbons; III, 440.
Raimond de Molières. Gu y de Chauliac étudie
shus lui à Montpellier ; Int. , lxi.
Raimond de Vinario. Cniiiiuitedcce médecin
pendani la peste d’Avignon; Int., lxiii.
Raison. La première des trois actions a 0,011-
laires; 58. — Délinilion de la raison; II,
655, 659. — Siège de cette faculté; II ; 000.
— La raison est une des trois prérogatives
de l’homme; III, 764. — Excellence de la
raison ; III , 7G5.
Ranula. Voyez Grenouilletie..
Raphanidon. Espèce de fracture; II, 295.
Rapiii. Ce que c’est; 161.
Rapport sur des infirmités simulées ; III ,
50. — Qualités nécessaires au chirurgien
chargé de faire un rapport en justice ; III,
G51. — Diagnostic et pronostic des plaies,
III , 652. — Signes des lésions du cerveau;
des fractures du crâne; des blessures de
la tiachée-arleie, de l'oesophage, du tho-
rax, du poumon, III. G53. — Du cœur,
du diaphragme, de la veine cave, de la
grande a, 1ère , de la moelle épiniere, du
foie , de l’estomac, de la rate, des intes-
tins, des rognons, de la vessie, des uretè-
res; III , G54. — De la matrice , des nerfs :
rapport concluant à une mort inévitable,
rapport concluant à une mort probable;
111, 655. — Rapport concluant à une in-
firmité incurable; rapport concluant â
une mort possible, et en tout cas à une
intirmité ; III , 656. — Rapport déclarant
que ie sujet a dû mourir subitement de ses
blessures ; quelles doivent être les conclu-
sions d'un rapport, le casétantdonné d'un
coup orbe qui aura rompu et enfoncé les
veitèbres de l'épine ou fait plaie en la
moelle; III, 657. — Rapport sur une femme
grosse blessee au ventre , concluant a la
mort ; signes dont on peui conclure qu’un
enfanta été étouffé; signes indi ; uanl qu’un
homme est mort frappé de lafoudre; lit,
658. — Signes indiquant qu'un inuividu
est mort de la peste; que les blessures
d’un cadavre ont été laites avant ou après
la mort; III, 659. — Signes indiquant
qu’un individu est mort par pendaison, ou
par submersion ; III, 660. — Symptômes
et antidotes de l’empoisonnement par la
salamandre et l’orpm , III, 661. — Rapports
sur la question de savoir si une fille est
vierge; 111, 666. — Les rapports sur l’im-
puissance ne peuvent rien prouver; III,
668. — Rapport sur un sujet trouvé lépreux
et sur un autre soupçonné à tort de l’être;
III ,669.
Rasoir; 389. — Figure d’un rasoir pour in-
ciser le cuir chevelu; II, 7. — Figure
d’un rasoir à deux tranchants pour 1 opé-
ration de la pierre; Il , 476.
Raspatoires. Figures des divers raspaloires;
II, 10, II.
Rat. Histoire d’un rat enfanté par une
femme ; III, 36.— Antipathie que les rats
inspirent à l'éléphaut , III , 760. — Anti-
pathie des rais et des belettes; III , ?oi.“
Manière de combattre du rat d’Inde; III,
751, 760. — Peur qu’il inspire au croco-
dile ; III , 751.
Rate ou Râtelle. Substance, volume, figure,
composition, connexion, tempérament,
action et utilité de la rate ; 146. — Cautéri-
sation de la raie; III, 685 — Sgnes et
pronostic des lésions de la rate; II, 105 ;
111,654. — Traitement; II, 109. — Pré-
tendu remède pour la rate; III, 65.
Ratiocination. Voyez liaison.
Read (Jean). Sa traduction du traité de
Jean de Ardern sur la fistule a l’anus;
Int. , lv.
Reagal. Son action sur l'économie animale
et contre-poisons; III, 343.
Réclusion. Condition favorable en temps
de peste; III, 393
Rebouteurs. Ce que c’était; Int. , clxviii.
Rectum; 140 — Rétention d’urine résultant
d'une inflammation du rectum; H , 497.
Réduction des intestins; II, 107. — De l’o-
menlum; II, 108. — Quand il faut ré-
duire les membres rompus ou luxés; 11,
300. — Procédé de réduction des f aclures
et luxations; II, 301. — Réduction des
fractures du nez ; II, 306. — De la mâchoire
intérieure; II, 307. — De l’os clavicu-
laire ; II , 30s. — De l’omoplate ; II, 310.
— Duslernum; II, 311. — Des os de la han-
che; du coccyx; II, 316. — De i’os du bras;
II, 317. — Signes de la rfduction des luxa-
tions ; II , 354. — Réduction de la mâchoire
luxee eu ia partie antérieure des deux
côtés; II, 358. — De la mâchoire luxée
d’un seul côté; 11,359. — Des luxaiions
des vertèbres du c >u; II, 362. — Des luxa-
tions extérieures de l’épine dorsale; II,
363. — Des luxaiions du coccyx; de celles
des côtes; II, 367. — De l’épaule, procid s
divers; il, 369 à 379. — Réduction des
luxaiions du coude; II, 382, 383. — De
l’apophyse styloide ; II, 385. — Des os du
carpe, ou métacarpe et des doigts ; II, 386.
— Des luxations de la hanche; 11, 392 à
395. — De la rotule ; II, 397, 398. — Des
luxations des deux os de la jambe et de
celles du talon ; II, 399. — Des luxations
de l’os astragale, des os du tarse, du pé-
dium, de la plante du pied et des or eils ;
II, 401. — Réduction de 1 1 pupille ; II, 434.
— De l'alvéole après l’extraction des dents;
11, 454. — De la matrice; II, 740, 74 1 .
Réfrigératifs (cataplasmes) pour les yeux;
11, 78. — Pour les brûlures; II, 203.
Refroidissement; III , 123.
Reggio. Ecole de cette ville ; Int., xxviii.
Régime. Son influence sur le tempérament;
61. — Indicaiions a prendre du régime;
86. — Régime à suivre dans la cure du
phlegmon vrai; 329. — Dans le traite-
ment de l'œdème ; 342. — Dans le l rai le—
ment des tumeurs aqueuses et venteuses;
345. — Dans le traitement de l'esquinan-
cie ; 387. — Dans le traitement général des
plaies; 437. — Dans le traitement des
ANALYTIQUE.
blessures de la tête ; II, 33. — Régime que
doivent suivre les nourrices; 11,689. —
Influence du régime sur la fécondité; II,
734. — Régime fortifiant préservatif de la
peste ; III, 365.
Règles chirurgicales d’A. Paré; 111,647.
Regma. Ce que c’est ; II, 403.
Reinesius. Ce qu’il dit de Gariopontus; Int.,
XXII.
Reins. Substance, quantité, figure, compo-
sition, nombre, situation, connexion,
tempérament et action des reins ; 253. —
Ulcère des reins; II, 265. — Symptômes
accusant la présence d’un calcul dans les
reins; II, 462. — Pourquoi la pierre
s’engendre le plus souvent aux reins
chez les vieillards; caractères des pier-
res rénales; II, 465. — Les affections des
reins peuvent occasionner des rétentions
d’urine; II, 497. — Symptômes des ulcè-
res des reins; II, 506. — Pronostic ; II,
507. — Exemple de pierre engendrée
dans les reins ; III, 31. — Douleurs de reins
des fébricitants ; III, 186. — Chaleur de
reins éprouvée par les pestiférés, et moyens
de la diminuer, III, 421.
Relaxation du gros boyau culier; 418.
Religion. Motifs de consolation pour les
mourants, tirés de la religion ; III, 461.
Remèdes. Les bêtes ont enseigné aux hom-
mes plusieurs remèdes; 19; 111,737. —
Remèdes pour détourner le lait des ma-
melles; II, 709. — Contre le mal de
dents; II, 445, 448. — Des remèdes de
bonnes femmes; III, 64. — Remèdes
contre les vers intestinaux ; III, 267. —
Contre la peste; III, 368 à 375, 380, 396,
398, 400, 401, 402, 406, 407, 408, 409, 414,
415,416.
Rémission ; III, 101.
Rémora. Histoire de ce poisson ; III, 780.
Renard. Ruses de guerre du renard ; 111,752.
Renoueurs. Ce que c’était; II, 300.
Répercussifs (médicaments); 330, 331; III,
534. — Utilité et danger des répercussifs
dans le traitement de l’esquinancie ; 388
— Cataplasmes répercussifs contre la
goutte causée de pituite; III, 235, 236. - —
Contre la goutte de matière chaude; III,
239.
Rf.plétion. Deux sortes de réplétion ; 73.
Repos. Inconvénients d’un repos prolongé;
71. — Le repos peut être une cause de
fièvre; III, 78. — Doit être commande
aux fébricitants; III, 85.
Résines. Résines émollientes ; III, 541. —
Manière de faire l’huile de résine ; 111,630.
Résolutifs (médicaments); 331 ; III, 537. —
Cataplasmes résolutifs contre la goutte
causée de pituite; 236.
Résolution. Terminaison la plus favora-
ble de l’esquinancie ; 387. — Terminaison
ordinaire de l’œdème; 342. — Signes de
la résolution des tumeurs; III, 323.
Respiration. Du double mouvement de la
respiration; 187. — Théorie delà respira-
tion intra-utérine ; II, 648, 717. — L’ab-
865
sence de la respiration n’est pas un signe
certain de mort; II, 755. — Caractères et
traitement de la dyspnée symptomatique;
III, 193, 195.
Ressemblance. Théorie des ressemblances
héréditaires , II, 637.
Retaillés. Ce que c’était; II, 458.
Rétention. Causes intérieures des rétentions
d’urine; II, 497. — Cau-es extérieures;
pronostic; II , 504. — Traitement de la
rétention d’urine ; II, 507. — Des réten-
tions d’urines causées par les carnosités
de la verge; II , 565. — Rétention résul-
tant de l’abus des plaisirs charnels ; II ,
636.
Retorte. Ce que c’est; III, 630.
Rétraction de la langue ; II, 455.
Rétrécissement. Première mention des ré-
trécissements de l’urètre; II, 564. — Trai-
tement ; II, 566.
Rets admirable. Description du rets admi-
rable; 223.
Réunion par première et seconde intention;
ce qu’est; 434. — Réunion immédiate des
plaies après l’amputation indiquée par
Gersdorf; III, vu.
Rêveries. Traitement des rêveries résultant
d’un trouble menstruel ; II, 782. — Remè-
des contre la rêverie des fébricitants; III,
189.
Révulsion ; II , 521 .
Rexis. Ce que c’est; II, 414.
Rhabilleurs. Ce que c’était; II, 300.
Riioeas. Ce que c’est; II, 419.
Riiagadies. Définition et traitement; II, 790.
Rhagion. Espèce d'araignée ; III, 326.
Rhasès. Livres de Rhasès traduits par Gé-
rard de Crémone ; Int , xxvu. — Il est cité
par Lanfranc; Int., xlvi. — Son Comment
traduit par Farragius; Int., lix. — Après
Avicenne, c’est à Rhasès que Nicolas de
Florence doit le plus; Int., lxxv. — Il est
commenté par Galeatiusde Sainte-Sophie;
Int. , lxxxvi. — Par Arculanus; Int. ,
lxxxviii. — Par Matthieu de Gradi ; Int.,
xcv. — Son opinion sur les dragonneaux ;
425.
Riiivocéros. Description du rhinocéros; III ,
500, 751. — Ses mœurs; III, 501. — Son
antipathie pour l’élephant; III, 760.
Rhinoplastie. Invention de la méthode ita-
lienne de Rhinoplastie par Branca fils;
Int., c. — Tagli.œozzi attache son nom à
cette découverte; Int. en. — Description
du procédé de rhinoplastie italienne; II,
605. — Appréciation de cette opération ;
II, 606.
Rhubarbe. Préservatif de la peste ; 111,371.
— Son efficacité dans le traitement des
contusions; III, 484. — Procédé pour ex-
traire l’esprit de la rhubarbe; 111,629.
Rhume ; III, 209.
Riciiter. Description des fanons ; II, 290.
Rigord. Semble parler de l’existence d’une
faculté de médecine à Paris, en 1209; Int.,
XXVIII.
Rigueur. Ce que c’est ; III, 123.
55
in.
TABLE
866
Riolan. Mention qu’il fait de l’existence d’un
corps des médecins à Paris, en 1090; Int.,
xxviii. — Erreur de Riolan au sujet de
Farragius; Int. lis. — Scs railleries sur
la réception d’Ambroise Paré; Int., ceux.
— Ce qu’il dit de l’usage de l’antimoine ;
Int., cclxxiii. — Ce qu’il dit sur la com-
position de l’anatomie d’A. Paré; Int.,
cccxxxi.— Réfutation ; Int., cccxxxu.
Rire. Exemple d’une guérison causée par un
accès de rire; 96. — Moyen d'arrêter le
rire résultant de la suppression des mens-
trues; II, 782.
Rivière. Qualités de l’eau de rivière; III,
403.
Robert (roi de Sicile) reçoit de l’empereur
Andronie les ouvrages de Galien; Int.,
XLV1II.
Roesslin (Eucber). Son livre sur les accou-
chements; Int., ccvi. — Emprunts laits à
Roesslin par A. Paré; II, 609, 674.
Roger de Parme , chirurgien du xme siècle;
sâRogérine ; son livre sur la saignée ; Int.,
xxxm. — Commentaire de sa chirurgie
par les quatre maitres ; Int., xxxv. — Com-
ment Théodoric lui riposte; apprécia-
tion de Guy de Chauliac; Int., xxxix.
— Il est cité par Lanfranc; Int., xlvi.
— Ce qu’il dit du séton ; II , 83.
Rogne. Description, causes, pronostic et
traitement; III, 282,348.
Rognons. Signes des lésions des rognons ; II,
106 ; III , 654. — Pronostic; II, 105.
Rois. Plusieurs ont donné leur nom à des
plantes; 21. — Plusieurs ont étudié la
médecine; 22.
Roitelet. — Présage la pluie; III, 739.
Roland. Chirurgien italien du xui' siècle;
Int. xxxiv. — Ses travaux; commentaire
de sa chirurgie par les quatre maitres ;
Int., xxxv. — Comment Théodoric lui ri-
poste; appréciation de Guy de Chauliac;
Int., xxxix. — Il est cité par Lanlranc;
Int., xlvi.
Rondelet. Son opinion sur la corne de li-
corne; III, 607.
Ronsard. Sa liaison avec Ambroise Paré;
Int., ccc.
Ros. Ce que c’est; 45; II, 244, 258.
Rosatus ( Jean); Int., cxm.
Rose. Distillation de l’eau de rose; III, 621.
Rota. Son livre sur les plaies d’armes à feu;
Int. cclii.
Rots; 73 ; II , 446.
Rotule; 299. — Luxations de la rotule; II,
396. — Réduction de ces luxations; II,
397. — Signes des fractures de la rotule;
II, 327. — Réduction, pronostic; II, 328.
Rouen. Voyage d’A. Paré à Rouen ; III, 723.
Rougeole. Description ; en quoi elle diffère
de la petite vérole; 111,267. — Pronostic;
III, 258. — Traitement; III, 259.
Rouillure des dents ; II , 454.
Rousset. Extrait de son Hyslerolomotokie ;
II, 718. — Ce qu’il dit des pessaires; II ,
743.
Rue. Ses propriétés abortives; III, 372.
Rueff. Emprunts faits à RuefT par A. Paré ;
II , 664, 669.
Rugines. Figures de diverses rugines; II,
10, 11. — Figures de neuf rugines pour
ratisser les os cariés; II, 684 — Figures de
deux rugines pour couper l’os profondé-
ment ; Il , 686.
Rusncns Elndius , médecin de Théodoric ;
Int., xviii.
Ryff (Gualter) ; Int. cciv, ccv. — Ses ouvra-
ges; Int., ccvii.
S
Sahacat. Ce que c’est; III, 18.
Sachets. Leur emploi dans Thydrnpisie;
396. — Sachets contre la goutte; 111,228.
— Description des sachets; différentes es-
pèces; ingrédients; III, 692. — Modèles
de sachets pour l’estomac, le ceneau et
le cœur; usage des sachets; III, 693.
Sacrum. Description de l'os sacrum ; 260. —
Nerls de l’os sacrum; 292. — Fracture de
l’os sacrum ; II, 316. — Moyen d’empêcher
le sacrum de s’ulcérer; II, 336.
Sages-femmes. Luxations produites par les
sages-lcmmes ; II, 350. — Résultats de
l’ignorance des sages-lemmes; II, 711,
712. — Leurs prétentions à reconnaître la
virginité des femmes ; II, 748.
Saignée. Peine qu’encourait, aux termes
des lois des Wisigolhs, le médecin qui
tirait trop de sang à son malade; Int.,
xvii. — Opuscule sur la saignée de mnitre
Maurus; Int., xxvi. — La saignée aban-
donnée aux barbiers; Int., xxxn. — Con-
ditions auxquelles elle était soumise en
Allemagne au xv( siècle; Int., cc. — Pro-
cédé des barbiers au xvic siècle ; III, xii. —
L’homme sanguin endure la saignée sans
danger; 47. — Di tficnli és de la saignée
sur les tempéraments mélancoliques ; 48.
— Considérations sur la saignée du bras ;
273. — Emploi de la saignée dans le trai-
tement des plaies de la tê e ; II , 36. —
Son opportunité dans le traitement des
plaies par harquebuses; II, 164. — Son
emploi dans le traitement des grandes
contusions; II, 196. — Dans celui des
ecchymoses; II, 199. — Dans celui des
maux de dents ; II, 445, 447. — Définition
de la saignée; II , 519.' — Des cinq inten-
tions de la saignée; considérations préa-
lables; quantité de sang qu’on doit tirer;
où et quand il faut saigner; 11,520. —
Manière de bien faire la saignée; II, 521.
— La saignée est mauvaise au début de la
vérole; II, 535. — Son emploi dans le
traitement des fièvres en général; III,
86, 132, 135, 141, 143, 151, 158, 165. — En
particulier dans celui de la fièvre synoque
simple; III, 98. — De la fièvre synoque
putride; III, 111. — Delà fièvre tierce
vraie ; III , 128. — Dans le traitement de
la goutte; III, 223, 234, 251. — Dans ce-
lui de la peste; III, 410, 418.
Saisons. Tempéraments des saisons; 37.—
ANALYTIQUE. 867
Des aliments qui conviennent aux dif-
férentes saisons; 69. — Indications à
prendre des saisons; 86. — Influence des
saisuns sur les plaies de la lète ; 11, 26.
— Sur la fréquence des fractures; II, 298.
— Influence du renversement des saisons
sur les qualités de l'air ; III, 356.
Salaire qu’accordaient au médecin les lois
des Wisigoths, pour l’instruction d’un
élève; Int., xvit. — Ces lois n’accordaient
aucun salaire au médecin dont le malade
mourait; Int., xvm- — Salaire des pro-
fesseurs dans les anciennes écoles; Int.,
xxix. — Des médecins en Italie au
xuie siècle; Int. , xxxi.
Salamandre. Ses propriétés vénéneuses; III,
317. — Description de la salamandre; sa
combustibilité; III, 318. — Symptômes
et antidotes de l’empoisonnement par la
salamandre; III, 318, 661.
Salerne. Son école ; Int., xtx. — Origine de
celte école; Int., xx. — Elle s’adonne
à peu prés uniquement à la médecine;
les Juifs en élèvent la renommée; Int.,
xxvj. — Elle soutient avec peine la riva-
lité de celle de Bologne; Int., xxvii. —
Quand on commença à y conférer des de-
grés; Int., xxix. — Rivalité des écoles de
Salerne et de Bologne; appréciation de
Guy de Chauliac; lut., ixxix. — Déca-
dence de l’école de Salerne; Int., xlvii.
Salive. Guérit les petits ulcères; III,
298.
Salsepareille. Emploi de la salsepareille
dans le traitement de la vérole; II, 540.
Sang. Tempérament du sang; 39. — Géné-
ration du sang; 40. — Nature, consis-
tance, couleur, saveur et usage du sang;
de quoi et quand il se fait ; 42. — Quand
il se met en mouvement; 44. — Signes
de l’homme sanguin; 46. — Par où
s’écoule le sang menstruel; 166. — Par
quelle voie le sang est porté du veniricule
droit au gauche; 194. — Signes d’un
épanchement de sang dans le thorax; II,
96. — Les plaies d’harquebuses jettent
d’abord peu de sang; II, 164. — Causes
des épanchements de sang; II, 194. —
Moyens pour airêter le flux de sang après
l’amputation; II, 224. — Moyen de pré-
venir l’ép anchemenldu sang dans le scro-
tum , après la taille ; II, 491 , 492. — Du
sang qui peut être évacué par les urines;
II, 498, 505. — Signes auxquels on recon-
naît d’où il vient; II, 499, 500, 502, 506.
— Curation; II, 506. — Du sang évacué
par les voies supérieures; II, 503. — Flux
de sang, cause d’avortement; il, 624,
714. — Les femmes ont le sang plus abon-
dant, mais moins bon que celui des
hommes ; II, 764. — Fièvre venant du
sang ou synoque; III, 93 à 99, 102, 107,
116. — Caractères et traitement du flux
de sang comme symptôme des fièvres;
III , 203. — Signes indiquant que c’est le
sang qui accompagne le virus arthritique ;
III, 217. — Flux de sang concomitant de
la petite vérole; III, 260. — Caractères
du sang des lépreux ; III , 278. — Indivi-
dus ayant sué le sang; III, 407. — Pluies
de sang; III, 791.
Sanglier. Description du sanglier marin; III,
504. — Soins que le sanglier prend de ses
défenses; III, 751.
Sanglot. Définition, causes, pronostic, cure;
III, 196, 446.
Sangsues. De leur application dans le trai-
tement des chancres; 366, 368. — Des-
cription des sangsues ; caractères distinc-
tifs des venimeuses et des bonnes ; II, 524.
— Lieux où on les applique, manière de
les appliquer et de les bien faire tirer;
moyens de les faire tomber et d’arrêter le
sang ; II, 525. — Leur emploi dans le trai-
tement des fièvres; III, 86. — Leur véné-
nosité; ce qu’il faut faire avant de s’en
servir ; moyen d’extraire une sangsue ava-
lée; III, 330.
Sanie. Ce que c’est; II, 244, 248.
Sanson (M.). Sa description des fanons; II,
290.
Saphirs. Remèdes contre les saphirs; III,
608, 609.
Saporta. Sa doctrine sur la paracentèse;
40i.
Sarcocèle. Ce que c’est; 404, 4 17; III, 796.
— Causes, signes, traitement ; 417.
Sarcoma. Description et traitement; 359.
Sarcosis. Ce que c’est ; II, 416.
Sarcotiques (médicaments); III, 543.
Sardonia. Accidents qu’elle cause; III, 334.
Sarti. Notions qu’il donne sur les médecins
de Bologne; Int., xxix. — Sa conjecture
sur la mort de Hugues de Lucques; Int.,
XXXI.
Sariette. Ses propriétés anti-vénéneuses
nous ont été apprises par les tortues; III,
736.
Satan. Ses actions; III, 55.
Satiété. Deux espèces de satiété; 73.
Satyriasis. Définition; 82; II, 556. —
Traitement ; II, 557.
Saumure. Ses propriétés anti-vénéneuses;
III, 415.
Saveurs. Définition; d’où proviennent les sa-
veurs; III, 529. — Saveurs froides: acerbe,
acide, austère; saveurs tempérées: fade,
oléeuse, douce ; III, 530. — Saveurs chau-
des : âcre, amère, salée; III, 531.
Savonarola ; Int. , lxxxvi.
Saxonia (Pierre de), chirurgien d’Avignon
cité par Guy de Chauliac; Int., lxviii.
Scabieuse. Son emploi dans le traitement
des charbons; III, 440.
Scalène. Du muscle sralène; 264.
Scares. Secours qu’ils se portent ; III, 752.
Scarificateur. Figure d’un scarificateur;
II, 200.
Scarifications abandonnées aux barbiers;
Int., xxxii. — Leur emploi dans le traite-
ment des plaies envenimées; II, 190. —
Dans celui des brûlures profondes; II,
209. — Dans celui de la gangrène ; II, 218.
— Contre les maux de dents ; II, 445. —
868
TABLE
Dans le traitement des fièvres; lit, 86. —
Contre les morsures des bêtes venimeu-
se; III, 302.
Schenkius (J.). Ouvrage qu’il attribue à Guy
de Chauliae; Int., lxv.
Sciatique; 296. — C’est la plus cruelle de
toules les gouttes ; III, 220. — Caractères,
causes, signes ; III, 250.— Traitement; III,
251. — De la cauterisaiion dans le traite-
mem de la sciatique; III, G85.
Scie. Figure d’une scie propre à couper les
os de la tête; II, 14. — Figure d'une scie
pour scier les os ; II, 223.
Scirrhes ; 320. — Quaire espèces de scirrhe,
causes, signes, traitement; 360.
Scirropiithalmik ; II, 415.
Scirrosis. Ce que c’est; II, 415.
Scissure du crâne; II, 113. — Traitement; II,
7. — Causes, pronostic, signes et traite-
ment des scissures serpigineuses ; II, 597.
Scleropiitji almie. Ce que c’est; II, 415.
Sclerosis. Ce que c’est; II, 4 15.
Scolopion; 389.
Scorpion. Remède contre la piqûre du scor-
pion; II , 205; III , 65, 324, 372. — His-
toire d'un animal semblaLle à un scorpion
trouvé dans le cerveau d’un homme; III ,
34. — Description du scorpion ; pays où il
se trouve, accidents résu fiant de sa piqûre ;
III , 323. — Emploi de L’huile de scorpion
dans le traitement de la peste; III , 4 1 7.
Scotomie. Ce que c est; II , 409. — Causes ,
signes et cure ; II, 410.
Scrofules; 320, 352. Voyez Ecrouelles.
Scrotum. Ce que c’est; 155. — Exemple de
guérison d’une hydrocèle par l’incision du
scrotum; 416. — Moyens de prévenir l’é-
panchement du sang dans le scrotum après
la taille ; II, 492.
Scrupule ; III , 552.
Scultet. Son silence sur les fanons; II, 289.
Scythes. Procédés d’embaumement usités
chez les Scythes; III, 476, 670.
Secondine. Ce que c’est; H, 644.
Section complète et incomplète des nerfs;
II, 1 12. — Des ulcères putrides ; II, 254.
Seiche. Comment elle échappe à ses ennemis;
III , 754.
Sein. Ce que c’est ; 120.
Seings. Leurs variétés, leurs caractères ; II,
679. — Causes ; II , 680 , 738. — Pronostic
et traitements divers; II , 680.
Sels. Employés en médecine; III, 636. —
Distillation des sels; III, 637.
Semaines. Voyez Menstrues.
Semence. Pourquoi les femmes jettent moins
de semence que les hommes ; 163. — Ce que
c’est que la semence; II, 633. — Ses carac-
tères, son ongine, plaisir attaché à son
émission ; II, 634. — Comment la semence
de l’homine est transmise à la femme ; II ,
636. — Semence masculine et féminine;
qualités de ces semences; influence de la
semence sur la formation des sexes; II,
637. — Sympathie enlre la semence et le
tempérament général; 11,638. — De l’é-
bullition de la semence dans la matrice ;
II, 649.— La semence est la seule sub-
stance du cerveau; II, 65t. — Est le
prineipedes môles; II, 723. — Influence de
la température de la semence sur la stéri-
lité; II, 730. — l.a corruption de la se-
mence cause les suffocations de la matrice ;
II, 75 1, 753 — Signes auxquels on peut re-
connaître que la suffocation de la matrice
vient de la semence retenue; II. 756. —
Monstruosités résultant de la irop grande
quantité de semence; III, 5.— Mons-
truosités résultant du défaut de quan-
tité de la semence; III, 20. — Monstres
engendrés par un mélange desemence; III,
43. — Corrélation entre la semence et la
constitution ; III, 213.
Sens. Tab e méthodique pour connaître les
ma'adies par les cinq sens ; 93. — Modi-
ficaiion de l’âme; II , 655. — Sur les sens
intérieurs; définition du sens commun;
II, 657. — Son siège ; II, 658.
Sensation. Ce que c’est; 56.
Sensibilité. Fausse sensibilité des parties
mortes et amputées; Il , 221.
Sentiment. Ce que c’est; 56. — Les os n’ont
point de sentiment manifeste; 180.
Sepelon. Ce que c’est ; Il , 415.
Septiques (médicaments) ; III, 546.
Sépulture. Les cadavres des pestiférés doi-
vent êire inhumé- sans retard; III, 377.
Sérapion. Son ouvrage induit par Gérard
de Crémune; Int., xxvn. — Est cité par
Lanfranc ; Int., xlvi.
Seringue. Invention de la seringue par Ga-
tenaria ; lui., xeix. — Figures de seringues
à mjeciions; II, 63, 101, 473. — Figure
d’une seringue pour \ ider le pusdes oreil-
les; II, 263. — l igure d’une seringue pour
faire des injections dans la vessie par la
plaie après l’extraction de la pierre; II ,
491. — Figure d’une seringue avec laquelle
les femmes peu* ent se donner un ciyslère
elles-mêmes ; II , 760; III , 557. — Figure
d’une seringue droite; III, 558.
Serpent. Hisioire d'un serpent engendré par
une femme; III, 36. — Serpent trouvé
dans un cercueil de plomb ; III . 42. —
Femme prétendant avoir un serpent dans
le venlre; III , 52. — Efficacité de la bu-
glosse contre la morsure des serpents ; III,
301. — Serpents divers ; vipère ; III, 313.
— Coule-sang , pourrisseur; III , 315. —
Basilic ; III, 316. — Salamandre ; III , 317.
— Aspic ; III, 318. — Couleuvre ; III, 320.
— Les serpenls nous on t appris les proprié-
tés du fenouil ; III , 736.
Séton. De l’emploi du séton dans le traite-
ment de I hydrocèle ; 416. — Son effica-
cité dans le traitement de l’ophthalmie ;
II , 79. — Idem dans celui de l'épilepsie ;
manière de l’appliquer; II, 80. — Recher-
ches historiques sur l’emploi et le. mode
d'application du séton ; figures des tenail-
les et aiguilles à séton ; II , 81 . — Précep-
tes sur l’application du séton dans le trai-
tement des blessures par harquebuses ; II,
152, 159.
ANALYTIQUE.
Settala. Ce qu’il dit des Norsini ; Int., en.
Sevrace. Epoque à laquelle il faut sevrer les
enfants ; II, 694. — Inconvénient d'un se-
vrage prématuré: manière de sevrer; II,
695.
Sexe. Ce que c’est; 60. — Indications prises
du sexe;S6. — Théorie de la formation
des sexes ; H , 637. — Signes auxquels on
peut reconnaitic le sexe de l’enfant dont
une femme est grosse ; II , 663. — Impuis-
sance de l’homme à engendrer les sexes à
volonté ; II , 664. — Influence du sexe du
nouveau-né sur la qualité du lait de la
mère; II, 689. — Indices du véritable sexe
des hermaphrodites; 1 1 1 , 16.
Sextaine (lièvre); III, 256.
Sextus Placitus de l’avie. Ses ouvrages sui-
vis par les médecins au vr siècle; Int.,
xviii. — Livre de lui arrangé par Con-
stantin ; Int., xxv.
SlAGONAGRA; III , 208.
Sidération. Ce que c’est ; III, 357.
Simler. Ouvrage qu’il attribue à Guy de
Chauliac ; Int., lxv.
Simon de Gênes. Sa version du xxvui' livre
d’Albucasis ; Int., lix.
Simulation de diverses maladies; 111,46, 47.
Sinapismes. Leur emploi dans le traitement
des fièvres ; III, 86.
Sinciput. Ce que c’est; 204.
Singe. Educuhili té du singe ; III, 756. — Son
antipathie pour la tortue; III, 760. —
Monstre marin ayant les bras d’un singe;
III, 771.
Sirop préservatif de la pierre; Il , 468.
Smyrnion ; 389.
Sodomites. Fruits de leurs abominables pra-
tiques ; III, 43.
Soif. Soif résultant d’un trouble menstruel;
II, 784. — Symptôme de fièvre; III, SI. —
Cause et traitement de la soif des fiévreux;
III, 198.
Solanum manicum. Ses propriétés vénéneu-
ses, et contre-poisons; III, 335.
Soleil ; III , 789.
Sommeil. Définition du sommeil; ses cau-
ses ; ses elTets ; temps le plus favorable au
sommeil ; 71. — Inconvénient* du som-
meil pendant le jour ; inconvénients du
sommeil prolongé; de la position qu’il
faut prendre 72. — Comment il doit être
réglé dans le traitement des blessures de
la tète ; Il , 35. — Son influence sur le cer-
veau ; III , 190.
Sondes. Origine des sondes en cuir ; Int.,
xcii. — Précautions qu’il faut prendre en
introduisant la sonde dans la vessie; 158.
— Manière de sonder les fistules; 11,271.
— Figure d’une sonde creuse pour opérer
les fistules à l’anus; II, 274. — Manières
de sonder les calruleux ; II, 462. — De-
gré de certitude de ce diagnostic ; II , 463.
— Figures de trois sondes pour les cab u-
leux; II, 464. — Figure d’une sonde ouverte
en sa partie extérieure pour l’opération de
la pierre; II , 4S0. — Figure d’une sonde
pour extraire les pierres aux femmes; II,
869
495. — Figure d’une sonde propre à cou-
per les earnosités de la verge; 11 , 569.
Songes. Pronostics qu’ils fournissent; 72.
Sonnet de Ronsard sur les OF.uvres de Paré ;
Int., ccc. — Sonnet placé par A. Paré en
têie de ses œuvres; III, xxu.
Soporeuses (fièvies) ; III, 189.
Soranus. Son opinion sur les dragonneaux;
425.
Sorciers. Les sorciers ont renoncé Dieu; y
en a toujours eu ; III , 53. — Toutes les
sectes , excepté les épicuriens , ont porté
de peines contre le* sorciers ; III . 56. —
Pratiques diverses des sorciers ; III , 62.
— Leur impuissance; III, 66.
Sordes. Ce que c’est ; II , 244 , 248.
Soufre. Vertus et usages des eaux sulfu-
reuses ; lit , 597.
Souliers. Inconvénients des souliers trop
courts et trop étroits; 11,293.
Soupirs. Manière d’arrêter les soupirs ré-
sultant de la suppression des menstrues,
II, 782.
Sourcils. Ce que c’est; 234. — Leur utilité;
235. — Pourquoi il ne faut pas appliquer
le trépan sur les sourcils ; II , 61 . — Plaies
des sourcils , leur traitement ; II, 75.
Souris. Antipathie qu’elles inspirent à l’élé-
phant ; lit , '60.
Sous-ci. avikr (muscle) ; 266.
Spa. Efficacité des eaux de Spa contre les
fleurs blanches et chaudes-pisses; II, 778.
— Propriétés des eaux de Spa ; III , 598.
Spasme. Théorie du spasme; II, 29. — Dé-
finition , variétés , causes ; 443. — Signes,
traitements ; 444 , 446.
Spatuumen , Spathumilk; 390.
Spéculum. Figure de di\ers spéculum oris;
386. — Figure d’un spéculum nculi pour
dilaier les paupières ; II , 76. — Figure de
divers spéculum de la matrice; II , 788.
Sperme Ce qu’il faut entendre par membres
spermatiques; II. 651 . (Voy. Semence.)
Spiiacf.lb; 320. — Ce que c’est; II, 211.
Sphincter. De l’anus; 140. — De la vessie;
160.
Spirituelle (fièvre) ; III , 8S.
Splenetique (muscle) ; 262.
Sprengel. Ce qu’il dit des médecins du vi*
siècle; Int., xvni. — Son opinion sur le
Cœlius Aurélius mentionné dans Cassio-
dore, Int. , xix. — Accable Garioponius ;
Int. , xxu. — Sa critique du livre d’Ar-
culanus; Int. , lxxxviii. — Ses erreurs à
l’égard de Benivieni; Int., cxm. — Ce
qu’il dit de Jérome de Brunswick; int. ,
CC1II.
Squelette. Confection d’un squelette ; 317.
Squine. Emploi de la squine dans le traite-
ment de la vérole; II. 540.
Stape*. Ce que c’esi ; 249.
Stapiiylome. Définition; II , 418, 433. —
Variétés, pronostic, traitement ; Il , 433.
Statuts. Historique des statuts de la con-
frérie de Saint-Côme ; Int. , exxx. — Dis-
cussion sur ces statuts ; Int., cxxxi. — Sta-
tuts des barbiers ; Int. , cxxxvi. — Statuts
TABLE
870
des chirurgiens de Paris ; Int. , cxu ,
CXLII1 , CXLVIII.
SteatomatA; 341.
Stéatome. Caractères particuliers du stéa—
Ionie ; 34C.
Stérilité. Causes de la stérilité chez les
hommes ; II , 730, 793. — Remèdes; II ,
732. — Causes de la stérilité des femmes;
II, 733 , 777.
Sternum. De combien d’os il se compose ;
175, 180. — Manières de lever le sternum;
181, 182. — Signes des fractures et des
dépressions du sternum; II, 311. — Ré-
duction ; II, 312. — Dépression ou enfon-
çuredu sternum; II, 367.
Sternutatoires. Ce que c’est; III , 587.
Strabisme. Ce que c'est; II, 4l4. — Ses
causes, et manières d’y remédier; II, 604.
— Figures d’un masque et d’une paire de
besicles propres à cet usage; II, 605. —
Causes du strabisme accidentel; 11,690.
Strangurie. Définition de la strangurie ; II,
510. — Causes ; II, 511. — Tiailement;
II, 513.
Strasbourg. Commencement de l’école chi-
rurgicale de Sirasbourg; Int. , ccii.— Sa
fin ; ses caractères ; Int. , ccvti.
Stratagèmes ; 90.
Stupéfactifs (médicaments); III, 549.
Styloïde. Luxation de l’apophyse styloïde ;
II, 384.
Sublimé. Emploi du sublimé dans le trai-
tement des nodus; 349.
Sublimer. Ce que c’est; III, 614.
Submersion. Signes indiquant qu’un indi-
vidu est mort noyé ; III , 660.
Succaratii; III, 746.
Succion des plaies envenimées,- II, 190; III,
302.
Succubes. Ce que c’est; III, 57. — Impossi-
bilité du commerce charnel attribué aux
succubes ; III, 58.
Sudorifiques (médicaments); III, 260, 407.
Suette ; III , 351. — Ses symptômes; III,
363, 423.
Sueur; 44, 74. — Identité de la matière de
la sueur et de celle de l’urine ; II , 505. —
Causes de la mauvaise odeur de la sueur;
II, 6ol. — Résultats et traitement des
sueurs immodérées; III, go3. — Moyens
de provoquer la sueur; III, 260, 444, 456.
— Exemples d’individus ayant sué le sang;
lit, 407. — Dangers de trop faire suer les
enfants; III, 456.
Suffocation. Définition; causes et signes
des suIToraiions.de la matrice; II, 751,
753. — Théorie ; II, 752, 753. — Pronostic;
symptômes précurseurs des suffocations
de la matrice; II, 753. — Signes aux-
quels on peut reconnaître qu’une femme
est morte ou non par une suffocation (de
matrice; II, 754. — Variété des suffo-
cations de la matrice; II, 755. — Signes
auxquels on peut reconnaître que la suffo-
cation vient de la semence retenue; trai-
tement de cette maladie; II, 756. — Effets
de la suffocation de matrice ; III, 40.
Suffumigation. Ce que c’est; espèces diffé-
rentes; ingrédients; III, 593. — Modèles;
usage; manière de faire les suffuiniga-
tions ; III, 594, 595.
Superfétation. Définition ; II, 645, 719, 720.
— Théorie et causes; II, 720. — Exem-
ples de superfétation; 11,721.
Supination. Sur la supination du bras dans
le traitement des fractures des deux fa-
ciles; II, 318.
Suppuratifs. Cataplasmes et emplâtres sup-
puratifs ; 332, 333; III, 539. — Cataplasme
suppuratif pour les écrouelles; 354. —
Inconvénients des suppuratifs dans le trai-
tement des plaies d’harquebuses ; II, 173.
— Suppuratif pour les apostèmes; II,
338.
Suppuration. Signes de la suppuration des
tumeurs ; 323. — Dangers de cette termi-
naison de l’esquinancie ; 387.
Suppositoires pour les suffocations de la ma-
trice; II, 759. — Suppositoires vermifuges;
III, 268. — Excitants; III, 450. — Descrip-
tion, différences, composition et usage
des suppositoires; III, 558.
Surdité. Causes internes de la surdité; II,
601. — Causes externes; causes du chan-
gement de la voix chez les sourds; pro-
nostic de la surdité; II, 602. — Surdité
simulée; III, 50. — Caractère et traite-
ment de la surdité, considérée comme
symptôme de la fièvre ; III, 192. — Surdité
résultant de la rougeole et de la petite vé-
role; III, 259.
Sutures des os. Cinq sutures du crâne : trois
vraies, deux fausses; 206. — Sutures des
os; 314, 316. — Dangers d’appliquer le
trépan sur les sutures du crâne; II , 61. —
Sutures des plaies. Quand il faut y recou-
rir; 438. — Cinq principales sortes de su-
tures; figures; canules et aiguilles propres
à faire les sutures; 439. — Emploi de la
suture dans les cas où il y a une portion
d’os comprise dans le lambeau, II, 40. —
Figure d’une suture des plaies de la joue;
II , 84. — Figure d’une suture entortillée
pour le bec-de-lièvre; II, 85. — Sutuie de
la langue incomplètement séparée ; II, 88.
— Sur la suture des plaies pénétrantes de
poitrine; II, 97. — Suture des intestins;
II, 1 07. — Suture apiès l’amputation ; II,
225.- — Suture des plaies de la \essie; II,
489. — Suture du périnée; II, 718. — Su-
ture des plaies pratiquée parGilbert l’An-
glais ; III, v. — Suturedes lendons;|III, 42.
Sylvati-cus. Ce qu’il ditdesNorsini;Int.,cu.
Symphyséotomie; 11,666.
Symphyses. Sur la diduction des symphyses
pubiennes; II, 665 à 668.
Symphysis. Ce que c’est ; 314 , 316; II, 416.
— Causes ; pronostic; traitement; 11,423,
428.
Symptômes Trois espèces de symptômes des
maladies; 81. — Inductions à tirer des
syniptômes ; 87.
Svmptosis. Ce que c’est; II, 419.
Synartiirosh ; 313, 314, 316.
ANALYTIQUE.
Synathrisme. Ce que c’est ; III , 121.
SvNcnoNDRosis. Ce que c’est ; 314.
Syncuysis. Ce que c’est; II, 414.
Syncope. Définition; causes; signes ; traite-
ment; 460 — Cau-es des syncopes des
fiévreux; III, 199.— Traitement; 111,200.
Synevrosis ; 314.
Synoque (fièvre); III, 95 à 99, 102, 107, 116.
Syrène Ce que c’est; III, 770.
SïRINGOTOME; 390.
Syssakcosis. Ce que c’est; 314.
Systole. Ce que c’est; 192.
T.
Tables. Quelles sont celles que contient
cette édition ; Int., x.
Tablettes préseï vaiives de la peste; III ,
371.
Tac. Ce que c est; III, 423.
Taches. Onguent pour les taches de poudre
à canon ; Il , 207.
Taches de naissance. Variétés, caractères;
II , 679. — Causes ; Il , 680 , 738. — Pro-
nostic et traitements divers ; Il , 680.
Tact. De quel secours il est au chirurgien ;
93.
Tagault (Jean). Origine de ses Institutions
chirurgicales ; Int., ccxxxtx. — Valeur de
ce livre; Int., ccxl. — Emprunts faits à
Tagault par A. Paré; 319. —Silence de
Tagault sur la paracentèse abdominale ;
401.
Tagliacozzi. Attache son nom à la décou-
verte de la rhinopla-lie ; Int., eu.
Taie. Ce que c’e-t; II , 418.
Taille. Perfectionnement apporté au xv° siè-
cle à l’opéralion de la taille; Int., cv. —
Procède de frère Jacques ; taille en deux
temps; lithotritie à travers l’incision pé-
rinéale ; Il , 477. — Taille hypogastrique ;
taille bilatérale; grand appareil; II, 478.
Talon. Moyen d’empêcher le talon de s’ul-
cérer ; II , 336. — Pronostic des luxations
du talon ; II , 355. — Luxations du talon
et manière de les réduire ; II , 399. — Ac-
cidents qui surviennent par la contusion
faite au talon ; II, 400. — Traitement des
contusions du talon; III , 487.
Talpa; 82.
Talparia. Ce que c’est; 348.
Thon. Accidents résultant de sa piqûre; III,
324. — Remèdes; III, 325.
Taraxis. Ce que c’est; II , 4 17.
Tarentule; 94.
Tarse. Os du tarse; 302. — Luxation de l’os
du tarse ; II , 401.
Taureau. Description du taureau de la Flo-
ride; III , 601. — Manière de combattre
du taureau ; III , 761.
Taurus. Ce que c’est; 161.
Taupes. Quand elles présagent la pluie; III,
738.
Taxis pratiqué par Gilbert l’Anglais ; III, v.
Teigne. Définition de la teigne; II , 406. —
Ses quatre variétés; pronostic; traite-
ment de la teigne squameuse; Il , 407. —
De la croùteuse et de la corrosive; II ,
408. — Scs caractères cl ses causes ; 11 ,
409.
Telosis. Ce que c’est ; II , 416.
Tempérament. Définition; 33. — Deux tem-
péraments, l'intempéré et le tempéré;34.
— Tempéraments des parties du corps;
35. — Modifications amenées par l’âge;
36. — Tempéraments des saisons; 37. —
Des jours ; 38. — Des humeurs et des mé-
dicaments; 39. — Du tempérament san-
guin ; 46. — Des tempéraments phlegma-
tique, cholérique et mélancholique; 47.
■ — Des changements de tempérament ; 49.
• — Tempérament des méridionaux et des
septentrionaux; 50. — Des orientaux et
des occidentaux ; 5i. — Des habitants des
montagnes et des plaines; 62. — Inlluence
du régime et de la profession sur le tem-
pérament; 61. — Des aliments qui con-
viennent aux divers tempéraments ; 66. —
Quelle sorte d’exercice convient aux di-
vers tempéraments; 71. — Indications
résultant du tempérament; 85. — Tem-
pérament des muscles de l’épigastre; 130.
— Du péritoine ; 134. — Du ventricule; 137.
— Des intestins; 14i. — Du foie; 144. — De
la vessie du fiel ; 145. — De la rate ; 146.
— De la veine porte; 147. — Des reins;
153. — Des vaisseaux spermatiques ; 164.
— Des testicules ; 155. — Des parastutes,
et des vaisseaux éjaculatoires ; 1 67 . — Des
prostates; I5S. — Des ureleres; 159. —
De la verge; 162’. — De la matrice; 165.
— Des tuniques qui contiennent l’enfant
dans le sein de la mère; 172. — Des
mamelles ; 178. — De la plèvre et du mé-
diastin ; 183. — Des poumons; 186. —
Du péricarde, 188. — Du cœur; 190.
— De la tiachée-artère; 200. — De l’œso-
phage ; 202. — Du cerveau ; 213. — Du
liez ; 243. — De la langue; 253.— Influence
du tempérament sur le traitement des
plaies par harquebuses ; II, 161. — Sur
les ravages de la vérole; II, 533. — Sym-
pathie entre le tempéramentgénéral et les
qualités de la semence ; II , 638.
Température. Son influence sur les dou-
leurs des goutteux; III, 221. — Sur la
production de la lèpre; III, 272. — Sur le
développement de la rage; 111, 304.
Tempes. Ce que c’est ; 704. — Danger d’y ap-
pliquer le trépan ; II, 68.
Temps. Voyez Menstrues.
Tenailles. Figures des tenailles capitales
incisives , dites bec de perroquet ; II, 16.
— Figures des tenailles à séton ; II, 81. —
— Figure d’une tenaille incisive pour
couper les os fracturés ; II , 151. — Figu-
res de deux tenailles incisives pour l'am-
putation des doigts; II, 457. — Figurede
tenailles en bec de canne courbé pour
l’extraction de la pierre ; II, 484. — Figure
de tenailles incisives pour couper les os
d’un enfant mort dans le sein ue sa mère;
II, 704. — Figure de tenailles pour ex-
TABLE
872
traireun enfant mort du ventre de sa mère;
II, 706.
Tendons. Rupture du tendon d’Achille; II ,
1 10. — Suture des tendons ; III, 42.
Ténia ; III , 264.
Tenon. Figures de deux tenons propres aux
sutures des plaies de la vessie ; II, 494.
Tentes. Leurs inconvénients dans le traite-
ment des plaies ; 435. — Figure d’une tente
de plomb canulée, de figure plate, pour
donner issue à la sanie retenue entre le
crâne et la dure-mère; II, 63. — Figure d’une
tente canulée pour les plaies du nez ; II ,
87. — Leur trop long séjour dans les plaies
du ihorax fait dégénérer ces plaies en fis-
tules ; II, 98. — Figures de tentes canulées
avec leurs liens et éponges pour les fistules
du thorax; II, 102.— Sur l’emploi des ten-
tes dans le traitement des plaies par har-
quebuses ; II, 159.
Térébenthine. Son efficacité dans les chaudes-
pisses ; II. 561, — Manière de faire l’huile
de térébenthine ; III, 630,
Teretes ; III , 264.
Terre. Ses qualités premières; 32- — Ses
qualités secondes ; 33. — Actions des va-
peurs qui s'exhalent de la terre sur les
qualités de l’air ; III , 357. — Présages de
la peste tirés de l’exhalaison des vapeurs
terrestres; 111,364. — Médicaments tirés
de la terre ; III , 522. — Espèces de terres
employées en médecine; III, 635.
Tksserand (Claude de). Emprunts que lui a
faits A. Paré ; III, 2.
Testicules. Substance, quantité et figure
des testicules ; 154. — Composition , nom-
bre , situation , connexion , lemuérament
des testicules; 155. — Action ; 156. — En
quoi ceux de la femme diffèrent de ceux
del'bomme, 163 ; II, 636. — Leur influence
sur la nature de l’homme et de l’animal ;
4 1 4 . — Plaies des testicules; II, 1 09. — S’il
est vrai que les mâles soient faits par la
vertu du testicule droit; 11,664. — Dé-
veloppement tardif des testicules; III,
18,20.
Testudo. Ce que c’est ; 82 , 348.
Tétanos. Ce que c’est ; 443.
Tête. Le froid est funeste aux plaies de tels;
63. — Description générale de la télé;
203. — Anatomie du cuir chevelu et du
péricrâne ; 205. — Des sutures ; 206. — Du
crâne ; 207. — De la dure - mère ; 211. —
De la pie-mère et du cerveau ; 212. --Des
mouvements de la tète; 263. — Figure
d’une scie propre à couper les os de la
tête; II, 14. — Pronostic des plaies de
tête ; II . 26 , 31 , 33. — Plaies de lète sui-
vies d’abcès du foie ; II , 32. — Soins gé-
néraux à donner aux plaies de tète; II,
33. — Régénération de la chair à la suite
des plaies de tète; II, 43. — Altération
des os de la tête ; II, 65. — Danger de trop
serrer la tête; II, 292. — Pronostic des
luxations de la tête ; luxation de la tête
avec la première vertèbre du cou ; II ,
361. — Où doit être faite la saignée pour
les maux de tête; II, 520. — Formation
de la tète du fœtus; 11,650. — Figure
d’une fille à deux têtes; III, 5. — Fi-
gure d’un enfant ayant deux tètes, deux
bras et quatre jambes; III, 8. — Figure
de deux jumeaux n’ayant qu’une lète; III,
9. — Figure d’un monstre ayant deux tê-
tes, l’une de mâle et l’autre de femelle;
III, 1 1. — Figure d’un monsire ayant une
lète au milieu du ventre ; III , 12. — Fi-
gure d’un monstre ayant deux tètes et un
seul bras ; III, 21. — Figure d'un monstre
sans tête ; III, 22. — Figure d’un agneau à
trois têtes; III, 45. — Prétendu remède
contre le mal de tête; III, 65. — De la
douleur de tête des fébricitants; III, 184.
— Douleurs de tête des pestiférés; causes
et traitement ; III, 418.
Tétine. Figure d’un instrument nommé té-
tine , à l’aide duquel une femme peut se
débarrasser elle-même de son lait ; 11,710.
Texte. Soins pris pour la pureté du texte de
cetle édition ; Int., vu ; III , 11.
Thaddæus Dunus. Moyen indiqué par lui
pour prévenir les gerçures du mamelon ;
II, 693.
Thanacth. Description de la bête thanacth;
III, 786.
Théodoric. Circonstances singulières de son
histoire ; Int., xxxx 11. — A beaucoup em-
prunté à Brunus; Int., xxxvm. — Comment
il riposte à Roland et à Roger ; apprécia-
tion de Guy de Chauliac; Int., xxxix. —
Est cité par LanfranC; Int., xlvi.
Thériaque. Description de l’eau thériacale ;
Il , 599 ; III , 368. — Ses propriétés ; II ,
600; III, 368. — Efficacité de la thériaque
contre les morsures et piqûres d’animaux
venimeux : III , 301, 3 J 1, 314, 320. — Cou-
pable stratagème des vendeurs de théria-
que ; III, 319. — Efficacité de la thériaque
contre la peste ; III, 368, 370. — Ses vertus
et son administration ; III, 406.
Thierry de Héry. Ses travaux ; son livre sur
la maladie vénérienne; Int., cclxix. —
Indication des emprunts que lui a faits
A. Paré dans son livre de la grosse vérole;
II, 526 à 579, 597. — Ses campagnes en
Italie ; III , xiv.
Thomas de Sahzanne. Retrouve Celse vers le
milieu du xve siècle ; Int., xix , xcm.
Thorax. Définition du thorax ; 174. — Sa di-
vision en trois parties ; 175. — Parties con-
tenantes du thorax ; 177. — Parties conte-
nues ; 183. — Muscles du thorax ; 265. —
Signes des plaies du thorax ; II, 94. — Si-
gnes d’un épanchement de sang dans le
thorax ; II, 96. — Cure des plaies du tho-
rax ; II, 100. — Signes des plaies péné-
trantes du 1 borax; III, 653.
Tierce (Fièvre); III, 116, 117, 130, 136,
1 66.
Thymus. Description; 200, 359; II, 786,
787. — Traitement; 359; II, 788.
Thyroïde. Du cartilage thyroïde; 256.
Tirabosciu. Ce qu’il dit sur la culture de la
médecine en Occident avant le xr siècle ;
ANALYTIQUE.
873
Int., xix. — Ce qu’il dit de Léonard de
Berlapaglia ; Int.,Lxxx.
Tire-balle. Figures de divers tire-balles; II,
147, 148,149. — Tire-balles décrits par
Gersdorf ; 1 1 1 , vii.
Tire-fond. Figure d’un lire-fond pour relever
les os du crâne ; II , 12. — Figure d’un li-
refond à trois branches; II , 5S. — Figure
d’un liie-fond pour l’extraction des balles;
II , 150. — Figure de deux tire-fonds pro-
pres à coniminuer une pierre dans le con-
duit de la verge ; II, 474.
Toile. Toile Gautier pour appliquer sur le
ventre des nouvelles accouchées; II, 708.
— Toile pour tenir le teint frais ; III. 604.
Tolède. Ecole de Tolède ; Int., xxvi.
Tolet (Pierre). Ses traductions de Paul
d Egine et de Galien ; Int., ccxxxvn.
Tonnerre. Théorie du tonnerre; II, 124,
135. — Comparaison du tonnerre et du
canon , II , 124 , 135 , 177. — Prétendus
préservatifs du tonnerre; II , 124. — Feu
du tonnerre; II, 202. — Traitement des
brûlures laites par le tonnerre ; Il , 210.
— Action du tonnerre sur l’économie ;
III , 295. — Son influence sur le dévelop-
menl delà peste; III, 360. — Puissance
merveilleuse du tonnerre; III, 309.
Tonsilles. Description des tonsilles ; 254.
Tophf.s. Traitement des tophes venant du
virus vérolique,- 11,759. — Des tophes qui
viennent aux jointures des goutteux et de
leur curation ; III, 247. Voy. Nœuds et
Nodus.
Topiques propres au traitement des plaies
en général; 433. — Contre la goutte cau-
sée de pituite ; III, 235. — Contre la goutte
provenant d’humeur cholérique; 111,241.
— Contre la goutte sciatique; 111,253.
Torches. Description et usage des torches ;
II , 288.
Torpille. Son action stupéfiante; III . 295,
318, 754.
Tortose. Ecole de Tortose; Int., xxvin.
Tortues. Nous ont appris les propriétés de
la sariette ; III, 736. — Monstre d’Afrique
semblable à une tortue; III, 787.
Toucan. Description du toucan ; III , 783.
Toucher; 57.
Toulouse. Université de Toulouse; Int.,
XXVIII.
Tourterelles. Fidélité des tourterelles ; III ,
748.
Toux. Est une des causes des chutes de la
matrice; 11, 739. — Prétendu remède con-
tre la toux ; III , 65. — Causes et traite-
ment des toux symptomatiques de la liè-
vre; III , 194.
Trachée-artère. Anatomie de la trachée-ar-
tère; 200. — Le larynx n’est autre chose
que l’extrémité de la trachée-artère ; 255.
— Pronostic et traitement des plaies de la
trachée-artère; II, 90. — Ulcères delà
trachée-artère; II, 264. — Corps étran-
gers dans la trachée-arfère et moyens de
les extraire ; II , 443. — Signes de la sec-
tion de la trachée-artère; III , 653.
Trachelacra; III , 208.
Trachéotomie. Application delà trachéoto-
mie à l'extraction des corps étrangers; III,
443.
Traductions. Enumération des traductions
d’A. Paré , Int. cccxxviu , valeur de ces
traductions, III, 11.
Trachoma. Ce que c’est; II , 416.
Tranchées. Piemèdes contre les tranchées ;
II , 692, 708. — Causes des tranchées des
nouvelles accouchées ; II, 709.
Transpiration. Sur la transpiration insensi-
ble; II, 662; III, 454.
Transversaire (muscle) ; 264.
Travail. Influence du travail sur la fécon-
dité; II, 734. — Influence d’un travail
exagéré sur la menstruation ; II, 764.
Tremblements de terre. Théorie des trem-
blements de terre ; Il , 137. — Relation de
divers tremblements de terre; III, 791.
Trempe. Sur la trempedes instruments ; 389.
Trépan. Précautions etconnaissances qu'exi-
ge l’opération; 209. 211 ; II, 54. — Figure
d’un trépan exfoliatif ; II , 14, 585. — Avis
sur le maniement de cet instrument ; II ,
16, 54. — Causes pour lesquelles on tré-
pane les fractures des os de la tête; II, 50.
— Doctrine de Nicolas de Florence, Pierre
d’Argelata et Bérenger de Carpi sur l'o-
pération du trépan ; II, 51. — Description
des trépans; détails historiques sur cet
instrument; figure de la trépane démon-
tée ; II , 55. — Figure de la trépane mon-
tée, II, 56. — Façons de procéder; II ,
57. — Endroits où il ne faut point appli-
quer le trépan ; II , 61. — Figures de tré-
pans perforatifs triangulaire , quadran-
gulaire et sexangulaire ; II , 587.
Tressaillements. Cause des tressaillements
des membres fracturés; II, 336.
Triacleurs; Int., clxxi.
Tribades; III, 18.
Trichiasis. Ce que c’est ; II, 416.
Tristesse. Ses effets; 77. — Théorie delà
tristesse; 11,661. — influence de la tris-
tesse sur la menstruation ; II, 764. — Sur
la fièvre ; 111 , 85.
Triton. Ce que c’est ; III, 770.
Trocart. Date de l’invention de cet instru-
ment; 401.
Trochisques pour les ulcères des oreilles ;
II, 263. — Pour les ulcères des reins ; II ,
266, 5(>9. — Pour les maux de dents ; II,
446. — Pour les ulcères de la ve>sie; II,
509. — Pour les dartres; II, 598. — Contre
la peste; III, 402 , 4 1 5.
Trotula ; Int., xxi, xxn. — Différence entre
les imprimés et les manusrrds; Truiula
major et minur-,t e que contiennent ces
deux traités; date probable de la vie de
leur auteur ; Int., xxm. — Tout ce que ce
livre renferme de bon retrouvé parGruner
dans Ali Abbas; Hippocrate, Galien et
Cléopâtre y sont mis à contribution;
Int., xxiv.
Trousse-galant; III, 134, 351 . — Ses symp-
tômes; III, 363, 423.
Truie marine ; III, 772,
Tumeurs. Comment elles étaient envisagées
par Paracelse; Int., ccxviu. — Des tu-
meurs eonire nature en général ; 319. —
Tible îles tumeurs contre nature; cau-
ses des tumeurs en général; 320, 326.
— Signes généraux ; 321. — Pronostic gé-
néral; cure générale; 324. — Tumeurs
faites de cholére; 336. — Tumeurs froi-
des; 311. — Causes, caractères et trai-
tement des tumeurs venteuses etaqueuses;
344. — Tumeurs engendrées de mélan-
cholie ; 360. — Des tumeurs contre nature
en particulier; 376. — Tumeurs Ou fonde-
ment; 419. — Des genoux; 421. — Des-
cription, pronostic et traitement des bu-
bons; lit, 427.
Tunique De la tunique commune des mus-
cles ; 121. — Tuniques de la matrice; 165.
— Tuniques qui contiennent l’enfant au
ventre de la mère ; 109. — l eur substance,
dimension, forme, composition , nombre ;
170.
Turbitii. Procédé pour extraire l’essence du
turbith; 111, 029.
Turin. Voyage d’A. Paré à Turin ; III, 689.
Tympanite. Ce que c’est; 394. — Tympanile
utérine; II, 727, 766. — Causes et traite-
ment; II, 766, 792.
U
Ubertin de Carrare appelle dans cette ville
Gentilis deFoligno; Int., xlvii.
Ulcères. Comment envisagés par Paracelse;
Int., ccxvi. — Définition, causes internes;
II , 40. — Causes externes ; 11,41 . — Table
des différences des ulcères ; II , 242. — Ta-
ble de leurs divers excréments ; Il , 243.—
Signes et pronostic des ulcères; Il , 245.
— Traitement de l’ulcère simple; II , 218.
— De l’ulcère intempéré; — de l’ul-
cère douloureux; II, 252. — De l’ulcère
compliqué d’excroissance de chair ; ibid.
— De l’ulcère vermineux et putride ; II,
253. — De l’ulcère sordide; II, 254. —
Des ulcères virulents, corrodants, cacoé-
thes, et rhironiens ou phagédéniques ; 11,
256. — Quand il faut panser ces ulcères ;
II, 257. — Du bandage des ulcères; II,
258. — Ulcères des yeux, II, 259. — Du
nez ; II, 260. — De la bouche ; II , 261. —
Des oreilles; 11,263. — De la trachée-ar-
tère, de l’œsophage, de l’estomac; II, 264.
— Des intestins , des reins et de la vessie;
II, 265. — De la matrice ; II, 266.— Symp-
tômes des ulcères des reins et de la vessie ;
11, 506. — Pronostic de ces ulcères; II,
507. — Pronostic des ulcères vénériens de
la verge; II, 533. — Traitement des ulcè-
res vénériens de la bouche; tl , 543. —
Traiiement des ulcères vénériens de la
verge; II. 552. — Les ulcères des poumons
rendent l’haleine fétide; II, 600. — Signes
indicateurs des ulcères de la matrice ; II,
778. — Simulation d’un ulcère à la jambe ;
III , 47. — 11 faut se garder de fermer les
ulcères en temps de peste; III , 375. —
Emploi de l'antimoine dans le traitement
des ulcères; III , 467.
Uletif. Histoire et description de l’uletif ;
III, 503.
Ungula. Définition; 11, 47,429. — Causes,
signes, pronostic, traitement; II, 429.
Unicornis ; III , 492.
Université Origine des universités; Int.,
xxviii. — Intervention de l’Université dans
les querelles des barbiers et des chirur-
giens ; Int. , cxl , CXLIV.
Urbain V. S’attache Guy de Chauliac ; Int. ,
lxi v. — Quitte pour trois ans le séjour
d’Avignon ; Int., lxx.
Uretères. Substance, quantité, figure, com-
position , nombre , situation , connexion ,
tempérament et fondions des uretères;
159. — Signes des lésions des uretères ; II,
105; III, 654. — Moyens pour faire des-
cendre un calcul engagé dans un des ure-
tères ; II , 470.
Urètre. Notions les plus anciennes que nous
ayons sur les rétrécissements de l’urètre ;
Int., clxxx ; III, v. — Rétrécissements
de l’urètre; II, 564. — Traiiement; II,
566.
Urine; 44, 73. — Suppression de l’urine
dans les luxations de la hanche faites en
devant ; II , 391 . — Aspect de l’urine des
calcuteux ; 11, 462. — Rétention d’urine
par causes intérieures ; II, 497. — Du sang
et du pus qui peuvent être évacués par les
urines; 11,498. — Signes auxquels on re-
connaît d’où ils viennent; Il , 499, 500,
502 , 5o6. — Vomissement d'urine ; II, 503,
505. — Causes extérieures des rétentions
d’urine; pronostic; II, 504. — Curation
des urines sanguinolentes et purulentes ;
II , 506. —Traitement de la rétention d’u-
rine; II , 507.— Exemple de rétention d’u-
rine engendrée par une chaude-pisse; II,
559. — Des rétentions d’urine causées par
les carnosilés de la verge ; II , 565. — Ins-
trument pour atténuer l’incommodité de
l’incontinence d’urine ; II, 612. — Réten-
tion d’urine résultant d’un abus des plai-
sirs charnels; II, 636. — Quand et par où
le fœtus commence à uriner ; II , 663. —
Etat de l’urine, symptômes de fièvre; III,
80. — : Caractères et traitement de l’ischu-
rie et du flux excessif d’urine ; III, 202. —
Caractères de l’urine des lépreux; III,
.276. — Emploi de l’urine dans le panse-
ment des morsures d’animaux enragés;
III , 310. — Moyen de provoquer l’éva-
cuation de l’urine; III, 447.
Uvée. Description de l’uvée; 238. — Enu-
mération des maladies de l’uvée ; II, 418.
Uvule ; 255. — De la tumeur, inflammation
et relaxation de 1’uvule; traitement mé-
dical ; excision; ligature ; 384. — Cautéri-
sation; 385.
ANALYTIQUE.
\
Vaisseaux. Substance, quantité, figure ,
composition, nombre, situation , tempé-
rament, utilité des vaisseaux spermati-
ques; 154. — Eu quoi ceux de la femme
diffèrent de ceux de l'homme ; 162. —
Substance, quantité, figure, composition,
tempérament , situation , nombre . action
des vaisseaux éjaculatoires ; 157. — En
quoi les vaisseaux éjaculatoires des
femmes diffèrent de ceux des hommes;
163.
Valence. Université de Valence; Int.,
XXVIII.
Valgi. Quels sontceuxque l’on a ppel le ainsi ;
II, 613. — Moyens de remédier à leur in-
firmité; II, 614.
Valvules du cœur; 192.
Vapeurs. Action des vapeurs qui s’exhalent
des corps en putréfaction sur l’air, III,
356. — Idem de celles qui s'élèvent «tes
eaux dormantes ou de la terre; III , 357.
— Action des vapeurs terrestres sur les
végétaux et tes animaux; III, 464.
Vari. Quels sont ceux que l’on appelle ainsi;
II, 613. — Moyens de remédier a leur in-
firmité ; II, 6 1 4 .
Varices. Définition, causes, signes; 11,268.
— Incision ; 11,269. — Varices des pau-
pières ; II, 416.
Varicocèle. Traitement des varicocèles
selon Arculanus; Int. , xci.
Vase. Figure d'un vase de verre pour faire
cuire au bain-marie; III, 399. — Formes
et matières des vases à distiller; III, 616 ,
617, — Enumération des vases servant à
distiller ; III, 638.
Veau ayant la moitié du corps d’un homme;
lit , 45. — Veau marin ; lit, 772.
Végétaux. Action des vapeurs terrestres sur
les végétaux ; III, 364.
Vrilles. Inconvénients des veilles prolon-
gées ; 73; 111, 376. — Action des veilles
sur l’économie ; II, 35.
Veine<. Ce que c’est qu’une veine; 128. —
Toutes les veines mésaraïques viennent
du Toie; 142. — Substance, volume, com-
position , connexion , tempérament et di-
vision de la veine porte; 147. — Origine
de la veine cave descendante et sa divi-
sion en veines adipeuses, rénales ou émul-
genles; 151. — Spermatiques, lombaires et
iliaques; division des iliaques en muscu-
leuses, sacrées , hypogastriques, épigas-
triques et honteuses; 152. — Veines de la
matrice; 194. — Distribution de la veine
artérielle-, 193 —Distribution de la veine
cave descendante; 164. — Subdivision en
veines diaphragmatiques, coronales , ar-
térielles, azygs, intercostales, rnara-
millaires, cervicale; 195. — Musculeuse,
thoracique , axillaire, humérale , jugu-
laire ; 196. — Veine Recta ; veine Puypis ;
197. — Veines de la langue ; 253. -- Dis-
tribution de la veine céphalique; 272. —
Distribution de la veine axillaire,- 273. —
875
Distribution de la veine crurale ; 289. —
Pronostic des plaies des veines; 433. —
Pronostic des plaies des veines jugulaires;
II, 90. — Traitement; II, 91. — Signes
des tdessures de la veine ca»e; II , 96 ;
III, 654.
Venceslas (roi de Bohème). Son médecin
Albicius ; Int. , xxi.
Venins. Des plaies envenimées; II, 1S9. —
Signes de la qualité des venins; II, 193.
— Remèdes contre la morsure des bêles
venimeuses ; II , 205. — Signes des
gangrènes résultant des venins; II, 216.
— C’est aux venins de plusieurs animaux
qu’il faut attribuer la douleur quecausent
leurs piqûres; III, 210. — Objets que
l’auteurs’est proposés en écrivant son traité
des \enins; III, 283. — Définition , mode
d’action , origine; III, 285. — Raison «le la
rapid'tc avec laquelle les poisons agissent;
III, 286. — S’il est possible qu’un poi-on
donne la mort dans un délai fixe; III,
287. — La chair des animaux qui mangent
des bêtes venimeuses est-elle nuisible?
III, 288. — Signes généraux d’empoison-
nement ; III, 289. — Signes des venins
chauds; III, 2.0. — Signes des venins
froids; III, 290, 291. — Des venins secs et
des venins humides; III, 291. — Absence
de signes certains des venins qui opèrent
par propriétés occultes; il n’est pas vrai
que le venin des bêtes venimeuses soit
froid; 111,292. — Précaulionsà prendre
contre l’empoisonnement , et premiers re-
mèdes à administrer ; III. 293. — Des ve -
ninsen particulier; de la corruption de
l’air ; III, 295. — Pronostic des venins en
général ; 111, 297. — Pronos'tc du venin
des bêles ; III, 298. — Cure des morsures
et piqûres des bêtes venimeuses ; III, 300.
Traitement général ; III, 303. — Régime
propre au traitement des morsures de
chiens enragés et autres animaux veni-
meux ; III , 312. — Où est place le venin
des vipères; III, 313. — Accidents qu’il
cause; remèdes; III, 314. — Action du
venin de l’aspic ; III, 3i9. — Violence du
venin du lièvre marin; III, 333. — Plan-
tes vénéneuses; III, 334. — Métaux et
minéraux vénéneux ; III , 342.
Ventosités. Des ventosités qui s’engendrent
dans la matrice; II, 766. — Des ventosités
qui accompagnent les douleurs arthriti-
ques, et de leurs remèdes; III, 249. Voyez
Gaz.
Ventouses. Inconvénients de leur applica-
tion pour le redressement des côtes; II,
313. — Emploi des ventouses contre les
coliques venteuses ; II, 5l 8. — Définition,
manière de lesappliquer; II, 522.— Leur
objet, lieux où on tes applique ; figure
d’une ventouse; II, 523. — Application des
ventouses pour détourner le t il des ma-
melles ; II, 710 — Emploi des ventouses
pour téduire la matrice tombée ; II, 740,
743. — Pour arrêter le flux menstruel
excessif; II, 773. — Leur emploi dans le
TABLE
876
traitement des fièvres; III, 86. — Contre
la morsure des bêles venimeuses: III,
302.
Ventre. Du ventre inférieur , Il , 104.—
Danger de trop serrer le venire pendant
la grossesse; II, 293. — Figure d’un homme
du venire duquel sortaitun autre homme;
III, 7. — Figure d’un monstre ayant une
tète au milieu du venire ; III, 12. — Corps
étrangers de ventre; III, 28. — Douleur
de ventre des fébricit>nls ; III, 185. —
Flux de ventre des fiévreux , III, 200. —
Ses caraciéres , causes, et traitement;
cause et traitement de la dureté du ventre
des fiévreux; III, 201. — Moyens pour
provoquer le flux de ventre; III, 4 49. —
Moyens pour l’arrêter ; III, 451.
Ventricule. Substance , quantité, figure,
nombre et connexion du ventricule; 136.
— Tempérament du ventricule ; ses deux
orifices ; 137. — Anatomie des ventricules
du cœur; 191. — Description des ventri-
cules du cerveau ; 214.
Vents. Action des vents sur la santé de
l’homme; 64; II, 139. — Qualités des
Vents; III, 366
Verduc. Son silence sur les fanons; II , 289.
Véhécondie. Théorie de cette émotion; II,
661.
Verge. Extraction des corps étrangers de la
verge; 28. — Substance, quantité, figure,
composition de la verge; 161. — Nombre,
situation, connexion, tempérament, uti-
lité de la verge; du gland; du prépuce;
162.— Plaies de la verge; II, 109. —
Section du frein de la verge; II, 460. —
Moyens pour expulser les pierres demeu-
rées au conduit de la verge; II , 473. —
Autre moyen d’extraire une pierre engagée
dans le conduit de la verge en incisant ce
conduit; II , 474. — Manière de traiter la
plaie résultant de cet e incision ; II , 475.
— Pronostic des ulcères vénériens de la
verge; II, 533. — Traitement des ulcères
vénériens de la verge; II, 552. — Figure
d’une canule pour remplacer la verge
perdue, II, 61 3. — Fonctions de la verge
dans le coït; II , 636. — Imperforation de
la verge ; 1 1 , 678. — Influence de la forme
de la verge sur la stérilité; II, 731. —
Verrues de la verge; II, 789. — Dévelop-
pement tardif de la verge; III, 18 à 20. —
Histoire d’une espèce de cloporte rendu
par la verge III, 35.
VerMINATIO; 83.
Vernet (Pierre). Ses traductions d’Hippo-
crate, Int., ccxxxvii.
Vérole. Noms divers de cette maladie; sa
définifon; ses effets; II, 527. — Ses causes;
II, 528. — Modes de transmission; II,
52 8, 529. — En quelle humeur est enra-
ciné le virus vérolique; II , 530. — Signes
de la vérole ré ente et de la vérole in-
vétérée; II, 531. — Pronostic; II, 532.
— Adoucissement de la vérole; II, 533.
— Connaissances nécessaires au chirur-
gien qui veut traiter la vérole; il, 534.
— Inconvénients des ‘purgations et de
la saignée au début de la vérole; irai—
' tement par la décoction de gaïae ; II,
535. — Vertus du bois de gaïaç; 11,536.
W — Manière de préparer la décoction; II ,
537. — Précautions qui doivent précéder ,
accompagner elsuivre l’administration de
celte décoction; II, 538. — Régime à ob-
server pendant cette médication ; II , 539.
— Traitement par les frictions; il, 540.
Choix, préparation et mixtion du vif-
argent pour les frictions; II, 541. — Ma-
nière de les exécuter ; II , 543 , 544 et suiv.
— Traitement par les emplâtres; 11,547.
— Effets des emplâtres; II, 548, 649. —
Où, comment et pendant combien de temps
ils doi\ent être appliqués; II , 548. — Trai-
tement par les parfums; accidents qui en
résultent; dans quels cas il faut y avoir re-
cours; 11,551 — Mode d’administration ;
éléments principaux; formules; II, 562.
— Traitement des ulcères de la verge;
II, 552. — Symptômes primitifs, se-
condaires et tertiaires de la vérole; II,
553; III, 425. — En quoi la gonorrhée
diffère de la chaude-pisse; II, 555. — Dé-
finitions du priapisme et du salyriatis; II,
556. — Leur traitement; division de la
chaude-pisse en trois espèces ; II , 567. —
Cure de la gonorrhée; II, 660. — Cure
générale de la chaude-pisse; II, 561. —
Cure particulière; II, 562. — Des carno-
si'és qui s’engendrent au conduit de
l’urine après quelques chaudes-pisses ; II,
664. — Signes de ces carnosilés; II, 565.
— Pronostic et cure générale des carnosi-
tés ; II, 666. — Cure particulière ; II , 567,
569. — Pœmèdes propres à cicatriser les
ulcères après l’ablation des carnosilés ; II,
576. — Des bubons ou poulains; leurs
causes et traitement ; II, 578. — Des exos-
toses, lophes ou nodus venant du virus
vérolique; II, 579. — Causes, pronostic,
signes et traitement des dartres ou scis-
sures serpigineuses ; II, 597. — De la vé-
role qui vient aux petits enfants ; II, 698.
— Composition et vertus de l’eau tbéria-
cale contre la vérole; 11,599, 600.
Vérole (petite). Description de la petite
vérole ; en quoi elle diffère de la routseole;
III, 257. — Pronostic ; III, 268. — Traite-
ment; III, 259. — Moyens de préserver
des ravages de la petite vérole les yeux ;
III, 261 , 263. — Le nez, la gorge et les
poumons ; III, 262, 263. — De la suppura-
tion des boutons; 111,262. — De la dé-
mangeaison consécutive et des moyens de
faire disparaître les cicatrices; III, 263.
Véron. OEil véron ; II, 4 1 9.
Verrues. Cinq sortes de verrues, et leur trai-
tement; 357. — Verrues qui viennent au
col de la matrice; II, 786, 787. — Variétés;
pronostic; traitement ; II, 787. — Verrues
des pieds et des mains; verrues de la
verge ; II, 789.
Vers. Moyen pour faire mourir les vers des
dents; II, 450.— Remèdes contre les vers
analytique.
des intestins; II, 516, 692.— Histoire de
vers engendrés dans le nez ; lit, 35. — Ver
engendré1 dans l’estomac «l’un homme;
idem dans les intestins d’une femme ;
III, 37. — Vers engendrés dans l’es-
lomacjIII, 41. — Théorie de la forma-
tion des vers des inieslins; leurs trois
variétés; III, 264. — Lieux auxquels ils
s’engendrent; signes pour reconnaître ces
lieux-; III, 265. — Pronostic tiré de l’as-
pect des vers ; III, 266. — Cure ; III, 267.
— Des maladies qui compliquent les vers ;
III, 269.
Vers a soie ; III, 744.
Vert-dk-gris. Son action sur l’économie
humaine ; contre-poison ; III, 342.
Vertèbres. Description des sept vertèbres
du col ; 259. — Vertèbres du métaphrène
et des lombes; 265. — Danger de trop
serrer les vertèbres du dos; 11,292.—
Fractures des vertèbres; leur pronostic et
leur cure ; II, 315. — Luxation des vertè-
bres du cou ; II, 361. — Signes et causes
des luxations des vertèbres du dos; II,
362. — Pronostic; II, 363. — Luxations
des vertèbres résultant de cause interne;
II, 364. — Pronostic de ces luxations ; II ,
365. — Les luxations des vertèbres lom-
baires peuvent occasionner des rétentions
d’urine; II, 504. — Pronostic des enfon-
çures des vertèbres dorsales; III, 657.
Vertex. Ce que c’est; 204.
Vertico. Définition; II, 409. — Causes,
signes et cure ; II, 410.
Vesale. Sa vie; ses travaux; Int., cclxv. —
Emprunts que lui a faits Paré; 15. —
Baume décrit par Vésale; III, 632.
Vésicatoires. Leuremploi dans l’hy dropisie;
397. — Contre les maux de items ; II, 448.
— Dans le traitement des fièvres; III, 86.
— Dans celui des gouttes causées de pi-
tuite ; III , 239. — Contre la goutte scia-
tique ; 111,254. — Différentes manières de
faire un vésicatoire ; III , 428. — Défini-
tion ; ingrédients; III, 5S4. — Exemple;
usage ; manière de les appliquer; III, 585.
Vessie. Substance de la vessie; 159. — Quan-
tité, ligure, compo'ition, nombre, situa-
tion, action et usage de ta vessie; 160. —
Du col de la vessie ; 160, 161 . — Signes et
pronostic deslésions de la vessie; 433 ; II,
105 ; III, 654. — Traitement; 109. — Ulcères
delà vessie; II. 265. — Syinptômesaccusant
la présence d’un calcul dans la vessie ; II,
462. — Caractères des pierres vésicales;
II, 465. — Moyens pour expulser les pier-
res descendues dans la vessie ; II, 472. —
Moyens pour expulser les pierres demeu-
rées au col de la vessie; II, 473. — Ma-
nière d'extraire par incision les pierres
de la vessie des enfants mâles; II, 475. —
Traitement des fistules de la vessie ; II,
493. — S mplômes des ulcères de la ves-
sie; II, 506. — Pronostic; II, 507. — Corps
étrangers de la vessie; III, 29.— Cas
d’extraction de pierres de la vessie ; III,
29,30. I
877
•VtANEo. Détails sur cette famille d’empiri-
ques ; Int,, et.
Vt art (Claude); Int., c.; III, xi.
Viatique. Ouvrage arabe traduit par Con-
stantin ; Int., xxv.
V idus ViDius.Sa traduction et ses commen-
taires d’Hippocrate ; Int., ccxxxix. — Ses
leçons au collège de France ; Int., ccxl.
Vie. Le cœur est le principe de la y ie ; 188.
— Différence du poids d’un homme pen-
dant ou après sa vie; II, 696. — A quoi
la vie a été comparée; 111,463.
Vieillards. Leur caractère, leur tempéra-
ment; 37. — Quels sont les aliments qui
leur conviennent; 69. — Pourquoi la
pierre s’engendre le plus souvent aux reins
chez les vieillards ; II, 465. — Causes des
rétentions et des incontinences d’urines
propres aux vieillards ; II, 498. — Quand
il faut saigner les vieillards; II, 520. —
La goutte est incurable chez les vieillards;
III, 221.
Vierges. Par où Huent les menstrues aux
vierges ; II, 772.
Vif-argent. Emploi du vif-argent dans le
traitement des parotides ; 380. — Dans le
traitement des ulcères ; 1 1, 253, 255. — Le
vif-argent est l’alexitère des maux véné-
riens; 11. 262, 528, 542; III, 317. — Em-
ploi du vif-argent dans le traitement de la
teigne ; II, 408. — Dans celui de la colique ;
II, 519. — Sa supériorité sur le bois de gaiac
dans le traitement de la vérole; II, 536.
— Origine de ce nom, opinions contra-
dictoires des anciens sur le vif argent ; ses
caractères et propriétés; III, 344, 345. —
Innocuité du vif-argent pris à l’intérieur;
III, 345, 346. — Sun efficacité contre la
rogne; son action sur les nerfs ; est mortel
à la vermine ; deux espèces de vif-argent;
III, 348. — Caractères de ces e-pèces ; III,
349. — Choix, préparation et mixtion du vif-
argent employé dans les frictions contre
la vérole; III, 541. — Son emploi rend
l’haleine fétide ; II, 600.
Vigo (Jean de). Ce qu’on sait sur sa vie ; Int.,
clxxv ; IU, vi. — Idée générale de sa Prac-
lica copiosa ; Int., clxxvi. — Succès pro-
digieux de ce livre; Int., clxxvii. — Va-
leur réelle de ce livre; Int., clxxviii. —
Erudition de Jean de Vigo; faits et vues
qui lui appartiennent ; Int., clxxix. —
■ — -Motifs qui lui firent composer son Com-
pendium; Int., clxxxi. — Epoque probable
de sa mort; Int., clxxxii. — Traduit par
Nicolas Godin ; Int. , ccxxxvii. — Précau-
tions qu’il indique pour l’incision des ab-
cès ; 33a. — Son silence sur la paracentèse
abdominale, 401. — Emplâtre mercuriel
deVigo; 11, 542. — Son mode d’extirpa-
tion du cancer avec l’instrument tranchant
et le fer rouge se retrouve dans Gilbert;
III, vit.
Villes. Influence funeste de la peste sur
leur prospérité ; III, 458, 459.
Vin. Sur l’usage du vin dans le traitement
des fièvres; III, 127, — Dans quels cas
878
.TABLE ANALYTIQUE.
* f wr ¥
il est permis aux pestiférés; III, 402. —
Aclion de la vqpeur du vin nouveau sur
réconuniie ; III, 6G4.
Vinaigre, Esi l’antidote des poisons chauds
ei Iroids ; III, 374. — Maniéré de distiller
le vinaigre ; III, 623. — Vertus conserva-
trices du vinaigre, III, 673.
Viol. Peut causer un ulcère à la matrice ; II,
266.
Vipere. Morsure de la vipère; III, 313. —
Accidents qu’elle cause; III, 314. — Re-
mèdes ; II, 205 ; III, 314.
Virginité. Flux du sang, indice trompeur de
virginité; moyens employés par certaines
femmes pour faire croire à leur virginité ;
II, 749. — Rapports sur la question de sa-
voir si une fille est vierge; III, 566. — Im-
possibilité de prononcersur la question de
virginité ; III, 667.
Virilité. Quel est le tempérament de cet
âge ; 36.
Virus. En quelle humeur est enraciné le vi-
rus vérolique; II, 230. — Transmission de
ce virus de la nourrice à l’enfant et réci-
proquement; II, 529. — Traitement des
nodus venant de ce virus ; II , 759. — Sur
le virus arthritique; III, 209 et suiv. —
Qualités du virus rabique; 111, 308.
Visage. Onguent pour les brûlures du vi-
sage ; II, 205. — La couleur du visage in-
dique la lempéiature des humeurs; III,
603.
Vision. Théorie de la vision; 240, 241, 242.
Vitriol. Emploi de l’huile de vitriol pour la
teigne; 11, 4n8. — Manière de faire
l'huile de vitriol; III, 633.
Vive. Description, accidents résultant de sa
piqûre, et remèdes ; III, 331.
Vocations. Théorie des vocations; II, 653.
Voix. Comment elle se forme; 186, — Nerfs
de la voix selon Galien; 198. — D’oû pro-
cède la diversité des voix; 256. — Carac-
tères de la voix des lépreux ; III , 276. —
Aptitude de cei tains animaux à imiter la
voix de l’homme ; III, 759.
Voleurs. Leurs ruses en temps ue peste;
III, 378, 458.
Volvulus. Ce que c’est ; 513.
Vomissement. Causes du vomissement bi-
lieux consécutif des fractures du crâne ;
24. — Vomissement d’urines et de matiè-
res fécales ; II, 503, 5o5. — Vomissement
cause d’avoi teinent ; II, 714. — Considéré
comme moyen de retirer la matnee; II,
744. — Manière de provoquer le vomisse-
Vomitifs;III, 132, 166, 444. ' - *»
Vossius. Ce qu'il dit Au Regimpn sanitatis -,
Int., xx. '.
Vue ; 57. — De quel secours elle est au chi-
rurgien ; 93. — Principal sens de l'ani-
mal; 236. — Eblouissement de la vue;
III,. 191. — Cécité ré-ulianl de la petite
vérole et de la rougeole; III, 259.
Vuidange ; 73.
Vulve. Figure d’un monstre ayant deux vul-
ves, quatre bras et quatre pieds; III, 18.
Wiseman. Son silence sur les fanons; II,
289.
Wisicoths. Privilèges que Iputs lois assu-
raient aux médecins ; pénalité qu’elles leur
infligeaient; Int., xvn.
Wood (A.). Ce qu’il nous apprend sur Jean
de Gaddesdcn ; Int., lui.
Wurtz (Félix) ; Int., ccLxxifv. — Sa doctrine
sur le traitement des plaies pénétrantes de
poitrine ; II, 97.
X
Xérophth almie. Ce que c’est ; II, 415.
Y
Yeux. Traité des maladies des yeux , de
Bienvenu; Int., lxviii. — Extraction des
corps étrangers des yeux ; 26. — Descrip-
tion des yeux; 235. — Des muscles des
yeux; 236. — Des tuniques de l'œil ; 237.
— Des humeurs contenues en l’œil; 239.
— Des veines des yeux ; 242. — Sympathie
des deux yeux ; II, 79. — Ulcères des yeux;
II, 259. — Maladies des yeux; II, 413. —
Maladies affectant l’œil entier; II, 414. —
Les paupières; II, 415. — Les membranes,
la cornee , II, 417. — L’uvée , la prunelle,
les humeurs; II, 4 1 S. — Les angles, le
nerf optique ; II, 419. — Figures d’yeux ar-
tificiels ; II, 603, 604. — Moyens de les adap-
ter ; du strabisme et des moyens de le cor-
riger; II, 604 — Moyens de préserver les
yeux des rmages de la petite vérole ; III ,
261, 263. — Eial des yeux chez les lépreux ;
III, 275. — Emploi de l’autimoine dans le
traitement des maladies des yeux; III,
467.— Prétendus remèdes contre les maux
d’yeux; traitement des contusions des
yeux; III , 486. — Cas de plaie grave de
l’œil avec contusion suivie de guérison;
III, 488. — Emploi de l’artériotomie dans
les fluxions invétérées des yeux; 111, 684.
ment ; II, 759 ; III, 444. — Causes et trai-
tement du vomissement commesympiôme
Z
des pâles couleurs ; II, 781. — Prétendus
remèdes contre les vomissements; III, 65.
— Causes des vomissements des fiévreux ;
III, 197. — Remèdes ; III, 198. — Du vo-
missement dans le traitement des gout-
tes; III, 224,252.
Zirbus ; 135. — Hargne zirbale; 404. —
Causes , signes et traitement de la hargne
zirbale; 414.
Zodiaque. Signes du zodiaque; III, 790.
Zoohiytes; 111, 769.
FIN DE LA TABLE ANALYTIQUE
ST WJ TROISIÈME ET DERNIER VOLUME.